En route pour la session d’automne !

Comme nous l’avions annoncé, l’aventure des 68 premières fois se déroule désormais sur deux sessions annuelles. La première est en cours depuis janvier. 55 lecteurs ont pu découvrir les 17 premiers romans de la sélection d’hiver qui vont continuer à voyager jusqu’à fin juillet (et dont les chroniques sont disponibles sur ce blog). Mais déjà, les exemplaires de la rentrée d’automne commencent à arriver dans nos boîtes aux lettres…

Voici donc venu le moment d’embarquer pour la seconde session !

68 Sac et marque page

Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un mail à 68premieresfoisofficiel@gmail.com afin de recevoir la charte et le bulletin d’adhésion à l’association.

Vous verrez, les règles du jeu sont simples :

  • s’engager à lire en priorité les livres reçus afin de garantir la fluidité des voyages,
  • s’engager à chroniquer les livres lus via les outils de votre choix (blog, réseaux sociaux, sites communautaires…),
  • être toujours de bonne humeur et bien sûr être à jour de sa cotisation annuelle à l’association.

La session d’automne démarrera début septembre et se poursuivra jusqu’à la fin de l’année. Pour mémoire, vous lisez à votre rythme, aucune obligation de lire toute la sélection, c’est à vous de décider.

Alors, tenté ? Nous attendons votre candidature avant le 30 juin 2017.

A très vite !

La tresse – Laetitia Colombani

A travers le destin de trois femmes que tout sépare, Laetitia Colombani tisse une histoire pleine d’humanité qui touchera sans aucun doute un grand nombre de lecteurs… à commencer par ceux des 68 premières fois, déjà sous le charme.

La tresse

« Portée par une plume sensible, délicate et parfois crue, Laetitia Colombani nous entraîne à travers trois continents pour nous dresser (et même tresser) le portrait de ces femmes attachantes, si différentes mais que leurs combats relieront par un lien indéfectible.
Elle dose à la perfection chaque détail qui compose la personnalité et la vie de ses trois héroïnes, sans jamais faire dans le larmoyant, ni le « trop facile ». Son écriture est maîtrisée, ses portraits aussi et quel plaisir pour la lecture !  » – extrait du billet de blog d’Amandine Cirez, l’une des premières à découvrir le roman.
                                                            ______________________
3 vies de femmes aux antipodes les unes des autres.
3 destins à reprendre en main.
3 femmes fortes devant l’adversité.
3 courages pour s’extraire des diktats de la société.
3 récits entrelacés comme les 3 mèches d’une tresse.
Et même si l’on sait très bien où l’on va, on se laisse captiver par ce court roman.
Smita, l’indienne, l’intouchable nous émeut car on sait qu’elles sont nombreuses à partager son sort, à vivre dans ce monde si cruel où la vie d’une femme n’est rien. Où il faut se battre chaque jour pour survivre et nourrir ses enfants. Et Smita ne veut pas de cette vie pour sa fille. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour que sa fille ait un minimum d’instruction, elle qui ne sait même pas lire.
Guilia la jeune sicilienne se retrouve dans l’obligation de sauver de la faillite l’entreprise familiale. Il lui faut trouver de nouvelles idées et moderniser ce qui n’est pas facile car elle se heurte aux traditions et au conservatisme de son entourage. C’est le personnage qui m’a le moins marqué. Elle est jeune, forte, et pour elle il y a un avenir, même si celui-ci n’est pas simple.
Sarah, la canadienne est la businesswoman parfaite. A force de travail elle était presque arrivée au sommet. Et voilà que tout s’effondre avec la maladie. Dans son monde sans concession il ne faut jamais faiblir, surtout quand on est une femme. Elle doit se battre contre sa maladie sans rien laisser paraître. Et pour cela elle est seule.
Ce roman est un hommage au courage des femmes pour sortir du tracé imposé par la société.
Ce récit au style fluide et sans pathos est un magnifique portrait de 3 femmes que nous refermons à regrets.- Françoise Floride-Gentil
                                                             _____________________
C’est la lutte des femmes, sous 3 continents, dont 3 d’entre elles nous sont contées par Laetitia Colombani. 3 portraits organisés selon un schéma narratif bien ficelé, sans en privilégier une par rapport à l’autre dans un impeccable découpage propre à un scénario, tendu vers un final qui les relie imperceptiblement vers une mondialisation globalisée.
Smita l’indienne Intouchable, Giulia l’italienne palermitaine et Sarah la working-girl canadienne sont des battantes, des femmes fortes auscultées dans leur intimité dont on suit le cheminement de leur conscience d’être au monde pour s’élever, braver le quotidien qui les étreint pour finalement vivre selon leur volonté.
Si j’osais, j’irais jusqu’à affirmer que «La Tresse» est un roman tiré à 4 épingles, qui brosse dans le sens du poil dans une langue sans grande émotion mais avec beaucoup d’humanité et de tendresse vis à vis de ses héroïnes. Un savoir-faire dû sans doute au métier de l’auteure qui consiste à écrire des scenarii appliquant à chaque chapitre qui clôt un espace-temps de la vie de Smita, Giulia ou Sarah, un désir, une envie pressante de connaître la suite de leur histoire et la façon dont chacune s’en sortira et s’échappera de l’ornière dans laquelle elles se débattent individuellement.
Ce livre m’a fait penser au livre de Bourdeaut, « En attendant Bojangles » où tous les ingrédient d’une histoire simple fonctionnent comme une télé allumée qu’on regarde pour passer le temps, sans réfléchir. Ne ratiocinons pas pour autant sur le plaisir d’une lecture agréable, fluide, qui nous fait passer un excellent moment sans S-tress !
Cécile Rol-Tanguy
                                                               ______________________
« Bien mieux que des études statistiques, sociologiques ou politiques, l’auteur nous donne à comprendre, à ressentir, à partager les injustices qui perdurent, la discrimination qui persiste, le machisme qui continue à régir les relations. Par-delà le niveau social et par-delà les cultures. La tresse est aussi le roman de la détresse. Ce qui le rend dramatiquement beau et universellement juste. » – Extrait du billet de blog de Henri-Charles Dahlem pour qui La tresse est un véritable coup de cœur.
                                                                _______________________
« Ce n’est pas un roman féministe mais plutôt sur la condition féminine à travers trois pays très différents. Ces femmes qui veulent s’émanciper d’une vie qu’elles ne souhaitent plus subir et s’en donnent les moyens à toute épreuve. » – Extrait du billet de blog de Héliéna Gas
                                                               _______________________
« Trois continents, trois femmes face à leur destin…
Lætitia Colombani retrace le destin de femmes courageuses et déterminées, elle tisse habilement les liens entre les trois histoires et sait entretenir le suspense à la fin de chaque chapitre. La construction en courts chapitres, l’alternance des trois histoires, la mise en page très aérée et l’écriture fluide (mais pas exceptionnelle) rendent la lecture très agréable. C’est le genre de livre qu’on a envie de retrouver pour connaitre la suite de l’histoire. A noter que la partie sur l’Inde est bien documentée, on y retrouve les coutumes et traditions de ce pays.
Avec un sujet d’une grande originalité et un traitement bien maîtrisé, ce livre sera peut-être, comme le dit son éditeur, le roman de l’été. » – Extrait du billet de blog de Joëlle Guinard

Maestro – Cécile Balavoine

Comment d’une passion d’enfance devenue passion de toute une vie, réussir l’alchimie d’un roman qui touche à l’universel ? Passions amoureuse et musicale se lient sous la plume élégante de Cécile Balavoine pour offrir au lecteur un pur moment de grâce.

Maestro

 » Ivresse, lumière, plénitude. » Ces trois mots que Cécile Balavoine fait prononcer à son « Maestro » à propos de la musique qu’il dirige résument à eux seuls les émotions ressenties à la lecture de ce roman. « Maestro », c’est une rencontre, entre une enfant et la musique, d’abord, celle de Mozart. Un coup de foudre pour l’enfant génie de la musique, une évidence qui fait sens dans sa vie. La petite fille grandit, le rêve de faire de la musique sa vie s’éloigne brutalement. Mais Mozart, lui, reste. Habitée par sa musique et par son personnage, Cécile, devenue jeune fille, ne cessera de le croiser sur sa route, volontairement, dans ses pèlerinages annuels à Salzbourg – « c’est bien dans cette ville qu’il faut être », où la présence de Mozart est encore si forte, ou bien au hasard de ses rencontres, à New York, Paris ou Venise. C’est une autre rencontre, déterminante dans sa vie, qui nous est racontée ici, sous la forme d’une confidence. La rencontre avec le Maestro, grand chef d’orchestre que Cécile, devenue journaliste, doit interviewer par téléphone. Et c’est, à nouveau, comme une évidence. Leurs voix se reconnaissent, et bientôt l’envie d’être ensemble, le désir de caler leurs vies sur la même pulsation, celle de la musique, et de l’émotion pure, forte, vitale, dépasse toute forme de raison. Nous assistons à la confession, tout en chuchotements, de la passion avouée de Cécile « pour un mort, son mort, notre mort, Mozart », en même temps qu’à la naissance d’une passion amoureuse d’une force inouïe. L’écriture est aussi douce et sensuelle que forte et passionnée, emprunte de la musicalité de Mozart, dont l’œuvre magnifique s’égrène à mesure que les amants se découvrent.  » La juxtaposition du sensuel et du sacré. « – Amélie Muller.

« Aucune maladresse, aucune fausse note à ce premier roman, abouti et singulier, que l’on a envie de ne pas quitter, pour garder cette chaleur, en réécoutant Mozart, évidemment. » – Extrait du billet de blog de Charlotte Milandri

                                                      __________________________

Se peut-il qu’un coup de foudre – Love at FIRST sight, disent d’ailleurs les Anglais – naisse à retardement ? C’est en tous les cas ce qui m’est arrivé lors de la lecture du premier roman de Cécile Balavoine, « Maestro ». A la page 18 très exactement, mon cœur a commencé à battre la chamade, mon corps à frissonner, ma tête à s’envoler. Oui, c’est vraiment au moment où Cécile, journaliste a appelé le « Maestro » pour une interview téléphonique, au moment où, comme elle, j’ai commencé à l’entendre que j’ai compris. J’ai compris que ce livre serait important, qu’il allait m’emporter, m’embarquer dans une aventure hors du commun.
Car ce récit, qui raconte l’histoire d’une jeune femme, tombée sous le charme de Mozart, et plus encore, lorsqu’elle avait neuf ans, et qui, devenue adulte et journaliste continue de vénérer ce fabuleux musicien, aurait pu être une banale histoire d’amour. Il aurait pu être un catalogue répertoriant les qualités de l’artiste, la liste de ses œuvres ou ses meilleurs interprètes. Il n’en est rien.
Ce roman frise, à mes yeux, la perfection : Pas un seul temps mort, pas un passage qui n’ait sa juste place, pas un mot qui ne soit mal choisi. L’écriture est magistrale et traduit à merveille les ressentis de Cécile, amoureuse d’un mort depuis son plus jeune âge et qui le retrouve dans la voix d’un autre. Cette voix, elle la décrit si bien qu’elle sort du livre pour arriver à mes oreilles. Le « Maestro » m’enveloppe aussi qui exsude la fragilité des grands, une difficulté à vivre l’ordinaire et la crainte présente face à un sentiment d’une force peu commune : « J’ai peur, Cécile. J’ai peur de ne plus pouvoir me passer de vous. J’ai l’impression que tout s’effondre. Vivre avec vous est impossible, vivre sans vous l’est tout autant. » Non, ce n’est vraiment pas une histoire d’amour banale mais un concentré de passion sublimée, de beauté intérieure, de gestes magnifiés par des expressions subtilement entrelacées où la musicalité des phrases fait écho à celle des morceaux du Maître glorifié. Cet ouvrage je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté, entendu, respiré, vécu. Et puis, il y a les scènes d’amour magnifiquement dessinées, empreintes d’une flamme indicible, vécues jusqu’à l’infini. Les moments où les corps se rencontrent sont tout à la fois abreuvés de ravissement, de délectation, mais aussi nimbés d’une immense pudeur. Tout est beau, aérien, voluptueux.
J’avoue avoir été touchée au-delà de toute raison par cette lecture et reste coite devant tant de talent. J’aurais même envie de distribuer un bon point supplémentaire pour la partie « remerciements ». Je l’ai lue avec un immense plaisir tant elle était recherchée et formidablement rédigée. Trouver par ailleurs un nom ami parmi les personnes citées fut un véritable bonheur.
En un mot, comme en cent, cette découverte est, je l’ai dit, un coup de foudre. L’impact en a été magique et le tonnerre résonne encore . – Geneviève Munier
                                                                 _________________________
Maestro m’a percutée. Dès les premières pages, un mot s’est imposé à moi et a martelé jusqu’à devoir l’énoncer à voix haute pour m’en débarrasser : « abouti ». Le rythme ; l’écriture directe, confiante ; les entrelacs du présent et du passé, du présent et des passés ; la sincérité du propos qui n’a plus peur de se dire sans éprouver la nécessité de convaincre ou de plaire… C’est un roman abouti qui s’impose à moi dès les premières lignes. Cécile Balavoine égraine au fil des pages les rendez-vous manqués, les malentendus, les ratés, les rêves avortés, les espoirs et déceptions qui scandent et entravent un chemin. Mais sans nous alourdir, sans nous en faire l’apogée, ni un drame encore moins une explication de texte. Avec élégance et pudeur, par petites touches, si infimes parfois qu’on pourrait passer à côté d’une information délivrée en catimini, l’auteur tisse point par point, dans un ordre qui ne répond à aucune logique sinon à celle d’une vie dont on ne mesure que trop peu les hasards ou les bienvenus : les événements, réminiscences, rencontres et éprouvés de son histoire.
Une voix, un père, Mozart, des amants, un Amour. Le père, première figure centrale, d’amour, d’attente et donc de pression et de cran d’arrêt. La rencontre amoureuse et sensuelle avec le piano d’abord. Et puis Mozart et la musique ! Heureuse de ne plus être seule, joyeuse de la découverte d’un univers, Cécile grandit dans et avec la musique et en ami intime Wolfgang. Un lien incontournable, une connexion inexpliquée, s’impose en maître et avec lui le poids d’une différence à assumer, la douleur d’un non-sens envahissant, mais indéniablement là, mystérieusement familier. Et puis cet invisible qui se glisse, ces souvenirs d’antan non vécus et pourtant si palpables, si ancrés en elle, et qui racontent un passé lequel trouve son écho dans le présent…On devine l’angoisse par moments d’être ainsi traversée et écrite par d’autres fantomatiques si proches et si lointains ; l’angoisse d’inventer sa singularité dans un écrin cousu main depuis des lustres en vivant pleinement son présent dans tout ce qu’il comporte de beau et de puissant.
Les énigmes se faufilent entre les pages sans jamais se dévoiler, fuyant la démonstration éclairée d’un nœud tragique à solutionner en ménageant son effet. C’est plus fin, plus subtil, et ces noirs-obscurs délivrés ça et là suscitent le désir vivant dont la narratrice semble si bien accepter les latences, les absences, les patiences. Cécile Balavoine nous offre la mise en mots, le roman sur l’évidence. L’évidence que l’on sait nommer, facile, un peu goguenarde, dans un tombé de sens qui n’appelle aucun effort. L’évidence qui nous chahute le corps, nous enrobe de son ambiance : la sensation avant qu’elle ne soit pensée, qui n’est pas sans convoquer l’inquiétante étrangeté, l’Umheiliche d’un autre autrichien très célèbre : l’inquiétant dans le familier, le déjà-vu dans la nouveauté, la peur du nouveau qui nous est si proche… Les deux amants n’auront de cesse de se dire leurs peurs et leurs hâtes pourtant de se voir, se revoir et ne plus se lâcher, dépourvus et emportés par l’évidence d’un amour qui se reconnaît par la voix, par l’évidence d’un vieil amour naissant ? L’évidence qui nous dépasse, nous déborde, nous submerge et ne se devine que dans l’après-coup, peut-être, pas toujours. Elle ne se laisse jamais attraper de toute façon cette évidence là : on la touche du bout des doigts avant qu’elle ne s’envole encore, un peu comme quand on frôle, l’espace d’une infinie seconde, une vérité : laquelle éclaire et fait sens, enfin, après laquelle on court, souvent, pour être bien avec soi, toujours. L’évidence comme l’essence portée en creux, l’essentiel qui pousse, tend, aspire, rêve, aime et anime tout ce qui s’éprouve et grandit, tout ce qui heurte et se panse. Les vies dansent des pas qu’on ignore mais qu’on mettra toute une existence à répéter et à magnifier… Merci infiniment Cécile Balavoine : ça chahute, tourneboule, ça résonne si fort depuis que j’ai refermé votre premier et grand roman. Il s’écrit depuis longtemps ce livre, il germait depuis longtemps et a sans doute éclos au moment propice et opportun. Il convoque les questions du destin, de l’inconscient, de la quête. Avec discrétion, à travers une trajectoire, l’écriture limpide diffuse et transmet l’universel des rouages de la vie : ses mystères, ses élans, répétitions, créations, coïncidences ou pas…Le maillage de l’existence. – Karine Le Nagard
                                                           _______________________
Lire également les billets de : TLivresTArts, Héliéna, Nicole

 

La plume – Virginie Roels

Pour son premier roman, Virginie Roels, forte d’une riche carrière de journaliste choisit la politique-fiction, on ne peut plus d’actualité. Mais elle prend le parti du décalage pour rendre la visite des coulisses du pouvoir plus digeste et surtout plus haletante. Sans occulter le fond pour autant.

La plume

Premier roman habile sur les arcanes de la politique, « La Plume » est construit comme un polar. L’auteure parvient à susciter l’intérêt et l’envie du lecteur de mener l’enquête aux côtés de la narratrice, une journaliste un peu looseuse, embarquée par hasard dans une affaire épineuse : Comment le président sortant, lors du débat d’entre-deux tours des dernières élections présidentielles, a-t-il pu commettre l’irréparable et provoquer lui même sa perte, alors que tous les signaux le donnaient gagnant ? Un regard, dans le public, une question posée par un étudiant, voilà le point de départ de ce roman astucieux qui dissèque les relations de pouvoir en politique, les influences des puissants de la République, le mécanisme des petites mains – et des petites plumes ! qui s’affairent dans l’ombre pour l’ascension de quelques uns. Au centre de l’enquête, la manipulation, le langage, l’importance de la communication en politique, qui ne souffre aucun faux-pas et peut mener au succès comme au pire. Bien construit, mêlant flash-back et journal de bord de la journaliste, voilà un roman prenant, intelligent, et par certains côtés, bien sûr, glaçant. Car en pleine campagne électorale, ne sommes-nous pas en plein dans ce jeu de pouvoir du langage ?… – Amélie Muller

« Au moment où la France se choisit un nouveau Président, voilà en tout cas une satire qui donne à réfléchir. Bienvenue et peut-être salutaire ! » – extrait du billet de blog de Henri-Charles Dahlem

La politique : s’il est un mot qui revient beaucoup en ce moment, c’est bien celui-là. Le premier roman de Virginie Roels « La plume » est ainsi totalement dans l’air du temps.
Ce roman de politique fiction… ou pas… raconte l’enquête menée par une jeune journaliste Chrystelle Knox, suite au débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle qui oppose Jean Debanel, président sortant très haut dans les sondages à Yves Cranchon. Que s’est-il passé pour que tout à coup Debanel perde ainsi les pédales ? Car oui, on peut le dire, l’expression pour familière qu’elle soit, correspond à la réalité. En quelques secondes, ce soir-là, Jean Debanel perdit l’élection.
J’ai lu ce livre comme on dévore un roman policier. La construction du récit dans lequel se mêlent les faits et les points d’étape réalisés par la journaliste au fur et à mesure de l’avancée de ses trouvailles maintient parfaitement le lecteur en haleine. Avec brio, une écriture vive, élégante et primesautière, l’auteur nous livre une étude fouillée quant au poids des media en politique, à l’utilisation de la communication et à la manipulation des électeurs. Tout y est dit des coups tordus fomentés par des personnages tous plus ambitieux les uns que les autres, des ordres donnés à l’un et exécutés par le suivant, des consignes qui dégringolent de ministres en conseillers, de directeurs de cabinet en spécialistes de la question. Chaque personnage possède d’ailleurs une consistance certaine avec, pour ma part une préférence pour Tarrand, le fameux Ministre de l’Intérieur, et la journaliste fort bien représentée.
On sent chez l’auteur une bonne connaissance du milieu qu’elle décrit avec humour, précision, et même parfois délicatesse. J’ai aimé aussi ces petites touches de couleurs dont elle parsème son texte– celle d’un salon, par exemple, où se maria un président avec un ex mannequin – et autres anecdotes qui laissent à penser que tout n’est pas fiction. En tous les cas, des questions se posent… – Geneviève Munier
                                                                    _______________________
La plume venait juste d’être ajoutée à la sélection de 68 quand je suis allée au salon du livre de Limoges et Virginie y était aussi. C’est donc tout naturellement que je suis allée échanger avec elle.
Avenante et gentille, elle venait d’être snobée par une personne qui n’aimait ni la politique ni la fiction et qui avait donc passé son chemin.
Personnellement, je n’aime pas la politique, les actualités et la campagne actuelle n’aident pas depuis quelques mois et La plume m’a confortée dans ce rejet d’un monde de manipulations, de malversations et d’ambitions à tout va.
Par contre j’ai beaucoup aimé le roman, bien construit, bien écrit et l’enquête menée par la journaliste m’a tenue en haleine jusqu’à la fin !
C’est un très bon premier roman qui me fait penser que tout n’est pas fiction, même si toute ressemblance avec des personnages existants, bla, bla, bla, bla … – Frédérique Camps
                                                                   __________________________
Lire également les chroniques de : Delphine-Olympe, Joëlle Guinard, Nicole G, TLivresTArts

Mon ciel et ma terre – Aure Atika

Le roman d’une femme libre (inconséquente diront certains), et l’hommage émouvant d’une fille à sa mère, personnage fantasque, bohème, parfois indigne, mais si inspirant. Un roman qui possède plusieurs facettes et plusieurs degrés ce qui explique les ressentis très divers des lecteurs. Mais un témoignage plein d’amour et d’admiration.

Mon ciel et ma terre

Que cette douleur est bien écrite ! Voilà l’exclamation qui s’est imposée très vite à la lecture de ce témoignage. Mais a-t-on le droit de parler de douleur quand rien dans ces lignes toutes en pudeur et en poésie ne vient geindre une plainte, ni démontrer une blessure ? Rien n’est larmoyant, tout est vivant et vrai.
Avoir pour mère un personnage de roman : tout un programme… Aure Atika nous dresse le portrait d’une femme incandescente, inclassable, à l’originalité élégante, emportée, aventurière des temps modernes. Sauf que cette femme, cette Ode à la vie, est aussi une mère, Odette, laquelle élèvera sa fille en poursuivant ses lubies, ses envies, ses furies. L’écriture se veut authentique, directe et incroyablement douce. Comme si, tout en disant simplement ce qui est et ce qui a été, l’auteure avait privilégié la tendresse et la fantaisie, peut-être pour ne pas risquer le jugement à l’emporte pièce de cette mère peu académique. Et en effet nulle envie de s’offusquer ou de condamner en découvrant page après page une Ode pleine d’entrain et de joie mais dont les tourments et l’immédiateté des humeurs auraient pu suffire à provoquer des dégâts ou des béances pour une enfant.
J’ai lu ce premier roman comme une énième preuve d’amour de cette fille à sa mère malgré le cœur flamboyant et à vif de celle-ci. Plus que l’extravagance et la liberté de Ode/Odette, c’est bien la fille, sa présence généreuse, indéfectible et solide, que j’ai admirée tout au long de ces lignes à l’écriture vive, poignante, et si justement imagée pour dire les sentiments d’abandon, de honte, l’admiration sans bornes et l’amour inconditionnel de l’enfant.
Aure Atika n’élude pas la colère, à l’âge de l’envol, de l’entêtement nécessaire pour trouver sa place ; mais à aucun moment nous ne la ressentons, cette colère, qui aurait pu somme toute être légitime. Amour pacifié ? Finalement qu’importe ? Il est d’autant plus beau et grand de pouvoir porter un regard nu, sans ressentiment ou critique, sur sa mère, ou plus exactement sur la femme qu’elle aura été : fille de, sœur, amante, avec des fêlures, des failles, des rêves et des espoirs. Je reste encombrée d’un sentiment étrange, trop interprétatif à mon goût ; sans doute car il s’agit du lien mère-fille qui m’interroge tellement… et dont j’aimerais pouvoir discuter encore et encore après la fermeture du livre. Gageons que Odette aura mesuré sa chance d’avoir comme fille cette femme, Aure, laquelle lui aura écrit une Ode singulière et émouvante et surtout, en plus bel hommage, l’inscription de son identité propre, au-delà d’Elle, droite et debout entre le ciel et la terre ? – Karine Le Nagard
                                                            __________________________

Un très bel hommage à sa mère pour ce premier roman-récit. J’ai été touchée par ce livre car il parle d’une femme, que l’on pourrait juger, à premier abord, comme une mauvaise mère. Elle laisse sa fille, seule, et il faut qu’elle se débrouille souvent seule. Aude Atika nous raconte son enfance et nous décrit aussi l’air du temps de cette époque et en particulier, le monde de la bohème de Paris et celui-ci de la photographie et du cinéma. Car sa mère a fait du cinéma et de la photographie. L’auteure a peu connu son père et a vécu seule avec cette mère, indépendante, volage, futile. Ce texte est un admirable hommage à une femme, à une mère et j’ai beaucoup aimé sa délicatesse et tendresse pour nous parler de son quotidien de petite fille. De belles pages mais terribles sur les moments de solitude de cette jeune enfant. – Catherine Airaud

« Si ce roman est réussi c’est certainement parce que Aure Atika trouve la juste distance, la bonne tonalité pour permettre au lecteur d’entrer en empathie avec Ode. Mais par-delà le personnage de la mère, c’est aussi la fille qui se dévoile, donnant à voir quelques-uns des ingrédients qui la constituent et font toute sa richesse. Ce qui rend la démarche particulièrement touchante. » – extrait du billet de blog de Nicole G.

Les préjugés ont la vie dure qui classent chaque individu dans une case bien définie, comme une mercière ses boutons dans un tiroir, en fonction de leur couleur. Alors, quand j’ai vu le nom d’Aure Atika sur l’étagère d’une librairie entre Natacha Appanah et Olivier Bourdeaut, je suis restée coite, dubitative, sceptique. S’agissait-il vraiment de cette actrice que j’aime tant pour son talent, sa classe et sa beauté ? Actrice, certes, mais romancière ? Pour une surprise, c’était une surprise… et une belle, je l’avoue, une fois le livre refermé. « Ode était mon ciel et ma terre. Elle était mon ode. Tout un poème. » Voilà, tout est dit dans ces quelques mots. Ce premier roman d’Aure Atika est en effet un véritable cri d’amour, une élégie poignante, une déclaration de tendresse, d’un attachement sans faille, d’une admiration sans borne, un hymne à sa mère, Odette, Ode comme elle aime à se faire appeler. Cette dernière est pourtant bien loin de l’image de la mère classique. Elle n’est pas du genre à préparer du chocolat chaud et des tartines, à astiquer une maison parfaite, à entourer sa fille, la protéger, la rassurer. Elle part sans crier gare, laissant une petite fille éplorée, revient sans prévenir, étonnée. Elle parle, elle pleure, elle souffre et sa petite est là. Elle la console de ses chagrins d’amour, elle a mal pour elle dans ses moments de manque, elle la suit dans ses nuits de débauche. Elle est la petite, mais aussi l’adulte. Elle est la fille, mais aussi la mère. Pourtant elle aime cette mère fantasque, l’admire et ne voudrait pour rien au monde en changer. J’ai beaucoup aimé l’écriture d’Aure Atika, à la fois simple et légère, qui sert parfaitement ce récit. Les mots sont précis qui dépeignent le regard de l’enfant porté sur l’adulte. A aucun moment elle ne juge, et me permet à moi, lectrice, d’entrer en empathie avec le personnage. Elle se contente de décrire cet univers avec beaucoup de justesse, une grande pudeur et sans acrimonie. En racontant l’histoire de sa maman, c’est la sienne aussi qu’elle nous dévoile, la façon dont elle s’est construite et qui la rend plus importante encore à mes yeux. C’est vraiment le très beau portrait d’une mère imparfaite à travers les yeux amoureux de sa fille. – Geneviève Munier

Fille unique d’une mère un peu bohême, Aure Atika retrace les souvenirs d’une enfance pas tout à fait comme les autres et évoque surtout l’amour inconditionnel qu’elle portait à cette femme très indépendante. Une relation fusionnelle où l’enfant est souvent considérée comme une adulte.
On retrouve l’ambiance des seventies, les expériences borderline, l’esprit de créativité insouciante qui en était la marque. C’est un témoignage assez touchant dans son absence de prétention, mais je n’en garderai pas un souvenir marquant. – Merlieux L’enchanteur
                                                                    ______________________
« Et le lecteur de découvrir et d’apprécier, étonné, cette artiste qui se dévoile avec pudeur. On sent qu’elle a toujours peur d’en dire trop ou pas assez pour nous faire comprendre et mesurer la réalité de cette mère qu’elle révèle dans ce cri d’amour magnifique. Alors avouons-le, c’est une très belle surprise ce premier roman d’Aure Atika à l’écriture fluide, pudique et touchante à la fois. » – Extrait du billet de blog de Dominique Sudre
                                                                  _________________________
je suis très ennuyée, perplexe, partagée, etc… Je viens de finir le livre de Aure Atika, Mon ciel et ma terre, un texte intime, simple, sincère d’une relation mère fille, dans un univers peut être déjà trop lu pour moi, les enfants de parents déjantés des années 60 et 70, du charme, de la créativité, de la coke et autres substances, le sens de la liberté et de la différence. Une mère très liée à sa fille et inversement. Une écriture agréable, des passages très réussis, d’autres plus consensuels ou distanciés. J’ai lu sans vraie émotion, et sans désintérêt non plus. Je l’oublierai vite. à vous de voir. – Martine Magnin
                                                                  __________________________
J’ai été sincèrement touchée par ce témoignage pudique, émouvant, sensible. Que de jolis mots pour parler de cet attachement à la mère, de cette relation fusionnelle malgré tout… En effet, ce qui aurait pu être de l’ordre du jugement se transforme en hommage à la mère. « Ode était mon ciel et ma terre. Elle était mon ode. Tout un poème. » – Anne-Christine Busnel
                                                                 __________________________
Lire également les billets de blog de : TLivresTArts, Joëlle, Héliéna,

Elle voulait juste marcher tout droit – Sarah Barukh

La seconde guerre mondiale, ses conséquences et la vie d’après vues à hauteur d’enfant… Dans les pas de la petite Alice, le lecteur embarque pour une épopée qui le mènera jusqu’à New York et lui fera côtoyer des héros et des anti-héros plus attachants les uns que les autres. Un roman d’aventures et d’apprentissage.

Elle voulait juste marcher tout droit

« Alice est particulièrement émouvante dans sa fraicheur, sa naïveté et sa quête d’amour. L’auteure a parfaitement bien réussi à se mettre dans sa peau de cette petite fille très volontaire et courageuse assaillie de multiples questions qui restent sans réponse mais bien décidée à faire exploser la chape de silence qui l’entoure. « Pour savoir où l’on va, on doit savoir d’où l’on vient. »
Un premier roman très réussi sur les secrets de famille, sur la filiation sur un fond d’histoire passionnant. Un vrai page-turner. » – extrait du billet de blog de Joëlle Guinard 

                                                                 ___________________

1943, Salies de Béarn, Pyrénées. Alice a 6 ans, elle vit avec Jeanne, sa nourrice. Aux pourquoi qui se bousculent dans sa bouche d’enfant, « pourquoi ne faut-il pas sortir seule pour aller chercher l’eau au puits ? Pourquoi faut-il prendre garde de ne pas gâcher les quelques réserves de nourriture ? Pourquoi doit-elle dire à tout le monde qu’elle est la fille d’Armand, le fils de sa nourrice, pourquoi ses camarades se moquent-elles ? Pourquoi les Allemands sont-ils venus chercher son camarade Thomas ? Pourquoi le papa de Claudine n’est-il toujours pas revenu ?… » La réponse est toujours la même : « Parce que c’est la guerre. » 1946, Paris. Alice a neuf ans, elle vit avec sa mère, revenue la chercher après la Guerre, dans un minuscule appartement qui tient aussi lieu d’atelier de couture. Sa mère, qu’elle pensait forte, est presque un fantôme. Tantôt épuisée, silencieuse, tantôt tremblante et effrayée par quelque chose qui est en elle, ancré dans son regard. Il y a aussi Monsieur Marcel, qui parle peu mais sort tous les jours pour aller consulter les listes de survivants, et qui revient invariablement abattu, plus seul que jamais. Aux questions qu’Alice se pose sur sa mère, sur cet endroit dont elle et Monsieur Marcel sont revenus si vides, sur les chiffres tatoués sur leurs avant-bras, sur ces listes interminables de noms qui rendent Monsieur Marcel si malheureux… la réponse, toujours la même : « la guerre est finie, mais c’est compliqué… » Et puis il y a la maladie de sa mère, qui forcera Alice à quitter de nouveau cette vie, ceux qu’elle commençait à aimer, sa mère, son seul ami Jean-Joseph, Paris et son rêve d’en connaître enfin un peu plus sur sa mère et son passé. 1947, New York. Le père d’Alice s’est fait connaître aux services sociaux, elle a donc dû quitter sa mère mourante pour aller vivre chez lui et sa femme, à New York. Aux questions qu’elle se pose sur cet homme qui ne semble pas avoir envie de la connaître, sur son oncle Vadim, grand reporter de guerre revenu aveugle après avoir couvert le Débarquement, qui partage sa chambre, et qui gronde dès qu’elle veut lui parler, Alice n’a toujours aucune réponse… Mais curieusement c’est auprès de Vadim qu’elle finira par trouver un peu d’attention, quand elle parviendra à lui prouver qu’elle n’est pas une petite fille pleurnicheuse. La guerre est finie, mais les questions sont toujours là… Et ce qu’Alice veut plus que tout, c’est revoir sa mère… Une saga extrêmement bien faite sur la guerre, vue à hauteur d’enfant. Une construction maîtrisée, des personnages touchants, une petite fille attachante, réaliste, qu’on a envie d’aider. Une très belle lecture, un premier roman roman prometteur.- Amélie Muller

                                                        ______________________

« Elle avait toujours aimé lire, et n’avait jamais songé à faire de choix selon son âge. Elle se laissait guider par un titre, une couverture, les premières lignes…Parfois, elle sentait que quelque chose lui échappait, elle se disait qu’elle y reviendrait plus tard. Ce qu’elle aimait dans ces histoires, c’était qu’elles étaient évidentes, logiques, et l’évidence la calmait. Il y avait un début, un milieu, une fin. Les méchants étaient souvent punis par les autres ou par eux-mêmes, ceux qui péchaient finissaient par le payer, les bonnes personnes étaient tôt ou tard récompensées. Il y avait un sens, et de ce sens se dégageait l’espoir. » Sarah Barukh nous offre dans ce premier roman une histoire comme ci-dessus décrite. L’espoir en est très certainement le maître mot et magnifiquement incarné par la jeune héroïne Alice, que l’on suit de ses cinq à ses presque dix ans tout au long de son épopée entre le Béarn, Paris et New York. Au début le style simple, direct m’a quelque peu dérangée…Mais je dois bien admettre que je m’y suis faite plutôt rapidement : grâce à la justesse du ton retranscrit, on adhère à l’âge de l’enfant et ce malgré un texte écrit à la troisième personne… J’ai très vite oublié la narratrice ou plutôt je l’ai confondue avec Alice, centrale et rayonnante, dont j’ai écouté la voix nous raconter ses déboires.
L’écriture est trop « évidente » et par là même sans surprise, voire sans effet sur la lectrice que j’ai été. La force de ce premier roman réside dans l’histoire, dans sa construction narrative, son rythme et sa sincérité : on est pris et on y croit ! Alice est une enfant lumineuse, innocente quoique dans un pays en guerre, facétieuse, curieuse et vive. Elle nous fait part avec franchise de toutes ses interrogations dans un monde où la guerre explique tout, donc rien, et de tous les blancs qui perforent son histoire depuis la naissance : de l’absence de mère jusqu’à l’identité d’un père dit inconnu… L’évidence de l’histoire réside dans son déroulé : on est emporté, on a envie de savoir, ce qui échappe se retrouve plus loin, dans les chapitres suivants, et même si on devine assez vite les liens secrets, on s’attache réellement aux personnages qui jalonnent le chemin d’Alice. L’auteure réussit avec brio à brosser leurs portraits au fil des lignes, brièvement, par petites touches : on les ressent, pressent, tous si justement humains dans leurs failles, leurs souffrances, bravoures, renoncements…
C’est un roman très généreux. L’authenticité et le désir vivant de l’enfant rayonnent une belle espérance malgré le sombre d’une époque et le cruel auquel la vie expose parfois. L’écriture proprement dite ne m’a pas transportée mais j’ai malgré tout voyagé et n’ai pas un seul instant douté des personnes croisées et d’Alice, enfant intrépide. Premier roman comme une promesse. Je ne serais pas étonnée de voir, après l’avoir lue, cette histoire sur grand écran un jour…  – Karine Le Nagard
                                                        _______________________
Si les qualités d’un roman se mesurent à la vitesse avec laquelle le lecteur tourne les pages, au désir qu’il a d’arriver au bout pour connaître la fin de l’histoire, aux sentiments éprouvés pour certains personnages, alors « Elle voulait juste marcher tout droit », le premier ouvrage de Sarah Barukh, en a quelques-unes, mais… Si j’ai fondu pour Alice, petite fille adorable et personnage principal, chargée d’une profonde tristesse… « Alice se sentait triste… Elle s’en voulait d’être pauvre. Etre pauvre c’était toujours un problème et ça fait de la peine à soi et aux autres. » qui vit chez Jeanne, dans une ferme à Salies-de-Bearn, sans savoir vraiment qui est Jeanne, ni pourquoi elle est là. Si, avec elle, j’ai vibré lorsque sa maman est venue la chercher, si je l’ai accompagnée avec une certaine curiosité tout au long du périple de sa jeune vie. Si je n’ai pas arrêté la lecture, « pressée » d’en connaître les ultimes rebondissements. Si j’ai apprécié certains acteurs de son entourage, il m’a manqué quelque chose pour ressentir un fort bouleversement. La composition du roman peut paraître intéressante, mais très vite j’ai deviné ce qui se tramait. La fin tant attendue m’a, par ailleurs, paru trop rapide, trop sèche, presque trop invraisemblable. La période choisie comme décor, la seconde guerre mondiale, déjà souvent utilisée en littérature reste en filigrane et n’est pas approchée de manière approfondie. Sans doute parce que le point de vue adopté est toujours celui d’Alice, les différents protagonistes sont décrits sans trop de subtilité, classés dans deux catégories : les bons et les méchants. J’eus préféré plus de force, plus de nuances. Sans doute est-ce aussi la raison pour laquelle l’écriture, restée d’une grande simplicité, n’a pas réussi à donner de la hauteur au texte. J’ai finalement lu ce roman sans déplaisir mais sans véritable engouement non plus. Si Alice m’a touchée, je n’ai pas véritablement réussi à entrer en empathie avec les autres personnages que j’ai souvent trouvé caricaturaux. Je le regrette car l’idée était belle. Et je suis certaine qu’il saura toucher le cœur d’autres lecteurs.- Geneviève Munier
                                                                   ________________________
Ce premier roman, avec une très belle couverture (avec une petite fille le long d’une voix ferrée, avec une valise) est le récit de la recherche d’une petite fille. Elle va vouloir savoir qui est sa mère et qui est son père. Nous sommes pendant la deuxième guerre mondiale, Alice vit à Salies en Béarn et Jeanne, sa nourrice, la protège et lui dit souvent de faire très attention. Elle vit alors protégée et ne peut pas partir gambader dans les champs. Elle va aller à l’école et se faire des copines et copains, mais il y a toujours la guerre qui gronde au loin. Puis, un jour, une jeune femme et une assistante sociale vont venir la chercher et elle va alors partir vivre avec cette étrange mère à Paris. Malheureusement, cette mère est si taiseuse, que les questions vont se multiplier et les réponses ne viendront jamais. Celle-ci en plus va tomber gravement malade, et va partir vivre avec son pseudo père et celui-ci vit à New York. Elle va alors se retrouver dans un magnifique appartement de la 5éme avenue mais va être très seule et là aussi aucune réponse à ses questions, questions qu’elle n’ose pas poser d’ailleurs. Mais elle va surtout rencontrer son oncle, Vadim, aveugle bougon mais qui va devenir son meilleur ami et confident et ils vont décider de repartir ensemble vers Paris. J’ai beaucoup pensé à ma lecture « des aventures de Boro » de Jean Vautrin et Dan Franck, qui nous parlait aussi de façon romanesque de cette époque. Certaines pages m’ont fait penser aussi à « la douleur » de Marguerite Duras et sur l’hôtel Lutetia qui était l’endroit où, à la fin de la guerre, étaient établies les listes des disparus des camps. Un roman sensible, qui nous parle de la seconde guerre mondiale à travers le regard d’une petite fille, qui essaie de comprendre le monde et les gens qui l’entourent. De belles pages sur les rapports humains si difficiles, sur les souffrances et les maux de la guerre et surtout du retour de la guerre et des camps et de savoir comment en parler ou de ne pas en parler. L’auteure jalonne ce roman de beaux portraits de personnages et malgré un sujet si tragique, elle en fait un récit touchant et romanesque, nous allons partir de Salies pour Paris et New York, un roman d’histoire et de villes, mais aussi de personnages très romanesques. « La vie n’est pas décevante, tu sais, c’est l’écart entre ce que nous projetons et la réalité qui est intolérable. » – Catherine Airaud.
                                                                       _______________________
« C’est un pari audacieux que prend l’auteure en nous offrant un énième récit sur la guerre d’une part mais aussi et surtout en écrivant cette histoire à partir du regard d’un enfant car le roman pourrait vite tomber dans le surfait, le trop mièvre ou le larmoyant. Mais Sarah Barukh réussit parfaitement à captiver son lecteur, à lui faire ressentir toutes les peines, tous les espoirs d’Alice et des autres personnages qui ont un rôle essentiel dans la construction du roman. Le tout dans un décor parfaitement reconstitué et documenté dans lequel on côtoie fascistes, résistants, strass de l’Amérique, anciens déportés et souvenirs de l’Horreur. »  – Extrait du billet de blog d’Amandine Cirez
                                                       __________________________
« Cela aurait pu être un bon livre, un vrai page-turner, selon le terme désormais consacré. Mais la narration s’est révélée laborieuse et si l’on ne s’ennuie pas – il faut bien le reconnaître – j’aurais aimé être davantage surprise. »  – Extrait du billet de blog de Delphine-Olympe moins convaincue.
                                                      ____________________________
Lire également les billets d’Héliena, Henri-Charles, Martine G., Alice, TLivresTArts,   Nicole

Outre-mère – Dominique Costermans

Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révé­lation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire. (Ed. Luce Wilquin).

Outre mere

Outre-Mère est le récit d’une quête, une quête effrénée, obsessionnelle de son histoire dans l’Histoire, de ses origines, de son identité. Lucie narratrice, fille et enquêtrice, questionne et interroge sans relâche, dans le silence de l’enfance d’abord, puis au cours de recherches administratives et d’échanges ensuite jusqu’à la parole délivrée auprès de sa mère, Hélène, au cœur de ces secrets qui pèsent.
Lucie raconte et est racontée. La première partie du roman peine et nous perd un peu à changer ainsi de voix et d’adresse, dans une logique narrative qui m’a échappé et que j’ai trouvée laborieuse. On patauge un peu dans ce dédale d’informations, dans cette généalogie aux ramifications multiples avec en personnage central et d’emblée révélé dans son horreur le grand-père, Charles Morgenstern.
« J’écris avec lourdeur. J’aligne les faits. Je les organise industrieusement. Je me sens incapable de broder, d’allonger la sauce ; incapable de faire appel à mon imagination pour décrire les contextes et les lieux, le physique des personnages. Incapable ou interdite ? De page en page ce récit me paraît plus sec qu’un rapport de police. » Incapable ou interdite, la question est posée et le lecteur ressent avec l’auteure cet empêchement malgré ce qui l’habite, l’anime et l’obsède. Interdite par une mère, Hélène, tout à la fois emmurée et impériale, mutique et invasive car les blessures vivaces brûlent d’être tues et brillent leurs flammes de vouloir exister et crier une douleur non-dite. De très beaux passages parlent de cette mère ambivalente, défendue dans sa sévérité, dans sa plainte et son emprise, pour ne jamais dire sa peine mais la prôner en étendard afin de s’assurer le premier rôle et l’attache de ses enfants.
« Il me semble parfois que ma mère n’est qu’un trou noir de souffrance (…) ».
Mais à l’instar des trous noirs, toute consolation est immédiatement absorbée par sa force de gravité, ce qui alimente le système en énergie. « Tout l’art pour moi consiste à me ternir au bord de la zone d’attraction sans y tomber ». Hélène est centrale dans ce récit et nomme le chapitre de la deuxième partie intitulée « l’œuvre au noir ». Première phase d’une transformation alchimiste qui changera le plomb en or : l’enrayement de la première partie, « la quête », pour arriver à « la délivrance ». L’écriture de fait s’en ressent et devient plus fluide, plus juste, respire enfin d’être consolée.
La réussite de ce récit réside selon moi dans l’écriture du secret qui asphyxie les enfants, une filiation, un arbre. La honte et le malheur se transmettent et font leur lit dans le silence ordonné, induit, menaçant, de l’indicible à confier. Lucie fait « le choix de faire la lumière sur les zones d’ombres et d’éventer les secrets » et nous embarque dans cette mission honorable et intelligente. « Je sais que les secrets de famille se nourrissent dans l’ombre de nos inconscients restreignant la part de liberté de ceux qui les subissent ». Par devers soi, au-delà de nos consciences, outre les mères, toutes les mères (les arrachées, les quittées, les exilées, les adoptives, les substitutives, les endeuillées) se faufile le venin du secret surtout quand il est vil, laid, effroyable et honteux. Le premier roman de Dominique Costermans réussit à parler le poison infiltré dans nos généalogies quand on tait les douleurs et les crimes. « Nous étions là, tous les trois figés sur le seuil de sa douleur, nous qui croyions être toute sa vie : nous n’étions qu’en marge de quelque chose de terrible, vains petits palliatifs de sa blessure ».
L’écriture est droite, directe et franche et parle très bien la souffrance d’un insondable quand on est pris dedans sans rien y comprendre, quand on porte un héritage, une culture, une identité que l’on n’a pas le droit d’adopter. Et au sujet de la judéité héritée après laquelle Lucie court, pour se raccrocher et appartenir, alors qu’elle gravite encore autour de sa généalogie qu’elle n’ose révéler, elle organise des rencontres avec les petits-enfants des familles touchées par la shoah : « Leur destin s’est construit sur une injonction paradoxale tacite : oublie, n’oublie jamais. Oublie car être juif c’est mortel. N’oublie jamais sinon ils sont morts pour rien ». Ce récit témoigne d’une enquête, d’un questionnement pertinent et courageux et démontre comment un pas de côté offre à éclairer autrement une histoire, la sienne, et à ouvrir d’autres possibles : un avenir soulagé.
Récit, enquête, récit d’une enquête ou roman ? Ou « pré-roman » ? Œuvre au noir peut-être ? Pour transformer cette nécessaire recherche témoignée et déposée en un roman qui ferait revivre tous ces personnages hauts en couleur, en amour, en drames, qu’on ne fait que survoler dans ce récit alors même qu’ils semblent présenter des personnalités riches et ce même, pour certains, dans l’impassible cruauté. Après les avoir pleurés –« est-cela ma mission : pleurer pour tous ceux qui n’ont pu le faire avant moi ? »- après les avoir libérés, leur prêter une plume déjà existante et une voix pour raconter des vies et des cœurs. – Karine Le Nagard
                                                          —————————————–
Combien de familles souffrent de ces zones blanches, ces non-dits qui entourent certains de leurs membres au moment de la seconde guerre mondiale ? Suffisamment pour faire le sel de nombreux romanciers qui puisent là matière à récit poignant. Encore faut-il arriver à faire d’une quête personnelle un témoignage universel. Dominique Costermans y parvient avec brio et permet au lecteur une empathie presque immédiate avec Lucie face au silence de sa mère, Hélène sur tout ce qui touche à sa famille paternelle. Une mère qui refuse farouchement d’expliquer ce silence et c’est malgré elle que Lucie effectuera cette quête pour reconstituer tout un pan de ses racines, de ses origines sans lequel elle ne peut pas elle-même transmettre son histoire. D’où ce superbe titre, « Outre-mère ». Aux côtés de Lucie nous découvrons donc le passé et la vie de Charles Morgenstern, le père d’Hélène qui avait choisi le mauvais côté pendant la guerre, ça, nous le savons très vite. Mais ce n’est que le point de départ car il y a de nombreuses questions à élucider de nombreux morceaux à rassembler pour que le puzzle prenne forme et que l’histoire puisse enfin être racontée.
Ce premier roman est à classer aux côtés de celui de Séverine Werba, le très beau « Appartenir« , « Le Carré des Allemands«  de Jacques Richard ou encore plus récemment « Nous, les passeurs«  de Marie Barraud. Des histoires différentes mais une même quête, ce besoin de savoir d’où l’on vient pour pouvoir continuer. La génération précédente était peut-être encore trop proche des événements, celle-ci (les petits-enfants) prend donc l’initiative avec peut-être le recul nécessaire pour cette plongée en apnée dans un passé qu’il s’agit avant tout de connaître et d’accepter comme un élément qui les constitue. L’auteure nous offre un texte fort et poignant et apporte avec talent sa pierre à l’édifice de la nécessaire compréhension d’une époque. – Nicole Grundlinger
                                                         —————————————–
« Une belle lecture qui avait pourtant mal débuté » : sur son blog, Héliéna explique comment elle a fini par se laisser capter par le fil narratif suivi par Dominique Costermans. Voir sa chronique.