Sauver les meubles – Céline Zufferey

« Introduire de l’étrange pour faire éclater la norme. Créer autre chose c’est prendre le pouvoir, résister. Si on ne détourne pas, si on ne remet pas en question, tu te vois, toi, vivre une vie contrainte par les choses? ».  Un premier roman malin, qui pose un regard intelligent et acéré sur notre société, mais qui n’a pas manqué de déstabiliser certains lecteurs quand d’autres ont reçu le message 5 sur 5 !

Sauver les meubles 2

L’histoire d’un photographe qui voudrait capter la vie, la vraie, donner à voir ses délires, ses emportements, ses failles, ses excès.
Mais tout est factice, tout est sous contrôle, sous contrainte dans ses clichés de commande, le décor, les gens petits et grands, les dialogues le sexe.
L’écriture d’un photographe qui nous donne à voir avec talent et humour les scènes sous différents angles, l’envers du décor, le vernis, les craquelures.
Il y a des plans fixes, des zooms, des flashes, des prises en rafale, des travellings, des chats, des dialogues, des monologues, c’est le film de la vie, de ses conventions, de ses compromis, style alerte, percutant.
Quelle belle idée que la référence aux essais de résistance des matériaux, on entend les chocs qui mènent à l’usure, au renoncement.
L’auteur nous donne à voir, à sentir, le doux et le rugueux des relations familiales, professionnelles, amoureuses, maritales, sexuelles comme la couverture rêche dont on veut le couvrir, lui qui n’aspire qu’à sortir du cadre et voir son talent reconnu.
Un grand coup de cœur pour ce premier roman – Christiane Arriudarre

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« Un livre jubilatoire, caustique, désabusé, où les règles sont transgressées. Que ce soit en photographiant des salons ou des ébats sexuels, les corps sont là pour susciter le désir, le plaisir. Regarder la vie à travers un objectif met de la distance entre le réel et le photographe. Et toujours cette maudite solitude que la voix intérieure du narrateur met en relief. Un premier roman dont le ton m’a beaucoup plu. »… Et pour lire le billet entier de Colette, c’est par ici.

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Dans ‘Sauver les meubles’, c’est avec de l’humour et beaucoup de dérision que Céline Zufferey nous fait suivre le parcours de son narrateur, un photographe sans succès, contraint à faire de la photographie alimentaire pour le catalogue d’une grande compagnie de meubles bon marché. Ce narrateur s’accommode des compromis que lui imposent à la fois sa vie professionnelle et sa vie personnelle, bien éloignées de ses aspirations et désirs profonds. Mais la petite voix intérieure du narrateur, corrosive et décalée, l’accompagne en permanence ; elle commente et se superpose en permanence à sa vie, et l’amène à faire des choix inconciliables et à mener quasiment deux vies en parallèle. Dans le fond, le narrateur est profondément seul, parfois désespéré mais ce regard caustique qu’il porte sur sa vie et les situations permet d’évacuer le côté sombre et amène de la distance et beaucoup d’humour. Un livre original dans sa construction, rythmé et drôle.- Nathalie Ghinsberg

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Difficile pour moi de rédiger cette chronique. Je n’ai pas vraiment accroché. J’ai même eu du mal à aller jusqu’au bout. Je n’aime pas cela. Pourtant, le titre et les premières pages laissaient présager un bon moment de lecture. De plus, le sujet est très intéressant et me tient particulièrement à cœur : choisir la sécurité plutôt que la passion. Dure réflexion, dure décision! La narrateur est un homme. Photographe de profession. Mais attention photographe artistique déçu! Cet homme fait le choix de la sécurité financière (photographier des meubles mis en scène pour les catalogues publicitaires d’une grande enseigne) plutôt que sa passion pour la photo d’art. Mais il va très vite déchanter et se rendre à l’évidence que cette stabilité ne lui convient pas. Il a besoin d’autres choses. Alors, il se lance d’abord dans une pseudo relation amoureuse avec l’une de ses modèles puis dans le lancement d’un site pornographique « à prétentions esthétiques » avec l’un de ses collègues de travail. Mais y trouvera-t-il vraiment la reconnaissance et la satisfaction? L’écriture est jeune, fraîche, souvent crue. On se perd parfois un peu dans les dialogues entre paroles réelles, réflexions et paroles imaginaires. Mais Céline Zufferey a relevé un défi de taille : se mettre à la place d’un homme!- Claude-Emmanuelle Mentec

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« Sauver les meubles est, à mon sens, un bon premier roman.
D’abord, parce qu’il répond à un critère essentiel à mes yeux, et que vous connaissez bien : il est ancré dans l’époque actuelle, et en offre à la fois un témoignage et une lecture intéressants. » … et pour lire le très argumenté billet de Sara, c’est par ici.

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Ce qui frappe tout de suite le lecteur c’est le genre d’écriture mixant le récit, les échanges souvent abscons souvent plus proches du monologue sur Internet relayés comme les projections mais avant tout la solitude morale du personnage. Jamais vous ne regarderez un catalogue d’une grande marque de meubles de la même manière…. Récit d’un monde aussi pitoyable qu’aseptisé que celui,qu à des seules fins alimentaires, notre narrateur rejoint pour essayer d’utiliser le seul domaine où il pense exceller ; celui de la photo et qui jusque là ne lui apporte que des déceptions.
Cynisme quant à une sa vie bien plate et tournée sur des t’ chats plutôt pornos, sans vraiment de vie sociale, avec un père dont il faut payer les soins, avant de rencontrer Nathalie et d’emménager ensemble, le tout animé par les rencontres et les séances photos bien ternes au cœur de sa boîte dont les relations entre les employés sonnent si fausses. Si le monde du site porno va lui amener , un temps, Visions d’un monde peu reluisant. Attaque en règle d’une société d’ultra moderne solitudes et cela marche.
Une belle découverte. – Olivier Bihl
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Lorsque l’on est une jeune primo-romancière, oser un roman aussi déjanté que « Sauver les meubles » est culotté, pour cela, je tire mon chapeau à Caroline Zufferey. Pour le reste, comment dire ? J’ai eu un problème. Je n’ai pas totalement adhéré à cette histoire. Tout avait pourtant bien commencé, j’ai trouvé la première partie du livre drôle avec un brin de causticité dans la description de la fabrication d’un catalogue de meubles. J’ai trouvé le héros de l’histoire sympa et attendrissant dans son désir de s’accrocher à ce boulot sans intérêt. Il lui fallait bien vivre, payer son studio et la maison de retraite de son père, alors, à défaut de photos d’art, il se contente de photographier des meubles bas de gamme, qu’importe le cadrage, le sujet, les couleurs : « Plus de sentiment, plus d’implication. Du fade et du vide, tant mieux ». Dans la seconde partie du roman, notre homme change de cap professionnel et se retrouve impliqué dans la création d’un site porno et c’est là que tout a basculé pour moi, même si j’ai souri parfois, les scènes de sexe particulièrement détaillées m’ont rapidement agacées au point de rendre ma lecture laborieuse. Je reconnais à l’auteure une plume agréable, vive, caustique, mais, cela ne m’a pas suffi. – Isabelle Purally
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« Bref vous avez compris que « Sauver les meubles » n’est pas du tout le livre bien rangé et bien soigné que l’on pourrait croire. Il est au contraire, une sacrée étude sur nos comportements, un regard sociologique sur nos envies quotidiennes, sur ces produits marketés que l’on nous vend comme de le poudre aux yeux, comme nos rêves qui se rangent dans nos souvenirs, tiroirs bien huilés pour ne pas faire trop de bruit quand on les ouvre (de peur de surprendre quelques fantômes qui reviendraient). »… et pour lire le long et passionné billet de Sabine, c’est par ici.
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Dans le monde de la communication, les apparences prennent souvent le pas sur la réalité. D’où l’émergence de communicants chargés de mettre en valeur des personnes, des idées, des objets. Les discours deviennent alors le plus lisse possible de peur de heurter qui que ce soit, les valeurs sont aseptisées et les objets sont «contextualisés», pour utiliser le jargon employé dans ces cabinets-conseil et agences de publicité. Car depuis des années, on vend la promesse de belles soirées entre amis plutôt qu’une table de jardin ou un barbecue, un paradis pour enfants plutôt qu’un lit et une armoire.
Céline Zufferey a choisi de nous montrer l’envers du décor, d’explorer les coulisses de la création du catalogue de l’un des plus grands marchands de meubles. Elle met en scène un photographe qui ne peut vivre de son art, «obligé de passer de l’autre côté pour payer mon studio et la maison de retraite de mon père, dans le camp de la photo fonctionnelle.» et se voit contraint d’accepter cet emploi au sein du département chargé du catalogue, pièce-maîtresse du plan marketing de l’enseigne. Après avoir fait connaissance de «l’équipe formidable» qui l’entoure, le voici à pied d’œuvre. En plein été, voici venu le moment du catalogue de fin d’année: « L’œil dans le viseur, l’illusion est parfaite, impressionnante: je suis dans le salon d’un chalet, ce chalet se trouve à la montagne, entouré de sapins immenses et de neige épaisse. Je sentirais presque la chaleur des flammes dans la cheminée si j’arrivais à oublier le rugissement de la machine qui crache des flocons. Je me rappelle les photos placardées sur les bus : des plans larges, bien droits, mettre en avant le produit, valoriser le tapis à poil court, trouver le meilleur profil de la table à cent trente-neuf euros. Je cherche le cadrage qui réveillera chez le badaud la fibre du consommateur. » Si le narrateur est frustré, il se plie pourtant aux règles et va même trouver en Nathalie, l’un des modèles chargés de vendre l’illusion, une alliée. De quoi agrémenter un quotidien très normé.
Parmi les autres employés, Christophe s’ennuie également. Mais a une idée qui pourra leur permettre de se distraire, tout en se faisant un peu d’argent: monter un site pornographique. Rendez-vous est pris avec des acteurs professionnels et très vite les photos du narrateur rencontrent leur public. Vient alors le moment où il faut expliquer à Nathalie la nature de ce second job. Mais de peur de la heurter, notre narrateur va préférer taire ses activités.
Reste l’intuition féminine ou plutôt la perception d’un changement de comportement. Quelque chose se détraque dans ce beau monde aussi artificiel que parfait. Par petites touches, en juxtaposant le travail du catalogue avec celui du studio X, l’auteur nous ouvre les yeux sur la brutale réalité: les règles qui président l’un sont les mêmes qui régissent l’autre univers. On ment, on embellit, on trompe son monde.
Jusqu’à se tromper soi-même?
Un premier roman sans concessions et qui démontre déjà un joli sens du rythme. On y sent la phrase travaillée et le souci constant de ne pas se perdre en fioritures. C’est plutôt réussi! – Henri-Charles Dahlem
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Et encore d’autres avis à découvrir directement sur les blogs des lecteurs : Claire, Carole, Nicole, Héliéna, Geneviève,
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Il n’y a pas Internet au paradis – Gaëlle Pingault

Un premier roman courageux, qui traite de thèmes forts et douloureux mais parvient à rester sobre et lumineux. Beaucoup de pudeur et de retenue… alors l’émotion affleure, l’empathie submerge le lecteur. Mais laissons-leur la parole…

Il n y a pas internet au paradis 2

Alex a choisi de se suicider. Alex s’est immolé sur son lieu de travail, cette Grande Entreprise où l’odieux Boucher, son chef de service prédestiné à abattre par son patronyme, continue sa perverse mission d’exclusion. Alex s’est suicidé et Aliénor, sa femme, poursuit un dialogue qui, parce qu’il s’est irrémédiablement interrompu avec la mort de l’interlocuteur, prend la forme d’un monologue, d’un compte rendu du passage de l’état d’épouse heureuse à celui de résiliente en passant par les questions et tourments de la veuve mutilée de sa moitié d’âme. Colère, incompréhension, souvenirs, révolte, regrets, remords… se traduisent par les mots les plus directs, les plus simples, ceux que chacun-chacune pourrait formuler dans une telle situation, pour peu qu’une énergie vitale – de celles dont on ne sait d’où elle vient, ni comment elle agit souterrainement, ni si elle sera suffisante pour tenir debout « quand même » – continue d’irriguer le corps et la pensée. Aliénor nous donne finalement à lire, à voir toutes les étapes du long cheminement, de ce que l’on appelle – peut-être improprement – le « travail de deuil ». Avec la force que donne la certitude instinctive d’avoir été aimée, d’avoir été heureuse et de pouvoir l’être encore, elle préserve une part d’humour, de causticité et une intelligence des évènements qui la préservent du naufrage dans le chagrin et dans un pathos larmoyant. Elle apprend en quelque sorte à « vivre sans » et à « faire avec » ce manque inexorable. C’est cet apprentissage que raconte son récit en entremêlant très finement l’histoire personnelle au contexte social et économique brutal qui en bouleverse la trajectoire.
J’ai vraiment beaucoup aimé ce premier roman, par les thèmes qu’il brasse, par sa construction qui laisse la part au temps de l’implicite sans l’étirer inutilement, et par l‘écriture vive, sensible, dénuée d’affèteries de Gaëlle Pingault. L’amertume que cette lecture pourrait engendrer en décrivant de l’intérieur le désastre d’une société qui ne trouve de valeurs que dans la rentabilité financière s’estompe derrière le léger espoir qu’entretiennent les choix d’Aliénor. Les choix et la dignité de l’humain. – Merlieux Lenchanteur
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De Gaëlle Pingault j’avais lu « Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste « dont j’avais apprécié la finesse et l’humour . Je retrouve sa façon de dire des événements graves sur un mode léger. Pas de cris, de fureur explosive, et pourtant il y aurait de quoi. Un livre tout en retenue pour relater l’humiliation, le harcèlement qui conduit à la destruction d’un homme et, par conséquence, d’un couple uni. Alex est informaticien, cadre, dans le Grand immeuble « siège social clinquant d’un important groupe industriel français. » Il a une compagne architecte , ils sont amoureux, vivent sans entraves, mais… Mais la tension monte à l’intérieur du beau bâtiment et empire avec l’arrivée d’un chef ambitieux, le « bourreau . » Aliénor est en « paralysie émotionnelle. » Tout au long du roman elle s’adresse à son homme et relate ses réactions de plus en plus amères à l’énoncé des informations diffusées par la radio. Le sujet est malheureusement d’actualité et les suicides en découlent. Plus qu’une dénonciation, c’est le drame humain, la douleur d’une jeune veuve trentenaire. Je partageais les sentiments d’Aliénor, je ressentais sa présence. C’est dire à quel point j’avais du mal à m’en séparer . J’aurais voulu garder le livre dans mes bras ! Il faut un sacré talent pour exprimer tous les sentiments. Un très grand coup de cœur !Mireille Lefustec
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Il y a plusieurs jours maintenant que j’ai fermé le premier roman de Gaëlle Pingault « Il n’y a pas internet au Paradis » et les mots sont toujours là, qui tournent en boucle.
Dire que j’ai aimé ce roman est trop faible. Il ne s’agit pas uniquement de sentiments, l’intérêt se trouve aussi ailleurs. Je l’ai lu autant avec mes tripes qu’avec ma tête. L’histoire d’Alex et d’Aliénor pourrait être celle de tout un chacun. C’est en effet celle d’un jeune couple auquel tout réussit : ils exercent un métier intéressant – un bon métier, comme on dit – ils s’aiment, envisagent d’avoir des enfants. En quelque sorte, ils mènent une vie normale, tranquille, heureuse. Mais… arrive, dans l’entreprise d’Alex, une machine à broyer l’humain sous le nom prédestiné de Boucher. Et tout va basculer, petit à petit, jusqu’à… l’immolation. Et Aliénor se raconte sous forme d’un dialogue qui va très rapidement se transformer en monologue.
Autant que du deuil, de la solitude, du chagrin lié au départ volontaire de l’autre, de la résilience et de la renaissance lente à la vie de celle qui reste, c’est du harcèlement au travail dont nous parle la romancière avec une grande finesse. Sa plume simple, alerte, dotée de quelques brins d’humour, les informations commentées en fin de chapitre par Alex, préservent le texte du pathos auquel nous aurions pu nous attendre.
Les interrogations sont nombreuses sur la mise en place de cette destruction massive d’employés. Le pourquoi, ça on le connaît, mais le comment ? Alors elle se pose des questions… « Je me suis souvent demandé, après coup, si cette angoisse préliminaire faisait partie de la stratégie. Faire circuler, avant l’arrivée du grand méchant, des rumeurs bien flippantes sur son compte était-il un moyen de préparer le terrain pour que les gens commencent à confire dans leur angoisse ? ». Le monde du travail, de plus en plus difficile, de plus en plus victime de la recherche de profit est ainsi décortiqué, page après page, avec objectivité. Et j’ai avancé dans ce roman, la peur au ventre. La descente aux enfers d’Alex, incapable de communiquer, même avec celle qu’il aime, tant il lui est difficile de reconnaître ce qu’il vit, de se voir humilié, piétiné est d’une grande violence. Pourtant, la touche de douceur toujours présente dans les mots de Gaëlle Pingault en rend la lecture supportable qui ouvre les yeux sur ce que vivent certains travailleurs.
« A quel moment précis commence le harcèlement, à quelle minute exacte se met en place la machine qui massacrera graduellement mais implacablement tous ceux qui se trouveront sur son chemin ?«  Grande énigme !
Magnifique récit, fort témoignage sur l’impossibilité d’aider l’autre, ce premier roman est de mon point de vue de grande qualité. Et n’allez surtout pas croire que mes origines bretonnes – oui, je suis une « payse » de l’auteure – y soient pour quelque chose. – Geneviève Munier
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C’est ce que j’appellerais un roman oral. Gaëlle Pingault écrit tout à la première personne. Tantôt elle semble parler à son mari qui vient de se suicider, tantôt c’est à nous qu’elle raconte son désarroi, sa colère, ses doutes, sa solitude , ses souvenirs et le lent chemin qui pourrait la ramener à la vie. Les phrases sont courtes, les mots justes.
Tout à fait dans l’air du temps ce premier roman. Justement ce matin, à la radio, on parlait du nombre croissant de policiers qui se sont suicidés depuis le début de l’année. J’ai aimé l’idée d’introduire l’actualité par des flashs radio. Tout était dit en peu de mots cependant j’ai trouvé les commentaires des protagonistes attendus et un peu lourds.
Ce couple de jeunes cadres, un peu bobo, sûrs d’eux après des études supérieures réussies, n’était pas préparé à la dure loi des grandes entreprises, surtout quand un « Killer » débarque pour supprimer le service. Incompréhensible ce suicide, le mal-être dans l’entreprise quel qu’il soit ne doit pas affecter à ce point. Et pourtant ils sont de plus en plus nombreux à passer à l’acte. Pourquoi ?
Un sujet intéressant pour ce premier roman qui a le mérite de soulever un problème sociétal mais qui pour moi reste superficiellement traité. Ces deux-là vivaient dans un monde bien bourgeois, bien douillet. – Françoise Floride
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C’est l’histoire banale d’un couple marié depuis 10 mois, avec des projets plein la tête, notamment celui de fonder une famille. Alex travaille dans une entreprise où son chef se croit tout permis avec ses collaborateurs. Là où cela devient moins banal, c’est qu’Alex ne supporte plus son chef et son travail et en arrive à un point de désespoir, où il se suicide, laissant sa femme Aliénor avec ses questions et sa culpabilité. Elle ne saura jamais et ne comprendra jamais pourquoi il fait fait ça. En ressassant encore et encore, elle apprend à vivre sans lui, petit à petit, malgré le vide, elle réapprend les gestes du quotidien. Elle part au combat contre le supérieur de son mari qui la fait taire d’une façon ignoble (que je ne révèlerais pas, laissant au lecteur découvrir la bassesse de certains humains).
C’est un livre tendre, triste, parfois drôle (j’ai souri à certains passages). Le deuil et le combat d’Aliénor sont magnifiques et montrent combien on peut être affecté par ce genre de décès. Un premier roman écrit avec des mots à la fois justes et cinglants qui m’ont beaucoup touché. J’ai refermé ce livre avec une grande émotion. – Nathalie Cez
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J’aime les livres «utiles» de ceux qui sauvent leur auteur (ou qui répondent à l’angoisse d’un(e) éventuel(le) lecteur –trice) et je suis convaincue que Gaëlle Pingault l’a écrit avec un sentiment d’urgence face à la cruauté du monde de l’entreprise qui broie, qui annihile tout espoir. Sujet ô combien délicat qui voit Aliénor Végant confrontée au suicide de son mari Alex lequel n’a pas supporté le harcèlement moral vécu au sein de la Grande Entreprise, sous la houlette d’un certain Mr. Boucher. C’est une confession personnelle, rédemptrice, arrimée à une force de caractère hors du commun qui permet d’appréhender tous les états psychiques inhérents à la perte, à l’abandon et au sentiment de responsabilité qui germe, s’insinue : à qui la faute? Une langue qui expie, qui soigne, qui vit, qui interroge, faite de mots simples, de pensées claires, narrant la vie d’avant ou celle d’après l’enterrement. Une lutte quotidienne pour ne pas sombrer et qui, à chaque fin de chapitre, nous plonge au cœur du désastre du monde sur lequel l’être aimé portait un regard sarcastique et plein d’humour avant d’abandonner la lutte, une bonne fois pour toutes. Aliénor s’en sortira au prix d’une résilience qu’elle appelle de ses vœux et qu’elle met en pratique jour après jour. On lui en veut juste un peu de ne pas toujours citer ses sources : ses livres lus, ses spectacles d’une beauté, d’une créativité folles qui l’ont sauvée et qui lui permettent de répéter à satiété que c’est la beauté de l’art qui sauve du désespoir et « sa » liste est longue.- Cécile Rol-Tanguy
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Livre réquisitoire d’une société où la beauté des sentiments au niveau privé se heurte au principe, devenu technique managériale, de la pression psychologique comme écrémage des salariés. Attention on n’est pas ici sur l’énième traité pseudo psycho / sociologique du seul harcèlement moral en milieu professionnel, ce premier roman est une approche et une chronique sensible d’une histoire de couple, dans ses fondations et ses développements avant la tragédie humaine qui bouscule les fondements de la narratrice.
Aliénor, la narratrice, dans un récit sans fioriture ni pathos excessif, revient sur la chronologie de son couple ; de la rencontre, à la naissance des sentiments qui la lie à Alex, aux premiers temps de ce couple de jeunes mariés, à une montée en puissance d’un constat relativement cynique d’une société où violences, incongruités, déshumanisations, excès productivistes et modernistes vont creuser le lit de la perte de repères de son compagnon et cela même alors que les projets d’avenir (vivre à la campagne, sans le diktat raisonnable du modernisme, un enfant ?) se multipliaient pour un couple à qui tout souriait. Cela d’autant plus qu’Alex va vivre une montée en puissance des vexations puis de la pression psychologique d’un nouveau petit chef au cœur de son service dans une grande entreprise (le lecteur ne manquera pas de faire des rapprochements avec l’actualité récente en France de gros groupes). Pour Aliénor, c’est là qu’interviennent alors les questions et doutes sur sa propre responsabilité réelle ou non ; qu’aurait- il ou elle faire pour se préserver, se soutenir et les limites de sa propre faiblesse et compréhension ? On aura beau partager ses questions avec la narratrice, un constat d’impuissance ne peut qu émerger.
Enfin comment faire son deuil, vivre après lui…. Aliénor peut-elle se retourner vers l’ex employeur de son mari, quelle attitude adopter face à la responsabilité accablante de ce groupe sans se perdre,…
A la fin de ce roman, le lecteur dispose de certaines clés mais reste surtout séduit par la qualité de ce premier roman. – Olivier Bihl
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J’ai lu ce livre au titre étrange « il n’y a pas internet au paradis » avec beaucoup d’émotion. La narratrice, Aliénor, nous parle au cœur et décrit avec délicatesse et émotion ce qu’elle vit et ce qu’elle doit ou peut faire pour faire face à cette tragédie personnelle qu’elle vient de subir. Jeune trentenaire, ordinaire, elle vient de perdre don mari Alex. Il vient de se suicider en jetant du toit de la grande entreprise dans lequel il travaillait. Cela faisait plusieurs mois que sa situation professionnelle, devenue insupportable après l’arrivée d’un nouveau chef, impactait leur vie personnelle. Que faire et pouvait elle faire quelque chose avant ce geste ? Un sujet de société et d’actualité et qui devient aussi un sujet pour le romanesque (l’année dernière, dans notre sélection j’avais lu aussi et apprécié la lecture de « Brillante » de Stéphanie Dupays) et j’ai vu aussi récemment « Corporate », film qui décrit sans concession ces méthodes néfastes de management violent.
Dans ce récit-roman, nous avons le point de vue de la femme qui a accompagné son mari mais n’a pas su comment affronter ces méthodes sournoises du monde du travail. Elle doit aussi affronter ensuite l’Entreprise qui essaie aussi de « se rattraper ». Pour justifier et éviter de faire face à un scandale public, combien sommes-nous prêts à recevoir en indemnités pour tourner la page. Sans pathos, ce texte nous interpelle et nous interroge sur notre rapport au monde du travail et surtout à son évolution actuelle et sur de nouvelles ou vieilles méthodes de management. D’une écriture directe, l’auteure nous entraîne dans la tête de cette jeune femme et nous interpelle. Un sujet difficile et délicat mai aussi le beau portrait d’une jeune femme et de son questionnement face aux changements sociétaux actuels. – Catherine Airaud
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D’emblée, dans ce livre, c’est la légèreté de l’écriture et son ton familier qui frappe et qui dérange, prenant le contrepied de la dure réalité des évènements ; ce style particulier abolit les distances, empêche même le lecteur de prendre du recul : qu’il le veuille ou non, il est en plein dedans et comme le héros défunt, il sent que « ça pue » …
Le dénouement est annoncé dès le premier chapitre : la fin sert de début et à partir de là, la trame narrative remonte le temps. le lecteur est embarqué dans la logique stérile du comment on en est arrivé là… Mais sans obtenir vraiment de réponse à ses interrogations dans « la nébuleuse complexe des statuts au sein de l’entreprise ».
Les chronologies s’entremêlent entre l’après, quand il faut gérer le deuil, le ressentiment, le pourquoi et le pendant, c’est-à-dire la descente aux enfers qui, au final, aura duré dix-huit mois. Des flashs d’actualité, en italique, ponctuent le récit, miroirs d’une société qui va mal face à ce couple qui a « de moins en moins le sentiment d’être en phase » avec elle mais qui allait bien avant que tout bascule…
La narration est à la première personne et c’est la veuve qui parle, qui raconte, qui cherche à comprendre ce qu’elle n’a pas vu arriver. Elle ne s’adresse pas aux lecteurs, mais à l’absent : « c’est fou ce que l’absence est imaginative, multiforme, transformiste. Toujours différente mais toujours présente ». Son JE cherche un TU… dans le vide de la solitude et des questionnements. Mais comme le TU n’est plus là, il n’y a que MOI et NOUS, les lecteurs, prisonniers du livre, victimes comme Alex, complices comme M. Boucher et cherchant des réponses comme Aliénor, la narratrice.
Ce prénom n’a sans doute pas été choisi par hasard : c’est celui d’une grande reine des XIIème et XIIIème siècles, une femme d’exception, au caractère particulièrement bien trempé et à la rancune tenace. L’héroïne du roman de Gaëlle Pingault démontre une certaine force, une grande capacité de résilience ; c’est la beauté de l’art, sous toute ses formes y compris littéraire, qui la sauve du désespoir, au gré de récurrences qu’elle souligne elle-même. Elle livre une belle leçon de vie, au-delà du chagrin impuissant, de la colère légitime et du mépris profond pour certaines façons d’agir.
J’avoue avoir eu un peu de mal avec le ton trop direct, trop rentre-dedans adopté par Gaëlle Pingault dans son roman, mais cela ne m’a dérangée qu’au tout début de la lecture ; ensuite, je suis entrée dans ce monologue, j’en ai apprécié les formules anaphoriques et épiphoriques, les répétitions, les bons mots, l’humour caustique, la terrible lucidité.
On mesure la réussite d’un livre à la manière dont son auteure embarque le lecteur, malgré lui, et c’est ce qui s’est passé pour moi : pour de multiples raisons, je ne voulais pas y aller, mais j’y suis allée quand même et je ne le regrette pas. – Aline Raynaud
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Une fille, au bois dormant – Anne-Sophie Monglon

Pour son premier roman, Anne-Sophie Monglon nous campe une héroïne à la fois très actuelle et pourtant en dehors du monde. Comme dans ce fameux conte où le monde se fige le temps du sommeil de la belle… Une façon de parler d’éveil, de présence au monde dans une société qui impose la lumière, incite à se mettre en avant sous peine de disparaître…

Une fille au bois dormant

Une fille, au bois dormant est une histoire qui pourra parler à bon nombre d’entre nous… Une histoire sur les Invisibles, celles et ceux qui volontairement s’effacent, n’aiment pas se mettre en avant et font taire tout leur être pour passer inaperçus. Qui n’a jamais ressenti cette sensation d’être à côté de sa vie, à attendre que les choses évoluent sans prendre aucun risque ?
Le point de départ de ce roman est la situation d’une de ces Invisibles, Bérénice, qui de retour de congé maternité, se retrouve petit à petit mise au placard dans sa boîte. C’est une fille ayant une bonne place dans la société, qui en apparence semble avoir réussi sa vie. Cependant on découvre ses failles, ses zones d’ombres et sa parade pour se convaincre qu’elle est a la bonne place : elle s’échappe souvent, par la pensée, dans la forêt, refuge silencieux et lavé de toute bassesse. Ainsi Bérénice est une belle au bois dormant contemporaine, dans un état de « veille-absence » à force de ne pas s’écouter et de laisser les autres sur le devant de la scène, sans elle. Surgit alors sa voix intérieure qui commence à tirer la sonnette d’alarme et à la questionner sur son comportement. Ce qui fait le lien entre cette belle et le monde extérieur est sa relation avec son fils, âgé de quelques mois. Au fur et à mesure qu’il s’éveille et découvre le monde, son besoin d’une présence absolue va sortir sa mère de son sommeil, sa torpeur. Au contact de son fils, la narratrice va prendre conscience que sa « présence-absence » n’est pas le repère suffisamment solide et sécurisant que son enfant à besoin pour grandir. La nécessité d’un profond changement intérieur commence à fissurer sa routine. Mais comment opérer un tel changement ? Comme dans le conte populaire, LA rencontre avec un homme ainsi qu’avec elle-même déclencheront son lent (r)éveil vers ce qui sera sa délivrance.
Ce roman est tout en ombres et lumières. Roman lunaire par le dialogue sombre qui se déroule au long de l’histoire entre la narratrice et sa voix intérieure. Il se dégage également de cet échange et des rencontres qu’elle fera, une grande luminosité, une force qui mènera l’héroïne sur le devant de la scène. A sa manière. Le lecteur assiste peu à peu à la mise en lumière de Bérénice, à sa métamorphose de second rôle à actrice principale. Son dialogue avec sa voix intérieure est accentué par l’utilisation de la deuxième personne. En découle alors une résonance avec « cette petite voix » que nous-même n’écoutons pas toujours. Les échanges de la narratrice avec son Moi intérieur interrogent forcément notre capacité à être dans l’Instant, interpelle notre conscience à être centré sur le moment présent.
Anne-Sophie Monglon réussit un coup de maître en racontant une histoire qui se déroule là où on ne l’attend pas et qui bouscule les codes puisque son conte de fées ne se termine pas comme on l’imagine. Elle démontre que ce n’est pas l’amour porté aux autres qui est salvateur mais avant tout l’amour que l’on se porte à soi même ainsi que les audaces que l’on est capable de faire pour être en phase avec notre amour-propre.
Une fille, au bois dormant pourrait être un conte moderne pour adultes, porteur d’espoir dont les thèmes centraux seraient l’éveil de soi et notre capacité propre à induire le changement. – Lætitia Zunino
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Cette fille, c’est Bérénice Barbaret Duchamp, « BBD », comme la Belle endormie du conte de Charles Perrault. Elle est de retour au bureau après un congé maternité et se retrouve rapidement placardisée. Sidérée, elle ne réagit pas particulièrement et subit ces humiliations et mises à l’écart sans manifester fermement sa désapprobation. Un comble pour cette jeune femme qui travaille dans une entreprise de communication ! De même, au sein de son couple, elle n’exprime pas non plus ses véritables désirs ou absence de désirs. En réalité, Bérénice a toujours vécu en retrait, loin des feux des projecteurs, toujours tentée d’être ailleurs.
C’est à la faveur d’une formation sur la voix dispensée par un homme qui sait la toucher, conjuguée à l’éveil de son propre enfant, qu’elle va petit à petit sortir de sa torpeur et commencer à émerger, se prendre en mains.
Anne-Sophie Monglon signe un joli premier roman servi par une écriture originale et une narration à la deuxième personne du singulier qui colle parfaitement au caractère de l’héroïne : son regard extérieur sur sa propre personne. Une distance qui l’a construite depuis toujours, avec un « je » qui commence à émerger, doucement, comme ici : « Tu marches et je t’encourage. Tu commences à sentir qu’il se passe quelque chose et que c’est l’occasion de bouger ». L’histoire de cet éveil, de cette naissance à la vie par la voix est touchante. Un conte de fée ? Pas vraiment et c’est en cela que j’ai trouvé le livre tout à la fois réussi et très moderne dans son approche : la solution est en chacun d’entre nous. Il suffit parfois d’un être, d’une situation, pour activer une prise de conscience et nous pousser à trouver les ressources dont nous disposons. – Julie Vasa
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Est-ce-que les jeunes mamans qui reprennent le travail sont moins motivées qu’avant leur grossesse ? Est-ce-que c’est le regard de leurs collègues qui change d’office ? Est-ce-que leurs supérieurs les placardisent pour favoriser des petites jeunes plus souples, plus disponibles ?
Bérénice n’a jamais aimé prendre la parole, mais elle y parvenait correctement. Elle supporte aisément qu’on délègue les présentations à la dernière arrivée. Elle était en charge de plusieurs dossiers sans se plaindre ni prendre de retard, mais on lui retire le plus intellectuel, le plus valorisant pour faire des économies plausibles en temps de crise.
Son mari architecte et sa meilleure amie (cadre aux ressources humaines de la même boîte de com’) la poussent à se battre avant qu’elle y pense par elle-même.
Les chapitres alternent avec des notes du « journal d’éveil de Pierre », le bébé qui peine à prendre sa place dans l’esprit de sa mère. Il sent quand elle pense à ses soucis, quand elle n’est pas pleinement en communication avec lui.
Le professeur de chant qui anime un cours financé par la boîte continue sa carrière purement artistique à côté, Bérénice est fascinée, jusqu’où va aller cette amitié admirative ?
Tout au long du livre, Bérénice est comparée à la Belle au bois dormant : qui sera son Prince charmant ? Son mari ? Ce nouvel ami ? Les yeux perçants de son fils ?
Le style est parfois « intello psy » ou « langue de bois métiers de la com’ », mais heureusement il y a quelques pépites poétiques, par exemple quand Bérénice fait face aux « yeux crayons » de Pierre. – Nathalie Laversin
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« Une fille, au bois dormant est un roman gigogne-cigogne, qui donne lieu à une naissance, à des histoires qui s’imbriquent les unes dans les autres, dépeint la dureté d’exister dans un monde violent où pour être il faut lutter, se confronter, challenger, être parfaite, posséder les codes et les acquis sociaux et sociétaux, devenir leader, référent, vecteur, force de proposition, compétiteur. Et poursuivre dans cette même voie chez soi. Ne plus être mais paraitre. Conjuguer le rôle de la femme parfaite à celui de l’épouse idéale et de mère comblée… »… Lire le billet passionné de Sabine.
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Un roman qui mêle un ancrage contemporain dans la réalité, d’un côté celle de la maternité, de l’autre celle du monde du travail, ses travers et ses machines à broyer les plus fragiles, à l’univers du conte, ici celui de la Belle au Bois dormant. La métaphore du conte pour parler de la mise en sommeil – puis de l’éveil – de Bérénice, une jeune femme qui perd progressivement, puis retrouve sa voix, ce qui fait l’identité de chacun, sa présence au monde, est un point de vue intéressant. Devenir mère et découvrir ce lien mystérieux dans l’œil de son enfant, n’est-ce pas s’éveiller au monde ? Perdre pied dans un monde du travail impitoyable et effréné, n’est-ce pas une mise en sommeil, comme celle de la Belle au Bois dormant, qui finit, on le sait bien, par se réveiller, s’éveiller à quelque chose ? Point de prince charmant ici, ni de bonheur éclatant à l’arrivée, mais un cheminement intéressant sur la question de l’individu dans une société qui ne laisse aucune place au doute, quel qu’il soit. Être mère ? Cela va de soi, cela doit être magique. L’entreprise ? Une source d’épanouissement. Le couple ? Un havre de bonheur. Pour Bérénice, tout ne va pas de soi… C’est par un atelier professionnel autour de la voix et la rencontre avec un artiste, tout entier fidèle à sa propre perception du monde, que Bérénice découvrira qu’elle ne doit pas avoir peur de ses propres nuances, différences, variations personnelles. Perdre sa voix, donner de la voix, retrouver sa voix, entendre la voix de son enfant, écouter sa voix intérieure, tout le cheminement de l’héroïne se fait par le prisme de cette pratique de la parole libérée et intime. Anne-Sophie Monglon entremêle des sujets on ne peut plus actuels aux branchages griffus du conte, c’est moderne et prometteur. – Amélie Muller
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Derrière une charge apparente contre la radicalisation du monde du travail, la mise au placard de certaines salariées, ce premier roman élégant dresse surtout le portrait d’une femme qui partage les mêmes initiales que la Belle au Bois Dormant, mais pas seulement. Bérénice Barbaret Duchamp a pris l’habitude d’être spectatrice de sa propre vie, elle fait partie de ces « invisibles » qui regardent passer le train, qui se « laissent traverser par le lent tapis roulant du temps », « rétifs à l’action, tentés par les marges, s’absentant du moment avec une facilité inouïe ». Elle va doucement sortir de sa torpeur au contact d’un musicien en qui elle entrevoit un possible alter ego. Avec une écriture ciselée, qui happe dès les premières lignes, Anne-Sophie Monglon parvient à faire passer un message social tout en dessinant avec grâce et habileté les trajectoires compliquées de ses personnages, en qui on s’identifie assez facilement. – Boris Tampigny
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Un roman pour raconter le réveil de Bérénice Barberet Duchamp (la BBD) endormie depuis l’enfance.
Un roman pour raconter la conquête de la liberté quand « la vie est ailleurs que dans la vie ». Bérénice, trentenaire parisienne a une vie réussie : études brillantes, début de carrière prometteur, mariage d’amour, bébé souhaité et aimé. Et puis à son travail, la placardisation qui se projette et qui agit comme le baiser du prince charmant : Bérénice entrouvre les yeux. Son emploi, elle ne l’a pas choisi, mais a-t-elle vraiment choisi quelque chose ? Alors un long cheminement commence, lent et introspectif, vers un commencement de choix, comme un brouillard qui se déchire.
La narration est à la deuxième personne. Qui dialogue avec Bérénice ? Une amie ? Son alter ego, autre Je qui, détachée, voudrait l’aider à cheminer ?
Le texte est divisé en chapitres dont les titres décrivent l’éveil de Pierre, de ses 3 mois à ses 9 mois, du nourrisson au bébé qui sait exprimer ses désirs. Pierre, le fils qui conduira Bérénice vers sa vie. L’enfant pour ne pas se dissoudre dans l’effacement.
Ce livre, sonate au clair de lune résonnant dans le monde contemporain, ne m’a pas tenue en haleine. Il a tintinnabulé durant toute ma lecture, petite bulle vaporeuse… – Enell Liraconteuse
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« Le roman d’Anne-Sophie Monglon est multiple et dense. A la première lecture, une perception, un sentiment d’être face à un roman qui vous regarde, qui vous questionne dans votre chair ; à la relecture une profondeur de plus, tant ce roman interroge le jeu que chacun déploie pour être au monde, la place que l’on occupe dans le monde du travail et plus largement la manière d’être au monde, aux autres et à soi »…Lire le billet coup de cœur de Charlotte.
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Un roman qui parle du monde du travail, de la vie familiale et de la maternité à travers une héroine: Bérénice surnommée BBD – Belle au Bois Dormant.
Bérénice adore son travail et y fait son retour après son congé maternité. Son poste sera complètement réaménagé au fil des mois. La jeune femme perd pied et le goût de la vie. Elle est comme transparente dans cette société qui ne cesse d’avancer à la vitesse de la lumière. Elle reprendra peu à peu goût à la vie lors d’un atelier sur la voix pendant lequel elle fera la rencontre de son formateur. Une sorte de coup de foudre qui restera platonique. J’avoue qu’au fond de moi-même j’imaginais cette rencontre comme une échappatoire réelle !
Un roman écrit à la troisième personne. On peut alors se demander si le narrateur est le double de Bérénice qui prendrait du recul sur les émotions et évènements ou une personne tierce qui serait spectatrice.
J’ai beaucoup apprécié le style d’écriture. Chaque mot est choisi de manière précise et avec du sens. En conclusion, un style direct, fin, facile et agréable à lire qui traite d’un sujet d’actualité: la place de chacun dans la société, dans son entreprise et dans sa famille. – Nina Busson Boulonne
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Bérénice rentre de congés maternité et se retrouve aux prises avec la situation économique de l’entreprise. Situation classique de la trentenaire active, maman d’un petit Pierre, mariée à un brillant architecte. Le couple parisien trop parfait.
Entourée d’un mari idéal et d’une vraie amie qui, très vite, plus vite que notre BDD comprend qu’elle est en train de se laisser enfermer vole à son secours. Elle sortira lentement de sa torpeur, poussée par Clara dans les bras de Guillaume qui l’aide à retrouver sa voix et à réfléchir à sa voie. Au fil des pages elle s’éveille joliment aux sollicitations de son bébé qui lui ne cesse jamais de réclamer un regard, une caresse.
La pudeur, la retenue, notions aujourd’hui rares et sans doute démodées font toute l’originalité de ce roman qui n’a pas suscité chez moi beaucoup d’émotion ni d’enthousiasme. Si ce n’est le style agréable, rien de bien nouveau dans le monde de l’entreprise, du couple ou de l’amitié. – Karine Godo
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« L’auteure met en lumière avec une extrême finesse le décalage entre les personnalités dont le moteur est la pudeur et la discrétion dans un monde où tout passe par l’image et la façon de se mettre en scène. Quand le « personnal branding » est le maître mot qui conditionne la réussite, quand le paraître supplante les compétences, comment trouver les armes pour se battre ? Rien d’étonnant à ce que l’entreprise soit le déclencheur du choc pour Bérénice, car c’est elle qui détermine souvent notre rôle dans la société. »…Lire le billet enthousiaste de Nicole.
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Anne-Sophie,
C’est une bien jolie histoire que tu m’as donnée à lire avec ce premier roman.
Cela commence pourtant bien mal, avec cette pauvre fille mise à l’écart dans son entreprise à son retour de congé de maternité. Tu me décris une Bérénice effacée, peinant à prendre la parole en public, à faire entendre sa voix. « L’écrit reste tandis que l’oral part en fumée », lui fais-tu penser, à cette héroïne bien loin de la superwoman.
Tu la laisses se faire placardiser par Hugues, son boss, et Silvia, la remplaçante aux dents longues.
Cette jeune femme, tu lui fais partager sa vie avec Mathieu, un architecte, et leur petit, tu l’as appelé Pierre. Un nourrisson qui s’éveille à la vie, et qui réclame l’attention de sa mère.
Tu me montres une Bérénice qui, depuis ses seize ans, flotte dans la vie, « pratiquant depuis des années avec les autres une présence-absence ». Ce qui s’appelle un sentiment de déréalisation.
Mais tu ne l’abandonnes pas complètement, sinon ce serait une autre histoire, non, tu lui adjoins une alliée fidèle, une amie, Clara, adjointe à la DRH, une battante, une fille solaire, débordante d’énergie, et qui inscrit Bérénice à un stage d’initiation vocale, ce stage où tu lui feras faire une rencontre bouleversante.
Dans ce roman tout en délicatesse, en finesse, tu dessines un portrait de femme par petites touches, je verrais bien une aquarelle, à la fois pleine de couleurs et de transparence, comme Bérénice.
Tu m’as parlé de féminité, de la construction des êtres, tu m’as appris l’amour et l’amitié, la tendresse, la beauté des échanges humains, et tu m’as fait croire à la liberté de choisir sa vie.
Je te remercie pour ce coup de cœur littéraire et son message d’espoir.
NB Tu ne m’as pas dis la cause de « la rupture de sa puberté », peut-être une agression sexuelle ?   – Adèle Binks
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Il était une fois, une trentenaire, Bérénice Barbaret Duchamp ou BBD si vous préférez, qui se trouva fort dépourvue quand, à son retour de congé de maternité, elle se rendit compte que sa belle place de cadre dans une agence de communication avait été réduite comme peau de chagrin. Ses attributions avaient été revues à la baisse et certaines tâches retirées. Pour autant, effacée par habitude « tu es issue d’une procession de femmes pour qui s’effacer est devenue une activité. » et prompte à se mettre à l’ombre plutôt que d’en faire, elle n’entendit pas réagir… c’est la crise, elle comprend.
Le premier roman d’Anne-Sophie Monglon, « Une fille au bois dormant », écrit à la deuxième personne du singulier, traite en fait de beaucoup de sujets universels dans lesquels chacun peut se retrouver : l’entreprise et ses chausse-trappes, la place de la femme dans le couple et la société, le binôme mère enfant, la recherche de soi. Et si le titre laisse à imaginer un conte, il n’en est rien. Nous sommes bien dans la vraie vie. Et, sans avoir moi-même eu à vivre ce genre de « mise au placard », en bonne fonctionnaire que j’étais, j’ai totalement fait corps avec l’héroïne et vécu ses questionnements au fur et à mesure de ma lecture.
J’ai beaucoup aimé l’écriture de l’auteur très maîtrisée, au style à la fois classique et original, où chaque expression semble équilibrée et parfaitement soignée. J’ai aimé aussi l’utilisation du carnet d’éveil de Pierre, le bébé de Bérénice, en guise de tête de chapitres comme si mère et fils grandissaient ensemble, comme si l’enfant aidait sa mère à grandir. J’ai aimé la sensibilité présente tout au long du récit, cette manière douce et tranquille, sans jamais un mot plus haut que l’autre, de tâtonner pour trouver son chemin. J’ai aimé… tellement difficile de trouver les termes justes pour partager un ressenti si fort, pour dire la tendresse éprouvée pour les personnages, celui de Bérénice tout en effacement, je l’ai déjà dit, celui de Matthieu son mari amoureux et désireux de l’aider, de l’entourer, Guillaume, ce doux professeur de chant qui la tirera de l’ornière.
A travers cette atmosphère embrumée, Bérénice avance, lentement, tranquillement au fil des jolis mots d’Anne-Sophie Monglon, « Tu as longuement tourné autour du mot et tu viens de l’identifier. » Et neuf mois plus tard comme un second accouchement, le « TU » se transforme en « JE »… La belle se réveille et sort du bois. Elle peut regarder son enfant, Elle est là.
Très, très beau roman… de mon point de vue. – Geneviève Munier

Ostwald – Thomas Flahaut

Une atmosphère post-apocalyptique dans l’est de la France… Incident nucléaire ? Quarantaine ? Pour son premier roman, Thomas Flahaut questionne notre société, nos modes de vie et interroge l’avenir à l’aune d’un monde finissant. Ambitieux et déroutant.

Ostwald

 

« Comment ça meurt une ville ? » A quoi on pourrait ajouter comment ça meurt un monde ? Ambiance de fin du monde dans ce premier roman étonnant. On débute avec une famille ouvrière en proie avec la fermeture d’une usine, les conséquences désastreuses pour l’équilibre du foyer, la vie économique d’une ville, d’un pays, le chômage des enfants… Puis on continue avec une histoire d’amour à trois, une jalouse complicité entre deux frères, une femme envoûtante, libre, insaisissable… Et le drame, prévisible, survient : l’incendie d’une réacteur nucléaire à la centrale de Fessenheim. Noël raconte à demi-mots, en suspends, en ellipses : un père mystérieux, des parents séparés, sa réserve encombrante, son regard sur son pays, sa ville et comment dans cet univers industriel, qui court à sa perte, il navigue ou flotte à vue sans réellement se projeter vers un avenir dont il ne nous dit aucun désir… En a-t-il seulement ? « Il fallait pourtant vivre, et pour Félix et moi grandir, près d’un cadavre sans odeur, le squelette rouille et vert-de-gris de l’usine laissé là, pourrissant lentement au milieu de Belfort, comme un fantôme du passé ou un avant-goût de l’avenir. » L’évacuation forcée de toute une région en alerte face au danger nucléaire déclenche un exil et une errance dans une atmosphère apocalyptique. Des inhumanités que les hommes n’ont de cesse de démontrer depuis toujours, et toujours les vilenies qui se multiplient quand la terreur et l’inconnu prennent le pouvoir. En cela l’auteur ne nous apprend malheureusement rien. Cependant son roman est novateur en ne choisissant pas de décortiquer le périclite d’une usine, d’une société, d’un mode de vie mais en rédigeant la suite futuriste, proche, d’une transition à opérer qui ne semble pas pouvoir se réaliser sans destruction. Ostwald plus qu’une ville porte le nom d’un âge, d’une époque, que semble incarner le père, lequel en disparaissant laisse peut-être la place à une nouvelle génération, qu’il inviterait dès lors à se réinventer loin, très loin des systèmes connus et répétés depuis ces dernières décennies, très loin du monde qu’il aura défendu et donc imposé à ses fils. Lui aussi s’évanouit dans la nature brumeuse, peut-être soulagé d’offrir une chance au nouveau à construire… « Il y a quelques jours, assis sur le banc étroit d’un camion militaire, au milieu d’autres gens qui emportaient aussi peu de choses que lui, papa a dû se dire que dans tout ce chaos nous ne nous reverrions plus, que le temps était venu de nous laisser tranquilles. Et il était heureux, peut-être, alors que le tourbillon du monde l’emportait loin d’Ostwald. » C’est sombre, réaliste, road-movie ouvrier sur une terre abandonnée. Les images sont belles pour décrire l’effondrement des institutions, des fondations comme des longs travellings nocturnes entre brouillards et feux incandescents… Premier roman comme une promesse. – Karine Le Nagard

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Il y a d’abord Noël, son frère Félix et Marie, trois personnages en quête de reconnaissance, qui tentent de trouver un sens à leur vie, et puis il y a le monde du dehors, artificiel et sclérosé, juxtaposition d’individualités où le lien social se délite indéfectiblement. Lorsque survient la catastrophe nucléaire, la société implose, le cadre vole en éclat, la loi du plus fort prévaut, survivre devient le but ultime, mais à quel prix dans des villes fantomatiques vidées de leurs habitants ? Dans ce premier roman dont la tonalité sombre n’est pas sans rappeler l’excellent Dans la forêt de Jean Hegland, Thomas Flahaut nous convoque au crépuscule d’un modèle économique qui a fait son temps, au basculement irrépressible dans un monde déshumanisé où l’homme est un loup pour l’homme, y compris dans ses rapports familiaux. Si le pessimisme l’emporte dans le chaos environnant la fuite des deux frères ; la porte n’est, me semble-t-il, cependant pas définitivement fermée à une autre issue où un espoir perdure, et en cela ce roman social, nerveux et percutant joue parfaitement sa partition de catalyseur de nos angoisses face à un avenir incertain. A lire d’urgence pour (ré)agir, ne plus subir les diktats qui nous sont imposés, et reprendre notre destin en main, avec courage et discernement… – Catherine Pautigny

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Dans l’Est de la France, un accident survient à la centrale nucléaire de Fesseheim, les militaires procèdent à l’évacuation des civils sur la zone. Ils sont « parqués » dans un camp en forêt. Ils attendent, attendent, lorsque survient un événement qui va pousser Noël et son frère Félix à quitter ce camp, ils rentrent chez leur mère à Belfort pour prendre la voiture de Félix afin de retrouver leur père à Ostwald. Mais avant ils feront un détour par Strasbourg pour retrouver leur amie/amoureuse Marie.
Ce roman , bien écrit, m’a quelque peu déroutée. Je n’ai pas vraiment saisi le message que voulait transmettre l’auteur. Je n’ai pas réussi à savoir si j’étais dans le temps présent ou dans le futur, la frontière entre les différents moments, endroits sont beaucoup trop floues.
Néanmoins cela nous renvoie à notre actualité avec ces camps de migrants dont on ne sait que faire et dont les gouvernants ne se préoccupent pas. – Sy Dola
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La dernière phrase lue, je referme le premier roman de Thomas Flahaut « Ostwald » et je reste là, sans bouger, sans parler, sans trop savoir ce que je fais là. J’étais partie très loin. Mon pessimisme quant à notre monde et son devenir a trouvé dans cette lecture un écho qui me laisse accablée.
Je suis impressionnée par la maîtrise avec laquelle un si jeune auteur traite de deux thèmes forts : l’un, bien réel, l’annonce de la fermeture de l’usine Alstom de Belfort dans laquelle travaillaient les parents des deux héros Noël, le narrateur et son frère Félix et l’autre d’anticipation, un accident à la centrale nucléaire de Fessenheim. Les deux frères sont alors évacués comme le reste de population.
Mais le récit de leurs tribulations à partir du camp de fortune dans lequel ils ont été emmenés est tout en noir et gris et sert de prétexte à une réflexion profonde sur un certain nombre de problèmes : sociaux, environnementaux. Et c’est cette noirceur qui m’a empêchée d’apprécier le roman totalement. Si j’ai admiré la qualité de l’écriture, dynamique, voire nerveuse, si je l’ai trouvée parfaitement adaptée au sujet, si j’ai accepté les phrases bancales « Je connais que l’autoroute par ici. » « Des étourneaux s’envolent. Le battement de leurs ailes, bruissements de feuilles. », je n’ai pas obligatoirement apprécié les relations ambiguës qu’entretiennent les deux frères avec une jeune fille, Marie – je n’ai pas su y trouver d’intérêt par rapport à l’ensemble de l’histoire – et surtout, surtout j’ai mal supporté la tristesse profonde, le délitement de la famille, la violence – réelle certainement – vécue dans le camp. Je n’y ai pas trouvé une once d’espoir, pas une couleur susceptible d’enluminer la vie. J’ai eu l’impression d’assister à la fin du monde, ou d’un monde peut-être. En fait, je crois que j’ai eu peur.
Les qualités, importantes, de la forme n’ont pas supplanté l’accablement que laisse planer le fond. Et, même si ce roman par les idées véhiculées, l’intérêt porté au monde ouvrier, les questionnements liés au nucléaire et à l’avenir de notre planète et de ses occupants a un certain intérêt j’aurais aimé être rassurée, juste rassurée et que l’auteur me dise : « non, finalement, la vie n’est pas aussi dramatique. » – Geneviève Munier
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Difficile de caractériser ce roman ; une chronique familiale et plus particulièrement celle de deux frères au temps d’un incident nucléaire majeur ? les travers de la gestion de crise en France ? la recherche de son identité ? une critique de la désindustrialisation ? la lâcheté dans la non dénonciation de ses deux anti héros face à un meurtre dont ils sont témoins ?
Les pistes se multiplient à travers le récit du narrateur, Felix, un jeune homme en recherche d’identité face à un frère drainant toute le lumière sur lui, fait partager à son lecteur sa fuite en avant et ses failles face à une histoire personnelle complexe, une faiblesse en société, la défection parentale, le tout dans un contexte post industriel en déshérence et surtout un incident nucléaire majeur à Fessenheim.
Du constat de l’être humain seul ou en foule totalement irrationnel et retrouvant ses pires travers à l’heure où ses gouvernants multiplient les erreurs et se montrent totalement dépassé par les événements. Dans un décor de fin du monde, les blessures et les failles du narrateur sont portées à vif mais les pistes se multiplient sans qu’elles soient creusées suffisamment. Idem pour les interrogations sur les parents de Noël et Felix, on suit leur errance mais sans passion de Belfort à Strasbourg en passant par un camp de réfugiés où citoyens et prisonniers de droit commun, par un concours de circonstances apocalyptique, partagent voisinage et dérapent, avec la complicité de militaires livrés à eux-mêmes.
L’écriture est de qualité mais l’ensemble manque de profondeurs et connexions. – Olivier Bihl
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Un scénario catastrophe revisité de manière plutôt originale, qui évite les clichés habituels : pas de grand spectacle, pas de vision de fin de monde… L’accident nucléaire est mis à distance et vécu à travers les points de vue des membres d’une famille éclatée : une mère, un père et surtout deux frères ; autour d’eux gravitent quelques personnages, une petite amie, un clochard, d’autres habitants évacués, des militaires…
Quelques incendies, quelques exactions, quelques scènes surréalistes… C’est plutôt sobre, stylisé à grands traits. La psychologie des protagonistes est travaillée mais pas uniquement par rapport au dysfonctionnement de la centrale nucléaire et à ses conséquences : les souvenirs les accompagnent et prennent souvent le pas sur l’actualité. C’est la fin d’une culture ouvrière après les conflits sociaux de la société Alstom, à Belfort : paradoxalement ces évènements passés servent de lointaine toile de fond.
La question du lieu est omniprésente : la ville d’Ostwald symbolise un point d’ancrage où il faut revenir, un but illusoire, mais un projet, même fragile. le Parlement Européen de Strasbourg perd toute crédibilité et influence ; le bâtiment évacué devient un lieu interlope dénué de sens citoyen mais lourd du délitement de toute une région.
L’écriture est efficace, factuelle, brute, mais jamais brutale. Ce roman se lit facilement, vite, dans l’urgence… La problématique est simple : en cas de catastrophe majeure, il y a une procédure, un plan… Mais, dans une démocratie, il existe « le droit pour tout le monde de s’enfuir ». Ce roman m’a interpelée : comment réagirais-je dans une situation similaire ? Comment vivrais-je l’évacuation rapide avec un minimum de bagages, la promiscuité des camps d’hébergement, l’éventuelle séparation de mes proches ? Comment analyserais-je le manque d’information, l’incertitude sur l’avenir ?
Même dans cette ambiance angoissante de catastrophe nucléaire, les personnages principaux ne parviennent pas à établir de véritable communication entre eux, à se rapprocher vraiment, à aller à l’essentiel ; leur profonde solitude est frappante.
Dans ce roman, l’écriture est à la première personne : ce JE pourrait être le mien, le vôtre, le nôtre… C’est un JE ancré dans le présent, sans recul, sans devenir. Alors oui, je vais peut-être me démarquer, mais ce premier roman de Thomas Flahaut me parle, même s’il me laisse avec mes questions : à la place de ses personnages, où irais-je ? Où serait mon Otswald à moi ?
Un premier roman prometteur que je recommande. – Aline Raynaud

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Lire également les billets des lecteurs directement sur leurs blogs respectifs : Sara a trouvé du charme à ce récit « perturbant et un peu lunaire », Bénédicte le qualifie de brillant, dérangeant mais nécessaire,  « un rappel à la vigilance » bienvenu pour Henri-Charles, « une fable contemporaine qui interroge » pour Sabine, « sombre et plombant » pour Héliéna, « un rendez-vous raté » pour Joëlle,

Et soudain, la liberté – Evelyne Pisier et Caroline Laurent

Plus qu’un roman à quatre mains, un kaléidoscope d’émotions. Une histoire de femmes, une toile de fond historique sur laquelle s’écrivent les grandes lignes des combats des femmes, mais également une plongée dans l’intime. Et par-dessus tout, une amitié hors-norme qui touche et séduit les lecteurs les uns après les autres.

Et soudain la liberte

Au salon du livre du Mans, lors de la rencontre avec les écrivains des 68 premières fois, l’une d’elles a confié «j’invente des histoires vraies». On ne peut mieux décrire cet «objet littéraire» qui, au-delà de la grande histoire où s’imprime le portrait d’une famille dans une certaine France de la décolonisation (de l’Indochine en guerre à la Nouvelle-Calédonie des années 50) et des combats avant-gardistes de l’époque, offre un concentré d’amitié, de confiance entre deux femmes, l’une toute jeune éditrice, Caroline Laurent, 48 ans de moins que sa confidente, l’autre, Evelyne Pisier, intellectuelle de renom décédée en février 2017 à l’âge de 76 ans juste avant d’avoir achevé ledit manuscrit consacré à sa mère.
Le parti pris qui veut que l’éditrice, privée de la voix, du regard, de l’assentiment de son auteure, mène seule ce projet de raconter la vie de la mère et partant, celle d’Evelyne, confère à ce livre inclassable un parfum de vérité, d’amour et de complicité indissociables dans un écrin romanesque qui le hisse vers une œuvre à caractère universel, parfaitement maîtrisé et intensément vrai. Des partis pris il y en a comme celui d’attribuer d’autres prénoms aux personnages réels (excepté Fidel Castro l’amant de Lucie/Evelyne, embarquée dans le combat communiste et anti-impérialiste des années 60) renforçant l’échappée romanesque de vies vécues à l’ombre des rapports sociaux, politiques, d’idées et de mouvements de libération collectifs auxquels ont pris part à leur manière ces deux femmes. L’une par choix, par désir assouvi, revendiqué ; l’autre par transmission maternelle et conviction chevillée au corps. L’éditrice allant jusqu’à avouer avoir créer un personnage fictif en la personne d’une bibliothécaire dans le Saïgon de la colonisation française, laquelle ouvrira les yeux de Mona (la mère) sur sa soumission à l’égard de son mari et lui ouvrira l’esprit vers la littérature engagée avec le livre de S. de Beauvoir : Le Deuxième Sexe. Un mari, le père de Lucie, parfaitement odieux, raciste, colonialiste, fervent croyant à ses heures perdues, qui sans s’en douter va mener Lucie vers d’autres voies, dont celles de ne plus croire en Dieu à l’âge de 12 ans. En entremêlant au fil de l’écriture le doute, des sensations vibrantes, des questionnements éthiques, «l’éditrice-garagiste» (versus contemplative) charrie quantité d’intime, d’interrogations dont celle que je partage ici :
« Que peut la littérature face à l’absolu du vide ? Quel est ce plein dont elle prétend nous combler ? J‘ai beau travailler dans les mots, autour des mots, entre les mots, je n’ai pas la réponse. Vivre une autre vie, donner du rêve, faire rire et pleurer, laisser une trace, peindre le monde, poser des questions, ressusciter les morts, voilà le rôle des livres, dit-on. Offrir la consolation de la beauté. C’est peu ; c’est immense. Évelyne est morte. Tout le roman vient d’elle, comme l’enfant vient de la mère, et pourtant elle ne le verra pas. C’est une injustice inexplicable. »
Et soudain une éditrice est née, comme j’aimerais la rencontrer… – Cécile Rol-Tanguy
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« Dire que j’ai apprécié Et soudain, la liberté paraît bien faible au regard des trois petits jours qu’il m’a fallu seulement pour dévorer ses près de 450 pages et de l’émotion qu’il a fait naître en moi. » … Lire le billet enthousiaste de Delphine Depras
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C’est toujours un moment rare et précieux, rempli à la fois de joie et d’une certaine tristesse, que de tourner la dernière page d’une très belle lecture. C’est ce qui m’est arrivé avec « Et soudain, la liberté » d’Évelyne Pisier et Caroline Laurent et je suis encore touchée par l’émotion que m’a procurée ce livre. Deux histoires personnelles, chacune à quatre mains, se superposent et s’entrecroisent : d’abord, celle d’Évelyne/Lucie et de sa mère qui traversent la deuxième moitié du XX ème siècle et tentent de trouver leur place de femme au-delà de leur rôle de fille, de mère et d’épouse ; ensuite celle des deux auteurs du livre, Évelyne et Caroline, de leur rencontre et de leur amitié interrompue trop tôt. Les deux auteurs nous dévoilent leur histoire familiale, leur intimité et leurs fragilités ; leur amitié se construit et se renforce de l’écho de leurs histoires respectives. Le ton est vrai, sincère et, parce qu’elle est avant tout personnelle, cette histoire, qui parle de la conquête de la liberté, en particulier de la liberté des femmes, sonne juste et fait résonance. Contrairement au titre du livre, la liberté n’est pas soudaine, elle s’apprivoise doucement au fil des pages de ce beau roman. – Nathalie Ghinsberg
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Depuis la découverte d’extraits de ce roman cet été, j’avais le désir de lire « Et soudain, la liberté »chevillé au corps. Il m’appelait, me happait littéralement, semblait taillé sur mesure pour satisfaire mes aspirations romanesques.
Si la réalité n’a pas tout à fait rejoint la dévotion quasi-religieuse que j’ai immédiatement éprouvé pour cette « biofict » écrite à quatre mains ; ce livre restera indéniablement une des belles surprises de cette sélection d’automne, tant pour la rencontre entre ces deux femmes qui ne sont pas de la même génération mais deviennent des âmes soeurs au premier regard ; que pour le destin exceptionnel d’Evelyne Pisier – Lucie dans le roman – modèle d’émancipation féminine.
De l’Indochine à la Nouvelle-Calédonie, de Paris à Cuba, derrière le paravent de la vie de famille bourgeoise idéale incarné par un père haut-fonctionnaire et Maurrassien convaincu, le vernis craquelle, et Mona, la mère de Lucie, sera la première à s’affranchir du joug masculin, aiguillée dans sa quête de liberté par la lecture du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, véritable révélateur qui lui donnera le courage de prendre en main son destin.
Vous l’aurez deviné sans peine, « Et soudain, la liberté » est roman militant qui traverse le XXème siècle, et dépeint avec justesse les luttes de femmes courageuses et déterminées pour le droit à l’avortement, la contraception, l’égalité homme/femme ; un roman d’une actualité brûlante, à mettre entre les mains des jeunes femmes d’aujourd’hui afin qu’elles se souviennent de la voie ouverte par leurs illustres Aînées, ne baissent jamais la garde, et continuent le combat… – Catherine Pautigny
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« Vous pouvez être rassurée Caroline Laurent, où qu’elle soit Evelyne Pisier est certainement fière de vous. Votre roman est de celui qu’on n’oublie pas et que l’on referme avec une petite étincelle dans le coeur. » … Découvrir le billet plein d’émotion de Anne Leloup
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Superbe roman écrit à quatre mains, grâce à la formidable amitié liant l’auteur initial et l’éditrice devenue co-auteur. C’est la fresque émouvante sur fond un d’histoire véridique, tout au long de 80 ans de la lutte des femmes pour la reconnaissance de leur égalité et de leur autonomie, mais aussi de l’autonomie des peuples colonisés et des différences. Une difficile bataille pour l’égalité des hommes et femmes, des peuples entre eux et le respect et l’acceptation des différences. Un long combat romancé de la libération des femmes, des plus faibles, des homosexuels. Un vrai pavé dans la marre du colonialisme et des certitudes des plus forts. Un combat loin d’être encore gagné. J’ai aimé la fougue de l’écriture, la volonté humaniste et pacifiste dans les sociétés lointaines de la nouvelle Zélande, de Cuba et de la France. J’ai aimé cette situation originale qui requérait l’écriture d’un passeur d’histoire. Caroline Laurent s’est bien sortie de cette responsabilité inattendue, avec prudence, délicatesse et même humilité. Des minuscules maladresses m’empêchent d’en faire un coup de coeur, pourtant mon coeur a sincèrement aimé.- Martine Magnin
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« « Tu crois qu’on peut changer ? » lui avais-je demandé. La vie de sa mère et la sienne plaidaient en ce sens. Je ne me souviens plus de sa réponse. D’ailleurs, ai-je vraiment posé la question ? N’est-ce pas seulement une idée restée bloquée dans les parois de mon crâne comme une bille dans un flipper ? Qu’importe. Je crois qu’elle aurait pu me dire : changer, pas changer, on s’en fout. Ce qui compte, c’est se construire. » J’ai laissé des jours filer, des nuits, des ciels, des humeurs depuis la fin de ma lecture. Trouver les mots à écrire sur ce premier roman écrit à deux voix, à quatre mains, entre femmes, les réelles et les fictives, toutes vraies, toutes sincères. Le mot qui me hante depuis que j’ai refermé cet ouvrage et que ce billet m’attend : enveloppe. Ce roman m’a enveloppée. Dans un châle de coton, un plaid en doux mohair, une étole de soie, un duvet en plumes d’oies. C’était chaud, douillet, rassurant comme la couverture en enfance ; confortable et heureux comme blottie dans une couette blanche au petit matin frais ; élégant comme une parure faite sur mesure… Sans prétention, ce livre est un don. De la jeune auteur Caroline Laurent qui tient promesse à Evelyne Pisier d’aller au bout de leur projet littéraire, comme un magnifique cadeau d’amitié, le plus beau qui soit. D’Evelyne, femme au destin prodigieux, qui dans la rencontre partage sans détours. De ces deux femmes qui nous offrent avec générosité leur rencontre, leur travail, leurs échanges et l’écriture de cet ouvrage. Ca ne s’explique pas, ce n’est pas rhétorique. Il y a une magie qui s’opère tout de suite, dès les premières lignes. Ni une question d’écriture ou de style, non, c’est un charme, la simplicité évidente des belles personnes qui vous regardent sans ciller et vous accueille dans l’écoute. Caroline Laurent écrit sans emphase, avec humilité et le souci exigeant de ne pas trahir son amie, son histoire, et l’Histoire au cours de laquelle ces femmes ont grandi, changé, bataillé, aimé. Elle inscrit son travail pour l’Autre mais reconnait ce que cela implique pour elle : c’est grand, altruiste et très intelligent. Avec honnêteté, elle nous parle avec pertinence de l’écriture et nous suivons le processus de création ; et des hasards ou non, tous significatifs, qui signent nos attraits, nos embûches, nos ratures, nos choix ou non. Sans démonstration, à travers les lignes, elle nous donne à vivre, à ressentir, à vibrer la grâce de leur amitié, en ce qu’elle a de plus enthousiasmant, heureux et réconfortant, en ce qu’elle est un amour qui porte l’autre vers toujours plus de liberté pour être soi. « L’intensité d’une amitié, ça vous fait une joie pour mille ans, c’est comme un amour, ça vous rentre par le nombril et vous inonde tout entier. Ca ne se mesure pas en mois. (…) Les regards se froissent et je ne sais que répondre : oui, c’est bizarre je sais, je l’écris avec elle, sans elle mais avec elle, ou plutôt je le termine, par-delà la nuit infinie. Vous comprenez ? C’est une autre façon de la serrer contre moi… La seule qui me reste. Pour tenir la plus belle des promesses. » – Karine Le Nagard
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« Caroline Laurent a le don de révéler, d’accoucher les mots des autres, elle est un « éditeur garagiste » comme elle se plaît à le dire dans les premières pages du livre. Les rencontres et leurs aléas lui ont fait traverser le miroir et devenir écrivain. Ce premier roman, d’une authenticité folle, d’une justesse de ton rare et d’un allant plein de grâce est pour moi, je veux le croire, le signe de la naissance d’un grand écrivain de ce siècle. »… Lire le billet plein d’amour de Bénédicte Junger
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« S’il m’arrive quoi que ce soit, promets moi de terminer le livre avec Caroline ». Voilà ce que demande Evelyne Pisier à son compagnon. Evelyne Pisier est décédée avant la fin de son écriture. Et pour répondre à la promesse de cette femme devenue son amie, Caroline Laurent va jusqu’au bout et nous offre ce roman commencé à quatre mains et terminé seule. Evelyne Pisier avait choisi une forme romanesque, elle y est Lucie et sa mère Mona. Elle choisit volontairement de ne pas y faire figurer Marie-France Pisier sa soeur adorée et Caroline Laurent choisit judicieusement juste un petit texte du premier manuscrit pour qu’elle n’y soit pas oubliée. Livre d’une amitié entre l’éditrice et son auteur, histoire d’un amour maternel étonnant, Et soudain, la liberté est aussi une histoire dans la Grande Histoire d’une certaine France comme l’écrit Caroline Laurent. Le récit nous mène de l’Indochine à la Nouvelle-Caledonie, de Cuba à la France. Nous sommes happés par l’histoire de Mona, la mère de Lucie qui s’affranchira petit à petit. La lecture du deuxième sexe de Simone de Beauvoir y est pour beaucoup, comme un électrochoc dans une société patriarcale établie. Nous suivons Lucie petite fille découvrant le monde et sa dureté, les logiques politiques inhérentes à ce monde en deconstruction, en changement et en évolution. Nous suivons Lucie, l’héroïne engagée aussi au côté de Fidel Castro. Nous découvrons les portraits en creux de personnes connues sous d’autres noms. Nous sommes Lucie, nous avons peur comme elle, nous pleurons avec elle, nous nous réjouissons avec elle, nous nous passionnons comme elle, nous évoluons avec elle. Et soudain, la liberté est un livre dense, remuant, touchant. Il interpelle tant dans le récit que dans la réflexion menée. Histoire de femmes avant tout, Et soudain, la liberté dresse le tableau d’une société dont les repères vont changer du tout au tout. On y croise une galerie de personnages étonnants, comme le père de Lucie campé dans ses principes et idées décalés dans ce monde qui bouge tant, comme la mère de Lucie en somme si fragile, passionnée et qui a tant transmis à sa fille. Ce qui rend la lecture extrêmement prenante est sans nul doute la tendresse et la grande affection qui lient Caroline Laurent à Evelyne Pisier. Et soudain, la liberté est ainsi un livre sur l’écriture, sur ce travail si particulier qui est de rendre compte d’une histoire. L’histoire d’Evelyne Pisier est singulière, la rencontre de Caroline Laurent et d’Evelyne Pisier l’est tout autant et nous fait appréhender ce que l’on nomme la transmission. Caroline Laurent transmet ce que lui a laissé cette femme devenue son amie, en s’interrogeant sur sa propre histoire, en restant fidèle à la femme qu’elle a connue, en nous livrant une histoire juste magnifique. Et soudain la liberté est un livre à lire et à relire sans doute en savourant. – Sonia Châtain
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« Chère amie, Voilà quelques jours que j’ai terminé votre roman, ce lien, cette envie de faire vivre à tout jamais celle qui a été un fil, une main posée sur votre épaule, un bout de vous, ce regard et ces paroles qui vous ont grandi, permis autorisé d’être vous,  proche de vous. Evelyne votre amie.
Je viens de le reposer de nouveau après avoir relu quelques extraits qui m’avaient chavirée, …. »  pour lire la suite de cette lettre poignante de Sabine à Caroline.

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Ah le beau roman ! Quatre cents pages d’une prose légère et enlevée, sans fioritures inutiles mais d’une efficacité redoutable, rendant addictive la lecture des parcours de vie de ces deux femmes, une mère et une fille qui traversent le vingtième siècle à toute vitesse, avec un panache et une allure folle !
Elles peuvent nous en raconter, elles en ont tant vu, éprouvant jusque dans leurs chairs les combats de leurs contemporaines pour la liberté.
Accompagnée de la voix de Caroline Laurent, la jeune éditrice qui cosigne ce livre, Evelyne Pisier retrace l’histoire de Mona, sa mère, femme d’un administrateur en Indochine dans les années quarante, et qui subit le carcan d’une vie bourgeoise et les horreurs de la guerre. Evelyne et Caroline nous racontent l’émancipation de Mona, longue, difficile, douloureuse, et c’est aussi sa propre éducation qu’Evelyne retrace, de l’enfance à sa vie de femme, réveillant quelques échos chez la toute jeune Caroline.
Tout est enjolivé, romancé, parfois inventé, mais tout est vrai. C’est ce qui rend le récit si vivant. A la suite de ces femmes, on parcourt le monde entier, de l’Indochine à la Nouvelle-Calédonie, de Nice à Paris, en passant par Cuba. Ce sont des amoureuses, de la vie et donc des hommes.
En parallèle à ces vies de femme, le roman nous plonge dans l’Histoire et la politique, avec la guerre, la décolonisation et Fidel Castro, il nous décrit l’évolution de la société, avec l’ébullition de mai 68, le militantisme communiste, la légalisation de l’IVG, l’arrivée de la contraception, le droit à l’homosexualité.
La liberté, c’est l’indépendance, l’autonomie, le pouvoir de décider pour soi. Mais la liberté, cela n’est en aucun cas la facilité. C’est parfois la solitude, c’est assumer ses mauvais choix, jamais les regretter.
Attention, nous dit le livre, rien n’est jamais acquis ; même pour ces femmes libérées, la tentation de la soumission est intériorisée. La fille manque d’abdiquer son indépendance pour l’amour d’un homme, la mère n’accepte pas le vieillissement et la perte de sa beauté.
Malgré toutes les difficultés traversées par ces femmes fières, intelligentes, sensibles, combattantes, voici un livre qui donne un espoir fou, un livre qui rend fière d’être née femme.
Un gros coup de cœur pour moi. – Adèle Binks
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Comment écrire un avis sur un livre qui fait déjà l’unanimité et qui finalement n’a pas tellement besoin de mon avis pour convaincre les lecteurs de le lire ?
Pourtant j’ai rarement eu autant envie de décrire ce que j’ai pu ressentir en lisant ce livre. J’ai aimé découvrir Evelyne Pisier, je ne la connaissais pas du tout. Et surtout j’ai aimé lire les mots posés par elle et Caroline Laurent. Une amitié hors du commun me semble t’il, une amitié qu’on ne vit pas tous les jours, aussi fugace soit-elle ? … Lire le billet complet de Violaine.

Neverland – Timothée de Fombelle

Quand un auteur jeunesse se lance dans le roman « adulte » il n’en délaisse pas pour autant le territoire de l’enfance… Source des rêves inavoués, secrets et des espoirs qui forgent peu à peu une personnalité. Mais tous les lecteurs sont-ils sensibles à ce voyage ?

Neverland

Pour le lecteur, c’est une petite douceur sans mièvrerie, un sucre d’orge au puissant pouvoir d’évocation, dont le parfum délicieux nous emmène sur le chemin de notre propre enfance. Le narrateur est arrivé au milieu de sa vie, semblable à « une plaine asséchée », « aucune trace de l’enfance nulle part », mais il garde le souvenir d’un monde extraordinaire, de forêts et de ruisseaux, de vacances heureuses, de grands-parents protecteurs, où le temps s’écoule sans façon. Ce roman est une quête, l’homme se fait archéologue, l’explorateur d’un univers qui existe peut-être encore, mais où ? Il part, équipé de sarbacanes, de potions, de casiers, de filets, avec un petit cheval assez rapide, il cherche à saisir l’insaisissable, l’enfant du passé mais aussi l’instant douloureux et stupéfiant où il a entrevu qu’un autre monde existait, celui de l’âge adulte. Il sait la chance qu’il a eu, il a vécu une enfance sans brutalité, sans violence, mais non sans peurs, non sans douleurs, non sans tristesses. Quoi de plus sérieux que les jeux de l’enfance ? L’écrivain se fait jongleur de mots, un illusionniste qui nous donne à voir l’invisible. Il croise bien des fantômes.
Avec tendresse, mélancolie, dans des mises en abyme vertigineuses, par une alternance de légèreté et de gravité, l’homme regarde les traces de l’enfant qu’il était, et qui, espère t il, est encore vivant quelque part. Petit à petit l’homme se délestera de tout son attirail, son cheval disparaitra et alors …
Un roman plein de poésie, que j’ai lu avec gourmandise.Adèle Binks
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Il y a des livres que l’on lit le sourire aux lèvres, que l’on pose de temps à autre en fermant les yeux. Pour mieux les savourer et mieux s’imprégner des mots de l’auteur. Neverland est de ces livres là assurément. Objet littéraire inclassable, ni tout à fait roman ni vraiment récit, Neverland nous entraîne vers les territoires intimes de l’Enfance. Lire Neverland c’est se remémorer notre terreau, se souvenir des maisons de famille et des lieux de vacances aimés. C’est se rappeler ceux qui nous ont vu naître et qui ne sont plus là, c’est aussi les lier nos souvenirs à des empreintes faites des cinq sens, ces sens qui nous modèlent, découverts petit, à hauteur d’enfant, ces sens qui nous surprennent, et qui nous font replonger, adultes, l’espace d’un instant dans l’enfance heureuse et légère. L’enfance de Timothée de Fombelle l’a été assurément tant les émotions qu’il décrit avec finesse et bonheur sont empreintes de la douceur propre à ce temps de la vie. Timothée de Fombelle partage avec son lecteur ces moments délicieux et aussi ce jour où soudain l’on découvre que l’on n’est plus tout à fait un enfant. Ce jour-là, on s’étonne de trouver le rocher de la plage plus petit que le dernier été – « c’est toi qui grandis « – Ce jour-là, son grand-père si érudit qui connaît tout Cyrano ne peut plus écrire un compliment pour son ami Coco et demande en catimini à son petit-fils de l écrire pour lui. C’est le jour où l’enfance est révolue, le jour où ses croyances sont révélées. Lire Neverland c’est effectivement se souvenir de ce doux pays de l’enfance, celui qui nous a tous construit. – Sonia Châtain
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Neverland, le Pays des Enfants Perdus… c’est donc sous le signe de Peter Pan que se situe le roman de Timothée de Fombelle. L’imaginaire y règne en maître et trace une carte toute personnelle pour retrouver le chemin qui mène à l’enfance. Chaque adulte garde en soi l’enfant qu’il a été et qu’il est toujours. Un enfant perdu, en quelque sorte, que le narrateur tente de faire renaître des plis de sa mémoire. Muni des auxiliaires qu’offre l’univers merveilleux des contes enfantins, il commence sa quête par la recherche d’un sonnet qu’il a écrit à la demande de son grand-père, au moment où lui-même était peu à peu abandonné par sa mémoire. Est-ce là le pivot entre enfance et âge adulte ? Le moment où la conscience s’éveille à l’inexorabilité de grandir ? Ou bien faut-il chercher ailleurs ? Le passage se fait-il de manière progressive ou brutale ? Dans quels creux, dans quelles absences, l’enfant qui fut s’est-il réfugié ?
Tout en sensations et en impressions, le récit métaphorique mêle souvenirs, forcément reconstruits, et chimères issues des rêveries de l’enfant enfoui, enfui. Il en naît l’image d’une enfance fantasmée, idéalisée, une enfance dépouillée de ses terreurs et de ses noirceurs barbares. C’est joli et charmant et l’on aimerait que ce soit le lot de tous que de posséder de tels souvenirs lumineux…
On comprendra que je sois restée à la frange du texte, relativement insensible à ses qualités, indéniables pourtant. J’ai lu ce roman comme l’on feuillette un beau livre d’images, dont on sait qu’elles n’ont que peu à nous dire hormis leur beauté justement. Trop éloigné des tiraillements et déchirements, des remous troubles et mortifères qui sont – aussi – la marque de l’enfance. Peter Pan n’est pas un gentil p’tit gars sauf à le figurer d’une manière très réductrice ! Et si nombre d’adultes renient les enfants qu’ils ont été, c’est peut-être aussi parce que ceux-ci demeurent leur part obscure. Des nuances que ce roman n’évoque pas, le choix du point de vue étant infailliblement positif et trop généralisant. Un choix certes légitime mais qui m’a empêché d’adhérer au sujet. – Merlieux Lenchanteur
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Une petite pépite.
Je n’aime pas les contes. J’aime les histoires bien ancrées dans la réel. Ici, cette recherche de l’enfant que chacun d’entre nous était et que l’on garde caché très profondément en soi, en est tout le contraire. On est dans l’imaginaire pur. Timothée de Fombelle voyage dans sa mémoire pour remonter sur les traces de son enfance et retrouver le petit garçon qu’il était. Ses mots qui parlent à tout le monde m’ont émue et ont fait resurgir chez moi aussi des souvenirs d’enfance.
Il y a de la magie dans ce « Neverland » où la petite musique des mots de Timothée de Fombelle nous entraîne dans son voyage secret. Et même si je n’ai pas tout compris j’ai adhéré complètement à ce récit. Je vais le relire. – Françoise Floride
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Dès les premières pages, j’ai été happée par l’écriture et la poésie de Timothée de Fombelle, la tendresse, la mélancolie, la nostalgie qui se dégagent de ses mots. Il m’a transportée dans son enfance, m’a révélé la part d’enfance qui reste en lui, mais aussi en moi, en nous. Je n’ai pas lâché cette œuvre courte mais si juste. C’est une petite douceur, un bonbon, une délicieuse madeleine de Proust. – Anne-Christine Busnel
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Fermer les yeux, prendre une inspiration suivie d’une expiration très longue, isoler son esprit des parasites sonores et visuels qui nous entourent, et se laisser plonger dans cette allégorie de l’enfance. Voilà, vous y êtes, prêt à vous immerger dans un bain voluptueux empli des souvenirs d’une époque où l’insouciance est reine. Une époque où vos rêves pouvaient vous faire transcender toutes les barrières afin de vivre dans votre imaginaire, des instants magiques et sublimer vos sensations qui resteront gravées à jamais dans votre esprit. Beauté paradoxale de cette enfance que l’on rêve de quitter le plus vite possible pour devenir un grand, et que l’on regrette avec nostalgie, une fois entré dans le monde des adultes. Qui n’a jamais souhaité à un moment ou à un autre de sa vie, redevenir cet enfant insouciant que nous étions, libéré des contraintes des adultes, libre de laisser notre imagination nous envahir et notre spontanéité éclater ? Qui n’a jamais voulu à un instant donné, se lover dans ce rôle confortable de l’enfant que nous ne sommes plus, afin d’échapper à l’instant présent parfois devenu difficile à supporter ? Je connaissais de nom Timothée de Fombelle pour ses livres pour adolescent, et notamment pour « Le Livre de Perle ». C’est le premier roman que je lis de cet auteur, et je le découvre dans ce beau récit poétique qui inscrit ses impressions, ses souvenirs sur son enfance et la perception de son ressenti sur son passage vers le monde des adultes, où du moins sur la perte de son enfance. Inventaire des bonheurs, des chagrins, des espoirs, des lieux, des émotions, des envies, de regrets sur la scène du théâtre de la vie. Le fil de ce récit peut surprendre dans un premier temps, et nous perdre, de par son écriture parsemée de multiples métaphores. Il faut lire ce roman dans un état second, détaché du réel afin de pouvoir faire revire l’enfant qui est en nous, et qui, au final, le restera à jamais : « L’enfance n’habite pas la mémoire. Elle habite notre chair et nos os ». Encore une bien belle découverte grâce aux 68premièresfois. – Katie
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Neverland raconte la quête de l’auteur pour retrouver son enfance. L’écriture est belle, les images poétiques mais je n’ai pas réussi à être embarquée dans cette aventure. J’ai eu l’impression de survoler le texte et les souvenirs de l’auteur et mais sans jamais réellement m’associer à ce voyage. Pourtant le sujet est intéressant et l’approche de l’auteur d’un voyage à la fois réel et imaginaire vers les souvenirs de son enfance est originale mais j’ai trouvé le récit confus, surfant trop vite sur le passé et les émotions de l’auteur, sans jamais les approfondir. Dommage… – Nathalie Ghinsberg
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Au départ, il m’agace un peu ce fils de petit-bourgeois à particule, avec son appartement dans les quartiers chics de Paris – avenue Mozart – et la grande maison familiale en bord de mer, pas très loin du domicile puisqu’on y laisse le congélateur en marche. Il joue au tennis, marche dans les vagues à dos de cheval, repu de l’amour de sa famille. Mais quand son grand-père, un peu défaillant côté mémoire et écriture, lui demande d’écrire un texte à l’intention d’un vieil ami dont on va fêter les quatre-vingts ans, notre grand garçon a comme un déclic : il veut retrouver l’enfance, le petit garçon qu’il a été et écrire un sonnet pour son grand-père. Alors, il plonge dans ses souvenirs, aidé en cela par une visite à la maison de ses grands-parents, une visite aux souvenirs oubliés mais encore à fleur de mémoire. Et sa quête nous concerne, nous aussi héritiers d’un enfant réfugié dans notre mémoire, nous aussi nostalgiques de cette époque insouciante, riche de tous les possibles. Pourtant, le thème est assez banal, les souvenirs un peu stéréotypés, entre cabanes dans les arbres et jeux sur la plage. La comtesse de Ségur n’est pas loin…Mais ce qui séduit et finit par nous attraper le cœur, c’est la délicatesse des évocations, la richesse de l’imagination de l’enfant et la finesse de la langue. L’auteur est surtout connu pour ses livres pour la jeunesse mais il signe ici un premier roman attachant, même si, il faut l’admettre, à aucun moment je ne me suis sentie en harmonie avec les souvenirs du narrateur. Trop éloignés des miens sans doute. Une exception à cela : les jours de maladie où l’on reste, à dix-douze ans, seul dans l’appartement, avec plein d’idées ! – Evelyne Grandigneaux
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J’étais sûre d’aimer ce livre, tant je suis sensible aux souvenirs d’enfance que ce soient les miens ou ceux des écrivains. J’y trouve en général, une phrase, un mot, une sensation qui me renvoie à l’âge de mes jeux, de mes rires, de mon insouciance. En ouvrant le livre de Timothée de Fombelle, j’étais dans cette attente et j’ai du mal à exprimer ma déception car je ne sais pas vraiment pourquoi ce texte m’a laissée indifférente. Malgré une écriture élégante parfois teintée de poésie, les mots ne m’ont pas touchée. J’ai eu l’impression que l’auteur évoquait des souvenirs sans vraiment avoir envie de les partager avec son lecteur. – Isabelle Purally

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Dans Neverland de Thimothée de Fombelle, le narrateur part à la recherche d’un pays imaginaire, celui de l’enfance. C’est une véritable expédition, une chasse, avec ses préparatifs matériels et psychologiques. Ce récit de « voyage illuminé » à la première personne est rempli de figures métaphoriques empruntées à la nature et au monde animal ; tout y devient symbolique et porteur de sens. Cette aventure se fait exploration, effraction aussi parfois.
L’enfance n’est plus seulement cette période de la vie de tout un chacun qui va de la naissance à la préadolescence, mais elle devient un lieu, un territoire qui possède sa géographie, sa météo, ses saisons et ses paysages qui se confondent avec les souvenirs ; c’est aussi un monde plus ou moins dangereux selon les époques et les circonstances. le vocabulaire employé devient celui de la fantasy médiévale avec ses châteaux-forts, ses cavalcades et ses armes blanches.
La temporalité s’efface au profit d’un « instant suspendu » qui embrasse à la fois tout le pays imaginaire et chacun de ses détails. La trame narrative devient onirique, place le lecteur en apesanteur. Les âges extrêmes de la vie, enfance et vieillesse, se rencontrent et se rejoignent à la lisière de neverland…
Parfois, le récit se raccorde à la vraie vie, aux grands-parents, aux vacances, aux trajets en voiture, aux jeux avec les parents et la fratrie, aux pique-niques, aux bonnes recettes de familles, aux petits trésors au fond des tiroirs, aux terreurs nocturnes, aux peurs de l’abandon, au désordre d’une chambre, aux maladies et bobos divers, à tous les souvenirs, même les plus terrifiants… En grandissant, l’enfant découvre aussi l’ennui, les temps morts, le monde des adultes, la mort de gens qu’il connaissait… Il prend conscience de l’éveil de son corps. Plus tard encore, l’adulte qu’il est devenu plonge dans la poussière des mémoires familiales et tente de dérouler l’écheveau du passé.

Il faut entrer dans ce livre sans a priori, accepter de passer par l’imaginaire avant le réel, par l’interprétation avant les évènements ou les faits avérés, se laisser porter, emporter, s’arrêter si nécessaire, revenir en arrière si besoin, terminer sa lecture et pourquoi pas la recommencer. Le chapitrage court permet toutes les pauses possibles, toutes les directions envisageables. Avec Thimothée de Fombelle, chaque lecteur part à la recherche de l’enfant qu’il a été et le retrouve, sans doute : le livre semble écrit pour ça…
Et pourtant, je m’interroge en refermant Neverland… Alors, je le reprends et je le relis pour saisir son ossature ; mais ce livre est inclassable, hors-norme… L’écriture est fluide et poétique, comme à main levée ; c’est possible avec un peu de sensibilité et de talent, trop facile peut-être, pas assez maitrisé… C’est doux et agréable, rugueux et vif, mignon et écorché, comme l’enfance. – Aline Raynaud

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Lire également les billets des lecteurs blogueurs : le grand boum de Sabine, « un magnifique roman sur l’enfance » pour PatiVore, « un plaisir de lecture énorme » pour Bénédicte, « Un monde magique » pour Henri-Charles, « un instant suspendu dans ce monde de brutes » pour Framboise, « Le remède parfait à l’hiver qui s’installe » pour Sara,

 

La fille du van – Ludovic Ninet

La crinière rousse de Sonja, les yeux bleu de Pierre, et les vides, les manques, les images qui hantent leurs nuits et parfois leurs jours… Le premier roman de Ludovic Ninet émeut avant tout par l’humanité qu’il dégage, et sa fragilité qu’il révèle.

La fille du van

« Un premier roman époustouflant où Ludovic Ninet sonde l’intime de ces survivants de leur passé qui ne se laisse pas oublier. Une superbe chronique sur des gueules cassées qui essaient grâce à l’amitié et l’amour de fendre l’armure de mort-vivant pour essayer tout simplement de vivre… ». Lire le billet coup de cœur de Colette Lorbat

Ce livre est comme une blessure à vif qui ne s’est jamais refermée. En brossant le portrait d’un trio de héros cabossés, malmenés par la vie, mais qui tentent d’aller farouchement de l’avant, Ludovic Ninet nous parle d’une société en mal de repères et de réconfort. Mené à la façon d’un thriller âpre et languide, le roman remue, bouscule, dérange mais il interroge aussi sur la façon dont chacun gère son passé difficile. L’écriture est ciselée, presque chirurgicale, les mots se bousculent dans la tête des personnages, donnant une histoire bouillonnante et sensible, à fleur de peau.- Boris Tampigny

La fille du van c’est Sonja, ancienne infirmière partie en Afghanistan et marquée à vie depuis son retour en France par toute l’horreur vécue, subie. Après une errance de plusieurs mois dans son van elle atterrit au bord de la Méditerranée, près de Sète.
Junkie, folle, traumatisée et abandonnant ses proches, elle va finalement, au fil de ses rencontres, arriver à vouloir se poser et combattre ses démons. Avoir une vie meilleure. C’est aussi la volonté des trois personnes qu’elle va croiser. Trois autres destins un peu bancals ou dépressifs qui vont tour à tour lui permettre de revenir à la vie, aux envies, quitte à se perdre eux-mêmes. La fille du van va souffrir encore, mais elle va également à nouveau se sentir exister, aimer, jouir et renouer avec les siens.
Un très beau roman d’une écriture qui s’étire, en phrases (parfois trop) longues, ponctuées de nombreuses virgules comme pour montrer la détresse, le cerveau qui déraille et ses idées qui fusent, la vie qui va et qui vient. Si le début du roman montre quelques longueurs et répétitions (notamment sur la douleur de l’héroïne), sa fin en est l’opposé, puisque la dernière partie, la dernière journée est intense, dense en actes et en rebondissements. Un peu trop peut-être…. Tout s’y jouera et s’y dénouera, en grande partie, autour d’une même scène vécue différemment selon l’état psychologique des personnages. Cette différence d’interprétation engendrera des conséquences irréversibles pour chacun. Conséquences, à mon sens, un peu alourdies par la folle succession d’évènements marquants et décisifs. Malgré tout, on se surprend à refuser ce qui s’y passera et à espérer.
L’auteur arrive avec une grande finesse à dépeindre comment l’être humain peut basculer dans la folie après un énorme traumatisme et ce qu’il est capable de faire pour épargner cette souffrance atroce à ses proches. C’est l’analyse méthodique d’une fuite menant à un point de non-retour et de ce qui se joue juste après cette rupture. Au travers d’émotions décrites avec justesse Ludovic Ninet démontre comment nous acceptons (ou pas) les coups durs et les injustices pour mieux nous relever ou retomber. Il y a autant de défaite, d’abandon que de résilience chez la fille du van et ses compagnons de route.
La fille du van est un roman douloureux mais porteur d’espoir. Une histoire aride et sèche comme les paysages méditerranéens où elle se déroule. Une œuvre tout aussi lumineuse, solaire car la vie, malgré les bosses, les traumas, les épreuves, continue à pousser. – Laetitia Zunino
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« Elle croyait s’éloigner de son passé, ses pas l’ont ramenée sur les berges de son enfance ».
On l’admire, on la plaint, on l’envie, on la déteste, cette Sonja. Belle, trop belle, paumée, fragile, égoïste, tellement égoïste mais aussi tellement généreuse. Impossible de rester indifférent. Dès la première page, on sent le malheur qui couve et qui va durer mais on est irrésistiblement captivés par la plume acerbe de Ludovic Ninet qui sait si bien faire sentir les fragilités des êtres tout en les protégeant. « J’ai volontairement ignoré notre rendez-vous dit Sonja à Pierre, j’ai voulu vous blesser- c’est elle-même en réalité qu’elle visait ».
Avec Ludovic Ninet on apprend à comprendre chaque personnage, tous aussi cassés, laissés pour compte. Chacun s’accroche à la vie en gardant un espoir dans les émotions de l’autre. Cette lueur d’espoir qui nous fait dire qu’ils auraient presque pu y arriver. Ce roman nous laisse fascinés, révoltés, bouleversés et c’est ce qui fait toute sa beauté. – Karine Godo
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« Coup d’essai, coup de maître. Pour son premier roman Ludovic Ninet aura réussi à aller au plus profond de l’intime, à fouiller ces zones de la conscience qui construisent – ou détruisent – une personne sans pour autant donner avoir recours à un quelconque jargon, sans jamais s’ériger en donneur de leçons… »Lire le poignant billet de blog d’Henri-Charles Dahlem
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Sonja, une jeune infirmière militaire qui revient d’Afghanistan et Pierre un ancien champion olympique de saut à la perche s’enfoncent dans leur mal de vivre. Chacun d’eux est isolé dans sa solitude et se bat pour en sortir. Elle est aussi cabossée que le vieux van dans lequel elle dort au bord d’un lac près de Sète. Lui vend des poulets rôtis sur le parking d’une grande surface. Chaque nuit elle fait des cauchemars en revoyant des scènes de guerre. Lui ressasse toujours les jours son exclusion des compétitions après une blessure qui a stoppé sa carrière. Pas vraiment de points communs entre ces deux écorchés vifs dont les idéaux se sont brisés. Pour supporter le quotidien elle avale calmants, alcools et drogues. Il est séduit par cette jeune paumée qui l’intrigue et lui redonne goût à la vie. Près d’eux les personnages du harki qui a mal tourné à cause de la société française et de la comédienne lesbienne qui n’a jamais percé sont plus convenus. On ne comprend pas tout dès le départ car le récit de Ludovic Ninet n’est pas linéaire. Je ne peux pas dire que j’ai trouvé Sonja sympathique. On devine vite qu’elle a abandonné un enfant. Elle est partie en Afghanistan déjà déprimée pour des raisons peu convaincantes, un désir non abouti d’un second enfant, un besoin d’argent car son mari était au chômage. Mais elle n’était pas préparée à la réalité de la guerre.
Le choix d’une femme pour exprimer la souffrance de jeunes soldats plus ou moins idéalistes au retour d’Afghanistan est intéressant. C’est un beau plaidoyer contre la guerre qui malheureusement frappe surtout les innocents. C’est aussi une description du mal-être ambiant de notre société. Je n’ai pu m’empêcher de penser au très beau «L’ insouciance » de Karine Tuil.
C’est un roman noir et très fort mais je pense que Ludovic Ninet a voulu faire entrer trop de choses dans son récit. Il y avait matières à plusieurs histoires et ça aurait été moins de rocambolesque. Néanmoins ses personnages ne laissent pas indifférents. Pour un premier roman c’est une belle réussite. – Françoise Floride Gentil
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« J’ai tellement aimé m’approcher de ces personnages, de leurs espoirs et de leurs douleurs, de leurs histoires, de leurs rêves, de leurs secrets. De leurs failles. Béantes. Immenses… »  Lire le billet plein d’émotion de Framboise.
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L’auteur a utilisé tous les ingrédients nécessaires pour faire de son roman un véritable plaisir de lecture. La construction du récit est intéressante qui, loin d’être linéaire, utilise le passé pour expliquer le présent et passe de l’un à l’autre avec beaucoup de doigté. Ses personnages sont tous cabossés mais particulièrement attachants : Sonja à la magnifique chevelure rousse, « La fille du van », un van couleur lie de vin – dommage qu’il soit bleu sur la couverture – est une ancienne infirmière. Partie soigner, mais aussi faire la guerre en Afghanistan, elle en est revenue meurtrie et tente de survivre à ses cauchemars… « Elle sait qu’elle perd la boule, le mal n’est pas visible, il ne lui manque ni bras, ni jambe, juste une case que la guerre lui a prise, mais qui va la croire ? » Pierre, un ancien champion olympique de saut à la perche, reconverti en marchand de poulets rôtis ambulant traîne sa peine et ses rêves anéantis de sportif déchu… « Pierre aussi se sait fou – il dit fou, il préfère, c’est toujours mieux que malade ou dépressif… », Sabine caissière qui aurait dû être comédienne et Abbes fils de harki au passé judiciaire long comme un jour sans pain complètent le quatuor. Toutes ces âmes fatiguées, blessées, fragiles tentent ensemble de se construire un avenir nouveau, s’entraident, se soutiennent. Le décor n’est pas en reste qui donne la part belle à la côte héraultaise et apporte sa lumière. L’étang de Thau a la vedette qui de Mèze à Sète, en passant par Balaruc nous enchante de ses paysages de mer et de garrigues.
Mais l’important dans tout ça, est aussi l’écriture. L’écriture de Ludovic Ninet, sèche, rapide, tonique, parfois lancinante, mais toujours sensible, traduit parfaitement les sentiments, les affres, les terreurs. Je n’ai rien tant admiré que les passages liés à Sonja et ses frayeurs qui m’ont fait vivre de l’intérieur ses traumatismes ramenés de la guerre. D’une efficacité redoutable par leur côté visuel, les mots donnent aux personnages une profondeur peu commune et les font vivre, renaître ou sombrer.
Il s’agit là d’un roman fort, noir et lumineux à la fois et vraiment bouleversant. – Geneviève Munier
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Une couverture et un titre qui pourrait laisser présager un roman de voyage ou de déambulation le long des routes au bord d’un van. Sonja est une jeune femme qui vit dans ce van. Dès les premières pages, on est à la marge de la société. Elle vivote dans ce véhicule, mendie aux portes de supermarchés et installe son van près de l’étang de Thau. Elle va alors rencontrer Pierre, vendeur de poulets rôtis mais surtout ancien champion olympique de saut à la perche, Sabine, qui est caissière dans le supermarché et qui va lui permettre de trouver un petit boulot de manutentionnaire, Abbes, petit chef des manutentionnaires ; Tous ces personnages ont un passé difficile à assumer et essaient de vaincre des tourments, des craintes et trouver une place dans la vie. Des recherches de rédemption, des souvenirs qui troublent les nuits et les jours de ces personnages, auxquels on s’attache. L’auteur nous entraîne dans des pages sombres mais aussi des pages lumineuses d’espoir. Mais la vie et le passé refont souvent surface. Un premier roman très sombre qui nous parle de l’histoire (les cicatrices du passé et en particulier des harkis à travers le personnage d’Abbes), les difficultés du monde sportif et ce portrait si touchant de Pierre (ancien champion olympique qui a eu du mal pour sa reconversion, de très belles pages sur le saut et sa sensation de voler vers les airs et vers l’or des médailles) et surtout un portrait si touchant de Sonja (des pages impressionnantes de ces hommes et femmes de l’armée française partis en Afghanistan pour défendre des droits ou faire une guerre si loin de leurs idéaux). Ce premier roman parle avec vérité, parfois dureté, de la gestion humaine des traumatismes et de la façon de repartir et d’affronter le futur malgré des blessures du passé. Un texte difficile mais on est happé par le récit et par les personnages brisés, à vif mais aussi très touchants dans leurs doutes et espoirs. – Catherine Airaud
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Quand je suis séduite dès les premières lignes, je sais que je vais adhérer à la suite.
Ce roman est un coup de cœur absolu.
Il y a la perfection de l’écriture, la présence puissante des personnages, malheureux, dépressifs, au bord de la rupture, mais humains, tellement humains.
D’un film on dirait que les acteurs crèvent l’écran, là, ce sont les personnages qui se matérialisent sous mes yeux.
J’en suis toute bouleversée.
Je sais qu’ils vont continuer à vivre en moi.
Et comment passer à une autre lecture? Pas tout de suite. – Mireille Le Fustec
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Sonja, était infirmière militaire. En Afghanistan, elle s’est battue contre l’horreur du quotidien, elle a serré les dents pour ne pas hurler, pour soigner, pour sauver. Elle a tenu le coup, courageusement, jour après jour. C’est au retour en France que tout a basculé, incapable de surmonter le traumatisme et les cauchemars, Sonja est partie, abandonnant son mari et son enfant. Au volant de son véhicule elle a roulé, sans but, dans une fuite en avant désespérée, jusqu’à une petite ville du sud de la France ou elle s’est garée, sans véritable raison, mais il faut bien se poser quelque part. C’est Pierre qui va lui redonner peu à peu, le courage de continuer. La dépression, il connait, après avoir dû renoncer à ses rêves de champion olympique. Ce roman est fait de belles rencontres comme Sabine et Abbes, eux aussi accidentés de la vie, mais qui s’accrochent à des idéaux qui les aident à avancer. J’ai tout aimé dans ce roman. Ludovic Ninet nous présente des personnages attachants et profondément humains. Il réussit parfaitement grâce à une écriture brutale à nous faire comprendre le quotidien des soldats sur le théâtre des opérations. Il pose la question de la puissance de l’amitié dans une possible reconstruction. « La fille du van » est un grand livre qui parle avec simplicité des gens et des rapports qu’ils nouent entre eux, de la façon dont ils se sauvent les uns les autres et se sauvent eux-mêmes. Un coup de cœur. – Isabelle Purally
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Lire également les billets de Joëlle, « profondément émue », Nicole, Anne Leloup, Sabine, « saisie aux tripes », Amandine