Ma Reine – Jean-Baptiste Andrea

Une histoire simple ? Peut-être pas tant que ça… à en juger par les réactions des lecteurs, enchantés ou déstabilisés mais qui ont tous quelque chose à dire sur ce livre déjà très remarqué en cette Rentrée Littéraire (et même tout fraichement couronné par Le prix du 1er roman 2017).

Ma reine

 

Attention Bijou ! Vous cherchiez le livre à lire en cette rentrée. Le voici . Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea raconte l’histoire de Shell. 1965, dans les Alpes de Haute Provence, Shell, jeune adolescent, est un enfant différent. Il ne va plus à l’école et sert l’essence dans le garage de ses vieux parents. Un jour, Shell manque de provoquer un incendie. Ses parents prennent peur et décident de le placer en institution. Shell est témoin d’une discussion dont il est l’objet mais qu’il n’aurait pas dû écouter. Il décide alors de « partir à la guerre », sans savoir où est le champ de bataille mais pour prouver qu’il en est capable et qu’il est digne de ses parents. Ce périple le mettra en présence de Viviane une jeune enfant qui devient « sa reine ». Jean-Baptiste Andrea nous plonge avec brio dans l’univers de Shell, nous entraînant dans les méandres de sa pensée et de ses croyances et c’est par le prisme de Shell que nous, lecteurs, voyons le monde. Le livre est truffé de trouvailles et c’est à la fois lumineux, poétique, drôle parfois mais aussi étrange. Jean-Baptiste Andrea aborde tout à la fois les thèmes de la différence, de l’enfance et de la nature ici prégnante et puissante. Jean Baptiste Andrea se confie sur l’écriture de ce livre : « Je trouve le monde très pessimiste. On ne parle que de ce qui va mal (et bien sûr, nombre de choses vont mal). Nous perdons par habitude, ou par paresse, notre capacité d’enchantement. Je ne dis pas que nous sommes incapables d’émerveillement, au contraire. Un paysage peut nous exalter, quelques notes de musiques, une relation… Tout le monde en fait l’expérience. Mais nous avons du mal à « retenir » ces moments. Ils ne nous rendent pas meilleurs et ne changent pas nos vies. Bien vite, le quotidien reprend ses droits. Je voulais donc raconter l’histoire d’un enfant qui lui, retient tous les bonheurs qu’il rencontre – certains sont pourtant bien minces. J’espère que les lecteurs, une fois le livre refermé, auront un peu de ce héros en eux. Qu’il rajeunira leurs yeux comme il a rajeuni les miens. » C’est exactement cela. Shell retient tous les bonheurs qu’il rencontre, et les savoure. Nous, lecteurs, fermons le livre tout encore transportés par cette lecture rare. – Sonia Chatain

Bien avant d’avoir lu « Ma Reine » le premier roman de Jean-Baptiste Andréa, bien avant qu’il ne soit sorti, même, nombre d’éloges m’étaient parvenues à l’oreille. Maintenant que je viens de tourner la dernière page, j’en comprends les raisons.
L’ouvrage raconte la vie d’un enfant de douze ans, différent, grand dans son corps certes, mais encore petit dans sa tête. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a dû quitter l’école et travailler avec ses parents, vieux, qui tiennent une station-service, vieille, dans un coin reculé de Provence. Il sert l’essence aux quelques rares clients, vêtu d’un blouson rouge et jaune Shell, qui lui vaut son surnom. Un jour, pour éviter le placement loin de chez lui, il décide de partir « faire la guerre » ce qui lui permettra de devenir un homme. Mais derrière les collines, bien évidemment, la guerre n’existe pas. Il va en revanche rencontrer une petite fille, Viviane, qui va devenir « sa » reine.
Qualifier ce récit de bijou ne me semble pas superfétatoire. Nous sommes là aux confins du conte initiatique et de la fable mais sans mièvrerie aucune. Shell pourrait être le Petit Poucet, Viviane son amie une jolie fée et Matti, le berger qui le recueille au départ de Viviane, un ogre, mais un ogre gentil. L’écriture toute en simplicité et en finesse fait la part belle aux phrases courtes, percutantes. J’en ai beaucoup aimé la maîtrise et la capacité à traduire au plus juste les réflexions du jeune Shell, son esprit quelque peu décalé : « Parmi les missions qui m’étaient confiées, je devais remettre du papier toilette dans le réduit marqué C – le W était tombé et on ne l’avait jamais remis quand on avait constaté qu’il faisait un excellent dessous-de-plat. »
La poésie est partout présente qui décrit à merveille les paysages de collines, le ciel et les étoiles et même l’alcool : « Son eau-de-vie sentait les prés après la pluie, les fleurs mouillées, mais avec une amertume derrière qui disait que l’orage n’était pas complètement passé. » Et, si la frontière entre le rêve et la réalité est plus difficile à décrypter, peu importe. Il suffit de se laisser bercer par le rythme des mots, de laisser venir à soi les images et les sons qu’ils convoquent et de retrouver son âme d’enfant, empreinte de naïveté.
La lecture de ce roman fut pour moi un enchantement, une parenthèse de douceur dans un monde hostile. – Geneviève Munier
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Petite ville de province. Shell, jeune garçon, a des difficultés à s’intégrer à l’école et devient vite celui qu’on chahute mais aussi avec lequel, on ne se lie pas. Sa faute, être différent des autres. On conseille donc à ses parents de l’inscrire dans une école spécialisée, mais sans argent ce n’est pas possible. Il reste donc au domicile de ses parents où il essaie de se rendre utile à la station. Mais alors qu’il met le feu à des aiguilles de pin avec une cigarette, ses parents décident de le placer en institut.
Il décide donc de devenir soldat, il part donc en pleine nuit avec juste son blouson et le fusil de son père. Cette décision va changer le cours de sa vie. Ainsi qu’il fera la connaissance de Viviane, sa « reine » et de Matti, un berger atypique.
Très beau livre qui entre dans le méandre du cerveau d’un jeune garçon naïf qui a du mal à structurer sa pensée. Il y est aussi question de l’environnement social qui n’apporte pas toujours de réponse aux personnes qui n’évoluent au même rythme que les autres et à l’impuissance des parents. Cela aussi questionne sur la cruauté des enfants entre eux. – Sy Dola
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 » A force de m’entendre répéter que je n’étais qu’un enfant, et que c’était très bien comme ça, l’inévitable est arrivé. J’ai voulu leur prouver que j’étais un homme. Et les hommes, ça fait la guerre  » Ainsi débute l’histoire d’ un garçon de douze ans qui décide de partir. Physiquement, il est normal, mais pas dans sa tête. Il quitte la station service paternelle dans la nuit, traverse le bois de pins pour rejoindre le sommet de la colline. Là, assurément, il trouvera la guerre. On est en Provence, en 1965. C’est beau et parfumé. Un matin, en ouvrant les yeux, il découvre une gamine blonde qui l’observe. Elle dit se prénommer Viviane. Comme la fée. Elle affirme être une reine. Accepte-t-il? Il devra lui obéir, ne jamais poser de question. Qui est-elle? D’où vient-elle cette mystérieuse Viviane ? Fantasme ou réalité ? L’essentiel est qu’elle réapparaisse chaque matin. Dès lors, la lumière provençale brille dans le cœur naïf et sincère de Shell. Il y a de la légèreté, comme dans un rêve, de la douleur face à une réalité incompréhensible pour lui. Et la rencontre salvatrice d’un berger taciturne qui vient d’ailleurs. Un roman qui se lit facilement, rapidement, avec ses petits moments de bonheur. Mon bémol personnel est que je n’aime pas toujours quand le narrateur est un enfant.- Mireille LeFustec
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Au cours de l’été 1965 en France, Shell,12 ans, vit avec ses vieux parents dans une petite station-service perdue quelque part en Provence et de temps en temps Il les aide à servir les rares clients. Mais il n’est un garçon comme les autres: il ne comprend pas toujours tout, n’a pas toujours les réactions d’un gamin de 12ans). L’école, c’est pas son truc, si bien qu’un jour, il est sommé de ne plus y mettre les pieds. Sa plus grande inquiétude est qu’on l’enlève de son univers où il a tout ses repères. Une seule solution s’impose à lui: quitter la station-service pour partir faire la guerre afin de devenir un Homme. mais en 65, en France, il n’y a pas de guerre. Il va alors déjà loin selon lui: il gravit la montagne proche de chez lui et se terre là bas, caché de tous. Il va faire la rencontre d’une petite fille, un peu spéciale elle aussi, Viviane qui va devenir sa Reine. (prénom similaire à la fée de Merlin et du Roi Arthur….). Un roman initiatique à la 1ère personne où l’on se met dans la peau de ce petite garçon, pur, naïf qui vit au gré de ses émotions, ses sentiments, ses peurs, ses envies et qui va apprendre des choses sur lui, sur son entourage, sur le monde. Cet être « spécial » va s’enhardir grâce à Viviane, (qui recèle bien des mystères) et Matti, le vieux berger pas si muet que cela… J’ai beaucoup aimé cet univers naïf, décalé qui m’a fait pensé aux illustrations du Petit Prince par sa poésie, sa singularité.. Il y transparait des émotions, des situations de vie attachantes, belles , douloureuses. Je me suis attachée à ce petit bonhomme si particulier, que j’avais envie de prendre sous mon aile… Un beau roman qui promet à son auteur, selon moi, de belles récompenses… »- Marie Heckmann
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Voici un roman émouvant, si tendre et si dur à la fois. Je me suis retrouvée dans un rêve éveillé tant ce récit paraît irréel, et immergée dans un espace hors du temps de notre univers aseptisé et qui se veut si organisé. Shell vient contrebalancer tous ces rythmes savamment orchestrés du quotidien, qui nous donnent les repères dont nous avons besoin. Alors que ceux de Shell sont bien plus simples, tout comme son univers et sa vie. Différents des autres enfants de son âge, ses parents n’ont eu comme seul ressort que de le garder auprès d’eux, à la station-service. Oui, mais voilà, Shell souhaiterait tellement être perçu comme un enfant comme les autres, et non comme quelqu’un de différent. Il devient alors évident pour lui de quitter le nid familial : partir la fleur au fusil vers une guerre très improbable qui lui permettra de s’affirmer et de montrer à son entourage que lui aussi, du haut de ses 12 ans, est un adulte. Son imagination sera sa source, et ses rencontres la promesse d’une réalisation personnelle. Sa naïveté devient sa force, et sa foi lui permet de gravir les montagnes. Sa sincérité perle dans ses paroles, et sa simplicité nous entraîne inévitablement dans son sillage. Il y a une telle poésie dans ces mots qui nous surprennent au détour des pages, Ce roman est un hymne à la différence où l’enchantement nous enveloppe douillettement. Une histoire magnifique à découvrir tout en douceur, tout en reléguant nos certitudes vers des vallons inexplorés.
Coup de cœur pour ce premier roman. – Katie
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Oui, c’est difficile de se prononcer sur ce conte initiatique, qui nous propose un chemin très émouvant, trop peut être, dans un univers sans espoir. Une vie quotidienne d’une austérité totale, réduite à un trio familial pauvre et accablant. Un jeune adolescent démuni à la recherche d’une évasion possible, le passage enchanté d’une adolescente lumineuse qui devient sa Reine, la cohabitation éphémère avec un marginal taiseux… J’ai aimé, marché, refusé, regardé de loin. Je n’aime pas les histoires sans avenir ni lumière, j’ai besoin d’une vraie chaleur humaine. Grosso modo, je me sens accablée. Mais j’ai aimé l’écriture très soignée, malgré quelques incohérences de choix de mots pour décrire les pensées d’un adolescent pourvu d’un langage a minima. Ce texte a le mérite de mettre le doigt sur la difficulté d’insertion des humains différents. Un thème sensible, pour le moment sans solution généreuse. – Martine Magnin
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C’est un drôle d’oiseau ce gamin de douze qu’on a surnommé Shell, du nom marqué sur blouson publicitaire, car ses parents tiennent une station-service un peu perdue au milieu des montagnes. Il est drôle sans faire exprès, il suscite ou les moqueries ou la hargne et la violence. C’est ce qu’on appelait autrefois un enfant « attardé ». Un jour, il décide de devenir un homme et donc, de partir à la guerre. Armé du fusil chipé à son père, le voilà qui traverse le « plateau », quelque part en Provence, se cache dans une cabane de berger, ravitaillé par une étrange fillette, mi-elfe mi-chipie, qui exige de lui qu’il la considère comme sa reine. Elle lui fait découvrir une grotte décorée de peintures rupestres, le ravitaille, l’émerveille et l’inquiète : c’est la découverte de l’amour pour le petit garçon qui devient grand. Enfin, un peu, car son cerveau est celui d’un petit enfant, loyal, honnête, pas si bête, fasciné par Viviane, « sa reine ».
Et nous allons le voir évoluer, émouvant et navrant parfois, plein d’humour et délicieux de fraicheur à d’autres moments, dans une sorte de conte joli et cruel comme sont les contes. Comme dans les contes, nous croisons des personnages inquiétants (père et beau-père), gentillets (les mères), énigmatiques (Matti, le berger réfugié dans la montagne après qui sait quel méfait). Enfin, de façon moins poétique, ce livre pose le problème de l’adaptation du système éducatif aux enfants handicapés et de la place qu’on leur réserve dans notre société. Il évoque aussi, de façon détournée, la problématique des enfants battus.
C’est un beau roman, c’est une belle histoire…pleine de poésie mais pas si gaie finalement…Un joli premier roman. – Evelyne Grandigneau
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Les billets des lecteurs sont aussi sur leurs blogs : « Un livre bouleversant et plein d’émotions » pour Anne-Marie Gabriel, « Il a manqué un petit quelque chose » à Benoît, « Une bulle de douceur » pour Bénédicte, « Une petite bulle, mais… » pour Colette, « l’ennui malgré une belle écriture » pour Anne Leloup, « Un joli livre » pour Anne .
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Des auteurs, des lecteurs, quelques mots… et la magie opère !

C’était dimanche 8 octobre au Mans, le soleil réchauffait de ses rayons encore estivaux la place des Quinconces où les commerçants du marché préparaient leurs étals. Une animation progressive que l’on pouvait suivre à travers les larges vitres du Caffè Rossi, hébergeur sympathique et efficace de la journée spéciale des 68 premières fois. Les participants arrivaient régulièrement, grimpaient les marches jusqu’au dernier étage pour rejoindre la belle salle aux poutres apparentes où les festivités n’allaient pas tarder à démarrer. Souriants, curieux de mettre des visages sur des noms et des pseudos côtoyés sur Facebook, impatients d’entendre les témoignages des auteurs qui les ont fait vibrer tout au long de l’année. Un programme chargé et pourtant… cette journée est passée trop vite !

Dès 10h, les réjouissances commençaient avec la remise du Prix du Premier Roman des Bibliothèques Pour Tous de la Sarthe à Vanessa Bamberger-Lepage pour Principe de suspension, l’un des romans de notre sélection de janvier. Un moment très chaleureux et émouvant en présence de certains des lecteurs ayant participé au vote et qui ont pu exprimer à la jeune romancière toutes les sensations que leur a procuré leur lecture.

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Le temps d’un café et d’une petite viennoiserie, de quelques signatures avant que Vanessa ne rejoigne le salon pour d’autres rencontres, et le plateau suivant s’installe. Cette année, la rencontre animée par Charlotte rassemble des primo-romanciers et des auteurs qui viennent de publier leur deuxième roman. Parce qu’il ne saurait être question de laisser un « 68 » en chemin…

Cécile Balavoine (Maestro), Anne-Sophie Monglon (Une fille, au bois dormant), Loulou Robert (Hope), Sandra Reinflet (Ne parle pas aux inconnus), Marie Barraud (Nous les passeurs), Pascal Manoukian (Ce que tient ta main droite t’appartient), Sophie Lemp (Leur séparation) et Sonia David (David Bowie n’est pas mort).

On a donc parlé genèse, inspiration. Tenté de toucher du doigt ce moment où l’auteur se sent autorisé à écrire. Cette idée qui jaillit, cette passion qui ne demande qu’à s’exprimer par les mots. Sandra Reinflet nous a confié sa difficulté à passer à la fiction, elle qui ancre ses productions dans le réel et le vécu tandis que Pascal Manoukian trouve l’écriture du roman plutôt reposante par rapport aux reportages. La musique a directement guidé la plume de Cécile Balavoine tandis que Sophie Lemp a peiné à retrouver pour ce second roman l’urgence qui avait présidé à l’écriture du premier. Une urgence qu’a ressentie Marie Barraud dont le premier jet est resté le dernier tant l’émotion naissait de sa sincérité. Anne-Sophie Monglon voulait depuis longtemps traiter de la présence au monde, Loulou Robert a raconté la souffrance malgré le peu de temps écoulé entre ses deux romans. Au contraire de Sonia David qui affiche cinq ans entre ses deux opus, l’important pour elle étant avant tout d’écrire sans considération de publication.

On a parlé édition aussi, accompagnement. Le rôle de l’éditeur, la rencontre entre le texte et son support. De l’intervention éventuelle sur le texte au choix de la couverture. Chaque auteur a une petite anecdote à livrer notamment sur les photos qui ornent leurs livres ou les bandeaux malgré parfois le peu de latitude laissé par les contraintes des chartes graphiques. Ils nous livrent ainsi un brin d’intimité en levant l’espace d’un instant le rideau qui nous sépare des coulisses. Certains se jettent des regards entendus, des fils se tissent, des rencontres se font…

Avant le déjeuner, place aux apartés. Les auteurs sont livrés aux lecteurs. Ça discute sec, on se livre, on déclare sa flamme, on cherche à percer le mystère de l’alchimie qui mène à la rencontre entre un livre et son lecteur.

 

L’atelier dédicaces tourne à plein régime…

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Voilà qui ouvre l’appétit…

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Rendez-vous en décembre pour les prochaines rencontres avec la soirée de clôture de cette magnifique édition 2017 !

Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

Un roman court mais dense, chargé en émotions. L’auteure s’empare d’un sujet difficile et prend le pari de la légèreté, comme une ultime politesse. Parce que malgré tout, « show must go on ! »

Mademoiselle a la folie

Mademoiselle, à la folie… Le titre est léger, évoque les pétales qui s’envolent dans des jeux enfantins. Mais avant même les premières lignes du roman, l’épigraphe ramène le lecteur à la gravité du thème : la folie, ce n’est pas seulement le champagne, la tournée, l’amour, la célébrité… La folie, c’est ce mal sournois qui s’insinue dans l’esprit de Catherine, grande comédienne, admirée et reconnue. Doucement d’abord, comme un souffle qui emporte quelques secondes de lucidité. (« Je devrais sans doute ajouter quelque chose, mais quoi ? Comme rien ne me vient, je me tais, je fais comme elles, je souris. Nous levons nos coupes, nous buvons à la vie. Tout va bien »). Puis, implacablement, il s’empare de tout son être, et les moments de conscience se font de plus en plus rares (« Je ressens quelque chose d’inhabituel encombrer mon esprit et s’acharner à me diminuer »). Parce qu’il résonne personnellement, ce petit roman m’a profondément touchée. L’auteure parvient à mettre des mots (sont-ils les bons ? est-ce vraiment ce que ressent le malade qui se sent lentement dériver vers la folie ?) sur ce terrible mal, à en décrire la lente mais irrémédiable évolution, vers le fond. Les premières absences, le manque du mot, les retours en enfance, les attitudes qui deviennent de plus en plus inadaptées, la perte de repères sociaux, l’envie de rien puis de tout… Et surtout, la peur, la grande frayeur de ceux qui ne peuvent lutter contre cet ennemi invisible et invincible et qui voient pour seules issues la mort ou la folie (« j’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre »… « j’ai mené une existence de lumière, je ne me résous pas aux ténèbres »). Et que dire des aimants, ceux qui acceptent et pardonnent, ne pouvant que supporter les sautes d’humeur, les répétitions, les excès, les oublis… Jusqu’au bout, Mina, l’amie et agent de toujours, soutient et porte Catherine, dans sa vie, dans sa maladie, dans sa folie (« Son bel esprit vivra et si ses souvenirs s’envolent, nous en fabriquerons de nouveaux, que je graverai dans sa mémoire volatile. »). L’écriture est magnifique et précise, poétique souvent, prenante. Une belle et vraie lecture. – Elise Ribot

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Ce récit dégage beaucoup de finesse et d’élégance : même si elle y est clairement exposée, le nom de la maladie n’est jamais prononcé. N’ayez crainte : le ton est résolument gai et sans pathos !… Retrouvez le billet complet de Carole sur son blog.
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Un livre plein d’émotions. On ne saisit pas dès les premières pages l’ampleur émotionnelle de ce roman. Petit à petit, à travers plusieurs personnages on découvre l’amitié, la maladie et l’amour. Catherine, le personnage principal souffre de trouble de la mémoire jusqu’à mélanger, voir oublier les personnages et souvenirs qui l’entourent. Mina, l’ami, l’agent (Catherine est comédienne) prend soin d’elle, devient son pilier dans la vie quotienne. L’amant quant à lui, n’assume pas sa relation avec la comédienne et semble désemparé par ce qui arrive à Catherine. Le roman est découpé en petits tronçons dans lesquels chaque personnage s’exprime. Un même événement est donc raconté et vécu différemment. On se rend compte que cette maladie est parfois encore plus difficile pour l’entourage que pour le malade qui finalement “se réinvente” sans cesse. L’émotion est vive et présente tout au long du roman. L’écriture est simple, directe, le roman est court mais précis. Une belle réussite ! – Nina Busson-Boulonne
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On trouve une force vive, flamboyante chez cette demoiselle, dès les premières pages. Puis, l’on se rend compte qu’on essuie les paillettes d’un éclat révolu. Toujours présente physiquement, l’héroïne nous sème et nous échappe, se perd elle-même dans les méandres de ses pensées, de l’autre côté du miroir. L’alternance des points de vue est un bon choix narratif qui permet de découvrir peu à peu la présence de la maladie et son destin irrémédiable. La plume est émouvante et élégante. Sobre, elle se révèle autour de très beaux passages ; il s’agit d’un texte léger malgré la colère omniprésente qui y règne. Ce fut pour moi une lecture écho, j’ai eu un coup de foudre pour le roman Kumiko d’Anna Dubosc, il y a quelques mois, relatant lui aussi la descente aux enfers de la maladie d’Alzeihmer. Dans son livre, comme dans celui de Pascal Lécosse, on y trouve une urgence, une impuissance et toutes les émotions universelles qui y sont liées, que nous, lecteur, ne pouvons que subir de plein fouet. Et puis, le choix du personnage de Mina, met en avant la fidélité, l’amitié entre ces deux femmes, unies dans la lumière et l’ombre, mais aussi la solitude. Pascale Lécosse met en avant également la fourberie des relations humaines à travers le personnage de l’amant qui n’officialisera jamais son amour pour la belle comédienne mais aussi celui de la voyante qui semble être juste une oreille dans la vie isolée de l’héroïne. Mademoiselle, à la folie ! est un roman plein d’émotions rappelant à quel point la vie est à vivre dans l’instant, dans l’importance des relations humaines de la véracité et du combat. – Anne Richard

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Il serait simple de parler de déchéance et de décrépitude sur ce sujet, mais ce n’est pas ce que l’on ressent à la lecture de ce roman sincère et pudique, qu’on se surprend à lire presque avec légèreté malgré la gravité de la réalité qu’il dépeint… Lire le billet entier de Claire Séjournet sur son blog

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Voici une belle découverte que ce petit livre qui nous parle avec beaucoup de pudeur de la maladie d’Alzheimer, de la transformation qu’elle opère sur les malades, modifiant leur rapport aux autres et au monde. Un bouleversement d’autant plus fort lorsque la maladie atteint des personnes encore jeunes, actives, brillantes. C’est drôle, sensible, et toujours juste. La narration est rythmée, nous faisant partager des moments de vie de cet inexorable voyage. Le sujet est grave mais Pascale Lécosse réussit à la traiter avec délicatesse et sans misérabilisme. Une très belle lecture. – Nathalie Ghinsberg
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La brièveté m’a d’abord un peu inquiétée : à peine 125 pages ! Certes, l’auteure a commencé à écrire comme dramaturge et le format théâtral est court, mais tout de même… Mes craintes se sont progressivement estompées à la lecture. Nous retrouvons ici un ton de comédie, autour de scènes dialoguées efficaces, bien menées, à la limite de l’humour et du tragique, d’une légèreté salutaire qui évite l’écueil d’un pathos où il serait facile de tomber… Lire la chronique très détaillée d’Aline Raynaud sur Babelio

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D’emblée la couverture rouge et le titre captent le regard, l’ensemble est sobre et efficace, à l’image de ce premier roman fulgurant, aussi bref qu’intense. Pascale Lécosse maîtrise à la perfection l’art de la fugue à travers le portrait de son héroïne, Catherine, acclamée par le public et la critique, à l’apogée de sa carrière, dont la mémoire – ironie du sort pour une comédienne – s’enfuit inexorablement un peu plus chaque jour. A la manière d’un drame antique, avec une unité d’action et de lieu savamment maîtrisées, nous assistons entre légèreté et gravité à l’automne d’une vie, sans fioritures ni pathos. L’histoire fait la part belle à la relation fusionnelle et passionnelle qu’entretiennent Catherine et Mina, son accompagnatrice des jours pluvieux et radieux, gardienne jalouse du temple, décidée, envers et contre tous, à protéger celle pour qui elle a sacrifié sa vie. Le rideau va bientôt tomber, nous le pressentons dès les premières lignes, mais les lumières continueront à briller sur la scène désertée, à briller grâce à l’aura d’une femme libre et décadente qui se sera donnée corps et âme à son public, au risque de se perdre elle-même… – Catherine Pautigny

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A lire également, les billets des lecteurs directement sur leurs blogs respectifs : « Lu d’une traite » par Anne-Marie Gabriel, « Une très jolie découverte » pour Anne Leloup, « Un roman qui se lit vite (peut-être trop ?) » pour Pati Vore, « Une lecture mitigée » pour Violaine, « Tout simplement bouleversant » pour Joëlle Guinard

 

Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer

Depuis sa sélection, ce premier roman a réussi l’exploit de se faire remarquer à peu près partout, lauréat du Prix Stanislas et finaliste du Prix du roman Fnac entre autres. Une lumière bienvenue pour un livre qui apporte sa pierre à l’exploration d’une période noire que nous n’avons pas fini de décortiquer.

Ces reves qu on pietine

Des rêves ? Qui n’en chérit pas quelques-uns ? Dans ce roman, il y a les rêves d’un père qui attend un signe de sa fille, ceux d’une jeune-femme qui veut exister aux cotés des puissants, ceux d’un homme qui a faim, d’une mère qui protège sa fille et ceux d’un auteur qui espère un monde plus humain… Découvrir le billet de blog de Bénédicte Junger.

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Ce qui se joue devant nous pourrait être le dernier acte d’une pièce de théâtre tragique. La fin d’un monde, les dernières heures avant le point de chute. Oui, mais voilà, la tragédie dont on parle, nous la connaissons, c’est celle de la Seconde Guerre mondiale, celle des camps. Ce sont les dernières heures du régime. Les troupes allemandes sont prises en étau entre les communistes à l’est, et les américains qui débarquent à l’ouest. C’est la fin du IIIe Reich, la fin d’un monde.
Le fil rouge de ce roman est un carnet contenant les témoignages de dizaines de prisonniers d’un camp. Parmi eux, Richard Friedländer, le père adoptif de Magda. Ses lettres, comme tant d’autres, s’abîmeront dans un silence assourdissant. Fela et sa petite fille Ava en seront les gardiennes.
Pendant que les soldats allemands « vident » les camps dans un dernier sursaut de violence avant la chute, Hitler et les derniers dirigeants du parti se terrent dans leur bunker, comme les acteurs d’une mauvaise farce, grotesque mise en scène de leur échec dans un temps qui s’étire et qu’ils occupent en fêtes ridicules et cyniques, pendant que les bombes pleuvent sur Berlin, juste au-dessus d’eux. Magda Goebbels est là aussi, attendant que la fin vienne, observant ses enfants et leur innocence, se remémorant sa propre ascension. Sa voix fait écho aux lettres de Friedländer, comme un terrible monologue intérieur qui la conduira à sa chute.
Ce livre est magistral, bouleversant à plus d’un titre, et parfaitement maîtrisé. Un premier roman de haute volée et indispensable, qui redonne une parole individuelle à cette guerre. Mais ne vous y trompez pas, il s’agit bien d’une fiction. Les lettres, les pensées de Magda, tout est inventé. Et c’est bien là qu’est le talent de Sébastien Spitzer, une plume à suivre, donc. – Amélie Muller
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Parce qu’inéluctablement l’histoire se répète, parce que l’oubli se fait toujours plus menaçant, il faut lire ce magnifique premier roman de Sébastien Spitzer.
Son livre, extrêmement bien documenté, nous plonge sur les routes d’Europe et à Berlin, à la fin de la seconde guerre mondiale. La défaite des allemands est toute proche mais pour autant, le calvaire des survivants des camps est loin d’être terminé. Des camps qu’il faut évacuer, nettoyer. Ne pas laisser de traces. Aussi, ceux qui restent encore, les rescapés de mois de torture et de privations plus abominables les unes que les autres, sont déplacés, terrifiés pour avancer, certains jusqu’à une grange. Incendiée.
« Les rêves s’effondrent quand ils deviennent passionnants. Quand ils nous crochent, nous happent, sans prévenir ».
Ces rêves piétinés, ce sont ceux d’Aimé, de Judah, de Fela et de tant d’autres, qui ont espéré jusqu’au bout, qui ont tenu grâce à la perspective de la fin du cauchemar et à la promesse d’une vie meilleure. Mais c’est avant tout le rêve d’un père, qui a aimé sa fille plus que tout, en vain. Cette fille n’est pas n’importe laquelle : elle s’appelait Magda. Première dame du IIIe Reich, Sébastien Spitzer nous la fait découvrir sous un jour nouveau, celle d’une femme déchue, vivant ses dernières heures dans le fameux bunker qui a abrité Hitler et ses proches jusqu’à leur disparition. Après un premier mariage dont est issu son fils adoré Harald, elle épousa le bras droit d’ « oncle Adolf », le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels. Alors que les russes étaient dans Berlin, bombardée sans relâche, Magda vécut cette fin de guerre, entourée de ses six enfants, recluse dans cette prison et emportant avec elle ses secrets. Parmi eux, un père, Richard Friedländer, l’un des premiers juifs raflé et déporté qu’elle aura laisser mourir à petit feu à Buchenwald. De leur relation, il ne reste presque rien, juste quelques lettres, celles de Richard à Magda, qu’une petite fille aura conservées dans un rouleau de cuir, à travers les épreuves, comme les derniers témoins d’un amour absolu à sens unique. Bien pire que les rêves évaporés, il y a l’oubli. Ce néant qu’incarne si bien Magda et que seule l’histoire, les écrits peuvent vaincre. Alors, pour ne pas oublier, pour ce père délaissé, pour Ava, il faut lire ce formidable roman !Julie Vasa
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Si je devais choisir un mot pour résumer ce livre, j’écrirais : Noirceur. Voila un livre dur, douloureux à lire, que j’ai au début failli abandonner plus d’une fois. Un livre morbide, violent, dégoulinant de haine, mais un livre nécessaire. J’ai cherché les miettes d’humanité, à travers les lambeaux de vie de tous ces personnages, Judah, Fela, Lee, et tant d’anonymes, tournoyant comme des fétus de paille dans les bourrasques de La Grande Histoire. J’ai vu deux mères, leur amour pour leurs enfants. Au risque de choquer certaines, qui peut dire que l’amour mortifère de Magda est moins fort que celui de Fela ? Il m’a fait penser aux suicides collectifs des sectes apocalyptiques ou aux meurtres compassionnels des mélancoliques. Aussi, quelle dose d’égoïsme mène t’elle à préserver la vie d’un nouveau-né dans un camp de concentration ? Tout peut se concevoir, car tout est vrai, même l’innommable, tout a eu lieu et encore bien pire. Le plus terrible, c’est d’accepter d’avoir, comme chaque humain, toute cette saleté au fond de moi. Et me voilà seule avec mes questions, après la dernière page du roman, après l’impressionnante postface et les remerciements émouvants : si cette lecture a été aussi difficile pour moi, qu’en a-t-il été de l’écriture ? Pourquoi ce livre, qu’est-ce qui a fait que Sébastien Spitzer en soit venu à écrire un texte pareil ? Que souhaiterait-il qu’on comprenne, qu’on en retienne ? Pourquoi Martha, pourquoi Ava ? Et lui, Sébastien Spitzer, quels rêves fait-il ? – Adèle Binks
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Au risque de faire mentir le pari lancé par Dame Charlotte, j’ai le regret d’avouer que ce premier roman ne m’a pas transportée et ne recueille pas les éloges, pourtant nombreux, auxquels j’aurais pu associer ma voix. Je ne me lancerai pas dans le «pitch» dont certains parmi vous, nous gratifiez, car tout est dit et bien dit. Alors pourquoi ? Le style, indubitablement. Voilà ce qui m’a déplu et empêché de me sentir proche de l’univers, des personnages, de ce qu’ils vivent dans leur chair au plus profond d’eux-mêmes. Cette propension à marteler des phrases courtes, taillées dans le roc, invariablement, systématiquement, comme un exercice de style imposé, excluant tout pathos au cours des 300 pages, a failli me faire abandonner la lecture avant la fin. L’impression d’être constamment en apnée, sans pouvoir respirer ni être impliquée, touchée, dans ce qui se joue autour de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Magda Goebbels est restée une énigme. Son suicide tout autant, trop méthodique, sans emphase «et un voile reste dressé entre le geste et son moteur intime» comme le dit si bien l’auteur dans sa postface. Dommage, je partais confiante dans cette lecture mais mon rêve a été piétiné. – Cécile Rol-Tanguy
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 C’est vrai que je suis très exigeante, cette époque torturée et torturante me hante, et réveille toutes mes craintes, et c’est vrai aussi que le traitement froid et chirurgical de la fin du Reich est parfaitement maitrisé et quel le double éclairage donné est efficace. Mais je n’ai pas succombé, Magda Goebbels est tellement abominable et cruelle qu’elle en devient inhumaine et donc difficile à accepter, si ce n’est en distance. Trop de folie et d’insensibilité ont eu raison de ma sensibilité. Les lettres d’un père, juif captif, à sa fille Magda sont émouvantes, un peu prévisibles, mais restent vaines, y compris dans leur écho possible. La petite Ava, rescapée des camps et ultime passeuse de cette correspondance désespérée et ultime témoin de l’horreur organisée est la seule qui m’a émue, vraiment, car elle est dans un silence plein d’une force vitale très bien transmise par l’auteur . Je pense aussi que le cumul de tous les écrits sur cette page d’histoire ont peut être aussi saturée ma capacité de révolte ou de partage. Désolée, ce livre a frôlé la perfection, mais je n’ai pas réussi à vibrer.  – Martine Magnin
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Lisez ce roman, partagez-le. Cette chronique pourrait se résumer à la scansion de ces neuf syllabes. Bien plus qu’un roman historique sur les derniers jours de Magda Goebbels et l’innommable calvaire des survivants de l’enfer des camps jetés sur les routes encadrés par des soldats qui ont perdu toute humanité, ce récit est un cri contre l’ignominie des hommes, et l’appel désespéré d’un père – Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs – à sa fille, qui n’est autre que la femme la plus puissante du IIIe Reich. Construit autour des lettres de ce père contenues dans un rouleau de cuir qui voyagera de mains en mains, passage de témoin de la mémoire collective de tout un peuple opprimé par le nazisme ; ce premier roman saisissant laisse une empreinte indélébile longtemps après l’avoir refermé. Une lecture nécessaire pour ne jamais oublier. Une lecture nécessaire pour lutter contre la montée des extrémismes et l’obscurantisme qui rongent aujourd’hui encore notre société. Une lecture salutaire. Merci Sébastien Spitzer, merci. – Catherine Pautigny
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Livre dur, attention. On suit en parallèle la vie dans les camps en suivant Juddah, Fela et Ava, 3 personnes victimes du nazisme avec ses horreurs et atrocités et le parcours de Mme Goebbels et ses 6 enfants… On les suit au travers des années de guerre dans leurs vies parallèles mais si différentes : entre l’opulence, les mondanités d’un côté et les souffrances, privations d’un autre..; mais à la fin, l’Histoire retourne les choses : la vie est laissée aux rescapés des camps et la mort est la seule issue vue par Mme Goebbels pour sauver la face. Ce livre est fort intéressant mais dur et difficile à lire par moments et pourtant je suis une habituée de ce genre de livres car c’est une période historique que j’adore et qui m’intéresse beaucoup (peut être est-ce mon sang alsacien qui m’influence??). L’écriture est en correspondance totale avec les épreuves, jamais larmoyante mais incisive comme les évènements vécus par chacun.. Une découverte. – Marie Heckmann
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Lire également les billets des lecteurs directement sur leurs blogs : Une très belle histoire de l’Histoire pour Vanessa ; Un livre fascinant par son sujet pour Anne Leloup ; Poignant mais porteur d’espoir pour Dominique Sudre ; Un premier roman audacieux pour Amandine Cirez ; Un roman qui va creuser dans l’âme des personnages les raisons qui les font agir pour Henri-Charles Dahlem ; Un énorme coup de coeur pour Joëlle Guinard ; Convainquant et marquant pour Nicole ;

Imago – Cyril Dion

Cofondateur avec Pierre Rahbi du mouvement Colibris, Cyril Dion nous offre un roman « monde » dans lequel il propose quelques clés de compréhension des colères qui transforment notre terre en un vaste terrain de guerre. Brutal et poétique. Tragique et utile.

Imago

En prenant pour toile de fond le conflit israélo-palestinien, l’auteur nous propose quelques fragments de vie de quatre personnages touchés par ce drame. Nadr et Khalil sont frères et vivent dans la bande de Gaza. Si le premier aime les livres et les poèmes, Khalil, très tôt attiré par la violence se rapproche du Hamas et se laisse peu à peu embrigader par les forces du Djihad pour gagner la France et y commettre l’irréparable. Fernando Clerc, depuis son bureau parisien travaille pour une institution internationale, proche du FMI, chargée de procurer des fonds aux nations en voie de développement. Amandine, mère désespérée préfère vivre seule, en forêt, pour tenter de préserver le peu d’espoir qu’il lui reste. Il est difficile d’en dire davantage. «Imago » est une histoire qui se dévoile peu à peu à travers des destins brisés. Cyril Dion signe un premier roman captivant, porté par une écriture percutante. Une réelle réussite. – Isabelle Purally

Je connaissais Cyril Dion par le mouvement auquel il appartient et qu’il co anime avec Pierre Rahbi., « Le Colibris » et par sa réalisation avec Mélanie Laurent du documentaire « Demain ». Film qui parcourait le monde et qui décrivait avec beaucoup de délicatesse, poésie, humanité des initiatives citoyennes pour préserver et sauver la planète. Lors de soirées débat, j’avais déjà pu apprécier la plume poétique de Cyril Dion. Cette fois, il s’agit d’un roman et d’un premier roman. Ce livre est très touchant et il parle de quatre personnages qui nous touchent car ils sont très proches de nous. Avec une belle écriture, Cyril Dion nous décrit la vie, la survie et notre rapport à la société, à son évolution. Grâce au romanesque, l’auteur nous parle « indirectement » de ses combats : il parle de la Palestine et de la survie de ses habitants et de la complexité de ce pays et de ses habitants. le portrait des deux jeunes frères est criant de réalisme. Fernando, le haut fonctionnaire d’une institution « humanitaire », qui distribue des aides aux pays en voie de développement, mais tout cela de son bureau aseptisé parisien avec l’aide de statistiques et de tableaux de chiffres  est aussi un portrait très réaliste. Il y a aussi un beau portrait de femme, mère, qui a décidé de s’isoler dans la montagne après avoir tenté de comprendre et appréhender le monde. Un livre politique, au bon sens du terme, poétique, avec une belle écriture, humain, avec des descriptions de personnages avec leurs doutes, leurs espoirs, leur humanité. de belles rencontres les uns avec les autres. Un livre d’espoir et de croyance en l’humain, sans pathos.
Un premier roman qui nous interpelle, nous touche. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire. – Catherine Airaud

Je n’aime pas souvent les romans traitant des sujets d’actualité. Le dernier a m’avoir vraiment touché était « Nous traverserons ensemble » de Denis Lemasson qui traitait de la vie et des espoirs des migrants. Imago n’a pas réussi à m’impliquer autant et pourtant le sujet m’intéressait. Les quatre personnages principaux sont tous liés et en même temps parfaitement isolés dans leurs quêtes et leurs angoisses. Aucun de parvient à sortir de son rôle qui semble préétabli par sa naissance, aucune ouverture, aucune porte de sortie ne semble leur être proposé, pas de sauvetage possible. Reste un sentiment profond de solitude et le poids énorme du destin inéluctable. Un sentiment en demi-teinte pour ce roman par ailleurs très bien écrit. – Emmanuelle Coutant

Je découvre Cyril Dion et son premier roman, Imago, grâce aux 68 premières Fois.
Le titre vient du mot qui désigne le dernier stade d’évolution de la larve ou de la chrysalide qui devient papillon ; pour les lépidoptères, c’est le stade de reproduction et de dispersion. C’est l’auteur lui-même qui donne ces précisions sur le choix de son titre…
Personnellement et forte de mes études latines, je partais plutôt sur tout un imaginaire sur la représentation, tant physique que morale, tant concrète qu’abstraite… le dessein de l’auteur et mon interprétation ne paraissent cependant pas incompatibles.
Sur fonds de conflit israélo-palestinien et avec ces quelques réflexions préalables et la quatrième de couverture, je ne m’attendais donc pas à un livre facile. Décidément, pour ma troisième lecture, je commence à trouver que les 68 premières fois ont sélectionné des romans courts, mais sur des sujets graves…  lire la suite de la chronique très détaillée de la lecture d’Aline Raynaud sur Babelio

Comment parler de la guerre civile aux adolescents ou aux adultes des pays en paix ? Sur le ton du conte philosophique, c’est parfait. Amandine néglige son fils aîné Fernando, tombe enceinte de son professeur de fac palestinien, qui lui arrache le bébé à la maternité. Elle a ensuite une autre vie, un autre enfant, deux petits enfants. Mais l’amour maternel, ce n’est pas automatique. Amandine ne parvient pas à aimer suffisamment ses deux autres enfants pour les rendre heureux. Un héros entre deux cultures, c’est un ingrédient sûr pour un bon roman. L’originalité, c’est que Nadr n’a pas d’indices sur sa mère biologique que de rares allusions appellent simplement « la Française ». Comme dans une tragédie grecque, le destin se joue des personnages liés sans le savoir. Le haut fonctionnaire du « Fonds » qui vérifie pour la première fois la réalité du terrain est le demi-frère aîné de Nadr, Fernando, qui avait pourtant supplié ses supérieurs de l’envoyer n’importe où, sauf au Moyen Orient car il a des réminiscences de la liaison de sa mère. Les autres hasards tragiques ne peuvent être dévoilés sous peine de gâcher votre lecture… Le contraste est fort entre le campement chaleureux des bédouins et la froideur des couloirs d’aéroports. Entre la fuite de Nadr par des tunnels mal étayés et les moyens engagés par les employeurs pour récupérer son frère. Comme dans les contes, des personnages secondaires aident le héros ou lui ouvrent les yeux. Jalil révèle tout ce qu’il sait de la naissance de Nadr. Le personnage de l’Egyptien Ali symbolise l’hospitalité, l’entraide, la modération éclairée. Sa fille Samira lui fait prendre conscience des aspirations des femmes. Même Brahim, le vendeur d’armes de la banlieue de Marseille, l’aide par compassion. Le roman comporte de nombreux passages émouvants, principalement quand le lecteur entre dans les pensées de Nadr. Les phrases deviennent même poétiques quand le héros évoque le désert, la Palestine ou ses rêves d’avenir. Puisse-t-il connaître un grand succès et changer la perception de la tragédie palestinienne. – Nathalie Laversin

Bande de Gaza, deux frères, deux rêves, l’un celui de Nadr est porté par les livres et la poésie, et l’autre, plus sombre, celui de Khalil, emporté par les sirènes du Djiad. L’un allant sur les traces de l’autre jusqu’à la banlieue parisienne pour l’empêcher de commettre le geste irréparable. Roman sombre, même s’il est maîtrisé, m’a laissé dans un sentiment de non retour, de tristesse et ne m’a pas donné ce coup de poing que j’attendais à la lecture des premières pages. – Philippe Hatry

Imago est un roman noir qui nous ouvre les yeux sur une vérité semblant lointaine, aujourd’hui, pour nous : la réalité de la guerre. Celle qui oppose depuis des décennies Palestiniens et Israéliens. Imago raconte l’engrenage qui mène à la vengeance aveugle et au terrorisme
Le palmarès de Cyril Dion (Co-créateur du mouvement alternatif Colibris avec Pierre Rabhi et co-réalisateur avec Mélanie Laurent du superbe documentaire Demain) laissait présager un récit vrai, dur mais humain sur ce drame et les conséquences qu’il peut avoir de l’autre côté de la Méditerranée, en Europe. Quatre destins : deux frères Palestiniens subissant la guerre et toute les atrocités, visibles et invisibles, qu’elle laisse derrière elle. Une femme que l’on a dépossédé d’un de ses enfants et qui délaisse les autres. Un homme qui pense être le sauveur des populations en danger du haut de sa tour d’argent. Chacun aspirant à la rédemption et la liberté. Leurs drames et désillusions qui se déroulent en parallèle, les poussant à se chercher et puis….
Et puis, il y a la beauté cachée sous les bombes, la famine, la douleur et la mort. La Nature avec ce qu’elle a de plus brut vient régulièrement contrecarrer l’horreur, laissant une porte ou bien une fenêtre ouverte sur un Espoir. Et puis, la nature humaine n’y est pas dépeinte que dans sa noirceur puisqu’au travers de la poésie et de certains actes des protagonistes, humanité et bienveillance percent l’obscurité du récit.
Ce premier roman est d’une beauté cruelle et froide qui créera forcément un malaise chez le lecteur. Celui de la vérité qui dérange, que l’on ne veut pas voir bien confortablement assis dans nos vies tranquilles et opulentes. En filigrane, Cyril Dion pose un regard objectif sur la civilisation moderne, sur son manque d’engagement, sa perte de valeurs, de sensibilité et sa soif de consommer. Il nous ouvre les yeux sur les conflits géopolitiques et comment chaque participant y trouve son propre intérêt. Et puis, au milieu de cette brutalité, il y a de la finesse ; celle de l’auteur à démontrer que les choses sont complexes, qu’il est difficile, comme il le dit lui-même, d’avoir un avis tranché sur ces conflits. Également la justesse de l’auteur à décrire ce que les guerres engendre à l’échelle mondiale, national et individuelle.
Imago est une perle noire enfouie sous les gravas d’un désastre réel. Une pépite dont l’amer éclat bouleversera ou rebutera chaque lecteur mais qui, indéniablement, l’éclairera sur ce que le monde est aujourd’hui. – Laetitia Zunino
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« Je n’ai rien à défendre que mes os et la gloire de ma terre. Mais d’autres enfants sauront en entendant mon histoire que la Terre est plus grande que les humains qu’elle porte… ».
Le sujet est captivant, l’écriture est belle, le propos est tellement d’actualité qu’on ne peut s’en désintéresser et que je suis allée au bout du roman. Mais le fil conducteur est très tourmenté et m’a laissée inquiète mais pas vraiment conquise. Les personnages se croisent et se perdent sans jamais aboutir, j’attendais sans doute une issue trop facile que je n’ai pas trouvée. Les personnages laissent peu d’espoir mais la prose de Cyril Dion me donne néanmoins envie de lire ses futurs romans. – Karine Godo
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A lire également sur les blogs des lecteurs  : Gros coup de cœur pour Anne Leloup, un regard nécessaire pour Framboise Lavabo ; un livre indispensable pour Héliéna Gas ; un très bon livre de la rentrée pour Anne-Marie Gabriel ; une histoire tragique et triste dont il n’est pas facile de parler pour Joëlle ;

 

 

Les 68 premières fois à la Fête du livre de Merlieux

Nous l’avons souvent dit : ce sont avant tout les lecteurs qui font des 68 premières fois une belle et chaleureuse aventure. Ils lisent, ils s’émeuvent, s’enthousiasment ou s’indignent, ils portent les livres qu’ils aiment et se déploient dans tous les lieux qui rassemblent autour de la littérature et de ceux qui la font. Ce sont des passeurs, des petites fourmis dont les travaux mis bout à bout parviennent parfois à faire des miracles. Parmi eux, il y a Sophie Gauthier, dite Merlieux l’enchanteur en raison de son implication active dans l’organisation de la Fête du livre de Merlieux.

68_Merlieux affiche

Chaque année depuis 25 ans, les villages de Merlieux et Fouquerolles dans l’Aisne se transforment en une immense librairie à ciel ouvert et accueillent auteurs, éditeurs, bouquinistes, librairies locales autour d’animations, de rencontres et de manifestations où la convivialité est le maître mot. Ambiance champêtre et bonne chère font de ce rendez-vous annuel de fin d’été ou de début d’automne un événement unique où toutes les littératures sont représentées. Derrière la décontraction apparente se cachent un professionnalisme et une abnégation sans faille d’une armée de bénévoles passionnés qui ont à cœur de veiller à la réussite de chaque édition. Un collectif qui supervise également toute l’année l’organisation du Prix Merlieux des Bibliothèques, de la première sélection des romans à partir de la Rentrée littéraire de septembre au choix final des bibliothèques de la liste des 5 finalistes qui seront départagés par les lecteurs.

68_Merlieux auteurs

Pascal Manoukian, Julie Moulin et Jean-Marc Ceci

Il est peu de dire que La fête du livre de Merlieux et les 68 premières fois partagent beaucoup de choses. Comme le dit si bien Sophie Gauthier :  «  la fête du livre telle que nous la concevons et les 68 premières fois partagent en quelque sorte le même « esprit  » et défendent des valeurs similaires : porter la lecture vers les publics empêchés, susciter le désir de lire, de partager, d’échanger et semer des petites graines d’humanisme et de générosité ». Nous partageons également un « chouchou » en la personne de Pascal Manoukian dont Les échoués a enthousiasmé les lecteurs de l’édition 2015 des 68 premières fois avant de remporter le Prix Merlieux des Bibliothèques 2016 dans la foulée. Alors cette année, les 68 premières fois étaient aussi présents à Merlieux grâce à l’initiative de Sophie et à la présence de certains auteurs des sélections 2016 et 2017 (Julie Moulin, Sandra Reinflet, Jean-Marc Ceci, Gilles Marchand… et bien sûr Pascal Manoukian chargé de remettre le prix à son successeur).

68_Merlieux

Les 68 premières fois étaient à l’honneur ce week-end à Merlieux, grâce à un petit coin dédié et surtout une mise en avant des premiers romans de la sélection. Une belle manifestation de solidarité entre passionnés animés par la même envie de faire découvrir de nouvelles plumes au-delà des salons feutrés du Paris littéraire. Il y avait du soleil, des amis, des nourritures pour le corps et l’esprit…

Même Jean-Marc Ceci (68 premières fois promotion 2016) le dit : « Merlieux l’Enchanteresse… Des accueillants souriants m’ont rempli de mots gentils, ils m’ont guidé à travers les rues où je me suis perdu trois fois et où les livres débordaient de partout ! Il y a régné un sentiment de convivialité et de bien-être, j’y ai retrouvé des gens radieux que j’apprécie et j’ai rencontré de belles personnes. Je suis parti chargé d’attentions délicates et du souvenir de mots tendres qui résonnent encore en moi. Merci l’Enchanteresse… »

Quant à Sandra Reinflet (68 premières fois promotion 2017), on dirait que l’expérience ne lui a pas déplu : « J’ai quitté les dorures d’un salon bourguignon pour traverser la France, vers le Nord, vers Merlieux (l’Enchanteresse, parait-il). Il était tôt et ma tête était en l’air, ou en tout cas, ailleurs, mais j’avais promis, alors, je me concentrais sur les kilomètres qui défilaient et me rapprochaient de la fête. Parce que c’est bien de fête qu’il s’agit. À l’arrivée, un groupe de petits hommes verts plus extravagants qu’extraterrestres attendaient et guidaient les visiteurs vers leur planète à histoires. Ici, pas de crus classés, mais une classe du crû. Sophie et ses bénévoles trois étoiles ont mitonné pour nous leurs spécialités, nos mots nous ont précédé (la veille au soir, des lecteurs ont prêté leurs voix à nos pages), et le public vient éclairé. Quelle joie de signer des livres couverts d’un plastique d’écolier, parce qu’ici la littérature est aimée, protégée, partagée. « Ne parle pas aux inconnus » est en bibliothèques. Déjà les doigts ont laissé des marques, des empreintes. Là une page cornée, ici la trace d’une goutte d’eau échappée d’un verre ou, qui sait, d’une paupière… Je n’ai passé que quelques heures à Merlieux, mais, nul besoin d’apparats, ou d’apparences, ce petit salon là parle au coeur. Enchanteur, c’est exactement ça. Merci ! »

Vivement l’année prochaine !

(en attendant, vous pouvez vous amuser à dénicher les chroniques de Sophie/Merlieux qui truffent les pages du blog car, lorsqu’elle ne s’occupe pas de la Fête du Livre, elle lit et chronique tous les premiers romans de la sélection)

 

Lecteur des 68 premières fois, qui es-tu ?

Il y a quelques mois, un livre nous confiait ses impressions sur l’aventure des 68 premières fois. C’est aux lecteurs que nous donnons la parole aujourd’hui enfin à quelques-uns parce qu’ils sont plus de cent à avoir participé au moins à une édition depuis 2015, chaque session rassemblant entre 50 et 75 personnes, dont de nombreux récidivistes.

Le lecteur est souvent une lectrice et… cela se vérifie dans cette aventure où les spécimens mâles sont très minoritaires et d’autant plus choyés (n’est-ce pas messieurs ?). Certains sont là depuis le début, d’autres ont vaincu leurs appréhensions ou leur timidité et intégré le groupe en janvier. Certains ne ratent pas une édition, d’autres s’octroient des pauses pour s’adonner à d’autres littératures avant de revenir goûter aux nouvelles plumes. Ils sont aux six coins de l’hexagone et parfois même légèrement au-delà des frontières. Grâce à eux, La Poste revit et voit fleurir dans les boîtes aux lettres des colis joliment décorés et colorés. Ils lisent toute la journée ou pendant les moments de pause glanés sur leurs multiples occupations. Ils lisent à leur rythme et ce qui les réunit est une même passion pour la découverte de nouveaux auteurs, de nouveaux textes et cette secrète envie de tomber amoureux.

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Les accessoires indispensables de Karine

Parmi eux, il y a Geneviève, retraitée depuis quelques années entre Annecy et Montpellier. Joëlle, lyonnaise d’adoption et bretonne d’origine, dont la retraite récente a été l’occasion de donner libre cours à sa passion et de multiplier les activités autour du livre. Amandine, la benjamine du groupe, lilloise, férue de musique et de bon vin. Karine, lectrice du bout du monde depuis son Finistère ou encore Henri-Charles, notre homme de l’est, ancien critique littéraire qui l’exerce désormais pour son propre plaisir (et le nôtre).

Pour eux, la lecture est une passion mais qui ne se traduit pas tout à fait de la même façon. Geneviève confie son rapport charnel aux livres « Si j’aime la lecture, j’aime encore plus les livres. J’aime tourner les pages, sentir le papier, découvrir la typographie, la mise en page. » , tandis que Karine en parle comme d’une promesse « Les livres sont des émois, des voyages, des coups de poing, des cœurs serrés, consolés ». Si Joëlle se dit boulimique depuis toujours et Henri-Charles passionné depuis ses premiers « bibliothèques vertes », Amandine avoue que cette passion n’était pas innée, la lecture a longtemps été une contrainte imposée par les études, jusqu’à la révélation. Depuis, « les livres sont devenus un moyen de me cultiver, de m’évader, de m’enrichir sans cesse et surtout de pouvoir partager ».

C’est grâce aux réseaux sociaux qu’ils ont connu l’aventure des 68 premières fois, soit via l’appel initial de Charlotte en 2015, soit par des blogueurs participant qui évoquaient leur parcours et leur ont donné envie de s’y essayer à leur tour.

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Le fauteuil de lecture de Geneviève

S’ils viennent pour découvrir de nouvelles plumes (« c’est excitant » nous dit Amandine, « C’est un peu comme être le premier à poser ses pas dans de la neige fraîche » confie Geneviève, « c’est une vraie satisfaction de prendre un auteur à la source et de le mettre en lumière » se réjouit Henri-Charles), ils restent pour les échanges, les amitiés qui se créent entre lecteurs voire parfois avec les auteurs. Pour Joëlle, « les échanges avec les autres membres, les petits mots joints aux envois, les rencontres avec d’autres passionnés qui débouchent parfois sur de belles amitiés » voilà ce qui l’attache à ce groupe. Geneviève ne dit pas autre chose : « il (ce groupe) est devenu ma famille, les échanges, les attentions, l’amitié au-delà des points de vue divergents… ». Quant à Henri-Charles, il trouve dans l’aventure le moyen de pallier la relative solitude du blogueur en l’intégrant dans une sorte de famille.

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Les compagnons de lecture de Joëlle

Reste l’écriture de la chronique. Pour les blogueurs rompus à l’exercice il y a parfois une difficulté à parler d’un livre que l’on n’a pas apprécié ou, au contraire, qui a provoqué un trop plein d’émotions. Amandine avoue qu' »il n’est pas toujours évident de trouver les mots justes surtout pour parler d’un premier roman qui est aussi une première naissance ». Mais c’est encore plus compliqué pour les novices. Karine parle d’« un cœur battant, de la pression que je me mettais toute seule à l’idée de mal faire » ou encore de la difficulté d’« assumer et autoriser ma parole comme légitime dans ce qu’elle a à dire et donner de soi ».

Quand on interroge les plus anciens sur leurs meilleurs souvenirs de l’aventure, beaucoup citent la soirée de clôture de l’édition 2016 en décembre dernier en compagnie d’une douzaine d’auteurs. Des rencontres précieuses, du temps pour se parler, des coups de cœur littéraires qui se transforment parfois en coups de foudre amicaux, des relations qui pour certains continuent sur les réseaux sociaux ou à l’occasion de salons du livre sur lesquels les lecteurs des 68 premières fois se pressent toute l’année, munis de leur outil de reconnaissance, le fameux sac.

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Le coin lecture d’Amandine

Les 68 premières fois… une drogue ? « Je ressens une petite dépendance à cette aventure, à regarder chaque jour dans ma boîte aux lettres quelle surprise m’attend, ouvrir l’enveloppe comme s’il s’agissait du matin de Noël, découvrir les petits mots toujours adorables des aventuriers(ères) et voir quel nouveau roman m’attend ». On dirait bien qu’Amandine a attrapé le virus…

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Merci infiniment à Geneviève, Joëlle, Karine, Amandine et Henri-Charles d’avoir pris le temps de répondre à quelques questions. Nous aurions aimé publier leurs réponses de façon exhaustives mais il faudrait plutôt songer à en faire un livre… Leurs chroniques sont à découvrir au fil des pages de ce blog, tout comme celles des autres lecteurs tout aussi passionnés et inspirés.

Vous pouvez également découvrir leurs blogs respectifs : leslivresdejoelle, macollectiondelivres, livresselitteraire et le petit dernier memo-emoi créé par Geneviève qui a pris goût à l’écriture de chroniques.