Baïkonour – Odile d’Oultremont

“ Personne ne ressuscite personne. Il se serait réveillé avec ou sans moi. Il n’y a pas, il n’y a jamais de miracle, il n’y a que des vivants ou des morts. Les morts on les enterre, les vivants on en prend soin.”

Baikonour

Baïkonour c’est un bateau. Amarré, manœuvré, malmené, chaviré puis remisé au fond d’un hangar en tôle. Nature morte. Ombre déchue. Carbone, cordages, acier. Baïkonour c’est une passion. Passion du large, du grand large, immensité bleu cobalt. Soif des grands espaces. Espace liquide. Grève et ressac. Mais Baïkonour c’est surtout un destin. Celui de deux individus que rien ne présupposait à ce qu’ils se rencontrent et qui se rencontrent malgré tout. D’abord il y a Anka, vingt-trois ans, coiffeuse par nécessité, menue, gracile, qui entretient une amitié presque charnelle avec la mer, un lien de filiation avec l’océan, une fascination. Et puis il y a Markus. Markus ouvrier spécialisé, un peu rêveur, un peu fleur bleue, qui voit la vie d’en haut, depuis le sommet de sa grue. Il scrute, épie, devine les bruits de la rue en contrebas. S’invente une vie. Je découvre avec ce roman l’écriture d’Odile d’Oultremont et avec elle, la tout jeune maison, Les éditions de l’Observatoire. Quelle belle rencontre ! Quand on sait toute la difficulté de se lancer dans l’écriture du deuxième roman – d’autant plus que le premier opus, Les déraisons, avait remporté un vif succès et le prix de La Closerie des Lilas 2018 – de trouver une intrigue nouvelle, différente, une idée originale, on ne peut qu’être admiratif du travail accompli et du résultat. J’ai été ravie de cette belle idée de choisir le métier de grutier avec l’usage de termes techniques, vocabulaire de machinerie, de travaux publics, ravie d’être projetée dans l’univers du chantier en contrepoint de celui de la mer – l’aérien et le maritime, pour mettre en exergue les sentiments et la belle humanité des protagonistes. J’ai aimé ces personnages, leur parcours, leur vécu, leurs peurs et leurs doutes, personnages englués dans le chagrin et la solitude mais qui luttent et gardent espoir. J’ai été charmée par les mots, la douce mélodie des mots et la poésie de l’écriture d’Odile d’Oultremont qui affleure à chaque instant. Baïkonour c’est un coup de cœur. La belle surprise de cette rentrée littéraire. – Sandrine Guinot

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Ce roman est une perle d’écriture, presque poétique. Les mots sont choisis avec soin et c’est beau.
Les personnages sont bien dessinés, décrits. L’histoire est peut-être un brin imaginaire mais c’est ce qui en fait tout son charme.
L’histoire est touchante, émouvante, et pose question.
L’auteure relie deux éléments de la Terre, qui vont finir par se rencontrer d’une manière inattendue, par le biais des deux personnages principaux.
Que d’émotions dans ce beau livre par son écriture et sa couverture… – Emilie Troussier
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Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l’océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu’au jour où la mer lui ravit ce père qu’elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.
Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d’une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma.
Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ?

Baïkonour est un roman entre ciel et mer, entre hauteur et profondeur. Grâce à sa plume aérienne, Odile d’Oultremont aborde tout en subtilité, douceur et mélancolie notre rapport au deuil, à l’héritage et à la renaissance ce, à travers des portraits de gens ordinaires. Le tout est baigné par la houle du Golfe de Gascogne. Baïkonour nous ballotte sur mer et dans les airs. Les personnages centraux que sont Anka et Marcus sont délicatement touchants. L’une l’est parce que bouleversée par la perte de ce père que la mer a englouti, par cette mère qui se réfugie dans le déni. L’autre l’est en raison de sa timidité qui le fera trébucher et le mènera inerte sur un lit d’hôpital. Entre ciel et mer il y a la terre. C’est donc là que deux êtres se trouveront, parviendront-ils ensemble à un certain bonheur ?

Et justement, du bonheur il y en a dans Baïkonour. Bercée par les flots, par les mots, par la poésie d’Odile d’Oultremont, j’ai aimé me promener cheveux au vent sur le port de cette petite ville de Bretagne, côtoyer ces marins pêcheurs, enfiler une blouse à fleurs, me faire chahuter par ces bourrasques du haut de cette grue de chantier. Au fil des pages, l’iode, l’odeur de soupes, de l’ammoniaque, de l’éther m’ont enveloppée. Puis, lorsque l’horizon s’est éclairci, je suis partie. – Fabienne Defosse

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J’avais beaucoup aimé les Déraisons, le premier roman d’Odile d’Oultremont et je n’ai pas été déçue par son deuxième au titre mystérieux, Baïkonour. Rien à voir ici avec une base spatiale ni même la Russie. Il s’agit plutôt de la rencontre de deux solitudes, au destin chahuté, qui n’auraient jamais dû se croiser.
Anka, une jeune femme passionnée par la mer a toujours rêvé d’accompagner son père marin pêcheur à bord de son bateau le Baïkonour. A partir de l’adolescence, ce dernier lui enseigne les rudiments de son métier. Malheureusement, ce père tant aimé disparait en mer. On ne retrouvera que son embarcation désespérément vide. Anka se retrouve alors doublement orpheline car sa mère est dans le déni, refusant obstinément de croire au décès de son mari, ce qui creuse un fossé d’incompréhension entre elle et sa fille.
Markus quant à lui a été abandonné par sa mère quand il était jeune. Son père mène une vie d’oisiveté et ne montre que peu d’intérêt pour son fils, même s’il se rattrapera par la suite. Le jeune homme se lance alors dans un métier qui lui permet de trouver refuge dans les airs et devient le meilleur grutier de France, scrutant la vie des autres du haut de sa tour d’acier.
Comment ces deux êtres, passionnés d’environnements totalement différents vont-ils se rencontrer ?
Un roman lumineux, tout en sensibilité et délicatesse. – Marie-Laure Tournet
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Déjà, j’ai été fascinée par cette belle couverture. Puis, j’ai plongé tête la première dans cette histoire ! Le père d’Anka a disparu en mer, Marcus a un grave accident de travail, leurs vies se croisent et évoluent en parallèle dans une petite ville du Golfe de Gascogne.

Il s’agit du second roman d’Odile D’Oultremont, et je pense que je vais m’intéresser de près au premier, tant j’ai été emportée par ce texte, poétique mais fidèle au réel, qui prend le temps d’entrer dans l’intimité des personnages, sans longueur et sans lourdeur.
J’aime les romans de bord de mer, de marine et de pêche. J’aime aussi les romans de la vie de tous les jours, ceux qui parviennent à transformer en grand récit des évènements de vie ordinaire… J’ai été servie ! – Marianne Lamour

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« On ne crache pas, personne ne crache, sur l’espoir. »
Vladimir Savidan, son épouse Édith et leur fille Anka vivent à Kerlé, petit bourg breton d’à peine 12 437 habitants, proche de Lorient, au bord du golfe de Gascogne.
Le deuxième roman d’Odile d’Oultremont s’ouvre ce jour tempétueux de février 2017 où Vladimir, marin-pêcheur à bord du Baïkonour, disparaît. L’océan a vomi le bateau, englouti l’homme.
Personnage à part entière, l’Atlantique qui, jusqu’au décès de son père, avait pour Anka « tous les attributs de la meilleure amie », dont l’amitié lui semblait « une réalité inébranlable » devient subitement « l’ennemi contre lequel s’armer pour la guerre ».
Alors qu’en l’absence d’un corps à enterrer, Édith s’enfonce dans le déni, Anka entre en résistance, portant seule le deuil de ce père tant aimé. Alors que sa mère, désarmante Pénélope, trompe l’attente du retour en cuisinant chaque jour des litres de soupe qu’elle porte aux marins prenant la mer, Anka, jeune femme fière qui « n’est pas venue pour flancher », « a ravalé ses sanglots ».
Arrivé de son Sud natal quelques jours plus tôt pour un chantier d’un an et huit mois, Marcus est grutier, un métier choisi par passion, « pour les nuances du tableau, inépuisables ». De son poste d’observation à cinquante mètres du sol, il regarde les gens, petites fourmis affairées qui vont et viennent sur la place, jusqu’au jour où il repère le cortège funéraire et cette jeune fille qui entre dans l’océan pour y disperser quelques brassées de fleurs. Depuis lors, Marcus se surprend chaque jour à guetter Anka ; Marcus se surprend à être « amoureux d’une inconnue ».
Si Baïkonour est de prime abord un roman entre mer et ciel, il fallait bien la terre ferme, ce « relais médian d’une chimère ou d’un mirage », pour faire se rencontrer Anka et Marcus. Lors d’une manœuvre de routine qui tourne mal, le voilà plongé dans le coma. Marcus est cet homme stricto sensu tombé du ciel, cet homme cloué sur un lit d’hôpital et dont le silence va accueillir les mots d’Anka, sa colère, son désarroi et ses espoirs, alors qu’elle n’a plus son ami et confident atlantique.
Mêlant présent et passé, avec une délicate économie de mots dont les personnages secondaires ne font pas les frais, Odile d’Oultremont raconte l’histoire de gens ordinaires.
Par petites touches, l’autrice laisse affleurer ici et là de subtiles affinités entre Anka et Marcus, à commencer par leur attachement à la mer, attachement qui remonte à l’enfance. La Méditerranée rédemptrice qui « sauva Marcus d’une chaîne de doutes et d’ennuis » et l’Atlantique, « image parfaite », avec lequel Anka entretenait un « rapport de filiation » avant le drame. Il en est d’autres qui font que ces deux-là ne pouvaient que se rencontrer : la mère de Marcus est partie, le père d’Anka a disparu ; depuis sa cabine, Marcus épie Anka jusque dans son appartement, Anka profite du coma de Marcus pour le scruter à son insu. Je me suis piquée au jeu de dénicher ces correspondances, car ce ne sont pas deux destins que tout oppose, bien au contraire ce sont deux personnes qui étaient faites pour se trouver :
« Ce jour du 11 mai 2017, à peu près au même moment que Marcus Bogat retrouve la vie, Anka Savidan, comme la mer avant elle, tue le père. »
« Le deuxième roman, c’est toute une histoire » écrit Odile d’Oultremont dans ses remerciements. Il est vrai qu’après le très remarqué Les Déraisons, premier roman distingué par le prix de la Closerie des Lilas en 2018, le défi était de taille.
Baïkonour, dans un tout autre style, est un deuxième roman très réussi sur ces liens ténus, fragiles et toujours versatiles qui unissent les êtres, un roman sur la perte que l’on croit insurmontable, sur l’acceptation qui vient pourtant, et sur les rencontres à la fois accidentelles et providentielles qui changent le cours d’une vie, car reste la vie, toujours elle bien sûr, qui ébauche un coin de ciel bleu une fois le grain passé. – Christine Casempoure
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Ah, que la Bretagne est belle dans cette histoire d’amour et d’océan, avec des hommes et des femmes simples et charmants qu’on aime à la minute où on les croise, auxquels il arrive des aventures, certaines tragiques, d’autres loufoques, qui souffrent et qui rient, qui tombent et se relèvent, qui s’entraident et se respectent !..
Les seconds rôles sont bien campés et ne comptent pas que pour du beurre, le vent marin bouscule les grutiers mais il balaie aussi les miasmes et les chagrins des jolies coiffeuses, le deuil peut plomber le quotidien, au final c’est la vie qui est la plus forte. Comme dit l’auteure, « les morts on les enterre, les vivants on en prend soin ».
Jamais mièvres, parfois un peu foutraques, toujours justes et attachants, tous ces personnages sont rendus vivants par une écriture à la fois élégante, précise et poétique.
J’ai l’impression que je n’avais pas pris plaisir avec un texte comme celui-ci depuis, pfiouuuu… longtemps. Quel plaisir de lecture ! Sûr que je vais guetter le prochain livre d’Odile d’Oultremont. – Marianne Le Roux Briet
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Au vu du texte de quatrième, il est absolument certain que je n’aurais pas lu ce roman s’il n’avait été sélectionné par les 68 Premières fois : un homme, une femme, dans une petite ville de Bretagne… et la question qui tue : « Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ? »
Bon, je mets mes préventions de côté, je m’attarde sur la couverture résolument graphique et je plonge…
Et là, jolie surprise, je me laisse tout de suite séduire par l’univers assez poétique de l’auteure et par son phrasé délicat parfois ponctué d’un mot méconnu qui vient titiller le lecteur, comme pour le sortir de la douillette ouate du texte.
Quant à l’histoire, en revanche, pas de découverte inattendue. Faisant fi de la misogynie ambiante, une jeune femme rêve de prendre la mer, qui a pourtant emporté son père. Un homme désespérément seul, sillonne la France, de chantier en chantier où il officie en tant que grutier. Deux êtres écorchés, l’un a perdu sa mère, l’autre son père, les parents restants étant chacun à sa manière un peu perchés, voilà bien de quoi les rapprocher…
Rien d’inoubliable donc ici, mais si l’auteure devait à l’avenir s’emparer d’un sujet moins bateau, nul doute que je retrouverais avec plaisir sa plume singulière et élégante. – Delphine Depras
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Je n’avais pas été particulièrement touchée par les Déraisons le premier roman de l’autrice et j’ai abordé le second avec une petite appréhension.
Et la franchement c’est un joli coup de cœur ! Le sujet est un peu usé c’est vrai mais le traitement est particulièrement poétique et réussi.in
Les personnages sont attachants et leur évolution est bien décrite.
On n’a pas envie qu’ils nous lâchent la main à la toute dernière page.
Un vrai plaisir pour moi. – Emmanuelle Coutant
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Ce livre commence très vite, on est tout de suite dans le feu de l’action.
Vladimir, marin-pêcheur, navigue à bord du Baïkonour, son magnifique bateau.
Malheureusement, ce père de famille va périr en mer. Anka, sa fille, qui l’adorait, ainsi que la mer, portera le deuil. De joyeuse, avant l’accident, elle deviendra triste. Quand à Edith, sa femme, elle ne croira à sa mort que quand elle verra son corps.
Chacune à leur façon, elles feront leur deuil.
Marcus, lui est grutier et opère à cinquante mètres du sol. De son point d’observation, il peut voir la mer, la terre et tous les habitants de Kerlé. Un jour, par distraction, il aura un accident et se retrouvera suspendu à la pointe de la grue et il restera dans le coma.
Comment Anka et Marcus vont-ils résister à ces épreuves ?
L’auteure nous livre un récit poétique entre ciel, terre et mer.
Ce livre nous parle de destins croisés, d’êtres écorchés par la vie, de deuil, de renaissance, d’espoir et de rapports filiaux.
Un roman rempli d’émotion. – Hélène Grenier
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Coup de cœur!
D’emblée séduite par cette écriture riche et inventive, qui dès le premier paragraphe sublime un tragique naufrage en une fin lyrique. Cette magie se reproduira à de nombreuses reprises au cours de la lecture, au point de relire ces passages, rien que pour le plaisir de savourer ces mots et ces phrases.
Mais le récit s’ancre dans une réalité quotidienne que traduisent fort bien les dialogues. l’utilisation du présent donne une force supplémentaire à la narration.
Le thème de la rencontre toujours remise entre deux êtres qui évoluent sur deux parallèles de la vie est bien construit. Entre le grutier et l’orpheline qui rêve de pêche sur des eaux hostiles, le lien qui se tisse est subtile et fragile. Le hasard semble mettre en place toutes les circonstances qui aboutiront à unir ces deux êtres qui ignorent tout l’un de l’autre.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste : celui de la mère qui exorcise son chagrin en cuisinant des soupes pour des marins qui ne le méritent pas, les chirurgiens rivaux, le père du grutier chômeur professionnel, contribue à alléger le propos sombre (entre la noyade et la chute de grue, pas de quoi rigoler , quand même).
Un régal doublé d’un coup de cœur ce deuxième roman, qui m’incite à découvrir le premier, récompensé par le prix de la Closerie des lilas – Chantal Yvenou
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Ce second roman confirme la plume toute singulière d’Odile D’Outremont. Moins « foutraque » que son premier mais non moins plaisante, cette histoire est d’avantage « classique » dans sa narration et l’écriture a gagné en maturité, comme si la fougue de la jeunesse littéraire, sans perdre son fondement et sa patte, s’était apaisée et ressentait moins la nécessité de démontrer toute l’étendue poétique dont on se rappelle l’ahurissante envolée du premier opus. Ce livre évoque le deuil, la perte, le renoncement aux êtres chers, aux vœux les plus chers et comment dans ce fatras de chagrins et de déceptions on peut réussir à se composer un soi dans lequel malgré tout se retrouver. Beaucoup de tendresse, de doux cynisme, « l’absurdie » n’est jamais bien loin pour dire ce monde, ce bateau sur lequel nous sommes tous à nous dépatouiller comme on peut. Ce goût des petits riens, déjà si bien revendiqués dans Les Déraisons, sert habilement et sans excès cette jolie histoire d’amours, le grand et les pluriels. Les phrases longues en virgules pointent et signifient parfaitement les sentiments, les émotions, et ce en valorisant le sourire éclairant de la lucidité, sans jugement ni leçon. L’écriture, toute en métaphores souvent, s’inscrit au plus près de ce qui est humain en chacun de nous, une bienveillance ni poussive ni crémeuse mais certainement très utile aujourd’hui.
Baïkonour, nom kazakh, prénom de bateau, cosmodrome, point d’origine ou d’appel…ce roman nous embarque pas plus loin qu’ici bas parmi nos semblables, au ras du sol, dans les airs ou au creux des vagues, au mieux de ce que nous pouvons, dans le bain de nos compromis et nos médiocrités, nos humeurs et nos mauvaises fois, et surtout de nos espoirs, nos rêves et nos amours, lesquels doivent impérativement rester inexpliqués et respectés ! – Karine Le Nagard
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J’avais promis d’attendre son second livre pour me prononcer à propos d’Odile d’Oultremont. Je n’avais en effet pas été séduite par Les déraisons.
J’ai eu du mal à apprécier ce Baïkonour mais après une échappée dans la cuisine à faire de la soupe j’ai finalement été convaincue et … je peux même dire que je lirai avec grand plaisir le troisième à sa sortie.
Pourtant la progression de ce second opus est chaotique. L’auteure s’intéresse bizarrement beaucoup à ce que chaque personnage trimballe sous ses chaussures.
J’avoue que je me suis ennuyée dans les premières pages. Hormis l’accident de bateau de la deuxième page du livre (qui porte tout de même le numéro 12) et le contenu du fait-tout qui mijote sur le feu en chuchotant des bulles … il ne s’est pas passé grand chose et nous sommes tout de même rendus page 72. Marcus est en haut de sa grue. Anka va et vient dans l’eau de mer ou sur le pavé. Edith fait la soupe.
On sait qu’avoir été privé de la vision du corps d’un défunt n’aide pas à faire le deuil. Il paraît que je suis veuve (…) Je me comporterai en veuve quand je l’aurai vu mort dit Edith page 72. D’ici là je suis encore sa femme ! Elle est dans le déni conscient, assumé dit-elle (page 111) : cuire des potages pour mon mari et pour les matelots, c’est un acte militant et c’est encore ma liberté. On note à plusieurs reprises des situations contradictoires. La soupe est peut-être bienfaisante. mais elle est aussi objet de chantage par cette mère, qui contraint la fillette de dix ans à avaler une soupe aux poireaux pour gagner le droit d’accompagner son père sur le bateau. La mère a l’obsession des soupes, de la vérité et du parler vrai. Tout cela éclatera quand on comprendra que personne n’aime ses soupes.
L’auteure l’affirme page 76 : Marcus reste « fidèle au poste de cette Absurdie« . Avec un A majuscule exactement comme dans son livre précédent (page 104). Arrive alors (page 79) le mot vultueuses qui me fait écarquiller les yeux de surprise. Je ne connaissais pas ce qualificatif et je ne vois pas à quoi peuvent ressembler des paupières vultueuses. Peut-être rouges et bouffies. J’ai en tout cas appris un mot.
La chronologie est surprenante, bouleversée (chamboulée) parfois à l’intérieur même d’un chapitre. Je n’ai pas compris pourquoi la date est mentionnée uniquement lorsqu’apparaît le personnage de Marcus (février 2017 la première fois), et revient par moments, mais pas systématiquement.
La date de la disparition en mer de Vladimir Savidan (mari d’Edith, père d’Anka) n’est mentionnée que page 63. Voyant que c’est le 17 février 17 le lecteur reviendra en arrière pour confronter avec les dates associées au grutier. C’est agaçant … mais important puisque en lisant 18 et 25 (février), on comprend que les faits sont postérieurs au décès du marin.
Le 12 avril (page 90) c’est une autre chute, celle de Marcus (comme quoi le père d’Anka avait bien raison d’insister sur la sécurité) alors que …. (page 93) les baskets d’Anka pianotent avec énergie sur les pavés. Trois pages plus loin, et trois jours plus tard (page 94) on est le 15 alors qu’on apprend que le casque tombe avec une force colossale à deux mètres de Anka qui est la première témoin. Défaut de relecture du manuscrit ?
Au-delà de ces maladresses j’admets qu’Odile d’Oultremont connaît la topologie d’une grue. Et je peux accepter le surréalisme, la poésie, le décalage même si, pourtant, l’histoire est tout à fait plausible.
Le titre de ce roman est apparu à l’auteure alors qu’elle écrivait le précédent. Elle avait été attirée par l’affiche d’un spectacle de théâtre qui s’appelait Baikonour, un mot qu’elle avait jugé exotique. Elle décide de nommer ainsi le bateau de Vladimir, mais j’observe tout de même que la grue a un design assez proche d’une fusée.
Le baikonour est un Cléopatra Fisherman 38, la Rolls des bateaux de pêche (page 16) fileyeur-ligneur-caseyeur de 11 m 30 propulsé par 700 chevaux à une vitesse maximale de 29 nœuds (page 59), assez comparable à la Liebherr 280 EC-H, que pilote Marcus perché à 51 mètres du sol (page 41), capable de supporter des rafales de 67 km/h sans vaciller.
L’écriture d’Odile d’Oultremont est hyper cinématographique, et pour cause, car son activité principale est d’être scénariste. Chaque scène prend vie en suivant le regard d’un personnage, et ça c’est très réussi. La rencontre de Marcus et d’Anka est l’illustration que deux univers différents peuvent se rejoindre. Marcus est un homme du sud, Anka une fille du Nord. Il vit dans le ciel, elle a les pieds sur terre. Rien ne devait les amener l’un vers l’autre, et pourtant …
J’ai fini par apprécier le style d’Odile d’Oultremont à la seconde lecture. Il aura fallu que je m’habitue à l’oxymorie de ses constructions, à sa manière si particulière d’utilise d’accumuler des synonymes pour renforcer son texte. Par exemple : Longtemps reléguée amatrice passionnée de la mer (page 62) …
J’ai abandonné parfois l’idée de comprendre. Anka dit espérer une sorte de Blanche-Neige à l’envers en s’excusant de ne pas être très douée pour parler aux gens dans le coma (page 127). De quel envers peut-il s’agir puisque tout de même Blanche-Neige revient à la vie.
J’ai découvert outre, je le répète, un style que finalement j’apprécie, des musiques que je ne connaissais pas. Comme Longing for gravity du contrebassiste David Eskenazy (page 42) par le Trio Bretagne que Marcus écoute dans sa cabine. Ou la reprise d’Alleluia, de Claire Denamur. dont j’adore le deuxième album Vagabonde où elle renoue avec la country et le blues. Rien de moi est magnifique Quant à son Prince charmant, qu’elle chante d’une voix qui a des accents à la Zaz … il y a là peut-être la réponse à mon interrogation sur Blanche-Neige. – Marie-Claire Poirier
PS : la recette de soupe inspirée à Marie-Claire par la lecture de Baïkonour : http://abrideabattue.blogspot.com/2019/10/la-soupe-de-baikonour.html

Ceux que je suis – Olivier Dorchamps

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études. »

Ceux que je suis

Tarek et Khadija ont quitté le Maroc alors qu’ils étaient jeunes mariés pour aller vivre en France. Trois fils et une vie plus tard, Tarek décède brusquement. Passé le choc de sa disparition, les trois fils sont encore plus choqués d’apprendre qu’il faudra faire le voyage jusqu’au Maroc pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.

Difficile pour ces enfants devenus adultes d’accepter cette décision. Car depuis tant d’années que leurs parents vivent à Clichy, et avec des fils nés en France et sont donc français avant tout, c’est l’incompréhension. Ils se sentent frustrés et volés de ces moments de recueillement qu’ils ne pourront pas avoir sur sa tombe.

Commence alors pour chacun un voyage vers les racines de la famille. Pas un simple voyage de Clichy à Casablanca, mais bien un voyage pour remonter le temps, un chemin vers les origines et ce qui a forgé l’identité de chacun. Cette identité que l’on se crée soi-même, et celle qui vient de Ceux que nous sommes. Au contact de la famille, une grand-mère qui n’a jamais parlé du passé, un ami fidèle, une mère devenue veuve, les fils vont apprendre d’où ils viennent, tenter de comprendre leurs différences, le pourquoi d’un départ et de ce retour. Mais apprendre aussi le poids des traditions, des croyances et de la religion dans une société dont ils ne maitrisent pas les subtilités.

Ceux que je suis est un livre au ton juste, qui parle de famille, de cette lignée qui construit chaque individu qui la compose, mais aussi de secrets enfouis profondément, de ceux qui marquent des générations sans qu’elles ne comprennent pourquoi. Un roman qui parle d’amour, celui d’un couple, mais également de l’amour filial et de celui des parents pour leurs enfants.

Merci Olivier Dorchamps pour ce beau roman d’identité et de filiation. Un livre qui dit sans juger, qui montre avec beaucoup d’humanité la complexité des sentiments, la douleur, le poids des traditions, l’importance de la famille et des générations qui nous ont précédés. – Dominique Sudre

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Un premier roman vibrant sur la quête d’identité, la famille, l’héritage culturel, la transmission, à travers l’histoire poignante de Marwan, jeune professeur d’histoire géographie, modèle de réussite sociale et d’intégration, enfant de la République.
Marwan est français (il est né et a grandi en banlieue parisienne) mais voilà, il a la peau « bronzée » et il ne s’appelle pas Jean-Pierre ou Jean-Claude. Ses parents sont marocains, immigrés depuis des dizaines d’années, il ne parle pas leur langue et eux ont toujours un accent très fort lorsqu’ils s’expriment en français (« bijour m’sieur ») malgré les années.
En France, on lui fait sentir tous les jours qu’il est l’Arabe/le rebeu de service ; au Maroc, il est perçu comme un touriste (un touriste algérien souvent), ses cousins ne le voient que comme un tiroir caisse (forcément, quand on vit à Paris où assimilé, on roule sur l’or) et ne se gênent pas pour se moquer ouvertement de son accent.
Mais qui est-il vraiment? Toute sa vie se résume dans cette question restée sans réponse.
Sans réponse… jusqu’au jour où son père meurt brutalement. Alors, c’est tout un monde qui s’ouvre à lui. Une histoire familiale sombre et lumineuse à la fois, traversée par des personnages touchants et généreux, aussi bien du côté marocain que du côté français. Cette fameuse question « qui suis-je ? Français ? Marocain? » va enfin trouver des réponses lors d’un voyage à Tanger, sur la terre de ses ancêtres.
J’ai énormément apprécié cette lecture ! Le récit est très bien mené et passionnant. L’écriture est pudique et très juste. Cette famille est très attachante. – Laetitia Badinand
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Un premier roman époustouflant tant dans son écriture que dans le sujet.
L’écriture est fluide, simple, poétique mais à la fois touchante, émouvante.
Le sujet du décès d’un proche est bien appréhendé, écrit avec finesse et tendresse.
C’est quand un être proche et cher à soi quitte le monde des vivants que viennent les questions sur lui, ce qu’il était, sur sa vie, ses origines, son parcours, ses choix, ses sacrifices… On s’imagine avoir tout le temps pour poser ces questions et le temps file. Un jour, la personne meurt et on s’aperçoit qu’en fait, nous ne savions pas grand chose de lui.
J’ai pris un grand plaisir à lire ce livre et même à en déguster chaque partie pour qu’il ne se finisse pas.
J’espère qu’Olivier Dorchamps continuera à nous faire vibrer avec un prochain roman. – Emilie Troussier
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Marwan son jumeau Ali et leur frère Foued sont nés en France de parents marocains. C’est Marwan qui parle dans le roman. Ses frères et lui sont parfaitement intégrés, Ali est avocat, Foued en études supérieures et Marwan agrégé. Et pourtant… En France sa petite amie Capucine lorsqu’elle le présente dit : « Je vous présente Marwan, il est marocain » et lorsqu’il se rend au Maroc, à l’aéroport on lui demande sa carte d’identité marocaine alors qu’il possède un passeport français et à Casablanca on le considère comme un français.
Au début de ce roman, leur père décède brutalement à 54 ans et ses fils découvrent qu’il a tout prévu pour être enterré au Maroc , qu’il a désigné Marwan pour l’accompagner dans l’avion. Il va donc arriver avant sa mère et ses frères et sa grand-mère va lui révéler des secrets de famille.
Ce livre est multiple, il parle de l’immigration économique, de la difficulté d’intégration, et de celle de l’identité, des racines mais aussi de la famille et de ses secrets, le tout avec beaucoup de finesse, de sensibilité, de pudeur. Il y a une justesse de ton dans ce livre mais aussi d’équilibre, Marwan est contrôlé « au faciès » en France mais se fait « exploiter » par ses cousins au Maroc.
Je trouve que « Ceux que je suis » est un très grand premier roman et j’attends le second avec impatience. – Michèle Letellier
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Ceux que je suis est le premier roman d’Olivier Dorchamps, un livre réussi qui interroge avec tendresse la famille, l’identité et les origines avec beaucoup de pudeur et de doigté.

Marwan vient d’une famille franco-marocaine, ils sont trois enfants, Ali son jumeau et son jeune frère Foued. Pour Marwan, le Maroc, c’est le pays de ses parents, lui est né en France, il parle français, il est français.

C’est pourtant bien lui que son père, garagiste à Clichy, a désigné pour qu’il accompagne son corps par avion afin d’être enterré à Casablanca. Marwan comprend mal le choix de son père, leur famille habite en France, ils vivent et mourront en France.
Olivier Dorchamps parvient à instaurer une atmosphère nostalgique et délicate autour du deuil, de la perte et de l’héritage que chaque enfant porte en lui, avec beaucoup de justesse et de bienveillance, loin de la colère ou de la rancœur.
L’atmosphère entière est rendue avec douceur et réalisme grâce à une écriture fine, qui décrit et entre dans l’intimité d’une famille au passé enfoui sans trop en faire, et sans aucun pathos.
L’expérience semble avoir été vécue, comme le voyage au Maroc, et c’est bien l’amour, la force des liens amicaux et des engagements qui rendent ce premier roman si attachant, et qui permettent au secret de famille d’être dévoilé sans que le lecteur ait l’impression de lire un dénouement surfait, mais bien une vie qui a été vécue et partagée. – Laure Mic Mélo
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Un décès soudain ; quand de surcroît c’est celui de son père est toujours une épreuve terrible, surtout si les enfants, ses fils avaient tant de choses à lui dire et à comprendre. C’est le cœur de ce livre d’une grande qualité sans pathos excessif.
Olivier Dorchamps nous plonge dans cette épreuve que la famille Mansouri de Clichy aux racines marocaines va vivre. Entre les remords des 3 fils Marwan, son frère jumeau Ali et Foued le dernier des fils, de ne pas avoir été là alors que leur père mourait à 54 ans et leur différence et conflit entre frères. Chacun a brillamment réussi son parcours scolaire ; Marwan professeur agrégé d’Histoire – Géographie, Ali avocat et Foued, les sacrifices de leur parent pour qu’ils soient intégrés et se coulent dans leur nationalité française ont porté. A un point tel que les trois frères sont anéantis et en colère en découvrant que leur père a tout organisé pour être enterré à Casablanca, alors que de son vivant il n’en avait jamais évoqué l’hypothèse, pire il avait tout fait pour ne pas les plonger dans le respect des traditions marocaines ni dans la religion musulmane.
Marwan, en ayant été désigné par son père comme accompagnateur de son cercueil au pays, c’est en fait dans toute une histoire de vies, de secrets de famille jamais évoqués, que ce dernier va plonger avec stupeur et émotions. Une histoire d’amour qu’il va ainsi découvrir et de nombreuses révélations qu’il va devoir surmonter et partager.
Exceptionnelle qualité de narration et de sensibilité, c’est un livre à lire et relire. – Olivier Bihl
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« Ceux que je suis » est un très joli roman sur le deuil, l’héritage, la transmission, la recherche identitaire et la relation particulière aux origines dans sa terre d’adoption.

A travers la famille Mansouri, Olivier Dorchamps explore la culture marocaine, la tradition musulmane, les secrets familiaux et la question de la double culture avec beaucoup de justesse et de réalisme. Chaque personnage permet de percevoir les différentes facettes de la société marocaine et de l’exil en France : la cohabitation des cultures berbère et arabe, l’influence de la culture française, la complexité de la société bourgeoise et le combat des personnes pauvres, l’ambiguïté des immigrés. A l’arrivée de son petits fils Marwan et de son ami de toujours, Kabic, Mi Lalla, la grand mère paternelle, berbère du moyen atlas, décide de transmettre le lourd secret longtemps préservé et qui va permettre aux trois frères de mieux comprendre leur histoire. Le deuil est souvent le moment des grandes questions où le sens de l’identité est remis en cause. A travers ce récit aux accents mélancoliques, Olivier Dorchamps ouvre d’une très jolie façon la porte à ces réflexions.

J’étais très impressionnée par la capacité d’Olivier Dorchamps à aborder le Maroc, l’exil et la double culture sans être lui-même d’origine marocaine.

Olivier Dorchamps réussit à nous plonger dans ce contexte si particulier du deuil pour les immigrés. Un récit très entraînant qu’on a du mal à lâcher. Une belle réussite pour ce premier roman et une de mes belles découvertes de la rentrée littéraire. – Lilia Tak Tak

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Voilà un livre à déguster lentement, comme un nectar d’orange, comme une douceur ensoleillée, suave comme un baklava, mais parfois amer ou acide comme un citron. La thématique de la filiation, de l’émigration, première ou deuxième génération n’est pas nouvelle, mais Olivier Dorchamps a un réel talent pour décrire l’humain dans ces contradictions et ses silences, débusquer la lumière dans l’ombre, qu’il enchante de tendresse cette lecture. Remonter avec lui le fil de ses racines, se confronter aux secrets de famille, accepter les différences, les dualités, comprendre l’histoire particulière des protectorats méditerranéens, est une aventure fructueuse de tolérance, d’amour, de respect, de fraternité. La vie fait souvent de nous des déracinés, cette quête vers nos origines peut faire de nous de meilleure personne. Ce livre n’est pas un vrai coup de cœur, un peu trop doux peut-être, pourtant c’est au cœur qu’il s’adresse, avec pudeur et une humanité aussi rare qu’un trésor oublié. Ravie d’avoir fait la connaissance de ce nouvel auteur prometteur, délicieux, sensible. Merci. – Martine Magnin

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Ce premier roman bénéficie d’une écriture claire et douce. Ce qualificatif détonne pour dire un style mais c’est pourtant celui qui me taraude depuis le début. C’est bien dans une lecture douce que nous embarque l’auteur car si cette histoire soulève, sans les traiter plus avant, la problématique toute paradoxale de l’intégration des enfants d’immigrés, les coutumes anciennes et toujours actuelles d’un Maroc souvent méconnu, cette histoire nous parle surtout d’amour. L’amour de couples et l’amitié, l’amour filial, fraternel, l’amour pour une terre, un pays, celui de l’enfance.
Les scènes à l’annonce de la mort et des heures qui la suivent, où les fils accourent et se retrouvent auprès de leur mère et du corps sans vie de leur père, sont sincèrement poignantes. L’émotion est belle dans cet ouvrage car elle n’est entachée d’aucun plan de séduction : elle jaillit simplement dans la description des regards, des coutumes, de la langue, du décor. J’ai éprouvé cette douce sensation tout au long de ce premier : être auprès d’un feu ou confortablement lovée dans un salon de coussins, reconnaissante de la générosité d’un homme qui nous conte un parcours, des vies, un secret, nous fait voyager au-delà de la méditerranée, et nous confie avec naturel et franchise ces autres qu’il est…aussi. – Karine Le Nagard
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Interroger le thème de l’identité, des racines familiales, des mélanges culturels n’est pas nouveau dans la littérature. Pourtant, Olivier Dorchamps réussit à nous captiver avec cette histoire à la fois réaliste, intime et universelle, dont l’intensité augmente tout au long du récit. Dans ce premier roman, il trouve les mots justes pour parler avec pudeur de la réalité des « immigrés de seconde génération ».
Pour les trois frères Mansouri, le Maroc ne représente rien car leurs parents, pour s’intégrer et les aider à s’intégrer, ne leur ont rien transmis de leur passé, pas plus qu’ils n’ont maintenu de traditions. Enfants d’immigrés, ils écrivent leur histoire à partir d’une page blanche. Un défi difficile et un déracinement sur lequel Marwan n’a jamais su mettre de nom, mais qu’il ressent intensément.
C’est pourquoi, malgré la tristesse et le deuil, cet enterrement est une chance. Marwan la saisit sans s’en rendre compte, simplement en posant une question qui délie les langues. Le récit entremêlé de sa grand-mère et d’un vieil ami de famille fait éclater au grand jour la véritable histoire familiale. En la découvrant, en la partageant avec ses frères, en plongeant avec ces nouvelles cartes en main dans la cohue de Casablanca, Marwan renoue avec ses racines et fait la paix avec ses origines. En plus d’un roman puissant et intelligent, Olivier Dorchamps nous offre un formidable voyage dans le Maroc d’hier et d’aujourd’hui. – Claire Séjournet
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Dans « Ceux que je suis » l’auteur raconte avec beaucoup de pudeur, de douceur sans sombrer dans le pathos le deuil de cette famille à travers le regard de Marwan. C’est aussi l’histoire de trois générations élevées de part et d’autres de la Mer Méditerranée. Ce livre me fait penser à « L’art de perdre » d’Alice Zenitzer ; un pays voisin, une histoire différente mais aussi trois générations et trois appréciations, des ressentis différents de leur identité. « Ceux que je suis » nous parle de traditions, d’identité, d’intégration « Je suis né en France. Je n’ai jamais vécu au Maroc. Je ne me sens pas Marocain. Et pourtant, où que je sois, en France ou au Maroc, je n’ai pas le choix de ma propre identité ». Quel triste constat ! Malgré une intégration réussie – que ce soit le père à la tête d’un garage que les enfants, l’un avocat, l’autre professeur d’histoire-géographie et le petit dernier encore étudiant – et leur naissance en France, les trois fils sont toujours considérés comme des Arabes et donc rejetés. « La plus grande honte, c’est d’avoir honte de qui l’on est » : Marwan se demande qui il est véritablement avant de découvrir à la fin du livre « ceux que je suis » : il est « plusieurs ». « Ceux que je suis » : comme Marwan nous sommes tous la résultante de tous ceux qui nous ont précédés, de leur choix de vie, d’éducation. Nous ne sommes jamais un mais plusieurs. De multiples facettes font de nous des êtres uniques riches d’une histoire familiale, un agglomérat de cultures, de valeurs.
Olivier Dorchamps, auteur franco-britannique a réussi à se glisser avec brio dans la peau d’un homme dont la culture est étrangère à la sienne et a su retranscrire avec justesse le ressenti de ses personnages. Il a une parfaite connaissance du Maroc, de ses mœurs, de ses traditions et surtout de la solidarité familiale. Olivier Dorchamps nous a dressé de beaux portraits d’hommes et des femmes, attachants, fiers, respectueux, humbles. Je pense notamment à ceux de Kabic l’ami de plusieurs décennies, de Mi Lalla la valeureuse grand mère, de Tarek ce père humble parti trop tôt. De belles et solides amitiés transmises de génération en génération. J’aurai aimé connaître Tarek ce père qui a su transmettre de belles valeurs à ses trois fils. J’aime aussi la présence discrète de Bérangère, la femme d’Ali, qui par son empathie, son ouverture d’esprit, son amour sait si bien faire le pont entre les deux cultures celle de son mari et la sienne.
C’est un très beau livre dont je recommande la lecture. Un premier roman réussi, où il est partout question d’amour : amour d’un couple, amour filial, amour maternel, amour fraternel, amour du pays, désamour, amour forcé mais aussi d’amitiés indestructibles. – Françoise Le Goaëc
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Je viens de refermer “Ceux que je suis” et je suis encore dans l’émotion que m’a procurée cette lecture. Un livre délicat et très juste sur la difficulté de savoir qui l’on est et où sont ses racines lorsqu’on est la première génération née en France de parents marocains. Un livre également sur la mémoire et la transmission des secrets de famille. Olivier Dorchamps, avec ce premier roman, nous offre une belle histoire de famille des deux côtés de la Méditerranée, des personnages attachants dans le difficile équilibre de leur vie en France et de leurs racines marocaines et surtout un moment d’émotion sincère. Je recommande vivement la lecture de “Ceux que je suis” et serai heureuse de retrouver cet auteur prometteur à son prochain roman. – Nathalie Ghinsberg

 

L’homme qui n’aimait plus les chats -Isabelle Aupy

« C’est une langue étrange ça, le « convaincu », une langue à sens unique faite des mêmes mots que nous, mais un peu différente : elle ne connaît pas les points d’interrogation. Et puis, c’est une langue qu’on ne remarque pas sur le coup. Elle change celui qui la parle, ça oui, elle le transforme, et quand on s’en rend compte, c’est déjà trop tard. »

L homme qui n aimait plus les chats

Imaginez une île avec des chats. Des domestiqués, des pantouflards et des errants, qui se baladent un peu chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s’échappent la nuit pour « funambuler » sur les toits, d’autres qui rentrent au contraire pour se blottir contre soi.
Sur cette île point de chiens, enfin si peu que ça ne comptait pas. Et puis, sans qu’on le voie vraiment d’ailleurs, les chats ont disparu.
Dans L’homme qui n’aimait plus les chats, il y a ce goût de sel et d’embruns, ce vent qui met la pagaille et donc remet tout en ordre. Il y a la voix de ce vieil homme qui nous raconte son histoire et celle des autres, qui parle de vivre ensemble, mais surtout qui cherche ses mots aux accents de son émotion pour comprendre un monde où le langage se manipule pour changer les idées.
Intelligemment construit, à travers une énigme et des figures métaphoriques, ce court roman fait écho à notre Société. Il interpelle et amène subtilement le lecteur à s’interroger sur la notion de liberté, de différence et de manipulation. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que le chat, animal domestique indépendant, a été introduit sur une île pour tenir compagnie aux insulaires. De même que ce n’est pas par hasard qu’une fois disparus les chats sont remplacés par des chiens, enfin des « non-chiens ». De la liberté à l’aliénation, n’y aurait-il qu’un pas ? L’homme qui n’aimait plus les chats est le récit d’un vieil homme qui à première vue semble décousu, invraisemblable, mais qui au fil des pages prend forme, fait sens. Entre conte et dystopie, ce premier roman est original et subtil. Isabelle Aupy manie la plume et les mots avec poésie et tout en finesse.

Différence et exigence sont le leitmotiv des Editions du panseur. Ils affirment vouloir proposer aux lecteurs un voyage où chaque livre est une avancée sur une route sinueuse faite de courbes douces comme de virages serrés ; où chaque histoire est une traversée parsemée d’obstacles à dépasser, contourner ou briser ; où chaque rencontre est une surprise. L’homme qui n’aimait plus les chats c’est tout cela à la fois. Les « sans-chiens », les « avec-chats » s’expriment, s’opposent, se rencontrent.

Ce premier roman est un objet singulier. Son design, sa couverture méritent à eux seuls qu’on s’y attarde. Puis viennent les mots. Le tout nous fait ronronner de plaisir. L’homme qui n’aimait plus les chats a reçu le prix « Coup de foudre » aux Vendanges littéraires de Rivesaltes. Quelle première fois ! – Fabienne Defosse

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Étonnant récit / roman de 122 pages qui plonge un peu son lecteur dans une sorte de récit philosophique par la découverte d’une île et de ses habitants qui vont découvrir du jour au lendemain que toute la population féline de leur petit monde isolé de tout disparaît, alors même que jusque là la présence de chats leur était indifférente.
Nous voilà plongé dans un tout petit monde d’anti héros (curé, maitresse d’école, gardien de phare, poète et narrateur entre autres…) qui face à l’acharnement de leur autorité publique à leur fournir des chiens qu’il faut prendre comme chat, vont se découvrir, s’interroger et organiser une certaine résistance… Qu’est ce ce qui peut rapprocher des êtres qui, jusque là vivaient ensemble dans une certaine indifférence à s’unir face à l’inconcevable, l’absurde, un pouvoir public dirigiste…. un certain monde ubuesque…
Récit clair, description des personnages simple mais éclairante, la nature humaine revisitée et le contre-pouvoir institué en bon sens, cette petite société nous fait comprendre un peu mieux chacun de soi. – Olivier Bihl
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« Y avait la mer et ses tempêtes qui rythmaient les saisons ; y avait le vent qui vous prend au corps, qui vous rappelle que le monde existe, c’est important ça de sentir que le monde existe ; et nos chats qui ronronnaient comme la mer et le vent. C’était les trois instruments de la musique de notre île. »
Imagine un petit livre bleu, un carré bleu de mots, inoffensif, tout juste sur la couverture quelques lignes en relief qui se laissent deviner à l’œil attentif.
Imagine un récit sur lequel se seraient penchés George Orwell et Ray Bradbury pour dire notre monde, son absurdité et ses dangers.
Imagine le vent pour révéler ta vraie nature et te rattacher à la terre.
Imagine une île, des chats, une communauté de gens différents, seuls mais jamais laissés pour compte.
Imagine un gardien de phare qui attend le retour de sa famille, une maîtresse d’école doyenne et amoureuse, un curé et un poète tchèque inséparables dans leurs discordes, un enfant qui ne sait pas mentir, une mère forte et entière, un narrateur endeuillé mais chanceux. Une troupe de caractères trempés, vivants, blessés et résilients, en veille les uns des autres.
« Car nous étions tous différents, nous possédions tous un truc à nous, jusque dans notre façon de penser, de parler ou d’être. Chacun avec ses histoires, ses envies. Y avait du commun bien sûr, sinon on se serait pas retrouvé là, mais y avait aussi beaucoup de singuliers. C’était notre force, je crois, d’être égaux sans l’être, de ne pas être semblables et de le savoir pertinemment, mieux encore : de le respecter. »
Imagine le souffle poétique d’une langue sans fard, sans boucles, aux phrases courtes, dans une économie de mots qui fait valoir la simplicité comme le plus beau des langages pour nous parler les cardinaux qu’on ne voit plus, nous susurrer les indispensables qu’on oublie, nous murmurer les essentiels qui nous manquent tant alors que….
Imagine un texte éclairé, astucieux, sagace qui rappelle la richesse de l’altérité, la saveur d’être soi au milieu d’autres singularités, le bonheur du partage dans ce respect.
Et le tout de cette charade pour résoudre une énigme étrange, folle, ubuesque…usuelle, courante et récurrente, si actuelle.
Isabelle Aupy compose avec une simplicité désarmante, une évidence tranquille et espiègle, une fable jolie, jolie comme l’espérance, comme l’étincelle de joie qui annonce un meilleur, une fable qui en dit long sur ce que nous vivons encore, toujours, plus que jamais, une ritournelle à trois accords, qui nous évoque un air, déjà, il y a longtemps… à laquelle il faudra certainement ajouter d’autres mélodies pour planter, semer, arroser, confier, enraciner ce qu’il nous faut de cran et de conscience pour rester droit.
«C’est ce qui arrive quand on appelle un chien un chat. On embrouille tout, on change les idées des gens, on les empêche de savoir ce qu’ils aiment ou ce qu’ils pensent. J’ai lu des pages et des pages d’histoires qui se ressemblent, qui ressemblaient à la nôtre surtout. Parce que cette histoire, elle existait ailleurs, comme toutes les histoires, elle existait partout. D’autres noms, d’autres lieux, d’autres méthodes, mais au final, ça revenait au même : à des gens qui perdaient leur liberté d’être. »
Imagine la possibilité d’une île, de cette île, elle est peut-être déjà autour de toi, prête à émerger sous tes pieds.
« On savait qu’il existait un autre moyen. Et plutôt que de le dire, on l’a montré. Je crois que l’exemple, c’est un truc contagieux ».
Imagine un condensé d’intelligence, de tendresse, de drôle et de loufoque ; une recette pour penser sans omettre de panser ; une lucidité étiquetée ni réac ni pessimiste et peut-être juste responsable ; le tout sans mièvrerie ni leçon culpabilisante, bref une histoire qui remet à l’endroit grâce aux envers de la création. Une consolation.
Imagine ma joie et mon engouement pour ce délicat et très grand premier roman !
« On voulait trouver une manière d’être comme soi, tout simplement. » – Karine Le Nagard
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Quand des chats disparaissent mystérieusement d’une île,
Quand on n’appelle plus un chat un chat,
Quand on nous fait prendre des vessies pour des lanternes,
C’est que quelque chose ne tourne plus rond…
Une jolie fable qui, avec un petit air léger et humoristique, nous amène judicieusement à nous questionner (dans la nature de préférence) :
Que faisons-nous de notre liberté, de notre libre-arbitre, de nos différences et de nos relations aux autres ? Tels des moutons de panurge, sommes-nous si facilement manipulables ? Mais où est donc passé notre bon sens ?
Intéressant et original. – Laurence Simao
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Nous voilà partis, en terre étrangère, insulaire, un brin onirique, où les hommes vivraient avec des chats, ces animaux de compagnie qui peuvent décider librement de côtoyer l’homo sapiens ou de s’en défaire. Ils n’ont rien à voir avec les chiens, ça non, les chiens, eux, sont tenus en laisse par leurs maîtres. Ils ont besoin qu’on leur serve le repas, qu’on les sorte pour leurs besoins. Les chats peuvent être indépendants, ils se satisfont de ce qu’ils débusquent dans la nature, ils chassent, eux ! Chiens et chats ne font d’ailleurs pas bon ménage, et ce n’est pas d’aujourd’hui, le proverbe date du XVI ème siècle et n’a pas pris une ride. Alors, quand les chats disparaissent mystérieusement de cette île chimérique et que l’administration décide de leur offrir des chiens en remplacement, chiens qu’il conviendrait d’appeler chats, il y a ceux qui acceptent et d’autres pas. La morale de cette histoire…

Isabelle AUPY, à travers un propos métaphorique dans lequel elle réserve une place de choix aux animaux, vous l’aurez compris, nous renvoie en miroir ce sur quoi repose notre société aujourd’hui.
Si la dictature par la force tend à disparaître, celle de l’incitation, beaucoup plus insidieuse, tend à se développer de façon sournoise et préoccupante.

A travers cette fable des temps modernes, l’écrivaine dénonce les nouveaux modes d’oppression, à chacun de réfléchir à son mode de vie et à ce qui peut nous abrutir, nous couper de nos proches quand des relations avec de soi-disant amis nous accaparent, nous abêtissent. J’aime bien ce terme pour montrer ô combien il peut être facile de perdre son statut d’être cultivé, intelligent, pour sombrer dans la bêtise humaine, celle qui guide les moutons.

Heureusement, dans le troupeau, il y en a de plus éclairés qui, pour sauver leur peau, choisissent de quitter la meute pour trouver leur voie, généralement dans des terres isolées.

La prise de distance avec ses pairs permet de réfléchir à sa propre quête, d’identifier ce qui nous fait vibrer, ce qui nous semble être une priorité. Certes, elle peut être territoriale et prise au premier degré, mais la prise de distance peut aussi être nourrie par la littérature. Isabelle AUPY, à travers le personnage du gardien de phare, nous permet de toucher du doigt les bienfaits de la lecture, cette activité intellectuelle qui nous permet d’endosser le costume d’un Autre et, le temps d’un livre, de porter sur la société un regard différent.

J’ai adoré me laisser prendre au jeu de l’écrivaine, me surprendre à sourire devant certaines situations mais attention, le texte est plus grave qu’il n’en paraît, vous allez rire jaune, en fait ! Dans une plume qui parfois relève d’une construction enfantine, Isabelle AUPY grossit encore le trait, vous pourriez bien finir par pleurer, à moins que vos valises ne soient déjà faites et que votre billet pour une île déserte ne soit déjà pris. – Annie Pineau

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Quelle profondeur dans ce petit livre ! Un véritable conte philosophique qui nous plonge dans une réflexion sur la facilité d’imposer une vision du monde aux autres et de leur créer des besoins inexistants.
Les chats animaux fondamentalement indépendants disparaissent pour être remplacés par des chiens mais que l’État et ses représentants décident d’appeler chats.
Ce postulat semble stupide et pourtant il finit par fonctionner. Que vont devenir les différents personnages, s’incliner ou entrer en résistance ?
Une véritable réussite que j’offrirais bien à mon ado car cette lecture est tout à fait accessible. – Emmanuelle Coutant
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C’est une île, une petite île, où tout le monde se connaît, où les rôles sont attribués de façon presqu’ immuable. Une île avec ses habitants, dont fait partie toute une population de chats, à la fois proches et indépendants, familiers mais insoumis , bref de vrais chats donc. Tout le monde s’en accommode jusqu’au jour où, inexplicablement, les chats disparaissent. Plus un seul félin ne hante les rues, plus un miaulement ne vient troubler le calme des soirées. Mais le désarroi des iliens ne passe pas inaperçu sur le continent, qui s’empresse de tenter de remédier au dysfonctionnement…
C’est là que le récit prend des airs de parabole, et rappelle immanquablement Matin brun.
L’absurde met en lumière ce qui l’était sans que l’on en soit conscient. Et les chats sont la métaphore de bien des écueils de notre vie contemporaine, avec un message sur l’articulation des besoins et des désirs et de l’art de susciter le désir en le faisant passer pour un besoin, ce qui est la meilleure manière de passer à côté du bonheur.
C’est très court, mais le message est clair. Et c’est écrit avec fantaisie et suffisamment d’humour pour alléger la gravité du propos
Une belle réussite. – Chantal Yvenou
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L’homme qui n’aimait plus les chats est un court récit à la manière d’un conte philosophique ou d’un conte pour enfant.
Tout se passe sur une île imaginaire dans laquelle ceux qui sont fatigués du monde contemporain viennent se réfugier, une île qui m’a semblé surtout peuplée de vieux et bien évidemment de très nombreux chats. Un jour les chats disparaissent et le petit monde des insulaires est tout chamboulé par les décisions ubuesques prises par l’administration du continent pour remédier à cet état de fait.
Au début ça m’a fait sourire mais j’ai vite trouvé que c’était un peu trop naïf, tout plein de bons sentiments et que ça ne nous entraînent pas bien loin. D’une écriture simple ce premier roman se lit très vite mais est un peu léger pour être comparé à 1984! – Françoise Floride-Gentil
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Une île. Des chats. « Des domestiqués, des pantouflards et des errants, qui se baladent un peu chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps ». Une poignée de gens, qui ont laissé la ville derrière eux, pour goûter aux joies du large, du vent et à la liberté de vivre comme ils l’entendent. Un curé, un poète, un gardien de phare, etc. Et le narrateur, un vieil homme qui raconte qu’un jour les chats ont disparu. Les insulaires ont voulu d’autres chats. On les alors obligés à prendre des chiens, en leur disant que c’était des chats, des non-chiens. Progressivement, les habitants de l’île ont compris que lorsqu’on changeait le sens des mots, la liberté était menacée et qu’ils étaient, ainsi que les chiens, enfin les chats, qu’ils promenaient, tenus en laisse. « L’homme qui n’aimait plus les chats » est, tout à la fois, un conte philosophique, une fable, une histoire à lire aux enfants avant qu’ils s’endorment le soir. Un texte court mais puissant, qui nous livre « gentiment » une peinture sans concession de notre société contemporaine. Et ça fait vachement mal. À lire d’urgence. – Hélène de Montaigu
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Il faut appeler un chat un chat !!même quand il devient chien ! Drôle de livre peut être un bijou ! Conte philosophique écrit sur le mode oral très agréable à lire. La morale de ce livre ?: La liberté est précieuse mais fragile et gardons nous des manipulations et promesses trompeuses. A conseiller et à lire ou relire sans modération. – Annie Piriou
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Une nouvelle maison d’édition, une nouvelle auteure, un nouveau livre. Il y a beaucoup à découvrir avec ce premier roman d’Isabelle Aupy qui se déroule sur une île, avec des habitants isolés et des chats. Laissez vous surprendre !

Un premier conseil : ne pas se fier à la quatrième de couverture qui ne reflète pas de manière adéquate la teneur du livre. Dire que le livre s’inscrit dans la lignée des grandes dystopies telles 1984 est un peu exagéré.

Par ailleurs, le narrateur, qui est supposé être un vieil homme, m’a semblé être (à quelques exceptions près liées à la temporalité) un jeune homme, notamment par son comportement et sa manière de s’exprimer, c’est d’ailleurs un roman écrit en langage parlé.
Ceci étant, le livre mérite le détour en raison du fil directeur et du concept général. Trop en dire serait dévoiler beaucoup de ce roman qui ne contient pas beaucoup de pages. J’ai adoré l’idée principale, qui non seulement m’a surprise (c’est la raison pour laquelle je n’en dirais pas plus), mais m’a totalement conquise.
L’homme qui n’aimait plus les chats nous parle de la difficulté de vivre en dehors de la pensée commune, de l’endoctrinement et de la soumission, du pouvoir que les uns veulent imposer aux autres. Et si on essayait de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ?
Il est là le point fort de ce premier roman, qui fait oublier ses défauts, comme une écriture parfois rapide et en surface. Le livre gagne en intensité et en profondeur au fil des pages, et le dernier tiers du roman est une belle réussite. – Laure de MicMélo
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« Et gens stupides qui croient que bonheur est d’avoir, pas être. Francais être une belle langue qui a compris, qui dit Je suis heureux, pas J’ai heureux. »

Les Editions du Panseur ont eu le nez fin en publiant ce premier roman d’Isabelle Aupy, sans doute ont-elles senti derrière les embruns l’odeur d’un conte moderne que le vent transporte sur cette île, un voyage au cœur du langage là où les chats ont disparu.
Le vieil homme se raconte. Raconte son île. Son histoire. Celle des autres. Celles de ces chats disparus et de ce qu’il s’est passé ensuite.
« C’est important la façon de parler, n’est-ce pas? De nommer les choses. Parfois les noms changent, parce que les anciens ne correspondent plus, ils n’évoquent pas l’idée entière, où ils évoquent de fausses idées, des associations malheureuses. »
Les chats disparaissent et aussitôt des agents arrivent du continent pour distribuer aux habitants des chiens qui ne sont pas des chiens mais des chats.

Et là vous vous dites « Hein? Elle raconte quoi là?

A travers cette fable joliment menée et cette métaphore, ode à la liberté, que représentent ces chats qui vont et qui viennent, Isabelle Aupy offre surtout une réflexion sur la force des mots derrière des sourires de façade, la manipulation et la persuasion par le langage. Les certitudes effacées ou comment se faire imposer une nouvelle façon de penser, à se perdre soi-même.
« …je ne savais plus qui j’étais. Avec-chat? Sans-chien?, j’étais quoi, moi, au milieu de ce foutoir? Dans quelle case je rentrais? Dans quelle case je ne rentrais pas? […] j’étais un non-quoi? Les mots que je connaissais ne suffisaient plus à dire les choses, quand ils ne disaient pas le contraire. Des mots pour moi, je n’en connaissais pas.« 

La guerre des idées, le pouvoir des mots, la soumission ou la révolte. Entre utopie et conte philosophique, ce petit roman (122 pages) est un petit bijou dans la masse littéraire qui mérite de ne pas s’y noyer. – Marine Bongiovanni

Mes premières 68, c’est parti!

Mes premières 68, c’est parti !

Dans la famille des 68, nous sommes tous des passionnés un peu dingues, et lorsque l’une d’entre nous a lancé l’idée de faire un « 68 premières fois » pour les plus jeunes, il était évident que le projet allait germer et que nous allions le faire.

La littérature jeunesse regorge de pépites et de belles promesses, trop peu mises en avant dans les médias, notre volonté est donc double : faire découvrir ces merveilles au plus grand nombre et donner aux jeunes lecteurs le droit de s’amuser à découvrir des auteurs, recevoir des colis rien que pour eux et d’échanger sur leurs lectures, hors cadre scolaire.

Il fallait pour que le projet prenne vie trouver une équipe de choc, un nom, un logo et convaincre les éditeurs de soutenir cette idée. Quelques mois plus tard, tout est en place, un grand merci à celles et ceux qui ont permis cette concrétisation.

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Création logo: François Bouju

Mais concrètement, Mes premières 68, c’est quoi ?

  • De la curiosité :

Deux sélections d’une dizaine de livres chacune :

– pour les 9-12 ans,

– pour les 13 ans et plus.

Uniquement des premiers ou deuxièmes romans jeunesse d’auteurs francophones, qui peuvent avoir déjà publié des livres pour adultes.

La sélection sera dévoilée en janvier 2020.

  • Du partage :

Les livres vont voyager entre fin janvier et fin juillet 2020, chez les lecteurs participants, par voie postale principalement. Les textes découverts seront mis en avant accompagnés des retours de lecture des participants, grâce à un rendez-vous toutes les semaines sur les réseaux sociaux et sur le blog : le mercredi de Mes premières 68.

  • Mes premières 68, c’est qui ?

Quatre lectrices passionnées par la littérature jeunesse : Héliéna et Céline, que vous croiserez sur leurs blogs mes écrits d’un jour et hashtagceline, Hélène et Amélie, que vous croiserez plutôt du côté de la librairie Récréalivres au Mans, dans laquelle elles travaillent.

  • Mes premières 68, c’est pour qui ?

Pour tous les enfants à partir de 9 ans, et plus largement, pour toutes celles et ceux, adultes, ados ou enfants, qui ont envie de découvrir de nouvelles plumes !

  • Mes premières 68, comment ça marche ?

Pour participer à la première session de livres voyageurs de Mes premières 68, il vous suffit de vous inscrire auprès de nous en précisant qui participe (vous, votre enfant, etc.) et quelle(s) sélection(s) vous voulez lire (9-12 ou 13+). Pour les plus gourmands, il est possible de s’inscrire aux deux sélections.

Une fois votre inscription faite et votre cotisation réglée (Dix euros par enfant et par sélection), vous recevrez votre premier livre dès fin janvier.

Une fois lu, il faudra envoyer le livre au lecteur suivant dont on vous donnera le nom et les coordonnées. Et vous nous faites un petit retour de lecture, sous la forme que vous souhaitez ! Cela peut être une chronique si vous ou votre enfant a un blog, un dessin, une suite imaginaire, une vidéo, ou toute autre production qui permet de savoir ce que vous avez pensé du livre.

Chez Mes premières 68, on reste libre, on ne donne pas de prix et on a tous les droits, comme l’a si bien dit Daniel Pennac !

droits

Alors, prêts à embarquer ?

Mes premières 68 n’attendent que vous et vos enfants  pour partager ensemble cette première fois.

Pour vous inscrire, écrivez à Héliéna : heliena.mespremieres68@gmail.com en précisant l’âge du participant et la sélection choisie (9-12 et/ou 13+).

Rendez-vous en janvier pour découvrir la sélection !

Une fille sans histoire – Constance Rivière

« Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ? »

Une fille sans histoire

Lorsque l’équipe des 68 premières fois a décidé de m’envoyer comme première lecture Une fille sans histoire pour ma participation à cette nouvelle aventure de lecture, elle ne pouvait pas s’imaginer à quel point je serais happée par ce premier roman. Parfois des romans ont un écho tout particulier dans notre vie et ce roman est l’un de ceux-là.
Les premières pages d’Une fille sans histoire m’ont replongée il y a quatre ans au cœur d’une nuit qui a bouleversé ma vie. Le roman de Constance Rivière a comme point de départ la nuit de l’attentat du Bataclan et attentats aux terrasses, la nuit du 13 novembre 2015. Cette soirée là, je n’étais pas au Bataclan mais à quelques mètres de la terrasse de la Belle Equipe… j’ai entendu les tirs, j’ai vu les gens courir pour fuir les scènes de mort, j’ai entendu les cris, les pleurs, les mots terribles « n’y allez pas, il y a des morts », j’ai vu la détresse des gens qui venaient de perdre sous leurs yeux leurs amis, leurs amours… j’ai couru moi aussi pour me mettre à l’abri et j’ai entendu les rues de Paris se vider des bruits des noctambules pour laisser la place aux sirènes des pompiers, des policiers, des ambulances… Alors ce roman en choisissant comme point de départ cette nuit terrible est pour moi marquant.
Ici point de récit des attentats, ils sont évoqués en creux d’une histoire qui me rappelle un fait divers autour de ce 13 novembre 2015 : une jeune femme s’était fait passer pour une des victimes du Bataclan afin de toucher une indemnisation avant que l’escroquerie ne soit découverte. Dans le roman de Constance Rivière, on retrouve cette falsification du
réel à travers le personnage énigmatique d’Adèle : « 13 novembre 2015. Comme tous les soirs, Adèle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l’autre côté de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presque hiver, elle entend des cris et des sirènes qui montent de la rue, envahissant son salon, cognant contre ses murs. La peur la saisit, elle ne sait plus où elle est, peu à peu elle dérive. Au petit matin apparaît à la télévision l’image de Matteo, un étudiant porté disparu, un visage qu’elle aimait observer dans le bar où elle travaillait. Sans y avoir réfléchi, elle décide de partir à sa recherche, elle devient sa petite amie. Dans le chaos des survivants, Adèle invente une histoire qu’elle enrichira au fil des jours, jouant le personnage qu’on attend d’elle. Les autres la regardent, frappés par son étrangeté, mais ils ne peuvent pas imaginer qu’on veuille usurper la pire des douleurs. » (présentation de l’éditeur Stock)
Adèle est un fantôme dans sa propre vie. Jeune fille abandonnée, seule, dont le passé reste mystérieux, Adèle se crée une histoire qui lui donne de l’épaisseur, du sens, qui l’enveloppe de vie alors qu’elle se sert de la mort pour vivre. Ce personnage est dérangeant, à la fois antipathique par ce mensonge qu’elle tisse et en même tant suscitant une sorte de compassion inexplicable. Sa solitude, son mystère, sa douleur d’être seule peuvent toucher le lecteur comme elle touche le personnage de Saïd et paradoxalement elle irrite, elle énerve par son culot à mentir à tous, ouvertement, persuadée que son mensonge, sa fiction, est devenu réalité. Le roman est subtilement construit. Ici pas de mystère, on sait dès les premières lignes qu’Adèle sera condamnée pour cette supercherie, cette arnaque. Mais Constance Rivière par l’alternance entre le récit d’Adèle et les récits de Francesca, la mère de Matteo, Saïd ou le patron du bar, permet au lecteur de remonter le mécanisme du mensonge, de donner un double éclairage sur ce glissement de la réalité à la fiction et de la fiction à la réalité.
« Elle revivait dans ce drame, racontant encore et encore l’histoire dans laquelle elle s’était installée, pour que les mots lui donnent le poids de la réalité qui lui manquait »
Le mensonge est la chair d’Adèle, son souffle. Et moi il m’a happée, dérangée et intriguée. J’ai aimé l’écriture de Constance Rivière, le sujet qu’elle a choisi : cette frontière mince entre réalité et fiction. Elle évoque aussi subtilement les maux de notre société : l’abandon, la solitude, le besoin d’être aimé et reconnu. – Emilie Gracia

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Adèle est une fille sans histoire depuis son plus jeune âge. Elle n’existe pour personne. Alors comme pour s’inventer une vie elle observe les gens et s’accapare la leur. Novembre 2015, l’attentat du Bataclan est dans tous les esprits et au lendemain de cette tragédie, Adèle recherche son ami, Mattéo, probablement mort. De là, elle invente une histoire, la sienne, la leur, celle que les autres veulent entendre. J’étais sur la réserve en lisant le sujet du roman, peur de tomber sur un personnage haïssable car il s’agit tout de même de l’attentat du Bataclan. Et bien non ! Adèle est une fille paumée, que la vie n’a pas gâtée, transparente. Sans personnalité depuis tellement d’années qu’elle vit cet évènement comme un électrochoc. Celui qui va lui permettre d’exister, d’être quelqu’un et d’avoir sa propre histoire. L’autrice aurait très bien pu utiliser un autre fait pour traiter ce problème notable. Mais pourquoi se priver d’une détresse nationale pour en faire un joli premier roman. J’ai été bluffée par le réalisme de ce texte. Est-il inspiré de faits réels ? Tout est possible avec l’Homme. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’attentat est insignifiant car c’est l’élément moteur mais le roman est basé sur l’humain dans sa construction aux autres. Une réflexion intéressante. – Héliéna Gas

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Adèle aime regarder les gens, leur inventer des vies tandis qu’elle les observe la nuit, à travers leurs fenêtres fermées. Peut-être parce qu’elle n’a pas de vie propre, de vie bien à elle, et qu’elle est encore plus solitaire qu’avant depuis la mort de son père. Alors, le lendemain des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan, quand elle reconnaît à la télé le visage de Matteo, un étudiant qui fréquentait le bar où elle travaillait, elle décide de se jeter dans cette actualité tragique, et de savoir si le jeune homme fait partie des victimes. Dans l’Ecole militaire transformée en centre d’accueil pour les proches, et ensuite face aux parents de Matteo, elle se présente comme sa petite amie.
Terrible personnage que celui d’Adèle, dont l’usurpation et les mensonges lui permettent enfin d’exister. D’acquérir un peu d’épaisseur, de cesser d’être transparente aux yeux de tous les autres. « La non-permanence de son être dans le regard des autres rendait impossible qu’elle puisse trouver une identité propre« . D’elle on découvre petit-à-petit le passé, la mère inexistante et inconnue, le traumatisme initial puisqu’elle porte le nom de sa sœur décédée 18 mois plus tôt, l’enfance solitaire auprès d’un père en mouvement perpétuel, décidant au dernier moment de déménager ; enfant elle s’est « réfugiée dans les livres, les histoires, les siennes et celles des autres », dans un monde imaginaire avec lequel, très vite, elle a confondu la réalité. Et voilà que se présente enfin pour elle un moyen d’exister, la voilà qui prend corps enfin, et qu’on la regarde, qu’on la nomme, qu’on la reconnait. Adèle donne libre cours à sa mythomanie, dans un monde « également faux et également vrai ». En est-elle consciente ? Toute l’ambiguïté du récit repose là-dessus, sur sa capacité à tenir le « rôle de sa vie » sans que l’on ne sache jamais jusqu’où elle y croit vraiment, sans qu’elle émette jamais un seul remords. Terrible histoire donc que celle d’Adèle, qui a comblé les vides de son enfance en s’inventant des histoires, jusqu’à cette monstrueuse mystification de se faire passer pour proche d’une des nombreuses victimes du Bataclan. – Emmanuelle Bastien
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Ce texte n’est pas un livre sur l’attentat du 13 novembre, ce drame sert juste de prétexte pour explorer la psychologie d’Adèle. J’ai beaucoup aimé ce roman court mais très dense. L’histoire troublante de cette femme affabulatrice, usurpatrice d’un drame qu’elle n’a pas vécu est très bien maîtrisée. La construction est habile car l’auteure mêle les voix de l’entourage d’Adèle. La psychologie d’Adèle est bien développée, c’est une fille solitaire sans histoire qui a toujours rêvé sa vie, qui a trouvé refuge dans des mondes imaginaires depuis l’enfance. L’auteure nous fait découvrir peu à peu sa lourde histoire familiale, sa souffrance ancienne et profonde et parvient à la rendre très émouvante. J’ai éprouvé de l’empathie pour elle malgré le caractère monstrueux de son comportement, une empathie aussi forte que celle que j’ai éprouvée pour Francesca, cette mère dont Adèle a volé le deuil.
Un premier roman très prenant que je n’ai pas pu lâcher. – Joëlle Guinard
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Dans ce livre, il est question d’une usurpation de la douleur et du traumatisme, d’une victimisation inventée, de troubles psychologiques, de perversion et de manipulation.
Une ambiance toxique et malsaine…
Une écriture très, voire trop, narrative…
Une focalisation en alternance de points de vue que l’on retrouve peut-être trop souvent dans les romans contemporains : facilité d’écriture ? J’avoue que je commence à considérer par ce biais cette façon de décomposer un récit…
Un personnage principal, Adèle, à laquelle je n’ai jamais réussi à m’attacher, une fille « transparente » et pourtant capable d’une forme de dédoublement de personnalité qui la pousse à commettre des actes dont elle se serait peut-être crue incapable…
Ce qui sauve ce livre, c’est son atmosphère baudelairienne avec le rappel constant de la solitude, l’image récurrente de la fenêtre et une certaine étrangeté, un paradoxe, une re-création du monde ; Constance Rivière a le souci des détails et les rend bizarres et choquants entre idéal fantasmé et triste réalité. Quelque part, c’est Le Spleen de Paris revisité à la terrible lumière des attentats qui ont frappé la ville en 2015.
Une fille sans histoire est un roman dérangeant qui met l’accent sur l’attitude marginale mais, hélas, bien réelle des fausses victimes des attentats, de celles et ceux qui essaient de tirer profit d’une situation catastrophique pour exister et se faire valoir, au sens propre et figuré.
Un ressenti mitigé donc pour ma part, mais un livre intéressant à plus d’un titre : un roman paradoxal. – Aline Raynaud
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Bien sûr, ce livre se passe pendant et après la tragédie du Bataclan, ce fameux 13 novembre 2015, mais le sujet n’est pas là. Le terrorisme est plutôt en fond (et tant mieux, pour ma part).
Il s’agit ici de comprendre comment une jeune fille, Adèle, de celles que l’on ne remarque pas, ni belle ni moche, de celles dont on oublie toujours le prénom, se retrouve emportée par un mensonge plus gros qu’elle. Adèle a toujours vécu à travers les autres, elle est un peu paumée, cette jeune femme de 25 ans au chômage, qui passe ses soirée à observer la rue derrière la fenêtre de son petit appartement parisien. Elle n’a pas eu un parcours très simple et on peut dire que je la vie ne l’a pas beaucoup gâtée malgré sa courte existence.
Alors, forcément, pour une fois qu’il lui arrive quelque chose, ou plutôt qu’il se passe quelque chose tout près d’elle, elle se laisse emporter, elle entre dans la lumière (un peu, enfin) même si cette lumière vient des ténèbres. Elle marchait toujours voûtée, elle se redresse, elle prend sa place dans la tragédie, elle joue un rôle et elle y croit. On la reconnaît. Même à la TV dis donc ! Elle devient quelqu’un en somme.
Comment a-t-elle pu en arriver là ? Est-elle un monstre ? Est-elle sans humanité ? Est-elle fragile ou finalement totalement sans morale ? Tellement de questions passionnantes au fil des pages qui s’avalent d’une traite et qui dissèquent sans concession la mécanique implacable dans laquelle Adèle s’est jetée à corps perdue. – Laetitia Badinand
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Il était une fois un étrange personnage, un parasite toxique et dangereux à facettes multiples, en partie caméléon, en partie mante-religieuse, qui saurait modifier sa personnalité pour mieux aspirer le regard et le vécu des autres, creux au-dedans pour pouvoir se remplir des autres. Un personnage ultra neutre, en non-vie, mais en envie, “inspirant” la personnalité et l’histoire des autres pour s’en nourrir, un être dérangeant, intrusif, impalpable, incernable. Vous aurez ainsi l’héroïne Marianne-Adèle, inconfortable et malsaine, une fille sans histoire…
Ce personnage insignifiant d’apparence, cette fille quasi invisible, recèle toutes les nuisances possibles, menteuse, obsessionnelle, mythomane, manipulatrice, jalouse, perverse. L’occasion d’un attentat monstrueux au Bataclan va devenir sa scène de jeu. Ses qualités d’empathie et d’avidité lui permettent d’endosser la colère, la douleur, la faiblesse des autres. C’est aussi une histoire où plusieurs voix raisonnables croisent sa voix imaginaire, ce sont des blessures contrariées par les miroirs déformants qu’elle leur tend, c’est un château de cartes qui va s’écrouler… La construction de cette intrigue sur sable mouvant, va enfin s’effriter, s’enliser, et se désagréger. Fin de l’imposture. C’est une histoire à la fois révoltante, émouvante et triste, celle d’un être en dérive, en dépression, en fantasmes, en manque d’amour et de considération.
Ce n’est pas pour moi un coup de cœur, car je ne sors pas de cette histoire très heureuse, mais plutôt soulagée qu’elle soit finie, envie de tourner la page. Mais c’est un coup de maître pour cette jeune auteure, par la justesse de son écriture et sa capacité d’exprimer les méandres de l’âme. Bravo. – Martine Magnin
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Une fille sans histoire, titre qui décrit si bien l’héroïne. Adèle est une jeune fille transparente, qui ne se fait pas remarquer mais qui on le sent s’est enlisée dans la dépression. Après la perte de l’être le plus cher à ses yeux et la perte de son travail, elle vit recluse chez elle et vit a travers la vie des autres telle que perçue au travers d’instants volés.
Adèle est perdue et a besoin d’un lien avec le monde et ce lien elle va le créer, l’exploiter pour essayer de réapprendre à vivre malgré la morbidité de son acte, malgré les nombreux mensonges créés, elle s’enlise dans le mensonge et n’a pas l’air de retrouver les barrières qui délimitent le réel de l’invention.
Roman dérangeant qui se lit d’une traite. A la fin bien qu’on puisse comprendre la solitude d’Adèle, plusieurs questions restent en suspens: pourquoi a-t-elle fait ça ? La solitude justifie-t-elle un mensonge pareil ? – Ana Pires

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« Elle voudrait lever la tête mais elle n’y arrive pas. »
Elle, c’est Adèle condamnée à douze mois de prison dont six avec sursis, au dernier jour de son procès.
Comment en est-elle arrivée là ?
Pour le savoir, il nous faut partir à rebours, remonter le temps, revenir à ce vendredi 13 novembre 2015.
Paris. Depuis sa fenêtre qu’elle ouvre chaque jour à la nuit tombée, elle épie ses voisins, se laissant aller à imaginer leur vie par-delà les fenêtres closes quand, soudain, le vacarme des sirènes se joint aux hurlements qui montent de la rue jusqu’à son appartement plongé dans le noir. La télévision, qu’elle allume, lui dit le drame qui s’est joué à quelques mètres de chez elle à peine. Au matin, hébétée, elle voit se figer à l’écran un visage connu, celui de Matteo, étudiant italien et client du Cri du peuple, bar où elle travaillait avant que le patron, Jacques, ne décide de la congédier.
Adèle, c’est cette « recluse volontaire » de 25 ans, « dormant le jour, veillant la nuit ». Adèle, c’est cette fille sans histoire jusqu’à ce jour de « presque hiver » où elle décide de se donner une scène pour y créer le rôle de sa vie, celui de la petite amie de Matteo, une des victimes de l’attentat du Bataclan. Par un malsain tour de passe-passe, la mort du jeune homme devient le sauf-conduit de sa renaissance au monde.
« Elle a commencé à raconter une histoire, qui deviendrait rapidement son histoire, comblant des trous, ajoutant des liens pour que ça semble cohérent, sinon personne ne comprendrait. »
« Enfant triste qui n’avait trouvé sa place nullement », Adèle entre comme par effraction dans la famille de Matteo, profitant impudemment de leur désarroi. La femme providentielle, c’est elle.
Ce roman, dont il serait faux d’écrire qu’il est sans surprise même si on connaît la fin, est celui d’une imposture forgée sous l’impulsion du moment par une jeune fille transparente, en mal de reconnaissance depuis l’enfance et désireuse de quitter l’ombre des coulisses pour les lumières de la scène.
Impulsion ?
Oui, de prime abord seulement. En effet, très vite, Adèle se révèle calculatrice, prudente, habitée par son rôle :
« Quand les parents se sont approchés, elle s’est levée et elle a fait ce qu’elle avait pensé être le plus naturel – mais qui pour elle n’était pas naturel du tout, premier acte d’une longue comédie, geste pensé avant que d’être senti, elle avait bien réfléchi à ce moment, décisif, tout se jouerait dans ces premières secondes. »
Ou, plus loin :
« la phase d’observation terminée, rideau levé, à elle de jouer, c’était son moment, son entrée en scène […] ce fut étonnamment facile, elle avait bien révisé, elle s’était entraînée. »
Ces allusions patentes à la mascarade qui se joue – je me risque à dire qu’elles auraient mérité plus de finesse – m’ont interdit toute empathie envers cette jeune femme. Comment Adèle a-t-elle pu tenir son rôle aussi parfaitement qu’elle a abusé un père, une mère, des associations d’aide aux victimes, des psychologues, avant d’être percée à jour ?
La construction non linéaire choisie pour donner à lire cette mystification est celle d’un roman polyphonique, qui alterne chapitres écrits à la 3e personne mettant en scène – le mot est juste – Adèle, et dépositions à la première personne faisant entendre la voix Francesca, la mère de Matteo, éperdue de douleur, instinctivement méfiante mais qui ne pourra pas empêcher le « pillage organisé » du deuil, ou encore celle de Saïd, psychologue qu’Adèle n’aura aucun mal à berner, ce qui, je trouve, ne manque pas de sel, là où d’autres lecteurs seront peut-être amenés à penser que tout cela n’est pas très cohérent. Dans une moindre mesure, tous ceux qui ont croisé Adèle à cette époque-là (Jacques, le patron du bar, Thomas, des Beaux-Arts où Matteo étudiait) prennent la parole pour raconter comment ils ont été floués. De simples pions sur le « terrain de jeu » d’Adèle.
L’écriture de Constance Rivière est aussi travaillée que les affabulations, les souvenirs falsifiés d’Adèle qui s’empare sans vergogne d’un drame national pour rider l’étale de son quotidien. Grandie dans l’absence d’une mère, auprès d’un père volontiers conteur, toujours entre deux départs, Adèle a ce besoin impérieux de (s’)inventer la stabilité d’une famille, de (se) raconter une vie, fût-elle construite sur les sables mouvants du mensonge :
« Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidée à vivre,
à sentir que je suis et ce que je suis ? »
Tout porterait à un certain degré d’empathie… mais voilà, je n’ai jamais réussi à ressentir autre chose qu’une colère sourde, une rage latente pour cette « usurpatrice, menteuse, voleuse ». Les toutes premières pages ne cachent rien de sa difficulté à demander ce pardon qui libèrera bien tardivement le flot de ses larmes.
Pourquoi lui faudrait-il présenter des excuses pour, enfin, avoir pu exister ?
Puisque le dénouement nous est connu, l’intérêt de ce premier roman tient dans l’élaboration patiente d’une imposture et son dévoilement. Une fille sans histoire est écrit à bonne distance, ce qui le rend d’autant plus glaçant. – Christine Casempoure
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Voici un premier roman mené d’une main de maître ! L’écriture est un aimant ! Captivante, elle attire le lecteur de suite, dans cette profondeur de ton réfléchi, dosée à point et sérieuse. Douée de ce réel, l’histoire rappelle des faits sombres qui sont advenus lors de l’attentat au Bataclan le 13 Novembre 2015. Adèle est chez elle. Cette dernière observe le chao, les mouvements et les secousses. Écoute les cris et perçoit un drame qui va résonner en elle jusqu’à l’abîme. Constance Rivière telle une marionnettiste tire les ficelles. Va faire de sa trame une envolée chorale où les protagonistes tour à tour vont parler d’Adèle. Cette dernière est la voix off. La première victime, elle-même. Elle va sombrer dans le gouffre de ses souvenirs, le décès de son père, et le vide de sa vie. Dépressive voire plus, Adèle détient un espoir : le mensonge. De jour en jour, le château de cartes se fragilise. Adèle s’éveille dans la folie mythomane et à contrario se meurt par ses dires absolument terrifiants. Les voix vont monter crescendo. Le récit devient un terrain miné, l’irrévocable pour Adèle. Rarement un roman réussit ce tour de force. On a pitié d’Adèle malgré tout. Son macabre jeu est construit avec intelligence. Plus elle ment, plus elle se réalise. Mais quel est ce mensonge ? Ne rien dire de plus !! Juste, lisez ce récit. « Cette fille sans histoire » passe-muraille, quelconque et éteinte. Ce premier roman est brillant, noir, un peu comme un thriller moderne, dramatique, dont le suspens se situe dans l’esprit d’Adèle. Il est étonnant et sonne juste. C’est un témoignage capital, sans jugement de l’auteure. Et c’est là, le summum de ce récit. A lire pour comprendre les mécaniques humaines en lâchant prise à tout jugement. – Evelyne Leraut
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Quand les détonations et le hurlement des sirènes déchirent la nuit de ce 13 novembre, Adèle est comme à son habitude à sa fenêtre. Habitant non loin du Bataclan, seule dans son appartement elle perçoit le danger et la panique sans pouvoir ni voir ni comprendre ce qui se passe… Dans les heures et les jours qui suivent, lorsque les chaînes d’info en continu lui révèlent l’ampleur du drame, elle frissonne en reconnaissant le visage d’un jeune homme qui fréquentait assidûment le bar où elle a un temps travaillé… Au-delà du choc, ce sentiment de proximité avec l’un des défunts va amener Adèle à se rapprocher des parents de ce dernier et à prendre une part de plus en plus active dans les associations d’aide aux familles des victimes…

Encore un livre sur les attentats ? Pas vraiment. Ou bien sur un phénomène très particulier qui a suffisamment ébranlé et intrigué l’auteure pour qu’elle en fasse un roman. Car, si comme chacun de nous à l’époque, Adèle est meurtrie par ce déchaînement de violence et de haine, elle adopte un étrange comportement. Cette jeune femme effacée, que personne ne remarque et qui n’a jamais réussi à nouer de relations amicales ou amoureuses, va trouver dans ce terrible événement et dans le trouble généralisé qu’il suscite, l’occasion d’exister.

Le propos de ce roman n’est donc pas tant d’interroger notre réaction face au drame que de révéler la façon dont une blessure individuelle qui lui préexistait s’inscrit dans une douleur collective pour se confondre avec elle et la dépasser.

Pourquoi certaines personnes ressentent-elles le besoin de s’inventer un statut de victime et, surtout, de s’exposer ainsi, prenant le risque d’être démasquées ? Qu’est-ce qui les pousse à élaborer cette fiction à nos yeux impardonnable et qui nous heurte tant ?

Tout l’intérêt du roman de Constance Rivière est de mettre de côté ce sentiment de trahison pour tenter de comprendre ce qui nous semble si dénué de sens et de décence. L’auteure montre parfaitement la manière dont son héroïne finit par croire elle-même à sa propre fiction, lui permettant d’accéder à une identité dont elle se sentait jusqu’alors privée. Ce faisant, elle nous aide à saisir la nature d’un phénomène toujours extrêmement troublant lorsqu’il apparaît au grand jour.

Un récit tout à fait convaincant pour un premier roman parfaitement maîtrisé ! – Delphine Depras

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Assez lassée des auteurs qui reprennent le thème très vendeur des attentats à Paris je me suis lancée dans cette histoire sans grand enthousiasme mais j’ai très vite été conquise par l’angle de vue inhabituel de ce récit.
Adèle se fait passer pour la compagne d’un jeune italien et, d’invention en invention, une histoire prend corps. Cette jeune femme complètement éteinte, limite marginale trouve un regain d’énergie et un intérêt soudain pour la vie en se dépensant sans compter pour la défense des victimes. Enfin on s’intéresse à elle. Elle sort de l’anonymat, passe à la télé, elle qui, depuis une enfance calamiteuse, est transparente.
Ce thème est original. Constance Rivière donne vie, avec beaucoup de justesse, à ce personnage d’Adèle, qui à force de raconter des mensonges, finit par ne plus savoir démêler le vrai du faux. Adèle est une femme d’aujourd’hui, écrasée par sa banalité, son manque de personnalité, qui du jour au lendemain renaît par une sorte d’usurpation d’identité. Combien sont comme elle, prêts à tout pour sortir de leur isolement en s’inventant une vie? Leurs mensonges deviennent alors plus forts que la réalité. Mais quand il s’agit des victimes d’un attentat sont-ils pardonnables?
Un premier roman prometteur. – Françoise Floride Gentil
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Lorsque la vie n’est que fadeur et transparence, rêvée derrière la vitre d’une fenêtre anonyme, l’attentat odieux de novembre 2017 apparaît comme une aubaine pour passer de l’ombre à la lumière. Adèle, (ou Marianne?) réagit au quart de tour pour se glisser dans la peau de la fiancée de Matteo, un jeune étudiant italien qui assistait au concert ce soir de novembre, qui a sidéré un pays entier. Elle le connaissait, ce jeune homme , pour l’avoir servi au bar qu’il fréquentait, et pour lui avoir dérobé les dessins qu’il griffonnait sur les nappes, s’inventant déjà une romance impossible.
Avec prudence, elle se compose un personnage, dont a posteriori les témoins interrogés pointeront les incohérences, trop subtiles pour mettre d’emblée le doute. Sa vie entière est remodelée à partir du drame. Et il faudra la perspicacité de la mère de Matteo pour que tombe le masque.
La construction est habile, avec la parole donnée en alternance à tous ceux qui se sont faits piéger par l’usurpatrice, ce qui donne du rythme au roman.
Même si cette histoire est une fiction, elle est d’autant plus vraisemblable que des fausses victimes ont en effet tenté de tirer parti de la confusion ambiante le plus souvent pour bénéficier d’une compensation financière. Ici la force du propos repose sur la personnalité de la jeune femme, inexistante aux yeux de son entourage, de celles dont on ne revient même pas le prénom, et qui se saisit de l’occasion dans une sorte d’élan de survie, pour vivre ses illusions. Sans compassion, sans contrition ni regret.
Un premier roman intéressant., pour la qualité de l’écriture et l’adresse avec laquelle l’auteure s’est saisie du sujet. – Chantal Yvenou

Après la fête – Lola Nicolle

« Longtemps, nous sommes restés au milieu de l’appartement, dans le creux de nos bras et dans ceux de la nuit. »

Apres la fete

La narratrice de ce récit est une jeune femme, prénommée Raphaëlle, entre ses 18 ans et ses premières années de vie professionnelle. Raphaëlle est étudiante dans une université d’Ile de France dont elle nous dit seulement qu’elle est proche de la ville de V.
C’est dans cette fac que se constitue le groupe d’amis dont fait partie également le garçon autour duquel tourne tout le livre et dont on n’apprend le prénom, Antoine, seulement à la dernière page. Raphaëlle loue un petit appartement dans le quartier de La Goutte d’Or. L’appartement, le quartier sont présents à maintes reprises dans les différents courts chapitres qui se succèdent, presque tous au passé. Ce passé c’est surtout l’histoire de l’amour entre Raphaëlle et Antoine.
Sans aucun ordre chronologique, la narratrice s’adresse à Antoine en racontant des épisodes de leur vie : en commun, chacun de son côté, seuls ou avec d’autres. A aucun moment la narratrice ne tente de faire le point sur ce qui a provoqué leur rupture ; d’ailleurs cela importe peu du fait des perpétuels allers retours entre « être ensemble » et « être séparés ». Elle en profite pour évoquer la différence de milieu social entre eux. Lui est né et a grandi dans une cité à Bondy, elle, à Paris dans un milieu plus favorisé culturellement. Cette différence de milieu pèse sur eux surtout au moment de la recherche du premier emploi. Comme par hasard, Antoine reste au chômage bien plus longtemps que tous ses camarades de fac.
La langue de Lola Nicolle est magnifique, pleine de subtilité et de poésie. Le texte est parsemé de citations aussi hétéroclites que Marguerite Yourcenar, le groupe IAM, NTM et Henri Michaux. Citation : « la prime jeunesse avait laissé un pli très beau. Celui d’une post enfance passionnée, plein d’égoïsme et d’intolérance, d’amour et de spontanéité »
J’ai pensé à « Eparse » de Lisa Balavoine et pour moi c’est un sacré compliment. – Marie-Hélène Fuchy-Poirson
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Fini la fête, reste la vie. La vie est bête. Tant pis.Francis Blanche – Mon oursin et moi
« Nous semblions nous trouver chacun à un carrefour un peu flottant de nos vies ; il donnait sur des routes embrumées. Alors, nous avions décidé, par un accord tacite, de nous autoriser un temps pour nous y perdre ensemble. »
Après la fête, le premier roman de Lola Nicolle est celui du désenchantement et de la rupture immanente, lisible dans le titre même. Il y eut un avant ; il y aura un après.
Lola Nicolle convoque de manière récurrente l’image d’un pont pour concrétiser cette traversée entre ce qui était et ce qui sera, entre l’adolescence et l’âge adulte,
« Nous poursuivions nos études comme on construirait un pont qui jamais n’atteindrait l’autre rive, dans un geste à la fois magnifique et désespéré. »
entre les études universitaires et le monde du travail,
« Nous n’allions pas tarder à emprunter le pont pour traverser, nous retrouver dans un monde d’adultes, plein de responsabilités et – nous l’espérions – de grands projets. Nous en attendions tant. »
Une traversée qui effraie et repousse autant qu’elle séduit et attire. Qu’y a-t-il au-delà de la ligne d’ombre ? Quelles sont ces choses qu’on trimbale partout avec nous, vestiges d’un passé qui pourtant nous ancrent dans notre présent ?
« La vie ressemble à une feuille de papier. Parfois pour avoir moins mal, on voudrait en effacer les plis. Les souvenirs comme des origamis. Puis, on voudrait retrouver une surface vierge, prête à prendre une nouvelle forme. On a beau tenter de l’aplanir, il reste toujours les marques des pliures anciennes. Heureusement. »
Le sol est instable, les routes, enténébrées. Et les attentats de novembre 2015 en s’invitant sur la toile de fond ne font que rendre la brume plus opaque, la précarité plus versatile.
Après la fête est un roman d’à peine 155 pages dont la brièveté happe l’essence d’un moment, celui où toute une génération bascule ; cette génération Y bercée de discours au mieux décourageants, au pire alarmistes qui ont passablement plombé son élan.
« Car si l’avenir lointain ne semblait rien vouloir promettre, le refuge du passé nous accueillait les bras ouverts, nous rappelant à lui comme pour nous consoler d’une angoisse qui pesait discrètement sur notre conscience. Et si tout s’effondrait ? »
Une génération désabusée d’avoir vu ses rêves abolis après l’euphorie des grandes espérances. Une génération qui, entre accablement et colère, finit par lâcher : « Tout ça pour ça ? »
Après la fête aurait pu être un roman amer, il n’en est rien. C’est un récit d’apprentissage et de nostalgie ; se retourner sur les temps passés, avec tout ce que cela présage de franche rigolade, mais aussi de poisseuse déprime.
Après la fête parle à chacun de nous, quel que soit notre âge.
Issue d’un milieu bourgeois, Raphaëlle est étudiante en lettres. Elle vit avec Antoine, étudiant comme elle et qui revendique, lui, une culture de cité, cette cité qui montre du doigt. Que peuvent bien avoir en commun ces deux-là ? Leurs études, bien sûr, quelques amis devenus cette famille élue, des projets d’avenir, la quête d’un absolu qui va achopper sur la réalité. Raphaëlle et Antoine vont découvrir que « La vie n’est ni un spectacle ni une fête ; c’est une situation difficile. » – George Santayana.
Lui, enfant de la cité, élève sérieux, amoureux des livres, a dû pousser seul, un peu comme ces herbes qu’on dit mauvaises ; elle ne connaît rien des problèmes d’argent et les livres prescrits trônent depuis toujours sur les rayonnages de la bibliothèque familiale. Paradoxalement, c’est Antoine que l’on pensait le mieux armé qui va se révéler le moins apte à faire le grand saut. Il faut dire que lui n’a aucun filet de sécurité, alors…
Le bonheur des premiers jours de la vie en couple va s’effilocher, irrémédiablement. L’indifférence, la déception vont y faire leur lit en même temps que l’incompréhension, imperceptiblement. Leur histoire d’amour s’étiole le jour où Raphaëlle, diplôme en poche, trouve un emploi dans le domaine qu’elle s’est choisi, alors qu’Antoine, en procrastinant la soutenance de son mémoire, prend « le parti de l’enfance » et reste seul sur la rive.
« En arrivant sur la rive, tu m’avais murmuré : cette femme qui serait ma vie, je croyais que c’était toi. Mais j’étais seulement la femme de la mienne. Et nous en étions restés là, chacun pour soi. »
Les Rita Mitsouko chantaient « Les histoires d’amour finissent mal en général » et celle-ci ne fait pas exception. Leur flamme vacille jusqu’à s’éteindre sans qu’un vent aigre ne vienne la souffler.
Lola Nicolle relate ce différend irréconciliable entre ce que l’on ébauche à deux et ce que l’on finit par devoir accomplir en solitaire, parle de ce moment (é)mouvant de l’entre-deux, dans une langue musicale qui parfois fait sa coquette et que certains trouveront un peu trop apprêtée. Les métaphores filées leur sembleront artificielles, alors qu’elles servent le propos, tel ce pont, passerelle vers tous les possibles pour les uns, obstacle indépassable pour les autres.
J’entends déjà ceux qui disent que Après la fête remâche un thème qui a nourri de nombreux romans avant lui. Oui, et ce n’est pas là qu’il faut chercher son originalité qui est de révéler une écriture mâtinée d’élan nostalgique et de poésie contenue, à moins que ce ne soit d’élan contenu et de poésie nostalgique – je n’ai pas voulu trancher.
Certaines images sont venues se superposer au texte, celles des premiers films de Cédric Klapisch (Péril jeune ou encore la trilogie L’Auberge espagnole, Les poupées russes, Casse-tête chinois) et leurs bandes-son elles aussi composées en grande partie de morceaux culte de leur époque.
« Les fêtes n’existent que pour colorer les angoisses » (Leonor Fini), et personne ne devrait en être dupe. – Christine Casempoure
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Raphaëlle s’adresse avec émotion et tendresse, à Antoine, son âme sœur durant ses études supérieures dont elle est désormais séparée.
Mais pour qui parle Raphaëlle, jeune adulte, juste sortie de la parenthèse si privilégié des études universitaires, et si marquant quelque soit leur confort matériel et leur décalage avec leur milieux d’origine?
En témoignage d’une des premières formes de désillusions qu’abordent les « jeunes Y éduqués et instruits » et dont sa petite bande centrée sur l’amour de la littérature, le monde des idées, des savoirs, des émotions et des récits, avaient renforcé les ailes et les espoirs?
A elle-même aussi surement, alors qu’au sortir de cette parenthèse, se frottant désormais à la compétition à l’emploi, à la rugosité professionnelle et au déterministe social qu’elle découvre, elle éprouve le besoin de se replonger avec délicatesse dans les souvenirs de ce que l’on se plait à imaginer être son premier amour d’adulte…
Est-ce alors une certaine manière de protéger « l’enfant Raphaëlle », qui ne s’est pas encore effacée, afin qu’elle ne soit abimer par le réel?
Une certaine grâce dans le récit, une écriture délicatement recherchée, contraste avec que les sujets en contrepoint, qui aurait pu être peut être un peu plus qu’effleurer?
Cette crainte tout entière contenue dans le titre.  – Kateryne Guichard
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Raphaëlle et Antoine s’aiment depuis l’université. Ils ont côtoyé les bancs de la faculté, fait les fêtes d’étudiants, connu l’insouciance de cette période. Et maintenant, ils doivent entrer dans le monde du travail, changer d’environnement…
« C’est une certaine émotion, la première fois qu’on montre ce que c’est chez soi à un inconnu. On tourne la clef lentement dans la serrure, on espère n’avoir rien laissé traîner de trop honteux, que tout est en ordre. On s’excuse par avance. Poussière, sous-vêtements, livres épars sur le sol, tasses de café nombreuses abandonnées au matin. On tente, sans succès, de tout dissimuler, avant, bien entendu, d’oublier l’entreprise -sa futilité-, car quelqu’un, amusé, nous regarde depuis l’entrée. »
Après ma lecture de ce roman, j’ai vraiment trouvé que le titre, « Après la fête », allait à merveille à ce livre. La fête, ce moment où l’insouciance est à son maximum, où on pense qu’à s’amuser, où les soucis sont à la porte de la fête, où la légèreté est de mise. Cette fête que les étudiants connaissent bien. Et après la fête, ce moment où la désillusion apparaît, où il faut affronter le monde des adultes, où le quotidien devient plus difficile, où il faut trouver un emploi. L’auteure, Lola Nicolle, évoque ceci avec ses mots, sa poésie, sa lenteur (d’ailleurs, à des moments, c’était un peu trop lent pour moi…). L’auteur raconte la vie étudiante puis l’entrée dans la vie active. Elle parle des différences notamment de classes sociales. Elle évoque l’amitié, l’amour, les doutes, les certitudes, les questionnements. « Après la fête », c’est l’histoire de Raphaëlle, génération Y comme on les appelle. Raphaëlle, une étudiante aisée tombée amoureuse d’Antoine qui habite dans la banlieue. C’est leur histoire. C’est leur amour. C’est leurs forces et faiblesses. C’est leur découverte d’un autre monde, celui du travail et de la vie à deux. C’est leurs différences qu’ils pensaient pouvoir faire fi. « Après la fête » est un roman actuel, un roman où beaucoup peuvent s’y retrouver, un roman où l’amour s’y est invité avec désir, un roman où la musique y a toute sa place. Un bémol tout de même: j’ai été perdue à certains moments niveau chronologie dans l’histoire d’amour de Raphaëlle et Antoine, à ne pas savoir de quelle période de leur histoire il s’agissait, dommage.
« Après la fête » est un premier roman, un roman porté par une auteure qui connaît son job!  – Sybil Lecoq
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Un peu long, le plus souvent élégant, ce texte est d’une grande justesse sur la vie dans une très grande ville, quand on est jeune et qu’on débute à la fois sa vie de couple et sa vie professionnelle. Cela augmenté du fait que les deux éléments du couple ne viennent pas du même milieu social (bourgeoisie vs milieu populaire) et que cette différence pèse lourdement, d’abord sur leur recherche d’un emploi, puis sur leur vie à deux.
Tout ceci est vu du point de vue de la jeune femme, qui décrit et analyse avec lucidité la lente dégradation de leur histoire d’amour au fur et à mesure que le temps passe, alors qu’elle a trouvé le poste dont elle rêvait mais que lui peine à trouver le sien.
La fête, ce sont les années d’étude, où tout semble possible, rêves, espoirs et ambitions, où les textes de rap et de musique populaire rythment le quotidien, où les soirées entre potes, la danse et les discussions sans fin sont la norme. Lorsque la fête finie est finie, le réveil est brutal, triste et douloureux : bienvenue dans la vraie vie !
Il me semble qu’un metteur en scène qui aime et sait filmer Paris, son quotidien et sa jeunesse, ferait de ce livre un merveilleux film. Cédric Klapisch ? – Marianne Le Roux Briet
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Raphaëlle et Antoine, une rencontre que rien ne présageait. Issus de milieux sociaux différents, leurs études supérieures, leurs similitudes, leurs passions les lieront à jamais. Des journées rythmées par leurs cours, leurs sorties et leurs moments à deux.
L’entrée dans la vie active… et tout bascule !
Lola Nicolle nous propose une écriture fluide, poétique, très agréable à lire. Un roman que l’on peut lire partout et en toutes circonstances. Une héroïne qui a du mal à tourner la page. Ce roman met en évidence la difficulté pour les étudiants d’entrer dans la vie active. La part de chance et de rencontres occupent une place importante dans cette étape. On peut également se demander si la peur de grandir n’aurait pas une part de responsabilité ?
Bien que la lecture soit fluide et facile, j’ai eu parfois du mal à me situer chronologiquement dans l’histoire de Raphaëlle et Antoine. Je verrais complètement ce roman en adaptation cinématographique !  – Nina Busson Boulonne
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Lola Nicolle fait son entrée en littérature par la grande porte, celle des textes qui claquent et qui posent dans le monde des livres une empreinte reconnaissable entre toutes.

Avec, Après la fête, elle explore la passion et le basculement vers le monde adulte, dans ce qu’il comporte de désillusions, de responsabilités et de fin d’insouciance.

On apposera le terme contemporain ou moderne sur ce roman, il faut se méfier des qualificatifs, ils conduisent à la facilité et concourent à mettre dans des cases.

Il l’est par le thème traité ou l’époque dans laquelle il s’inscrit peut être. Mais de tout temps, n’y a-t-il pas eu ce douloureux passage à l’âge adulte, celui des choix et donc du renoncement, de la confrontation à une réalité mordante et sombre ?

Ce roman est un grand texte, fiévreux et habité, qui vient attraper les tripes et secouer les larmes que l’on porte.

La langue de Lola Nicolle est enflammée, urgente, poétique et sans concessions. Elle magnifie le désespoir, elle s’habille de noir avec lumière, jamais elle ne tombe dans la facilité ou dans un ton en dessous, elle tient la corde, le fil sur lequel on vit, comme un funambule.

Comme si la langue devait brûler, les mots sortir pour ne pas consumer l’être qui les porte.

On peut lire pour apprendre, pour s’évader, pour rire ou se détendre. Moi, je ne lis que pour vivre mieux, pour que les mots des autres me portent ou me consolent. Le roman de Lola Nicolle entre dans la catégorie de ceux qui autorisent à ressentir, à avoir mal même dans une cage dorée et qui comblent la solitude que l’on ressent. Il porte dans ce qu’il dit d’universel et qui vient chercher le personnel en chacun. Il est toujours étonnant de lire des mots que l’on pourrait faire sien, comme une évidente rencontre, même de papier.

Un premier roman éblouissant qui va m’accompagner longtemps. – Charlotte Milandri

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Raphaëlle a vécu une histoire d’amour avec Antoine, qui s’est terminée. Les attentats du 13 novembre 2015 flottent sur ses regrets et sur la photographie contemporaine de la jeunesse parisienne qu’elle tente de dessiner, comme le suggère le titre « Après la fête », et la référence indirecte au livre d’Hemingway, Paris est une fête, dont les ventes ont explosé à la suite de ce drame.
Ce premier roman m’a fait penser à un extrait de journal intime écrit par une jeune fille à la suite d’une première histoire d’amour et de sa rupture difficile à surmonter. Il enchaîne des paragraphes nostalgiques, à la première personne ou à la seconde, lorsque Raphaëlle se souvient, se retourne vers son passé et s’adresse à Antoine.
Le roman, empreint d’une tristesse lancinante, survole les tourments de cette jeune fille qui prend conscience de la réalité du quotidien, du couple, du monde du travail et du monde en général. Il s’écoule sans action déterminante ou événement particulier, faisant référence à des sorties, des amis, personnages secondaires effleurés, des sauts dans la famille des uns et des autres, sans vraiment de substance.
Lola Nicolle écrit dans un style travaillé qui affiche sa volonté de faire d’Après la fête un roman poétique avec de jolies phrases romantiques, et elle y parvient.
Mais si j’ai pu apprécier le style poétique et la beauté de certaines phrases, je dois avouer avoir eu du mal à terminer ce roman qui ne m’a pas intéressée. La poésie trop présente, trop assumée instaure une distance et un manque de sincérité qui éloigne de l’histoire. Il ne suffit pas que des choses soient joliment dites, même si c’est déjà beaucoup. Après la fête n’aurait pas pâti, me semble-t-il, de plus d’épaisseur aussi bien dans les personnages que dans le propos. – Laure MicMélo
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Il y a ceux qui font de leurs souvenirs des albums de photos qu’ils feuillèteront peut-être un jour en évoquant maladroitement des instants ou des rencontres qui auront pourtant déposé une trace indélébile dans leur mémoire et dans leur vie, et il y a ceux qui, mettant entre eux et leurs souvenirs un narrateur et un peu de hauteur, se lancent dans l’effarante entreprise d’en faire un roman. Il y a ceux qui, à cet exercice, suscitent un vaste questionnement sur l’intérêt d’avoir ainsi proposé une vue imprenable sur le contour de leur nombril, et puis, quelques fois, il y a celui ou celle qui, touché(e) par la grâce, va trouver les mots, va savoir les écrire et les agencer de telle sorte que sa vie deviendra un roman ou que son roman aura furieusement l’air d’être sa vie. Lola Nicolle est de ceux-là. C’est à peine si cette jeune éditrice se dissimule derrière Raphaëlle pour évoquer les années charnières où tant de choses se jouent, celles des études, premières libertés, premiers engagements, premiers appart’s, premiers vrais couples, premières contraintes, premiers boulots, premiers vrais choix.
Que l’on ne s’y trompe pas : derrière sa silhouette adolescente et ses lunettes de première de la classe, Lola Nicolle planque discrètement, non pas une âme torturée, mais la conscience aigüe d’avoir laissé derrière elle des années fondatrices et déterminantes de sa jeune existence. Avec le détachement d’un vieux sage, elle en fait un récit aux lignes sobres et rigoureusement structurées mais dont se dégage une mélancolie pleine de poésie. Les sentiments qu’elle évoque, loin de noyer son propos, restent contenus avec beaucoup de pudeur et offrent au lecteur, luxe suprême et délectable, l’espace nécessaire pour y mêler les siens dans une communion de souvenirs. – Magali Bertrand
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Après la fête est un premier roman quasi autobiographique, mélancolique, ennuyeux à l’extrême. On pressent le désir d’émancipation. Une envolée vers l’âge adulte. Néanmoins, cette histoire de vie aurait pu être exaltante, nourricière. Comment résister aux inégalités sociales qui creusent l’abîme existentiel ? Lire « Après la fête  » est un déplaisir. L’auteure ne fuit pas son miroir. Elle cherche en ce dernier les reflets d’une écriture exutoire et égocentrique. « Après la fête » est terne, un arrêt de manège. Le gris décrié et une jeunesse qui se brise les ailes à force de tourner en rond et de ne jamais poser le regard sur la vaste humanité. Ce roman manque de saveur et de naturel. – Evelyne Léraut
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C’est un constat doux-amer, une sorte d’état des lieux socio-culturel d’une génération née à la fin du vingtième siècle, et qui doit bâtir son futur sur des sables mouvants, tant l’incertitude est grande sur l’avenir qui nous attend tous.
C’est aussi une observation fine du fonctionnement d’un couple, qui au delà des illusions et des promesses imprudentes, se délite lentement sur fond d’inégalité des chances. Une fois la passion apaisée, il faut peu de choses pour que le quotidien se consomme sur des rancoeurs enfouies.
Raphaëlle a la chance de trouver immédiatement du travail après l’obtention de son diplôme. Antoine reste sur le pavé. Il n’en faut pas plus pour que les stigmates du fonctionnement du couple, que l’on voudrait reléguer au passé, surgissent malgré tout : le féminisme est un combat pas encore gagné et la plume de Lola Nicolle le revendique clairement.
L’écriture est résolument moderne, convaincante, lucide, douce et énergique à la fois et très agréable à parcourir.
Malgré un a priori plutôt négatif lié au thème, j’ai finalement beaucoup apprécié ce roman très contemporain mais pas désespéré. – Chantal Yvenou
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Lola Nicolle, je referme ce livre, les yeux embués. Émue de vos mots, échos. Le temps d’avant s’en est allé, et l’insouciance à tout jamais. Votre couverture déjà, annonçait un puzzle défragmenté, couleurs estompées… la vie d’adulte s’agite, rompt les codes de ces vies du soir, comateuses aux effluves douceurs. La jeunesse des premières fois, des émois du corps et des sensations, du toujours mon amour. Où il n’y a aucun renoncement aucune différence entre le rêve et le vivre. Promesses d’un temps figé, compté. À l’aube … je partirai disait Hugo. Raphaëlle votre héroïne devient la femme de sa propre vie et non celle projetée avec son amoureux du temps léger. Les lampions, les fumées, les danses rapprochées se terminent au matin rapide d’un RER bondé, aspirant tout élan. Votre écriture est pleine de tact et d’émotions, de poésie nostalgie. L’impact du mot. Dans cette phrase finale qui disloque cet amour. Cette fin de période. L’enfance et l’adolescence ont pris fin. Dans la langueur des fêtes. Brusquement. Insidieusement. Être autrement avec ces traces magiques de tendresse spontanée, de vertiges sans mesure. Votre play list scandée ici et là donne une musicalité encore plus belle à ce demain pas encore là et à ce temps toujours présent, en fuite. Après la fête c’est une explosion de sens pour moi. D’un temps perdu. D’une beauté chavirante. – Alexandra Rose
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Lola Nicolle a réussi l’exploit de parler de ce moment de bascule, ce moment où les rêves ne tiennent qu’à un fil, où les désillusions et les renoncements sont les portes de secours, des voies sans issues, de garage, où tomber de tout son corps est tellement facile qu’il en devient dangereux, où l’équilibre est précaire, un nid pour oiseaux perdus.
De par son écriture, sa grâce mélancolique, sa délicatesse silencieuse et poétique, ses cris et rages qui s’échappent, les larmes qui jaillissent à l’improviste, on entre dans son monde, dans ce monde où la fête n’est plus, où l’euphorie des grands boulevards, espoirs se terminent en impasse, où la lumière revêt son habit de nuit noire, où la lassitude gagne comme se termine une partie de poker, dans le tumulte des cartes abattues redistribuées.
On pourrait penser qu’Après la fête est un roman générationnel, à la limite de cette frange d’une jeunesse parisienne, un brin dorée, qui ne connait que la fête et les possibles tumultueux aisés. Cela serait tomber dans le cliché de la facilité. Oublier que derrière cette façade se cachent les lendemains perdus, les euphories des gueules cassées, des gueules de bois, les cris de ceux qui ne crient plus, les rêves de ceux qui ne rêvent plus, les mélancolies de ceux qui ont pour croyance les doutes, le manque de confiance, d’espoirs flétris, fanés. Comme si il était plus facile de se battre que de tomber, comme si la colère, la rage, la violence devait être fer de lance d’une place à trouver, d’un état à être, d’un possible à exister, l’ultime parade à la mélancolie, à cette place que l’on cherche tant, de cette fête qui se termine. – Sabine Faulmeyer

Cent millions d’années et un jour – Jean-Baptiste Andrea

« Si nous ne sommes pas capables de croire à une histoire juste parce qu’elle est belle, à quoi bon faire ce métier ? »

Cent millions d annees et un jour

Nous voici donc en 1954, l’été commence à peine dans ce petit village que je situe entre les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute Provence, en tout cas dans ces terres restées proches de la nature, en France, mais pas loin de ma chère Italie. C’est là que vit Stan, paléontologue qui voit l’heure de prendre sa retraite arriver à grands pas. Stan, c’est un poète, la tête pleine d’imagination et de rêves à réaliser dont celui, sans doute insensé, sûrement insensé, de (re)trouver l’ossature, le squelette même, d’un dinonaure, brontosaure ou apatosaure, dont il est sûr qu’il a vécu ici, dans cette région, dans ces montagnes alpines il y a de cela des millions d’années. Mais ce rêve qui lui offrirait une fin de carrière en apothéose, Stan ne peut pas le réaliser seul. Il demande alors à Umberto et Peter, deux scientifiques comme lui mais plus jeunes, en meilleure forme et santé, de partir là-haut, vers ce sommet de glace où ils trouveront forcément ce squelette.
Bien que plus mesurés dans leur enthousiasme, Umberto et Peter font confiance à Stan. Et, accompagnés également de leurs amis Gio et Youri, tous les cinq s’élancent vers cette conquête dont il faudra sortir vainqueur avant l’hiver, avant qu’il ne fasse trop froid et qu’il ne soit plus possible, ou alors au prix de trop gros efforts, de redescendre…
Que vous dire de plus que ce que ce modeste résumé ne vous ait pas déjà fait comprendre? Que ce roman est pour moi un véritable roman d’aventure humaine, celle d’un homme au seuil de sa vie, de son besoin essentiel, quasi viscéral de se prouver sa véritable valeur? Oui, avant toute chose. Mais c’est aussi une histoire d’amitié, une histoire d’hommes, faite de respect et parfois de colère ou d’envies. De par l’ascension entreprise et ce fameux projet à faire aboutir, tous les sentiments se trouvent exacerbés, passent d’un extrême à l’autre. On ne voudrait pas agir de telle façon. On ne le ferait pas en temps normal. Sauf que là, le temps nous est compté. Il faut réussir et redescendre avant que l’hiver et le froid glacial ne s’installent vraiment. Remontent alors des pensées, des souvenirs, des émotions qu’on a envie de partager. Ou pas.
Et c’est là qu’explose tout le talent de raconteur de Jean-Baptiste Andréa, dans cette atmosphère à la fois virile et où l’enfance est terriblement présente. On l’éprouve. On la voit. On y est. Et même on ne demande que ça, se laisser prendre, emporter, avancer au côté de ces hommes, vouloir prendre Stan par la main, ne pas oser, avoir envie de consoler l’enfant en lui qui ne l’a jamais ou si peu été, lui montrer qu’il n’a pas besoin de réaliser ce rêve fou pour exister. Et on se laisse faire parce qu’il y a tellement de poésie dans les mots de Jean-Baptiste Andréa, tellement d’humanisme qu’on ne peut pas faire autrement que d’avancer et d’aller au bout. – Martine Galati
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Stan est un paléontogue en fin de carrière, rendu amer par le manque de reconnaissance. Depuis l’enfance -qui fut difficile entre une mère adorée disparue trop tôt et un père brutal et frustre- Il caresse un rêve : retrouver le squelette d’une créature préhistorique qui serait prisonnière dans la glace depuis des millénaires. Stan part à la recherche du « dragon », embarquant avec lui son ami Umberto, Peter, jeune scientifique, et Gio, guide de haute-montagne. L’aventure physique et humaine qui commence ne sera pas de tout repos : aventure entrecoupée de nombreux flash-back qui nous amèneront à comprendre Stan et les raisons profondes qui le conduisent dans cette entreprise totalement démesurée…
Alors là mes amis… quelle découverte… Quel grand auteur nous avons en la personne de Jean-Baptiste Andrea ! Je découvre seulement ce jeune écrivain dont c’est le deuxième roman (vite vite, le premier !!) et je sais que je ne le quitterai jamais plus. Je suis comme ça, moi. J’aime passionnément les romanciers qui d’une plume, poétique, imagée, superbe comme celle-ci (bon sang quelle écriture) transcendent la simple aventure vers quelque chose de bien plus exigeant, de tellement plus profond. Ici, le cadre du roman polaire où les hommes font face aux éléments, explose littéralement. « Cent millions d’années et un jour » est un grand roman d’initiation, un roman sur l’enfance, les rêves qui l’habite jusqu’à l’âge adulte, un roman sur le temps (les saisons rythment le récit) et l’espace, un roman sur la famille, l’amitié, un roman qui fait grandir (le personnage mais aussi le lecteur) … ouh que c’est beau. On pourrait en faire un film. On me dit dans l’oreillette que Jean-Baptiste Andrea est écrivain mais aussi cinéaste. Tant mieux. Il va nous le faire, ce film…
Je suis soufflée par autant de talent. Jean-Baptiste, je vous aime. – Béatrice Crespo
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Emouvant, poignant, magistral « Cent millions d’années et un jour » est une sacrée réussite. L’écriture habile, ciselée, est un flocon de neige sur une trame perfectionniste. On sent chez l’auteur Jean-Baptiste Andréa une invitation à pénétrer dans une intimité où à contrario la grandeur n’a pas de limite. L’aventure, dans ce récit a sa plus dramatique posture. Stan, Umberto, Peter et Gio vont partir en pleine montagne à la recherche d’un squelette, d’une preuve irréfutable d’un monstre préhistorique. Ils vont en alliés dans un départ préparé à l’extrême grimper les parois hostiles. De chimères, en risques, en épreuves, la tempête parabolique va surgir subrepticement. Le narrateur avance lui aussi dans un autre rythme. Il revoit le flouté de son enfance, son père maltraitant « Le Commandant » avide de coups d’insultes de brimades et de soumissions. Les résonances font de ce lieu, un corps à corps avec son père violent. Une échappée impossible où le monstre mystérieux retrouvé serait une revanche à la vie à la mort. Les cordes symboliques, fragiles, qui soutiennent ces hommes sont pour Stan un défi. Vaincre l’image de ce père tueur d’enfance à coups de piolets dans la roche rugueuse. Les images défilent superbes. On est en plongée dans cette atmosphère prenante où la nature rebelle, hostile, imprime son sceau de souffrances et d’endurance. C’est un récit exutoire « C’est l’heure grave » de ne plus croire en rien, ou croire en tout. » glace coupante, filigrane d’endurance, lèvres gercées et mains blessées, cœurs meurtris, enfance déracinée. C’est une épopée qui aurait pu être initiatique. Le monstre des montagnes n’est -il pas le démon pour Stan dont le passé refait surface et emporte la raison d’un présent salvateur ? « Gio avait raison. En montagne, on meurt d’arrogance. »Film à ciel ouvert, « Cent millions d’années plus un jour. » est un hymne à la rédemption. Même si. – Evelyne Léraut
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Un enfant, Stan, coincé entre un père alcoolique et violent, et une mère trop bonne qui se laisse taper dessus, rêve de devenir paléontologue. Malgré les remarques désobligeante de son père, il parvient à faire ses études et à réaliser son rêve ;
Et après avoir fait une belle carrière et gagné la reconnaissance de ses pairs, avant de partir à la retraite, il décide de monter une expédition dans les Hautes Alpes à la frontière italo-française, avec Umberto son ami, un guide GIO et un jeune assistant Peter.
Les voilà partis tous les quatre à l’assaut des glaciers, à la recherche d’un squelette de brontosaure, qui se serait fait surprendre par les formations glacières il y a plusieurs millions d’années.
Une aventure au sein des glaciers. Une aventure humaine ? Oui sans doute. Les deux mois impartis à la recherche infructueuse étant dépassés, et ayant perdu Peter dans la montagne, ses collègues redescendent dans la vallée. Stan reste seul sur le campement, l’hiver arrive la neige tombe et ensevelit tout.
L’écriture est belle et poétique, j’ai aimé ce roman, mais ne suis pas rentrée complètement dedans. Je dois être réfractaire au froid !!!!  – Brigitte Cheminant
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Premier coup de cœur…… Un air de “Premier de Cordée” de Frison-Roche que je venais de voir dans le cadre des Journées du patrimoine…..cinématographique.
C’est mot après mot, émotion après émotion que j’ai suivi cette ascension.
J’ai vibré avec Stan et son désir vissé au corps d’être pour une fois le premier, le plus fort, le gagnant et balayer ainsi cette enfance douloureuse auprès d’une mère aimante et d’un père violent qu’il ne pouvait contenter.
C’est une ode à l’amitié, à la persévérance, à la foi dans ses certitudes.
Une quête d’un Graal qui nous emporte et nous fait escalader des montagnes, un Graal qui nous fera aller jusqu’au bout de nos rêves. – Jocelyne Legrand-Prod’homme
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Une chasse au trésor, une quête de soi, c’est l’ossature de ce livre qui nous emmène dans une vallée perdue des Alpes, en compagnie de trois paléontologues et leur guide.
En même temps que les trois explorateurs et leur guide progressent dans leur recherche en haute montagne, mettant en péril leurs vies et leur amitié, et faisant monter un terrible suspense, le lecteur explore le passé de Stanislas, paléontologue amer et déçu par sa vie, à la recherche d’une rédemption, hanté par les monstres de l’enfance.
J’ai lu avec plaisir cette histoire un peu loufoque de savant fou qui croit à ses rêves de gosse, tellement fort qu’il embarque ceux qui l’écoutent, tellement ça fait du bien les contes de fées, et tellement ce serait difficile de vivre sans, surtout quand on a eu une enfance déglinguée par les violences d’un père, le malheur d’une mère et les méchancetés des autres gosses.
Ce qui concourt à emporter le lecteur, c’est qu’au fil des pages, en même temps que les aventuriers s’éloignent du monde réel, l’écriture se fait émotion, sensation, lyrisme, pour mieux nous embarquer dans un monde touchant au surnaturel.
J’ai pensé à un mélange du film Les aventuriers de l’arche perdue et du roman Les huit montagnes de Paolo Cognetti. – Adèle Binks
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J’avais beaucoup aimé Ma Reine, le premier roman écrit par Jean-Baptiste Andrea il y a deux ans chez l‘Iconoclaste, et déjà traduit en neuf langues. Avec Cent millions d’années et un jour il nous entraine plus loin, plus haut, dans une recherche qui va lui faire remonter le temps.

La poésie que j’avais appréciée dans son premier roman subsiste ainsi que ses thèmes de prédilection, l’enfance et la nature qu’il pourrait aimer à la folie. (…)

Peu importe la réalité pré-historique. Ces arthropodes marins ont bel et bien existé durant le Paléozoïque (ère primaire) du Cambrien au Permien. Ils ont disparu lors de l’extinction de masse à la fin du Permien, il y a environ 250 millions d’années. Et cette histoire pourrait bien se lire en écho à l’angoisse que nous ressentons de nous trouver à la veille d’une nouvelle extinction de masse …

S’il ne travaille plus dans le cinéma, Jean-Baptiste Andrea n’a rien perdu de sa compétence à construire un scénario. Avec ce second livre Jean-Baptiste Andrea va plus loin que Ma Reine en écrivant un vrai roman d’aventure, porté par un souffle épique. – Marie-Claire Poirier

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De « Ma Reine », son premier roman, je disais qu’il était enchanteur, un véritable bijou de poésie, une fable, un conte. « Cent millions d’années et un jour » est fascinant. En mêlant le passé et le présent Jean-Baptiste Andréa nous emmène, encordés à Stan, Gio, Umberto et Peter vers un glacier de rêve, un monde de rêve, un squelette de rêve… fascinant, c’est bien ça. Un roman que j’ai lu d’une traite, les yeux écarquillés, le sourire aux lèvres mais aussi parfois, la larme à l’œil, la hantise du pire et la peur au ventre.
« J’oublierai bien des choses, c’est inévitable, jusqu’à mon propre nom peut-être. Mais je n’oublierai pas mon premier fossile. C’était un trilobite, un petit arthropode marin qui n’avait rien demandé à personne quand mon existence percuta la sienne un jour de printemps. Une seconde plus tard, nous étions amis pour la vie« . A quoi tient parfois une vie ! Stan, ainsi, sut qu’il serait paléontologue. Et un beau jour de 1954, alors que sa carrière se termine il propose à Umberto, son ancien assistant de le rejoindre dans un petit village aux confins de la France et de l’Italie. Umberto arrive, flanqué de Peter, scientifique, lui aussi. Et c’est le départ pour l’aventure. J’omets volontairement un cinquième personnage d’une grande importance à mes yeux… Je vous laisse le découvrir
Lire Jean-Baptiste Andréa c’est entrer dans une autre dimension, celle de la légèreté, de la poésie, de la grâce. Il réussit à entrelacer la beauté des paysages et la douleur d’un garçon battu par son père, il passe d’une histoire enfantine à une véritable expédition scientifique, transcende la lumière, nous donne à ressentir les émotions, les peurs, les silences. Il parvient à faire d’un glacier un personnage à part entière. Un certain magnétisme se dégage des mots, du rythme. J’ai eu l’impression d’être complètement immergée dans le groupe, de monter, de souffler, d’avoir froid.
Très visuelle, l’écriture est un bonheur de chaque instant « Il m’a fait son sourire de piano désaccordé, et son ivoire m’a touché au cœur. Puis il s’est mis à neiger.«  Il suffit de se laisser bercer par le rythme des mots, de laisser venir à soi les images et les sons qu’ils convoquent et d’entrer dans un monde d’adulte où l’enfance ressurgit sans cesse.. jusqu’au bout.
Captivant, ensorcelant, étincelant et parfois dur, « Cent millions d’années et un jour » : un roman à se damner. – Geneviève Munier
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… Pépite poétique…
Dès les premières lignes, les mots s’alignent magnifiquement et berceront jusqu’au bout l’histoire de Stan et d’autres. Parce que Cent millions d’années et un jour c’est un parcours initiatique, un chercheur de trésor (un dinosaure !) où s’entremêlent d’autres histoires, d’hommes et d’enfance, de père et de filiation, de secrets et de beautés. C’est l’enfance perdue, c’est la magie du conte qui tient l’homme pour la vie. C’est ces montagnes vertigineuses et dangereuses, plus fortes que tout. C’est la loi naturelle, le rêve à toucher, quitte à se sacrifier. Un « il était une fois » sur les hauteurs Pyrénées, loin de tout. Fou de vie et d’envies. Découvrir pour retrouver ces songes doux d’enfance égarée. Un dragon, maître du temps…Celui qui joue avec la vie, se chevauche. Hier, il y a cent millions d’années ou demain, perdure la vie dans les marques éternelles, étiquettes et souvenirs, la paix de l’âme à jamais gravée.
Lire Jean-baptiste Andrea pour la deuxième fois ( Ma Reine était déjà d’une grande poésie) c’est se laisser bercer par les mots, redevenir un temps chercheur de pépites pour que vivent nos rêves. Ce roman, le premier de cette belle aventure, ouvre le bal d’une manière douce et belle. Un coup de cœur. – Alexandra Com
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Le métier de paléontologue est une vocation qui naît des rêves des explorateurs en culotte courte.
Le héros de Cent millions d’années et un jour n’échappe pas à la règle. Enfant, il collectionnait les histoires de monstres, les minéraux, les fossiles et les simples cailloux. Oui mais voilà, au terme d’une carrière sans surprises et sans gloire, une fillette fantasque lui parle lors d’un dîner mondain, d’un terrifiant dragon caché au cœur des montagnes enneigées de la frontière Franco-italienne. C’est le vieux concierge de son immeuble, monsieur Leucio qui lui en a fait le récit. Le squelette d’un grand carnassier serait enfoui précisément au cœur des Alpes. Mais chut !
Ni une ni deux, Stan décide d’entreprendre le voyage, de tenter l’ascension périlleuse à la rencontre dudit dinosaure, secondé dans cette aventure, par Umberto et Peter, scientifiques eux-aussi et Gio, guide chevronné. La mission est la suivante : « Faire l’Histoire au lieu de lui courir après, au lieu de se consoler comme des charognards des restes qu’elle veut bien leur jeter. »
Jean Baptiste Andrea part à l’assaut de la très haute montagne pour une expédition humaine démesurée entre rêve et réalité.
Comme avec Ma reine, son premier roman, le lecteur retrouve l’écriture poétique de l’auteur. Le rapport à la mère, figure aimante universelle, le monde de l’enfance et la difficulté à accomplir ses rêves sont les thèmes récurrents, chers à l’auteur.
Comme avec Ma reine, le lecteur se retrouve projeté à la lisière du conte merveilleux. Stan, héros attachant de cette fable, poursuit une quête pour atteindre le Graal, la consécration. Trouvera-t-il dans ce défi personnel, le moyen de panser ses blessures d’enfance ?
J’ai eu pour ma part beaucoup de mal à rentrer dans cette histoire. Le postulat de base, à savoir partir à la recherche d’un squelette de dinosaure m’a quelque peu surprise. Je n’ai hélas jamais été très attirée par les grands récits d’aventures, Premier de cordée, Annapurna ou Voyage au centre de la terre… la peur des grands espaces et l’infiniment grand, sans doute. Toutefois, je reste conquise par le style singulier et onirique de JB Andrea. – Sandrine Guinot
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Une quête : celle d’un paléontologue à la recherche du squelette de dinosaure dont la découverte lui assurera la gloire et la reconnaissance de ses pairs…
Un roman d’aventures où les péripéties s’enchainent dans un cadre majestueux, le Mercantour, et une temporalité un peu surannée, les années 1950…
Une aventure humaine en milieu hostile : de belles amitiés viriles, du dépassement de soi…
Des personnages taillés au cordeau, stylisés et, en même temps, ciselés et complexes.
Une narration efficace, belle, addictive : c’est très bien écrit et le suspense est au rendez-vous… le récit est à la première personne et celui qui parle nous entraine et nous égare à sa suite.
Tout est ici réuni pour un très bon roman.
Mais ce livre est aussi bien plus que cela… J’ai profondément adhéré à la métaphorisation du passé, à celle de l’enfouissement des secrets et de leurs nécessaires mises au jour. Toutes les passerelles et tous les parallèles entre la recherche du fossile et la vie des protagonistes sont parlants et lourds de sens et de questionnements.
Une réussite !
Avec Ma Reine, Jean-Baptiste Andrea avait donné à lire un roman cruel dont l’infinitude m’avait déjà marquée il y a deux ans… Un auteur à suivre, un réel talent. – Aline Raynaud
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Quel plaisir de commencer la sélection avec cette lecture !
J’ai déjà trouvé la couverture très esthétique, c’est simple et efficace, ça donne envie.
L‘écriture, quant à elle, est très fluide. On arrive à se repérer facilement dans les époques et les lieux, ce qui n’est pas toujours évident.
J’ai aimé faire cette expédition, j’ai eu froid, j’y étais !
L’histoire maintenant, on part dans une expédition, celle de la dernière chance, celle où il faut tout donner…Pour trouver les restes d’un dragon sur des indications floues d’un enfant données il y a des années. Tout un programme. Au cours de cette escapade, le héros revit des moments de sa vie, des moments décisifs, des moments marquants.
C’est une très jolie histoire, une histoire de vie, qui se lit en une fois. J’ai vraiment eu l’impression d’être plongée dans ce livre. L’immersion était totale.
Merci les 68 pour ce livre vers lequel je ne me serais sans doute pas penchée sans vous ! – Marion Catherinet
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Beau- onirique- puissant- magistral même !
Oui, j’y vais fort, mais voilà quelques unes des impressions nées de ma lecture du deuxième roman de Jean Baptiste Andréa.
Ma Reine (le premier) m’avait sincèrement séduite mais j’ai trouvé dans ce nouveau roman une grâce supérieure.
Cette histoire est celle d’une quête insensée (?). Stan, le paléontologue, cherche l’improbable existence d’un squelette bien particulier quelque part dans le massif des Dolomites. Il lui faudra gravir la montagne, se confronter aux puissants caprices de ce milieu mais aussi à ses propres démons, ceux de l’enfance.
Il entraine avec lui trois hommes qui le suivent volontiers dans ce pari fou- par respect pour sa renommée, par passion pour la montagne, par amitié, par admiration- une quête fraternelle.
Par cette expédition, Stan espère devenir, exister aux yeux des autres, sortir de l’ombre en transformant en réalité ce que les autres considèrent comme une chimère.
C’est donc l’histoire d’un rêve fou, le genre de rêve que la plupart d’entre nous enferment à jamais, par lucidité ou par manque d’imagination, d’audace et de conviction. Stan, lui, choisit le rêve plutôt que la Raison, pour ne jamais avoir à regretter. Sa quête est folle? et alors? être raisonnable serait justement une folie! Il doit y aller, jusqu’au bout, pour se sentir vivant!
J’ai été happée par cette histoire lue en une matinée, parce qu’on y croit avec lui, on a envie avec lui de la réalité de ce rêve inatteignable, on admire son acharnement, la démesure de sa volonté, sa folie, on tremble pour lui et pour ses amis. Jean Baptiste Andréa nous emmène loin- à nouveau dans une histoire singulière, un peu fabuleuse et surtout éminemment poétique.
Un magnifique roman, fascinant de beauté- des passages descriptifs et des personnifications splendides. Les mots de l’auteur sont saisissants, comme empreints d’une beauté qui nous transporte dans d’autres sphères- sublimation du réel tel un poète- la folie, la montagne, l’amitié, la souffrance, la solitude, tout est raconté avec grâce. – Sandra Moncelet