Dans les coulisses de la sélection…

Que se passe-t-il avant d’arriver à la publication d’une jolie mosaïque représentant les titres choisis pour la nouvelle sélection ? Comment s’organisent les lectures ? Le vote est-il démocratique ou un pouvoir autoritaire impose-t-il ses goûts ? Qu’est-ce qui motive le choix d’un roman plutôt qu’un autre ? Vous mourrez d’envie de le savoir ? Vous aimeriez être une petite souris pour espionner les tractations ? Installez-vous, on vous dit tout (ou presque)…

Keep calm and read books

Comme souvent chez les 68 premières fois, ça commence par un tableau. Il faut bien faire une liste de nos futures lectures et recenser les premiers romans à paraître. Chacun y va de sa petite contribution : éplucher les programmes des éditeurs, se faire prêter le dossier Rentrée de Livres Hebdo, aller à la pêche aux infos, intercepter les posts des éditeurs et des attachés de presse sur les réseaux sociaux. Ça c’est pour les lignes. Et le problème c’est qu’il y en a de plus en plus, des lignes. De 68 en 2015 on est passé à 94 en septembre 2018 et encore 77 en janvier 2019. Et de peur de nous ennuyer, on a décidé de suivre aussi les deuxièmes romans, histoire de ne pas perdre de vue les anciennes promotions. Bref, voilà pour les lignes. A présent, les colonnes. Il y en a 7. Un nombre impair, c’est mieux pour trancher. Sept lectrices curieuses,  insatiables, impitoyables. Un seul mot d’ordre : le plaisir. Un seul ennemi : l’ennui. Une règle : chaque livre doit être lu par au moins 3 des membres du comité de sélection. Ces 3 premières lectures peuvent décider rapidement de son sort en cas d’unanimité dans un sens comme dans l’autre. On va dire que pour un tiers des livres du tableau, c’est ainsi que ça se joue. En principe. Parce qu’on a déjà vu des livres a priori envoyés au tapis se relever de leurs cendres…

Il se peut que certaines lignes du tableau ne soient jamais remplies tout simplement parce que les livres ne nous parviennent pas. Ils sont peu nombreux, mais il arrive que des éditeurs ne répondent pas à nos sollicitations de services de presse. Concentrons nous plutôt sur ceux qui arrivent, ce sont les plus nombreux et il y a de quoi nous occuper. On en prend pour trois mois de lecture intensive. Décembre à février puis juin à août. Il faut tenir le rythme, ne pas faiblir. Parfois, les coups de cœur arrivent tout de suite et donnent de l’énergie pour continuer. Parfois, c’est l’inverse. La déprime guette, le désespoir s’installe, les « pourquoi pas » s’empilent dans un tableau qui se désole. On tente de se remotiver lors de notre réunion permanente sur Messenger. Chacune ses méthodes. Se faire un polar. Retrouver son écrivain favori. Aller respirer. Caresser son chat. La recherche de pépites, c’est exténuant.

Ça lit en Dordogne, à Lyon, au Mans, à Tours, à Boulogne et même à L’île Maurice (merci le numérique) et ça délibère sur Messenger. Mais attention, les engouements n’ont rien de virtuel. Les arguments sont affutés. La colère peut s’en mêler. On a entendu des menaces de démission. Des tentatives de corruption. Certaine n’a pas hésité à mener une véritable guérilla (les initiés apprécieront). Les alliances se font et se défont, au gré des circonstances. Associées un jour, adversaires le lendemain. On se réconcilie par la grâce d’une lecture qui soudain fait l’unanimité. Et on ne lâche rien avant que la mosaïque ne prenne la forme idéale.

Approved

Vient ensuite le moment de la récolte des exemplaires. Certaines histoires s’arrêtent là lorsqu’un éditeur ne souhaite pas participer. C’est rare, mais ça arrive. Les facteurs ont néanmoins de quoi faire, les paquets s’entassent chaque jour dans la boîte des 68 premières fois. Il y aura encore pas mal de manutention, des enveloppes, des petits mots, une camionnette pour transporter tout ça vers la poste. Et puis c’est un autre tableau qui prend le relais, de nouvelles cases, de nouvelles couleurs, de nouveaux voyages. La sélection appartient désormais aux lecteurs et nous… on prend des forces pour la suivante.

 

P.S. Pour les livres, l’expérience n’est pas non plus de tout repos. Et c’est un livre qui le raconte dans une précédente interview.

 

Session d’hiver : à vos marques…

Et oui, les habitués le savent, nouvelle année rime désormais avec nouvelle session des 68 premières fois ! Les premiers titres de la rentrée de janvier ont fait leur apparition en librairie et les parutions vont s’échelonner jusqu’en mars. 77 premiers romans sont au programme et nous sommes au travail depuis plusieurs semaines pour concocter la sélection. Comme pour la session précédente, quelques deuxièmes romans seront également de la partie.

Si vous souhaitez nous rejoindre, c’est le moment !

68_nuages

Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un mail à eglantine.68premieresfois@gmail.com afin de recevoir la charte et le bulletin d’adhésion à l’association le cas échéant.

Vous verrez, les règles du jeu sont simples :

  • s’engager à lire en priorité les livres reçus afin de garantir la fluidité des voyages,
  • s’engager à chroniquer les livres lus via les outils de votre choix (blog, réseaux sociaux, sites communautaires…),
  • être toujours de bonne humeur et bien sûr être à jour de sa cotisation annuelle à l’association

Petit rappel : vous lisez à votre rythme , aucune obligation de lire toute la sélection (en moyenne une quinzaine de livres). Cependant, pour permettre une lecture par le plus grand nombre, nous vous demanderons de ne pas immobiliser un livre plus de quinze jours. Pas de pression, mais uniquement le plaisir de découvrir de nouveaux auteurs et de pouvoir échanger avec les autres lecteurs engagés dans l’aventure.

Alors ? Vous venez ? Vous avez jusqu’au 22 janvier 2019 pour vous décider... sachant que les premiers envois ne seront pas fait avant février.

A très bientôt !

Une soirée, du partage, des mots…

Chaque année on se demande si la fête sera à la hauteur de la dernière fois, et des attentes de celles et ceux qui ont inscrit ce rendez-vous depuis longtemps dans leur agenda…

Mais il suffit de laisser opérer la magie de cette communauté qui se constitue autour des mots ; cette communauté qui grandit chaque année et dont même les membres qui se mettent en retrait quelque temps ne sont jamais bien loin. Un truc qui commence à ressembler à une belle famille.

Vendredi 14 décembre, dans ce lieu si chargé d’Histoire qu’est l’Hôtel de Massa, siège de la Société des Gens de Lettres, une vingtaine d’auteurs avaient réussi à faire coïncider leur emploi du temps avec le nôtre et ceux d’une soixantaine de lecteurs ayant participé à l’une ou l’autre des sessions de l’année. Ils ont gentiment accepté de se livrer au petit jeu consistant à répondre, chacun à leur tour à des questions tirées au hasard et à l’aveugle ; tics d’écriture, réactions face à la première critique, premier lecteur, relation avec son éditeur, le mot adoré… A travers ces questions innocentes se sont dévoilées discrètement certaines personnalités.

68_Soiree141218_ pelemele auteurs

Petit à petit, les timides ont baissé la garde, la chaleur et la convivialité ont pris le dessus. Sébastien Spitzer a fait part de son expérience auprès des détenus de la maison d’arrêts du Mans, en avril dernier. C’est l’autre facette des 68 premières fois, celle qui œuvre pour que cet amour des mots puisse aussi être partagé avec ceux qui y ont moins facilement accès.

Place aux échanges, autour d’un verre ou d’un petit four. A la signature du livre d’or, un truc rouge en forme de cœur qui nous les réchauffe, nos petits cœurs, les jours de doute. Place aux rencontres, les vraies. Autour d’un livre aimé, de questions éternelles sur une fin trop ouverte, d’interrogations sur la suite. Place aux dédicaces, on a tout le temps de les peaufiner…  D’après les jolis mots qui fleurissent sur les réseaux sociaux depuis ce week-end, il semble que des amitiés continuent à naître et que la famille grandit encore.

68_Soiree141218_ pelemele lecteurs

Merci à tous.

Merci aux auteurs pour votre accessibilité, vos sourires, votre bienveillance. Aux lecteurs pour votre enthousiasme, votre implication, vos yeux qui brillent. Merci aux éditeurs et aux attachés de presse qui nous encouragent et nous accompagnent depuis plus de trois ans. Merci à Marie Sellier et toute l’équipe de la SGDL avec laquelle nous partageons ce même souci des auteurs. Merci à Page des libraires, toujours à nos côtés et à la librairie Lamartine.

Bonnes fêtes de fin d’année et rendez-vous en 2019 pour de nouvelles aventures !

 

Quand Dieu boxait en amateur – Guy Boley

On ne choisit pas son enfance, on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main”

Quand Dieu boxait en amateur

Guy Boley raconte ici son père René à qui il rend un magnifique hommage.  » Mon père ce héros. Mon roi d’éternité ». Après son décès, Guy Boley comprend quel artiste était vraiment son père et quels étaient ses rêves.  » Toujours on sous-estime les gens qu’on aime trop, ou ceux qu’on aurait dû aimer encore bien davantage. »
René habitait près d’un dépôt de locomotives dans un quartier populaire d’ouvriers et de cheminots à Besançon. Orphelin de père, René est brimé par sa mère, une femme acariâtre qui lui impose la pratique de la boxe car elle déteste le voir plongé dans les livres et craint qu’il ne devienne trop efféminé. Ensuite René devient forgeron, devient parallèlement Champion de France de boxe, met en scène avec sa femme dans leur cuisine de naïves petites opérettes et joue des petits rôles au théâtre municipal. C’était un homme d’une extrême sensibilité qui a eu une vie multiple.  » Il a fait des tas de choses. » 
René a un ami, Pierrot, qu’il considère comme un frère, ils sont « deux lierres à jamais enlacés ». Pierrot devient abbé et propose à son ami d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la scène du théâtre paroissial. La vie de René s’enrichit encore d’une autre facette « Roi sur un ring, Jésus sur une scène, Zeus dans la forge. »
Quand Guy Boley écrit à propos de son père « Il ne sait pas que ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d’or, et de jade, de porphyre et de marbre, pour le glorifier. Le déifier. Et sanctifier son nom sur cet autel païen qu’on nomme littérature », il n’y a aucune vantardise dans ses propos, ce sont vraiment des mots d’or qu’il manie dans un style éblouissant. Lamour de son père pour les mots et les dictionnaires éclaire l’utilisation par l’auteur d’expressions qui peuvent être jugées assez emphatiques, c’est rare et on lui pardonnera aisément puisque qu’il a reçu cette passion des mots savants en héritage…
Dans un premier temps j’ai éprouvé une certaine déception en retrouvant les mêmes lieux, la même atmosphère que dans Fils du feu (la suie des locomotives, les rails du dépôt, les draps qui sèchent, le muret, la forge…) et la reprise de certaines des thématiques de son premier roman, la ruralité, le monde qui va trop vite… Mais après tout, son premier roman était inspiré de son vécu auprès de cette forge qui a tant compté dans son enfance…
J’ai encore été époustouflée par le style éblouissant de Guy Boley, j’ai savouré cette lecture lentement. J’ai été touchée par son regard sur son enfance décrite comme un palais des merveilles et sur sa complicité avec son père, son dieu vivant.  Je l’ai trouvé particulièrement émouvant dans ses regrets et remords dans la dernière partie du récit que j’ai trouvée magnifique. Le mot « papa » sort enfin dans les dernières pages… J’ai aimé sa sincérité dans le regard qu’il porte sur son attitude envers ses parents lorsqu’il les a quittés, il n’est pas tendre envers lui-même…  Ce roman parle aussi d’une magnifique amitié entre René et Pierre, deux êtres unis par l’amour des livres, les échanges entre les deux hommes sont souvent extrêmement savoureux.
Un magnifique hommage empreint de nostalgie mais non dénué d’humour porté par une écriture sublime.  – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Guy Boley revient sur l’histoire de son père depuis l’enfance jusqu’à sa mort.
Une magnifique ode au père poétique et flamboyante, allumée au feu de la forge et qui sent le cuir des gants de boxe.
Un père forgeron, boxeur amateur ayant connu son heure de gloire, l’histoire d’une amitié ayant traversée les années et à travers lui d’un monde disparu.
Homme plus complexe qu’il n’y paraît avec une âme d’artiste, aimant les mots et l’opérette.
« J’ignorais que mon père avait des rêves si grands. Toujours on sous estime les gens qu’on aime trop, ou ceux qu’on aurait dû aimer encore bien davantage. Quelque grandiose qu’ait pu être notre ferveur pour eux, on découvre après coup, l’ayant crue colossale, qu’elle fut au bout du compte assez mièvre, étriquée, déficiente. »
Des magnifiques descriptions de la boxe que l’auteur met en parallèle du processus créatif.
« On ne perd pas de temps, quand on combat, on ne babille pas, on ne tergiverse pas, on se dit l’essentiel entre deux coups, trois crochets, on sculpte l’éphémère, on écrit en saignant le seul roman qui vaille, on n’a besoin de personne pour nous dicter nos phrases, elles jaillissent des phalanges, percutent les mâchoires, déforment les orbites.
La minute de pose qui stagne entre les rounds nous apprend seulement qu’on est encore vivant et qu’il va nous falloir repartir au combat, dans cette lutte animale et primale qui augure sur le ring ce premier cri d’humain que chacun doit pousser pour que périsse enfin le singe qui dort en lui. »
C’est poétique, lumineux, sensible, MA GNI FI QUE. – Emmanuelle Coutant
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Besançon, un quartier populaire, des années 50 aux années 90, mais aussi dans les années 30-40 où se déroule l’enfance de ce père que Guy Boley peint avec une grande délicatesse.
Les 3 parties ne suivent pas la chronologie. L’enfance de son père permet de comprendre l’homme qu’il devient: un artiste, un boxeur, un travailleur manuel, un mélange que son fils admire en tant qu’enfant, puis rejette, avant de le comprendre à nouveau.
Le passage sur le processus de création artistique, quand son père parvient à interpréter Jésus m’a paru très réussi.
J’ai particulièrement aimé la fin, quand Guy Boley exprime ses regrets d’avoir jugé son père, quand il est lui même confronté à la difficulté de vivre, et la façon dont il dépeint la vieillesse.
La vie des différentes époques est décrite avec précision et humour; les sentiments des personnages sont exprimés avec finesse. Un livre que l’on peut rouvrir à n’importe quelle page en y trouvant du plaisir. – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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On est emporté par cette belle écriture tellement imagée, « Et puis, en grandissant, ils ont naïvement lutiné, aux fêtes paroissiales, les fillettes rieuses qui sur leurs balançoires prenaient de grands élans en mouvements de hanches, et tenté d’entrevoir, émerveillés fébriles, le torrent de leurs chairs au tic-tac d’encensoir qui dévoilait au vent le mystère émouvant de leurs culottes blanches », vivante en tous points, touchante, parfois émouvante et quelque fois même drôle «L’église saint-Martin des Chaprais est assez laide : il est préférable d’avoir la foi avant d’y entrer. L’architecte qui l’a conçue ne fut guère inspiré, l’ange qui guida son té a dû se prendre les plumes dans le ventilateur et se gaufrer sur la table dessin car c’est une bien pauvre église qu’on a là sous les yeux, indigne de la foi qu’elle prétend blottir entre ses murs ».
A travers une véritable déclaration d’amour, d’admiration à son père disparu, et en bien moins de 200 pages, l’auteur évoque de nombreux sujets graves comme la présence de la religion dans notre monde actuel, l’amitié, la difficulté à exister, l’alcoolisme avec une précision, voire une introspection et une justesse évidentes. Chaque phrase a un sens et sa place dans le texte.
On serait tenté de penser : « tiens, une autre déclaration d’amour à un parent disparu ». Celle ci n’est pas commune, et se construit de manière originale autour d’un évènement cocasse mais tellement fondateur pour ce père, que représente ce rôle de Jésus habité par un boxeur amateur sur une scène paroissiale.
Une plume riche, truffée de métaphores et de mots oubliés comme si tout au long de son travail d’écriture, l’auteur avait mis un point d’honneur à utiliser tous ces mots que son père, plus jeune, traquait avec ferveur dans le dictionnaire sans jamais pouvoir les mettre en scène. Peut être une autre forme d’hommage à ce père admiré. – Sophie Ruiz-Bernaert
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Le premier opus de Guy BOLEY « Fils du feu » m’avait tellement bouleversée que j’attendais avec impatience ce second récit dédié à son père.
Son père, ce héros, est évoqué avec une grande tendresse, une grande indulgence, celle qui nait lorsqu’on devient adulte et que le regard sur les parents se fait moins mordant. Un père élevé par une mère austère, bigote qui veut en faire un homme et qui vit dans le souvenir de son défunt mari « paf écrasé entre deux wagons comme une crêpe ».
Il lit en cachette car lire « use les yeux » (expression que j’ai entendue dans ma jeunesse) et incite à la paresse. Son ami de toujours, Pierrot, est de toutes les aventures, ils rivalisent d’ingéniosité pour échapper aux remarques acerbes de cette mère.
Pour devenir un homme, sa mère l’inscrit à la boxe et ce sera une révélation.
Devenu forgeron dès l’âge de 14 ans, il continuera et deviendra champion amateur.
Avec l’aide de son ami, devenu prêtre, il jouera dans une pièce de théâtre amateur la passion du christ.
Le texte est plein de tendresse, de souvenirs précieux à l’heure où le père n’est plus qu’un vieillard qui se meurt.
Si j’ai trouvé le texte toujours aussi bien écrit, un jonglage de mots poétiques que je déguste, je n’ai pas été emportée comme dans « Fils du feu ».
Une lecture agréable sans plus, un hommage du fils au père que je respecte mais qui ne m’a pas touchée à mon grand regret. – Nathalie Chartier-Salou
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Ah comme cet auteur fait claquer les mots dans son second roman ! La figure de son père René est plutôt romanesque puisqu’il est forgeron, toujours prêt à bosser dur (boxer dur ?) et capable aussi de se métamorphoser de champion de boxe à Jésus amateur sur la scène d’un théâtre paroissial. C’est sûr que ça n’est pas banal. Alors le fils raconte avec sérieux -et on y croit!- la biographie de ce papa peu ordinaire en s’autorisant l’humour. Et, peut-être parce que j’aime intensément le théâtre, il m’a semblé déceler un tournant à partir du chapitre 12. René découvrira que le théâtre, c’est hurler de l’intérieur.
On ne choisit pas son enfance, souligne ce fils (p. 43) on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main.
Dans la troisième partie l’enfant comprend que son père n’est pas le fils de dieu. Le roman alterne ainsi le regard qu’il pose sur son paternel, tantôt avec ses yeux d’aujourd’hui, tantôt avec ses yeux d’enfant, et on avance dans le temps mais paradoxalement en enchaînant les flashbacks.
On sent bien que le personnage de la mère, si effacé soit-il, recèle lui aussi un potentiel narratif. La perte d’un enfant la rendra muette et le père descendra de scène pour toujours. L’abbé n’est plus Pierrot et redevient Pierre.
Les dernières phrases sont très longues, chargées d’émotion, jusqu’à la chute finale, inéluctable, puisque « vieillir est un naufrage », on le sait tous (p.171). Le lecteur qui a partagé toutes ces confidences est tout de même soulagé d’avoir lu que le fils a eu l’occasion, quelques jours avant l’ultime départ, de rassurer le père : non il n’a jamais été un raté, oui il fut son unique dieu.
Ce livre témoigne que la vie est un sport, où le combat occupe une place centrale. C’est un hommage à nos ainés et c’est un récit écrit dans une langue riche et belle sur laquelle j’ai souvent eu envie de m’arrêter. – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Mon père, ce héros… C’est un peu le poème de Victor Hugo qui donne la scansion du roman-récit de Guy Boley. A l’hôpital de Besançon (Doubs), trois étages séparent la naissance de René, ce père tant admiré, de sa mort. Cette distance, apparemment étriquée, le narrateur nous en fait toucher la beauté banale en accomplissant par l’écriture le chemin à rebours.
Orphelin de père (« Paf ! Écrasé entre deux wagons, comme une crêpe, le pauvre »), René voyage sans quasiment bouger de l’appartement familial hormis pour l’école et puis, plus tard, pour sa forge. Ses plus belles explorations, c’est le Larousse qui les lui offre dans le secret de sa chambre : les mots, leur musique, leurs significations, les images qu’ils font naître, représentent un trésor dont il se sent à la fois dépositaire et indigne. Effrayée par l’idée que son fils puisse se « féminiser » par la lecture (activité peu virile s’il en est !), la mère de René l’exhorte à s’inscrire dans un club de boxe. Boxeur amateur, devenu champion, René combat avec la même fierté et la même dignité qu’il frappe l’enclume. Il cogne et les traces que laissent ses coups sont autant de mots imprimés dans la chair pour marquer son passage, pour cerner les contours d’une vie.
Et voilà que Pierrot, l’ami d’enfance devenu abbé shakespearien, a l’idée saugrenue d’adapter la Passion du Christ pour la fête paroissiale annuelle et d’en confier le premier rôle à son copain René ! Après tout, amoureux des mots au point d’en faire des chansons, des opérettes et des poèmes, ce dernier pourrait aussi bien s’approprier ceux d’un autre pour leur donner vie ! La stature et le charisme de René font de lui un Jésus convaincant, surtout aux yeux de son fils, persuadé de la réalité des souffrances endurées par son père sur scène. Mais les enfants grandissent et les pères vieillissent. Le père, mis KO par la perte d’un second fils, s’enfonce dans l’alcool et son fils apprend le mépris.
La mémoire de ce père flamboyant, de ce dieu sculpté par un regard d’enfant, est magnifiquement inscrite dans les phrases du narrateur, dans cette fresque à la fois sociale et intime à laquelle il donne toutes les nuances de la vie et de l’amour filial. Cet amour à la fois admiratif, impertinent et respectueux est mis en mots d’une manière poignante : l’humour, parfois corrosif, mais le plus souvent teinté d’une tendre malice, baigne la narration, alors même qu’elle semble imprégnée d’un chagrin immense, de ceux que l’on sait irrémédiables. Guy Boley réussit le tour de force d’émouvoir par des phrases d’un lyrisme sensible, charnel, et parvient, sans grandiloquence, ni affectation, à exprimer la profondeur des sentiments et leur complexité. « Quand Dieu boxait en amateur » érige un splendide Tombeau à ce père couronné d’épines, à ce Mohamed Ali auréolé de la gloire des humbles et des purs. Beau et juste du premier au dernier mot. – Sophie Gauthier
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Dans un style simple mais poétique, dans une langue riche parfois âpre, Guy Boley rend avec humour un bel hommage à son père dans ce récit passablement autobiographique. Il commence par évoquer l’amitié indestructible de deux enfants que liait la passion des mots et de la lecture dans le Besançon populaire des années 1930. Devenus adultes l’un est prêtre quand l’autre, son père, est forgeron et boxeur. L’auteur nous raconte avec tendresse au travers de ses yeux d’enfant les années 1950-1960, époque où il adulait ce père fort, joyeux et atypique. Ensuite c’est l’adolescence et 1968 qui ringardisent le père aux yeux de l’ado puis du post-soixante-huitard honteux de ce père qui se commet sur des scènes de patronage ou en chantant des opérettes. Mais vient aussi le temps des regrets. Regrets de n’avoir pas compris ce père, de l’avoir déçu, de ne pas avoir fait mieux. Regrets de ne pas l’avoir assez aimé. Il se rapproche de son père vieillissant et essaie de le comprendre un peu mieux. Dans cette belle démonstration d’amour filial Guy Boley se livre beaucoup mais avec pudeur. Et si il met un peu de nostalgie à décrire un monde qui n’existe plus c’est sans s’appesantir. En définitive ce père ne lui a-t-il pas légué l’amour des mots en héritage? Je n’ai pas lu le premier roman de Guy Boley. – Françoise Floride
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Il n’est jamais facile d’enchaîner avec un second roman après un premier roman qui a rencontré le succès auprès des lecteurs. Guy Boley y est parvenu !
Dans Quand Dieu boxait en amateur l’auteur rend un bien bel hommage à son père, forgeron issu de la France rurale des oubliés, boxeur mais aussi amateur de mots et comédien, échappatoires à la rudesse de la réalité. Il n’y est pas seulement question de filiation et d’origine sociale (avec les inquiétudes de la transmission des failles) mais aussi de fidélité et d’amitié.
Guy Boley nous relate en effet la vie de son père, un homme à la fois fragile et courageux, courageux dans son exercice de la boxe mais aussi en amitié. La relation avec son ami d’enfance, devenu prêtre, est particulièrement touchante. Après avoir eu les plus beaux rôles de champion de boxe sur un ring et s’être essayé à quelques opérettes, le prêtre lui offrira un premier rôle hautement symbolique, celui de Jésus dans la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Ce rôle, pour lui bien éloigné de la foi, lui permettra de témoigner de son amitié à son ami d’enfance, et de réconcilier énergie de la boxe et amour des lettres.
Guy Boley confirme une très belle maîtrise de la langue, une plume poétique, empreinte d’émotion et d’humour. Un livre à la fois sombre et lumineux, des caractéristiques qui apparaissaient déjà dans Fils du feu. Une très belle déclaration d’amour par les mots à un père amoureux des lettres.
Il s’agit également d’un livre très personnel où Guy Boley nous dévoile ses propres angoisses et pose, peut-être l’écriture comme une forme de résilience. Pour ceux qui n’auraient pas lu Fils du feu, il est disponible en version poche (folio). Les deux peuvent se lire séparément mais comme l’indique l’auteur, ils forment un diptyque : Fils du feu était centré sur le fils, Quand Dieu boxait en amateur est axé sur le père (quand il était enfant). Guy Boley planche actuellement sur un troisième roman et donc triptyque, centré sur la mère… A suivre! – Carole Laulhere (Accrochelivres)
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Ce roman est un hommage, un hymne au père, ce père tout à la fois forgeron,boxeur, acteur, poète, ce pourrait être le héros d’une tragédie grecque, c’est le personnage central dans une petite ville reculée de province.
Quelle vie de roi, roi devant la forge, roi sur le ring, roi le coude sur le zinc, et roi sur les planches d’un théâtre de patronage.Que peut on rêver de mieux que d’avoir un père aussi magnifique, ce père, ce héros. Et que peut on rêver de mieux que d’avoir pour compagnon de route un ami d’enfance devenu curé qui vous guidera dans les moments où les choix et les chemins sont difficiles.
Ce roman est d’une poésie et d’une délicatesse rare, d’une extrême justesse dans les mots et les phrases qui sonnent parfois comme des alexandrins, sans se départir d’un soupçon d’humour.
Ce livre met en avant le difficile héritage du père, méconnu et adulé, n’est ce pas le lot de tout fils envers son père ?
ce roman est un des grands livres de cette rentrée. – Philippe Hatry
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Le narrateur nous raconte son père, né et mort à la même adresse, à quelques étages d’écart. Il raconte l’enfance de cet homme, son amitié avec un autre enfant très différent, mais que l’intérêt pour la lecture avait réunis un temps, le premier étant passionné par la boxe, l’autre se découvrant sur le tard une vocation et entrant dans les ordres.
Le récit se centre autour d’un épisode particulier, lorsque l’abbé propose au boxeur de participer à l’adaptation d’une pièce de théâtre religieuse.
Le roman de Guy Boley déborde de tendresse, de jolis mots et compose une peinture du milieu rural susceptible de créer un sentiment de nostalgie à l’égard d’une période proche, et pourtant révolue (ce que je considère toujours avec vigilance, en tant que farouche détractrice du « c’était mieux avant »).
Et puis, bien sûr, il y a la plume de Guy Boley, qui est d’une délicatesse absolue. Dans Fils du feu, les mots fusaient, crépitaient de toutes parts, c’était un spectacle éblouissant, un feu d’artifice, un travail de forge sous nos yeux. Quand Dieu boxait en amateur a sans doute plus de réserve, de retenue, il n’y a pas la même exubérance et la même fougue jouant des mots, on y trouve une prose plus paisible, qui prête à sourire, qui berce. J’ai goûté cette écriture moins luxuriante, au cachet plus bucolique, plus discret, même si, in fine, elle n’a pas provoqué chez moi la même émotion que celle de Fils du feu, qui m’avait profondément marquée.
Quand Dieu boxait en amateur est un texte plus mesuré, l’auteur y joue du langage avec de l’entrain, bien entendu, mais les images qu’on y trouve sont moins grandioses, à mon sens. Mais il coule, il est très agréable, ouvre une page de passé où il fait bon vivre, et l’on s’y plaît. Et, surtout, l’amour du père porte le roman avec douceur et sensibilité. – Sara Dupouy-Adrian (Vie de Romanthé)
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Le second roman est toujours une étape un peu spéciale ; surtout quand le premier fut excellent et fort apprécié….. Sans doute vais-je (encore une fois) me démarquer avec mon appréciation dissonante, mais je suis très déçue par ce nouvel opus. Déçue d’avoir eu la –désagréable – impression d’avoir (re) lu le même livre, bien que le sujet soi différent ; encore que …. Déçue de ne pas avoir retrouvé le plaisir ressenti pour le premier, ni la beauté de l’écriture dans le sens où ici, cela ne m’a pas touché. Mais ce qui m’a finalement le plus agacé, c’est d’apprendre que son troisième roman parlerait de sa mère…. Sans moi ! M. Boley, dites- moi que votre 4 ème roman ne parlera de votre poisson rouge !! – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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Comme dans son premier roman, l’auteur rend hommage à son père, comme une manière de se racheter de ne pas l’avoir suffisamment rapproché, ou de ne pas l’avoir assez connu. Le monde dont parle le roman, truffé d’éléments autobiographiques, un monde où l’on forgeait, où l’on réparait, où l’on travaillait de ses mains, ce monde n’existe plus . Ce livre possède l’avantage de nous restituer cette période et l’ambiance de l’époque. Hormis cet hommage tardif, il y a cette histoire d’amitié entre René (le père ) et Pierrot, que l’auteur compare à Oreste et Pylade. Surtout, Guy Boley raconte son père, amoureux des mots, toujours à consulter le Larousse pour apprendre des mots savants, mais dont le destin est contrarié par sa mère. Elle l’oblige à la pratique de la boxe, « le sport populaire , le sport du populo » ; « ça fait les hommes, la boxe, affirme sa mère. « Tout comme la gnôle, les tranchées, l’enclume ou le pas de l’oie ». Après avoir longtemps pratiqué la boxe en amateur, René, pour faire plaisir à son ami Pierrot, le curé, monte sur les planches pour jouer le rôle de Jésus. Pourtant, René ne possède guère la fibre religieuse, mais l’amitié passe avant le reste. J’ai été vraiment séduit par la très belle écriture de l’auteur, parfois remplie de sérieux, et plus souvent d’un humour ravageur. Il y a le portrait délectable du vieux curé, caricatural, réfractaire à tout changement. Le jour où une jeune fille vient lui demander de monter un spectacle de majorettes, le curé pète un câble : « vous vous rendez compte , en pantalon, dans la cure, maquillée, un chouine-gomme dans la bouche, et me regardant crânement dans le blanc des yeux . (..) Et tout ça pour oser me demander la permission d’aller montrer ses cuisses aux mâles » ! Il y a bien évidemment de la nostalgie dans cette histoire, la forge, les temps révolus, son père que, finalement, malgré sa révolte, il considère comme un dieu. Dans cet hommage rendu par Guy Boley à son père, on est saisi par l’émotion. « Il ne sait pas que ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d’or, de porphyre et de marbre, pour le glorifier, le déifier ». Bref, j’ai été séduit par l’écriture sublime de l’auteur et sa façon de raconter son père et son enfance. Probablement l’un des meilleurs romans de la rentrée littéraire. – Michel Carlier

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Et bim ! En plein cœur ! « Et paf ! Ecrasé entre deux wagons »d’émotion, « comme une crêpe », mon pauvre petit cœur, par ce roman qui « vole comme un papillon et pique comme une abeille »…
Dissimulant avec pudeur ses sentiments derrière son humour et son narrateur, Guy Boley ressuscite « son père ce héros », son Jésus personnel, le Vulcain de son Panthéon, le G/Cary Grant de ces dames, le petit René de son « Père abbé » de pote. Il nous ramène avec lui vers cette France d’après-guerre où flottent dans l’air des courettes des parfums de lessive, de la poussière de charbon et des airs d’opérettes qui parlent d’escarpolettes, où le théâtre est de patronage et la lecture suspecte, où l’art de boxer est noble et les garçons sans larmes, où les culottes sont courtes et les hivers sans fin. Il a hérité de son père, pêle-mêle, l’amour du mot juste, l’art des volutes, le sens de la précision et en fait bon usage pour « toucher, toucher et encore toucher », envoyant au tapis le lecteur imprudent qui était allé au contact sans protège-cœur. Dans un style mâtiné d’humour vieille France et constellé de mots hors d’usage, il exhume de sa mémoire l’image pieusement et pudiquement enfouie d’un homme à la vie simple, aux gestes martelés, aux mains aussi larges que son cœur.
De l’échauffement au knock-out final, de la rate qui se dilate à la gorge qui se noue, j’ai tout aimé de ce roman poids moyen (même pas 200 pages) ramassé, nerveux, vif, rigolard et attendrissant. Le cœur au bout des mots comme autrefois son père l’avait au bout des poings, Guy Boley, vieil enfant repentant, grand frère inconsolable, dresse une stèle tardive mais sincère à la mémoire de son héros disparu et propose au lecteur de l’accompagner sur le chemin de rédemption qui mène au Dieu de son enfance. – Magali Bertrand
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La rudesse et la poésie sont les mots qui effleurent ma pensée, en songeant au roman de Guy Boley. Celui-ci dépeint également la passion de l’existence, des instants de poings et de sang dans un univers rural étriqué mais, aussi, de sensibilité à travers les collections de mots, glanés au fil du temps, dans le carnet de son père. Un homme toujours avide “d’être”. Un bel hommage, au père disparu, qui donne envie d’ouvrir les bras vers le notre, celui qui nous a offert son cœur, dans notre enfance. Une dynamique forte faite d’énumérations juxtaposées anime les combats de boxe et fait écho à ceux de la vie. L’auteur signe un appel à ne pas enfermer l’individu dans son apparence. – Anne Richard
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Dès les premières lignes, je sursaute. On dirait du Balzac : « Besançon est une petite ville… ». Le décor est posé, montré, décrit ; nous y sommes aux côtés de l’auteur et de sa famille, de son père surtout, dont il va nous parler.
Guy Boley écrit bien, très bien même ; il a le sens de la formule, de la phrase qui fait mouche, de la répartie. C’est un mélange subtil de poésie, de langage soutenu et familier, cru parfois. L’intime, le très intime, tout ce qui touche au corps dans les extrêmes du sport et de la dépendance nous est donné à lire ; pour les sentiments, c’est plus difficile, plus viril, dans les subtilités de la paternité, de l’amitié.
Si ce roman nous parle et nous touche, c’est parce qu’il met en lumière des souvenirs qui pourraient être les nôtres, à certains moments donnés. Personnellement, ma grand-mère citait souvent le poème de Victor Hugo, « Après la bataille », et mon propre père est aussi ce héros-là, à sa façon…
Sincèrement, je ne connais rien à la boxe ; sans aller plus loin, je n’aime pas ça ; dans mon univers, c’est peut-être juste quelques noms, Marcel Cerdan ou Mohamed Ali avec une bonne dose de Sylvester Stallone dans Rocky… et, pourtant, le récit du combat de championnat m’a marquée, avec la boxe comme métaphore de la vie, ou mieux comme eucharistie… Il fallait oser, tout de même…
Par contre, je connais un peu le milieu catho-caté et, là, j’avoue, j’ai jubilé ! Quelle justesse dans la caricature : le vieux père curé est assez savoureux dans ses réactions au concile Vatican deux ! Et surtout, quelle belle analyse de La Bible qui contient tout sur le plan de la dramaturgie : « courroux, délire, douleur, folie, amour, passion et trahison »… !
En ce qui concerne la métaphore proprement dite reposant sur l’expérience du ring de boxe pour sublimer le combat que mène Jésus, je suis moins enthousiaste même si je salue son originalité.
Le volet biographique, l’hommage au père défunt m’ont touchée ; je reconnais l’effet cathartique de l’écriture qui permet d’immortaliser sur le papier ce que l’on n’a pas su ou pu dire… Mais j’ai préféré l’approche littéraire, le côté autodidacte face à la peur maternelle des livres, les références hugoliennes ou shakespeariennes
En conclusion : un bon livre, original. – Aline Raynaud
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« Mon père ce héros. Mon roi d’éternité »
Voilà, c’est émouvant comme ça et c’est par ces mots et bien d’autres encore que le narrateur (Guy Boley?) partage son amour et sa tendresse pour son père René. Un père hors normes, tout à la fois forgeron, comédien, chanteur d’opérette, amoureux des mots et champion de boxe . Alors pour lui rendre hommage, parce qu’il le mérite et peut-être pour racheter son mépris adolescent quelques années en arrière, il écrit sur ce père qui l’a aimé en lui renvoyant par les mots son amour et son admiration.
Il raconte ce qu’il a été et ce qu’il voulait être ; car René restera toute sa vie 《un enfant contrarié 》par une mère rustre qui voulait faire de lui un homme, pas un artiste ni un lecteur. La boxe pour qu’il devienne un mâle- tant mieux ! Car très vite il y prend goût admirant sur le ring les combats héroïques et les danses chorégraphiées des boxeurs.
Tout est prétexte à la rêverie et aux mots- René ouvre son dictionnaire Larousse toujours avec envie, s’interrogeant joliment sur la langue. Alors pour accompagner ce père artiste, l’écriture de Guy Boley est délicieusement poétique- tout devient poésie : l’enclume, la forge, les chemins de fer, la boxe. Tout est esthétisé, poétisé pour glorifier ce père atypique qui n’a eu de cesse de rêver. Et puis il y a Pierrot, son ami de toujours, passionné de lecture, devenu prêtre , qui lui offrira finalement le rôle de sa vie au théâtre- un rôle qu’il abandonnera subitement car la vie est violente et cynique parfois.
C’est un roman tendre, pudique, drôle qui au-delà de l’hommage au père est aussi un récit sur le temps qui passe, rappelant que l’homme n’est que de passage, que rien ne dure, pas même les héros et qu’il faut faire en sorte de ne pas les oublier. – Sandra Moncelet
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« La vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime » Victor Hugo. Guy Boley raconte son père qu’il a mal compris, mal aimé durant son enfance. Un peu honteux parfois de ce père, forgeron-chanteur d’opérettes, boxeur. Autopsie d’une enfance mal vécue, passage à l’âge adulte rédempteur. Il m’a manqué l’émotion dans cette énumération pragmatique, décorticage d’une vie d’artiste qui n’a pas pu s’exprimer pleinement. Amour sous exprimé ponctué de silences, pudique entre ce père et ce fils. Hommage posthume à ce père qu’il a aimé sans avoir su pleinement l’exprimé avec des mots. Pourtant, le sujet est touchant. Le style parfois emphatique, la redondance des expressions, même si le vocabulaire est particulièrement choisi, m’ont fait manquer l’émotion. Je ne connaissais pas cet auteur, peut-être aurais-je une autre opinion si j’avais lu son précédent roman encensé par les lecteurs ? Un roman, un lecteur : une rencontre. C’est un rendez-vous manqué entre père-fils, romancier-lectrice. Le charme de la plume n’a pas opéré. Guy Boley propose un roman que l’on abandonne pas, intriguant, qui trouvera son lecteur sans nul doute. – Laurence Lamy
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« Alors dans Besançon, vieille ville espagnole, Jeté comme la graine au gré de l’air qui vole, Naquit d’un sang lorrain et breton à la fois Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ».(Ce siècle avait deux ans, Victor Hugo, juin 1830)
Pour moi, Besançon évoquait jusqu’ici la naissance de notre Victor Hugo national. Désormais (et sauf si j’oublie ce livre et ma chronique) je vais devoir y rattacher la naissance du père de Guy Boley, l’auteur de ce roman ou plutôt de cette auto-fiction puisqu’il nous y raconte de façon très personnelle la vie imaginée et vraie d’un père qu’il vénère. « Mon père, ce héros », s’applique-t-il à nous répéter.
Nous voilà donc au « Dépôt », ferroviaire, apparemment, de Besançon où René Boley exerce le métier de forgeron. Nous sommes dans la première moitié du vingtième siècle, le travail du fer et de la fonte est encore essentiel et c’est tout un petit monde qui vit là, celui des cheminots et de leurs familles. On trouve tout sur place, hôpital, loisirs, école : l’entreprise rythme la vie des cheminots et s’occupe de tout. Un monde assez clos, fréquent à cette époque. On trouvera la même chose chez De Wendel en Lorraine comme dans d’autres grandes entreprises, métallurgie, textile, mines. Une sorte de capitalisme social qui eut son utilité à l’époque.
René est donc forgeron mais il se passionne pour la boxe vers laquelle l’a dirigé sa mère pour une raison simple : éviter qu’il ne devienne un de ces homos tant décriés et moqués qui jettent l’opprobre sur la famille.
La chance veut qu’il se passionne pour le « noble art » et y devienne champion amateur. Comme quoi le hasard peut bien faire les choses. Cerdan et Mohamed Ali deviennent ses modèles.
Bien, tout cela dure la moitié du roman (qui n’en est pas un, je le redis) et, très franchement, ne m’intéresse guère. Aucun intérêt pour les gars qui se démolissent le portrait, de surcroît le style est aussi lourd qu’un bloc de fonte, entre mots savants savamment jetés au fil des phrases, citations littéraires disséminées sans guillemets (et cela devient un jeu de les déceler), procédés stylistiques lourdement employés (Ah ! ces interminables accumulations…!) : bref, j’ai failli refermer le livre à la moitié.
C’eut été une erreur, car la seconde moitié du livre traite d’un autre sujet : la découverte par René, l’illettré amoureux du Petit Larousse illustré, d’une passion pour le théâtre. Pierrot, l’ami d’enfance de Guy devenu abbé, se lance dans la programmation d’un spectacle théâtral ayant pour thème la vie et surtout la mort de Jésus. Et voilà notre cheminot devenu comédien, incarnant le Fils de Dieu sur la Croix. Sacrilège ? Non pas, tant il y met d’application et finit par proposer une vision du Christ en Croix digne de Pasolini.
Certaines pages sont superbes et bien sûr, particulièrement celles qui évoquent la fin de ce père d’abord légèrement dédaigné puis respecté, admiré, adoré par son fils, Guy Boley.
Il y a quelque chose de touchant dans ces pages, déclaration d’amour à un père, vibrant hommage d’un fils qui répare des sentiments trop froids, trop égoïstes et dédaigneux à l’égard d’un homme simple. Une relation père-fils qui peut toucher nombre de lecteurs tant on peut s’y reconnaître. – Évelyne Grandigneaux
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J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire. Ce que je lisais ne me déplaisait pas, l’écriture non plus, mais je ne trouvais pas la clef qui me permettrait véritablement d’entrer dans ce roman. Un roman qui parle du père du narrateur, René, un boxeur amateur amoureux des mots qui n’a pas eu l’enfance qu’il méritait. Son père est mort alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère, une femme au mode de vie rural qui estimait que lire était une perte de temps. Son fils était un sensible, ne répondait pas aux moqueries et chahuts, alors elle l’a inscrit à la boxe. Il avait un meilleur ami, avec qui il partageait la passion des lettres.
Et c’est lorsqu’ils sont arrivés à l’âge adulte que l’histoire m’a conquise. Les deux garçons, maintenant hommes, sont toujours amis. Mais si René est forgeron et un grand boxeur, Pierrot a choisi la voie de Dieu. Et par amitié, René accepté de jouer le rôle de Jésus dans le spectacle que veut organiser le « père abbé ». Le narrateur décrit la hargne que son père a mise pour apprendre son rôle et l’incarner, lui qui était au départ un piètre comédien. Il y avait de quoi être fier. Mais les années passant, son fils s’est détourné de lui, s’est moqué, ne venait plus voir ses momies de parents que pour profiter d’un foyer chaud et d’un bon repas. Le père était son héros mais il l’a laissé sombrer avant de le lui dire.
Plus ça allait, plus ce roman me bouleversait. Je suis à la fois très peinée pour René, qui me donne l’impression de ne pas avoir eu une vie à sa mesure. Et pour le narrateur, qui comprend qu’il a abandonné son paternel. René est un personnage lumineux qu’on n’a pas laissé briller.
Contrairement à ce que ma première impression laissait envisager, j’ai aimé ce roman. C’est triste, mais beau. J’ai adoré l’écriture de Guy Boley, avec cette pointe d’humour pleine d’ironie qui donne un ton désabusé au récit. Un ton désabusé qui trahit le coeur meurtri de son narrateur. Même si parfois il donne une image de son père peu reluisante, il a su dresser un beau portrait de René et lui rend magnifiquement hommage. Il l’érige en héros mais nous le montre en tant qu’homme, avec ses forces et ses faiblesses. Ce que j’en retiens surtout c’est sa prestance et son intégrité, son humilité. Un roman touchant que je pense relire un jour. – Vanessa Natiora

Les poteaux étaient carrés – Laurent Seyer

« Maman est partie et papa l’a remplacée par Virginie, un peu plus tard. Moi je l’ai remplacée le jour même par une équipe de football. »

Les poteaux etaient presque carres

Nicolas a 13 ans 1/2 et vit à Vincennes quand le 12 mai 1976 son équipe favorite, l’ AS Saint Étienne- « Lasse » comme il l’appelle affectueusement comme une petite amie- joue la finale de la coupe d’Europe des clubs champions contre le Bayern Munich. Ce sont les 90 minutes de ce match qui vont rythmer le récit- chaque action renvoyant Nicolas à un souvenir de sa courte vie, des moments en famille ou partagés avec ses amis. Une vie meurtrie par le départ de sa mère, remplacée par son père comme on remplace un joueur sur le terrain, par Virginie sa « fausse doche  » qu’il ne parvient pas à accepter.
Alors cette vie familiale perdue il la remplace lui aussi, car l’être humain déteste le vide, en rêvant et en s’attachant très fort à « Lasse ».
On vit avec lui intensément les minutes du match mais aussi toute sa passion illimitée pour cette équipe avec laquelle il vibre dans une communion collective que seul le foot est capable de susciter.
Ce sport prend alors sous la plume de Laurent Seyer une dimension tantôt poétique tantôt épique. Les descriptions rendent notre lecture toujours plus avide et on se surprend à vivre et à ressentir les émotions frémissantes de Nicolas.
Au-delà du football, nous lisons les pensées et les errances d’un jeune adolescent blessé , qui n’a plus que pour seul repère une équipe qui ce soir-là va perdre de manière irréversible.
Par une fin déroutante Laurent Seyer termine de nous surprendre et laisse une impression forte.
Amoureux de foot ou non, peu importe, ce livre est à découvrir! Il est celui d’un passionné qui a réussi avec talent à réunir foot et écriture. Un très bon moment de lecture. – Sandra Moncelet
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Ah ! Cette fameuse expression brandie comme une excuse pour un match perdu …

Et, bien justement, nous y sommes à cette fameuse soirée, que dis-je, ce match d’anthologie, imperdable, et que pourtant les verts ont perdu !

Comment utiliser un moment de communion qu’est un match de foot pour nous montrer l’attachement viscéral d’un petit bonhomme à une équipe parce que ses illusions d’enfance lui échappent ?

Nicolas est un enfant de divorcés. Maman est partie, et a été vite remplacée par « fausse doche » qu’il n’aime guère, pas plus que son fils alias « Contre mon gré ». Les relations avec son père sont réduites au strict minimum. Le père et le fils ne se comprennent plus. Nicolas se sent abandonné et ne voit plus le paternel que comme un être vide de tous sentiment.

Le foot est devenu son refuge et sa famille. Mais ce soir-là, cette finale entre St Étienne et le Bayern a lieu dans un stade hautement symbolique pour lui ; un lieu de moments heureux avec sa maman…

Désormais, ces moments heureux sont derrière lui. Nicolas est un garçon blessé, un garçon que son papa ne regarde plus, et qui doit partager son affection.

On comprend assez vite que, même si le foot est omniprésent dans ce court roman, il n’en demeure pas moins un prétexte pour nous parler, de sujets graves qui enveloppés dans la fantaisie et la futilité fait passer infiniment plus de choses.

Pas besoin d’être calé en foot pour s’emparer de cette histoire émouvante et sensible au dénouement inattendu. Ce roman, à l’écriture alerte et soignée se lit d’une traite, le temps d’un match. – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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12 mai 1976. Nicolas, 13 ans et demi, supporter invétéré des Verts de Saint-Etienne, s’attend à voir sa vie basculer devant la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions de football. Le jeune adolescent regarde le match aux côtés de son père, de sa « fausse doche » et de son « goret » de fils, Hugo. Évidemment, tout ne va pas se passer comme dans ses rêves les plus fous et une tristesse indicible va peu à peu l’envahir au fur et à mesure des 90 minutes de la rencontre et à mesure qu’il réalise son quotidien de fils de divorcé.
Il ne faut pas forcément être féru de foot pour apprécier la plume de Laurent Seyer qui établit une parabole intéressante, bien que parfois un peu maladroite, entre cet instant de vérité de la finale mythique des Verts et les états d’âme d’un adolescent en proie à une douce mélancolie. J’ai passé un bon moment, mais pas non plus inoubliable. – Boris Tampigny
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Il y a des romans qui ne vous attirent pas de prime abord. Celui-ci en faisait clairement partie. Un roman footballistique, l’antithèse parfaite de mes envies de lecture.
Je me trompais lourdement. Laurent Seyer a visé juste, en pleine lucarne, me voilà terrassée par l’émotion en 144 pages.
Car derrière le récit de cette rencontre mythique, c’est sur un autre terrain, celui de la famille recomposée, que ce joue le match véritable, un match à guichets fermés entre quatre protagonistes, Nicolas, le narrateur, son père, sa belle-mère et son fils Hugo.
Une chronique mélancolique et sensible du divorce dans les années 70, vue à travers le prisme de l’adolescence, où la vie se joue sur une victoire des Verts, où marquer un but peut changer le cours des choses à jamais.
Dans sa cage fragile d’adolescent criant son mal de mère, Nicolas encaisse les remarques, les regards en coin, le manque d’amour paternel.
L’ange vert pourra-t-il endiguer sa souffrance en dépit de l’issue connue du choc des titans ?
De l’avant-match au coup de sifflet final, Laurent Seyer joue sa feuille de match en virtuose, dans une économie de mots. Moins on cherche à être magistral, plus on touche à l’essentiel, oui, plus on s’approche de la vérité.
Lire ce roman permet de se reconnecter avec l’adolescent que nous avons été ; ce funambule aux pieds d’argile tentant de se libérer des ses entraves familiales pour conquérir sa liberté.
Un GROS coup de cœur, assurément… – Catherine Pautigny
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J’annonce d’emblée que j’ai aimé ce livre.
Un récit bref qui dit l’essentiel.
Nicolas, le jeune garçon a 13 ans et demi lors de la finale historique l’ASSE Saint-Etienne contre le Bayer de Munich.
Il est suspendu à la retransmission télévisée.
Le lecteur suit quelques séquences du jeu de la seconde mi-temps, mais ce n’est pas un roman essentiellement sur le foot.
Car la mère de Nicolas a quitté le domicile le laissant seul avec un père physiquement présent mais qui semble indifférent.
Il faut un palliatif à l’absence et, le jour même du départ de la mère, « question de survie », il se passionne pour l’équipe de Saint-Étienne. Les Verts comblent le vide.
L’écriture est sobre, sur fond de tristesse non exprimée.
Une écriture maîtrisée avec des notes d’humour.
Pour moi, cela a été comme un cadeau : nous habitions à cette époque proche Lyon, notre fils avait l’âge de Nicolas et nous avons vécu son amour pour les Verts, la collection des vignettes Panini…
J’ai pu avoir l’illusion de revivre cette période. C’était bien. – Mireille Lefustec
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Le 12 mai 1976, j’avais deux mois, je ne me souviens donc pas de cette finale mais je peux comprendre aisément l’engouement de Nicolas pour une équipe de foot, ayant vécu la coupe du monde de 1998 et celle de 2018! Dans « Les poteaux étaient carrés », c’est Nicolas qui raconte cette finale, sa finale. Les mots sont ceux d’un enfant, d’un adolescent qui se livre par l’intermédiaire de ce match de foot! Nicolas raconte au lecteur les évènements de sa vie qui sont liés à des matches de foot. Il y a d’abord le départ de sa mère le soir d’un match, départ dont découle le divorce de ses parents, divorce qui n’est pas courant dans les années 70, d’ailleurs Nicolas est le seul enfant de parents divorcés de sa classe. Puis le père de Nicolas lui impose une « fausse doche » et son fils comme ça, sans lui demander son avis, sans préavis. La solitude de Nicolas devient de plus en plus oppressante et ce père qui ne partage pas grand chose avec son fils même pas le foot: oui ils regardent le match ensemble mais ça s’arrête là… Nicolas supporte de moins en moins ce manque d’intérêt de la part de son père. Tout comme l’attitude des parents de ses copains d’école envers lui à cause du divorce de ses parents, cela lui est difficile de subir cela… Nicolas se raccroche donc à cette équipe de foot, « lasse », dont il connaît tous les joueurs, il se crée sa propre famille à défaut de voir la sienne s’étioler…

Laurent Seyer a su retranscrire le désespoir de Nicolas que j’ai senti progresser au fur et à mesure de l’histoire. Nicolas, cet ado, qui se sent délaissé par sa propre famille, famille qui a éclaté, famille qui n’en est plus une pour lui, famille jugée par les autres, cela fait beaucoup pour un garçon… Tout cela amène Nicolas a se prendre de passion pour cette équipe de foot, les Verts. Quand ça va mal, chacun se réfugie dans ce qu’il aime afin d’échapper à ce qui les rend triste. L’auteur nous montre également comme cela était difficile le divorce à cette époque, alors que de nos jours cela s’est, malheureusement, banalisé 40 ans plus tard.

J’ai aimé ma lecture « Les poteaux étaient carrés » mais (et oui il faut toujours un mais), la fin m’a parue étrange… Je ne comprends pas vraiment le sens de cette fin… Pourquoi l’auteur termine son roman comme cela?? Je m’interroge et j’émets des hypothèses et cela n’est-il pas le but d’un livre, non? – Sybil Lecoq (Un brin de Syboulette)

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On refait le match. 12 mai 1976, Glasgow, finale de la Coupe d’Europe de foot, opposant le Bayern de Munich à l’ASSE, l’équipe de Saint-Étienne.
À ce stade de ma chronique, et si, comme moi, vous n’êtes pas vraiment amateur de foot, vous vous dites peut-être que ce roman n’est pas pour vous. Oui, mais voilà… je l’ai lu d’une traite et avec plaisir, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.
Parce qu’à 13 ans et demi (l’âge du narrateur Nicolas), il arrive que l’on ait l’impression que notre vie dépend tout entière d’un événement qui nous dépasse et qui peut paraître anecdotique, comme un match de football, par exemple. Parce que les quatre-vingt-dix minutes de jeu retransmises en direct dans l’appartement de Nicolas servent d’appui (ou de parallèle) à son récit et que chaque action le renvoie à sa propre vie de jeune garçon, fils de parents divorcés qui vit avec son père, sa belle-mère et son fils (la « fausse-doche » et le judicieusement baptisé « Contre-mon-gré »…)
Parce que le stade de Glasgow où se déroule le match rappelle à Nicolas le séjour qu’il a fait avec sa mère en Écosse, moment de complicité à deux qu’elle a voulu lui offrir après avoir quitté la maison, et dont Nicolas ne saisira l’importance qu’avec un peu de recul.
Parce que les épisodes racontés sonnent juste, et que malgré mon absence totale de connaissance en Histoire du foot, je me suis volontiers prise au jeu du suspens et de la tension qui règne sur la pelouse du stade alors qu’il ne reste que vingt minutes de jeu, et que décidément, l’équipe de l’ASSE a la guigne. Ou alors, serait-ce à cause des fameux poteaux ? Nul ne le saura, mais en tout cas, pour Nicolas, ce moment scellera pour toujours son destin de jeune garçon de 13 ans et demi. – Amélie Muller
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J’ai été surprise d’autant aimer ce premier roman empreint de nostalgie et de tendresse dans lequel le foot sert de toile de fond. L’auteur mêle très habilement le récit d’un match rentré dans la légende et l’histoire intime et douloureuse d’un jeune garçon de treize ans. La vague qui emporte les supporters, la jouissance ressentie dans la houle de la foule sont parfaitement retranscrites de même que les sentiments et émotions du jeune garçon.
La solitude, le poids des non-dits traversent ce beau texte émouvant jusqu’aux poignantes dernières lignes qui remuent les tripes. Un beau coup d’essai pour un premier roman riche en émotions. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Le roman est bref (173 pages) et malgré cela j’avoue que passé la moitié, j’ai survolé les scènes descriptives du match de foot (trop c’est trop quand on n’y voit aucun intérêt). De même tous les propos élogieux sur cet « événement » m’ont ennuyée, Coupe d’Europe peu importe, le foot ne m’intéresse pas. Surtout qu’à cette époque, j’avais 4 ans, alors si mémoire collective il y a, j’étais trop jeune pour y participer.

L’intérêt du livre est bien évidemment dans l’autre part de l’histoire, le ressenti de Nicolas sur la séparation, la douleur d’avoir « perdu » sa mère, et la fin que bien évidemment je ne dévoile pas. La construction mêlant histoire personnelle et histoire collective à travers la passion du football et le récit d’un match en particulier ajoute aussi à la qualité de l’ouvrage, mais pour ma part, elle m’a pesée plus qu’elle ne m’a séduite. – Laure Alberge (Les jardins d’Hélène)

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Lecture légère de ce premier roman de 137 pages, un entracte dans cette sélection des 68 premières fois. Mettre en scène le récit de son enfance, de sa passion, de ses amis et surtout de sa famille recomposée autour du parcours de l’équipe mythique de football des Verts de Saint-Étienne est une approche originale et pour moi inédite.
C’est à la fois grave et léger, une réflexion qui a le mérite d’exister pour une galerie de portraits familiale assez chatoyante et souvent dure, sur l’amour filial, le manque de mère et un père qui, pour le coup n’est pas celui qui part, autre originalité de ce roman.
Ce premier roman se laisse facilement lire, sans réelle passion mais avec l’envie d’aller au bout de cette histoire. Certes les multiples descriptions des phases de jeu peuvent parfois lasser mais, pour ma part, je les survolais pour m’en tenir au contenu de l’histoire. – Olivier Bihl (Passion de lecteur)
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Même si le milieu du foot ne m’est pas très familier, j’étais toute disposée à me plonger dans ce premier roman et à revivre le match mythique qui a opposé en mai 1976 l’ASSE et le Bayern de Munich. Je me souviens de l’engouement pour l’équipe des verts de Saint-Étienne et, à la lecture de ce livre, je retrouve même des noms de joueurs que j’ai dû connaître à l’époque. En effet, même si mes préoccupations étaient ailleurs, il n’était pas facile alors d’échapper au retentissement de cet événement sportif…
Pourtant, cette lecture m’a un peu gênée… D’abord, c’est tout juste un roman, plutôt une longue nouvelle, vu son format. De plus la narration obéit aux codes de la nouvelle : forme brève, sujet restreint, entrée en matière rapide, peu de personnages, chute rapide et inattendue…
La métaphore filée entre le déroulement du match, les personnalités des joueurs et de l’arbitre et les évènements vécus par le jeune Nicolas, âgé de 13 ans et demi, et les relations qu’il entretient avec ses parents, la nouvelle compagne de son père et son fils et ses camarades de collège ne fonctionne pas tout au long de la narration avec le même naturel. Le résultat est très inégal.
L’idée de départ est cependant originale : reporter sur une équipe de foot le potentiel relationnel qui manque dans une famille recomposée, y trouver la force d’un lien qui manque entre un père et son fils, compenser le vide de l’absence de la mère par le jeu collectif… Mais voilà, cela ne me convainc pas. – Aline Raynaud
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Le 12 mai 1976, Saint-Étienne affronte le Bayern de Munich pour la finale de la coupe d’Europe. Pour les vrais amateurs de foot, même s’ils n’étaient pas encore nés, c’est une date qui compte. Pour preuve, mon Amoureux, qui était encore un bébé à l’époque, a compris tout de suite de quoi le roman parlait rien qu’en lisant le titre. Pour Nicolas Laroche, fervent supporter de l’ASSE et amoureux du foot en général, ce match promet une soirée inoubliable.
Pourtant, du haut de ses treize ans, il est obligé de le regarder à la télévision avec son père avec qui il ne partage rien, sa belle-mère qu’il n’aime pas et son fils qu’il méprise. Une soirée qui aurait pu être géniale mais se révèle cauchemardesque, d’autant plus que pas de bol, au stade de Glasgow, les poteaux étaient encore carrés.
Cette soirée de match est le fil conducteur autour duquel va s’articuler le récit de la vie de Nicolas. Sa mère est partie, apparemment à cause de son père, et ne va pas bien. Ils se voient peu. Il a sa bande de copains. Et le foot. Et c’est tout ce que j’en retiens, à part peut-être un peu le pincement au cœur qu’on peut ressentir en lisant les émois de ce petit gars, à la fois content d’être singulier et triste de ne pas se sentir bien dans sa famille.
C’est un roman que j’ai lu facilement, sans déplaisir, mais sans plaisir non plus. Le seul intérêt que je lui ai trouvé, ce sont les références footballistiques. Oublié sitôt terminé. – Vanessa Natiora (Le jardin de Natiora)
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Les poteaux étaient carrés pour une vie qui ne tourne pas bien en rond, surtout quand l’amour reste enfermé dans les vestiaires.
Une lecture qui pourrait durer quatre-vingt dix minutes auxquelles on ajouterait un peu de temps additionnel, juste pour bien comprendre que la partie qui se joue n’est pas que du foot : c’est une compétition narratrice sur les blessures d’une adolescent qui reçoit le premier tacle de sa vie lors du départ de maman et de l’arrivée de sa remplaçante et de son fils, nommés réciproquement « Fausse-doche » et « Contre-Mon-Gré ».
Une lecture qui laisse des neurones en manque de nourriture. La fin est évasive, étrange, même si chacun aura sa propre version du dénouement. Cependant, un roman qui n’est pas exempt d’intérêt, mélanger une compétition avec les errances d’un adolescent, un côté psychologique qui en dit long sur ces enfants en manque d’amour, en manque de tendresse ; ces enfants qui ont l’esprit en lambeaux suite à leurs parents qui se déchirent. Des blessures qui claquent, brûlent et n’arrivent pas se refermer. On s’accroche alors à ce qui semble un réconfort, un but en soi, une façon d’oublier. Mais cette passion si salvatrice, elle devient son contraire si elle ne suit pas la ligne espérée par le blessé de la vie.
Une lecture dont on voudrait une continuité, un approfondissement mais qui a le mérite de soulever le voile sur l’une des causes du mal-être de la jeunesse. Avec le sport comme toile de fond. – Ghislaine Antoine
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Les poteaux étaient carrés est un livre déroutant. Je ne saurais dire si je l’ai aimé mais en tout cas apprécié c’est certain. L’auteur rapporte la parole de Pierre Cangioni, un match n’est jamais terminé avant le coup de sifflet final (p. 125). On pourrait en dire autant d’un livre où le lecteur cherche son plaisir jusqu’à la dernière page.
Si le titre est intrigant mais compréhensible j’ai par contre eu du mal à déchiffrer la couverture … qu’il était difficile de choisir plus laide, même si le cliché est historique. Le parallèle que fait Laurent Seyer avec des évènements familiaux qui, à l’instar d’un match, ne se rejoueront pas non plus, est très intéressant. Mais il souligne aussi un match n’est jamais terminé avant le coup de sifflet final. On pourra ainsi analyser l’histoire familiale en changeant de point de vue. Ainsi, au fil des pages le garçon réalisera que les moments heureux qu’il a vécu avec son père sont systématiquement associés à la présence concomitante de sa mère qui, depuis a quitté le foyer familial.
C’est évidemment davantage à la défaite du club stéphanois qu’à la victoire de coupe d’Europe des munichois que l’auteur a pensé en écrivant cet ouvrage. Ce qui est original c’est aussi la position dans laquelle se trouve le jeune homme, toujours derrière un poste de télévision, jamais dans les gradins d’un stade. On ne le voit sur aucun terrain. Il ne participe pas aux entraînements, ne joue pas en amateur mais il se révèle être un connaisseur avisé.
On comprend (p. 82) quel processus d’identification peut se mettre en place entre un téléspectateur et une équipe. Cela se passe curieusement (s’ancre) au moment où la victoire semble hors de portée : Pour la première fois depuis le début du match j’ai un mauvais pressentiment. Je la connais bien cette angoisse (…) J’ai déjà ressenti cette humiliation de l’impuissance, quand on réalise que l’on n’aura pas gain de cause, que ce sont nos adversaires qui iront danser sur le podium (…) et il faudra vivre avec ce regret toute sa vie.
Souhaitons à l’auteur que l’écriture de ce livre ait atténué ses regrets. – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Un premier roman très touchant.
Nicolas est un jeune garçon qui se prépare pour la finale de la coupe d’Europe, le 12 mai 1976. Il va nous raconter sa vie de jeune garçon, dans les années 70, sa mère est partie et une nouvelle fausse-doche et son fils, Hugo, le porcelet CMG se sont installé chez lui. Il est le seul enfant de divorcé de sa classe et cela l’isole mais il a quand même de très bons copains. Il a surtout une fascination-passion pour l’équipe des Verts. A travers le match et les fameux poteaux carrés, Nicolas va nous raconter sa vie d’adolescent. Un livre touchant, et on retrouve un peu la magie du précédent livre que j’avais apprécié des éditions Finitude « En attendand Bojangles ». Ce jeune Nicolas m’a touché et j’en ai appris un peu sur le football et la fameuse et mythique équipe des Verts (collection des vignettes Panini de mon frère, souvenirs d’enfance !). Hasard mais je viens de voir un film OVNI Diamantino, film portugais sur un footballeur. Je vais devenir incollable sur le foot (!!). Nicolas parle aussi bien des familles recomposées. De belles pages sur son voyage en Ecosse avec sa mère et sa visite d’un terrain de football mythique. Même si vous ne comprenez rien au football, je vous conseille ce livre pour cette belle, touchante et poétique description de l’adolescence.

 – Catherine Airaud

Faune et flore du dedans – Blandine Faure

“ La forêt me dévore, me happe, désagrège toutes mes défenses. Elle m’assomme par sa densité, les milliers d’arbres alignés devant moi s’empressent de me voler quelque chose que je ne veux pas leur donner.”

Faune et flore du dedans

Lorsqu’elle passe la porte du bureau de Joachim, Louise cherche seulement à noyer ses démons dans un trop-plein de connaissances, dans l’étude infinie de la nature pour servir ses projets artistiques. Pourtant, cette première rencontre d’apparence anodine va l’entraîner à l’autre bout du monde, au cœur de la forêt amazonienne, impitoyable de densité. Le contact avec cette nature puissante et indomptable suffira-t-il à Louise pour tourner la page sur ses souffrances passées ? Cette expédition sera-t-elle le point de départ d’une nouvelle vie ?
Blandine Fauré nous offre un roman poétique, d’une très grande sensibilité, où l’élément naturel se présente comme une puissance dépassant l’homme, un exutoire à la fois rassurant et menaçant où se réfugier en cas de détresse. Dès le début, le cadre est posé, celui du lexique de botanique, riche de définitions diverses, applicables aux plantes, mais aussi à nos personnages. Louise apparaît d’abord fantasque, sûre d’elle et insolente, avant de laisser entrevoir, lors des moments clés de l’expédition, des fêlures liées à son passé, à sa famille et à son ancien amant, Igor. Le voyage prend dès lors un tour initiatique : plus qu’un projet artistique, c’est sa vie qu’elle vient réinventer ici, auprès du ténébreux scientifique aux petits carnets noirs.
Roman à deux voix, où l’épistolaire se superpose à la prose omnisciente du narrateur, Faune et flore du dedans nous transporte dans un autre monde, inconnu et fascinant, celui de la forêt amazonienne, théâtre d’une histoire impossible, d’un désir secret et inassouvi. Rien de se passe comme nous l’aurions imaginé dès les premières pages, mais on sort de cette lecture profondément touchés par le parcours tumultueux de nos personnages. – Olivia Cheucle (The unamed bookshelf)
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Une jeune plasticienne, Louise, rejoint une équipe de scientifiques, chargée d’explorer le parc El Manu, dans la jungle amazonienne péruvienne. Dans des conditions parfois extrêmes, l’équipe collecte des espèces inconnues, tandis que l’artiste développe son travail, sa créativité, inspirée par cet environnement. Tout en suivant l’expédition, la jeune femme revisite sa vie présente et passée. Blandine Fauré entremêle habilement la banalité d’un vécu particulier à l’aventure extraordinaire poursuivie dans la forêt.
« La nature qui m’accueille me bouleverse. C’est un chant extrême, inouï, qui fissure un à un mes souvenirs… », écrit-elle.
L’auteure détaille cette forêt de manière précise, presque scientifique, mais aussi enchanteresse. Elle rend ainsi compte de la beauté fascinante, à la fois rude, dangereuse et fragile, d’une nature, dont elle nous dit, en filigrane, combien elle est menacée.
J’ai beaucoup aimé cette aventure exceptionnelle, dans cette selva inquiétante, puissante ou le moindre faux pas peut tuer. J’ai aimé cette écriture, un très bon moment de lecture. Un roman poétique, sensible.  – Gloria Rodriguez
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Quand j’ai reçu ce livre, il ne me tentait pas. Mais quelle ne fut ma surprise par cette jolie découverte, premier roman de Blandine Fauré.
En effet : une écriture fine, poétique, envoutante, une nature débordante et dense, une faune bruyante et diverse.
J’ai aimé Louise, personnage fantasque et passionnée, venue chercher l’apaisement dans cette forêt amazonienne fascinante et chasser ses douleurs et fêlures passées, un voyage initiatique. Certains personnages sont attachants et je les quitte avec regret : son frère et sa sœur, sa grand-mère délicieuse.
La construction de ce livre avec ces aller et retour entre passé et présent m’a séduite, ainsi que les définitions scientifiques à chaque début de chapitre : aérobie, abscission, corticole, accrétion….
Une réussite pour ce premier roman. – Joëlle Radisson
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Sous ce beau titre énigmatique s’ouvre un roman qui nous emporte au cœur de la forêt amazonienne, et qui nous plonge dans la confusion des sentiments et des temporalités. Un projet artistique, liant photo et dessin, conduit Louise, la narratrice, à se joindre à une mission scientifique en partance pour l’Amazonie. La forêt, étrange, étrangère, hostile, mais aussi utérine et consolatrice, est en quelque sorte le personnage essentiel de l’histoire qui nous est racontée. L’écriture la fouille et l’explore pour en faire émerger son côté organique, matriciel. Prisonniers de leur passé autant que de leur présent, les humains se régénèrent sous la canopée et c’est eux-mêmes qu’ils découvrent en recensant des espèces inconnues. Chaque chapitre s’ouvre sur une définition de botanique qui donne des clefs d’interprétation en replaçant l’humain en symbiose avec la nature. La poésie sensorielle, fine et sensible, qui irrigue l’intrigue, crée une atmosphère où l’apaisement nait de l’angoisse et de la menace.
Je conserve de cette lecture une impression paradoxale : j’en ai beaucoup apprécié le scénario et surtout l’écriture qui lui donne un ton si envoûtant. Pourtant, je ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages, ni à me projeter vraiment dans l’histoire. Un rendez-vous manqué, donc. – Sophie Gauthier
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Première lecture de la sélection de septembre, et premier coup de foudre pour ce roman de l’excellente collection 1er Mille qui m’a bouleversé, tant pour sa trame romanesque que pour l’écriture d’une maîtrise impressionnante.
Que cherche Louise, photographe en mission au coeur de la jungle amazonienne aux côtés de scientifiques aguerris ? A fuir un passé douloureux marqué par l’abandon et le deuil, à se réconcilier avec elle-même ?
Au cœur de ce roman gigogne où le paysage devient métaphore des émotions de l’héroïne se niche une merveilleuse histoire de résilience et de rédemption, servie par la plume magistrale de Blandine Fauré, qui nous entraîne au coeur de la Selva dans une kyrielle de sensations visuelles et auditives qui donnent un corps physique palpable au récit. Nous cheminons dans les pas de Louise, passant de l’ombre à la lumière au cœur d’une forêt à la fois oppressante et rassurante comme un ventre maternel, notre âme de lecteur en apnée jusqu’à la dernière ligne…
Les livres sont vivants, fidèles compagnons de route ils nous aident à garder la tête haute au quotidien, dans les moments de doute comme dans les moments de liesse. Ce portrait de femme subtil et enchanteur est entré avec fracas dans ma petite géologie intérieure, il s’ajoute à ces petites pépites que l’on a envie de garder au fonds de soi, précieusement. – Catherine Pautigny
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Faune et Flore du dedans est un étrange récit à deux voix, celle de la narratrice et celle des carnets d’un autre personnage dont la lecture nous est proposée plus tardivement dans le récit. Les deux JE déclinent des pans de vie, des angoisses, des abandons, des drames personnels, des pertes, des souffrances… Ils se séparent et se rejoignent, se retrouvent et se perdent à nouveau. La trame narrative est complexe, les informations sont distillées au compte-gouttes, jusqu’au dénouement.
L’auteure joue le jeu subtil de la métaphore végétale en plaçant son personnage principal au cœur de la forêt amazonienne. D’un côté, elle nous donne à lire et à suivre les habituels clichés et personnages typiques liés à ce type d’expéditions scientifiques : le bel universitaire au charme mystérieux, le spécialiste austère, le baroudeur incontournable, la belle biologiste (blonde et sculpturale, forcément), la jeune étudiante inexpérimentée, le botaniste sympa, etc… Et d’un autre, elle échafaude son intrigue autour du champ sémantique de l’herbier : titre des chapitres sous forme de définitions géo botaniques, parallèles complexes entre les corps et les végétaux, les sentiments et les processus naturels, liens entre le vivant et le spirituel…

Il y a dans ce roman tout un travail autour de la représentation : l’héroïne principale est « photographe artistique », son rôle dans l’expédition est de poser un certain regard sur la vie végétale et animale dans le cadre d’un projet universitaire à l’intitulé redondant. Même si l’écriture est également mise en avant, notamment dans les carnets avec leur effet cathartique, sorte de journal de bord de l’expédition, de journal intime aussi, de lettres à la femme aimée, l’auteure semble donner la priorité à un autre format représentatif, un autre cadre, celui de l’herbier… Le sort final des carnets est très parlant à ce niveau.

Je salue l’originalité de la démarche narrative, je suis même plutôt admirative pour le suivi de la métaphore filée à l’extrême d’un bout à l’autre du roman. Pourtant, c’est là que je me perds un peu car je ne ressens aucune émotion, aucune empathie à l’égard des personnages, comme si je les percevais à travers un filtre…
Je m’explique : un herbier est une collection de plantes ou de parties de plantes desséchées sous presse, étiquetées et nommées avec rigueur ; c’est aussi le nom donné à l’endroit où sont conservées ces planches séchées, une sorte de musée. Dans un herbier, les plantes sont préservées mais mortes, destinées à être vues, étudiées mais hors de leurs milieux naturels.
Un bon roman…
Un bon moment de lecture mais où il m’a manqué cependant un souffle de vie, où la distance était un peu trop grande pour moi entre l’humain et sa flore et faune intime. – Aline Raynaud
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Puis tu avais eu cette impulsion mystérieuse, dont j’ignorais encore quelle allait bouleverser mon existence tout entière. Tu avais évoqué l’existence de tes carnets.” Cette phrase apparaît p. 104 de ce très beau roman publié aux éditions Arléa et c’est un peu un tournant de l’histoire. Pourtant, ce n’est que cinquante pages plus loin qu’apparaîtra l’enveloppe d’où la narratrice sortira des dizaines de carnets, dont elle distillera le mystérieux contenu jusqu’à la fin du roman. Arrivé là, on ne manquera pas alors de relire le début…. Car Blandine Fauré fait preuve d’une sacrée maîtrise de la construction : suspens, flash-back… Mais quel art pour un premier roman ! L’histoire d’amour pourrait-être banale et tous les malheurs des personnages un peu excessifs (abandon, deuils, perte d’un enfant, handicap… ) si l’auteur n’avait choisi un contexte fascinant, la forêt amazonienne, et surtout si elle ne faisait preuve d’un magnifique style pour les décrire (l’amour et la forêt). C’est très intelligent, très fin et au final très beau. – Catherine Mézan
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J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce premier roman qui pour moi ne correspondait pas à ce que j’attendais. Je voulais plus de mystère, d’onirisme, de voyage, de percée sauvage. Je voulais une exploration de cette jungle, de cette selva. Je voulais une femme forte qui s’impose au sein de cette expédition. Et il est bien dur de se détacher de son envie première, de se dire « ok, c’est pas ce que je voulais mais voyons voir ce que ça donne » alors j’ai fait quelque chose que j’aime beaucoup faire. J’ai dormi. Et je me suis réveillée les idées bien claires, sans attentes particulières et j’ai repris ma lecture. Et la forêt amazonienne m’a envoûtée.

La prose de Blandine Fauré s’étend telles les ramifications d’un arbre centenaire qui contiendrait tous nos souvenirs. A travers ses lianes tentaculaires, l’autrice trace le portrait d’une femme au bord de la dérive, qui apparaît pourtant de prime abord comme effrontée, insolente, sûre d’elle alors qu’elle s’adresse à cet homme, ce docteur que tous admire. Elle ressort de ce bureau bouleversée mais aussi terriblement convaincue et déterminée. Elle veut partir. Elle partira. Un peu pour elle, un peu pour lui.

Plasticienne, elle souhaite découvrir dans les arbres, les plantes, les oiseaux, ce qu’elle ne trouve pas dans la ville : la liberté, la lenteur, la quiétude. Pourtant à travers ses branchages ce sont les souvenirs qui reviennent la hanter, la prennent par surprise, la tétanisent. Mais c’est aussi le clapotement d’un pecque pecque sur l’eau, le bruissement des feuilles, la chaleur moite qui la lavent, lui permettent de s’étirer, toucher du doigt la sensation de plénitude. Alors que même dans cette forêt dense, touffue et mystique, c’est l’amour, le désir qui viennent la cueillir. Un amour platonique, uniquement tiré de regards, de commentaires sur les lianes, les feuilles et les arbres centenaires. Un amour sous tension permanente, parce qu’il y a toujours, là bas de l’autre côté quelque chose qui les retient, qui les empêche : une famille, un passé. La narratrice tutoie beaucoup cette présence masculine, l’apostrophe et n’arrive guère à s’en défaire. Il y a d’ailleurs peut-être là cette faiblesse dans l’écriture, ce désir permanent de revenir à cet homme, Joachim, alors qu’il ne me semble pas essentiel.

Ce que j’ai particulièrement apprécié ce sont tous les va et vient entre le passé et le présent, déclenchés par on ne sait quoi : la danse des oiseaux, le calme plat du rio Samiria, l’obscure disparition de Luis dans les branchages, un sommeil qui tarde à être trouvé. Tout est propice à retrouver ce passé lourd, pesant, cet Igor dont on ne saura finalement que peu de chose si ce n’est qu’il est sauvage, possessif, féroce ; cet enfant qui n’aura jamais vu la lumière et le ventre vide qu’il laisse ; ces frères et sœurs qui sont comme des bouées ; et cette grand-mère, adorable, maternelle, contrepoint de ce triste passé. Blandine Fauré entremêle ses souvenirs aux branchages de la forêt, les entament dans les bras des grands singes, les tissent dans ses rêves. Voilà l’effet que me donne l’autrice : une tisseuse.

A cette voix narrative extrêmement présente, forte et poétique se rajoute celle du docteur, ce fameux scientifique dont on apprend finalement que très tard le nom.La fin éclot doucement, nous fait languir, s’attarde sur des choses dont on a finalement que faire, on aurait aimé peut-être, rester en Amazonie, dans cette jungle immense, qui aura touché tout le monde, impacté les forts et les faibles. Et nous y revenons, lentement, à petits pas, à travers les photographies de Louise, à travers les mots de Joachim, à travers les morts et les vivants, la forêt Amazonienne est là, mystérieuse, révélatrice, brumeuse. Elle a rendu la paix.

A travers ces définitions scientifiques, ces descriptions oniriques, et ces fantasmes poétiques, Blandine Fauré nous emporte au cœur de la forêt Amazonienne, la nôtre, celle que l’on a au fond de nous, de notre âme et qui nous attend patiemment. Avec une voix narrative extraordinaire l’autrice a finalement su me convaincre de rester dans cette jungle moite et luxuriante. Si je regrette parfois le « trop » stylisé, les phrases qui auraient mérité d’être raccourcies et le manque, peut-être, de mysticisme, j’en admire pas moins cette prose envoûtante qui ne laisse que peu de place à la respiration. C’est un voyage extraordinaire, au cœur de Louise et de soi, auquel nous convie Faune et flore du dedans, oserez-vous tenter l’aventure ? – Enora Pagnoux (Les dreamdream d’une bouquineuse)

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Louise, jeune photographe, intègre une équipe de scientifiques pour une mission sur la faune et la flore en Amazonie. Immergée au fond de la Selva, au milieu des oiseaux, des arbres, des sentiers, des cours d’eau, Louise se souvient. Elle se souvient de son enfance, de cette mère insaisissable, de ses grands-parents. Elle se souvient des jumeaux dont elle a charge d’âme. Elle se souvient surtout d’Igor, son grand amour et de la fin tragique de leur histoire. Au contact de Joachim, le chef de groupe, elle cherche à éloigner les démons de son passé pour se reconstruire. Elle si fragile mais si courageuse.
Dans un savant mélange de nature et de poésie, Blandine Fauré signe un admirable livre sur l’amour et la résilience. La trame narrative est douce, sensuelle, lente. J’ai été enchantée par cette lecture si sensible. – Amélie Descroix
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La principale qualité de ce livre tient du reste au parfait mariage entre l’écriture et la nature. Les phrases sont comme des lianes qui viennent s’enrouler autour des émotions, leur conférant une intensité nouvelle. « À chaque pas de ce voyage, les souvenirs de ma vie passée avaient éclos, triomphant de l’amnésie où ils étaient tombés depuis que la mort s’était abattue sur mon corps. »
L’idée d’ouvrir chaque chapitre par une définition scientifique tirée du lexique de botanique, d’expliquer les notions de forêt, suspension, inflorescence, ruissellement ou encore anaérobie donnent permettent aussi de marier la science et l’art, autre transcendance de ce récit aussi exaltant que douloureux, aussi thérapeutique que dramatique. – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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Comment s’épanouir lorsqu’on n’a pas de solides racines ? Cette question est valable pour les végétaux comme pour les êtres humains. Preuve que les deux ont plus en commun que nous ne pourrions l’imaginer, chaque chapitre du premier roman de Blandine Fauré commence par une définition de botanique, et toutes apportent un élément de réponse à la question fondamentale de ce livre : qui est Louise, l’héroïne ? Louise fuit son enfance, son passé, les gens qui l’ont blessée. Pour mettre de la distance entre elle et ce fardeau, elle rejoint une expédition de scientifiques partant à la recherche de nouvelles espèces dans la jungle amazonienne. Elle est là pour porter un regard artistique sur la mission, mais aussi pour se révéler à elle-même.
Dans cet environnement hostile, la crainte, d’abord, domine Louise. Plus elle s’intègre au groupe, plus elle apprend à apprécier cette nature luxuriante. Bientôt l’artiste est à l’aise. Mais intérieurement, la vie sous la canopée fait rejaillir avec violence les traumatismes. Petite fille perdue, femme blessée, sœur comblée : tout se mélange, la laissant à fleur de peau. Lorsqu’il lui faut quitter la forêt, elle n’est pas loin d’avoir totalement perdu pied.
La quête de Louise pouvait-elle trouver une réponse dans la forêt amazonienne ? On ne repart pas indemne d’un séjour dans la selva. L’écriture, qui retrace son parcours, oscille entre l’introspection de Louise et ses adresses à Joachim, le charismatique chef de mission. Les allers-retours entre différentes périodes de son passé dessinent peu à peu le portrait de Louise, au parcours et à la personnalité complexes, jusqu’à révéler ce que cette expérience lui a réellement apporté.
Mon sentiment à la fin de cette lecture est ambivalent. J’ai apprécié la métaphore botanique qui sert de fil directeur, et Louise est suffisamment intrigante pour m’avoir donné envie de lire le livre jusqu’au bout afin d’en savoir un peu plus sur elle. Pour autant, je ne me suis pas attachée à l’héroïne et à aucun moment je n’ai été réellement emportée par le récit. – Claire Séjournet (La marmotte à lunettes)
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J’ai aimé ce premier roman qui nous transporte en permanence dans un univers paisible et foisonnant, dans cette nature qui transcende la vie de ceux qu’elle bouleverse par sa beauté et sa fragilité, sa force et a puissance aussi. J’ai aimé suivre le cheminement des pensées de Louise qui se remémore les moments clés de sa vie, elle alterne la réalité du présent avec les souvenirs, ceux de la famille, les deuils, la vie, l’amour, qui passent et font que malgré tout on avance et que l’on devient autre, plus fort sans doute de sortir vivant de ses blessures les plus profondes.

Il y a surtout une beauté subtile dans ces pages qui nous plongent au cœur de cette nature foisonnante et puissante, rédemptrice et cicatrisante, intemporelle, éternelle et pourtant fragile. Une nature bien plus éphémère qu’il n’y parait, surtout si l’homme n’y prend pas garde. – Dominique Sudre (Domi C lire)

K.O. – Hector Mathis

“ C’est drôle comme on apprend de la vie aux côtés des malades, de la marche auprès d’hémiplégiques, et de la langue auprès des étrangers. On comprend toujours par l’absence, c’est une histoire de maths ça, les scientifiques connaissent, on ne découvre pas x en le tournant dans tous les sens, mais en le faisant jouer de son absence. “

KO

K.O. va surprendre plus d’un lecteur. Hector Mathis nous livre ici un premier roman très singulier, repéré bien avant sa sortie par de nombreux jurys littéraires. Et ce n’est qu’un début.
Le récit ne suit pas l’ordre chronologique. Voilà pourquoi je suis entrée péniblement dans l’ouvrage avant de me faire happer par le style. Alors je n’ai plus lâché.
L’auteur écrit la misère avec une poésie infinie pour nous faire sentir combien Sitam avait du cauchemar plein les semelles. Comme lui il n’a pas l’adjectif malhonnête (…) et les mots dont il use sont des communs mais ils font pas semblant.
On s’habitue vite à sa rhétorique et on l’apprécie. Comme lui, faut pas m’échafauder des phrases trop prudentes, j’y trouve(rais) des certitudes.
Hector Mathis nous raconte une histoire d’amour, celle de Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, qui tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir de novembre 2015, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe, Amsterdam, une ville où on ne choisit pas où l’on va, c’est la ville qui décide et la précarité… parmi des garçons de café, des musiciens sans abris et un imprimeur oulipien.
Hector Mathis connait la musique. Avant de s’atteler au roman il écrivait des chansons. Cela imprime un rythme et nourrit son écriture de poésie. Peu importe que les faits soient réels, ou inspirés d’évènements ayant réellement eu lieu, ses mots nous percutent avec l’énergie du désespoir. Et pourtant oui, il y a de la légèreté dans l’air, c’est sans doute ce qui est le plus bouleversant.
En relisant les premières pages après avoir terminé une première lecture l’effet de miroir entre Sitam et Hector m’a paru évident. Dans tout ce dégueulasse et cette beauté y avait de la matière à mettre en gamme. Je la tenais ma raison d’être au milieu. J’allais droit vers la littérature, depuis le départ. Je traquais mon roman, ma musique. Fallait que j’écrive.
Tout fait sens. Comme Sitam il est entré en littérature par la musique. Et il nous offre des charades à tiroirs particulièrement inventives. On frémit à l’annonce du diagnostic de la maladie du jeune homme en se disant que pourvu qu’il ne soit pas complètement son alter ego.
Nombreux sont ceux qui vont comparer ce roman à Voyage au bout de la nuit mais plutôt que Céline, c’est sans doute Bernard Lazare qu’il conviendrait de pointer, comme l’auteur le fait lui-même en recommandant la lecture des Porteurs de torches, publié en 1897, réédité en 2016 chez Hachette.
Un écrivain est né. Il parait qu’Hector Mathis a déjà terminé son second roman. On s’en réjouit.  – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Sitam et Capu, amoureux transis, décident de fuir Paris, en proie aux violences et où les sirènes des ambulances les assourdissent. Ils vont voyager en banlieue, en Hollande, et faire de belles rencontres. Ne se quittant que pour gagner quelques billets, Sitam et Capu vivent au jour le jour. Jusqu’à ce que que Sitam fuie… sa vie, ses amis, son amour… Voici un premier roman plus que prometteur !! Hector Mathis écrit avec talent et nous entraîne, au rythme de ses mots saccadés, dans les pas d’un homme perdu. Généreux et altruiste, Sitam est un écrivain en devenir, qui ne veut pas lire la pitié ou le désespoir dans les yeux de ses proches. Au risque de devoir supporter une solitude bien lourde… Il est rare d’entendre les mots qu’on lit. Ici, la musique rythme les pages, les phrases et nos émotions… – Audrey Thion
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Un texte virtuose pour un roman choral et musical, comme un grand slam sur fond de jazz. C’est l’histoire de Sitam, croque-poussière en devenir, qui fuit Paris avec la môme Capu après les attentats du 13 novembre 2015. Il va se réfugier dans la grisâtre, sorte de banlieue morne puis entamer un road trip vers Amsterdam où ils croisera des personnages savoureux. Un premier roman dont les mots résonnent et sonnent comme une partition, une virtuosité qui a suscité mon admiration. le texte est d’une richesse époustouflante. Lorsque Sitam travaille dans une imprimerie, le texte devient vertigineux et hallucinant, quelle prouesse ! Son passage à l’hôpital est criant de vérité et de réalisme, sa maladie est brutale et cruellement décrite. Pourtant, mon engouement de départ s’est, au fil des pages, émoussé et teinté de déception car j’ai trouvé que l’histoire elle-même en pâtissait et patinait un peu. Pour résumer, la qualité du texte n’a pas été suffisante pour emporter ma totale adhésion. En dépit de cette faiblesse, je reconnais des qualités indéniables à ce premier roman qui ne passera pas inaperçu. Hector Mathis est un vrai talent en devenir. – Nathalie Chartier-Salou
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Est-ce le pessimisme ambiant, la construction brinquebalante de l’histoire au cours de laquelle les liens entre les personnages semblent être «fabriqués» pour tendre vers une fiction qui prétendrait dire le monde tel qu’il est, nonobstant la fulgurance célinienne de la langue et le rythme syncopé du livre, mais K.O n’a pas provoqué chez moi de chaos pour ce premier roman des 68 premières fois en cette rentrée de septembre. Déjà, on a du mal à croire que Sitam, celui qui nous parle (anagramme de Mathis, l’auteur) n’a que 20 ans, tant sa perception du réel, sa force de caractère et son analyse de ce qu’est la vie, le terrorisme, la maladie, l’écriture, la mort, son rapport aux autres, sont marqués par une énergie du désespoir. «Je n’ai pas de méthode» confie l’auteur dans un entretien au magazine PAGE et j’ose dire que cela se sent et s’entend au vu des personnages qui passent, s’effacent au gré des tribulations de notre héros. Archibald, le vieux SDF qui l’écoute soliloquer dans sa cabane, la môme Capu qu’il aime mais qu’il abandonne sans vergogne, Benji l’ami d’enfance ou Lariol qui joue avec les mots et promet à Sitam de l’aider à publier son manuscrit, etc.) Certes, une voix s’élève dans ce flot d’exagération qui parfois frise l’exercice de style, mais cela ne suffit pas à tomber à la renverse K.O debout ! – Cécile Rol-Tanguy
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Deuxième premier roman que je découvre grâce aux 68 premières fois et c’est le premier coup de cœur sans jeu de mots.

Lu d’une traite car Sitam ne vous en laisse pas le temps. Il court vers la vie, la mort aux trousses. Il court vers l’enfance, berceau de tous les rêves.

Il était si bien avec la môme Capu à rêver sur les toits de Paris mais les balles tueuses ont eu raison de leur toi de vivre. Alors pour ne pas finir dans cet état de guerre, ils fuient jusqu’en Hollande. Mais avant, cette rencontre avec Benji, son ami, a failli tout foutre en l’air. Pour le pognon, juste pour le pognon, que Benji voulait voler à celle qui se moquait de lui, le résultat c’est que Benji s’est retrouvé par terre, baignant dans le sang. Alors avec la môme Capu, bien sûr qu’ils ont foncé vers les Pays Bas.

Si calme ce pays, par rapport aux autres troués par les attentats. Il a appris les couleurs à travers l’imprimerie Sitam. Une belle rencontre, Lariol, qui voyant qu’il lisait, lui a suggéré de continuer. Et Max le boulanger, qui lui a donné son carnet sur les châteaux. D’ailleurs c’est grâce à Max qu’il est là à raconter à Archibald, dans sa  cabane. Archibald qui vitupère contre la société qui ne veut pas de croque poussière comme lui.

Il fuit Sitam, il fuit car la maladie le cerne, l’épie. Il a écrit son livre, il rêve de l’éditer. Mais aura-t-il le temps ?

Beaucoup vont être rebutés par la manière d’écrire d’Hector Mathis, rapide, mélange de langages, trépidante, jazzy et puis zoup la poésie prend son envol au milieu d’une page pour replonger et resurgir quelques pages plus loin. Un polaroid de notre XXI ème siècle.

Un véritable coup de cœur.  – Anne Leloup (Winniethepooh)

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Paris gronde de tous les côtés, ça pétarade, il est temps de quitter la ville. Sitam et Capu se lancent dans une fuite en avant dans la nuit noire, dernier train vers la grisâtre, puis en route vers Amsterdam. Avec une écriture au franc parler saisissant, Hector Mathis nous entraîne dans une échappée sans fin, où terrorisme et maladie se côtoient pour donner au récit des airs de fin du monde.
Surprenante écriture que celle-ci, musicale certes, plus proche d’un rap agressif que d’un jazz langoureux, elle nous entraîne d’abord sans qu’on comprenne vraiment où nous avons atterri. La quatrième de couverture vantait une histoire d’amour autour d’un grille-pain, nous voici coincés dans une cabane avec un vagabond. Sitam (Mathis à l’envers, sans le H) raconte, avec des mots crus, balancés à la face du lecteur, son trajet infini pour échapper au monde et se dédier à la littérature. Si j’ai été impressionnée, voire même presque séduite par ce style atypique, la force de cette langue maniée avec tant d’habilité, je suis restée en dehors du livre, je n’ai pas été touchée, heurtée, bousculée, comme c’était manifestement l’intention de l’auteur. Certaines réflexions sur la maladie, et l’impact que la condition de souffrant peut avoir sur les proches, m’ont touchée mais tout est allé trop vite, je n’ai pas eu le temps de goûter la philosophie du livre, j’ai suivi aveuglément cette déambulation, laissant glisser les mots, sans les attraper. Peut-être cette lecture n’est-elle pas arrivée à un bon moment pour moi, ou peut-être que le style a pris trop d’importance par rapport au récit. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas su l’apprécier à sa juste valeur, je n’ai pas retrouvé dans ce livre toutes les belles choses qui ont été écrites par mes ami(e)s bloggeurs/ses. – Olivia Cheucle (The unamed bookshelf)
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Un récit qui se mérite c’est le moins que l’on puisse dire en ce qui me concerne. Terriblement long jusqu’à une centaine de pages et puis finalement je me suis laissée embarquer par le style un peu déroutant.
Sitam et Capu tentent de s’échapper de la violence du monde (symbolisée par les attentats) en quittant Paris en quittant la France mais ils sont chaque rattrapés par le bruit et le grondement.
Petit à petit ils s’enfoncent dans la marginalité et l’isolement, Sitam quitte Capu.
Le processus de création littéraire est également abordé mais toujours avec douleur.
Un roman ardu et qui ne fera pas l’unanimité mais intéressant dans la forme. – Emmanuelle Coutant
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Malgré un début que j’ai trouvé confus, j’ai beaucoup aimé ce roman dans lequel l’auteur aborde la question de la maladie, de la mort, de la précarité, de l’amour et de l’amitié. J’ai aimé la façon dont Hector Mathis, en quelques phrases très justes et percutantes, parvient à planter le décor d’une banlieue « la grisâtre » dont il donne une vision époustouflante, à brosser le tableau de la condition ouvrière à Amsterdam, à esquisser sa vision des vieux couples et surtout à retranscrire les sentiments du héros face à la maladie. Le style d’une rare puissance traduit à merveille un sentiment d’urgence et de colère. Un premier roman percutant dont on va certainement entendre parler…
Les premières dizaines de pages très déconcertantes pourraient inciter à abandonner ce roman, ce serait dommage car quand ça démarre cela devient vraiment bluffant. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Hector Mathis. Retenez bien ce nom qui pourrait s’avérer comme l’une des révélations de cette rentrée. Sur les pas d’un vagabond, il nous entraîne dans une odyssée dramatique et somptueuse.
Ce qui frappe d’abord à la découverte de ce premier roman, c’est le style, entre gouaille populaire et langue parlée, entre slam et néo-classique.
Hector Mathis choisit de nous entraîner sur les pas de Sitam, un jeune SDF, à qui il confie le soin de nous livrer sa vision du monde qui, on l’imagine, est loin d’être joyeuse. Aux côtés d’Archibald, toute sa fortune peut se résumer en quelques « conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »
Cependant, si ce nouveau Boudu n’est pas sauvé des eaux, il va aussi avoir droit à une rencontre déterminante pour son avenir, celle de la môme Capu avec laquelle il croit pouvoir regarder le ciel virer du gris au rose, partager son amour du jazz et de la littérature…
Mais le bonheur n’est que de courte durée, car un sombre climat s’installe dans la ville. « Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! » Et si l’on tient un peu à la vie, la meilleure des choses est de fuir ce chaos pour essayer de reconstruire quelque chose et oublier les chocs, les traumatismes passés.
Pour Sitam, le voyage vers les Pays-Bas est aussi un retour aux sources. Dans son pays natal, il trouve assez vite un emploi dans un restaurant et de nouvelles perspectives aux côtés de son collègue et ami Benji, amoureux transi de la patronne. Mais une fois encore, dès que le ciel se dégage un nouveau coup de tonnerre vient mettre à néant les efforts consentis. Un coup de tonnerre au goût de sang. « Moi, je me disais juste que la patronne c’était une dégueulasse, qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, du drame jusque dans la vie des autres et que comme ça elle était bien heureuse, parce que la mort maintenant c’était pour tout le monde et pas que pour elle… » On the road again…
Reparti sur les routes pour se sauver de la mort, notre « héros » va aussi tenter de se construire un avenir en alignant les mots et les phrases sur le papier, à essayer de transcender son voyage au bout de la nuit : « Je traquais mon roman, ma musique, partout, à travers les routes, dans la grisâtre, seul, avec Benji, sans lui. J’en avais trop. Fallait que j’écrive ! Que je m’y risque ! À jouer un air désagréable pour l’époque. À enfoncer la vingtaine ! À retenter l’enfance, cette infidèle. Ce corbillard d’imaginaire ! Fallait bien de la discipline pour préparer l’encéphale à fabriquer de la chair d’inconnu, des châteaux de boue, des viandes de chimères. »
Entre Céline et le Mars de Fritz Zorn, notamment pour la maladie qui ronge lentement Sita, Hector Mathis a su trouver sa propre voix. Une voix que nous ne sommes pas près d’oublier ! – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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De prime abord, c’est par quelques pages bien nébuleuses et énigmatiques que l’on entre dans ce roman. On commence par ne pas y comprendre grand-chose, si ce n’est un genre de fuite ; un truc sans queue ni tête, sans scénario ! Un rodéo nocturne.

Sitam et sa Capu ; et puis l’étrange Archibald que l’on retrouve de temps en temps. Cela commence un peu mollement, et puis c’est le chaos, l’état de guerre.
L’écriture s’emballe et devient incontrôlable. Elle sort carrément des standards de la syntaxe habituelle. Des phrases, ou plutôt des expressions lapidaires, des mots qui claquent, qui chahutent. Des mots qui dansent ; des mots rythmés, scandés sans laisser la moindre respiration au lecteur. Tout y passe : son amoureuse, son roman qu’il souhaite mener à son terme, sa maladie, la mort qui rôde, la guerre…

Peu importe l’histoire ; d’ailleurs y en a-t-il une ?

Le lecteur n’a d’autre choix que de se laisser embarquer dans un tourbillon, un truc sans cadre, une folle histoire, une espèce d’urgence qui s’impose à l’auteur et au lecteur.

Curieux roman, premier de l’auteur du reste, que K.O, écrit par un écorché vif qui ne semble pas avoir le temps et comble ce manque dans une logorrhée qui nous laissera, nous aussi KO !

K.O de par son écriture si particulière ne plaira sans doute pas à tous. Contre toute attente, il a su me séduire au –delà de ce que je pouvais imaginer. – Myriam Veisse (Le blog de Mimi Pinson)

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Les premiers mots sont posés, m’amenant à imaginer Grand Corps Malade slamer ce texte, là, au détour de ma rue, seul. Hector Mathis joue avec les mots, rythme son phrasé pour nous mettre K.O. Ce texte, porté par la musique, est une véritable réussite. J’ai été hypnotisée par cette voix, ce style et cette urgence d’écrire en phrases courtes. K.O. est un roman lumineux qui ne laisse pas indifférent. Il émerveille et donne une place de choix à la musique dans nos vies, nous donnant l’élan pour avancer encore et toujours. Croyez-moi K.O. va vous surprendre et vous en redemanderez ! – Héliéna Gas (Mes écrits d’un jour)

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« K.O. » n’a pas été une lecture pour moi… Hector Mathis sait manier avec brio les mots, tel un slameur. Ses mots percutent les pages, se lisent comme ils sont écrits! La plume de l’auteur est impressionnante et vive peut-être trop vive justement… J’aime les romans aux phrases qui tapent mais dans « K.O. », je n’ai malheureusement pas apprécié à sa juste valeur ce style si particulier… Cela est peut-être dû à l’histoire en elle-même… Hector Mathis nous livre une histoire assez triste, sans trop d’espoir avec son personnage Sitam (anagramme de Mathis) et sa folle quête de fuir la « guerre » (les attentats terroristes), quête louable de nos jours mais celle-ci n’est pas emplie d’espoir comme nous pourrions le croire, non… Cette quête est emplie de désespoir, trop de désespoir pour un jeune homme d’une vingtaine d’années… Le personnage multiplie les rencontres mais Sitam fait en sorte de les gâcher alors qu’elles lui apportent du bien: la môme Capu qu’il abandonne sans un mot comme son ami Benji, Lariol qui doit l’aider pour la publication de son roman… Ces personnages sont là pour l’aider mais lui, préfère les abandonner… Sitam rencontre la maladie et l’auteur plonge son lecteur dans un hôpital à la Kafka (un des passages dont j’ai apprécié le style aimant l’univers de Kafka!)… Pour moi, ce roman est beaucoup trop désespéré pour pouvoir l’aimer… Malheureusement, il ne me restera pas grand chose de « K.O. » de Hector Mathis mais cela reste mon avis. – Sybil Lecoq (Un brin de Syboulette)

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« K.O. » est un long monologue rythmé comme un morceau de musique. Le tout est de savoir si on y entre ou pas, si la mélodie est agréable à l’oreille ou dissonante, trop stridente.

Sitam est un vagabond de la vie. Nous ne saurons pas grand chose de son passé, de son histoire, avant les événements qui marquent les débuts de son récit. Nous faisons sa rencontre alors qu’il marche vers un chalet abandonné qu’il connaît déjà. Il est occupé par un autre SDF, Archibald, visiblement malade, à qui Sitam va raconter ce qui lui est arrivé depuis le soir des attentats de Paris. Sitam et la môme Capu décident de fuir loin de la ville, passent par la banlieue, repartent en Hollande et puis…

L’écriture est entêtante, les personnages désespérés et vivants, nous les croisons au gré des errances de Sitam, nous les voyons s’animer, nous avons à peine l’impression de bien les connaître, puis nous sommes obligés de les quitter, parce qu’il faut à nouveau s’échapper… Mais comment éviter ce qui nous ronge de l’intérieur?

A chaque fois que Sitam fait un choix, j’ai eu envie de freiner des quatre fers, mais, l’estomac retourné, je n’ai pu que le suivre. Autant dire que le livre m’a pris à rebrousse-poil. Il y a pourtant quelque chose d’hypnotique qui m’a accrochée à la lecture. Le passage où Sitam parle du jazz est peut-être celui qui peut le mieux rendre compte des impressions qui s’éveillent d’une page à l’autre…

Je l’ai donc terminé, j’ai tourné la dernière page avec un certain soulagement, sans avoir bien compris où cela était censé m’amener. A la constatation de l’absurdité du monde? Ou à celle que la vie vaut la peine d’être vécue, parce qu’elle est riche et misérable, lumineuse et accablante? Il me reste l’idée totalement subjective que l’incapacité de Sitam à rester dans un lien, même bienveillant et positif, ne le mène pas bien loin, malgré les kilomètres… Etait-ce le but?

Qu’est-ce qui nous plonge dans le chaos évoqué dans le titre, qu’est-ce qui nous ramène sans cesse à la solitude ultime de la condition humaine, les événements extérieurs, sur lesquels nous n’avons pas prise, ou notre difficulté à être avec un autre que nous? Les deux… J’en retiens les personnages très bien dépeints, attachants, imparfaits et émouvants. Les mots justes et affûtés, également.

A chacun de se faire une idée: ouvrir le livre, écoutez Sitam et sa partition. C’est un voyage rapide  et scandé, percutant et envoûtant comme son débit de parole. – Chiara Aquino (chiccacoccaunpeude)

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K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

Par un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a pourtant la musique et la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire, mais trop sans doute. Alors il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations ? – Dominique Sudre (Domi C Lire)

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Ça swingue, ça percute, ça dissone ce premier roman. Ça surprend d’abord, soyons honnête, pendant les trente premières pages on se demande dans quoi on est tombé avec ce rythme oppressant, cette langue qui prend ses aises sans aucune précaution vis à vis du lecteur. Qui est donc ce narrateur, abrité dans les dépendances d’un château désaffecté avec un clochard mourant nommé Archibald ? Que fuit-il exactement ? C’est l’objet de l’histoire qu’il raconte à Archibald. C’est une histoire d’urgence, habitée par la colère. L’histoire d’un homme qui tente de fuir la mort, matérialisée par les attentats qui mutilent les capitales européennes, qui trouve refuge à Amsterdam avec sa petite amie, et apprend à jouer avec les mots au contact d’un français, chef d’équipe de l’imprimerie dans laquelle il a trouvé à s’employer. Les mots qu’il avait déjà pour ambition d’assembler pour en faire un roman. Mais pas le temps de souffler. La mort revient cogner à sa porte et cette fois, c’est lui qui est directement visé. L’intrus est dans son propre corps. Désormais, l’urgence le hante.

On ne peut pas rester indifférent à la violence qui se dégage de ce roman, façon d’extérioriser une colère qu’on ne sait plus très bien contre qui diriger. Ce monde qui a perdu le nord ? Le destin qui condamne au hasard et de façon irrémédiable un homme dans la vingtaine ?

« Ma colère. Éjaculation du mauvais sang ! La jouissance de l’insupportable. Dire des mots plus hauts que soi c’est ce qui donne de l’élégance à la médiocrité, de l’épaisseur aux raccourcis ».

Il y a une force incroyable dans ce langage à la fois direct, inventif et sans concession, dans cette tonalité syncopée qui ne laisse pas respirer. Ces mots qui cognent, au sens propre comme au figuré et finissent par prendre aux tripes lorsque le lecteur comprend enfin les sensations qui motivent colère et urgence. Oui, c’est un texte singulier, dans lequel on ne se lasse pas de piocher, de souligner, de noter des phrases qui font écho et interpellent. Mais également un texte qui célèbre la littérature, l’amitié et le jazz, comme une façon de garder espoir malgré tout. Pour moi, l’un des premiers romans marquants de cette rentrée, sans aucun doute. – Nicole (Mots pour mots)