Quand Dieu boxait en amateur – Guy Boley

On ne choisit pas son enfance, on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main”

Quand Dieu boxait en amateur

Guy Boley raconte ici son père René à qui il rend un magnifique hommage.  » Mon père ce héros. Mon roi d’éternité ». Après son décès, Guy Boley comprend quel artiste était vraiment son père et quels étaient ses rêves.  » Toujours on sous-estime les gens qu’on aime trop, ou ceux qu’on aurait dû aimer encore bien davantage. »
René habitait près d’un dépôt de locomotives dans un quartier populaire d’ouvriers et de cheminots à Besançon. Orphelin de père, René est brimé par sa mère, une femme acariâtre qui lui impose la pratique de la boxe car elle déteste le voir plongé dans les livres et craint qu’il ne devienne trop efféminé. Ensuite René devient forgeron, devient parallèlement Champion de France de boxe, met en scène avec sa femme dans leur cuisine de naïves petites opérettes et joue des petits rôles au théâtre municipal. C’était un homme d’une extrême sensibilité qui a eu une vie multiple.  » Il a fait des tas de choses. » 
René a un ami, Pierrot, qu’il considère comme un frère, ils sont « deux lierres à jamais enlacés ». Pierrot devient abbé et propose à son ami d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la scène du théâtre paroissial. La vie de René s’enrichit encore d’une autre facette « Roi sur un ring, Jésus sur une scène, Zeus dans la forge. »
Quand Guy Boley écrit à propos de son père « Il ne sait pas que ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d’or, et de jade, de porphyre et de marbre, pour le glorifier. Le déifier. Et sanctifier son nom sur cet autel païen qu’on nomme littérature », il n’y a aucune vantardise dans ses propos, ce sont vraiment des mots d’or qu’il manie dans un style éblouissant. Lamour de son père pour les mots et les dictionnaires éclaire l’utilisation par l’auteur d’expressions qui peuvent être jugées assez emphatiques, c’est rare et on lui pardonnera aisément puisque qu’il a reçu cette passion des mots savants en héritage…
Dans un premier temps j’ai éprouvé une certaine déception en retrouvant les mêmes lieux, la même atmosphère que dans Fils du feu (la suie des locomotives, les rails du dépôt, les draps qui sèchent, le muret, la forge…) et la reprise de certaines des thématiques de son premier roman, la ruralité, le monde qui va trop vite… Mais après tout, son premier roman était inspiré de son vécu auprès de cette forge qui a tant compté dans son enfance…
J’ai encore été époustouflée par le style éblouissant de Guy Boley, j’ai savouré cette lecture lentement. J’ai été touchée par son regard sur son enfance décrite comme un palais des merveilles et sur sa complicité avec son père, son dieu vivant.  Je l’ai trouvé particulièrement émouvant dans ses regrets et remords dans la dernière partie du récit que j’ai trouvée magnifique. Le mot « papa » sort enfin dans les dernières pages… J’ai aimé sa sincérité dans le regard qu’il porte sur son attitude envers ses parents lorsqu’il les a quittés, il n’est pas tendre envers lui-même…  Ce roman parle aussi d’une magnifique amitié entre René et Pierre, deux êtres unis par l’amour des livres, les échanges entre les deux hommes sont souvent extrêmement savoureux.
Un magnifique hommage empreint de nostalgie mais non dénué d’humour porté par une écriture sublime.  – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Guy Boley revient sur l’histoire de son père depuis l’enfance jusqu’à sa mort.
Une magnifique ode au père poétique et flamboyante, allumée au feu de la forge et qui sent le cuir des gants de boxe.
Un père forgeron, boxeur amateur ayant connu son heure de gloire, l’histoire d’une amitié ayant traversée les années et à travers lui d’un monde disparu.
Homme plus complexe qu’il n’y paraît avec une âme d’artiste, aimant les mots et l’opérette.
« J’ignorais que mon père avait des rêves si grands. Toujours on sous estime les gens qu’on aime trop, ou ceux qu’on aurait dû aimer encore bien davantage. Quelque grandiose qu’ait pu être notre ferveur pour eux, on découvre après coup, l’ayant crue colossale, qu’elle fut au bout du compte assez mièvre, étriquée, déficiente. »
Des magnifiques descriptions de la boxe que l’auteur met en parallèle du processus créatif.
« On ne perd pas de temps, quand on combat, on ne babille pas, on ne tergiverse pas, on se dit l’essentiel entre deux coups, trois crochets, on sculpte l’éphémère, on écrit en saignant le seul roman qui vaille, on n’a besoin de personne pour nous dicter nos phrases, elles jaillissent des phalanges, percutent les mâchoires, déforment les orbites.
La minute de pose qui stagne entre les rounds nous apprend seulement qu’on est encore vivant et qu’il va nous falloir repartir au combat, dans cette lutte animale et primale qui augure sur le ring ce premier cri d’humain que chacun doit pousser pour que périsse enfin le singe qui dort en lui. »
C’est poétique, lumineux, sensible, MA GNI FI QUE. – Emmanuelle Coutant
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Besançon, un quartier populaire, des années 50 aux années 90, mais aussi dans les années 30-40 où se déroule l’enfance de ce père que Guy Boley peint avec une grande délicatesse.
Les 3 parties ne suivent pas la chronologie. L’enfance de son père permet de comprendre l’homme qu’il devient: un artiste, un boxeur, un travailleur manuel, un mélange que son fils admire en tant qu’enfant, puis rejette, avant de le comprendre à nouveau.
Le passage sur le processus de création artistique, quand son père parvient à interpréter Jésus m’a paru très réussi.
J’ai particulièrement aimé la fin, quand Guy Boley exprime ses regrets d’avoir jugé son père, quand il est lui même confronté à la difficulté de vivre, et la façon dont il dépeint la vieillesse.
La vie des différentes époques est décrite avec précision et humour; les sentiments des personnages sont exprimés avec finesse. Un livre que l’on peut rouvrir à n’importe quelle page en y trouvant du plaisir. – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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On est emporté par cette belle écriture tellement imagée, « Et puis, en grandissant, ils ont naïvement lutiné, aux fêtes paroissiales, les fillettes rieuses qui sur leurs balançoires prenaient de grands élans en mouvements de hanches, et tenté d’entrevoir, émerveillés fébriles, le torrent de leurs chairs au tic-tac d’encensoir qui dévoilait au vent le mystère émouvant de leurs culottes blanches », vivante en tous points, touchante, parfois émouvante et quelque fois même drôle «L’église saint-Martin des Chaprais est assez laide : il est préférable d’avoir la foi avant d’y entrer. L’architecte qui l’a conçue ne fut guère inspiré, l’ange qui guida son té a dû se prendre les plumes dans le ventilateur et se gaufrer sur la table dessin car c’est une bien pauvre église qu’on a là sous les yeux, indigne de la foi qu’elle prétend blottir entre ses murs ».
A travers une véritable déclaration d’amour, d’admiration à son père disparu, et en bien moins de 200 pages, l’auteur évoque de nombreux sujets graves comme la présence de la religion dans notre monde actuel, l’amitié, la difficulté à exister, l’alcoolisme avec une précision, voire une introspection et une justesse évidentes. Chaque phrase a un sens et sa place dans le texte.
On serait tenté de penser : « tiens, une autre déclaration d’amour à un parent disparu ». Celle ci n’est pas commune, et se construit de manière originale autour d’un évènement cocasse mais tellement fondateur pour ce père, que représente ce rôle de Jésus habité par un boxeur amateur sur une scène paroissiale.
Une plume riche, truffée de métaphores et de mots oubliés comme si tout au long de son travail d’écriture, l’auteur avait mis un point d’honneur à utiliser tous ces mots que son père, plus jeune, traquait avec ferveur dans le dictionnaire sans jamais pouvoir les mettre en scène. Peut être une autre forme d’hommage à ce père admiré. – Sophie Ruiz-Bernaert
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Le premier opus de Guy BOLEY « Fils du feu » m’avait tellement bouleversée que j’attendais avec impatience ce second récit dédié à son père.
Son père, ce héros, est évoqué avec une grande tendresse, une grande indulgence, celle qui nait lorsqu’on devient adulte et que le regard sur les parents se fait moins mordant. Un père élevé par une mère austère, bigote qui veut en faire un homme et qui vit dans le souvenir de son défunt mari « paf écrasé entre deux wagons comme une crêpe ».
Il lit en cachette car lire « use les yeux » (expression que j’ai entendue dans ma jeunesse) et incite à la paresse. Son ami de toujours, Pierrot, est de toutes les aventures, ils rivalisent d’ingéniosité pour échapper aux remarques acerbes de cette mère.
Pour devenir un homme, sa mère l’inscrit à la boxe et ce sera une révélation.
Devenu forgeron dès l’âge de 14 ans, il continuera et deviendra champion amateur.
Avec l’aide de son ami, devenu prêtre, il jouera dans une pièce de théâtre amateur la passion du christ.
Le texte est plein de tendresse, de souvenirs précieux à l’heure où le père n’est plus qu’un vieillard qui se meurt.
Si j’ai trouvé le texte toujours aussi bien écrit, un jonglage de mots poétiques que je déguste, je n’ai pas été emportée comme dans « Fils du feu ».
Une lecture agréable sans plus, un hommage du fils au père que je respecte mais qui ne m’a pas touchée à mon grand regret. – Nathalie Chartier-Salou
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Ah comme cet auteur fait claquer les mots dans son second roman ! La figure de son père René est plutôt romanesque puisqu’il est forgeron, toujours prêt à bosser dur (boxer dur ?) et capable aussi de se métamorphoser de champion de boxe à Jésus amateur sur la scène d’un théâtre paroissial. C’est sûr que ça n’est pas banal. Alors le fils raconte avec sérieux -et on y croit!- la biographie de ce papa peu ordinaire en s’autorisant l’humour. Et, peut-être parce que j’aime intensément le théâtre, il m’a semblé déceler un tournant à partir du chapitre 12. René découvrira que le théâtre, c’est hurler de l’intérieur.
On ne choisit pas son enfance, souligne ce fils (p. 43) on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main.
Dans la troisième partie l’enfant comprend que son père n’est pas le fils de dieu. Le roman alterne ainsi le regard qu’il pose sur son paternel, tantôt avec ses yeux d’aujourd’hui, tantôt avec ses yeux d’enfant, et on avance dans le temps mais paradoxalement en enchaînant les flashbacks.
On sent bien que le personnage de la mère, si effacé soit-il, recèle lui aussi un potentiel narratif. La perte d’un enfant la rendra muette et le père descendra de scène pour toujours. L’abbé n’est plus Pierrot et redevient Pierre.
Les dernières phrases sont très longues, chargées d’émotion, jusqu’à la chute finale, inéluctable, puisque « vieillir est un naufrage », on le sait tous (p.171). Le lecteur qui a partagé toutes ces confidences est tout de même soulagé d’avoir lu que le fils a eu l’occasion, quelques jours avant l’ultime départ, de rassurer le père : non il n’a jamais été un raté, oui il fut son unique dieu.
Ce livre témoigne que la vie est un sport, où le combat occupe une place centrale. C’est un hommage à nos ainés et c’est un récit écrit dans une langue riche et belle sur laquelle j’ai souvent eu envie de m’arrêter. – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Mon père, ce héros… C’est un peu le poème de Victor Hugo qui donne la scansion du roman-récit de Guy Boley. A l’hôpital de Besançon (Doubs), trois étages séparent la naissance de René, ce père tant admiré, de sa mort. Cette distance, apparemment étriquée, le narrateur nous en fait toucher la beauté banale en accomplissant par l’écriture le chemin à rebours.
Orphelin de père (« Paf ! Écrasé entre deux wagons, comme une crêpe, le pauvre »), René voyage sans quasiment bouger de l’appartement familial hormis pour l’école et puis, plus tard, pour sa forge. Ses plus belles explorations, c’est le Larousse qui les lui offre dans le secret de sa chambre : les mots, leur musique, leurs significations, les images qu’ils font naître, représentent un trésor dont il se sent à la fois dépositaire et indigne. Effrayée par l’idée que son fils puisse se « féminiser » par la lecture (activité peu virile s’il en est !), la mère de René l’exhorte à s’inscrire dans un club de boxe. Boxeur amateur, devenu champion, René combat avec la même fierté et la même dignité qu’il frappe l’enclume. Il cogne et les traces que laissent ses coups sont autant de mots imprimés dans la chair pour marquer son passage, pour cerner les contours d’une vie.
Et voilà que Pierrot, l’ami d’enfance devenu abbé shakespearien, a l’idée saugrenue d’adapter la Passion du Christ pour la fête paroissiale annuelle et d’en confier le premier rôle à son copain René ! Après tout, amoureux des mots au point d’en faire des chansons, des opérettes et des poèmes, ce dernier pourrait aussi bien s’approprier ceux d’un autre pour leur donner vie ! La stature et le charisme de René font de lui un Jésus convaincant, surtout aux yeux de son fils, persuadé de la réalité des souffrances endurées par son père sur scène. Mais les enfants grandissent et les pères vieillissent. Le père, mis KO par la perte d’un second fils, s’enfonce dans l’alcool et son fils apprend le mépris.
La mémoire de ce père flamboyant, de ce dieu sculpté par un regard d’enfant, est magnifiquement inscrite dans les phrases du narrateur, dans cette fresque à la fois sociale et intime à laquelle il donne toutes les nuances de la vie et de l’amour filial. Cet amour à la fois admiratif, impertinent et respectueux est mis en mots d’une manière poignante : l’humour, parfois corrosif, mais le plus souvent teinté d’une tendre malice, baigne la narration, alors même qu’elle semble imprégnée d’un chagrin immense, de ceux que l’on sait irrémédiables. Guy Boley réussit le tour de force d’émouvoir par des phrases d’un lyrisme sensible, charnel, et parvient, sans grandiloquence, ni affectation, à exprimer la profondeur des sentiments et leur complexité. « Quand Dieu boxait en amateur » érige un splendide Tombeau à ce père couronné d’épines, à ce Mohamed Ali auréolé de la gloire des humbles et des purs. Beau et juste du premier au dernier mot. – Sophie Gauthier
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Dans un style simple mais poétique, dans une langue riche parfois âpre, Guy Boley rend avec humour un bel hommage à son père dans ce récit passablement autobiographique. Il commence par évoquer l’amitié indestructible de deux enfants que liait la passion des mots et de la lecture dans le Besançon populaire des années 1930. Devenus adultes l’un est prêtre quand l’autre, son père, est forgeron et boxeur. L’auteur nous raconte avec tendresse au travers de ses yeux d’enfant les années 1950-1960, époque où il adulait ce père fort, joyeux et atypique. Ensuite c’est l’adolescence et 1968 qui ringardisent le père aux yeux de l’ado puis du post-soixante-huitard honteux de ce père qui se commet sur des scènes de patronage ou en chantant des opérettes. Mais vient aussi le temps des regrets. Regrets de n’avoir pas compris ce père, de l’avoir déçu, de ne pas avoir fait mieux. Regrets de ne pas l’avoir assez aimé. Il se rapproche de son père vieillissant et essaie de le comprendre un peu mieux. Dans cette belle démonstration d’amour filial Guy Boley se livre beaucoup mais avec pudeur. Et si il met un peu de nostalgie à décrire un monde qui n’existe plus c’est sans s’appesantir. En définitive ce père ne lui a-t-il pas légué l’amour des mots en héritage? Je n’ai pas lu le premier roman de Guy Boley. – Françoise Floride
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Il n’est jamais facile d’enchaîner avec un second roman après un premier roman qui a rencontré le succès auprès des lecteurs. Guy Boley y est parvenu !
Dans Quand Dieu boxait en amateur l’auteur rend un bien bel hommage à son père, forgeron issu de la France rurale des oubliés, boxeur mais aussi amateur de mots et comédien, échappatoires à la rudesse de la réalité. Il n’y est pas seulement question de filiation et d’origine sociale (avec les inquiétudes de la transmission des failles) mais aussi de fidélité et d’amitié.
Guy Boley nous relate en effet la vie de son père, un homme à la fois fragile et courageux, courageux dans son exercice de la boxe mais aussi en amitié. La relation avec son ami d’enfance, devenu prêtre, est particulièrement touchante. Après avoir eu les plus beaux rôles de champion de boxe sur un ring et s’être essayé à quelques opérettes, le prêtre lui offrira un premier rôle hautement symbolique, celui de Jésus dans la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Ce rôle, pour lui bien éloigné de la foi, lui permettra de témoigner de son amitié à son ami d’enfance, et de réconcilier énergie de la boxe et amour des lettres.
Guy Boley confirme une très belle maîtrise de la langue, une plume poétique, empreinte d’émotion et d’humour. Un livre à la fois sombre et lumineux, des caractéristiques qui apparaissaient déjà dans Fils du feu. Une très belle déclaration d’amour par les mots à un père amoureux des lettres.
Il s’agit également d’un livre très personnel où Guy Boley nous dévoile ses propres angoisses et pose, peut-être l’écriture comme une forme de résilience. Pour ceux qui n’auraient pas lu Fils du feu, il est disponible en version poche (folio). Les deux peuvent se lire séparément mais comme l’indique l’auteur, ils forment un diptyque : Fils du feu était centré sur le fils, Quand Dieu boxait en amateur est axé sur le père (quand il était enfant). Guy Boley planche actuellement sur un troisième roman et donc triptyque, centré sur la mère… A suivre! – Carole Laulhere (Accrochelivres)
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Ce roman est un hommage, un hymne au père, ce père tout à la fois forgeron,boxeur, acteur, poète, ce pourrait être le héros d’une tragédie grecque, c’est le personnage central dans une petite ville reculée de province.
Quelle vie de roi, roi devant la forge, roi sur le ring, roi le coude sur le zinc, et roi sur les planches d’un théâtre de patronage.Que peut on rêver de mieux que d’avoir un père aussi magnifique, ce père, ce héros. Et que peut on rêver de mieux que d’avoir pour compagnon de route un ami d’enfance devenu curé qui vous guidera dans les moments où les choix et les chemins sont difficiles.
Ce roman est d’une poésie et d’une délicatesse rare, d’une extrême justesse dans les mots et les phrases qui sonnent parfois comme des alexandrins, sans se départir d’un soupçon d’humour.
Ce livre met en avant le difficile héritage du père, méconnu et adulé, n’est ce pas le lot de tout fils envers son père ?
ce roman est un des grands livres de cette rentrée. – Philippe Hatry
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Le narrateur nous raconte son père, né et mort à la même adresse, à quelques étages d’écart. Il raconte l’enfance de cet homme, son amitié avec un autre enfant très différent, mais que l’intérêt pour la lecture avait réunis un temps, le premier étant passionné par la boxe, l’autre se découvrant sur le tard une vocation et entrant dans les ordres.
Le récit se centre autour d’un épisode particulier, lorsque l’abbé propose au boxeur de participer à l’adaptation d’une pièce de théâtre religieuse.
Le roman de Guy Boley déborde de tendresse, de jolis mots et compose une peinture du milieu rural susceptible de créer un sentiment de nostalgie à l’égard d’une période proche, et pourtant révolue (ce que je considère toujours avec vigilance, en tant que farouche détractrice du « c’était mieux avant »).
Et puis, bien sûr, il y a la plume de Guy Boley, qui est d’une délicatesse absolue. Dans Fils du feu, les mots fusaient, crépitaient de toutes parts, c’était un spectacle éblouissant, un feu d’artifice, un travail de forge sous nos yeux. Quand Dieu boxait en amateur a sans doute plus de réserve, de retenue, il n’y a pas la même exubérance et la même fougue jouant des mots, on y trouve une prose plus paisible, qui prête à sourire, qui berce. J’ai goûté cette écriture moins luxuriante, au cachet plus bucolique, plus discret, même si, in fine, elle n’a pas provoqué chez moi la même émotion que celle de Fils du feu, qui m’avait profondément marquée.
Quand Dieu boxait en amateur est un texte plus mesuré, l’auteur y joue du langage avec de l’entrain, bien entendu, mais les images qu’on y trouve sont moins grandioses, à mon sens. Mais il coule, il est très agréable, ouvre une page de passé où il fait bon vivre, et l’on s’y plaît. Et, surtout, l’amour du père porte le roman avec douceur et sensibilité. – Sara Dupouy-Adrian (Vie de Romanthé)
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Le second roman est toujours une étape un peu spéciale ; surtout quand le premier fut excellent et fort apprécié….. Sans doute vais-je (encore une fois) me démarquer avec mon appréciation dissonante, mais je suis très déçue par ce nouvel opus. Déçue d’avoir eu la –désagréable – impression d’avoir (re) lu le même livre, bien que le sujet soi différent ; encore que …. Déçue de ne pas avoir retrouvé le plaisir ressenti pour le premier, ni la beauté de l’écriture dans le sens où ici, cela ne m’a pas touché. Mais ce qui m’a finalement le plus agacé, c’est d’apprendre que son troisième roman parlerait de sa mère…. Sans moi ! M. Boley, dites- moi que votre 4 ème roman ne parlera de votre poisson rouge !! – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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Comme dans son premier roman, l’auteur rend hommage à son père, comme une manière de se racheter de ne pas l’avoir suffisamment rapproché, ou de ne pas l’avoir assez connu. Le monde dont parle le roman, truffé d’éléments autobiographiques, un monde où l’on forgeait, où l’on réparait, où l’on travaillait de ses mains, ce monde n’existe plus . Ce livre possède l’avantage de nous restituer cette période et l’ambiance de l’époque. Hormis cet hommage tardif, il y a cette histoire d’amitié entre René (le père ) et Pierrot, que l’auteur compare à Oreste et Pylade. Surtout, Guy Boley raconte son père, amoureux des mots, toujours à consulter le Larousse pour apprendre des mots savants, mais dont le destin est contrarié par sa mère. Elle l’oblige à la pratique de la boxe, « le sport populaire , le sport du populo » ; « ça fait les hommes, la boxe, affirme sa mère. « Tout comme la gnôle, les tranchées, l’enclume ou le pas de l’oie ». Après avoir longtemps pratiqué la boxe en amateur, René, pour faire plaisir à son ami Pierrot, le curé, monte sur les planches pour jouer le rôle de Jésus. Pourtant, René ne possède guère la fibre religieuse, mais l’amitié passe avant le reste. J’ai été vraiment séduit par la très belle écriture de l’auteur, parfois remplie de sérieux, et plus souvent d’un humour ravageur. Il y a le portrait délectable du vieux curé, caricatural, réfractaire à tout changement. Le jour où une jeune fille vient lui demander de monter un spectacle de majorettes, le curé pète un câble : « vous vous rendez compte , en pantalon, dans la cure, maquillée, un chouine-gomme dans la bouche, et me regardant crânement dans le blanc des yeux . (..) Et tout ça pour oser me demander la permission d’aller montrer ses cuisses aux mâles » ! Il y a bien évidemment de la nostalgie dans cette histoire, la forge, les temps révolus, son père que, finalement, malgré sa révolte, il considère comme un dieu. Dans cet hommage rendu par Guy Boley à son père, on est saisi par l’émotion. « Il ne sait pas que ce sera son fils qui, plus tard, arrachera au Petit Larousse des mots d’or, de porphyre et de marbre, pour le glorifier, le déifier ». Bref, j’ai été séduit par l’écriture sublime de l’auteur et sa façon de raconter son père et son enfance. Probablement l’un des meilleurs romans de la rentrée littéraire. – Michel Carlier

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Et bim ! En plein cœur ! « Et paf ! Ecrasé entre deux wagons »d’émotion, « comme une crêpe », mon pauvre petit cœur, par ce roman qui « vole comme un papillon et pique comme une abeille »…
Dissimulant avec pudeur ses sentiments derrière son humour et son narrateur, Guy Boley ressuscite « son père ce héros », son Jésus personnel, le Vulcain de son Panthéon, le G/Cary Grant de ces dames, le petit René de son « Père abbé » de pote. Il nous ramène avec lui vers cette France d’après-guerre où flottent dans l’air des courettes des parfums de lessive, de la poussière de charbon et des airs d’opérettes qui parlent d’escarpolettes, où le théâtre est de patronage et la lecture suspecte, où l’art de boxer est noble et les garçons sans larmes, où les culottes sont courtes et les hivers sans fin. Il a hérité de son père, pêle-mêle, l’amour du mot juste, l’art des volutes, le sens de la précision et en fait bon usage pour « toucher, toucher et encore toucher », envoyant au tapis le lecteur imprudent qui était allé au contact sans protège-cœur. Dans un style mâtiné d’humour vieille France et constellé de mots hors d’usage, il exhume de sa mémoire l’image pieusement et pudiquement enfouie d’un homme à la vie simple, aux gestes martelés, aux mains aussi larges que son cœur.
De l’échauffement au knock-out final, de la rate qui se dilate à la gorge qui se noue, j’ai tout aimé de ce roman poids moyen (même pas 200 pages) ramassé, nerveux, vif, rigolard et attendrissant. Le cœur au bout des mots comme autrefois son père l’avait au bout des poings, Guy Boley, vieil enfant repentant, grand frère inconsolable, dresse une stèle tardive mais sincère à la mémoire de son héros disparu et propose au lecteur de l’accompagner sur le chemin de rédemption qui mène au Dieu de son enfance. – Magali Bertrand
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La rudesse et la poésie sont les mots qui effleurent ma pensée, en songeant au roman de Guy Boley. Celui-ci dépeint également la passion de l’existence, des instants de poings et de sang dans un univers rural étriqué mais, aussi, de sensibilité à travers les collections de mots, glanés au fil du temps, dans le carnet de son père. Un homme toujours avide “d’être”. Un bel hommage, au père disparu, qui donne envie d’ouvrir les bras vers le notre, celui qui nous a offert son cœur, dans notre enfance. Une dynamique forte faite d’énumérations juxtaposées anime les combats de boxe et fait écho à ceux de la vie. L’auteur signe un appel à ne pas enfermer l’individu dans son apparence. – Anne Richard
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Dès les premières lignes, je sursaute. On dirait du Balzac : « Besançon est une petite ville… ». Le décor est posé, montré, décrit ; nous y sommes aux côtés de l’auteur et de sa famille, de son père surtout, dont il va nous parler.
Guy Boley écrit bien, très bien même ; il a le sens de la formule, de la phrase qui fait mouche, de la répartie. C’est un mélange subtil de poésie, de langage soutenu et familier, cru parfois. L’intime, le très intime, tout ce qui touche au corps dans les extrêmes du sport et de la dépendance nous est donné à lire ; pour les sentiments, c’est plus difficile, plus viril, dans les subtilités de la paternité, de l’amitié.
Si ce roman nous parle et nous touche, c’est parce qu’il met en lumière des souvenirs qui pourraient être les nôtres, à certains moments donnés. Personnellement, ma grand-mère citait souvent le poème de Victor Hugo, « Après la bataille », et mon propre père est aussi ce héros-là, à sa façon…
Sincèrement, je ne connais rien à la boxe ; sans aller plus loin, je n’aime pas ça ; dans mon univers, c’est peut-être juste quelques noms, Marcel Cerdan ou Mohamed Ali avec une bonne dose de Sylvester Stallone dans Rocky… et, pourtant, le récit du combat de championnat m’a marquée, avec la boxe comme métaphore de la vie, ou mieux comme eucharistie… Il fallait oser, tout de même…
Par contre, je connais un peu le milieu catho-caté et, là, j’avoue, j’ai jubilé ! Quelle justesse dans la caricature : le vieux père curé est assez savoureux dans ses réactions au concile Vatican deux ! Et surtout, quelle belle analyse de La Bible qui contient tout sur le plan de la dramaturgie : « courroux, délire, douleur, folie, amour, passion et trahison »… !
En ce qui concerne la métaphore proprement dite reposant sur l’expérience du ring de boxe pour sublimer le combat que mène Jésus, je suis moins enthousiaste même si je salue son originalité.
Le volet biographique, l’hommage au père défunt m’ont touchée ; je reconnais l’effet cathartique de l’écriture qui permet d’immortaliser sur le papier ce que l’on n’a pas su ou pu dire… Mais j’ai préféré l’approche littéraire, le côté autodidacte face à la peur maternelle des livres, les références hugoliennes ou shakespeariennes
En conclusion : un bon livre, original. – Aline Raynaud
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« Mon père ce héros. Mon roi d’éternité »
Voilà, c’est émouvant comme ça et c’est par ces mots et bien d’autres encore que le narrateur (Guy Boley?) partage son amour et sa tendresse pour son père René. Un père hors normes, tout à la fois forgeron, comédien, chanteur d’opérette, amoureux des mots et champion de boxe . Alors pour lui rendre hommage, parce qu’il le mérite et peut-être pour racheter son mépris adolescent quelques années en arrière, il écrit sur ce père qui l’a aimé en lui renvoyant par les mots son amour et son admiration.
Il raconte ce qu’il a été et ce qu’il voulait être ; car René restera toute sa vie 《un enfant contrarié 》par une mère rustre qui voulait faire de lui un homme, pas un artiste ni un lecteur. La boxe pour qu’il devienne un mâle- tant mieux ! Car très vite il y prend goût admirant sur le ring les combats héroïques et les danses chorégraphiées des boxeurs.
Tout est prétexte à la rêverie et aux mots- René ouvre son dictionnaire Larousse toujours avec envie, s’interrogeant joliment sur la langue. Alors pour accompagner ce père artiste, l’écriture de Guy Boley est délicieusement poétique- tout devient poésie : l’enclume, la forge, les chemins de fer, la boxe. Tout est esthétisé, poétisé pour glorifier ce père atypique qui n’a eu de cesse de rêver. Et puis il y a Pierrot, son ami de toujours, passionné de lecture, devenu prêtre , qui lui offrira finalement le rôle de sa vie au théâtre- un rôle qu’il abandonnera subitement car la vie est violente et cynique parfois.
C’est un roman tendre, pudique, drôle qui au-delà de l’hommage au père est aussi un récit sur le temps qui passe, rappelant que l’homme n’est que de passage, que rien ne dure, pas même les héros et qu’il faut faire en sorte de ne pas les oublier. – Sandra Moncelet
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« La vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime » Victor Hugo. Guy Boley raconte son père qu’il a mal compris, mal aimé durant son enfance. Un peu honteux parfois de ce père, forgeron-chanteur d’opérettes, boxeur. Autopsie d’une enfance mal vécue, passage à l’âge adulte rédempteur. Il m’a manqué l’émotion dans cette énumération pragmatique, décorticage d’une vie d’artiste qui n’a pas pu s’exprimer pleinement. Amour sous exprimé ponctué de silences, pudique entre ce père et ce fils. Hommage posthume à ce père qu’il a aimé sans avoir su pleinement l’exprimé avec des mots. Pourtant, le sujet est touchant. Le style parfois emphatique, la redondance des expressions, même si le vocabulaire est particulièrement choisi, m’ont fait manquer l’émotion. Je ne connaissais pas cet auteur, peut-être aurais-je une autre opinion si j’avais lu son précédent roman encensé par les lecteurs ? Un roman, un lecteur : une rencontre. C’est un rendez-vous manqué entre père-fils, romancier-lectrice. Le charme de la plume n’a pas opéré. Guy Boley propose un roman que l’on abandonne pas, intriguant, qui trouvera son lecteur sans nul doute. – Laurence Lamy
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« Alors dans Besançon, vieille ville espagnole, Jeté comme la graine au gré de l’air qui vole, Naquit d’un sang lorrain et breton à la fois Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ».(Ce siècle avait deux ans, Victor Hugo, juin 1830)
Pour moi, Besançon évoquait jusqu’ici la naissance de notre Victor Hugo national. Désormais (et sauf si j’oublie ce livre et ma chronique) je vais devoir y rattacher la naissance du père de Guy Boley, l’auteur de ce roman ou plutôt de cette auto-fiction puisqu’il nous y raconte de façon très personnelle la vie imaginée et vraie d’un père qu’il vénère. « Mon père, ce héros », s’applique-t-il à nous répéter.
Nous voilà donc au « Dépôt », ferroviaire, apparemment, de Besançon où René Boley exerce le métier de forgeron. Nous sommes dans la première moitié du vingtième siècle, le travail du fer et de la fonte est encore essentiel et c’est tout un petit monde qui vit là, celui des cheminots et de leurs familles. On trouve tout sur place, hôpital, loisirs, école : l’entreprise rythme la vie des cheminots et s’occupe de tout. Un monde assez clos, fréquent à cette époque. On trouvera la même chose chez De Wendel en Lorraine comme dans d’autres grandes entreprises, métallurgie, textile, mines. Une sorte de capitalisme social qui eut son utilité à l’époque.
René est donc forgeron mais il se passionne pour la boxe vers laquelle l’a dirigé sa mère pour une raison simple : éviter qu’il ne devienne un de ces homos tant décriés et moqués qui jettent l’opprobre sur la famille.
La chance veut qu’il se passionne pour le « noble art » et y devienne champion amateur. Comme quoi le hasard peut bien faire les choses. Cerdan et Mohamed Ali deviennent ses modèles.
Bien, tout cela dure la moitié du roman (qui n’en est pas un, je le redis) et, très franchement, ne m’intéresse guère. Aucun intérêt pour les gars qui se démolissent le portrait, de surcroît le style est aussi lourd qu’un bloc de fonte, entre mots savants savamment jetés au fil des phrases, citations littéraires disséminées sans guillemets (et cela devient un jeu de les déceler), procédés stylistiques lourdement employés (Ah ! ces interminables accumulations…!) : bref, j’ai failli refermer le livre à la moitié.
C’eut été une erreur, car la seconde moitié du livre traite d’un autre sujet : la découverte par René, l’illettré amoureux du Petit Larousse illustré, d’une passion pour le théâtre. Pierrot, l’ami d’enfance de Guy devenu abbé, se lance dans la programmation d’un spectacle théâtral ayant pour thème la vie et surtout la mort de Jésus. Et voilà notre cheminot devenu comédien, incarnant le Fils de Dieu sur la Croix. Sacrilège ? Non pas, tant il y met d’application et finit par proposer une vision du Christ en Croix digne de Pasolini.
Certaines pages sont superbes et bien sûr, particulièrement celles qui évoquent la fin de ce père d’abord légèrement dédaigné puis respecté, admiré, adoré par son fils, Guy Boley.
Il y a quelque chose de touchant dans ces pages, déclaration d’amour à un père, vibrant hommage d’un fils qui répare des sentiments trop froids, trop égoïstes et dédaigneux à l’égard d’un homme simple. Une relation père-fils qui peut toucher nombre de lecteurs tant on peut s’y reconnaître. – Évelyne Grandigneaux
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J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire. Ce que je lisais ne me déplaisait pas, l’écriture non plus, mais je ne trouvais pas la clef qui me permettrait véritablement d’entrer dans ce roman. Un roman qui parle du père du narrateur, René, un boxeur amateur amoureux des mots qui n’a pas eu l’enfance qu’il méritait. Son père est mort alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère, une femme au mode de vie rural qui estimait que lire était une perte de temps. Son fils était un sensible, ne répondait pas aux moqueries et chahuts, alors elle l’a inscrit à la boxe. Il avait un meilleur ami, avec qui il partageait la passion des lettres.
Et c’est lorsqu’ils sont arrivés à l’âge adulte que l’histoire m’a conquise. Les deux garçons, maintenant hommes, sont toujours amis. Mais si René est forgeron et un grand boxeur, Pierrot a choisi la voie de Dieu. Et par amitié, René accepté de jouer le rôle de Jésus dans le spectacle que veut organiser le « père abbé ». Le narrateur décrit la hargne que son père a mise pour apprendre son rôle et l’incarner, lui qui était au départ un piètre comédien. Il y avait de quoi être fier. Mais les années passant, son fils s’est détourné de lui, s’est moqué, ne venait plus voir ses momies de parents que pour profiter d’un foyer chaud et d’un bon repas. Le père était son héros mais il l’a laissé sombrer avant de le lui dire.
Plus ça allait, plus ce roman me bouleversait. Je suis à la fois très peinée pour René, qui me donne l’impression de ne pas avoir eu une vie à sa mesure. Et pour le narrateur, qui comprend qu’il a abandonné son paternel. René est un personnage lumineux qu’on n’a pas laissé briller.
Contrairement à ce que ma première impression laissait envisager, j’ai aimé ce roman. C’est triste, mais beau. J’ai adoré l’écriture de Guy Boley, avec cette pointe d’humour pleine d’ironie qui donne un ton désabusé au récit. Un ton désabusé qui trahit le coeur meurtri de son narrateur. Même si parfois il donne une image de son père peu reluisante, il a su dresser un beau portrait de René et lui rend magnifiquement hommage. Il l’érige en héros mais nous le montre en tant qu’homme, avec ses forces et ses faiblesses. Ce que j’en retiens surtout c’est sa prestance et son intégrité, son humilité. Un roman touchant que je pense relire un jour. – Vanessa Natiora

Les poteaux étaient carrés – Laurent Seyer

« Maman est partie et papa l’a remplacée par Virginie, un peu plus tard. Moi je l’ai remplacée le jour même par une équipe de football. »

Les poteaux etaient presque carres

Nicolas a 13 ans 1/2 et vit à Vincennes quand le 12 mai 1976 son équipe favorite, l’ AS Saint Étienne- « Lasse » comme il l’appelle affectueusement comme une petite amie- joue la finale de la coupe d’Europe des clubs champions contre le Bayern Munich. Ce sont les 90 minutes de ce match qui vont rythmer le récit- chaque action renvoyant Nicolas à un souvenir de sa courte vie, des moments en famille ou partagés avec ses amis. Une vie meurtrie par le départ de sa mère, remplacée par son père comme on remplace un joueur sur le terrain, par Virginie sa « fausse doche  » qu’il ne parvient pas à accepter.
Alors cette vie familiale perdue il la remplace lui aussi, car l’être humain déteste le vide, en rêvant et en s’attachant très fort à « Lasse ».
On vit avec lui intensément les minutes du match mais aussi toute sa passion illimitée pour cette équipe avec laquelle il vibre dans une communion collective que seul le foot est capable de susciter.
Ce sport prend alors sous la plume de Laurent Seyer une dimension tantôt poétique tantôt épique. Les descriptions rendent notre lecture toujours plus avide et on se surprend à vivre et à ressentir les émotions frémissantes de Nicolas.
Au-delà du football, nous lisons les pensées et les errances d’un jeune adolescent blessé , qui n’a plus que pour seul repère une équipe qui ce soir-là va perdre de manière irréversible.
Par une fin déroutante Laurent Seyer termine de nous surprendre et laisse une impression forte.
Amoureux de foot ou non, peu importe, ce livre est à découvrir! Il est celui d’un passionné qui a réussi avec talent à réunir foot et écriture. Un très bon moment de lecture. – Sandra Moncelet
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Ah ! Cette fameuse expression brandie comme une excuse pour un match perdu …

Et, bien justement, nous y sommes à cette fameuse soirée, que dis-je, ce match d’anthologie, imperdable, et que pourtant les verts ont perdu !

Comment utiliser un moment de communion qu’est un match de foot pour nous montrer l’attachement viscéral d’un petit bonhomme à une équipe parce que ses illusions d’enfance lui échappent ?

Nicolas est un enfant de divorcés. Maman est partie, et a été vite remplacée par « fausse doche » qu’il n’aime guère, pas plus que son fils alias « Contre mon gré ». Les relations avec son père sont réduites au strict minimum. Le père et le fils ne se comprennent plus. Nicolas se sent abandonné et ne voit plus le paternel que comme un être vide de tous sentiment.

Le foot est devenu son refuge et sa famille. Mais ce soir-là, cette finale entre St Étienne et le Bayern a lieu dans un stade hautement symbolique pour lui ; un lieu de moments heureux avec sa maman…

Désormais, ces moments heureux sont derrière lui. Nicolas est un garçon blessé, un garçon que son papa ne regarde plus, et qui doit partager son affection.

On comprend assez vite que, même si le foot est omniprésent dans ce court roman, il n’en demeure pas moins un prétexte pour nous parler, de sujets graves qui enveloppés dans la fantaisie et la futilité fait passer infiniment plus de choses.

Pas besoin d’être calé en foot pour s’emparer de cette histoire émouvante et sensible au dénouement inattendu. Ce roman, à l’écriture alerte et soignée se lit d’une traite, le temps d’un match. – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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12 mai 1976. Nicolas, 13 ans et demi, supporter invétéré des Verts de Saint-Etienne, s’attend à voir sa vie basculer devant la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions de football. Le jeune adolescent regarde le match aux côtés de son père, de sa « fausse doche » et de son « goret » de fils, Hugo. Évidemment, tout ne va pas se passer comme dans ses rêves les plus fous et une tristesse indicible va peu à peu l’envahir au fur et à mesure des 90 minutes de la rencontre et à mesure qu’il réalise son quotidien de fils de divorcé.
Il ne faut pas forcément être féru de foot pour apprécier la plume de Laurent Seyer qui établit une parabole intéressante, bien que parfois un peu maladroite, entre cet instant de vérité de la finale mythique des Verts et les états d’âme d’un adolescent en proie à une douce mélancolie. J’ai passé un bon moment, mais pas non plus inoubliable. – Boris Tampigny
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Il y a des romans qui ne vous attirent pas de prime abord. Celui-ci en faisait clairement partie. Un roman footballistique, l’antithèse parfaite de mes envies de lecture.
Je me trompais lourdement. Laurent Seyer a visé juste, en pleine lucarne, me voilà terrassée par l’émotion en 144 pages.
Car derrière le récit de cette rencontre mythique, c’est sur un autre terrain, celui de la famille recomposée, que ce joue le match véritable, un match à guichets fermés entre quatre protagonistes, Nicolas, le narrateur, son père, sa belle-mère et son fils Hugo.
Une chronique mélancolique et sensible du divorce dans les années 70, vue à travers le prisme de l’adolescence, où la vie se joue sur une victoire des Verts, où marquer un but peut changer le cours des choses à jamais.
Dans sa cage fragile d’adolescent criant son mal de mère, Nicolas encaisse les remarques, les regards en coin, le manque d’amour paternel.
L’ange vert pourra-t-il endiguer sa souffrance en dépit de l’issue connue du choc des titans ?
De l’avant-match au coup de sifflet final, Laurent Seyer joue sa feuille de match en virtuose, dans une économie de mots. Moins on cherche à être magistral, plus on touche à l’essentiel, oui, plus on s’approche de la vérité.
Lire ce roman permet de se reconnecter avec l’adolescent que nous avons été ; ce funambule aux pieds d’argile tentant de se libérer des ses entraves familiales pour conquérir sa liberté.
Un GROS coup de cœur, assurément… – Catherine Pautigny
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J’annonce d’emblée que j’ai aimé ce livre.
Un récit bref qui dit l’essentiel.
Nicolas, le jeune garçon a 13 ans et demi lors de la finale historique l’ASSE Saint-Etienne contre le Bayer de Munich.
Il est suspendu à la retransmission télévisée.
Le lecteur suit quelques séquences du jeu de la seconde mi-temps, mais ce n’est pas un roman essentiellement sur le foot.
Car la mère de Nicolas a quitté le domicile le laissant seul avec un père physiquement présent mais qui semble indifférent.
Il faut un palliatif à l’absence et, le jour même du départ de la mère, « question de survie », il se passionne pour l’équipe de Saint-Étienne. Les Verts comblent le vide.
L’écriture est sobre, sur fond de tristesse non exprimée.
Une écriture maîtrisée avec des notes d’humour.
Pour moi, cela a été comme un cadeau : nous habitions à cette époque proche Lyon, notre fils avait l’âge de Nicolas et nous avons vécu son amour pour les Verts, la collection des vignettes Panini…
J’ai pu avoir l’illusion de revivre cette période. C’était bien. – Mireille Lefustec
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Le 12 mai 1976, j’avais deux mois, je ne me souviens donc pas de cette finale mais je peux comprendre aisément l’engouement de Nicolas pour une équipe de foot, ayant vécu la coupe du monde de 1998 et celle de 2018! Dans « Les poteaux étaient carrés », c’est Nicolas qui raconte cette finale, sa finale. Les mots sont ceux d’un enfant, d’un adolescent qui se livre par l’intermédiaire de ce match de foot! Nicolas raconte au lecteur les évènements de sa vie qui sont liés à des matches de foot. Il y a d’abord le départ de sa mère le soir d’un match, départ dont découle le divorce de ses parents, divorce qui n’est pas courant dans les années 70, d’ailleurs Nicolas est le seul enfant de parents divorcés de sa classe. Puis le père de Nicolas lui impose une « fausse doche » et son fils comme ça, sans lui demander son avis, sans préavis. La solitude de Nicolas devient de plus en plus oppressante et ce père qui ne partage pas grand chose avec son fils même pas le foot: oui ils regardent le match ensemble mais ça s’arrête là… Nicolas supporte de moins en moins ce manque d’intérêt de la part de son père. Tout comme l’attitude des parents de ses copains d’école envers lui à cause du divorce de ses parents, cela lui est difficile de subir cela… Nicolas se raccroche donc à cette équipe de foot, « lasse », dont il connaît tous les joueurs, il se crée sa propre famille à défaut de voir la sienne s’étioler…

Laurent Seyer a su retranscrire le désespoir de Nicolas que j’ai senti progresser au fur et à mesure de l’histoire. Nicolas, cet ado, qui se sent délaissé par sa propre famille, famille qui a éclaté, famille qui n’en est plus une pour lui, famille jugée par les autres, cela fait beaucoup pour un garçon… Tout cela amène Nicolas a se prendre de passion pour cette équipe de foot, les Verts. Quand ça va mal, chacun se réfugie dans ce qu’il aime afin d’échapper à ce qui les rend triste. L’auteur nous montre également comme cela était difficile le divorce à cette époque, alors que de nos jours cela s’est, malheureusement, banalisé 40 ans plus tard.

J’ai aimé ma lecture « Les poteaux étaient carrés » mais (et oui il faut toujours un mais), la fin m’a parue étrange… Je ne comprends pas vraiment le sens de cette fin… Pourquoi l’auteur termine son roman comme cela?? Je m’interroge et j’émets des hypothèses et cela n’est-il pas le but d’un livre, non? – Sybil Lecoq (Un brin de Syboulette)

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On refait le match. 12 mai 1976, Glasgow, finale de la Coupe d’Europe de foot, opposant le Bayern de Munich à l’ASSE, l’équipe de Saint-Étienne.
À ce stade de ma chronique, et si, comme moi, vous n’êtes pas vraiment amateur de foot, vous vous dites peut-être que ce roman n’est pas pour vous. Oui, mais voilà… je l’ai lu d’une traite et avec plaisir, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.
Parce qu’à 13 ans et demi (l’âge du narrateur Nicolas), il arrive que l’on ait l’impression que notre vie dépend tout entière d’un événement qui nous dépasse et qui peut paraître anecdotique, comme un match de football, par exemple. Parce que les quatre-vingt-dix minutes de jeu retransmises en direct dans l’appartement de Nicolas servent d’appui (ou de parallèle) à son récit et que chaque action le renvoie à sa propre vie de jeune garçon, fils de parents divorcés qui vit avec son père, sa belle-mère et son fils (la « fausse-doche » et le judicieusement baptisé « Contre-mon-gré »…)
Parce que le stade de Glasgow où se déroule le match rappelle à Nicolas le séjour qu’il a fait avec sa mère en Écosse, moment de complicité à deux qu’elle a voulu lui offrir après avoir quitté la maison, et dont Nicolas ne saisira l’importance qu’avec un peu de recul.
Parce que les épisodes racontés sonnent juste, et que malgré mon absence totale de connaissance en Histoire du foot, je me suis volontiers prise au jeu du suspens et de la tension qui règne sur la pelouse du stade alors qu’il ne reste que vingt minutes de jeu, et que décidément, l’équipe de l’ASSE a la guigne. Ou alors, serait-ce à cause des fameux poteaux ? Nul ne le saura, mais en tout cas, pour Nicolas, ce moment scellera pour toujours son destin de jeune garçon de 13 ans et demi. – Amélie Muller
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J’ai été surprise d’autant aimer ce premier roman empreint de nostalgie et de tendresse dans lequel le foot sert de toile de fond. L’auteur mêle très habilement le récit d’un match rentré dans la légende et l’histoire intime et douloureuse d’un jeune garçon de treize ans. La vague qui emporte les supporters, la jouissance ressentie dans la houle de la foule sont parfaitement retranscrites de même que les sentiments et émotions du jeune garçon.
La solitude, le poids des non-dits traversent ce beau texte émouvant jusqu’aux poignantes dernières lignes qui remuent les tripes. Un beau coup d’essai pour un premier roman riche en émotions. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Le roman est bref (173 pages) et malgré cela j’avoue que passé la moitié, j’ai survolé les scènes descriptives du match de foot (trop c’est trop quand on n’y voit aucun intérêt). De même tous les propos élogieux sur cet « événement » m’ont ennuyée, Coupe d’Europe peu importe, le foot ne m’intéresse pas. Surtout qu’à cette époque, j’avais 4 ans, alors si mémoire collective il y a, j’étais trop jeune pour y participer.

L’intérêt du livre est bien évidemment dans l’autre part de l’histoire, le ressenti de Nicolas sur la séparation, la douleur d’avoir « perdu » sa mère, et la fin que bien évidemment je ne dévoile pas. La construction mêlant histoire personnelle et histoire collective à travers la passion du football et le récit d’un match en particulier ajoute aussi à la qualité de l’ouvrage, mais pour ma part, elle m’a pesée plus qu’elle ne m’a séduite. – Laure Alberge (Les jardins d’Hélène)

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Lecture légère de ce premier roman de 137 pages, un entracte dans cette sélection des 68 premières fois. Mettre en scène le récit de son enfance, de sa passion, de ses amis et surtout de sa famille recomposée autour du parcours de l’équipe mythique de football des Verts de Saint-Étienne est une approche originale et pour moi inédite.
C’est à la fois grave et léger, une réflexion qui a le mérite d’exister pour une galerie de portraits familiale assez chatoyante et souvent dure, sur l’amour filial, le manque de mère et un père qui, pour le coup n’est pas celui qui part, autre originalité de ce roman.
Ce premier roman se laisse facilement lire, sans réelle passion mais avec l’envie d’aller au bout de cette histoire. Certes les multiples descriptions des phases de jeu peuvent parfois lasser mais, pour ma part, je les survolais pour m’en tenir au contenu de l’histoire. – Olivier Bihl (Passion de lecteur)
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Même si le milieu du foot ne m’est pas très familier, j’étais toute disposée à me plonger dans ce premier roman et à revivre le match mythique qui a opposé en mai 1976 l’ASSE et le Bayern de Munich. Je me souviens de l’engouement pour l’équipe des verts de Saint-Étienne et, à la lecture de ce livre, je retrouve même des noms de joueurs que j’ai dû connaître à l’époque. En effet, même si mes préoccupations étaient ailleurs, il n’était pas facile alors d’échapper au retentissement de cet événement sportif…
Pourtant, cette lecture m’a un peu gênée… D’abord, c’est tout juste un roman, plutôt une longue nouvelle, vu son format. De plus la narration obéit aux codes de la nouvelle : forme brève, sujet restreint, entrée en matière rapide, peu de personnages, chute rapide et inattendue…
La métaphore filée entre le déroulement du match, les personnalités des joueurs et de l’arbitre et les évènements vécus par le jeune Nicolas, âgé de 13 ans et demi, et les relations qu’il entretient avec ses parents, la nouvelle compagne de son père et son fils et ses camarades de collège ne fonctionne pas tout au long de la narration avec le même naturel. Le résultat est très inégal.
L’idée de départ est cependant originale : reporter sur une équipe de foot le potentiel relationnel qui manque dans une famille recomposée, y trouver la force d’un lien qui manque entre un père et son fils, compenser le vide de l’absence de la mère par le jeu collectif… Mais voilà, cela ne me convainc pas. – Aline Raynaud
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Le 12 mai 1976, Saint-Étienne affronte le Bayern de Munich pour la finale de la coupe d’Europe. Pour les vrais amateurs de foot, même s’ils n’étaient pas encore nés, c’est une date qui compte. Pour preuve, mon Amoureux, qui était encore un bébé à l’époque, a compris tout de suite de quoi le roman parlait rien qu’en lisant le titre. Pour Nicolas Laroche, fervent supporter de l’ASSE et amoureux du foot en général, ce match promet une soirée inoubliable.
Pourtant, du haut de ses treize ans, il est obligé de le regarder à la télévision avec son père avec qui il ne partage rien, sa belle-mère qu’il n’aime pas et son fils qu’il méprise. Une soirée qui aurait pu être géniale mais se révèle cauchemardesque, d’autant plus que pas de bol, au stade de Glasgow, les poteaux étaient encore carrés.
Cette soirée de match est le fil conducteur autour duquel va s’articuler le récit de la vie de Nicolas. Sa mère est partie, apparemment à cause de son père, et ne va pas bien. Ils se voient peu. Il a sa bande de copains. Et le foot. Et c’est tout ce que j’en retiens, à part peut-être un peu le pincement au cœur qu’on peut ressentir en lisant les émois de ce petit gars, à la fois content d’être singulier et triste de ne pas se sentir bien dans sa famille.
C’est un roman que j’ai lu facilement, sans déplaisir, mais sans plaisir non plus. Le seul intérêt que je lui ai trouvé, ce sont les références footballistiques. Oublié sitôt terminé. – Vanessa Natiora (Le jardin de Natiora)
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Les poteaux étaient carrés pour une vie qui ne tourne pas bien en rond, surtout quand l’amour reste enfermé dans les vestiaires.
Une lecture qui pourrait durer quatre-vingt dix minutes auxquelles on ajouterait un peu de temps additionnel, juste pour bien comprendre que la partie qui se joue n’est pas que du foot : c’est une compétition narratrice sur les blessures d’une adolescent qui reçoit le premier tacle de sa vie lors du départ de maman et de l’arrivée de sa remplaçante et de son fils, nommés réciproquement « Fausse-doche » et « Contre-Mon-Gré ».
Une lecture qui laisse des neurones en manque de nourriture. La fin est évasive, étrange, même si chacun aura sa propre version du dénouement. Cependant, un roman qui n’est pas exempt d’intérêt, mélanger une compétition avec les errances d’un adolescent, un côté psychologique qui en dit long sur ces enfants en manque d’amour, en manque de tendresse ; ces enfants qui ont l’esprit en lambeaux suite à leurs parents qui se déchirent. Des blessures qui claquent, brûlent et n’arrivent pas se refermer. On s’accroche alors à ce qui semble un réconfort, un but en soi, une façon d’oublier. Mais cette passion si salvatrice, elle devient son contraire si elle ne suit pas la ligne espérée par le blessé de la vie.
Une lecture dont on voudrait une continuité, un approfondissement mais qui a le mérite de soulever le voile sur l’une des causes du mal-être de la jeunesse. Avec le sport comme toile de fond. – Ghislaine Antoine
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Les poteaux étaient carrés est un livre déroutant. Je ne saurais dire si je l’ai aimé mais en tout cas apprécié c’est certain. L’auteur rapporte la parole de Pierre Cangioni, un match n’est jamais terminé avant le coup de sifflet final (p. 125). On pourrait en dire autant d’un livre où le lecteur cherche son plaisir jusqu’à la dernière page.
Si le titre est intrigant mais compréhensible j’ai par contre eu du mal à déchiffrer la couverture … qu’il était difficile de choisir plus laide, même si le cliché est historique. Le parallèle que fait Laurent Seyer avec des évènements familiaux qui, à l’instar d’un match, ne se rejoueront pas non plus, est très intéressant. Mais il souligne aussi un match n’est jamais terminé avant le coup de sifflet final. On pourra ainsi analyser l’histoire familiale en changeant de point de vue. Ainsi, au fil des pages le garçon réalisera que les moments heureux qu’il a vécu avec son père sont systématiquement associés à la présence concomitante de sa mère qui, depuis a quitté le foyer familial.
C’est évidemment davantage à la défaite du club stéphanois qu’à la victoire de coupe d’Europe des munichois que l’auteur a pensé en écrivant cet ouvrage. Ce qui est original c’est aussi la position dans laquelle se trouve le jeune homme, toujours derrière un poste de télévision, jamais dans les gradins d’un stade. On ne le voit sur aucun terrain. Il ne participe pas aux entraînements, ne joue pas en amateur mais il se révèle être un connaisseur avisé.
On comprend (p. 82) quel processus d’identification peut se mettre en place entre un téléspectateur et une équipe. Cela se passe curieusement (s’ancre) au moment où la victoire semble hors de portée : Pour la première fois depuis le début du match j’ai un mauvais pressentiment. Je la connais bien cette angoisse (…) J’ai déjà ressenti cette humiliation de l’impuissance, quand on réalise que l’on n’aura pas gain de cause, que ce sont nos adversaires qui iront danser sur le podium (…) et il faudra vivre avec ce regret toute sa vie.
Souhaitons à l’auteur que l’écriture de ce livre ait atténué ses regrets. – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Un premier roman très touchant.
Nicolas est un jeune garçon qui se prépare pour la finale de la coupe d’Europe, le 12 mai 1976. Il va nous raconter sa vie de jeune garçon, dans les années 70, sa mère est partie et une nouvelle fausse-doche et son fils, Hugo, le porcelet CMG se sont installé chez lui. Il est le seul enfant de divorcé de sa classe et cela l’isole mais il a quand même de très bons copains. Il a surtout une fascination-passion pour l’équipe des Verts. A travers le match et les fameux poteaux carrés, Nicolas va nous raconter sa vie d’adolescent. Un livre touchant, et on retrouve un peu la magie du précédent livre que j’avais apprécié des éditions Finitude « En attendand Bojangles ». Ce jeune Nicolas m’a touché et j’en ai appris un peu sur le football et la fameuse et mythique équipe des Verts (collection des vignettes Panini de mon frère, souvenirs d’enfance !). Hasard mais je viens de voir un film OVNI Diamantino, film portugais sur un footballeur. Je vais devenir incollable sur le foot (!!). Nicolas parle aussi bien des familles recomposées. De belles pages sur son voyage en Ecosse avec sa mère et sa visite d’un terrain de football mythique. Même si vous ne comprenez rien au football, je vous conseille ce livre pour cette belle, touchante et poétique description de l’adolescence.

 – Catherine Airaud

Faune et flore du dedans – Blandine Faure

“ La forêt me dévore, me happe, désagrège toutes mes défenses. Elle m’assomme par sa densité, les milliers d’arbres alignés devant moi s’empressent de me voler quelque chose que je ne veux pas leur donner.”

Faune et flore du dedans

Lorsqu’elle passe la porte du bureau de Joachim, Louise cherche seulement à noyer ses démons dans un trop-plein de connaissances, dans l’étude infinie de la nature pour servir ses projets artistiques. Pourtant, cette première rencontre d’apparence anodine va l’entraîner à l’autre bout du monde, au cœur de la forêt amazonienne, impitoyable de densité. Le contact avec cette nature puissante et indomptable suffira-t-il à Louise pour tourner la page sur ses souffrances passées ? Cette expédition sera-t-elle le point de départ d’une nouvelle vie ?
Blandine Fauré nous offre un roman poétique, d’une très grande sensibilité, où l’élément naturel se présente comme une puissance dépassant l’homme, un exutoire à la fois rassurant et menaçant où se réfugier en cas de détresse. Dès le début, le cadre est posé, celui du lexique de botanique, riche de définitions diverses, applicables aux plantes, mais aussi à nos personnages. Louise apparaît d’abord fantasque, sûre d’elle et insolente, avant de laisser entrevoir, lors des moments clés de l’expédition, des fêlures liées à son passé, à sa famille et à son ancien amant, Igor. Le voyage prend dès lors un tour initiatique : plus qu’un projet artistique, c’est sa vie qu’elle vient réinventer ici, auprès du ténébreux scientifique aux petits carnets noirs.
Roman à deux voix, où l’épistolaire se superpose à la prose omnisciente du narrateur, Faune et flore du dedans nous transporte dans un autre monde, inconnu et fascinant, celui de la forêt amazonienne, théâtre d’une histoire impossible, d’un désir secret et inassouvi. Rien de se passe comme nous l’aurions imaginé dès les premières pages, mais on sort de cette lecture profondément touchés par le parcours tumultueux de nos personnages. – Olivia Cheucle (The unamed bookshelf)
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Une jeune plasticienne, Louise, rejoint une équipe de scientifiques, chargée d’explorer le parc El Manu, dans la jungle amazonienne péruvienne. Dans des conditions parfois extrêmes, l’équipe collecte des espèces inconnues, tandis que l’artiste développe son travail, sa créativité, inspirée par cet environnement. Tout en suivant l’expédition, la jeune femme revisite sa vie présente et passée. Blandine Fauré entremêle habilement la banalité d’un vécu particulier à l’aventure extraordinaire poursuivie dans la forêt.
« La nature qui m’accueille me bouleverse. C’est un chant extrême, inouï, qui fissure un à un mes souvenirs… », écrit-elle.
L’auteure détaille cette forêt de manière précise, presque scientifique, mais aussi enchanteresse. Elle rend ainsi compte de la beauté fascinante, à la fois rude, dangereuse et fragile, d’une nature, dont elle nous dit, en filigrane, combien elle est menacée.
J’ai beaucoup aimé cette aventure exceptionnelle, dans cette selva inquiétante, puissante ou le moindre faux pas peut tuer. J’ai aimé cette écriture, un très bon moment de lecture. Un roman poétique, sensible.  – Gloria Rodriguez
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Quand j’ai reçu ce livre, il ne me tentait pas. Mais quelle ne fut ma surprise par cette jolie découverte, premier roman de Blandine Fauré.
En effet : une écriture fine, poétique, envoutante, une nature débordante et dense, une faune bruyante et diverse.
J’ai aimé Louise, personnage fantasque et passionnée, venue chercher l’apaisement dans cette forêt amazonienne fascinante et chasser ses douleurs et fêlures passées, un voyage initiatique. Certains personnages sont attachants et je les quitte avec regret : son frère et sa sœur, sa grand-mère délicieuse.
La construction de ce livre avec ces aller et retour entre passé et présent m’a séduite, ainsi que les définitions scientifiques à chaque début de chapitre : aérobie, abscission, corticole, accrétion….
Une réussite pour ce premier roman. – Joëlle Radisson
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Sous ce beau titre énigmatique s’ouvre un roman qui nous emporte au cœur de la forêt amazonienne, et qui nous plonge dans la confusion des sentiments et des temporalités. Un projet artistique, liant photo et dessin, conduit Louise, la narratrice, à se joindre à une mission scientifique en partance pour l’Amazonie. La forêt, étrange, étrangère, hostile, mais aussi utérine et consolatrice, est en quelque sorte le personnage essentiel de l’histoire qui nous est racontée. L’écriture la fouille et l’explore pour en faire émerger son côté organique, matriciel. Prisonniers de leur passé autant que de leur présent, les humains se régénèrent sous la canopée et c’est eux-mêmes qu’ils découvrent en recensant des espèces inconnues. Chaque chapitre s’ouvre sur une définition de botanique qui donne des clefs d’interprétation en replaçant l’humain en symbiose avec la nature. La poésie sensorielle, fine et sensible, qui irrigue l’intrigue, crée une atmosphère où l’apaisement nait de l’angoisse et de la menace.
Je conserve de cette lecture une impression paradoxale : j’en ai beaucoup apprécié le scénario et surtout l’écriture qui lui donne un ton si envoûtant. Pourtant, je ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages, ni à me projeter vraiment dans l’histoire. Un rendez-vous manqué, donc. – Sophie Gauthier
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Première lecture de la sélection de septembre, et premier coup de foudre pour ce roman de l’excellente collection 1er Mille qui m’a bouleversé, tant pour sa trame romanesque que pour l’écriture d’une maîtrise impressionnante.
Que cherche Louise, photographe en mission au coeur de la jungle amazonienne aux côtés de scientifiques aguerris ? A fuir un passé douloureux marqué par l’abandon et le deuil, à se réconcilier avec elle-même ?
Au cœur de ce roman gigogne où le paysage devient métaphore des émotions de l’héroïne se niche une merveilleuse histoire de résilience et de rédemption, servie par la plume magistrale de Blandine Fauré, qui nous entraîne au coeur de la Selva dans une kyrielle de sensations visuelles et auditives qui donnent un corps physique palpable au récit. Nous cheminons dans les pas de Louise, passant de l’ombre à la lumière au cœur d’une forêt à la fois oppressante et rassurante comme un ventre maternel, notre âme de lecteur en apnée jusqu’à la dernière ligne…
Les livres sont vivants, fidèles compagnons de route ils nous aident à garder la tête haute au quotidien, dans les moments de doute comme dans les moments de liesse. Ce portrait de femme subtil et enchanteur est entré avec fracas dans ma petite géologie intérieure, il s’ajoute à ces petites pépites que l’on a envie de garder au fonds de soi, précieusement. – Catherine Pautigny
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Faune et Flore du dedans est un étrange récit à deux voix, celle de la narratrice et celle des carnets d’un autre personnage dont la lecture nous est proposée plus tardivement dans le récit. Les deux JE déclinent des pans de vie, des angoisses, des abandons, des drames personnels, des pertes, des souffrances… Ils se séparent et se rejoignent, se retrouvent et se perdent à nouveau. La trame narrative est complexe, les informations sont distillées au compte-gouttes, jusqu’au dénouement.
L’auteure joue le jeu subtil de la métaphore végétale en plaçant son personnage principal au cœur de la forêt amazonienne. D’un côté, elle nous donne à lire et à suivre les habituels clichés et personnages typiques liés à ce type d’expéditions scientifiques : le bel universitaire au charme mystérieux, le spécialiste austère, le baroudeur incontournable, la belle biologiste (blonde et sculpturale, forcément), la jeune étudiante inexpérimentée, le botaniste sympa, etc… Et d’un autre, elle échafaude son intrigue autour du champ sémantique de l’herbier : titre des chapitres sous forme de définitions géo botaniques, parallèles complexes entre les corps et les végétaux, les sentiments et les processus naturels, liens entre le vivant et le spirituel…

Il y a dans ce roman tout un travail autour de la représentation : l’héroïne principale est « photographe artistique », son rôle dans l’expédition est de poser un certain regard sur la vie végétale et animale dans le cadre d’un projet universitaire à l’intitulé redondant. Même si l’écriture est également mise en avant, notamment dans les carnets avec leur effet cathartique, sorte de journal de bord de l’expédition, de journal intime aussi, de lettres à la femme aimée, l’auteure semble donner la priorité à un autre format représentatif, un autre cadre, celui de l’herbier… Le sort final des carnets est très parlant à ce niveau.

Je salue l’originalité de la démarche narrative, je suis même plutôt admirative pour le suivi de la métaphore filée à l’extrême d’un bout à l’autre du roman. Pourtant, c’est là que je me perds un peu car je ne ressens aucune émotion, aucune empathie à l’égard des personnages, comme si je les percevais à travers un filtre…
Je m’explique : un herbier est une collection de plantes ou de parties de plantes desséchées sous presse, étiquetées et nommées avec rigueur ; c’est aussi le nom donné à l’endroit où sont conservées ces planches séchées, une sorte de musée. Dans un herbier, les plantes sont préservées mais mortes, destinées à être vues, étudiées mais hors de leurs milieux naturels.
Un bon roman…
Un bon moment de lecture mais où il m’a manqué cependant un souffle de vie, où la distance était un peu trop grande pour moi entre l’humain et sa flore et faune intime. – Aline Raynaud
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Puis tu avais eu cette impulsion mystérieuse, dont j’ignorais encore quelle allait bouleverser mon existence tout entière. Tu avais évoqué l’existence de tes carnets.” Cette phrase apparaît p. 104 de ce très beau roman publié aux éditions Arléa et c’est un peu un tournant de l’histoire. Pourtant, ce n’est que cinquante pages plus loin qu’apparaîtra l’enveloppe d’où la narratrice sortira des dizaines de carnets, dont elle distillera le mystérieux contenu jusqu’à la fin du roman. Arrivé là, on ne manquera pas alors de relire le début…. Car Blandine Fauré fait preuve d’une sacrée maîtrise de la construction : suspens, flash-back… Mais quel art pour un premier roman ! L’histoire d’amour pourrait-être banale et tous les malheurs des personnages un peu excessifs (abandon, deuils, perte d’un enfant, handicap… ) si l’auteur n’avait choisi un contexte fascinant, la forêt amazonienne, et surtout si elle ne faisait preuve d’un magnifique style pour les décrire (l’amour et la forêt). C’est très intelligent, très fin et au final très beau. – Catherine Mézan
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J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce premier roman qui pour moi ne correspondait pas à ce que j’attendais. Je voulais plus de mystère, d’onirisme, de voyage, de percée sauvage. Je voulais une exploration de cette jungle, de cette selva. Je voulais une femme forte qui s’impose au sein de cette expédition. Et il est bien dur de se détacher de son envie première, de se dire « ok, c’est pas ce que je voulais mais voyons voir ce que ça donne » alors j’ai fait quelque chose que j’aime beaucoup faire. J’ai dormi. Et je me suis réveillée les idées bien claires, sans attentes particulières et j’ai repris ma lecture. Et la forêt amazonienne m’a envoûtée.

La prose de Blandine Fauré s’étend telles les ramifications d’un arbre centenaire qui contiendrait tous nos souvenirs. A travers ses lianes tentaculaires, l’autrice trace le portrait d’une femme au bord de la dérive, qui apparaît pourtant de prime abord comme effrontée, insolente, sûre d’elle alors qu’elle s’adresse à cet homme, ce docteur que tous admire. Elle ressort de ce bureau bouleversée mais aussi terriblement convaincue et déterminée. Elle veut partir. Elle partira. Un peu pour elle, un peu pour lui.

Plasticienne, elle souhaite découvrir dans les arbres, les plantes, les oiseaux, ce qu’elle ne trouve pas dans la ville : la liberté, la lenteur, la quiétude. Pourtant à travers ses branchages ce sont les souvenirs qui reviennent la hanter, la prennent par surprise, la tétanisent. Mais c’est aussi le clapotement d’un pecque pecque sur l’eau, le bruissement des feuilles, la chaleur moite qui la lavent, lui permettent de s’étirer, toucher du doigt la sensation de plénitude. Alors que même dans cette forêt dense, touffue et mystique, c’est l’amour, le désir qui viennent la cueillir. Un amour platonique, uniquement tiré de regards, de commentaires sur les lianes, les feuilles et les arbres centenaires. Un amour sous tension permanente, parce qu’il y a toujours, là bas de l’autre côté quelque chose qui les retient, qui les empêche : une famille, un passé. La narratrice tutoie beaucoup cette présence masculine, l’apostrophe et n’arrive guère à s’en défaire. Il y a d’ailleurs peut-être là cette faiblesse dans l’écriture, ce désir permanent de revenir à cet homme, Joachim, alors qu’il ne me semble pas essentiel.

Ce que j’ai particulièrement apprécié ce sont tous les va et vient entre le passé et le présent, déclenchés par on ne sait quoi : la danse des oiseaux, le calme plat du rio Samiria, l’obscure disparition de Luis dans les branchages, un sommeil qui tarde à être trouvé. Tout est propice à retrouver ce passé lourd, pesant, cet Igor dont on ne saura finalement que peu de chose si ce n’est qu’il est sauvage, possessif, féroce ; cet enfant qui n’aura jamais vu la lumière et le ventre vide qu’il laisse ; ces frères et sœurs qui sont comme des bouées ; et cette grand-mère, adorable, maternelle, contrepoint de ce triste passé. Blandine Fauré entremêle ses souvenirs aux branchages de la forêt, les entament dans les bras des grands singes, les tissent dans ses rêves. Voilà l’effet que me donne l’autrice : une tisseuse.

A cette voix narrative extrêmement présente, forte et poétique se rajoute celle du docteur, ce fameux scientifique dont on apprend finalement que très tard le nom.La fin éclot doucement, nous fait languir, s’attarde sur des choses dont on a finalement que faire, on aurait aimé peut-être, rester en Amazonie, dans cette jungle immense, qui aura touché tout le monde, impacté les forts et les faibles. Et nous y revenons, lentement, à petits pas, à travers les photographies de Louise, à travers les mots de Joachim, à travers les morts et les vivants, la forêt Amazonienne est là, mystérieuse, révélatrice, brumeuse. Elle a rendu la paix.

A travers ces définitions scientifiques, ces descriptions oniriques, et ces fantasmes poétiques, Blandine Fauré nous emporte au cœur de la forêt Amazonienne, la nôtre, celle que l’on a au fond de nous, de notre âme et qui nous attend patiemment. Avec une voix narrative extraordinaire l’autrice a finalement su me convaincre de rester dans cette jungle moite et luxuriante. Si je regrette parfois le « trop » stylisé, les phrases qui auraient mérité d’être raccourcies et le manque, peut-être, de mysticisme, j’en admire pas moins cette prose envoûtante qui ne laisse que peu de place à la respiration. C’est un voyage extraordinaire, au cœur de Louise et de soi, auquel nous convie Faune et flore du dedans, oserez-vous tenter l’aventure ? – Enora Pagnoux (Les dreamdream d’une bouquineuse)

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Louise, jeune photographe, intègre une équipe de scientifiques pour une mission sur la faune et la flore en Amazonie. Immergée au fond de la Selva, au milieu des oiseaux, des arbres, des sentiers, des cours d’eau, Louise se souvient. Elle se souvient de son enfance, de cette mère insaisissable, de ses grands-parents. Elle se souvient des jumeaux dont elle a charge d’âme. Elle se souvient surtout d’Igor, son grand amour et de la fin tragique de leur histoire. Au contact de Joachim, le chef de groupe, elle cherche à éloigner les démons de son passé pour se reconstruire. Elle si fragile mais si courageuse.
Dans un savant mélange de nature et de poésie, Blandine Fauré signe un admirable livre sur l’amour et la résilience. La trame narrative est douce, sensuelle, lente. J’ai été enchantée par cette lecture si sensible. – Amélie Descroix
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La principale qualité de ce livre tient du reste au parfait mariage entre l’écriture et la nature. Les phrases sont comme des lianes qui viennent s’enrouler autour des émotions, leur conférant une intensité nouvelle. « À chaque pas de ce voyage, les souvenirs de ma vie passée avaient éclos, triomphant de l’amnésie où ils étaient tombés depuis que la mort s’était abattue sur mon corps. »
L’idée d’ouvrir chaque chapitre par une définition scientifique tirée du lexique de botanique, d’expliquer les notions de forêt, suspension, inflorescence, ruissellement ou encore anaérobie donnent permettent aussi de marier la science et l’art, autre transcendance de ce récit aussi exaltant que douloureux, aussi thérapeutique que dramatique. – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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Comment s’épanouir lorsqu’on n’a pas de solides racines ? Cette question est valable pour les végétaux comme pour les êtres humains. Preuve que les deux ont plus en commun que nous ne pourrions l’imaginer, chaque chapitre du premier roman de Blandine Fauré commence par une définition de botanique, et toutes apportent un élément de réponse à la question fondamentale de ce livre : qui est Louise, l’héroïne ? Louise fuit son enfance, son passé, les gens qui l’ont blessée. Pour mettre de la distance entre elle et ce fardeau, elle rejoint une expédition de scientifiques partant à la recherche de nouvelles espèces dans la jungle amazonienne. Elle est là pour porter un regard artistique sur la mission, mais aussi pour se révéler à elle-même.
Dans cet environnement hostile, la crainte, d’abord, domine Louise. Plus elle s’intègre au groupe, plus elle apprend à apprécier cette nature luxuriante. Bientôt l’artiste est à l’aise. Mais intérieurement, la vie sous la canopée fait rejaillir avec violence les traumatismes. Petite fille perdue, femme blessée, sœur comblée : tout se mélange, la laissant à fleur de peau. Lorsqu’il lui faut quitter la forêt, elle n’est pas loin d’avoir totalement perdu pied.
La quête de Louise pouvait-elle trouver une réponse dans la forêt amazonienne ? On ne repart pas indemne d’un séjour dans la selva. L’écriture, qui retrace son parcours, oscille entre l’introspection de Louise et ses adresses à Joachim, le charismatique chef de mission. Les allers-retours entre différentes périodes de son passé dessinent peu à peu le portrait de Louise, au parcours et à la personnalité complexes, jusqu’à révéler ce que cette expérience lui a réellement apporté.
Mon sentiment à la fin de cette lecture est ambivalent. J’ai apprécié la métaphore botanique qui sert de fil directeur, et Louise est suffisamment intrigante pour m’avoir donné envie de lire le livre jusqu’au bout afin d’en savoir un peu plus sur elle. Pour autant, je ne me suis pas attachée à l’héroïne et à aucun moment je n’ai été réellement emportée par le récit. – Claire Séjournet (La marmotte à lunettes)
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J’ai aimé ce premier roman qui nous transporte en permanence dans un univers paisible et foisonnant, dans cette nature qui transcende la vie de ceux qu’elle bouleverse par sa beauté et sa fragilité, sa force et a puissance aussi. J’ai aimé suivre le cheminement des pensées de Louise qui se remémore les moments clés de sa vie, elle alterne la réalité du présent avec les souvenirs, ceux de la famille, les deuils, la vie, l’amour, qui passent et font que malgré tout on avance et que l’on devient autre, plus fort sans doute de sortir vivant de ses blessures les plus profondes.

Il y a surtout une beauté subtile dans ces pages qui nous plongent au cœur de cette nature foisonnante et puissante, rédemptrice et cicatrisante, intemporelle, éternelle et pourtant fragile. Une nature bien plus éphémère qu’il n’y parait, surtout si l’homme n’y prend pas garde. – Dominique Sudre (Domi C lire)

K.O. – Hector Mathis

“ C’est drôle comme on apprend de la vie aux côtés des malades, de la marche auprès d’hémiplégiques, et de la langue auprès des étrangers. On comprend toujours par l’absence, c’est une histoire de maths ça, les scientifiques connaissent, on ne découvre pas x en le tournant dans tous les sens, mais en le faisant jouer de son absence. “

KO

K.O. va surprendre plus d’un lecteur. Hector Mathis nous livre ici un premier roman très singulier, repéré bien avant sa sortie par de nombreux jurys littéraires. Et ce n’est qu’un début.
Le récit ne suit pas l’ordre chronologique. Voilà pourquoi je suis entrée péniblement dans l’ouvrage avant de me faire happer par le style. Alors je n’ai plus lâché.
L’auteur écrit la misère avec une poésie infinie pour nous faire sentir combien Sitam avait du cauchemar plein les semelles. Comme lui il n’a pas l’adjectif malhonnête (…) et les mots dont il use sont des communs mais ils font pas semblant.
On s’habitue vite à sa rhétorique et on l’apprécie. Comme lui, faut pas m’échafauder des phrases trop prudentes, j’y trouve(rais) des certitudes.
Hector Mathis nous raconte une histoire d’amour, celle de Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, qui tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir de novembre 2015, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe, Amsterdam, une ville où on ne choisit pas où l’on va, c’est la ville qui décide et la précarité… parmi des garçons de café, des musiciens sans abris et un imprimeur oulipien.
Hector Mathis connait la musique. Avant de s’atteler au roman il écrivait des chansons. Cela imprime un rythme et nourrit son écriture de poésie. Peu importe que les faits soient réels, ou inspirés d’évènements ayant réellement eu lieu, ses mots nous percutent avec l’énergie du désespoir. Et pourtant oui, il y a de la légèreté dans l’air, c’est sans doute ce qui est le plus bouleversant.
En relisant les premières pages après avoir terminé une première lecture l’effet de miroir entre Sitam et Hector m’a paru évident. Dans tout ce dégueulasse et cette beauté y avait de la matière à mettre en gamme. Je la tenais ma raison d’être au milieu. J’allais droit vers la littérature, depuis le départ. Je traquais mon roman, ma musique. Fallait que j’écrive.
Tout fait sens. Comme Sitam il est entré en littérature par la musique. Et il nous offre des charades à tiroirs particulièrement inventives. On frémit à l’annonce du diagnostic de la maladie du jeune homme en se disant que pourvu qu’il ne soit pas complètement son alter ego.
Nombreux sont ceux qui vont comparer ce roman à Voyage au bout de la nuit mais plutôt que Céline, c’est sans doute Bernard Lazare qu’il conviendrait de pointer, comme l’auteur le fait lui-même en recommandant la lecture des Porteurs de torches, publié en 1897, réédité en 2016 chez Hachette.
Un écrivain est né. Il parait qu’Hector Mathis a déjà terminé son second roman. On s’en réjouit.  – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Sitam et Capu, amoureux transis, décident de fuir Paris, en proie aux violences et où les sirènes des ambulances les assourdissent. Ils vont voyager en banlieue, en Hollande, et faire de belles rencontres. Ne se quittant que pour gagner quelques billets, Sitam et Capu vivent au jour le jour. Jusqu’à ce que que Sitam fuie… sa vie, ses amis, son amour… Voici un premier roman plus que prometteur !! Hector Mathis écrit avec talent et nous entraîne, au rythme de ses mots saccadés, dans les pas d’un homme perdu. Généreux et altruiste, Sitam est un écrivain en devenir, qui ne veut pas lire la pitié ou le désespoir dans les yeux de ses proches. Au risque de devoir supporter une solitude bien lourde… Il est rare d’entendre les mots qu’on lit. Ici, la musique rythme les pages, les phrases et nos émotions… – Audrey Thion
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Un texte virtuose pour un roman choral et musical, comme un grand slam sur fond de jazz. C’est l’histoire de Sitam, croque-poussière en devenir, qui fuit Paris avec la môme Capu après les attentats du 13 novembre 2015. Il va se réfugier dans la grisâtre, sorte de banlieue morne puis entamer un road trip vers Amsterdam où ils croisera des personnages savoureux. Un premier roman dont les mots résonnent et sonnent comme une partition, une virtuosité qui a suscité mon admiration. le texte est d’une richesse époustouflante. Lorsque Sitam travaille dans une imprimerie, le texte devient vertigineux et hallucinant, quelle prouesse ! Son passage à l’hôpital est criant de vérité et de réalisme, sa maladie est brutale et cruellement décrite. Pourtant, mon engouement de départ s’est, au fil des pages, émoussé et teinté de déception car j’ai trouvé que l’histoire elle-même en pâtissait et patinait un peu. Pour résumer, la qualité du texte n’a pas été suffisante pour emporter ma totale adhésion. En dépit de cette faiblesse, je reconnais des qualités indéniables à ce premier roman qui ne passera pas inaperçu. Hector Mathis est un vrai talent en devenir. – Nathalie Chartier-Salou
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Est-ce le pessimisme ambiant, la construction brinquebalante de l’histoire au cours de laquelle les liens entre les personnages semblent être «fabriqués» pour tendre vers une fiction qui prétendrait dire le monde tel qu’il est, nonobstant la fulgurance célinienne de la langue et le rythme syncopé du livre, mais K.O n’a pas provoqué chez moi de chaos pour ce premier roman des 68 premières fois en cette rentrée de septembre. Déjà, on a du mal à croire que Sitam, celui qui nous parle (anagramme de Mathis, l’auteur) n’a que 20 ans, tant sa perception du réel, sa force de caractère et son analyse de ce qu’est la vie, le terrorisme, la maladie, l’écriture, la mort, son rapport aux autres, sont marqués par une énergie du désespoir. «Je n’ai pas de méthode» confie l’auteur dans un entretien au magazine PAGE et j’ose dire que cela se sent et s’entend au vu des personnages qui passent, s’effacent au gré des tribulations de notre héros. Archibald, le vieux SDF qui l’écoute soliloquer dans sa cabane, la môme Capu qu’il aime mais qu’il abandonne sans vergogne, Benji l’ami d’enfance ou Lariol qui joue avec les mots et promet à Sitam de l’aider à publier son manuscrit, etc.) Certes, une voix s’élève dans ce flot d’exagération qui parfois frise l’exercice de style, mais cela ne suffit pas à tomber à la renverse K.O debout ! – Cécile Rol-Tanguy
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Deuxième premier roman que je découvre grâce aux 68 premières fois et c’est le premier coup de cœur sans jeu de mots.

Lu d’une traite car Sitam ne vous en laisse pas le temps. Il court vers la vie, la mort aux trousses. Il court vers l’enfance, berceau de tous les rêves.

Il était si bien avec la môme Capu à rêver sur les toits de Paris mais les balles tueuses ont eu raison de leur toi de vivre. Alors pour ne pas finir dans cet état de guerre, ils fuient jusqu’en Hollande. Mais avant, cette rencontre avec Benji, son ami, a failli tout foutre en l’air. Pour le pognon, juste pour le pognon, que Benji voulait voler à celle qui se moquait de lui, le résultat c’est que Benji s’est retrouvé par terre, baignant dans le sang. Alors avec la môme Capu, bien sûr qu’ils ont foncé vers les Pays Bas.

Si calme ce pays, par rapport aux autres troués par les attentats. Il a appris les couleurs à travers l’imprimerie Sitam. Une belle rencontre, Lariol, qui voyant qu’il lisait, lui a suggéré de continuer. Et Max le boulanger, qui lui a donné son carnet sur les châteaux. D’ailleurs c’est grâce à Max qu’il est là à raconter à Archibald, dans sa  cabane. Archibald qui vitupère contre la société qui ne veut pas de croque poussière comme lui.

Il fuit Sitam, il fuit car la maladie le cerne, l’épie. Il a écrit son livre, il rêve de l’éditer. Mais aura-t-il le temps ?

Beaucoup vont être rebutés par la manière d’écrire d’Hector Mathis, rapide, mélange de langages, trépidante, jazzy et puis zoup la poésie prend son envol au milieu d’une page pour replonger et resurgir quelques pages plus loin. Un polaroid de notre XXI ème siècle.

Un véritable coup de cœur.  – Anne Leloup (Winniethepooh)

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Paris gronde de tous les côtés, ça pétarade, il est temps de quitter la ville. Sitam et Capu se lancent dans une fuite en avant dans la nuit noire, dernier train vers la grisâtre, puis en route vers Amsterdam. Avec une écriture au franc parler saisissant, Hector Mathis nous entraîne dans une échappée sans fin, où terrorisme et maladie se côtoient pour donner au récit des airs de fin du monde.
Surprenante écriture que celle-ci, musicale certes, plus proche d’un rap agressif que d’un jazz langoureux, elle nous entraîne d’abord sans qu’on comprenne vraiment où nous avons atterri. La quatrième de couverture vantait une histoire d’amour autour d’un grille-pain, nous voici coincés dans une cabane avec un vagabond. Sitam (Mathis à l’envers, sans le H) raconte, avec des mots crus, balancés à la face du lecteur, son trajet infini pour échapper au monde et se dédier à la littérature. Si j’ai été impressionnée, voire même presque séduite par ce style atypique, la force de cette langue maniée avec tant d’habilité, je suis restée en dehors du livre, je n’ai pas été touchée, heurtée, bousculée, comme c’était manifestement l’intention de l’auteur. Certaines réflexions sur la maladie, et l’impact que la condition de souffrant peut avoir sur les proches, m’ont touchée mais tout est allé trop vite, je n’ai pas eu le temps de goûter la philosophie du livre, j’ai suivi aveuglément cette déambulation, laissant glisser les mots, sans les attraper. Peut-être cette lecture n’est-elle pas arrivée à un bon moment pour moi, ou peut-être que le style a pris trop d’importance par rapport au récit. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas su l’apprécier à sa juste valeur, je n’ai pas retrouvé dans ce livre toutes les belles choses qui ont été écrites par mes ami(e)s bloggeurs/ses. – Olivia Cheucle (The unamed bookshelf)
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Un récit qui se mérite c’est le moins que l’on puisse dire en ce qui me concerne. Terriblement long jusqu’à une centaine de pages et puis finalement je me suis laissée embarquer par le style un peu déroutant.
Sitam et Capu tentent de s’échapper de la violence du monde (symbolisée par les attentats) en quittant Paris en quittant la France mais ils sont chaque rattrapés par le bruit et le grondement.
Petit à petit ils s’enfoncent dans la marginalité et l’isolement, Sitam quitte Capu.
Le processus de création littéraire est également abordé mais toujours avec douleur.
Un roman ardu et qui ne fera pas l’unanimité mais intéressant dans la forme. – Emmanuelle Coutant
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Malgré un début que j’ai trouvé confus, j’ai beaucoup aimé ce roman dans lequel l’auteur aborde la question de la maladie, de la mort, de la précarité, de l’amour et de l’amitié. J’ai aimé la façon dont Hector Mathis, en quelques phrases très justes et percutantes, parvient à planter le décor d’une banlieue « la grisâtre » dont il donne une vision époustouflante, à brosser le tableau de la condition ouvrière à Amsterdam, à esquisser sa vision des vieux couples et surtout à retranscrire les sentiments du héros face à la maladie. Le style d’une rare puissance traduit à merveille un sentiment d’urgence et de colère. Un premier roman percutant dont on va certainement entendre parler…
Les premières dizaines de pages très déconcertantes pourraient inciter à abandonner ce roman, ce serait dommage car quand ça démarre cela devient vraiment bluffant. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Hector Mathis. Retenez bien ce nom qui pourrait s’avérer comme l’une des révélations de cette rentrée. Sur les pas d’un vagabond, il nous entraîne dans une odyssée dramatique et somptueuse.
Ce qui frappe d’abord à la découverte de ce premier roman, c’est le style, entre gouaille populaire et langue parlée, entre slam et néo-classique.
Hector Mathis choisit de nous entraîner sur les pas de Sitam, un jeune SDF, à qui il confie le soin de nous livrer sa vision du monde qui, on l’imagine, est loin d’être joyeuse. Aux côtés d’Archibald, toute sa fortune peut se résumer en quelques « conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »
Cependant, si ce nouveau Boudu n’est pas sauvé des eaux, il va aussi avoir droit à une rencontre déterminante pour son avenir, celle de la môme Capu avec laquelle il croit pouvoir regarder le ciel virer du gris au rose, partager son amour du jazz et de la littérature…
Mais le bonheur n’est que de courte durée, car un sombre climat s’installe dans la ville. « Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! » Et si l’on tient un peu à la vie, la meilleure des choses est de fuir ce chaos pour essayer de reconstruire quelque chose et oublier les chocs, les traumatismes passés.
Pour Sitam, le voyage vers les Pays-Bas est aussi un retour aux sources. Dans son pays natal, il trouve assez vite un emploi dans un restaurant et de nouvelles perspectives aux côtés de son collègue et ami Benji, amoureux transi de la patronne. Mais une fois encore, dès que le ciel se dégage un nouveau coup de tonnerre vient mettre à néant les efforts consentis. Un coup de tonnerre au goût de sang. « Moi, je me disais juste que la patronne c’était une dégueulasse, qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, du drame jusque dans la vie des autres et que comme ça elle était bien heureuse, parce que la mort maintenant c’était pour tout le monde et pas que pour elle… » On the road again…
Reparti sur les routes pour se sauver de la mort, notre « héros » va aussi tenter de se construire un avenir en alignant les mots et les phrases sur le papier, à essayer de transcender son voyage au bout de la nuit : « Je traquais mon roman, ma musique, partout, à travers les routes, dans la grisâtre, seul, avec Benji, sans lui. J’en avais trop. Fallait que j’écrive ! Que je m’y risque ! À jouer un air désagréable pour l’époque. À enfoncer la vingtaine ! À retenter l’enfance, cette infidèle. Ce corbillard d’imaginaire ! Fallait bien de la discipline pour préparer l’encéphale à fabriquer de la chair d’inconnu, des châteaux de boue, des viandes de chimères. »
Entre Céline et le Mars de Fritz Zorn, notamment pour la maladie qui ronge lentement Sita, Hector Mathis a su trouver sa propre voix. Une voix que nous ne sommes pas près d’oublier ! – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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De prime abord, c’est par quelques pages bien nébuleuses et énigmatiques que l’on entre dans ce roman. On commence par ne pas y comprendre grand-chose, si ce n’est un genre de fuite ; un truc sans queue ni tête, sans scénario ! Un rodéo nocturne.

Sitam et sa Capu ; et puis l’étrange Archibald que l’on retrouve de temps en temps. Cela commence un peu mollement, et puis c’est le chaos, l’état de guerre.
L’écriture s’emballe et devient incontrôlable. Elle sort carrément des standards de la syntaxe habituelle. Des phrases, ou plutôt des expressions lapidaires, des mots qui claquent, qui chahutent. Des mots qui dansent ; des mots rythmés, scandés sans laisser la moindre respiration au lecteur. Tout y passe : son amoureuse, son roman qu’il souhaite mener à son terme, sa maladie, la mort qui rôde, la guerre…

Peu importe l’histoire ; d’ailleurs y en a-t-il une ?

Le lecteur n’a d’autre choix que de se laisser embarquer dans un tourbillon, un truc sans cadre, une folle histoire, une espèce d’urgence qui s’impose à l’auteur et au lecteur.

Curieux roman, premier de l’auteur du reste, que K.O, écrit par un écorché vif qui ne semble pas avoir le temps et comble ce manque dans une logorrhée qui nous laissera, nous aussi KO !

K.O de par son écriture si particulière ne plaira sans doute pas à tous. Contre toute attente, il a su me séduire au –delà de ce que je pouvais imaginer. – Myriam Veisse (Le blog de Mimi Pinson)

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Les premiers mots sont posés, m’amenant à imaginer Grand Corps Malade slamer ce texte, là, au détour de ma rue, seul. Hector Mathis joue avec les mots, rythme son phrasé pour nous mettre K.O. Ce texte, porté par la musique, est une véritable réussite. J’ai été hypnotisée par cette voix, ce style et cette urgence d’écrire en phrases courtes. K.O. est un roman lumineux qui ne laisse pas indifférent. Il émerveille et donne une place de choix à la musique dans nos vies, nous donnant l’élan pour avancer encore et toujours. Croyez-moi K.O. va vous surprendre et vous en redemanderez ! – Héliéna Gas (Mes écrits d’un jour)

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« K.O. » n’a pas été une lecture pour moi… Hector Mathis sait manier avec brio les mots, tel un slameur. Ses mots percutent les pages, se lisent comme ils sont écrits! La plume de l’auteur est impressionnante et vive peut-être trop vive justement… J’aime les romans aux phrases qui tapent mais dans « K.O. », je n’ai malheureusement pas apprécié à sa juste valeur ce style si particulier… Cela est peut-être dû à l’histoire en elle-même… Hector Mathis nous livre une histoire assez triste, sans trop d’espoir avec son personnage Sitam (anagramme de Mathis) et sa folle quête de fuir la « guerre » (les attentats terroristes), quête louable de nos jours mais celle-ci n’est pas emplie d’espoir comme nous pourrions le croire, non… Cette quête est emplie de désespoir, trop de désespoir pour un jeune homme d’une vingtaine d’années… Le personnage multiplie les rencontres mais Sitam fait en sorte de les gâcher alors qu’elles lui apportent du bien: la môme Capu qu’il abandonne sans un mot comme son ami Benji, Lariol qui doit l’aider pour la publication de son roman… Ces personnages sont là pour l’aider mais lui, préfère les abandonner… Sitam rencontre la maladie et l’auteur plonge son lecteur dans un hôpital à la Kafka (un des passages dont j’ai apprécié le style aimant l’univers de Kafka!)… Pour moi, ce roman est beaucoup trop désespéré pour pouvoir l’aimer… Malheureusement, il ne me restera pas grand chose de « K.O. » de Hector Mathis mais cela reste mon avis. – Sybil Lecoq (Un brin de Syboulette)

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« K.O. » est un long monologue rythmé comme un morceau de musique. Le tout est de savoir si on y entre ou pas, si la mélodie est agréable à l’oreille ou dissonante, trop stridente.

Sitam est un vagabond de la vie. Nous ne saurons pas grand chose de son passé, de son histoire, avant les événements qui marquent les débuts de son récit. Nous faisons sa rencontre alors qu’il marche vers un chalet abandonné qu’il connaît déjà. Il est occupé par un autre SDF, Archibald, visiblement malade, à qui Sitam va raconter ce qui lui est arrivé depuis le soir des attentats de Paris. Sitam et la môme Capu décident de fuir loin de la ville, passent par la banlieue, repartent en Hollande et puis…

L’écriture est entêtante, les personnages désespérés et vivants, nous les croisons au gré des errances de Sitam, nous les voyons s’animer, nous avons à peine l’impression de bien les connaître, puis nous sommes obligés de les quitter, parce qu’il faut à nouveau s’échapper… Mais comment éviter ce qui nous ronge de l’intérieur?

A chaque fois que Sitam fait un choix, j’ai eu envie de freiner des quatre fers, mais, l’estomac retourné, je n’ai pu que le suivre. Autant dire que le livre m’a pris à rebrousse-poil. Il y a pourtant quelque chose d’hypnotique qui m’a accrochée à la lecture. Le passage où Sitam parle du jazz est peut-être celui qui peut le mieux rendre compte des impressions qui s’éveillent d’une page à l’autre…

Je l’ai donc terminé, j’ai tourné la dernière page avec un certain soulagement, sans avoir bien compris où cela était censé m’amener. A la constatation de l’absurdité du monde? Ou à celle que la vie vaut la peine d’être vécue, parce qu’elle est riche et misérable, lumineuse et accablante? Il me reste l’idée totalement subjective que l’incapacité de Sitam à rester dans un lien, même bienveillant et positif, ne le mène pas bien loin, malgré les kilomètres… Etait-ce le but?

Qu’est-ce qui nous plonge dans le chaos évoqué dans le titre, qu’est-ce qui nous ramène sans cesse à la solitude ultime de la condition humaine, les événements extérieurs, sur lesquels nous n’avons pas prise, ou notre difficulté à être avec un autre que nous? Les deux… J’en retiens les personnages très bien dépeints, attachants, imparfaits et émouvants. Les mots justes et affûtés, également.

A chacun de se faire une idée: ouvrir le livre, écoutez Sitam et sa partition. C’est un voyage rapide  et scandé, percutant et envoûtant comme son débit de parole. – Chiara Aquino (chiccacoccaunpeude)

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K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

Par un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a pourtant la musique et la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire, mais trop sans doute. Alors il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations ? – Dominique Sudre (Domi C Lire)

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Ça swingue, ça percute, ça dissone ce premier roman. Ça surprend d’abord, soyons honnête, pendant les trente premières pages on se demande dans quoi on est tombé avec ce rythme oppressant, cette langue qui prend ses aises sans aucune précaution vis à vis du lecteur. Qui est donc ce narrateur, abrité dans les dépendances d’un château désaffecté avec un clochard mourant nommé Archibald ? Que fuit-il exactement ? C’est l’objet de l’histoire qu’il raconte à Archibald. C’est une histoire d’urgence, habitée par la colère. L’histoire d’un homme qui tente de fuir la mort, matérialisée par les attentats qui mutilent les capitales européennes, qui trouve refuge à Amsterdam avec sa petite amie, et apprend à jouer avec les mots au contact d’un français, chef d’équipe de l’imprimerie dans laquelle il a trouvé à s’employer. Les mots qu’il avait déjà pour ambition d’assembler pour en faire un roman. Mais pas le temps de souffler. La mort revient cogner à sa porte et cette fois, c’est lui qui est directement visé. L’intrus est dans son propre corps. Désormais, l’urgence le hante.

On ne peut pas rester indifférent à la violence qui se dégage de ce roman, façon d’extérioriser une colère qu’on ne sait plus très bien contre qui diriger. Ce monde qui a perdu le nord ? Le destin qui condamne au hasard et de façon irrémédiable un homme dans la vingtaine ?

« Ma colère. Éjaculation du mauvais sang ! La jouissance de l’insupportable. Dire des mots plus hauts que soi c’est ce qui donne de l’élégance à la médiocrité, de l’épaisseur aux raccourcis ».

Il y a une force incroyable dans ce langage à la fois direct, inventif et sans concession, dans cette tonalité syncopée qui ne laisse pas respirer. Ces mots qui cognent, au sens propre comme au figuré et finissent par prendre aux tripes lorsque le lecteur comprend enfin les sensations qui motivent colère et urgence. Oui, c’est un texte singulier, dans lequel on ne se lasse pas de piocher, de souligner, de noter des phrases qui font écho et interpellent. Mais également un texte qui célèbre la littérature, l’amitié et le jazz, comme une façon de garder espoir malgré tout. Pour moi, l’un des premiers romans marquants de cette rentrée, sans aucun doute. – Nicole (Mots pour mots)

Les enfants de ma mère – Jérôme Chantreau

« Elle ne savait plus quel était son rôle. Elle en voulait un, pour ne plus rester à côté de la vie. Mais lequel ? »

Les enfants de ma mere

Dans son second roman, Jérôme Chantreau a choisi de nous replonger dans la France des années 80 à travers la vie d’une mère divorcée et ses deux enfants. Superbe fresque, entre émancipation et renoncements.
Jérôme Chantreau a fait une entrée remarquée en littérature avec Avant que naisse la forêt, un roman que l’on pourrait qualifier d’écologique, même si déjà la relation entre un fils et sa mère défunte structurait le récit.
Son nouvel opus nous raconte aussi la relation d’une mère – bien vivante cette fois – avec ses enfants. Tout commence pour un épisode décisif dans la vie des protagonistes, celui où Françoise décide de rompre avec son mari. Une scène qui donne d’emblée le ton de ce roman qui, à travers les biographies des protagonistes, va relater les mutations de la société française et notamment l’émancipation des femmes:
« Elle avait commandé une sole. Elle ne pourrait jamais plus manger de sole. Elle se demandait pourquoi il mentait, alors qu’il était là, de toute évidence, pour annoncer la vérité. Elle avait mal pour lui. Elle lui aurait bien mis les mots dans la bouche. Mais il arrive un moment où les femmes comprennent qu’il faut cesser d’infantiliser les hommes. Ce moment-là, c’est souvent le jour de la rupture. Françoise aurait pu, malgré tout, l’aider encore une fois, tant était puissant en elle le sentiment maternel. Prendre sur soi la douleur des autres. L’encaisser, pour qu’ils restent heureux et légers. Être encore une fois la femme, la mère, inépuisable et inconditionnelle. Elle sentit monter en elle une force inconnue. Et cette impression nouvelle provoqua une poussée d’endorphine qui répandit dans tout son corps quelque chose qui ressemblait à du bonheur. C’était du bonheur. Elle faillit relancer la conversation, parce qu’à elle, les mots venaient tout seuls: Tu es un homme qui s’en va, un homme qui renverse tout en partant, se cogne contre les meubles, oublie ses affaires, revient penaud, ressort bêtement. Un homme, comme tous les hommes, qui rate sa sortie. »
Aux côtés de ses enfants Nathalie et de Laurent, Françoise va désormais devoir tenir le coup, trouver un emploi. En écho aux affiches de François Mitterrand qui vient de remporter l’élection présidentielle, elle entend profiter de sa liberté retrouvée pour changer la vie. Très vite, les amants vont défiler sous le regard quasi indifférent des ados qui ont chacun leur territoire dans l’appartement du 26, rue de Naples et entendent bien profiter aussi de ce vent nouveau.
Et tandis que Françoise trouve un emploi de graphiste, Laurent se lance dans la musique. Avec quelques amis, ils investissent la cave pour en faire une salle de répétitions. Quant à Nathalie, elle joue les anges gardiens en ramenant Édurne à la maison. Spontanément, Françoise décide de loger la jeune punkette dans la chambre de bonne.
« Laurent avait assisté à cette scène sans pouvoir prononcer une parole. Il comprenait seulement qu’une fille, qui ressemblait à la chanteuse sur la pochette de Kids in America, débarquait, la veille de Noël, et que tout le monde trouvait cela normal. Il aurait pu lui en vouloir de le déloger de la chambre de bonne, mais la curiosité de la voir habiter sous le même toit et d’autres sentiments qu’il ne s’expliquait pas encore faisaient qu’il n’éprouvait aucune jalousie. »
De cette cohabitation, somme toute assez éphémère, la famille conservera un souvenir marquant et voudra s’imprégner de ce caractère rebelle…
Viendra alors le moment pour chacun de vouloir tracer sa route.
Si j’ai beaucoup aimé suivre les différents protagonistes, c’est parce que Jérôme Chantreau pose sur eux un regard d’une acuité exceptionnelle. Au fil des pages, on a l’impression de tellement bien connaître chacun d’eux qu’on s’imagine pouvoir les reconnaître si on les croisait dans la rue. Gageons du reste que vous n’aurez aucune peine à trouver une Françoise dans vos relations, une femme des années Mitterrand qui s’imaginait se débarrasser de ses chaînes pour vivre autrement ou encore un artiste maudit que la drogue n’a pas réussi à élever. Sans oublier la jeune fille qui, à l’inverse de sa mère, entend profiter du système, aussi imparfait soit-il.
Superbe roman et gros coup de cœur! – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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En mai 1981, Françoise, mariée, mère de deux enfants, fille de la bourgeoisie bien pensante de droite, femme d’un bourgeois de droite, se rend seule au bureau de vote. Hésitation devant le présentoir, émotion, presque un appel : elle prend le bulletin rose en tremblant, avec l’impression de faire acte de rébellion. Le soir même, son mari lui annonce son départ. Soulagement : la voici libre. Françoise ira de tâtonnements en tâtonnements pour se trouver et se réaliser. Elle retrouve l’esprit de 68, des amis artistes et recueille des jeunes en perdition. Elle assume les échecs sans se lamenter « elle ne se plaignait pas. Elle n’avait pas appris à le faire. » et change d’orientation. « Parce que choisir, depuis toujours, c’était ce qu’elle faisait de pire. » Je la vois souriante, légère, la tête dans le ciel, vivant enfin d’elle_même et pour elle_même. Mais à côté d’elle, ou plutôt en dehors, son fils Laurent et ses copains de collèges naviguent en eau trouble. C’est l’âge de tous les dangers, des séductions faciles, de l’usage de la drogue. De nombreux chapitres leur sont consacrés. Parfois, je trouvais un manque de cohésion. Cependant, tous sont attachants et émouvants. Je termine sur cette phrase qui me plaît : « Rien n’est irrésistible comme un ancien rêve qui resurgit. »Mireille Hurard Le Fustec
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Le défi du deuxième roman n’est, parait-il pas aisé. Après l’onirique et singulier Avant que naisse la forêt, Jérome Chantreau se réinvente déjà dans Les enfants de ma mère, magnifique roman de cette rentrée.

J’imagine que l’on présentera ce roman comme le portrait d’une époque, de la France de Mitterrand, des premiers divorces assumés. Il est bien plus que cela.

Dire qu’il est le portrait d’une mère est encore trop réducteur.

Il est un portrait de femme, oscillant entre les obligations et la soif de liberté, qui tâtonne comme chacun pour trouver sa place et qui se raccroche aux autres pour trouver un sens.

Il est le portrait de la jeunesse qui doit s’emparer de sa vie là où la société dresse des codes et des interdits.

Il est le roman de l’apprentissage quotidien à devenir acteur de ses choix et à s’inventer sa propre vie.

Jérome Chantreau déploie une écriture vive et classieuse, offrant des fulgurances que l’on note pour garder près de soi, comme un miroir tendu pour mieux se voir et avancer.

« Pourquoi fallait-il toujours que les beaux sentiments s’avilissent au contact de l’existence ? »

Il y a chez Françoise les petites et grandes choses qui font une vie, les émotions débordantes et la nécessité chevillée au cœur d’être, de compter et d’être aimé. Il y a chez Françoise un bout de nous, et de moi qui fait chavirer. Il y a chez Laurent la douleur des questionnements, la nécessité de se construire soi-même, de faire fi du monde autour tout en s’y intégrant.

Il y a dans tous ces personnages les facettes multiples d’une vie, avec une tendresse infinie et dans cet appartement, 26 rue de Naples, que l’on habite le temps de la lecture la sensation d’être chez soi. C’est cela qui fait un grand roman, la sensation de rencontrer quelqu’un, de faire entrer dans sa vie des nouveaux personnages et d’être différent en fermant la dernière page.

« Elle ne savait plus quel était son rôle. Elle en voulait un, pour ne plus rester à côté de la vie. Mais lequel ? »

Si tout écrivain cherche à écrire un livre sur la mère, et ce sont ces livres-là qui me passionnent, alors Jérôme Chantreau a réussi deux fois à relever le défi, en dressant un hymne à la mère imparfaite, proue de chacune de nos vies, en livrant un roman tendre et profond, doux et intense, rock et poétique, comme la vie quoi. – Charlotte Milandri (L’Insatiable)

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J’avais déjà apprécié la lecture de cet auteur. J’avais aimé ces descriptions de la nature et de ce retour dans la maison familiale. Cette fois, avec ce si beau titre, il nous parle d’adolescents dans les années 80-90 à Paris. le portrait d’une mère, qui quitte son mari en mai 1981 et élève alors ses deux enfants seule. Ses deux enfants mais aussi des amis de ceux-ci ou alors des enfants perdus qu’elle héberge nourrit. Avec une belle écriture l’auteur nous parle très bien de ces années, de la vie de ces jeunes gens, de leur recherche. de belles pages aussi dans les rues de Paris, sur les toits de Paris, dans les parcs avec une bande son de l’époque. Un hommage et un beau portrait d’une mère, pas toujours idéale mais qui a laissé beaucoup et parfois trop de liberté à ses enfants. – Catherine Airaud
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10 mai 1981, 20h. François Mitterrand est élu président de la République.
Chacun sait que ce moment historique a changé bien des choses dans la vie politique française. Pourtant, dans le VIIIe arrondissement de Paris, quartier huppé et traditionnellement à droite, c’est à peine un bruissement. Un froissement d’ailes de papillon. Mais au 26 rue de Naples, pour Françoise, c’est le début de quelque chose. Parce qu’elle a voté Mitterrand, contre l’éternelle idéologie de son mari, et qu’en entendant la nouvelle de son élection, elle sent que quelque chose pourrait bouger. Et parce que ce même soir, son mari décide de quitter le domicile conjugal, lui laissant l’appartement bourgeois, et la charge de l’éducation leurs deux enfants, Nathalie et Laurent.
Ne serait-ce pas là pour Françoise le réveil qu’elle attendait, le coup de pouce du destin qui l’aidera à s’émanciper ? Même si elle pressent que son indépendance passera par autre chose que le poster de Marylin accroché dans sa cuisine…
Dans cette plongée dans les années 80, on s’attache à Françoise et à toute une galerie de grands enfants de passage, oiseaux tombés du nid qui trouveront refuge dans la chambre de bonne du 26 rue de Naples. Et, si les rêves d’ados des uns se heurtent aux portes de l’âge adulte, c’est Françoise, à coups de mauvais choix et de naïvetés attendrissantes, qui ramènera toute cette troupe autour d’elle et donnera un sens au projet de sa vie, se construire elle-même.
« Elle avait cru, pendant dix ans, que changer la vie était possible. Elle s’apercevait que c’était la vie qui la changeait, la façonnait comme les falaises par l’érosion, et que les grandes illusions ne servent qu’à nourrir les grands regrets. Elle avait appris des choses, empilé des connaissances dans tous les coins de sa tête ; fatras inutile. Il n’existe pas de vide-greniers pour les idées obsolètes. Les gens qu’elle avait rencontrés s’étaient montrés gentils et décevants, ceux qu’elle avait aidés étaient les meilleurs souvenirs qu’elle conservait, mais alors c’était elle qui les avait déçus. »
Une autre belle vision de la sphère familiale, et de la figure maternelle, traitée avec autant de sensibilité que dans le premier roman de l’auteur, Avant que naisse la forêt.Amélie Muller
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Mai 1981, les années Mitterrand démarrent sur un slogan « Changer la vie ». Françoise, divorcée et mère de famille vient d’aller voter, divorcée. De famille gaulliste, elle fera ce ces trois mots son viatique, son armature…

Françoise est un peu la bonne âme du quartier, de la rue de Naples. Elle récupère, et recueille les paumés, les drogués. Les amis de ses enfants sont ses enfants.

Françoise, mariée trop jeune, sans vraiment de métier embrasse la liberté, et la vie de bohème. C’est l’insouciance, la bonne franquette, les soirées copains, les week-ends à Deauville…

A force d’aider à droite et à gauche,  elle finit par en oublier les siens quitte à les mettre en danger et à compromettre leur avenir.

Françoise semble incapable de s’adapter au temps qui change, à sa nouvelle situation familiale. Françoise est une idéaliste, une bohème sans le sou mais qui fait comme si.

Je découvre ici la plume d’un presque néo romancier ; une écriture agréable, alerte au service d’une histoire dynamique et au final assez originale. Jérôme Chantreau explore une époque assez peu évoquée en littérature, celle du début des années 80. Presque 40 ans plus tard, tout ça parait si lointain, si démodé aussi, et finalement assez étrange.

J’ai lu avec un certain plaisir ce roman même si en vérité il lui a manqué une certaine profondeur tant dans l’exploitation de cette période que dans celle des personnages.

Une lecture plaisante donc, mais pas marquante. – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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10 mai 1981, Françoise vote à gauche pour la première fois puis découvre que son mari la quitte. Avec cette solitude nouvelle, émerge le besoin de réinventer sa vie, à sa façon, de renouer avec ses passions et ses amies, tout ce qu’elle a laissé derrière elle pour jouer les bonnes petites femmes au foyer. Tandis que sa mère cherche à se reconstruire, Laurent lui aussi tâtonne, de jeune homme solitaire, il devient membre d’un groupe psychédélique, il essaie de nombreuses drogues tout en essayant d’avoir son bac.
Paris est leur maison, le 26 rue de Naples leur refuge. Mère et fils sont plongés dans la tempête de la fin du siècle, avec l’avènement du socialisme et le début des ordinateurs. Les femmes au foyer commencent à connaître le divorce, les adolescents commencent à découvrir les drogues tôt, d’abord un peu de haschisch puis, très vite, de l’héroïne. En parallèle, la mère et le fils expérimentent, chacun pense trouver sa voie : elle accueille des jeunes démunis en essayant de peindre des tableaux, il répète dans des caves avec son groupe de potes en leur dissimulant son âme sensible, son goût pour la nature et la lecture. Chacun est centré sur lui-même, chacun au bord de son propre gouffre, sans possibilité de se tourner vers l’autre et de l’aider dans cette passe difficile.
Portrait sensible d’une génération parisienne désenchantée, Les enfants de ma mère est un roman d’apprentissage où Paris est un personnage à part entière, rempli de charmes et de vices. Presque vingt ans s’écoulent des premières pages à la fin, tout se transforme en cette période de temps, chacun finit par arriver au terme de son combat intérieur. Il m’aura manqué une véritable intrigue pour accrocher à ce livre, un fil rouge pour comprendre le message de l’auteur, si tant est qu’il n’y ait qu’un seul message à tirer de cette histoire. C’est indéniablement un beau roman, poétique et philosophique, où les épisodes foisonnent pourtant sans toujours former un tout cohérent. – Olivia Cheucle (The unamed bookshelf )
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L’entrée en matière et en lecture fut un peu difficile sur les premiers chapitres mais c’est indispensable de voir les personnages majeurs de ce récit choral s’installer. Mais quel plaisir ensuite de décliner l’ensemble de l’histoire de Françoise, de ses aspirations, rencontres, naïvetés sur le fond des années Mitterrand.
Que peut faire une femme, jusque là protégée par son mari, qui du jour au lendemain va la faire glisser d’un milieu bourgeois, conservateur où elle jouait un rôle de mère de famille au foyer bien propret après avoir arrêter ses études pour se marier à celui de femme quittée avec des enfants en bas âge en recherche d’identité ? C’est le chemin tortueux que Jérome Chantreau va faire suivre à Françoise, son fils Laurent et sa fille Nathalie et à son lecteur.
Une fresque où Françoise va se chercher, s’imaginer en femme libérée, mère idéale mais aussi en bienfaitrice avec des gamins perdus, punkette en rupture, étudiants attardés gauchisant… et se perdre comme manquer de repères personnels sur ses propres inspirations. A trop vouloir se montrer compréhensive, elle va souvent se faire berner par des pseudos humanistes, des idéalistes ou de simples escrocs intellectuels et ne rien voir des désordres affectifs, amicaux de ses propres enfants mais rester certaine qu’elle a choisi la bonne voie….
Désillusions, manques affectifs, erreurs de jeunesse plus ou moins graves, glissement vers les paradis artificiels voire plus violents, perdition, mises en danger ce sont tous les travers que les enfants recueillis comme naturels vont à leur tour connaître et tenter de surmonter, c’est tout l’intérêt de ce récit choral.
Une fresque passionnante en fait dont on ne peut que saluer l’originalité et l’humanisme comme la bienveillance de son auteur pour ses personnages. Bien écrit, lu avec plaisir, que peut-on demander de plus…
Un grand bravo. – Olivier Bihl (Passion de lecteur)
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Les enfants de ma mère, ce sont les enfants de Françoise, les siens et également tous les jeunes qu’elle accueille et héberge à la maison pour un temps. Françoise est une jeune femme séparée de son mari au début des années 80 et qui, ayant perdu ses repères et sa vie bourgeoise, décide de se construire un nouvel univers et, comme la France qui vient de se choisir un nouveau président de la république, de « Changer la vie ». Françoise se grise de cette nouvelle liberté, fréquente un nouveau milieu, artistique, sort beaucoup, et crée dans son appartement rue de Naples un tourbillon où tous se côtoient. Happés par ce mouvement et cette nouvelle liberté, ses enfants, Nathalie et Laurent, ramènent également à la maison leurs rencontres et leurs amis, qui, au détour des galères qu’ils traversent, trouvent également un toit chez Françoise. C’est cette impression de tourbillon qui me reste de la lecture de ce livre où les personnages sont attachants, tous différents, ils arrivent, ils s’installent, ils repartent et créent à chaque fois un nouveau mélange qui ne durera qu’un temps. Mais c’est justement ce qui m’a également laissé sur ma faim avec la lecture des enfants de ma mère car, avec ce mouvement perpétuel, ces personnages qui rentrent et qui sortent de l’histoire, il m’a manqué un point d’ancrage ou un fil conducteur et je n’ai pas réellement été embarquée dans l’aventure. – Nathalie Ghinsberg
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Débuter avec ce roman-là. Déjà dans le titre, l’envie… Les Enfants de ma mère. L’histoire débute sur un changement de vie. Sur des valises posées dans l’entrée. Sur une femme ou plutôt une mère : Françoise (tiens, tiens !). Sur ses enfants : Nathalie et Laurent. L’histoire raconte les années passées au 26 rue de Naples à Paris. Tout près de la place Villiers. Un coin tranquille. Au deuxième étage. Dans un appartement confort. Comme un refuge. Comme un personnage de roman. Ou presque. Et l’auteur déroule l’histoire de la mère et de ses enfants dans ce lieu, pendant les deux quinquennats de Mitterrand. Avec une écriture sensible qui fleure bon la nostalgie.
J’ai lu ce roman-là, doucement. Deux semaines de lecture. Sans déplaisir mais sans attachement. Sans jamais vouloir l’abandonner…
Car je suis un peu bouche cousue. Je ne sais pas vraiment qu’en penser ni qu’en dire. Je ne sais pas vraiment si j’ai aimé. Je crois, peut-être, parce que la mère, le personnage de mère, m’a un peu agacée. Pas assez dense. Presque sans consistance. En surface. J’en voulais plus. Ou qu’elle soit autre !
Pourtant, j’ai aimé le fils, Laurent. Très fort. Pourtant, j’ai aimé l’atmosphère dégagée dans ce roman. Ce vent de liberté et ce désenchantement mêlés. Pourtant, j’ai aimé certains passages. Beaux et sincères.
Mais je suis restée comme extérieure à l’histoire. Comme la mère. En surface. – Framboise Lavabo
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10 mai 1981 – Je pense que ceux qui l’ont vécu se souviennent où ils étaient et ce qu’ils faisaient à ce moment là.
Pour Françoise, c’est le jour qu’a choisi son mari pour la quitter, lui laisser l’appartement bourgeois, une pension alimentaire et les deux enfants à élever.
De femme au foyer sous la coupe et les pensées d’un mari, elle se retrouve femme libre. Elle voit le slogan politique « Changer la vie » comme s’appliquant à elle et attend que sa vie change jusqu’à ce qu’elle comprenne que c’est à elle de changer sa vie.
Elle va s’éveiller à la liberté, liberté d’idées lors de ses dîners du samedi soir, liberté sexuelle en prenant des amants et abandonnant souvent ses enfants le week-end. Elle recueille aussi des enfants perdus qu’elle loge dans la chambre de bonne.
Elle vit, pense ses enfants raisonnables, mais en fait ne les voit pas vraiment . Si Nathalie a la tête sur les épaules et mène seule sa vie, ce n’est pas le cas de Laurent. Sa mère qui passe son temps à vouloir aider les autres, ne voit pas son mal être ni ses problèmes de drogue.
Ce roman se lit très facilement, il décrit toute une époque, les années 80, avec les attentes et les désillusions.
Le style est fluide, les personnages bien décrits.
Une lecture agréable qui je pense s’estompera au fil du temps. – Michèle Letellier
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Je ne connaissais pas l’écriture de Jérôme Chantreau, dont Les enfants de ma mère est le deuxième roman.
Il dépeint ici la vie d’une famille dans les années Mitterrand, pour qui la liberté n’a pas de prix. Si « changer de vie » est le slogan qui règne sur la France, il devient aussi celui de Françoise, mère de famille et jeune divorcée.
Tout au long des 480 pages, l’auteur dresse le portrait de cette femme pour qui la liberté est synonyme de lâcher prise, de perte de repères aussi et d’oubli de soi. Laissant ses enfants à l’abandon, elle redevient la jeune fille qu’elle n’a pas pu être… Manquant de confiance en elle, Françoise croit être obligée de se cultiver auprès de personnes qui ne la respectent pas, confondant alors amitié et ignorance…

J’ai aimé l’écriture, fluide et enlevée, mais j’ai trouvé que le roman trainait parfois en longueur. Certains souvenirs ou anecdotes ne me semblaient pas à leur place, et je me suis souvent demander le sens que l’auteur a voulu leur donner.

Un grand merci aux 68, une fois encore, pour la découverte d’un roman riche et particulier… – Audrey Thion (Lire et Vous)

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1981, un père qui quitte le navire et Françoise se retrouve seule avec ses deux enfants Laurent et Nathalie et une liberté dont elle ne sait que faire.
Ce roman choral retrace les quinze années l’adolescence sans cadre et les passages des amis dans la chambre de bonne, la musique et la drogue.
Jérôme Chantreau nous fait suivre les parcours d’une mère et ses enfants ainsi que de leurs amis où chacun tente de tirer son épingle du jeu, de donner un sens à sa vie et de trouver ce pour quoi il est fait.
J’ai retrouvé beaucoup de similitude avec Le bonheur intérieur brut de François Roux qui se situe à la même époque et relate les parcours de 4 amis d’enfance.
Une lecture agréable mas pas de coup de cœur. – Emmanuelle Coutant
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Deux septennats…c’est précisément le temps que dure ce roman, dans la France des années 80 où l’on pince encore le nez sur les couples qui se séparent et « les enfants du divorce », où les femmes se découvrent des aptitudes insoupçonnées à l’indépendance, où quand les filles ne s’appellent pas Isabelle ou Véronique c’est pour mieux s’appeler Nathalie. Un cycle de 14 ans de réflexion, juste le temps pour François Mitterrand de laisser espérer à ses concitoyens qu’il va vraiment « Changer la vie », juste le temps pour Françoise, Nathalie, Laurent, Victor et les autres de tracer leur route aux contours sinueux et à la destination improbable, entre illusions du grand soir et gueule de bois du petit matin, entre enfance inconsciente et adolescence désabusée, entre appel du vide et désir d’absolu.
Pour peu que l’on ait, comme Laurent et Nathalie, vu le jour sur les ruines encore fumantes des barricades soixante-huitardes, pour peu que l’on se soit, comme Françoise, découvert une conscience politique en pleine « génération Mitterrand », pour peu que l’on ait grandi dans une maison aux portes grand ouvertes, à la cafetière toujours pleine et à la cave accueillante, on s’offre, en lisant « Les enfants de ma mère », un véritable shoot d’émotions et de souvenirs.
On hésite à entrer dans ce roman à l’écriture dense, à la parole drue, foisonnante de détails pas nécessairement indispensables comme les histoires que racontent certains enfants inquiets d’oublier quelque chose. On hésite aussi, peut-être, à se laisser happer par ce retour vertigineux vers cette terre de l’intime qu’est l’adolescence, vers cette sensation profondément enfouie et douloureuse d’une marche en équilibre au bord du vide, mais la plume assurée de Jérôme Chantreau sait se faire belle et caressante. Elle sait nous conduire à l’addiction, nous empêcher de décrocher, nous entraîner vers des trips dont la descente ne se fera pas sans mal…ni avant longtemps ! – Magali Bertrand
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Le roman s’articule autour d’un lieu, le 26, rue de Naples, à Paris. Le mari de Françoise grimpe petit à petit les échelons dans son travail et cela commence à porter ses fruits. Lorsque Françoise met le pied dans son nouvel appartement, elle sait que c’est là qu’elle se sentira chez elle, avec leurs deux enfants, Nathalie et Laurent.

Si Nathalie démontre rapidement qu’elle a du caractère, qu’elle sait ce qu’elle veut et n’a pas peur de dire les choses, Laurent est plus sur la réserve. Ce doux rêveur vit dans les livres, la poésie et souhaite faire des études de lettres. Cette singularité l’isole des autres enfants et c’est avec deux autres garçons eux aussi différents des autres qu’il va lier une amitié. Tout d’abord Victor, qui a perdu son père jeune et cherche les repères qu’il peut. Puis Andrea, dont le père s’est fait descendre presque sous les yeux de sa femme. Andrea, le ténébreux, mystérieux mais la tête sur les épaules.
Leur amitié grandira et évoluera au fil des années, se cristallisant autour de la musique puis créant des fissures nées d’envies différentes.

Françoise, quant à elle, devra apprendre à savoir qui elle est après le départ de son mari. Elle se cherchera dans les dîners mondains qu’elle organise autour de crêpazes, dans les informations politiques, en aidant des jeunes qui tombent dans son nid. Ces jeunes et les amis de Laurent formeront avec sa réelle progéniture les enfants de ma mère. Que des enfants privés de la figure paternelle. C’est à travers eux qu’elle va parvenir à se réaliser, malgré un chemin semé d’embûches et de désillusions.

Si j’ai trouvé l’histoire intéressante et très bien écrite, je n’ai pas réussi à passer la frontière qui passe de la lecture agréable à la lecture poignante. Il est resté comme un filtre au fil de ma lecture, qui m’empêchait de m’attacher, de m’émouvoir, de compatir. J’ai aussi trouvé trop cliché l’histoire des trois amis issus d’une famille modeste qui tombent dans la drogue. On a déjà vu ça mille fois, et ce n’était intéressant que pour voir si Laurent aurait le courage d’assumer qu’il ne veut plus de ça.

Un roman d’apprentissage sur les thèmes de l’amitié adolescente et de la femme qui se découvre, deux thèmes qui s’articulent parfaitement autour de cette histoire, mais qui ne m’aura pas ému autant que je l’aurais souhaité. – Vanessa (Le Jardin de Natiora)

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« L’ennui, c’est parfois tout près du bonheur »… Quand vous croisez cette phrase, dans les toutes premières pages, il y a comme une petite voix qui murmure que ça commence bien. Que ce livre a des allures de pull préféré dont on éprouve déjà toute la douceur et la chaleur qu’il va rapidement procurer. Rien à voir avec un feel good pourtant… mais il s’en dégage une ambiance de douce nostalgie qui enveloppe en beauté le portrait d’une femme dont les multiples facettes attendrissent, agacent, surprennent mais n’ennuient jamais.

Françoise est le pur produit des années d’après-guerre, une jeune femme convaincue de trouver dans le mariage et l’entretien de son foyer l’accomplissement vanté par la société de l’époque. Mariée juste avant les événements de 1968, elle se voit signifier sa répudiation par son mari le soir de l’élection de François Mitterrand un soir de mai 1981. Elle qui vient justement de voter pour le nouveau président en cachette de sa famille y voit comme un présage, les débuts d’une nouvelle vie, portée en cela par le contexte politique et les espoirs de « changer la vie » véhiculés par l’arrivée de la gauche au pouvoir. Mais « Pour refaire sa vie, il faut savoir se mentir un peu »

Jérôme Chantreau nous offre, sur quinze ans, le temps de deux septennats, une chronique qui passe de l’espoir à la désillusion. Le portrait d’une femme qui se laisse porter et tarde à prendre le contrôle, cernée par des siècles d’obéissance à la gent masculine. Un brin bohème, naïve, légère, fantasque voire irresponsable. Ses enfants s’élèvent quasiment seuls, surtout Laurent, son fils qui trouve refuge auprès d’amis tout aussi à la marge que lui car privés de pères pour différentes raisons. Dans l’appartement de la rue de Naples défilent toutes sortes d’artistes et de marginaux, parfois aussi des gamins recueillis un temps par Françoise, comme Edurne dont la personnalité et la singularité marqueront Laurent à jamais. Laurent tangue, ses années d’adolescence et d’apprentissage sont sous influence, pas toujours très saine. Pendant que Françoise cherche toujours sa voie à travers différents engagements politiques ou militants…

J’aime ce roman pour son atmosphère (pourtant tellement différente de celle du précédent !), la petite musique qui s’en dégage, son portrait d’une vie de quartier à une époque (pas si lointaine pourtant) où cela existait encore à Paris, sa photographie d’un moment d’espoir dont même l’air était imprégné. Quelques années pendant lesquelles il a enfin été possible de se libérer de bon nombre de carcans, avec les comportements extrêmes que cela a pu générer mais… la liberté est à ce prix. La sagesse aussi peut-être.

« Elle avait cru pendant dix ans que changer la vie était possible. Elle s’apercevait que c’était la vie qui la changeait, la façonnait comme les falaises par l’érosion, et que les grandes illusions ne servent qu’à nourrir les grands regrets ». – Nicole (Motspourmots)

La guérilla des animaux – Camille Brunel

« Papa, que le vieux l’emporte à la fin du Vieil homme et la mer est une tragédie, sais-tu seulement combien d’espadons il reste sur Terre ? Et combien de vieux ? Je serai toujours du côté du harponné et je ne veux pas seulement retrouver ma liberté : je veux attirer le vieil homme dans l’eau, lui percer l’estomac et l’abandonner aux requins – servir de nourriture sera probablement ce qu’il aura fait de plus sain dans sa vie.« 

La guerilla des animaux

« Nous ne nous mettrons à défendre les animaux qu’après avoir compris qu’il ne nous reste aucune chance. Tant que nous nous soucierons de la faim et de la pauvreté dans le monde, nous ne nous soucierons jamais autant qu’il le faudrait de ce qui n’est pas nous. Tu sais comme on est heureux lorsqu’au plus profond du malheur, on a l’occasion de passer quelques heures avec un enfant ? Et comme l’enfance intéresse peu les adultes carriéristes ? L’écologie est un souci puéril, elle cherche à défendre l’enfance de la Terre, sa virginité, sa peau douce, son regard pur comme l’air des Pôles. Il faut plonger l’humanité au plus profond du malheur. Lui faire perdre la foi en sa puissance positive. Car je ne la crois capable que de détruire, même quand elle croit faire le bien.« 
Voilà un livre comme il est bon d’en lire.
Non, il ne vous fera pas de bien. Car il bouscule, nous pousse dans nos retranchements, nous force à réfléchir. Il nous projette de plein fouet dans un futur tellement proche qu’il en est complètement réel.
Le roman s’ouvre en Inde sur une scène de braconnage. Isaac assiste à la scène et tue la chasseuse de tigres. Nous suivrons ensuite la naissance d’une guerre nouvelle, menée par Isaac et les activistes qui traverseront sa vie. Des happening de Greenpeace aux actions en théorie non violentes de Sea Shepherd, Isaac se lance tout entier dans cette lutte pour les droits des animaux, dont la pêche au harpon et les abattoirs ne sont que la partie visible de ce qu’on leur inflige. Le combat prendra une autre tournure lorsque Isaac comprendra que ce n’est pas suffisant et qu’il doit aller plus loin en menant la première ‘guérilla des animaux’ : à travers des actions collectives, dans tous les pays du globe, tuer des hommes pour sauver des animaux et leur rendre leur place.
Ce livre n’est ni un essai ni tout à fait un roman, car il nous place dans une réalité si proche de la nôtre que nous sentons que son personnage, même s’il est extrême, nous parle de nous, de notre société, et des choix que nous faisons aujourd’hui pour demain. À cette réflexion stimulante et nécessaire, il faut ajouter la portée poétique de ce livre. Dans son autoportrait à la fin de l’ouvrage, Camille Brunel définit son propre rapport aux animaux: « Ce bonheur, qui est le comble de l’existence, n’a rien à voir avec mon espèce, ni ma pensée conceptuelle. C’est la vie, sans la violence. » Je vous assure qu’après la lecture de cette scène incroyable, un face à face entre une ourse affamée et une militante proche d’Isaac, moment de tension, de violence inouïe mais d’une poésie extrême, vous saisissez plus que jamais la force de ce livre. – Amélie Muller
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Le roman démarre puissamment – on pourrait même dire violemment- dans la jungle indienne par l’exécution de braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher, et je connais plusieurs personnes qui n’ont pas pu le lire jusqu’au bout, tant le propos est dérangeant. Ce n’est pas mon cas parce que la démonstration de Camille Brunel est irréfutable : « Tant que nous nous soucierons de la faim et de la pauvreté dans le monde, nous ne nous soucierons jamais autant qu’il le faudrait de ce qui n’est pas nous. Nous ne nous mettrons à défendre les animaux qu’après avoir compris qu’il ne nous reste aucune chance « .
Ce roman est bouleversant. Il donne envie d’agir avant même de l’avoir terminé. Je n’ai d’ailleurs pas perçu de prime abord qu’il s’agissait d’un récit d’anticipation se situant vers 2045 tant les arguments me semblaient « actuels ». Peut-être parce que j’ai immédiatement pensé au roman de Jonathan Safran Foer,  Faut-il manger les animaux ? que j’avais chroniqué il y a bien longtemps et qui m’avait interpelée sur le sujet, avec pour conséquence de modifier considérablement ma manière de me nourrir.
J’ai eu l’opportunité d’échanger avec l’auteur dont j’apprécie beaucoup les idées qu’il défend avec intelligence et courage. J’ai cependant regretté que le roman s’essouffle dans la seconde partie … signe peut-être que la cause serait « effectivement » perdue. De ce fait, et alors qu’on dit ça et là que ce livre plait ou déplaît sans mesure je me trouve dans une position plus nuancée.
J’ai eu envie d’adhérer à la cause qui me semblait légitime, et puis j’ai été « épuisée » par la succession « jamesbondesque » des actions basculant dans une fiction irréaliste et par la comparaison audacieuse du comportement des humains à celui « des nazis en territoire occupé ». On ne peut pas admettre qu’un baleinier soit mesurable à Auschwitz. Que les élevages industriels pratiquent tous « des méthodes d’exécution inventées dans les camps », même si une telle affirmation culpabilise avec efficacité, ce qui est le premier objectif de l’auteur envers ceux qu’il appelle « les carnistes ». Ni que le public d’un parc aquatique mérite d’être exécuté. Et pourtant le réquisitoire terrifiant que fait Isaac dans les pages suivantes est très juste. Et je n’approuve pas davantage son père de couper les ponts avec lui après l’avoir entendu s’exprimer.
Je veux bien croire que la défense de la cause animale ne soit pas un combat politique. Il est davantage que cela, mais je ne peux pas cautionner la guerre, y compris dans une œuvre de fiction. Il est important d’ailleurs de savoir que Camille Brunel n’est pas adepte de la violence dans sa vie quotidienne.
Au-delà de ces réserves, le livre recèle une force démonstrative, quasi pédagogique (ce n’est pas un hasard si l’auteur place Isaac en situation de faire des conférences devant des auditoires variés). Parce qu’il est vrai « qu’une panthère qui a le cancer (…) ne viendra pas se plaindre et que dans la nature personne ne la soignera » (dans un parc animalier elle serait peut-être guérie mais les vegans condamnent ces endroits comme toute forme d’exploitation, y compris sans doute des animaux dits « domestiques »). « On essaie de sauver les animaux menacés de braconnage, mais pas ceux que l’environnement anthropisé a rendu malades … et qui meurent silencieusement. (…) Il n’y a pas de statistiques pour vérifier combien de baleines bleues sont décédées des suites de tumeurs cerveau. »
Je crois volontiers que les sonars que nous utilisons font aux cétacés l’effet de hurlements. On se doute des conséquences des dégazages en mer (forcément illégaux). Et on devine qu’on nous ment souvent sur l’origine de la viande … mais sont-ce des motifs à légitimer un militantisme meurtrier ?  La survie animale est-elle ennemie du genre humain ? « On ne peut plus espérer sauver les deux » nous apprend Camille Brunel. On voudrait croire que non.
Une cause, aussi juste soit-elle, autorise-t-elle le recours à la violence ? On frissonne à lire qu’il faudrait » militer comme on tue: sans ambages, industriellement ». Il est pourtant exact de considérer que nous avons commencé à consommer de la viande quand nous avons eu l’opportunité  de modifier notre régime alimentaire et que l’homme moderne « chasse désormais dans les supermarchés des animaux morts ». On repense aux Black Panthers dont les actions se déroulaient toujours dans le respect des lois en vigueur aux Etats-Unis (leurs membres brandissant le code civil). Et on apprécie (mais les lecteurs qui auront refermé le livre avant de le terminer ne le sauront pas) que Camille Brunel condamne qu’on puisse envisager de tuer des humains au nom du veganisme.
Isaac Obermann (un patronyme que l’on entend comme un cri sauvage et canin) veut agir pour les animaux à l’instar de ce qui est fait pour les humains, en leur réclamant des droits, ce à quoi je ferais observer que bien des peuples indiens d’Amérique du Nord n’en ont pas bénéficié, parce que la découverte n’est pas nouvelle : l’homme est un loup pour l’homme. Alors a fortiori pour les animaux. La question est donc posée, à savoir qui, de l’homme ou de l’animal il est le plus urgent de sauver … puisqu’il semble acquis que les deux ne pourront plus coexister.
Une chose est certaine en tout cas, on ne peut pas s’apitoyer sur le sort des animaux et ne rien changer à notre mode de vie. Fin observateur de nos travers, l’auteur pointe (p. 206) l’aberration de notre façon d’aimer les animaux : « la majorité ne regardent ce qu’ils ont devant les yeux qu’à travers leurs écrans. Il passent plus de temps à regarder les images qu’il sont en train de produire que les animaux eux-mêmes. En somme, ils négligent la différence entre un animal véritable et un animal numérique ». – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Un roman très engagé pour la défense des animaux et de leurs droits.
Le point de vue extrême de l’auteur m’a d’abord séduite, puis dérangée, puis séduite encore. Une lecture en demi teinte quant au sujet mais pas sur le style très bien construit. On comprend parfaitement l’engagement d’Isaac suite au choc violent qu’il vit dans la jungle au tout début du roman.
Je regrette un peu une vision très noire et désespérée de l’humanité et le carnage final qui pour moi n’a pas vraiment de sens à part la volonté de l’auteur de choquer son lecteur pour le faire réagir.
Message reçu mais le débat reste entier et le militantisme trop violent n’est pas ma tasse de thé. – Emmanuelle Coutant
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Et si Camille Brunel avait bien réussi son coup ? Et si par ce brûlot « écolo-révolutionnaire » hautement agressif, agaçant, agitateur, il parvenait à faire bouger les lignes de notre « bobo-nne » conscience ? Car avec ce premier roman sans concession aucune, on est loin, très loin !, des discours lénifiants qui permettent de si confortables arrangements avec la morale pseudo écologiste dont nous sommes de plus en plus nombreux à nous réclamer.
Les choses sont claires dès le départ, son héros se nomme Isaac, symbole même de l’injustice bibliquement reconnue et entérinée envers l’espèce animale : sur l’autel d’un dieu maître de vie et de mort, plutôt sacrifier une bête qu’un homme. Comme s’il portait à lui seul cette faute originelle, cet Isaac-là n’aura de cesse de rendre justice à ces martyres de la première heure de l’évolution humaine, opposant sa propre violence, son aptitude à donner la mort à ses semblables, à celle trop souvent exercée à l’encontre de « nos amies les bêtes ».
Il faut reconnaître à Camille Brunel une belle qualité d’écriture, un sens du mot juste et une élégance de style qui, mis au service de quelques (trop) rares scènes de nature d’une grande beauté, offrent de façon fulgurante et surprenante comme une bouffée d’oxygène à un texte qui, le reste du temps est d’une densité revancharde, accusatrice, désespérante et monolithique jusqu’à l’étouffement.
Pour un peu, on en viendrait à plaider la cause d’une espèce en voie d’extinction, le lecteur de bonne volonté qui, pour venir à bout d’un récit si militant soit-il, a besoin çà et là d’un minimum de lumière et de bienveillance ! – Magali Bertrand
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Un livre cash, sans concessions. L’engagement d’Isaac envers la survie des animaux est absolu et entier, quitte à y laisser sa vie. Camille Brunel ose tout, n’y va pas à reculons et ose dire les choses. Roman dénonçant les dangers liés à notre mode de vie afin d’alerter, de réveiller les lecteurs sur la criante réalité de notre Humanité. S’il fallait résumer ce livre en 1 phrase: « faut il privilégier la condition animale à celle des Humains pour sauver la planète ? Livre fort en mots mais avec lequel j’ai eu un peu de mal.. Certes, il nous faut réfléchir aux conséquences de nos actes et modes de vie actuels, mais je l’ai trouvé un peu trop militant, véganiste à fond…. – Marie Heckmann
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Impression de mots et de phrases trop longtemps retenus et qui soudain jaillissent, claquent et griffent. Pas de douceur, pas de nuances dans ce roman. On n’en est plus là, il y a urgence maintenant. « Le temps de la négociation était révolu. Il fallait militer comme on tue : sans ambages, industriellement. »
Militer pour quelle cause ?
La cause animale.
Encore hier matin, à la radio, j’entends que des activistes vont être jugés pour avoir vandalisé des boucheries. Ils passent à l’action. Sont prêts à tout ou presque.
Les vidéos, dans les abattoirs, on les a vues. Elles sont insoutenables. Le traitement que nous infligeons aux bêtes est monstrueux, innommable, inhumain. En un mot : indigne. Nous n’avons aucun respect pour des êtres sensibles et qui souffrent. Nous nous gavons de leur viande largement au-delà de nos besoins et au détriment de notre santé. Un comble.
Nous éradiquons des espèces sans aucun remords. Notre pollution se charge de faire disparaître ceux que nous ne tuons pas avec nos fusils ou nos filets de pêche. Des oiseaux, il n’y en aura bientôt plus. Merci les néonicotinoïdes. Un article du Monde daté du 20 mars 2018 commençait en ces termes : «Le printemps risque fort d’être silencieux ». Des abeilles, bientôt, nous ne parlerons plus. « J’m’en fous, j’n’aime pas le miel » m’avait rétorqué un gamin de treize ans l’an dernier. Il a l’excuse de sa jeunesse. Nous vivons dans une espèce d’inconscience volontaire, heureux de nos oeillères qui nous rendent la vie bien confortable. Après nous, le déluge.
Face à la catastrophe écologique dont on subit les retombées au quotidien, face à des modes de vie qui sont inacceptables, face à la souffrance animale, je peux comprendre que certains commencent à s’énerver, à perdre patience, à ne plus avoir envie de causer.
A quoi bon le bla-bla, les sommets de ci ou de ça ? La prise de conscience doit d’abord être individuelle et mise en pratique au quotidien. Nous en avons les moyens, notre arme est d’abord notre porte-monnaie. N’achetons pas ce qui empoisonne, ce qui détruit, ce qui fait souffrir. Renonçons à notre consommation effrénée. Elle ne nous rend pas heureux, bien au contraire.
Ceci est à notre mesure et en notre pouvoir.
Bref, passons à l’action.
Vous le voyez, je suis mal placée pour parler du livre de Camille Brunel. Parce que son urgence, son impatience, son exaspération sont miennes. Je les vis au quotidien, je n’en peux plus des atermoiements des uns, des autres, des grands discours suivis de renonciations. Ils m’insupportent. Je suis maintenant pour l’action, individuelle d’abord, collective après et quotidienne toujours.
Les mots de Camille Brunel, son roman et sa magnifique postface m’ont parlé, évidemment.
Parce qu’il y a beaucoup de choses que je ne supporte plus depuis longtemps, que ma patience finit par avoir des limites et que ces limites sont atteintes.
Alors ? Oui, j’ai aimé ce texte, son extrémisme, sa parole dure, violente et sans concession, son impatience. Ils lui seront reprochés, sans doute. Il répondra que c’est une fiction, un roman. L’autoportrait qu’il fait de lui vient nuancer après coup ce terme « roman » inscrit sur la couverture. « Je me sens très embarrassé pour l’espèce humaine. Elle est indigne de son barda cognitif et elle le sait bien. Ses sœurs, apparues à peu près en même temps qu’elle sur le dernier demi-million d’années, disparaissent les unes après les autres ; pourtant elle continue de les manger, s’imaginant être la plus grande. A la fois l’aînée et la cadette, comme si être la plus jeune signifiait être la plus parfaite. « La guérilla des animaux », c’est l’histoire de cela : de l’erreur mondiale de l’anthropocentrisme, et de la violence qui s’en suit. »
Ce bouquin, il le sort de ses tripes, il l’a tenu au chaud quelques années et sa colère est là, bouillonnante, brûlante, pleine de fureur et d’exaspération.
La guérilla des animaux est l’histoire d’un homme, Isaac Obermann, espèce de justicier des temps modernes – que d’aucuns trouveront idéaliste (ah bon…) -, qui va parcourir le monde pour tenter de protéger les animaux : « Mon animalisme est farouche et cruel» «... il est temps de riposter. Aussi violemment que nous avons été attaqués. C’est-à-dire très, très violemment. » C’est dit. Il y a urgence. Parfois, Isaac prendra le temps de convaincre par la parole. C’est important aussi.
« Les dauphins n’ont jamais été des animaux. D’ailleurs les animaux n’existent pas. Ce sont, dans d’autres corps, des intelligences similaires aux nôtres – exactement similaires… L’anatomie varie. Pas l’intelligence. »
Appelons cela l’antispécisme.
Le roman est engagé, sa dimension épique en fait un récit d’aventures qui se passe aux quatre coins du globe là où les animaux crèvent. Un peu partout donc. Le registre tragique n’est jamais loin non plus… comme si soudain les dieux en colère allaient s’abattre sur les hommes et les punir de leur trop grande hybris. Pour qui se prennent-ils ces hommes ? Les plus beaux, les plus forts, les plus intelligents ? Misère. Ils seront punis.
Ce roman a des défauts, c’est vrai. Mais franchement, on s’en fout. Et je n’ai pas envie d’en parler. Le propos prime, vous explose à la figure, vous tire de votre léthargie et l’écriture, puissante, serrée, mordante, saisit par sa force et sa détermination. Le message est clair : nous ne conserverons notre humanité et notre dignité que si et seulement si nous acceptons de respecter les animaux en les traitant comme des égaux.
Un texte nécessaire et puissant. – Marie-Laure Vannier (Lire au lit)
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Camille Brunel nous offre un premier roman militant, centré autour d’un défenseur acharné des animaux, qui choisit l’action violente pour secouer les consciences. Choc et… malaise.
Disons d’emblée, ce roman ne va pas tarder à vous mettre mal à l’aise, que vous soyez un ardent défenseur de la cause animale ou non. Nous projetant dans un avenir proche, il s’ouvre sur une scène choc: venant d’assister au massacre d’un tigre par des braconniers dans le dans le parc de Ranthambore en Inde, Isaac Obermann prend son fusil et perfore « le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre… »
Assassiner ainsi de sang-froid des assassins d’animaux, ce n’est que justice pour ce militant qui fait le constat que toutes les actions politiques menées jusque-là ont été vaines, que les espèces animales sauvages continuent de s’éteindre, que les abattoirs continuent à tourner à plein régime. Et qu’il convient dès lors de tuer les tueurs partout où ils sévissent. (…)
Camille Brunel a le mérite, au moment où chacun prend conscience que les promesses des sommets pour la planète restent des vœux pieux, de réveiller les consciences et de poser les questions qui dérangent. Mais son combat n’est-il pas perdu? Le pessimisme du capitaine du bateau qui le conduit en Alaska ne serait-il pas un douloureux réalisme: « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel. » Voilà en tout cas un roman qui résonne comme un signal d’alarme strident. – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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Isaac Obermann est un fervent défenseur de la cause animale. Entrevoyant la fin du règne de l’homme et l’affrontement entre ceux qui poursuivent sa course effrénée pour la croissance et la destruction aveugle et ceux qui prennent conscience des conséquences insoutenables de la toute-puissance humaine, Isaac se range du côté des militants les plus engagés en faveur de la préservation des animaux, n’hésite pas à rejoindre les activistes de Sea Shepherd, ou encore à exposer ses arguments devant un amphithéâtre d’étudiants de la Sorbonne qui le considèrent comme un extrémiste. Sur son chemin, il rencontre des braconniers qu’il tue sans état d’âme, des soutiens et des alliés, des détracteurs, et quelques-uns des derniers représentants des espèces en voie de disparition qu’il entend sauver.
Depuis quelques années, les romans proposant de réfléchir aux relations entre les hommes et les animaux – ou plutôt à la domination humaine sans concession sur le monde – acquièrent une certaine visibilité.
Parmi ceux que j’ai eu l’occasion de lire, il y a eu, bien sûr, Faut-il manger les animaux, Défaite des maîtres et possesseurs ou encore Règne animal.
Pour autant, La guérilla des animaux m’a donné le sentiment de ne pas être « un roman de plus ». Il va plus loin, ou alors il va ailleurs, aborde les choses sous un angle plus militant, plus cru, nous forçant à la confrontation.
De cette lecture, ressort une impression d’urgence, et certains lecteurs seront sans doute bousculés par certaines scènes poussant à l’extrême l’idée selon laquelle nous avons tous intériorisé une hiérarchie naturelle évidente : la vie animale ne vaut pas la vie humaine, les animaux constituent des espèces inférieures aux hommes, à leur disposition pour leur amusement comme pour leur alimentation.
Ainsi, la scène dans laquelle une militante sacrifie sa propre vie pour nourrir une ourse et ses petits, derniers représentants de leur espèce, et sur le point de mourir de faim.
Si l’on se réfère à la hiérarchie ci-dessus qui nous a été inculquée, il est difficile de ne pas considérer que cette scène est grotesque, stupide. Mais si l’on s’interroge sur le bien fondé de cette hiérarchie, alors elle ne l’est plus vraiment, et les comportements humains qui sont à nos yeux « normaux » et « habituels » aujourd’hui, apparaissent sous un nouvel angle eux aussi : ils reflètent une violence inouïe, une inhumanité insondable.
La guérilla des animaux dérange, provoque, et invite à renverser le rapport de force, à penser une coexistence digne, à la hauteur des grandes idées que l’homme se fait à son propre sujet. L’expérience est intéressante, et ne devrait pas s’arrêter là. Car nous avons tous une responsabilité dans le tableau dépeint par Camille Brunel. – Sara Dupouy-Adrian (Vie de romanthé)
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Alors que l’on commence à peine à s’inquiéter du réchauffement climatique , de la consommation excessive de viande , etc … , voila un roman qui tombe à pic !
Certes le fanatisme et le comportement d’ Isaac et de Yumiko sont inexcusables et nous ne pouvons les suivre dans cette folie antihumaine , meurtrière et destructrice .
Néanmoins , Camille Brunel nous offre un roman dérangeant , percutant , qui pose de bonnes questions : qui sommes nous pour traiter les animaux de la sorte ?
En fermant ce livre , notre regard sur le vie animalière aura changé . Belle expérience littéraire . – Anne-Claire Guisard
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Guérilla : Forme de guerre caractérisée par des actions de harcèlement, d’embuscades ou de coups de main. Groupe de soldats armés légèrement et chargés de harceler l’ennemi…. Ici, l’ennemi, c’est l’homme, rien que cela ! La fin justifie-t-elle les moyens ? Tel est le questionnement qui domine ce premier roman d’un jeune enseignant de lettre.

Notre planète est en perdition, c’est un fait, une évidence ; à intensité plus ou moins importante selon les pays, mais nul doute qu’il se passe des choses, et que ça n’est pas fini. Que pouvons- nous y faire ? A notre échelle de citoyen lambda qui a besoin de se nourrir, de se déplacer pour travailler (pour se nourrir il faut bien aller travailler pour gagner quelques sous), nous chauffer, nous éclairer….bref, assurer nos 14 besoins selon Virginia Henderson ( mes consœurs et confrères sauront de quoi je veux parler), j’ai la conviction qu’hélas nous ne pouvons pas grand-chose, et qu’il nous faut être fataliste. Le début d’une ébauche de solution, se situe bien plus haut, chez de bien plus puissants que nous ( gros pollueurs démographiquement ultra-puissants et accessoirement financeurs des états endettés….., lobbys multiples et inattaquables…..)

Camille Brunel est sans doute un idéaliste pour avoir imaginé dans ce roman de légère anticipation pouvoir interroger les consciences et modifier les comportements. Autrement dit, parce que le règne animal sur notre planète est en danger ( personne ne le conteste) la sur-consommation de viande provoque pollutions, souffrances animales ( là aussi, on est d’accord), Issac devient un justicier que rien n’arrête, et qui rendant l’homme responsable de tous les maux se met à exterminer tout ce qu’il trouve sur sa route.

La fin justifie -t-elle les moyens ?

Cet ouvrage est, à mes yeux trop violent, trop radical, trop engagé et trop militant. Il a eu sur moi l’effet inverse à celui que souhaitait. Il ne peut qu’énerver davantatge celles et ceux qui se sentent harcelés, manipulés et orientés vers une pensée unique par les médias, les ONG, les politiques et cie…

Ce roman, qui n’a pour seul mérite que d’être vite lu, m’aura donc déplu sur toute la ligne ! – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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Un roman brut, violent, dérangeant, extrême!  Mon impression première était déjà une certaine hostilité. Hostilité par rapport au titre « La guérilla des animaux » mais aussi hostilité par rapport au sujet « Comment un jeune français baudelairien devient-il un fanatique de la cause animale ».
Au travers du roman, le lecteur suit Isaac, un jeune français. Vegan, il s’engage pour la protection des animaux et livre progressivement une guerre fanatique d’une intense violence aux quatre coins du monde. Son but est de protéger notre planète et les animaux des humains et de leurs activités.
Ce roman fût pour moi une lecture difficile. J’ai eu, plus d’une fois, très envie de le refermer et de passer à autre chose. Je n’ai pas pour habitude de longtemps persévérer si cela ne me plaît pas. Le choix est si vaste! Mais les échanges que nous avions eu au Mans avec certaines 68 m’ont poussé à poursuivre espérant y découvrir quelque chose que je n’ai finalement pas trouvé. C’est avec grand soulagement que j’ai vu arriver la dernière page.
Le thème est certainement honorable. Mais il est, pour moi, traité trop à l’extrême. Il dérange mais pas le bon sens du terme. Répondre à la violence par la violence est-ce réellement la bonne solution? Cette violence extrême m’a même empêché d’en apprécier l’écriture et je trouve qu’elle n’ouvre même pas pour moi la réflexion.
Un livre que j’ai refermé, pressée d’en ouvrir un autre, d’entrer dans un autre univers. Un livre que j’ai déjà oublié! – Emmanuelle Mentec
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Pour décoiffer, ça décoiffe! D’entrée de jeu, le héros du roman, Isaac Obermann, réalise un carnage : une diane chasseresse vient d’abattre une tigresse qui allait mettre bas. Sa réaction est immédiate, il la tue d’une seule balle, de sang-froid, ainsi que ses deux acolytes . C’est un sacré choc ! Dès le début de cette « guérilla » , j’ai pensé aux « racines du ciel » de Romain Gary, où le héros, Morel, prend la défense (!) des éléphants en Afrique, à une époque où la faune sauvage était encore relativement prospère, en dépit du braconnage. Et Morel n’utilisait pas des méthodes aussi radicales.
On parle volontiers de dystopie et d’animalisme à propos de ce roman original. Je comprends parfaitement le propos du romancier, il veut créer une sorte d’électrochoc pour nous sensibiliser à la cause animale, nous faire comprendre que nous pouvons vivre sans consommer de viande morte. Après tout, qui sommes-nous pour nous arroger le droit de vie et de mort sur tout le genre animal ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller, à faire disparaître toute vie animale pour satisfaire notre besoin de viande ? Sommes-nous conscients que les espèces animales disparaissent les unes après les autres? On découvre de jour en jour des scandales dans les abattoirs, avec des conditions d’abattage sordides, mais, heureusement, tout se passe à l’abri des regards, nous ne souhaitons pas voir comment finissent les animaux . Et c’est la même chose pour la pêche, qui oblige, pour notre appétit de poisson, à massacrer des centaines de milliers de dauphins et de requins. On préfère s’en laver les mains. Ce roman est un appel au secours, un cri de détresse pour nous faire prendre conscience de la cause animale, nous faire changer nos pratiques alimentaires. J’adhère à cette façon de penser, mais je m’imagine mal en train de flinguer mes congénères pour leur faire comprendre que leur comportement est répugnant ! C’est peut-être pessimiste de ma part, mais le processus d’extinction des espèces est d’ores et déjà enclenché, plus de 60% des espèces sauvages ont disparu depuis 1970, la biodiversité est mise à mal chaque jour. Mais, après tout, si l’on continue sur cette voie, quand nous aurons fait disparaître toutes les espèces animales, c’est la notre qui sera en sursis et qui risque de disparaître . – Michel Carlier
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J’ai lu ce roman avec beaucoup de réticences car la cause animale me tient à cœur, et cela, depuis déjà de nombreuses années. Sans être militante, je fais partie des personnes que l’on étiquette sous le nom de « végétarienne » ou « vegan » ou autre, selon la mode, parce que je ne mange plus de viande depuis que j’ai compris que d’en manger signifiait que l’on avait tué un animal pour qu’il se retrouve dans mon assiette. Cela fait maintenant 25 ans que je n’ai pas touché un morceau de viande et je suis en excellente santé. J’adore les animaux et je ne supporte plus ces images où on les voit souffrir. Alors, lire un livre dont le personnage principal est un fanatique de la cause animale, cela inclut forcément des passages de souffrance animale. Heureusement pour moi, ils ne sont pas si nombreux dans ce livre ; ouf ! Je me suis même surprise à rêver endosser moi aussi ce rôle de « vengeur des animaux » ; quel courage a cet Isaac ! Mais mon caractère plutôt pacifiste m’empêcherait de suivre ses pas d’activiste. Alors j’ai vraiment aimé ses pérégrinations entre passages en université pour prêcher la bonne parole et actions terroristes sur le terrain avec sa chère Yumiko. Son discours, bien qu’alarmiste, paraît tellement cohérent ! Comment se fait-il que si peu l’entendent ?! Camille Brunel nous en donne rapidement l’explication : tout passe par l’argent. Hollywood achète et promeut les idées d’Isaac ; renvoyant dos à dos les idées de conservation de la nature et multiplication du profit.
C’est bien écrit, très fouillé, très documenté, mais parfois, on s’y perd.
Personnellement, je trouve que les quarante premiers chapitres sont une réussite et que celle-ci se gâte avec les suivants qui n’apportent plus rien au roman, à part une possible solution utopique ; un monde sans animaux où l’humain mange de la viande de synthèse. Comme expectative, c’est un peu moyen au vu de la motivation de départ personnifiée par le biais d’Isaac… – Valérie Lacaille
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Et voilà cette fameuse « guérilla » dont j’ai tant entendu parler depuis sa publication ! J’ai bien tenté de m’abstraire de tous les commentaires qui ont accompagné sa sortie, mais ce fut difficile !
Isaac Obermann est donc cet extrémiste qui vit dans un futur proche (demain ?) et considère que l’espèce humaine ne mérite plus de vivre sur Terre, ne mérite plus de vivre tout court, puisqu’elle a asservi ce que l’on nommait le règne animal. Son combat commence dès le prologue, en Inde, par le meurtre de braconniers. A la sauvagerie des fauves répond d’égale cruauté la sauvagerie des chasseurs, sauf que ces derniers n’ont pas l’excuse de tuer pour survivre. Ainsi commence la guerre que mène Isaac.
Sur chaque continent, il agit au nom des droits des animaux et mène une lutte impitoyable contre une humanité pleine d’outrecuidance. Les conférences qu’il donne dans des universités lui permettent de développer ses arguments, qu’il met à l’épreuve de la réalité par des actions meurtrières, paradoxalement subventionnées par les finances venues d’Hollywood. Des dizaines d’années passent, scandées par la prison, par un mouvement de balancier qui va d’une reconnaissance fallacieuse de l’animalisme à la décision de supprimer toute vie animale sur la planète. Car, après tout, à quoi et à qui servent les animaux, si ce n’est aux rêveurs, aux poètes et aux amoureux de la vie et de la beauté où qu’elles se nichent ?
Sauvagerie contre tyrannie, cruauté contre férocité, barbarie contre bestialité, la description des scènes de tueries ne nous épargne rien, jusqu’à la nausée. L’agonie est sanguinaire et cruelle. Mais, curieusement, ce réalisme exacerbé a été, pour moi, contre-productif car il m’a semblé que cette surenchère donnait un ton ironique au propos. Les discours d’Isaac revêtent une forme sentencieuse et dogmatique et rendent le personnage caricatural. En tout cas, c’est ainsi que je l’ai ressenti mais je crois que le personnage n’a finalement pas tant d’importance dans ce roman. De même, les catastrophes qu’il provoque avec jubilation sont confusément décrites, un peu comme si la narration s’emmêlait les pinceaux, et tant pis pour le lecteur qui ne parvient pas à savoir qui a finalement fait quoi ! La succession même des évènements sombre dans un flou sibyllin. Comment se justifie le passage de l’anthropocentrisme effréné à la reconnaissance des droits des animaux puis à l’anéantissement de ces derniers ? La cohérence de l’articulation m’a échappé. Les personnages, animaux et humains confondus, vivent, agissent, meurent dans l’indifférence quasi générale. La temporalité a cette même élasticité nébuleuse qui nous égare et qui, en tout cas, m’a perdue en route. Finalement du roman attendu, il ne me reste que l’impression d’avoir lu un réquisitoire. Pas un plaidoyer pour la cause animale ! Non, un réquisitoire, proche du fanatisme, contre les humains, condamnés sans appel et sans nuances. Loin de me convaincre, ou de faire progresser ma réflexion, le propos et surtout la forme que l’auteur lui a donnée m’ont agacée et déçue. Parce qu’en ce qui me concerne un vrai roman, puissamment construit, à l’écriture incisive et percutante, mettant en scène des personnages de chair, de sang et de papier, liant de manière indissociable fond et forme, constitue, par sa force même, le meilleur des arguments. Voilà pour l’agacement. Quant à la déception, elle vient justement de ce qu’aurait pu être un tel roman si la conviction avait dépassé la doctrine.  – Sophie Gauthier
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Que se passera-t-il en 2020, en 2031, plus tard encore, quand les hommes, arrogants et si fiers de leur supériorité d’espèce, auront détruit tous les animaux ? C’est sur ce thème de la suprématie humaine que l’auteur Camille Brunel souhaite alerter le lecteur, en une fable d’abord, réflexion politique qui bascule dans une fiction effrayante : entre Isaac, le chasseur de braconniers et assassins d’animaux en tous genres et les grands lobbies, la finance, la politique à court terme, qui va gagner ?
Le thème est intéressant, certes traité de multiples fois mais ici on y introduit un couple étonnant de radicaux anti-suprémacistes qui, à coups de bombes, d’assassinats en tous genres et destruction massive des éleveurs/consommateurs/ esclavagistes anti- animaux, fait régner la terreur sans pour autant inciter à la réflexion. Une sauvagerie contre une autre.
On peut trouver ces textes utiles et judicieusement provocateurs et adhérer à la cause de la défense animale. On peut aussi trouver que l’auteur pousse le bouchon un peu loin en faisant – et à plusieurs reprises – un rapprochement entre la maltraitance infligée aux animaux et la Shoah et les camps d’extermination. Le mot « nazi » revient un certain nombre de fois, y compris pour parler d’un hangar, à l’architecture nazie paraît-il ! (sic). Et là, on a un peu envie de dire à l’auteur de ne pas tout mélanger….
Ce texte est délibérément outrancier, sans nuances, sans analyses sérieuses, sans références ni prise en compte de la réalité de ce que vivent les hommes. Il a tout de même le mérite (mais c’est très rebattu déjà, très dans l’air du temps) de sensibiliser au devenir des milliards d’êtres humains qui, sans aucun doute, sont en train de se préparer un avenir de migrations climatiques, de famines, de guerres, de catastrophes naturelles.
Quant à moi, très petite consommatrice de viande, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la terreur de la carotte qu’on déracine, sur l’horreur de l’artichaut à qui on arrache ses feuilles après l’avoir ébouillanté, sur le hurlement de l’asperge que, d’un geste définitif à l’aide d’un outil barbare, on extrait de la terre avant même qu’elle ait pu montrer le bout de son nez… – Evelyne Grandigneaux
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Je dirais plutôt la mise à mort des animaux, puis leur revanche parfois !
Les sauver de la violence des humains, braconniers, chasseurs et autres, part d’un bon sentiment, mais peut-on, seul ou accompagné d’une femme, les sauver vraiment ! Et ont-ils pour cela le droit de tuer des milliers d’hommes au cours de leurs différentes actions, en faisant sauter des barrages, ou en égorgeant les braconniers, qui souvent tuent les animaux sur ordre de mafia ou autres. La question est là !
Bref, Isaac et Yumiko parcourent le monde pour faire leur propre justice, au nom d’un nettoyage de la planète. Isaac devient célèbre et les actions se transforment en conférences. On l’écoute comme un messie, et ils se met à gagner beaucoup d’argent. Cet argent lui permet d’aider quelques peuplades. Mais combien de morts pour arriver à si peu de bénéfice, autant du côté des humains que des animaux.
Ceci dit il faut en parler pour essayer de sauver ce qui reste de beau sur notre planète, mais pas à la façon de notre auteur ! Vous le comprendrez, je n’ai ps adhéré à ce livre. Il me laisse un goût de récupération des courants et des idées qui circulent en ce moment, pollution réchauffement de la planète, le courant vegan aussi, tout y est ! Isaac et Yumiko se veulent vegans, cela va de soi, mais quand même ils leur arrivent de manger des protéines animales, des coquilles St Jacques par exemple ! N’est-ce pas des êtres vivants (animaliers) les coquilles St Jacques ?!
Est-ce vraiment un roman ?….. Oui peut-être…….  – Brigitte Belvèze
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Ce livre est dérangeant, il nous bouscule car il condamne certaines de nos habitudes ancestrales, il est souvent violent et nous projette dans un futur peu enviable.
Le point de départ est l’idée anti-spéciste selon laquelle rien ne distingue l’homme de l’animal, tous deux doués de sensibilité. Pensée d’ailleurs déjà relayée par Voltaire dans l’article  » Bêtes  » de son Dictionnaire Philosophique (dont je vous recommande la lecture !). Mais depuis le problème est loin d’être résolu, au contraire – on tue toujours plus d’animaux, on les enferme davantage pour le plaisir des yeux de l’homme, on continue de les maltraiter, les violenter, les exterminer.
Alors Isaac Obermann, le personnage de cette fiction, dans une rage féroce et décuplée par le spectacle de la violence humaine, va décider d’inverser le processus. L’activisme ne suffit plus, il faut agir urgemment- c’est une déclaration de guerre- le seul moyen de sauver le monde animal est selon lui de venger les animaux, qu’ils se vengent en tuant les hommes et pourquoi pas en les exterminant. Il est prêt à tout, y compris à sacrifier sa propre vie. L’eco-terrorisme devient alors source d’une mise en scène médiatique dont Isaac est l’acteur principal financé par l’industrie hollywoodienne. Son parcours méthodique autour du monde montre un personnage ultra déterminé, rageur et froid à l’égard du genre humain. Isaac est un personnage emblématique, aux idées radicales, profondément déçu par le discours et l’attitude de l’homme, plaçant l’animal au dessus de tout.
Un récit coup de poing, aux passages particulièrement violents mais ô combien réalistes. On y assène des vérités dont on ne veut pas entendre parler de peur qu’elles dérangent notre quotidien égoïste. Entre récit d’anticipation et dystopie, le livre de Camille Brunel interroge nécessairement sur le manque d’humilité de l’homme, sa tendance suprémaciste, sa supériorité qu’il croit naturelle et de droit. Dans ce premier roman puissant Camille Brunel frappe nos consciences- il est fort à parier qu’il aura d’autres fictions à nous proposer sur le sujet (??). – Sandra Moncelet
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Je n’ai jamais lu un livre qui m’ait autant bouleversée, autant remuée dans le fait même de mon existence. Dans mon humanité.
Il y a une sorte de militantisme puissant, violent et brutal qui vous percutera de plein fouet dans ce roman, encore plus lorsque vous ne vous définissez pas comme végan. Encore plus quand vous ne l’êtes pas. Encore plus quand la veille au soir vous avez dégusté un morceau de saucisson. J’ai eu envie de vomir. De sortir de mes tripes ce que le narrateur aurait pu voir en moi, ou ce qu’il n’aurait pas trouvé. De fuir ce regard perçant et accusateur, ses mains armées d’une kalachnikov. Ne vous y trompez pas, ce roman, engagé, extrémiste n’est pas l’œuvre d’un fou ou l’essai d’un anti-humaniste. D’ailleurs sans doute Camille Brunel n’aurait-il rien écrit si ce roman n’était pas destiné à faire changer les choses, à les faire bouger, évoluer, dans un sens ou dans l’autre.
La Guérilla des animaux est un roman brutal qui mêle à la fois une violence fantasmée et un futur proche désespéré. A travers son personnage extrême et percutant, dans sa folie ou dans sa raison, Camille Brunel envoie un message. Et qu’il passe ou qu’il casse, il provoquera, j’en suis certaine, une réflexion, un débat, des conversations. Il ne tient qu’à nous d’en faire quelque chose. – Enora Pagnoux (Les dreamdream d’une bouquineuse)
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Camille Brunel met en scène un héros aux actes extrêmes et fortement répréhensibles qui en vient à considérer que la vie humaine n’a pas plus de valeur que celle des animaux et qui a parfois un discours choquant en particulier quand il compare le génocide des animaux à celui des juifs.  Camille Brunel développe un plaidoyer très étayé pour les droits des animaux, interroge la consommation de viande par l’homme, dépeint l’état de notre planète où les déchets toxiques détruisent la vie sauvage, où la multiplication des humains s’accompagne de la multiplication de leurs erreurs, dénonce le traitement des animaux dans les abattoirs et dans les zoos…
Après un début que j’ai trouvé très bon malgré des outrances et des invraisemblances qui ne m’ont pas gênée, j’ai regretté que le récit tourne un peu en rond… Dommage… L’auteur aurait gagné à faire un texte plus court d’une centaine de pages qui aurait été tout aussi percutant. Ce texte rocambolesque mais très engagé qui développe des idées extrémistes pour faire prendre conscience au lecteur est un énorme cri de colère. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)

Le fou de Hind – Bertille Dutheil

« La maison avait fait le tour du monde. C’était le navire de Sindbad. Elle avait roulé jusqu’à la rive et elle avait dormi jusqu’à ce que nous, les Arabes, qui n’avions rien, décidions de la retaper. Nous, les champions de la récup et des chansons d’amour, de la colle industrielle et du voyage au long cours, nous avions traversé la mer pour échouer ici, aux accents d’une poésie imparfaite mais vivante, quotidienne, qui donnait à l’exil de nos pères une saveur moins amère. »

Le fou de hind

Après la mort de son père, un immigré d’origine algérienne, Lydia, jeune journaliste, va tenter de replonger dans son passé et explorer des souvenirs jusqu’alors inconnus. Au cœur du récit, sa demi-sœur, la flamboyante Hind, adolescente magnétique dont Lydia découvre l’existence grâce à une lettre laissée par son père. A travers les témoignages des proches qui ont connu son père, Lydia va découvrir une autre facette de sa personnalité et embarquer dans un monde qu’elle ne soupçonnait pas. Dans ce passionnant roman à tiroirs, Bertille Dutheil déroule progressivement la bobine du temps et s’empare de la question de l’immigration et de l’intégration, avec un regard mélancolique et poétique.
Quelle place les souvenirs d’enfance occupent-ils lorsqu’on atteint le seuil de la mort, surtout lorsqu’ils sont particulièrement douloureux ? C’est aussi un très beau roman sur la filiation, sur le partage, la transmission entre les générations. Le temps qui passe et le passé qui finit par nous rattraper et nous hanter, c’est l’un des personnages, Mohammed Afkir, qui en parle le mieux : « Ces moments de l’existence, insignifiants jusqu’alors et qui se dressent comme les remparts du souvenir, omniprésents, saisissants de réalisme et de précision, ces grains de sable dont le temps a fait des géants.» – Boris Tampigny
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Imaginez-vous au bord d’une rivière où vous vous laissez emporter tout naturellement par la douceur de son bruissement : voilà, c’est exactement ce que j’ai ressenti quand j’ai commencé la lecture de ce livre. Je me suis laissée emporter par le courant de ce récit servi par une bien belle écriture imprégnée de douceur, contre balançant ainsi la tristesse, le désarroi et l’injustice qui peuvent ressurgir des faits révélés.
Lydia, narratrice dans ce roman, n’est en fait que le maillon qui va nous permettre de suivre et comprendre la vie de son père Moshin qui vient de décéder. Partant d’une lettre laissée à son attention, Lydia va remonter le cours de l’histoire afin d’essayer de comprendre les propos pour le moins énigmatiques laissés par celui-ci.
Ses recherches l’amènent ainsi à découvrir un personnage qu’elle ne soupçonnait pas, nous immergeant de fait par un flash-back remontant aux années 70, à l’époque où il est arrivé à Créteil en tant qu’ébéniste, partageant avec d’autres familles un espace de vie communautaire, celui où les amitiés et les inimitiés les plus fortes peuvent se forger.
Nous croiserons ainsi ceux et celles qui ont fait partie de son entourage proche, et ferons plus ample connaissance avec cette mystérieuse « Hind » au destin tragique, présente sur ces photos qui accompagnaient la lettre de son père et qui apparaît comme étant le fil conducteur de la vie passée de Moshin.
Malgré quelques longueurs dans le récit, il n’en reste pas moins un premier roman que je vous invite à lire, avec ses personnages attachants qui nous transportent de surprises en étonnements, vers un dénouement qui a su conserver la part énigmatique qui l’a habité. – Katie
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Plongée dans le monde d’un quartier populaire de Créteil dans les années 80, dans trois lieux :
-Une grande maison délabrée transformé en habitat communautaire de trois familles maghrébines
-Le quartier « les choux de Créteil », un des premiers grands ensembles parisiens ( illustration du bandeau)
-un lupanar qui se cache derrière un pensionnat pour jeunes filles, tenu par une aristocrate libanaise.
Au milieu de tout ça une jeune fille étrange et lumineuse, son père Mohsin, et toute une ribambelle de personnages dont les plus importants s’expriment dans un chapitre spécifique, revenant, chacun avec son point de vue, sur les évènements de ces années-là.
La construction utilisée par l’auteure est habile car elle permet de plonger toujours plus loin dans la compréhension des faits qui se sont déroulés en 1983.
Hind, elle, ne s’exprime pas ; et Mohsin ne le fait qu’à travers 2 lettres, l’une au début, l’autre à la fin, qui permettent au lecteur de finir de comprendre ce qui s’est passé.
J’ai beaucoup aimé ce livre. Chaque personnage exprime ses propres souffrances avec délicatesse et le lecteur finit par avoir un tableau assez clair de l’époque et des évènements.
L écriture de Bertille Dutheil est limpide et vivante. – Marie-Hélène Fuchy-Poirson
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Un récit que j’ai apprécié et dégusté avec plaisir et un intérêt croissant au fur et à mesure de ma progression. A la mort de son père, Moshin, Lydia découvre une lettre de celui-ci où il s’accuse d’être responsable de la mort de Hind, dont elle ignorait jusqu’à présent l’existence. Elle part sur ses traces et, patiemment, elle va découvrir un pan de la vie de son père qu’elle n’imaginait pas. Lydia va remonter le fil du temps en allant à la rencontre de ceux qui ont connu Hind et Moshin et ont croisé leur destin. Elle découvre ainsi l’existence d’une grande maison délabrée « Le château » où plusieurs familles vivaient en communauté avant que cette maison ne brûle tragiquement ce jour de 1983, éparpillant les survivants qui reconstruisent une vie ailleurs. Pourquoi son père s’accuse- t-il ? pourquoi a-t-il toujours fait preuve de distance à son égard ? Qui était-il vraiment et surtout qui était cette Hind ? Toute une époque est restituée, les immigrés à Créteil dans les années 1970, la guerre du Liban ; pour autant ce sont les gens qui intéressent l’auteure, ce sont eux les acteurs d’une époque parfois agitée, chaotique, dont les choix sont lourds de conséquences pour eux et les autres, empêtrés dans leurs certitudes, leur honneur, leurs mensonges, leurs passions. C’est toute la quête de ce récit savamment mené, romanesque, émouvant dont les personnages sont attachants, le tout documenté, construit et fluide – en dépit de quelques longueurs. Je salue ce premier roman qui a su me captiver du début à la fin. – Nathalie Chartier-Salou
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Lorsque Lydia perd son père, elle retrouve dans ses dernières affaires une étrange lettre, dans laquelle il s’accuse d’avoir commis un meurtre, et des photos, plusieurs photos d’une petite fille, Hind, dont elle n’a jamais entendu parler. Mais qui est Hind ? Comment Mohsin a-t-il pu cacher son existence à sa propre fille ? Lydia se lance sur les traces de cette soeur qu’elle n’a jamais connue, dans un passé à la fois sombre et joyeux au milieu des Choux.
Je tire mon chapeau à cette primo-romancière de grand talent ! A peine les premières pages passées, elle nous plonge dans son univers, dans la vie de Lydia, de Mohsin, elle nous entraîne irrémédiablement vers le Château, à pas de loups, entretenant jusqu’à la fin un suspense insoutenable. Jalons de la quête de Lydia pour retrouver sa sœur, chacun des chapitres donne la voix à un personnage de cette histoire pleine de méandres et de sinuosités. Chacun raconte, par son petit bout de la lorgnette, cette période de leur vie commune, l’installation dans cette bâtisse retapée baptisée pompeusement « Le Château », la liberté des enfants courant dans tous les sens, toujours en bandes, la découverte de la vie pour les plus âgés, les soucis d’argent, les querelles de famille. On a beau savoir qu’une terrible réalité se cache derrière ce joli tableau, Bertille Dutheil nous fait rêver avec cette vie communautaire dérivée des mirages socialistes du siècle dernier.
A travers l’histoire de Mohsin et Hind, c’est aussi toute l’histoire d’une génération immigrée qui ressort, les diplômés maghrébins arrivés en France pour fuir ou se construire un meilleur futur et qui finissent par parvenir difficilement à joindre les deux bouts. Au Château, tous cherchent à conserver leur identité culturelle, les familles arabes comme la vieille dame russe locataire au dernier étage. C’est un roman sur l’entraide, la cohabitation pacifique, et la liberté, où les personnages sont bienveillants et sages, et où le recul qu’ils prennent tous sur leur propre vie nous est salutaire. – Olivia Cheucle (The unamed Bookshelf)
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Une belle histoire avec des personnages très attachants. Je me suis laissée emporter, malgré quelques longueurs, par ce roman découpé en chapitres dans lesquels la voix d’un des personnages retrace la vie en communauté de ces familles d’immigrées, dans ce «Château » sans confort.
C’est de révélation en révélation que Lydia va reconstituer la vie de son père et découvrir celle de la mystérieuse Hind au destin tragique, avec un dénouement inattendu.
Un premier roman réussi avec une écriture limpide et toute en douceur. A découvrir. – Joëlle Radisson
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Ce roman polyphonique à l’intrigue plus qu’alléchante m’a laissée sur le bord. Certaines longueurs de texte m’ont perdue, cherchant en vain l’élément déclencheur, mais rien. Je l’ai lu, je me suis accrochée, mais sans grande conviction. L’histoire est intéressante, peut-être que 200 pages en moins auraient réussi à ne pas me noyer dans ces souvenirs à rallonge. – Héliéna Gas (Mes écrits d’un jour)
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A la mort de son père, Lydia le veille, se recueille et découvre des photos inconnues et une lettre à son intention. Elle savait que son père avait eu une autre fille, emportée par une maladie, mais ne soupçonnait nullement l’existence d’une fillette brune…
Ce roman, remarquablement bien écrit nous fait vivre l’enquête de Lydia, riche en rebondissements et rencontres. En découvrant le passé de son père, elle fera la connaissance de ses amis, de ses voisins exploitant des jeunes filles mais pas de sa sœur adoptive, morte au cours d un mystérieux accident .
Merveilleux roman, très agréable à la lecture, on y parle d’amitié, d’immigration, des banlieues difficiles, de virus émergents, de trafic de stupéfiants, de la vie en communauté, d’exogénose mais aussi d’amour coupable . – Anne-Claire Guisard
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A la mort de son père Lydia, va découvrir cet homme secret qui a vécu plusieurs vies.
Grace à une lettre qu’il lui a laissé, elle va rencontrer les protagonistes d’évènements tragiques arrivés bien avant sa naissance et qui vont éclairer le caractère de son père.
Ce livre couvre énormément de thèmes difficiles sans être plombant pour autant, j’ai eu un peu d mal au début et je me suis finalement attaché aux différents personnages.
La présentation des évènements vécus en commun selon le point de vue de chacun apporte un éclairage intéressant au récit.
Une très belle histoire d’amour interdite mais pas que.
Un joli moment pour moi. – Emmanuelle Coutant
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A la mort de son père, Moshin, un immigré algérien installé à Créteil depuis les années 1970, Lydia est bouleversée par une lettre qu’il lui a laissée, s’accusant d’être responsable de la mort d’un être innocent. A-t-il tué quelqu’un ? Et qui sont cette femme et cette fillette sur les photos ? Ainsi Lydia aurait eu une demi sœur prénommée Hind ? Elle va retrouver les proches ayant connu son père pour reconstituer son histoire. Le récit prend diverses formes, parfois celle de carnets retranscrits. Chacune des grandes parties constitue presque un roman à elle seule.

Sans doute l’autrice a-t-elle ici voulu trop bien faire : l’ensemble est bien trop long, trop détaillé, trop digressif. Si chaque histoire est presque suffisante à elle-même, la cohésion du tout fonctionne moins bien. J’ai parfois hésité à abandonner ma lecture. J’y ai ressenti comme une difficulté de liaison, de roman trop long inutilement.

Pourtant bien des aspects sont intéressants et plaisants à lire, c’est un bon premier roman, mais qui aurait gagné à être davantage épuré, à mon goût. – Laure Alberge (Les jardins d’Hélène)

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Lorsque Lydia apprend la mort de son père, elle ne se doute pas du fil qu’elle va devoir suivre à rebours vers le passé de cet homme qu’elle ne connaissait finalement pas. Elle retrouve parmi ses effets des photos, sur lesquelles apparaissent très souvent une petite fille qu’elle n’a jamais vue. Qui était-elle ?

En essayant d’en savoir plus, Lydia va contacter des personnes pour qui le père, Moshin, et cette petite fille, Hind, appartiennent à une autre vie. Mais chacune son tour, ces personnes vont délivrer ce qu’elles savent et dont elles se souviennent.

Moshin avait quitté l’Algérie avec une femme et une petite fille, Hind. Hind n’était pas leur enfant. Sa mère ne pouvait pas s’occuper d’elle et ils l’ont prise sous leur aile. Une aile qui a pris la forme d’un immeuble de banlieue parisienne, aux côtés d’autres familles d’immigrés. A eux tous, ils formaient une communauté solidaire, comme une grande famille. Avec de l’amour et des disputes, des querelles et des grands repas autour d’un tajine.

C’est toute cette partie de la vie de Moshin que nous allons découvrir, et par conséquent aussi la vie de Hind. Petite fille qui s’est transformée en gazelle et dont la beauté et l’intelligence ont fait tourner les têtes.

J’ai adoré cette lecture, pour plusieurs raisons.
Premièrement, parce que les lectures à tiroirs marchent à tous les coups avec moi. Le roman donne la voix à différents personnages, chacun à son tour. Et chacun raconte ce qu’il sait, remodelant à chaque fois ce que l’autre nous a appris. Les pièces du puzzle finissent par révéler le tableau final, sublime et poignant.
Deuxièmement, parce que Bertille Dutheil m’a fait vivre cette histoire des pieds à la tête. On ressent le récit, des images plein les yeux, des odeurs plein les narines, la peau qui frémit, le coeur qui s’emballe… J’ai besoin de cette immersion pour être fascinée par un roman, et l’auteure a rempli sa mission avec brio.
Troisièmement, parce que Bertille Dutheil a un vrai talent d’écrivain. A l’heure où n’importe qui se prend pour un auteur, heureusement qu’il y a encore des personnes telles que Bertille Dutheil pour faire vivre la littérature. Des personnes qui ont une vraie maîtrise du style, de la construction du récit et de l’intensité d’une histoire.

Je le tiens, mon premier coup de cœur de cette session. – Vanessa (Le jardin de Natiora)

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Pour un premier roman, il faut saluer la maîtrise de l’exercice de style qu’est l’écriture romanesque chez Bertille Dutheil!
Elle donne, avec talent, la parole aux principaux protagonistes de l’histoire dans des chapitres qui évoluent au fur et à mesure que se dénoue l’énigme posée comme point de départ de l’intrigue: qui est Hind ?
Cette question, c’est Lydia qui se la pose. Cette femme vient d’enterrer son père et découvre dans les affaires personnelles de celui-ci des photos où se trouve une fille, dont le prénom est noté au dos: Hind. Elle trouve également une lettre dans laquelle son père s’accuse de l’avoir tuée… Lydia n’a jamais entendu parler d’elle. A-t-elle eu une sœur aînée tenue secrète? Si c’est le cas, pourquoi?
Lydia va remonter la trace de son père, Moshin, immigré algérien arrivé en France dans les années 70 pour travailler en tant qu’ébéniste. Avec d’autres immigrés comme lui, sans le sou et pleins de bonne volonté, il va aménager un lieu de vie surnommé « Le Château » en banlieue parisienne. C’est vers eux que Lydia va se tourner; Mohammed, Ali, Luna, Marqus et Sakina, qui, en remontant le fil de souvenirs enfouis, vont faire revivre le fantôme de la jaune Hind, disparue trop tôt pour connaître sa cadette.
Ce roman polyphonique est tout simplement passionnant. J’ai volontairement fait durer ma lecture car je n’avais pas envie de quitter ces personnages attachants. Les révélations qui se suivent sont vraiment inattendues et il règne durant la majeure partie du récit un suspens incroyable concernant l’histoire de cette « petite » Hind. Les révélations sont souvent étonnantes. De plus, les histoires des uns et des autres s’appuient sur une documentation sociale et historique que l’on devine très solide. – Valérie Lacaille
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Lorsque ce titre m’a été présenté, j’ai noté un adjectif qui prend tout son sens lorsque je fais le bilan de cette lecture : foisonnant.
Que dire afin de résumer au mieux cet ouvrage ?
Les idées me viennent en vrac, autant de mots, de thèmes, de références qui font toute la richesse de ce premier roman hors du commun.
Je pourrais vous dire que le fou de Hind fait référence à une partie d’échec, à deux personnes ou bien à une célèbre légende persane écrite par Majnûn mais ce serait réducteur. Je pourrais lister les thèmes riches et variés qui le composent mais encore une fois je ne saurais rendre justice à ce texte étonnant.
Si un objet pouvait résumer cette histoire je choisirais le diamant, vous savez cette pierre précieuse aux multiple facettes.
Bertille Dutheil a choisi le roman choral pour nous conter Hind et c’est donc sous des angles à chaque fois différents que l’on parviendra à reconstituer la personnalité de la mystérieuse jeune fille.
Une chose est sûre si au fil du temps l’histoire s’estompera mais je garderai le souvenir d’une lecture plus qu’ agréable ! – Clémence Rocton
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Dans la lignée des romans polyphoniques, Le fou de Hind s’impose comme l’une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire. Qui est réellement Moshin Abbas, père de famille doux, aimant mais distant ? A sa mort, sa fille Lydia trouve une lettre posthume, sur laquelle son père s’accuse d’être un assassin, accompagnée de photographies où figure une mystérieuse petite fille, Hind. Elle décide alors de remonter le fil du passé pour comprendre les liens qui l’unissaient à son père…
Parce que nos ancêtres nous racontent, parce que partir à la recherche de nos secrets de famille permet de mieux comprendre ceux que l’on aime, faire la paix avec soi-même et de reprendre sa vie en main ; ce premier roman poétique et mélancolique offre aux lecteurs un bel écrin à la psychologie des personnages qui composent chaque chapitre, jusqu’à l’acmé, LA révélation du secret, nœud gordien du récit, qui saisit le lecteur émotionnellement.
Bertille Dutheil, en véritable orfèvre des mots, a le souci du détail, et c’est peut-être là le seul bémol . Dans un souci d’exhaustivité le roman glisse de l’intime au social avec une description au scalpel des conditions de vie difficiles des immigrés dans les années 70, notamment à travers la vie communautaire au « Château », qui nous éloigne parfois un peu loin de l’intrigue de départ.
Roman psychologique ou roman social ? Les deux peut-être ? A chacun son point de vue !- Catherine Pautigny
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Quand Lydia apprend la mort de son père, elle accourt à la maison de retraite où il vit depuis quelques temps. De ce père aimant mais silencieux, il ne reste qu’un corps à veiller et une boîte remplie de souvenirs… Elle découvre des photos et l’existence de Hind, une petite fille que son père semble lui avoir caché. Mais la dernière lettre de Mohsin va semer le doute dans l’esprit de Lydia et elle part à la recherche de son passé, de celui de son père, et du Château… Dans ce premier roman, Bertille Dutheil nous emmène non pas dans une mais plusieurs histoires de famille. Même si Hind est celle qui les relie toutes, on entend la voix des différents voisins et amis de Mohsin et Hind. Avec une écriture travaillée, fluide, Bertille Dutheil tisse la toile d’une histoire familiale mystérieuse et dont les côtés sombres s’épaississent au fil des pages. La vie de nos parents n’est pas toujours aussi lisse qu’on l’imagine, elle ne débute pas avec nous et ils éprouvent parfois le besoin de se justifier, une fois la mort en approche. Un roman agréable, avec une construction maîtrisée et originale mais dont certains passages m’ont paru un peu trop lents. – Audrey Thion
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Dans les années 70, la ville de Créteil a fait construire un nouveau quartier d’habitation sur une zone maraîchère, autrefois siège de la plus ancienne « choucrouterie » de France. L’idée était d’y faire naître une zone de de logements à bon marché, assurant une certaine mixité sociale mais destinée en priorité aux familles précaires. Ainsi vit-on sortir de terre dix tours aux balcons de forme arrondie, évoquant, plus ou moins, des « choux » qui, apprend-on dans ce livre, auraient dû être végétalisés.
Au milieu de ces tours, existe une très grande bâtisse, au prestige tombé dans le passé, occupé par trois familles arabes plutôt nombreuses et qui s’entassent dans des logements au confort relatif. Ils la surnomment « Le Château ».
Au Château, exception faite de la vieille Adela, Russe réfugiée en France, chrétienne, que les enfants ont rebaptisée Matrena (Petite maman), tous les habitants sont musulmans.
Trois amis se sont cotisés pour acheter la bâtisse, Mohsin, Afkir et Tahar. L’histoire commence par les obsèques de Mohsin et, en un vaste flash back, l’auteure donne la parole à chaque personnage ayant su quelque chose du secret de Mohsin, afin d’ aider sa fille Lydia à déchiffrer le sens de la lettre d’adieu de son père : qu’a-t-il donc de si grave, de si douloureux, à se reprocher ? On sait seulement qu’il s’agit de Hind, sa fille adoptive – dont Lydia n’a jamais entendu parler – qui est morte dans l’incendie du Château.
Certains personnages restent quasiment muets devant les questions de Lydia. L’auteure leur donne alors la parole, comme s’ils nous racontaient à nous leur histoire, leur ressenti, leur analyse du passé. Ainsi revit devant nos yeux toute une page de leur histoire, et partant, de celles de milliers d’émigrés arabes des années 60-70 en banlieue parisienne.
En parallèle, nous découvrons, petit à petit et avec des éclairages divers selon le narrateur, l’existence et la vie secrète d’un pensionnat de jeunes filles libanaises maronites, très « Couvent des Oiseaux », du moins en apparence…sur fond de guerre civile au Liban et de vie des réfugiés chrétiens libanais en France.
C’est très finement observé et raconté avec vie et pittoresque, émouvant et drôle, bien écrit quoique avec certaines longueurs. Une sorte de fresque sociale dont bien des aspects sont encore d’actualité. Le suspens quant au questionnement sur le « secret » de Mohsin en devient secondaire.
Une découverte intéressante. – Evelyne Grandigneaux