Session d’hiver 2020 : et si on prenait le temps ?

Oui, si on prenait le temps ?

Plus de 600 romans lus en cinq ans pour proposer deux sélections annuelles. Un rythme dense, intense, pour solliciter les éditeurs, relancer, lire, échanger, inscrire, suivre, préparer les colis (coller des timbres, écrire des mots à chacun), organiser le volet prison, puis gérer la logistique et le suivi des envois, les chroniques, les relais sur le blog et les  réseaux… avoir envie de nouveau, batailler parfois pour vous proposer des titres.

Mais une certitude nous a toujours portées, l’envie de continuer en portant encore plus haut l’essence même des 68 premières fois : la curiosité, la transmission et le partage.

 

Nous n’avons pas pu lire tous les romans à paraître en 2020, trop peu d’exemplaires reçus à ce jour. Or sans les éditeurs rien n’est possible et l’enthousiasme s’essouffle.

Une parfaite occasion de prendre du temps.  Celui de fêter nos 5 ans avec nos auteurs fétiches, ceux que l’on suit depuis leurs premiers romans et qui ont franchi avec nous le cap du deuxième roman.

Il y aura bien une sélection en cette rentrée mais elle sera un poil décalée avec un petit goût de vintage.

Comme les auteurs sont aussi des lecteurs, nous avons demandé à treize d’entre eux, membres de la famille des 68 de prendre une part active à son élaboration en choisissant, parmi les textes qui les ont marqués ou ceux d’auteurs qu’ils aiment particulièrement, celui qu’ils ont envie de faire découvrir aux lecteurs.

Une seule condition : qu’il s’agisse d’un premier ou d’un deuxième roman, français ou étranger, classique ou fraîchement sorti. Ils ont accepté de jouer le jeu, pour notre plus grand bonheur.

Aussi, dans les prochains jours, vous découvrirez les choix de Jérôme Chantreau, Odile d’Oultremont, Stéphanie Dupays, Julie Estève, Emmanuelle Grangé, Stéphanie Kalfon, Caroline Laurent, Anaïs LLobet, Pascal Manoukian, Gilles Marchand, Gaëlle Pingault, Sébastien Spitzer et Gabrielle Tuloup.

Et parce que nous n’en oublions pas pour autant l’actualité, vous y trouverez aussi quelques deuxièmes romans publiés en cette rentrée hivernale, lus et approuvés par notre équipe.

On n’attend plus que vous pour faire la fête.

Si vous avez envie de découvrir cette “édition spéciale”, dépêchez-vous ! Nous n’ouvrons que 50 places.

 

Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un mail à eglantine.68premieresfois@gmail.com afin de recevoir la charte et le bulletin d’adhésion à l’association le cas échéant.

Vous verrez, les règles du jeu sont simples :

  • s’engager à lire en priorité les livres reçus afin de garantir la fluidité des voyages,
  • s’engager à chroniquer les livres lus via les outils de votre choix (blog, réseaux sociaux, sites communautaires…),
  • être toujours de bonne humeur et bien sûr être à jour de sa cotisation annuelle à l’association

Petit rappel : vous lisez à votre rythme, aucune obligation de lire toute la sélection (en moyenne une quinzaine de livres). Cependant, pour permettre une lecture par le plus grand nombre, nous vous demanderons de ne pas immobiliser un livre plus de quinze jours. Pas de pression, mais uniquement le plaisir de découvrir de nouveaux auteurs et de pouvoir échanger avec les autres lecteurs engagés dans l’aventure.

Alors ? Vous venez ? Vous avez jusqu’au 31 janvier 2020 pour vous décider...

Nous confirmerons à chacun son inscription par mail le 5 février et la validerons au plus tard le 15 février après réception des cotisations. Les premiers envois de livres auront lieu début mars et ils circuleront jusqu’à mi-juillet.

Ensemble, c’est tout.

Ils ont bravé les éléments, snobé les passages aléatoires des bus et les annulations de trains. Ils ont traversé la France, parfois la Manche et même volé depuis l’océan indien. Ils ont marché, ramé, roulé. Certains ont même crevé. Ils sont arrivés avec le sourire, une faim de loup et une grosse envie. De quoi ? De chaleur, de passion, de ces liens qui se tissent un peu plus chaque année autour de ce qui nous rassemble tous : la littérature. Oubliés les inquiétudes, le stress de l’organisation, les messages désolés et tristes des empêchés pour de bon… Nous étions vendredi 13 et seul le bonheur avait droit de cité dans les magnifiques locaux de la SGDL qui nous accueillait pour la troisième année consécutive.

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Une quinzaine d’auteurs de la sélection 2019 nous ont fait le plaisir de se livrer au petit jeu de questions / réponses destiné à les connaitre un peu mieux de façon ludique, face à un public ayant déjà pour une grande part lu leurs ouvrages. Avec nous également quelques auteurs « chouchous » comme on aime à les appeler, simplement parce que l’on se suit mutuellement depuis le début. On grandit ensemble en quelque sorte.

Nous avions également à cœur de mettre à l’honneur les actions des 68 premières fois dans les maisons d’arrêt du Mans, de Strasbourg et de Nancy : Pascal Manoukian, Caroline Laurent, Gilles Marchand et Sebastien Spitzer font partie des auteurs qui ont participé à des rencontres avec les détenus et sont venus en parler avec justesse et un peu d’émotion lors d’une mini-table ronde. Rejoints à distance par Odile d’Oultremont et Jean-Baptiste Andrea dont Charlotte s’est fait le porte-voix en lisant leurs textes rédigés tout spécialement. Enfin, l’occasion d’annoncer que l’exploration de nouveaux terrains, vocation affirmée depuis la création de l’aventure va se poursuivre avec une action dans un CFA de Strasbourg à la rentrée prochaine.

Mais très vite, la fête a repris ses droits, et les rencontres se sont faites informelles, autour d’un verre ou d’un livre à signer…

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Les auteurs : Alexandra Alévêque, Géraldine Jeffroy, Stéphanie Dupays, Olivier Dorchamps, Victor Jestin, Abel Quentin, Stéphanie Kalfon, Constance Rivière, David Zuckerman, Gabrielle Tuloup, Sébastien Spitzer, Lola Nicolle, Hélène Jousse, Caroline Caugant, Caroline Laurent, François Pieretti, Gilles Marchand, Pascal Manoukian et, Edith de Cornulier Secrétaire générale de la SGDL

On a beaucoup pensé aux absents (qui ont pu suivre une partie de la soirée en Facebook Live grâce à la réactivité de Benoît), trinqué à leur santé et l’avenir des 68 premières fois qui sera notamment marqué par les lancement en janvier de « Mes premières 68 », deux sélections de littérature jeunesse à destination des 9-12 ans et des 13 ans et plus, une nouvelle aventure animée par une équipe dédiée et pleine de passion. Nous y reviendrons, ainsi que sur la suite et les perspectives pour 2020.

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Un grand merci à tous les lecteurs qui contribuent, par leur enthousiasme, leur curiosité sans faille, leur assiduité à faire vivre et durer cette belle aventure. Un grand merci aux auteurs, sans lesquels nous ne sommes rien. Un grand merci aux éditeurs qui jouent le jeu chaque année. Vos sourires, sur les lèvres et dans les yeux sont les meilleurs des encouragements.

Bonnes fêtes à tous et à très vite !

 

Dénouement – Aurélia Foglia

“ Les escaliers sonnent sous ses talons, l’entrée sent les fleurs qui cuvent, le couloir est de marbre, elle court, prise de culpabilité. Les meubles sont là mais les autres ? “

Denouement

Une vie de couple, une vie qui s’éteint dans le pathétique du quotidien qui échappe, s’enlise, mince fil qui relie. Une femme dans le brouillard, dans le dénuement du rien, de ce moment où tout s’échappe, s’étiole, est bancal, cherche un nouveau souffle, une autre vie, un autre possible à vivre. Le dénouement dans le dénuement. Trouver l’issue de secours, tenter de reconstruire une vie quand tout s’extrait de soi : la femme, la mère, la fille, l’amante, la maîtresse, soi. Se débattre. Séparer l’ivraie de l’ivresse, de tout ce qui bloquait, empêcher de respirer, d’être. Retrouver l’essentiel, l’essence vitale. Est-ce possible ?
Dans une langue contemporaine, rapide, précise, concise, à la limite d’une certaine « violence imagée », d’une noirceur dépressive, de lignes de fuite et d’horizon qui s’amenuisent, deviennent floues, Aurélie Foglia nous amène à la recherche d’un soi, à nous poser des questions sur ce nous, ce Elle qu’elle ne prénomme pas ou peu, lorsque le couple n’est plus rien et que rester ne sert à rien, malgré l’enfant, malgré la vie, malgré les schémas dans lesquels on se bat, se reproduisent inlassablement.
Pas d’état d’âme ou de ton larmoyant. Une forme de non-émotion, d’usurpation, de vol. La mise à sec d’une réalité, la livraison brute de ce on qui n’est plus, du détachement de la vie quand tout s’éloigne, meurt, se délie. Des phrases sèches et grasses comme des couteaux qui étalent grossièrement la peinture défraîchie. Une poésie comme un appel d’air qui entre par bourrasque, fraie dans la lueur d’un dénouement, d’un silence qui s’use et devient une possible vie, avec ou sans colère, abattement raisonnement. L’effacement avant le réveil d’un être vivant. Dénouement.
« Il n’y a pas d’organe plus caché que le cœur. » – Sabine Faulmeyer
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C’est l’histoire d’une usure, d’un désespoir, de la vulnérabilité, de la honte.
Voici venu le moment de la grande résolution : partir.
Dolorès est une épouse, une mère, une prof de math qui s’accommodait du rapport confortable dans sa vie aux objets, à sa famille tel le robot ménager fiable, silencieux.
Elle se décompose, elle s’effondre de l’intérieur.
Elle même devenue la chose de son mari, elle s’écroule. Transparaît ainsi sa fragilité.
Deux axes dans ce livre sont intéressants.
Tout d’abord, les personnages : ils sont tous abominables, monstrueux.
Sa mère, être égoïste et insensible, le vieil ami, mi fermier mi rentier qui donne un sens à la vie via le chagrin et le renoncement, son fils, David, petite boule de refus destructrice et cruelle, la banquière « philosophe », l’avocate, acide, grossière, brutale. Enfin, Christophe, son mari riche, protecteur, pervers qui la réduit à l’état de loque, de dépendance. Il fait de Dolores une moins que rien.
Elle va avoir la force de combattre cet état de soumission pour replonger à nouveau… tel est le dénouement de chacune de ses histoires : la rupture.
Le second axe qui peut être relevé dans ce roman c’est la place que réserve Dolores aux objets et le parallèle qu’elle en fait avec sa déliquescence.
Malgré ces deux entrées, les répétitions, les longueurs peuvent agacer.
Ce roman ne m’a pas déplu mais je n’en ferai pas mon coup de cœur de la semaine ;). – Alexandra Lahcène
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Dolorès quitte son mari et affronte seule les fins de mois difficiles, et l’indifférence de son fils qui lui préfère son père et lui dit, avec la brutalité et l’égoïsme de l’enfance, qu’il ne l’aime pas. Elle finit par s’inscrire sur un site de rencontre et se met à fréquenter Jean. Qui va la quitter à son tour.

Quitter ou être quitté. Aimer, puis ne plus aimer, parce qu’on est trop différents, parce que la vie à deux relève parfois d’une alchimie qui se ne fait pas. Dolorès s’interroge, souffre, déprime, et se montre parfois d’une intransigeance aussi forte que celle de ses partenaires. Elle est enfermée dans un processus de répétition dont elle ne sort d’autant moins qu’elle semble assez passive, se maintenant dans une position de victime qui l’empêche de se remettre en question. Difficile, à mon avis, d’avoir beaucoup de sympathie pour ce personnage, ainsi que pour les autres, qui sont tous assez monstrueux à leur façon. A commencer par le père, une espèce de brute mal dégrossie, un peu pervers, et le fils, dont la cruauté m’a semblé peu vraisemblable. Sans parler du deuxième compagnon, encore plus brut de décoffrage que le premier. Par ailleurs les choix de l’auteur, avec un point de vue unique, celui de Dolorès, une narration chronologique au présent, l’omniprésence des objets personnifiés, qui devient à la longue assez pesante, donnent au récit un aspect longuet et répétitif auquel je n’ai pas adhéré. – Emmanuelle Bastien

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Dolores quitte son mari volage en lui laissant son fils David , petit despote hyperactif . Cette vie lui pèse , l’abandonner aggrave sa dépression . Elle trouvera refuge auprès de Jean , il finira par se lasser .
Roman sur la complexité de vivre, l’insatisfaction, les ambivalences et les contradictions. Pourquoi toujours vouloir reproduire ce que l’on a fuit ?
Texte plutôt juste , mais pas incontournable voire agaçant … – Anne-Claire Guisard
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« Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté ». Alain, Propos sur le bonheur

« Et si elle n’en veut pas, de la liberté ? Elle ne pense qu’à s’en débarrasser de sa liberté, cette seconde virginité malvenue de la solitude. »

Elle, c’est Dolorès. La douleur, c’est elle. Alors, quand elle se peint ainsi,

« Elle qui est si bien lunée. S’émerveillant, d’aussi loin qu’elle se souvienne, d’une branche qui bouge, d’une nuance dans un nuage, toujours d’accord et de bonne humeur, au point que cette joie sans raison fait d’elle un être presque inadapté au réel, à sa jungle, à ses logiques sombres et rapaces. »

 pitié, ne vous faites pas avoir, c’est un faux !

Dans ce roman, tout n’est qu’absence d’horizon et de perspectives, tout est d’une grisaille éteinte et désolante.

Enseignante de mathématiques en collège, Dolorès quitte Christophe, son mari volage, abandonne derrière elle le confort d’une maison et son fils, David, un gamin odieux qui, la plupart du temps, la laisse vaincue :

« Cet enfant n’a jamais fait corps avec elle, même quand elle le portait, un inconnu qu’elle découvre toujours avec une sorte de crainte. »

Dénouement raconte, quoi de plus banal, la séparation d’un couple. Le désarroi et la dépression post-divorce qui menacent Dolorès d’effondrement sont transcrits dans une langue moderne faite de phrases hachées, déconstruites pour dire sa souffrance, son impossibilité d’être à ce qui l’entoure, la perte de ses repères :

« Un restaurant sert non pas à manger mais à se retrouver face à face et patienter, c’est-à-dire parler, n’avoir rien d’autre à faire que se. »

Le texte est saturé – gangréné serait plus juste – de termes négatifs, dépréciatifs : le climat y est menaçantimpossibledifficilemonotone ; elle y est craintiveabîmée ; les gens y sont frileux ; les meubles, sombres, les photos, surexposées ; tout n’est que malentenduécroulementfissures ; les objets sont casséséchoués. La syntaxe, quant à elle, suinte de phrases aux formes au pire négative au mieux restrictive, c’est dire !

« Ils n’étaient pas. Pas spécialement séduisants. Pas jeunes pas riches rien. Ne crois pas. C’était pas moi qui choisissais. Je. Prenais ce qui se présentait. »

Dénouement, écrit du seul point de vue de Dolorès, pâtit des choix narratifs opérés. Cette monotonie univoque, même si elle sert le propos, m’a anéantie dans ce flot que Dolorès « débite à toute vitesse sans y mettre d’intonation » et où peu de clichés m’auront été épargnés.

Alors quand soudain, là, vers le milieu du livre, je tombe enfin sur ce que je n’attendais plus,

« Elle, Dolorès, se lance. Il est grand temps. Parce qu’à présent de tout son être abîmé il y a quelque chose dont elle veut se saisir, c’est la vie. »

 l’incurable optimiste que je suis veut y croire. Je me dis que la lectrice en moi va pouvoir aller l’avant, s’extirper de ce marasme, de cet horizon bouché, indépassable et sans issue. Le moment est venu de rompre avec le passé, pour elle, avec les 146 pages précédentes, pour moi et, pour nous deux, de jeter un dernier coup d’œil dans le rétroviseur avant de prendre un nouveau départ.

J’en serai pour mes frais. C’est accablant ! Alors, quand se noircissent les dernières lignes, je suis soulagée de pouvoir unir ma voix à celle de Jean, amant de passage trouvé sur Internet :

« Je ne peux plus. Je te jure. Peux plus. À bout. On s’était juré de ne pas s’installer dans le mensonge tu te souviens ? Je pars à l’étranger. J’ai quelqu’un. »

Je pars. J’ai une autre lecture.  – Christine Casempoure

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Il faut être plutôt en forme et optimiste lorsqu’on attaque Dénouement, qui est une apologie du verre à moitié vide, incarné par une jeune femme sur qui le destin s’acharne obstinément : son couple bat de l’aile, son enfant la rejette c’est d’ailleurs un petit monstre insupportable, son travail ne la passionne pas et l’angoisse et la relation avec ses parents la conforte dans son sentiment d’imposture. La séparation est inéluctable, avec perte et fracas, le macho qui est son ex, entend bien tout gagner dans l’histoire. L’attitude de l’enfant, la confronte à ses propres faiblesses qu’elle vie comme autant d’échecs dont elle s’attribue tous les torts. Quelle soit femme, mère ou enfant, Dolorès porte bien son prénom.
Une petit lueur d’espoir apparaît lorsqu’elle essaie de se reconstruire, après un épisode de dépression sévère : Internet est un portail facile mais peu fiable. La rencontre et la relation qui se met en place avec Jean semble vouée dès le départ à l’échec.
Belle écriture avec le sens de la formule, mais un tantinet désespérant tout de même. La pathologie dont souffre cette jeune femme appose un filtre grisâtre sur le scénario de sa vie, et une petite thérapie semblerait hautement nécessaire, sans laquelle le schéma d’ensemble risque fort de se répéter sans relâche
Histoire malheureusement banale d’une dépression ordinaire, avec une vraie qualité d’écriture. – Chantal Yvenou
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Dolorès, c’est la dépression latente. Elle n’en peut plus d’être coincée dans son beau pavillon de banlieue, entre les horaires de l’école et le ménage, entre son fils David, enfant hyperactif qui se conduit comme un véritable despote auprès d’elle, et un mari qui la trompe, sans même s’en cacher vraiment !
Elle décide enfin de fuir ce foyer, elle préfère se retrouver seule, abandonner ce fils qu’elle ne comprend pas et qui ne l’aime pas, le mari, le pavillon qu’elle a décoré elle-même, elle laisse tout, ne demandera rien au moment du divorce. Elle embarque quelques effets personnels pour revenir chez ses parents, mais là, la relation entre eux n’est pas au top non plus. Elle finit par s’installer dans un studio, elle ne peut pas se permettre de prendre plus grand, son salaire de prof à mi-temps n’est pas suffisant. Il y a bien cette rencontre, Jean, une aventure trouvée sur un site de rencontre, qu’elle espère durable, mais qui finalement se révélera décevante, pas fait pour elle ! Jean finira par ressembler fortement à celui qu’elle vient de quitter. Elle finira par se lasser de Jean aussi, pour partir à l’étranger, mettre de la distance entre sa famille et elle !!
Laissera-t-elle sa dépression derrière elle ?!
Il vaut mieux commencer ce livre pleine d’optimisme face à la vie !! Sinon, on est sûr d’arriver à la fin de l’histoire, un tantinet dépressive ! – Brigitte Cheminant

Le détachement – Jérémy Sebbane

On grandira plus tard.

Le detachement

J’ai lu ce roman très rapidement, me laissant happer par les vies de Juliette et Maxime et j’ai trouvé l’approche originale.

Juliette rêve littéralement sa vie. Elle ne fait rien, ne travaille pas et attend « que la vie soit plus clémente ». Comme cela n’arrive jamais, elle rêve et y croit si fort qu’elle présentent ces rêves comme la réalité aux autres, principalement à son meilleur Maxime. Celui-ci n’est pas dupe, mais la laisse faire. Cela le distrait, sa vie à lui n’est pas simple. Juif, il voudrait faire plaisir à ses parents, épouser une fille juive et fonder une famille. Seulement, il préfère les garçons et a très peur de l’amour et de souffrir. Il travaille dans le monde de la politique, écrit les discours des ministres, mais est bien trop tendre pour ce monde-là et ne se sent pas heureux.

C’est une histoire assez simple finalement que propose Jérémy Sabbane mais qui fonctionne. Un portrait d’une génération désabusée, qui ne croit plus en la politique française (l’histoire se déroule sous le quinquennat de Hollande), qui s’abrutit dans des fêtes mondaines, qui préfère rêver sa vie plutôt que d’affronter la réalité. Et puis il y a une jolie réflexion sur que faire quand on entre pas de moule ? Que faire de notre différence ? La subir, l’assumer, la gommer, la nier ?
J’ai également trouvé intéressant de découvrir le monde des ministères de l’intérieur. L’auteur s’y connaît puisqu’il a lui-même été la plume de personnages politiques, dont Manuel Valls, avant de se lancer dans l’écriture.

« Pour ne plus avoir peur du passé, nous l’avions corrigé et pour ne pas craindre l’avenir, nous avions décidé de l’inventer« .
Une jolie découverte. – Marie-Anne Pittala
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Une grande surprise qu’a été ce roman pour moi.
Je ne m’attendais pas du tout à ce type d’histoire mais j’ai adoré.
Les personnages sont très bien décrits et on y croit. Le tout est vraiment agréable à lire. Le style est simple.
Les thèmes abordés au fil du livre sont d’actualité : la politique, la sexualité, l’érotomanie, le théâtre, les attentats.
Je suis subjuguée par l’audace de cet auteur de réunir tous ces sujets dans une même histoire, et ça tient la route !
La chute de l’histoire est terrible et on ne s’y attend pas du tout.
Il s’agit là d’une lecture troublante, névrotique… – Emilie Troussier
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Ça commençait plutôt bien : une héroïne mytho, et fière de l’être (ou tout au moins prompte à minimiser l’importance et l’impact de ses déformations de la vérité), un interlocuteur qui tel un poisson rouge au milieu d’un banc de requin, tente de se frayer un chemin dans les hautes sphères gouvernementales (alors qu’il n’a pas fait l’ENA!), dont l’instabilité n’a d’égale que la mouvance avec laquelle il recherche un compagnon. Ces deux-là étant fort sympathiques, on chemine volontiers avec eux en compatissant aux aléas de leur destin.
Et puis un mensonge, une ré-interprétation des faits, vient casser la fantaisie. La mythomanie devient érotomanie. Plus qu’un défaut attendrissant, cela devient une pathologie. Et tout l’art de l’auteur est de nous balader sas que l’on sache tout de suite où est la vérité.
C’est sur un drame, collectif et individuel que s’achève le récit. Et là on a plus envie de pleurer que de rire.
L’auteur sait manier la langue et manipuler son lecteur.
N’y a t-il pas cependant un trop grand contraste entre l’entrée en matière, légère et drôle et cette fin autrement grave? J’avoue avoir mis un peu de temps à comprendre l’évolution du discours, qui sur le moment m’a paru incohérent. Il aura fallu quelques jours de décantation pour que tout prenne sens.
J’en garderai un bon souvenir. – Chantal Yvenou
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Le roman est centré sur Juliette et Maxime, deux amis très proches, fusionnels, depuis l’enfance confidents l’un de l’autre de leurs amours déçus et de leurs rêves. Ils ont trente ans.
Maxime aime écrire, il erre entre la jungle du pouvoir, où il exerce la fonction de plume d’un politicien, et le marécage de la littérature et des acteurs, où il voudrait percer. Sa vie amoureuse est compliquée car il n’assume pas son homosexualité.
Juliette ne vit que par et pour l’amour d’un homme à peine rencontré et déjà mort.
Deux personnages à l’esprit imaginatif, deux âmes en errance qui peinent à trouver une existence dans la brutalité du monde réel, deux êtres immatures.
Où est le vrai, où est le faux, il faudra lire tout le livre pour le comprendre, en suivant le récit de l’un et de l’autre.
L’histoire du roman est donc intéressante, malheureusement j’ai trouvé factice la manière de la raconter. A aucun moment, je ne me suis attachée aux personnages, ils me semblaient artificiels. Ils parlent beaucoup, dans un style d’écriture très plat, un mélange de langue orale et écrite. L’identité sexuelle est au cœur du roman mais il y a très peu de sexualité. On frôle aussi la folie, sans que l’auteur ose y plonger complètement.
Je n’ai pas aimé la référence aux attentats parisiens, même si je suppose qu’ils ont été introduits en tant qu’élément de contexte de l’époque.
A mes yeux, le roman n’est pas abouti, peut-être que le sujet était un peu trop ambitieux. Ou trop vaste. – Adèle Binks
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Juliette et Maxime sont les meilleurs amis depuis l’enfance. Ils se connaissent par cœur. Maxime sait et compose donc avec la mythomanie de Juliette qui s’invente un monde auquel elle croit plus que tout.
Un soir, Juliette bascule un peu plus dans le fantasme de sa vie et Maxime refus de la suivre. Il se détache mais vit mal cette séparation.
Ils finiront donc pas se retrouver.
Difficile pour moi de mettre des mots sur cette histoire. Je pense avoir un ressenti très singulier quant à la chute de cette histoire qui prend un twist imprévisible à la toute fin.
Car pour moi, Maxime et Juliette ne font qu’un. Ils sont les deux faces d’une même personne.
Du moins c’est ma lecture et je ne pense pas être suivie pas beaucoup, j’aimerai pouvoir en discuter avec l’auteur.
Un moment plaisant en tout cas. – Emmanuelle Coutant
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Depuis toujours, Juliette aime raconter des histoires. Maxime, son seul confident, l’écoute et fait semblant de la croire. Bienveillant, il sait qu’elle a souffert. Mais tout bascule entre les deux amis lorsque Maxime, à qui Juliette a narré durant des semaines une relation passionnée avec un dénommé Raphaël, découvre que ce dernier est mort le soir de sa rencontre avec la jeune fille. Juliette qui refuse de vivre dans le réel préfère croire que tout le monde se ligue contre elle pour nier son histoire d’amour avec Raphaël. Elle devient une veuve imaginaire, s’invente la vie qu’elle aurait pu avoir avec le défunt et va à la rencontre des proches du jeune homme qui n’ont jamais entendu parler d’elle. Fatigué des mensonges de son amie, Maxime se détache d’elle. Et si la solution était d’inventer un autre monde moins décevant que celui dans lequel ils évoluent ?

Le détachement est un roman à deux voix qui met en scène une amitié inconditionnelle entre deux jeunes gens. Elle, mythomane, va se révéler érotomane au gré des pages. Lui, une plume, va accéder à son rêve, devenir conseiller politique et être confronté à la violence de ce milieu sans pitié pour le non-énarque qu’il est. Elle se rêve en veuve éplorée d’un homme disparu qui ne l’a jamais connue, lui se rêve auteur d’un comédien qu’il admire secrètement, se rêve amant d’un jeune homme alors même qu’il n’assume pas son homosexualité. L’un comme l’autre trouve refuge dans leur bulle, leur imaginaire, plutôt que d’affronter la réalité. Tous deux sont immatures, en ont parfaitement conscience et se disent qu’ils grandiront plus tard.

Je ne vais pas vous mentir, d’abord j’y ai cru. Puis très vite mon mental m’a déconnectée de la réalité. J’étais passionnée par l’histoire que Jérémy Sebbane me racontait, j’étais attachée à Juliette et Maxime au point de ne faire qu’une comme eux. Impossible de lâcher ce livre. Très vite j’étais déjà ailleurs, dans le cabinet d’une psy, d’un ministre… et puis subitement j’ai grandi. C’est donc complètement détachée que j’ai tourné la dernière page.

J’aurais aimé prolonger un peu la réalité, vous raconter des histoires… Bien que la plume de Jérémy Sebbane soit agréable, fluide, bien qu’il m’arrive parfois de tenter de rendre la vie plus jolie, bien que nous aurions pu nous aimer, je ne vais pas vous mentir, Le détachement ne m’a pas embarquée. – Fabienne Defosse

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« Depuis toujours, j’aime raconter des histoires. Pas mentir. Juste prolonger un peu la vérité. Tenter de rendre la vie plus jolie, plus supportable. (…) Le seul qui me comprend, c’est Maxime. Lui non plus, il n’aime pas le réel. Il le trouve décevant. »
Maxime et Juliette sont amis. Jeunes adultes, proches de la trentaine, évoluant comme ils peuvent dans notre monde qu’ils jugent, à raison ou non, là n’est pas tellement la question du roman, trop violent et contraignant. Maxime réussit malgré tout à s’inscrire socialement quand Juliette ne travaille pas, fuit les gens, un peu canard boiteux, à la marge. Les deux s’entretiennent et se soutiennent dans cette différence dont ils disent souffrir, cette sensibilité décalée qu’ils revendiquent aussi par moments.
L’auteur emploie le terme « adulescents » lors d’une soirée en début du roman. Il s’agit bien de cela, dans le refus de la réalité trop cruelle à affronter, ce ton toujours à la frontière de la moquerie, de l’insolence, de l’effronterie pour mettre à distance, et se complaire aussi parfois dans un déni protecteur. Prendre de haut le monde et ces autres si décevants pour ne surtout pas se remettre en cause, ne pas trop se bousculer même si l’un comme l’autre continuent de s’enfoncer dans la mièvre répétition de leurs peurs, lâchetés, empêchements et amours malheureux… Les arrangements respectifs et complices qui relient au début de Maxime et Juliette, vont au fur et à mesure les séparer car l’écart grossit et les manigances avec la Réalité des deux amis ne relèveront plus de la même mécanique consciente.
Étonnant le titre de ce roman quand tout tourne, selon moi, autour de l’attachement : le rêvé, espéré, naïf, exacerbé, obsessionnel, tordu, cruel, défensif, régressif, pulsionnel, fusionnel… .et j’en passe. Détachement en intitulé comme un appel, un nécessaire bouleversement à opérer pour s’équilibrer, s’ancrer à une place ? Se détacher des repères lesquels s’ils sont essentiels un temps, peuvent ne plus correspondre les années passant, les idéaux qu’il faut parfois revoir à la baisse, les ambitions à dégonfler pour se recentrer sur les élans plus humbles mais authentiques ? Le détachement dont je me peux m’empêcher d’entendre la tâche à faire disparaître, à blanchir, dissimuler quand sa noirceur créé trop d’embarras…
Je dois être honnête : j’ai eu du mal à adhérer à cette histoire, du mal à être touchée par les personnages et à être emportée par leur amitié. Les digressions permanentes pour servir leurs propos très auto-centrés sur la vie, propos souvent très en surface, refoulant systématiquement l’honnête introspection, survolant la vraie nature des problèmes au profit du rictus ou du souffle à provoquer avec un trait d’esprit, un humour grinçant, très parisien (microcosme affiché), m’ont un peu ennuyée. Les rôles secondaires restent ternes, dans une séduction facile, exagérément sûre d’elle, et ce narcisse décomplexé est vite irritant. La pudeur serait-elle en cause pour se protéger ? Je garde la question ouverte faute de l’avoir suffisamment ressentie à la lecture, au cours de laquelle j’aurais aimé plus de sincérité.
Il y aurait eu matière autour du mensonge et de la pathologie avérée de Juliette laquelle se convainc de vécus partagés, loin, loin d’un déni usuel, recours facile par le grand nombre. La tournure que prend le livre à cette révélation offre les meilleurs passages : Juliette est inquiétante et ses intrusions audacieuses, obstinées, dans l’existence d’une famille sont bien retranscrites. Les dialogues sonnent justes, le décor est campé et on sent monter la dangerosité de cette intrigante qui trouble jusqu’au lecteur, comme font vaciller ceux qui ne laissent aucune place au doute minimal, densité de la conviction fatale, claironnée, semble-t-il infaillible alors qu’irraisonnée, pierre angulaire d’une néo-réalité qui soutient toute la structure de la jeune femme.
Or nous revenons à Maxime et son épanchement ! Ce va et vient narratif entre les deux protagonistes essouffle selon moi le lecteur, comme un combat d’égos dont on se retrouve spectateur, encore et toujours eux… Quels étaient donc la trame et l’objet de ce roman ? Il aura bizarrement plus résonné en moi comme deux journaux intimes lesquels ne se répondent pas mais se montrent, noyant une intrigue pourtant bien écrite, rarement développée, laquelle monte en puissance dans un style fluide…en quelques pages abandonnée, au profit d’un égotisme un peu trop adolescent à mon goût.
La fin se voulait peut-être surprenante, inattendue. Le recours à un événement tragique devient prétexte à un drame inopiné et à un hommage à l’émotion un peu déplacée puisque rien ne rend honneur à Juliette, malgré l’intention annoncée. Juliette, une fois mise à nue, est presque cruellement délaissée dans la déception et le malaise décrits, sans autre élan ou main tendue sinon encore dans les non-dits d’une amitié de plus en plus factice. Ces derniers mots m’ont lestée d’une sensation désagréable : utilisation un brin facile des émotions nationales pour se faire valoir plus que pour mettre en lumière un autre ou un lien.
Le détachement est donc bien à l’œuvre…mais de quel attachement parlait-on et duquel fallait-il se défaire ? Bien sûr se devinent, entre les lignes défensives et complexées, les deux solitudes qui se raccrochent l’une à l’autre…. le délitement d’une affection vieille de la jeunesse partagée….or quel traitement en est-il fait ici ? Le détachement deviendrait posture ou étape simplement décrite ? Mes questions s’accumulent, preuves de ma grande perplexité. Avancer masqué, camoufler la tendresse derrière une ironie redondante, la tendresse dont on attrape au vol quelques échappées toujours rapidement recouvertes, balayées par les fumigènes de la dérision et de la fuite, tend à desservir l’histoire, à risquer de paraître futile et à créer de la distance avec le lecteur, à ne pas l’attacher en effet.
Cependant l’écriture de ce premier nous permet de découvrir un vrai talent pour le sens de la répartie, un ton incisif et sans doute un regard affuté et éclairé sur des univers impitoyables, regard dont j’aurais apprécié davantage l’observation poussée. – Karine Le Nagard
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Vivre sa vraie vie avec détachement, vivre ses rêves avec détachement. Maxime est un jeune homme, qui travaille dans le milieu politique, dont l’auteur apparemment connaît bien les coulisses. Désabusé sur la politique, sur les intrigues dans les cabinets ministériels, désabusé par sa vie personnelle (est il vraiment homosexuel, pourquoi être aussi déçu, désabusé, est ce l’air du temps de cette génération ??!!!). Juliette, son amie de toujours, vit dans ses rêves et y croit dur comme fer en ses aventures et entraîne les autres dans ses rêves, fantasmes. Des pages intéressantes sur l’air du temps, sur les trentenaires parisiens. Des pages touchantes sur la suite des attentats de Charlie et de novembre. Trois derniers chapitres avec un cruel retour à la réalité, de la vraie vie avec la soirée de novembre dans Paris et quand la violence anonyme fait prendre conscience de la réalité. Un petit bémol pour ce texte, par l’emploi de mots trop familiers (« maquer », « gerber », « nazes »), de la novlangue et quelques termes que je qualifierai vulgaires (« tu te fous de ma gueule », « tu pécho des gay.. »). L’auteur passe de Racine, Proust au langage familier, voire vulgaire. (découvert un terme « nithridatisé » = insensibilité, indifférence acquise par l’habitude, un mot qu j’ai découvert et grâce à mon dictionnaire préféré, j’ai découvert que c’était un terme proustien). Donc des bons moments mais aussi des moments qui m’ont sensiblement agacés.- Catherine Airaud
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Ce roman est écrit à deux voix. Il alterne lui (Maxime), elle (Juliette).
On suit nos deux héros dans leur vie de tous les jours. On vit leurs fantasmes, la difficulté de la vie réelle. Ce sont deux amis qui ne se quitte pratiquement pas et qui finiront par s’éloigner, puis ils se retrouveront.
Juliette se crée un monde imaginaire, ne cherche pas de travail et vit dans l’irréalité. Elle n’arrive pas à grandir.
Maxime, conseiller politique est déçu par son travail et ses amours.
Tous deux sont de grands enfants.
Ce roman mêle l’amour, l’amitié, la politique. Un livre agréable à lire. Le début est amusant et au fil du livre des sujets plus graves dont abordés jusqu’au dénouement final. – Hélène Grenier

Le corps d’après – Virginie Noar

C’est le début. L’absence de sensations. Les inquiétudes irrationnelles. La peur que, soudain, tout s’arrête. Alors, stupéfier les joies dans le sillon des lendemains incertains. Ne pas s’amouracher d’un tubercule en formation, c’est bien trop ridicule et puis, sait-on jamais, il pourrait. Mourir. Je me sens coupable. D’un bonheur qui ne vient pas. Je me sens coupable. Des larmes insensées alors que je devrais sourire. Et puis, ce matin-là, j’entends. Entre les quatre murs silencieux qui ne voient pas le désordre alentour, j’entends. Le balbutiement de son cœur.

Le corps d apres

Voilà un livre qui ne peut pas laisser indifférent, un livre qui bouscule et qui dérange.
Par la crudité des mots d’abord, par la remise en question du « que du bonheur » obligatoire après la naissance d’un enfant, par tout ce que l’auteure dit sur la sexualité . Toutes les idées reçues sont passées au laminoir dans une langue imagée et crue .
Virginie Noar ose tout .

Le Corps d’après, c’est celui de l’héroïne du livre, après l’accouchement du 1er enfant.
Je pense que beaucoup de femmes se reconnaîtront dans ce qu’elle dit du bouleversement que peut provoquer l’arrivée du premier bébé qui va faire d’elles la mère qu’elles ne sont pas encore : Le corps meurtri, dont elle se demande s’il redeviendra un jour comme avant (au début du livre, on est avec l’héroïne du roman, dans la salle de bain, juste après l’accouchement, dans le sang et la peur, une vraie scène primitive), la peur de ne pas savoir s’y prendre, la peur de ne pas arriver à être mère. Très fort aussi comme elle exprime sa panique devant ce bébé totalement dépendant d’elle, du pouvoir que cette dépendance lui donne sur lui, la peur de cette effrayante responsabilité aussi.
Tant il est vrai que la naissance de l’enfant signe la fin de l’insouciance.
Tout est dit aussi sans tabou de la perte de liberté qu’implique cette dépendance pour elle, et dans cet amour fou qu’elle sent monter en elle pour l’enfant.
Pour ne citer qu’un passage : sur la table de nuit, un petit comprimé blanc, blanc comme du lait . Si elle le prend, elle arrête la lactation, c’est le dilemme  » sein ou biberon  » qui se pose là de façon particulièrement imagée.
Ce livre est très riche, il aborde aussi le problème du bouleversement de la sexualité du couple après la naissance.
C’est un livre qui s’adresse à toutes les femmes – beaucoup je pense se reconnaîtront en elle – et aux hommes aussi .
Un livre aussi très personnel, la naissance de ce premier enfant fait revivre la petite fille qu’elle a été, et cette résurgence du passé nous permet de mieux comprendre encore les émotions que provoque la naissance de l’enfant.
En fait ce roman est celui d’un accouchement, oui , mais surtout celui de l’accouchement d’une femme à son vrai « moi « ,à ses désirs à elle, indépendamment de ce que la Société attend d’elle.
Juste une petite réserve personnelle, à la fin du livre, un passage que je trouve un peu exhibitionniste, je pense que le livre aurait gagné à être plus bref.
Peut-être aussi par moment un langage un peu trop sophistiqué …
mais ne boudons pas le plaisir d’être remué par ce premier roman qui, pour moi, est une réussite.
Une écriture très personnelle et beaucoup de culot, merci Virginie Noar. – Monique Poncet Montange

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Le corps d’après est le récit d’un enfantement, et d’une lutte. Contre les injonctions, le bonheur factice, le conformisme, les corps asservis. Au bout du chemin, pourtant, jaillit la vie. Celle qu’on s’invente pied à pied, coûte que coûte.

Un texte brut, cru sur la douleur d’être mère, femme, la peur, la dépossession de son corps par une société masculine remplie d’obligations et d’injonctions, sur la place de la femme dans cette société, la peur et la difficulté à inventer sa propre voie, à oser se faire confiance.

En parallèle à ce cheminement, la narratrice dont on ne connait pas le prénom livre des bribes de son enfance, une enfance difficile qui a conditionné la femme qu’elle est devenue, ainsi que sa sexualité.

Une écriture haletante, hachée, singulière, puissante, dérangeante pour un rapport au corps que j’ai personnellement trouvé surprenant…Des mots durs, brutaux, parfois même excessifs à mon goût et quelques (trop)rares moments de douceur …- Catherine Dufau

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Quel bel hommage à la Femme !

Je ne sais même pas par où commencer tellement ce roman-manifeste est dense. Surprenant aussi dans l’écriture, sa forme est originale.
J’ai pensé à un assemblage de mots (d’idées) qui rappelle le Slam . Ce fameux mouvement poétique très rythmé qui se passe aussi sur scène.
Déroutant aussi avec des bouts de mots, posés sur la ligne comme pour marquer l’importance de chaque item.

L’auteure travaille auprès de femmes et cela se ressent dans sa façon de les décrire, les sublimer surtout.
Moi-même en tant que maman, je n’ai pu que me remémorer ces instants où la vie prend forme dans notre utérus, où l’angoisse nous tenaille, mais aussi la peur, la joie, le doute. La similitude s’arrête là.
La narratrice (qui n’est pas nommée) est morcelée. Un peu comme dans un syndrome schizophrénique. Elle se définit avec plusieurs corps/fonctions (sexué, médical, transgénérationnelle vis à vis de sa mère…).
Cette narratrice est aussi en colère. Tout au long de sa vie, elle se rebelle.

Le ton est cru, sans filtres mais riche en émotions. Voire parfois trop, ça déborde. J’ai finalement eu peu d’empathie pour l’héroïne. Elle donne cette impression de parler au nom de toutes les femmes, cela donne donc une distance.

C’est presque un pamphlet, le féminisme qui parle à tous, surtout pour sortir de ses idées reçues.
Attention, le ton et intime et brusque, il faut savoir apprivoiser ce texte.
Sacré coup de poing – Catherine Quart Foisset

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La narratrice est une jeune femme à l’enfance compliquée. L’amour, le désir, la violence et les errances ont peuplé son adolescence. Aujourd’hui, l’idée de ce qui deviendra un enfant émerge avec le premier test de grossesse, premières émotions partagées avec le futur père… Mais ce qui importe n’est-il pas de savoir comment être mère, le devient-on, est-ce automatique, cet instinct maternel dont tout le monde nous bassine les oreilles, existe-t-il ? Et comment se déroule cette période hors du temps, d’un corps qui se transforme pour en abriter un autre, étranger et tellement proche.
Viennent alors les incertitudes, les angoisses, les questionnements, et si je ne savais pas, et comment va se transformer ce corps qui ne m’appartient presque plus. En parallèle, et en italique dans le roman, les souvenirs d’enfance, une enfance pas si facile ni si gaie que cela, à rechercher l’amour d’une mère.
Étonnant, violent, contestataire, Le corps d’après est un livre combat. Ce combat pour se réapproprier son corps, celui en mutation, qui en invente un autre, qui se dédouble, mais qui pendant des mois va appartenir aux obstétriciens qui l’auscultent, l’observent, le fouillent, le violentent contre ou malgré la volonté des femmes. Qui devra être conforme aux attentes d’une société moralisatrice et contraignante, parsemée d’interdits et d’obligations, et du côté du corps médical, de dictats et d’examens forcés, non expliqués, non acceptés mais fait comme si le consentement médical n’avait pas à être demandé.
Car comment lutter si l’on ne sait pas, si l’on n’ose pas, par méconnaissance souvent, par peur, par crainte de mal faire. La femme tente de protéger coûte que coûte cette intégrité qu’on lui refuse parfois, par habitude, lassitude, parce qu’on est le sachant. Face à ces violences gynécologiques qui semblent d’un autre temps, mais qui sont bien contemporaines, la narratrice ose dire non. Puis vient le temps de l’accouchement, ce plus beau jour de sa vie, qui se fait dans la douleur, l’incertitude, le silence et le mépris de ces sachant qui une fois encore n’expliquent pas, ne rassurent pas…
Donner la vie, une violence inconnue, inavouable, un bonheur aussi, celui de créer cet autre qui sort de soi… que l’on découvre peu à peu, auquel on doit s’attacher, mais aussi se détacher pour le laisser être lui. – Dominique Sudre
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Le corps d’après, d’après grossesse, d’après accouchement.

L’auteure zappe sur différentes périodes de sa vie, son accouchement, son enfance, sa période porno/internet, sa mère, ses rencontres, le père de son enfant…

Je ne sais que penser de ce livre. Le fait qu’elle parle au nom de toutes les femmes m’a gênée.

Même si son livre est puissant, aborde des problèmes concernant une grande majorité de femmes, j’aurais préféré qu’elle parle d’elle. On s’y serait reconnu ou pas.

C’est un livre qui pousse les femmes à se rebeller et c’est très bien, il y a des choses à changer dans le domaine gynécologique. Mais j’ai trouvé son livre très pessimiste. – Michèle Letellier

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Ce n’est pas un roman. C’est un témoignage, un manifeste, un cri déchirant, très personnel, dans lequel je me suis souvent reconnue. J’applaudis que Virginie Noar ait osé dire ce que j’avais enfoui au fond de ma mémoire en pensant avoir vécu quelque chose d’unique.
Elle relate ce qu’un accouchement peut avoir de tragique. Elle dénonce les diktats d’une médecine mécanique. Elle exprime bien entendu le désarroi (légitime) de l’accouchée débordée par les événements et qui au final devient une mère.
Ce n’est pas écrit à l’eau de rose. C’est poignant. Magnifique. Essentiel.
A mettre en parallèle avec les livres publiés par Martin Winckler. Ce médecin a écrit avec beaucoup de justesse sur ce sujet (et aussi sur le désarroi des médecins, et sur la fin de vie), notamment Le corps des femmes, chez P.O.L. et qui lui est un « vrai » roman. – Marie-Claire Poirier

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Forte et fragile, provocante et sensible la femme de ce livre se cherche, cherche à apprivoiser cette féminité tapie entre ses jambes ;

L’exposer, en jouir, la taire …être libre de la soumission consentie au désir, à l’homme, à l’enfant.

L’écriture est forte, hurlante parfois pour dire l’inacceptable subi, l’instrumentalisation des corps, la déshumanisation des soins, la machine et ses paramètres qui remplace l’homme et ses regards bienveillants.

L’auteure va au profond de l’intime, au cœur des ressentis doux ou violents pour dire le vrai, le vécu, le difficile, le pesant, le magique aussi, loin des clichés de la maman extatique son bébé dans les bras.

Une femme est tout cela : regardez-nous, écoutez-nous, aimez-nous si vous voulez mais surtout respectez nous …. – Christiane Arriudarré

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Un livre ambitieux par le thème et l’écriture, et qui navigue entre roman, témoignage et manifeste féministe.

Un livre que j’ai beaucoup aimé, bien que agaçant comme son héroïne, femme pleine de contradictions, de générosité, débordant de certitudes et d’hésitations.

Débordant, voilà le mot. Les émotions jaillissent à tout bout de page, l’héroïne est un être de passion, qui nous livre les bouillonnements à l’intérieur de son corps, de l’adolescence à la maternité.

Il s’agit d’une femme en construction, morcelée, une femme-caméléon, une femme qui ne connait pas les frontières de son corps. J’ai eu l’image d’une maison avec des portes battantes et des fenêtres entrebâillées, des volets qui claquent, des clés qui ouvrent et ferment des serrures.

Comment en est-elle arrivée là, l’auteure ne l’explicite pas, juste quelques références à sa mère. Quel parcours de vie peut mener à une telle incomplétude, voire schizophrénie ?

D’un chapitre à l’autre, avançant ou reculant dans le temps, j’ai découvert le corps pluriel de cette femme.

Il y a le corps sexué, le corps-plaisir, celui qui est ouvert à toutes et à tous, celui où tout est permis, y compris de jouer avec la douleur, corps parfois pathétique dans sa recherche de l’ivresse.

Le corps-objet médical, qui peine à s’entrebâiller, où les soignants entrent par effraction, avec lequel elle se sent impuissante, en colère, humiliée.

Le corps maternel, corps-girouette balloté, proie des  injonctions sociétales et des convictions intériorisées : la puissance physique du corps de la femme, capable de l’enfantement, capable de nourrir l’enfant.

Le corps-malade, outil pour se faire aimer de sa mère.

En quoi tous ces corps habités par la même femme sont-ils si différents ?

Oui, cette femme est complexe, comme tout être humain, et je peux me reconnaitre en elle, car qui n’a pas douté de son corps, que ce soit à l’adolescence (ou à la vieillesse), devant la maternité (ou la maladie), à propos de sa sexualité, féminine ou masculine. Toutes et tous nous traversons ces questionnements, en cela, ce livre pose des questions essentielles.

Là où ce livre m’est étranger, c’est quand l’héroïne généralise ses sentiments, ses opinions, à l’ensemble des femmes, quand elle dit « nous » au lieu de « je ».

Elle est persuadée s’être déconstruite par rapport à sa mère, à la société, et avoir accédé à la liberté d’être elle-même, mais je m’étonne qu’elle reste sujet de croyances comme l’instinct maternel  et qu’elle confonde autodétermination et individualisme.

Bref, j’ai beaucoup aimé ce livre ! – Dominique Aldeving

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Quel beau premier roman, hymne à la vie, l’envie, le désir. L’avant, l’après du couple, de la mère en devenir, de ce bébé en création devenu poupon glouton, indissociable de la mère créatrice, apeurée encore par ces premiers balbutiements, lents, à dupliquer pour y trouver un rythme naturel. Le corps d’après c’est tout ce qu’on ne dit pas sur l’enfantement à venir. C’est le désir fou, fort de deux amants devenus amoureux qui concrétisent un trois pour l’instant en stand by. Ce corps à corps flamme incandescente, ce désir indomptable, insoumis, libre. Ce sont ces injonctions médicales qui prennent le pas et imposent le dénuement de la femme objet. C’est la peur de devenir cette mère imparfaite et non née qui prendra chair et vie en même temps que l’enfant roi, lumière et guide. Et puis c’est cet après à reconstruire, du corps et du désir, du trois nouveau. Ce sont ces gestes à apprendre et cette fusion évidente à vivre. Et cette femme pleine, devenue autre, à accepter dans son désir complet. L’écriture est rapide,  hachée, belle et pleine, insoumise, imparfaite aussi parfois pour dire ces maladresses de mère détresse. Devenir mère n’est pas une évidence. Rester femme désirante non plus. C’est un indispensable à lire pour toutes celles et tous ceux qui croient à la liberté d’être et de devenir celle qu’on veut… « notre désobéissance est œuvre, notre insoumission nécessaire, notre corps le rempart d’une lutte obligée  » le fol amour qui dompte le corps, de jouissances absolues se transforme en cruautés nécessaires pour expulser l’amour, la vie. Et retrouver ce corps ardent, autrement. J’ai adoré, vous l’aurez compris. Lu dans le cadre des 68 premières  fois, merci les fées pour ces écrits libertaires et nécessaires, pour ces mots impacts. Quant à vous, Virginie Nvous avez donné aux femmes leur puissance méritée. – Alexandra Com

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Dans ce récit (pas toutafé un roman mais pas non plus un journal intime), la narratrice devient mère. Elle raconte son aventure, sa métamorphose et son enfantement, la sienne et celle de sa fille. Elle dit aussi la douloureuse expérience de naître, d’être et de vivre femme. « L’intolérable douleur de l’espèce. Femelle. » Elle dit les luttes menées et celles qui lui restent encore à vivre. Pas à pas, elle s’invente, se bat, avance et se révèle enfin. Cette narratrice est une femme qui nous ressemble un peu ou du moins, ses questionnements, ses errements, ses combats sont un peu les nôtres. Elle livre tout, sans ambages, dans une langue crue, libre. C’est le récit d’une transformation qui à la fois émeut, parfois dérange, toujours bouscule et questionne notre rapport au corps, à la sexualité, au plaisir, à la féminité, à la maternité, à la société (et à ses injonctions). C’est un premier roman que j’ai trouvé très fort, courageux. J’ai noté des tas de passages que j’ai épinglés tout partout chez moi. Des mots que je voudrais transmettre à ma fille, quand ce sera le temps de lui dire ce qu’est la féminité et comment vivre avec. Vraiment. Pleinement. S’y essayer du moins. Et d’en faire une force.
Ce récit est dédié : « Aux fillettes qu’on a prises pour des poupées en plastique qui ont fermé les yeux quand on les a couchées à terre et les ont rouverts quand elles se sont relevées ». Il se termine par ses mots : « Je sais nos corps comme une armée de petites filles en désordre, je sais nos corps valables. Indociles privilèges. Notre désobéissance est en œuvre. Notre insoumission nécessaire. Nos corps, le rempart d’une lutte obligée. » – Framboise Lavabo
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Hymne ou élégie à la féminité, à la maternité?
Ce récit, tant il est difficile d’y associer le mot roman, est une confession excrément intime de tout ce qui peut tourmenter l’esprit féminin, de la petite enfance, celle qui crée les les ancrages pour les souffrances futures jusqu’à l’âge adulte, lorsque la terrible étape de la maternité vient bouleverser encore ce qui semblait être établi sur des critères façonnés par l’entourage, la famille, la société.
Les questions sont ordinaires, et constituent le fond e commerce de toute une littérature censée comprendre et proposer des solutions, comme si elles existaient, ces solutions. Puis-je être mère? Qu’est ce que c’est être une bonne mère? Jusqu’à ce que l’urgence d’un petit être vagissant refoule ces interrogations pour laisser place à un instant maladroit et toujours culpabilisant.
La grossesse, avec son lot de modifications corporelles aussi étranges que l’évolution de l’enfance vers la puberté, la sensation d’être habitée, et surtout l’intrusion intempestive de mains étrangères à l’intérieur de son corps, pour d’autres raisons que le plaisir partagé, dans une volonté de bien-faire qui ne se pose plus les questions de l’accord de la patiente.
Point culminant de l’épreuve : l’accouchement. Décrit avec sensibilité et réalisme, cette douleur incomparable qui survient par vagues successives, annihilant tout raisonnement logique, avec la seule terreur de la vague suivante. Et puis les tissus meurtris, déchirés, qui sonnent le deuil du corps jouissant d’antan. Assortis d’une fatigue immense, hypnotisante, délétère. Et la naissance de l’angoisse permanente pour la survie de l’enfant.
A qui s’adresse un tel récit? Aux femmes, sans doute, pour faire ressurgir ce vécu plus ou moins lointain. Mais je serais curieuse de savoir ce qu’en pensent les hommes s’ils tentent l’aventure de se plonger dans cette lecture. – Chantal Yvenou
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On ne connaîtra pas le nom de la narratrice qui vit sa première grossesse avec les angoisses que cela génère, qui voit avec une sorte de terreur son corps se modifier. Mais on entendra sa voix tout au long du récit. Pour dire la violence ressentie face au mépris et à l’indifférence des médecins auxquels elle a eu affaire. Pour dire les douleurs physiques de l’accouchement, les douleurs morales,cette forme de dégoût d’elle-même et le traumatisme qui perdure ensuite. Pour dire l’angoisse de devenir mère. Qu’est-ce que devenir mère ? « Ce n’est que du bonheur. » entendra-t-elle à maintes reprises. Et pour elle, meurtrie dans sa chair ? Est-ce exister, être « convenable » aux yeux de tous ? Ce corps transformé par la grossesse et l’enfantement sera-t-il encore capable de désir ? Et comment sortir des angoisses liées à ce corps violenté, abusé, qui surgissent des réminiscences du passé ?
D’une écriture saccadée, crue, incisive, Virginie Noar dit avec beaucoup de réalisme tout ce que ressent la narratrice au fil de ses expériences et rend compte de sa difficulté à trouver un équilibre, à trouver sa place dans une société moralisatrice qui dicte le rôle qui doit être assigné aux femmes. Tout se révèle par rapport au corps. Corps réduit à une simple matrice, corps malade, corps éveillé aux désirs, à la sexualité, corps malmené, maltraité, vulnérable…
Il y a des points de réflexion très intéressants dans ce premier roman. On sent chez Virginie Noar la volonté et l’urgence de réveiller les consciences. Ce livre, qui n’est d’ailleurs pas vraiment un roman,ni vraiment un témoignage, sonne comme un combat à mener pour que les femmes puissent s’affranchir des tabous, des injonctions sociétales, se réapproprier leur corps, pouvoir être femme et être mère sans culpabiliser, en toute liberté.
Une lecture en demi-teinte pour moi . Je n’ai pas été totalement séduite par l’écriture, très brusque, et la construction narrative, parfois désordonnée. Vouloir relier l’intimité d’une seule femme à l’universel m’a semblé très ambitieux mais pas totalement abouti.
Il reste malgré cela un récit très fort et percutant, le récit d’une naissance et d’une renaissance qui questionne sur des points fondamentaux. On sent toute l’énergie et la sincérité que Virginie Noar a mis dans ce premier roman. C’est déjà beaucoup ! – Josyane Sydenier
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Certaines femmes disent que le jour de l’accouchement est le plus beau de leur vie… Je me demande à quoi ressemblent les autres jours de leur vie.” – Florence Foresti (on a les références qu’on peut !)
Donner la vie, c’est rendre la mort possible en même temps. C’est terrifiant et merveilleux.
Ce premier roman n’en est pas un. Le Corps d’après de Virginie Noar tient plus de l’essai, voire du manifeste dans ses dernières pages ou, plus sûrement, du témoignage de l’intime.
La narratrice anonyme – l’autrice, peut-être ? – rend compte par le menu – toute pudeur bue, et c’est libérateur – des modifications d’un corps, le sien, qui accueille son premier enfant. Un corps qui depuis le plus jeune âge a connu la maltraitance, le viol, la pornographie et qui, pas rancunier, lui a fait connaître en retour le plaisir.
Un corps multiple et complexe, à la fois possession et objet possédé.
La forme narrative choisie est intelligente, jouant l’alternance entre passé et présent, entre des souvenirs issus de l’enfance de la narratrice, ces “années gelées” faites d’un “mélange d’immense tristesse et de joie tendre, une sorte de confusion trouble entre désordres joyeux et misère sociale, coups, humiliation, force fraternelle, grandes folies, corps souffrants, heureuse nostalgie, hurlements, tête baissée, rires d’enfant” et l’évolution de sa grossesse, la préparation à la venue de cet enfant à naître, ce moment où “Il y a des problèmes. Il y a des problèmes partout dans le corps des femmes, surtout quand elles sont fécondées et mues par la mission de maintenir l’humanité en existence valable. Mais les experts en blouse blanche sont là pour les prévenir, les empêcher, les étouffer, tous ces problèmes.
L’écriture est crue, vraiment, pour dire la froideur du milieu médical, l’ignorance et la perplexité anesthésiée de la future mère qui laisse les autres jouer de son corps… à son corps défendant.
Une écriture sans filtre pour exposer les doutes, les interrogations, les craintes,
J’aime être enceinte. Je me sens pleine, épanouie, exaltée d’une féminité nouvelle. Mais quand tout sera fini, il sera l’heure d’une autre vie. Pas la mienne. La sienne, c’est tout.
la lutte contre les injonctions de la société “c’est que du bonheur”, puis l’accouchement, la douleur inapprivoisée parce qu’inapprivoisable au moment de mettre au monde un être à la fois étranger et tellement proche, un presque soi et pourtant autre.
Une écriture délétère qui révèle le corps meurtri, mais soulagé, alors que pointe déjà l’angoisse consubstantielle à toute naissance.
Je ne ressens rien, juste le soulagement d’en avoir fini avec cette guerre perdue d’avance. Je suis vidée, je suis douleur, je suis un corps amputé.
Ou encore
Puis-je redevenir un corps vierge d’enfant, revenir en arrière, changer d’avis ? […] il doit bien y avoir des solutions pour régler tous les problèmes des mères incapables.
Et le père, dans tout ça ? Incapable, lui aussi ? On n’en saura rien, ou si peu. Il est évacué en quelques lignes au hasard du récit, exilé dans la marge
Lui, à côté de nous, contemple dans le silence cet instant arrêté ; il est devenu un papa, et peut-être se dit-il « c’est elle, c’est ma fille », ou peut-être qu’il ne se dit rien parce qu’il est là, c’est tout.
et c’est à ce moment-là que je décroche.
Cette narratrice, en glissant du “je” au “nous”, semble vouloir parler au nom de toutes les femmes et, assez contradictoirement j’en conviens (mea culpa), au lieu de m’inclure, elle me met à distance :
Notre désobéissance est œuvre. Notre insoumission nécessaire. Notre corps, le rempart d’une lutte obligée.
La raison, si raison il y a, est à trouver éventuellement dans ma propre expérience. J’ai eu la chance que mes deux grossesses ne soient que du bonheur et je ne me reconnais nullement dans ce témoignage-là, dans ces revendications que je n’ai pas.
Alors, et c’est bien dommage, ce livre, de prime abord ambitieux et sincère, est devenu crispant ; autant j’aime le témoignage, autant je goûte moins le manifeste. – Christine Casempoure

Francis Rissin – Martin Mongin

« Vous croirez m’avoir enterré sous un mausolée du Père Lachaise, ou avoir déposé mes cendres dans la niche d’un petit colombarium de province ; vous croirez que j’aurai disparu, et pourtant je serai encore là, parmi vous – aussi vrai que je m’appelle Francis Rissin ».

Francis Rissin 2

« Qui est Francis Rissin ? » Cette question au cœur de cet objet littéraire non identifié deviendra obsédante au fur et à mesure de sa lecture. Onze parties pour tenter de répondre à cette énigme, onze chapitres qui s’enchâssent dans une mise en abyme dantesque qu’on se surprend à dévorer, animé, comme tous les personnages, par le désir d’en découdre et de découvrir un visage, une histoire.
Je me suis crue maline en comprenant assez vite que je n’obtiendrai pas de réponse dans cette quête acharnée mais me suis retrouvée piégée par une seconde interrogation toute aussi entêtante, et peut-être tout autant inutile : quel était donc ce livre ? Et quel en était l’objet ?
Ce livre est avant tout un premier roman virtuose. Incroyablement abouti pour un premier né, cet ouvrage est vertigineux et nous embarque dans un vortex ingénieux, mystérieux, risible et effrayant lequel tourbillonne une série de personnages tous unis par la recherche obsédante, et envoutante de ce cher Francis, et dont nous rejoindrons rapidement la ronde étourdissante, pions nous-mêmes de cet échiquier littéraire brillant.
L’auteur multiplie les pistes, poupées gigognes ; il nous perd entre fiction et réalité en mêlant les dates, les repères culturels et personnalités connues à l’invention toute romancée de cette histoire et son imaginaire parfois débridé. Tour à tour polar, témoignage, article de presse, il varie les styles narratifs et les tons. Après une plongée dans le récit biographique et presque mystique de notre Francis national telle l’hagiographie d’un saint, nous flirtons avec les bords sombres, inquiétants ou magiques de la science fiction. D’une expo parisienne à une fête païenne de la consommation devenue langage commun, du remake de la traversée de Paris, ici souterraine et savoureusement drôle au délire mégalomaniaque d’un tyran, ce roman psychédélique et addictif nous noie littéralement dans des univers distincts lesquels s’emboîtent, se recoupent, s’embrouillent (et nous avec !) en distillant ici et là des indices et en jouant de la récurrence des personnages, des lieux, étoffant les scénarii ou resserrant l’étau…. Labyrinthe auquel on prend goût, dans lequel on se laisserait bien enfermer, parfois engourdis et somnolents, ou au contraire, duquel on voudrait s’échapper en pressant la cadence …. Le malaise ambiance les chapitres et on divague au gré des symboles, des signes à décoder, des rébus dignes des songes ou des pires cauchemars… Roman topographique qui nous ballade littéralement dans toute la France et nous livre une cartographie détaillée de notre territoire national des « trous du cul du monde » aux grandes villes. La précision géographique fouillée qui nous ancre au sol, nous cogne à la roche et nous baigne dans ses cours d’eau, tranche avec le trouble des situations, le nébuleux des poursuites bien souvent embrumées et dès lors rêvées ou réelles ?
Quel est dès lors son objet ? La peinture d’une France que nous connaissons plus ou moins bien, la radiographie d’un état qui enchaîne les crises sociales ? Un pays dès lors multiple, complexe fort d’un inconscient collectif, somme de fantasmes individuels ? La démonstration de notre soif d’absolu, de notre voeu, plus ou moins avoué de l’homme providentiel pour rêver un monde meilleur et bien sûr du risque que l’unicité du sauveur à adorer comporte ? La dangerosité de l’image, du sacré par définition irreprésentable, et ce qu’elle véhicule de fanatismes et d’extrêmes ? La force inouïe du nombre, du groupe, de la foule pour élever une voix et entraîner des actes parfois bien loin du discours originaire ?
Francis Rissin est à la fois tout cela et plus encore… Lire Francis Rissin est une expérience laquelle peut continuer à agiter longtemps après avoir fermé le livre. Une expérience distrayante (le rire y est franc et le cynisme délicieux), haletante (elle nous plonge au cœur d’une épopée folle), anxiogène (nous oblige à observer les dérives que l’on connaît déjà), dérangeante (nous retranche dans nos propres attentes et leurres), amère (nous prouve encore notre nécessité impérieuse à croire, croire en quelqu’un, quelque chose, pour trouver l’essor, la motivation, l’envie, et remplir, occuper, inventer dans cette existence humaine dont on n’aura jamais de cesse d’interroger le sens…)
Francis Rissin nous envole avec lui sous acide, et sous l’acide d’un réel contre lequel on craint de se heurter et que l’on contourne à coups d’illusions, de symbolique et d’imaginaire. La construction narrative impeccablement maîtrisée a-t-elle pour but de nous faire lâcher prise et accepter la somme de nos projections sur le monde qui bon an mal an s’ébranle protéiforme sous nos yeux. Engrenage géant, monstrueux qui n’en finit pas de s’emballer et dont nous sommes tous – lecteurs, citoyens, rêveurs- les mécaniciens impuissants et fous d’espoirs !! Réfléchir, penser, ne pas céder aux chants des sirènes mais entendre la clameur, et ne pas trop fouiller non plus car n’y a-t-il pas péril, comme tous les accidentés, suicidés, assassinés du livre, à vouloir résoudre un mystère ? Le chasseur de tornades ne risque-t-il pas d’être avalé par le phénomène qu’il poursuit, exactement comme moi dans le brouillon de ces mots pour saisir la portée de ce roman-phénomène alors même qu’« on ne sait pas, sur ce sujet, si le texte exprime un souhait, une crainte, un rêve, une interdiction, une impossibilité, une invitation, une mise en garde. Et devant tant d’incertitudes, on se demande presque, pour finir, si l’écriture ne serait pas le tout –l’alpha et l’omega- de l’expérience elle-même, et si ça ne s’arrêterait pas là. » ?!!!
Entre fascination et mélancolie, Francis Rissin est une expérience dont je ne suis pas sortie indemne, hantée par d’insatiables questions, dont une me taraude et que j’aimerai poser à l’auteur : quelle vocation a, ou pas, l’écriture devant notre condition humaine ?
Ce livre est sans conteste un grand premier, un grand tout court, totalement inédit et novateur dans notre paysage éditorial. Sinon la consolation qui m’a manqué avec l’invitation finale à écouter au-dehors, la sempiternelle et répétitive clameur, semble-t-il toujours sourde aux réflexions les plus éclairées…
« Avec le temps, j’ai un peu retrouvé mes esprits. J’imagine qu’on projette parfois sur le monde ce qui nous trotte au fond du crâne ». – Karine Le Nagard
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Il n’y a pas de mots pour décrire ce roman, véritable ovni littéraire. Il faut se sentir à la hauteur du challenge, pour se plonger dans les 600 pages du roman.
L’auteur nous perd au fil des chapitres, chapitres qui sont autant de petites histoires centrées autour d’une seule et même personne « Francis Rissin ». On dévore le livre pour en apprendre plus sur ce personnage et on déambule entre enquête policière, récit presque biblique, science-fiction… On se rapproche de Francis Rissin mais peut-on réellement connaître quelqu’un ? Qui est Francis Rissin ? Quand se passe le roman ? Pourquoi tant de phénomènes étranges arrivent-il ? C’est autant de questions que vous vous poserez à la lecture de ce livre… Mais pour ne point trop en dire et pour saisir la « grandeur », le « mystère » de ce personnage, il faudra plonger dans ce livre et tourner ses 611 pages. Très bon moment de lecture qui mélange tellement de styles qu’on ne peut qu’apprécier (tant qu’on a pas peur des longs romans)… – Ana Pires
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Qui est Francis Rissin ?
Une professeure d’université cherche à mettre la main sur un livre intitulé « L’approche de Francis Rissin », œuvre inconnue au bataillon, écrite par un certain Pierre Tarrent, tout aussi inconnu. Au prix d’efforts insensés, cette femme découvre avec stupéfaction que cet auteur n’existe pas. Si ce dernier n’existe pas, qu’en est-il de Francis Rissin ? Cette affaire ne serait-elle qu’un canular ?
Mais Francis Rissin refait surface quand son nom apparaît sur de mystérieuses affiches placardées partout en France. Ce patronyme se propage de villages en villages, de régions en régions ; scandé, répété, l’homme devient l’objet d’une immense clameur et d’un espoir fou. Francis Rissin serait-il l’homme providentiel que la France brigue après un Pétain et un de Gaulle ? Serait-il le sauveur, celui que le pays appelle de ses vœux pour le sortir des ténèbres, le propulser vers la lumière et lui inspirer un souffle nouveau afin de lui rendre sa grandeur ? Qui est ce « Francis Rissin » ?
Le récit très habile est construit autour de 12 chapitres qui proposent une version de notre Francis, empruntant à tous les genres littéraires : le roman noir, le polar, la fiction politique, la science fiction. Une fresque se dessine composée de différents portraits de ce personnage. Pour autant, le mystère demeure.
Au fur et à mesure de cette narration incroyable, le lecteur se laisse convaincre de changer de perspective. L’enjeu est moins l’identité de Francis Rissin, que l’image qu’il incarne. Que doit prouver un homme providentiel, un leader charismatique, pour s’attirer l’extase d’une population ? Vaste sujet… Ce premier roman de Martin Mangin va laisser des traces à n’en pas douter. Fable politique, conte philosophique, il décrit de manière décalée – on sentirait presque une pointe de candeur -, les affres de notre société contemporaine. Manifestement, il prend beaucoup de plaisir à nous embarquer dans cette épopée hors des sentiers battus. Et nous aussi. Chaque chapitre apporte son lot de surprises, contribuant à un rythme enlevé. L’écriture est légère et pleine d’humour. Les 611 pages se tournent frénétiquement et à l’issue de ma lecture, je me suis sentie moins bête qu’au démarrage. C’est aussi une qualité de ce livre, il rend son lecteur intelligent. Une œuvre aussi extravagante que brillante. Ne passez pas à coté. – Hélène de Montaigu
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Se lever une demi-heure plus tôt pour pouvoir terminer ce livre.
Un livre qui m’aura tenue en haleine pendant plus de 600 pages et quasi 6 jours.
Un livre impossible à résumer, indescriptible, brillant qui s’amuse de sa lectrice.
Francis Rissin est raconté en onze chapitres, à l’écriture chaque fois différente.
A la fois quête d’un homme, d’un livre, on oscille entre roman policier, roman d’apprentissage, fable politique voire même un peu de science-fiction.
Sans que ça ne soit à aucun moment factice, superficiel, incohérent ou non crédible.
Un livre qu’on lit comme un polar, dans lequel on se surprend à vouloir vérifier certains faits, certains noms.
Est-ce que ce je lis est une fiction ou une réalité ?
Un roman qui interroge à sa manière les limites de la fiction et l’identité.
Un roman drôle, dont la construction est brillante.
Un roman où quand tu refermes la dernière page, tu te surprends à penser « mais il faut que je le relise ».
Parce que ce premier roman (non mais comment on fait pour écrire un truc pareil la première fois?), est très malin et glisse des détails au fur et à mesure qui souvent t’en rappellent d’autres.
Un roman qu’on ne lâche pas.
Un roman qui vaut bien ses 611 pages et ses critiques élogieuses. – Hélène Goelen
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Mais qui est Francis Rissin ? Si on ne veut pas trop en dire sur ce roman, c’est certainement le résumé le plus simple à proposer. Mais c’est un peu bref pour donner une idée de ce qui attend le lecteur qui se plongerait dans ce pavé de plus de 600 pages…
Les bases sont posées sur la quatrième de couverture : ce n’est pas un roman fleuve mais la réunion de 11 récits qui forment une mosaïque autour de « l’insaisissable Francis Rissin ». Insaisissable, c’est bien le mot. Car ces récits ne m’ont absolument pas aidée à y voir plus clair.
Partons du fait que des affiches en bleu et blanc au nom de Francis Rissin surgissent de nulle part dans toute France, de préférence rurale et reculée, sans que personne ne sache qui est ce type ni comment elles arrivent sur les murs des villages, les places publiques, les troncs d’arbres. Selon les chapitres, on en apprend plus (ou pas) sur ce personnage, son parcours et sa postérité, on assiste au délire social des Français séduits par cette personnalité au caractère soudain mystique, on ausculte les ressentiments personnels et les petits jeux de certains qui cherchent à comprendre ou à profiter de la situation.
Les textes, compilés sans logique chronologique, sont chacun portés par un nouveau narrateur, sans lien avec le précédent, et rédigés dans un mode narratif totalement différent. On passe ainsi du journal intime au roman policier, de la retranscription d’une conférence au récit fantastique. C’est tour à tour inquiétant, haletant, mystérieux, réaliste, paranormal, sinistre… Bref, ça part dans tous les sens.
En soi, pourquoi pas, ça pourrait même être très réussi. Mais aucune de ces histoires ne m’a captivée, peut-être à cause du style, peut-être parce que je ne voyais pas où on allait. Comme on change de narration toutes les cinquante pages environ, j’ai tenu bon en me disant à chaque fois « cette fois-ci, je vais comprendre ». Si bien qu’au final, j’ai lu le livre en entier, même si j’ai survolé certains passages (le fait d’être dans un train pendant cinq heures d’affilée a certainement participé à cet acharnement malgré mon scepticisme grandissant). Ma conclusion est simple : je n’ai pas du tout passé un bon moment en compagnie de ce roman et je suis très perplexe quant à son intérêt. – Claire Sejournet
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Est-ce un candidat pour les élections ?

Depuis peu, des affiches fleurissent dans les villes et villages de France. Océane Pouzettat, la secrétaire de mairie de Chalamont en a aperçu deux, collées de chaque côté du porche de la mairie. Des affiches bleues de grand format, sur lesquelles se détache le nom de « FRANCIS RISSIN », écrit en capitales  blanches dans une police de caractère. Il est difficile de dire si d’autres affiches sont apparues avant cette date. De quoi affoler.

Mais ce n’est pas tout …

Nous voici embarqués dans une quête effrénée pour comprendre qui est Francis Rissin mais aussi le trouver car personne ne l’a vraiment rencontré, ou, qui sait ?

Investis de notre rôle de Sherlock Holmes, à l’affût des moindres indices, page après page, nous sentons que nous approchons du but : Francis Rissin semble prendre chair peu à peu, s’incarner, mais … voici d’autres zones de flou qui nous renvoient à la case départ.

Chers lecteurs, voici ce qui vous attend en lisant « Francis Rissin » car Martin Mongin est un véritable magicien qui manie avec brio l’art du suspens. Il vous entraîne à travers les chapitres, lève peu à peu le voile, quand il vous sent proches … pour mieux vous plonger dans d’autres mystères. Et si vous vous accrochez au fil des pages, il vous réserve une grande surprise.

En attendant, vous aurez l’occasion d’échauffer votre cerveau, secouer vos neurones et de plonger dans le grand huit. Une roue vertigineuse où il s’agira de savoir si «il y a quelqu’un ici qui pense à la France ? ».

« Francis Rissin » comme vous l’aurez compris est un véritable spécimen. Un roman atypique construit sur deux thèmes principaux qui s’entrecroisent : celui de l’homme providentiel, ou du sauveur de la nation, et celui de la créature qui échappe à son créateur. Chaque détail est sous pesé, tant sur le fond et sur la forme. Une forme kaléidoscopique où chaque chapitre recèle une facette nouvelle de cet homme insaisissable, un angle spécifique de lecture. L’ensemble construit sur une structure pyramidale, organisée autour du chapitre 6.

C’est brillant ! Je n’en dis pas plus je vous laisse savourer ! – Lilia Tak-Tak

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Quelle étrange lecture ! Quel étrange personnage ! Quelle étrange construction !
Quelque soit votre style de lecture préférée vous trouverez votre bonheur dans ce roman (?).
Ce livre est construit comme un recueil de nouvelles, chacune ayant un style bien marqué et portant un regard nouveau sur un seul et même phénomène : Francis Rissin.
Bien sûr les 600 pages contiennent quelques longueurs, mais les éclairages variés sur une situation pour le moins insolite, des affiches au nom de Francis Rissin fleurissent sur tous les murs des villes de France, maintiennent le lecteur en alerte.
On pourrait parfois penser à des évangiles tant la figure de Francis Rissin apparaît parfois totalement mystique.
Pour un moi un OLNI pur, pas un grand coup de cœur mais la curiosité a fait son travail. – Emmanuelle Coutant
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Mais qui est donc ce Francis Rissin, qui donne son nom à un épais roman ? Du jour au lendemain, dans les provinces françaises, fleurissent des affiches mentionnant ce simple patronyme. Pas de photo, pas de slogan, pas d’explication. Juste un nom qui va peu à peu imposer sa présence et faire son chemin dans les esprits, laissant le champ libre à toute forme d’interprétation.
Est-il cet homme intègre qui va bannir mensonges et clientélisme de la classe politique ? Est-il celui que tout le monde attendait et qui va enfin sortir la France de son marasme ?
L’auteur multiplie les témoignages pour tenter de cerner la figure de cet être insaisissable plébiscité par une majorité de Français dont il n’hésite pas à flatter les bas instincts. Au fil des chapitres se dessinent les traits d’un homme providentiel, cette fiction surgissant dès que le ciel de l’histoire s’assombrit. Un costume que n’importe qui selon les circonstances peut endosser avant de se muer en despote tyrannique. Un personnage conjointement construit par quelque ambitieux opportuniste et un peuple avide de se sentir enfin écouté.
Je me suis lancée dans cette lecture avec la plus grande curiosité: le buzz (soigneusement orchestré par mon amie Nicole), le thème, et puis le souvenir persistant de ces énigmatiques affiches apparues un temps sur les murs de Paris et sur lesquelles on voyait un visage juvénile et rieur associé à un nom, John Hamon, sans plus de détails…
Si la construction du récit est plutôt habile, levant un à un les voiles sur l’identité du héros tout en l’enveloppant paradoxalement de mystère, si le jeu sur l’espace fictionnel et la manière dont chaque individu peut l’investir, y compris à son corps défendant, m’a semblé tout à fait intéressant, je dois néanmoins dire que j’ai trouvé l’ensemble un peu bavard, un peu long et peut-être un peu trop démonstratif. L’auteur est prof de philo et je dirais que cela se sent. Il joue fort adroitement avec son sujet, mais il m’aura manqué un style, une forme de jubilation littéraire pour savourer pleinement ce texte non dénué de pertinence… – Delphine Depras
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De mystérieuses affiches sont placardées un peu partout en France, dans les villes comme les villages. Qui est ce Francis Rissin dont le nom apparait avec des lettres bleues sur fond blanc ? Tous s’interrogent, la presse comme la police ainsi que tous les Français. Qui est cet énigmatique Francis Rissin ? Un candidat aux prochaines élections présidentielles, un homme politique providentiel ? Une « Bernadette Soubirous » en bermuda qui entend la Vierge Marie et fait des miracles ? Un artiste complètement déjanté ? Un militant écologique anti-nucléaire ? Un dictateur illuminé prêt à relancer la peine de mort abolie depuis plus de trente ans ?
Ce roman composé de onze récits, onze voix différentes fait appel aux techniques du roman policier ou du fantastique, ou a parfois l’apparence d’un journal intime ou d’un thriller politique. Onze voix, très peu de dialogues cependant. Soit Francis Rissin prend la parole soit ce sont ceux qui le recherchent.
Dans cette campagne d’affichage sauvage, massive, sans slogan ni message clairement exprimé, seuls apparaissent quelques symboles de la France : sa carte géographique, le coq gaulois et le camembert ! Qui voterait pour un tel candidat ? Eh bien détrompez vous Francis Rissin électrise, galvanise les foules qui le suivent partout, tel le gourou d’une secte, un mégalomane narcissique.
Insaisissable mais omniprésent ce Francis Rissin ! Martin Mangin brouille les pistes et interpelle le lecteur qui ne sait d’abord que penser d’un tel ouvrage mais qui en persévérant, incrédule devant le style et l’imagination délirante de l’auteur continue sa lecture afin de savoir jusqu’où ira l’auteur dans sa démesure, dans son délire.
Comme ce livre mélange le réel et la fiction et qu’il a été écrit fin 2018 impossible de ne pas y voir une allusion à Emmanuel Macron et à sa façon de gérer la France. Un candidat qui avait lui aussi proposé aux Français une autre alternative que les partis classiques pour les dernières élections présidentielles. Un livre en résonance avec la crise politique qui agite la France depuis près d’un an : l’auteur puise t’il ses sources dans la crise des gilets jaunes ? En tout cas il analyse le comportement des Français toujours à la recherche d’un leader, d’un « grand homme » pour les conduire vers un monde meilleur. Le livre est truffé d’allusions à la mère Patrie, à la Nation, à la grandeur de la France.
Un roman écrit comme un jeu de piste où l’on se perd souvent, une sorte de chasse à l’homme lorsque l’enquêteur essaye de suivre à la trace Francis Rissin qui, quand il croit enfin l’avoir attrapé, s’échappe et s’évanouit dans la nature. Francis Rissin se présente comme l’homme providentiel, le sauveur de la Nation voire carrément – n’ayons pas peur des mots – Dieu. Il représente la figure du chef, du père ou d’un super-héros. Un berger qui guide ses brebis, un apôtre qui transmet la bonne parole de Dieu au peuple.
Premier roman inventif, original, paranoïaque : ce livre est un OENI (Objet Ecrit Non Identifié,) un objet littéraire totalement atypique, limite psychiatrique : parfois je mettrais bien l’auteur sous camisole de force ! Certaines scènes sont carrément surréalistes notamment quand les deux petits vieux commencent à délivrer la France du pouvoir en place juste en s’adossant à des murs dans les catacombes de Paris. D’autres sont déstabilisantes comme celles de cannibalisme.
Martin Mangin – tiens ça rime avec Francis Rissin – est un auteur culotté et audacieux qui a pris beaucoup de risques en se lançant dans cette aventure. Limite élitiste, il nous abreuve de références dont on ne sait plus à force si elles sont réelles ou inventées. Grand pari de l’éditeur d’avoir accepté de publier un tel manuscrit. Ce livre ne peut pas laisser indifférent mais de là à ce qu’il plaise à tout le monde, j’ai un gros doute.
Bientôt les élections municipales ne vont pas tarder à battre leur plein, Francis Rissin va-t-il s’y présenter ? – Françoise Le Goaëc
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C’est un premier roman atypique et absolument inclassable. Un OVNI littéraire !

« Le roman possède une structure pyramidale, organisée autour du chapitre 6. Dans la première moitié du livre (chapitres 1 à 5), Francis Rissin, qui n’était qu’un nom sur des affiches électorales, prend peu à peu chair, il s’incarne, il vient progressivement à l’être. Du simple nom d’un illustre inconnu, on se rend compte rapidement que des gens l’ont vu, puis que certains même l’ont approché, puis une exposition est organisée en son honneur, même s’il reste dans l’ombre, puis on nous donne à lire une partie de sa biographie. Dans le chapitre 6 le lecteur a sous les yeux le journal intime de Francis Rissin en personne (à moins que…), et on peut sans doute difficilement être plus proche de l’intériorité d’un individu qu’au moment où on lit ses états d’âme. Et puis la deuxième partie du livre (chapitres 7 à 11), c’est le mouvement inverse. Ce qui avait pris corps, ce qui avait pris consistance, commence doucement à se déliter, pour s’évanouir lentement mais sûrement, pour rejoindre le néant dont il était sorti (à moins que…) » Martin Mongin interviewé sur www.lamadeleinedelivres.com

L’auteur est professeur de philosophie et son propos est éminemment politique, si bien que j’ai sûrement zappé certaines choses tant j’exècre la politique. J’y ai vu néanmoins une sacrée critique de la société française dans une construction étonnante utilisant divers styles narratifs. Cela va du cours magistral à une enquête policière en passant par un journal intime entre autres par exemple… Certains chapitres m’ont paru longs, mais j’ai pourtant toujours tourné les pages tant j’avais envie de savoir où voulait aller l’auteur… Au final c’est un roman dont je suis bien incapable de vous dire si je l’ai aimé ou pas. C’était une expérience de lecture étonnante, malgré la sensation de me faire mener en bateau par l’auteur( il y a une interrogation constante du rapport entre fiction et réalité), et je ne regrette pas de l’avoir lu ! – Catherine Dufau

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Quelle originalité! Je me suis laissée mener dans ce jeu de piste à onze volets. J’ai été déroutée, happée, amusée… Difficile à qualifier, ce roman est à la fois fiction et réalité, policier et politique… J’ai été bluffée par sa construction. – Anne-Christine Busnel
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Dans ce roman, tout étonne, et d’abord sa structure. En onze parties construites de façon fort différentes, tantôt un cours magistral d’université, tantôt une enquête de police, un rapport administratif, les délires d’un fan absolu ou encore les écrits des apôtres, tout y passe dans cette dystopie totalement décalée. Y compris les mots et les délires du journal intime de Francis Rissin lui-même, excusez du peu. Mais en fait, qui est-il ? Qui le connait ? Qui a compris ses desseins ? C’est l’alerte générale dans tout le pays, qui est Francis Rissin ?

De son existence supposée à son existence avérée. Des affiches fleurissent sur tous les murs en France et le plus fin limier suit ses traces de village en village. Mais Francis Rissin sillonne le pays et nul ne peut le suivre, le devancer ou même l’arrêter. Capable de soulever les foules par son seul charisme, ce nouveau messie des temps modernes est aussi totalement incompris du pouvoir en place. Pourtant tous ceux qui l’ont connu l’apprécient, et tels des apôtres, ils écrivent les évangiles de Francis Rissin.

Car oui, en vérité, je vous le dis, dès sa jeunesse il savait qu’il lèverait une armée pour sauver la France… Tient, ça vous rappelle quelqu’un ?  

Stupeur, colère et inquiétude, voilà les sentiments qui dominent dans tout le pays… Comment peut-il être présent à différents endroits à la fois éloignés géographiquement et très proches dans le temps. Le mystère s’épaissit. Et si c’était Rissin versus Rissin ? Sont-ils nombreux ? Est-il un ? Est-il multiple ? En vérité, une fois encore, sachez-le, Francis est légion !

Je ne vous en dis pas plus, j’en ai d’ailleurs déjà trop dit, car parler de ce roman tellement différent de tout ce qu’on lit habituellement n’est pas aisé. Alors si vous aimez les paris impossibles, si quelques six cent pages ne vous rebutent pas pour tenter de percer à votre tour ce mystère, soyez curieux, immergez-vous, acceptez le challenge, et partez à la découverte de Francis Rissin. Puis venez me dire ce que vous en aurez pensé ! Attention, il me semble cependant que ce roman est avant tout à conseiller aux lecteurs passionnés, tant il est dense, déroutant et singulier. – Dominique Sudre

Le bal des folles – Victoria Mas

“ Libres ou enfermées, en fin de compte, les femmes n’étaient en sécurité nulle part. Depuis toujours, elles étaient les premières concernées par des décisions qu’on prenait sans leur accord.”

Le bal des folles

Il était prudent, à la fin du 19ème siècle de ne pas afficher une conduite hors des sentiers battus, lorsque l’on était une jeune femme de bonne famille. La sanction menaçait toute « déviante » : direction la Salpétrière, sans autre forme de procès, sans certificat médical, sans même avoir eu un comportement constituant un danger pour soi-même ou pour autrui. D’ailleurs, il est vraisemblable que la seule volonté de l’entourage suffisait à faire enfermer toute personne jugée gênante pour ses proches. Et bien sûr, une fois prisonnière de la sinistre bâtisse, il est extrêmement compliqué de prouver sa « normalité ».
C’est l’époque où Charcot travaillait sur les manifestations de l’hystérie, qu’il mettait en évidence par l’hypnose, devant un groupe d’étudiants admiratifs.
Certes les connaissances étaient maigres concernant le fonctionnement du corps humain, mais l’expérimentation faisait fi de l’individu. Aussi la folie pouvait-elle s’exposer, et se donner en spectacle, comme c’était la coutume une fois par an à l’asile, au cours de ce Bal des folles qui donne le titre à l’ouvrage.
A travers l’histoire d’Eugénie, qui a le tort de posséder des pouvoirs de communication avec les morts, Victoria Mas nous convie au quotidien des habitués du service de psychiatrie, patientes et soignants, et c’est toute la détresse de ces femmes qui apparait entre les lignes.
Témoignage d’un temps passé, peu enclin à prendre du recul sur ses pratiques scientifiques, le roman a le mérite de rendre hommage à ces femmes victimes de la folie de leur entourage.
Sans pathos, basée sur des documents historiques, le roman se parcourt avec agrément, tout en frémissant d’indignation sur le sort injuste de ces femmes humiliées.
Premier roman, déjà deux fois remarqué (Prix Stanislas et Talents Cultura), présent dans la sélection du prix Fémina, Victoria Mas fait une entrée remarquée dans le monde de la littérature. – Chantal Yvenou

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L’année dernière, à la même époque , j’ai lu La part des flammes de Gaëlle Nohant . (Cet épisode tragique de l’incendie du Bazar de la Charité dans le Paris de 1897). Je me sentais dans la même atmosphère, cette ambiance feutrée des salons bourgeois, cette même victimisation des femmes. Une société corsetée où l’importance du pouvoir patriarcal est déterminante.
A la fois roman d’histoire et sociologique, l’auteure décrit le quotidien de ces femmes démunies qu’on enferme parce qu’elles ne rentrent pas « dans leur rôle ».
Elle utilise un fait historique (le bal des folles institué à l’hôpital de la Salpêtrière) comme toile de fond pour rendre hommage à ces femmes étiquetées hystériques.
Bien documenté, ce récit pointe du doigt la suprématie du corps médical, peu enclin parfois à prendre du recul envers des pratiques éprouvantes. Ayant travaillé dans le milieu psychiatrique, et ayant eu connaissance de ces protocoles terribles, je me suis tout de même indignée face à cette barbarie. Heureusement qu’aujourd’hui ces méthodes cruelles sont remplacées par la panoplie des médicaments (chimie) entre autres.
Une intrigue est mise en place dans les coulisses de l’hôpital avec des destins tragiques, des personnages de femmes finement décrites et des rebondissements inattendus.
Avec cette impression de « déjà vu, déjà lu », je me suis ennuyée tout de même. La part du surnaturel (spiritisme) ne m’a pas convaincue, m’attendant plutôt à des descriptions réelles de pathologies psychiatriques (c’est mon côté professionnel qui reprend le dessus)
Malgré tout, la plume est agréable mais on est loin de l’œuvre de Margaret Atwood , Captive qui a exactement décrit les symptômes repris ici.
Un premier roman tout de même prometteur car il permet la réflexion sur la condition féminine toujours d’actualité, cette liberté chèrement acquise. A peine un siècle… – Catherine Quart Foisset

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Paris, 1885. Le professeur Charcot officie à l’hôpital de la Salpétrière, qui accueille de nombreuses femmes soignées pour hystérie. Il est secondé par une nombreuse équipe médicale, dont Geneviève, une infirmière admirative du grand homme. Elle prend en charge Eugénie Cléry, placée là par son père qui a découvert qu’elle est capable de voir les défunts et de les entendre. Eugénie voit apparaître le fantôme de Blandine, la sœur de Geneviève, disparue des années plus tôt. De quoi ébranler les convictions de l’infirmière…
Ce roman mêle très habilement diverses thématiques : le statut des femmes à la fin de ce 19ème siècle si rigoriste, dans une société patriarcale si prompte à les enfermer dès lors qu’elles s’écartent de la place qu’on leur a assignée ; l’internement abusif ; les conditions d’hygiène et de soins désastreuses – on traite les hystériques à coup d’éther et de compression sur les ovaires ; enfin, la pratique du spiritisme fort à la mode à l’époque. Solidement documenté, il fait la part belle à ces deux personnages très romanesques que sont Geneviève et Eugénie, au milieu d’autres aliénées tout aussi attachantes. Le roman se déroule sur les quelques jours qui précèdent le fameux Bal des Folles, seul moment où ces femmes peuvent se montrer à un public mondain qui espère secrètement assouvir sa curiosité morbide et assister en direct à une fameuse « crise » ; à ce bal n’y sera d’ailleurs consacré qu’un chapitre qui vient clore le récit dans un dénouement en apothéose. Sur la forme, Victoria Mas nous offre un roman de facture classique, écrit dans une langue très fluide et élégante, avec un usage des temps parfaitement maîtrisé. C’est donc fort agréable à lire, même si on pourrait reprocher au roman un côté un brin trop appliqué, un peu trop lisse. – Emmanuelle Bastien
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Un vrai coup de cœur pour cette rentrée littéraire.
Ce roman a une écriture souple, légère, concrète, sans fioritures. Je l’ai dévoré. Il m’a profondément touchée et émue.
Le thème est très bien abordé et documenté pour une histoire se déroulant à la fin du XIXème siècle. Je ressors aussi de cette lecture avec de nouvelles informations concernant ces pathologies dites féminines.
Les personnages sont attachants. Ce monde de femmes violentées par les hommes de l’époque, pour qui tout leur était du. Elles arrivent heureusement à se soutenir et à créer un petit groupe amical.
Qui est folle ? L’aliénée ou la soignante ?… – Emilie Troussier
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Comme les bourgeois qui viennent se donner le frisson en frôlant la folie au cours du traditionnel bal de la mi-carême, Victoria Mas nous invite à pousser les portes ordinairement bien closes de l’Hôpital de la Salpêtrière pour venir au-devant de celles que l’on va un peu vite à baptiser « les folles ». Car en cette fin de XIXème siècle, la nuance n’est pas de mise pour gérer l’hystérie, cette toute nouvelle, et bien pratique, trouvaille permettant de régler sans états d’âme les troubles de celle d’une femme encombrante ou d’une fille rétive. On y croise la toute jeune Louise, nouvelle star des expériences publiques du grand Charcot, la doyenne Thérèse, rassurée d’être coupée d’un monde qui lui fut hostile, la sévère Geneviève, gardienne austère et mystérieuse. On voit s’en approcher Eugénie, forte tête et personnalité troublée par de curieux phénomènes, candidate idéale au prochain « bal des folles ».
Victoria Mas dessine avec rigueur les contours angoissants de ce lieu de sinistre réputation, synonyme d’enfermement et de silence contraint pour tant de femmes. Elle évoque avec beaucoup de conviction l’expérience si particulière de ceux que l’on nomme les spirites, charnières, malgré eux, d’un passage entre vivants et morts, suscitant immanquablement chez leurs contemporains des envies jamais tout à fait éteintes de bûchers expiatoires. Néanmoins, si le contexte est passionnant, l’histoire intéressante et fort bien documentée, les personnages attirants, il manque à l’ensemble un je ne sais quoi de souplesse et de grâce qui empêche de se laisser toucher. Il m’a semblé que l’auteure, si tendue vers le désir de bien faire, si attentive à rester rigoureuse et à tenir sa ligne, si désireuse de montrer combien ses héroïnes étaient privées de leur voix avait muselé la sienne, nous privant de l’essentiel, sa petite musique personnelle, son grain de folie à elle. – Magali Bertrand
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« Les cours publics du vendredi volaient la vedette aux pièces de boulevard, les internées étaient les nouvelles actrices de Paris, on citait les noms d’Augustine et de Blanche Wittman avec une curiosité parfois moqueuse, parfois charnelle. Car les folles pouvaient désormais susciter le désir. Leur attrait était paradoxal, elles soulevaient les craintes et les fantasmes, l’horreur et la sensualité. (…) Les folles n’effrayaient plus, elles fascinaient. »
La Salpêtrière, Paris, fin XIXème. Nous sommes invités à un bal particulier, celui organisé par les services psychiatriques, autrement dit l’Asile de la Salpêtrière, avec toutes les femmes qui y sont enfermées, les folles, internées, dérangées, sorcières, décadentes de l’époque, pour certaines réellement prisonnières d’une pathologie, pour beaucoup d’autres « juste » victimes des exigences bienpensantes de l’époque sur les femmes et leurs statuts.
Victoria Mas nous plonge avec véracité dans les milieux modestes, ouvriers et bourgeois de la capitale pour nous conter, à travers cette festivité annuelle, les conditions aliénantes et très réductrices des femmes. De Louise à Eugénie, en passant par Thérèse et tant d’autres, nous assistons aux conséquences terrifiantes des carcans, des pouvoirs masculins et familiaux qui ordonnent une vision du monde qu’il ne faut surtout pas déranger, vision érigée en Vérité par définition unique et absolue, sous le joug d’un patriarcat et d’une religion encore très dominants.
Ce roman nous rappelle notre héritage, le chemin parcouru et le temps si long pour changer, lequel malgré ses cycles n’annule jamais le danger permanent, et malheureusement revérifié, de rebasculer dans des mœurs, dogmes, politiques qui dénigrent les corps et désirs féminins, minimisent les maux et mots des femmes et menacent leurs places, ambitions égales dans nos sociétés.
C’est un roman facile à lire, intéressant quand bien même il développe finalement très peu le sort des patientes aux mains de la Médecine toute puissante, l’objet expérimenté plus que soigné, une science masculine dépendante d’une croyance encore toute cléricale… Le contexte véridique sert d’assise et de décor à une fiction rondement menée, et dans le sens d’un scénario bien ficelé, malgré une écriture dénuée de style singulier, ce premier, fort de personnalités attachantes, est plaisant à découvrir et utile pour condamner les convictions folles des Humains.
« Ces gens qui l’ont jugée, qui m’ont jugée moi….leur jugement réside dans leur conviction. La foi inébranlable en une idée mène aux préjugés. T’ai-je dit combien je me sentais sereine, depuis que je doute ? Oui, il ne faut pas avoir de convictions : il faut pouvoir douter, de tout, des choses, de soi-même. Douter. » – Karine Le Nagard
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Le bal des folles est ma deuxième lecture dans le cadre des 68 premières fois. Ce roman ayant déclenché un fol enthousiasme sur Instagram, je n’avais aucun doute : j’allais me régaler. L’enfermement arbitraire des femmes « déviantes » selon les codes de la bonne société en 1883 à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, où officiait le docteur Charcot, neurologue réputé. Le bal de la mi-carême qu’il y organisait conviant le tout-Paris, pour distraire les aliénées. En filigrane, la condition des femmes à cette époque. Tout concourait à exciter ma curiosité. Hélas, au risque de passer pour une folle, je suis restée sur ma faim. Le sujet, en or, est malheureusement survolé et c’est bien dommage. J’ai regretté que la narration, à l’exception d’une scène brève, n’accorde que peu de place à Charcot qui demeure dans l’ombre. Le lecteur n’assiste pas au bal des folles pourtant en ligne de mire du roman et, accessoirement, titre du livre. L’intrigue, l’internement forcé d’une jeune fille de bonne famille coupable de communiquer avec les morts, se révèle trop restreinte à mon goût. Quant au dénouement, il m’a paru improbable. Les jolis portraits de femmes troussés par la plume alerte de Victoria Mas m’ont un peu consolée de cette impression d’inachevé.
Pour me remettre de mes émotions, je me suis replongée dans ce film génial, The Magdalene Sisters, primé à Venise en 2002 , qui dénonce, à partir d’histoires véridiques, l’enferment arbitraire de femmes en Irlande dans les tristement célèbres blanchisseries. Ces institutions furent créées sous l’égide de l’Église catholique en 1922, la dernière blanchisserie ferma ses portes en 1996 ! Les folles, les filles « légères », les fille-mères ou celles dont les familles ne voulaient plus, étaient abandonnées dans ces bagnes tenus par des bonnes sœurs à poigne. Allez jeter un œil, c’est terrifiant. – Hélène de Montaigu
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Le Bal des folles de Victoria Mas marque ma huitième lecture des romans de cette sélection des 68 premières Fois…
J’avais entendu parler de ce livre lors de la présentation de la rentrée littéraire par une des librairies que je fréquente et, déjà, je savais que je le lirai, intéressée par le thème et intriguée par son traitement.
Ce roman est bien écrit, captivant et surtout il donne à lire et à voir de beaux portraits de femmes. L’intrigue rappelle sans doute un peu le film d’Alice Winocour, Augustine, sorti en 2012, et nous plonge à sa manière dans l’univers des folles de la Salpêtrière à la fin du XIXème siècle.
Le récit est précisément daté, sur à peine trois semaines entre le 3 et le 18 mars 1885. S’il remonte jusqu’au 20 février, c’est juste pour contextualiser l’arrivée d’une des héroïnes principales à l’asile, pour montrer comment un père peut décider d’aliéner sa propre fille. Cette économie de temps démontre combien il était facile à cette époque de museler une femme, de l’annihiler fut-elle une délinquante, une fille de la rue ou une épouse, son propre enfant ou encore sa domestique…
En effet, le thème central de ce roman tourne autour de l’aliénation… à la fois trouble mental, passager ou permanent, qui rend l’individu étranger à lui-même ou au monde qui l’entoure et l’empêche de mener une vie normale ou, du moins, de répondre à la norme en vigueur dans la société bien-pensante et un ensemble d’assertions plus poussées qui m’interrogent. Au-delà des notions médicales, l’aliénation véhicule une forme d’hostilité collective, une volonté de déshumaniser et d’asservir.
Ici, les aliénées sont des femmes, des jeunes filles dont la société patriarcale dispose et qu’elle déplace, interne, retire du circuit au motif qu’elles seraient folles, hystériques, épileptiques, mélancoliques… Ce sont des femmes qui, bien souvent, se démarquent et que l’on préfère enfermer, oublier, rayer… Si les aliénées ne sont pas folles en entrant à la Salpêtrière, elles le deviendront forcément, le système se chargeant de les aliéner pour de bon…
Face à elle, dehors, un monde de voyeurs et de curieux : ceux qui assistent aux cours publics du Dr Charcot et celles et ceux qui viennent danser, sur invitation, au fameux bal de la mi-carême, où l’on exhibe les folles comme des bêtes curieuses, des figures de cirque… Entre les deux, le milieu des soignants, les médecins et les internes, l’intendante, les infirmières et le personnel féminin, toute une palette de degrés d’autorité et de pouvoir, de marche de manœuvre et d’impuissance.
L’ensemble baigne dans une atmosphère étrange. Quelques mois plus tard à peine, en mai 1885, mourra Victor Hugo dont les activités spirites ne sont un secret pour personne ; ce père éploré espérait ainsi entrer en contact avec sa fille Léopoldine… Dans le roman de Victoria Mas, un père aliène sa fille qui possède le don rare de communiquer avec les défunts. Beau parallèle, rapprochement particulièrement efficace…
J’ai apprécié cette lecture même si la fin, annoncée, est sans surprise… L’épilogue, cinq ans après les faits relatés délivre un terrible message, à la fois glaçant et sublime.
Un excellent premier roman. – Aline Raynaud
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(…) Le bal des folles est un premier roman et, en tant que tel, on lui pardonne de ne pas éviter certains écueils. La réflexion sur la société de cette fin de siècle, sur la frontière ténue qui séparait alors la psychiatrie, du spiritisme ou de la religion est intéressante, mais guère originale ni aboutie. Les pratiques de Charcot sont à peine évoquées si bien que l’on n’apprend rien du quotidien de ses patientes. Seules quelques figures stéréotypées émergent de la foule des internées et l’histoire se concentre assez (trop) vite sur la relation Eugénie-Geneviève qui est le nœud de la tension constante qui croît au fil des pages.
Le bal des folles est un joli roman, porté par une écriture simple sans afféteries, mais qui manque de profondeur et qui souffre de l’inévitable comparaison avec La salle de bal d’Anna Hope, à l’atmosphère d’une noirceur anxiogène et au dénouement sublime. Paru il y a trois ans, ce roman avait obtenu le Prix Femina étranger 2017 et le Grand Prix des lectrices Elle 2018. – Christine Casempoure
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Le roman de Victoria Mas évoque ces femmes internées à la Salpêtrière au XIXe, que l’on appelait les folles, les hystériques ou même les aliénées. Elles sont sous la responsabilité de cette figure devenue mythique de la neurologie et de la psychiatrie, le professeur Jean-Martin Charcot qui expérimente sur elles toutes sortes de nouveautés. Ces pauvres femmes sont parfois effectivement malades, mais le plus souvent elles ont été internées là par un père, un mari, un frère qui ne demande qu’à en être définitivement débarrassé. Car qui veut d’une épouse qui se révolte, d’une fille qui a été violée, d’une sœur qui exprime un souhait d’émancipation ?
Dans les dortoirs de l’hôpital, point de salut, ni lecture, ni activité, tout au plus quelques bavardages, le plus souvent une isolation forcée et désastreuse pour leur équilibre déjà bien fragile, un peu d’éther de temps en temps pour calmer les crises des malades. Et qui se soucie de leur bienêtre ? Le bon docteur Charcot préfère ses séances publiques d’hypnose, où une jeune et jolie malade est endormie pour tenter de lui faire reproduire les crises d’hystérie qui les qualifient si bien, devant un public plus voyeur que soignant et au prétexte de faire avancer l’étude de leur comportement… Chaque année à la mi-carême un bal voulu par Charcot est organisé pour elles dans l’enceinte d’hôpital. Le bal des folles confronte les bourgeois et les personnalités du tout Paris fascinés par ces femmes qu’ils vont côtoyer un instant.

Victoria Mas s’intéresse à quelques-unes d’entre elles, Geneviève, l’infirmière dévouée, effacée et attentive, Thérèse, la folle enfin à l’abris des violences du monde extérieur entre les hauts murs de l’hôpital, et Eugénie, la douce et brillante jeune femme qui vient d’être internée à la demande de son père. Car en cette année 1885, Eugénie s’intéresse aux esprits et aux écrits d’Allan Kardec, se demandant si les défunts parlent aux vivants. C’en est trop pour son père et pour l’honneur de sa famille, la voilà exilée elle aussi auprès de ces malheureuses qui peuplent les dortoirs de l’hôpital.

Le bal des folles est avant tout un éclairage sur le sort des femmes, sur les violences qu’elles ont eu à subir entre ces hauts murs symbole d’enfermements, sur la façon dont de tout temps elles sont écartées de la vie publique par les hommes qui les gouvernent, ici point de couvent mais un hôpital, rien de pire pour perdre tout à fait la raison et ne plus faire d’ombre à des pères de famille bien égoïstes. C’est aussi un excellent roman par son écriture à la fois réaliste et descriptive, qui nous entraine avec ses personnages attachants et bouleversants de vérité et de raison. – – Dominique Sudre

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Avant de commencer ce roman, j’avais quelques a priori vis-à-vis du thème de l’aliénation et du Professeur Charcot, malgré les avis dithyrambiques.
Merci aux 68 premières fois et à Victoria Mas de m’avoir permis de découvrir ce livre, vers lequel je ne serai pas allée. Une belle surprise …
L’histoire se déroule à la Salpétrière à la fin du 19ème siècle, dans le service du Professeur Charcot. Là nous faisons connaissance avec Geneviève, Louise, Thérèse et Eugénie. Des femmes issues de divers horizons : bourgeoisie, prostitution …
Ces femmes comme les autres sont enfermées et ne pensent qu’en cette période au bal organisé pour la mi-carême et préparent leurs atours. Une effervescence règne jusqu’à la date du Bal où sont conviés les bourgeois. Ils seront là pour se moquer et railler ces femmes.
J’ai bien aimé ce livre qui quelque part est une ode à la femme, même si à l’époque ce n’était pas facile pour elles. Ce roman se déroule en 1885, c’est à la fois proche et éloigné, et heureusement que la condition féminine a évolué.
L’histoire de Geneviève, Louise et Eugénie est très différente et l’on s’attache à ces femmes. Elles sont très émouvantes.
J’ai très vite lu ce livre qui pour un premier roman est saisissant.
Une plume à suivre. – Hélène Grenier