Marguerite – Jacky Durand

Le portrait d’une femme simple, rattrapée par l’Histoire. On ne grandit pas de la même façon en temps de guerre nous raconte Jacky Durand. Sur fond de seconde guerre mondiale, Marguerite est très différemment perçue par les lecteurs, tantôt conquis, parfois déçus même s’ils en soulignent les qualités certaines.

Marguerite

« Marguerite est tondue en place publique quelques jours après la libération. Le premier roman de Jacky Durand va nous raconter comment, de 1939 à 1944, cet épisode traumatisant s’est construit. Tout en remettant en cause quelques certitudes, ce roman nous offre un admirable portrait de femme en voie d’émancipation. » – Charles-Henri Dahlem (voir sa chronique complète)

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« Marguerite fait partie de « ces petites mémères » de qui Jean Rochefort a déclaré un jour qu’il aimerait qu’on leur fiche la paix après ce qu’elles ont vécu, tant ce fut douloureux, honteux, perturbant, injuste aussi parfois.

Car cette Marguerite – là a vécu du mieux qu’elle a pu entre septembre 1939 et l’été 1945, dans son petit village de l’Est de la France où chacun sait et commente ce que fait le voisin. D’ailleurs, sa voisine Germaine ne s’est pas fait défaut de les observer, elle et son mari Pierre, derrière son rideau, pas très loin du cadre rayé d’un ruban noir qui représente son fils Célestin, mort au combat. Et pourtant Germaine deviendra une alliée, une amie pour Marguerite durant toutes ces années de solitude, seule à en crever, tenant bon et exécutant toutes les tâches, même les plus dures, que faisait son Pierre « avant ». La vieille dame la soutiendra, lui offrira de vrais repas cuisinés, dans de vraies assiettes, à elle qui n’en peut plus de fatigue et mange à même la casserole les légumes qu’elle fait pousser au potager, près du feu qu’elle se tue à alimenter du bois qu’elle peine à bûcheronner et à détailler en bûches sur son billot, comme un homme.

Car elle fait tout comme un homme, comme son homme, celui qu’elle a épousé un mois avant la guerre, dont le souvenir du corps et des caresses vient la troubler quelque temps, ravivé par l’odeur de vêtements qu’elle ne lave pas, puis, les mois et les années passant, qu’elle finit par ne plus reconnaître comme étant ceux de ce Pierre qu’elle attend, qu’elle attendait, qu’elle n’attend plus. Le cœur muselé, la libido cadenassée. Marguerite ne sait même plus ce qu’elle attend. Les lettres maladroites se sont interrompues, une escapade un soir de Noël vers la ligne Maginot reste un souvenir flou.

Dans cette grisaille, ce dés-espoir au sens littéral, un rayon de soleil, une piqûre d’énergie : André, le jeune Gitan qui vient tous les dimanches chez elle manger un vrai repas et recevoir les vêtements qu’elle a préparés pour lui ; Raymonde, l’employé des Postes qui lui trouve un petit travail dans son service et fait en secret passer des juifs de l’autre côté de la frontière. De la tendresse, de la confiance, de l’énergie pour se trouver encore une raison d’être là, dans ce paysage morne et étouffant des années de guerre.

Alors, que s’est-il passé pour qu’au lendemain de la Libération, des hommes excités comme des fauves avides de sang, s’emparent de Marguerite et de son amie Josette, la malmènent et la poussent sous les griffes de la tondeuse du coiffeur local ? La poussent vers le désespoir et la douleur, jusqu’à se réfugier dans cette roulotte de la famille gitane qu’elle a tant aidée ?

Roman à l’écriture incisive, lapidaire parfois, ou bien se délectant de longues évocations du monde villageois de l’époque, là où rien n’est facile, rien n’est limpide, ni les méandres des pensées de Marguerite, ni l’hypothèse d’un future tellement hasardeux.

Quand Frantz, cet Allemand atypique, fait son entrée dans la vie de Marguerite, c’est un petit souffle d’air léger qui arrive avec lui. On s’en veut de s’attacher à lui, tout comme Marguerite, et au final, on se dit : pourquoi pas ? Si l’humanité et la bienveillance dans ce monde fruste doit venir de l’ennemi, pourquoi pas ?

L’auteur ne juge pas, ne prend pas clairement position, n’exclut pas non plus la résilience. La vie n’est pas faite que de noir et de blanc, de tort et de raison. Facile ? Peut-être. Utile ? Sans aucun doute. » – Evelyne Grandigneaux

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« Marguerite », premier roman de Jacky Durand, raconte l’histoire d’une jeune femme, mariée peu de temps avant la seconde guerre mondiale, rieuse, amoureuse, courageuse, qui du matin au soir vaque à ses occupations ménagères, brique son intérieur, prépare ses repas, s’affaire dans l’attente de son homme, une femme parfaite. Pierre, le mari, est viril, brave, entiché de sa jeune et belle femme, un homme parfait. Lorsque la guerre dérange ce bel ordonnancement et que Pierre doit rejoindre le front, Marguerite se retrouve seule et fait face.
J’ai aimé la composition du roman même s’il s’ouvre sur une scène des plus cruelles. Nous sommes alors en 1944, au mois d’août, époque à laquelle une partie de la France est déjà libérée. Puis, en un long flash-back, toute l’histoire est déroulée qui permet de remonter le cours des vies. Seule, Marguerite continue sa vie, se bat pour sa liberté, commence à travailler pour subsister, fait des rencontres. C’est d’abord André, qui fuit avec sa maman et sa fratrie devant l’avancée des Allemands. Elle lui donne des vivres, le gâte et s’en fait un ami qui l’aidera à couper son bois. Et puis il y a Germaine, sa voisine, Raymonde, la postière, femme de conviction, et enfin Franz, le soldat allemand, ses yeux azur et ses cheveux blonds, différent des autres, honnête, attentionné.
J’ai lu ce roman sans véritable ennui mais sans passion. Certes l’auteur nous raconte ce moment dramatique de notre histoire à travers les yeux de son héroïne, naïve, optimiste, généreuse. Certes, il nous démontre que personne n’est jamais ni tout blanc, ni tout noir, et que le méchant n’est pas obligatoirement celui auquel nous pensons. Certes, il souhaite nous démontrer à la toute fin de l’ouvrage que l’espoir est toujours permis et que la vie finit par triompher. Mais je n’ai pas adhéré à l’écriture d’une grande banalité, sans relief, sans la moindre originalité. Je n’ai pas, non plus, réussi à vibrer, à entrer en empathie avec cette Marguerite. J’ai lu ce récit comme un documentaire : des faits, rien que des faits. Même les scènes d’amour ou de désir enfoui ne m’ont pas transportée. En un mot, je suis un peu restée au bord du chemin et j’en suis désolée. – Geneviève Munier
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Marguerite est une toute jeune mariée quand la guerre commence et que son mari Pierre part sur le front. Elle n’a eu que 4 semaines pour démarrer sa nouvelle vie, apprécier la force de son homme, la vie de couple et l’amour au quotidien. Du jour au lendemain Marguerite se retrouve seule, son homme lui manque mais il va vite revenir, la guerre ne va pas durer. Marguerite organise sa vie, elle ne côtoie personne, ne parle à personne sauf à Germaine, la vieille et solitaire voisine. Les mois passent, la guerre se prolonge, les espoirs de retour de Pierre s’amenuisent et Marguerite mûrit et grandit. Elle se débrouille, s’autonomise. Elle ne se mêle pas aux autres, ne juge pas et refuse toute compromission. Les rencontres qu’elle fait sont importantes et belles. La fin de la guerre approche et Marguerite prend conscience qu’elle risque de perdre quelque chose qu’elle a acquis de longue lutte, j’ai trouvé ces passage très justes.
J’ai beaucoup aimé ce roman, son héroïne, la façon dont elle mène sa vie seule. J’ai beaucoup aimé Raymonde, André, Frantz. L’auteur nous montre que les mauvais ne sont pas forcément ceux que l’on pense et c’est souvent comme ça dans la vie. L’écriture est belle, fluide et forte, voilà mon premier coup de cœur de la sélection 2017. Je me suis toujours demandé comment j’aurais vécu et agi si j’avais eu à vivre pendant la guerre. Je sais que j’’aurais aimé être une Marguerite !
Une des belles phrases … « La solitude a vitrifié le désir mais le besoin de bonté, de générosité, de douceur a survécu au tunnel de la guerre. » – Frédérique Camps
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Lire également les chroniques de Dominique, Nicole, Joëlle
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