Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Avec ce premier roman tour à tour séduisant, caustique, envoûtant, percutant, réaliste ou sensuel, Maryam Madjidi renouvelle la façon de parler d’exil et d’identité. Pour le moment, il suscite l’enthousiasme et le ravissement auprès des lecteurs.

Marx et la poupee

« Les mots se pressaient pour sortir, impatients qu’ils étaient, ça fusait dans le petit studio, ils volaient, ils dansaient, ils butaient contre les meubles, ils s’élançaient de ma bouche comme des flèches et touchaient le plafond et les murs, ils virevoltaient sur eux-mêmes, soulagés d’être enfin libérés de ma bulle intérieure, enchantés de pouvoir communiquer avec les autres. » Ce premier roman, sur l’exil et la quête de la langue, où les langues prennent elles-mêmes la parole, est simplement de toute beauté… – Eglantine Paguymayard

Qu’il est cruel de vivre sous un régime de dictature, où le modèle social et politique est la violence et la répression.
Qu’il est difficile de partir , de perdre ses racines, sa langue maternelle,ses liens familiaux, ses amis et le décor de son enfance.
Qu’il est tout aussi difficile de vivre l’exil, d’être étranger partout où l’on se trouve, même de retour dans son propre pays.
Grâce à ses mots touchants et lumineux , Maryam Madjidi nous fait découvrir ce monde cruel des exilés et des apatrides.
Deux phrases illustrent à merveille ce livre merveilleux et si actuel,
“Abbâs , c’est une étoile filante: il n’aura pas une longue vie parce que son cœur ,un jour, ne pourra plus contenir tout cet amour à donner. Un jour son cœur explosera et j’espère que le monde sera éclaboussé de son amour.”
Je me souviens de ce vers de Hâfez qui disait : « Assieds toi sur les bords du ruisseau, et vois le passage de la vie…”
Bon sang que c’est beau !  – Philippe Hatry
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A mon retour d’une formation sur les avantages du plurilinguisme à l’école chez les enfants (migrants, notamment) hier soir, j’ai refermé la dernière page du livre MARX ET LA POUPÉE déterminée à le faire lire à tous ceux présents dans l’amphithéâtre pour leur faire entendre (sentir) ce qui se joue dans la question de l’exil, du rapport à la langue maternelle et celle de l’adoption.
Drôle de titre pour ce roman qui n’en est pas tout à fait un et qui à bien des égards, nous rappelle «Désorientale» cette autre femme d’origine iranienne, Négar Djavadi qui concourut l’an dernier dans la sélection des 68. Poupée ballotée par les vents communistes qui se sont propagés sur l’Iran à sa naissance dans les années 80, l’auteur, «l’enfant du Parti» fille de militants réfugiés en France dès 1986, n’est autre que l’héroïne du roman, Maryam. «Exilée romanesque», elle ne se contente pas de nous conter l’Iran d’hier et d’aujourd’hui (l’arrière-plan politique, ses mœurs), les hommes et les femmes de ce pays fait pour la poésie «la seule chose à sauver en Iran» elle l’incarne, fait corps et âme avec sa terre natale, se joue des codes face au discours convenu de la richesse de la double-culture et tombe le masque. Son écriture simple, sans afféteries, la construction du livre qui navigue entre présent et passé, entre souvenirs sucrés-salés et constats le rend profondément vivant, incomparablement humain, léger sans l’être, et souvent très drôle. Notre poupée Maryam de qui ses parents lui ont appris, dès sa plus tendre enfance, le détachement matériel et l’abolition de la propriété, s’interroge sur ses identités culturelles sans toutefois effacer – nier – les tensions qui laissent forcément des traces. Son (grand) art réside dans le souffle vital qu’elle influe à tous ses personnages, aux situations vécues au gré de ses souvenirs, des lieux de mémoire, des gens qui croisent sa route. Écrire pour elle est une sorte «de travail de fossoyeur à l’envers», elle déterre les morts pour mieux leur rendre vie. «Survivante», ô combien, lui rappellera sa grand-mère, Maryam Madjidi malgré les apparences, est du côté de la douleur refoulée, «des jouets qu’elle enterre avec les rêves de (sa) maman au fond du jardin sous un arbre de la maison natale de Téhéran», juste avant l’exil qui emportera la famille dans le 18e à Paris.
Beaux portraits des parents militants, de sa grand-mère maternelle, de son oncle Saman, d’intellectuels iraniens torturés, massacrés en prison, dont l’un d’entre eux, chaque matin, sous aucun prétexte, ne rate le dessin-animé Nouchâbé à la télé pour l’unique plaisir d’entendre la voix off de sa femme qui double le personnage. Tendre est le portrait du chauffeur de taxi qui en en 2012, alors qu’elle re-prend «langue» avec son pays d’origine, lui récite en chemin les vers du poète Hâfez. Remarquables, les descriptions de la peur qui émane de cette société policée, des subterfuges langagiers de la jeunesse iranienne quand il s’agit de draguer en pleine rue ! Fondamentale et belle sa vision de l’exil, du rôle de l’école, de l’éducation et du pouvoir des mots! Un conseil en langue farsí : « Assieds-toi sur les bords d’un ruisseau et vois le passage de la vie» en lisant Marx et la poupée de M. Madjadi. Un pur régal.- Cécile Rol-Tanguy
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La structure de ce roman m’a d’abord désarçonnée avant de m’emporter et de porter toute la puissance du récit, sa violence, sa poésie, sa douceur…. Quels personnages dans ce livre, de celui de la narratrice jusqu’aux plus modestes tels la grand-mère, la Nouchkabé…. Le thème de l’exil est magnifiquement abordé et tout cela résonne particulièrement en ce début d’année 2017.- Anne-Christine Busnel
Maryam Madjidi
Trois décennies : 1980 – 2 014. Maryam, née à Téhéran, fille de militants communistes, doit quitter son pays et son régime islamiste . Elle a six ans.
C’est la révolte d’une enfant qui refuse d’abandonner sa maison, ses jouets, qui voit, sans tout comprendre que la situation est dramatique : son oncle « est dans une cage gardée par des gens dégoûtants ». Pendant six ans.
Sa « mère parle peu. Des rêves tournent autour de sa tête comme des oiseaux au-dessus des tours du silence ».
Cette enfant a entendu « le murmure de toutes les mères qui répètent chacune leur mot, leur mot de douleur, leur mot écorché vif, leur mot d’injustice ».
« Ce pays massacre ses meilleurs enfants ».

C’est donc le départ pour la France, Paris où le père les attend.
Au bonheur des retrouvailles succèdent la pauvreté, le déchirement de l’exil, le traumatisme de la langue étrangère, incompréhensible, la honte de ne pas être comme les autres.
Ce sera l’écartèlement entre deux langues, deux nationalités, deux personnalités . Inconciliables.

« C’était le premier voyage, le premier retour à la terre-mère, la première descente vers l’origine. Une descente ou une chute, je ne sais pas. J’ai failli perdre la tête. J’ai glissé sur mon identité. Je suis tombée ».

Ce livre, autobiographique est dédié à Abbâs « qui est prêt à mourir pour tous ces bébés qui sont nés sous la révolution ».
« Abbâs, c’est une étoile filante : il n’aura pas une longue vie parce que son coeur, un jour, ne pourra plus contenir tout cet amour à donner ».

Un grand coup de cœur.L’écriture est maîtrisée, la construction également. – Mireille Lefustec

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Quelques billets de blogs à savourer chez : Amandine, Sara, Delphine-Olympe, Sabine

 

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