3 ans, 1001 émotions et un concours !

 

Trois ans déjà que l’idée a germé, un beau matin  de juillet 2015 dans la tête de Charlotte. Trois ans qu’un premier challenge a réuni le noyau qui deviendra la belle communauté des 68 premières fois rassemblant lecteurs, auteurs, éditeurs et attachés de presse liés par la même passion. Après le tour d’essai de la rentrée 2015, l’organisation s’est renforcée dès 2016 avec la création de l’association et la mise en place d’un comité de lecture chargé de sélectionner les premiers romans qui voyagent ensuite auprès des lecteurs.

90 premiers romans ont été sélectionnés à ce jour (39 en 2016, 36 en 2017, 15 pour le début 2018 …) soit environ un quart des romans lus par le comité. Certains ont connu un succès médiatique fulgurant (En attendant Bojangles, Petit Pays, La tresse…) et obtenu de nombreuses reconnaissances de leurs pairs (Goncourt du premier roman pour Joseph Andras et pour Maryam Madjidi, Goncourt des Lycéens (et autres) pour Gaël Faye, Renaudot des Lycéens pour Lenka Hornakova-Civade, Prix du style pour Négar Djavadi…). Tous ont passionné les 144 lecteurs qui en ont eu au moins un entre les mains grâce aux 430 exemplaires offerts par les éditeurs, qui ont occasionné plus de 3650 échanges entre les participants. Miracle, seuls 27 livres ont été perdus.

« 68 un jour, 68 toujours ! » Au fil des rencontres avec les auteurs, des liens particuliers se sont créés,  Le meilleur exemple ? Pascal Manoukian, révélation de la première rentrée des 68 premières fois avec Les échoués : parrain de notre édition 2017 à l’occasion de la sortie de son deuxième roman, il publiera le troisième le 16 août prochain.

Alors où en sont les auteurs des 68 ?

 


Avant d’entamer la suite et préparer la session d’automne 2018, nous vous proposons de gagner l’un des 7 livres ci-dessous, tout spécialement dédicacés par les auteurs :

68_bannière concours 7

Dites-nous en commentaire de cet article quel titre vous donneriez au premier roman que vous écririez. Vous avez jusqu’au mardi 5 juin à minuit ; ensuite, un tirage au sort attribuera de façon aléatoire chacun des 7 livres à l’un des participants. Vous serez donc 7 gagnants mais la surprise sera totale jusqu’à l’ouverture de l’enveloppe que vous recevrez.


Bonne chance à tous !

Et restez connectés… le recrutement des lecteurs pour la prochaine session aura lieu juste après la clôture du concours.

Publicités

Fugitive parce que reine – Violaine Huisman

Comment aimer une mère qui semble en permanence osciller entre raison et folie ? C’est tout l’enjeu du propos de ce roman écrit avec une sorte de fièvre et qui explore le quotidien de ses deux filles tout en rendant hommage à ce personnage excentrique, totalement excessif, presque impossible à cerner mais désespérément libre. Comme toute expression de sentiments extrêmes, cela conduit à des réactions très contrastées.

Fugitive parce que reine

« Un tsunami d’émotions.
Des vagues de mots que j’ai relus plusieurs fois.…  » La chronique de Loupbouquin est une véritable déclaration d’amour à ce roman.
                                                                 _________________
Comment aimer une mère qui semble, à lecture des premières pages, malveillante ?
La violence du rapport mère-enfants décrite m’amènerait, dans un contexte réel, à alerter au plus tôt les services sociaux pour mettre hors de danger ces fillettes.
J’ai passionnément aimé cette plume fine, ciselée, plein d’impact et l’hommage de l’auteur rendu à sa mère imparfaite, malade, désordonnée, non sécure mais aimante.
Le choix de la structure narrative m’a accompagnée pour dépasser l’a priori d’une telle rencontre. Il me semble intéressant- peut-être parce qu’il faut écho à mon quotidien professionnel- que Violaine Huisman cherche à mettre en relief les aspects positifs de sa mère à travers son histoire et l’héritage de celui de ses parents. Reconstruire la généalogie et avoir accès à l’entière histoire d’un individu ne pardonne pas les actes mais peuvent expliquer, pour mieux éclairer et parfois, illuminer des êtres qui ne semblent dévoiler qu’un très sombre potentiel. C’est ce que j’ai ressenti lors de la lecture de la troisième partie.
Comme à la lecture d’une dissertation, j’ai eu le sentiment que l’auteure m’emmenait dans un raisonnement de thèse ( grandir auprès une mère violente et déséquilibrée), d’antithèse ( cette même mère a aussi éperdument aimé ses enfants, malgré les apparences et leur a donné la possibilité de s’élever contre ses propres démons) et la synthèse ( l’auteur et sa sœur ont su trouver leur place, la construire, s’affranchir de cette mère débordante en restant attachée à leur amour inconditionnel).
Finalement, il règne une humanité chez cette mère tragique de notre monde contemporain et je suis heureuse de lire de l’optimisme, une force et une résilience dans un parcours d’enfance chaotique, la liberté peut s’acquérir, les destins ne se répètent pas forcément à l’infini, l’enfance n’est pas systématiquement condamnée. – Anne Richard
                                                               _______________
J’ai mis du temps à pouvoir et avoir envie de parler de ce roman, non parce qu’il m’a déplu fortement, mais parce qu’il a dérangé en moi des pans de murs, des images, des propos que je n’aime pas lire, ni voir répéter à l’envi. Il m’a fallu du temps pour accepter cette image de « mère abusive », de mère souveraine, d’épouse princière qui hésite entre un trop d’amour et un pas assez, entre un pas de danse et un de côté, entre cette quête éperdue de liberté et ce besoin incessant, morbide d’être aimée. Difficile de narrer cette histoire d’une mère qui n’en est pas vraiment une, qui se cherche dans le regard de ces filles, qui cherche son enfance, ce qu’elle n’a pas connu, ce qu’elle aimerait pouvoir donner mais qu’elle ne possède pas : l’amour maternel. Et pourtant il se dégage une sensualité troublante dans ce roman, un jeu pervers des amours et de ce besoin incessant d’être aimée. Il y a le trouble du désir, le trouble de la liberté, de ne pas appartenir ou se sentir appartenir alors que ces mêmes jeux sont inversés. Si le début de ce roman m’a complètement subjuguée, emportée par le ton, l’écriture flamboyante, directrice, j’ai ensuite été plus interrogative, moins entreprenante dans ce désir de poursuivre, de conquête d’amour et de lecture. Les multiples répétitions d’événements, de mots, d’injures (qui pour ma part me semblaient à la fin réellement de trop), de scènes ou d’une technique narrative m’ont fait perdre le nord ou du moins l’appétit de poursuivre avec avidité cette fugitive. Il y a des longueurs, des répétitions, des veines qui auraient mérité plus de concisions, un travail de coupes ou de relectures plus appropriées, pointues. Si la première partie nous emporte, la deuxième est une redite en changeant simplement d’angle de vue, de personnages, pour finir sur une troisième qui donne des clés mais ne nous libère pas de ce manque d’amour, de cette quête qui restera toujours, ce traumatisme de l’enfance qui nous envahit lorsque l’adulte arrive en nous et nous laisse ses pans géants de manque de confiance, d’amour, un goût amer de la maternité. Et pourtant il est demeuré en moi, la poursuite de savoir, cette quête de comprendre le pourquoi, l’envie dévorante voire perverse de me libérer complètement de cette femme et son portrait vitriolé. J’étais comme possédée par l’écriture, le style, cette façon de m’emmener à tourner les pages, un jeu pervers entre l’auteur et moi. Je conçois que ce roman embrase les cœurs ou les lectures tant l’écriture est flamboyante mais pour ma part à force de vouloir absolument disséquer cette reine, cette voleuse d’amour, ce vol à l’arraché des cœurs de l’enfance mal aimée, je me suis sentie piégée, prise en étau entre un cœur qui bat et un qui s’est arrêtée. A force de trop en faire, de trop aimer, je me suis brûlée. « La vérité d’une vie n’est jamais que la fiction au gré de laquelle on la construit. »Sabine Faulmeyer
                                                            ________________
Mal à l’aise pour parler de ce roman admirablement (trop ?) écrit. Mal à l’aise car j’en reconnais toutes les qualités littéraires, indiscutables, mais je n’ai pas su l’aimer. Et ce n’est pas le roman lui-même qui est en cause, mais le moment de ma lecture. Celle-ci est venue à la suite de la découverte de trois autres romans sur le même sujet : l’amour incandescent pour une mère, défaillante, fugitive, disparue, alcoolique, malade, aimante, secrète… (liste non exhaustive). Et là, j’ai eu comme une grande lassitude. Et là je n’ai pu m’empêcher de comparer. Et Fugitive parce que reine n’est pas celui que je préfère, loin de là ! Paradoxal, me direz-vous, puisque j’en reconnais et en admire les qualités littéraires. Certes, mais, en ce qui me concerne, ces qualités-là justement ont bloqué toute émotion. Comme si la beauté de l’écriture me demeurait froide et étrangère. Trop visiblement « apprêtée » en quelque sorte. Vraiment je n’ai pas « accroché » du tout. Mais ce n’est que mon ressenti sauvage, si je puis dire, entièrement coupé de toute analyse et de toute objectivité ! – Merlieux Lenchanteur
                                                             __________________
« Il fallait cette démesure, ce flot ininterrompu de l’écriture pour restituer l’incroyable énergie, la beauté et la singularité de ce personnage. »... Delphine-Olympe a eu un vrai coup de cœur pour ce roman et lui offre une superbe chronique.
                                                            __________________
« Qu’est-ce qu’on garde d’une vie ? Comment la raconter ? Qu’en dire ? Est-ce qu’une vie compte autrement que dans l’enfantement ou la création ? Quelle vie vaut la peine d’être retenue ? De qui se souvient-on ? De qui se souviendra-t-on ? »
Si Violaine Huisman pose ces questions dans son premier roman « Fugitive parce que Reine’ (éd. Gallimard), elle y apporte aussi des réponses, ses réponses. Dans un magnifique hommage littéraire à sa mère, elle décrit une femme dont la fragilité côtoie souvent la folie, une femme excessive dans ses amours mais profondément aimante de ses filles. Violaine Huisman peint aussi les nombreux personnages qui croisent sa route : les mère, le(s) père(s), les maris, les amant(e)s, les amies… Et celles qui lui resteront toujours fidèles : ses deux filles à jamais inconsolables de sa disparition.
Magnifique écriture et très intelligente construction de ce roman qui ne tombe jamais dans le pathos mais qui nous touche au plus profond. Le style nerveux, poétique parfois aussi, nous ramène toujours au personnage incandescent de la mère dont, malgré toutes les failles et les douleurs, on se surprend à vouloir ressembler. Un chef d’oeuvre. – Catherine Mézan
                                                               _________________
Voici un roman que j’ai failli abandonner. J’ai tenu, difficilement, jusqu’au bout. Quelque chose dans l’écriture.
Mais dans ce livre qui parle d’amour filial, je me suis ennuyée. Une impression qu’on me criait dans l’oreille toute la première partie assez détestable. La deuxième et troisième parties sont plus maîtrisées. Mais pour un livre qui ne fait que parler de sentiments violents, ingérables et difficilement explicables, il m’a laissée complètement insensible.
Un livre que j’avais très envie de découvrir, un livre que j’étais persuadée aimer vu le sujet et l’écriture décrite. Raté. Pour la seconde fois. – Hélène Goelen
                                                                ___________________
La métaphore de la chute du mur de Berlin qui coïncide avec la chute brutale dans une phase maniaco-dépressive de la mère de l’auteure et son internement, quelle scène d’ouverture pour ce roman filial, portrait en creux de Catherine, figure maternelle adorée et abhorrée ! Et pourtant, pourtant, ce long chant d’amour, en dépit d’une écriture aiguisée et intelligente, ne m’a pas touché en plein cœur, je suis restée en dehors du cercle de cette drôle d’harmonie dissonante, de cette constellation familiale où la souffrance est palpable, en dépit de l’admiration que vouait Violaine Huisman à cette mère blessée et extravagante. A trop vouloir entrer dans les moindres parcelles d’intimité pour recréer le fil des souvenirs, le risque est de perdre le lecteur dans le labyrinthe de son histoire personnelle, et c’est précisément le sentiment qui m’a habité, le fil d’Ariane s’est rompu… Y compris dans sa mise en page, le texte fait bloc avec la romancière, il manque d’aération, comme s’il avait été expulsé d’un jet sur le mode de la confession, en apnée ; or les respirations et les silences sont primordiaux en musique comme en littérature. A méditer pour le second opus ? – Catherine Pautigny
                                                                 ________________
En refermant ce livre autobiographique (ou presque) je suis un peu perplexe. C’est très bien écrit, et la plume de Violaine Huisman est formidable. L’histoire est passionnante, et tous les ingrédients sont présents pour rendre le lecteur accro aux aventures de Catherine et de ses filles !Un roman réussi, incontestablement dû au talent de l’auteure. Ce livre se lit d’une traite, les émotions sont là ! Bravo.
Toutefois, je suis un peu étonnée, car avant de le lire, j’ai lu plusieurs avis ou articles dans la presse. Certaines phrases avaient retenu toute mon attention comme : « Une femme extravagante, excessive et déterminée. Une héroïne entre vice et sublime… » « Un roman qui raconte l’amour inconditionnel envers ses filles…Une envie de liberté et d’affirmation à son droit à une vie rêvée. » Et c’est sur ce point, que j’ai été déroutée, car pour moi, l’héroïne n’est pas Catherine, mais ses filles ! CAR quelle enfance elles ont eu ! Alors suis-je trop terre-à-terre ? Car pour résumer, cette mère est atteinte d’une maladie qu’on appelle maintenant la bipolarité (maniaco-dépressive) et qu’elle a des attitudes choquantes.
Juste quelques exemples :
  • Elle est « addict » à l’alcool, aux drogues, aux médicaments, vie instable (amant ou amante, remariage, manque de discrétion sur le plan intime envers ses filles).
  • Une éducation envers ses filles parfois choquantes : laisse le bébé pleurer tout une nuit car elle est partie de chez elle, des scènes et des paroles perturbantes envers ses filles comme « se démerder », à « lui foutre la paix » ou quand elle perd plusieurs fois connaissance dans son appartement et que les filles doivent essayer de la réveiller.
  • Elle conduit très vite, au risque de blesser les autres et sa propre famille.
  • Elle est excessive en tout, elle met le feu à son studio de danse, elle tue le chien et elle vole dans les magasins.
Alors ce qui me dérange, ce n’est pas tout ce qu’elle a pu faire dans sa vie, mais ce qui m’interpelle, c’est de lire que cette femme Catherine est une héroïne, une combattante, une mère à l’amour inconditionnel, qu’elle revendique le droit à la liberté et au rêve. J’ai une impression, peut-être à tort, qu’on cautionne son comportement inconscient. Pour moi, c’est la vie d’une femme malade qui a essayé de faire au mieux avec sa maladie, avec ses fêlures, ses défauts et ses qualités mais, à quel prix ?! En mettant souvent ses filles en danger.
Pour conclure, il y a deux facettes dans ce roman : le contenu et la façon de la raconter. Le contenu m’a dérangée, mais par contre j’admire le courage, la franchise qu’il a fallu à Violaine Huisman pour l’écrire. Incontestablement, le lecteur devine la puissance de leur amour envers leur maman, mais aussi entre-elles. Ce qui m’a beaucoup touché, c’est l’amour de ses deux sœurs, se protégeant et s’aidant dans les moments difficiles.
Comme tous les enfants, ils pardonnent à leurs parents leurs failles, car quoiqu’il se passe, ils les aiment.Mais des comportements aussi irresponsables seraient normalement pointés par les services sociaux… Les parents sont passés à travers, alors tant mieux, peut-être pour les filles (ou pas) ?! Le fait que les parents jouissaient d’une bonne situation financière a permis qu’on les laisse tranquille.
Un petit goût amer… sauf si on se dit que c’est uniquement de la fiction, malheureusement ce n’est pas le cas. À moins que je sois complètement hors sujet ! Je reste dubitative sur la perception que l’on a de cette histoire. – Claudia Charrier
                                                               _________________
« J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre, que j’ai fini tard dans la nuit, en larmes. Et pourtant, c’était mal engagé car au cours de la première partie, j’ai failli abandonner, le récit peinant à évoluer. Mais alors, à partir de la deuxième, je n’ai pas pu lâcher ce livre. Sauf parfois pour reprendre mon souffle tant j’étais submergée par l’émotion. Je me suis fait totalement surprendre, je ne m’attendais pas à une telle réaction. » – Lire le billet entier d’Anne sur son blog
                                                                 ________________
Dans ce récit autobiographique, nous sommes d’emblée emportés dans le roulis d’une langue rapide, sans ponctuation, sans détours, sans aucune convenance syntaxique pour nous plonger dans les vagues tempétueuses, incessantes et répétitives d’une langue agitée, violente, dévorée, dévorante, emportée, perdue, hagarde : l’unicité du langage maternel qui fait émerger entre nos mains, sous nos yeux la reine du roman, Catherine, la mère de l’auteur. Le style parfaitement pensé et maîtrisé nous projette entre les lignes le personnage obsédant du roman : le talent est là ! Malheureusement, pour moi, cette écriture irréprochable a procédé d’une barrière, d’une distance. J’ai eu cette désagréable sensation qu’on me donnait à voir. Rien de généreux dans cet étalement d’intime. Sans pudeur, on me donnait à voir tout en m’interdisant d’en comprendre ou d’en ressentir quelque chose, sinon l’obligation d’être spectatrice muette, contrainte d’aimer à mon tour cette mère, alors même qu’il m’était empêchée de la rencontrer. Ni elle ni l’auteur. Cette mère est parlée, et nous parle, surgit sans cesse dans la parole de sa fille auteure, narratrice. Nous sommes ballotés, invectivés, sidérés et nous voilà propulsés en lieu et place de l’enfant malmené, injurié. Pris en otage d’une violence avec en paradoxe l’injonction d’aimer cette femme ….
«Catherine ne pouvait être pour moi qu’une idée, une notion abstraite, au mieux une inconnue. La femme qui avait existé avant de m’enfanter, je n’y avais pas accès. A mes yeux, Catherine ne serait jamais qu’un personnage. Aussi je lui attribuais mon fantasme de ce qu’avaient pu être son histoire, ses pensées, ses choix. Certes, sa vie, elle me l’avait racontée par le menu, mais pour l’incarner, il fallait l’imaginer, l’interpréter. Il fallait que j’en devienne la narratrice à mon tour pour lui rendre son humanité. » Le nœud de ma déception réside là. La biographie s’enchaîne dans un rythme effréné pour nous tenir en haleine, en suspendant notre respiration, sans que jamais nous puissions effleurer le ressenti de cette femme à l’enfance et la jeunesse tragique et dont on comprend aisément que les violences répétées ont pu précipiter sa chute, son effondrement psychique. C’est académique, classé, universitaire, bourgeois… C’est une fuite oui et un aveu en effet d’emblée crié, dicté, imposé : ne faire qu’aimer cette mère du point de vue de l’enfant qui a à la sauver. Mais si elle s’agite au fil des pages, quel est donc son visage ?
Catherine a fait une vie comme elle a pu, avec flamboyance et horreur, entraînant dans sa course-poursuite pour rester vivante ses enfants chéries. Je n’y lis pas une fuite mais une pulsion folle de survie malgré les plaies hurlantes d’un corps et d’une âme dévastés. J’ai refermé ce livre un peu triste, je crois, de cet exercice littéraire soigné, à l’amour crié, presque revendiqué, impropre à toute objection, dans une description historique, chronologique, détaillée, outragée, dérangeante mais qui n’a uniquement pour pouvoir que de figer le lecteur, de le museler devant un TROP mis en scène sans que jamais on ne frôle l’intériorité des protagonistes. Cette femme est devant mes yeux mais ce sentiment qu’on soit passé de nouveau à côté de sa douleur…dans la froideur d’une confession qui exhibe TOUT mais ne délivre rien.
« Maman se répétait par aveu d’échec, parce qu’il était impossible d’aboutir à une version définitive. Il fallait qu’elle nous raconte encore parce que nous n’avions pas compris, et pas seulement parce que nous étions des petites connes incapables de l’écouter, mais parce que c’était incompréhensible, parce que tous les mots de tous les dictionnaires n’auraient jamais suffi à expliquer ce qu’elle avait sur le cœur. » L’auteur dans cet amour inaliénable et fidèle, s’inscrit dans cette droite lignée, dans le respect de cette langue en souffrance que personne n’entend, continue les redites, les retours, persévère et signe, vire, tourne autour, pour fuir elle aussi ce qu’il y aurait à percevoir de l’insupportable d’une vie, celle de sa mère ? L’écriture est sans aucun doute sulfureuse mais la poésie m’a manqué justement pour flirter l’indicible, pour frôler l’innommable. C’est carré, lisse, admirable. C’est asséné, les failles sont dites, énoncées et constatées, nous ne pouvons guère lui enlever cette sincérité. Or ce vécu décrit résonne et raisonne comme un dire armurier, un excès démonstratif pour ne surtout pas avoir à dévoiler le peu de soi qui tremble peut-être ?… et donc tout nous est éloigné alors qu’on nous donne tout à voir. Quelle est la tentative au-delà de narrer, de déposer, d’inscrire ? De quelle fuite s’agit-il ? C’est sans doute un point de vue, lequel je n’ai pas compris et me laisse encore quelques jours après la lecture en interrogation : un bon point ? – Karine Le Nagard
                                                             __________________
Un tourbillon d’amour à l’image de cette reine, tourbillon d’émotions, de logorrhées, de fantaisie, d’excès, un coup de cœur que ce premier roman de Violaine Huisman.
Pourtant, la première partie m’avait (presque) laissée de marbre, vaguement suspicieuse ; encore un psychodrame familial construit sur des enfances bousculées, un écrivain qui livre sa part d’intime à un lecteur bien malgré lui dans la peau d’un psychologue. J’ai été surprise par l’absence de chapitre, de fil conducteur, des paragraphes qui se succèdent au fil de la narration. L’auteure parle à la première personne et se livre sans réserve.
C’est la deuxième partie qui donne un sens au récit et prend aux tripes. Catherine, la mère de la narratrice est conçue dans des circonstances tragiques et voit le jour malgré la volonté de sa mère. Malade, elle passera sa prime enfance à l’hôpital sans la moindre visite. Quand elle ressort, elle fait preuve d’une énergie, d’une indiscipline hors du commun, ne se pliant à aucune règle. Jeune adulte, la rencontre avec Antoine, son deuxième mari et le père de ses filles, est le détonateur. Lui aussi est fantasque et sans limites, il est riche et se permet toutes les folies. Leur union sera un vaste champ de bataille et d’amour, les deux filles au milieu.
Toute leur enfance elles soutiennent leur mère, accro aux drogues, aux médicaments, un tsunami imprévisible, les deux sœurs sont toujours inquiètes qu’elle ne se réveille pas. Les deux sœurs m’ont bluffée par leur solidarité, et l’amour inconditionnel qu’elles vouent à leur mère, leur résistance et leur apprentissage de la liberté.
J’ai lu pratiquement d’une traite ce roman époustouflant, superbement bien écrit, à la fois poétique et cru, qui ne peut laisser indifférent. Vous n’en sortirez pas indemne, le sourire aux lèvres et les yeux un peu brouillés puisque la dernière partie du livre est consacrée au deuil de cette mère hors du commun.
Quel bel hommage et preuve d’amour que ce roman. Violaine HUISMAN possède un grand talent, je guette ses prochains écrits. – Nathalie Chartier – Salou
                                                                __________________
Nuit noire, un gouffre s’ouvre sous les pieds d’une jeune fille innocente.
Toutes les branches de l’arbre généalogique s’agitent, se tordent aux vents contraires
Il eût suffi de presque rien pour que la vie reste douce, calme, prévisible
Mais non, rien ne peut se bâtir, se tenir, tout est bancal à l’image de cette petite fille accidentée, cabossée, les malédictions se succèdent .
L’amour immense de cette fée carabossée qui hurle et grimace, rit et pleure comme un ciel de Mars et noie ses enfants dans un océan de tendresse dont les vagues d’angoisse les font suffoquer
La magnifique sirène attire les hommes, les ensorcelle comme dans les contes mais comment avancer quand on se veut sirène ?
Elle aura tout essayé : se dresser, se débattre, ramper, avancer sur la pointe… avant de renoncer.
Une belle écriture pour ce roman à vif – Christiane Arriudarre
                                                                  _________________
Fugitive parce que reine a été modelé dans le terreau ô combien fertile de la vie de Catherine, qui fut la mère de Violaine Huisman.
L’auteure se rapproche, au fil de la narration, du bord de la ligne séparant le roman du récit, laquelle m’a semblé nettement franchie dans la troisième partie.
Le début du livre m’avait enthousiasmée. La liberté de ton, la fantaisie allant jusqu’à l’exubérance m’avaient emportée comme une chevauchée fantastique. Quel culot avait cette jeune femme d’avoir osé inventer des personnages aussi barges, la mère surtout, quoique le mari ne soit pas loin derrière, et que le grand-père soit quasiment inénarrable. Bien que.
La réalité dépasse la fiction, je le sais, mais une réalité si fantasque, c’est à peine imaginable, et il est miraculeux d’en sortir… indemne (?). On comprend pourquoi Violaine est rapidement allée poursuivre la construction de sa vie 10000 km plus loin, même si elle s’est ainsi, d’une certaine manière, conformée au vœu maternel puisque parler anglais fut une injonction ressassée par Catherine.
En tant que lectrice, j’ai besoin, quel que soit le sujet, de m’identifier ou de projeter dans un ou plusieurs personnages. A défaut, il faut à minima que l’époque ou le décor du roman m’évoquent un territoire familier ou que j’aimerais découvrir.
Ici « rien ». C’est juste « trop ». Y compris le langage de charretier de la mère. J’ai néanmoins lu jusqu’au bout et je referme Fugitive en éprouvant un infini respect pour Catherine, Elsa et Violaine qui ont chacune fait tout ce que elles ont pu. J’ai entendu dire que le ciel ne nous inflige aucune épreuve dont il ne serait pas certain qu’on puisse la surmonter. Ma vie, pourtant chaotique, est un encéphalogramme d’une platitude affligeante … mais néanmoins reposante. – Marie-Claire Poirier
                                                                    ______________
Vous connaissez la mer, imprévisible, puissante, déroutante, envahissante, déferlante, redoutable, cruelle, rassurante, vivante, épuisante, fascinante, déchainée, dévorante … alors vous connaissez la mère, de Violaine Huisman, fugitive puisque reine, tout autant imprévisible, puissante, déroutante, envahissante, déferlante, redoutable, cruelle, vivante, épuisante, fascinante, déchaînée, dévorante … La mer, la mère, c’est la vague qui déferle, efface, bouscule, et reflue laissant sur la grève les corps épuisés et désorientés, les débris éparses et irrécupérables de ses excès , les blessures odieuses gorgées de sel, les cadavres anéantis, quelques galets usés et des coquillages fêlés. C’est la vague écumante et violente qui revient inlassablement, qui se répète et s’entête, creusant comme une forcenée galeries et grottes. Oui, il y a des répétitions comme autant de ressacs, oui, la langue est éblouissante, comme les reflets de l’eau se jouant du soleil ou de la lune, oui, on ne sait ni où elle commence, ni où elle va, comme l’eau immense et indomptée. Entraîné par mille courants, brassé et renversé, on sort de cette épreuve le souffle court, le cœur blessé et le corps brisé et exsangue. Ce n’est pas un texte confortable, c’est un tsunami. – Martine Magnin
                                                                     _____________
Et encore…
« Un roman bouleversant quand il évoque la maladie mentale, lumineux quand il parle d’amour et de liberté » nous dit Annie,
« Une lecture en demi-teinte » pour Olivia Cheucle,
« Coup de cœur absolu » pour Agathe Ruga,
« Une écriture magnifique » pour Dominique Sudre,
« Un roman parfaitement construit » pour Joëlle Guinard
 « Un roman que je relirai dans quelques années » nous dit Florence Ollagnier

Apprendre à lire – Sébastien Ministru

« Le père, le fils et l’amoureux » annonce le bandeau… voilà qui n’est pas banal. Un trio iconoclaste, une relation père – fils pleine de non-dits et d’amour mêlés, un père analphabète qui souhaite soudain apprendre à lire, un fils très occupé qui mandate l’un de ses amants pour le job… Peut-être le catalyseur qu’il fallait aux deux hommes ?

Apprendre a lire

A soixante ans, Antoine renoue avec son père, un homme difficile et mal aimant avec qui grandir n’a pas été une partie de plaisir. Malgré lui, Antoine se surprend à s’inquiéter de son bien-être, à lui rendre visite régulièrement, à accéder à ses caprices étranges de vieillard solitaire. Chaque vendredi, il lui lit son courrier et ses brochures publicitaires, jusqu’au jour où son père lui reproche d’être un mauvais fils pour ne jamais lui avoir appris à lire. Surpris, vexé et même réfractaire à cette idée, Antoine finira pourtant par mettre la main à la pâte et essayer de combler les lacunes du vieux Sarde n’ayant jamais eu la chance d’aller à l’école. C’est en admettant son manque de pédagogie qu’il fait rentrer dans leur vie Ron, instituteur et prostitué pour arrondir ses fins de mois, celui qui parviendra à faire lire le vieux, et à briser définitivement la glace entre les deux hommes.
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été à l’école. J’ai appris à lire à l’âge de cinq ans, guidée par mes parents et ma maîtresse, encouragée et félicitée. Je considère ma capacité à lire et écrire comme quelque chose d’acquis, une base immuable sans laquelle je ne serais pas moi-même. Avant cette lecture, je ne m’étais jamais vraiment demandé ce que les analphabètes pouvaient ressentir dans notre monde où l’écrit est si souvent utilisé. Ici, Sébastien Ministru brise la glace, il nous confronte à cette réalité, certes de plus en plus rare mais toujours existante. Il associe la dignité d’un homme à sa capacité à lire et à écrire, cette capacité que nous prenons pour acquise alors qu’elle a été refusée à certains d’entre nous.
A travers un roman filial, réaliste et sincère, Sébastien Ministru explore les relations compliquées d’un père et son fils, le choc de deux générations, venues d’univers différents, chacun ayant grandi dans une réalité bien différente de l’autre. Un père analphabète, un fils journaliste. Et au milieu de ce duo mal assorti et pourtant attachant, le compagnon artiste à la fois secret et dévoué, puis l’amant d’un jour converti en instituteur-médiateur. Chacun trimbale ses casseroles, chacun trouve finalement du réconfort dans la présence des autres, une oreille attentive, un souci sincère, un échappatoire ponctuel. Cette combinaison étrange finit par permettre au père et son fils de (re)trouver, bon gré mal gré, pour quelques beaux moments.
Roman intime, profond et atypique, Apprendre à lire a été pour moi un véritable coup de cœur, l’occasion de réaliser la chance que nous avons d’avoir appris à lire et écrire. – Olivia Cheucle
                                                                   _________________
Tout commence par une étrange requête d’un père vieillissant à son fils, celle de lui apprendre à lire et à écrire, prétexte à un rapprochement qui va mener le lecteur vers un récit sensible et insolite « Pour qu’il soit un meilleur fils et que lui soit un meilleur père » invoque le père.
Et pourtant tout les oppose : le père est un vieil homme analphabète, grincheux, veuf, émigré de Sardaigne ; enfant il a été privé d’école, obligé de garder les chèvres dans sa Sardaigne natale. Le fils, Antoine, est directeur de presse, inflexible avec ses équipes, pas très sympathique. Il vit avec Alex son compagnon et a recours fréquemment à des relations tarifées. Il va ainsi faire la connaissance de Ron, un jeune prostitué qui rêve d’ailleurs et surtout de devenir instituteur ; naturellement Antoine va lui demander de prendre le relais et d’apprendre à lire et écrire à son père.
Rien de bien nouveau à priori et pourtant j’ai été emportée, j’ai souri des facéties du père, ai été sensible à ses douleurs passées et j’ai assisté à la renaissance du fils,.
Un joli récit où le passé du père et fils pavé de non-dits et d’incompréhension, hanté par la mort prématurée de la mère, va peu à peu laisser place à la tendresse et à la découverte de l’autre. Le père va dévoiler son admiration pour son fils qui va se libérer de sa carapace austère.
Aucun personnage n’est secondaire, j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié celui d’Alex compréhensible, équilibré solide dans ses engagements, son amour ; d’ailleurs il est injustement éclipsé par le bandeau du livre inutilement accrocheur « le père, le fils et l’amoureux ».
Un récit d’initiation porté par une belle écriture volontiers teintée d’humour qui se lit pratiquement d’une traite où il est surtout question de rééducation à la tendresse. – Nathalie Chartier-Salou
                                                                   ___________________
Une belle découverte…
Ce roman n’a que des sujets masculins: Antoine qui vit en couple avec Alex (couple devenue fraternel par le temps qui passe), le père d’Antoine : ancien minier analphabète et Ron, futur professeur des écoles et prostitué à ses heures perdues afin de pouvoir se payer son exil en Australie.
A 83 ans, le patriarche demande à son fils de lui apprendre à lire et à écrire,sauf qu’Antoine n’a aucun prédisposition à cela… Il embauche alors Ron qui va dépasser les limites de son rôle. En plus d’être le professeur de ce vieux Mr il va lui servir de confident, de cuisinier, d’aide à domicile et se rapprocher de cet homme âgé plus que ne l’a été Antoine. Mais ces deux là ont un lien particulier distant, froid marqué par la disparition de la mère d’Antoine, suite à une maladie quand il était encore enfant. Chacun va par petites touches dévoiler les reproches qu’il a à faire envers l’autre.
Telle une toile d’Alex, Sébastien Ministru peint ainsi sur cette toile, une histoire filiale au style pur, humain, sensible et raffiné en même temps avec pour trame de fond, un rapprochement entre ces deux générations et une tentative de rapprochement.
J’ai beaucoup aimé ce roman dont l’écriture est précise, concise et belle.. – Marie Heckmann
                                                                   ___________________
Antoine et son père ont des relations distendues. Alors quand cet homme de 80 ans demande à son fils de lui apprendre à lire, parce que ses parents ne l’avaient envoyé à l’école enfant, Antoine a beaucoup de mal en entrer dans le rôle de précepteur.
Il s’y essaye un temps mais sans bien qu’il n’est pas celui qui permettra à son père de réaliser son rêve.
Il va faire appel à un jeune homme rencontré sur un site de rencontre pour jouer ce rôle.
Le vieil homme va bouleverser ses habitudes et faire une place dans sa vie à Ron.
Cette période d’apprentissage de va pas durer, Ron va disparaître, mais sera comme une parenthèse dans la vie de ces hommes.
Le thème m’avait beaucoup attiré, moi qui aime les histoires de transmission, celle ci, ascendante était originale. Mais j’en sors un peu déçue avec un gout d’inachevé. Dommage. – Emmanuelle Coutant
                                                                    ___________________
Un roman touchant mettant en scène deux personnes qui, physiquement, se ressemblent, mais que tout oppose : un père de 80 ans passés, grincheux, émigré de Sardaigne, analphabète, et son fils Antoine, patron de presse, 60 ans, qui vit une relation devenue platonique au fil des années avec son conjoint. Les deux n’ont jamais vraiment réussi à communiquer, sans doute marqués irrémédiablement et douloureusement par la disparition prématurée de la maman d’Antoine, victime de son cœur défaillant, quand il était jeune, sous ses yeux.
Le père, féru d’actualités, souffre de son impossibilité de lire et écrire. Alors un jour, il demande à son fils de lui apprendre, une véritable gageure. Le début d’une communication en tous cas. Au hasard d’une rencontre, Antoine fait connaissance avec Ron, jeune homme de 25 ans qui souhaite devenir instituteur. Antoine va alors lui proposer de prendre le relai et d’enseigner à son père. Grâce à lui, le vieux monsieur un peu acariâtre va non seulement combler doucement sa blessure, son analphabétisme, mais il va surtout apprendre à communiquer à nouveau avec son fils. Au contact de Ron, Antoine évolue lui aussi et parvient même à voir son père sous un jour différent.
Sébastien Ministru parvient de son écriture fluide à transmettre une douce émotion au fur et à mesure du rapprochement du père et du fils. Un style sensible et empreint d’humour subtile qui a su m’emporter. Quand la lecture et l’écriture (re)créent un lien qui faisait cruellement défaut… – Julie Vasa
                                                                    ___________________
Le premier roman de Sébastien Ministru m’a tenue sous un charme indicible. Rien de fulgurant, ni d’étincelant, mais quelque chose comme une gourmandise dans laquelle j’ai croqué avec délices et qui me laisse pour empreinte la vibration de la tendresse.
Un très vieux monsieur d’origine sarde et son fils, Antoine, le narrateur. Encore une histoire de relations familiales compliquées, me direz-vous ! Pas tout-à-fait, vous répondrai-je derechef. Car si effectivement l’amour et la communication ne semblent pas les caractéristiques les plus probantes de cette relation, si père et fils ne savent ni se parler, ni s’entendre, ni s’aimer, aucun des deux ne se laisse entamer par la rancoeur, ni l’amertume. Le vieux se monte hargneux et tranchant, alors que son fils sacrifie un peu de son temps pour gérer l’intendance, par devoir, par soumission, par convenance. Peut-être aussi en mémoire du père qui lui était plus proche dans son enfance ?
Difficilement, par saccades, des bribes de dialogue s’engagent lors des visites d’Antoine et c’est ainsi que le vieil analphabète demande à son fils de lui apprendre à lire et à écrire. Surprise et malaise d’Antoine face à ce qu’il considère comme une exigence capricieuse et impudique ! Mais les arguments du père sont imparables. « Peut-être que lire ça fait mourir moins vite » (p.33). Peut-être que s’il avait su lire, il aurait été un meilleur père. Et comment fera-t-il si jamais, « là-haut », il faut signer quelque chose pour accéder au paradis ?
Comment résister à l’obstination d’un vieil homme de 85 ans qui, soudainement, laisse renaître le petit berger sarde, frustré d’école et de mots, qu’il fut ?
Après les premières leçons données à contrecœur, Antoine fait appel à Ron, l’un de ses amants de passage, pour prendre la relève. Futur instituteur, le jeune homme devient insensiblement la courroie de transmission entre père et fils. Le vieillard apprend à déchiffrer les mots et leur agencement et ainsi à pénétrer tardivement dans le monde de son fils, alors qu’Antoine apprend son père et, ce-faisant, il peut décrypter peu à peu les pages de sa propre vie.
Le roman joue subtilement sur la double construction du verbe « apprendre » et sur les deux versants de la relation pédagogique qu’il suggère, elle-même liée à la notion de sujet et d’objet (j’apprends à lire – je t’apprends à lire). Ainsi les rôles de père et de fils sont sans cesse renversés, bousculés, comme si ce fameux apprentissage de la lecture procédait par multiples ricochets. L’écriture tour à tour légère, grave, ironique, donne beaucoup de rythme à la narration. Les personnages, en particulier Ron, gardent une certaine opacité jusqu’au dénouement malicieux, apaisé et mélancolique à la fois.
Oui j’ai décidément beaucoup, beaucoup aimé ce premier roman ! – Merlieux Lenchanteur
                                                                 ________________
« Apprendre à lire », c’est une histoire de transmission. Un vieil homme un peu rustre, un peu braque, demande à son fils, qui ne revient lui rendre visite que depuis peu de temps, de lui apprendre à lire. D’origine sarde, très tôt retiré de l’école par sa famille pour devenir berger, le vieil homme a traversé sa vie sans jamais pouvoir renouer avec l’apprentissage de la lecture. À l’heure des dernières années de sa vie, séparé de sa dernière compagne, seul et de plus en plus bourru, sa volonté d’apprendre à lire et à écrire passe d’abord pour une provocation auprès de son fils – journaliste de profession, il a toujours eu le sentiment que son père ne montrait aucun intérêt pour sa vie. Mais lorsqu’il comprend que la demande est sérieuse, et qu’il n’a d’autre choix que d’accepter cette « mission », leur relation prend peu à peu une autre tournure. La tentative est bien sûr un échec, car n’est pas professeur qui veut, surtout face à un élève de cette trempe. Il faudra une rencontre fortuite, et dans un tout autre contexte, du fils avec un autre professeur, un étudiant qui veut devenir enseignant, et toute sa patience et son dévouement, pour que le père réussisse à la fois à apprendre à lire et à écrire, et à se rapprocher de son fils. Car le nœud de l’histoire, c’est bien cela, un fils de près de cinquante ans qui redécouvre son père à la veille de sa mort. Un premier roman intéressant dans la thématique qu’il aborde, mais que j’aurais aimé plus approfondi sur le sujet de l’alphabétisation. La relation père/fils, qui finalement est au cœur du roman, est belle, mais j’attendais un peu plus sur le sujet porté par le titre en couverture. Une belle lecture malgré tout, touchante dans son ensemble, mais qui ne va pas assez loin de mon point de vue.- Amélie Muller
                                                                  __________________
J’ai plongé directement dans ce roman que j’ai lu comme une fiction. En deux soirs et avec intérêt. Au moment de transcrire ma chronique, le nom de l’auteur auquel je n’avais pas prêté attention, m’a sauté aux yeux et j’ai reconnu l’origine sarde. tiens, tiens…Renseignement pris, il s’agit bel et bien d’une biographie romancée. Mieux valait pour moi l’ignorer.J’étais plus réceptive.
J’ai ainsi “rencontré” le narrateur, homme de soixante ans, au sommet de sa carrière professionnelle, réputé intraitable, qui revient vers son père après une très longue séparation. Séparation qui s’explique par le caractère très difficile et coléreux du père, lequel caractère s’explique à son tour par la dureté de son enfance volée en Sardaigne, dans les années quarante. Aujourd’hui, les relations sont encore timides, hésitantes, sur le qui-vive. Le fait qui va bouleverser leurs existences est la demande du père d’apprendre à lire. On découvre son alphabétisme dont le fils ne s’était jamais soucié. Et l’incapacité dudit fils qui manque de patience et de pédagogie.
C’est là que le roman s’anime, avec l’intervention d’un tiers, un jeune homme particulier qui, par son charme et sa douceur réussira et apprivoisera le vieil homme bourru. La lente évolution, l’ouverture aux sentiments m’a touchée. Le fils s’ouvre, lui aussi, et le roman se termine en mode apaisé. – Mireille Hurard Lefustec
                                                                   __________________
Ils sont trois au cœur de ce roman : un père analphabète, un fils homosexuel et un jeune prostitué. Ce trio improbable, Sébastien Ministru le transforme en un intense mais fragile triangle relationnel le temps de son premier roman, Apprendre à lire.
Journaliste devenu patron de presse, Antoine s’est construit une vie tranquille avec son compagnon, Alex, et ne laisse que peu de divertissements rentrer dans son quotidien : il n’aime pas les voyages ni les restaurants. Il exècre les soirées mondaines où il doit faire acte de présence puisqu’il vit avec un artiste reconnu et les pots de Noël à la rédaction qui dérapent toujours entre collaborateurs à la recherche d’un coup d’un soir. Sa seule fantaisie, c’est de s’offrir trois ou quatre fois par an des relations tarifées avec des prostitués puisque, entre Alex et lui, la relation est devenue platonique.
Côté famille, il lui reste son père, avec lequel les relations ne sont pas simples. Le vieil homme, veuf, ne laisse pas facilement venir la confidence. Pourtant Antoine aurait des questions à lui poser, sur leurs histoires respectives, sur le passé proche ou lointain. Finalement, Antoine ne sait pas grand chose sur son père, si ce n’est qu’il est Sarde, n’est pas allé à l’école petit et a vécu quelques temps avec une ex-prostituée lorsqu’il s’est retrouvé veuf. En bon fils, il passe le voir chaque semaine, mais c’est plus pour l’intendance que pour échanger réellement avec ce vieillard qui passe sa journée devant la télé.
Et voilà qu’un jour, à plus de 80 ans, le père demande à son fils de lui apprendre à lire. Face à cet homme bourru qui avoue pudiquement sa faiblesse, Antoine est pris de court. Incapable de faire face à la tâche, il se tourne vers un jeune prostitué qu’il vient de rencontrer et qui suit des études pour devenir professeur tout en rêvant de rejoindre l’Australie.
Ron entre dans la vie des deux hommes et devient la pierre angulaire d’un trio qui n’avait aucune raison de se former. Au fur et à mesure qu’il apprend à lire et à écrire au vieil homme, il s’insinue dans la relation entre un père et son fils et retisse délicatement les liens qui s’étaient effilés au fil des silences, des non-dits et des regrets.
« Mais à quoi ça va te servir de savoir lire ? – A quoi ça va me servir ? Mais à lire. Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite ».
Derrière le grand classique de la relation père-fils, Sébastien Ministru aborde une large palette de thèmes, certains en trame de fond (vieillesse, analphabétisme, immigration, homosexualité, prostitution, couple), d’autres en filigrane (rôle des médias dans la construction d’une vision du monde, délitement des liens sociaux, transmission de l’histoire familiale…). C’est donc une lecture riche, aux multiples niveaux de lecture, portée par un récit plein d’empathie et de tendresse.
Apprendre à lire m’a offert un point de vue que je n’avais pas encore croisé dans mes escapades littéraires : celui d’un homme, homosexuel, approchant la soixantaine et dont la carrière est déjà construite. Il en découle un regard sur la vie, le quotidien et les relations familiales bien différent du mien et que j’ai beaucoup apprécié. – Claire Sejournet
                                                                   _______________
Antoine est directeur de presse, 60 ans, en couple avec Alex depuis plusieurs années. On pourrait le dire heureux s’il ne vivait pas une relation compliquée avec son père. Ils ont perdu leur épouse et mère très tôt et ils ont eu beaucoup de mal à créer des liens de tendresse jusqu’à aujourd’hui. C’est au détour d’une banale conversation cependant que tout va basculer : ce père de 80 ans demande à son fils de lui apprendre à lire et à écrire ! Étonné et déstabilisé par cette demande, Antoine va alors découvrir toute la souffrance et la solitude avec lesquelles son père a grandi et pourquoi il peut parfois être aussi désagréable et colérique… Le premier roman de Sébastien Ministru m’a profondément émue. L’écriture tout en finesse et en pudeur ne nous cache pas la grande douleur de ce vieil homme et l’incompréhension de son entourage. Ne pas avoir eu la chance d’aller a l’école lui a comme volé son enfance, sa naïveté, sa dignité. Sans que personne ne s’en aperçoive, il a du se construire sur ce manque, sur cette colère et sur ce sentiment d’injustice. Il a lui aura fallu un immense courage pour avouer cette souffrance, et encore plus pour apprendre à lire et à écrire a son âge avancé. Les personnages qui gravitent autour de lui sont tout autant attendrissant et on ressent aussi leur blessure… Nous qui lisons, nous qui écrivons, n’avons pas toujours conscience du trésor qu’on a entre les mains… – Audrey Thion
                                                                     ______________
Apprendre à lire m’a touchée, dans son trio de personnages, d’abord.
Puis dans la place que prend le corps, ici :
– Le corps qu’on ne touche plus, qui ne s’émeut plus.
– Le corps à travers les âges, celui qu’on ne regarde plus, celui qui se perd, celui qui donne envie.
– Le corps, encore, dont on réalise qu’on ne se préoccupe que peu finalement ,comme un poids que l’on trainerait à vie, quelques soient les contextes.
Le corps du Vieux qui ne se meut plus, le corps du Fils qui, implacable, ne jouit plus de la vie qui l’entoure , ne sachant plus prendre l’amour de sa vie dans ses bras, le corps de l’amant qui se rêve, ailleurs.
Chacun cherche son corps, chacun cherche sa place, chacun cherche son cœur. – Anne Richard
                                                                       _____________
J’ai lu très vite ce petit et très agréable roman. Heureusement que je ne me suis pas arrêtée au bandeau ni lu la 4ème … ils sont très décevants par rapport au texte. Il y a beaucoup d’humilité, d’émotions et une très belle histoire entre un père et un fils, un inconnu et ce même père. La vieillesse, les ressentiment liés aux non dits, les interrogations tout est très bien décrit à travers cette très belle histoire. A tout âge on peut découvrir l’autre, ses failles, ses peurs et se découvrir aussi. Bravo Sébastien Minestru et MERCI !Frédérique Camps
                                                                       ______________

« Il arrive un moment dans l’existence où l’on sent que ce qu’on n’aurait jamais pu faire est la chose à faire » écrit Sébastien Minustri, à la moitié de son récit. Trop long pour le titre d’un livre, cette phrase en aurait cependant été l’illustration parfaite.

C’est certainement, et de manière inconsciente, ce sentiment qui va habiter ce père et ce fils, dans ce rendez vous de fin de vie. Ce père rustre, enfermé dans son chagrin et dans son incapacité à communiquer son amour et son admiration pour un fils brillant privé trop tôt de l’amour maternel, puis paternel. Deux êtres qui s’éloignent et qui sentent in extremis l’urgence de ce qu’il faut faire pour se retrouver. Le père demandant à son fils de le sortir d’un analphabétisme imposé et le fils cédant à cette demande. La mise en scène de ce scénario, en apparence un peu absurde de part le choix des protagonistes, très vite nous apparait finalement très juste et collant parfaitement à une certaine réalité. A l’image de l’évolution de la peinture d’Alex, compagnon du fils, nous évoluons rapidement d’une situation assez surréaliste vers quelque chose de très réaliste qui nous plonge au plus profond de l’âme de ces 4 hommes : le père, le fils, son compagnon et le prostitué, précepteur du père.

Une histoire singulière, des personnages attachants et un style mordant inscrivent déjà ce roman dans ma mémoire de lectrice. – Sophie Bernaert

                                                                      ____________

D’autres avis à découvrir en suivant les liens …
Françoise Floride est restée un peu en dehors, Charlotte Bouteloup a été très touchée, Sylvaine Yvenou n’a pas aimé, Claudia Charrier a été scotchée et surprise, Sybil s’est laissé séduire par tant de douceur et de bienveillance, Nathalie Cez a peiné à entrer dans ce livre, Marie-Claire Poirier explique de façon détaillée pourquoi elle n’a pas aimé ce livre, Florence Ollagnier a goûté la plume fluide et l’histoire originale,

L’attrape-souci – Catherine Faye

Dépaysement assuré ! Direction Buenos Aires sur les traces du petit Lucien, « oublié » par sa mère lors d’une séance shopping, seul dans un pays étranger… Roman d’apprentissage avec un côté feel-good bien tempéré par la réalité des épreuves qui attendent Lucio sur son parcours, mais un roman lumineux qui recueille de nombreux suffrages des lecteurs qui se sont laissé émouvoir.

L Attrape-souci

« Donc vois-tu, quand tu as un souci, n’importe lequel […] tu glisses une des petites poupées sous ton oreiller, tu le lui confies et le lendemain matin, quand tu te réveilles, plus de souci, il s’est envolé. »
C’est peu après avoir adressé ces mots à Lucien que sa mère s’est envolée elle aussi. Ils étaient dans une librairie, elle s’est éloignée, et n’est plus revenue.
Voilà le petit garçon de onze ans laissé à l’abandon en Argentine, à Buenos Aires. Dans le pays de sa mère, mais un pays qu’il ne connait pas. Elle lui a heureusement appris l’espagnol, ce qui lui permet de se débrouiller et de se fondre dans la masse des Argentins bien qu’il soit bel et bien français.
De fil en aiguille, Lucien va faire des rencontres extraordinaires. Un attrape-souci de 11 ans qui va attirer les sympathies de personnes très différentes et enrichissantes, chacune à leur manière. Un petit garçon auprès desquels ils vont oublier leurs soucis.
Tout d’abord il y aura Gastón, un homme fatigué de ramasser des papiers et cartons pour survivre dans un bidonville. Lucien apprendra auprès de lui la situation politique dramatique du pays et la misère, mais aussi le courage et la bienveillance. Ce sera le premier caillou de son chemin en Argentine.
Puis il y en aura d’autres, que je ne vous dévoilerai pas, qui lui permettront de se frayer surtout un chemin vers lui-même. De se libérer d’une mère qu’il adorait malgré ses imperfections, de quitter l’enfance pour tendre vers l’âge adulte. De grandir avec sa personnalité envers et contre tout, en dépit des embûches et des désillusions.
J’ai adoré cette histoire aux allures de fable en même temps que de roman initiatique. Il y a du vraisemblable et de la folie, des moments tendres et des moments très durs, des rencontres qui font du bien et d’autres qui blessent.
L’attrape-souci me laisse le sentiment d’un roman très coloré et sensoriel, car Catherine Faye insiste beaucoup sur les décors et les odeurs, les goûts, les textures. J’ai adoré son univers, qui m’a mis de l’espagnol plein la tête, m’a revêtue d’un exotisme enivrant et m’a fait vivre une aventure palpitante aux côtés de Lucien. – Vanessa Natiora
                                                             ____________
C’est en hésitant à choisir un attrape-souci dans une librairie de Buenos-Aires que Lucien a perdu sa mère. A moins que ce ne soit elle qui l’ait perdu ? Devenu Lucio, le garçon de 11 ans arpente cette ville inconnue et y fait des rencontres surprenantes qui l’aident à trouver son propre chemin. Commencée comme le pire des cauchemars, son histoire s’illumine peu à peu grâce la force insoupçonnable qu’il trouve en lui. Sans besoin de petites poupées porte-bonheur.
Construit comme un conte initiatique où le merveilleux se niche au cœur de la rue, chez les pauvres gens et les laissés pour compte, le roman de Catherine Faye dessine toute une géographie de la misère sociale mais aussi affective. Petit poucet urbain, Lucio/Lucien trace sa route au fil des rencontres, au fil de souvenirs douloureux qu’il ne veut exprimer, ancré dans sa détermination à retrouver l’amour de sa mère, avant de « gommer » le fardeau qui l’alourdit.
Une belle histoire de vie, vivement et joliment racontée. – Merlieux Lenchanteur
                                                            ______________
Il en a du courage et de la volonté, ce petit garçon de onze ans au début du roman et qui va grandir à grande vitesse dans les quartiers de Buenos-Aires où sa mère l’a « perdu » devant une librairie .
Lucien – vite devenu Lucio en Argentine, est bien petit quand débute ce livre, il en est encore à vouloir une sorte de doudou indien, poupée-fétiche en vente dans la librairie, petit porte-bonheur qui attrape les soucis des enfants qui ont du chagrin pour les en délivrer.
Si seulement il avait pu en acheter un ! Au lieu de cela, sa mère l’a laissé en contemplation devant ces objets prometteurs, partie, enfuie, perdue elle aussi ? On n’en sait rien. Une mère peut-elle délibérément abandonner son enfant dans un pays étranger où il ne connaît personne et n’a aucun repère ? Oui, c’est vrai, les parents du Petit Poucet l’ont fait, mais c’était il y a longtemps. Et puis c’est un conte, pas une histoire du 21ème siècle !
Alors, comment va-t-il se débrouiller ce gamin ? On va le suivre au fil de ses rencontres, comme un picaro en gros honnête et débrouillard, entre « cartoneros » compatissants, prostituées gentilles, enfants des rues étonnamment sympathiques et pour finir, jardinier au grand cœur et psychologue un peu bancale mais aimante. De bidonville en bordel, de jardinerie en maison bourgeoise, notre lutin franco-argentin apprend la vie, découvre avec émerveillement le delta du Rio de la Plata, sur fond de tangos de Carlos Gardel et dans un paysage urbain égayé de jacarandas bleus où picorent toutes sortes d’oiseaux exotiques, entre les averses où les gouttes semblent « aussi rondes que des yeux de poisson ».
L’auteure, qui connaît bien ce pays, nous le restitue dans sa beauté un peu sauvage même si on est en ville, les couleurs et les sons se répondent dans leur luxuriance un peu stressante. Notre apprenti de la vie y fait ses premières avec courage, un peu de filouterie aussi et beaucoup d’à-propos. Comme un enfant, il observe et conclut à sa façon très directe et sans chichi comme pour cette femme, « jeune par-derrière et vieille par-devant » !
Au final, en neuf mois, comme pour une nouvelle naissance, Lucio est devenu un grand.
On est plein de sympathie pour ce gamin attachant et malheureux, on apprécie l’évocation de Buenos-Aires, de ses habitants entre centre, banlieues huppées et quartiers misérables.
Un premier roman prometteur, on attend avec intérêt la prochaine publication de Catherine Faye. – Evelyne Grandigneaux
                                                                ______________
Une belle découverte que ce premier roman riche en émotions où un petit garçon de 11 ans, Lucien rebaptisé Lucio, va partir à la recherche de sa mère subitement évaporée. Il se retrouve seul dans une ville inconnue, Buenos Aires alors qu’il arrive juste de Paris, sa ville natale.
Sa quête est désespérée faite de survie auprès des plus nécessiteux, une sorte de cour des miracles tour à tour bienveillante ou hostile. Au détour de ses errances il découvre un jardin étrange peuplé de plantes enchevêtrées, de palmiers, de fleurs où il fait la connaissance d’Arrigo le jardinier qui va le recueillir.
C’est à ce moment du récit que mon intérêt de lectrice s’est aiguisé et est allé grandissant. Je me suis retrouvée partagée entre l’envie que l’alchimie fonctionne entre Arrigo et Lucio et le désir qu’il retrouve sa mère – je devrai dire sa génitrice
Le livre est remarquablement bien écrit, les descriptions précises, le rythme est soutenu. L’auteure connait manifestement bien l’Argentine des exclus des et laissés pour compte. L’immersion est réussie et le scénario à la hauteur.
La fin m’a littéralement happée, j’ai craint le pire pour Lucio, je vous encourage à découvrir les ressources inimaginables d’un garçon de 11 ans dont la force de (sur)vivre à ses douleurs est une belle leçon de vie. – Nathalie Chartier – Salou
                                                        _____________
Le roman : Lucien, 11 ans, erre dans Buenos-Aires depuis neuf mois à présent. Il a dormi où il a pu, mangé ce qu’il a trouvé, n’a parlé à personne. Au départ, les premiers jours, il espérait encore retrouver sa mère, et puis il s’est perdu dans la ville, a été abrité par Gaston, un clochard, puis par une maquerelle, dans une maison de demoiselles. Il a fui et fui encore, jusqu’à se retrouver chez Arrigo, un jardinier. Puis ses douze ans arrivent. Il n’ose à peine parler à ses hôtes, ne veut rien dire de son passé, et pourtant la vérité l’effleure souvent… Un jour après Noël, alors qu’il regardait des attrape-soucis dans une librairie, Lucien a été abandonné par sa mère.
Le sujet me faisait énormément peur. Je me tenais sur le qui-vive, peu courageuse, prête à abandonner ce roman si jamais mes viscères se broyaient. Et je l’ai terminé avec le cœur gonflé. Un challenge réussi, celui d’avoir rendu ce roman lumineux ! La narration menée par cet enfant de onze ans est d’une justesse parfaite. Cet angle donne au roman un parfum de candeur et d’espoir.
Un joli voyage en Argentine pour un roman très beau et optimiste. – Agathe Ruga
                                                      _______________
En 2001, Lucien,11 ans est en Argentine avec sa mère. Dans une librairie, elle lui dit de regarder des petites boîtes, appelées attrape-soucis. Fasciné par ces boites, Lucien ne voit pas sa mère partir et l’abandonner là dans ce pays inconnu dont heureusement il maîtrise un peu le vocabulaire. Il part alors à sa recherche et va errer dans les rues de Buenos Aires et faire des rencontres inattendues, hautes en couleurs: un SDF boiteux et tordu, des prostitués soi disant étudiantes, un jardinier écolo et une psychologue de la Haute..Cet enfant va t il retrouver sa mère ???
On comprend vite la nature des relations de Lucio avec sa maman qui l’a volontairement et consciemment abandonné là, voulant se défaire de ce fardeau. Au fil des pages, Lucio (ou Lucien pour certains) va révéler des moments de sa vie, de leur vie et on comprend bien le détachement de cette « mère » vis à vis de son fils qui va tout de même tout faire pour la retrouver. Il va faire preuve de courage, de déterminisme, d’abnégation. Malgré toutes les difficultés rencontrées, il va continuer à tenir bon, toujours motivé par le projet de retrouver sa mère,de devenir un vrai homme, et d’apprendre un métier qui lui plait, en lien avec la terre grâce à sa 3ème rencontre. Le dessin va aussi être une révélation pour lui. Il trouvera ceux qui l’aimeront, qui l’accompagneront, parmi ses véritables amis qui deviendront peut être ses parents de substitution… Ce roman est un beau roman d’apprentissage où le petit Lucio m’a ému de par son histoire, sa combativité. Les phrases et les chapitres donnent une impulsivité, un rythme fort sympa et j’ai eu, à plusieurs reprises envie de serrer ce petit bonhomme dans mes bras et de le prendre par la main. une belle découverte. – Marie Heckmann
                                                          ————————
Sur un coup de tête de sa mère, Lucien âgé de 11ans et celle ci s’envolent pour Buenos Aires. Dans cette grande ville, au gré de leurs déambulations, ils feront un passage dans une librairie où Lucien sera attiré par des boîtes et quand il relèvera la tête sa mère aura disparue. Il va donc déployer un arsenal de moyens pour la retrouver et tenter de comprendre cette disparition.
On se sent l’âme de vouloir aide ce petit garçon débrouillard qui a un côté très attachant.
C’est une histoire belle et triste à la fois qui nous montre comment un gamin chahuté par la vie trouve des ressources pour se sortir de situations parfois très borderline. Ce roman nous montre aussi au sein d’une société en perpétuel mouvement que l’on retrouve de l’humanité chez certains êtres humains mais pas toujours chez ceux que l’on pourrait croire dotés de ce sentiment.
Il y est aussi question de la confiance accordée et de la défiance de plus en plus grande des hommes les uns envers les autres et du comportement des « nantis » qui ne voient plus, ceux qui vivent en marge de la société, comme des êtres humains.
On notera aussi la relation fils mère et la difficulté d’être un enfant non désiré dans une famille monoparentale. – Sy Dola
                                                           __________________
un enfant .. rêve.
Quel pire cauchemar pour un enfant que la disparition de la mère ?
L’auteure nous entraine avec lui à la recherche de cette femme énigmatique, imprévisible, fantasmée.
Comme dans les rêves, l’enfant croise des fées noires, des petits génies, des figures grimaçantes, des sorcières roses, on s’occupe de lui, on le rejette, il trébuche, une main se tend, il repart ??
Quelle est la quête de tous ces personnages aux contours flous, d’où viennent ils ? Où vont ils ?
Comment tracer son chemin, quelle voie choisir, quel sens donner à sa vie ?
Où amènerait-on ce petit garçon si on le prenait par la main pour partager un bout de chemin ? – Christiane Arriudarre
                                                          __________________
Nous avons tous nos madeleines littéraires, et l’Attrape-souci fait désormais définitivement partie de ma petite géographie intime !
Ni tout à fait feel good book, ni tout à fait conte initiatique, ce premier roman suave et acidulé comme un agrume gorgé de soleil nous entraîne à Buenos Aires dans le sillage de Lucien, 11 ans, lancé à la recherche de sa mère qui a mystérieusement disparue alors qu’ils étaient tous les deux dans une librairie.
Sa course effrénée dans les différents quartiers de cette ville grouillante et tentaculaire sera le théâtre de rencontres insolites, tantôt lumineuses tantôt tragiques avec les laissés pour compte de la société argentine, qui le marqueront jusque dans sa chair et changeront à jamais sa vision de la vie.
Construite à hauteur d’enfant, l’histoire menée tambour battant par Catherine Faye, qui n’est pas sans rappeler les romans d’aventures que nous lisions enfant, convoque les cinq sens du lecteur, qui s’éveille à la sensualité du monde dans les pas de Lucien, devenu Lucio.
Mais quel est donc le secret de ce jeune héros rêveur et déterminé ?
Pour le savoir, plongez vite dans ce roman rafraîchissant et addictif qui vous fera passer du rire aux larmes ; la couverture intrigante du livre pose le décor et vous y invite d’emblée ! – Catherine Pautigny
                                                         ________________
L’attrape-Souci de Catherine Faye est un premier roman qui se dévore, malgré des maladresses et une histoire plus que sombre, voire lourde – un enfant de 11 ans abandonné par sa mère et qui va vivre comme un miséreux avant de… S’il y a quelque chose de lumineux, c’est la simplicité du style de ce roman qui nous fait découvrir, sans la juger, l’humanité dans sa grandeur et sa misère. C’est aussi un voyage à Buenos Aires, et cette manière d’évoquer sans s’appesantir les contrastes de cette ville et de ce pays où les quartiers riches sous haute protection côtoient ses favelas miteuses dans une ambiance politique tendue.- Catherine Mézan
                                                         _______________
Lucien a 11 ans. Il est arrivé en Argentine avec sa mère et ils visitent et entrent dans les boutiques depuis plusieurs jours. Il ne sait pas ce que sa mère est venue chercher ici, dans une ville qu’elle connait, en le séparant de sa vie parisienne. Mais quand elle l’abandonne, un jour à la sortie d’une librairie, c’est bien entendu tout son petit monde qui s’écroule ! Grâce à la gentillesse et à la bonté de certaines personnes qu’il croise au bord des trottoirs, le long d’une rue, Lucien, devenu Lucio va tenter de donner un sens à ce qui lui arrive… Premier roman tout en couleur, l’histoire de Lucio est attachante. Dans son malheur, il croise des personnages qui lui veulent du bien et qui vont l’aider à aller de l’avant. Mais la vie est dure à Buenos Aires pour un enfant seul et livré à lui-même. L’écriture est rythmée et plutôt jolie, mais j’ai parfois eu un peu de mal avec les multiples rebondissements que doit traverser Lucio. J’ai cependant passé un bon moment aux côtés de ces gens au cœur chaud, qui donnent tout l’amour qu’ils peuvent à ce petit garçon abandonné… – Audrey Thion
                                                        ________________
Roman lumineux, plein d’humanité. Ce petit garçon Lucien, Lucio en Argentine, a beaucoup de courage et de volonté. Sa mère est partie en le laissant dans une librairie où celui-ci étaient en contemplation devant des petites boites appelées « Attrape-souci ».
Lucio va se retrouver seul dans la rue et apprendre à grandir au fil de ses rencontres plus ou moins heureuses, avec une fin inattendue.
Très belle histoire que j’ai beaucoup aimée. Belle écriture, belles descriptions : couleurs, odeurs, paysages, comme une impression d’y être et tout ressentir.
Je me suis attachée à ce petit garçon et quitte ce livre avec regret et qui fait que je m’y suis sentie bien.
Premier roman très réussi. – Joëlle Radisson
                                                        ________________
Encore plein d’autres avis de lecteurs à découvrir en suivant les liens…
« Un feel-good book qui nous réconcilie avec l’humanité » pour Annie Pineau
« Un roman surprenant qui ne peut laisser indifférent » pour Sylvaine Yvenou
« Un roman riche, exotique, envoûtant… » pour Marie-Claire Poirier
« Un suspense initiatique servi par un bel imaginaire » pour Henri-Charles Dahlem
« Une belle découverte » pour Aline Raynaud
« Un joli premier roman, lumineux, émouvant… » pour Dominique Sudre
« Un roman initiatique exubérant… » pour Françoise Floride-Gentil
« Un roman qui se lit comme un conte pour enfant » pour Nathalie Cez
« Un roman qui a su me toucher à vif… » dit Héliéna Gas
« Une sacrée aventure ! » pour Chantal Guérinot

L’homme de Grand soleil – Jacques Gaubil

Direction le Grand Nord pour un voyage aussi rafraîchissant que surprenant, sur les traces d’un médecin français installé à Montréal et qui, au cours de ses visites de patients dans les contrées septentrionales va en découvrir un vraiment très particulier. L’ironie mordante de Jacques Gaubil semble faire mouche auprès des lecteurs, et même un peu plus auprès de certaines lectrices…

L Homme de Grand soleil

 

Pour son premier roman Jacques Gaubil réussit le tour de force de remettre en question les fondements de l’humanité. Avec autant de force que d’ironie.
Le narrateur est un médecin installé à Montréal. Il est chargé de rendre visite une fois par mois à Grand Soleil qui, comme son nom ne l’indique pas, est une communauté située dans le Grand Nord canadien où le froid règne en maître. Le petit groupe de personnes qui vit là, en grande majorité des vieux, bravent le froid en ingurgitant une grande quantité d’alcool qu’ils fabriquent sur place. L’occasion pour le narrateur de montrer d’emblée son sens de la formule : « Un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante-neuf et une moyenne d’âge de soixante-sept ans: ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. »
Tout au long du livre, on va se régaler de son style incisif, de formules qui prouvent qu’il s’est approprié la formule d’Anatole France « Sans ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux». Peut-être est-ce parce que son patronyme, Leboucher, est lui-même ironique quand on a pour vocation de soigner les gens ?
Toujours est-il que cette distance lui permet d’apprivoiser ses patients, à commencer par une jeune femme dont la présence ici l’intrigue : «Les gens d’ici vous aiment bien, affirme-t-elle en souriant. Il y en a eu beaucoup avant vous, des jeunes, surtout. Ils venaient d’avoir leur diplôme et le village était pour eux un monde inhospitalier. Ils ont tous essayé de lutter contre l’alcoolisme. Il y en a même un qui a voulu mettre en place des séances de jogging. Il voulait nous faire acheter des baskets. »
Au fil de ses voyages, il va alors aller de découverte en découverte, comme quand il pénètre dans la vaste demeure de sa nouvelle alliée: « Une immense bibliothèque constitue l’ornementation principale de cet intérieur. On devine que les rayonnages ont pris forme, durant des années, à la manière d’une plante grimpante qui recouvre progressivement tous les murs. Au début, la jeune pousse avait dû être assez modeste, puis, les livres bourgeonnant, de nouveaux rameaux étaient apparus. La plante avait été repiquée plusieurs fois sans jamais perdre de sa vivacité. Finalement, la bâtisse ne semble plus être autre chose qu’un immense tuteur pour cet organisme sans cesse en croissance. »
C’est là que l’attend un vieil homme au physique de rugbyman répondant au doux nom de Cléophas et qui semble bien mal en point. Aussi décide-t-il de faire une prise de sang pour analyses complémentaires. La jeune femme qui partage cette demeure lui permet aussi de prendre des clichés d’une vieille bible qui l’intrigue beaucoup.
De retour à Montréal, il va aller de surprise en surprise.
Le laboratoire lui révèle que ses échantillons ne sont pas ceux d’un humain et son ami bibliophile que cette bible est quasiment un exemplaire unique à la valeur inestimable.
C’est alors que le roman prend une nouvelle dimension. Les laboratoires veulent en savoir plus sur cet ADN. Le monde s’émeut : « Sont convoqués : des égyptologues, des primatologues, des spécialistes des civilisations précolombiennes, des éthologues, des habitants de la vallée de Néander, quelques voisins de la grotte de Lascaux et, bien sûr, les inévitables psys. »
Face à ce déferlement, notre médecin va tenter de préserver la communauté tout en s’interrogeant sur ses découvertes et sur les vertigineuses questions qu’elles posent.
L’homme de Grand Soleil est une fable à la fois drôle et incisive qui se lit comme un roman d’aventures. – Henri-Charles Dahlem
                                                                   ______________
Le docteur Leboucher s’est retrouvé à Montréal après avoir fui la France. Exilé, seul, il a dû prouver qu’il était un vrai médecin et qu’il pouvait exercer en toute confiance. Mais pour montrer patte blanche, il s’est vu obligé de prendre l’avion puis l’hélicoptère pendant plus de 6h chaque mois pour se rendre dans un village isolé et reculé du grand nord québécois. Mais en plus du froid, ou plutôt du frette, il va découvrir à Grand Soleil bien d’autres choses, toutes aussi belles qu’extraordinaires… Quel premier roman revigorant !!! Je ne m’attendais à rien de particulier en ouvrant ce livre et j’y ai trouvé tout ce qu’un bon roman peut apporter : de l’humour, de la réflexion, de belles descriptions, des personnages attachants et une très très belle écriture… On se laisse envahir par le grand froid et on se réchauffe au coin d’une bibliothèque. On embarque pour un paysage de neige et on se maintient en vie en se désolant de ce qu’est devenu l’homme moderne… mais en espérant… en souhaitant que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve et que nous allons enfin nous réveiller… A découvrir, à savourer, à partager sans aucune modération !!!! – Audrey Thion
                                                                    _______________
Un jour, deux jours, trois jours.
Faire durer. Finir ce roman, c’est comme revenir à la condition humaine, alors il faut que ça dure.
Tiens, me rappelle Sagan, celui-là : ce n’est pas un livre c’est un cœur. Doublé du mien. Un livre dont on ne veut pas se séparer tant il concentre l’intelligence, la bienveillance et l’humour. Mais qui donc a pu écrire ça ? Ramener Peguy et Girard, avec un fond de philosophie chrétienne à la Michel Henry : c’est juste inouï. Comment manier cette matière, comment l’articuler pour qu’on soit autant séduits qu’ interrogatifs sans jamais s’ennuyer ?
Lors oui, l’histoire est ficelée, le style cadencé : mais ça va bien plus loin. Ce n’est pas un coup de cœur, c’est un coup d’âme.
Dame ! que se passe-t-il donc dans la tête d’un auteur qui décrit nos fonds de névrose comme s’il était nous ?
Didactique ? non. Trait d’humour ? non plus. Visionnaire ? pas plus, à mon avis.
Alors quoi ? Génie ? Oui, pour moi, cent fois oui.
Pas une phrase de ce récit ne m’aura semblé superflue, de celles qu’on lit en travers, pour accélérer. Tous ses mots sont à leur place, toutes ses idées peuvent être les nôtres, si l’on s’en donne la peine ; peine de soi, peine du monde, peine à être, même si l’on s’en défend.
Un premier roman dont la dernière page incite à se demander où sont donc les autres. Une pensée comme celle de Jacques Gaubil ne peut ni ne doit rester dans le timide.
Il lui faut réitérer, pulser, gueuler. Ça nous fera du bien.
Abasourdie que je suis par la claque que vient de me donner Cleophas, il me sera difficile de passer après Kiniwaki, après la vérité et l’émotion. De la philosophie léchée, qui n’en a pas l’air, mais qui secoue nos tranquillités d’occidentaux finalement pas très sûrs de nos choix.
Une sorte de route vers notre ontologie, délicieuse, précieuse et salvatrice. – Estelle Beaulieu-Dufils
                                                                    ________________
Le Docteur Leboucher vit à Montréal, où il tient son cabinet de médecin généraliste. Mais régulièrement, il se rend à Grand Soleil, un village désespérément isolé dans le nord, où il fait tout le temps froid, et même frette, un mot québécois qui évoque un froid inimaginable pour nous Français. Le Docteur est lui-même français, il est parti au Québec après avoir vécu un drame qui nous sera révélé plus tard.
A Grand Soleil, les gens habitent dans des maisons éloignées les unes des autres et viennent à la rencontre de ce docteur capable de braver les éléments et de faire un long voyage en avion puis en hélicoptère pour venir les voir. Il soigne les bobos physiques mais aussi ceux de l’âme. Sans le docteur, tout cela se soigne à l’alcool, tout le monde a son alambic. Dans ce village sans distraction, que peuvent-ils faire d’autre ?
Il y a aussi cette femme, très très laide, qui lui demande de venir jusque chez elle secourir un homme. Le docteur n’a jamais vu une telle stature. L’homme allongé est massif, charpenté, et souffre d’un mal que Leboucher n’est pas capable de diagnostiquer sur place. Il va lui prélever du sang pour le faire analyser. Et ce qu’il va découvrir va avoir des répercussions incroyables.
Non, ceci n’est pas un récit de science-fiction. Mais une fiction autour de la science, qui sur papier apparait plausible. La tournure que prend le récit après cette découverte est intéressante à suivre, mais ce n’est pas là plus frappant. C’est plutôt toutes les réflexions qui surgissent au cours de l’histoire, plus ou moins liées à l’homme de Grand Soleil.
C’est aussi paradoxalement ce qui m’a lassée après la première moitié du roman. Nous suivons le docteur partout, à Montréal, à Grand Soleil, chez lui… et nous le suivons surtout dans sa tête. Il est comme nous, il suit un flux de pensées qui se juxtaposent. C’est très bien écrit, la plume est belle et affûtée, mais parfois rébarbatif et ennuyeux. A certains passages, j’ai repensé à cet adage « la culture, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on l’étale ». C’est caricatural, car loin de moi de penser que le docteur Leboucher n’a pas beaucoup de culture, mais il y a des digressions futiles qui ont gêné ma lecture.
Je ressors de cette lecture mitigée. J’ai voyagé, j’ai aimé l’atmosphère de Grand Soleil, la réflexion initiée par la découverte concernant le malade. J’ai aimé la critique caustique envers l’humain moderne qu’on retrouve tout au long du roman. Mais au final je n’en ai pas retenu grand chose d’autre et j’ai ressenti peu d’émotions, je suis restée assez hermétique aux personnages. Tant pis pour cette fois. – Vanessa Natiora
                                                                   ______________
Dès les premières pages j’ai beaucoup aimé l’écriture et le style utilisés par l’auteur. Cet a priori positif n’a fait que se confirmer tout au long du roman qui est à la fois une belle fable et une critique acérée de notre société actuelle. L’auteur fait preuve d’un vocabulaire incroyable, de culture, d’un humour parfaitement dosé et d’une grande humanité. L’homme de grand soleil est un coup de cœur pour moi ! – Frédérique Camps
                                                                    _____________
Venu de France après un drame effroyable, le docteur Leboucher (une chance, il n’est pas chirurgien…) a accepté de se charger des visites à domicile pour les patients du Grand Nord. C’est un peu le lot des jeunes médecins, comme dans nos campagnes on voit souvent des médecins soit débutants soit venus de loin. Le désert médical n’est pas un mythe.
Avec lui nous découvrons les horizons gelés à l’infini, la forêt des terres froides, le froid qui descend à – 47° : « geler ou ne pas geler, telle est la question. » Une réponse assez généralisée au village de Grand – Soleil (cela se dit « Kisikowi en langue cree), c’est l’alcool. Qui n’a pas son petit alambic ?
Un jour, le Dr Leboucher est appelé en consultation pour un patient absolument colossal, un Titan du nom de Cléophas, dont on dit que « les grizzlis [en] évitent sans doute la rencontre ». « [Son] lit craque, pourtant, ce n’est pas de l’Ikéa. » Le ton est donné : de l’humour un peu grinçant voire carrément sarcastique, et un œil sacrément critique porté sur notre société repue et blasée.
Cléophas est soignée par sa fille, désignée par « elle », et on apprend que leur famille a quitté les Pyrénées pour le Québec lors de la Révolution française. En emportant un livre absolument inouï qui va faire tomber à la renverse les spécialistes de l’histoire de l’imprimerie car il s’agit d’une épreuve corrigée, raturée mais en parfait état de …la Bible de Gutenberg ! Autant dire un trésor inestimable.
Quant à Cléophas, il va déchaîner les passions de toutes sortes dès lors que son ADN sera étudié : ce n’est pas un humain, enfin, pas un homme comme vous et moi, pas un homo sapiens. Il faudra lire le livre pour en savoir un peu plus. Sachez toutefois que cette découverte va provoquer des réactions absolument ahurissantes. Rejet, terreur, engouement, et même déclarations d’amour enflammées. Finalement, il vaut mieux se contenter d’être ce qu’on est…
L’auteur, sous un déguisement de fabuliste, nous fait entrer dans sa réflexion sur notre société et son humour parvient mal à cacher sa colère, son indignation, son découragement face aux comportements consuméristes, sur notre monde fait d’hygiène maximale, de fêtes inutiles et purement commerciales, sur le tourisme de masse qui tue le voyage et le rêve, sur les médias qui font recette de tout (on va même jusqu’à proposer à Cléophas de tourner dans un film porno, lui qui est en train de quitter ce monde!).
J’ai beaucoup aimé la balade en traîneau à travers les paysages enneigés et sur la glace qui craque, rite de passage pour le médecin : désormais, « je ne suis plus un étranger », dit-il. Également, le discours sur les roux, (Cléophas a cette particularité) et la folie qui saisit le monde : tous se teignent en roux, pour être comme lui ! Certains pays, telle la Corée du Sud « dépiste » les gens comme Cléophas, comme s’il s’agissait d’une maladie ! (Une anecdote : dans les années 80, une fillette de ma connaissance, rousse, voyait sa grand-mère faire une machine spéciale pour ses vêtements : parce que les rousses, ça sent mauvais, disait-elle ! Et nous étions sous Mitterrand…Enfin, on a arrêté de les brûler…)
Enfin, on s’attache à cet homme qui a quitté la France pour prendre un nouveau départ après l’affreuse mort de sa petite fille de cinq ans, d’une rafale de kalachnikov (est-ce autobiographique ?) et qui découvre un nouveau mode de vie, plus calme, plus vrai, au Canada.
Un bon premier roman, drôle et intelligent, malgré quelques longueurs dans les passages philosophiques, et qui se lit avec grand plaisir. – Evelyne Grandigneaux
                                                                ________________
COUP DE CŒUR. UPPERCUT !! Quel roman !
Le grand nord québécois, l’hiver, un médecin itinérant vient chaque mois à Grand Soleil , un village perdu dans le Québec arctique. « un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante neuf et une moyenne d’âge de soixante sept ans : ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. « .. Un jour , Elle lui demande de venir visiter Cléophas , malade , souffrant . La vie de notre médecin va prendre un tour nouveau. Qui est donc Cleophas ?
Jacques Gaubil nous raconte, se raconte ? , l’exil loin de France, son arrivée à Montréal, ses débuts difficiles, sa vie de célibataire quinquagénaire, et puis le froid , le froid encore le froid , non le frette …. le ton impertinent du début , sarcastique , devient soudain plus profond , plus touchant. La sincérité des propos , leur justesse, créent une émotion palpable, donnent matière à réflexion sur l’homme, son devenir, son passé, son présent, son futur . Quand l’humanité rejoint l’humanisme.
Une lecture coup de coeur pour ce premier roman découvert dans l’aventure des 68 premières fois hiver 2018. Un livre à relire sans aucun doute que je ne peux que vous conseiller bonne lecture ! – Sylvaine Yvenou
                                                                  ___________________
Un médecin franco-canadien exerce son activité entre sa ville de Montréal et de petits villages perdus aux confins du Grand Nord canadien , uniquement accessibles par hélicoptère .En dépit du froid sibérien , de l’immensité de spaysages et de la rudesse des conditions de vie , le médecin s’acclimate parfaitement dans ce milieu hostile . Il gagne même la confiance de ceux qu’il soigne , et surtout celle de Cléophas , un géant très spécial . Lequel va s’avérer une énigme pour les généticiens et la médecine , je n’en dis pas plus . En outre , Cléophas s’exprime étrangement dans une langue française très châtiée que n’auraient pas renié Saint-Simon , Balzac ou Victor Hugo (nos contemporains pourraient en prendre de la graine ).Ce qui fait le charme de ce roman , ce sont les réflexions douces-amères de l’auteur , comme celle-ci : « grâce à la télévision , à internet , à la presse , des footballeurs , des chanteurs , des stars de la télé-réalité , des animateurs , des mannequins , des lycéens grévistes avaient pénétré dans les maisons pour imposer le modèle d’une vie sans pensée » . Alors , oui , j’avoue j’ai et relu certains passages de ce roman pour en apprécier le sel et l’humour ravageur , il en vaut la peine . Il y a un aspect dans ce livre qui m’a fortement séduit , c’est le côté dépaysant du voyage dans un pays où l’on rencontre plus facilement des ours que des hommes . Et l’amour sous-jacent de la ville de Montréal , que je partage , pour son côté exotique et son cosmopolitisme , pour les rencontres de tous les possibles avec les Montréalais . – Michel Carlier
                                                                     ___________________
L’immersion dans le froid, ici n’a rien du « guide du routard ». J’y attendais plutôt la lenteur, voire l’immobilisme. Elle apparaît à travers le prisme de notre monde pressé, pointé du doigt, avec une ironie frappante, par Jacques Gaubil.
C’est finalement dans le grand froid que l’auteur zoome sur la chaleur de l’être humain et met en avant des valeurs existentielles précieuses, loin des paillettes éphémères.
L’épisode traumatique du personnage principal- révélé en fin de roman- ne me semblait pas nécessaire. Son cheminement et ses rencontres dans sa vie citadine quotidienne et ses expéditions à Grand Soleil me semblent un contraste suffisant à l’émergence de sa réflexion sur notre monde contemporain, sans souci du pathos.
En dépit de cet élément, l’écriture incisive de l’auteur m’a piquée, comme un soleil glacé. – Anne Richard
                                                                      _________________
Quand une vague de froid polaire s’abat sur la France, quoi de mieux pour atténuer le choc thermique intérieur/extérieur que la lecture d’un roman dont la toile de fond est l’immensité du grand Nord canadien ? La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance, car les trente premières pages des aventures de Jacques Leboucher, médecin français expatrié à Montréal qui rejoint une fois par mois le petit village de Kisikawi (« Grand Soleil ») pour y donner ses consultations a suscité chez moi un vague ennui ; les références politiques à Donald Trump et autres considérations philosophico-religieuses qui émaillent le texte l’alourdissant artificiellement à mon sens. Et puis, de fil en aiguille, subtilement, Jacques Gaubil tisse la toile de son récit, la rencontre du jeune médecin avec Cléophas, géant au langage châtié à la destinée hors-norme constitue le pivot du récit ; le héros gagne en densité et le roman s’anime soudain dans ce décor blanc immaculé qui paraissait si paisible, l’intensité dramatique monte jusqu’à atteindre son acmé, et le roman devient un véritable « page-turner ». Une belle expérience de lecture in fine, et une critique acerbe de la société contemporaine non dénuée d’humour, même si je reste dubitative sur la forme, qui manque de souffle romanesque pour la lectrice romantique que je suis… Voici à ce propos ce que l’auteur fait dire à son personnage dans le dernier chapitre « J’aurais pu vivifier mes phrases et ambitionner un prix littéraire mais au lieu de cela, j’ai refusé de mentir (…). En ce qui me concerne, j’ai une éthique qui m’interdit de faire croire que la vie est poétique ». Faute avouée à moitié pardonnée ! – Catherine Pautigny
                                                                    _____________
Drôle de farce que nous conte Jacques Gaubil dans ce premier roman, aussi drôle qu’inattendu!
La plume vive, amusée, cultivée, croque les personnages avec une acuité ironique mais sait se faire bienveillante. On a envie d’y croire, à cette histoire de géant néandertalien.
Si dans l’ensemble j’ai trouvé cette lecture divertissante (j’ai éclaté de rire plusieurs fois quand même!), j’ai été plus ennuyée parfois par un aspect un peu caricatural. Roman masculin par excellence (mais qu’est-ce qu’un roman masculin, allez-vous me dire!!?), je ne me suis pas vraiment sentie « chez moi » dans ce roman.
Pour autant, je ne regrette pas de m’être égarée hors des sentiers battus, car L’homme de Grand Soleil est un roman surprenant et sacrément culotté. Il fallait oser ressusciter l’homme de Néandertal au 21ème siècle. Et si je vous dis, cerise sur le gâteau, que ce néandertalien a voyagé à travers l’histoire avec le tirage d’épreuve d’une Bible du quinzième siècle sous le bras, je suis certaine que je vais attiser votre curiosité! – SoniaBooksandmore
                                                                     ______________
Peut-on vivre à moins 40 dans un hameau isolé au nord du Canada ? Eh bien c’est le cas à Grand Soleil le mal nommé. Mieux vaut lui donner son nom indien Kisikawi, « un village de cent personnes à cinq heures de route d’une autre bourgade à peine plus grosse », un « rien enseveli sous la neige ». « Ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux ». Le ton est donné : un humour réjouissant qui m’a fait rire. C’est là que doit se rendre, chaque mois, un médecin de Montréal. Médecin des corps et des âmes. La routine. Jusqu’à la découverte bouleversante d’un malade alité doté d’une ossature et une musculature hors du commun. « à côté de lui, un pilier de rugby samoan aurait une allure rachitique, « . Comment lui prélever du sang?  » Il me faudrait une seringue spéciale pour traverser ces muscles, une perceuse peut-être? » L’analyse de sang se révélera stupéfiante. Dès la page 41, le médecin retrouve Montréal. Dès lors, il contacte des amis de jeunesse et nous livre sa vision désabusée du monde. Tout devient plus grave. Il se réfère à Heidegger et l’angoisse, à l’appauvrissement intellectuel de l’humanité. Appauvrissement programmé de notre quotidien par la télévision, les réseaux sociaux. Et l’homme ? de quoi peut-il être capable face à une situation qu’il ne contrôle pas, à un élément étranger qui remet en question , croit-il, son identité, son intégrité. On a la bêtise humaine et son rejet de la différence. C’est un livre de réflexions profondes. D’une profondeur réconfortante : il y a toujours de très bons romans. Je termine sur cette phrase de Tim Cook, le patron d’Apple : »Nous allons vous donner des choses sans lesquelles vous ne pourrez pas vivre, mais dont vous ne ressentez pas le besoin aujourd’hui ». NB J’ai oublié d’ajouter ma note sur la perfection de l’écriture.- Mireille Lefustec
                                                                _______________
C’est l’histoire d’un homme parmi d’autres, qui ne cesse pas d’observer ses semblables et de les mettre en perspective par écrit. Il se réclame d’une-savoureuse- écriture masculine qui s’ouvre comme un docu-fiction. Un médecin qui écrirait sur les peuplades du grand Nord, nos cousins canadiens… Tout de suite, le trait est mordant sous un détachement qui intrigue. Des aphorismes, qui nous arrachent soupirs ou sourires, charpentent les chapitres. Cette structure cohabite merveilleusement avec la qualité de l’écriture et les virages du genre et de l’intrigue. Le lecteur suit Jacques Leboucher comme son ombre sans d’un monde à l’autre, d’une fragilité à l’autre au gré de sa mission médicale. D’un côté l’évidente soumission de l’ homme aux forces de la Nature Polaire, de l’autre son asservissement aux décrets du marketing et des médias. Pour tous, un déclin annoncé. Et notre médecin navigue inlassablement d’un bord à l’autre, nous livrant de savoureux portraits des côtés riants ou mesquins de ses compatriotes. Lire la vie de JL, c’est aussi sentir la sensibilité d’un écorché qui cherche activement l’engourdissement, l’étourdissement, l’amnésie. Parce que la vie lui a trop pris, parce qu’il n’ y a rien à rendre ni à gagner. Cet homme désolé de ce que l’humanité lui offre alors qu’il s’obstine à la soigner, deviendra l’acteur central d’une découverte mythique. Du genre à ébranler un temps les certitudes de l’homme. L’ébranlement n’aura pas lieu et nous continuerons de courir vers l’apocalypse climatique et humaine… C’est un témoignage bien sombre et sans échappée belle qu’a tissé Jacques Gaubil. Mais quel plaisir à le lire, à le suivre et puis le perdre. Un roman à relire sans modération, pour ne pas lâcher trop vite cette langue simple et brillante comme sa pensée.- Laurence Despujols
                                                                     _____________
Tout plein d’autres avis à découvrir comme …
… la lecture jubilatoire de Françoise Floride
… l’appréciation de la plume humoristique par Annie Pineau
… le cri du cœur d’Anne Leloup qui a adoré
… la belle surprise de Claudia Charrier
… l’excellent moment passé par Nathalie Cez
… le beau voyage de Sybil

Seuls les enfants savent aimer – Cali

Le chanteur Cali choisit de se muer en romancier pour explorer la blessure d’enfance et ses séquelles indélébiles, la mort de sa mère alors qu’il n’avait que six ans. Retrouver les sensations mais également la voix de l’enfant qu’il était, un pari difficile pour l’adulte qu’il est devenu ; et un exercice qui ne séduit pas forcément tous les lecteurs mais qui bouleverse nombre d’entre eux.

Seuls-les-enfants-savent-aimer

 

De Cali on connait les chansons et l’atmosphère sombre et écorchée.
Aujourd’hui il livre un premier roman, où il raconte la mort de sa mère alors qu’il avait tout juste 6 ans. Le désespoir de ce petit garçon et les difficultés à reconstruire une vie de famille, l’absence de l’être tant aimé et la peine si lourde qu’elle empêche le père de porter ses enfants. On retrouve dans ces lignes toute l’énergie de Cali, les blessures toujours à vif et une violence désespérée.
L’écriture est extrêmement rythmée, peut être l’habitude du format court.
C’est puissant, bouleversant et tellement juste.
On ne peut qu’être touché par ce petit garçon qui s’interroge sur son avenir, qui ne comprend pas comment il va pouvoir vivre sans sa mère et surtout vivre plus vieux qu’elle. Qui ne supporte pas qu’on puisse lui dire de passer à autre chose et continuer sa vie. En même temps les premiers émois amicaux et amoureux viennent lui transpercer le cœur comme « seuls les savent aimer », sans retenue, sans prudence, sans réserve, comme on devrait toujours aimer.
« Une lampe à gaz ronronnait à côté de nous, et par sa lumière légèrement saccadée je te voyais conter tes récits comme dans un vieux film. Tu as posé ton châle rouge sur mes épaules quand je me suis endormi sur tes genoux. Autour de nous régnait une odeur de feuilles et d’herbes qui montait de la forêt et pénétrait dans le moindre recoin de notre demeure. Une odeur de promesses d‘été. Tu me manques à crever, maman. Jusqu’à quand vas tu mourir ? » – Emmanuelle Coutant
                                                         ____________________
J’aime bien Cali, sa générosité en concert, sa proximité, sa disponibilité et sa gentillesse avec son public. J’ai comme une tendresse indulgente pour ses outrances, ses maladresses, ses rimes parfois approximatives, parce qu’il me paraît indéniable que derrière tout cela il y a une grande sincérité et une spontanéité presque enfantine. Je le découvre ici auteur d’un premier roman largement autobiographique et j’y retrouve tout ce qui m’agace, m’attendrit et quelquefois me bouleverse dans ses chansons : des images poétiques, tantôt frôlant le cliché, tantôt exprimant bellement des blessures mal cicatrisées ; une simplicité de l’écriture qui ne s’embarrasse guère de procédés narratifs ou stylistiques ; une forme de fraîcheur en jolie adéquation avec l’âge dans lequel se resitue le narrateur.
En racontant cette année qui suit la mort de sa maman, alors qu’il avait 6 ans, il met des mots là où ils lui ont manqué, il tente de rafistoler la présence aimée en s’adressant directement à la disparue, il exprime toute cette souffrance et lui donne de multiples formes. Mais surtout il parvient, me semble-t-il, à décrire ce moment où la mort fait son apparition dans l’existence d’un enfant et toutes les conséquences que peut engendrer cette insaisissable prise de conscience. Pour Bruno, soudainement tout devient mort possible : la sienne, l’abandon d’un ami, un séjour en colonie de vacances, le chagrin d’un père…
Cette chronique d’un deuil qu’un enfant ne peut jamais faire force l’émotion, tant elle est écrite de manière sensible. Mais, elle glisse par instants, un peu trop visiblement à mon goût, vers le pathos. Comment en faire reproche à l’auteur ? On sent, on voit, on perçoit à quel point l’absence est encore intolérable et que ce petit garçon, blotti dans une carcasse d’adulte, n’en finit pas de demander consolation. Comme s’il ne pouvait se résigner à l’inexorable.
Pour résumer, j’aime bien ce roman… mais je n’en ferai pas ma lecture de chevet ! – Merlieux Lenchanteur.
                                                                  _____________________
A l’aube de la cinquantaine, Bruno Caliciuri alias Cali troque la composition de ses chansons par l’écriture de son premier roman sous la forme d’une longue et tendre lettre d’amour à sa mère défunte.
C’est à travers le regard du petit garçon de 6 ans qu’il était alors qu’il raconte sa plus grande blessure d’enfance qu’il a vécu seul dans le noir d’une chambre, le dernier adieu à sa mère.
Comment apprivoiser la douleur de l’absence quand à cet âge la perte est subie de plein fouet, que la mort est mise à distance pour ne pas faire souffrir mais que cette distance par effet de boomerang décuple aussi la peur et la détresse d’un enfant.
L’immense chagrin ne s’estompe pas avec le temps mais au contraire s’amplifie avec les jours passés sans l’affection, l’écoute et le réconfort des bras d’une mère adorée partie trop tôt, partie trop vite.
Sa famille est là mais elle ne peut rien contre son chagrin, sa bouée de survie sera son immersion dans ce monde où il est né, sa confrontation aux autres et sa soif d’amour.
Car la vie continue et avec elle, la rentrée à l’école, le regard des autres enfants plus ou moins bienveillants, la première colonie de vacances loin de chez lui, les vexations, les petites bagarres. Les premières blessures au corps et les bleus à l’âme mais aussi les premiers émois amoureux et l’amitié forte et totale avec Alec, son meilleur copain.
Le petit garçon encaisse et endure parce qu’il sait qu’au bout de ce tunnel noir « il y a un passage secret au bout du jour », ce passage je l’espère est cette confession pudique, très bien écrite, juste et sensible de l’adulte qu’est devenu ce jeune garçon.
Malgré les dissonances et le déséquilibre entre le petit garçon qui parle et l’écriture un peu trop grandiloquente de l’auteur qui m’ont empêché d’être vraiment proche du texte, j’ai été sensible à ce beau témoignage d’amour, à ces souvenirs d’une enfance tendre et cruelle à la fois. – Régine Roger
                                                                  ___________________
Il y a de jolies formules dans ce roman. Des phrases qui font mouche, poétiques. Et une vrai recherche d’écriture entre l’enfant de 6 ans malheureux qui essaie d’exprimer ce qu’il ressent et l’adulte qui se souvient (même si c’est un peu bancal par moment). Mais quelque chose m’a tenu éloignée de ce récit. Je crois que, comme Amélie l’a souligné, il manque de la fiction insérée dans la réalité vécue. Ce qui en fait un roman trop larmoyant, à mon goût et qui m’a laissé complètement insensible. L’emphase dans la douleur, même si elle reflète ce qu’un enfant vit (absolument tout avec intensité), ne fonctionne pas ici pour moi. Je crois que j’aurais aimé que l’auteur se détache plus de sa propre histoire pour nous raconter celle de ce petit garçon. Et en faire un vrai roman. – Hélène Goelen
                                                                   ____________________
Roman bouleversant dont le personnage principal, petit garçon de 6 ans m’habite encore. Cali, auteur compositeur, nous livre ici un récit poignant, dont le caractère entièrement autobiographique donne aux sentiments décrits toute leur authenticité. L’histoire s’ouvre sur l’enterrement de sa magnifique maman, tant aimée de tous, de son mari, de ses 4 enfants, ses élèves, collègues et amis. Cet enterrement, auquel on lui a interdit d’assister, le hantera toute sa vie. « Seuls les enfants savent aimer » raconte de manière aussi puissante l’immense amour de cet enfant pour sa maman perdue mais aussi l’amour qu’il va chercher partout autour de lui, auprès des autres. Ce livre met aussi en exergue la force d’un enfant à se projeter dans l’avenir. Dans les premières pages, l’enfant dit : « Mes désirs sont morts, je n’ai plus de plan de vie… » puis 30 pages plus loin : « Pleurer longtemps durant la vie longue qui nous attend, la vie belle, la vie nouvelle. » Tandis que le père éploré, inconsolable, a cette même phrase, très belle, définitive, au début et à la fin du récit : « je ne vais pas mourir tout de suite mais je vais mourir jusqu’au bout ». L’écriture concise, limpide est très efficace. La légèreté du phrasé s’oppose à la lourdeur des sentiments exprimés. L’écriture de Cali me renvoie a celle de Gael Faye dans son roman « Petit Pays ». Deux auteurs compositeurs, à l’enfance écorchée vive, traumatique, qui ont ressenti, à travers leur premier roman respectif, le besoin, l’urgence de se raconter… et c’est très réussi. – Sophie Bernaert
                                                                        ____________________
Comment ne pas être très ému par la détresse d’un enfant de 6 ans qui vient de perdre sa maman. Cali nous raconte son ressenti d’enfant dans ce texte plus autobiographie que roman. C’est l’enfant de 6 ans qui nous parle mais si au début j’ai bien eu l’impression d’entendre un enfant plus le récit avance et plus les réflexions sont celles d’un adulte. Le petit Bruno s’est retrouvé bien seul face à ce vide immense, mais j’ai vu un gamin de 6 ans laissé à l’abandon même si il y a beaucoup d’amour dans sa famille.
Les phrases courtes de ce texte, qui font mouche dans une chanson, m’ont semblé un peu simplistes dans un roman.
Que retiendrai-je de ce récit ? Certainement que l’enfance de Cali a été dévastée par le décès de sa maman et qu’il en souffre encore mais rien d’autre. Espérons que l’écriture lui a au moins servi de thérapie. – Françoise Floride-Gentil
                                                                        ____________________
Il est toujours trop tôt pour perdre sa maman et en faire son deuil, surtout à 6 ans comme cela est arrivé à cet enfant. Tout au long de ce roman, nous vivons et ressentons le manque, le chagrin le besoin de s’accrocher aux souvenirs de sa maman, et malgré son entourage, il sentira le besoin de se sentir protéger et d’aimer. J’ai eu du mal en lisant ce roman, non pas par l’histoire, mais dans la narration qui me paraît toujours en porte à faux par rapport à un enfant si jeune. Une impression malgré de magnifiques phrases que ce texte ne me concerne ni ne me touche. – Philippe Hatry
                                                                    ___________________
Sublime !
Et pourtant, ce n’était pas gagné, le chanteur Cali, n’étant pas un personnage que j’apprécie. J’ai trouvé ce premier roman superbement bien écrit avec des phrases et des mots tellement émouvants et touchants
Ce petit garçon qui n’arrive pas a faire son deuil, car privé des obsèques de sa maman, est juste un cri du cœur pour un amour à jamais perdu ! – Nathalie Cez
                                                                    ___________________
Que se passe-t-il quand on perd sa maman à 6 ans ? S’exprimant au nom de l’enfant qu’il était, avec des mots à la fois simples et complexes, Cali raconte dans son premier roman sa douloureuse expérience du deuil maternel. Seuls les enfants savent aimer est un récit poignant, une déclaration d’amour inconditionnel d’un fils à sa mère.
Je ne connaissais pas Cali, auteur-compositeur-interprète français d’origine italo-catalane. A 49 ans, il prend la plume pour nous parler du petit Bruno Caliciuri qu’il était, devenu orphelin de mère à 6 ans. Il est le dernier d’une famille de quatre enfants, et lorsque sa mère est emportée par le cancer, c’est tout son monde qui s’effondre. Son père est toujours là mais perdu dans un océan de tristesse, la fratrie reste soudée mais ses frères et sœurs suivent leur propre chemin. La maison familiale n’est plus un foyer chaleureux. Le petit Bruno se réfugie chez son meilleur ami, chez ses grands-parents… mais rien n’efface le vide causé cette disparition.
Comment continuer à vivre dans ces conditions ? En a-t-il vraiment envie ? A la fois battant et écorché vif, Bruno sombre et se reprend, pleure et rit, rêve et se morfond. Le récit, largement autobiographique, est poignant. Habitué à manier les mots, Cali construit des phrases terribles et percutantes qui montrent la douleur intense et le désespoir qui habitent le petit Bruno. A travers l’enfant de 6 ans, c’est bien l’adulte dont les blessures ne se sont pas refermées qui s’exprime, avec des propos qui font mouche : à la lecture de ce livre, c’est peu dire que j’ai eu la gorge nouée.
« Ton enterrement s’éloigne un peut plus chaque jour. Ce que je sens, ce que je ressens, ce sont ces jours qui glissent les uns sur les autres. »
J’ai lu le récit d’une traite. Et pourtant, après quelques longueurs qui avaient ralenti le rythme de ma lecture dans la première partie, j’ai fini par trouvé le temps long dans le dernier tiers du livre. Malgré une belle écriture, très poétique, je n’ai pas réussi à m’attacher à ce petit garçon blessé qui s’enferme dans sa douleur et se crée une carapace qui l’éloigne inexorablement des autres. Une sensation que j’ai du mal à expliquer, mais qui me laisse finalement l’image d’un livre qui ne m’aura pas vraiment convaincue. – Claire Séjournet
                                                                 _______________________
« Le chagrin n’est pas un papillon prisonnier. Il ne s’envole pas. Restera-t-il toujours en moi ce poids dégueulasse qu’on ne peut enlever de ses doigts mais qui pèse avec tant d’insistance dans le ventre ? Ce n’est pas un papillon, plutôt une force cruelle qui a peint les murs de ma chambre noir ».
Ces mots forts et intenses sont ceux d’un poète, auteur, compositeur, interprète qui, avec ce premier roman, a su réveiller mes souvenirs d’enfance et susciter en moi une émotion toute particulière.
Cali parle, dans ce livre, de la perte immense qu’il a connue à 6 ans, celle de sa maman – Mireille – emportée à 34 ans par un cancer. Il l’exprime avec son regard d’enfant empreint d’une infinie poésie, de tendresse, et de l’amour immense qu’il portait à sa mère disparue bien trop tôt. « Tu me manques à crever, maman. Jusqu’à quand vas-tu mourir ? », s’interroge le petit Bruno. On comprend à la lecture de ce livre que ce manque sidéral est toujours bien présent. Un livre pour combler le vide ? Sans aucun doute. Cali exprime particulièrement bien son déchirement face au temps qui passe et qui l’éloigne un peu plus chaque jour du souvenir de sa maman, ce qui me rend d’autant plus admirative au regard de la précision de son récit et des sentiments ressentis à l’époque et qu’il évoque si joliment. Des souvenirs qui passent par un enterrement auquel il n’a pu assister en raison de son âge, au feu dans lequel ont brûlé tous les souvenirs matériels qu’il aurait pu conserver de sa mère. Des souvenirs douloureux et violents que l’auteur ravive avec grand talent.
Cali excelle également à restituer, avec des yeux d’enfants, les réactions de son entourage face au drame et, avant tout, celles de son père pour lequel le petit garçon est dans une totale empathie, ou encore celle de l’une de ses sœurs, tout juste âgée de 12 ans, qui prend à bras le corps toute la famille pour lui éviter autant que faire se peut le naufrage. Cali parvient parfaitement à décrire l’aptitude des enfants à passer d’un état d’abattement extrême à une exaltation qui l’est tout autant, encouragé par le sourire d’une petite fille dont il est sous le charme ou d’un nouvel ami dont il devient vite inséparable ! L’envie de vivre emporte tout, malgré les moments de profonde tristesse et d’isolement que viennent heureusement apaiser des grands-parents et de manière plus générale un entourage aimant et bienveillant.
À la lecture de ce livre, on comprend mieux l’écorché vif qu’est Cali, la peur de s’attacher, d’aimer et de perdre à nouveau et un artiste qui avait rencontré le succès en chantant « C’est quand le bonheur ? ». – Julie Vasa
                                                                   _________________
Encore un baltringue qui se met à écrire, allez-vous me dire. Je vais tenter d’assurer sa défense : Cali écrit bien, il y a de l’émotion, on est apitoyés par son histoire cabossée de petit garçon qui devient orphelin de mère à l’âge de six ans. Il y a un tel vide créé par sa disparition, un tel déficit d’affection. Mais, car il y a un mais, on finit par se lasser de cette histoire, on s’enquiquine royalement, simplement parce qu’on n’est pas emportés . Le problème, c’est que l’on ne sait pas où l’auteur veut nous emmener, et il ne le sait pas lui-même. Ce roman ressemble un peu à un concert de Cali, il y a de l’émotion, un zeste d’humour, des moments agréables, mais, au fond, rien qui puisse bouleverser l’assistance. Le lendemain, on se rappelle seulement qu’il s’est livré à une séance de crowdsurfing, qui n’a fait qu’ajouter un peu de fadeur au spectacle. Il manque ce petit ingrédient que l’on peut appeler la magie. – Michel Carlier
                                                                         _____________________
Les enfants ne savent pas seulement aimer, ils ressentent intensément ce que les adultes tentent de dissimuler, le désarroi, la honte, la colère. Comment survivre à la mort de sa mère quand on a 6 ans, comment continuer à vivre avec ce poids écrasant dans la poitrine, et faire son deuil ? Dans cette longue lettre à l’absente, Cali, le petit Bruno du roman, se reconnecte à son enfant intérieur pour livrer un vibrant message d’amour à sa mère défunte, un amour absolu et désespéré qui grandit au fil des mois qui passent et que le vide se fait sentir, que ni Aldo, Gina, Sandra, Arlette, Christian et les autres adultes ne pourront combler en dépit de leurs efforts. Bruno crie dans un silence assourdissant son besoin d’amour, sa peur de mourir, que seul Alexandre, « Alec », ce petit nouveau arrivé juste après le drame peut comprendre, et apaiser. Un petit bijou intimiste et bouleversant dans la veine des chansons de Cali, habité par le spleen, où la sensibilité l’emporte sur le pathos, même si dans ce paysage mélancolique en noir et blanc où les teintes de gris dominent, j’aurais volontiers ajouté quelques touches de couleurs, comme un baume réconfortant à destination de cet enfant balloté par la vie que l’on a furieusement envie de prendre dans ses bras… – Catherine Pautigny
                                                                   ________________
A lire également sur les blogs des lecteurs :
« Coup de cœur » pour Nina Busson Boulonne
« Une lecture dérangeante » pour Olivia Ch.
« Un premier roman très réussi » pour Henri-Charles Dahlem
« Un roman très émouvant, lu avec bonheur » par Anne Leloup
« Une lecture très difficile » pour Chantal Guérinot
« Une émotion universelle » pour Laurence Lamy
« Un artiste qui surprend » pour Marie-Claire Poirier

Pays provisoire – Fanny Tonnelier

Les années 1910, le Paris des artisans, le Saint-Pétersbourg cosmopolite, une jeune modiste qui n’a pas froid aux yeux et bientôt le monde à feu et à sang… Avec ce premier roman, l’auteure renoue avec une veine romanesque qui rappelle parfois Henri Troyat, un charme désuet et une fraîcheur qui provoquent des réactions très diverses parmi les lecteurs.

Pays provisoire

 

Fanny Tonnelier nous raconte l’histoire d’Amélie Servoz, jeune modiste savoyarde et téméraire. En 1910, elle quitte les siens pour rejoindre Saint-Pétersbourg à l’invitation d’une compatriote qui lui offre de reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, face aux événements que connait l’Empire russe, elle est obligée de fuir son pays provisoire. Son retour, pas de tout de repos lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer son prince, Friedrich et enfin retrouver les siens. C’est original, polyphonique, passionnant et fort bien mené. J’ai beaucoup aimé ce roman qui m’a révélé des aspects que je ne connaissais pas sur les relations franco-russes de cette période. Fanny Tonnelier possède une écriture fluide, agréable et romanesque. Le désarroi, les craintes, les joies et le courage de ces jeunes femmes transparaissent de façon naturelle au fil des pages, elles qui doivent tout laisser derrière elles alors qu’elles avaient eu la force de choisir une vie peu commune pour l’époque. L’ambiance de la Russie avec son folklore, le contexte politique sont parfaitement retranscrits et j’ai eu l’impression d’y être. A la lecture du métier d’Amélie j’ai souri car elle est modiste-plumassière et ma cousine exerce ce métier!. et Fanny a su en décrire les moindres détails tels que ma cousine l’aurait fait… L’histoire d’amour entre Amélie et Friedrich est belle et touchante. Bref, vous l’avez compris: j’ai adoré ce livre!!!!!!!!!!!!!!!!! » – Marie Heckmann

                                                                  _______________

L’auteure évoque cet épisode de l’histoire peu connu quand, au début du siècle, des aventuriers sont partis tenter leur chance dans ces pays lointains où brillaient encore les liens tissés au siècle des lumières .
Le livre a le charme de ces photos sépia, ourlées de blanc, où les dames sont chapeautées, une ombrelle à la main, au bras d’un homme viril et protecteur portant fièrement une fine moustache.
Amélie a eu le courage de tenter l’aventure, elle a de la chance, du talent, de la volonté, des amies, des soupirants, en Russie la vie est légère et raffinée mais arrive les prémisses de la révolution.
Il faut fuir devant le danger, la violence aveugle, commence un périple à travers ces pays où la guerre de 14 broie soldats et civils… – Christiane Arriudarre
                                                              __________________
Fanny Tonnelier nous livre un premier roman très instructif. Ainsi nous suivons le voyage à travers l’Europe du début du XXème siècle d’Amélie, jeune modiste créatrice de chapeaux, partie s’installer à Saint-Pétersbourg. Avec la première guerre mondiale, et l’éclatement de la révolution bolchévique, il devient plus prudent de quitter la Russie et de rejoindre la France malgré les combats en cours.
J’ai eu le sentiment très vite d’avoir sous les yeux un très joli manuel d’Histoire, un peu daté, mais au charme considérable, de ceux qui étaient utilisés dans les années cinquante. Ce livre conte une époque à l’aide de personnages identifiés lesquels en fil rouge nous embarquent avec eux dans leur quotidien pour retracer les grands événements. Ne manquaient que les belles illustrations d’antan pour parfaire l’ouvrage.
Il est certain que j’ai beaucoup révisé et aussi beaucoup appris sur les grands tournants de cette période dans cette Europe enflammée et c’est toujours agréable et enrichissant de resituer les causes initiales d’un conflit, les éléments déclencheurs, les contextes géographiques, économiques et culturels… Le principal atout de ce livre réside là.
Car si le désuet n’est pas sans nous envelopper d’une certaine langueur poétique, comme ces longs périples en train à travers des paysages multiples, tour à tour enneigés, vallonnés ou citadins dans ces trains dont on devine la cadence tressautante et rassurante ; il peut aussi ne pas suffire à ravir totalement le lecteur. Je n’ai pas été captée par cet ouvrage et dois avouer avoir ressenti parfois un peu d’ennui et de lassitude. L’écriture m’est apparue très plate, très scolaire, toute en encre bleue et en boucles d’une rédaction très joliment rédigée. La trame historique est fouillée, détaillée et donc pédagogique mais les personnages, principaux et secondaires, sont tous survolés, mis au ban d’outils narratifs malgré leur amicale compagnie pour dérouler le chapitre d’Histoire que l’auteur a décidé de développer. – Karine Le Nagard
                                                            ___________________
Amélie est une jeune modiste à Paris. Passionnée par la création et la fabrication de chapeaux, elle a l’opportunité de tenir sa propre boutique avec Clémence qui lui propose de reprendre son commerce en Russie à Saint Pétersbourg. Amélie accepte et part faire sa renommée dans la grande ville, créant de magnifiques chapeaux pour les plus grandes dames du pays. Puis, arrivent les prémices de la Révolution (nous sommes en 1917). devant le danger et la violence qui sévissent, Amélie prend la décision de rentrer en France. C’est dans ce périple, en pleine guerre mondiale, dans un voyage interminable, en train, puis en bateau, à travers presque toutes les grandes villes d’Europe qu’elle nous livre des fragments de sa vie, de sa passion pour la couture et de ses amours heureux et malheureux.
C’est un premier roman superbement documenté que nous livre Fanny Tonnelier. L’écriture y est plaisante, simple et toute en finesse. J’ai beaucoup aimé suivre cette Amélie dans son voyage et dans la narration de sa vie. J’ai appris de nouvelles choses que je ne connaissais pas, en découvrant une de ces petites françaises partie en Russie pour travailler à une époque où les voyages prenaient de mois. – Nathalie Cez
                                                             ____________________
Pays provisoire est attachant et documenté. Plus précisément son personnage central, Amélie, parti conquérir le monde de la mode slave, est attachant. Prises isolément, les scènes de tension politique, de retour au pays, d’amours… fonctionnent. Manque un liant pour rendre ce récit plus haletant, ou plus surprenant. Dommage, car l’écriture saisit bien les personnages. On ne demandait qu’à les suivre ! – Laurence Despujols
                                                              ___________________
Il y a parfois des livres dont on se dit qu’ils remplissent parfaitement l’objectif de la lecture plaisir : nous faire passer un bon moment, nous faire rencontrer de bons personnages et pourquoi pas nous faire voyager. « Pays provisoire » est de ceux-là. Un roman que j’aurais eu plaisir à conseiller en librairie (il m’arrive encore de penser parfois en ‘libraire’, et c’est un excellent exercice, car on ne lit plus ‘uniquement’ pour soi, pour chaque lecture, il faut se dire ‘celui-ci, entre les mains de qui ?’) : une lecture agréable qui nous transporte en Russie et dans une Europe à l’aube de la Première Guerre mondiale. Amélie est une jeune modiste qui quitte la France pour reprendre la boutique d’une tante à Saint-Pétersbourg. Nous parcourons la ville et découvrons le métier en même temps qu’elle, nous la suivons dans ses rencontres avec les Russes et les autres expatriés Français. Nous vivons avec elle le succès grandissant de sa boutique et l’effervescence de sa créativité. Et nous assistons aux prémices de la Révolution russe, aux premières violences qui entachent les manifestations. Lorsque la situation devient trop dangereuse et que sa boutique est détruite en 1917, Amélie se décide, à contrecœur, à rentrer en France. Mais quitter la Russie ne sera pas si simple, et c’est un véritable périple qui l’attend. Avec son amie Joséphine, elle va devoir ainsi traverser l’Europe alors en proie à la guerre, et découvrir que sa situation en Russie était loin d’être si difficile au regard de ce que vivent les soldats qui reviennent du Front. Voilà une histoire plaisante, dépaysante, à l’intrigue simple, au charme désuet, qui se lit comme un feuilleton que l’on aurait plaisir à retrouver tous les jours dans son journal. C’est un premier roman pour tous, à la plume délicate et agréable, qui nous fait vivre à l’heure russe du début du XXe siècle. – Amélie Muller
                                                                 ________________
Amélie savoyarde et vivant à Paris chez ses parents plumassiers est passionnée par la création de chapeaux. Elle fait son apprentissage chez une modiste réputée.
Clémence, modiste à Saint-Pétersbourg lui propose de reprendre son magasin. Elle accepte et part en Russie pour tenir sa boutique. Elle y passe sept ans où elle crée de magnifiques chapeaux pour la bourgeoisie russe.
Nous sommes en 1917 quand la révolution russe éclate. Amélie se voit obligée de quitter son « pays provisoire » pour revenir en France et là, commence un long voyage dur, épuisant , et fait la connaissance de Friedrich…
Livre agréable à lire, très bien documenté, écriture fluide, légère. Mais il manque de relief et de réalisme. Les situations très difficiles se terminent toujours très bien. Amélie est belle, séduisante, tout lui réussit.
J’ai eu tout de même du plaisir à cette lecture, mais sans émotions. Je n’ai pas été bouleversée par ce livre. – Joëlle Radisson
                                                               ____________________
Nous sommes en 1917, Amélie Servoz est une jeune française qui vit à Saint-Petersbourg, capitale de l’Empire russe, ville du Tsar, de la culture, du raffinement, où elle est arrivée en 1910 pour reprendre la boutique de mode d’une cousine expatriée.
Jeune femme résolument moderne, indépendante et émancipée, ces années en Russie lui permettent de développer ses talents de modiste. Éloignée de la guerre qui sévit depuis plusieurs années en France, sa vie comme celle de centaines de milliers de petersbourgeois bascule en février 1917, lorsqu’ éclate la Révolution russe. Face à la terreur de plus en plus intense que font régner les Bolcheviks, Amélie décide de quitter son pays d’adoption pour regagner Paris. Accompagnée d’une autre expatriée française, Amélie est loin d’imaginer le parcours que sera son retour en France, alors que toutes les voies de communication dans cette Europe en guerre sont coupées. De son départ en train pour la Finlande puis vers la Suède, pour pouvoir enfin prendre un premier bateau à destination de l’Angleterre, nous suivrons le parcours d’Amélie, qui fut celui de nombreux candidats à l’exil, pour regagner Paris.
Ce premier roman de Fanny Tonnelier évoque la première guerre mondiale sous un prisme méconnu, celui de la Russie des Tsars et de la magnificence de Saint-Petersbourg. C’est en fouillant dans les archives de l’ancienne capitale russe que Fanny Tonnelier a découvert l’existence de toutes ces jeunes françaises qui vivaient à Saint-Petersbourg, pour la plupart employée en tant qu’institutrices par de riches familles de la grande bourgeoisie ou de l’aristocratie. On saisit à travers ce récit toute la beauté de la ville, son importance politique et intellectuelle et la fascination qu’elle pouvait exercer sur l’Europe toute entière. Ceci est accentué par le métier de modiste d’Amélie, dont l’auteure fait une description fouillée, technique et passionnante. On se prend à rêver à ces sublimes silhouettes aux têtes chapeautées de capelines drapées, qui n’ont pas été sans m’évoquer la série de Nina Campanez, Les dames de la côte.
L’histoire d’Amélie et son périple à travers l’Europe sont plaisants à lire, et le divertissement qu’il apporte est la principale qualité de ce roman, en plus du grand travail de documentation qui a permis à l’auteur de donner à son récit un tas d’informations précieuses pour apprécier la lecture.
On peut toutefois reprocher à Pays provisoire un réel manque d’épaisseur, qui apparente souvent le roman à de la bluette. Non, Amélie n’a pas froid aux yeux, oui Amélie est une jeune femme libre et séduisante, et ses histoires d’amour, quand elles ne sont pas expédiées, vont assez vite droit au but. Les scènes d’amour, désuètes, prêtent à sourire.
Le style narratif joue avec des grosses ficelles, des poncifs, l’emploi du passé simple récurrent entretient l’aspect un peu démodé du roman.
Quant à l’écriture, qui est primordiale à mes yeux dans une lecture, je ne lui ai trouvé aucune saveur tant elle est, au mieux, basique (certaines fautes que j’espère être des coquilles m’ont même fait tressaillir). Je vais vous l’avouer, j’ai même été à un cheveu d’abandonner ma lecture à cause de cela.
Mais j’ai persévéré et en toute franchise, je ne le regrette pas. Ce roman a des défauts, mais c’est un premier roman et mes critiques sont certainement sévères. Pour autant, il m’a intéressée ! J’ai été enchantée de découvrir Saint-Petersbourg que je rêve depuis longtemps de visiter, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt les passages où le travail des plumes et la création sont détaillés, j’ai rêvé de ces tenues décrites à travers les yeux d’Amélie et j’ai découvert un autre aspect de la seconde guerre mondiale que j’ai même trouvé passionnant. Alors que demander de plus, si au fond le roman remplit une de ses missions essentielles, à savoir le divertissement? Mes réserves sont très personnelles, et je ne doute pas que ce roman atteindra de nombreux lecteurs. – SoniaBooksandmore
                                                                  ___________________
Juillet 1917, la capitale impériale russe, Saint-Pétersbourg vit, après les événements de février, la prise de pouvoir par les bolchéviques.
Amélie fait partie de cette colonie française installée en Russie, appréciée pour son travail, son histoire, sa langue qu’utilisent les aristocrates et grands-bourgeois. Elle, est modiste, dans une rue proche de la perspective Nevski. Sa boutique est pleine de beaux tissus, de dentelles, de plumes. Elle a repris, en 1910, le magasin d’une parente aujourd’hui devenue âgée et rentrée en Savoie, le berceau de la famille.
Amélie est fille de plumassiers, ces artisans du faubourg Saint-Antoine, aux côtés de ceux des métiers du meuble, qui font la mode de Paris. Après une bonne formation chez une modiste réputée, elle ose, toute jeune, partir s’installe en Russie. Rapidement, elle devient le fournisseur attitré des dames de la bonne société.
Alors, quand en juillet 1917, les émeutes bouleversent la ville, les boutiques sont pillées et incendiées et Amélie entreprend un long périple pour regagner la France, en compagnie d’une amie, Joséphine. Elle a reçu l’aide d’un cocher (taxi avec voiture à cheval !) pour partir, puis de certains voyageurs efficaces et bienveillants. Le voyage de tous ces fuyards qui vivent une sorte d’exode dans des wagons à bestiaux de sinistre mémoire, Russes, français, gens de tous horizons, n’est pas sans évoquer les migrants d’aujourd’hui. Une partie du monde est toujours en fuite, en mouvement vers un ailleurs plus sûr…
Elle ne manque ni de caractère ni de repartie et sait défendre ses intérêts et ceux des gens qu’elle aime.parvenue en Suède, elle retrouve avec joie Friedrich, le jeune homme suédois qui l’a aidée au long de son voyage et une idylle naît entre eux. Il voudrait bien qu’elle reste avec lui à Stockholm mais la France est en guerre, elle sait que son père a été envoyé au front et veut rejoindre sa famille. 1917, est-ce un moment pour s’engager dans un amour ?
Le roman fait des allers-retours entre la vie d’« avant », à Saint-Pétersbourg, et les événements qui ont suivi le voyage.
Nous suivons la jeune femme courageuse, de bateau en train, d’Écosse en Angleterre, avec pour horizon possible la mort provoquée par les mines allemandes, la paralysie des transports.
Quand, enfin, elle arrive à Paris, on est soulagé pour elle, on salue son courage et sa ténacité. Pour autant, à aucun moment, je ne me suis sentie inquiète pour elle, tout semblait écrit à l’encre rose, si ce n’est – le plus intéressant à mon avis – l’évocation des troupes prêtes à partir sue le front, en stand by sur le port de Newcastle, la souffrance des militaires russes dans l’hôpital où elle retrouve un ancien ami, la bonne volonté de tous ceux – absolument tous ceux – qui ont eu l’occasion de l’aider, la nourrir, l’héberger… Sans oublier cette connaissance manifeste de l’auteure quant à la mode, ses fanfreluches et ses créatrices.
Un roman sympathique, agréable à lire mais qui, à mon avis, reste un peu trop dans le joli et le gentil et manque singulièrement d’épaisseur et de réalisme. – Evelyne Grandigneaux
                                                                 ____________________
Avec Pays Provisoire, nous suivons l’histoire d’Amélie, jeune modiste partie travailler et tenter l’aventure dans la Russie du début du vingtième siècle, et qui, avec les évènements de la révolution de 1917, doit finalement quitter ce pays précipitamment et rentrer en France après un long périple. Le récit est très documenté, tant sur l’époque, les lieux, que sur les métiers et techniques de la mode, peut-être trop et au détriment de la dimension romanesque de l’ouvrage. Est-ce ce style très descriptif qui m’a empêché d’être réellement embarquée dans l’histoire et de ne pas m’attacher aux personnages ? Je suis pour ma part passée à côté de cette lecture, suivant l’histoire d’Amélie, ses rencontres, son aventure mais sans réellement me sentir impliquée par ce récit. – Nathalie Ghinsberg
                                                                  _____________________
J’adore les livres. Je peux difficilement lire sur une liseuse. J’ai beaucoup aimé ce livre : son petit format, sa typographie claire et aérée, sa présentation bleu, gris, sobre, élégant. Il est agréable à lire et à tenir en main.
J’ai également aimé son titre : Pays provisoire. Il a fortement résonné en moi. Un pays dans lequel on vit un certain temps, un pays qu’on apprécie, qu’on aime. Mais tout en sachant que c’est pour un temps, que c’est une étape et que ce n’est pas pour toujours.
Amélie est une jeune femme, savoyarde d’origine. Comme beaucoup de français savoyards, bretons, auvergnats…, ses parents sont montés à Paris pour travailler. Amélie est modiste. Nous sommes en 1910. Un jour, une lointaine cousine installée à St Pétersbourg en Russie lui propose de reprendre sa boutique de chapeaux. Attirée par l’aventure et l’opportunité qu’elle représente pour sa carrière, Amélie accepte. Elle part pour ce pays provisoire totalement inconnu dont elle sera chassée sept ans plus tard par la révolution bolchevique. Sa fuite sera longue, dangereuse et éprouvante mais elle y fera la connaissance de Friedrich…
Cette lecture fut pour moi de circonstance car j’ai lu ce roman durant le passage en France de la vague de froid Moscou Paris. J’ai beaucoup apprécié le sentiment d’évasion qu’il procure. Évasion dans le temps car on se retrouve parachuté au début du 20ème siècle et évasion dans l’espace car on quitte la France avec Amélie pour St Pétersbourg. Fanny Tonnelier est partie de faits réels après un sérieux travail de recherche. Un véritable et juste voyage dans l’Histoire. Amélie est une de ces jeunes femmes courageuses qui à l’époque sont parties en Russie pour travailler dans l’éducation ou la mode. L’importance donnée par l’auteure à l’aventure, aux découvertes, à l’ouverture, aux rencontres et aux contacts humains m’a touchée.
L’écriture est agréable et charmante. Elle accentue l’esprit d’époque du roman. Pour moi, une agréable lecture. – Emmanuelle Mentec
                                                           ____________________
Et encore…
« Un plaisir très contagieux » raconté par Henri-Charles Dahlem
« Un énorme coup de coeur » expliqué par Annie Pineau
« Une lecture en demi-teinte » décrite par Sylvaine Yvenou
« Une jolie histoire qui se rapproche du conte » ressentie par Olivia Ch
« Une lecture où tout va trop vite » regrette Héliéna