Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Avec ce premier roman tour à tour séduisant, caustique, envoûtant, percutant, réaliste ou sensuel, Maryam Madjidi renouvelle la façon de parler d’exil et d’identité. Pour le moment, il suscite l’enthousiasme et le ravissement auprès des lecteurs.

Marx et la poupee

« Les mots se pressaient pour sortir, impatients qu’ils étaient, ça fusait dans le petit studio, ils volaient, ils dansaient, ils butaient contre les meubles, ils s’élançaient de ma bouche comme des flèches et touchaient le plafond et les murs, ils virevoltaient sur eux-mêmes, soulagés d’être enfin libérés de ma bulle intérieure, enchantés de pouvoir communiquer avec les autres. » Ce premier roman, sur l’exil et la quête de la langue, où les langues prennent elles-mêmes la parole, est simplement de toute beauté… – Eglantine Paguymayard

Et pourtant j’appréhendais de lire ce livre encensé par tous et je crois avoir lu au moins 3 jours sur la révolution iranienne ces derniers mois, et donc … j’étais frileuse. L’écriture délicieuse, mais non conventionnelle m’a aussi déstabilisée parfois, mais je me suis accrochée, j’ai surtout lâché prise et accepté de vivre avec Maryam dans l’intimité d’un exil délicat. Quelle merveille, quelles émotions, frayeurs et espoirs ! A la recherche d’un équilibre impossible, d’un renoncement insupportable, d’une insertion difficile… A la recherche des mots pour le dire, le persan si doux qui s’éloigne, le français intimidant et fascinant. C’est la lutte d’une petite fille déchirée qui a dû tout abandonner, famille, langage, repères, jouets, amis, richesse, pour une vie d’exil incertaine. Heureusement la présence furtive d’une grand mère qui chuchote à l’oreille de Maryam dans les moments les plus douloureux, heureusement l’amour d’un père et d’une mère, heureusement la séduction de la langue française dont elle fera son métier. J’ai adoré ces lignes libres et sensibles, ces flashes du passé, la poésie toujours présente, la volonté d’avancer en femme libre sans renoncer à ses racines. Bravo. Un coup de coeur. – Martine Magnin

Voilà un nouveau roman qui marque ! Maryam Madjidi nous raconte son enfance d’exilée, ses douleurs, ses rancœurs et ses années de doutes sur cette double nationalité qu’elle n’a pas choisie. Ce livre est très actuel même si l’histoire a commencé il y a 30 ans. L’intégration à l’école, les migrants, …, tous ces sujets évoqués par les candidats aux présidentielles et qui divisent la France sont évoqués de façon simple et très poétique. Je garderai un très bon souvenir de ce livre et je vais regarder le passage de l’auteure à la grande librairie maintenant que je l’ai lu ! Merci les filles des 68 pour cette découverte. – Frédérique Camps

Un patchwork… Oui. Un somptueux patchwork, c’est la première image qui me reste en mémoire après la lecture du premier roman de Maryam Madjidi. Roman ? Pas roman ? Quelle importance ? Pour moi, « Marx et la poupée » plonge ses racines dans l’origine du mot « texte » : une « chose tissée, tramée » et l’image du patchwork ou de la tapisserie prend alors une puissance inouïe. Souvenirs, courtes fables, contes, portraits, poèmes… s’esquissent, se déploient et appellent d’autres images, tissées entre elles par les fils dorés des langues. La langue originelle, le persan, et celle de l’exil, ce français né d’un silence où s’engloutissent l’enfance et les liens familiaux, procèdent par vagues douces et violentes, se superposant parfois, luttant souvent, et se juxtaposant enfin en épaisseurs fertiles. C’est si beau que l’envie m’a prise de lire à haute voix, de faire résonner haut et clair ces strates de chagrin, de peur, de nostalgie et de déracinement.
Déracinée. Il y a dans ce mot toute la violence de l’arrachement à tout ce qui a nourri et fait croître, à la tendresse d’une grand-mère et à la complicité avec un oncle. Il y a la maison qu’on abandonne à jamais, les jouets que l’on est contraint de donner, la sensation de tomber inexorablement au creux d’un cauchemar où l’inconnu ne peut être que funeste. L’exil est cet arrachement brutal à un lieu, à des proches aimés, à une langue, à une mémoire commune. Maryam Madjidi exprime toute la douleur qui en résulte pour une petite fille de 6 ans. Avec un humour tendre, qui voile de pudeur cette souffrance brûlante, qui la met à distance pour évacuer toute possibilité de pathos, elle raconte ces moments à la fois dévastateurs et fondateurs. Car les racines mises à nu le temps du déchirement sont artificiellement implantées dans un autre terreau, pas forcément accueillant, un terreau étranger où l’étrange est d’être persan.
On l’oublie bien trop souvent mais une langue ce n’est pas seulement un vocabulaire qu’il suffit d’apprendre et de référer aux choses réelles, ce n’est pas seulement une syntaxe et une conjugaison. Une langue c’est aussi (surtout ?) le vecteur d’une culture et d’un imaginaire collectifs, formés d’images mentales, de catégories intellectuelles, psychologiques et affectives, d’une connivence entre mode de vie et constructions langagières. Comment le vécu antérieur d’un enfant, d’un adulte peut-il assimiler et accommoder cet ensemble qui ne paraît cohérent qu’à ceux dont les générations successives en ont fait la langue maternelle ? Faut-il que ce soit forcément au prix de l’oubli, de la relégation de tout ce qui fait une vie commencée ailleurs ? S’intégrer à une culture, dans une société, est-il forcément le corollaire de désintégrer la culture d’origine ? Le roman de Maryam Madjidi soulève avec une force bouleversante chacune de ces questions-pièges, de ces questions-pierres en les plaçant au niveau de l’enfant blessée qu’elle fut probablement et de l’adulte recomposée qu’elle est sans doute.
Oui un patchwork coloré, chatoyant, qui tisse étroitement langues, cultures, espoirs, émotions, rêves et chants. Une étoffe fabuleuse qui épouse les pleins et les déliés d’une vie trois fois naissante. Un roman magnifique qu’il faut lire et relire et relire encore jusqu’à s’en imprégner pour le porter toujours. – Merlieux l’enchanteur
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Qu’il est cruel de vivre sous un régime de dictature, où le modèle social et politique est la violence et la répression.
Qu’il est difficile de partir , de perdre ses racines, sa langue maternelle,ses liens familiaux, ses amis et le décor de son enfance.
Qu’il est tout aussi difficile de vivre l’exil, d’être étranger partout où l’on se trouve, même de retour dans son propre pays.
Grâce à ses mots touchants et lumineux , Maryam Madjidi nous fait découvrir ce monde cruel des exilés et des apatrides.
Deux phrases illustrent à merveille ce livre merveilleux et si actuel,
“Abbâs , c’est une étoile filante: il n’aura pas une longue vie parce que son cœur ,un jour, ne pourra plus contenir tout cet amour à donner. Un jour son cœur explosera et j’espère que le monde sera éclaboussé de son amour.”
Je me souviens de ce vers de Hâfez qui disait : « Assieds toi sur les bords du ruisseau, et vois le passage de la vie…”
Bon sang que c’est beau !  – Philippe Hatry
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Attention, coup de cœur !!
La lecture d’un roman, c’est la rencontre d’un auteur et d’un lecteur par le biais de mots, de phrases, de blancs. Ce livre, je l’ai fait mien. J’ai tout aimé dans ce texte à la fois récit, contes, poèmes.
J’ai aimé les personnages, leurs destins qui m’ont bouleversée. J’ai aimé le traitement des thèmes de l’exil, de la langue perdue, de la langue conquise, de la fidélité aux siens et à soi.
J’ai aimé l’écriture précise, tantôt lyrique, tantôt percutante.
Ce récit autobiographique nous raconte la vie de Maryam, née en Iran de militants communistes, grandie dans la France de l’exil. Il nous raconte la peur, la solitude, le besoin de se trouver une place.
Trois parties pour dire la naissance en Iran, le « il était une fois » originel ; une autre pour dire l’exil en France, la volonté de se faire une place, la culpabilité de la trahison, et enfin une troisième pour dire le « il était une fois » de la renaissance dans la réconciliation et l’apaisement.
Un livre pour rendre hommage à ceux qui ont traversé la vie de Maryam, qui l’ont accompagnée : ses parents, bien sûr, militants convaincus et que la vie épuisera ; sa grand-mère, attentive, aimante, le phare qui éclairera sa vie aux pires moments ; les hommes de sa famille à Téhéran, victimes de la répression, emprisonnés, broyés, alors qu’ils étaient tellement généreux. Et à beaucoup d’autres : une copine solaire, les femmes iraniennes qui résistent, le chauffeur de taxi qui récite des poèmes…
Ecrire pour faire fleurir ce qu’il y a de beau chez l’autre, le faire revivre.
Un livre qui raconte, mais aussi un livre qui fait réfléchir en pointant la complexité de l’exil, l’enferment des préjugés simplistes ou simplificateurs.
Un livre qui enchante comme un poème d’Omar Khayyam (relu à cette occasion), comme un conte des Mille et une nuits. Mais aussi comme un poème, comme un conte de Maryam Madjidi.
Au final, un livre que j’ai relu complètement pour écrire cet avis, et que j’aime tellement que j’ai envie de me taire pour le faire résonner longtemps… – Enell Liraconteuse
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A mon retour d’une formation sur les avantages du plurilinguisme à l’école chez les enfants (migrants, notamment) hier soir, j’ai refermé la dernière page du livre MARX ET LA POUPÉE déterminée à le faire lire à tous ceux présents dans l’amphithéâtre pour leur faire entendre (sentir) ce qui se joue dans la question de l’exil, du rapport à la langue maternelle et celle de l’adoption.
Drôle de titre pour ce roman qui n’en est pas tout à fait un et qui à bien des égards, nous rappelle «Désorientale» cette autre femme d’origine iranienne, Négar Djavadi qui concourut l’an dernier dans la sélection des 68. Poupée ballotée par les vents communistes qui se sont propagés sur l’Iran à sa naissance dans les années 80, l’auteur, «l’enfant du Parti» fille de militants réfugiés en France dès 1986, n’est autre que l’héroïne du roman, Maryam. «Exilée romanesque», elle ne se contente pas de nous conter l’Iran d’hier et d’aujourd’hui (l’arrière-plan politique, ses mœurs), les hommes et les femmes de ce pays fait pour la poésie «la seule chose à sauver en Iran» elle l’incarne, fait corps et âme avec sa terre natale, se joue des codes face au discours convenu de la richesse de la double-culture et tombe le masque. Son écriture simple, sans afféteries, la construction du livre qui navigue entre présent et passé, entre souvenirs sucrés-salés et constats le rend profondément vivant, incomparablement humain, léger sans l’être, et souvent très drôle. Notre poupée Maryam de qui ses parents lui ont appris, dès sa plus tendre enfance, le détachement matériel et l’abolition de la propriété, s’interroge sur ses identités culturelles sans toutefois effacer – nier – les tensions qui laissent forcément des traces. Son (grand) art réside dans le souffle vital qu’elle influe à tous ses personnages, aux situations vécues au gré de ses souvenirs, des lieux de mémoire, des gens qui croisent sa route. Écrire pour elle est une sorte «de travail de fossoyeur à l’envers», elle déterre les morts pour mieux leur rendre vie. «Survivante», ô combien, lui rappellera sa grand-mère, Maryam Madjidi malgré les apparences, est du côté de la douleur refoulée, «des jouets qu’elle enterre avec les rêves de (sa) maman au fond du jardin sous un arbre de la maison natale de Téhéran», juste avant l’exil qui emportera la famille dans le 18e à Paris.
Beaux portraits des parents militants, de sa grand-mère maternelle, de son oncle Saman, d’intellectuels iraniens torturés, massacrés en prison, dont l’un d’entre eux, chaque matin, sous aucun prétexte, ne rate le dessin-animé Nouchâbé à la télé pour l’unique plaisir d’entendre la voix off de sa femme qui double le personnage. Tendre est le portrait du chauffeur de taxi qui en en 2012, alors qu’elle re-prend «langue» avec son pays d’origine, lui récite en chemin les vers du poète Hâfez. Remarquables, les descriptions de la peur qui émane de cette société policée, des subterfuges langagiers de la jeunesse iranienne quand il s’agit de draguer en pleine rue ! Fondamentale et belle sa vision de l’exil, du rôle de l’école, de l’éducation et du pouvoir des mots! Un conseil en langue farsí : « Assieds-toi sur les bords d’un ruisseau et vois le passage de la vie» en lisant Marx et la poupée de M. Madjadi. Un pur régal.- Cécile Rol-Tanguy
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La structure de ce roman m’a d’abord désarçonnée avant de m’emporter et de porter toute la puissance du récit, sa violence, sa poésie, sa douceur…. Quels personnages dans ce livre, de celui de la narratrice jusqu’aux plus modestes tels la grand-mère, la Nouchkabé…. Le thème de l’exil est magnifiquement abordé et tout cela résonne particulièrement en ce début d’année 2017.- Anne-Christine Busnel
Maryam Madjidi
Trois décennies : 1980 – 2 014. Maryam, née à Téhéran, fille de militants communistes, doit quitter son pays et son régime islamiste . Elle a six ans.
C’est la révolte d’une enfant qui refuse d’abandonner sa maison, ses jouets, qui voit, sans tout comprendre que la situation est dramatique : son oncle « est dans une cage gardée par des gens dégoûtants ». Pendant six ans.
Sa « mère parle peu. Des rêves tournent autour de sa tête comme des oiseaux au-dessus des tours du silence ».
Cette enfant a entendu « le murmure de toutes les mères qui répètent chacune leur mot, leur mot de douleur, leur mot écorché vif, leur mot d’injustice ».
« Ce pays massacre ses meilleurs enfants ».C’est donc le départ pour la France, Paris où le père les attend.
Au bonheur des retrouvailles succèdent la pauvreté, le déchirement de l’exil, le traumatisme de la langue étrangère, incompréhensible, la honte de ne pas être comme les autres.
Ce sera l’écartèlement entre deux langues, deux nationalités, deux personnalités . Inconciliables.

« C’était le premier voyage, le premier retour à la terre-mère, la première descente vers l’origine. Une descente ou une chute, je ne sais pas. J’ai failli perdre la tête. J’ai glissé sur mon identité. Je suis tombée ».

Ce livre, autobiographique est dédié à Abbâs « qui est prêt à mourir pour tous ces bébés qui sont nés sous la révolution ».
« Abbâs, c’est une étoile filante : il n’aura pas une longue vie parce que son coeur, un jour, ne pourra plus contenir tout cet amour à donner ».

Un grand coup de cœur.L’écriture est maîtrisée, la construction également. – Mireille Lefustec

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Quelques billets de blogs à savourer chez : Amandine, Sara, Delphine-Olympe, Martine G., Henri-Charles, Héliéna Sabine

 

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