MES PREMIÈRES 68 : PAROLES D’AUTEURE ET DE LECTEURS – AYLIN MANÇO, OGRESSE

Pour cette nouvelle rencontre avec une auteure sélectionnée dans la catégorie 13 ans et plus, nous vous invitons à vous laisser porter par la légère douce folie d’Aylin Manço, dont le deuxième roman, Ogresse, est paru chez Sarbacane. Un livre étonnant qui traite habilement des questionnements adolescents (amitiés, relations amoureuses, sexualité, relations familiales, identité), dans une intrigue qui casse les codes du roman réaliste, à la lisière de l’étrange, de l’horreur, du conte… sans que l’on sache jamais exactement où l’on se trouve. Un mélange fascinant et réussi qui enchante, dérange et bouscule le lecteur dans ses habitudes. Rencontre avec la plume hors du commun d’Aylin Manço.

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Aylin Manço auteure de Ogresse (Sarbacane)

Aylin, raconte nous …

La première fois que tu as eu envie d’écrire une histoire ? Boufff, je ne me souviens même pas. J’ai toujours adoré lire (ma prof de CP se plaignait d’ailleurs dans mes bulletins que je bâclais mes exercices pour pouvoir prendre un livre), et l’envie de raconter des histoires a suivi.

Le premier personnage que tu as inventé ? Bonne question ! En fait, j’ai toujours eu plutôt le réflexe d’imaginer des choses qui m’arriveraient à moi et comment je réagirais… Ça me vient de mon père, qui ne me racontait que des histoires dont j’étais l’héroïne de manière à peine déguisée. (« Il était une fois une petite fille très intelligente, comme toi… » ce genre, haha.)

La première fois que tu as rencontré tes lecteurs et lectrices ? J’ai fait une super rencontre avec des lycéens dans le cadre du Prix du Jeune Écrivain. C’était pour parler d’une nouvelle que j’avais écrite qui racontait notamment les premières règles d’une jeune fille. J’étais dans un énorme amphithéâtre avec tous les autres lauréats du concours et on répondait tour à tour aux questions du public. Je me suis amusée à évoquer mes propres règles sans détour, et il y a carrément eu une onde de choc parmi les lycéens quand j’ai osé ( ! ) prononcer à voix haute le mot « vulve ». Les réactions que j’ai eues ce jour-là m’ont donné l’envie de continuer à parler aux ados de sexualité et de corps de manière franche et crue.

Raconte-nous un souvenir de première fois en littérature (jeunesse ou non !) : Merveilleux passage sur la première fois qu’un jeune couple fait l’amour dans Comme des images de Clémentine Beauvais (éditions Sarbacane). Allez-donc lire ce livre !

Qu’as-tu envie de dire aux lecteurs et lectrices de Mes premières 68 qui tiennent ton livre en mains pour la première fois ? J’espère que le livre vous plaira ! Et promis, je suis pas aussi étrange que j’en ai l’air à la lecture de ce livre.

Ogresse

Et qu’en pensent les premiers lecteurs ?

Emmanuel : « Il manque un mot dans la langue française, un mot pour qualifier les événements qui sont impossibles mais qui surviennent tout de même. »
Ogresse
, un titre qui m’a interpellé !
J’avoue avoue eu peur de me retrouver embarqué dans une histoire d’amour adolescente anxiogène et heureusement je me suis trompé.
Parler trop du contenu de ce roman serait à coup sûr le spoil malencontreux.
Je parlerais juste du fait qu’Ogresse est un vrai et bon roman young adult, avec tout ce que cela implique ; une bande de potes avec leurs p’tits bobos et leurs grandes joies, des parents haut en couleurs mais SURTOUT une intrigue qui m’aura tenu en haleine de la première à la dernière page ! Bref cette histoire est un vrai mélange qui fonctionne et qui fait de ce roman une vraie pépite. Un bouquin à dévorer d’une traite.

Alias Noukette : Impossible d’étiqueter ce roman qui ne rentre dans aucune case…! Et il y a un vrai plaisir jouissif à avancer à l’aveugle dans cette histoire qui ne ressemble à aucune autre tout en utilisant à bon escient tous les ressorts d’un bon roman pour ados. Hippolyte et ses tourments d’adolescente, Hippolyte et sa difficulté à supporter la séparation de ses parents, Hippolyte et son éveil à l’amour et à la sexualité… mais aussi, en filigrane, une tension palpable dans cette relation mère-fille très particulière qui allie amour dévorant et sauvagerie bestiale. Rien que ça. Une tension que le lecteur ressent dans ses tripes, viscéralement, qui le fait avancer sur des œufs tout en dévorant littéralement les pages avec un plaisir un peu masochiste. C’est éprouvant, dérangeant, troublant, addictif et ça dit à merveille et de façon puissamment symbolique la force de l’amour maternel. Coup de cœur ! Chronique complète sur le blog 

Violette : J’ai bien aimé ce livre même si, selon moi, l’histoire est un peu tirée par les cheveux. Les personnages sont très attachants et possèdent un caractère bien à eux. Nous sommes loin du récit imaginaire que pourrait laisser penser le titre, au lieu d’un conte fantastique, nous voilà emportés dans les pensées tortueuses d’une adolescente ! J’ai été frappée par le réalisme de ce livre qui nous fait observer de nombreuses réalités pas toujours positives de la société d’aujourd’hui. Néanmoins, j’ai pris plaisir à lire Ogresse.

Laure : Ce pourrait être un roman adolescent tout ce qu’il y a de plus banal – un divorce mal digéré, une histoire d’amour, le quotidien d’une bande de potes… Mais son basculement presque immédiat dans le fantastique en fait un petit ovni littéraire prodigieusement fascinant dans lequel il est question de relation mère-fille, de famille, d’amour dévorant, qu’il soit maternel ou adolescent, de découverte du désir. À quelle sauce ta mère te mangera ? J’ai beaucoup aimé le jeu avec les chapitres ; tous ont pour titre un aliment, quelque chose qui se boit, se mange, se consomme. Chronique complète sur le blog.

Claire : L’auteure parle de relation mère-fille. Sa mère change de comportement tout au long du livre. Les relations entre les nouveaux et les anciens amis qui évoluent. Tout au long du livre ça parle de nourriture. L’auteure a une écriture fluide. Mais je n’ai pas accroché à l’histoire, ce livre ne me correspond pas.

Émilie : Un superbe roman pour adolescent. J’ai adoré. Cela se lit facilement. Le livre nous tient en haleine, le rythme est encourageant au fur et à mesure de l’histoire. Un récit riche en imagination. Ce n’est pas souvent que je rencontre ce thème (que je ne vais pas spoiler !!!) dans les romans hors policier. Chronique complète sur le blog.

Fanny : Ogresse, ce titre pourrait faire penser à un conte moderne, au Petit Poucet. Mais non. Nous sommes à Bruxelles à notre époque. Pas de princesse, pas de magie, mais des personnages aux comportements étranges et effrayants. Chronique complète sur le blog.

Lilou : Pour être honnête, j’ai eu du mal à accrocher, sans doute à cause de l’histoire, l’ambiance m’a mise mal à l’aise et j’ai trouvé qu’on en apprenait peu des personnages au fil de la lecture.

Léa : J’ai eu du mal avec ce livre, surtout à y rentrer. Je ne me suis jamais ennuyée mais l’histoire était difficile pour moi. Je n’ai pas compris le pourquoi de ce livre, je pensais qu’il y allait avoir des rebondissements mais il n’y en a pas eu. J’ai apprécié l’amitié entre les personnages.

MES PREMIÈRES 68 : PAROLES D’AUTEUR ET DE LECTEURS – FRÉDÉRIC BOUDET, SURF

L’aventure continue et les livres vivent leur vie même si tout est un peu ralenti… Aujourd’hui nous vous invitons à rencontrer Frédéric Boudet, auteur d’un recueil de nouvelles adultes (Invisibles, éditions de L’Olivier) et du roman Surf publié chez MeMo et sélectionné pour les 13 ans et plus.

On en profite pour lever le mystère sur une des membres du comité… Surf est en effet un des chouchous d’Héliéna, et elle n’a pas hésité à nous faire part très vite de son coup de cœur pour ce roman qui l’a particulièrement touchée : « Surf est tout à la fois. La jeunesse et ses tracas, l’abandon et la perte irrévocable, le silence de mort et la détermination. Surf ne va dans aucune case, il est unique. Il interroge sur notre destin, celui préconçu ou celui que l’on se forge. »

Rencontre avec l’auteur de l’un des textes les plus atypiques de cette sélection ados.

 

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Frédéric Boudet

Frédéric, raconte nous…

La première fois que tu as eu envie d’écrire une histoire ? J’avais 7 ou 8 ans, j’étais fou de Jack London, Fenimore Cooper, Jules Verne, je venais de lire L’Ile mystérieuse et les aventures du capitaine Nemo, et Le Monde perdu de Conan Doyle, j’ai commencé à écrire un roman, sur un cahier d’écolier, narrant les aventures de trois aventuriers et scientifiques intrépides, voulant découvrir les mystères du monde.

Le premier personnage que tu as inventé ? Les trois personnages de ce texte sans doute, Harry, Jack et un troisième dont j’ai oublié le nom, il faudrait que je cherche (j’ai toujours ce cahier), mais les vrais premiers personnages que j’ai « inventés » étaient une bande d’amis imaginaires avec qui je conversais nuit et jour, ça n’a pas tellement changé d’ailleurs, j’écris là-dessus en ce moment.

La première fois que tu as eu ton livre en mains ? Surf ? Au milieu de la campagne, près d’Arles, cet été, j’étais trop impatient pour attendre qu’on me l’envoie par la poste, j’avais loué un petit appartement près de La Ciotat pour écrire, j’ai loué une voiture et suis allé le chercher directement dans l’entrepôt d’Harmonia Mundi (le distributeur, NDLR), j’ai stoppé la voiture dans un chemin de terre et j’ai tourné les pages entre des rangées de maïs, Adam et Jack y parlaient à bâtons rompus, j’ai écouté, ému un peu, ils avaient pris leur envol, je pouvais me retirer et passer au suivant.

Raconte-nous un souvenir de première fois en littérature (jeunesse ou non !) : Raymond Carver, mon maître. Tu lis des tonnes de livres depuis toujours, tu es fou de Miller, Steinbeck, Hemingway, Céline et Cendrars, Faulkner et son « bruit et sa fureur » t’a transporté aux étoiles et t’a mis KO, tu as 15 ans, puis tu ouvres Tais-toi je t’en prie, et là soudain après dix lignes tu sais que tu cherchais, toi aussi, l’illumination dans le rien des choses, dans le plein des mots, et la joie dans la détresse des jours, et la lumière dans le travail maniaque de la simplicité des phrases, des images, des ellipses, qui font des béances par lesquelles se dit le monde. Tu as trouvé le maître, et ta voie.

Qu’as-tu envie de dire aux lecteurs et lectrices de Mes premières 68 qui tiennent ton livre en mains pour la première fois ? Lisez, écoutez le cœur, les flots, le flux, les cris et les chuchotements comme disait l’autre, lisez en courant, criez et jetez le livre aux vagues si vous le voulez, Surf en tête, il survivra ! Le monde est plus grand que nous, mais on devient plus grand, et plus libre, et plus vivant, en lisant, c’est à dire en osant vivre, c’est le message de Jack, le surfeur fou libérateur !

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Et qu’en pensent les premiers lecteurs ?

Delphine : J’ai d’abord été intriguée comme les gosses par la couverture et les bords de pages bleues. J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire très décousue et n’ai pas forcément accroché à l’écriture qui m’a beaucoup perdue. La quête d’un père déjà mort, avec comme aide un meilleur ami géant bi polaire assisté une amie japonaise chasseuse de sons et probablement anthropophage… j’avoue que ça me laisse sceptique. Seule Katel offre des moments de grâce qui devront parler aux ados. Je me suis demandé jusqu’à la fin si ce n’était pas une mise en abîme et j’avoue ne pas avoir la réponse! Je laisse infuser et vous dirai plus tard.

Isabelle : Un roman tumultueux, où l’enfance ressurgit et noie dans ses rouleaux… Il m’a laissée perplexe, ce livre. (Bon j’avoue, je rêvais peut être trop de sessions de surf, et forcément, j’ai été déçue.) C’est finalement une réflexion brute sur le chaos du destin, sur les rêves d’enfant qui s’évanouissent, sur le passage à l’âge adulte qui confronte à nos parents. J’ai aimé l’amitié d’enfance qui fait ciment, la recherche du père pour se connaître soi-même, la rencontre amoureuse lumineuse dans la tourmente, la personnification de la ville de Brest jusque sur la couverture, comme un symbole de l’amour/haine envers ses racines. Chronique complète sur le blog.

Emilie : Un avis mitigé pour ce roman jeunesse. Il est déroutant, troublant, parfois incompréhensible. Je n’ai pas su saisir le fil conducteur dès le début du roman. Je ne vois pas où veut en venir l’auteur, surtout avec ce titre « Surf ». Certes, l’histoire aborde l’acceptation du départ d’un parent, la difficulté de révéler la vérité, la culpabilité. On y retrouve aussi le passage de l’adolescence à celui d’adulte. L’amitié et l’amour sont des socles solides dans cette œuvre. Chronique complète sur le blog .

Lilou : J’ai beaucoup aimé ce livre, même si certains passages ont été un peu flous et difficiles à comprendre pour moi. J’aime beaucoup l’idée des lettres, et, bien que j’ai eu du mal à accrocher au début, la suite a été très agréable à lire.

Audrey : L’écriture de Frédéric Boudet est agréable, travaillée, fluide. Mais j’ai parfois été perdue au milieu de pages où j’avais du mal à savoir qui parlait, dans quel but, si c’étaient des pensées, des souvenirs, des écrits… Je remercie mes premières 68 en tout cas, pour cette lecture jeunesse, au parfum d’abandon et d’espoir… Quand il manque un pilier, la vie peut-être bancale, mais on peut aussi trouver des appuis et se relever, doucement… Chronique complète sur le blog.

Claire : Adam est un jeune homme de 19 ans qui fait des études de graphisme à Paris. Ça fait 3 semaines qu’il ne va plus en cours. Il rentre pour les vacances à Brest chez sa mère. Ça fait 11 ans que son père est parti vivre aux États-Unis sans explications dans la région des indiens Navajo. En rentrant chez lui, Adam reçoit une lettre des États-Unis qui lui dit que son père est mort. Dedans, il y a d’autres lettres écrites par son père qui n’ont jamais été envoyées. En revenant pour les vacances, Adam retrouve son ami Nathan qui préfère qu’on l’appel Jack. Il vient de sortir d’hôpital psychiatrique où il a fait un séjour de 1 an. Ensemble, ils errent dans la ville, écoutent de la musique et parlent de différentes choses. Adam va-t-il savoir pourquoi son père est parti ? L’auteur a fait un livre très narratif ce qui est plus dur à lire. Il y a quand même de belles descriptions. Les personnages se cherchent et on voit leurs états d’âmes. Le fil conducteur du roman est la musique.

Emmanuel : « Les gens ne réfléchissent jamais à leur vie comme à une succession d’occasions à saisir, ils sont obnubilés par la peur. Elle leur fait croire que leur vie a un sens parce qu’ils savent de quel côté il faut se tenir. » Il y a beaucoup à dire sur ce roman, du bon et du moins bon d’ailleurs. Si, on a été un tant soit peu touché par les mêmes problèmes qu’Adam, alors il est clair que ce roman vous touchera en plein cœur. L’auteur arrive vraiment à retranscrire avec justesse une farandole de sentiments. Maintenant, pour moi il y a des défauts qui m’empêchent d’en faire un coup de cœur personnel. Notamment une écriture que je trouve plutôt ampoulée pour de la littérature jeunesse et des chapitres que je trouve parfois redondants. Mais il n’empêche que ce roman sera, j’en suis sûr, un des « hits » des premières 68.

Et la chronique d’Héliéna.

MES PREMIÈRES 68 : PAROLES D’AUTEUR ET DE LECTEURS – MAXIME GILLIO, SUPER-HÉROS, TOME 1 : ORIGINES

Aujourd’hui place aux plus jeunes et à la catégorie 9-12 ans ! Maxime Gillio est l’auteur de nombreux romans policiers pour adultes, mais Super Héros est sa première incursion en jeunesse. Et ça commence fort avec ce premier volet des aventures de Sam et des autres enfants qui ont intégré Le Repaire, une école pour enfants aux dons extraordinaires. Une aventure fantastique trépidante qui n’a rien à envier aux BD et aux films de super-héros célèbres, et qui compte déjà des fans parmi les enfants de Mes premières 68. Bonne nouvelle pour eux : le tome 2 paraît le 15 avril ! Maxime Gillio a répondu à nos questions autour des premières fois, merci à lui !

 

                       Crédit photo @Dorinne Johnson

 

Maxime, raconte nous…

La première fois que tu as eu envie d’écrire une histoire ? Je serais incapable de vous dire avec précision. Ça va faire très cliché, mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours inventé des histoires, parce que j’étais plongé dans les livres, et je n’avais pas des masses d’amis. Je me souviens qu’en primaire, certains camarades me parlaient des films qui passaient à la télé la veille. À l’époque, je n’avais pas le droit de regarder la télé le soir (encore heureux) car j’étais très jeune, mais je me souviens que ça me gonflait tellement de les entendre parler de films que je n’avais pas vus que je me mêlais à leurs discussions avec aplomb et que je racontais ces mêmes films, que je n’avais pourtant pas vus ! Je les réinventais, uniquement à partir de la bande-annonce diffusée en journée. Ce qui me permettait de faire le tri parmi mes copains mythos, quand j’en voyais qui approuvaient à mes histoires. Ça voulait dire qu’ils ne les avaient pas vus non plus !

Le premier personnage que tu as inventé ? Je me souviens que quand j’avais 13, 14 ans, je faisais du baby-sitting avec deux garçons que je devais garder. Ils avaient des jouets Transformers, alors que moi, je n’en avais jamais eu, et j’étais très jaloux. Du coup, je leur avais inventé une histoire, que je dessinais devant leurs yeux émerveillés (enfin, je me plais à croire qu’ils l’étaient…) Je me souviens du nom du héros : Biomax (n’oublions pas, pour la référence, que je suis né au milieu des années 1970). Déjà, à l’époque, je voulais être dessinateur de comics. La suite en a décidé autrement.

La première fois que tu as eu ton livre en mains ? Je l’ai tout de suite offert à mon fils Antoine. C’est en partie pour lui que je l’ai écrit (il lui est d’ailleurs dédicacé), et il était important qu’il ait le premier exemplaire. Il l’a lu quatre ou cinq fois et harcèle sa prof de français au collège pour qu’elle l’étudie en classe.

La première fois que tu as rencontré tes lecteurs et lectrices ? J’ai écrit près d’une douzaine de romans pour les adultes avant de m’attaquer à la jeunesse. J’ai donc fait pas mal de salons ces dernières années, mais avec les plus jeunes, c’est très marrant et touchant : ils sont timides, n’osent pas me parler (sans doute parce que je suis un grand barbu ténébreux) et ils demandent souvent à leurs parents de venir me voir à leur place. J’espère juste qu’on va apprendre à se connaître et que bientôt, les lecteurs du tome 1 reviendront me voir pour me parler de leur lecture, me dire quel est leur personnage préféré, et accessoirement me prendre le tome 2 !

Raconte-nous un souvenir de première fois en littérature (jeunesse ou non !) : Comme je suis un dessinateur frustré (j’aurais adoré être illustrateur), j’ai des centaines de BD à la maison, et suis très exigeant sur la qualité des albums que je lis. Du coup, j’étais pressé, et en même temps inquiet, de découvrir la couverture de Super-Héros. J’avais tellement peur d’être déçu. Mais quand j’ai reçu les premiers essais d’Oriol Vidal, l’illustrateur, j’étais comme un gamin qui voit le père Noël. C’était exactement ce que j’espérais ! Du coup, ça m’a donné envie d’écrire la suite encore plus vite.

Qu’as-tu envie de dire aux lecteurs et lectrices de Mes premières 68 qui tiennent ton livre en mains pour la première fois ? Jeunes gens, j’ai pris un plaisir phénoménal à me replonger dans mon enfance et mon adolescence pour vous raconter cette histoire. Sachez qu’il y aura au moins trois tomes de Super-Héros, mais qu’il ne tient qu’à vous, si vous avez aimé le premier, qu’il y en ait encore plus par la suite. En tout cas, moi, j’ai très envie de continuer à raconter les aventures de Sam, Shugon et tous leurs amis.

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Et qu’en pensent les premiers lecteurs…

Louise :

Louise

 

Coline : Ce livre est génial car je trouve qu’il y a beaucoup d’action et que c’est dans un univers magique. S’il y a une suite je la lirai avec plaisir. Mon personnage préféré est Zoé car elle est douce et attentive envers les autres et aussi car je trouve que son pouvoir est très original.

Julie et sa fille Lou : Je découvre Maxime Gillio avec son dernier roman jeunesse alors qu’il a une bibliographie plutôt bien fournie, il me faudra aller jeter un œil à ses autres livres. Dans celui-ci nous faisons donc la connaissance de Sam, un adolescent orphelin muet depuis le décès de ses parents et élevé par son oncle et sa tante. Sam a en plus une particularité, il est doté d’un super pourvoir, il peut dessiner l’avenir lorsqu’il subit une émotion violente. Pour pouvoir mieux vivre son don, il va se retrouver au Repaire, une école pour des jeunes comme lui dirigée par Mme Smith afin que ces adolescents ne soient pas stigmatisés dans la vie classique. Ils apprennent à mieux maitriser leur don. Sam va alors faire la connaissance de Victor qui peut parler toutes les langues et langages, Zoé pouvant donner à son corps les propriétés de n’importe quelle matière, Julie qui transforme en énergie les déchets qu’elle désintègre, Shugon pouvant se démultiplier et Farès ayant le don de se transformer en animal. L’auteur nous plonge dans le monde des super-héros avec tous les ingrédients nécessaires, des supers pouvoirs, du suspens, de l’amitié, de la rivalité! Un Marvel ou un X-Men adapté aux plus jeunes. Nous avons lu ce roman jeunesse un peu chaque soir avec Mademoiselle L. et je peux d’ores et déjà vous dire que ma fille l’a adoré et qu’il était compliqué de s’arrêter de lire. Elle n’avait qu’une envie, connaitre la suite et désormais elle attend le tome 2 avec impatience.

Le dessin de Lou : Lou

 

 

Lettre aux Croisettes – Alexandra Alévêque

Le 10 février dernier, Alexandra Alévêque répondait à notre invitation et participait à sa première rencontre en univers carcéral, autour de son premier roman Les autres fleurs font ce qu’elles peuvent. Quelques jours plus tard, avant de s’envoler vers le Grand Nord pour le tournage d’un épisode de « Drôle de ville pour une rencontre », elle nous faisait parvenir cette lettre, récit d’un moment intense et certainement unique.

 

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Crédit Photo @Sabine Faulmeyer

Aux garçons des Croisettes

Paris, mardi 11 février 2020

Messieurs,

Je vous ai quittés il y a exactement vingt-quatre heures et pour être honnête, j’ai beaucoup pensé à vous tous depuis que j’ai passé la porte des Croisettes. Vous avouerez tout de même qu’une prison qui porte le nom d’une promenade aussi chic qu’ensoleillée pourrait prêter à sourire…

Ceci est une autre histoire, parlons plutôt des sourires. Ils ont été nombreux hier. Et pourtant, je peux bien vous l’avouer maintenant, je n’étais pas tout à fait tranquille avant de faire votre connaissance. Pourtant, je l’avais voulue cette rencontre, je m’étais portée volontaire comme on dit. La date approchant, pourquoi éprouvais-je cette tension un peu désagréable ? Là encore, l’honnêteté est de mise, comme elle l’a été durant les trois heures que nous avons passées ensemble alors continuons sur cette bonne voie. Il n’est pas évident pour une personne étrangère à votre monde d’y faire une incursion. Il n’est pas simple quand on est une femme libre de rendre visite à des hommes qui ne le sont plus. Vous trouvez peut-être ça idiot et vous avez sans doute raison. Je n’avais pas peur de vous, non. Pourquoi avoir peur ? Vous êtes aux Croisettes pour des raisons différentes qui m’échappent et que j’ignore, je ne les juge pas – d’autres s’en sont chargé avant moi – et je n’avais à vrai dire aucun a priori avant de vous rencontrer. Les craintes venaient plutôt de moi : vais-je être à la hauteur ; mon intervention sera-t-elle intéressante ; réussirai-je à les faire sourire ou à écrire quelques lignes ? En conclusion, ma venue aura-t-elle une quelconque utilité dans des vies privées de fantaisie ?

Comme l’un de vous me l’a dit en riant au commencement de notre discussion : « Venir vous voir, ça permet de sortir de nos cellules ! ». Oui, bien sûr. Évidemment. C’est justement parce que les occasions de discuter, d’échanger, de rire, de voir de nouvelles têtes ne sont pas légion aux Croisettes que je devais me montrer à la hauteur.

L’ai-je été ? Je n’en sais absolument rien. Ce dont je suis sûre en revanche, c’est que vous avez été extras hier. De vrais gentlemen.

Je vous revois entrer au compte-goutte dans la salle, entre lino beige et peinture coquille d’œuf. On a déjà vu plus gai pour un premier rendez-vous mais peu importe, tout comme l’habit ne fait pas le moine, le décor n’est pas gage d’une ambiance réussie. Les uns après les autres, vous êtes venus me serrer la main. Certains m’ont fixée afin de mesurer à qui ils avaient à faire, d’autres m’ont saluée en regardant leurs baskets mais tous, vous m’avez accueillie avec une gentillesse où perçait une pointe de curiosité : qu’est-ce qu’elle va bien nous raconter la grande avec sa voix de clopeuse ?

C’est le principe de ce genre de rencontre, nous étions réunis pour échanger autour de mon roman Les autres fleurs font ce qu’elles peuvent, une histoire que vous aviez choisie parmi d’autres, accompagnés par votre professeure de français. Certains avaient lu ce roman entièrement, d’autres avaient parcouru quelques chapitres mais vous saviez tous de quoi il retournait comme j’ai rapidement pu le noter.

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Crédit photo @Sabine Faulmeyer

Après une rapide présentation, un dialogue s’est ouvert qui n’a pris fin que trois heures plus tard. Nous avons parlé de nos parents, des secrets, de la mort, de l’enfance et des traces qu’elle laisse chez les adultes que nous sommes devenus. Force est de constater que j’ai apporté avec moi des thématiques lourdes et pas franchement drôles. Pour quelqu’un qui voulait vous amener à sourire coûte que coûte, on a connu meilleure attaque.

Malgré tout, votre écoute, votre humour, la pertinence de vos réflexions, la justesse de vos interventions m’ont bluffée. J’ai adoré parler de psychanalyse avec vous même si j’ai bien compris que certains ne portent pas vraiment leur psy dans leur cœur… D’ailleurs, je dois vous dire aujourd’hui que ces heures passées à discuter avec vous m’ont fait l’effet d’une longue séance d’analyse tant vos réactions m’ont parfois piquée au vif.

Et puis nous avons parlé de mon métier de journaliste, des milieux dans lesquels je me suis immergée. Votre intérêt pour mon séjour dans un monastère cistercien ne m’a pas tout à fait surprise. Comme une idiote, je rechignais à dire qu’elles vivent en cellule. J’ai été prise à mon propre piège quand vous avez évoqué les parloirs dans lesquels elles reçoivent des visites. Les carcans que je m’étais bêtement imposé ont alors sauté définitivement.

Hier, je ne suis pas venue vous parler. Non, hier nous avons discuté tous ensemble et je vous assure que vous avez donné plus que moi. Je n’ai fait qu’allumer un petit feu que vous avez nourri tout au long de l’après-midi. Vous étiez encore nombreux, plus que je ne l’imaginais, quand nous avons débuté un court atelier d’écriture. Je souris encore au souvenir de vos visages quand je vous ai indiqué le thème de la séance : écrivez une lettre à l’enfant que vous étiez.

Ça a sacrément pesté dans la salle. « Oh là là, c’est dur ça ! Vous avez mis deux ans à écrire vous, Alexandra. Nous, on a vingt minutes ! »

Oui, c’est dur de se replonger dans le passé mais vous vous en êtes sortis comme des chefs. Vous avez quasiment tous accepté de lire vos textes à haute voix. Vous avez accepté de vous livrer, de vous soumettre au jugement des autres. Après chaque lecture, les applaudissements ont résonné dans la salle. Vos écrits étaient pudiques, honnêtes et pour beaucoup rédigés dans un style remarquable.

Pour tout cela, je vous remercie encore une fois. Et si d’aventure on me le propose à nouveau, je reviendrai aux Croisettes avec grand plaisir. Il me semble que nous avons encore beaucoup de choses à nous dire.

Vous remercierez Sophie, Delphine et Katy de ma part. Quant à moi, je veux dire toute ma gratitude à Charlotte et les 68 premières fois pour cette belle initiative.

Bien à vous,

Alexandra

Mes premières 68 : Paroles d’auteure et de lecteurs – Karine Martins, Ceux qui ne peuvent pas mourir (tome 1)

Nouveau rendez-vous cette semaine avec une auteure de la sélection 13 ans et plus. Ceux qui ne peuvent pas mourir (Gallimard Jeunesse) est une série addictive mêlant enquête et fantastique, imaginée par Karine Martins. Ce premier volet intitulé La bête de porte-vent met en scène un enquêteur d’un genre particulier et une orpheline à la personnalité bien trempée, le tout dans un Paris puis une Bretagne du XIXe siècle obscur et mystérieux à souhait qui n’est pas sans rappeler Conan Doyle. Addictif, on vous dit ! Le moment est donc venu de passer Karine Martins à la question…

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Karine, raconte nous…

La première fois que tu as eu envie d’écrire une histoire ? J’imagine des histoires depuis toujours, mais j’ai commencé seulement à l’adolescence à les mettre par écrit. Mes premiers carnets à histoires datent de la seconde. J’ai écrit beaucoup de fan fictions également. C’est un bon entraînement.

Le premier personnage que tu as inventé ? De mémoire, ce devait être une rock star très torturée. Une histoire à mille lieues de ce que j’écris maintenant. J’ai écrit également des enquêtes avec un détective des années 40, alcoolique et bourru.

La première fois que tu as eu ton livre en mains ? En réalité, je l’ai eu deux fois entre les mains pour la première fois. Ceux qui ne peuvent pas mourir a été auto-publié avant d’être envoyé à Gallimard Jeunesse. Cette fois-là, je n’ai vu que les défauts. Je voulais quelque chose de parfait, mais il y avait des tas de compétences qui me manquaient dans la conception de la couverture ou la mise en page. Rien de comparable avec la version que j’ai tenue dans les mains en août dernier. J’ai eu du mal à réaliser que c’était le mien.

La première fois que tu as rencontré tes lecteurs et lectrices ? Le roman a connu une vie sur Internet avant d’être publié. J’ai été en contact avec les lecteurs avant d’être officiellement publiée. J’ai rencontré beaucoup de ces lecteurs de la première heure lors des premiers salons. Les contacts sont plus faciles sur les réseaux. C’était comme rencontrer de vieilles connaissances.

Raconte-nous un souvenir de première fois en littérature (jeunesse ou non !) : J’ai deux souvenirs marquants. Les premiers sont les romans de Johanna Spyri avec la série Heidi. Mon grand-père avait une ancienne édition à la couverture cartonnée et au titre doré. Je ne savais pas encore lire. J’ai imaginé l’histoire grâce aux illustrations. Le second est Un chant de Noël de Dickens. J’ai toujours adoré cette histoire. Elle m’a donné le goût des grands classiques du XIXe.

Qu’as-tu envie de dire aux lecteurs et lectrices de Mes premières 68 qui tiennent ton livre en mains pour la première fois ? De se méfier des apparences ! Mais aussi que j’espère qu’ils prendront autant de plaisir à le lire que moi à l’écrire.

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Et qu’en pensent les premiers lecteurs ?

Laure : Ce premier tome est addictif : des personnages attachants qui ont tous quelque chose à cacher… Une intrigue qui se dévore… Des dialogues drôles et savoureux… Un récit bien écrit, intelligent et aux nombreux rebondissements… Ceux qui ne peuvent pas mourir est en somme une saga qui s’annonce prometteuse et une très jolie surprise littéraire ! Chronique complète sur le blog.

Claire : J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire jusqu’à ce que l’enquête commence. J’ai adoré comment l’auteure met en scène la relation entre Gabriel et Rose et les piques acidulées entre les deux personnages. Le livre m’a donné envie de lire la suite de la trilogie.

Madeleine : Karine Martins nous offre un récit haletant, dans ce premier tome d’une saga qui se promet très prenante. Elle nous dévoile l’aventure de Rose et Gabriel : une adolescente et un chasseur de monstres, deux personnages très attachants qui vont tenter d’élucider l’enquête ainsi que leurs mystères respectifs. L’histoire nous plonge dans un décor effrayant et rempli de suspens. L’avenir des deux héros nous tient en haleine. Petit bémol, cependant pour l’écriture peu travaillée et pour l’univers fantastique qui n’est pas vraiment à mon goût.

Lilou : Je ne lis pas beaucoup de fantastique, mais j’avoue avoir été agréablement surprise. Les personnages sont complexes et attachants, l’intrigue haletante et le rythme assez soutenu pour qu’on ne s’ennuie jamais. Une très bonne lecture, donc !

Isabelle : Quelle plongée dans le fantastique! Les embruns bretons cachent les sombres desseins d’une organisation secrète impitoyable. Les monstres ne sont finalement pas ceux qu’on croit. Sensations fortes, suspens et rebondissements, la tension est vraiment très bien dosée. Le duo formé par Voltz et Rose, et la découverte progressive de leurs personnalités, est un fil rouge passionnant. Chronique complète sur le blog

Audrey : Même si je lis de plus en plus de romans ado et jeunes adultes, je ne suis pas amatrice d’histoires fantastiques et encore moins de séries… Il fallait bien mes premières 68 pour m’emmener vers le roman de Karine Martins et je les en remercie sincèrement ! Grâce à l’écriture rythmée et très imagée de l’auteure, on est très vite embarqué dans ce village sombre et mystérieux. Les multiples rebondissements de l’histoire apportent une lecture captivante et addictive. Nos adolescents ne peuvent que se projeter facilement dans cet univers et vivre les aventures à travers les yeux de Rose, cette jeune fille éprise de liberté et ceux de Gabriel, qui lui aussi aspire à vivre pleinement ce qu’il est vraiment. Un duo de choc donc pour une série qui devrait plaire !

Mes premières 68 : Paroles d’auteur et de lecteurs – Frédéric Vinclère, Nos bombes sont douces

Aujourd’hui nous vous proposons de partir à la rencontre d’un nouvel auteur de la sélection 13 ans et plus. Nos bombes sont douces est le deuxième livre de Frédéric Vinclère pour la jeunesse. Dans ce texte qui associe l’interrogation d’un adolescent en pleine crise sur son avenir et l’idée d’engagement écologiste, l’auteur fait un parallèle intéressant : devenir adulte, ce n’est pas forcément renoncer à ses rêves d’enfant. C’est surtout chercher à donner du sens à ce que l’on entrevoit pour son avenir, à la fois personnellement et plus globalement. Une approche originale des interrogations des adolescent·e·s.

 

Frédéric, raconte-nous…

La première fois que tu as eu envie d’écrire une histoire ? Alors là, mystère ! Cette envie d’écrire et de créer a toujours été omniprésente dans ma vie et elle remonte à tellement loin que je ne me souviens pas de la première fois. Mais je dirais que la lecture des Dépanneurs invisibles d’Edouard Ouspenski a bien chatouillé mon imagination. Ce roman raconte comment des mini hommes chargés d’entretenir l’électroménager dans la maison de Marguerite doivent échapper aux pièges de la petite fille et à une invasion de souris. Je devais avoir sept ou huit ans.

Le premier personnage que tu as inventé ? Un pirate ! Il était pourchassé par son propre frère, corsaire au service du roi. Ce souvenir-là est facile à dater : 1993, j’étais en 6ème et j’avais Madame Le Garrec en français. Je lui avais fait lire mon histoire, timide et honteux, et elle m’avait chaudement encouragé. Ce fut la toute première à me faire voir les mots « courage » et « travail » derrière celui de « littérature ». Il y a quelques mois, grâce à Internet, j’ai eu la chance de lui dire merci et de lui montrer l’aboutissement de sa pédagogie, vingt-six ans plus tard.

La première fois que tu as eu ton livre en mains ? J’ai tenu Nos Bombes sont douces pour la première fois dans ma voiture, rue de Robien à Rennes, un mardi vers 11h. Il faisait très beau. Une heure après, je le montrais à ma femme.

La première fois que tu as rencontré tes lecteurs.rices ? Mes premiers lecteurs rencontrés ont d’abord été des adultes de mon entourage, des amis et des collègues de travail. Je me souviens que Mélanie m’a demandé si j’étais dans mon état normal quand j’avais écrit Fête Sauvage (éditions Thierry Magnier, 2018) ! Charline (mon éditrice chez Magnier) et moi avions voulu faire de ce texte un livre « bizarre et résistant ». En recevant des commentaires comme celui de Mélanie, je crois que nous y sommes parvenus. Pour Nos bombes, la première vraie rencontre a eu lieu à la librairie Récréalivres, au Mans. C’était en septembre 2019, je pensais que ce serait désert, mais non. Surtout quand des copains ont débarqué, après avoir fait 120km pour l’occasion !

Raconte-nous un souvenir de première fois en littérature (jeunesse ou non !). L’été où j’ai lu L’île mystérieuse de Jules Verne. Très clairement ma première rencontre marquante avec la littérature. Quel suspense, et ces rebondissements, dignes de la série « Lost » ! Ils pensent être seuls et perdus sur leur île, jusqu’à ce qu’ils chassent un cochon sauvage qui a déjà du plomb dans la cuisse. Il y a donc quelqu’un d’autre ! Aaaaaaaah !

Autre première fois : quand j’ai renoué avec la littérature jeunesse à 20 ans. Bérangère, mon amoureuse de l’époque (qui l’est encore aujourd’hui), m’a offert les 4 premiers tomes d’Harry Potter pour Noël en 2001. Tout simplement le plus cadeau que j’aie jamais reçu. Grand, grand, grand souvenir de lecture.

Qu’as-tu envie de dire aux lecteurs et lectrices de Mes premières 68 qui tiennent ton livre en mains pour la première fois ? S’il vous plaît, ne détestez pas Margaux ! Dans ma démarche d’écriture, elle était au centre de l’histoire, à la fois moteur et frein. D’ailleurs, dans sa toute première forme, le roman était rédigé sous forme de lettre qui lui était adressée après les événements, où Joris lui expliquait comment ils en étaient arrivés là, pourquoi il avait fabriqué des bombes et pourquoi celles-ci étaient douces. Margaux a aussi une double fonction dans Nos bombes : à la fois un vieux compte que j’avais à régler avec une fille de mes années lycée et une métaphore de l’éblouissement. Je l’aime bien, moi, Margaux.

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Justement, que pensent les premiers lecteurs de Nos bombes sont douces ? Ils l’expriment en mots et en dessins :

Fanny : Ces bombes douces faites de graines et de semences sont une réponse délicieuse aux mots durs et violents. Ce roman permet d’aborder la solidarité et les soucis des autres sans en faire des tonnes, sans assommer le jeune lecteur de bons sentiments. Joris a des doutes, parfois, mais il s’investit avec toute son âme car il est soutenu par ces hommes et ces femmes qui croient au pouvoir des actions engagées. Par sa brièveté, le roman va à l’essentiel et peut offrir des portes de réflexions aux adolescents. Ce Joris m’a touchée par cette sensibilité cachée de tous, lui le « footeux ». Chronique complète sur le blog Mes pages versicolores

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Le retour de Violette : les mots pour le dire…

Sacha : C’est l’histoire d’un engagement. Joris échoue à une détection pour entrer dans un centre de formation et du jour au lendemain quitte le monde du foot. Il a 17 ans, et doit abandonner son rêve. Il suit son oncle Jean Philippe dans son engagement fait partie d’une association, les poucets, qui transforme des endroits bitumés en plantant des bombes en terre. Mais ces bombes donnent la vie sous forme de fleur et de potagers. L’idée est belle et poétique. Mais ce n’est pas un coup de cœur pour moi car ce roman manque de rebondissements et ce malgré les thèmes abordés (sport, passion, écologie, engagement…). Il questionne malgré tout ce que les adolescents traversent : quels sont les objectifs de vie vers lesquels je tends et comment vais-je agir sur ce monde auquel j’appartiens ?

Lilou : J’ai beaucoup aimé les thématiques abordées, premièrement parce qu’elles sont d’actualité (le combat écologie contre développement de l’urbanisation, mais aussi l’adolescence, l’avenir, la remise en question de soi-même…) mais parce qu’elles concernent ou ont concerné tout le monde. Quant au personnage, je l’ai trouvé intéressant, même si parfois agaçant avec sa manie de jongler entre deux filles.

 

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Le joli dessin d’Anna.

Emmanuel : « La guérilla jardinière, c’est joindre l’utile à l’agréable. C’est un beau combat. Le frisson de l’interdit et la certitude de bien faire. Sacré cocktail. » Je commence mon aventure des premières 68 par une excellente surprise. Un livre sur la révolution écologique ça ne peut que me plaire. Dès les premières pages, Joris m’entraîne dans son périple émotionnel et son aventure biologique. D’ailleurs c’est le terme adéquat pour ce livre, un roman BIOLOGIQUE, dans tous les sens du terme. Et c’est finalement là que ce livre m’a surpris, j’ai  été captivé par les histoires de cœur de Joris, va t’il déclarer sa flamme ? Va t’il se rendre compte quelle fille est faite pour lui ? Bref j’ai passé un très bon moment, des fleurs, de l’amour, cocktail explosif. Mon côté La petite maison dans la prairie certainement.

Sylvie : Pas trop tentée par le sujet au départ je me suis finalement bien installée dans l’histoire, une lecture fluide même si ce n’est pas un coup de cœur.

Émilie : Un bon roman d’actualité où la moindre parcelle libre est exploitée en zone commerciale ou en lotissement.  À travers cet adolescent et ses tourments d’avenir et d’amour, on découvre un combat pour protéger les petits centre-ville des grandes chaines commerciales. Chronique complète sur le blog La cabane de mes livres

 

Mes premières 68 : Paroles d’auteure et de lecteurs – Hélène Duvar, Mon Eden

Pendant que les jeunes lisent et que les premiers retours arrivent, l’équipe de Mes premières 68 a décidé de passer les auteurs à la question, histoire de faire un peu mieux connaissance. Et forcément, ça tourne autour des premières fois…

C’est Hélène Duvar qui inaugure ce rendez-vous. Son premier roman, Mon Eden, paru aux éditions du Muscadier, figure dans notre sélection 13 ans et plus. Il aborde le difficile sujet du suicide adolescent à travers un texte fort à deux voix.

Helene Duvar Photo Mon Eden

Hélène Duvar, auteure de Mon Eden.

Hélène, raconte-nous…

La première fois que tu as eu envie d’écrire une histoire ? Je raconte des histoires depuis toute petite alors je ne me souviens pas de la première. Mais j’ai commencé très tôt le dessin et suite à cela je racontais des histoires sous forme de bande dessinée. Ensuite je suis passée à des histoires courtes et puis des romans vers l’âge de 10 ans. J’écrivais dans tous les genres mais je préférais les histoires réalistes, avec du suspense.

Le premier personnage que tu as inventé ? Dans mes premiers personnages de BD, il y avait les deux copines Anne et Sophie qui vivaient des aventures façon Martine à la plage. Il y avait aussi Mikiki, une souris qui cherchait à sauver le monde. Et à 11 ans un roman avec des filles ordinaires qui découvraient qu’elles avaient de super pouvoirs ou qui devenaient des agents secrets.

La première fois que tu as eu ton livre en mains ? Très étrange sensation. J’avais déjà vu la couverture mais le fait de l’avoir pour de vrai, de tourner les pages et de lire ses propres mots… on ne réalise pas que c’est soi. En même temps, on est satisfait parce que c’est le résultat d’un long travail. Enfin !

La première fois que tu as rencontré tes lecteurs et lectrices (si ton roman a déjà eu l’occasion de partir à leur rencontre) ? Les premiers retours d’amis ont été touchants, je ne pensais pas que le roman plairait autant vu son thème très grave. La première critique sur Internet (très positive !) m’a émue également. J’ai fait un premier salon du livre et une première rencontre littéraire ou j’ai pu discuter avec des inconnus qui ont été intéressés par mon livre. Là encore, surprise. Je craignais que le thème du roman ne rebute les lecteurs. J’espère qu’il y aura de nombreuses autres rencontres avec des lecteurs, ceux de Mes premières 68 notamment ! J’ai d’ailleurs une séance de dédicaces prévue chez Cultura au Mans le samedi 21 mars.

Un souvenir de première fois en littérature (jeunesse ou non) ? Je vais parler de trois auteurs : en littérature jeunesse, Jean-Philippe Blondel et ses romans avec des ados aux fortes personnalités, Anne-Laure Bondoux et Les Larmes de l’assassin, roman magnifiquement écrit. La plume de l’auteure m’a bouleversée, si subtile et symbolique. Et un roman assez choquant qui a marqué un tournant, Bubble gum de Lolita Pille (auteure de Hell). La violence, le cynisme des personnages, et ce style percutant dans lequel on sent la souffrance… Très intense. J’ai lu beaucoup de romans sur des thèmes graves quand j’étais ado : handicap, maladie, maltraitance. Qui ne sont pas pour autant tristes mais qui donnent au contraire une formidable leçon de vie !

Qu’as-tu envie de dire aux lecteurs et lectrices de Mes premières 68 qui tiennent ton livre en mains pour la première fois ? J’ai envie de leur dire, bonne lecture, déjà ! Que c’est le résultat d’un long travail. Que c’est un livre avec un message de prévention important qu’il faut diffuser pour aider les ados/parents. Que peu importe qu’il leur plaise ou pas, j’espère qu’il les marquera. Le but d’une histoire est de laisser des traces, pas forcément de plaire. Et que quel que soit leur avis, je serais ravie qu’ils me fassent un retour, ce qu’ils ont aimé et moins aimé pour me permettre de m’améliorer pour mes prochains romans, et qu’ils partagent sur leur blog ou les réseaux sociaux. D’ailleurs si c’est possible, je laisse mon email d’auteure ici s’ils veulent me contacter directement : duvar.he@gmail.com

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 Découvrons à présent ce que pensent les premiers lecteurs et lectrices d’Eden :

Marion : « C’est mon premier roman de la session… et bien on commence fort !
J’ai trouvé cette lecture vraiment percutante. Je l’ai lu en une fois, impossible de le lâcher. J’ai aimé l’écriture, fluide, brute. Elle reflète vraiment la réalité et la brutalité de cette situation. C’est un livre fort, brutal, on prend une claque. Et ce roman est totalement d’actualité. Il doit être lu, vraiment. »

Sylvie : « Pour le moment mon préféré. L’histoire tragique, sujet difficile. Le petit bémol : les textes insérés cela fait beaucoup car on a également les pages du journal intime. Une histoire qui est poignante, un sujet malheureusement difficile mais une belle lecture. J’ai vraiment aimé. »

Isabelle :  « Comment survivre à la disparition de sa moitié ? Un roman qui illustre parfaitement la collection dans laquelle il est paru, un difficile chemin pour accepter le deuil d’une jumelle… (…) La culpabilité, la vie de « ceux qui restent », l’enquête pour comprendre, l’aide indispensable des autres opposée à la nécessité de se reconstruire seul…. le cheminement d’Erwan après le drame est prenant. La thématique du harcèlement est ainsi révélée, aussi implacable que dramatique, dans la période adolescente aussi fragile que fulgurante. »

Chronique complète sur le blog Petites Madeleines : http://www.petitesmadeleines.fr/archive/2020/02/03/mon-eden-helene-duvar-6210061.html

Claire : « J’ai adoré le livre. Je trouve que l’auteure a bien construit son roman. C’est Erwan qui raconte l’histoire, cela alterne entre ce que vit Erwan et la lecture du journal d’Eden sa sœur, et les textes Internet qui donnent des informations sur le deuil. On voit les différentes phases par lesquelles passe Erwan ».