Edition Hiver 2017 : c’est parti !

Une rentrée bien téméraire des 68 se profile pendant laquelle nous, les passeurs allons juste marcher tout droit, jusqu’à l’outre-mère et effeuiller la marguerite, presque ensemble, au rythme d’une sonate oubliée à l’abri des parapluies d’Erik Satie. Nous soulèverons sans doute mon ciel et ma terre et parlerons aux inconnus (bien que ce soit déconseillé) qui votent en principe : sans suspension. Signé : Marx et la Poupée.

Merci à Cécile Rol-Tanguy, l’une des cinquante personnes engagées sur cette session de nous offrir cette superbe présentation du premier volet de la sélection Hiver 2017. Décidément, nos lecteurs ont bien du talent !

Parmi la riche production de la rentrée d’hiver (encore plus de 60 premiers romans étaient annoncés), ces douze là nous ont particulièrement touchées. Ils devraient être rejoints par quelques autres titres dont les parutions interviennent un peu plus tard et que nous continuons à lire, à la recherche d’autres pépites à vous faire partager. En attendant, ceux-ci commencent à voyager dès à présent.

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Certains lecteurs ont déjà pris un peu d’avance dans l’exploration de la sélection. « D’où me vient le paradoxal mélange de joie, de mélancolie et de réconfort ressenti à la lecture du roman de Sandra Reinflet ? » s’interroge Sophie Gauthier encore sous le charme de Ne parle pas aux inconnus« Marjorie Philibert, brosse le portrait d’une génération qui se cherche sans jamais se trouver… » analyse Henri-Charles Dahlem après sa lecture de Presque ensemble ; Pour Amandine Cirez,  » La téméraire est un roman réellement bouleversant, dont on ne ressort pas indemne »; La lecture de La sonate oubliée a provoqué un drôle d’effet sur Elise Ribot : « J’ai eu tout à la fois envie d’apprendre l’italien et le violoncelle, de prendre un billet pour Venise ou d’écouter l’intégrale des œuvres de Vivaldi ». Nicole a vécu un moment d’émotion majuscule avec Nous, les passeurs ; Dominique s’est plongée avec intérêt dans les multiples questionnements proposés par Principe de suspension sur le couple mais également les petits patrons ; « C’est pour tomber sur ce genre de divine surprise que je lis des livres ! » s’exclame Delphine Depras dans sa chronique de Marx et la poupée  ; Charlotte ne cache pas son enthousiasme pour Les parapluies d’Erik Satie : « C’est un cri lumineux, jamais sombre là où pourtant le destin n’était pas tendre ; il est fiévreux et passionné ce roman ; servi par une plume affutée et ambitieuse. » ;  La belle figure de Marguerite a séduit Dominique ; Nicole n’avait pas du tout envie de quitter Alice, la petite héroïne de Elle voulait juste marcher tout droit ; elle s’est également laissé séduire par le personnage de mère indigne mais fantasque de Mon ciel et ma terre ; il est aussi question de mère dans Outre-mère, de secrets de famille et d’une nécessaire quête de vérité.

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Ce n’est que le début, les lecteurs commencent à recevoir les livres envoyés la semaine dernière grâce à la collaboration enthousiaste et pleine d’envie des éditeurs. Qu’ils en soient ici remerciés une nouvelle fois !

A suivre donc.

Tout juste rentré, un livre témoigne.

Alors que les 272 exemplaires de l’édition 2016 terminent les circuits qui les ont conduits aux quatre coins de la France et avant le coup d’envoi de la session 2017, nous avons obtenu une interview exclusive de l’un des participants qui a tenu à garder l’anonymat. Un témoignage rare.

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Monsieur le livre, vous rentrez enfin chez vous après plusieurs mois de voyage, quelles sont vos premières impressions ?

Ah, je suis à la fois content et déjà nostalgique. Content de souffler un peu et de retrouver une étagère confortable où j’espère me fixer un moment. Mais triste de quitter cette aventure.

Vous gardez quelques cicatrices, avez-vous souffert ?

Souffert ? Non, pas vraiment. Quelques trajets postaux n’ont pas été de tout repos, j’ai même passé quelques jours dans un entrepôt, j’ai bien cru ne plus jamais voir la lumière du jour… Mais j’ai été à chaque fois accueilli avec une telle liesse ! Peu importent les quelques égratignures sur ma couverture. Même ce lambeau de papier qui me manque dans le dos… je considère ça comme une blessure de guerre avec beaucoup de fierté.

Donc vous avez été bien traité ?

Mais oui ! Bien au chaud dans des enveloppes douillettes, souvent accompagné de cartes, de marque-pages quelquefois même de sucreries (qui m’ont été bien utiles lors de certaines escales un peu trop longues). Caressé par des mains toujours bienveillantes, photographié sous toutes les coutures, posé sur des plaids bien moelleux, réchauffé par des feux de cheminée… Non vraiment, je ne pouvais pas rêver mieux.

Un souvenir particulier ? Un lecteur qui vous a marqué ?

Je préfère rester discret, je ne voudrais pas créer de jalousies. A chaque fois la rencontre a été belle. Je n’en veux même pas à ceux qui m’ont abandonné avant la fin, ils l’ont toujours fait sans violence.

Ah quand même… J’ai été étonné par le nombre de chats qui ont tenu à s’allonger sur moi. Oh, ce n’était pas désagréable mais tout de même, je ne savais pas qu’il y en avait autant parmi les amoureux des livres. Des tigrés, des noirs, des roux… je dois avoir encore des tas de poils coincés entre les pages.

Avez-vous eu le temps de faire un peu de tourisme, de profiter de vos voyages ?

Mais oui ! Mes lecteurs sont du genre à lire partout et dans toutes les positions. Certains m’ont même emporté sur leur lieu de vacances. J’ai pris l’avion, j’ai eu un peu mal au cœur en voiture, j’ai vu la mer, je me suis roulé dans l’herbe mais ce que j’ai préféré ce sont les terrasses de café d’où je pouvais observer le monde à loisir. Par contre, les étapes étaient courtes. Aussitôt lu, aussitôt reparti !

Vous avez croisé d’autres participants ?

Beaucoup oui, même si nous ne nous attardions pas. Nous étions parfois en pile et nous nous battions un peu pour tenter d’attirer l’attention et passer sur le haut. Oh gentiment, c’était juste un jeu entre nous. Peut-être que je retrouverai certains camarades sur ma nouvelle étagère. J’avoue que je gagnais souvent, j’ai l’impression d’avoir suscité beaucoup d’envies, en toute modestie bien sûr.

Vous êtes rentré chez votre propriétaire ?

En fait j’ai été adopté. L’un des lecteurs m’a tellement aimé qu’il m’a été permis de m’installer chez lui. Je sens que je vais m’y plaire mais je ne suis pas contre l’idée de passer dans d’autres mains s’il souhaite me prêter. J’ai quand même pris goût au changement.

Une nouvelle sélection de livres arrive. Un conseil à leur donner ?

Profitez ! C’est une aventure exceptionnelle, n’ayez pas peur de l’inconnu, vous avez une chance folle de découvrir le monde !

(propos recueillis par notre envoyée spéciale Nicole Grundlinger)

Aller-retour, par Rachel Khan

Après Anne Collongues, c’est au tour de Rachel Khan de nous raconter avec émotion et finesse sa rencontre avec les détenus de la Maison d’arrêt de Nancy qui ont choisi son livre parmi les 5 proposés, le 10 janvier dernier.

Il y a quelques mois, les 68 premières fois m’ont annoncé que Les grandes et les petites choses iraient en prison, parmi 5 premiers romans sélectionnés.  A ce moment là, je me disais mais où s’arrêteront-elles dans leur générosité, d’amour des mots, d’humanité et de justesse. Et puis un jour et pas n’importe lequel, un jour où pour des raisons professionnelles je devais rencontrer un fournisseur de tissus, ce jour où le grand-père de mon roman qui n’est pas sans rappeler le mien, tailleur lui aussi, était fortement présent dans mon esprit au milieu de l’atelier de confection, L’insatiable Charlotte m’envoie un message : « Votre roman a reçu la majorité des suffrages au centre pénitentiaire de Nancy».

Branle bas de combat interne, les échantillons de tissus qui changent de couleurs, larmes qui viennent s’échouer dessus, chiffon, honte, « pardon, pardon », « tout va bien Mademoiselle » ? Verre d’eau.

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J’ai voulu ce roman décalé, une narration presque enfantine, à la limite de la correction niveau syntaxe, une sorte de pied de nez tout en célébrant la littérature dans ce qu’elle a à transmettre aujourd’hui. J’ai écrit dans un désir de liberté de pouvoir m’adresser à tous, quel que soit le milieu, la « raison sociale » comme ont dit, l’âge, le sexe, l’histoire … mais j’avais quand même un autre objectif précis : notre jeunesse, les lycéens, les femmes et les hommes en construction. Leur délivrer des messages à eux, tenter de leur transmettre l’envie de lire aussi, qu’ils tournent les pages comme ils mangent, marchent ou courent. Et puis, entre les lignes, avec un langage au plus proche d’un ressenti d’adolescente dont je me souvenais, leur parler  de leur rage, d’intolérance, d’injustice et d’absence de liberté que l’on s’impose, donc de l’obligation urgente de faire des priorités : savoir vivre avec soi avant tout, avant d’aborder ce qu’on nous rabâche, et qui n’a plus de sens, le fameux « vivre ensemble ».

Alors, que ce public qui a un rapport si singulier à la justice et à la liberté, les détenus choisissent ce roman … pas de mot.

D’humeur « toujours partante » : « Bien sûr je suis d’accord pour venir à la prison en décembre ». « Ah ok, janvier ? » « Bien sûr, je suis d’accord pour le 10 janvier ». « Bien sûr que je suis d’accord pour un atelier et de rester toute la journée ».

Et la vie reprend. J’oublie un peu ne me souvenant même plus très bien de la date.

C’est alors que juste avant les fêtes, je reçois, par l’intermédiaire de la responsable de la médiathèque de la ville un courrier d’un certain Maxel. Une lettre manuscrite. Je ne me permettrais pas d’en donner ici les détails, il a tout compris de ce que je cherchais à faire. Mais l’important, c’est que Monsieur Maxell a fini mon livre le jour où il a appris sa date de sortie. Nous ne nous rencontrerons pas, mais je crois que l’excuse est valable.

Les fêtes se passent, on se souhaite plein de jolies choses, on mange, on mange… Ca, oui, pour l’abondance on est bon, reste la transcendance, ça va venir.

La date du 10 janvier approche, mais je n’arrive pas à me mettre à la préparation de l’atelier.  Chaque jour, je repousse. Mon inconscient doit me jouer un tour, c’est certain. Ce n’est que la veille au soir que je réfléchis et regarde les différentes formes d’ateliers potentiels. Mais les formats classiques ne sonnent pas juste. Bon, ce n’est pas grave, on va improviser. Après tout, ça n’était pas prévu non plus qu’ils aillent au trou. Et, puis c’est pas de ma faute en plus.

Jour J. Juste pour l’ambiance : mardi 10 janvier, 6h30, température proche de zéro, gare de l’Est. Afin d’éviter la population trop alcoolisée qui réside ici à cette heure matinale, je me mets au centre et tombe sur cette plaque qui reste de marbre devant moi qui ne demandais qu’une seule chose : un peu de chaleur.

« De 1942 à 1944 plus de 70 000 juifs de France dont 11 000 enfants ont été déportés des gares de Drancy, Bobigny, Compiègne, Pithiviers et Beaune-la-Rolande vers les camps d’extermination Nazis. Seuls 2500 d’entre eux ont survécu. N’oublions jamais ».

Le pompon !  Retour vers le futur…Moi, si c’est comme ça je ne prends pas le train là… Surtout pour aller dans… bon, je vais le dire à Charlotte, qu’il y a eu un problème, de, de …

J’ai envie d’insulter cette Nina Gary qui me pousse à faire des trucs pas possibles. Ce n’est pas parce qu’elle est vaillante que tout le monde est pareil et puis moi d’abord j’ai des gosses moi !

Avant d’appeler Nina ou Charlotte pour les prévenir, je prends quand même un café. Sauf que le numéro de quai s’affiche sur le panneau. Alors, je monte dans le train, parce que les panneaux c’est pas fait pour les chiens. Ni une ni deux me voici au pied du mur du centre pénitentiaire aux cotés de Marie, la responsable de la médiathèque.

On entre.  Contrôle des métaux, carte d’identité, troc de téléphone portable contre alarme en cas de problème. Sas de décompression, je rencontre l’association Dédale qui s’occupe de la vie culturelle en détention. La journée se passera en deux temps : une rencontre le matin avec une trentaine de détenus, puis l’atelier de 3h, l’après midi, pour lequel je ne sais toujours pas ce que je vais faire.

10h 30, on y va. La rencontre se passe dans la salle de culte à défaut d’autre espace.

Les différentes catégories de détenus hommes et femmes se retrouvent autour « des grandes et des petites choses ».

La responsable de la médiathèque, Marie, présente le livre en quelques mots.  Mais très vite les questions des détenus fusent malgré une confiance en eux entachée par leur vie.  La qualité du débat m’interroge sur ce qui se passe à l’extérieur en termes d’interview. Ici, un mot est un mot et chacun à un sens. Ici, y’a pas de temps pour le blabla, ils veulent connaître Nina au plus profond et pourquoi j’ai voulu écrire ? Pourquoi cette histoire ? Comment ? Jusqu’où ? Et surtout pourquoi je suis venue les voir ?

Pour ces personnes qui ont dû être questionnées à l’infini, interrogées à s’en taper la tête contre les murs, je ressens leur plaisir, cette fois, à être dans le rôle de « celui qui pose des questions », qui font avancer les enquêtes intérieures de tous.

Rejet, place, identité, religion, racisme, dépassement, symbole de vie, amour, caractère d’une auteure et comment le prend mon homme ? Est-ce que je le fais souffrir parce que j’écris dans un autre monde ?  … Nous sommes allés très loin sur le fond, la forme, la cohérence. Certains nouveaux arrivants n’ont pas pu encore lire ce roman, ils me font partager leur désir de l’avoir entre les mains. Contrat rempli pour la matinée.

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C’est la pause bien méritée. J’entre dans le self-service avec la directrice et les membres de l’association ainsi que Marie. Heureusement qu’avec mon activité de comédienne, j’ai l’habitude des gens en costume. La cantine est remplie d’uniformes bleu-marine. Les chevaliers mangent avec les chevaliers, les infirmiers avec les infirmiers, les agents de l’administration pénitentiaire avec les agents de l’administration pénitentiaire, c’est comme ça sur les tournages.  « Vous avez le droit de prendre un fruit mademoiselle ! » « Pardon ? Ah oui, oui, merci »

Je prends mon orange parce que je trouve que ça allait bien dans le contexte pour en apporter une au moins.

Je ne suis pas sur un tournage.

Silencieuse, j’angoisse pour l’atelier, je sais qu’il faut faire quelque chose d’important, mais quoi ? C’est flou.

Fin de déjeuner et l’orange reste sur la table.

Mes quelques notes et moi on remonte. Les détenus que je sens motivés pour travailler s’installent. Et je pense à ma prison d’auteur, ma frustration de ne pas avoir le temps d’écrire assez, tout ce qui pollue ma vie pour le faire. Eux, ils ont ce temps mais n’ont pas la liberté mentale et pas de connexion pour trouver une méthodologie. Et c’est à ce moment là, lorsque les 6 détenus sont assis que je réalise que la seule chose importante que je puisse leur donner c’est les clefs. Mais évidemment !!!! Les clefs de la narration, comme Nina Gary a été ma clef, ma délivrance pour rentrer dans un autre monde, dans ma liberté absolue. Certes, il faut du courage pour se sentir libre malgré tout, mais l’impulsion est possible.

C’est parti. Je m’appuie sur mon roman pour donner les points qui me semblent fondamentaux à la construction d’un récit.

Objectifs : qu’ils sortent d’ici avec un héros, une histoire résumée en une phrase et le titre de leur roman.  Nous avons 3h.

Frappant de noter que ni les responsables de l’association, ni moi-même n’avons de montre… les détenus en ont tous une. J’ai 3 petites heures pour faire en sorte que ce temps qu’ils portent soigneusement à leur poignet soit désormais avec et non contre eux.

On travaille sur le héros : ses besoins, ses désirs, ses failles, ses valeurs, ses faiblesses. Sur l’adversaire aussi car il n’y a pas de personnage principal sans bataille contre un ennemi, qu’il soit incarné dans un personnage ou dans une notion comme pour Nina face à l’intolérance.

Au fil des tours de table, je rentre en proximité avec chacun d’eux et leur univers. La prison est un lieu de concentré de diversité inouï. Je ne connais ni leur crime, ni leur délit mais si les milieux sociaux et culturels sont très différents ils ont en commun l’intelligence de la remise en cause et de la réflexion, corollaire d’une souffrance inimaginable certainement.

Les heures passent, je fais l’expérience de la résilience au plus profond de moi. J’écoute les histoires de ces héros dont les auteurs comprennent progressivement que leurs désirs n’étaient pas leurs besoins, des héros trahis par eux même, faute d’avoir respecté des valeurs auxquelles ils croient. Une héroïne héroïnomane oui c’est possible. Mais je reprends toujours les rênes.

« Je veux des noms ! » Ils sursautent tous … je m’amuse et répète « Je veux les noms de vos héros, noms et prénoms. » Les tours de table s’enchainent. On rit, on est ému par les formules de chacun, on creuse, on cherche. Je vais jusque dans leur esprit pour décloisonner, tendre mes clefs. Je vous en prie prenez les !!

Il reste 10 minutes à la montre de chacun pour faire le dernier tour de table sur leur résumé.  Plus que 3 minutes pour les titres. On a tous des yeux avec des lumières dedans, on est surexcité. On est en vie !!

D’un coup, la porte s’ouvre, le gardien en bleu-marine entre. Je sais ce qu’il va dire et c’est là que j’aimerais vraiment lui demander s’il n’a pas trouvé une orange à la cantine ? S’il peut aller voir … parce que là … j’ai vraiment besoin de vitamine C et que… » Mais j’ai pas le temps.

« C’EST FINI » il dit !

Les lumières des yeux se tamisent. On se lève vers la porte tête baissée. Dans ce silence il y a tant de choses. L’espace de liberté mentale est palpable et nous l’avons ouvert et ne pouvons parler de peur de dévoiler notre secret. Ils me remercient et moi aussi.

Certains les larmes aux yeux me demandent la prochaine date de l’atelier…je ne réponds pas.

Nous traversons les bâtiments gris, individuellement ils rejoignent leur quartier mais moins seuls, leur héros est juste à côté d’eux. Nos chemins s’achèvent ici physiquement.

Rien ne sera plus jamais comme avant et mon esprit aura toujours une pensée pour eux et les histoires qu’ils peuvent désormais écrire.  Ils sont arrivés détenus, ils sont repartis auteurs de leur propre roman autant que de leur vie.

La gorge nouée, je me dirige vers la Gare, raccompagnée par Anne de l’association Dédale.

Mon train est dans une heure, je peux me réfugier dans la jolie brasserie sur la place devant la gare. Un chocolat chaud. C’est alors, qu’on me tapote dans le dos. Un peu atteinte de la journée je me retourne fébrile. « Bonjour je m’appelle Maxell. J’avais voté pour vous, je suis désolé de vous déranger … ». Finalement, Maxell m’a raccompagnée jusqu’au départ du train vers Paris Gare de l’Est.

Arrivée à la maison, dans le cocon, j’ai compris l’histoire de la salle de culte à la hauteur de cette journée.

Rachel.

Rachel Khan est l’auteure du premier roman « Les grandes et les petites choses » paru en janvier 2016. Voir les chroniques des lecteurs et la présentation de l’opération en milieu carcéral.

On vous attend pour l’aventure 2017!

Si vous êtes ici, c’est que vous connaissez les 68 premières fois. En une phrase : faire vivre et voyager une sélection des premiers romans parus, ceux qui se cachent derrière les grosses pointures de la rentrée, ceux que l’équipe des 68 a aimé et a envie de voir défendre (pour en savoir plus).

L’année 2016 a été riche de découvertes et de rencontres qui resteront inoubliables, comme ces premières fois si particulières.

Et puisque l’aventure a été belle, on repart en 2017 !

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Si vous avez envie de nous rejoindre, c’est à vous de jouer !

Cette année sera découpée en deux sessions, les romans de la rentrée de janvier et ceux de septembre (il sera possible de s’inscrire aux deux sessions). Pour le moment, les inscriptions sont ouvertes pour la session de janvier !

Il vous suffira d’adhérer à la charte des 68 et à remplir votre bulletin d’adhésion.

« Les 68 premières fois, c’est s’engager à  :

– payer ma cotisation 2017* *A quoi sert la cotisation ? A régler les premiers frais d’envoi, à financer l’organisation d’une soirée et de rencontres en cours d’année autour de l’opération, de financer l’opération en prison

– lire en priorité les livres reçus par les 68 premières fois.

– renvoyer dans les meilleurs délais, après lecture (évidemment !), les romans des 68 premières fois.

– chroniquer les ouvrages sur mon blog, sur facebook ou sur des réseaux communautaires (Babelio, lecteurs.com, Lifby ou réseau de votre choix) et envoyer sa chronique à Nicole (nicole.68premieresfois@gmail.com)

– rire, répondre aux mails et être toujours de bonne humeur. »

Vous avez jusqu’au 20 janvier pour vous inscrire. Vous recevrez en février la réponse pour votre participation à l’aventure. (Le nombre de places pour chaque session sera limité afin de fluidifier les échanges livresques.)

Pour recevoir le bulletin d’adhésion et la charte des 68, envoyez un mail à 68premieresfoisofficiel@gmail.com

A très vite, on vous attend !

Bye bye 2016 et … vivement la suite !

Les superlatifs se bousculent pour qualifier cette année 2016, rien d’étonnant à ce que nous ayons un peu de mal à la quitter. Les relations qui se sont tissées avec les lecteurs, avec les auteurs, entre les lecteurs et les auteurs… tout ça dépasse forcément le cadre d’une seule saison. Certains lecteurs accompagnent l’aventure depuis 2015, d’autres l’ont découverte il y a quelques mois. Certains vont replonger, d’autres vont préférer se consacrer à des lectures différentes ou de nouveaux défis… et la communauté des 68 premières fois va continuer à s’enrichir de nouvelles expériences et de nouveaux échanges.

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Nous allons bien sûr continuer à suivre nos chouchous, nous allons guetter leurs prochaines productions avec fébrilité et nous serons là pour les encourager. Nous aurons toujours pour eux une tendresse particulière. Et nous leur ferons de temps en temps une place ici-même.

Mais déjà se profile la rentrée d’hiver et son lot de 66 premiers romans. Déjà nous sommes à l’œuvre pour sélectionner ceux qui voyageront en 2017 et provoqueront de nouveaux échanges passionnés et passionnants. La fin de l’année s’annonce studieuse et pleine de découvertes.

On va se laisser glisser gentiment, doucement, calmement vers l’année prochaine, encore remplis des belles sensations de la rencontre du 9 décembre. On va en profiter pour rattraper nos retards de lecture avant que ne déboulent en librairie tous les volumes que nous avons déjà repérés.

Et puis début janvier, on revient pour vous parler de 2017 et donner le coup d’envoi des inscriptions. Sur des bases comparables (on ne change pas une équipe qui gagne), il y aura certainement quelques aménagements qui tiendront compte des enseignements de cette édition… Mais, chut ! Ça c’est pour plus tard.

Belle fin d’année à tous, bonnes lectures  et rendez-vous en 2017 !

(et pour se remémorer les meilleurs moments des 68 premières fois, rien ne vaut un petit détour par quelques blogs des participants : Héliéna, Martine, Bénédicte, Joëlle, Sabine, Charlotte, Nicole  qui relatent entre autre, la soirée du 9 décembre)

Les mains lâchées – Anaïs Llobet

Comment ne pas être sensible au désarroi et aux questionnements de Madel, confrontée au drame d’un tsunami ravageur aux Philippines ? Touchée dans sa vie personnelle, secouée dans sa vie professionnelle, la jeune femme porte sur son pays d’adoption et la désolation qui le frappe, un regard d’une rare intensité, tout en pudeur.

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« Poésie et fluidité de lecture sont les deux qualités de ce roman qui évite l’écueil du larmoyant. C’est un hommage digne à ces inconnus qui deviennent des bayanis (héros en philippin) par nécessité mais aussi par dévouement et richesse de cœur. » nous dit Bénédicte sur son blog (billet complet ici)

« La lecture de ce roman-là m’a laissé des frissons de sentiments et d’émotions entremêlés auxquels je ne m’attendais pas vraiment. Il me semble ne pas avoir lâché la main de Madel, Jack, David, Rosie, Liliana, Jirug, Rodjun, Manette… tout au long de cette lecture et leurs images m’accompagnent encore une fois le livre refermé. Novembre 2013 à Tacloban, Philippines. Le typhon Yolanda soulève un tsunami meurtrier qui, en quelques instants, ravage la ville laissant derrière lui un sillon de ruines, de morts, de blessures incurables. Madel, la narratrice qui séjourne sur place chez Jan son compagnon, vit cette apocalypse au milieu des habitants rescapés et des cadavres. Journaliste, elle obéit mécaniquement aux injonctions de son rédacteur en chef et doit rendre compte de la situation, aidée d’Irène la camera woman, d’apparence imperturbable. Les scènes d’effroi et de sidération alternent avec les récits des survivants, comme hallucinés d’en avoir réchappé. Mais en ont-ils réellement réchappé ? Le sentiment de culpabilité, la honte d’avoir survécu se mélangent avec la force vitale des individus endeuillés de leur vie passée. Sans voyeurisme, sans sensationnalisme, avec une pudeur et un respect remarquables, Anaïs Llobet nous prend à témoin de ce cataclysme et de ses conséquences. Elle trouve l’exacte distance pour ne rien occulter sans cependant jouer d’un sentimentalisme qui n’est pas de mise ici. D’une fluidité et d’une précision admirables, le récit nous laisse entrevoir les déséquilibres qu’implique une telle catastrophe, tant d’un point de vue individuel que collectif. Sans s’appesantir, sans didactisme, les questions essentielles sont abordées au fil d’une narration qui nous saisit pour ne plus nous lâcher. Un très beau premier roman, d’une authentique sincérité et d’une intégrité admirable. » – Sophie Gautier

« Pourtant, j’ai pris énormément de plaisir à la lecture de cet opus si bien écrit, si joliment écrit. J’ai beaucoup apprécié la plume de Anaïs Llobet et cette justesse dans le récit des faits, ces belles tournures, cette subtile utilisation de la langue, cette pudeur remarquable. Elle a su garder une distanciation par rapport aux événements (elle était sur place au moment des faits…) tout en étant suffisamment explicite pour que le lecteur adhère. Elle nous offre un témoignage romancé de tout premier ordre dont il faut souligner la finesse. » – Lecture Coup de cœur pour Benoît (billet complet ici)

« L’auteure de ce premier roman est journaliste et a vécu cet événement sur place (Typhon Haiyan en novembre 2013 aux Philippines) où elle travaillait à ce moment là. Ce petit livre est bouleversant et nous fait un récit romancé de ce terrible drame, en pointant du doigt la part d’inhumanité dont peuvent parfois faire preuve certains médias au cours de leurs reportages … L’héroïne de ce docu-fiction pose aussi une question cruelle : comment continuer à vivre lorsque l’on n’a pas réussi à sauver une vie qui vous avait été confiée ?… Le style est sobre mais percutant, l’histoire ne peut laisser personne insensible, une belle réussite !  » – Anita Millot.

Et encore :

Dominiquehttps://domiclire.wordpress.com/2016/08/19/les-mains-lachees-anais-llobet/

Virginie : http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/08/09/34170579.html

Henri-Charles : https://collectiondelivres.wordpress.com/2016/09/03/les-mains-lachees/

Saxaoul : http://echappees.fr/les-mains-lachees-anais-llobet/

Fils du feu – Guy Boley

Certains voudraient lui attribuer le prix du style, d’autres peinent à trouver les mots pour déclarer leur flamme à ce roman flamboyant. Fils du feu a enflammé les lecteurs, embrasé les cœurs et réchauffé les corps.

fils-du-feu

« Fils du feu, c’est encore un roman sur la mort, mais, cette fois-ci, la mort d’un fils, la mort d’un frère. C’est aussi un jeu habile sur le sens du mot « fils » qui s’écrit à l’identique au singulier, comme au pluriel. Qui est donc ce fils du feu, ou qui sont donc ces fils du feu? Pour le comprendre, il faut écouter ce que nous dit, écrit, l’auteur Guy Boley. » nous dit Martine Galati sur son blog (lire le billet complet)

« Un premier roman lumineux, incandescent, sur l’enfance, la mort et la filiation dans l’univers flamboyant des ferronniers d’art aujourd’hui disparus. Un livre d’une grande maitrise où par petites touches, à la manière d’un peintre, Guy Boley nous transporte dans le récit de sa jeunesse à fleur de peau. Né en 1952, l’homme devenu peintre, est talentueux, ajuste ses mots sertis dans sa mémoire qu’il choisit avec précaution pour une musicalité syncopée que l’on a envie de lire à haute voix. L’enfant qui se raconte, a 5, 6 ,7 ou 8 ans au départ. A jamais marqué par le monde violent des ferrailleurs dans les années 50/60 à Besançon, la ville d’Hugo. Il est issu d’une fratrie de 3 enfants et vit à côté d’un entrepôt de locomotives. Doté d’une lucidité étonnante, «j’étais en quelque sorte avec tout cet orgueil dont est bouffie l’enfance, le docte souverain d’un royaume des médiocres » ce garçon se trouve confronté à la mort de son petit frère Norbert qui lui fait écrire : «J’ai considéré ma vie comme une mission nécessaire à remplir puisqu’elle m’avait été donnée, j’ai mis mes masques, enfilé mes armures » Quoi de plus logique pour un fils de forgeron qui dompte le feu. Ce qui vaut au livre de magnifiques descriptions du père et de Jacky, son second à la forge, et à l’égard duquel l’auteur plus tard, avouera son attirance pour les hommes. 158 pages au fil desquelles selon le degré et l’angle de lumière qu’il pose sur les événements de son enfance et de son adolescence, avec un sens éprouvé du tempo et de la mise en scène, pour autant, «n’exhibent pas les choses de basse extrace aux yeux du tout venant ». Puis nous pénétrons le domaine des femmes – sa mère – celui des lavandières, « dont les slips monstrueux ressemblaient à des draps dans le vent d’est qui emporte dans sa traîne, entre ses doigts entre ses dents, dans sa grande gueule de vent, cette suie noire épaisse collante que crachaient les locomotives sans omettre les scories des tacots, les poussières des tenders, les étincelles des cheminots qui soudaient meulaient brassaient, forgeaient et qu’il posait tout ça, tapis de deuil, amas de crasse, sur les tuiles, les rebords de fenêtre, les perrons, les murets et surtout, épicentre de cette ecphrasis (introuvable dans mes dicos!!!) sur l’impeccable linge que l’on venait tout juste de mettre à sécher dehors, au pâle soleil d’hiver » On croise des personnages qu’on n’oublie pas, tant l’écriture de Boley les transfigure. Mr Lucien et sa femme Fernande, la grand-mère qui dépèce les grenouilles vivantes (remarquable scène d’une violence inouïe, p.52) Marguerite-des-oiseaux au cul de jument franc comtoise qui a perdu un fils à la guerre et qui invariablement, inlassablement répétera à l’absent «Jean Marie, rentre, tu vas manger tout froid ! » comme s’il s’agissait de nous préparer au destin similaire de la propre mère de l’auteur qui jusqu’au bout, fera comme si Norbert n’était pas mort, lui faisant son lit tous les jours jusqu’à organiser avec la complicité de son fils, un repère dans le grenier de la maison qu’ils partageront tous les 3. Merveilleux moments de lecture sur cette relation avec sa mère! Comme l’écrit S. Faulmeyer (68 parmi d’autres) dans son petit carré jaune : «Il se saisit de l’écriture comme il peint un tableau. Par touche. Dans les silences de la forge et la beauté fulgurante du feu. Dans l’indicible amour pour un frère disparu trop tôt et qui grandira malgré tout et toute sa vie, auprès de lui. C’est là oui que nait la beauté de ce livre. Dans les silences, la lumière, le rayonnement et la force poétique de l’écriture de Guy Boley ». Ou de Merlieux (autre 68) d’évoquer « la joie pure éprouvée grâce à des mots « en un certain ordre assemblés », à une écriture, à une histoire… Une histoire d’enfance, de découverte du monde, de création d’un être. Une histoire de vie et de mort » Sûre et certaine, ce sont bien les lectrices des 68 qui en parlent le mieux. » – Cécile Rol-Tanguy.

« Par moment, le lecteur est immergé dans un poème tant les phrases semblent des rimes, portées par des alexandrins qui n’en sont pas, tant par le rythme que par le sujet. C’est un roman qui n’est aucunement triste ni mélancolique, et ce malgré le deuil et la douleur évoqués dans ces lignes, mais aussi la période pendant laquelle il se situe et qui connait une véritable remise en cause de la société et un bouleversement des habitudes de chacun » s’enthousiasme Dominique Sudre sur son blog (lire le billet complet).

« J’arrive bien tard pour apporter ma flamme à ce texte si lumineux, qu’il brille encore même refermé. Une maîtrise totale et réjouissante de la langue, de la poésie, du rythme des mots, de la folie des pensées, de l’inventivité des images. On est dans l’intime et on se retrouve dans l’universel, on contemple émerveillé et perturbé cette saga familiale étrange bercée par les flammes, hachée par les coups de masse, enfumée et éclaboussée par la limaille de fer. Chapeau bas, Monsieur Guy Boley, vous avez un talent fou, et plusieurs cordes à votre arc. Merci pour ce moment inoubliable, et surtout revenez vite avec un nouveau texte. » – Martine Magnin

Et quelques-unes des chroniques publiées sur les blogs des lecteurs :

Bric a book : http://www.bricabook.fr/2016/10/fils-du-feu-guy-boley/

Henri-Charles : https://collectiondelivres.wordpress.com/2016/09/08/fils-du-feu/

Sabine : http://lecarrejaune.canalblog.com/archives/2016/09/16/34330058.html

Moka Milla : https://aumilieudeslivres.wordpress.com/2016/09/24/fils-du-feu-guy-boley/

Nicole : http://www.motspourmots.fr/2016/11/fils-du-feu-guy-boley.html