Avant elle – Johanna Krawczyk

« Ma fille, il y a des souvenirs qu’il ne faut pas réveiller. »

« L’ancienne victime fait le meilleur bourreau. »Les Contes défaits, Oscar Lalo

« Les catastrophes n’arrivent jamais d’un coup. Elles sont fourbes et se faufilent à petits pas. Ernesto Gómez, né en Argentine en 1928, exilé en France en 1979, un destin brisé. Tu es parti en 2015, un mois après la naissance de Suzanne. Tu m’as laissée papa avec ma vie brisée. »

Comment vous parler du 1er roman de Johanna Krawzcyk, Avant elle, sans faire assaut d’éloges dithyrambiques à vous faire lever le sourcil de méfiance ? Je ne vous en voudrais pas. Je suis moi-même très circonspecte dès lors que les avis se font trop laudatifs. Sans y parvenir tout à fait, j’essaie de bannir de mon vocabulaire des mots tellement suçotés qu’ils n’ont plus aucun goût. Adieu donc « pépite », « magistral », « claque », « incontournable », « remarquable », « éblouissant », et j’en passe.

Et donc ?

Et donc, ça ne va pas être facile !

Avant elle est un 1er roman certes, mais il est aussi le roman d’une autrice passée par l’écriture de scénarios. Et cela se sent à son habileté consommée à saisir le lecteur, le plier à sa volonté, le berner avant de le tordre et l’amener là où il ne veut surtout pas aller pour enfin le relâcher 2 heures plus tard, le souffle court, les yeux rougis, la gorge serrée.

Paru à la fin janvier aux Éditions Héloïse d’Ormesson, Avant elle est un roman d’à peine 160 pages, presque une novella, qui se lit d’une traite. Ce n’est pourtant pas un roman facile. Il est dur. Non. Pas dur. Éprouvant. Le lire est une épreuve. Voilà. Je ne sais pas comment le dire autrement.

« Ma fille, il y a des souvenirs qu’il ne faut pas réveiller. »

La fille, c’est Carmen, jeune femme sur le fil, à la recherche d’un semblant d’équilibre entre vie familiale (elle est mariée à Raphaël et maman d’une petite Suzanne) et vie professionnelle (elle est enseignante-chercheuse à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine de Paris, supposée en pleine rédaction de son HDR). Ses parents sont des réfugiés argentins ayant fui la dictature à la fin des années 1970. Sa mère, Gabi, s’est donné la mort quand elle avait 11 ans. 

« Le vendredi 20 décembre 1991, entre 12 heures 30 et 12 heures 40, j’ai glissé de l’autre côté de ma vie, de sa légèreté et de sa joie. Ma mère est morte et je n’ai plus fait partie du monde normal. J’avais onze ans et marcher dans la rue, regarder les oiseaux piailler sur les branches, aller au collège, toutes ces activités du quotidien a priori simples étaient devenues irréelles. »

Quant à son père, Ernesto, il est mort d’un AVC l’année précédente. Fragile, Carmen a déjà fait un séjour en hôpital psychiatrique. Quand elle tombe, c’est souvent au fond d’une bouteille de whisky ou de vodka. 

« Une double vodka, merci, une autre, merci, une autre ! J’enchaîne les verres, mon sac rempli de copies sur le dos. L’obsidienne dans mon ventre s’emballe, alors je bois cul sec et je pense à toi, papa, mon roc mon géant, et mort pourtant. Accident vasculaire cérébral irréversible, il y a un an et sept mois. La rengaine du chagrin sans date de départ. Une autre, merci ! »

L’enfance de Carmen s’est construite sur les silences de son père obstinément évasif, arc-boutée contre la solide complicité qui la liait à sa mère avant que celle-ci ne perde sa joie de vivre et commette l’irréparable.

Pourquoi ? Nous finirons par l’apprendre dans ce roman qui joue avec nous sans rien nous cacher des choses que nous ne voudrions pas voir.

De tout temps, Carmen s’est sentie comme inachevée, amputée de son passé, sa part manquante, plus encore maintenant qu’elle se retrouve orpheline à 36 ans. 

Un appel téléphonique va changer la donne. Un garde-meuble lui demande de venir récupérer les affaires que son père avait entreposées, faute de quoi elles seront détruites, les factures étant restées impayées depuis le décès. À la surprise de Carmen, le box est presque vide, à l’exception d’un bureau qu’elle rapporte à son appartement. Une inspection minutieuse lui dévoile une clef et une trappe dissimulée abritant « une boîte en métal bleue, parfaitement calée, parfaitement coincée » contenant sept carnets, les cuadernos de Ernesto, qui couvrent sept décennies, des années d’enfance (1936-1946) pour le premier à l’année de son décès (2015) pour le dernier. La clef, elle, ouvre une boîte que Carmen a déjà en sa possession. Elle renferme des photographies anciennes, et ces visages inconnus qui la fixent sont autant d’énigmes.

(Je tiens à ouvrir une parenthèse, le temps de saluer le travail d’édition, très soigné. Le jeu des différentes polices de caractères, la mise en page, tout participe non seulement à l’excellente lisibilité, mais également à l’immersion du lecteur.)

Revenons à Carmen alors qu’elle commence la lecture des carnets du père, curieuse d’y trouver des pièces susceptibles de reconstituer le puzzle familial et l’histoire d’avant elle, pressée de lézarder les remparts érigés par Ernesto, et tout à la fois inquiète de ce que cette boîte de Pandore a à lui révéler tant elle reste soucieuse de ne pas entacher l’image paternelle.

« Je referme aussitôt la boîte, partagée entre l’excitation et la crainte. Tout ce que j’ai toujours voulu savoir est peut-être là, dans ces sept carnets, des objets divins, ta part secrète, les raisons de ta pudeur et de ton exigence, de ta souffrance et de tes silences. Je caresse les tranches et je t’imagine en Argentine, ta vie avec tes parents, tes chagrins d’enfant, tes amours d’adolescent. Je pense à la dictature aussi, à elle comme tu l’appelais, à tes quarante-neuf ans en 1977, l’année de ton enlèvement, à la torture et à l’humiliation par des plus jeunes que toi, des semblables, aux séquelles indélébiles et vivantes, gravées à jamais dans la chair et l’esprit. »

Johanna Krawczyk nous place au plus près de Carmen, de ce qu’elle anticipe alors qu’elle sonde la boîte 

« Elle est lourde.

Tu m’as laissé un trésor, papa ? »

avant d’espérer décrypter le père et obtenir des réponses à sa propre énigme :

« Le mystère de mes origines avait fait de moi une affabulatrice, une pauvre fille qui avait remplacé les silences par une fiction à son goût. »

Nous sommes là, avec Carmen, quand elle entame le dialogue qu’elle n’a jamais pu avoir avec son père de son vivant. Nous sommes là à lire par-dessus son épaule quand elle parcourt les zones d’ombre, chichement éclairées, à la recherche du moindre indice pour déchiffrer le chaos. Nous sommes toujours là quand, révoltée, il lui semble entrevoir une possible explication :

« Je te visualise papa, seul et amaigri dans une cellule sans fenêtre, suspendu à l’existence par un fil invisible et sur le point de se rompre. Subir une telle trahison exclurait n’importe qui du monde des vivants. »

Nous sommes encore là à nous dire avec elle « La vérité se rapproche et je ne suis pas sûre de vouloir la connaître. »

Et quand cette vérité éclate enfin, anéantissant la mythologie familiale sur plusieurs générations, nous sommes bien là à suffoquer avec Carmen tels des naufragés dont la mer n’a pas voulu. Finalement, une fiction à son goût n’était-elle pas préférable à ce qu’elle vient de découvrir sur sa famille, sur ses origines et sur ce père qu’elle portait aux nues ? 

« Je suis l’antithèse de ton courage. Je bois. Trente-six ans et l’alcool pour ami imaginaire. Il me permet d’avancer et de me déresponsabiliser quand j’échoue ou manque à mes devoirs. Comment as-tu fait, papa, pour ne jamais abandonner ? Dis-moi, donne-moi les clés. »

En écrire plus serait vous en dire trop.

Avant elle est un roman écrit caméra à l’épaule. Nous sommes à Buenos Aires avec Ernesto. Nous sentons l’odeur de la peur. Nous entendons les suppliques et les gémissements. Nous déjouons les attentats et évitons les balles, parfois. Et plus que tout, nous avons envie de détourner les yeux pour réprimer un haut-le-cœur. En France, nous remontons avec Carmen, hébétés, le couloir qui mène à sa salle de bains, nous sursautons quand la baie vitrée vole en éclats, nous esquintons nos doigts sur cette rainure du bureau paternel qui ne veut pas céder, nous « vérifi[ons] les dates, cherch[ons] l’erreur, l’absence de logique », et, oui, nous titubons aussi sous les effets conjoints de l’alcool et de la douleur, celle qui supplicie et broie.

« Comment accomplit-on ce tour de force de reconstruire une vie sur du vide ? »

Comment accomplit-on ce tour de force d’écrire un 1er roman aussi déstabilisant et atrocement douloureux, qui habite son lecteur durablement ? 

Outre que son titre, polysémique, n’a certainement rien d’un hasard, Avant elle est un agencement méticuleux de courts chapitres, un montage ingénieux d’allers-retours entre présent et passé, entre exactions avérées de la dictature argentine et création romanesque, modulant les éclairages, de la lumière la plus vive aux recoins les plus sinistres et les plus écœurants. Jusqu’à l’ultime révélation ménagée dans les toutes dernières pages qui nous laisse pantelants et horrifiés, mais confiants dans la renaissance de cette jeune femme. Au sens le plus strict.

Découvrir un 1er roman, c’est aller à la rencontre d’un auteur, le cœur battant. Il y a bien sûr les rendez-vous manqués, et puis il y a ceux, comme celui-ci, que l’on aimerait ne pas voir s’achever sans la promesse de retrouvailles. Je vous dis donc à bientôt, Johanna. – Christine Casempoure

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Carmen est fille de réfugiés argentins .
Sa santé mentale est fragile , sa mère s’est suicidée quand elle avait 11 ans , de façon brutale .
Son père est mort il y a deux ans .
Elle ne survit qu’alcoolisée, délaissant son mari et sa fille .
Se trouvant dans l’impasse, elle va néanmoins trouver la force de lire les carnets de son père, retrouvés dans un garde meuble.
Car bizarrement, celui ci a toujours refusé de lui parler de son passé.
Nous découvrons avec elle ce passé inimaginable, qui va l’entrainer dans une spirale d’atrocités et la faire plonger mais pour mieux renaitre.
Roman puissant et violent, sur les origines, les non dits et les secrets inavouables .
On ferme ce livre, abasourdis, l’écriture percutante nous ayant emmené en Argentine, dans une des périodes les plus sombres de son histoire.
Ce père, ce bourreau ! – Anne-Claire Guisard

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Carmen est fragile. Elle a du mal à tenir debout sans sa dose d’alcool dés le matin, elle a du mal à s’occuper de sa fille, elle a du mal à rassurer son compagnon et puis surtout, elle a du mal à accepter le décès de son père il y a presque un an.

L’appel d’un garde meuble qui lui demande de venir vider un box loué par son père, ne va rien arranger. Elle y découvre un bureau dans lequel sont rangés des carnets intimes de son père.

Elle va alors découvrir la vie de cet homme qu’elle pensait connaitre, découvrir la cause du suicide de sa mère lorsqu’elle avait 11 ans.

Au fil de la lecture de ces carnets, elle va s’enfoncer dans une sorte de folie salvatrice. Comme si la violence des découvertes obligeait son cerveau à jouer le rôle de disjoncteur afin de préserver son âme.

Elle ira jusqu’au bout de l’horreur, comme un passage obligé pour tourner une page de sa vie et en ouvrir une nouvelle.

Impossible d’abandonner la lecture en cours de route, une fois les premiers mots sous les yeux, il faut aller jusqu’au bout. On poursuit avec Carmen son chemin de croix tracé par son père dans ses carnets.

Une fois encore le danger des secrets de famille qui détruisent en silence sur plusieurs générations.

L’écriture est extrêmement vive, haletante comme Carmen. Une incroyable réussite pour un premier roman. – Emmanuelle Coutant

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Un simple coup de fil, et c’est la vie qui bascule. Carmen, fille de réfugiés argentins, apprend que son père décédé louait un box dans un garde-meuble. Elle y découvre des témoins du passé de son père – des photos, des articles de presse, et surtout son journal intime – et découvre surtout qu’elle en ignorait tout. Elle se plonge alors dans une histoire qui prend ses racines en 1936, dans la région de Buenos Aires, et traite de l’histoire de cet homme sur fond de coup d’état et de dictature.

Carmen est fragile, avec son obsidienne dans le ventre. Elle a été hospitalisée en psychiatrie pour troubles borderline, souffre d’alcoolisme, et peine à garder un équilibre précaire dans sa vie de femme et de mère. La lecture du journal d’Ernesto Gomez va rompre toutes les digues qu’elle a tâché d’ériger. Les mots de son père ont de quoi susciter l’horreur, à commencer par le meurtre épouvantable de sa mère alors qu’il n’a que dix ans et qu’il s’appelle encore Juan. C’est ce drame fondateur, ainsi que l’absence du père, violent et dangereux, qui a fini par quitter la maison, qui vont déclencher toute la suite. On peut ainsi lire toute la vie de Juan Moreau à la lumière de ces traumas initiaux, dans une approche psychologique, pour comprendre comment, de victime, il est devenu bourreau, et pas des moindres. Sa fille, qui découvre pétrifiée d’horreur – tout comme nous, car certaines scènes sont absolument insoutenables – le rôle qu’a joué son père dans les geôles péronistes, ne parvient pas à lui trouver d’excuses. La vérité fait mal mais, passé le choc de toutes ces révélations, permet à Carmen de redonner le coup de pied pour remonter à la surface et, enfin, pouvoir vivre. Un roman à la lecture éprouvante certes, remarquablement maîtrisé dans sa construction et l’évolution de ses deux personnages. – Emmanuelle Bastien

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Carmen a perdu sa mère quand elle avait 11 ans. A 36 ans, elle a perdu son père il y a un peu plus d’un an. Elle vit comme en dehors d’elle-même depuis qu’ils ne sont plus là. Originaires d’Argentine, ni l’un ni l’autre n’a trouvé les mots et le courage pour expliquer l’avant. Leur vie a commencer à Paris, bien des années plus tard. Mais tous ces silences pèsent à Carmen. Et quand elle découvre un matin, le box que son père louait depuis des années, avec un simple bureau et une clef à l’intérieur, elle imagine que tout va s’éclairer… Les mots sont bien là, à sa portée, mais la vérité est parfois plus anéantissante que les mystères…

Quel premier roman !! Johanne Krawczyk maitrise à la perfection son histoire, ses personnages, la construction de son récit et l’émotion grandissante tout au long des pages.

Elle, c’est la dictature argentine. Et c’est bien autour d’elle que tout se joue, tout se noue et tout se délie. Carmen vit avec ces fantômes, ceux laissés là-bas. Elle a espéré tout au long de sa vie que son père se confie, qu’il puisse lui expliquer ce qu’il a abandonné dans son pays…

Mais Carmen ne se doute pas de ce qu’elle va découvrir. Alors qu’elle croit soigner ses blessures, colmater la plaie, elle va sombrer dans le gouffre de l’inhumanité. Courageuse, elle ira au bout de sa quête, mais en y laissant un peu d’elle-même.

Ce roman est un cri. Un cri d’amour d’une petite fille à son père, qui ne sait plus qui il est, qui elle est. Un cri de rage d’une femme à un bourreau, qui a fait taire les silences. Un cri du cœur d’un corps à qui on a menti et qui cherche un souffle de vérité…

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture bouleversante, foudroyante et poignante. – Audrey Lire & Vous

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« Chaque matin je me lève avec l’impression de ne pas être moi, de ne pas être à la bonne place, dans la bonne vie, de n’être qu’un gribouillage sans allure, sans rêve et sans joie.. »

Le roman commence avec ces mots, ceux de Carmen qui nous confie son Je errant, douloureux, sans ancrage. Carmen, trentenaire enseignante spécialiste de l’Amérique Latine, épouse et maman d’une très jeune enfant, va mal et  noie dans l’alcool un mal-être diagnostiqué mais non solutionné. Elle est sur la crête, au bord du précipice, la chute est annoncée dès le début, en témoin d’un drame urbain allégorie de la tragédie qui s’écrit déjà depuis longtemps et qui doit enfin jouer ses derniers actes.

Le décès récent de son père semble accroître ce vertige grandissant. « Tu es mort, et tu as pris encore plus de place. » Cependant survient un inattendu : un appel, une location de garde- meuble qui expire, au nom du père disparu. Ainsi débute une course folle, une course exténuante qui nous conduit dans une Argentine étouffée par la junte, vers un passé où tout est à découvrir, où tout bascule dans l’enfer de la révélation, dans la lumière cruelle de la vérité qui éclabousse, celle qui meurtrit et éclaire dans un même mouvement. Comme cette obsidienne qui pèse au creux de Carmen. « Le caillou dans mon ventre, l’obsidienne, je l’ai depuis que maman est partie. Elle s’est envolée et a laissé à sa place une pierre qui me tranche les tripes comme un silex. J’ai essayé de lui dire, je ne t’oublierai pas, reprends ta pierre, mais elle n’a rien voulu entendre. »  L’obsidienne est une pierre volcanique, souvent nommée œil céleste ; en lithothérapie, on lui attribue des vertus intenses qui aident à dénouer les blocages, à libérer les émotions. Ainsi ce caillou tranchant qui réveille l’angoisse mortifère est aussi la clé de l’énigme en ce qu’il retient le secret, le secret dégénérescent qui continuera son processus de destruction tant qu’il ne sera pas révélé.

Le lecteur accompagne Carmen dans ce plongeon et découvre en même temps qu’elle les carnets écrits du père défunt qui se raconte enfin, père aimant mais silencieux et sombre. « Plus j’y pense, plus je me dis que tu étais une énigme, une porte fermée à triple tour, avec un cadenas invisible scellé sur le bouche pour t’empêcher d’être et de dire les ronces qui te grignotaient. Quand on s’est retrouvés tous les deux, la situation a empiré. Tu t’es transformé en un jardin ravagé, sans âme qui vive, sans enfant qui joue, sans aucun espoir. Tout ton corps n’était plus qu’un trompe-l’œil participant au spectacle de la vie, une façade vieillissant aussi mal qu’une photographie exposée à la lumière. »

Tout le brio de ce premier roman percutant réside dans son rythme, le suspens croissant digne d’un polar noir, de ceux qu’on ne peut plus lâcher alors même qu’il nous guide vers l’horreur, l’indicible qu’on devine mais qu’on ne peut envisager. Le récit qui se dévoile est ponctué des vacillements  de Carmen et nous tremblons avec elle à chaque secousse, nous nous contractons à chaque décharge, nous luttons dans l’endurance de l’insupportable, la surenchère de l’ignominie. Premier roman qui nous tient en haleine même dans la torpeur, nous prend aux tripes et mêle une écriture sensible, poignante à une narration ambitieuse. Une écriture qu’on invite à s’étoffer davantage encore : prise ici dans l’haletant de l’histoire à tenir (on retrouve là peut-être l’habitude d’une écriture scénaristique connue de l’auteure), elle mériterait de s’ancrer, de s’enraciner et de prendre sa juste place car les mots tombent piles et forts.

 « (…) peut-être qu’il y a des secrets qui doivent le rester, peut-être que toutes les vérités ne sont pas bonnes à connaître ? Le mensonge protège là où la vérité foudroie, pourquoi faudrait-il toujours que la vérité triomphe ? »

Peut-être pour que cesse cette existence désincarnée, sur un fil, en perdition… ? « Je suis fatiguée d’être un bateau fantôme en quête de port. » Car si le mensonge protège de l’innommable, il est un abysse où Carmen sombre, se meurt peu à peu avant que la réalité jaillisse, indispensable à énoncer pour filer, tracer enfin le sens rétabli, sillon à poursuivre. – Karine Le Nagard

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Porque te vas ?

C’est l’histoire d’une femme qui vit en suspension, s’autodétruit. Carmen est alcoolique et a un trouble de la personnalité.

Sept carnets cachés dans un box vont abattre le mur qui la sépare d’elle même et vont révéler ces 35 ans de silence, construits sur du vide.

Elle y découvrira qui est Ernesto Gomez, né en Argentine en 1928, son père.

C’est intense, puissant, un épilogue comme je les aime, extrêmement bien mené d’un bout à l’autre, des périphéries  qui nous tiennent en haleine ! Un récit emprunt d’un souffle remarquable !

Gros coup de cœur !!! – Alexandra Lahcène

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Il faut parfois peu de mots et peu de pages pour en dire beaucoup…

Carmen, professeur spécialiste de l’Amérique latine. Carmen, mariée et mère d’une petite fille. Carme,fille de réfugiés argentins. Carmen, alcoolique. Depuis la mort de son père l’année précédente, elle s’enfonce de plus en plus, délaissant son travail, son mari, son bébé. Pour tenir le coup, elle boit dès le matin. Attendant des réponses quine viendront jamais. Jusqu’à cet appel inespéré. Son père avait un garde-meuble, il faut le vider. Dans la pièce, un bureau et des carnets. Pages noircies pendant des années, carnets intimes. Et Carmen découvre l’histoire de son père.

Avant elle… Pour beaucoup de lecteurs, elle, c’est la dictature. Mais pour moi, elle, c’est Carmen. Les carnets qu’elle découvre racontent la vie de son père en Argentine jusqu’à la fuite en France. Avant elle donc, née en France. Carmen, connaît l’histoire de son pays d’origine, mais grâce aux carnets de son père, elle la ressent. L’horreur de ces années, la violence des militaires, la peur omniprésente. C’est un bouleversement. Total.

Un très beau roman, fort, dur. – Delphine Queval

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Carmen s’est souvent heurtée au silence de ses parents. Sur ses origines, sur des incohérences, sur le voile qui obscurcissait parfois leurs regards. Et sur l’origine des démons qui la tourmentent et mettent à mal les frontières entre folie et désespoir. Les limites seront franchies lorsqu’un message d’un garde-meuble, l’avertit qu’elle doit récupérer le contenu d’un box loué par son père avant son décès. Les secrets qui y sont cachés vont faire surface comme autant de bombes à retardement, aussi dramatiques que mortifères.

Il m’a fallu quelques jours de répit avant de revenir sur ce roman et tenter d’en écrire les effets secondaires que peut susciter cette lecture. La violence des révélations et l’empathie pour cette jeune femme à la dérive, créent une déflagration qui vous laisse KO une fois la dernière page tournée.

Et l’intensité des émotions suscitées par cette lecture est certes liée à l’horreur des révélations mais aussi à l’écriture, qui suit les méandres des pensées désordonnées de Carmen.

Se pose aussi la question de la folie qui la menace et parfois la rattrape, cause ou conséquence ? Héritage épigénétique ou poids des non-dits, comme autant d’armes pointées dans le dos par un agresseur que l’on n’identifie pas.

Un premier roman fort, qui laisse des traces. – Chantal Yvenou

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Une Lecture éprouvante . Voilà les premiers mots qui me viennent en pensant à Avant elle.
« Nous portons tous en nous une maison effondrée, tu ne crois pas ? ». C’est par ces mots de Gwenaëlle Aubry que Johanna Krawczyk introduit son livre.
On comprend en fermant ce livre pourquoi elle a choisi cette citation.

Avant elle, c’est d’abord l’histoire de Carmen qui n’en finit pas de s’ enfermer dans l’alcool. La première page du roman est une longue phrase de 11 lignes ponctuée uniquement de virgules qui ne laissent pas le temps à celle qui la pense de reprendre son souffle .
“ … C’est comme ça, des années que je me dis c’est comme ça, tu ne sais vivre qu’en suspension, il faut t’y faire.”

Rien ni son bébé, la petite Suzanne, ni son compagnon Raphaël ne savent retenir cette vague en Carmen, cette dépression que l’on comprend vite comme profonde.
La mort de son père Ernesto a ravivé chez Carmen des blessures. Et elle ne sait exprimer cela qu’en se noyant dans la dépression et l’alcool. Raphaël tente de la rattraper mais en vain.
A ce moment là, j’ai juste envie d’écrire …Et encore vous n’avez rien vu …
Carmen découvre des cahiers cachés écrits par son père dans un bureau dans un garde-meuble. Et ces cahiers vont lui dévoiler l’histoire de son père, de ses parents, et de sa naissance.

On connaît tous l’histoire sombre, noire, de l’Argentine. On a en tête le retour de Peron, le coup d’état de 1976, des récits terribles entre la junte et la torture d’innocents.
A ce stade , aller plus loin dans le récit du livre serait raconter ce qu’il dévoile et mes mots sont bien incapables de le faire.
Lecture terriblement éprouvante, je me répète mais je ne trouve pas d’autres substantifs. Lecture sidérante en fait. Et quelques jours plus tard, j’y repense avec le cœur serré.

Encore une fois, je me dis que la littérature c’est fait pour ça. Pour nous chahuter, nous bousculer, nous faire réfléchir.
Nous faire espérer aussi que peut être dans un monde meilleur, l’histoire ne se réécrira plus ainsi. Vain espoir j’en ai bien conscience. Pour autant, il faut continuer à raconter. En partant de l’histoire de personnes dans la grande histoire, la littérature devient alors manifeste politique.
Et de ce point de vue Avant elle est un livre fort.
Reste à souligner le travail minutieux de l’écriture entre la narration de Carmen et la lecture des cahiers de son père .
L’aveu de fin nous laisse sans voix.

À lire avec précaution et discernement. – Sonia Chatain

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Carmen porte dans son inconscient l’héritage d’une filiation opaque. Cette jeune femme est à la dérive, l’alcool en paravent. Mariée, résistante à l’amour pour sa fille, elle lutte contre les ombres du passé. Des questions violentes et sans réponses : qui était cette mère suicidaire, ce père aimant et aimé au rempart mutique sur sa vie d’avant ?

Des photos et sept petits carnets intimes retrouvés combleront le vide. Au fil des pages, avec sidération l’image paternel se redessine peu à peu. Se révèle un homme qui n’abandonne jamais, victime ou bourreau, du bon ou mauvais côté du chemin : « Soit on écrase, soit on est écrasé ».

L’écriture porte à ne pas lâcher le récit et à soulever le voile des mensonges. Un livre douloureux sur la noirceur humaine, le silence destructeur et la vérité traumatisante.

 » Ni oubli ni pardon » ? – Corinne Tartare

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Qu’on ne le veuille ou non, pour longtemps (pour toujours peut-être ?), une part de notre être, la part de nous-même restée en enfance, cette part de nous qui appelle ses parents « Maman » et « Papa » (pour toujours, sûrement) peine à imaginer que ces êtres qui nous ont donné le jour aient pu avoir une vie avant nous. Carmen n’échappe pas à la règle. Lorsque meurt Ernesto, son père, son héros au sourire si doux, son dernier lien à l’Argentine, pays de sa naissance, son dernier lien à sa mère, pays de sa douleur, son phare dans la nuit de ses souvenirs, Carmen sombre. Dans la dépression d’abord, au bord de laquelle elle se tenait depuis le suicide de sa mère l’année de ses onze ans, et dans l’alcool, prenant chaque jour un peu plus le risque de perdre le peu qu’elle a pu construire de sa propre vie, son couple et sa petite fille. C’est un coup de fil qui va finalement la réveiller en sursaut et l’amener, par hasard, par surprise, à déchirer le voile noir du deuil et du secret tendu depuis toujours en travers de son soleil.

« Avant elle », c’est l’expression qu’emploie son père pour désigner sa vie avant la révolution qui bouleversa son existence et celle de son pays, mais c’est aussi toute cette part d’Histoire, de son histoire que Carmen découvrira peu à peu sous la plume d’Ernesto. C’est également le long cheminement d’une femme qui vient, dans la douleur du souvenir et de l’absence, dans l’horreur dévoilée de ce qui fut tu, dans la souffrance renouvelée du rite de la naissance, à la rencontre d’elle-même. Et, si cet enfantement, comme il se doit, ne se fait pas sans mal, c’est avec beaucoup d’aisance que Johanna Krawczyk s’en empare, ravivant les feux d’une Histoire mal connue de ce côté-ci de l’Atlantique. Dans un style fluide, dépouillé d’artifices, en phrases sobres (puisque c’est décidément ce qui semble convenir pour parler des révolutions), elle propose à ses lecteurs d’aller, aux côtés de Carmen, jusqu’au bout de l’indicible, de l’impensable, jusqu’à cette inespérée traversée du miroir qui lui offrira, comme on l’espère, une nouvelle existence : la sienne. – Magali Bertrand

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Comment parler de « Avant elle », la « lecture uppercut » que je viens de terminer ?  Comment expliquer la force avec laquelle ce livre m’a touchée ?

Par la violence des faits racontés et l’horreur des crimes commis pendant la dictature argentine.

Par la souffrance que traversent ceux qui sont élevés dans le silence de terribles secrets de famille.

Par les conséquences, parfois terribles, lorsque ce silence est brisé et qu’il s’agit d’affronter ce qui a été tû et caché pendant des dizaines d’années.

Par la sensibilité du récit, par la parole entière et brute de la narratrice.

Lisez « Avant elle ». Ce roman, à coup sûr, ne vous laissera pas indifférent. – Nathalie Ghinsberg

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Avant elle , mais qui est et qu’est ce que ce « elle ».
Johanna Krawczyk va, dans ce premier roman, nous parler de famille, de silences, de secrets de famille.
Carmen, la narratrice est borderline, elle est même suivie de façon psychiatrique. Elle vient de sortir d’un HP, est mère d’une jeune enfant dont c’est plus l’époux qui s’en occupe. Elle se met à boire, délaisse son travail de recherche qu’elle exerce à l’université de l’histoire latino américaine. Elle n’arrive pas à surpasser le décès récent de son père, son papa. Elle est orpheline de sa mère, qui s’est suicidée lors de son adolescence.
Un coup de fil d’un garde meuble, la découverte de carnets vont l’inciter à connaître la vie d’avant de ses parents, la vie qu’ils avaient en Argentine avant de s’installer en France, où elle, Carmen est née. Ses parents n’ont jamais voulu lui raconter leur vie d’avant, avant elle (leur propre fille), elle, cette patrie qu’ils ont dû quitter, elle (cette dictature qui les a chassé ?!).
Ces carnets sont les journaux de son père pendant les années de sa jeunesse en Argentine et elle va prendre, ainsi que le lecteur, de plein fouet l’histoire impitoyable de l’Argentine, des années Péron à la dictature militaire et au départ de ses parents.
L’auteure aborde de façon très personnelle, intime, la recherche des racines dans les familles, elle dévoile des silences, des secrets de famille : pas simple d’apprendre le passé, la vie d’avant sa naissance de ses parents et comprendre certains comportements et silences. Pas toujours facile de découvrir, par le journal de son père, sa vie, ses espoirs, ses ambitions, ses convictions, ses actes, ses fuites….
Pas facile d’être l’enfant de bourreau ou de victime de la dictature ? Comment pouvoir supporter dans sa chair, dans son esprit un passé toujours tu par les siens ?
Affronter de plein fouet le passé d’un pays, de l’histoire de ce pays mais aussi se questionner sur la vie de ses parents, sur leur comportement face à L Histoire avec un grand H ou la petite histoire, au niveau d’êtres si proches, si aimants mais qui n’ont pas pu ou pas su raconter ce passé.
Un premier roman bouleversant car on est au plus prés de cette narratrice et de ses questionnements, de ses éventuelles solutions pour affronter de telles découvertes. Je m’intéresse à l’histoire de l’Amérique latine et à ces pays qui ont sombré dans les dictatures, des dictatures impitoyables face à leurs opposants. J’ai lu des textes sur les exilés qui ont dû fuir pour survivre (je vous conseille d’ailleurs les textes de Laura Alcoba) mais paradoxalement, il faut aussi donner la parole aux bourreaux. Difficile que cela et Hannah Arrendt en a écrit des pages entières sur cette banalité du mal. Mais ai le souvenir d’avoir assister à la projection d’un documentaire qui donnait pour la première fois la parole à des anciens bourreaux : la projection était éprouvante mais il y a eu à la fin de la projection d’anciennes victimes et qui disaient que malgré cette écoute de témoignages difficiles, cela permettait aussi à eux de faire comprendre que ce qu’ils racontaient être exact. (voir le beau travail, cinéma et littéraire de Rithy Pan sur le traumatisme et le travail de deuil suite aux horreurs commises par le régime des Khmers rouges)
Ce premier roman est bouleversant, d’une belle écriture et questionne chacun sur le passé des siens, sur le silence des siens sur leur passé, sur les secrets de famille. Faut il les enfouir ou les dévoiler pour pouvoir chacun faire sa route, son chemin.
Merci encore aux fées pour cette sacrée sélection. – Catherine Airaud

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Pour Carmen, irrémédiable tendresse et amour absolu.

Trentenaire qui a beaucoup de mal avec la vie et beaucoup moins avec les addictions, Carmen découvre chez un garde-meuble et dans un bureau, des carnets ayant appartenu à son père, mort depuis plus d’un an. Son père qui a fui la dictature argentine pour Paris où il a rencontré sa mère au dancing Le Balajo, la belle histoire. Cette mère aimante, qui s’est donné la mort pourtant, quand Carmen avait onze ans.

Malgré l’amour de Raphaël, son homme, malgré l’amour de Suzanne, leur petite qu’elle ne sait pas trop comment aimer, la vie de Carmen est déjà extrêmement vacillante, flamme d’une lampe à pétrole dont la combustion déconne à plein tube. Un coup trop grande et menaçant de s’échapper du globe de verre pour tout incendier. Un coup sur le point de s’éteindre, manquant d’air et de tant d’autres choses qu’elle-même (Carmen) ne peut comprendre parce qu’elle en ignore jusqu’aux origines.

La lecture des carnets paternels va tout exploser.

C’est un roman de 155 pages, pas une de plus. Si sa construction est simple, la vie d’une fille d’aujourd’hui entrecoupée de la vie d’un père d’hier, ce qui se met en branle à la lecture de ces carnets est d’une violence terrifiante. D’abord en embuscade, le passé se dévoile et attaque par à- coup, frappe et vise là où Carmen s’y attend le moins. Il est un fracas de violences. Il défonce tout et finit de brûler ce qui se consumait déjà.

J’ai beaucoup (beaucoup beaucoup) aimé les parties qui décrivent la manière dont Carmen surnage et coule dans sa vie quotidienne. Johanna a le talent fou de donner corps en deux phrases à son héroïne et de nous la rendre vivante alors qu’elle est à moitié morte à l’intérieur. Carmen est si visuelle, si ancrée dans sa réalité déboussolée. J’ai vu un film et j’ai tout de suite pensé à Greta Gerwig (Frances Ha) et à Andréa Bescond (Les chatouilles), des filles qu’on aime instantanément malgré leurs débordements.

J’avoue, j’ai été moins « prise » par l’écriture des carnets paternels. Le style sans doute. Peut-être aussi des doutes me sont apparus quant à leur crédibilité. Ceci dit, il est vrai que la réalité dépasse souvent la fiction. Alors pourquoi la fiction n’outrepasserait-elle pas la réalité ?

Ne vous méprenez pas quant à ce léger bémol, ce livre est une bombe qui déchiquète, qui dépèce patiemment son héroïne, lambeau de chair après lambeau de chair. Implacable et violent. Parfois à la limite du soutenable. Donc de l’insoutenable.

C’est un premier roman qui n’a pas peur et qui va là où il veut aller. Peu de méandres. Pas de ménagement. Les mots sont pesés. Ce qui se dit est indicible. Pourtant tout est dit.

Un roman, c’est souvent la même histoire. Celle de la vie, vous savez. Je sais d’où je viens donc je sais qui je suis et je sais où je vais (je suis un arbre qui connaît ses racines et qui pousse vers le ciel). Chabadabada. Celle de son corollaire, vous savez aussi. J’ignore d’où je viens donc j’ignore qui je suis et j’ignore où je vais. Chabadabada.

Pour « Avant Elle », n’espérez pas le chabadabada, car vous aurez du mal à le dénicher entre les lignes. Mais jetez-vous sur ces pages, laissez-vous aller à la dévoration de ce premier roman, en tremblant. La lumière est là qui vous attend. À la dernière page. – Karine Fougeray

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Carmen est professeure, spécialiste de l’Amérique latine ; cela semble logique puisqu’elle est la fille d’un couple de réfugiés argentins. Mais elle est très fragile psychologiquement ; elle n’arrive pas à être une maman responsable pour Suzanne ; elle boit.

Ernesto, son père est mort il y a un an, juste avant la naissance de Suzanne.

Raphaël, son mari, n’arrive plus à la maintenir à l’équilibre…

Et Carmen va apprendre qu’Ernesto avait un garde-meuble et recevoir en héritage un bureau où elle découvrira des carnets, des photos…Va-t-elle enfin connaître ce qu’a été la vie de ce père aimant mais si discret, si muet sur son passé en Argentine…avant elle ?

Avant l’exil de ses parents vers la France, mais aussi avant sa naissance ?

« Tu es parti sans un mot, et

Je suis devenue orpheline,

Tes cartons chez moi,

Ton corps au cimetière,

Ton fantôme à mes côtés ! »

(…)

« Tes mots, papa, clignotent devant moi, des warning incessants :

« je leur ai souri et j’ai pris une grande inspiration. J’ai senti que j’aurai plus jamais peur de rien ».

J’ai peur de tout. Le savais-tu ? »

(…)

« Je suis l’antithèse de ton courage. Je bois. Trente-six ans et l’alcool pour ami imaginaire. Il me permet d’avancer et de me déresponsabiliser quand j’échoue ou manque à mes devoirs. Comment as-tu fait papa pour ne jamais abandonner ? Dis-moi, donne-moi les clés. »

(…)

« Je ferme le carnet : peut-être que toutes les vérités ne sont pas bonnes à connaître ? Le mensonge protège là où la vérité foudroie, pourquoi faudrait-il toujours que la vérité triomphe ? Je bois. »

Ce roman m’a véritablement bluffée J’en sors presque aussi « sonnée » que Carmen.

C’est fort, puissant, haletant, bouleversant mais aussi terrifiant.

Il fait partie de ces romans dont on ne sort pas indemnes et auxquels on pense longtemps.

Quelle auteure ! Et ce n’est que son 1er roman… – Anne Laude

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C’est un premier livre qui m’a touché par sa puissance, sa violence, sa construction parfaite avec une certaine lumière pour l’après.

Carmen, fille de réfugiés politiques argentins et jeune maman de Suzanne,  sombre dans une dépression mêlée à l’alcool qui menace son couple avec  Raphaël et son travail d’enseignante spécialisée sur l’Amérique latine. Elle traîne ce mal-être depuis sa jeunesse et a vécu un séjour en hôpital psychiatrique.

Tout bascule lorsqu’elle apprend par un garde-meuble que son père Ernesto décédé louait un garage depuis de nombreuses années. Elle découvre un bureau dans lequel sont conservés sept carnets intimes écrits par son père et une clef ouvrant un coffret contenant des photos d’Avant Elle .

En effet, ses parents  sont toujours restés évasifs sur leur passé, évoquant seulement  l’enlèvement d’Ernesto qui a provoqué leur départ. Ils ont reconstruits une nouvelle vie en France avec la venue de Carmen jusqu’au jour ou  sa mère Gabi perd sa gaîté et se suicide lorsqu’elle a 11 ans.

La lecture des carnets d’Ernesto, répartis sur sept décennies de 1936 jusqu’à 2015, peu avant son décès va permettre à Carmen de regarder en arrière et de reconstituer la vie de ses parents. Je n’en dis pas plus pour ne pas enlever tout le plaisir de la découverte.

 Court récit de 150 pages mais tellement attachant !

Difficile à expliquer cette sensation étrange d’apprécier autant un roman qui pourtant vous malmène au plus haut point par la violence des faits, vous empêche de respirer par la tension à chaque page, vous fait  craindre le pire à venir mais vous séduit autant par son élégance et sa douceur d’écriture.

L’auteur sait à merveille naviguer entre le passé et le présent grâce à de courts chapitres et une construction astucieuse qui rythment la lecture ; on ressent son talent de scénariste dans ce texte. Elle manie habilement la tension dans le texte  en nous assenant le coup fatal dans les dernières pages.

J’ai apprécié ce lien naturel qu’elle déploie entre la partie historique extrêmement  documentée et la vie intime de sa famille. On perçoit finement la vie de ses personnages emportés par la folie de l’Histoire à travers le témoignage écrit des journaux intimes d’Ernesto. On ressent la peur, l’angoisse, le froid, les cris, les odeurs et tout devient presque insoutenable.

Le personnage de Carmen est touchant dans sa détresse psychologique, dans sa recherche du passé, dans son amour blessé pour ses parents (on pourrait citer de nombreuses phrases sensibles).

L’auteur évoque l’empreinte indélébile des secrets de famille, le poids des non-dits, la violence de la vérité qui peut être salutaire pour l’avenir.

C’est une lecture éprouvante mais si belle ! – Fabienne Balcon

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Il m’a fallut attendre quelques jours, pour digérer ce livre et écrire une chronique.

En voulant rendre hommage à son père, exilé argentin, Carmen découvre qu’il n’est pas le héros qu’elle croyait. Lever le voile de ses origines pourrait être la clef de son bonheur. En effet, jusqu’à présent, Carmen n’a pas trouvé l’équilibre dans son couple et la découverte de l’héritage de son père va la bouleverser et changer sa vie. Elle découvre des carnets écrits par son père cet homme taiseux et énigmatique, tout le contraire de sa mère.

Ces carnets vont-ils permettre d’éclairer les zones d’ombres de la vie de son père ?

Vont-ils répondre aux questions que se pose Carmel ?

Un premier roman remarquablement écrit qui ne laissera personne indifférent. Une relation père-fille qui évoque  un grand secret de famille, basé sur le mensonge et la violence. Un terrible héritage.

Un roman très dur et très intense. – Hélène Grenier

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Carmen est la fille de réfugiés argentins. Elle a toujours pensé que son père avait fui la junte. A la mort de celui-ci, elle est contactée par une agence de garde-meubles où son père louait un box. Elle tombe sur une petite clé qui lui donne accès aux journaux intimes de son père.

Carmen ressent un profond mal-être, bien que mariée et mère d’une petite fille, l’alcool l’aide à démarrer ses journées. Son compagnon lassé prend de la distance. Carmen en profite pour plonger dans les carnets de son père et sa vie va basculer.

« Avant elle » est un court premier roman très percutant qui nous plonge au cœur de la junte en Argentine mais pose également des questions sur l’hérédité et les non-dits dévastateurs.

C’est un des deux ou trois premiers romans très forts que j’ai lu dans le cadre des 68 premières fois. – Michèle Letellier

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Brillant et tragique quand l’histoire que l’on connaît et enseigne rejoint la réalité familiale.

Entre cette jeune mère de famille, plongée dans l’alcoolisme et dont la survie de son couple comme son statut de maman sont mis à mal et un père dont elle ne percevait que peu de choses ou le seul statut de victime des conflits civils et militaires de son pays ; l’Argentine, un voile tragique va se déchirer.

En découvrant après la mort de son père dont elle attendait tant une série de carnets intimes, photos et journaux qu’il a rédigée la plus grande partie de sa vie, c’est tout d’abord l’exaltation de pouvoir se plonger enfin sur ses origines puis une longue et fulgurante descente en enfer. L’homme a entretenu avec parcimonie, auprès de sa fille, le portrait d’un père taiseux mais plutôt victime de la dictature militaire argentine. Hors dans les faits, c’est tout le contraire qui s’est produit; son père « ce héros » n’est certes pas un homme aux origines familiales faciles avec une mère assassinée alors qu’il était enfant , mais une personne qui s’est construit dans la violence, la religion catholique la plus traditionnelle et se révèle être un des ces bourreaux , les plus abjects, les plus farouches et opportunistes que l’Argentine a produit. C’est déjà en soit une terrible révélation pour Carmen, la narratrice de ce récit et surtout la spécialiste de l’histoire et des drames de l’Amérique Latine, cela va lui faire s’enfoncer encore plus dans la dépression, s’éloigner de sa fille comme de son mari encore plus le temps de cette découverte. Pire que tout cela, il va falloir que Carmen aille jusqu’au bout de son calvaire avec une mère probablement complice de son bourreau de mari et enfin la vérité sur sa propre naissance et ses origines réelles.

Johnanna Krawczyk fait dans ce premier roman, le récit de vie d’un bourreau, d’un père de famille aux secrets probablement partagés avec son épouse, un parcours sanglant, politique, opportuniste et celui d’une femme dont tous les repères sont abattus ; la narratrice. En parfaite connaissance de l’histoire politique de l’Amérique Latine, des sentiments profonds et humains de ces personnes aux destins troubles, sensibles, victimes de l’histoire avec de lourds secrets familiaux. Cela se traduit par un roman particulièrement bien écrit, fulgurant indiscutablement, terrible et qui ne peut pas laisser son lecteur insensible. – Olivier Bihl

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Elle, Carmen, ne sait plus d’où elle vient ni qui elle est. Elle se noie dans l’alcool et la dépression depuis la mort d’Ernesto Gomez, le père tant aimé, silencieux, secret. Pourtant, tout devrait lui sourire. Professeur d’espagnol, spécialiste de l’Amérique latine. Normal avec des parents arrivés d’Argentine avec leurs lourds secrets, lorsqu’ils ont fui la dictature après l’enlèvement d’Ernesto. Carmen a une petite fille qu’elle semble totalement ignorer, celle-ci est née juste après le décès de son père, et si une naissance remplace parfois celui ou celle qui vient de partir, pour elle le vide est bien trop grand pour réussir à le combler. Ni son mari Raphaël, ni sa fille, ne peuvent remplacer la Vodka ou le Whisky qui réchauffent et permettent d’oublier, ni ses longues heures de désespoir.

Jusqu’au jour où on la contacte pour lui demander de venir chercher les affaires de son père, dans un garde meuble jusque là tenu secret. Ce sera alors la découverte de sept carnets, sept décennies pour dire une vie.

Mais les découvertes que va faire Carmen dans ces carnets intimes vont la mener bien loin et dans de bien sombres recoins de cette histoire qu’elle aurait sans doute préféré ignorer. Y trouvera-t-elle des explications au suicide de sa mère, au silence de son père, à leurs origines ?

Ernesto était né en argentine en 1928. Issu d’une famille pauvre, un grand-père violent omnipotent qui quitte sa femme, une indienne Guarani, pour vivre avec sa maîtresse. Une mère violée puis assassinée. Une seule issue pour cet enfant, l’orphelinat de Buenos-Aires où il rencontre Mario, le frère de cœur, l’ami inséparable, l’enfant handicapé abandonné par sa famille. Devenus adultes, tous deux rentrent dans l’armée.

Puis vient la ferveur nationale du gouvernement de Juan Perón, Évita puis Isabel. Mais la junte militaire prend le pouvoir en 1973 dirigée par le général Videla. Ce seront des années atroces, terribles passées sous la dictature militaire argentine qui sévit de 1976 à 1983. Des années de massacres et de disparition en nombre pour la population (on dénombrera pas moins de 30 000 desaparecidos, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million d’exilés). Ernesto ne quitte pas pour autant l’armée, ce lieu où enfin il a enfin trouvé une famille, un avenir.

Jusqu’à cette année 1979 où il embarque pour la France avec sa femme.

Une vie plus tard, Carmen découvre l’histoire de son père, de ce pays, de sa famille.

Ce roman est puissant, intense, émouvant. L’auteur n’hésite pas à démontrer que la violence et les bourreaux sont souvent, hélas, des gens ordinaires que l’on peut croiser au coin de sa rue. Nous qui avons sans doute tendance à cataloguer ceux qui pratiquent la barbarie cela pose bien des questions. Tout comme ce rapport évident aux bienfaits ou effets de la psychogénéalogie, sommes nous ce que nos parents ont fait, devons nous savoir pour être et devenir. Et jusqu’à quel point devons nous savoir, quand cette connaissance est pire que le silence et l’ignorance ?

J’ai aimé le style très visuel, les flash-back et les questionnements, les vides à remplir, les silence et les questions. Mais aussi la façon dont le roman est mis en page, nous permettant de suivre aisément les différents supports, vie de Carmen, carnets d’Ernesto. C’est à la fois brillant, fort, intime, et un douloureux et nécessaire rappel de l’histoire somme toute assez récente de l’argentine. – Dominique Sudre

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Carmen est poursuivie par des démons qu’elle a du mal à identifier ! Le suicide de sa mère est sans doute l’un de ces démons, mais qu’y peut-elle ? Elle ne connaît pas les raisons profondes de ce suicide. Elle semble pourtant porter le passé et les lourds secrets jalousement gardés par ses parents. Son père mort, elle récupère un bureau qui renferme les sept carnets qu’il a écrit et dans lesquels il raconte sa vie, les épreuves qui l’ont façonné, son chemin, ses choix et ses décisions. Carmen prendra alors connaissance de tout le non-dit, des épreuves vécues par ce père en Argentine alors qu’il était enfant, puis jeune homme. Un passé violent qui expliquera les tourments endurés par Ernesto, et la raison pour laquelle il ne voulut jamais s’exprimer.

Mais savoir l’aidera-t-elle a éradiquer ses peurs, ses angoisses, son addiction à l’alcool afin de renaître dans ce foyer d’où l’amour s’est enfui ?

Résilience oui, mais est-elle toujours possible quand, porteur du passé de ses géniteurs, on tente d’interroger en vain son inconscient ? Ce récit ressemble à un accouchement dans la douleur. Cet accouchement permettra-t-il toutefois de donner naissance à un être innocent qui n’aura pas à porter la croix de ses parents ?

Toutes ces questions sont intelligemment soulevées dans ce beau roman dans lequel l’auteure rappelle l’Argentine entre 36 et 80, incluant la période péroniste et l’accession au pouvoir de la junte à partir de 1976. Période troublée de l’histoire de ce pays.

Un roman passionnant et une belle découverte ! – Roselyne Soufflet

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Carmen part en vrille, on peut le dire…
Depuis 2 ans que son père est mort, elle plonge doucement mais sûrement. Elle peine à s’investir dans sa toute nouvelle maternité, elle épuise peu à peu la patience de son conjoint, elle trouve de plus en plus soutien et réconfort dans l’alcool, la folie guette….
Et puis, un matin, elle reçoit l’appel de la gérante d’un garde-meuble. Un box au nom de son père est à vider au plus vite ! Elle y découvre un unique meuble, un bureau, et une clé.
Les secrets que recèle ce bureau sont autant de réponses aux questions que Carmen a posées en vain à son père . Il est mort en gardant le silence jusqu’au bout, ne voulant pas remuer un passé trop douloureux.
Il était en effet un réfugié argentin, ayant fui le pays et sa dictature militaire. Elle, la dictature.Les tortures, les disparitions inexpliquées orchestrées par la junte…
Carmen se plonge dans les documents, photographies, coupures de journaux, et surtout les carnets tenus par son père , découverts dans le bureau. Progressivement, le voile se déchire et la vérité fait jour…, lui explose à la figure…!
Cette vérité après laquelle elle court, fallait-il vraiment s’y confronter ?
Ce roman met en lumière des faits historiques pas si lointains, dont évidemment je n’avais que très peu connaissance.
Il est dur , parfois très noir. La violence , la cruauté humaine sont exposées. Les protagonistes sont tout autant objets et sujets des évènements, à la merci, volontaires ou résignés, des velléités politiques et idéologiques. Et les traumatismes transmis ont le goût et le poids du plomb.
J’ai tourné les pages avec une curiosité croissante et dévorante, parfois rebutée par la barbarie de certaines scènes.
Un livre très prenant… – Christine Gazo

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J’avais été prévenue… « ne lis pas ce livre le soir, il est dur, mieux vaut le lire en journée ». En lisant ce mot d’Hélène je me suis dis « ça ne peut pas être à ce point là » et bah si… 

Avant elle, c’est un livre qui évoque la filiation, la violence aborde aussi la nature humaine et pose une question : peut-on tout accepter, tout pardonner, fermer les yeux sur l’impardonnable parce que l’amour est plus fort ? 

Est-ce que ce père que l’on voit comme quelqu’un d’extraordinaire, de doux, ne peut pas commettre l’impensable ?

C’est un roman incisif parfois brutal, aussi brutal que les violences décrites et qui mène finalement à une renaissance, une découverte de ses origines. 

Mais parce que oui il y a un mais j’ai trouvé le livre trop long à entrer dans le vif du sujet… au final il ne fait que 150 pages mais les 50/60 premières pages ont à mon sens été très longues pour planter le décor. – Clémence Dubois

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La vie de Carmen, fille de réfugiés argentins ne tient plus qu’à un fil.
Pourtant celle-ci a tout pour être heureuse avec sa fille et un mari aimant. Depuis plusieurs années, l’alcoolisme et une envie d’autodestruction ont emporté Carmen. le décès de son père a accéléré cette descente aux enfers.
De nombreux mystères planent sur son passé familial et serait en partie responsable de sa détresse psychologique sans même qu’elle en ait conscience. Que se cache-t-il derrière le suicide inexpliqué de sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant et le mutisme de son père de son vivant sur leur vie passée en Argentine?

Un jour, Carmen est contactée par une entreprise de garde-meubles qui souhaite qu’elle libère un box loué jadis par son père. En allant sur place, elle y découvre un bureau qui renferme sept carnets rouges retraçant la vie de celui-ci et plusieurs souvenirs du passé.
La lecture de ces carnets va t’elle apporter les réponses aux questions en suspens et lui permettre de pouvoir enfin aller de l’avant ou au contraire, les confessions de son père vont-elles l’anéantir de façon définitive?

Ce premier roman de Johanna Krawczyk est une véritable claque. Dès la première page le ton est donné. Malgré sa dureté il est très difficile à lâcher. J’ai aimé la forme du roman mélangeant une narration classique dans laquelle on trouve des passages du carnet rouge. Par le travail de recherche fait par l’auteur, j’ai pu en apprendre un peu plus sur l’Histoire de l’Argentine et la politique menée des années 1945 à la fin des années 1970… – Hélène Ortial

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Quelle était la vie des parents de Carmen avant elle? Avant la dictature des généraux en Argentine! Son père en a été victime et n’a jamais souhaitait en parler, c’est aussi pour mieux les comprendre qu’elle est devenue enseignante spécialiste de l’Amérique latine. Seulement le décès de son père il y a plusieurs mois a ouvert une faille abyssale en elle, elle tient grâce à l’alcool et s’enfonce chaque jour, malgré l’amour de son conjoint et de leur petite fille. La découverte de carnets écrits par son père tout au long de sa vie et commençant avant elle va lui permettre de remplir les silences laisser et de se reconstruire, voire se construire mais la vérité pourra être plus douloureuse encore!

L’histoire s’alterne donc entre le présent de Carmen avec son mal être intense, sa vie qui part en lambeau au point de ne plus pouvoir y faire face, ne pas réussir à être mère et s’enfoncer toujours un peu plus dans l’alcool, et l’histoire de l’Argentine avec un triste pan celui de la montée de la dictature. Son père a eu une enfance marqué par la brutalité malgré l’amour de sa mère, il va trouver sa place dans l’armée et va voir la dictature faire des ravages jusqu’à son exil en France avec sa femme et leur fille Carmen. Des scènes de tortures sont racontées avec beaucoup de réalisme et peuvent être difficile à lire! Disparations, vols de nouveaux nés, l’armée n’a pas ménagé sa peine pour venir à bout des opposants et ce roman nous permet de pas oublier les victimes!

Ce livre est intense, difficile, bouleversant et vraiment rythmé, la tension est à son comble à chaque passage. L’autrice aborde avec justesse, le poids des secrets et leurs conséquences sur les générations suivantes. J’ai trouvé Carmen bouleversante de réalisme et voir une femme alcoolique, un tabou de notre société alors que nombreuses en sont victimes, m’a vraiment touchée. Toutes les parties sur l’Argentine m’ont vraiment intéressée aussi et j’ai appris beaucoup. Un sujet que j’aimerais redécouvrir à travers d’autres écrits et témoignages désormais.

Un premier roman magistral qui est un coup de cœur pour moi, l’autrice alterne avec brio les faits historiques et la vie de Carmen cette jeune femme tellement fragile. Une très belle histoire de résilience et de secrets à découvrir! Merci aux 68 premières fois! – Julie Campagna

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Carmen se lève chaque matin  «  avec l’impression de ne pas être moi »

Et ce n’est pas par hasard !

Jeune femme mariée, mère d’un bébé, elle n’arrive pas à vivre. Orpheline de ses deux parents qui sont venus d’Argentine en 1979, et bien que spécialiste de l’histoire de l’Argentine, qu’elle enseigne, elle ressent un grand mystère autour de l’histoire de ses parents.

Lorsqu’elle se trouve en possession des carnets de son père commencés en 1936 alors qu’il a 8 ans, les choses s’éclairent petit à petit.

Il ne faut rien dire de ce qu’elle découvre et auquel personnellement je ne m’attendais pas du tout.

Johanna Krawczyk  construit son livre avec des allers retours entre l’histoire de ses parents, des extraits des carnets de son père et l’effet que ces révélations ont sur elle.

Tout est tragique ! Mais tout est bien dit, touchant, et instructif sur l’histoire récente de ce pays, que je connaissais à peine.

Une belle lecture. – Marie-Hélène Poirson

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« Chaque matin je me lève avec l’impression de ne pas être moi, de ne pas être à la bonne place, dans la bonne vie, de n’être qu’un gribouillage, sans rêve et sans joie, alors je bois un peu, dès 7h30…« 

Carmen, fille de réfugiés argentins, enseignante spécialiste de l’Amérique latine, déjà malmenée par le suicide de sa mère lorsqu’elle avait 11 ans,  ne se remet pas de la mort de son père tant aimé il y a quelques mois, au point de négliger son bébé,  mettre son couple en péril et se réfugier dans l’alcool dès le matin. Un coup de fil lui apprend que son père avait un box dans un garde-meubles et qu’elle doit venir récupérer ses affaires. Un bureau, sept carnets. Y trouvera-t-elle les réponses à toutes les questions auxquelles son père n’a jamais répondu ?
Le lecteur découvre les carnets en même temps que Carmen. C’est la boîte de Pandore. La vérité n’est pas toujours bonne à connaître, elle pourrait la briser. Est-il nécessaire de tout savoir sur ses parents? Le mal-être de Carmen a pris naissance sans qu’elle le sache, dans les mensonges et le mutisme de ses parents et s’est imprimé si fort dans sa chair qu’elle ne sait plus qui elle est… Les carnets de son père vont-ils lui permettre une renaissance ?

Lu par moments en apnée car il y a des passages très durs, j’ai vraiment aimé cette histoire qui parle d’une partie assez récente de l’histoire de l’Argentine ( le « elle » du titre renvoie à la dictature militaire et à ses exactions) pose le problème de l’héritage de la violence …
Si j’ai assez vite compris où nous menait l’autrice, cela ne m’a pas gênée  tant j’ai ressenti d’empathie pour Carmen,  vibré, souffert avec elle. De dénis en mauvais choix, d’engrenages en retours en arrière difficiles, ses parents sont des gens ordinaires qui auraient pu se trouver de l’autre côté de la barrière,  un destin tient parfois à si peu de choses…

La densité exceptionnelle de ce court roman et la plume magnifique de l’autrice en font une lecture puissante à ne rater sous aucun prétexte ! – Catherine Dufau

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Lire également les billets de :

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/03/31/38895647.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/02/avant-elle-de-johanna-krawczyk.html

Joëlle Buch : https://joellebooks.fr/2021/04/23/avant-elle-johanna-krawczyk/

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/avant-elle-de-johanna-krawczyk.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/01/29/avant-elle/

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/04/avant-elle.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/05/mon-avis-sur-avant-ellede-johanna.html

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2021/02/avant-elle.html

Les grandes occasions – Alexandra Matine

« C’est ça qui ronge la famille. Cet évitement. Cet évitement pour garder les non-dits non-dits. »

Quand j’ai reçu ce livre, le 1er de cette nouvelle aventure avec les 68 premières fois,
Quand j’ai commencé sa lecture, les premiers mots, les premières pages,
Je me suis demandée si j’allais arriver à le terminer …
Et puis comme chaque fois, la magie des 68 a agi.
J’ai été happée par Esther et j’ai plongé avec elle dans ses souvenirs, dans ses histoires de famille:

Les repas de famille.
Les fêtes en famille.
Les réunions de famille.
Les vacances en famille.

Toutes ces Grandes Occasions.
Et une maman au milieu de tous ces événements.

Une lecture touchante, qui fait parfois mal, qui émeut beaucoup.
Est-ce en raison des thèmes évoqués ?
Oui, mais également par cette accumulation de phrases courtes, de « mots-phrases » juxtaposés. Pas de temps mort, pas de répit dans les souvenirs d’Esther. Un débit de « paroles écrites » ininterrompu sauf dans les dernières pages. Quand la fin ( du livre? de sa vie? ) approche, les phrases se rallongent . Pour allonger le temps qu’il reste ?

Merci Alexandra Matine pour ces magnifiques pages si fortes, si violentes et qui font parfois mal car trop réalistes, mais si magnifiquement écrites. – Marie-José Séverin

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Esther et Reza attendent leurs quatre enfants et leurs petits-enfants.  Il fait très chaud. Certains vont se décommandés pour de mauvais prétextes, d’autres seront présents. L’histoire est un huit-clos qui se passe de la terrasse à la cuisine en passant par le salon. Là, le récit d’Esther nous prend. Elle va nous raconter son enfance, sa rencontre avec Reza, la naissance des enfants et le départ de la toute dernière qui peinera Esther. Un grand appartement à  Paris, une grande maison dans le sud de la France et le vide, le néant et la perte de ces enfants qui vivent de leur côté.

Les nœuds qui se font et se défont.  Des enfants qui se voient et d’autres qui s’ignorent.

Une famille où l’on ne se parle pas. On sait pas faire. On ne se touche pas. Les non-dits qui dominent. Ce qui se transmet ou pas. Une histoire nourrie de la personnalité de chacun.

Un début difficile où j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire et d’un seul coup, tout prend sens et vie. Un roman qui évoque beaucoup d’émotion et qui donne envie de prendre nos proches dans les bras.

Pour finir, on choisit nos amis mais pas notre famille. – Hélène Grenier

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Elle gît aujourd’hui sur un lit d’hôpital, 

Esther qui ne demandait qu’à être aimée, qui avait rencontré croit-elle, l’amour de sa vie, qui laissera son métier d’infirmière pour se consacrer à ses enfants, une femme qui, telle Pénélope, va tisser la toile de sa vie, car ce tapis imaginaire qu’elle composera nœuds après nœud ne sera autre chose qu’une toile propre à retenir la progéniture, à la garder pour elle, femme en mal de reconnaissance qui subira bien des affronts de la part de son mari comme de ses enfants. 

Alors elle attend, elle attend les grandes occasions … la richesse qu’elle espère, c’est de voir, encore une fois, rien qu’une fois, sa famille réunie…

Ce roman est le roman d’une attente, de l’espérance d’une vie, une vie racontée durant cette longue attente, une vie … de famille ? Peut-être…

Si j’ai apprécié ce roman dans lequel la psychologie tient une part importante, et si je me suis attachée au devenir des personnages, je ne peux pas affirmer que j’ai pleinement apprécié le récit, question de style. J’ai toujours autant de mal avec la façon dont certains auteurs brodent autour du sujet, employant des phrases courtes, souvent non verbales, qui noient la trame dans une multitude de détails non essentiels, même si je reconnais que dans le présent roman, c’est peut-être nécessaire car ce récit est le fruit d’une pensée et une description détaillée de la psychologie de notre héroïne.

Il n’en demeure pas moins un écrit intéressant et profond. – Roselyne Soufflet

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Esther est une femme et une mère. Une mère qui a passé sa vie de mère à tisser les liens qui doivent selon elle unir sa famille. En tous cas, elle a essayé. Et quand le roman commence, elle prépare un repas où tous ses enfants doivent venir. C’est un événement, une de ces grandes occasions pour laquelle on met les petits plats dans les grands. Et c’est surtout le moment pour elle de revenir sur cette vie de tissage, ses joies et ses peines…

J’ai passé un agréable moment de lecture avec Esther, mais il m’a manqué le petit quelque chose qui transforme une belle lecture en coup de cœur. J’ai adoré l’idée : une femme revient sur ce que été sa vie, les personnages virevoltent autour d’elle pour reconstituer l’histoire de la famille et nous faire comprendre, par petites touches, les accrocs à la tapisserie. C’est l’écriture qui m’a le moins séduite, car je l’ai trouvée parfois trop répétitive. Certains passages auraient gagné à plus d’épure ou d’ellipse… d’autres sont formidables et m’ont emportée, pour me déposer auprès d’autres qui m’ont moins touchée. 

Une jolie lecture donc, qui me donne envie de voir comment le style d’Alexandra Matine va évoluer et quelle sera sa prochaine quête. Elle m’a également permis de découvrir une chouette maison d’édition, Les Avrils et j’ai très envie de lire d’autres romans de cette collection ! – Gwenaëlle Langlois-Latour

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Esther attend. Elle attend les enfants, les petits enfants pour un déjeuner de famille en ce samedi d’été. Car Vanessa la petite dernière, celle qui vit là-bas loin en Australie est de passage à Paris. Ce déjeuner, cette réunion de famille elle l’espère depuis si longtemps. Elle n’aime rien tant que de les voir tous, la fratrie, Reza son mari, et les petits enfants qui ont déjà bien grandi réunis pour les grandes occasions.

Pourtant, depuis le mariage de Bruno, plus jamais elle n’a réussi à les rassembler. Esther la silencieuse tente depuis toujours de tisser le fil qui rapprochera les membres de sa famille, les fera s’apprécier, s’aimer. Sans y parvenir car jour après jour les fils se défont, les nœuds se cassent, les sentiments se délitent. Aujourd’hui, dans la chaleur étouffante, elle finit d’arranger les fleurs sur la table, d’organiser les chaises tout autour. Alors qu’elle ressent une douleur terrible à la tête, elle se remémore sa vie.

La jeune femme qu’elle était, légère, joyeuse et bondissante sur ses jolis souliers ; l’infirmière qui a rencontré Reza, un jeune médecin iranien venu étudier puis soigner en France. Mais cet étranger à l’accent si prononcé dont personne ne veut devra soigner lui aussi les étrangers pour s’imposer dans ce milieu fermé. Il n’aura dès lors qu’une obsession, réussir sa vie, se faire une place, gagner assez pour permettre à ses enfants de vivre correctement. Comme une revanche à prendre sur la misère de son enfance.

Puis Carole, leur première fille, arrivée plus vite que prévu, Esther était encore bien jeune, avant que Reza n’ait réellement pris à la dimension de son rôle de père. Puis Alexandre, le fils favori, petit chien savant exhibé avec fierté par son père. Alexandre n’aura jamais droit à l’amour de sa mère, trop occupée à compenser le manque d’intérêt paternel pour les autres, Bruno puis Vanessa la benjamine. Vanessa qu’elle imagine comme son dernier bonheur, son refuge, celle qui l’accompagnera dans sa vieillesse, qui la protégera et ne l’abandonnera jamais. Vanessa qui très vite, très jeune, la quitte pour aller vivre en Australie.

Reza est un mari peu attentionné, un homme dur qui n’a jamais ressenti l’amour d’un père pour ses enfants. Mais faut-il le lui reprocher, lui qui n’a jamais eu celui de ses parents ? Cet homme égoïste n’a ni les mots ni les gestes pour les siens. Esther non plus n’a jamais su unir cette grande famille qu’elle a pourtant désirée. Les membres de cette famille sont comme des maillons d’une chaîne concaténée au hasard des naissances, mais jamais soudée par un amour quelconque, par les gestes ou la parole qui soulagent, donnent, comprennent, protègent, expriment l’amour, la tendresse, l’attention.

Quelle est difficile et froide cette vie qui passe dans les souvenirs d’Esther, qu’elles sont violentes les rancœurs qui animent les membres de cette famille, les différences qui les séparent. Et pourtant elle les aime tous, ces enfants et ces petits enfants qui la délaissent, la craignent, l’ignorent. Elle les appelle de toute son âme, de tout son cœur, avec ses silences, ses gestes retenus, ses mots étouffés par la crainte du refus, de la méfiance, de la solitude.

Un premier roman étonnant, où les mots, les sentiments, les souvenirs s’égrènent, révoltants, émouvants, désespérants, pour dire une vie vécue, des amours manqués, des silences qui emprisonnent les sentiments plus sûrement que des chaînes ou des barreaux. L’auteur a su créer une ambiance particulière, le lecteur s’attache à Esther, prise entre la chaleur étouffante de cette journée d’été et la froideur et l’absence d’amour de cette famille. – Dominique Sudre

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Esther attend, passive, le témoignage des sentiments de son mari, l’effusion des émotions de ses enfants, la vie.

Elle l’attend dans les gestes, les mots, les regards de ceux qu’elle aime ou qu’elle a aimés.

Sous le soleil écrasant de sa terrasse parisienne, elle s’invente encore de l’espoir, l’espoir d’une vie qu’elle n’a pas vu passer, qu’elle n’a pas su construire , qu’elle n’a pas su maîtriser.

Elle ne maîtrise plus grand-chose, Esther, de cette vie qui lui file entre les doigts, sauf peut-être le mensonge d’un repas de famille, auquel elle a encore envie de croire.

Ce texte m’a bouleversé, m’a émue, m’a attristée et m’a confortée dans  l’envie de jouir de chaque petit bonheur à cueillir, chaque jour, de ma vie, d’aller au-devant des mots, de fuir les silences. – Anne Richard

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Ce roman est atypique je trouve. En soi, il ne se passe pas grand chose tout au long de ce récit qui commence par la fin.
Au début, je n’étais pas sûre d’accrocher pour être honnête. Et il y a un je ne sais quoi qui fait qu’on veut continuer, on veut comprendre.
Je me suis retrouvée au sein de cette famille comme si j’en faisais partie. Je ne comprenais pas toujours ce père autoritaire et exclusif, cette mère trop effacée…
Mais je me suis attachée à eux comme on s’attache à une famille. D’ailleurs, une fois dans le récit, je n’ai pas réussi à en sortir avant d’avoir lu la dernière phrase.
Ce roman, pour moi, c’est une vraie surprise. C’est pour ce genre de surprise et de découverte que j’aime les 68 ! – Marion Catherinet

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Un livre touchant sur la famille, riche en émotions, qui ne vous laissera pas indifférent. Les mots sonnent justes. Tout un chacun pourra y reconnaitre un membre de sa famille. Mais attention ce premier roman est terrible, si vous êtes plutôt dépressif en ce moment, vous n’y trouverez pas de réconfort ou de luminosité.

Je vous livre l’incipit pour vous donner le ton :

« Aujourd’hui, Esther va mourir. Ou demain. Ou dans quelques jours. On ne sait pas. »

Le roman s’ouvre sur une famille réunit autour d’un lit d’hôpital. C’est le moment de prendre une décision. Esther est dans un état de mort cérébrale. Elle est âgée. Ses quatre enfants versent des larmes.

« Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent sans qu’elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé ; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille était son œuvre inachevable. »

Le motif de la tapisserie, des liens tissés, reviendra souvent dans le roman. Elle nous emmène alors dans son passé et égrène ses souvenirs. Elle nous parle de son mari Reza, d’origine iranienne. Il est venu faire ses études de médecine en France. Il a vécu une enfance difficile. Elle décrit ses enfants : Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa. Mais surtout la dure réalité de se retrouver seule, une fois les enfants partis. Elle pensait pouvoir garder la petite dernière auprès d’elle, Vanessa.

« Il lui avait fallu trois enfants, trois départs, et la menace d’un quatrième pour comprendre ce que c’était qu’être mère. Le destin d’une mère, c’est de laisser partir ses enfants. De son ventre, de sa maison, de ses bras. Les douleurs de l’enfantement ne sont rien comparées à la douleur éternelle de la séparation. Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner. »

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est qu’ensuite nous avons aussi le point de vue de chaque enfant sur son enfance, ses parents, les relations entre frères et sœurs. On ressent toute la pression et le poids de l’héritage familial. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser découvrir cette famille, ses secrets, ses fêlures. En tout cas, il ne restera plus que les grandes occasions à Esther pour essayer de réunir toute sa famille.

La nouvelle maison d’édition Les Avrils commence fort. – Joëlle Buch

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Esther n’a qu’un souhait en ce samedi midi d’été, réunir ses quatre enfants pour un repas en famille sur la terrasse de l’appartement familial.
Elle va s’appliquer à tout organiser pour que tout soit le plus parfait possible.
Au cours de cette préparation et sous une chaleur étouffante, Esther se remémore les souvenirs de sa jeunesse, de sa vie en tant que mère de famille et nous livre les regrets qu’elle n’a jamais su exprimer.

Alexandra MATINE, a su, dans ce premier roman écrire un récit intime et pudique où se mêle l’espoir et la résignation d’une mère dans une atmosphère sentant des effluves de rose et de fleur d’orangers. Par les récits d’Esther, nous prenons conscience que la vie est un tissage continuel pleins d’imperfections mais que l’on peut toujours essayer de raccommoder. L’ouvrage est complexe mais il est une belle métaphore des relations humaines et familiales.

Par son écriture fluide et légère, j’ai vraiment pris un grand plaisir à lire ce livre que j’ai trouvé très beau et touchant. J’ai trouvé très intéressant ce « fil » conducteur de la tapisserie.

Je tiens vraiment à remercier les 68 premières fois et les éditions « les Avrils » pour la découverte de cette petite pépite qui m’a emmené loin de mon quotidien et m’a fait découvrir un petit peu l’Iran. de plus, c’est peut-être quelque chose d’habituel pour les éditions « les Avrils » mais j’ai beaucoup aimé que la première et la dernière page de l’ouvrage soient de couleur vert plante. – Hélène Ortial

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Dès les premières lignes, on sait quoi s’en tenir sur le futur proche d’Esther. Sa vie est suspendue à la décision de la famille, et surtout celle du père, censé avoir les compétences requises, en sa qualité de médecin. 

On apprend alors qui est Esther, cette femme qui souhaite que le repas de midi se déroule dehors, à l’ombre d’un parasol, en compagnie de ses quatre enfants et de leurs familles. Il fait très chaud. Sa plus jeune fille et l’un de ses fils ont appelé pour décommander. Alors Esther se souvient, ressasse et raconte l’histoire de cette tribu dispersée et divisée. Sa vie d’épouse soumise, auprès d’un mari qui doit se rassurer en affirmant haut et fort qu’il est un bon médecin, et que ses patients ont de la chance. On comprend peu à peu les failles et les blessures qui ont fragilisé un édifice construit sur du sable.

Le roman s’ouvre sur une évocation de l’incipit de l’Etranger. Et se poursuit sur un récit qui évoque le sublime roman de Virginia Woolf  Ms Dalloway. Il y manque cependant la grâce, sous-tendue par la fragilité de l’écrivaine anglaise.

On ressent à la lecture l’ennui de l’héroïne et le poids d’un quotidien subi. Le personnage du mari est très antipathique mais rien ne laisse entrevoir une issue favorable, même pas celle de réunir ses enfants pour un repas partagé. C’est sombre et assez désespéré. Un bilan d’échecs programmés.

Même si cette histoire est hélas le reflet de bien des situations familiales où les non-dits se sont cristallisés en impasses affectives délétères, je n’ai éprouvé peu d’empathie pour ces personnages, voire de l’inimitié pour certains, et cela m’a laissée à distance du propos. – Chantal Yvenou

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Le livre d’Alexandra Matine s’ouvre sur une citation de Marguerite Duras bien à propos.
« Il y a toujours dans les familles un défaut par où la famille fout le camp, sort d’elle-même. »
Esther se meurt et autour d’elle dans cette chambre se tiennent ses quatre enfants et son mari Reza avec qui elle a construit cette famille qui compte tant pour elle.
Tableau de famille idéal. Une femme entourée de l’amour de son homme, une mère entourée de l’amour de ses quatre enfants. Il n’y a pourtant rien d’idyllique ici.
Nous remontons un peu dans le temps et c’est Esther bien vivante que nous découvrons. Elle attend ses enfants pour un déjeuner familial. Elle est pressée et heureuse de les voir tous réunis. Mais rien ne se passe comme elle l’avait prévu.
Quel est le défaut de la famille qu’Esther a construit avec Reza son mari ? Que s’est il passé dans cette famille, dans cette fratrie composée de quatre enfants ? C’est la question que pose la lecture de ce livre . D’où vient la violence qui crée le dysfonctionnement ? Quand un père aime un fils – bien ou mal ou croit l’aimer en le façonnant tel qu’il le veut et en oubliant ses autres enfants ? Quand une mère ne colmate pas les brèches, n’ose pas dire , se tait. Comment la communication ou plutôt la non-communication se construit elle ? Et les enfants devenus adultes , pourquoi ne parlent ils pas ? Pourquoi n’osent ils pas ?
Tout au long de ce livre, nous découvrons cette violence sourde, cette parole qui ne se libère pas, ces vérités qui ne sont pas révélées. Esther rêve de voir ses enfants tous autour d’elle. Ils le seront le temps de sa mort. Juste le temps de sa mort. Où la famille commence ? Comment se réparer ? Fuir ou parler ? Accepter ? Se libérer ?
Lire ce livre ne fut pas entreprise aisée pour moi. Tantôt agacée, tantôt pétrifiée, tantôt attristée. Bref une lecture contrastée.Et pourtant en fermant cet ouvrage, je me suis dit que la littérature ça servait à ça aussi. À nous bousculer, à nous chahuter, à nous surprendre.
Et dans ce cas pari réussi ! Alexandra Matine saisit avec brio tant dans l’écriture, le rythme du roman et l’atmosphère décrite la difficulté de communication dans la famille et le dysfonctionnement familial qui en découle. Et même si l’on ferme le livre le cœur serré et triste, la réflexion qu’il porte reste présente bien au delà de la lecture et vient nous interroger sainement.  – Sonia Chatain

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La famille….. tant de choses à en dire, une source inépuisable de romans et de récits sous un angle ou un autre, on passe de l’indigence la plus totale à l’indignité comme aux règlements de compte…..il est difficile de trouver un angle qui puisse intriguer, séduire voire passionner les lecteurs…. Et bien avec ce récit, Alexandra Matine m’a cueilli, ému puis emballé. Seul Lionel Duroy, depuis ses premiers récits, m’avait porté à ce point.

Ce récit est celui d’Esther, une femme émouvante dont la seule quête, à défaut d’avoir pu y réussir auparavant est de réunir ses enfants et petits – enfants au moins une fois avant l’inexorable mort qu’elle pressent. Le temps d’une énième invitation à déjeuner  avec ses 4 enfants et petits-enfants à l’issue plutôt incertaine, Esther revient sur sa vie, son couple, la naissance, l’éducation et hélas l’échec d’un amour partagé entre chacun des membres de sa famille. Les pistes et portraits de chacune des composantes de cette famille se multiplient avec une infinie sensibilité, un constat d’échec relatif et les nombreux éléments d’achoppement au cœur de son histoire…..

Tout commence par un couple né dans la précipitation, la fusion de ce couple espérée par Esther et Réza, jeune étudiant en médecine iranien, si elle débute bien se complique très vite. Réza a tant à prouver à son père et aux siens restés en Iran qu’il en développe un égo sur -dimensionné et très vite le couple Réza / Esther va se fragiliser. Une histoire d’amour trop courte où la passion des premiers jours n’a pas le temps de s’installer avec la naissance d’un premier enfant , une fille, quelques temps après un voyage de présentation chaotique d’Esther à son beau – père sur les terres honnies d’un Iran fracturé entre une société riche et l’autre plus misérable. Cette rencontre marque la première faille dans la relation de ces deux êtres. Réza, diplômé et médecin, par son accent, ses façons et son physique perse, mettra du temps à se constituer une clientèle, autre qu’ étrangère et pauvre.

Réza l’orgueilleux, n’a, en fait que la volonté d’être reconnu comme un homme exceptionnel, c’est la seule revanche sur son père qui guide sa vie, le désir de paternité comme l’amour paternel ne le constituent pas. Il en est de même pour la perception qu’il  a de son épouse et de son couple… cela est éminemment destructeur pour la constitution d’une véritable famille dont chaque membre pourrait être soudé à l’autre. Tout le contraire d’Esther. Des 4 enfants nés de ce couple, chacun va bénéficier d’une attention plus ou moins forte voire d’une appropriation par l’un ou l’autre de ses parents. 

Pour Réza seul  compte Alexandre , c’est le premier garçon, celui qui assurera le nom et l’honneur de la famille, son seul héritier et cela au détriment des ses deux sœurs comme de son frère jusqu’à ce qu’il s’émancipe et fuit ce père trop possessif. 

Esther est celle qui, malgré ses propres erreurs avec Bruno, le second fils ignoré par son père mais qu’elle surprotège, ou avec Carole comme Vanessa la dernière enfant qu’elle voulait tant voir rester auprès d’elle, tend à tout prix à créer une vraie famille. 

A ces multiples failles, ces portraits, ces rivalités il y a aussi de plus ou moins subtiles infidélités d’Esther comme de Réza toujours par simples touches sensibles de l »auteure.

L’image d’une tapisserie avec ses points qu’Esther  serre, noue mais qui inexorablement se  détendent entre secrets de famille, jalousies, haines entre les deux garçons utilisée par Alexandra Matine est forte c’est la métaphore de la famille idéale avec ses enfants et ses petits-enfants à laquelle elle aspire désespérément. C’est le constat d’un échec inexorable, de la faillite d’un véritable esprit de famille. Seuls les derniers instants de vie d’Esther vont en fait rassembler tous ces êtres.

Il y a tant de questions soulevées par Alexandra Latine ; la famille c’est quoi ? L’amour entre deux êtres peut-il survivre aux enfants nés de leur union ? Qu’est ce que l’amour maternel ? Qu’est ce que l’amour paternel ? devient-on parents ? père et / ou mère ? L’importance des rivalités entre parents et grands-parents ? 

C’est donc un très grand premier roman pour moi. – Olivier Bihl

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« Une famille, c’est comme un jardin, si on n’y fout pas les pieds ça se met à pousser à tire-larigot, ça meurt d’abandon. » – Serge Joncour, Repose-toi sur moi

 « Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent sans qu’elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé ; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille était son œuvre inachevable. »

Le 1er roman d’Alexandra Matine, Les Grandes Occasions, aurait dû voir le jour au printemps dernier au sein de la toute jeune maison d’édition Les Avrils du groupe Delcourt. Pour les raisons que l’on sait, il n’a pu trouver le chemin des librairies et des lecteurs qu’en ce début d’année.

Je n’emprunterai pas de détours. Pour ne rien vous cacher, ma lecture a commencé sous le signe de l’agacement. En cause la phrase inaugurale « Aujourd’hui, Esther va mourir. Ou demain. Ou dans quelques jours. On ne sait pas », resucée à 80 ans d’intervalle de celle de L’Étranger d’Albert Camus, « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas »qui place d’emblée ce roman à l’ombre d’un autre, lui improvise une filiation lourde à porter et, partant, susceptible de jouer contre lui. Et ça ne s’arrête pas là car, comme dans le roman de Camus, le soleil est de plomb et la chaleur, accablante sur la terrasse de l’appartement parisien d’Esther et Reza qui attendent leurs enfants et petits-enfants pour un déjeuner dominical. Honnêtement, pendant les premières dizaines de pages, je me suis demandé dans quoi j’étais en train de mettre les yeux. Bref, je ne m’en cache pas, tout cela plaçait ma lecture sous de fâcheux auspices, mais je suis très curieuse et n’abandonne pas facilement un roman. Qui sait, peut-être allais-je dépasser ma première impression ?

Les Grandes Occasions raconte la vie d’Esther et le délitement de sa famille, le temps d’un dimanche.

« Le dimanche, tu ne trouves pas, certaines choses vous reviennent davantage. […] Le dimanche, on pense à la vie. » – Dominique Barbéris, Un dimanche à Ville-d’Avray

Esther pense à la vie, à la sienne, à celle de ses enfants. Occupée à la préparation du repas qui, elle l’espère, va enfin réunir toute la famille autour de la table qu’elle a dressée avec soin, elle se souvient. De retours vers le passé en évocations de sa vie actuelle, nous pénétrons dans l’intimité de cette femme de 70 ans, dans ce qu’elle ressent et du regard qu’elle pose sur elle-même et les siens. C’est le récit introspectif d’une femme qui fait le point et prend conscience qu’elle s’est oubliée, toute dévouée qu’elle était à ses 4 enfants et à son mari. Où est donc passée la guillerette infirmière qui arpentait, légère, les rues parisiennes ? Oh ! il y a bien eu ce frémissement prénommé Lawrence, aux alentours de la soixantaine, dans la maison du Midi. Juste quelques jours pour s’assurer d’être encore en vie. 

Tout au long de ces minutes qui s’additionnent et font les heures la séparant de l’arrivée des convives, j’ai senti le poids d’une existence où il ne s’est rien passé ou si peu, où le désir de vivre s’est desséché, comme se dessèchent les fleurs disposées sur la table offerte à un soleil sans pitié. Je me suis trouvée embarquée dans la tête migraineuse d’Esther, à passer, comme un lion en cage, de l’ombre noire et étouffante du salon à la lumière jaune et aveuglante de la terrasse, à explorer ses sensations, ses impressions du moment et celles du passé, refaire les rares rencontres qui ont jalonné son existence si peu tournée vers l’extérieur.

Autant dire que la trame de cette histoire ne tient qu’à un fil ténu, comme cette famille en fait. 

Tout au long de ce roman, bien que plus fréquemment dans sa 1re partie, on retrouve l’évocation métaphorique d’Esther occupée à patiemment confectionner une tapisserie dont le tissage imparfait des fils de soie peine à retenir dans sa trame les membres de la famille.

« À cet endroit de la tapisserie, les nœuds d’Esther sont distendus. Un peu lâches. Ils tiennent sans qu’on sache comment. Ils sont là. Ils complètent le dessin. Ils font leur devoir, encore un peu. Pour que tous les autres résistent. »

La récurrence de cette métaphore un peu trop appuyée – ce qui m’a gênée – dit pourtant assez bien l’obsession d’Esther à maintenir coûte que coûte les liens familiaux. Et le lecteur de sentir la claustration 

« Les uns forcés contre les autres. Comprimés dans la cage »

et de comprendre pourquoi, dès ils en ont eu l’occasion, les enfants ont ouvert la cage familiale et s’en sont enfuis, n’y revenant que rarement et à regret.

Quatre. Ils sont quatre enfants nés de l’union d’Esther et de Reza, jeune homme venu d’Iran pour finir ses études de médecine et exercer en France.

Deux garçons : Alexandre, enfant préféré parce que premier fils de ce père exigeant et odieux, cet « astre qui brûle, abîme, réduit. [Cette] lumière qui poursuit, implacable au milieu du désert », ce père qui ne cessait d’exhiber son garçon, tel un singe savant, devant les invités. Et Bruno, enfant chétif, qu’un jour Reza a jeté dehors d’un laconique « Va-t-en », sans que la mère ne s’interpose. 

Deux filles : Caroline, l’aînée aujourd’hui médecin comme son père qui n’a vu en elle qu’un « brouillon » pour patienter jusqu’à la naissance du premier fils, et Vanessa, la petite dernière partie, à peine le bac en poche, faire sa vie aux antipodes, en Australie, au plus loin donc de sa famille.

« Il lui avait fallu trois enfants, trois départs, et la menace d’un quatrième pour comprendre ce que c’était qu’être mère. Le destin d’une mère, c’est de laisser partir ses enfants. De son ventre, de sa maison, de ses bras. Les douleurs de l’enfantement ne sont rien comparées à la douleur éternelle de la séparation. Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner. »

C’est aussi, pour Esther, malgré les années passées, l’impossibilité d’avoir su recentrer sa vie sur le couple étrange qu’elle forme avec Reza dont le passé en Iran auprès de son père éclaire un peu sa détestable personnalité actuelle. Alors, accablée par la touffeur estivale et son passé qui revient par bouffées, Esther les attend tous aujourd’hui pour ce repas dont elle se fait une fête et cette attente est prétexte à revenir sur les colères qui couvent et les silences qui rongent la famille, où chacun est tout à la fois le chasseur et la proie :

« C’est ça qui ronge la famille. Cet évitement. Cet évitement pour garder les non-dits non dits. Il vaut mieux ne pas rester trop longtemps ensemble, sinon ça va sortir. C’est inévitable. Alors on s’évite. Ils vivent les yeux baissés. Jamais de vrais regards échangés entre les frères et les sœurs. Non plus avec la mère et le père. Regards en coin. Regards d’animaux. D’animaux qui se tournent autour. La trêve autour du point d’eau le soir. La trêve autour de la maison l’été. Ça peut se passer en un regard. Ils ont peur. C’est une peur de leur sang. Une peur des événements formidables qui suivent les confidences et les espoirs. »

C’est terrible et l’on soupçonne bien vite que ce repas puisse être l’occasion d’un ultime évitement. 

De qui viendra-t-il ? 

La première désertion à s’annoncer est celle de Vanessa, opportunément tombée sur une ancienne copine de lycée. Viendront celle d’Alexandre, puis celle de Bruno. Les prétextes, mensonges aussi éhontés qu’inconsistants, ne trompent personne. Seule Caroline franchira le seuil de l’appartement parental avant qu’une dernière désertion, elle bien involontaire, ne fasse de ce repas avorté un définitif fiasco.

Rancœurs sourdes, non-dits latents, actes manqués, conflits larvés et, finalement, ennui insondable parsèment ce récit sombre et désespéré où résonne le néant.

« Dans la famille, il n’y a pas d’affection. On ne sait pas se toucher. Le corps est absent. Aussi absent que les espoirs. La même peur de décevoir. La même peur du rejet, de l’énervement formidable si on s’approche trop. Chacun doit rester en soi. Se maîtriser. Ne pas donner aux autres la responsabilité de s’aimer. »

L’écriture d’Alexandra Matine, qui nous étouffe sous les répétitions, traduit à merveille l’atmosphère délétère et pesante de ce roman sans issue.

« Ils arrivent à la mairie les premiers. Ils arrivent toujours les premiers. Carole n’aime pas être en retard. C’est une marque de respect d’être en avance. D’être là, prêts pour quand ça démarrera. Ils attendent. Elle a beau vouloir être juste à l’heure, elle est toujours en avance. Rien à faire. Ce qui fait qu’elle attend. Elle sait qu’elle est en avance et pourtant elle en veut aux autres de la faire attendre. C’est comme si les autres étaient en retard. »

Ou encore

« Il y a sur la terrasse Reza et le parasol. Le parasol pesant, sous le soleil pesant, et les gestes alourdis de Reza. Le soleil lourd sur son crâne et le parasol comme une lance trop lourde sur son épaule gauche, qui l’entraîne un peu vers l’arrière. […] Le pied encore plus lourd que le parasol. […] »

Cette prose juste, qui martèle et oppresse (toutes les phrases de la page 189, par exemple, commencent par « Elle ») et sous laquelle j’ai suffoqué, a fait que je n’avais qu’une hâte : m’échapper de ce roman à la violence contenue. Même si j’ai été sensible au vertige du vide que ressent Esther, femme effacée et soumise qui n’a pas su apprivoiser la liberté que le départ des enfants lui avait offerte, j’ai peiné à m’attacher aux personnages, peut-être parce qu’« On ne parle que de choses. On ne parle jamais d’[eux] ». Si les raisons qui ont éloigné les enfants du foyer sont évidentes, j’ai eu plus de mal à saisir ce qui tenait ces quatre-là éloignés les uns des autres. De même, j’ai peiné à comprendre cette mère dont la subordination à son mari tyrannique flirte avec l’insensibilité pour ses enfants. D’une certaine manière, ne pouvant m’attacher à aucun des personnages, je suis restée à distance de ce récit qui se résigne dans l’indifférence générale et qui s’achemine, sans surprise, vers la fin de cette journée particulière.

Il me reste à souligner le très beau travail éditorial de cette nouvelle maison édition à la charte graphique pimpante et au confort de lecture rare. Même si aujourd’hui le rendez-vous est – en partie – manqué, j’espère que d’autres romans à venir me permettront de partager leurs enthousiasmes littéraires, une bien appétissante devise. – Christine Casempoure

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C’est un livre qui nous touchera toutes et tous : La famille , comment faire pour qu’elle soit idéale ?
Comment arriver à l’entente , à le joie de se retrouver , comment éviter les tensions , les non dits , les fuites , les ruptures ….
Evidemment, il n’y a pas de recettes.
Esther , dont la fin de vie approche à très grands pas , attend pour un ultime déjeuner ses quatre enfants dans la chaleur étouffante du mois d’aout.
L’attente est longue , les désistements se multiplient.
Dans cette attente qui devient insupportable , Esther fait le bilan de sa vie et de ses désillusions.
Un mari prétentieux qui passe à coté de certains de ses enfants.
Deux frères qui n’ont rien en commun.
Le fils préféré.
L’enfant fragile.
Le culte de la petite dernière ….
Livre très bien écrit qui dit les choses avec pudeur mais qui , par sa véracité est forcément angoissant.
N’est il pas dommage de se retrouver seulement au chevet d’une défunte ? – Anne-Claire Guisard

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La table est mise sur la terrasse de l’appartement d’Esther et de Reza, le parasol installé comme dérisoire protection contre le soleil accablant, les chaises vides n’attendent que les convives. Qui n’arrivent pas et se désistent tour à tour. C’est l’occasion pour Esther de se souvenir de sa rencontre avec son mari, et de la venue de leurs enfants. Des enfants mal aimés, se dit-on à la lecture de ses souvenirs. Il y a Alexandre, l’aîné, que son père a tenté de dresser en singe savant et qui aurait tant aimé faire du piano plutôt que de se plier aux numéros de calcul mental paternels ; Vanessa la benjamine, que sa mère n’a pas supporté de voir partir pour l’Australie et qui la bat froid ; Bruno qui a vécu dans l’ombre de son grand-frère et noue envers lui une rancune tenace suite à une dispute lors de son mariage ; enfin Carole, médecin elle aussi, qui ne cesse de parler par peur du vide.

Aucun d’entre eux n’a envie de participer à ce repas auquel la mère a tant tenu, espérant avoir autour d’elle sa famille réunie, alors que c’est devenu si rare. Dans la cuisine les poulets rôtis réchauffent doucement, la salade de tomates est bien au frais dans le réfrigérateur, Reza est parvenu à fixer le parasol, et Esther attend en se souvenant. Une heure, deux peut-être, d’attente, comme suspendues, et des années de vie revues à l’aune d’Esther, qui semble ne manifester aucun regret de ce qu’elle a vécu ou fait vivre à ses enfants. Drôle de personnage que cette mère de famille, tour à tour mère abusive ou satisfaite, que ne semble jamais effleurer le moindre remords ; drôle de père que ce Reza, que ses origines iraniennes semblent avoir transformé en patriarche égocentrique. Pas étonnant, alors, que les enfants répugnent à venir. Sans aucun jugement ni prise de parti, Alexandra Matine nous dresse le portrait d’une famille où l’on ne parle pas, où l’on n’exprime pas ses sentiments. Il faut le malaise d’Esther pour qu’enfin, les langues se délient quelque peu et que les sentiments affleurent – à peine. La voilà, la grande occasion qu’attendait Esther, de voir enfin les siens réunis, et tant pis si c’est un peu tard. – Emmanuelle Bastien

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Reza a quitté sa famille et son pays l’Iran pour essayer de  s’en sortir. Apres des études de médecine, il rencontre sa femme et enchaine les remplacements pour se faire sa patientèle.

Elle arrête son métier d’infirmière à la naissance de leur premier enfant. De cet instant elle ne cessera de « tisser  » à petits points, sa famille.

Quatre enfants plus tard et quelques petits enfants, la famille se disloque doucement à coup de crise aiguës et d’égoïsme.

Elle voudrait tellement qu’ils soient tous là pour ce déjeuner qu’elle prépare depuis plusieurs jours, qu’elle rêve.

Une fois encore à coup d’annulation, d’excuses bidons et d’égocentrisme, ils vont lui ruiner sa vie rêvée, jusqu’où tiendra t elle ?

Comme ces personnages m’ont agacée !  Chacun enfermé dans sa tour sans jamais pouvoir faire un geste vers les autres. Trop peur de prendre un coup, trop lâche pour accepter de se découvrir un peu, de prendre un risque pour montrer un peu de fragilité aux autres membres de la famille.

Aucun rapprochement n’est possible, difficile de savoir vraiment qui est le plus responsable de cette situation, chacun en porte sa part.

Un immense sentiment de gâchis reste à la fin de ce roman.

Une écriture agréable sur un sujet délicat, tissé tout en douceur par Alexandra Matine sur la difficulté de s’exprimer auprès de ceux qui nous sont le plus proche. Un beau premier roman. – Emmanuelle Coutant

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J’ai eu besoin de reprendre mon souffle, laisser s’apaiser les émotions, retomber la tension de ce premier roman  extrêmement fort sur la famille et les relations qui s’y jouent.

Nul besoin d’avoir vécu une situation identique pour que résonne profondément cette histoire aux accents universels. Le couple et la position de chacun. La quête de chaque enfant pour trouver sa place dans la fratrie et la famille. L’absence de communication au sein du couple qui rejaillit forcément sur la cellule familiale. Les rêves de la mère. La famille parfaite sur la photo de mariage du fils cadet. La réalité si différente derrière les sourires de convenance.

Les enfants ont grandi, ils sont partis. La famille au complet n’est plus réunie que dans les grandes occasions.
Comme ce jour d’été caniculaire où Esther, la mère, a invité ses quatre enfants, préparé la table avec une nappe blanche sur la terrasse et attendu leur arrivée.
Elle rejoue dans sa tête l’histoire de sa vie. Une vie de renoncements, de silence, où en dépit de ce qu’elle s’évertue à vouloir croire, elle n’a pas réussi à tisser une toile familiale solide. Mais une famille ne se construit pas sans amour ni dans la violence des non-dits.
Reza, le père, iranien devenu médecin en France, ne s’est jamais remis de son enfance malheureuse et pauvre en Iran. Aigri,   orgueilleux, il est incapable de donner l’amour qu’il n’a jamais connu, incapable de la moindre tendresse, et il est devenu un mari et un père tyrannique.

256 pages d’une densité extrême sur l’éclatement familial, la fragilité des liens,  le chagrin de voir s’éloigner ses enfants, de les voir s’éloigner entre eux, sur la difficulté à communiquer au sein de la famille.

 Un roman intense et magnifique d’où sourd une tristesse diffuse devant le gâchis immense d’une famille au bord de l’implosion… – Catherine Dufau

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« Avouer le plaisir, c’est permettre aux autres qu’ils vous le retirent. »

Une chaude journée d’été – Paris.

Esther termine les préparatifs du repas autour duquel elle espère rassembler toute sa famille. Elle a dressé la table sur la terrasse où Reza, son mari, s’échine à installer un parasol. Tous deux transpirent, en silence. L’attente est pénible pour Esther, cela fait si longtemps que les quatre enfants, avec conjoints et petits-enfants, ne se sont pas trouvés ensemble sous son toit. Cette réunion de famille, c’est son idée. Reza, lui, se sent à peine concerné. Tout ce qui n’est pas exactement centré sur lui ne l’intéresse pas. Ce midi, Esther ne parvient à tromper son impatience, à peine surmontable, qu’en évoquant ses souvenirs. Elle se revoit, toute jeune femme, dans les rues de Paris qu’elle arpente, les cheveux au vent, dans une liberté un peu folle qu’elle semble ne plus avoir, là, dans ce moment de l’attente.

Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, ce sont leurs quatre enfants, avec Reza. Lui, joue parfaitement son rôle de patriarche : intraitable et inaccessible. C’est un homme tourmenté, originaire d’Iran où il a connu la misère, médecin en France où il a dû se tailler une place à force de détermination et d’orgueil. Esther, elle, a fait comme elle a pu. Protéger les plus faibles, ne pas s’interposer dans l’intérêt obsessionnel de Reza pour son premier fils, chercher par tous les moyens à créer une fratrie unie, essayer par dessus tout de se faire aimer. Esther a toujours espéré que leur famille soit à l’image de ces tapis persans qui ornent l’appartement : tissée de liens indéfectibles dont elle, Esther, serait l’artisane infatigable. Pourtant les souvenirs qui affluent entament le motif de sa tapisserie chimérique…

Le temps passe, la terrasse reste vide, écrasée par la chaleur. C’est Vanessa, la plus jeune, qui se manifeste la première : elle appelle sa mère pour dire qu’elle ne viendra pas. Et, petit à petit, l’attente d’Esther bascule de l’effervescence inquiète à la douleur, insupportable, face aux évitements de ses propres enfants et à la froideur brutale de son mari.

L’ambiance est moite, pesante. Rien ne semble pouvoir soulager Esther. L’auteur nous laisse entrevoir, dans les premières pages, une jeune Esther qui avance, insouciante et libre, pour mieux nous confronter à cette femme âgée, accablée et impuissante. Et c’est une réussite que de maintenir ainsi la pression, qu’elle soit canicule ou abattement, d’un bout à l’autre de la journée, d’un bout à l’autre du roman. C’est fait d’une écriture sensible, qui donne à chacun, parents et enfants, une humanité fêlée, qui peut agacer parfois mais qui, indéniablement, touche. Car chacun d’eux recèle un peu de nous et de nos familles… Et quand jaillissent, ici ou là dans les souvenirs, quelques traces de douceur, une attention répétée, une tendresse pudique, elles nous paraissent miraculeuses.

Et finalement se pose cette question qui est au centre du roman : qu’est-ce que c’est, faire famille ? Comment y parvient-on ? De quoi sont fait les liens familiaux ? Tous les six, Reza, Esther et les enfants, se sont construits les uns adossés aux autres, les uns contre les autres. Et cela ne ressemble en rien à l’idéal de complicité et d’affection dont rêvait Esther. Eux ont fait famille par opposition. Et cette grande occasion d’un samedi de juillet ne sera, une fois de plus, rien de ce qu’Esther en espérait.

Un très beau roman sur les empêchements au cœur de la famille ! – Anne-Sylvie Delaunay

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Esther tente de resserrer les nœuds d’une tapisserie persane.

Allégorie de sa famille : son mari Reza est iranien ; il a eu une jeunesse très difficile dans son pays et a réussi à construire, en France, une carrière de médecin reconnu. Reconnu surtout par lui-même d’ailleurs car chaque fois que l’autrice lui donne la parole c’est pour lui donner l’occasion de se glorifier.

Il n’est jamais nommé responsable du dysfonctionnement de la famille. Le récit est bien trop factuel pour cela. Mais sa souffrance personnelle apparait lors de la maladie de son épouse quand son personnage se fissure.

C’est Esther le personnage principal ; ce sont ses efforts pour faire vivre un semblant d’union familiale qui sont relatés ; et ses déceptions ; et son incapacité à tisser des liens de tendresse tout au long de l’enfance et de l’adolescence de ses enfants.

En effet, il y a de nombreux allers retours entre les différentes époques avec l’incident du mariage de Bruno, dont nous ne saurons d’ailleurs pas la cause, qui revient comme un leitmotiv, expliquant le délitement des liens.

Mais ces liens n’ont jamais vraiment existés. «  On ne parle que de choses on ne parle jamais de soi »

«  C’est ça qui ronge la famille. Cet évitement. Cet évitement pour garder les non- dits non dits »

Dans ces deux phrases réside toute la problématique de la famille, et du livre.

Les phrases ultra courtes, les descriptions très concrètes des lieux, donnent à ce texte un rythme haletant. Cette autrice a certainement un talent dont il reste à savoir quel parti elle tirera par la suite. – Marie-Hélène Poirson

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Un gros coup de cœur pour ce premier roman.

C’est l’histoire d’une respiration, la dernière, sous une chaleur caniculaire, étouffante, les dernières heures d’une mère en mal de reconnaissance.

Les promesses d’un nouveau souffle elle en a eu pourtant tout au long de sa vie mais tout lui échappe : ses enfants, son mariage.

Un dernier : TIC, TIC, TIC puis le silence. Ces liens délicats se sont rompus.

C’est l’histoire du chagrin d’une mère qui a mis sa vie en suspens, d’enfants sacrifiés, de non-dits. Elle voulait mettre de l’eau de rose dans sa vie, de la fleur d’oranger, lui était imprégné des odeurs fétides de son enfance, cette amertume qui fera de lui un être égoïste, exigeant, intransigeant. Elle voulait être cette rosace au centre de la tapisserie autour de laquelle gravitent et s’entortillent ces boutons de fleurs

Sous cette chaleur, elle attend donc, chacun de ses enfants, car elle les a tous réunis. Car elle n’a pas encore renoncé contrairement a Reza. Elle attend donc et se rappelle.

Cette femme qui s’est effacée pour laisser place à son mari, cherche l’air, cherche sa place, aimerait sortir ce cri de douleur, mais n’est que silence. Elle tait ses douleurs. Elle tait ses espoirs et installe ainsi des incompréhensions, des quiproquos, et des certitudes. Ce silence de colère chaque membre de la famille en est imprégné. Elle attend mais son espoir se délite.

Elle a mis toute son énergie à tisser ces nœuds, à créer ces liens avec chaque enfant, à ce consacrer à cette tapisserie familiale. Mais cette toile les a tous étouffés les uns après les autres et les a amenés à se séparer. Cette famille désunie ne peut plus s’écouter, ne peut plus ressentir de tendresse car est dans une impasse.

« Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner ».

Esther est fatiguée, essoufflée, abandonnée. Une chose va les réunir, puis les détruire : sa mort.

Mon cœur s’est serré tout au long de cette lecture, des larmes ont coulé ! Tout cet amour et pourtant tous ces êtres blessés et tant de solitude… Les mots d’Alexandra Matine m’ont touchées si ce n’est en plein cœur, au plus profond de mes trippes ! Merci !

« Le dernier enfant qui s’en va. Il n’y en aura pas d’autre. Il emporte avec lui le sens de la maison, le sens de la vie. Il partent tirant sur les fils qu’Esther avait tissés, les tend jusqu’à les rompre, tic, tic, tic, les arrache, et laisse les derniers pendants derrière lui des fils trop courts. On en peut plus rien en faire. »

« L’espace d’une seconde elle croit pouvoir y arriver. Elle croit pouvoir ouvrir les yeux. Elle a tant envie de les voir tous, ici. Tous ensemble une dernière fois. Mais elle se ravise. Elle n’a pas besoin de les voir. Elle sait qu’ils sont là. Elle appuie sa tête lourde sur les joues rebondies de l’oreiller, et rejoint sans effort le monde des souvenirs. Là, surgit, lumineuse, l’apparition adorée. La famille ; les liens qu’elle a tissés patiemment, éclosent en couleurs chamarrées, en petits boutons de fleurs blancs, en tiges espiègles qui s’enroulent avec délice. Et Esther, au centre, rosace majestueuse, irrigue une dernière fois de son amour tentaculaire la tapisserie tout entière et ses milliers de petits nœuds. » – Alexandra Lahcène

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Esther, mère, épouse et grand-mère n’a qu’une obsession, réunir ses enfants. Elle a préparé à déjeuner , elle les guette , ça tourne dans sa tête, elle a toujours attendu  » c’est tout ce qu’elle fait, les attendre ». Les liens familiaux sont distendus, voire rompus depuis longtemps sous le joug d’un père autoritaire et buté, et l’image d’une mère effacée, oubliée. Les frères et soeurs ont fui ou esquivé le logis parental, murés dans un silence protecteur. La fratrie s’est disloquée, chacun demeurant écorché par les souvenirs amers et les rancoeurs.

Reste une famille décomposée, ruinée par les meurtrissures d’hier, irréconciliable. Une mère attend …

Roman poignant , fine analyse de tous les protagonistes, sans concession, émotion garantie. – Corinne Tartare

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Lecture terminée ce matin, alors que le soleil entrait dans le salon. Et quelle lecture ! Les Grandes Occasions nous plonge au cœur de la famille d’Esther. Esther et Reza, mais surtout Esther, cette mère qui a essayé toute sa vie de tisser des liens, de construire une famille solide et soudée. L’écriture d’ Alexandra Matine nous plonge dans les pensées de cette mère impuissante à contrôler les êtres qui gravitent autour d’elle. Les courtes phrases m’ont un tant dérangée, mais elles m’ont finalement happée parce qu’elles nous immiscent vraiment dans l’esprit d’Esther (et pourtant, ce n’est pas le narrateur). Les personnages sont dépeints en peu de mots, mais de manière puissante et l’écriture est grave et poétique. Merci 68 premières fois pour la très belle découverte de ce roman sur la famille, thème qui m’est cher. – Marianne Lamour

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Je referme cette lecture heureuse que mon a priori un peu négatif ait été infirmé. En lisant la quatrième de couverture, j’ai un peu levé les yeux au ciel : encore un énième roman français sur une famille dysfonctionnelle racontée par la mère. Soit. Rien de neuf en ce qui concerne la thématique mais un regard d’une grande acuité pour un portrait familial finalement très cruel et désenchantée sans sombrer dans la noirceur ou l’ironie. Un bel équilibre.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la caractérisation de chacun des membres de la famille, tous présentés dans leur complexité et dans le souci de fouiller très précisément la psychologie de chacun. 

La mère. Esther. A travers elle, Alexandra Matine compose un très beau portrait de femme qui, à la soixantaine, réalise que sa famille qu’elle a cru construire n’est pas soudée comme le voudrait. Fragile et vulnérable. Ses quatre grands enfants se sont éloignés d’elle, surtout du père, un tyran domestique. A peine se voit-il aux grandes occasions, rarement tous ensemble.

Les quatre enfants.

Alexandre, le fils préféré du père qui a eu des attentes démesurées pour le mettre à son moule : « Il n’avait pas le choix. C’était lui sur la ligne de front et pour toujours, c’était son rôle de protéger les autres. De se mettre en avant, d’attirer la lumière. Parce que l’ombre protège de l’astre puissant qu’est le père. Un astre qui brûle, abime, réduit. Une lumière qui poursuit implacable au milieu du désert ».

Bruno, qui a poussé dans l’ombre du grand frère, ignoré : « Il lui semblait qu’il avait vécu toute son enfance, là, derrière cette porte entrouverte, dans le silence, retenant sa respiration et espérant que se tairaient un jour les cris d’admiration de son père et des adultes pour Alexandre. »

Vanessa, la « grande dernière », celle à qui Esther ne pardonne pas d’être partie à 18 ans en Australie, de l’avoir rejeté alors qu’elle ne faisait que vivre sa vie entre insouciance et égoïsme : « Les absences, pour Esther, ce sont les creux que Vanessa a laissés. Des trous béants dans lesquels elle tombe parfois, au hasard d’une balade dans Paris, d’un parfum, du scintillement d’un objet. Elle cède à l’appât du vide, espérant y retrouver des traces de leur passé. »

Et puis, Carole, la sœur aimée, bien laide par rapport à l’aura de sa petite sœur, celle qui dès qu’elle a la parole part en monologues logorrhéique, trop heureuse d’être entendue, juste un peu.

Tout est juste dans la radiographie de cette famille qui s’évite pour garder les non-dits non-dits. Ou la famille comme cage dans laquelle on est enfermé toute sa vie sans pouvoir la choisir : jalousies et conflits entre frères et sœurs, peur de décevoir, angoisse de voir s’éloigner les enfants, silences pesants … il n’y a aucun secret à déterrer, juste des membres d’une famille obligés de cohabiter ensemble à certains moments.

Dans ce drame intimiste très réussi, je regrette juste quelques systématismes de l’auteure qui peuvent donner un côté répétitif. D’abord l’image de la tapisserie tissée comme métaphore de la famille, trop récurrente. Et puis, un procédé narratif, très théâtral (un coup de fil, un enfant qui annule sa venue à un déjeuner) qui aurait gagné à être cassé. – Marie-Laure Garnault

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Il y a les familles dans lesquelles toutes les occasions sont bonnes pour se retrouver à la bonne franquette, et il y a celles dans lesquelles on attend les « grandes », les impératives, les incontournables. Qu’a-t-il bien pu se passer dans celle d’Esther pour que même un déjeuner partagé ne puisse s’improviser en toute simplicité et revête à lui seul les atours engoncés de ces « grandes occasions » tant redoutées par certains, tant attendues par elle ? Car elle qui avait espéré si fort tisser des liens indéfectibles dans cette famille à laquelle elle a donné naissance avec Réza, son mari, voit s’effilocher un à un tous ses rêves d’unité, de douceur et de partage, à mesure qu’elle rembobine la pelote de ses souvenirs, en cette journée caniculaire et désespérante qui aurait dû être jour de joie. C’est un douloureux voyage auquel nous invite Alexandra Matine dans ce premier roman aux faux airs d’album de photos jaunies par le temps, un regard sans concession sur le constat désabusé d’une femme au crépuscule de sa vie, qui n’a pas su réaliser la seule œuvre à laquelle elle aspirait, la famille idéale. Dans les échos des souvenirs parfois blessés, souvent éparpillés d’Esther, qui pourra s’empêcher d’entendre ces petites phrases assassines, ces éclats de tendresse, ces silences pesants qui se tapissent dans tant de mémoires et jalonnent tant de désillusions ? Car, si la tonalité et le rythme des phrases peuvent parfois être pesants de maniérismes, ce qui s’y dit, ce qui s’y offre au regard est d’une terrible et très grande justesse sur la famille et ses rouages, sur les mécanismes qui s’y construisent et les pièges qui s’y tendent, sur les avenirs qui y naissent et les espoirs qui y meurent. Famille, je vous traîne, famille, je vous trame, famille, je vous drame. – Magali Bertrand

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Il n’y a pas de famille sans histoires ! Chaque famille a les siennes…
Ici il y a une mère, Esther, son mari Reza, originaire d’Iran, et leurs 4 enfants. 2 garçons et 2 filles. Et puis aussi les belles-filles, les gendres, les petits-enfants. Une belle et grande famille sur la photo !
L’œuvre patiemment réalisée par Esther, dans laquelle elle s’investit corps et âme.
Mais comment construire du solide sur une base de silences, de non-dits, d’élan contenus, d’espoirs déçus…? Comment faire avec ces places attribuées, imposées, arrachées ? Comment faire du lien quand la parole spontanée est bannie car risquée ?
Ce livre est extrêmement troublant, touchant et triste.
Par son réalisme, par les projections et les effets miroirs difficiles à éviter…
Je l’ai trouvé très cinématographique dans la description des scènes, la place des objets, l’implication des corps, les détails, les ambiances. Je les voyais, ces images, ces scènes ! La lumière, les odeurs, les bruits !
J’étais complètement dedans, complètement là, spectatrice de cet étrange et fascinant spectacle que peut être une famille !
Bref, ce livre m’a totalement emportée et m’a habitée tout le long de sa traversée. Il laisse en moi un écho retentissant !
Je crois bien que c’est celui qui m’a le plus touchée jusqu’ici parmi les découvertes des 68 premières fois ! – Christine Gazo

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Dans « les grandes occasions », on trouve des secrets de famille, beaucoup de conflits, des tonnes de non-dits et de violence sourde, d’incompréhension et d’angoisse, autant d’éléments constitutifs de cette famille, ni pire ni meilleure qu’une autre, où il semble que personne ne sait s’aimer, que ce soit face à son miroir ou entre parents, entre frères et sœurs…

Le livre analyse finement les liens familiaux, montrant qu’ils ne sont pas indiscutables et qu’ils peuvent lentement mais sûrement se briser. Comme se brise le cœur de cette mère qui se rend compte, mais un peu tard, de la destruction inéluctable des relations entre les membres de sa famille qui, comme on dit souvent « avait tout pour être heureuse ».

J’ai aimé l’écriture qui oscille entre douceur trompeuse et tension permanente, exacerbée par la canicule avec de très forts moments de très grande chaleur climatique (mais pas humaine…).

Il serait étonnant que chacun.e n’y retrouve pas un peu de son histoire, c’est peut-être là la plus grande réussite de ce roman. – Marianne Le Roux Briet

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« Familles je vous hais ! Foyers clos, portes refermées ; possessions jalouses du bonheur … »

Ce cri du cœur aurait pu être poussé lors « des grandes occasions » mais cette famille ne crie pas et le cœur est verrouillé, rouillé. Pas de cocons tendres et tièdes, de bulles d’intimité au sein de la famille, chacun fait tinter son armure qui bloque tous les élans, tous les gestes, chacun fuit, se cache, déserte. Aller vers les autres, tendre la main, baisser la garde seraient gestes de faiblesse, renoncements à l’image construite en protection.

« Faire comme si », la mère voudrait encore, elle s’en contenterait, les enfants ne veulent plus, ne peuvent plus.

Plus les liens s’effilochent plus il faut serrer la corde d’arrimage, jusqu’à l’étouffement, l’effondrement. Au centre de gravité de la mère la famille, au centre de gravité du père lui-même. Quand les enfants s‘en vont souvent la mère trébuche, face au vide laissé. Elle essaie de le remplir de souvenirs, de photos, de rires, de chansons et les petits enfants viennent par intermittence irriguaient de leurs vies les heures solitaires …mais

Ligne à ligne l’auteure coupe au scalpel ces liens familiaux qui ne sont qu’entraves. – Christiane Arriudarre

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Esther, mère d’Alexandre, Carole, Bruno et Vanessa, veut faire d’un moment ordinaire, un événement extraordinaire, une grande occasion.  

Elle souhaite organiser un repas de famille pour resserrer les liens familiaux. 

Dans l’attente de ce repas, Esther se remémore différents moments de sa famille : la rencontre avec son mari Reza, la rencontre avec le père de celui-ci et son pays l’Iran, sa vie d’infirmière et ses balades dans les rues de Paris, l’enfance de ses enfances et les nombreuses fêlures de sa famille.  

Ces souvenirs dévoilent les silences et les non-dits qui entourent cette famille. Cette famille qu’elle souhaiterait parfaite, n’arrive en fait pas à communiquer et à vivre ensemble. 

Entre désirs de famille idéale et « grande occasion » pour préserver les apparences, Esther se perd et se complet dans son silence, ce silence qu’elle n’arrive pas à briser. 

Cette dernière grande réunion de famille aura donc bien lieu, mais peut-être pas de la manière dont Esther l’avait imaginé.  

Roman familial qui montre comment le silence peut distordre les liens familiaux.  – Ana Pires

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Écouter les silences.

Esther va réunir ses enfants et petits enfants autour d’un repas, elle désire  plus que tout resserrer les liens distendus depuis longtemps. Elle a cet espoir pesant. Elle le traîne comme elle traînerait une fantôme démembré par ses silences , ses colères et ses regrets.

Les grandes occasions se font rares, inexistantes. Mais  ce samedi à 12h45, les enfants seront là. Peut-être.

Dans les liens qui se nouent et se défont au sein d’une famille et d’une fratrie , plus encore que les paroles et les gestes, les silences me cueillent. 

Et en matière de silence, Alexandra Matine maitrise l’art de  les  ébruiter avec une justesse épidermique.

Les phrases sont courtes. Les silences, des ponctuations. Ils envahissent chaque mot et se diffusent par capillarité le long de cette histoire, pour former la colonne vertébrale de cette  famille éparse.

C’est une histoire  intime écrite  à l’encre sympathique, les mots se roulent en boule, l’amour fait surface le temps d’un silence.

Une belle occasion de lire,

et écouter les silences. – Karine Michenet-Meynard

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J’ai pris la lecture de ce livre comme un test à ma propre résistance. Il contient en détail et avec une certaine impudeur, tous les sentiments qui me font peur, toutes les situations que je déteste, toutes les pensées que je refuse de partager. Page 75, j’ai failli abandonner, vaincue et découragée, même si l’écriture est parfaite, tant l’ambiance et l’horizon déjà très lisible de cette histoire était insupportable, puis, après avoir soupiré profondément, j’ai décidé d’aller au bout. Heureusement vers la page 100, quelques passages m’emportent vers Téhéran et me donnent un peu de répit avant de replonger dans cette vie ratée, cette famille bousillée par des silences et des non-dits poisseux, dans la fuite et dans le déni, entre fuite, remords, regrets, mensonges et espoirs déçus, près de cette mère douloureuse, maladroite, empêchée et malade… C’est un texte sombre, défaitiste, négatif, mortifère, violent. L’auteur, Alexandra Matine a ce talent de savoir communiquer le poids des soucis, et l’amertume des vies gâchées. C’est déjà ça. Mais même si la vie des bisounours ne me tente guère, j’ai besoin dans mes lectures de lumière, comme j’en ai besoin dans la vie. Merci aux 68, de m’avoir testée. Heureusement que les beaux jours sont là, que ma famille est saine et sauve et que je me rends compte ainsi que je n’ai pas trop mal résisté à l’adversité. Donc pour moi coup de blues. – Martine Magnin

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Esther n’a qu’un seul rêve : réunir ses 4 enfants autour d’une même table et déjeuner ensemble. Cela parait si simple, si dérisoire, que l’impossibilité que ce rêve se réalise en devient presque risible… Esther semble avoir toute sa vie tenter de tisser des liens entre les différents membres de sa famille. Mais une fois adultes, ceux-ci se sont éloignés et les silences sont devenus pesants. Que peut faire Esther ? Comment leur demander de rester auprès d’elle, quelques heures seulement…

Avec ce premier roman, Alexandra Matine frappe fort… Très fort…
Elle nous plonge au cœur d’une famille en mal de mots, en mal de gestes tendres, en mal d’amour tout simplement. C’est avec son personnage central, Esther, la mère, que nous allons apprendre à connaître Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, les 4 enfants. Mais c’est aussi à travers ses yeux que nous allons découvrir Reza, le père, l’époux, l’homme si dur de la famille.

Ce déjeuner, alors que la chaleur étouffe ce dimanche d’été, est le prétexte pour Esther de revenir sur ce qu’elle a loupé, ce qu’elle a mal fait, ce qu’elle n’a pas vu. Elle semble s’être essoufflée sa vie durant pour tisser sa tapisserie familiale, pour que les nœuds tiennent bons, que les fils ne cassent pas. Mais il est si tard… Il aurait suffit de mots, de caresses, d’attention… Ce n’est pas sa faute, pas que sa faute à elle.
Reza n’est pas un père. Il ne sait pas comment faire, à vouloir à tout prix se construire à l’opposé de son père à lui, violent, totalitaire et froid. Il n’a pas su aimer ses enfants, les tenir dans ses bras, effacer leur peur et leur doute…

Ce roman, écrit d’une manière si juste, si belle, si poétique, ne peut que toucher. Il est si difficile de laisser ses enfants prendre leur envol, en espérant qu’ils reviendront tout de même, de temps en temps. Il est si compliqué de faire le deuil d’une famille idéale et de regarder la sienne avec indulgence et tendresse.
Une mère n’est jamais parfaite, tout comme un enfant ne peut pas l’être. Mais leur lien ne peut se briser si l’amour les unit… – Audrey Lire & Vous

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Pour les grandes occasions, on prend date, on s’organise.

Le jour venu, on se tourmente.

On met une nappe blanche.

On sort les couverts du dimanche.

À l’instar des grands rassemblements familiaux, Esther, grand-mère de 70 ans, veut réunir les siens à l’occasion d’un déjeuner.

Immortaliser le moment. Resserrer les fils distendus de la vie.

Esther attend ce déjeuner depuis longtemps. Elle le veut sur la terrasse avec la table de cuisine qu’on sort en plus de celle du jardin pour que tout le monde puisse s’asseoir.

Il y a Reza son mari qui essaie tant bien que mal d’installer le décor de fête dans la fournaise d’une fin de matinée de juillet.

Et il y a leurs quatre enfants, Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, flanqués de leurs tribus respectives, qui ne devraient plus tarder.

Les minutes s’étirent. Le téléphone sonne. Esther décroche. Il y a un imprévu, des absents et des retardataires.

Le temps de l’attente, Esther va repasser le film de leur vie.

Entre rancune et désillusion, entre regrets et amertume, elle dresse un portrait au vitriol des membres de sa famille. Qu’a t’elle raté ? Que faut-il comprendre des actes et des silences des uns et des autres ?

J’ai tout aimé de ce premier roman. La forme et le fond.

Alexandra Matine réussit le tour de force de nous parler de nous et parvient à nous émouvoir avec des portraits denses, bien brossés et une narration dynamique en dépit du sujet.

Le personnage de la mère m’a particulièrement touchée dans son questionnement et la métaphore des petits points tissés qui jalonne le roman est particulièrement émouvante.

Les parfums de l’enfance sont bien loin désormais, le temps a fait son œuvre, et c’est tout cela que l’autrice nous murmure au creux de l’oreille avec ce huis clos aussi doux que cruel.

Le temps d’apprendre à vivre, nous dit le poète, il est déjà trop tard. – Sandrine Guinot

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Lire également les billets de :

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/03/les-grandes-occasions-de-alexandra.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/01/04/les-grandes-occasion/

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/01/08/les-grandes-occasions-un-premier-roman-de-alexandra-matine/

Nos corps étrangers – Carine Joaquim

« C’est dans l’improvisation, sans doute, que se cache le bonheur, dans ces moments infimes où la joie s’invite, d’autant plus précieuse que personne ne l’attendait. »

Un corps qui souffre est souvent le négatif d’une âme malmenée et chacun est plus ou moins conscient du phénomène.

Quand Stéphane décide de faire déménager sa famille à 40 minutes de RER de Paris c’est pour sauver ce qui reste de son couple et offrir à Élisabeth un atelier au calme où elle pourra peindre, tant pis si leur adolescente de fille déteste cette idée.

A la campagne, malgré les problèmes de sa fille au collège, Élisabeth semble s’épanouir, son corps va mieux. Stéphane lui découvre les longues heures de train et les aléas de la circulation plus ou moins régulière des RER, il déchante rapidement, mais que ne ferait-il pas pour se faire pardonner son ancienne infidélité…

Ami lecteur, il se peut que la suite de cette chronique en dise un peu trop pour qui sait lire entre les lignes de cette chronique et de la quatrième de couverture ! Rien ne va se passer comme tu crois que cela va se passer dans ce roman et chaque personnage décrit vaut que tu ailles jusqu’au bout de cet ouvrage puissant ! Vraiment. Si malgré tout tu souhaites poursuivre la lecture de cette chronique, sache que ce qui suit ne dit rien d’autre que mon ressenti de lectrice face aux mots de l’autrice, qu’il faut absolument découvrir.

Les mois passent. Carine Joaquim nous amène petit à petit dans le quotidien de ce couple à la dérive où chacun a son existence propre et où l’autre n’a pas, n’a plus sa place. Elle laisse entrevoir au lecteur le gouffre qu’il peut y avoir entre un homme et une femme alors que chaque soir tous se retrouvent autour de la table familiale. Pas de violence mais des âmes meurtries qui doucement réalisent qu’un autre avenir est possible, qu’il est à leur portée si elles voulaient bien admettre la réalité et accepter d’y faire face.

Le roman entraîne le lecteur dans le fol espoir que ces deux là vont s’en sortir même si rien n’est simple et que quelques détails sèment le doute. Le livre se dévore de plus en plus vite tant l’envie de voir les personnages heureux s’ancre rapidement dans le cerveau. Et puis il y a la fin, que vous lecteurs vous découvrirez aussi, puissante, comme un coup de poing dans nos certitudes à tous. Une fin qui ne laisse pas indifférent, qui fait s’interroger justement sur ce que nos corps peuvent porter de violence intérieure, de non-dits, nos corps étrangers oui.

Ce premier roman, très réussi pour moi, remue autant qu’il questionne. A lire absolument ! – Emmanuelle Boucard-Loirat

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« Quelques années auparavant, ils s’étaient accordés tacitement sur le rôle dévolu à chacun, et tous l’avaient joué à la perfection. Le gentil mari repenti. L’épouse digne. La jolie petite fille bien coiffée qui racontait ses journées d’école en se persuadant que ça intéressait vraiment quelqu’un. Et en coulisses, ça dégueulait dans la nuit, ça pleurait sous la couette, ça fuyait de tous côtés. Rien n’avait plus jamais été étanche. »

Stéphane et Élisabeth viennent de quitter Paris pour emménager avec leur fille de 15 ans dans une maison en lointaine banlieue. Un changement de vie comme un nouveau départ pour leur couple, pour leur famille. D’ailleurs, dans le jardin du pavillon, il y a une dépendance dans laquelle Élisabeth compte installer un atelier où elle pourra enfin s’adonner à la peinture, sa passion depuis toujours. Stéphane prendra le RER pour aller travailler sur Paris. Quant à Maeva, ses parents ne doutent pas qu’elle trouvera vite ses marques.

Seulement voilà : Maeva est révoltée de ce qu’on lui impose, Stéphane s’épuise dans les transports et la santé d’Élisabeth est fragile. Elle a connu l’anorexie, il y a quelques années, quand Stéphane était tombé amoureux fou de Carla. Élisabeth l’avait même mis à la porte un temps, restant seule avec leur fille et vomissant la nuit tout ce qui lui pesait, nourriture et désespoir. Stéphane était revenu, prêt à assumer ses responsabilités de père et d’époux. Et depuis, par-dessus les petits arrangements qui ont toute l’apparence d’une vie tranquille, planent la culpabilité, l’amertume et l’insécurité. Et ce déménagement, finalement, n’arrange rien : Élisabeth vomit de nouveau.

Tout est bancal, dès les premières pages. Le silence des non-dits est étouffant. Et les pires mensonges sont bien ceux que l’on se fait à soi-même. A force, d’ailleurs, Stéphane, Élisabeth et Maeva sont devenus des inconnus les uns pour les autres. Ainsi Maeva s’entête dans ses refus, dans son opposition, dans sa colère. Bien entendu, à son âge, c’est presque attendu. Mais Élisabeth ne reconnaît plus son enfant, quand Stéphane voudrait en garder le contrôle. Encore un peu. Pour ne pas succomber aux regrets d’avoir laissé Carla, la femme de sa vie, pour s’obliger à ce rôle de chef de famille qui lui va si mal. Un temps, tout semble aller mieux : Élisabeth paraît plus épanouie, plus joyeuse. Elle a fait la connaissance de Sylvain, avec qui elle partage la passion de la peinture et vit une histoire d’amour fiévreuse et secrète, mais vite assombrie. Comme si le bonheur ne pouvait durer plus d’un instant…

Alors ce sont leurs corps qui parlent de ce « nous » devenu exsangue, leurs corps qui s’empêchent ou qui se donnent, qui rencontrent et qui souffrent. Ces corps affamés d’une liberté impossible et d’une légèreté inaccessible. Ces corps muets, mais qui deviendraient si bavards si on acceptait de les écouter. Ces corps étrangers. Aux autres comme à soi-même…

Et pour dire cet équilibre incertain, cette intuition du vide qui guette le trio, il y a l’écriture paisible et limpide de Carine Joaquim qui déroule, sans faiblir, la tragédie familiale. Jusqu’à nous guider, doucement mais fermement, vers un final des plus inattendus. Vous y laisserez-vous prendre aussi ? – Anne-Sylvie Delaunay

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Une histoire de faux-semblants.
Une famille qui veut tout faire pour sauver les apparences. Élisabeth, Stéphane et Maeva quittent Paris pour se reconstruire, mais surtout pour rallumer la flemme du couple qui s’est éteinte il y a maintenant plusieurs années. Est-ce qu’un déménagement à 40km de leur ancienne vie leur permettra d’aller mieux ? Rien n’est moins sûr…
Ces trois personnes vivent sous le même toit mais c’est à peine si elles se parlent, elles ne font que se croiser… Entre façade, silences et rébellion adolescente. Ce roman se lit très rapidement… Néanmoins, je l’ai trouvé « facile » par moment. J’ai deviné plusieurs choses avant qu’elles ne se passent… Et on peut quand même avouer que les personnages ne sont parfois pas très aimables… Le dénouement est certes inattendu et je dois avouer que je n’y ai pas été sensible, j’ai trouvé cela un peu sorti de nulle part (même si on ressent le mal-être du personnage)… – Ana Pires

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« Personne n’a rien vu. »

Ces quelques mots résument cette tragédie familiale.

Elizabeth et Stéphane fuient en banlieue pour redonner du sens à leur vie, combattre la banalité de leur existence, sens qu’ils ont tenté de retrouver en dehors de leur famille.

Elizabeth a puni son corps car ne se sent plus désirable depuis que Stéphane l’a trompée, elle va vouloir s’effacer progressivement.

Stéphane de son côté ne connaît depuis que frustration et solitude car enfermé dans sa culpabilité.

Ces tourments vont mettre à mal leur adolescente, Maëva, spectatrice des tourments de la vie.

C’est une histoire de corps, de cicatrices qu’on y laissent, de silences, de souffrances, de déni.

C’est une histoire sans issue…

Une belle lecture, un traitement des personnages très fins et un épilogue qui laisse sans voix! – Alexandra Lahcène

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Lecture coup de poing pour ce troisième roman des 68 premières fois, Nos corps étrangers de Carine Joaquim.
On suit les trois membres d’une famille qui quittent Paris pour s’installer dans une banlieue plus tranquille. Le père fait connaissance avec les trajets en RER, la mère tente de renouer avec une forme de sérénité et son amour pour la peinture. Quant à la fille, adolescente, elle doit affronter son arrivée dans un nouveau collège, à l’âge où tout est si compliqué. 
Les destins se croisent et s’entrecroisent au fil des trimestres et des rencontres de chacun. Les problèmes arrivent, les destins se croisent à nouveau, les fils s’emmêlent, et dans tout cet enchevêtrement, les corps se frôlent, s’éloignent, s’apprivoisent ou se fuient…
Je ne veux pas en dire plus, car ce serait gâcher le plaisir de la lecture, d’autant que l’écriture, fluide et efficace, nous fait tourner les pages et virevolter entre des sujets d’actualité brûlante (les mineurs isolés, le harcèlement au collège, … ) et des problématiques bien plus intemporelles et humaines (la construction de soi, l’altérité, le désir, …) dans une valse à trois temps qui accélère, accélère, jusqu’au dénouement…Une très jolie découverte ! – Gwen Langlois-Latour

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Un premier roman très surprenant et troublant, sous des apparences tranquilles de la description d’une famille « normale ».
Une famille de trois personnes quitte Paris pour une ville de banlieue, de campagne. Nous allons les suivre pendant les trimestres d’ une année scolaire.
Il y a Elisabeth, la mère, en congé sabbatique pour se ressourcer et essayer de trouver un certain équilibre physique et psychologique. Se ressourcer dans une maison de campagne, avec au fond du jardin un garage atelier pour peindre. Elle est relativement border line, cette mère, qui se fait vomir et a perdu la confiance en son mari et a du mal avec sa fille adolescente. Elle va découvrir la campagne environnante et essayer d’exorciser ses démons par l’art de la peinture et écouter la nature, jardiner, peindre…
Il y a Stéphane, le père qui souhaite retrouver la confiance de sa femme, de sa fille et sa propre confiance en lui. Il a quitté une maîtresse, Clara, qui était sûrement la femme de sa vie, mais le regrette toujours et va peut être tenter de la retrouver en fin de compte. Est ce une bonne idée d’avoir quitté Paris et de subir toutes les jours les trajets éprouvants tassés avec des inconnus dans le TER,
Il y a Maeva, la jeune adolescente qui a quitté sa vie insouciante à Paris et qui en plus a loupé le premier jour au collège car elle a dû assister à l’enterrement de la mère de son père. Elle arrive donc en retard pour intégrer sa nouvelle classe et elle les trouve un peu ploucs ces provinciaux : de plus, il y a Maxence, un jeune handicapé, qui émet des sons bizarres et qui est bien seul, il y a aussi Richie, un grand garçon noir, avec qui elle va entamer une histoire d’amour adolescente ; un premier amour délicat, secret..
Bref apparemment, une famille normale qui essaie de se reconstruire, dans un nouveau milieu. Chacun fait comme il peut et ils vivent ou plutôt cohabitent ensemble dans cette nouvelle maison et cette nouvelle petite ville.
L’auteure va aborder beaucoup de sujets délicats (troubles psychologiques de la mère, handicap du jeune adolescent et sa difficile insertion, conditions des sans papiers, méchanceté et harcèlement scolaire et je ne vous dévoilerai pas le sujet des derniers chapitres..).
Nos corps étrangers, ce sont les corps des personnages et leur rapport à leur propre corps mais aussi le rapport aux corps des autres (attirance rejet…).
Un texte romanesque, avec des personnages troubles, touchants, des atmosphères troublantes et un relatif suspense pendant cette période d’année scolaire.
Un premier roman réussi par son étrangeté et le trouble que l’on ressent au fils des pages. – Catherine Airaud

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Un livre qui met une certaine claque à son lecteur. Et pourtant il partait doucement sur un schéma classique ; un couple qui, à travers un départ de Paris pour une maison en province escomptait effacer l’infidélité du narrateur et repartir sur de nouvelles bases. Puis tout monte doucement et sûrement en émotions et tensions.

Maéva, une adolescente qui ne digère pas le déménagement, obligée de rompre avec ses amies et amis d’enfance pour une ville moyenne, un nouveau lycée et un environnement détesté d’arriérés entre délibérément en conflit avec ses parents et l’ensemble de ce nouveau décor. 

Élisabeth, une femme trompée, blessée dans son être, développant ce que l’on pourrait définir dans un premier temps comme de l’anorexie, ayant abandonné son job et espérant retrouver le goût de la peinture, délaissé avec la naissance de Maéva, voire un nouveau métier. La remontée de la pente est progressive pour elle, ses toiles vont renouer avec un certain optimisme, ses maux de ventre gâchent franchement le quotidien comme le comportement de Maéva et celui de son père pour lequel elle entretient un quasi rejet physique.

Stéphane, enfin, le mari infidèle dont les souvenirs de sa maîtresse perdurent, même si pour préserver sa famille, il a mis un terme à cette liaison. Avec cette maison, un grand atelier pour sa femme, il a tenté de se racheter une conduite mais qui va très vite regretter cette vie de banlieusard, une sorte de forme de repentance…. Un père possessif, une totale fermeture d’esprit, une femme qu’il n’écoute définitivement pas, il reste le personnage le plus frustre et dépassé de ce roman.

C’est par Maéva que les drames et les tempêtes vont arriver. Son comportement immonde avec Maxence, un de ses camarades de classe, atteint de la maladie de Gilles de la Tourette, son histoire d’amour avec Ritchie, un camarade de sa classe, migrant en situation irrégulière vont précipiter Elisabeth à se rapprocher et se perdre dans les bras du père de Maxence (Sylvain) également peintre amateur et Stéphane à tenter de renouer avec son ancienne maîtresse et à dénoncer Ritchie à la Préfecture…. S’il y a eu un moment de grâce dans les premiers jours de l’installation de cette petite famille, tout va exploser et sombrer, avec l’ultime rebondissement d’un déni de grossesse tragiquement rendu

La montée en puissance du drame par Carine Joaquim est claire, sans fioriture, les personnages et sentiments rendus de manière très fine, l’ampleur de la tragédie finale m’a désarmé et surpris. Mais quel livre…. – Olivier Bihl

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Lu  d’une traite et quasiment en apnée, cette histoire bien ancrée dans notre réalité se reçoit comme un coup de poing dans le ventre.

Un couple qui survit sur les acquis fragiles des premières années et du bonheur précieux suscité par la naissance de leur fille quitte Paris pour la proche banlieue dans l’espoir de réparer le tissu déchiré de leur union, bafouée par l’infidélité de monsieur. Madame va mal et le bébé qui avait illuminé sa jeunesse, est à présent une ado grincheuse. Autant dire que les fondations s’effritent.

Madame essaie de s’en sortir en s’inventant une passion pour la peinture, tandis que Monsieur s’épuise dans les transports en commun. Et Maëva tombe en amour, avec un camarade de classe, qui cache derrière une carrure de rugbyman un passé lourd de ruptures et de souffrance.

Si on ajoute la présence en classe d’un ado atteint d’une maladie qui l’expose à la bêtise des autres collégiens, tout est en place  pour que les drames en chaine se déclenchent, en emportant avec eux les bases instables de ces destins.

L’écriture porte magnifiquement ce récit, noir, bouleversant, révoltant. Pas de jugement, chaque personnage agit avec la sincérité de ses convictions, avec plus de passion que de morale, pour tenter de préserver un semblant de cohérence au sein de ses convictions. Et pour chacun, on pourra trouver non une excuse mais une explication à des comportements odieux.

Magnifique roman, et piste de réflexion sur de nombreux sujets de sociétés – Chantal Yvenou

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Une grande maison, un jardin, un atelier de peintre pour madame, loin du tumulte parisien… 

Mais est-ce vraiment la maison du bonheur ? Du bonheur retrouvé, on l’espère, mais dès le départ, le ton est donné : Stéphane a trompé Elisabeth, et l’amour semble bien avoir fui … Et Maeva ? Maeva se cherche, Maeva se rebelle, Maeva transgresse, Maeva oscille entre un père plutôt sectaire et une maman compréhensive et bienveillante mais qui n’a pas elle-même résolu ses problèmes et qui a d’autres préoccupations.

Déséquilibre familial, malaise croissant qui pousse le lecteur à aller plus loin pour savoir… pour connaître le dénouement surprenant de ce récit, une fin qui m’a surprise et qui m’a laissée bien pensive. 

Si le sujet dominant semble être le couple et la famille, on y évoquera le problème des migrants, des sans-papiers, le racisme et l’intolérance. Un ensemble bien écrit et très fluide.

Un roman qui m’a happée ! – Roselyne Soufflet

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Rarement titre aura été aussi bien choisi que celui du premier roman de Carine Joaquim, car « Nos corps étrangers » pèsent de tout le poids de leurs multiples images entre les lignes fort bien maîtrisées de cette « primo romancière » comme sur la vie de ses personnages.

Stéphane et Elisabeth se sont aimés très fort dans leur petite maison blottie au fond d’une courette parisienne qui semblait les protéger du monde, une petite maison qui a su accueillir tous leurs amis et les premiers pas leur fille, Maëva. Alors, quand l’ombre d’une infidélité est venue obscurcir leur soleil, quand leurs corps ont semblé devenir étrangers l’un à l’autre, quand la tristesse est devenue si douloureuse à porter que celui d’Elisabeth a commencé à se vider de sa substance, dans un dernier sursaut de volonté et d’espoir, ils ont pris le parti de s’éloigner de leurs souvenirs et de planter ailleurs leurs racines endolories pour tâcher d’y faire remonter une sève neuve. Mais le charme est rompu, la bulle a éclaté, et la plus verte des banlieues ne saurait empêcher les enfants de grandir, le désir de courir, le malheur d’advenir.

Nos corps étrangers, ce sont ces corps qui se tournent le dos, ce sont ces corps qui se transforment, et muent et nous échappent, ce sont ces corps que l’on ne reconnait pas, ces corps que l’on n’attendait pas, ces corps qu’on désire trop fort ou dont on ne veut pas, ces corps qui meurent dans la tempête ou qui renaissent sur la grève, ces corps trop différents, trop tordus, trop grands ou trop noirs, toutes ces choses qui se mettent en travers pour empêcher la fluidité, la souplesse et la paix. C’est toute l’étrangeté qui nous attire et nous rebute, qui nous inquiète et nous échappe.

Nos corps étrangers, c’est un roman qui fascine et met mal à l’aise, par le talent même avec lequel Carine Joaquim à su trouver les interstices discrets, à peine visibles, dissimulés entre corps et âmes pour y enfoncer avec précision ses coins et sa plume et faire de ses lecteurs les témoins du chaos. A leur corps défendant ? Pas sûr… – Magali Bertrand

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Elisabeth et Stéphane, couple en pleine dérive, déménagent.
Ils quittent leur maisonnette parisienne pour un pavillon de banlieue.
On efface tout pour mieux recommencer, reconstruire leur couple après l’infidélité de Stéphane.
Elisabeth pourra oublier grâce à sa peinture, Maeva leur fille, très hostile à ce bouleversement s’y fera.
Grace à une écriture très fluide, on lit dans un premier temps, de façon agréable, ce roman qui pourrait raconter une histoire banale.
Une femme trompée qui trompe à son tour, une adolescente qui réagit avec un comportement« réac », l’infidèle de mari qui regrette mais qui tient bon ..
Mais c’est sans compter sur la deuxième partie du roman, très habilement construit qui nous conduit vers une chute étonnante contre toute attente.
Un conseil, ne pas se fier aux premières pages, mais persévérer. – Anne-Claire Guisard

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Un couple bancal s’installe à la campagne en espérant s’y faire une nouvelle vie, malgré le désaccord de la fille adolescente qui supporte mal de quitter ses amis parisiens. Oubliée l’aventure extraconjugale de Stéphane, place à la vie au grand air, à l’atelier de peinture pour Elisabeth. Mais rien n’est simple : Maëva peine à se faire des amis, déteste un de ses camarades atteint du syndrome de Gilles de la Tourette et se met à fréquenter un garçon plus âgé qu’elle ; Elisabeth souffre toujours de terribles maux de ventre et d’anorexie, tandis que Stéphane se plaint des trajets en RER pour aller travailler. Une histoire de vie somme toute assez banale, avec sa dose d’émois adolescents, de désir conjugal qui s’est fait la malle, et d’adultère. Mais c’est sans compter avec le corps : celui qui découvre, ou redécouvre l’amour et le désir ; celui qui fait mal, vous plie en deux et vous fait vomir ; celui qui grossit et vieillit ; celui qui vous fait hurler, jurer et grimacer ; celui qui a vécu la perte et l’exil. Le corps devenu étranger qu’on aimerait maîtriser, ou celui de l’autre qui suscite le dégoût. Car il peut être objet de désir tout autant que désir de rejet, c’est bien là la question centrale de ce récit, – qui pâtit à mon sens d’un trop grand nombre de thématiques sociales -, pour basculer dans le drame sordide et terrifiant. – Emmanuelle Bastien

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Quand l’amour se distend irrémédiablement…

Au départ de ce premier roman il y eut un fait divers terrible qui poussa l’autrice Carine Joaquim  à s’interroger. Comment en arrive-t-on là ?

Ce roman décortique de façon clinique avec une grande justesse, me semble-t-il, le délitement d’un couple à la suite de l’infidélité du mari et les conséquences qui en découlent. La tentative vaine de recoller les morceaux en déménageant pour prendre un nouveau départ. D’une belle plume fluide et efficace, l’autrice nous rend spectateurs impuissants du drame annoncé.  Car on sent bien qu’ils vont dans le mur. J’avais deviné en partie (mais en partie seulement) ce qui se passait. De nombreux indices sont là tout au long du roman. Le titre initial prévu « Personne n’a rien vu » a été remplacé  par  « Nos corps étrangers » et je trouve ce dernier parfait.  Cela s’applique au sens propre à tous les personnages. Chacun est muré dans sa solitude. A partir du moment où le couple se fracture, leur fille adolescente se retrouve livrée moralement à elle-même. Ni son père trop égocentrique ni sa mère trop enfermée dans sa souffrance ne la voient ni ne l’entendent vraiment, ni ne dialoguent avec elle.
L’autrice a multiplié les sujets de société  et c’est une des critiques que j’ai pu lire au sujet de ce roman. Pourtant cette histoire, c’est celle de gens ordinaires avec une une vie ordinaire. Leur fille est scolarisée dans un collège qui accueille un jeune migrant ( autre corps étranger !) et un enfant handicapé sans qu’aucun moyen ne soit mis en œuvre pour réussir cette inclusion laissant les professeurs démunis.  Ce genre de situation n’est pas une exception.  C’est la vie de notre société actuelle. C’est le quotidien des professeurs.

Un roman puissant qui essaie de comprendre un fait de société dont on parle peu en littérature. J’ai ressenti une profonde empathie pour Élisabeth la mère, jusqu’au bout, Ritchie le copain migrant de Maëva, l’adolescente…
J’ai beaucoup aimé Nos corps étrangers… – Catherine Dufau

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Stéphane , Elisabeth et leur petite Maëva coulaient des jours heureux dans leur maison parisienne. Située au fond d’une cour, ils y avaient connu le bonheur simple de la vie à trois. Mais Stéphane avait rencontré Carla et tout le bel équilibre familial s’en était trouvé perturbé. À la découverte de cette liaison, Elisabeth avait réagi violemment dans son corps et s’était mis à ne plus avoir goût à la vie, se privant de nourriture en se noyant dans les larmes. Puis Stéphane s’était ressaisi en pensant faire le bien de tous et était revenu. Il avait décidé de retrouver sa famille en s’accordant une une nouvelle chance et en investissant un nouveau lieu de vie. Loin. Une belle maison à la campagne avec un atelier pour Elisabeth.

Pour Maëva, c’est juste un crève cœur. Adolescente, elle se retrouve séparée de ses amis d’enfance. 

Pour Elisabeth, c’est peu à peu une renaissance, en prenant possession de son atelier, elle s’investit dans la peinture comme elle l’a toujours rêvé reprenant peu à peu le goût aux choses en s’imprégnant de la nature et de ses félicités. 

Stéphane connaît lui maintenant les allées et venues à Paris dans un RER encombré pour rejoindre son travail. 

Dans son lycée, Maëva va connaître deux garçons Maxence et Ritchie. 

Maxence est lourdement handicapé et atteint du syndrome de la Tourette qui le rend incapable de contrôler certains de ses gestes et paroles. Ritchie est un jeune garçon noir, beau et souriant, et très vite Maëva et lui vont tomber amoureux l’un de l’autre.

Ces deux rencontres détermineront toute l’histoire de chacun des protagonistes de la famille de Maëva à des degrés diverses, Maëva elle-même, Elisabeth et Stéphane.

Dans Nos corps étrangers, Carine Joaquim nous raconte trois trimestres d’une année qui va déterminer une vie.

A ce stade, on peut légitimement se poser cette question : Déménager pour reconstruire et repartir, était-ce vraiment la bonne solution ?

Carine Joaquim décrit avec subtilité les atermoiements des personnages, leurs interrogations, leurs doutes. Elle met en scène la solitude extrême de chacun, empêtrés dans la douleur et dans le manque de communication. Elle sensibilise chacun sur la marginalité des personnages. En cela, les personnages de Maxence et de son père Sylvain qui portent en eux la souffrance du handicap et le regard parfois cruel porté sur la différence dérangeante en est un premier exemple. Le jeune Richard , migrant venu du Sénégal dans des conditions précaires et désespérées en est un autre exemple. 

Enfin la famille , lieu normalement de partage et de solidarité, devient ici lieu d’incompréhension, et de souffrance. 

C’est un livre écrit avec soin, et clairvoyance. Chaque situation vécue est ici racontée sans jugement mais dans le prisme de la solitude de chacun de ses protagonistes.

Sans dévoiler la fin du livre, on se dit que malheureusement, les décisions prises par chacun consciemment ou non reflètent un constat sévère, celui de l’échec de communication entre les êtres.

Voilà un livre qui se lit d’une traite, avec intérêt et curiosité . L’histoire en somme d’une catastrophe annoncée. 

Un petit bémol néanmoins sur une fin qui aurait pue être – peut être – légèrement nuancée et un peu moins précipitée.  – Sonia Chatain

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« On ne possède même pas son propre corps. » – Amélie Nothomb, Métaphysique des tubes

« Bientôt, faire un vrai repas devint insupportable. Repue, elle se sentait mieux physiquement, mais ce bien-être du corps contrastait avec sa détresse psychologique, il la mettait face à toutes ses contradictions, à toutes les supercheries et elle s’empressait d’aller vomir cette nourriture qui la torturait indirectement. Pour aller mieux, Élisabeth avait besoin de se sentir vide. Elle s’allégea donc pour se débarrasser du poids des maux […] elle finit par mettre dehors un Stéphane toujours indécis. […] Élisabeth glissait petit à petit dans des vêtements trop amples, rapetissait, s’effaçait du monde avec le plus d’élégance possible.

Stéphane prit peur. Il revint un matin de printemps […] »

Nos corps étrangers est le premier roman que Carine Joaquim publie en maison d’édition, à la Manufacture de Livres, éditeur indépendant à la croisée du roman noir et du roman social, et ce 1er roman s’inscrit parfaitement dans leur ligne éditoriale.

Il y a de très bonnes choses dans Nos corps étrangers, l’écriture froide de Carine Joaquim qui s’interdit de porter un quelconque jugement en est une. Puis il y en a d’autres, moins bonnes, venues tempérer mon enthousiasme. Et enfin, comme toujours, cela est terriblement subjectif.

Stéphane et Élisabeth se sont aimés. S’aiment-ils encore ? De leur amour est née une petite Maëva, aujourd’hui collégienne. Leur couple s’est mis à battre de l’aile après que Stéphane a été infidèle. Leurs corps se sont éloignés ; Élisabeth a congédié celui de son mari et vomit le sien au sens strict. La maison avec courette, nichée au fond d’une impasse parisienne, havre de paix qui abrite leur famille, est devenue le lieu à fuir, trop prégnant de souvenirs à vif. 

Quitter l’impasse pour sortir de l’impasse ? Changer de décor suffit-il à s’offrir un nouveau départ ? L’herbe sera-t-elle plus verte à une trentaine de kilomètres de Paris, autour de cette maison de banlieue avec son atelier au fond du jardin, que Stéphane achète en pensant qu’elle peut le racheter, lui ?

« Ce cirque n’était pas nouveau. Après le retour de Stéphane à la maison, quelques années auparavant, ils s’étaient accordés tacitement sur le rôle dévolu à chacun, et tous l’avaient joué à la perfection. Le gentil mari repenti. L’épouse digne. La jolie petite fille bien coiffée qui racontait ses journées d’école en se persuadant que ça intéressait vraiment quelqu’un. Et en coulisses, ça dégueulait la nuit, ça pleurait sous la couette, ça fuyait de tous les côtés. Rien n’avait plus jamais été étanche. »

À ce moment, vous vous dites peut-être, et je ne vous en voudrais pas pour me l’être moi-même dit, qu’il n’y a rien à attendre d’un énième roman sur un sujet très remâché en littérature. Bref, que tout cela va être d’un ennui abyssal. Que l’autrice s’appuie sur des clichés pour donner corps à ses personnages n’arrange rien. Dans la famille, l’infidèle mari est vaguement repentant, l’épouse trompée, meurtrie, l’adolescente, comme tous les adolescents, hésite entre crise mutique et rébellion. Autour d’eux gravitent d’autres clichés : un migrant sans papiers débarqué d’Afrique, un handicapé scolarisé dans une classe normale, un père célibataire. L’aventure extra-conjugale cette fois-ci de l’épouse et le mari toujours épris de sa maîtresse sont venus ajouter à mes réticences. Quand, de plus, j’ai entrevu dès les premières pages où Carine Joaquim voulait me mener, je reconnais que je n’étais pas dans les meilleures dispositions de lecture. 

Le roman est découpé en trois parties, comme autant de trimestres de l’année scolaire qui commence alors que la famille emménage en banlieue. Maëva ne décolère pas d’avoir dû laisser ses amis parisiens pour venir vivre chez les « ploucs », jusqu’au jour où elle remarque un de ses camarades de classe. Ritchie vient d’Afrique et vit en famille d’accueil. Très vite « Entre eux c’[est] l’amour fou, cet amour adolescent qui s’enracine profondément dans le cœur, dont on croit qu’il est et sera toujours le seul, et d’une certaine manière c’est ce qu’il est, celui qui éveille à la vie, la souche mère de tous les amours à venir. » Ritchie et Maëva deviennent inséparables, et même un peu plus. Leurs solitudes se soudent alors que leurs corps s’apprivoisent et se découvrent (à plus d’un sens). 

La vie reprend, offrant un semblant de normalité. Elle s’organise bon an mal an. Maëva partie au collège et Stéphane coincé dans son RER, Élisabeth se remet à peindre dans cet atelier censé panser ses plaies mais qui, à l’écart de la maison, va participer à l’isoler plus qu’elle ne l’est déjà. Les premières toiles qu’elle peint à l’instinct sont très sombres, mais se piquètent de clarté au fur et à mesure qu’elle se lie à Sylvain, peintre à temps partiel et père de Maxence à temps plein depuis que sa femme les a abandonnés.

«[…] c’était la vie qui revenait peupler ses paysages intérieurs.» 

Est-ce de Sylvain que vient l’éclaircie ? Leur passion commune pour la peinture, qui indiffère son mari comme sa fille, les rapprochera-t-elle ? Quand on sait dans quelles fâcheuses circonstances Élisabeth a rencontré ce père célibataire, il est permis d’en douter. Maxence, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, est dans la classe de Maëva et de Ritchie. Faute de moyens, le jeune garçon ne bénéficie d’aucune aide pendant le temps scolaire. Ses tics moteurs et vocaux sont évidemment sources de moqueries plus ou moins cruelles, jusqu’au jour où Maëva passe les bornes. Quant à Stéphane, éreinté par les trajets parfois chaotiques, souvent interminables en RER, il pense s’être fourvoyé en s’autoflagellant comme il le fait.

« Il comprit ce qu’il allait devenir : un banlieusard ordinaire, un peu plus aigri chaque matin, un peu plus dépressif chaque soir. Son avenir ne ressemblait en rien à la vie idyllique qu’il avait dépeinte à sa femme et à sa fille lorsqu’il avait évoqué, pour la première fois, la possibilité de déménager. »

Peut-on rebâtir sur un terrain aussi instable que le leur ? dans l’insatisfaction de tous ?

« La saison lui faisait l’effet d’un grand nettoyage salutaire, une espèce de retour aux choses sérieuses après la douce insouciance de l’été. Le vent arrachait, la pluie lavait, évacuait, et l’impression de saleté que laissaient les feuilles mortes accumulées était un mal nécessaire avant que l’hiver fige le décor jusqu’au printemps. Cette année, le ravissement avait été total. Loin de la ville bétonnée, il lui semblait voir respirer la nature, s’assoupir le sol gorgé d’eau, soupirer les arbres à mesure qu’ils dévoilaient leurs branches tordues. »

Bien sûr, le roman de Carine Joaquim est celui du corps ; ce corps qui n’est que trahison, à tous les sens du terme. Il est défaillant (la mère de Stéphane est morte), en souffrance et hors de contrôle (celui de Maxence est agité de tics ; celui d’Élisabeth spasme avant de vomir ce qu’elle a du mal à digérer, au sens figuré), mais aussi il dévoile ce que les personnages s’évertuent à cacher (l’âge réel de Ritchie, par exemple). Ce roman raconte des corps étrangers aussi bien l’un à l’autre qu’à eux-mêmes, des corps qui ont toutes les peines du monde à être deux (avoir rompu avec sa maîtresse n’aide pas le moins du monde Stéphane à retrouver une quelconque intimité avec son épouse ; l’aventure d’Élisabeth tournera court), des corps qu’on maltraite, qu’on prive mais qui, pour certains, savent encore s’abandonner avec fièvre. 

« Ils s’encombraient rarement de mots. Leurs gestes désordonnés disaient tout de la frustration et de la solitude qu’ils traînaient comme une couche poisseuse, et dont ils essayaient de se débarrasser par des caresses avides. Leurs mains couraient sur le corps de l’autre comme des animaux affamés qui, à mesure qu’elles glissaient sur la peau, se nourrissaient en même temps qu’elles lavaient des tourments passés. »

Des corps que l’on désire, d’autres que l’on rejette. Des corps qui, tout compte fait, restent étrangers au lecteur tant Carine Joaquim est avare de descriptions.

Roman du corps, Nos corps étrangers est aussi celui de la perte : la perte, évidente, de poids ; la perte, plus insidieuse, de repères (ses parents sont-ils un modèle pour Maëva ?), de confiance en l’autre aussi bien qu’en soi-même. 

« Son corps n’avait cessé de lui montrer qu’elle faisait fausse route. »

Il est aussi le roman du deuil. Impossible, pour Stéphane, de faire le deuil de la mère et celui de la maîtresse que d’ailleurs il cherche à revoir ; inconcevable, pour Maëva, de tirer un trait sur les amitiés d’enfance. Un ultime deuil, terrifiant, s’invite dans les dernières pages qui laissent le lecteur groggy, même lorsqu’il a pressenti la chute.

Cela étant, ma plus grande réserve va au très/trop grand nombre de thèmes abordés en à peine 230 pages. L’anorexie, les migrants, les sans-papiers, le handicap, le deuil, le harcèlement, la trahison, l’adultère, l’abandon, la déscolarisation, etc. auxquels il convient d’ajouter l’essentiel, au cœur de cette histoire et que je ne peux, bien sûr, pas vous dire. Tous sont des thèmes forts qui disent notre société et au travers desquels se déchiffre notre époque. Je trouve dommage que leur surabondance, qui m’évoque un fourre-tout un peu bordélique, les prive du traitement qu’ils mériteraient. Si tous s’intègrent au récit, on sent tout de même l’artificialité de l’entreprise (les caser à tout prix !) et la crédibilité du roman en fait les frais. Heureusement reste la froideur salvatrice d’une écriture qui dit autant qu’elle tait, qui prend le temps de peser les mots pour transcrire l’inexorable délitement de ces vies qui étouffent en terrain hostile.

Corneille s’interrogeait : « Un corps peut-il guérir, dont le cœur est malade ? » 

C’est cela, me semble-t-il, qu’interroge aussi et avant tout Carine Joaquim. C’est implacable et atrocement juste. Même si je n’ai pu m’empêcher de sourire à quelques phrases à la poésie maladroite, 

« Ils se séparèrent, tout bouillonnants de sève, et marchèrent dans des directions opposées au rythme des battements de leurs cœurs affolés. »

je dois bien reconnaître que le style de Carine Joaquim fait mouche pour raconter ces corps étrangers qu’elle rend plus étrangers encore, éloignant toute chance d’empathie, du moins dans mon cas. L’autrice bâtit son intrigue en essaimant très/trop tôt des signes propres à alerter le lecteur attentif qui éprouvera de temps à autre le besoin de revenir quelques pages en arrière pour mener quelques vérifications, avant d’être englouti sous le flot de questions qui grossit les dernières pages.

Remonter en surface pour respirer ?

Mieux vaut que le spectateur de cet effondrement monstrueux n’y compte pas, car je n’y suis moi-même pas parvenue alors que j’avais pourtant anticipé l’abominable désintégration finale. – Christine Casempoure

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Elisabeth et Stéphane quittent Paris et s’installent dans une grande maison avec jardin pour prendre un nouveau départ. Maëva, leur fille adolescente perd tous ses repères, ses amis et n’accepte pas ce déménagement.

Mais le désamour est là, le couple part à vau-l’eau et l’adolescente s’ennuie. Le trio explose. Chacun d’entre eux va faire une rencontre qui leur permettra peut-être de réellement redémarrer une nouvelle vie…

« Après le retour de Stéphane à la maison, quelques années auparavant, ils s’étaient accordés tacitement sur le rôle dévolu à chacun, et tous l’avaient joué à la perfection. Le gentil mari repenti. L’épouse digne. La jolie petite fille bien coiffée qui racontait ses journées d’école en se persuadant que ça intéressait vraiment quelqu’un. Et en coulisses, ça dégueulait la nuit, ça pleurait sous la couette, ça fuyait de tous les côtés. Rien n’avait plus jamais été étanche. »

(…)

« Ils s’encombraient rarement de mots. Leurs gestes désordonnés disaient tout de la frustration et de la solitude qu’ils trainaient comme une couche poisseuse, et dont ils essayaient de se débarrasser par des caresses avides ».

Toutes les étapes, toutes les émotions, tous les sentiments se révèlent, sont traduits par leurs corps… qui s’épanouissent, se flétrissent voire même se détruisent.

C’est poignant, décrit avec précision, avec une certaine froideur même parfois. Beaucoup de sujets graves sont abordés -l’infidélité, le handicap, l’immigration clandestine, la trahison, l’abandon- peut-être trop ?

J’ai beaucoup aimé ce roman par sa manière de mettre en lumière le rapport aux corps qui parlent et aux esprits qui n’entendent pas… – Anne Laude

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Ce livre est un fourre tout :

  • – Infidélité conjugale
  • – Adolescence
  • – Immigration clandestine et situation des sans papiers
  • – Déni de grossesse

L’autrice entend traiter de tous ces sujets mais aucun n’est approfondi.

L’histoire est rondement menée, depuis les tourments d’une adolescente que ses parents forcent à quitter Paris, les infidélités des deux parents contrariées l’une et l’autre, la découverte de l’amour entre Maéva et Ritchie, et la fin, dont on ne peut rien dire mais qui en « rajoute une couche ». Certes on ne s’ennuie pas durant cette lecture……………

 Mais… ce livre ne me laissera aucun souvenir.

L’écriture en est ordinaire et ne permet pas de s’attacher aux personnages dont la psychologie est des plus sommaire – Marie-Hélène Poirson

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Les personnages de ce roman pourraient être vous, moi, avec nos enfants, leurs amours et leurs chagrins, notre vécu de la rude et complexe réalité de la parentalité, notre approche des failles et des fêlures du couple, la vie, quoi !

« Nos corps étrangers » remue les tripes du début à la fin avec sa mécanique implacable, ses coups de théâtre, ses faux-semblants (personne n’est ce qu’il montre, rien n’est ce que l’on croit qu’il est) et ses emprunts à l’actualité la plus brûlante et la plus sordide.

Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel s’y déploient, depuis les pastels durant les parenthèses d’espoir jusqu’à la noirceur profonde de la trahison et des rêves brisés.

L’écriture est parfois introspective et d’une grande sensibilité, parfois d’une justesse chirurgicale, toujours d’une grande puissance.

J’ai lu que l’auteure est prof d’histoire-géo, j’imagine qu’elle a dû en voir et en entendre pour rendre avec tant de véracité l’ambiance d’une classe de collège, les contradictions de l’adolescence, ses espoirs et ses attentes brisées. – Marianne Le Roux Briet

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Un déménagement comme un nouveau départ… Loin de Paris, une belle maison avec un grand jardin, une dépendance pour qu’Elisabeth renoue avec sa passion pour la peinture, un nouveau collège pour Maeva et la joie des trajets en RER pour Thierry. Mais on le sent bien que ce déménagement est une fausse bonne idée qui loin d’apporter le bonheur à la famille révélera ce qu’ils ont de pire en eux.

Une famille ordinaire. En apparence au moins. Car derrière la façade tout se délite. Thierry a aimé une autre femme, il est revenu mais son cœur est ailleurs. Elisabeth ne lui pardonne pas, sa tristesse et sa rancœur elle les extériorise en se faisant vomir. Les parents jouent le jeu mais Maeva n’est pas dupe, elle voit, entend, sait.

Elisabeth, Thierry, Maeva. C’est vous, moi, mes enfants. Jusqu’à la bascule. Jusqu’à l’acte odieux. Par peur, par amour, par lâcheté, par folie.  Chacun d’eux va faire un choix, commettre l’impensable. Le pire est en chacun de nous finalement et ce serait trop facile de juger l’autre en se disant « moi jamais ! ».

Il y a des fins que l’on devine dès le début, la fin annoncée, anticipée que l’on attend avec angoisse. Et malgré tout on se la prend en pleine figure. C’est brutal, douloureux. – Delphine Queval

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Comment écrire une chronique sur ce roman à la hauteur de ce que j’ai ressenti à sa lecture! Le début sonne comme le triste constat de beaucoup d’histoires, l’amour qui s’érode avec les années, la routine qui s’installe, la trahison et la confiance qui vacille, les silences… On s’éloigne, presque deux étrangers sous un même toit et alors qu’on se connaît presque mieux que soit même, on ne regarde plus l’autre, ne l’écoute plus… Elisabeth et Stéphane forment un couple fragilisé depuis 8 ans, depuis que ce dernier a trompé sa femme avec une collègue. Pour Elisabeth, ce fut la dégringolade, une séparation, élever seule leur fille Maëva, sa confiance s’effondre totalement. Elle lui a pardonné mais malgré cela conserve des troubles alimentaires. Pour prendre un nouveau départ, ils vont s’éloigner de la vie parisienne et Elisabeth va pouvoir s’adonner à sa passion de jeunesse, la peinture, alors que pour lui le quotidien devient une course passée dans les transports en commun et au travail, temps qui lui permettra de repenser à ses choix, de les regretter? Pour leur fille adolescente, ce déménagement est une trahison, elle n’a aucune intention de s’intégrer et pourtant Ritchie va attirer son attention, très grand ce bel africain souriant va l’apprivoiser. Ensemble ils vont vire le meilleur et le pire en harcelant un de leur camarade. Cette histoire va entrainer un tournant dans la vie de la famille, l’incompréhension du père envers la fille mais surtout pour Elisabeth, cela va lui permettre de rencontrer le père du jeune homme harcelé et de petit-à-petit prendre son envol…

Ce roman vous happe, la tension monte progressivement. L’autrice nous conte sans concession ce couple qui s’est éloigné jusqu’à devenir aveugle et sourd! Oui c’est avant tout l’histoire d’un couple mais à travers cette famille, l’autrice aborde avec brio multiple sujets, l’infidélité, le harcèlement scolaire, l’inclusion à l’école, les migrants, les sans-papiers et j’en passe. Ce roman est extrêmement riche et très bien construit. Tous ces thèmes s’incorporent parfaitement dans l’histoire et créent un tension palpable, on se demande commet tout cela va finir et quand les choses vont exploser car nous ne pouvons entrevoir qu’une triste fin. Pourtant j’étais loin du compte et loin d’imaginer ce dernier rebondissement qui m’a éberluée. Les personnages sont justes et réalistes. J’ai détesté Stéphane qui est totalement aveugle à la souffrance de sa femme, ni à ses changements. Qui n’écoute que lui et prend des décisions révoltantes, je comprends son inquiétude de père mais au lieu d’essayer de s’ouvrir pour connaitre l’autre comme l’a fait sa femme, il fonce tête baissée. J’ai trouvé Maëva très juste, dans sa révolte, dans son amour et ses petites faiblesses. Quant à Elisabeth, voici le portrait d’une femme dépassée, délaissée qui espère se reconstruire mais qui reste malgré sa souffrance attentionnée. Et n’oublions pas Ritchie qui apporte beaucoup à cette histoire et qui m’a vraiment touché.

La fin est sidérante, glaçante! Je suis restée sans voix et dans un espèce de brouillard tellement elle m’a déstabilisée! Un roman coup de poing dont les nombreux rebondissements le rendent totalement addictif jusqu’à la fin! Tellement réaliste et je pense que c’est aussi pour cela que cette histoire nous touche et nous révolte tellement! – Julie Campagna

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Un couple et leur fille adolescente décide de changer de vie et de recoller les morceaux après l’adultère du mari.

Les personnages ne sont pas sympathiques et dès le départ on comprend que ce sera un échec. Un gros bémol sur le choix de l’auteur de vouloir traiter en même temps tous les problèmes et les déviances de notre société à savoir le danger des réseaux sociaux, les problèmes de l’adolescence, les sans papiers, le déni de grossesse etc..

Ce qui laisse l’impression d’un grand fourre tour dans lequel on tire au hasard un sujet traité de façon superficielle posé là pour remplir les pages. – Jocelyne Legrand

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 » Voyager n’est pas guérir son âme » ( Sénèque)

Et déménager ? Changer de paysages et d’habitudes permet-il d’étouffer les rancoeurs, soigner les trahisons et faire table rase des frustrations? Triste constat d’échec pour ce couple aux sourires de façade , routine de faux-semblant . Chacun rumine son aigreur, s’isole, se raccroche à plus seul que soi. L’auteure nous tire peu à peu dans la dramatique spirale du désespoir.

Beaucoup de sujets graves abordés dans ce roman. Sombre tragédie qui ne m’a pas toujours convaincue. – Corinne Tartare

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Emménager dans une nouvelle, belle et grande maison en banlieue pour repartir sur de bonnes bases, c’est plutôt une bonne idée et Elisabeth et Stéphane misent beaucoup là-dessus.  Pardonner l’infidélité de Stéphane et oublier la détresse d’Elisabeth est leur objectif. Maëva, leur fille, elle est plutôt dubitative : vivre chez les bouseux, dans un collège de pèquenauds, ça ne la tente pas vraiment… Leur vie va alors suivre son cours, et autant dire qu’il est plutôt mouvementé! Elisabeth se reconstruit, reprenant de l’appétit, retrouvant le goût de la peinture et l’envie d’être amoureuse. Stéphane passe  tout son temps au boulot, et dans les transports, pensant avec nostalgie et tristesse à sa relation avec sa maîtresse. Quant à Maëva, elle martyrise un camarade de classe et tombe amoureuse de Ritchie.

Quelle descente aux enfers…! J’ai lu ce roman d’une traite, je n’ai pas pu le lâcher. Tant de solitude, d’incompréhension, entre cette femme qui se redécouvre, cet homme qui vit dans le passé et leur fille qui découvre les premiers émois amoureux. Le récit paraît aux premiers abords assez banal. C’est d’une vie de famille dont il est question. Divers sujets sont traités, tels que le harcèlement scolaire, les migrants, les relations adultères, l’anorexie… J’aurais aimé que ces sujets soient traités plus longuement et plus en profondeur, mais j’ai tout de même beaucoup aimé ma lecture et je suis restée scotchée par les dernières pages. 
L’écriture de l’auteure est simple, froide et directe ce qui permet au lecteur d’être confronté aux faits, sans détour. Au fur et à mesure que les personnages se révèlent, se dévoilent, on perçoit leurs espoirs mais aussi leur fêlures. La tension monte et on bascule, on sombre avec eux, pour au final voir apparaître des monstres. J’ai été glacée tout au long de ma lecture par cette « vie de famille » et je n’ai cessé de m’interroger sur ce que j’aurais fait moi, à leur place… – Agathe Bertrand

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Elisabeth et Stéphane forment un couple fragile. Il l’a trompé, elle s’efface. Tentant le tout pour le tout, ils décident de quitter Paris pour la banlieue, entre champs et grande maison. Maëva, leur fille de 15 ans, a du mal à accepter ce déménagement. Pour elle, rien ne vaut Paris et ses amies. Mais sa rencontre avec Ritchie va bouleverser sa vision des choses. Chacun d’entre eux idéalisait cette nouvelle vie, mais rien ne va se passer comme prévu…

Ce premier roman de Carine Joaquim est parfaitement maîtrisé. A l’image des personnages, on est aveugle et sourd aux messages adressés par ces êtres – et ces corps – blessés, humiliés, effacés ou effervescents.

Chacun, avec son vécu, son histoire, ses rêves et ses doutes, va abandonner son corps.
Elisabeth profite de ce nouvel espace pour renouer avec sa passion pour la peinture. Mais sa solitude ne fait que croître. A-t-elle eu raison de suivre son mari ? Va-t-elle réussir à pardonner ?
Stéphane lui, fait le sacrifice de ses heures perdues dans les transports. Il a tellement de trahisons à effacer. Mais a-t-il fait le bon choix ? S’oublier est-il si raisonnable ?

Chacun s’isole, se tait, s’enferme. Chacun s’accroche à d’autres solitudes, d’autres désespoirs. Leur corps eux ne mentent pas, mais personne ne les écoute, ne les regarde, ne les comprend.

Carine Joaquim signe un roman qui bouleverse autant qu’il secoue, qui touche autant qu’il heurte. La tension est palpable, elle s’épaissit jusqu’à la scène finale, explosive et sidérante.

Un roman qui sans conteste me marquera longtemps… Corps et âme… – Audrey Lire & Vous

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Grosse déception … et oui ça arrive je dois dire que je m’y attendais pas… 

J’ai trouvé ça pas mal, je me suis laissée porter, c’est bien écrit mais j’ai tout trouvé prévisible. Et de fait j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs. 

Malgré cela, je trouve toutefois intéressant de voir la psychologie des personnages et surtout le paraître ce qu’on montre aux autres vs ce qui se passe vraiment à l’intérieur. Cet aspect est selon moi vraiment bien exploité. – Clémence Dubois

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Si je devais comparer cet ouvrage à une expérience, ce serait celle de montagnes russes infernales.
Cramponnés à nos sièges, nous nous révélons être des spectateurs impuissants face à tous les hauts et les bas que rencontrent les personnages jusqu’à en avoir mal au cœur (pour ma part).
Une famille de citadins décide de quitter la capitale pour s’installer en banlieue loin de l’agitation parisienne.  Sur le papier tout semble idyllique. Une grande maison, la campagne  environnante tout en bénéficiant des transports en commun, la possibilité pour Élisabeth d’arrêter de travailler pour se consacrer à sa passion pour la peinture…
Pourtant ce changement de vie cache un mal-être entre le couple et une volonté de se laisser une dernière chance. 
Au travers d’une narration décrivant les instants du quotidien, l’auteur aborde de nombreux thèmes ( vie de couple, consentement, santé, éducation…) qui quoique paraissant banals se révèlent être source d’une succession d’évènements qui se révéleront dramatiques.

Ce premier roman de Carine JOAQUIM a, malgré sa noirceur et sa volonté d’être déstabilisante a su me conquérir. Même si celui-ci est très dur, il ne laisse pas indifférent et pousse à la réflexion. Paradoxalement, et malgré ma nature très pessimiste, je me suis tout le long accrochée à tous les éléments positifs qui se trouvaient devant moi pour espérer une fin heureuse. – Hélène Ortial

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Le cœur de ce premier roman bat au rythme d’un trio familial ordinaire. Un père, une mère, une fille adolescente, nouvellement installée dans une banlieue parisienne banale, un nouveau départ pour un couple fragile.

Avec précision, l’auteure décrit leur quotidien avec une froideur clinique, pourtant non dénuée de chair et de sensibilité grâce à des personnages bien campés. On colle à leur ressenti, leurs émotions, leurs pensées, leurs contradictions et leurs aspirations, dans toute leur complexité. Peut-être moins avec le père, plus monolithique, dont les excès de la réaction finale, plausibles en théorie, ne m’ont pas semblé crédible tel qu’ils ont été avancés dans le récit. Par contre, la fille, qui ne se révèle pas être qu’une adolescente égocentrique et insouciante, et surtout la mère, sont de superbes personnages. Difficile d’oublier Elisabeth dont la caractérisation se déploie dans une psychologie très fine, au-delà des clichés de l’épouse victime d’infidélité en détresse.

Nos corps étrangers. Le titre est parfait, il résonne durant toute la lecture en plusieurs strates d’imbrication. Le corps qu’on ne maitrise pas ou plus et qui trahit. Les corps d’un couple qui se sont irrémédiablement éloignés. Le corps d’une jeune fille qui s’ouvre au désir. Le corps trop adulte d’un migrant enregistré comme collégien. Le corps d’une femme fracassée par l’adultère qui se réfugie dans des troubles alimentaires. Chaque personnage devient lentement étranger à l’autre, s’empêtre dans une solitude de plus en plus criante, englué, jusqu’au terrible drame.

Si la tension monte crescendo, jamais je n’ai vu arriver la déflagration finale qui consacre la chute de la famille dont on a suivi progressivement le délitement. Spectaculaire. Brutale, sidérante aussi, elle correspond à la réalité de la situation. Avec le recul, la minutie discrète de l’auteure est révélée, elle qui a semé des indices subtils, judicieusement placés, tellement qu’on ne les avait pas remarqués mais qui nous reviennent en mémoire alors qu’on est sous le choc du dénouement. Dans cette scène, l’écriture est remarquable pour décrire l’insoutenable, à la fois nerveuse et divagante, précise et intuitive.

Tout prend sens. Et notamment le soin qu’a pris Carine Joaquim à déployer la banalité presque ennuyeuse du quotidien de cette famille. Car c’est dans cette banalité que s’est joué l’engrenage qui mène à la tragédie de fait divers. Cette famille tellement ordinaire qu’on peut aisément s’identifier à eux ou les identifier à des personnes de notre entourage. Tellement qu’on ne peut pas détourner le regard, qu’on ne peut pas se rassurer lorsque éclate la « monstruosité » d’un. Les monstres, ce ne sont pas les autres.

Je regrette juste qu’il embrasse trop de thèmes ( l’accueil des migrants, le dépassement par l’art, le handicap, le harcèlement, l’adultère, l’adolescence … ). Même si je comprends la volonté de l’auteure d’ouvrir l’intime de cette famille en la confrontant à l’altérité du monde extérieur, cela dilue le propos car aucun de ses thèmes ne peut être totalement exploré, ce qui conduit à un épilogue un peu maladroitement conduit pour refermer les portes ouvertes.

Reste que ce premier roman est globalement très réussi, intense et profond dans ce qu’il dit de nous. – Marie-Laure Garnault

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Lire également les billets de :

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/02/nos-corps-etrangers-de-carine-joaquim.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/02/nos-corps-etrangers-de-carine-joaquim.html

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/04/nos-corps-etrangers.html

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/02/22/nos-corps-etrangers-un-premier-roman-de-carine-joaquim/

Françoise Floride : https://ffloladilettante.wordpress.com/2021/06/07/nos-corps-etrangers-de-carine-joaquim/

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2021/06/nos-corps-etrangers.html

Les après-midi d’hiver – Anna Zerbib

« En écrivant, j’ai sans cesse l’image d’une plante que je ne connais que de nom, dans mon livre de botanique. La plante passe-pierre, la saxifrage. Je voudrais dire comment elle se loge dans les fissures des roches. Je ne voudrais pas raconter une histoire d’amour. Ni deux. Ce n’est pas un texte sur Noah, ni sur Samuel. Ce n’est pas un texte sur moi, sur nous. C’est à propos de la vie secrète. Je voudrais écrire ce mouvement ; faire, en somme, l’histoire d’un passage secret »

Tu participes, toi, aux 68 premières fois ? J’ai peur que ce soit contraignant, non ? t’a t’elle demandé. Tu réponds que l’édition 2020 avait placé Une fille de passage sur ta route, cela seul suffisait à te convaincre de renouveler l’expérience. Tu sais le soin qu’elles apportent à la sélection (Tu dis elles même s’il y a un homme car il arrive que le féminin l’emporte) Au fond de toi, tu espérais une nouvelle rencontre, cette allumette qui s’embrase, amoureuse de littérature comme on l’est de l’amour. Même la chatte était d’accord pour rester sage plus longtemps que d’habitude et t’accompagner dans ta lecture. Il faisait gris, pluvieux, froid dehors, c’était l’après-midi, deux après-midi. Les après-midi d’hiver.

Tu commences à lire et l’écriture aussitôt te soulève et t’emporte. « Il n’y a pas assez d’étés pour le nombre d’automnes » « Parce que j’étais venue dans sa langue pour lui dire mon amour, cela n’a pas tout de suite existé dans mon monde » « C’est peut-être la seule chose que garantit l’écriture : le droit d’être seule » Tu voudrais capturer chaque page, apprendre par cœur chaque mot de cette histoire qui se déroule sous tes yeux mais que tu vis de toutes tes tripes. Tu tombes amoureuse, veux vivre à Montréal, espères la neige derrière les rideaux tirés pour ne pas que le jour vienne voler toute la lumière de cette écriture. Tu fais l’amour avec ces pages, tu cajoles ce nouveau secret en toi. Tu le reconnais, tu lui avais fait une place avant qu’il n’arrive. Ce secret, c’est ce livre, cette rencontre avec les mots de l’auteure. Ce secret, tu veux aussitôt le crier à la face du monde et le garder au creux de toi et hurler aux vents ton amour et courir te cacher. Cette lecture est une histoire d’amour, une histoire de deuil, une obsession. Cette lecture est un amour, ton amour. Tu sais que la rupture est proche. Tu vas devoir la refermer et la regarder repartir. Tu laisseras la porte ouverte désormais en espérant qu’elle revienne. – Thael Boost

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Dans ce premier roman, la narratrice française raconte son deuxième hiver à Montréal, accompagnée de son amoureux Samuel qui l’a rejointe là bas. Sa mère qui ne vivait que pour l’été et se dissolvait littéralement l’hiver, est morte, réellement morte, après son départ au Canada.

« L’année dernière j’ai fait quelque chose pour franchir l’hiver. Je n’ai pas eu d’idées, pas eu d’autre choix. C’est tout ce qui m’est venu pour creuser un tunnel. Je suis tombée amoureuse de Noah.[…]Je voudrais parler du tunnel, ce n’est pas ce que l’on croit.[…]Résister au désir de rentrer au pays se réfugier sous la cendre. Ne pas laisser l’absence prendre toute la place, ne pas s’effacer dans la pâleur du manque. C’est au sujet de s’engouffrer là où on pense que ça ne passera pas.
Je suis passée. »

Elle est en deuil de sa mère, il est en deuil de son père.  Cet amour secret quasi obsessionnel dont elle ne parle qu’à son amie restée en France, ses amies canadiennes en ignorent tout, elle en consigne néanmoins  bribes par bribes l’existence dans ses carnets pour lui donner une réalité plus tangible …

« Je suis entrée dans cet amour comme si j’en avais été longtemps sur le bord. Je n’ai eu qu’à le laisser glisser, le mouvement fut à peine perceptible pour moi, invisible,  je pense   de l’extérieur. […] C’était une histoire de souffle court, de souffle coupé. « 

Elle se raccroche à mille petits riens pour ne pas sombrer. Cet amour là est né du deuil, il le panse autant pour l’un que pour l’autre. Cette douleur commune est le ciment de cette relation.
Il n’a pas d’autre raison d’exister. L’un comme l’autre savent qu’il n’est pas destiné à durer.

L’écriture est belle, Anna Zerbib est une primo-romancière à suivre de près, et pourtant j’ai l’impression d’être restée en marge. La rencontre ne s’est pas faite, mauvais timing sûrement… – Catherine Dufau

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Une jeune Française à Montréal vit une histoire d’amour le temps d’une saison, tout en évoquant le deuil de sa mère. Partagée entre ses deux amants, entre deux cultures et deux pays.

Une histoire qui se passe entre le présent et le passé, le réel et le fictif.

L’auteure parvient à nous raconter à la fois le délitement d’un amour et, dans le même temps, la fougue et la passion d’une liaison naissante. Éloignée de ses attaches, de sa meilleure amie, et de ses souvenirs restés en France et même si l’amour semble avoir la part belle,  il n’est en réalité que le prétexte pour évoquer la mort de sa mère. Ces trois histoires finissent par se croiser et se mêler.

Une plume sensible et délicate pour parler de désirs, de mensonges, de neige et d’après-midi  où le temps est suspendu. – Hélène Grenier

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Elle s’est expatriée à Montréal en quittant  le sud de la France. L’amoureux a fini par la rejoindre.  Ils vivent tranquillement jusqu’au décès de sa mère, une femme fragile qui vraisemblablement a fini par se donner la mort.

Un vide s’est ouvert dans le cœur et l’âme de l’héroïne, une place a prendre, une boite à secrets sans secret. Elle va combler ce vide en commençant une relation avec Noah un artiste qu’elle rencontre par hasard.

Une relation que ni lui, ni elle, ne souhaitent construire réellement, un enchainement de rendez-vous  qui s’effacent aussi vite qu’ils ont été vécus, comme la neige efface toute trace de passage.

Car il y a un autre personnage central dans ce roman, l’hiver. L’hiver canadien, ou plutôt deux hivers, deux saisons qui vont permettre à la jeune femme de faire son deuil, de reprendre le  cours de son existence. Je n’ai pas été bouleversée par cette histoire d’amour qui m’a laissé un gout étrange. Par contre j’ai eu l’impression de vivre à Montréal, de vivre ces hivers que l’on ne connait pas en France. La sensation du froid et de la neige, cette ambiance calme qui s’abat sur tout lorsque la blancheur recouvre tous les paysages et les décors. C’est pour moi la vraie réussite de ce premier roman. – Emmanuelle Coutant

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Elle vit « à côté », semble-t-il, deux langues, deux pays, deux hommes : Samuel le fidèle présent, Noah la passion dévorante. Elle entretient l’ambivalence( elle vient de perdre sa mère, Noah son père ) et la cohabitation ( Claire), se nourrit de désir et de manque. D’ailleurs l’auteure cite judicieusement Flaubert  » Elle souhaitait à la fois mourir et habiter Paris ».

C’est toute l’histoire , une relation d’attirance .

L’écriture ramassée, précise décortique avec pertinence un morceau de vie. Un déroulé entre états d’âme, jouissances et peines qui déboulent au fil des pages, comme on se confierait à une amie. J’ai écouté avec bienveillance, lu avec intérêt, mais je suis restée à distance et sans affect. – Corinne Tartare

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Le titre me séduisait beaucoup, j’imaginais des doux moments intimes, le 4ème de couv citait Montréal, ma ville d’amour et d’amitié, j’étais prête à partager ces instants privilégiés. Anna Zerbib, écrit ici son premier roman, à la première personne, son écriture est originale, envoutante, lente, effleurée, intime, poétique, détachée. J’ai eu l’impression d’entrouvrir son journal personnel. Nous accompagnons l’héroïne, au long de ce qu’elle appelle le secret, qui n’en est pas vraiment un. Nous sommes dans un entre-deux permanent, entre deux étés, entre deux continent, la France et la parenthèse québécoise, entre deux amours, un tiède officiel et un passionné incertain, entre deux activités, les études alibi et l’écriture témoin, entre le trop connu et l’inconnu friable, entre deux langues, le français maîtrisé et l’anglais presque abstrait. Les faits ont peu d’importance et ses errances amoureuses quotidiennes aucun intérêt si ce n’est racontés par cette écriture très particulière, précise, sans prétention, sincère, légère, aussi dérisoire que nécessaire. Un pas à pas dans l’entre deux des mondes, distillé goutte à goutte, image après image, mêlant rêve, réalité, désir inavouable, possession secrète, indépendance, hésitations et abandon.j’ai beaucoup aimé ce moment de lecture grâce à cette écriture détachée, sensible et étonnante. Une jolie plume. – Martine Magnin

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Si vous souhaitez lire un premier roman de saison, vous avez fait le bon choix.

Vous vous retrouverez sous les flocons de Montréal où vous entrerez dans l’intimité d’une jeune expatriée française.
Dans un style assez singulier mêlant présent et souvenirs mélancoliques du passé, l’héroïne nous livre petit à petit des bribes de son histoire personnelle.
Elle évoquera tour à tour son départ pour Montréal, sa vie de couple, le décès de sa mère, son amie Claire et surtout son plus gros secret, la rencontre et la relation qu’elle entretient avec passion avec Noah un jeune artiste.
Par ce récit, Anna Zerbib nous fait traverser l’océan pour découvrir les sentiments et les obsessions d’une jeune femme en quête de recherche d’identité. – Hélène Ortial

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Bien sûr, l’univers intime déployé nous emmène au cœur des émotions et du secret. C’est indéniable, on suit les allers retours de cette jeune femme entre Noah et Samuel, ses deux amours. D’une après midi à l’autre, on ressent aussi son ennui et son errance, ses doutes, sa duplicité. Un passage de vie, un moment entre absence et désir. Un petit récit délicat et prometteur même si c’est une lecture rapide et éphémère. – Coralie Viot

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Je me suis perdue dans ce roman. Beaucoup de divagations, un récit décousu, on part d’un moment de vie à un autre, d’un amour à un autre et j’ai eu du mal à suivre. On comprends le cheminement de l’héroïne, elle se défait d’un décès, d’un amour. Au final nous suivons un chemin de vie.
Le roman se lit rapidement, facilement mais on est vite perdu… je n’en garderai pas un grand souvenir. – Ana Pires

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Dans Les après-midi d’hiver, il est question du pouvoir de l’écriture. D’aimer et d’écrire. Les deux, indissociables, initient le mouvement oscillatoire du récit :

« Moi, c’est le temps de l’amour qui m’a donné le temps d’écrire, tout est arrivé ensemble. Sans l’histoire d’amour il n’y aurait pas eu de texte. J’aurais eu un hiver blanc. Sans ce texte, il n’y aurait pas eu d’amour. […] L’écriture ne console pas, ne rattrape rien, elle ne s’occupe que de ce qui est perdu d’avance. »

On sait que l’on entre dans un roman en noir et blanc, où la blancheur de l’hiver fait pendant à la noirceur de la cendre du deuil et de l’encre de l’écriture. Oscillatoire, encore.

Oscillatoires aussi, cet amour donné à Samuel venu habiter avec elle qui vit à Montréal depuis deux ans, et cet amour autre, l’amour tu, celui qui se donne à un autre que Samuel, à Noah, plus âgé, artiste aux fêlures si semblables aux siennes (elle a perdu sa mère ; lui, son père). L’amour des après-midi d’hiver, le clandestin, qu’elle-même ne s’explique pas

« Cet amour né au croisement de deux saisons a d’emblée porté en lui quelque chose de lointain. […] C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens. […] Les événements se sont déroulés dans cet ordre, de cela je suis sûre. Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans. »

Dès la première phrase, nous savons que nous pénétrons un monde où tout est déjà fini. La narratrice, jamais nommée, est revenue en France, la canicule du sud a chassé la neige québécoise. 

« J’écris depuis l’endroit où ça n’est pas arrivé […] C’est arrivé de l’autre côté de l’Atlantique, à l’étranger, ailleurs. Je ne voudrais pas en faire toute une histoire, je voudrais raconter la trace violette laissée par ce que j’ai attendu et qui ne s’est pas produit. » 

Dès le début de la lecture, l’œil repère à l’instinct les mots primordiaux, ceux qui habitent cette histoire : amour, écriture, (entre-)deux, trace, autre… que l’on trouve parfois rassemblés dans un très court passage :

« L’amour physique est immédiatement écriture : gravure. On peut toujours écrire, après, un autre texte que celui qui s’inscrit dans la chair, mais cela ne sera jamais que le deuxième ».

Il en est d’autres : pâleur, manque, tunnel, traverser, décalage, passer, passage… 

« J’adore dormir dans ce lieu de passage, dans ce divan. La pièce n’est pas close, il y a des portes, des fenêtres, des courants d’air. Ce n’est pas une vraie chambre et c’est ce que j’aime. »

Ils parsèment les pages et leurs répétitions, peut-être pour éviter d’avoir à souffrir de ne pas assez les dire, imprègnent le texte du brouillard envoûtant et presque irréel qu’affectionne tant la narratrice et qui émane de la prose d’Anna Zerbib, cette « brume [qui] aide. Grâce à elle […], il n’y a pas assez d’étés pour le nombre d’automnes. » 

L’amour s’est invité à l’improviste, compagnon de traversée de ce tunnel hivernal du deuil, il est passé et a fondu comme elle ressortait, neuve, dans la lumière printanière.

« Je suis entrée dans cet amour comme si j’en avais été longtemps sur le bord. Je n’ai eu qu’à le laisser glisser, le mouvement fut à peine perceptible pour moi, invisible, je pense de l’extérieur. […] C’était une histoire de souffle court, de souffle coupé. »

Elle est terriblement nostalgique, presque élégiaque cette écriture qui tente de saisir ce qui a été, ce qui se dérobe et qui n’est plus. Trouver, perdre, retrouver, perdre encore. Oscillatoire, toujours. Est-il dérisoire de vouloir écrire, à défaut de les combler, ces creux laissés par un amour défunt ou par la perte d’un être familier ? L’écriture pour sauver du manque malgré tout, même si elle ne console pas.

Le secret permanent, la clandestinité intermittente, « Je venais de plonger dans le versant doux de l’absence; dans la distraction », la bascule de ces après-midi hors des bruits et de l’agitation quotidiens sont tous trois clairement assumés « « J’ai quelqu’un », mais lui ne souhaitait pas « s’attacher », alors elle l’avait revu, s’abandonnant àla clandestinité par ennui. » 

Avec un secret comme expédient à la distraction pour tromper l’ennui, il lui faut tricher. Tricher avec les deux. À Samuel, elle ne dit rien de ses après-midi d’hiver auxquels il restera étranger. Sans rien en dire à Noah, elle écrit ou cuisine pour meubler les heures qu’elle passe dans l’attente de son prochain rendez-vous avec lui, dans l’attente de prendre stricto sensu « la tangente », – ça ne s’invente pas ! – « la ligne bleue […] perpendiculaire à la orange ». Claire est la seule amie dépositaire de son secret, celle avec qui elle ne triche pas ; il faut dire que Claire a elle aussi un secret.

Cette prose, qui conjecture directement sur la page, en plus de dévoiler l’intime en disant l’entre-deux, quel qu’il soit – continents, pays, langues, amours… –

« Mon secret me donnait le pouvoir d’être dehors et dedans à la fois. Grâce à lui j’avais un soudain don d’ubiquité qui me soulageait : partout où j’étais, je n’étais pas vraiment. C’était une clé des champs. »

compose une partition qui donne son rythme de berceuse à l’histoire, feutré et lent comme la neige qui tombe au dehors blanchit le paysage, effaçant les traces en un bruit sourd et enveloppant : le temps s’étire comme pour magnifier ces moments volés, en sursis, puisque l’on sait, depuis les premières phrases, que le compte à rebours est lancé. 

« On n’arrête pas ce qui file, mais on peut retarder la déchirure. »

C’est le temps d’un amour qui se défait, sans fracas ni désastre, mais avec acceptation. C’est le temps d’un amour qui se fane, paradoxalement à la saison où la sève revient :

« J’ai senti très vite que nous ne connaîtrions pas le printemps, l’heure d’été, le grand jour. J’écoutais Septembre de Barbara, « quel joli temps pour se dire au revoir », et je trouvais que la fin de l’hiver serait aussi une belle période pour les adieux, comme la fin de l’été, deux saisons couperets. Aux beaux jours, nous serions à découvert, ça deviendrait glauque […] »

De l’amour tranquille de Samuel, elle s’est échappée sans trop savoir « qui a quitté qui », mais a-t-elle vraiment aimé Noah dont elle parlait si peu et si mal la langue, faisant de lui un être proche et étranger tout à la fois, une énigme ? Et si c’était là leur séduction ultime : être l’un pour l’autre un amour qui dépayse ?

« Je me disais qu’avec lui il n’y aurait jamais le danger de la confusion, je serais, pour toujours, d’un autre pays, il était, serait toujours, d’un autre âge, d’une autre culture, d’une autre histoire. Il n’aurait pas connu ni ma mère ni sa mort, seulement la trace blanche des larmes qui en découlent. Il ne pourrait pas lire mes carnets, à cause de la graphie, mais aussi de la syntaxe. La distance entre lui et moi serait irréductible. »

Le secret encore et toujours, ce qu’elle tait à Samuel et ce qu’elle dissimule à Noah. D’ailleurs, Noah n’a-t-il été autre chose qu’un homme qui l’a aidée à porter le poids du deuil d’une mère dépressive au point de cesser de vivre dès l’automne pour renaître aux beaux jours ? un homme qui a partagé sa souffrance pour traverser l’hiver du cœur au cœur de l’hiver ? Pourquoi a-t-elle noirci des carnets ? Est-ce parce qu’écrire aide à se souvenir de cet amour-là, douloureux et beau, car il est celui du poids du silence et du secret ? 

« Peut-être écrit-on pour dire qu’un jour, en plus de soi, quelqu’un, quelque chose, était là. Souvent, ça n’y est plus et on y est encore. »

Le roman d’Anna Zerbib est l’exemple même du texte dont le ton contemplatif et rêveur, la prose poétique et le cours sinueux offrent une expérience de lecture faite de moments oscillatoires, atemporels et suspendus, des moments de toute beauté et de fulgurante irréalité. C’est un cheminement sur l’insignifiance des tourments humains, qui ravira certains lecteurs et en perdra d’autres, peu friands de l’écriture de l’intime. Pour ma part, mon souffle de lectrice s’est accroché à chaque page, j’ai été emportée dès les premiers mots. Je sais avoir abusé de citations, tant il m’était impensable d’écrire ce billet sans donner à entendre la sensibilité fine et poétique de l’autrice, le bercement léger de son écriture. Les après-midi d’hiver est un roman à l’écriture flottante, aiguë, au cantabile durassien. Je me suis demandé quel film Claude Sautet en ferait, s’il était toujours en vie. En s’attachant au détail infime et si juste, aux petits riens sublimés par l’écriture, ce roman rare, raffiné, traversé du voile de la mélancolie douce, raconte le désordre des choses de la vie quand les êtres ne savent pas où ils en sont.

« J’ai quelque chose en moi qui ne vit pas. Je n’arrive pas… Je suis en retard depuis si longtemps. » Claude Sautet, Un cœur en hiver

Troublant. – Christine Casempoure

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Les après-midis d’hiver de l’héroïne de ce premier roman sont froids, très froids, puisqu’elle vit à Montréal, avec son compagnon. Elle raconte les bouleversements liés au changement de continent et de culture, mais surtout la rencontre qui va rendre ses après midis brûlants… 
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J’ai passé un agréable moment de lecture, à la découverte de Montréal, mais j’avoue que je me suis un peu perdue dans les méandres de la pensée de l’héroïne. L’écriture est jolie mais ne m’a pas transportée aussi loin qu’elle aurait pu le faire, car j’ai parfois eu l’impression de rester en surface. C’est dommage car c’est un récit complètement introspectif… Malgré tout, la promesse est belle et je serai attentive à la deuxième publication de l’autrice ! » – Gwen Langlois-Latour

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Dès les premières phrases, j’ai été frappée par la beauté de l’écriture d’Anna Zerbib, une des ces écritures qui vous enveloppent immédiatement et vous placent dans un cocon ouaté, entre bercement gracieux et rythme légèrement décalé. Une écriture de l’intime où deux histoires de deuil et d’adultère fournissent un terreau pour dire le secret d’une vie et sa quête d’identité tout en faisant ressurgir le désir de vie.

La très belle idée est ce choix d’une narratrice qui écrit. Ces carnets donnent de l’ampleur et de la profondeur à une histoire d’amour clandestine très flottante. Comme si la réécriture du réel donnait plus d’épaisseur aux événements vécus, laissant toute la place au déploiement de l’imaginaire, du fantasme, aux élucubrations et aux petits arrangements avec le réel.

C’est un roman éminemment sensoriel, sur les sensations quasi impalpables, scrutant l’humain au plus près, plaçant le lecteur dans une bulle introspective presque sans décor malgré l’omniprésence de la neige de Montréal qui semble au diapason des secrets recouverts.

Mais au mitan du roman, mon intérêt s’est délité, malgré le support de cette très belle écriture. Je me suis un peu lassée des atermoiements de la narratrice sans parvenir à être totalement touchée par son ressenti et sa mélancolie. Sans doute ne suis-je pas la lectrice idéale pour ce type de roman très contemplatif, mon appétence littéraire se nourrit souvent beaucoup plus de romanesque voire de percussion. En fait, là où Anna Zerbib m’a le plus convaincue sur la durée, c’est lorsqu’elle évoque le deuil de la mère, sans pathos mais avec une justesse incroyable. – Marie-Laure Garnault

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Le deuxième hiver après la mort de sa mère, la narratrice dont nous ne connaîtrons jamais le prénom, quitte la France avec Samuel son amoureux et emménage au Québec. Choix de vie diamétralement différent. Elle met un océan entre elle et son passé allant même jusqu’à changer d’activité de maîtresse d’école dans le sud de la France, elle décide d’écrire et de s’intéresse à la littérature nord américaine. A Montréal, elle y rencontre Noah, un artiste peintre sans attache, avec lequel elle débute une liaison torride … Et là, nous entrons dans l’intimité d’une jeune expatriée française dans un monde anglo saxon où la langue, les codes lui sont peu connus. Dans un style mêlant présent et souvenirs mélancoliques du passé, l’héroïne nous livre petit à petit des bribes de son histoire personnelle. Elle évoque sa vie à Montréal, son couple avec Samuel, sa relation et le décès de sa mère, ses échanges avec son amie Claire et surtout son secret, la rencontre et la relation qu’elle entretient avec passion avec Noah un artiste peintre plus tout jeune.

La narratrice cultive l’art du secret, effaçant même l’historique de ses navigations, rendant son écriture illisible.  « L’anglais m’est devenue la langue intime de l’amour, celle du sexe ».  Partagée entre ses deux amants, entre deux cultures et deux pays, ballotée entre deux hommes « Je ne savais pas choisir ». Elle dresse un portrait de Noah rapide, en style télégraphique, cela n’a pas d’importance ce qui compte c’est leur passion, le contact de leurs corps. Noah l’avait prévenue dès le départ que cette passion ne devait pas durer car il se « tenait à la phrase qu’il m’avait murmurée à l’oreille, le jour de notre rencontre « you need love, I’m gonna make love to you. Il ne m’avait rien promis d’autre ». Mais qu’importe, son amour était tel qu’elle prenait tout ce qu’il était prêt à lui offrir quitte à attendre des jours, des semaines ! « L’amour que nous faisions était une lutte entre la vie et la mort ». « Ce qui m’effrayait c’était l’absence de traces. L’impossibilité d’en garder de Noah. L’impossibilité de lui en laisser ». Aucun espoir de durée : « Cet amour né au croisement de deux saisons », né et mort en trois mois …

C’est un roman où la plume est belle, charmeuse, introspective où deuil, amour, infidélité et création artistique sont intimement liés. C’est le récit d’une passion torride, d’une mue, d’un hiver à Montréal.

Merveilleusement bien écrit, les mots fins et poétiques. La prose est magique. Beauté subtile de l’écriture.  

Les après-midi d’hiver sont longs et ennuyeux s’il n’y a pas un signe de Noah … Même si j’ai été séduite par la magie de l’écriture, je les ai trouvés tristounets ces après-midi d’hiver où j’ai lu ce livre. Cette femme envoutée, continuellement dans l’attente, attentive aux moindres signes de Noah, à la merci du bon vouloir, des caprices de son amant m’a agacée. Suis-je une féministe dans l’âme ? Peut être ! – Françoise Le Goaëc

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Ce premier roman intimiste nous offre une belle réflexion sur la création, l’attente et la perte d’une mère. La narratrice s’est expatriée pour deux ans dans une université de Montréal, rejointe par son amoureux. Elle organise sa vie nouvelle au Canada quand survient au bout d’un an la mort de sa mère. Elle est profondément choquée par ce deuil et rencontre alors Noah, artiste peintre , vivant sans attaches. Cet amour secret, qu’elle révèle seulement à son amie d’enfance en France va durer un hiver et inspirer son désir d’écriture tout en sachant que cette relation restera éphémère. Ce texte , tout en nuances, se lit par petites gorgées comme un the bien chaud . J’ai été touchée par cette écriture douce et subtile. le texte est marqué par des paragraphes courts tel un esprit qui raisonne avec des idées qui défilent. C’est un texte sur le ressenti, les états d’âme d’une jeune femme perdue dans ses pensées. Elle alterne entre ses souvenirs, le présent et ses essais d’ecriture. Sa rencontre avec Noah lui aussi en deuil de son père, lui permet d’exprimer son desarroi et sa peine vis à vis de sa mère décédée depuis peu. Dans le même temps , elle essaie de se reconstruire, de trouver sa place. Mais je me suis lassée de cette relation hésitante, des sentiments en suspens, de ces attentes vaines . Je garde néanmoins de beaux passages de lecture comme la rencontre entre Noah et la narratrice, l’évocation sensible du deuil, les promenades dans Montréal enneigé ou l’on ressent bien ce sentiment de luminosité , de douceur de la marche, du mordant du froid. Cet hiver est un personnage important du roman, difficile à appréhender pour une française qui se réfugie dans cet amour brûlant. Je retiens un style enveloppant, au charme discret qui marque cette lecture, même si pas complètement séduite. – Fabienne Balcon

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Une jeune française quitte le sud de la France avec Samuel pour aller vivre au Canada.

Lors de son deuxième hiver à Montréal, celui qui suit la mort de sa mère, elle rencontre Noah, anglophone, avec qui elle entretient une liaison.

Un amour, un secret, qui se vit surtout l’après-midi.

“Auprès de lui, je rejoignais mon chagrin en embrassant le sien”.

“J’avais trouvé un chagrin immense où vivre ma peine en antichambre”.

La narratrice peuple l’absence.

Cet amour qu’elle décrit avec passion comble un vide dans sa vie.

Cet hiver rigoureux matérialise en quelque sorte son expérience du deuil, ce “tunnel” à passer. C’est une saison à vivre et à franchir sans détours, pour voir s’ouvrir les beaux jours.

Elle est dans une autre vie, dans un autre pays, avec un homme, triste lui aussi, qui ne parle pas sa langue. Ils n’ont en commun que le langage du corps.

Il faut qu’ils réussissent à faire cette traversée…

“J’étais sortie du souterrain, je l’ai compris à la lumière qui avait changé. Le jour m’aveuglait, il y avait tout à coup comme un soleil de juillet. J’avais connu le secret et son passage. J’étais blanche. Telle est peut-être la nature même du secret : un moyen de traverser”.

Ce roman est écrit avec beaucoup d’émotion. Mais il ne m’a pas accrochée… Cela ne surprendra personne qui me connaît bien, sujet qui résonne trop en moi…

A découvrir néanmoins ! – Anne Laude

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« Mon secret me donnait le pouvoir d’être dehors et dedans à la fois. Grâce à lui j’avais un soudain don d’ubiquité qui me soulageait : partout où j’étais, je n’étais pas vraiment. C’était une clé des champs. »

La narratrice, dont nous ne connaîtrons pas le nom, a quitté son poste d’institutrice dans le Sud de la France. À Montréal, où elle passe son deuxième hiver, elle étudie la littérature nord-américaine et projette d’écrire. Elle s’apprête à traverser le premier anniversaire du décès de sa mère, survenu peu de temps après son arrivée au Canada. Ce décès avait avancé le voyage de son compagnon pour la rejoindre. Samuel vit de petits boulots, tandis qu’elle va à la fac.

La question du secret vient de loin, de la mère justement. Cette mère instable, perturbée, dont il faut recouvrir les caprices saisonniers d’un silence compact, tout en s’y pliant pour ne pas risquer le pire. Et quand le pire advient, le deuil lui-même se vit dans la dissimulation. Dans sa nouvelle vie américaine, la narratrice se sent dissociée : elle est tout à la fois cette fille qui ne se remet pas de la perte de sa mère et une jeune femme sociable qui vit à l’étranger. La mort est ce quelque chose d’elle que personne ne peut atteindre, dans la sécurité d’un for intérieur inaccessible.

Alors quand la narratrice rencontre Noah, c’est tout naturellement que leur amour est secret. Il ne peut en être autrement. Noah, lui, vient de perdre son père, cela les rapproche, ces absences à apprivoiser, cela initie un terrain commun. Dans cet espace, peu de paroles se partagent, ni l’anglais ni le français ne conviennent vraiment. Ce sont les corps qui se parlent, qui se font proches, là où les mots prononcés mettent à distance. Des rendez-vous, les après-midi de cet hiver-là, tissent une histoire d’amour qui n’est ni une promesse, ni une distraction. Ces moments sont devenus la seule matière qui compte, matière à attendre, matière à vivre, matière à écrire.

Et l’hiver, dans les rues de Montréal, efface toutes les traces de pas et étouffe les souvenirs sous une épaisse couche de neige qui se renouvelle sans cesse. La neige a elle aussi le don du secret, dont elle saupoudre la ville. Tout disparaît, enseveli sous son manteau immaculé. L’atmosphère est feutrée. Tout, jusqu’à l’amour même, nous parvient comme assourdi, engourdi de froid et de nuit.

Il y a les textes qui bousculent, ceux qui évadent, qui émeuvent, irritent, ou ennuient… Et puis il y a ces textes-là dont on se dit, à chaque ligne, qu’on aurait aimé les avoir écrits. J’aurais aimé avoir écrit Les après-midi d’hiver. Pour les va-et-vient entre la neige sur Montréal et la canicule estivale en France, entre l’amour et le deuil, ces alternances chaud-froid qui garantissent le mouvement dans le temps et dans l’espace. Pour la poésie élégante de la langue, pour son style à la fois dense et léger, pour la beauté de son atmosphère. Dans ce récit de l’intime, Anna Zerbib met en miroir le réel et sa réécriture. Les mots, quand ils sont écrits, traduisent la chair, le flottement, la quête et la transformation souterraine, impossibles à dire. Cette magie m’a saisie dès les premières phrases, enveloppée jusqu’aux dernières pages. Ce qu’il m’en reste : la nostalgie de cette rencontre forte, éprouvée aussitôt le livre refermé. – Anne-Sylvie Delaunay

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Alors qu’elle vient de perdre sa mère, le jeune protagoniste de ce roman part à Montréal. Son amoureux va l’y rejoindre, un, puis deux hivers seront nécessaires pour faire son deuil et revenir à la vie.

Elle rencontre incidemment Noah, un bel artiste solitaire, qui devient rapidement son amant. Elle va cultiver ce secret qui lui permet d’enfin vivre, être, aimer.

Peu à peu, elle nous entraîne dans ses pensées. Dans sa relation ambiguë et compliquée qu’elle a eu avec cette mère à demi folle qui ne supportait pas de vivre et menaçait chaque hiver d’en finir avec cette vie qui l’épuisait. Avec le père meurtri mais mutique, qui l’attend sans s’expliquer, sans espérer, sans se révolter. Avec Samuel l’amoureux indispensable dont elle se lasse, Samuel silencieux qui attend qu’elle fasse le premier pas, qu’elle dise enfin ce qui ne va plus.

Et peu à peu la relation avec Noah prend toute la place. Le secret, le silence, les rendez-vous, les messages vite effacés, les souvenirs engrangés pour éclaircir les jours trop gris, Noah qui fuit la relation à deux et se veut éternellement célibataire. Car elle le sait, De lui je n’aurai rien de plus que son absence, et il faudra bien que cela lui suffise.

C’est un premier roman assez étonnant. Le lecteur entre dans son cœur, dans sa tête, à petit pas, tout doucement sans faire de bruit, comme si elle ne nous y avait pas invités mais qu’elle entrouvrait malgré tout la porte.

Elle mêle habilement le chagrin et la perte de la mère, l’incompréhension puis l’acceptation de sa différence, le besoin de s’éloigner de la famille, des amis, pour enfin revivre après les épreuves. Mais aussi la fin d’un amour et la découverte d’un autre, le goût du secret, le bonheur de n’être que deux à savoir. Enfin, la présence de l’art, sa beauté, son langage, grâce à Noah. Le tout dans un environnement et des habitudes éloignés de son cadre habituel, le froid intense et mordant de l’hiver québecois, la ville et ses rues désertes qui sont parties prenante de sa lente et malhabile reconstruction.

Et toujours ces carnets qu’elle noircit de ses impressions, sentiments, élans. La littérature et l’écriture comme une bouée de sauvetage, irremplaçable, indispensable. Ces secrets qu’elle y couche et qu’elle aimerait laisser dévoiler d’eux même à l’autre tout ce qu’elle voudrait qu’il sache sans oser le lui avouer. La langue est belle, le style poétique fait d’envies, de silences, de désirs, de crainte, de secrets. Il y a aussi une profonde mélancolie dans ce texte qui exprime les sentiments et les passions, et sous-jacent, l’espoir de s’en sortir, après l’hiver, après le froid. – Dominique Sudre

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Ce premier roman est empreint d’une petite musique gracieuse écrite par une plume pleine d’émotion.

C’est un roman très cinématographique, en ce sens que le décor est un acteur à part entière, puissamment évocateur, surtout Montréal, neigeuse, froide, brumeuse, ouatée… 

La notion de secret, centrale, est finement explorée : ce qu’on dit à ses amoureux, ses ami.e.s, ses parents… ; parallèlement, ce qu’on ne dit pas est-il réel puisque cela n’existe que pour nous ?…

Au final, je dirais que l’atmosphère est souvent vertigineuse et troublante mais le perpétuel équilibre/déséquilibre de l’amour multiple vécu par les personnages ne m‘a pas totalement intéressée.

Et après avoir refermé ce livre, je sais que je le conseillerai, en ignorant si je le relirai. – Marianne Le Roux Briet

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Drôle de rendez-vous que Les après-midi d’hiver. Sur le papier, ce roman a tout pour me plaire. Un joli titre qui sonne comme un appel à des accords mélancoliques, la promesse d’une lecture troublante et sensuelle. Une quatrième de couverture prometteuse. Le pouvoir salvateur de l’écriture en creux.

Un premier roman qui débute d’assez belle manière d’ailleurs :

« J’écris depuis l’endroit où ça n’est pas arrivé. Je suis sur la rive d’en face, sans images de Noah, sans presque de souvenirs de moi. »

Très vite, je comprends que l’action sera modérée, que l’écriture sera le reflet d’une âme, un déversoir émotionnel. Ce n’est pas un problème. En littérature, j’aime la langueur, les atmosphères surannées des jours révolus et le charme des mots bien choisis.

Pourtant les 80 premières pages, je les lis sans réel plaisir. L’émotion espérée n’est pas là. Je suis déçue tant je me faisais une joie de pénétrer cet univers introspectif.

Je lutte pour ne pas interrompre ma lecture. Ce n’est pas dans mes habitudes. Ni une ni deux, je décide de repartir de zéro.

Deuxième lecture donc pour ne pas passer à côté de ce premier roman.

L’histoire : Revenue en France, une femme tente de raconter par écrit quelques mois de sa vie amoureuse alors qu’elle est retenue à Montréal deux saisons d’hiver avec son compagnon Samuel pour y entreprendre des études supérieures. Elle raconte sa liaison parallèle avec Noah, un artiste de passage, l’obsession et le désir ardent envers cet homme qui en découle. Elle raconte la distraction, le secret de cette passion, comme pour oublier le décès récent de sa mère malade. Secret qui nait, secret qui enfle.

J’ai aimé le rapport au temps, la métaphore des saisons pour restituer les humeurs et les sentiments, pour décrire les silences et les renoncements. Il y a une langue, poétique par vague, mais dont les contours m’ont paru parfois flous, peu naturels, trop travaillés.

J’ai eu plus de mal avec la narratrice qui a peiné à me convaincre, perdue dans son cheminement intérieur, ses questionnements existentiels et ses amours compliquées. Certes, le décès de la mère qui intervient dès le début est le catalyseur des pérégrinations tumultueuses de la jeune femme et ce deuil plane sur l’histoire de bout en bout mais j’aurais alors préféré, plutôt qu’un roman, avoir à lire un récit, un témoignage.

Voilà donc Les après-midi d’hiver qui retombent un peu comme un soufflé. Je n’ai pas ressenti la grande envolée littéraire escomptée, pas de chaleur sensuelle à la lecture de cette longue plainte. J’en attendais autre chose. Trop d’atermoiements. Trop de brume et de givre.

Dommage ! – Sandrine Guinot

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Une jeune femme quitte le Sud de la France pour s’installer à Montréal, rejointe quelques mois plus tard par son compagnon Samuel. Elle fait la connaissance de Noah, un artiste dont elle tombe amoureuse, et cache à Samuel sa relation avec lui. Elle raconte les deux ans passés là-bas, le lent délitement de sa vie de couple, les heures passées les après-midi d’hiver dans les bras de son amant avec lequel, elle le sait, rien d’officiel ou de durable ne se fera. Au-delà de la thématique somme toute assez banale de l’adultère se tisse la figure de la mère décédée juste avant son départ pour le Québec, et dont elle n’a pas encore fait le deuil.

Le récit à la chronologie bouleversée par des épisodes du retour en France de la narratrice est empreint de poésie et de sensations remarquablement bien racontées. Mais l’indécision de l’héroïne, son égocentrisme et sa passivité m’ont agacée. Elle attend, souvent, longtemps. Elle semble laisser passer sa vie comme on regarde la neige tomber et blanchir les trottoirs, comme on regarde les traces des passants bientôt recouvertes par de nouveaux flocons, encore et encore, sans qu’on ait bougé de sa fenêtre.  – Emmanuelle Bastien

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Résumons ! C’est donc l’histoire d’une française Lambda (non nommée) qui quitte le sud de la France pour s’expatrier au Québec, où elle s’installe avec Samuel, son compagnon dans un appartement à Montréal. Elle perd sa maman et devra faire un deuil, puis elle rencontre Noah, l’homme de sa vie, elle devra donc cacher cette liaison à Samuel. Par la suite, tout son récit sera consacré à Noah, avec quelques flashback vers sa mère, et d’autres qui racontent des moments de sa vie avec Samuel, avec Noah, ce qui rend le tout quelque peu confus.

J’ai trouvé cette histoire bien ennuyeuse, avec une héroïne dont les aventures ne m’ont aucunement intéressée, une héroïne qui, enfermée dans une bouteille avec son Noah, ne s’intéresse pas à autre chose.

L’ensemble m’a paru bien fade, cette jeune femme semblant mettre sur le même plan la plupart des événements qui surviennent, je n’ai pas ressenti l’expression de ses émotions. Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable. – Roselyne Soufflet

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Ce récit de la description d’une passion amoureuse au cœur de l’hiver canadien d’un femme au carrefour de sa vie personnelle entre Samuel, le compagnon historique qui a suivi la narratrice au Canada, l’histoire complexe qui lie sa mère à la narratrice dont le décès déclenche tant de sentiments antagonistes, le climat et l’ambiance de cette ville souterraine durant l’hiver et Noah, l’amant rencontré presque par hasard donne une matière d’une rare qualité à ce roman des émotions, pensées et des débats intérieurs de la sensibilité féminine.

Une simple histoire de coup de foudre quasi accidentelle à la base et d’une histoire qui aurait pu rester une  histoire de sexe d’un jour ; c’est en fait le récit tourmenté d’une véritable histoire d’amour qui s’installe et va devenir une relation quasi toxique tant la volonté de Noah de ne pas s’attacher ni d’instaurer une quasi routine va troubler au plus profond la narratrice et bouleverser sa vie. Seule Juliane, son amie la plus proche qui vit en parallèle des tourments et incertitudes semblables va tenter de la conseiller et de la comprendre.

Des chapitres courts et ciselés sur les tourments de la vie amoureuse d’une femme qui va remettre totalement en question ses assurances, repères et faire remonter à la surface toutes ses contradictions et un passé traumatique partiellement. Un pays et une ville si spéciale, si à part, la construction des êtres et des relations intimes.

A la fin de cet hiver exceptionnel, plus rien n’est resté à l’identique…. 

On est plongé avec passion dans ce récit. – Olivier Bihl

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Lire également les billets de :

Delphine Queval : http://tantquilyauradeslivres.blogspot.com/2021/04/les-apres-midis-dhiver-anna-zerbib.html?m=1

Françoise Floride : https://ffloladilettante.wordpress.com/2021/04/22/les-apres-midi-dhiver-de-anna-zerbib/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/les-apres-midi-dhiver-de-anna-zerbib.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/03/11/les-apres-midi-dhiver/

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/04/26/les-apres-midi-dhiver-un-roman-de-anna-zerbib/

Le sanctuaire – Laurine Roux

« Le vacarme de l’eau recouvre mes pensées. C’est exactement ce dont j’ai besoin. Me perdre dans quelque chose de plus grand, un flux sans fin, capable de venir à bout des rocs et des montagnes, une eau qui sache conserver la trace des temps anciens, ère de fougères géantes et de reptiles volants, temps que les glaciers ont gardé intact, preuve que le monde restera monde malgré l’homme et ses cataclysmes, et qu’à l’image des dinosaures nous devrions nous en tenir à cette vérité première : nous ne sommes pas grand-chose sur Terre ».

J’avais apprécié la lecture du premier roman de cette autrice, « une immense sensation de calme », un conte nordique avec de sacrés personnages.
Cette fois, nous rencontrons une famille qui s’est réfugiée en forêt, après une pandémie et ils vivent en autarcie, dans le Sanctuaire. Par la voix de Gemma nous allons découvrir leur vie en huis clos. Seul le père retourne vers l’ailleurs pour ramener des vivres, glaner des objets. Gemma, la cadette est née dans la forêt et n’a pas connu ce monde d’avant, elle n’en connaît que ce que les souvenirs et les histoires sont racontés par sa mère et sa sœur.
Ces trois femmes doivent obéir au père, brutal, qui « dresse » ses filles à la survie, grâce à la nature, à la chasse et qui a instauré des règles strictes : ne pas dépasser certaines barrières. Mais Gemma est bien tentée d’aller découvrir ce qui se trouve un peu plus loin. Elle va ainsi faire une étrange rencontre, avec un étrange vieil oiselier et surtout avec son aigle.
Un père brutal, une mère aimante, une sœur qui s’échapperait bien elle aussi, une nature hostile ou bienveillante.
Bien sûr, plusieurs textes ont récemment abordé ce sujet, de la survie, de l’autarcie volontaire. Je pense au troublant « Dans la forêt » de Jean Hegland ou « Et toujours les forêts » de Sandrine Collette.
Mais le court texte de Laurine Roux y ajoute une langue poétique, nous entraîne dans la forêt, dans des mines désaffectées, dans une sorte de conte : la bienveillance peut se transformer en brutalité, la brutalité peut devenir de la bienveillance. Et cette cabane familiale en forêt est elle vraiment un sanctuaire avec comme définition habituelle : un lieu protégé contre toute agression ou est ce que cette grotte dans la mine ne peut lui aussi devenir une sorte de sanctuaire. Et la famille est-elle un réel sanctuaire quand cette fratrie se replie sur elle-même et se protège à l’extrême (oh cette scène du lance flamme dans les mains du père).
Un texte court, percutant, interpellant avec une belle écriture poétique. – Catherine Airaud

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Je termine juste, juste je ferme l’ouvrage. Et je me dis qu’il faut que de suite je saisisse la plume pour tenter d’attraper au vol les sensations, les trépidants, les apnées. La plume pour attraper au vol la majesté, les piqués, la poésie et le carnassier, l’espoir et le nid, les pièges et signes célestes, les ailes ankylosées, interdites et déployées…

Ainsi le malheur aurait été apporté par les oiseaux dans ce monde de fin, d’après-cataclysme. Ainsi la menace vole et chante, piaille et chasse. Et dans ce danger régnant en maître dans le ciel, un père abrite sa famille dans un creux, une vallée, un sanctuaire. Cet espace forestier se cogne aux limites emmurées des montages, acérées comme des dents. Gemma et June, deux jeunes sœurs évoluent dans ce milieu, dans l’exercice âpre et sportif de leurs tâches quotidiennes, l’entraînement militaire exigé par le père pour se défendre et survivre. Une carcasse de voiture, quelques livres, objets autrefois familiers signent l’existence passée de l’ancien monde, lequel est régulièrement chanté et conté par la mère, malmenée par la tristesse d’une terre perdue où elle était bien au bord de la mer, sous le ciel envoûtant d’une vie colorée et libre. Le père disparaît régulièrement pour des incursions au-delà des frontières, étendues interdites, et en revient chargé de tout ce qui pourra leur être utile pour subvenir aux besoins premiers et normaliser leur système marginal.

Gemma, la plus jeune des filles, nous parle et raconte. Gemma est née au sanctuaire et ne connaît du monde d’avant que les paroles heureuses et mélancoliques de sa mère. Elle aime cette nature tout à la fois belle et scabreuse, ne semble avoir peur de rien, aiguise ses lames, grimpe aux arbres, hume, écoute, se confond à la terre… Avoir grandi ainsi au plus près des sens et instincts naturels vont permettre à Gemma de sentir et percevoir autrement le sanctuaire sensé les protéger du fléau meurtrier qui a recouvert la civilisation. Car si elle regarde plein d’admiration ce père au début du roman, ce père ingénieux, exigeant et brave, ce géant qui a pensé ce territoire pour leur famille ; peu à peu le voile se découvre et avec le vol gracieux d’un aigle et la sauvagerie d’un rescapé, Gemma découvre une autre vérité que celle à laquelle elle était de fait soumise. De géant à Ogre, il suffit de peu. Le ton est juste, de la jeune enfant, innocent et ouvert à la perception première, prêt à réactiver l’intuition qu’on étouffe, la voix du cœur qui bat plus fort quand se décodent les brouillages et les mensonges fabriqués.

Laurine Roux nous replonge dans une Nature tout à la fois hostile et flamboyante qui reprend ses droits, les traces des hommes n’étant que vestiges et ruines. Et cette poésie, cette force des mots pour nous plonger au plus près du silence sauvage, de l’espérance inouïe, de la pire des folies que l’amour croit adouber. J’y ai vu des images de « Captain Fantastic » dans les débuts somme toute calmes d’une vie à part, puis quelques souvenirs de sororité dans l’isolement écrit de Jean Hegland (Dans la forêt), la violence des armes et de l’emprise de My absolute darling. Attention point de pâle copie, juste quelques évocations en écho d’un second roman qui reste singulier et gagne ses galons grâce à une écriture unique, inédite, mêlant la poésie au scénario du secret, du sombre. L’histoire monte en puissance avec les pages et retient notre souffle au fur et à mesure des lignes qui dévoilent le cœur du livre. C’est animal, mystérieux, parfois envoûtant tant dans la beauté des gestes et des sentiments, de ce qui relie et qui ne s’explique pas, que dans la rudesse et l’insupportable des instincts les plus vils et malades. Un conte, un polar, une ode, de la grâce, du suspens, de l’effroi : l’imaginaire est à son comble et nourrit la fiction dans le voyage qu’elle nous offre au cœur d’un univers ensorcelant, nous souvenant les ravages des hommes et la terre nourricière, et avec des mots toujours aussi percutants et lyriques au service d’un réel à interroger. La métaphore pour dire l’emprisonnement fou et meurtrier d’un amour tout puissant face aux ailes déployées d’une liberté à reconquérir…  Quel souffle ! Quelle échappée ! – Karine Le Nagard

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Fascinante et poétique, une histoire cruelle
Le Sanctuaire, une zone montagneuse isolée, refuge de la famille de Gemma depuis qu’un virus transmis par les oiseaux a décimé toute la population ou presque. Gemma y est née et tout dans cette vie au plus proche de la nature et dépendante d’elle lui est une évidence. Elle est une chasseuse hors pair. Sa mère Alexandra raconte le monde d’avant pour ne pas oublier. Sa sœur June, plus âgée, a elle aussi connu ce monde disparu. Toutes trois vivent sous l’autorité du père, qui, seul, quitte de temps à autre le Sanctuaire pour aller piller les maisons abandonnées et détient les clés de la survie. Une autorité brutale, excessive… La douceur et l’amour ne semblent être l’apanage que de la mère…Les deux filles grandissent, et l’envie de repousser les frontières, élargir leur horizon, transgresser les règles se fait jour inévitablement avec l’adolescence. La plus jeune va faire une découverte qui va faire voler en éclats ses certitudes…
Le décor est posé et je ne vous en dirai pas plus. Il faut lire cette plume précise, acérée qui raconte avec un grand talent la splendeur de la nature et les dérives de l’âme humaine confrontée à la nécessité de la survie. Un huis-clos familial terrifiant dans un espace ouvert qui ressemble pourtant bel et bien à une prison.
J’ai pensé, comment ne pas y penser, à My Absolute Darling (Gabriel Tallent)pour la violence et la folie du père bien que cela n’ait rien à voir. À Toujours les forêts( Sandrine Colette) pour le côté post apocalyptique et les rapines du père. A Dans la forêt( Jean Hegland) aussi . Mais brièvement car Le Sanctuaire a une forte identité et je garderai longtemps en mémoire ce conte très noir qui donne à réfléchir, offre des passages d’une très grande beauté où les mots font naître des images magnifiques et dont la fin est ….
Lisez-le !!!
Un très beau roman court et dense, ne passez pas à côté ! – Catherine Dufau

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Gros coup de cœur pour ce court mais néanmoins intense roman.

L’atmosphère qui s’en dégage, n’est pas sans rappeler celle du roman de Sandrine collette dont je vous avais parlé l’année dernière.

C’est l’histoire d’une famille enfermée dans un sanctuaire, chef-d’œuvre d’un père tyrannique. Un homme que Alexandra, Gemma et June ne peuvent s’empêcher d’aimer. Ils s’appartiennent les uns aux autres.

C’est l’histoire d’une caverne secrète où on ne tue pas les oiseaux, d’une rencontre qui va bouleverser Gemma et la vison du monde que son père lui a donné. Cet autre monde que sa mère s’est épuisée à préserver existe. C’est son « pépin d’or enrobé de lumière ».

J’ai été percutée par cette écriture, cet hommage et ces descriptions de la nature,  le pouvoir évocateur des mots.

Allez … c’est mon coup de cœur de la semaine. – Alexandra Lahcène

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Oh la la. Oh la la la la.

Et si vous les mettiez tous dans le même sac à dos ?

Allez, on y va, on les glisse dedans !

Sukkwan Island, (David Vann), Dans la forêt, (Jean Hegland), Un été prodige + Les yeux dans les arbres (Barbara Kingsolver), My absolute darling (Gabriel Tallent) et un peu aussi de Monica Sabolo (Eden). Et puis, à la toute fin, vous pourriez aussi, au dernier moment, sur une impulsion subite, enfourner dans le sac Entre ciel et terre (Jon Kalman Stefansson), accompagné du Grand Marin (Catherine Poulain), De pierre et d’os (Bérangère Cournut) et de la petite indienne Betty (Tiffany MacDaniel). Enfin, prise d’un réflexe ultime, vous iriez, le cœur battant, rechercher dans votre bibliothèque Croire aux fauves (Nastassja Martin) et, bien sûr, bien évidemment, oh oui, bien sûr, vous l’ajouteriez aux autres.

Vous me suivez ? Je ne sais pas. Je n’en suis absolument pas certaine.

Mais si vous me suivez, je sais que vous comprenez. Je sais que vous les aimez, tous, et chacun dans leur domaine, si proche et si différent (faune et flore, forêt, mer, nature, vie sauvage). Je sais que ce sac à dos, vous le portez depuis longtemps sur vos épaules. Parce que vous aimez ce qu’il contient de sacré. Parce que tous ceux qui précèdent, vous les avez lus. Ceux qui savent vous faire écouter le cri d’un aigle, ceux qui connaissent le mode de reproduction des coléoptères, le bruit des arbres dans les forêts, la puissance d’une souche recouverte de mousse, l’odeur de la graisse de phoque, la chair éviscérée d’un cervidé, la prédation élevée au rang d’art de la survie. Ceux qui, par leurs mots, par la grâce de leurs mots, vous transmettent la beauté émotionnelle de la nageoire dorsale d’un squale attaquant sa proie.

Ça, c’est pour la partie WILD.

L’autre partie, c’est L’EMPRISE. La puissance de l’emprise. De l’homme. Du père. Du frère. De la forêt. Du marin. De l’ours. De la mer. Du poisson. L’emprise qui emprisonne et dont il faut se libérer, coûte que coûte. C’est (toujours) un apprentissage violent. C’est (souvent) une question de salut. De vie ou de mort. À la fin, c’est souvent la vie qui gagne. Liberté. Liberté. Liberté. Parfois, c’est (aussi) la mort.

Voilà pour ce décor surpuissant. Voilà pour ce thème violent, qui font à eux deux que mon sac à dos (oui, c’est le mien) est devenu, au fil des années et des lectures qui précèdent, arrgh, comment le dire ? Allez, j’ose, ça vient de me venir à l’esprit… Mon sanctuaire à moi.

Mais, oui, bien évidemment, n’oublions pas, revenons à l’origine de ce billet, ce petit Sanctuaire (146 pages) qui va prendre tout naturellement la place qui lui revient de droit et de talent dans mon sac à dos. Il est « travaillé » du même bois. Des mêmes sentiments. Des mêmes oiseaux. Du même aigle. De la même trempe. J’y ai puisé le même plaisir, passionnément.

C’est une chronique pas tellement objective. Je vous parle d’amour. Un amour fou pour cette littérature à laquelle les Éditions Galmeister (depuis il y en a eu d’autres, mais il faut leur rendre hommage, c’est une évidence) ont ouvert la voie en France, il y a une dizaine d’années. De ces écrivains « du dehors », « des grands espaces ». On aime ou on n’aime pas : ce n’est sans doute pas « pour tous les lecteurs ». Question d’émotions, de sensibilité, de nature. Il est vrai que le thème (le sauvage + l’emprise toxique) est devenu récurrent. Peut-être va-t-on se lasser, au bout d’un moment ?

Peu m’importe. Car moi, j’aime, je plébiscite, j’en redemande. Cette connaissance de la nature (que je possède si mal scientifiquement parlant) exprimée par des mots si justes, si éclairants, des mots qui ont « la force en eux », m’emporte à chaque fois dans des contrées vertigineuses que j’ai bien du mal à expliquer. Ça me prend. Ça me parle. Ça me renverse. Ça m’aide à avancer. Ça m’époustoufle. Et ceci, tenez-vous bien, (presque) quelle que soit la trame et/ou l’histoire qui m’est racontée.

Pour moi, la littérature, c’est ça. Je ne saurais l’exprimer autrement. Un voyage aux origines. Une ode à la nature. À l’essentiel. À l’essence de la vie.

Alors, oui, c’est peut-être bateau, cette manière de m’emballer, cette tentative pour vous convaincre… de quoi ? D’une évidence : les êtres humains (ne) sont (que) des prédateurs au même titre que les animaux. Mais figurez-vous que, moi, sur un bateau au bout du monde, justement, j’ai l’impression de tout ressentir, et de tout comprendre mieux que n’importe où ailleurs. Je suis prédatrice quand je pêche pour me nourrir et que je m’ébahis devant le sang du poisson qui se mélange à la mer, je me sens à la fois en sécurité totale, au cœur du Monde, et paradoxalement totalement à la merci des éléments naturels. Sous emprise. Au bord du gouffre en vérité. En plein dans la vie. La vie. La vie. Ces écrivains ont ce pouvoir de nous faire sentir que l’homme, face à la nature, n’est rien qu’un homme. Et qu’un homme, c’est petit. Faible. Surpuissant. Acharné. Triomphant. Remarquable. Menteur. Un homme, ce n’est ni rien ni moins que le père, dans le Sanctuaire de Laurine. Un monstre. Un homme.

Je me suis tellement éloignée. Comment me rattraper aux branches ?

J’ajoute donc ce Sanctuaire à la pile dans mon sac à dos.

Vous aussi, ajoutez ce Sanctuaire à la pile dans votre sac à dos.

Et, de temps en temps, ouvrez-le à n’importe quelle page. Lisez. Relisez. Prenez la mesure des mots. Des oiseaux et des plumes. Des phrases. De leur envolée. De leur beauté. Des enjeux dévoilés. Révélés. Et soyez heureux. Ô chanceux lecteurs que vous êtes. – Karine Fougeray

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Un huit clos familial dans une cabane dans la montagne suite à une pandémie. Une écriture vive qui nous tient en haleine

L’auteure trace le contour de personnages multiples et complexes puis les colore d’une palette claire obscure. Je me suis également littéralement laissé bercer par sa plume et ses contes.

Ce roman m’a emportée là où je ne m’y attendais pas. L’auteure fait évoluer intelligemment ses personnages, certains remettant en question l’ordre établit, se rebellant, d’autres c nous conte une bien belle histoire. – Hélène Grenier

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Un autre monde dans le monde.

Le mensonge peut-il être un acte d’amour ?

La folie est-elle de croire ou de faire croire ?

C’est violent. La douceur est pourtant là, elle empêche les hauts-de-cœur.

Dommage que ce roman ne m’ait pas atteint. Peut-être n’étais-je pas disposée à entrer dans le sanctuaire. – Stéphanie Justin

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Ils sont quatre dans ce coin de montagne quelque part, là où la nature est souveraine, là où se côtoient la vie et la mort, la haine et l’amour, la beauté et la laideur, l’espoir et l’abattement, là où le présent se fait sentir, ou le passé devient envahissant, ou le futur ne peut s’envisager… 

Magnifique récit qui se dévoile par petite touche, où l’on apprend les raisons de ce refuge… peut-être…, où l’homme redevient chasseur cueilleur au milieu d’une nature hostile, où un être mystérieux se manifeste… pourquoi… ?

On fait connaissance de Gemma, la fille du terrain, entrainée par un père intransigeant qui attend d’elle qu’elle survive dans ce milieu, qu’elle manie l’arc avec dextérité, sans tolérance, on côtoie June, la sœur ainée, celle qui a connu la vie d’avant… On s’attache à la mère, dévouée et aimante, soumise à cet homme ambigu qu’est le père, le seul qui peut sortir du sanctuaire aux limites fixées par lui-même.

On y baigne dans le mystère qui se dévoile à qui se montre patient, on y prend malgré l’inconfort de cette famille, un bol d’air offert par cette nature décrite avec tant de poésie, on y subit toutes les tensions, tous les affronts, toutes les blessures dont Gemma et June seront les victimes.

Concentré d’émotions et de sensations, ce court roman, peut-être post apocalyptique, à moins qu’il ne décrive simplement la psychologie de personnages parvenus en ce refuge par choix, où qui ont fui la civilisation pour se protéger, le lecteur saura faire la part des choses, plaira à tous ceux qui aiment les textes sibyllins et subtiles et les belles odes à la nature. – Roselyne Soufflet

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Un tout petit livre mais quel roman ! Attention, ce n’est pas un coup de cœur mais…waouh!

J’avais lu ici ou là
« Roman post apocalyptique », « Dystopie »  » Fable survivaliste »…
Chacun le qualifiera comme bon lui semble.

Moi, je retiendrai une fin incroyable et surtout un texte sur la Domination du sexe masculin ;
dominations psychologique, physique et sexuelle.
Or, un sanctuaire devrait être un « Lieu protégé contre toute agression. »
(définition du Larousse )

[ « Tu ne le vois peut-être pas, mais les troncs des arbres sont les barreaux de notre prison. » ]

Laurine Roux écrit avec tellement de poésie et de sensibilité que malgré toute la violence qui exsude des phrases, ce roman est très beau. – Marie-José Severin

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Quelque part, dans un lieu isolé de la montagne, s’est réfugiée une famille. Ici on tue les oiseaux pour échapper à un virus destructeur. Le père règne en maître tyrannique, la mère docile et les deux fillettes malléables obéissent aux règles imposées. On vit en autarcie. La mère tendrement préserve les rituels (anniversaires, histoires, noël, cuisine… ) L’homme géant impose le rythme de chacun et délimite le territoire. Dans l’autre vie c’était un artiste et il trouve là matière à façonner son domaine. Il gouverne, écrase et domine cet univers de soumission et de terreur.

C’est un rapace et un vieux fou qui vont détraquer la machine. L’emprise se fissure …

Ce court roman d’atmosphère aux phrases souvent courtes, imagées, descriptives et précises, aimante le lecteur dans l’enfer de la peur.

Bien mené, bien écrit. La magnifique relation entre un aigle et une jeune fille illumine ce sombre Sanctuaire .  » Au contact des plumes, tout se ranime « . – Corinne Tartare

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Quel bonheur de retrouver l’écriture en apesanteur de Laurine Roux dans ce second roman.

Toujours au cœur de sa montagne, mi- maternelle, mi-agressive, elle nous plonge dans un monde une fois de plus tenu par les hommes, où les femmes n’ont de place que si elles obéissent. Et pourtant…

Une histoire sous forme de fable, de rite initiatique. Le passage à l’âge adulte après avoir transgressé les règles fixées par le père.

Une lecture planante, comme accrochée aux nuages qui s’attachent au haut des montagnes.  Une autrice qui devient pour moi une de celle dont je vais attendre les sorties. – Emmanuelle Coutant

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Roman court et dense, dont l’alibi post-apocalyptique cache un autre propos, beaucoup plus universel.

La famille vit isolée, aux abords d’une forêt et le père entraîne les filles au maniement des armes, fondamental dans cet univers où la menace plante au-dessus de leurs têtes : les oiseaux, porteurs du virus mortel. Le père seul se risque à s’approvisionner là où des humains ont laissé des biens utiles dans un paysage dévasté.

Gemma est née dans la montagne, elle est la seule à ne pas avoir connu le monde d’avant la pandémie. Le jour où elle ose s’affranchir des interdits et s’aventurer au-delà des limites imposées, le doute s’installe et les certitudes ancrées en elle par une éducation sans concession vacillent.

Si le sujet nous renvoie à une actualité encore brulante, ce n’est qu’une coïncidence ou une prémonition troublante. Écrit avant que ne survienne le bouleversement de nos habitudes, le roman explore cette période de la vie où la sortie de l’enfance s’effectue dans la rupture et le rejet des principes inculqués, et où le regard sur les parents change d’angle. 

C’est aussi le récit d’une folie complotiste dans une ambiance de survivalisme. 

La nature est bien présente, source d’approvisionnement pour la famille et base de réflexion pour la jeune fille en quête d’identité. 

Récit marquant. – Chantal Yvenou

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Le sanctuaire est une épaisse forêt tapissée d’aiguilles de conifères. Quelque part en lisière, un torrent se faufile entre souches et pierriers. Un peu plus loin il y a la mine qui captive, qui aimante et une limite, la Dent de fer. Ce royaume végétal montagneux est le cadre du second roman de Laurine Roux. Il abrite une famille de survivants, le père, la mère, June l’ainée et sa sœur Gemma, la narratrice. Tous les quatre ont échappé à un virus. Un virus mortel transmis par les oiseaux. Tous les quatre vivent en autarcie. De chasse de pêche et de cueillette. Le père détient l’autorité. Intransigeant et caractériel, il distribue les rôles et fait régner une atmosphère délétère et tyrannique. Un jour, Gemma la cadette va braver l’interdit. Elle va quitter la zone. Son désir ardent d’aller voir le monde va la mener à faire une étrange rencontre. Et si la vie n’était pas celle qu’on lui avait inculquée ? .Laurine Roux raconte l’emprise avec habileté. 
Elle décrit le passage de l’enfance à l’âge adulte en instillant une tension narrative assez réussie même si j’aurais aimé un travail sur les personnages plus approfondi. Et cependant j’ai aimé la façon de définir ces personnages par l’action, par le mouvement et donc par le verbe. .Je ne suis pas adepte de Nature Writing et les récits post-apocalyptiques m’indiffèrent. Je ne retiendrai donc ici que le versant initiatique avec la métaphore relative aux rapports de domination homme femme ainsi qu’en corollaire,  l’émancipation féminine et la libération sous-jacente. 
.Pour conclure, je dirais que Le sanctuaire est un curieux roman entre fable et dystopie qui aurait mérité plus de densité.  Après un début prometteur grâce à l’écriture cinématographique de l’autrice et le décor naturel fort bien brossé, j’ai ensuite été rapidement frustrée par le développement de l’histoire que j’ai trouvé relativement banale. Frustrant aussi le fait de devoir imaginer l’origine véritable de cet étrange huis-clos. – Sandrine Guinot

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Voilà un roman qui n’avait pas forcément beaucoup d’atout pour me plaire…
Sous ses apparences de fables dystopiques et survivalistes, il met en scène une famille rescapée d’un virus transmis par les oiseaux. Le genre de scénario qui me rebute.
Cette famille, c’est le père, la mère et leurs deux filles June et Gemma, celle-ci étant née après la catastrophe, dans le Sanctuaire.
Cet endroit, délimité par des éléments naturels (forêt, pic montagneux, rivière…) est l’espace défini par le père , dans lequel ils sont en sécurité. Et où il règne en chef, prodiguant ordres, conseils, apprentissages, entraînements… il a mis en.place la survie, faite de chasse, de vie de peu dans la cabane, de corvées réparties entre eux.
C’est lui aussi qui part quand c’est nécessaire en expédition dans « l’autre monde », afin de ramener des vivres et combustibles introuvables dans la nature. Il en ramène aussi des nouvelles effrayantes sur l’effondrement du monde, jonché de cadavres, hanté de renégats, hommes devenus brutes.
Chaque jour, il faut se méfier des oiseaux, les craindre, les chasser, les anéantir
Chaque jour, ce père tout-puissant devient plus dur, plus violent, plus exigeant avec les autres membres de la famille. Probablement sensible aux évolutions perceptibles de ses filles, qui plus ou moins consciemment, aspirent à plus de liberté et à un horizon élargi…
J’ai été complètement embarquée par l’écriture dense mais aussi somptueuse et riche quand elle décrit la nature. J’ai été happée par cette histoire et ses protagonistes, les liens qui les unissent, l’amour maternel, la folie en toile de fonds.
Et c’est avec le sentiment ressourçant d’une belle découverte que je referme ce roman sensible et fort. – Christine Gazo

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Une famille de quatre personnes, 2 filles d’une douzaine et une quinzaine d’années et leurs parents vivent en autarcie dans une montagne reculée après une catastrophe d’ordre sanitaire qui a rendu tout contact avec autrui dangereux ; et l’autrui ce ne sont pas seulement les êtres humains mais aussi les oiseaux que le père extermine au lance flamme.

La narratrice, Gemma, la plus jeune des filles, n’a pas connu le monde d’avant. Elle a acquis une grande résistance à la douleur, une grande pratique de la chasse « pierre, tu es une pierre » lui a appris à penser son père lors des affûts. La scène où le père entraine ses filles à résister à la douleur et à savoir faire face à toutes les situations « personne ne doit être un poids pour les autres »est essentielle à mon sens.

La mère, beaucoup plus sentimentale, leur dit des mots tendres et parle à Gemma de la vie d’avant.

De cette vie d’avant, June, sa sœur lui en parle aussi, avec nostalgie et douleur « qui nous offrira des fleurs comme papa en offrait à maman ? »

Un jour au cours d’une chasse Gemma blesse un aigle et, en le poursuivant pour l’achever, est stoppée par un vieil homme qui lui pose un couteau sur la carotide « je sais où vous habitez, si tu parles  je vous saignerai tous » Gemma va rentrer chez elle, ne rien dire et pour la première fois mener sa propre vie.

Car elle essaiera de retrouver l’endroit où vit l’homme, le trouvera, découvrira l’aigle qu’elle a blessé et sera fasciné par lui. L oiseau la défendra même contre l’homme.

Une dystopie ne peut pas se finir bien ! Pourtant, après la célébration de l’anniversaire de June et les belles évocations de la robe en satin brodé que sa mère lui prépare, le dénouement interviendra en 3 pages.

L’écriture de Laurine Roux, ciselée, légère, permet de supporter l’atmosphère lourde, ou plutôt non, la renforce, et donne à ce récit une force terrible. – Marie-Hélène Poirson

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Le Sanctuaire nous plonge dans une ambiance post-apocalyptique, dans un monde très sombre où les quelques survivants tentent d’échapper à la contamination des oiseaux. Nous suivons le quotidien d’une petite famille recluse en plein milieu de la forêt, avec un père autoritaire, une mère qui semble plutôt démunie, et une jeune héroïne qui va tenter de sortir de son cocon.

Même si j’ai parfois été peu réceptif à l’écriture, au style un peu alambiqué, j’ai bien aimé l’imagination de l’auteur, l’animalité des descriptions et je pense qu’il faut voir ce roman comme un récit d’apprentissage, une parabole avec l’adolescence plutôt qu’une énième dystopie. – Boris Tampigny

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Ce roman sonne un peu comme une apocalypse qui aurait obligé une famille à s’exiler pour vivre dans la forêt. Le coupable? Un virus qui se transmet par les oiseaux.
Deux petites filles qui sont entrainées à tuer pour manger, à tuer tout volatile et qui passent le plus clair de leur temps avec leur père et leur mère cerclés dans une zone de la forêt. Seul le père est autorisé à partir plusieurs jours pour récupérer de l’essence, des vivres dans la ville complètement détruite et abandonnée.
June a connu le monde d’avant tandis que Gemma est né dans ce sanctuaire. Une seule règle, ne pas franchir la limite établie par leur père. Un jour, Gemma va aller plus loin et faire la rencontre d’un homme et de ses oiseaux. Une attirance qu’elle ne pourra refreiner et qui lui permettra de comprendre que les oiseaux ne pas ou tout du moins plus dangereux !
Ces escapades de plus en plus lointaines et de plus en plus longues font finir par déstabiliser le schéma familial.
Un roman bien construit, qui intrigue. Il y a un petit air de science fiction. Je verrais très bien ce roman adapté en série. Ce qui m’a quelque peu dérangé, et c’est complètement personnel, c’est cette notion de virus qui dans la conjoncture actuelle nous suit déjà partout. J’ai, en ce moment, plutôt envie de m’en échapper ! – Nina Busson

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Sous un ciel plombé de nuages sombres et de menaces, une famille (le père, la mère, les deux filles) s’est réfugiée, repliée, sur un coin de terre isolé du reste du monde par une frontière faite d’arbres, de rochers, et de l’interdiction farouche d’un père que quiconque en franchisse la limite. De toutes ses forces, fusse par la violence, il veut protéger « les siennes » (pronom lourd de sens) du danger qui rôde à l’extérieur, à commencer par un virus transmis par les oiseaux. Les voici, nous voici, enclos dans une histoire où ne passe aucun brin d’air, dans un Sanctuaire qui s’est avéré bien trop austère pour moi.

Rien n’a vibré en moi à la lecture de ce roman, ni l’arc tendu de Gemma, ni l’émotion excessive de sa mère, ni la colère bouillonnante de sa sœur, ni l’angoissante et malsaine rigueur de son père, rien n’a trouvé écho dans ma propre sensibilité de lectrice et je le regrette. J’ai eu la sensation de me heurter à tout, depuis le climat oppressant de de hui clos familial sans air ni chaleur, ni lumière, en passant par le décor anguleux et froid, pour finir par la style volontairement distant de l’autrice, langue belle, lissée, polie à l’extrême comme une pierre qui reste froide sous l’arrondi, et dont la présence dans la bouche et la tête d’une si jeune fille semble inconcevable.

Je peine, je l’avoue, à me laisser emporter et enthousiasmer par l’ambiance survivaliste, réelle ou simulée, qui fait florès sous de nombreuses couvertures ces dernières années, mais il m’est arrivé d’y trouver une certaine forme de beauté, comme dans « La forêt », voire d’être touchée, au-delà de l’horreur, par un personnage émouvant, comme dans « My absolute Darling ». Mais je suis restée sur le seuil de ce Sanctuaire, dépourvue d’émotion, un peu lasse de devoir contempler ce dressage d’enfants (de filles !) systématique, pris en otage par les fantasmes d’un père incapable de donner des ailes à sa progéniture. – Magali Bertrand

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Alors qu’une épidémie venue des oiseaux a tué une partie de l’humanité, une famille s’est réfugiée au cœur de la forêt, ils y vivent en autarcie au sein de leur sanctuaire. Le mot d’ordre est de tuer tous les oiseaux qui peuvent être porteur du mal! Gemma est né après la catastrophe et du monde d’avant ne connaît que les souvenirs de sa mère Alexandra et de sa sœur June. Le père est le seul à s’aventurer au delà des limites du sanctuaire pour le ravitaillement. Le père tout puissant commence à changer lorsque ses filles grandissent, par peur qu’elles lui échappent? Qu’elles s’interrogent et remettent en doute sa parole qui jusqu’à présent était évangile, surtout pour Gemma qui voit en son père un héro!

Gemma va en effet faire un drôle de rencontre en chassant un aigle, un vieil homme… Comment est-ce possible alors que leur père à chaque escapade dans le monde d’avant pour leur ravitaillement, leur soutien que rien n’est revenu à la normale, un homme se tient devant elle et surtout a des contacts avec les oiseaux dont l’aigle que Gemma chassait! Au contact de cet homme un peu malsain, elle va créer un contact avec ce rapace et se trouver envoûtée. Elle va commencer à s’interroger sur la véracité de ce que lui raconte leur père! En sentant ses doutes, celui-ci va se révéler violent menaçant et l’équilibre que la famille avait va totalement vaciller. Cette proximité parfois malsaine montent en puissance au fil des pages et nous tient en haleine jusqu’à la dernière page! Le père pour protéger ce qu’il a construit va alors se révéler tyrannique.

Avec cette dystopie qui a été créée peu de temps avant que la pandémie de la covid touche le monde, Laurine Roux nous embarque une nouvelle fois au cœur de la nature souveraine! Le respect envers ce sanctuaire qui apporte nourriture et protection est très beau. L’aigle du vieil homme, un personnage à part entière est totalement captivant. A travers une seule famille, l’autrice aborde toute la complexité des relations, l’amour filiale intense, l’incertitude du futur, l’inquiétude, le passage à l’âge adulte qui entraîne fatalement une remise en question de l’autorité parentale qui dans ce cas était toute puissante. Gemma et sa sœur June sont deux jeunes filles vives et touchantes, j’ai beaucoup aimé la mère aussi si bienveillante et attendrissante. Les deux hommes de l’histoire nous démontrent un rapport de force pouvant être déséquilibré! A eux seuls ces cinq personnages sont une richesse incontestable pour nous conter les relations humaines!

Un court roman poétique où une certaine tension vous happera jusqu’à la dernière page, des personnages d’une très grande justesse, une dystopie finalement pas si irréaliste, tous les ingrédients pour vous faire aimer cette lecture. Ce qui fut le cas pour moi, vous l’aurez compris! – Julie Campagna

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Le Sanctuaire est un espace bien protégé, aux confins de la forêt et de la montagne. Gemma en connaît les limites exactes, inscrites dans le paysage, et les respecte strictement. Au-delà, le monde est en plein effondrement. Les hommes y sont victimes d’une maladie transmise par les oiseaux. La violence et la folie semblent avoir gagné les survivants. Alors Gemma, sa sœur June et leurs parents ont fait du Sanctuaire leur refuge. D’ailleurs Gemma y est née, elle n’a rien connu d’autre que cette nature, parfois hostile, qu’il a fallu dompter pour la faire alliée nourricière. Seul le père s’aventure encore hors du domaine pour des rapines dont il rapporte certaines denrées indispensables. La mère, elle, garde la nostalgie d’une époque révolue, où la vie était douce et lumineuse, où la sensibilité pouvait s’exprimer de mille manières, une époque qu’elle raconte à ses filles comme pour les envelopper d’amour et les soustraire à l’âpreté de leur quotidien.

Gemma est intrépide, résistante et habile. Il faut dire que son père ne lui en a pas donné le choix. Par un entraînement impitoyable, et sous le couvert d’un amour infini, il endurcit le corps et l’esprit de ses deux filles, développant chez chacune des aptitudes physiques et mentales nécessaires à leur survie. Et Gemma est particulièrement douée, ce qui fait la fierté de son père. Malgré des moments d’enthousiasme, la peur est là, permanente, de manquer de ressources, d’être envahis par la calamité du monde, d’être broyé par l’environnement cruel. La peur du faux-pas, la peur du pire, toujours là.

C’est cette peur du pire qui d’ailleurs le fait advenir. Un jour que Gemma marche avec son père, sa flèche manque l’aigle qui les menaçait et se fiche dans son aile. Prise de panique à l’idée de la fureur paternelle, Gemma dévale la montagne et se heurte à un vieil homme effrayant, visiblement familier des volatiles et de l’aigle blessé, qui disparaît comme il était apparu. Elle n’a alors plus qu’une idée en tête : les retrouver, et surtout retrouver le rapace qui la fascine. Avec cette question dérangeante : pourquoi cet homme, qui vit au contact des oiseaux, est-il toujours vivant ?

Une atmosphère particulière plane sur ce roman, pesante, irréelle et pourtant pétrie de matière naturelle. Le contexte post-apocalyptique n’est qu’un prétexte pour isoler la famille dans son Sanctuaire. Et pour m’éloigner, moi, lectrice, de mes repères. Ce récit initiatique m’interpelle : qu’ai-je choisi de croire du monde ? et quelles sont les expériences que je m’autorise au-delà de ces croyances ? Avec Gemma, qui s’enhardit, qui s’affranchit, je suis encouragée à voir plus loin que la limite des règles et la menace, jusqu’à l’émergence d’un nouveau monde qui défie l’ordre établi. Une invitation au discernement, à l’émancipation et à l’ouverture à plus grand que soi ! – Anne-Sylvie Delaunay

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Une famille vit isolée dans un endroit perdu, près d’une mine désaffectée. Ils semblent faire partie des rares survivants d’une catastrophe dont on découvre progressivement l’origine. Sous la férule du père, autoproclamé chef du Sanctuaire, la famille parvient à maintenir un quotidien en complète autarcie, où chacun a un rôle bien défini : le père part régulièrement en expédition pour récupérer du matériel, sa femme entretient la maison, et les deux filles, soumises à un entraînement militaire, sont chargées du bois ou de la chasse. Ainsi Gemma, née dans le Sanctuaire, est-elle devenue une chasseuse hors pair avec son arc. Lors d’une chasse, elle rencontre un homme étrange qui la capture. Elle découvre alors qu’il vit avec des rapaces qu’il est parvenu à domestiquer.

Cette rencontre, c’est le moment de bascule : voilà que Gemma commence à prendre conscience qu’il existe une autre réalité que celle qu’elle connait, dans laquelle les oiseaux ne sont pas les ennemis à abattre et à brûler au lance-flammes. Et que l’autorité du père est petit-à-petit remise en question. Gemma prend peu-à-peu son indépendance, découvre la griserie de la liberté, jusqu’à briser le tabou ultime, franchir la frontière qui sépare le Sanctuaire du monde extérieur. Roman d’initiation sur fond de thématique survivaliste, le récit fait la part belle à la nature dans laquelle les humains n’ont plus d’autre choix que de retrouver leurs instincts de chasseur. J’ai été en revanche moins convaincue par les personnages, qui m’ont paru un peu caricaturaux, notamment les parents – le père, ancien artiste rebelle devenu un véritable tyran domestique, et la mère, dépressive et nostalgique d’une époque révolue, aimante mais incapable de la moindre initiative. – Emmanuelle Bastien

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« Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler. » David Vann, Aquarium, Éditions Gallmeister, 2016, traduction de Laura Derajinski

« […] le Sanctuaire galvanise Papa. Il bâtit, invente, construit, récupère. Chaque jour Maman s’étonne ; elle ne l’a jamais connu aussi robuste. Selon elle, Papa a toujours évité le contact avec les autres. Il se moquait bien de vendre ses sculptures dans les galeries les plus réputées, se payait la tête de Kronauer ou de Mevlido – des agents wahou, selon Maman. Eux le courtisaient jusque chez lui, dans sa maison en bord de mer. Il les recevait en caleçon, sur le pas de la porte, et les écoutait d’une oreille, en buvant une canette. Aucune de leurs propositions n’était jamais assez intéressante. Seule Maman, de temps à autre, parvenait à lui faire signer un contrat. Elle le tirait par la manche pour qu’il se rende au vernissage. Parfois, il y allait pieds nus. Le petit monde de l’art adorait ça. Des putains de lèche-culs, déclarait Papa. Il était devenu leur coqueluche. Lui aurait préféré passer son temps dans la forêt, à chercher les bonnes essences, à quêter le nœud de tel arbre, la forme de telle branche, à éprouver combien il était dépassé par les prodiges de la nature – coquette lingerie d’une sauterelle aux ailes bleues, sautoir de rosée à la gorge d’un tronc. Et il retournait dans son atelier, le front rendu humble par tant de beauté, où il bataillait sans relâche avec le fer et le bois pour retrouver l’énergie sauvage et raffinée d’une libellule sur une feuille qui ploie.

Ici, Papa a façonné un monde à sa mesure.

Le Sanctuaire est son chef-d’œuvre. »

Le Sanctuaire est le 2e roman de Laurine Roux publié aux Éditions du Sonneur. Il vient de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire 2021 du meilleur roman francophone.

Une cellule (!) familiale : un père réduit à cette seule fonction, si bien qu’on ignorera son prénom jusqu’à la fin ; une mère, Alexandra ; leurs deux filles, June et sa jeune sœur Gemma, 9 ans, la seule à être née dans le Sanctuaire et à ne savoir pas grand-chose du monde d’avant. Tous les quatre ont trouvé refuge dans ce lieu à l’écart, « un asile de verdure, le ciel en cuirasse », à flanc de montagne, avec les falaises, la Dent de Fer et une rivière pour limites, après qu’une épidémie propagée par les oiseaux a quasiment décimé l’humanité. La menace plane – au sens strict, et l’expression « oiseau de malheur » vient aussitôt à l’esprit.

Le Sanctuaire est aux mains du père autoritaire qui y règne en despote, déléguant aux autres membres de la famille selon les talents de chacune « l’inlassable cortège des corvées habituelles » indispensables à leur survie en milieu hostile. À June, le tas de bûches ; à Gemma, la chasse ; à Alexandra, la culture et l’éducation.

En exergue Laurine Roux cite Cormac McCarthy « Si le monde n’est qu’un récit qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? » Quel meilleur témoin en effet pour dire ce conte que la petite Gemma qui n’a pas connu la vie d’avant la catastrophe aviaire ? 

« Du monde, je sais seulement ce que Papa et Maman m’ont raconté. June n’en sait pas beaucoup plus. Quand elle a vu le jour, Papa aimait jeter du pain aux mouettes et tous les trois vivaient dans une maison sur pilotis au bord de la mer.

Je n’ai jamais vu la mer. »

Si je tiens tout particulièrement au terme de conte pour parler de ce roman, c’est non seulement parce que l’autrice en suit le schéma narratif, mais aussi parce que, je crois, elle présume que le lecteur dépose au seuil du livre son esprit cartésien toujours prompt à pointer les incohérences. Dans l’univers merveilleux, parfois baroque des contes, les animaux parlent, les crapauds se changent en princes, les princesses dorment mille ans… et une petite fille s’exprime avec l’érudition d’une agrégée de lettres modernes. Ainsi, au premier chef, faut-il accepter sans réserve que la vraisemblance de l’oralité soit malmenée, et s’abandonner aux mots de Gemma dont les tournures de phrases, la préciosité du lexique et les métaphores sont travaillées à un point tel qu’elles sont bien trop apprêtées pour être mises dans la bouche d’une si jeune enfant. Peut-être est-ce parce que je suis une lectrice très sensible à la voix dans les romans, le « je » de Gemma, privé des mots d’enfant, a bien failli avoir raison de ma lecture dès les premières pages. Cela aurait été dommage. Il n’est pas question bien sûr de livrer un relevé scrupuleux de toutes les occurrences, cependant il me semble intéressant de vous donner à entendre cette petite fille d’à peine 9 ans quand elle nous raconte son quotidien :

« Chaque matin je me lève à l’aube, quand les brumes de la vallée trempent le pied des montagnes. » (page 11)

« Dehors, les étoiles mouchettent les encres de la nuit. Le temps est clair, la lune franche. J’entre dans la forêt au pas de course, les joues mentholées par le froid. » (page 57)

« Dans la forêt, tout – mousses, herbes, toiles d’araignée – est ocellé de rosée. » (page 82)

« Mais un éclair zèbre le ciel. Blanc et fin, queue de comète ou d’hermine, c’est fugace et beau, fantôme de pinceau. » (page 139)

Autant je suis sensible – très – au lyrisme de l’écriture littéraire, autant j’ai eu l’envie de « désécrire » ces phrases pour les réécrire à hauteur de la voix d’une jeune enfant. 

S’abandonner aussi pour pénétrer un monde en noir et blanc, assez vite irrespirable, où deux sœurs sont prises entre un père « écorce » et une mère « soie », entre la rugosité d’un père soucieux de faire table rase du passé et la douceur fragile d’une mère encore nostalgique du monde d’avant. Le lecteur éprouve la densité de la forêt alentour. « Les arbres animent leurs branches pour capturer » et leurs troncs, à l’image des petits carrés qui viennent ponctuer chaque chapitre, sont « les barreaux [d’une] prison » au travers desquels filtre une lumière trop avare pour désépaissir les zones obscures. 

« De la lumière, bon Dieu, on a besoin de lumière. »

Cette nature est pourtant majestueuse

« Je m’approche de la fenêtre et contemple les arbres de la forêt. Ils poussent, tantôt au vent, à la chaleur, au froid ; selon, les voilà qui plient, se rétractent, parfois ploient. Toujours leur écorce veille, et chaque fois ce muscle patient les redresse. Rien ne leur est plus étranger que la colère. Les arbres se contentent de pousser. Je veux être comme eux. »

mais sous la plume de Laurine Roux, elle oppresse, elle étouffe, repliée sur elle-même ; le lecteur y compris. Le Sanctuaire est moins un refuge qu’une prison dont on cherche l’issue. 

Partie chasser avec son père, Gemma, Diane chasseresse moderne, manie l’arc avec adresse. 

« Armer, viser, tuer : voilà ce pour quoi je suis programmée. »

« Programmée » ? Ah ! ces mots que Laurine Roux pose si nonchalamment que le lecteur y prend à peine garde.

Hélas dira le père, heureusement dis-je, sa flèche ne fait que blesser l’aigle. Il lui faut pourtant le tuer et donc s’élancer pour l’achever, distancer le père, continuer l’ascension. Découvrir le rapace posé sur l’épaule d’un homme. Cet élément perturbateur va inoculer le doute. 

« […] une pensée m’obsède : cet homme a touché l’aigle et il n’en est pas mort. Cette seule idée menace tout ce que je sais. »

Au mépris de ses peurs et des injonctions paternelles, Gemma n’aura de cesse de traquer la vérité jusque dans la mine désaffectée qui abrite non le fantôme qu’elle voit en rêve, mais le vieil homme et le rapace. Et un début de vérité. La grotte, que l’on compare souvent à un ventre primitif et providentiel, n’a ici rien d’une matrice sécurisante, mais elle aimante Gemma. À chacune de ses visites, la jeune fille va s’enfoncer dans les puissances souterraines, en explorer le labyrinthe guidée par cet ermite libidineux que l’enfant, vierge de rencontres jusqu’alors, n’appréhende qu’imparfaitement. Dans le clair-obscur de la grotte, Gemma va faire l’expérience de ce qui ne peut être vu, mais seulement éprouvé. De cet antre, elle ressortira dessillée, apte à remettre en cause ce qu’elle avait jusque-là tenu pour vrai, conditionnée qu’elle était à ne pas décrier la parole paternelle. Et enfin comprendre que la menace est moins dans le ciel qu’à l’intérieur de leur famille. 

Le Sanctuaire est un conte tout en tensions – de la cellule familiale à l’environnement hostile -, presque sans dialogues, écrit d’un souffle, et que j’ai lu pareillement. Un huis-clos familial dans lequel un père, forcené du lance-flammes, se présente trompeusement comme le protecteur ultime dont la brutalité s’exacerbe au fur et à mesure que ses filles grandissent, jusqu’au point de bascule.

« Pure, me dit Papa. Tu dois le rester. »

Chaque jour plus évanescente que la veille, leur mère, dont la passivité face à la déraison de son époux me laisse stupéfiée, fredonne les notes de Hippie Hippo Pop. Jadis écrivaine, Alexandra est à présent dépositaire de la mémoire d’un passé qu’elle façonne en une fiction insouciante à mille lieues des scènes épouvantables que le père raconte de retour de ses rapines dans le monde d’avant.

 « […] Maman se met à parler. Sa voix coule. […] Les mots tombent en courbes ou en angles droits. Les lignes parallèles deviennent des rues qu’elle goudronne en répétant, noir, noir comme le dessus d’un gâteau brûlé, avec cet arôme d’huile de cade, et grâce à ces lignes elle construit des lotissements les soirs d’août, quand le sucre des tilleuls se mêle au macadam. Sa voix installe des bancs sous les catalpas, y dispose des familles qui se promènent main dans la main. […] Maman a raison. Un autre monde existe. Dans sa bouche, le passé trouve chair. Le vide derrière la montagne aussi. »

June sait elle aussi à quoi ressemble le monde d’avant :

« Voilà à quoi devrait ressembler notre vie. Avoir des amis, écouter de la musique, faire des feux sur la plage. »

La résolution n’est pas loin quand commence à gronder la révolte alors que se creuse la distance avec Gemma qui ne peut comprendre sa colère. June s’en ira, avant de revenir, hébétée, pour la déflagration finale.

Je crois que nous avons tous des raisons d’être un peu fatigués des récits d’après l’apocalypse qui nous promettent la fin des temps et l’époque que nous vivons n’est pas étrangère à cette lassitude. J’ai lu le roman de Laurine Roux à sa sortie l’été dernier, je viens de le relire pour les 68 premières fois. À chaque lecture, ses découvertes. Il serait regrettable que vous ne le lisiez pas, car l’autrice a l’intelligence de n’en pas faire une spéculation futuriste, mais le prétexte à un huis-clos familial et sépulcral, un conte d’autant plus oppressant qu’il se passe à ciel ouvert. Je répugne à enfermer ce roman dans une quelconque case (survivaliste ? post-apocalyptique ?) qui en le résumant ne saurait rendre compte de la richesse de son propos, de la réflexion qu’il soutient, de ses différents niveaux de lecture… en 147 pages ! Le Sanctuaire est au-delà des étiquettes qui stérilisent les lectures. Ayant entrevu la chute assez tôt, je l’ai d’abord lu comme un roman initiatique dans lequel une jeune fille découvre un monde plus vaste que celui qu’on a bien voulu lui dire. C’est aussi, et avant tout, un conte poétique et sombre quand manipulation méprisable et amour halluciné enflent avant d’éclater et précipiter leur propre apocalypse. 

« Dans un ultime effort, [Papa] nous adresse un regard. Un regard d’amour fou.

 Je vous aimais trop. »

Nota : à ceux qui ont lu le 1er roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme, (Éditions du Sonneur, 2018 ; Folio, 2020),rendez-vous à la page 123, un clin d’œil vous y attend. – Christine Casempoure

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Gemma et June vivent recluses dans la montagne, prison naturelle à l’initiative de leur père pour se protéger d’un virus transmis par les oiseaux.
Ils pourraient même être les seuls survivants….
Ici , tout est spartiate, hostile, Gemma chasse, June l’ainée entretient le feu et leur mère éduque, coud en se remémorant les temps anciens.
Tout cela sous l’emprise du chef de famille, despote en puissance et d’une brutalité hors pair.
Ce livre, très bien écrit, est néanmoins dérangeant.
D’une part une impression de « déjà lu », My beautiful Darling de Gabriel Tallent pour le coté folie paternelle et Dans la forêt de Jean Hegland pour le coté apocalypse ( très beau livre au demeurant ).
Et d’autre part, par le sujet extrêmement angoissant.
Il n’en reste pas moins, que la lecture reste agréable et par moment assez poétique, rendant grâce finalement aux volatiles. – Anne-Claire Guisard

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C’est un conte noir, cruel, au décor post-apocalyptique que nous livre Laurine Roux  de manière magistrale. Elle nous raconte avec virtuosité l’histoire d’une famille réfugiée dans le Sanctuaire, un lieu en pleine forêt, au cœur de la montagne, pour fuir un monde en perdition, dévasté par une pandémie. L’histoire d’un couple et de deux enfants. June, l’aînée, adolescente qui a connu le monde d’avant, Gemma, la plus jeune, née dans le Sanctuaire, petite Diane chasseresse avec son arc et ses flèches. Alexandra, mère protectrice qui tente de rassurer ses filles en leur lisant des histoires. Et le père, maître de la survie de la famille, tyrannique, qui sombre peu à peu dans la folie. Il a appris à Gemma à chasser, les animaux pour se nourrir, et surtout à tuer les oiseaux qui, selon lui, sont à l’origine de tous leurs maux. Point d’autre pensée possible que la sienne, point de questionnement. C’est ainsi, le Sanctuaire les protège d’un monde d’avant disparu dont il ne resterait que des ruines et quelques survivants rendus à la barbarie. Un lieu comme une prison délimitée par les arbres que lui seul peut quitter de temps à autre. Grâce à Gemma, personnage solaire, viendra la transgression, le refus de vivre en recluse, le refus d’être asservie, l’envie de goûter à la liberté. Laurine Roux distille une atmosphère inquiétante. Violence du père, nature sauvage et hostile. De cet univers émergent un aigle royal blessé, tel le début d’une prise de conscience et un vieil homme terré dans une mine avec ses oiseaux, référence à l’allégorie de la caverne de Platon. La sauvagerie côtoie la poésie. L’écriture est superbe, précise, épurée. Juste l’essentiel qui fait que les mots s’envolent, claquent, percutent, atteignent leur cible. Des mots qui accompagnent à merveille Gemma et June dans leurs rêves de liberté. De manière presque prémonitoire, ce récit résonne comme un écho à l’actualité. Sa force réside surtout dans sa puissance évocatrice, sa portée philosophique, dans sa manière singulière d’explorer les rapports homme-femme, les relations familiales. – Josiane Sydenier

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Après une épidémie mondiale transmises par les oiseaux (coucou COVID), Gemma, sa sœur June et ses parents habitent dans un coin isolé du monde, le sanctuaire. 

Alors que June est né et a vécu dans la civilisation que nous connaissons tous. Gemma, elle, est né et a été élevé toute sa vie dans ce sanctuaire. Dès le départ, une opposition est de fait créée entre les deux jeunes filles. Alors que Gemma semble faite pour la vie dans la nature, elle chasse et se soumet volontiers à l’autorité du père. June semble avoir plus de mal, rechigne à accomplir ses tâches et ressasse des mémoires de sa vie d’avant.

Pendant que le père fait des excursions dans la civilisation, pour apporter de quoi subsister aux besoins de sa famille. Les femmes restent dans le sanctuaire et c’est pendant une de ces excursions que Gemma va contourner les règles. Lorsqu’elle  rencontre un vieil homme et son rapace, Gemma va remettre en question tout ce en quoi elle a toujours cru. 

Ce livre est court et incisif. La lecture est aisée et on entre dans l’ambiance de ce sanctuaire. La pression et l’urgence se font ressentir au fur et à mesure de la lecture, jusqu’au dénouement final.

Le livre retranscrit l’amour d’une famille, la tension du sanctuaire et de son monde post-apocalyptique jusqu’au dénouement final…

J’ai beaucoup aimé.  – Ana Pires

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Gemma , June et leurs parents se sont réfugiés dans la montagne pour fuir un virus transmis par les oiseaux. La quasi totalité des humains auraient été emportés par ce virus. La famille vit dans un endroit reclus, le sanctuaire. Le père fait régner la loi, et la mère et ses filles s’y plient. Voilà le pitch du livre Le sanctuaire qui me laisse une impression forte mêlée à un goût amer.  Car en fait,  je n’ai pas aimé ce livre.

C’est toujours difficile d’affirmer un point de vue qui pourrait balayer d’un revers le travail de l’auteure d’autant  que l’écriture de Laurine Roux est une écriture riche, travaillée et belle. 

Laurine Roux sait emporter son lecteur, en l’occurrence elle a su emporter la lectrice que je suis. 

Ici, c’est le fond qui me pose problème : la violence qui s’installe et qui explose m’a dérangée du début à la fin. Je n’ai pas compris la folie de ces deux hommes, du père principalement, l’emprise de la mère qui m’a parue presque caricaturale.  C’est la voix de Gemma, l’aînée de la famille, qui s’élève tout au long du livre et j’ai eu parfois beaucoup de mal à croire son ressenti si bien exprimé pourtant sur le plan littéraire. Véritable ambivalence voulue ou pas par l’auteur ? Compliqué de le savoir.

Alors peut être est ce aussi la période qui veut ça et qui ne m’a pas permis pas d’aborder sereinement cette lecture : ces confinements successifs, ces informations en boucle sur le cataclysme viral, le virus lui même de la Covid qui n’en finit pas d’engendrer vérités mais aussi fantasmes.

Il reste de ce livre la nature si présente et personnifiée, l’amour infini de deux filles pour leur mère, la volonté de ces deux filles pour protéger leur mère à tout prix, l’amour total d’une mère pour ses filles. Ce triangle mère filles si fort envers et contre tout. Y opposer deux personnalités masculines violentes et profondément déséquilibrées m’a en fait considérablement gênée. Encore une fois, je me dis que la littérature est là pour ça : nous bousculer toujours et nous amener à nous interroger. – Sonia Chatain

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Peut-on ressentir la sensation d’un manque pour quelque chose que nous n’avons jamais connu ?
Gemma est née dans le sanctuaire, un lieu reculé situé dans une zone montagneuse où ses parents et sa sœur se sont réfugiés il y a de nombreuses années suite à la propagation par les oiseaux d’un virus mortel aux humains. Tout au long de son enfance, la jeune fille apprend à survivre et à éradiquer les oiseaux qui croisent son chemin. Un jour une rencontre inattendue et bouleversante va ébranler ses certitudes. Cette expérience va la transformer et un souhait d’émancipation à ce quotidien va naître et grandir peu à peu…

Par sa plume, Laurine ROUX arrive à nous emmener dans cet univers où règne une nature luxuriante à la fois fascinante et dangereuse. Elle y aborde les thèmes du passage de l’enfance à l’adolescence, de la survie et de la famille.

J’ai retrouvé à la lecture de ce livre le style et l’écriture de Bérengère Cournut dans « De pierre et d’os » qui aborde elle aussi la question d’une vie en pleine nature… – Hélène Ortial

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Laurine Roux a un talent fou pour installer une ambiance sous la forme d’un récit initiatique qui revêt les atours d’un roman post apocalyptique. Une famille retirée du monde dans une nature sauvage après une pandémie aviaire qui a décimé une grande partie de l’humanité. Deux sœurs à la relation fusionnelle, dont Gemma, l’enfant-chasseresse née au Sanctuaire, la seule qui n’a pas connu le monde d’avant. Un père intransigeant qui a érigé la survie en religion implacable. Tout oiseau est un ennemi, tout oiseau doit être tué pour éviter une contagion fatale.

Si je me suis facilement fondue dans le décor, j’ai été toutefois freiné dans mon avancée littéraire par les échos d’autres lectures ou d’autres images, un peu incommode pour s’approprier la première partie du roman, la présentation des lieux et des personnages. J’ai eu du mal à me défaire d’un sentiment de déjà-lu (My absolute darling, Dans la forêt entre autres), de déjà-vu (Captain Fantastic, Mosquito coast notamment) sans retrouver l’intensité des références sus-citées. Gemma m’a tellement fait penser à Turtle …

Mais cela ne m’a pas empêchée de savourer la plume éclatante de Laurine Roux. Le phrasé est rythmé, parfois chaloupé, parfois plus saccadé, toujours très musical. Et les mots savent se faire poésie, ils nous emplissent de sensations très charnelles et organiques qui décrivent à merveille la nature du Sanctuaire.

A son mitan, le récit mue et se fait fable. Plus que d’un récit post apocalyptique, il s’agit d’un roman d’initiation, celui de l’émancipation de Gemma. Pour sortir de l’enfance et découvrir le monde avec ses propres lunettes, elle doit se rebeller contre tout ce que son père a construit, matériellement et psychiquement, faisant valser les certitudes apprises. Elle doit sortir de la cellule familiale autarcique. Ici, l’élément perturbateur et déclencheur qui fait exploser le huis-clos est un vieillard entouré d’oiseaux, notamment un fabuleux aigle qui plane au-dessus du Sanctuaire.

Même si je comprends bien que la sortie de l’enfance passe par la confrontation à l’autre et notamment à l’homme qui peut être prédateur face à une jeune fille, qu’elle doit s’extraire de toute domination masculine présente (le père) ou future (les hommes hors du Sanctuaire), j’ai été gênée par son caractère libidineux très outré. Le personnage était suffisamment fort, vivant dans sa caverne platonicienne, subversif avec ses oiseaux compagnons, pour ne pas surcharger le propos. – Marie-Laure Garnault

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Lire également les billets de :

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/26/le-sanctuaire/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/le-sanctuaire-de-laurine-roux.html

Françoise Floride : https://ffloladilettante.wordpress.com/2021/05/28/le-sanctuaire-de-laurine-roux/

Les cœurs inquiets – Lucie Paye

« Les mots, finalement, me mènent jusqu’à toi. Je pose mon amour sous chacun de tes pas, mes baisers sur chacune de tes années, mes pensées tout autour de toi. Aie confiance, ne te ferme pas. En héritage, je veux te laisser de la joie, l’envie de vivre et le désir d’aimer. On est vivant tant qu’on aime et qu’on est aimé. Je ne veux pas que tu sois triste. »

Il y a beaucoup de force et de douceur, d’images et de ressentis dans ce livre.
Il y est question d’art, de démarche créatrice, d’abnégation dans/pour la recherche incessante de la vérité dans l’œuvre.
Et surtout, il y est question d’amour maternel. Inconditionnel, puissant, défiant les lois du temps et de l’espace.
Les chapitres alternent Elle et Lui.
Il est ce jeune peintre, dans son studio atelier parisien. Fiévreux, totalement habité par son travail, dans lequel apparaît peu à peu, presque à son insu, la silhouette d’une femme. Il n’a de cesse d’aller toujours plus à sa rencontre, y consacrant tout son temps et son énergie.
Elle n’apparaît que dans sa lettre, dans ce monologue épistolaire adressé à son amour, son grand et unique amour qu’elle espère toujours retrouver. Il lui a été arraché, et sa vie entière a été remplie de cette absence, de ce vide, de cette quête. Le temps maintenant lui est compté.
J’ai immédiatement été embarquée par ce texte, par ces mots. Je me suis glissée dans ce tourbillon pictural et émotionnel avec plaisir et facilité. Les mots de l’art, du beau, du processus créatif, ceux de la maternité, du cœur à cœur absolu, du souffle d’espoir et de résilience.
Un beau moment de lecture. – Christine Gazo

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L’auteure a choisi un jeune peintre comme l’un des personnages principaux de ce récit à deux voix. Cette histoire est construite en chapitres alternés. L’un pour lui, le peintre et l’autre pour elle et tous les deux sont visités par les fantômes du passé. Cette femme ne sait pas mais écrit. Elle écrit sans relâche tous les jours à son bureau, face à la fenêtre du peintre, des lettres à un être évanoui. Qui est-elle ? Lui, le peintre ne s’est pourquoi surgit sous son pinceau une femme sans visage. Leurs quêtes s’entremêlent et se répondent, sans qu’on sache tout d’abord qui ils sont l’un pour l’autre. D’autres personnages apparaissent : Le galeriste, l’amante qui dévoile l’artiste à lui-même, la vieille dame sibylline et enfin, cette femme qui vit de l’autre côté de la cour, troublante et énigmatique. Ce roman nous parle d’absence, d’arrachement, de mélancolie  et d’amour inconditionnel et de soif de vérité. L’auteur explore le rapport de l’artiste à son œuvre. La littérature et la  peinture font partie de ces arts qui  souvent s’inspirent l’un de l’autre ou se mêlent.

Une forte tension romanesque ressort de ce récit. Ce roman a une écriture subtil, fluide et délicate. – Hélène Grenier

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Dès le début de l’ouvrage et à chaque chapitre, nous rentrons alternativement dans l’intimité de deux personnages « lui » et « elle ».   
« Lui » est un jeune peintre qui voit son travail évoluer. Après avoir longtemps peint des paysages, sur des toiles apparaissent progressivement le visage d’une femme qu’il semble avoir connu.
« Elle » est une femme qui retranscrit ses souvenirs sur le papier dans l’espoir d’être lue par un destinataire qui se dessine au fil des pages.

Pendant très longtemps un mystère demeure. 
Y-a t-il un véritable lien entre ces deux personnes? Est-il possible que « lui » et « elle » se connaissent ou se soient connus? En avançant dans ce roman, des points communs émergent comme leur passion pour la peinture.

Pour son premier roman, Lucie Paye nous place en tant que spectateur impuissant du quotidien de deux personnes à la recherche de réponses à leurs interrogations.

Cet ouvrage ne laisse pas indifférent, et même si de nombreuses émotions et sensations s’entremêlent, j’ai refermé cet ouvrage avec un sentiment de paix de d’apaisement… – Hélène Ortial

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Il y a Elle et il y a Lui. Il y a deux moyens de combler l’absence, l’écriture pour Elle, la peinture pour lui. Il y a deux vies parallèles que l’on aimerait voir se rencontrer, mais qui ne pourront jamais se rencontrer. Il y a des blessures qui ne se referment jamais, des larmes que l’on ne peut endiguer et un manque qui jamais ne pourra se compenser. Il y a surtout une autrice, qui , dès le premier roman, a su toucher au plus profond le lecteur que je suis, avec cette écriture sensible, riche d’émotion, une langue riche d’affects. Il y a aussi ce lien avec la peinture, avec l’art, on remonte le temps à l’époque du Titien et de Jan Van Eyck. Surtout ce tableau énigmatique et à plusieurs lectures, les époux Arnolfini. – Michel Carlier

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Un peu empêchée par l’écriture à deux voix, lui et elle, au départ, je me suis ensuite laissée séduire par la plume poétique de l’autrice.

Il y a l’absence qui résonne fortement à chaque page,  il y a l’amour aussi. Un amour perdu, un amour d’errance, un amour enfoui au plus profond d’un corps malade. Elle.

Il y a la torpeur, l’effervescence, le doute, la vie chez Lui.

Et puis, il y a ce décor qui rappelle celui de Fenêtre sur Cour. Les œillades lancées vers les fenêtres parisiennes qui s’éclairent  à la fin du jour, qui donnent à vivre et à penser, qui créent une fausse proximité, un leurre de lien social dans la vie isolée de l’artiste qui fait danser ses couleurs et dort au milieu de son atelier.

Au milieu du roman, j’ai complètement habité les états d’âme de l’artiste et de la femme malade, j’ai contemplé les toiles du peintre, et guetté les courriers du personnage féminin. J’ai ressenti de nombreuses émotions et eu envie d’embrasser ceux que j’aime. Au-delà de l’absence, dans ma lecture, c’est l’amour qui a triomphé. – Anne Richard

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Chère Lucie Paye,
Je profite de cette journée de pluie et de gris pour vous adresser ces quelques mots sur votre roman lumineux. Je vous l’ai déjà dit, il m’a bouleversée. Et il résonne encore dans mon cœur et dans ma tête, tellement vous avez su trouver les mots justes pour raconter cette histoire…
Je ne dirai pas grand chose de l’intrigue, au risque de la déflorer trop vite, mais l’histoire de ce peintre qui travaille à trouver l’inspiration pour sa deuxième exposition et se pose tellement de questions sur son art me parle, moi qui tourne en rond sur la rédaction d’un deuxième livre. Ses interrogations m’ont bousculée et sûrement fait avancer. Vous avez su montrer, avec une grande délicatesse, les affres de la création et les doutes qui assaillent les créateurs. 
L’univers de la peinture me fascine et j’ai beaucoup apprécié y être plongée. L’escapade londonienne m’a rappelé des souvenirs précieux et votre écriture, délicate, poétique, visuelle aussi, m’a transportée. Je ne voulais pas quitter vos personnages. En bref, votre roman est mon premier coup de cœur de cette rentrée littéraire !
Merci aux 68 premières fois pour cette merveilleuse découverte et j’attends avec la plus vive impatience votre prochain livre !! – Gwen Langlois-Latour

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Il y a « Lui », un homme dont on ne connaît pas l’âge, juste qu’il vivait sur l’ile Maurice avant de rentrer sur Paris. Après la crise cardiaque de son père, il n’avait plus rien qui le maintenait là-bas. Il s’est installé dans la capitale qui l’a vu naître. Il a dû y rester jusqu’à l’âge de trois ans. Il est artiste peintre. Il s’est trouvé un appartement qui est aussi son atelier, à moins que ça ne soit l’inverse. Il cherche l’inspiration. Une femme s’impose à lui. Il n’arrive pas à la saisir, il essaie encore et encore, l’apprivoise.

Et puis il y a « Elle », une femme à qui le médecin a annoncé que son temps était compté, un an. Avec le compte à rebours, elle exprime sa dernière volonté, lui écrire.

Ce roman, comme tous ceux des 68 Premières fois, est arrivé dans ma boîte aux lettres. Je me suis réjouis de sa lecture parce que les fées veillent toujours sur de beaux berceaux, mais je ne savais absolument pas à quoi m’attendre. Et je me suis prise au jeu. En quelques pages, j’étais partie, happée par l’ambiance.

Ce roman, c’est d’abord un roman d’atmosphère, il y a le décor, décrit avec beaucoup de précisions, il y a les empreintes des états d’âmes aussi.

Il y a la nuit aussi qu’il laisse pénétrer et ses invités, les ombres, les silhouettes étrangères des logements d’en face qu’il cherche à percer.

Et puis, il y a cette femme dont on devine le tracé, un dessin succinct que l’artiste cherche à approfondir. J’ai été captivée par l’inspiration du peintre, ce personnage qui s’invite dans son esprit, le hante… jusqu’à la maîtrise de son sujet !

Enfin, il y a la puissance des mots, renforcée par la construction narrative à deux voix. J’ai été profondément touchée par la lenteur du propos et le brouillard des sentiments qui progressivement se dilue. L’histoire est sublime, éminemment douloureuse, un amour nourri de l’absence, de souvenirs… mais un immense amour !

La plume est délicate, les mots d’une sensibilité éprouvante, les phrases d’une langueur douce et rêveuse, le roman d’une beauté merveilleuse, la fin émouvante.

Je suis tombée sous le charme de ce premier roman. – Annie Pineau

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Ce livre nous plonge au cœur des tourments de deux âmes esseulées, de deux solitudes qui vont finir par être reliées sans forcément en avoir conscience.
Les deux personnages dont on entend les voix à tour de rôle sont très touchants et attachants, on a très envie de les serrer fort dans nos bras, d’apaiser leur inquiétude et leur désarroi.

Lui, peintre en mal d’inspiration, va voir surgir dans ses toiles la figure d’une femme évanescente et retrouver ainsi foi en son métier, en sa passion.

Elle, se sachant malade et condamnée, se met à écrire une longue lettre pour un être cher qu’elle a depuis longtemps perdu de vue, faisant ainsi remonter à la surface de douloureux souvenirs.

D’une écriture ciselée et très mélancolique, Lucie Faye nous touche en plein cœur et nous immerge en parallèle dans un monde sensible, celui de la peinture. – Boris Tampigny

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Deux voix se font entendre dans ce roman : Lui, peintre obsédé par une silhouette féminine et Elle, malade, sentant la fin approcher, se livrant par écrit à une personne qu’on lui a enlevé.  Cette absence les hante…Je n’ai pas été très emballée par cette lecture, que j’ai trouvé très lente et très monotone…L’écriture est belle, délicate et maîtrisée, mais je n’ai pas réellement ressenti d’émotions ou d’empathie pour les deux personnages… J’ai trouvé ce récit très froid et assez distant… Agathe Bertrand

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Une belle écriture, pour habilement, tisser les liens entre les deux cocons que ces deux solitaires ont parés de leurs peintures et de leurs rêves ; l’auteure nous amène à pas délicats, de peur que les fantômes s’envolent, dans ce tableau que l’artiste peint inlassablement, dans cette quête du regard qui échappe. La lumière, la douceur se glissent entre les tâches violentes pour nous faire espérer la rencontre. Tant ce livre ensorcèle, on les cherche nous aussi dans la foule, à une fenêtre, ces deux êtres dont l ‘histoire a été déchirée.

Une très belle découverte, un vrai coup de cœur. – Christiane Arriudarre

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« Pour la peinture, ma nécessaire conviction, c’est cet abandon pour laisser advenir. Retrouver ce cœur pur, naturel celui de l’enfant. Abattre les frontières entre le soi et le vivant de toutes choses. Et alors un échange incessant s’engage, extérieur-intérieur, un cycle naturel de revitalisation, d’auto-régénérescence incroyable. » Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier

« La toile écume sous les coups de son pinceau. Un flot en nuances de vert, brouillé par les vents. Une chape épaisse agitée de courants. Sous sa pression, la paroi s’ouvre sur une image : un jardin. Il y force son chemin, aveugle et voyant à la fois. Le grain de la toile, la pâte sortie des tubes deviennent écorce, tige, herbe, feuille, mousse. Au centre de ce jardin : une silhouette. »

Le 1er roman de Lucie Paye a été publié en mars 2020, alors que nous allions vers des jours empêchés. Les Cœurs inquiets entrelace deux vies intranquilles, elles aussi empêchées : Lui et Elle s’en partagent les courts chapitres.  

Lui, raconté à la 3e personne, est un jeune peintre ayant quitté, à la mort de son père, l’île Maurice pour Paris après qu’il a été repéré par Marc, galeriste affairé aujourd’hui à monter sa prochaine exposition, la deuxième.

Elle, est une femme malade, en fin de vie pour tout dire, qui se jette comme on se noie dans l’écriture d’une longue lettre à l’absent et nous ignorons si, avant le point final, elle retrouvera ce « tu » que déjà nous devinons familier. 

Le roman est construit sur le chassé-croisé de ces deux récits qui ne se juxtaposent pas, mais bien au contraire se tissent ensemble et se font écho.

LUI « […] ce n’est pas un soliloque. Tout juste un monologue. Parler seul, mais s’adresser à tous. »

ELLE « Le monologue est un exercice plus difficile que la conversation. »

On sent d’emblée qu’ils pourraient se rejoindre pour entrer en résonance : Lui dont le trait tente de saisir la vie qui s’est invitée sur la toile alors qu’Elle écrit à l’absent pour lui dire ce jour terrible où sa vie a trébuché. Sont-ils faits pour s’entendre ? pour s’attendre ?

Il se crée un mouvement étonnamment languide de la peinture à l’écriture et retour, toutes deux traversées par le secret et le manque, 

LUI « Il se rappelle les tableaux en legato, naissant les uns des autres. Il était une bouche béante. La matière coulait à flots de lui. Jusqu’à Paris. Jusqu’à maintenant, où plus rien de sort. Plus rien de juste. Il a beau essayer, il a beau forcer la peinture sur la toile. Il fouille, il rampe, il tourne en rond. Il est échoué, à sec sur une plage inconnue. Carcasse pleine d’un grand vide noir. »

par l’apparition évanescente et l’absence tangible, par l’amour que l’on n’a pu recevoir et celui, « immarcescible », que l’on n’a pu donner.

ELLE « Aimer c’est toi qui me l’as appris. Ce don, même le manque terrible n’a pas pu me le retirer. Accompagnée de toi, je pouvais continuer d’aimer. »

Elle et Lui sont deux énigmes en souffrance, pour le lecteur bien sûr, mais également pour eux-mêmes.

ELLE « Je ne voyais pas d’autre issue que celle de te retrouver. Je ne pouvais pas mourir, à cause de toi ; je ne pouvais pas vivre, sans toi. »

LUI « Il est comme un mineur qui a trouvé le début d’une veine, mais bute sur une paroi trop dure à entamer. Ce qu’il cherche est derrière. Il n’a pas d’autre choix : creuser, sans relâche. »

Creuser la veine artistique pour colmater les failles intimes, se risquer dans cette entreprise avec, pour le guider vers la lumière enfin révélée, le fil des cartes postales d’Ariane, jeune femme si bien prénommée, dont les mots, rares, tombent toujours juste. Avec son instinct économe, cette amie sûre et discrète a envoyé ces cartes comme autant de fils lancés dans l’espoir d’extraire ce peintre tourmenté de la « mélasse informe ». Comme j’aurais aimé qu’Elle, hélas bien vite résignée à mon avis, creuse avec la même opiniâtreté pour retrouver la trace de celui qu’on lui a ravi ! 

Il est à la fois très facile de résumer ce roman et très malaisé d’en parler sans déflorer le lent cheminement vers l’ultime révélation, celle que l’on pressent dès les premières pages et celle qui finalement advient au moment où un soubresaut inattendu réussit à déjouer notre intuition première. Lucie Paye n’œuvre pas en grands à-plats. Pour éviter un trop rapide dévoilement, seules de petites touches intimistes posées habilement çà et là finissent par composer le tableau d’ensemble dans les toutes dernières pages. Nulle fièvre, tout au plus ces cœurs inquiets vacillent-ils, tant ils se savent contraints par quelque chose de plus grand qu’eux, qui les dépassent et qu’ils s’expliquent mal.

LUI « Acharné à faire émerger quelque chose. Il ne sait même pas quoi. Il ne se le demande pas. Tout ce qu’il sait, c’est la solitude, l’insatisfaction permanente, l’acharnement, la rage de l’impuissance, l’inabouti perpétuel, l’âme toujours inquiète. »

ELLE « Je continue de t’aimer, malgré tout, au-delà de tout, sans limite. Nous avons prouvé, toi et moi, ensemble, que l’amour se moque de l’absence et qu’il n’est pas l’esclave du temps. »

Moi d’ordinaire si friande des écrits de l’intime, j’attendais ce roman voyageur avec impatience. Je ne saurais vous dire combien je suis chagrinée que la beauté froide du style de l’autrice m’ait empêchée de vibrer à cette histoire bouleversante. Comme le peintre observe de sa fenêtre la femme occupée à écrire de l’autre côté de la cour, cherchant à percer son mystère en imaginant une possible histoire, je suis restée, spectatrice, au seuil de ce texte. Je n’ai pu m’imprégner ni des questionnements d’Elle et de Lui ni de l’acuité de leur quête. À ma grande confusion, je n’ai pas su faire abstraction du travail sur la phrase à l’élégance aseptisée. J’ai en tête les mots de Fabienne Verdier (oui, encore elle) dans Passagère du silence : Dix ans d’initiation en Chine (Albin Michel, 2003)

« Tu as voulu traiter ta phrase en oubliant l’harmonie de la composition ; on sent le labeur […]. »

On sent le labeur… Bien sûr, la sincérité de l’autrice n’est pas à mettre en doute – c’est un 1er roman et je ne l’oublie pas – mais il me faut bien reconnaître avoir peiné à entrer dans ses mots. Le travail d’écriture, certes immense mais à l’apprêt trop apparent, m’a rendue peu sensible au montage pourtant bien orchestré à défaut d’être innovant, à la tension de ce roman d’atmosphère où, comme devant une toile, tout aurait dû n’être qu’émotion. 

Il lui a manqué « cet abandon pour laisser advenir » ; ce même abandon qui a manqué à la lectrice que je suis. – Christine Casempoure

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L’idée est belle. Des cœurs inquiets parce qu’ils se manquent, sans le savoir parfois, parce qu’ils se cherchent, sans le savoir toujours.

L’idée est belle, toute en discrétion, sans explications décortiquées. Nous n’en avons nul besoin ; nous comprenons bien vite ce qui relie le Lui et le Elle qui se répondent devant nous, sans se parler, sans se rencontrer ni s’entendre jamais, en se loupant encore, sous nos yeux toujours. L’idée est belle et il y a du très joli dans les lignes de ce premier roman. Certes on comprend vite, mais l’objet n’était sans doute pas d’écrire un polar. Certes, il y a quelques longueurs, un peu d’ennui, et, pour ma part, un inabouti pour le Lui qui m’a éloigné l’empathie…Laquelle j’ai beaucoup plus ressenti pour le Elle. Un fil d’Ariane tend vers la vie au bout du labyrinthe et l’inconscient dans son ombre, en guide insaisissable et pourtant inévitable, qu’on refoule sans cesse alors qu’il dit tout de nos énigmes, béances, obsessions et passions.

Ce premier est une vraie promesse, un peu accueillie par moi il est vrai, après lecture, comme une ébauche, mais une évidente, une belle, intrigante ébauche…Oui une promesse littéraire.

« Les arbres que le vent bat grandissent penchés. Ceux exposés à la sécheresse réduisent leurs feuilles. L’homme est pareil, il s’adapte. Mais prends garde aux fêlures cachées. Ne réponds pas à la sécheresse par la parcimonie ; ne choisis pas la fureur pour contrer la bourrasque ; ne laisse pas le silence habiter la solitude. Ne te ferme pas. » – Karine Le Nagard

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Les chapitres alternent entre « Elle » et « Lui »  sans que l’on comprenne, au début, le lien entre les deux personnages.

«  Elle »  une femme en souffrance, à la recherche d’on ne sait qui, pendant les premiers chapitres. Il faut attendre la page 48 pour apprendre qu’il s’agit d’un enfant, et encore plus loin pour comprendre qu’il s’agit de « son » enfant et comment il lui a été arraché.

C’est alors seulement que le lecteur comprend le lien  entre « lui », jeune peintre qui a gagné une certaine notoriété lors d’une première exposition et que son ami galeriste pousse à créer en vue d’une deuxième et « elle ».

Dans l’alternance des chapitres les choses s’éclairent petit à petit.

Ariane, l’amie du peintre va lui dire « Considère la peinture comme un langage, ton langage, c’est grâce à elle que tu donnes sens aux choses » mais ce n’est nullement facile.

Ces deux personnages sont en effet des « cœurs inquiets » on pourrait dire aussi « intranquilles »

Une très belle description des affres de la création pour un peintre qui pressent quelque chose qui se refuse à lui. – Marie-Hélène Poirson

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« L’absurde est la notion essentielle et la première vérité », A. Camus.

Coup de cœur pour ce très beau premier roman.

Deux récits alternent et mettent en parallèle deux vies :

Dans un premier, un jeune peintre en plein processus de création qui voit apparaître sur ses toiles une ébauche de femme mystérieuse. Cette femme lui est familière. Il va errer d’une toile à l’autre pour mener une quête dont il n’en est pas le maître, donner un sens à ce qu’il est et accepter.

Dans le second, une femme, qui, par ses lettres, délivre un amour absolu.

Un dialogue s’installe et dévoile au fil des pages, un secret, une vérité. L’auteur construit un jeu de miroir, un écho entre ces deux voix où les seuls mots d’ordre sont l’absence et l’amour.

C’est vraiment très beau ! – Alexandra Lahcène

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ELLE est en manque. On lui a arraché l’amour de sa vie. Elle aimerait tant le retrouver, lui expliquer. ELLE va mourir. Alors elle lui écrit sa quête, son besoin de lui faire savoir qu’elle a toujours été à ses côtés. « Aimer c’est toi qui me l’a appris. Ce don, même le manque terrible n’a pas pu me le retirer. Accompagnée de toi, je pouvais continuer d’aimer ». « L’amour se moque de l’absence…il n’est pas l’esclave du temps. » LUI peint. Au milieu de sa toile apparaît une femme. Qui est-elle ? Il laisse son pinceau le guider, mais il peine à finaliser son geste ; il ne réussit pas à capter son regard. Pourtant il a le sentiment qu’elle lui est familière… L’écriture est vive, précise, comme scandée par ces petits coups de pinceaux portés sur la toile. LUI a hâte de la (re)découvrir. L’auteure met beaucoup de poésie quand ELLE parle de son amour perdu. Les mots sont plus lents, plus doux. ELLE est tendresse. Et l’Art, omniprésent, qui les relie tout au long du roman. C’est beau, c’est très beau ! 1ère lecture de cette sélection des 68, jolie découverte et déjà un coup de cœur ! – Anne Laude

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Une femme écrit à son amour perdu. On se doute que ces lettres ne partiront pas tout de suite, n’attendent pas vraiment de réponse, sont plus un journal que des lettres d’échange.

Un jeune peintre récemment arrivé à Paris de l’île Maurice où il vivait avec son père, essaye de faire vivre sa peinture. Une mystérieuse femme apparait à demi dans la nouvelle série de ses tableaux. Qui est elle, d’où vient elle ?

Ces deux personnages vont se croiser sans jamais se voir, sans jamais se parler, deux destins croisés qui se répondent comme en écho.

Deux solitudes sur deux chemins qui ne s’uniront pas.  Chacun vit avec un vide, défini ou non, qui le poursuit.

C’est très beau, très doux et très réussi. – Emmanuelle Coutant

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Elle et Lui, rongés par le vide de l’absence. Elle écrit à son enfant, enlevé par un mari à 3 ans. Lui quitte son île chaude et protectrice pour peindre et exposer à Paris. Tout se précipite quand un visage de femme s’impose comme une intruse sur sa toile.

« Prends garde aux fêlures cachées. Ne laisse pas le silence habiter la solitude. Ne te ferme pas. »

Un amour maternel absolu. Une quête violente et salvatrice. – Corinne Tartare

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Un échange qui semble impossible entre deux êtres. A chaque chapitre,  l’un prend la parole, Elle et Lui alternent, comme un jeu de miroirs, comme s’ils se renvoyaient la balle.  

Lui, c’est un jeune peintre qui a quitté son île natale, Maurice, pour la France, après la mort de son père. Marc, qui anime une galerie d’art,  l’a fait venir à Paris après avoir remarqué la qualité de sa première exposition.  Alors qu’il a l’habitude de peindre des paysages mauriciens, apparait subitement sur ses toiles une femme dans différentes attitudes mais dont il n’arrive pas à dessiner les traits du visage. Perturbé, hanté par ce qu’il peint, il recommence à plusieurs reprises sa toile pour tenter de comprendre le pourquoi de la présence de cette femme. Les toiles sont sublimes, une exposition est programmée. Il travaille nuit et jour dans son atelier négligeant son amie Ariane qui estime que sa « peinture est sa rivale ». Il remarque cependant par la fenêtre la présence dans l’immeuble voisin d’une femme, d’une belle femme d’une cinquantaine d’années,  qui l’intrigue et le captive même.

Elle, c’est une femme qui écrit une lettre à son amour perdu. Au fil des pages,  il apparaît qu’il ne s’agit pas d’un homme mais de son fils enlevé enfant par son mari jaloux, enfant  qu’Elle n’a jamais revu malgré toute une vie consacrée à sa recherche. Elle est à présent malade, Elle va mourir et toujours confiante de le retrouver Elle lui laisse un message à travers ses différentes lettres.  Au début les écrits d’Elle sont très courts et plus le temps passe et plus Elle se confie, s’épanche,  sentant sa fin proche.

Ce livre par son contenu très orienté peinture me fait penser à celui de Maylis de Kérangal « Un monde à portée de main » avec de très beaux ressentis de l’artiste – « l’œil du peintre » –  dans la réalisation de ses œuvres. Lucie Paye explore le rapport de l’artiste à son œuvre et la part de l’inconscient dans le processus de création. Il y est fait plusieurs fois allusion au tableau d’un artiste flamand, Jan Van Eyck, représentant un couple austère, les Arnolfini. Lucie Paye n’a pas choisi par hasard ce tableau. En faisant quelques recherches,  j’ai découvert que  comme dans l’agencement de ce livre, il y a un miroir dans ce tableau qui montre ce que le spectateur ne peut voir de sa position.

Qui est-Elle ? Qui est-il-Lui ? Le lecteur connait à mi-parcours leurs secrets, alors qu’eux doivent encore le découvrir, et cela nous tient en haleine jusqu’à la toute dernière page du livre.  J’ai beaucoup aimé l’architecture du livre, ce dialogue distant dans l’espace et le temps, entre deux cœurs inquiets, envahis par l’absence, le mystère de l’autre, une quête sourde. J’ai été séduite par la plume de Lucie Paye, si poétique, si mystérieuse à la fois. – Françoise Le Goaëc

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« La toile écume sous les coups de pinceau. Un flot en nuances de vert, brouillé par les vents. Une chape épaisse agitée de courants. Sous sa pression,  la paroi s’ouvre sur une image : un jardin. Il y force son chemin , aveugle et voyant à la fois. Le grain de la toile, la pâte sortie des tubes deviennent écorce, tige, herbe, feuille, mousse. Au centre de ce jardin,  une silhouette.  Il n’y en a encore jamais eu dans ses paysages. « 

L’incipit de ce très joli premier roman  plonge le lecteur au cœur de la création artistique d’un jeune peintre qui, alors qu’il cherche l’inspiration défaillante, voit naître sous ses pinceaux une silhouette féminine et va désespérément chercher d’où elle vient . Quel souvenir enfoui, quelle réminiscence d’une autre vie fait ainsi irruption sur sa toile ?

« Les questions me taraudent. Aujourd’hui je commence à comprendre que leur réponse ne me sera pas donnée. Alors je vais tenter de t’en donner quelques-unes, à toi  mon bel et unique amour. »

En parallèle, une femme en fin de vie écrit à  son amour perdu, une lettre testament que le lecteur va lire en alternance avec les chapitres consacrés au peintre.

Avec une douce mélancolie  et beaucoup de finesse, l’autrice explore les tourments de la création,  l’absence et le manque, l’amour maternel inconditionnel, les non-dits et les secrets de famille…
Si j’ai vite compris le lien entre les deux personnages, cela n’a en rien nui au plaisir de lire ce roman délicat.  L’histoire d’un rendez-vous manqué bouleversant comme me l’a écrit la lectrice précédente.
Une autrice à suivre de près… – Catherine Dufau

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Un jeune peintre, une dame âgée, un enfant arraché à sa mère, un visage obsédant qui apparait dans une toile en train d’être peinte, une lettre qui prend des années à arriver au destinataire…

L’auteure use d’un exact dosage de fantastique, de poésie et de quotidien le plus banal pour donner vie à une histoire poignante, où la tristesse de l’absence et l’espoir d’une embellie se battent à armes égales.

Son écriture sensible sait entrecroiser les destins et les univers et offre (quelle bonne idée !) une très belle évocation de chefs d’œuvres de la peinture et de la sculpture qui illustre à merveille les sentiments des personnages. – Marianne Le Roux Briet

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C’est un roman à deux voix. Un dialogue qui s’instaure entre Elle et Lui. Lui vit à Paris, il est peintre, en proie aux affres de la création, en pleine préparation d’une prochaine exposition. Un jour, dans le dernier paysage qu’il lui reste à peindre avant le vernissage, il voit apparaitre une femme. Inconnue et pourtant elle lui semble si familière. Impossible de se défaire de ce visage, de cette silhouette qui reviennent constamment sous ses pinceaux. Trouver l’identité de cette femme tourne à l’obsession. Peindre sans relâche lui fera remonter le fil de sa vie.

Elle, vit ailleurs. Elle écrit une merveilleuse lettre à son unique amour, perdu depuis si longtemps. La lettre de toute une vie, pour révéler un amour qui défie le temps, qui n’a jamais cessé malgré l’absence. Comment fait-elle pour continuer à vivre, à espérer ? Tout est dit dans cette lettre bouleversante.

Le récit alterne entre Elle et Lui. Au départ, on ne sait qui ils sont l’un pour l’autre. Leur histoire se dessine au fur et à mesure que les indices se dévoilent de part et d’autre, par petites touches, avec délicatesse, comme sur la toile du peintre en pleine création artistique. Deux trajectoires de vie s’entremêlent, se rejoignent, soulèvent le pan des secrets de famille, des mensonges qui anéantissent les vies. Deux solitudes hantées par les fantômes du passé, par la douleur de l’absence, se rencontrent dans leur quête obsessionnelle de la vérité.

Lucie Paye signe un premier roman d’une grande intensité avec beaucoup de sensibilité et de poésie. À travers le drame vécu par ses deux personnages, elle explore les processus de création artistique, ce que peut révéler l’inconscient et nous offre une magnifique rencontre entre la peinture et la littérature. – Josiane Sydenier

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Que de belles découvertes nous réservent les 68 premières fois !

Un homme peint et l’image d’une inconnue s’invite sur la toile. Une femme au crépuscule de sa vie écrit à celui qu’elle n’a jamais cessé d’attendre, d’espérer, d’aimer. Leurs histoires se répondent et se rencontreront peut-être…

Les chapitres alternent entre « lui » et « elle », nous invitant dans les pensées des deux personnages, le lien entre eux se révélant bien vite à travers ses toiles à lui et ses lettres à elle. Chacun vit avec le poids d’une absence, chacun attend une réponse. Leur histoire, leurs histoires, m’ont touchée, mais je me suis surtout projetée dans son histoire à elle. Ô la terrible douleur…

Pour une première c’est une absolue réussite. Un texte juste, un parfait équilibre entre émotion et pudeur, entre nostalgie et espoir. Une preuve s’il en fallait que la délicatesse peut être force. – Delphine Queval

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Dans une autre chronique, je vous écrivais les belles rencontres réalisées grâce aux « 68premieresfois « .
Et ce roman en fait partie.

ELLE écrit une longue lettre, car elle se sait gravement malade ;
IL esquisse et peint sous nos yeux son histoire et ses tableaux.

Cette alternance de chapitres Elle / Lui , sans jamais donner de prénoms peut être déstabilisante mais j’ai fini par trouver le bon rythme et j’ai apprécié de LES retrouver à tour de rôle ; tous ces chapitres s’enchaînant avec une telle fluidité !

Très difficile de vous en dire plus sans trop en dévoiler. Sachez seulement que c’est une magnifique déclaration d’amour qui m’a totalement fait chavirer.

PS : J’aurais beaucoup aimé être au vernissage de l’exposition de Septembre et voir cette femme. Les musées sont encore fermés pour quelques jours mais j’ai une furieuse envie d’ y retourner très vite…

Merci Madame Lucie Paye pour ce premier roman très émouvant. – Marie-José Severin

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Court roman qui alterne entre le genre narratif et le genre épistolaire. 

D’un côté, nous suivons la vie d’un homme, « lui », un peintre qui a quitté Maurice pour venir vivre de sa peinture à Paris. 

« Lui » a débuté sa « carrière » de peintre avec des tableaux de paysages mais petit à petit « une femme » s’invite dans sa peinture. D’où vient-elle ? Est-ce la voisine de l’immeuble d’en face qu’il se surprend à espionner chaque soir ? Que veut-elle lui montrer ? « Lui » persiste dans son processus artistique afin de voir où cette femme peut l’emmener. 

De l’autre, nous lisons la lettre d’une femme, « elle », qui, avant son décès, écrit une lettre dévoilant ses sentiments à son plus grand amour. Son plus grand amour qu’elle a perdu et qu’elle espère retrouver de façon posthume avec cette lettre.

Le lecteur est forcé de s’interroger sur l’existence d’un lien entre « Elle » et « Lui ». 

Lecture rapide et agréable. – Ana Pires

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Lire aussi les billets de :

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/02/les-coeurs-inquiets-de-lucie-paye.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/18/les-coeurs-inquiets/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/les-curs-inquiets-de-lucie-paye.html

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/05/28/les-coeurs-inquiets-un-roman-de-lucie-paye/

Indice des feux – Antoine Desjardins

« Je le sais, qu’il va mourir pareil. Mais qu’est-ce que ça change, hein ? Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » – Jacques Chirac, Discours au sommet de la Terre, 2002

« Notre relation au monde. Notre manière d’interagir avec lui, de l’habiter et de l’accueillir. De le sentir, de le concevoir. Notre habileté à le lire, à le percevoir avec acuité. À le comprendre, à en reconnaître la complexité et les mystères insolubles. […] Le respect qu’il nous inspire. Le sens du devoir moral de protéger la nature, qui se développe en parallèle à cette relation-là. […] Ça ne sert à rien de vouloir sauver la planète. […] Ce qu’il faut sauver… ce qu’il faut rétablir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel on vit trop souvent en surface sans y être vraiment. Sauver notre relation à la nature, au vivant, parce que tout le reste en dépend. »  – Louis, dans la nouvelle Feu doux

Pour son entrée en littérature, le Québécois Antoine Desjardins a choisi le format court. Indice des feux est un recueil de sept nouvelles, de longueurs diverses, publié par les éditions canadiennes La Peuplade que j’affectionne particulièrement. Gyrðir Elíasson, c’est eux ; Christian Guay-Poliquin, aussi. Et tant d’autres.

À ma grande incompréhension, la nouvelle est un genre boudé en France, alors qu’elle n’a rien d’un genre mineur aux États-Unis où des noms prestigieux, Toni Morrison ou Joyce Carol Oates par exemple, n’ont pas rechigné à explorer cet exigeant genre de narration brève. Je suis heureuse, vraiment, que les 68 premières fois fassent ce pas de côté en sélectionnant un recueil pour cette session 2021. Qui sait, peut-être saura-t-il conquérir d’autres lecteurs engagés dans cette aventure de livres voyageurs ? et vous qui me lisez ?

Chacune de ces sept nouvelles – À boire debout, Couplet, Étranger, Feu doux, Fins du monde, Générale et Ulmus americana – est pour Antoine Desjardins l’occasion de dresser un constat écologique, de nous confronter aux changements que l’on observe depuis de nombreuses années à présent sans que grand-chose ait porté ses fruits pour y remédier. À ceux qui craindraient de lire un énième pensum, je dirai qu’ils font fausse route. L’auteur ne se pose ni en moralisateur ni en accusateur. Il raconte comment notre environnement est en train de changer, pour le pire, avec une simplicité désarmante qui décuple notre attention. Nous sommes loin, très loin, des vitupérations qui nous promettent invariablement l’apocalypse et, en cela, Antoine Desjardins s’assure d’avoir notre oreille. Du moins la mienne.

L’un des atouts de ce recueil, qui en a de nombreux, est de donner la voix à un « je » qui nous parle (le québécois marqué de la 1re nouvelle, À boire debout, dépayse et déconcertera peut-être certains lecteurs qui trouveront un petit lexique salutaire en fin d’ouvrage), pour exposer les questionnements qui sont les siens et devraient être les nôtres, puisqu’en prise directe avec nos quotidiens. Il n’y a pas de colère sourde ni de jugement manichéen, encore moins d’injonction comminatoire ou de revendication tempétueuse. J’y vois plutôt une invitation, une incitation à partager ses questionnements. Car si l’homme peut légitimement être tenu responsable des dommages causés à l’environnement, il ne faut pas oublier qu’il est le seul à pouvoir inverser le cours des choses, à concevoir une solution viable, durable et, avant tout, raisonnable. Il faut donc le prendre par la main, lui donner à voir ce qui ne va pas, ce qui pourrait être envisagé sans se le mettre à dos, si vous me passez cette expression, parce que cet homme, aussi imparfait est-il, est le maillon essentiel de la solution.

À cet égard, la nouvelle, Feu doux, occupe la 4e place, la place centrale, dans le recueil et je ne pense pas que ce soit un hasard, car elle lui offre son centre d’équilibre, un pivot autour duquel s’organisent, en parfaite symétrie, les autres nouvelles. Louis a été un enfant précoce et brillant, promis à un bel avenir. Que lui prend-il donc de tout plaquer pour courir le globe, de l’Inde à l’Australie, avec pour seul bagage un simple sac à dos ? Ses parents dont il faisait la fierté sont incrédules et inquiets, de même que son frère aîné Cédric avec lequel il a toujours eu une relation particulière :

« Louis, c’est avant tout mon petit frère, mais aussi quelque chose comme mon fils. »

Louis est selon les mots de ce dernier « Le genre de personne inspirante qui, contrairement aux gens comme moi, pourrait un jour transformer le monde par son œuvre, ses réflexions, ses idées. » Contrairement aux gens comme nous ?

Parce que toutes les vies sont interdépendantes, parce qu’elles partagent une même fragilité, Antoine Desjardins a choisi de faire dans chaque nouvelle un rapprochement entre l’homme et la nature. Rien de tapageur ni de trop utopiste, l’auteur est plus subtil que cela. En rattachant chaque récit à l’une des étapes marquantes de nos vies, dans ce qui nous est de plus familier – la maladie, le divorce, un déménagement, la grossesse, la vieillesse, et la mort qui ouvre et referme ce recueil – il nous engage, et cela vaut tous les discours militants. Ses personnages ordinaires menant des vies ordinaires, c’est vous, c’est moi, en ces moments où nous marchons sur un fil, plus qu’incertains quant à notre aptitude à rester « du bon côté de la ligne ».

Ainsi cet homme aviné et pathétique, qui ne peut plus rentrer chez lui parce que depuis le divorce son ex-femme s’est empressée de faire changer les serrures, va croiser un coyote chassé avec ses congénères de la carrière qui était leur territoire, les contraignant à s’aventurer au plus près des habitations pour trouver quelque subsistance et ne pas mourir de faim (Étranger)

« Durant près de trente ans, les coyotes ont occupé la crevasse de l’ancienne carrière sans déranger personne, quasiment invisibles même s’ils ne vivaient qu’à quelques centaines de mètres de quartiers résidentiels densément peuplés. »

De même ce jeune couple qui s’interroge quant à son propre enfant à naître alors que les baleines franches sont décimées, les baleineaux privés de leur mère, voués à une mort certaine au point que l’on pense l’espèce en voie d’extinction (Couplet) :

« Que ça se peut encore… un enfant… Un enfant, dans ce monde-là ? »

Et que penser de cette forêt, terrain de jeu des enfants, disparaissant sous les pelleteuses et le béton du nouveau quartier résidentiel, et induisant ce constat glaçant, posé là encore simplement, sans verbiage inutile (Fins de monde) :

« Toute bonne chose a une fin, […] tout ne change jamais que pour le pire. »

Enfin, l’acharnement thérapeutique de ce grand-père pour sauver son ulmus americana de la graphiose alors que le moment venu, il refusera qu’on lui administre les soins nécessaires, se disant invincible jusqu’à preuve du contraire (qui sera prouvé, évidemment) :

« La manière dont Grand racontait cette histoire, la tendresse qu’il insufflait aux mots, lui conférait une force d’enchantement prodigieuse, qui aurait su toucher n’importe qui, jeune ou vieux, sensible ou indifférent, candide ou amer. […] sa manière de la livrer était empreinte d’un inébranlable respect, de gratitude et d’amour. »

Je trouve que cette phrase dit très bien comment, dans ces courtes et moins courtes fictions, Antoine Desjardins nous raconte cette relation à soi-même, aux autres, à la vie, à cette Terre où couvent des feux mal éteints qu’il nous appartient de fixer durablement. Comme nous le glisse l’auteur, l’homme doit 

« Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

pour pouvoir encore longtemps apprécier comme l’adolescent de À boire debout

« Les nuages, la neige, le soleil. La lumière, la vraie lumière sur ma peau. Le givre dans [ses] cils. Le son de la glace écorchée quand on brake sec en patins. Le froid qui [lui] tire les muscles des sourcils. La chaleur pesante d’une canicule. Le vert tendre des plantes au printemps. Les fleurs de toutes les couleurs. Le bruit des feuilles mortes qui raclent l’asphalte en automne. Les branches des saules qui ressemblent à des mains tordues. L’odeur de bouette un peu salée du jardin après un orage. Les oiseaux. […] Les courses en rollerblade au bord de la rivière. Les bateaux sur le fleuve. Les lacs miroirs. […] Les sous-bois pleins de champignons. L’odeur des cèdres qu’on vient de tailler. »

Qu’elle est belle notre Terre, n’est-ce pas ?

Avec ses phrases rapides et chantantes, Indice des feux porte la nostalgie d’un monde en train de disparaître, et l’espoir qu’il puisse en être autrement. Antoine Desjardins signe là un 1er recueil d’une force renversante. – Christine Casempoure

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Indice des feux de forêt, c’est le nom de la page météo spéciale créée par la province canadienne du nouveau Brunswick et dédiée à ce phénomène, car avec le réchauffement climatique, les feux de forêt risquent de se multiplier et avec eux les catastrophes en tous genres.

Sous le titre « Indice des feux », le canadien Antoine Desjardins a écrit 7 nouvelles au rythme soutenu, dans une langue imagée, savoureuse mais parfois déroutante ; les récits sont indépendants mais il n’est pas difficile de les relier, tant chacun dit bien à quel point le changement climatique rend la vie douloureuse dans un monde déréglé et combien il fragilise l’espèce humaine face à la certitude de sa disparition prochaine.

Sans jamais faire la morale, l’auteur montre également comment la crise environnementale provoque l’angoisse existentielle de ces humains en perdition dans un monde qu’ils pensaient maîtriser mais qui leur échappe.

Tout au long de ces 350 pages, quelques éclats d’amour et de douceur, quelques manifestations d’empathie éclairent ça et là un paysage très noir, peuplé d’arbres qui meurent, d’animaux qui deviennent fous et d’humains qui marchent vers leur destruction.

Ce n’est pas une lecture très gaie, il vaut mieux ne pas lire les récits d’un seul coup sous peine d’arriver au bout en état de profonde déprime. – Marianne Le Roux Briet

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Ce livre fragmenté en 7 nouvelles garde la même ligne directrice, mettant en scène 7 destins touchés par le bouleversement d’une nature défigurée. Véritable révélation pour certains, combats personnels ou simples observateurs, c’est une prise de conscience du changement climatique ou détérioration du paysage et des répercussions environnementales. Dans chaque histoire l’auteur dévoile d’inquiétants phénomènes : disparition d’oiseaux, des baleines noires, transformation du décor, migration des coyotes, fonte de la banquise… Triste constat qui porte à une déstabilisation de l’équilibre physique et psychique des protagonistes.

C’est un sujet fort, traité avec sensibilité et colère sous-jacente, servi par une écriture imagée , essaimées de savoureuses expressions québécoises.

Antoine Desjardins ne donne pas de leçon, n’apporte pas de solution, il propose de prendre le temps de  » Reprendre racine ». – Corinne Tartare

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Le titre de cet ouvrage montre la voie, le chemin à suivre et qui relie ces sept mini-fictions, autrement dit nouvelles, de cet ouvrage. En fil conducteur, un indice commun à toutes se glisse dans ces histoires, singulières mais non extra-ordinaires, un indice qui nous rattache à la Terre. Une trame sur des incendies en cours, souterrains ou ravageurs, des feux dont le signal ne semble pas assez fort, visible, criant qu’il faille en démontrer des indices dans nos vies, nos bonheurs, nos malheurs, nos quotidiens pour se sentir concerné.

A travers ces récits, avec une tendresse infinie, Antoine Desjardins observe comment le Climat pollué, la Nature bétonnée, notre écosystème menacé, les animaux malmenés, exilés de leur environnement rejaillissent dans nos vies, loin des discours militants et politiques, loin des colères revendiquées, juste avec des ricochets, des échos, des ondes minimes mais réelles sur les eaux calmes, plus ou moins agitées, de nos cercles privés.

Les images riches, multiples, fondent l’écriture engagée mais non moralisatrice de l’auteur lequel ne craint pas l’exploitation parfois audacieuse de la métaphore, toujours généreuse, et bien souvent percutante afin que le lecteur ressente au plus près ce que traverse et rapporte le narrateur de chaque récit. Le livre ouvre sur une épreuve terrifiante et nous plonge dans les dernières heures d’un adolescent atteint de leucémie. La langue est, dans ce premier, châtiée : québécois fleuri, enlevé et imagé d’un français coloré à la neige, approprié par le nouveau continent. Elle sert très bien la vision du jeune, lequel, sans détours aucun, partage ses sensations de fin de vie, noyé par la fonte de nos pôles glacés régulièrement annoncés et décrits dans nos médias. La submersion, la vague qui engloutit et détruit, s’infiltre superbement dans l’expression de ce corps qui se dissout et de l’esprit qui s’en échappe : le parallèle paraît osé et pourtant ? Il sonne juste. Le ton est donné ! Et qu’ils sont beaux les mots qui disent le lien de la mère et l’enfant, des regards croisés sur le désespoir vain qui s’annonce….

Le choix du couple,  de l’enfance, la famille, de tous nos ancrages est judicieux pour rejoindre ce qui nous parle naturellement, ou devrait-on dire conditionnellement, face à une Nature oubliée, aux ressources pillées, exploitées, et non respectées. L’intérêt de ces textes réside dans la simplicité de trajectoires, d’anecdotes qui nous sont familières ; simplicité universelle en ce qu’elle rappelle le lien et l’affection qui nous unit quelque soit notre lieu de naissance. Universelle comme notre Terre planète dont les remous, les blessures nous incombent, nous bousculent, et nous obligent.

La fiction « Feu doux » retrace les étapes d’un enfant talentueux, promis à un avenir brillant et tout tracé, adoré par toute la famille. Ce benjamin génie surprendra pourtant tout le monde au gré de choix qui ne correspondent pas à une trajectoire plus attendue, de surcroit au vu d’un parcours étudiant récoltant excellences, bourses et diplômes, sésames d’une réussite sociale sans ombrage. Choix jugés de plus en plus marginaux, reprochés par les parents et proches au fur et à mesure où notre dernier né gagne en maturité et s’affranchit des attentes et des pressions sociétales. L’hébétude bienveillante du grand frère, lui inscrit dans un schéma « classique » de diplôme, métier, salaire, couple, achat…est réellement émouvante : entre inquiétude, agacement et aussi colère d’une différence dont il pourrait se vexer (qu’y a-t-il à fuir son mode de vie et donc lui ?), on le voit cheminer, se défaire d’une position rigide, tanguer à l’orée d’une réflexion plus poussée. « De moins en moins certain de savoir qui, de Louis ou de moi, se tenait du bon côté de la ligne, je me demandais plutôt si, tout ce temps, mon frère pouvait avoir compris quelque chose qui m’échappait. »

Si j’évoque là « Feu doux », c’est parce qu’y siège un autre fil rouge, indice commun au corpus de ce livre : l’instant où tanguent beaucoup de ses personnages. En douceur, sans brutalité,  s’immisce lentement une prise de conscience sans qu’on sache si elle provoquera des transformations ou non, et qu’importe puisque le parti pris est de ne pas juger. La prise de conscience pointe son bout de nez,  interroge un conformisme facile, souvent confortable et mérité, présenté comme une voie unique, modèle occidental d’une  normalité acquise et assimilée comme telle. « Alors que nous nous étions toujours contentés de peu, nous découvrions sous notre prétendue simplicité les empreintes profondes et tenaces de nos enfances banlieusardes, baignées dans le confort, l’abondance et la réponse matérielle immédiate à tous nos besoins, grands ou petits, véritables ou imaginaires. Sam et moi nous croyions affranchis de ce mode de vie, alors que nous roulions sur les mêmes autoroutes, usées depuis des décennies par des torrents de voitures identiques  à la nôtre. Inconsciemment, nous retombions dans les ornières confortables de l’habitude. »

Elle émerge, trouble, souvent avec gêne, embarras voire tristesse, et éveille une nouvelle pensée qui éclaire autrement le vécu intime pris dans un ensemble plus vaste. Point de bascule où l’on tremble peut-être d’avoir à réfléchir une place que l’on croyait installée et dont on connaît les repères ; de ressentir l’humilité de son existence devant l’immensité d’une Nature qui nous a toujours précédés ; de nous inscrire Un dans un grand Tout, maillon d’une chaîne d’être vivants, chaîne dont il faudrait rétablir l’équilibre, la cohésion. Par petites touches, Antoine Desjardins nous raconte face au changement de paradigme auquel, nous le savons bien, nous ne pourrons réchapper et choisit de nous y confronter avec beaucoup de bienveillance, de planter et semer avec le plaisant de la fiction les graines à récolter… dans le futur ?! – Karine Le Nagard

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Livre conséquent de 350 pages composé de 7 récits indépendants les uns des autres où le français et les tournures francophones de nos cousins Québécois se marient pour la bonne cause ; la sauvegarde de notre planète et l’écologie. On peut être, parfois, désarçonné par cette « parlure » mais ce n’est pas rédhibitoire pour la compréhension globale et on retrouve en annexe un lexique des expressions québécoises que le lecteur n’aurait pas eu le loisir de comprendre. Au global, l’importance des messages adressés par chaque récit comme leur structure et son appropriation a nécessité, chez moi, un certain temps de « digestion », l’ensemble est fort…

Comment ne pas être sensibilisé aux effets que notre environnement naturel a subi et subit encore si lourdement par la fuite en avant dans sa mise en péril par la race humaine avec pour la première de ses nouvelles la chronique simultanée des derniers jours d’un adolescent hospitalisé et celle des dernières catastrophes naturelles (fonte des glaciers, inondations, attaque d’ours) auxquelles ils assistent alors que son élan vital s’éteint… Une similitude entre une planète qui se meurt et ce malheureux narrateur condamné par une leucémie, enfermé dans l’aile d’autres jeunes aussi condamnés par la maladie . Une nouvelle chargée en émotions ; une série de catastrophes naturelles et un jeune qui se meurt qu’il faut déjà digérer avant d’aborder les suivantes.

Second témoignage dans « Couplet » titre reprenant en intitulé le nom d’une baleine dont le narrateur s’est attaché. Ici c’est le témoignage d’un jeune couple amoureux prêt d’avoir un enfant, partageant par ailleurs la passion du spectacle offert par l’océan et la survie des baleines grises dont le cycle de reproduction est gravement entaché par une planète en péril. Là aussi, l’auteur met en parallèle la disparition des baleines et de leurs petits et le délitement du couple face à l’usure et à l’intérêt de voir vivre leur l’enfant en gestation dans un univers où l’humain détruit les plus beaux spectacles naturels.

Pour « Étranger », c’est la nuit d’ivresse de Samuel Légaré, en rupture de couple, de relations sociales, confronté à une sorte de revanche de la nature, ici aussi outragée par la destruction d’une réserve naturelle dont les coyotes s’attaquent au milieu urbain et à ses habitants, faute de foyer. Nouvelle plaidoirie pour la fin des destructions de lieux naturels par l’être humain sous peine d’un retour de bâton.

« Feu Doux est le récit de vie des générations actuelles, multi diplômées, à l’avenir supposé doré qui refusent, au grand effroi de leurs aînés, la surconsommation et la destruction massive et progressive de la planète par l’être humain. Le narrateur va ainsi dresser le portrait du plus jeune de ses frères, Louis, qu’il a pratiquement élevé, indiscutablement surdoué et à l’avenir professionnel sûr se mettre progressivement en marge des siens et de la société pour revenir à ce qu’il considère être le fondement de toute vie humaine ; se mettre au service de la protection de la nature et y vivre le plus simplement possible. Sacrifier tout, rompre avec sa famille pour aller au bout du combat d’une vie au rythme de la mère nature. 

« Fins du Monde, c’est le récit d’une bande d’adolescents qui se crée, se renforce, s’affronte et se construit sous les augures d’un terrain vague et de son bois. Espace de liberté donc mais qui ne le restera pas suffisamment longtemps, victime de la volonté hégémonique de sournois promoteurs…. Aménagé, s’il reste dans un premier temps un espace de liberté,  source de jeux et d’histoires sortis de l’imagination du narrateur et de ses jeunes complices, il devient privé et prive ainsi cette bande de sa complicité avant qu’elle ne se dissolve, sans retour. Nouvelle atteinte funeste à la nature que les deux derniers récits « Générale » et « Ulmus Americana » vont encore accentuer entre le récit d’enfance autour d’une tante, marginale mais première défenseure du respect de la nature et de sa faune et de sa disparition inexpliquée pour l’avant dernière nouvelle et l’amour d’un grand-père pour l’orme qui borne son terrain et dont il fait le récit d’une histoire millénaire, source de légendes inépuisables dont il nourrit son petit-fils pour le dernier des récits…

L’ensemble de ces nouvelles ne peut qu’interpeller le lecteur, c’est un plaidoyer / testament pour le respect de notre planète et de la nature  riche combinant joies, tristesses, faits et constats. Le style narratif est de qualité, les images et descriptions fortes, une belle lecture, tout à fait dans l’air du temps. – Olivier Bihl

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Voila un format original pour les 68 premières fois, 7 récits indépendants mais liés entre eux.

Pour moi 7 récits inégaux et commençant surement par un de ceux que j’ai le moins appréciés ce qui a rendu mon entrée dans l’univers de l’auteur un peu difficile.

Pour la même thématique et sous le même format, j’ai de très loin préféré « Elle est le vent furieux » recueil de nouvelles de 6 autrices, absolument magnifique, ou, sous un format diffèrent « Refuge » de Terry Tempest Williams découvert grâce à un échange.

Ceci étant, mon ressenti a beaucoup évolué en fonction des textes et j’avoue avoir été totalement cueillie par le tout dernier et le lien incroyable d’un petit-fils avec son grand père et un arbre centenaire. Pour moi le vrai trésor de cet ouvrage.

Pour les autres je crois malheureusement que je suis passée à coté.

Les rendez vous manqués ça arrive. – Emmanuelle Coutant

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A la place d’une avalanche de chiffres et de jugements moralisateurs, pour parler d’écologie,  Antoine Desjardins a choisi une autre voie. Il nous raconte l’histoire de gens ordinaires comme vous et moi, des gens confrontés à  des événements qui ont un impact sur leur vie. Et forcément on s’identifie facilement aux personnages, et l’émotion qui nous étreint le cœur lui permet de nous sensibiliser. Ce livre ne raconte pas des histoires post-apocalyptiques, non il raconte des histoires actuelles. Parce que rien de ce qui se passe aujourd’hui n’est anodin !

Son projet, celui de noter son malaise persistant de vivre dans un monde où tout s’effondre dans l’indifférence générale, a abouti au fil de l’écriture à un recueil de nouvelles.
7 nouvelles avec ce fil rouge de l’écologie et des désastres en cours, 7 nouvelles avec un style différent, une tonalité différente pour multiplier les points de vue et amener le lecteur à avoir envie d’en savoir plus, à se faire sa propre idée.
Et à partir d’événements courants, auxquels nous avons été (ou sommes ou serons) confrontés,  l’annonce d’une grossesse, un déménagement, un divorce, la maladie, la mort… il nous parle de notre façon d’être au monde, de ces points de bascule où quelque chose s’éveille dans l’esprit,  avec beaucoup d’humanité et  de bienveillance. Ce qui n’empêche pas  la violence de certaines histoires de nous prendre aux tripes et au cœur. L’écriture est superbe, vivante, imagée, flamboyante parfois, laissant la part belle à la parlure québécoise, plus ou moins selon les nouvelles et c’est toujours un régal.
7 nouvelles et pourtant ce livre forme un ensemble remarquablement cohérent qui imprégnera la mémoire de ses lecteurs pour longtemps… – Catherine Dufau

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Notre planète est en danger. Jusque-là, malheureusement, je ne vous apprends rien. Ce que je peux, je dois, vous faire découvrir c’est le recueil de nouvelles d’Antoine Desjardins, qui écrit avec talent sur ces maux d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Avec beaucoup de tendresse, il sait mettre des mots sur ce fera notre malheur si nous ne faisons rien : la fonte des glaces ou encore la disparition d’espèces.
Grâce à ses 7 nouvelles, Antoine Desjardins attire notre attention. Avec subtilité, il plante un décor, une histoire, des personnages. Si la catastrophe arrive, c’est bien que tout ceci n’aura pas joué son rôle de barrière, n’aura pas alerté sur l’imminence du danger…

Antoine Desjardins ne dénonce rien. Il annonce… Des feux sont allumés un peu partout autour de nous. Qu’ils soient proches ou lointains, nous ne pouvons pas ignorer ces indices… – Audrey Lire & Vous

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Pas facile pour moi d’émettre des réserves, d’exprimer de manière constructive un avis peu enthousiaste après une lecture. Pas facile d’avoir le sentiment d’être globalement à contre-courant..
Néanmoins, c’est ce qui m’est arrivé à la lecture de ce recueil de nouvelles..
Pourtant, je n’ai rien contre ce genre, ce format. Au contraire, j’ai un goût prononcé pour l’efficacité des histoires courtes…
Je ne suis pas gênée non plus par le langage fleuri et imagé du québécois. Ça ajoute au dépaysement de la lecture !
De plus, je me sens objectivement plutôt concernée par l’écologie et les inquiétudes environnementales…
Mais…
Mais ces textes qui se succèdent m’ont juste fait l’effet d’un listing des dérèglements, des problèmes, des drames présents, passés et à venir. Sous un vernis peu convaincant d’histoires individuelles, par l’intermédiaire de protagonistes que j’ai finalement trouvés peu attachants , il s’agit là de souligner les divers signes tangibles des problématiques écologiques (montée des eaux, disparition de certaines espèces animales, feux de forêt….), d’évoquer des attitudes humaines plus ou moins positives, des essais de réaction constructive, des idées pour faire face…
Oui . Bon . Mais….
Je me suis lassée, le propos et la manière de le porter ne m’ont pas convaincue.
Deux des nouvelles sont parvenues tout de même à me toucher. Celles énoncées à hauteur d’enfant ou d’adolescent. Celles où le narrateur exprime de manière sensible et animée les émotions qui le traversent, puissantes, incarnées, authentiques, dans des tranches de vie charnières (face à la mort, et dans ce passage de l’enfance à l’adolescence).
Bref, une lecture mitigée pour moi… – Christine Gazo

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Un recueil de nouvelles à garder à portée de lecture, pour de temps à autre s’imprégner à nouveau de l’ambiance particulière de l’un ou l’autre texte.

Ce sont sept textes, très différents les uns des autres, dans leur longueur, le style d’écriture (ne pas s’effrayer par le joual de la première nouvelle, elle offre un exotisme transitoire, dont il faut profiter avec décontraction), les personnages variés de l’enfant au vieillard, des femmes et des hommes, aussi divers que les passants sur un trottoir, même si à chaque fois le narrateur est masculin. Mais  derrière les différences, un leitmotiv, un bilan sans appel, un requiem pour une humanité prise aux pièges de son incurie.

Et malgré tout, de l’espoir derrière le chant funèbre, car chacun des personnage imagine ou met en oeuvre des solutions, à son échelle, mais avec conviction. (Sauf peut-être dans la première nouvelle, faute de possibilité pour l’enfant malade d’agir, sinon en exprimant sa colère contre l’injustice  de son sort) .

C’est lumineux, autant que la couverture, malgré l’inéluctable. D’ailleurs à y bien regarder, sur cette couverture, on peut y ressentir  la brûlure d’un soleil non filtré, la sécheresse d’un arbre assoiffé, et la montée des eaux .

J’ai aimé chaque texte, et eu l’impression de lire autant de romans, tant il en ressort à chaque fois une puissance narrative qui vous attire au delà des mots. – Chantal Yvenou

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Il est assez difficile de résumer cet ouvrage composé de sept histoires indépendantes mais elles sont une source de questionnement sur des questions d’actualité en matière environnementale.
Au travers de ces récits, des personnages aux profils sociaux très différents s’interrogent sur notre rapport à la nature et le devenir de notre planète. Même si ces histoires sont fictives, elles ne laissent pas indifférent car elles sont très parlantes et elles nous font toutes réfléchir sur nos habitudes. Pourquoi les oiseaux peuvent-ils disparaître? Est-ce que de plus en plus d’animaux sauvages vont se rapprocher de nos habitations ? Comment lutter contre la disparition des baleines noires ou encore la montée des eaux ? Nous nous rendons compte que les questionnements restent les mêmes que nous soyons en France métropolitaine ou au Québec.

Je tiens à féliciter Antoine DESJARDINS pour ce premier ouvrage.
Même si le sujet est assez sérieux, j’ai au début été assez amusée car je ne comprenais pas les termes employés par l’auteur. Je pensais ne plus être à la page pour comprendre le langage de l’adolescent employé dans la première histoire. Puis j’ai rapidement réalisé mon erreur… Cet ouvrage est écrit en québécois. J’ai apprécié que l’auteur propose dans ses annexes une traduction des termes que nous n’employons pas en France métropolitaine.

J’ai aimé la manière dont Antoine DESJARDINS a terminé chacune de ses nouvelles. C’est une véritable porte ouverte vers une interprétation personnelle de celles-ci. J’y ai vu une possibilité de laisser un espoir vers l’avenir si nous arrivons à changer les choses.

Même si les sujets sont graves, l’écriture n’est pas moralisatrice. Elle pousse avant tout à la réflexion. C’est pour cela que cet ouvrage à l’écriture fluide est très accessible car ses sujets sont parlant pour tous que l’on soit fervent défenseur de l’environnement ou non… – Hélène Ortial

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Mon deuxième coup de cœur de l’année revient à un recueil de nouvelles québécois. Sept nouvelles très diverses reliant intimement une angoisse existentielle individuelle à un aspect de la crise environnementale. Chacune met en scène un personnage qui doit composer avec un monde en perte de sens.

Le tour de force vient du ton choisi par l’auteur, jamais moralisateur, sans aucun surplus didactique lourdaud pour réveiller notre conscience écologique et nous éveiller aux enjeux environnementaux. Et toujours à hauteur d’hommes et de femmes, qu’il s’agisse d’un enfant, d’un adolescent, d’un fils, d’un frère, d’un grand-père. Antoine Desjardins s’abstient de donner des réponses pour laisser le lecteur chercher les siennes ou sonder son âme, réfléchir à son propre rapport au vivant.

Parmi les sept, trois m’ont particulièrement touchée :

  • « A boire debout », percutante avec ses québécismes et son humour insolent, mettant en scène un très jeune cancéreux hospitalisé pour une leucémie incurable. La météo apocalyptique (pluie diluvienne, inondations liées à la montée des eaux suite à la fonte des glaces) est au diapason de sa rage.
  • « Feu doux », bouleversant témoignage d’un grand frère qui voit son frère disparaître et se retirer du monde conventionnel pour vivre ses convictions orientées vers la décroissance. Certaines pages sur la relation fraternelle sont absolument sublimes et déchirantes.
  • « Ulmus americana », tout aussi bouleversante de nostalgie et de douceur d’un petit-fils qui voit son grand-père disparaître et le laisser avec son extraordinaire orme auquel il avait consacré toute sa vie pour le protéger de la graphiose.

La construction est parfaite dans l’agencement des nouvelles, avec les trois pré-citées pour ouvrir le bal, encadrer les autres et clore le recueil, le tout porté par une écriture toujours très maitrisée et déliée, s’adaptant à chaque fois au rythme et à la musique de la nouvelle concernée. Je referme ce premier roman épatée par le talent de ce jeune auteur, sans être désespérée par le chaos éco-anxiogène décrit mais au contraire réconfortée par la chaleur humaine qui se dégage de cette œuvre intelligente et profonde. – Marie-Laure Garnault

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Indice des feux est un recueil de nouvelles canadien, mais pas de panique, l’auteur a gentiment intégré un lexique à la fin de l’ouvrage ! Merci pour cette attention !
Le lien entre toutes les nouvelles du recueil est l’environnement et les dégradations qu’il subit actuellement. En tous cas, c’est ce que nous dit la quatrième de couverture. C’est très vrai, mais je ressors surtout de cette lecture avec la sensation que ce qui est au coeur de ce recueil, c’est bien l’être humain, entre autres dans son rapport avec l’environnement, mais pas seulement. En cela, ce recueil est bien plus riche que ce qu’on pourrait croire… et il est très très dense !
Évidemment, j’ai préféré certaines nouvelles. Évidemment, celles où le vocabulaire québécois est plus présent m’ont posé plus de soucis de lecture et de compréhension (surtout la première, j’avoue !). Évidemment, j’ai aimé cette découverte, d’abord parce qu’on lit beaucoup moins de nouvelles que de romans, et que cette lecture m’a rappelé combien cela pouvait aussi être savoureux, riche de sens et de réflexion, mais aussi parce que j’ai aimé l’écriture d’Antoine Desjardins et sa façon d’aborder les sujets qu’il a choisis. J’ai hâte de lire son prochain ouvrage ! – Gwen Langlois-Latour

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Indices des feux est un recueil de 7 magnifiques nouvelles que j’ai trouvé toutes très abouties. L’écologie est le fil rouge qui les relie. C’est chaque fois écrit à la première personne mais ce n’est jamais le même personnage qui nous raconte une petite tranche de vie emblématique du monde contemporain, des faits de la vie courante, la vie, la mort…

Le  parler québécois employé pour la première nouvelle m’a un peu interloqué. J’ai craint que toutes les nouvelles soient rédigées dans ce langage, moi qui n’aime pas les romans écrits en argot des banlieues françaises. Mais ici il y a la petite touche exotique qui m’a touchée et cette écriture correspondait bien au jeune ado atteint d’une leucémie foudroyante. C’est la gorge serrée que j’ai terminé ce texte écrit cependant sans pathos. Pour ses autres nouvelles Antoine Desjardins montre qu’il sait très bien manier notre langue. Un des charmes incontestables de ces nouvelles est cet accent canadien qui m’ a accompagné pendant toute la lecture de ce texte aux expressions savoureuses.

Au fil des nouvelles l’auteur aborde tous les thèmes de l’écologie, le réchauffement climatique, les pluies torrentielles, les arbres malades, les oiseaux impactés, les baleines. Est-ce raisonnable d’avoir un enfant dans ce monde malade? Faut-il continuer à vivre comme si de rien était ou bien se retirer du monde? Ces textes engagés, mais jamais pesants, ne sont pas tristes, seulement sensibles et mélancoliques. J’y ai ressenti toute la tendresse que l’auteur éprouve pour ses différents personnages, son amour du prochain et surtout de sa famille. 

Pour moi un auteur à suivre! – Françoise Floride

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Indice des feux est un recueil de nouvelles canadien rafraîchissant en cette période de réchauffement climatique.

Chaque nouvelle aborde un thème écologique (réchauffement, fonte des glaces, déforestation, disparition des cétacés, des oiseaux…) et narre une histoire personnelle qui y est liée.

Les personnages sont attachants et souvent atypiques.

Ce qui donne des nouvelles agréables à lire car le ton n’est en aucun cas moralisateur. C’est juste un constat, à chacun d’en tirer parti. – Michèle Letellier

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Composé de sept récits ou nouvelles, ce livre au titre énigmatique traite du déclin de la nature, de la façon dont nous, humains, contribuons par imprudence, paresse, ou négligence souvent, à dégrader encore plus ce qui nous entoure, nous environne et nous façonne, comme si nous ne savions plus (en) prendre soin. Loin d’être militantes – ou même moralisatrices – ces histoires nous parlent avant tout de nous, avec tendresse, chaleur mais toujours sans complaisance. C’est un livre d’une grande beauté, optimiste, mais aussi pénétré du gâchis et de la douleur des hommes. “Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître.” – David Guerrinha

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Voici un recueil de nouvelles qui est le bienvenu !
Avec plus ou moins d’expressions qui lui sont propres , Antoine Desjardins , auteur né au Québec , nous conte la nature et son évolution , voire sa destruction.
Est il finalement difficile pour un adolescent de mourir d’une leucémie quand le déluge est imminent ?
La disparition des baleines peut elle perturber un désir de naissance ?
Serons nous bientôt envahis par des mammifères qui fuient leur habitat ?
Ne vaut il pas mieux se consacrer à nos ressources naturelles plutôt que de se laisser guider par le profit ?
Les oiseaux choisissent ils de nous quitter pour un havre plus calme ?
Que nous raconte les arbres ?
La nature est le fil conducteur de ces sept nouvelles originales et diverses , leur lecture nous amène naturellement à réfléchir sur notre évolution. – Anne-Claire Guisard

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Antoine Desjardins présente différentes façons d’ouvrir les yeux sur la vie, le vivant et de combattre « l’insignifiant, l’irresponsable et l’insensible ».

Chaque fiction a une écriture différente, un rythme différent. C’est très bien écrit. Ce n’est pas moralisateur ou prédicateur, l’auteur laisse à chacun le soin de se confronter à ses propres contradictions.

« À boire debout » est superbement écrite, c’est là que commence ce silence, ce fil conducteur, à mes yeux, de toutes les fictions.

Chacune des fins de ces fictions est un nouveau départ possible, c’est très intéressant.

Plonger dans cette lecture aux accents québécois a été un plaisir. J’y ai découvert des termes et expressions, inconnus à mes yeux et mes oreilles, qui m’ont fait sourire. – Stéphanie Justin

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Voici une lecture bouleversante. Bouleversante, pour moi car mes attaches québécoises de cœur, de partage, et d’amitié sont inépuisables et insatiables,  et que la première nouvelle d’Antoine Desjardins a résonné en moi, comme autant de caresses, d’ivresses, et de complicité. Nous vivons avec le héros la fin d’une jeune vie, et les mots ont le bonheur de transcender ces douleurs, cet effroi, cet éloignement. Ainsi la langue dépasse parfois la réalité pour la rendre supportable et c’en est presque injuste, car la vérité reste tue sous l’envolée de ces mots d’hier et d’ailleurs. Et le reste s’enchaîne,  désabusé, morbide, défaitiste. Je pense que j’aime tant le Québec que même l’horreur des ces nouvelles, désespérantes, cruelles, amorales et déplorables, sont pour moi moins dures à affronter. Donc objective, je ne le suis pas, mais pouvons nous être objectifs. Je ne pense pas, et j’espère même le contraire. Restons dans notre corps et notre cœur sensible. Indice de feux, c’est autant d’indices de mort, de suicide humanitaire accepté, de déchéance, d’un monde qui court à sa perte et y court vite, yeux fermés, cœur et raison verrouillés, âme en berne. Écrites par un non québécois, je n’aurais pas résisté, j’aurais laissé là ces pages découragées. Mais c’était lui, et c’était moi. Presque un coup de cœur, un cœur blessé. Ce livre reste en moi. Merci. – Martine Magnin

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La pluie ne cesse de tomber depuis des jours, entraînant des inondations sans précédent dans toute la région. Un ado atteint de leucémie regarde, de sa chambre à l’hôpital, la pluie ruisseler sur la vitre. Un jeune couple bientôt parent est profondément affecté par la disparition progressive des dernières baleines noires qui viennent s’échouer, blessées par les filets des pêcheurs. Un homme ivre rôde autour de la maison de son ex compagne et tombe nez-à-nez avec un coyote venu fouiller les poubelles. Il s’appelle Samuel Légaré. Le petit dernier d’une grande famille, surdoué, s’affranchit de toute richesse pour aller parcourir le monde, engagé dans une démarche écologique militante, au grand dam de son frère aîné qui se demande ce que le benjamin a trouvé qu’il n’a pas compris. Des gamins s’approprient un terrain vague bientôt remplacé par un chantier qui, une fois achevé, signera la fin de leur enfance. Des oiseaux quittent un jour toute une région pour s’en revenir inexplicablement quelques mois plus tard. Un vieil homme soigne un orme centenaire pour le protéger de la graphiose, avant de succomber à un cancer. Le fil conducteur de ces sept nouvelles, c’est le Québec, et aussi les rapports qu’entretiennent les hommes avec le monde qui les entoure. Celui-ci change, et par forcément pour le mieux : certains des personnages en ont conscience et agissent, trouvent des solutions, tandis que d’autres assistent à ce bouleversement avec une sorte de passivité résignée. Chacun de ces micro-récits est là pour le rappeler, sans jamais cependant être moralisateur : la maison brûle et nous regardons ailleurs, comme l’a dit un jour un ancien président. – Emmanuelle Bastien

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Merci aux Fées des 68 premières fois pour ce choix surprenant et remarquable !

Ce recueil de sept nouvelles met en scène des perspectives intérieures à l’égard de la problématique écologique et des dérèglements climatiques.

Dans un souffle d’espoir, on y rencontre ainsi  un jeune adolescent rongé par la maladie, dévoré par des songes, un couple face à la disparition d’un cétacé qui mène une réflexion sur le bien fondé de mettre au monde un enfant, le retour aux sources d’un frère (ma préférée celle-ci…), la rencontre avec un coyote, la disparition d’un terrain de jeu, la disparition des oiseaux qui ont un message à délivrer et qui fait place au silence et un orme malade.

Toutes ces nouvelles ont un fil conducteur : l’incertitude d’un avenir, le lien indéfectible entre l’Homme et le monde qui l’entoure.

Tous ces personnages convaincus du bien fondé de cet éveil, oscillent entre l’action  et la continuité d’une vie raisonnable, confortable, une forme de déni.

Je ne peux que saluer ce travail magistral : Antoine Desjardins est talentueux, l’écriture est soignée, recherchée et tout en sensibilité.

C’est à la fois profond et flamboyant. Desjardins nous dit les maux de notre monde sans nous juger, sans nous moraliser !

A nous de trouver nos propres réponses… – Alexandra Lahcène

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Ce recueil de nouvelles est un coffre aux trésors renfermant émotions, tendresse, humour au service de la cause écologique. Chaque nouvelle en effet, quand elle n’est pas directement liée à un problème écologique, y fait toujours allusion, comme c’est le cas dans étranger, l’histoire de cet homme qui noie son désespoir dans l’alcool, et qui se retrouve en ville, face à un coyote.

L’auteur a su enrober les grands maux de l’humanité dans des récits passionnants réveillant les émotions du lecteur :

Dans « A boire debout », il raconte la lente agonie d’un adolescent atteint de cancer, qui, pour toute distraction, écoute la radio qui lui apporte des nouvelles de notre planète, et pas de bonnes nouvelles !  Pluies, montée des eaux, populations réfugiées, disparition des ours polaires… une nouvelle triste et préoccupante, dont l’écriture relève du génie, particulièrement à la fin.

La deuxième s’intitule couplet, ce n’est pas celle que j’ai préférée : elle mêle l’histoire d’un jeune couple dont la femme attend un enfant, et la disparition des baleines noires. Si la fin pose une question concernant la mise au monde d’enfants humains qui se justifie, je l’ai trouvée assez violente et ne cadrant pas avec les personnages et l’ensemble de la nouvelle.

Feux doux, la quatrième, raconte l’histoire d’un homme attaché à son jeune frère, élève brillant, étudiant à l’avenir prometteur, si cet avenir toutefois, se place dans les normes de nos sociétés, incluant la carrière, la fortune et les relations. Mais ce frère conscient du malaise de la planète, prendra d’autres chemins…

Dans « fin du monde », notre héros, jeune adolescent, s’est approprié un beau terrain de jeu, un bois à l’état sauvage à la sortie de la ville, territoire de prédilection pour les bêtises, les cabanes, la liberté d’agir en cachette des parents, en bande de préférence… Mais à la sortie de l’hiver, il voit cet espace rasé et prêt pour la construction d’un lieu de résidence, la ville s’étend au détriment de la nature.

Dans « générale », le narrateur raconte l’histoire de sa tante Angèle qui toute sa vie, va montrer à quel point son dynamisme la porte pour défendre les oiseaux qui se sont installés sur son terrain et disparaissent soudainement.

La dernière sera celle que j’ai préférée : amour, tendresse et complicité d’un jeune homme et de son grand-père. Ce grand père qui lui raconte son arbre, un orme centenaire en danger comme les autres arbres de cette espèce, menacé par la graphiose. Dans cette nouvelle, on lira un magnifique conte du grand-père.

L’auteur, par un savant mélange d’émotions et de catastrophe écologique, semble avoir trouvé le mode d’emploi pour tirer la sonnette d’alarme et faire prendre conscience des dangers qui menacent l’humanité. Ce livre devrait donc être lu à grande échelle. Je vous recommande cette pépite ! – Roselyne Soufflet

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Sept nouvelles québécoises  de longueurs variées entre 68 pages et 26 pour la plus courte réunies par cet  auteur de « la belle province. » On y retrouve dès la première le langage le langage fleuri parsemé de « osties » et de « Tabernacle ».

La première nouvelle «  A boire debout » est la plus forte car elle raconte à la première personne la fin de vie d’un adolescent atteint de leucémie. C’est très fort.

Je pense que c’est surtout celle-ci qui me marquera. Malheureusement dans les recueils de nouvelles c’est souvent le cas : on n’en retient qu’une ou deux.

Les autres nouvelles ont presque toutes une connotation écologiste

  • Est-ce que ça se peut encore… un enfant dans ce monde là. pour COUPLET
  • Quel destin un individu brillant  se choisit il dans ce monde ? pour FEU DOUX
  • La bétonisation d’un environnement pour FINS DU MONDE
  • Les oiseaux disparus vont-ils revenir ? pour GENERALE
  • La maladie des ormes et la maladie des gens  pour ULMUS AMERICANA

Elles sont toutes bien écrites et ménagent l’intérêt du lecteur.

« Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaitre. » L’auteur écrira sans doute de beaux romans après ce galop d’essai. – Marie-Hélène Poirson

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Lorsque l’on s’appelle Desjardins, quoi de plus normal que de s’intéresser à la nature et à sa préservation. C’est en effet le thème de l’environnement qu’Antoine Desjardins, un auteur québécois,  a choisi pour son premier roman. Puissent d’autres auteurs suivre le même cheminement et permettre d’éveiller peu à peu les consciences !

Au travers de sept nouvelles inégales, plus ou moins optimistes, et avec un vocabulaire et des tournures de phrases qui fleurent bon le Québec,  Antoine Desjardins dresse un constat alarmant de l’état de la terre. Il  réussit un véritable tour de force de raconter les maux de notre planète sans parti-pris militant. « Ce qu’il nous faut savoir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel on vit trop souvent en surface, sans y être vraiment. »

Comment un adolescent atteint d‘une leucémie incurable voudrait-il se battre pour vivre alors que depuis son lit d’hôpital il entend à la radio des nouvelles sur un monde qui se meurt ? Comment la disparition d’une baleine franche affecte-t-elle la vie amoureuse d’un couple ? Peut-on mettre au monde un enfant sur une planète où la nature est à ce point malmenée ? Les oiseaux migrateurs, tous les oiseaux,  vont-ils disparaître à cause des insecticides et des changements météorologiques ? « Feu doux », trace le portrait d’un jeune homme qui tourne le dos à un avenir radieux comme  le héros (qui a vraiment existé) du film et du livre  « Into the wild »,  pour devenir  d’abord un avocat défenseur des grandes causes écologiques, puis qui quitte absolument tout pour vivre dans la sobriété. « Reprendre racine »,  revenir vers l’essentiel.  Un survivaliste ? « Mon frère disait plutôt adopter une philosophie se rapprochant de la simplicité volontaire, dans une visée de décroissance. Il ne prônait ni plus ni moins qu’un retour aux bases ». La dernière nouvelle, sous forme de conte,  parle d’un vieil homme qui a veillé sur un orme tricentenaire et qui à la fin de sa vie, s’acharne encore et toujours à sauver son arbre. Tous deux sont voués hélas à mourir. « Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

Antoine Desjardins s’intéresse également à l’humain qui s’il est totalement responsable de la dégradation de son environnement est  aussi le seul qui peut ralentir ce carnage. Notre planète est en feu mais hélas tout le monde n’en prend pas conscience. Ce livre permet de se poser les bonnes questions sur l’avenir de la planète, celle que l’on veut laisser à nos enfants. Une cause primordiale, évidente à défendre pour moi depuis ma tendre enfance, élevée au bord de l’Océan Atlantique où les déchets s’agglutinent sur les plages à chaque marée et dans une région,  la Bretagne pour ne pas la nommer,  où les rivières sont sans cesse polluées par les élevages porcins.  Le souci écologique traverse chacune des nouvelles,  un moyen pour l’auteur d’alerter sur un danger immédiat pour l’avenir de l’humanité. Chaque nouvelle est un indice nous mettant face à la catastrophe, à l’incendie à venir. A bord de l’ISS en 2016 Thomas Pesquet nous avait gâtés avec de magnifiques photos de notre planète bleue, pourvu que ses prochains clichés ne révèlent pas trop de nouveaux désastres ! J’en doute sérieusement. Il est cependant impossible de rester les bras croisés en pleurant sur notre sort, en se disant qu’il  est trop tard. Chacun, à notre échelle, si nous  en prenons conscience, peut changer quelque chose. » Indice des feux »  nous ouvre les yeux et nous met en garde. C’est un plaidoyer pour l’environnement, un livre à mettre entre toutes les mains ! Cependant il aurait gagné à avoir un titre plus percutant… – Françoise Le Goaëc

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On ne les voit pas forcément venir, ces feux qui couvent entre les pages du premier roman d’Antoine Desjardins. Premier roman qui n’en est d’ailleurs pas tout à fait un puisqu’il s’agit d’un recueil de sept nouvelles dont le fil conducteur se révèle peu à peu, comme on voit s’allumer de loin en loin une ligne de feux. Repères dans la nuit ? Signaux d’alerte ? Lumières tremblantes d’un espoir qu’il nous appartient de prendre en charge et d’entretenir ? C’est un peu tout cela que nous propose ce jeune auteur canadien, avec un sens de l’image et de l’humour affuté et cet inénarrable accent de la Belle Province qui semble jaillir de chaque page pour nous inviter au voyage. À sept reprises, il réussit l’exploit de nous amener dans un autre univers, plantant son décor et son regard tour à tour dans la chambre d’hôpital d’un tout jeune homme atteint de leucémie, au tournant de la vie d’un jeune couple observateur de baleines, au cœur d’une banlieue proprette aux côtés d’un ivrogne d’une nuit, dans une famille banale surprise d’avoir nourri un presque hippy dans son sein, sur les trottoirs d’ une rue avec vue sur l’un des derniers bouts du monde, dans le jardin d’une vieille dame veillant sur son coin préservé de campagne ou entre les racines d’un arbre à histoires. En toute délicatesse mais avec conviction, Antoine Desjardins parvient à créer une atmosphère, une empathie, une familiarité autour de ses personnages à la genèse si bien travaillée qu’on jurerait les connaître déjà et partager certains de leurs souvenirs. Beaucoup de leurs inquiétudes également, funambules du même fil tendu entre aujourd’hui et notre avenir, fragile, si fragile. Avec une bienveillante insistance, il nous invite à cesser de détourner le regard de notre maison en proie aux flamme et à ouvrir enfin les yeux sur les Indices des feux qui jalonnent notre quotidien.

Sans doute est-ce là la plus belle prouesse de ce livre, cette force militante qui sait se faire légère, cet humour qui nous arrache des larmes, ces références rigoureuses amenées comme par hasard au détour d’une histoire, cette acuité du regard sous la nonchalance. – Magali Bertrand

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Recueil de nouvelles qui se lit assez rapidement. Petit bémol sur la première nouvelle que je n’ai pas vraiment apprécié, je n’ai pas bien compris la prise de conscience écologique de l’adolescent. Cela me paraissait « forcé » et j’ai donc eu du mal à entrer dans la nouvelle. Les autres nouvelles sont pour moi beaucoup mieux réussies et m’ont vraiment captivées. J’aime le parti pris de lier chaque nouvelles à des revendications environnementales.

Cette démarche « environnementale », le message d’alerte qui vient en écho à chaque nouvelle m’a séduite. J’aime l’ambition derrière ces nouvelles qui à travers la fiction cherche à faire prendre conscience au lecteur des enjeux actuels et de la nécessité d’agir. – Ana Pires

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Antoine Desjardins est un merveilleux conteur. Le long des 7 nouvelles qui composent ce recueil, il tient en haleine son lecteur avec des personnages ordinaires campés dans leur vie quotidienne, des histoires de tous les jours dans lesquelles il saupoudre sa vision d’un monde bouleversé par la main de l’homme. Un couple qui attend son premier enfant s’émeut de la disparition des baleines ; un quadragénaire au cœur en écharpe après un divorce douloureux croise un coyote au petit matin à Montréal ; un bois, terrain de jeux d’un adolescent et ses copains, cède la place à un complexe immobilier ; un jeune homme rend visite à sa tante qui s’inquiète de la disparition soudaine des oiseaux dans son jardin… 

Les mots de l’auteur restituent admirablement les émotions, tour à tour la plume se fait tendre, triste, drôle ou malicieuse. La langue est gracieuse, empreinte de ce savoureux vocabulaire québécois. Un bémol : je n’ai pas aimé la première nouvelle. La mort d’un garçon  de 16 ans m’a accueillie durement. Antoine Desjardins signe un premier roman original, bourré de charme mais plutôt pessimiste. Mon côté optimiste espère que les oiseaux continueront à chanter. – Hélène de Montaigu

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Lors d’une rencontre zoom pour les 68 premières fois Antoine Desjardins a comparé son roman à une belle et bonne petite carotte biologique qui aurait été cultivée avec amour durant un long moment, et moi qui adore les carottes non pas parce qu’elles rendent aimable mais parce que j’aime les faire parler dans certains textes que je peux écrire, j’avoue que j’ai adoré l’image.

Indice des feux est un recueil de 7 nouvelles, 7 histoires, mais finalement un vrai roman tant finalement le postulat de départ est à chaque fois le même, un personnage, un territoire et un petit quelque chose qui coince dans cet environnement. Le XXIème siècle est fou et pour l’individu qui voit son milieu changer radicalement c’est un choc, une blessure, comme une faille dans l’édifice qu’il s’est construit depuis l’enfance. La nature parle, elle crie sa détresse à travers la douleur qu’éprouve chacun en voyant son milieu changer.

Antoine Desjardins est en lien direct avec la Terre je pense, il a su capter son message et nous le retranscrire avec force. Les protagonistes de son roman sont terriblement touchants, ils nous donnent envie à tous de mieux regarder dehors, de respirer différemment, de calmer nos vies afin de nous asseoir avec nos enfants pour construire autrement les décennies à venir.

La première nouvelle coupe le souffle. Elle pousse à arrêter la lecture pour récupérer de l’émotion ressentie. La suite se dévore.

Indice des feux est tout droit sorti du cœur et des tripes d’Antoine Desjardins, c’est un petit morceau de sa sensibilité et de ses ressentis qu’il nous offre dans ce premier roman, recueil, terriblement émouvant et percutant. A lire et partager d’urgence. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Dans ce recueil signé Antoine Desjardins, sept courts récits invitent à réfléchir à notre relation à l’environnement, à la manière dont l’homme, minuscule, est lié à l’infiniment grand dans un monde qu’il est en train de faire disparaître. Sept récits pour mettre à jour les indices d’un désastre annoncé : fonte des glaces, montée des eaux, destruction des habitats naturels, disparition des espèces … Sept fragments de la vie des personnages, des moments clés de leur existence où il faudra pour les uns,  faire face à la maladie, pour d’autres accueillir un enfant à venir, accepter un divorce, faire des choix sans appel, transmettre un héritage… Sept fictions qui mettent en lumière les sentiments, les émotions des personnages, en résonance avec les catastrophes écologiques.

L’unité du recueil se construit autour des bouleversements écologiques qui détruisent le monde alors qu’une  véritable prise de conscience se fait parfois attendre. Ce qui en fait sa force c’est la manière, jamais moralisatrice, qu’a l’auteur de sensibiliser à ce phénomène. Chaque récit est une histoire singulière, humaine portée par une écriture superbe, alerte, très visuelle et qui déclenche une kyrielle d’émotions.

Le ton est donné avec un premier texte, « À boire debout », glaçant. Un adolescent hospitalisé, atteint de leucémie écoute à la radio ce qui se dit des maux du monde. L’évolution de sa maladie fait écho à ce qui ravage la Terre.  Cet adolescent dont la voix résonne du phrasé québécois bouleverse par le drame qu’il vit et par ce qui occupe ses pensées. Condamné par la maladie dans un monde voué à disparaître.

Très émouvant, ce couple qui attend un enfant, bouleversé par la disparition d’une baleine qu’il avait l’habitude d’apercevoir à Cape Cod. Serait-ce un mauvais présage ? Tragique, l’histoire de cet homme divorcé, chassé de son « chez lui » tandis que les coyotes envahissent la ville pour se nourrir. Comment partager un nouvel écosystème ? Lumineuse, l’histoire de Louis, jeune homme promis à un brillant avenir qui change radicalement de voie pour se reconnecter à la nature et fuir une société en proie au profit et à l’éco-anxiété.

Ma préférence va au dernier récit. L’histoire de Grand qui a veillé toute sa vie sans relâche sur un orme, Ulmus america, un arbre qui avait une place essentielle dans son cœur, qui le liait avec tendresse à son petit-fils. Leur histoire, très émouvante, vient clore une sorte de cycle avec une infinie douceur et beaucoup d’émotion.

Antoine Desjardins aborde une problématique contemporaine, plus que jamais d’actualité, avec beaucoup d’acuité et de finesse. Il nous place face au quotidien, face à nous-même qui sommes à la fois ceux qui ont provoqué et ceux qui subissent la colère de la Terre. Il dessine avec beaucoup d’humanité de très beaux portraits de personnages qui nous sont familiers et interrogent notre rapport au monde. Et face au désastre et aux incertitudes, aucun ton sentencieux, mais des convictions tournées vers l’avenir, de l’amour, de la lumière et aussi, de l’espoir. – Josiane Sydenier

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La lunette d’un télescope nous est tendue par l’auteur pour fixer des instants de vie, des trajectoires, scruter la santé du monde. Chaque nouvelle est un kaléidoscope où se bousculent les espoirs, les peines, les renoncements. Le talent de l’auteur nous amène au plus proche, nous imprègne de toutes ces humeurs mêlées, ces craintes partagées. On respire au rythme du monde maltraité, de ces animaux perdus, de ces végétaux qui étirent vers le ciel leurs bois empoisonnés, de ces enfants dont l’avenir se fracasse sur la vitre d’un hôpital. Ces feux sont-ils ces signaux d’alerte qui doivent nous faire réagir : oui le monde est en feu. Sont-ils aussi les révélateurs que les consciences s’éclairent, que des lumières d’espoirs naissent en tous points du monde ? – Christiane Arriudarre

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« Ça sert à rien d’essayer de sauver la planète, les océans, la forêt amazonienne ou les koalas. Ce qu’il faut sauver… ce qu’il faut rétablir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel nous vivons trop souvent en surface, sans y être vraiment. Sauver notre relation à la nature, au vivant, parce que tout le reste en dépend. »

Indice des feux, ce sont sept nouvelles venues tout droit du Québec, des nouvelles aux tonalités très différentes, mais toutes bouleversantes. Sept, comme les sept jours de la semaine, comme la totalité d’un cycle, pour présenter sept situations à toutes les étapes du cycle de la vie humaine. Si de-ci de-là les expressions québécoises donnent aux textes d’Antoine Desjardins une teinte exotique, l’essentiel est ailleurs. Dans chacune des histoires, l’existence des héros entre en résonnance avec l’urgence écologique. Les dérèglements climatiques et les désordres environnementaux sont alarmants, et les questionnements qui en découlent ne peuvent laisser indifférent. Tout cela entre en collision avec les douleurs existentielles des héros. C’est la manière qu’Antoine Desjardins a choisie pour aborder un sujet d’actualité brûlant sans pour autant prendre un ton moralisateur ou démonstratif. Il a la délicatesse de ne pas nous projeter dans ses propres peurs à l’idée de l’effondrement du monde et de la disparition du vivant. Lui, il raconte, et il fait ça drôlement bien. Le format de la nouvelle est un parti pris judicieux et qui sert parfaitement son projet.

Le monde du vivant, tourmenté par l’activité humaine, est convoqué sans pour autant être au centre des récits, qui est toujours réservé à l’homme, à tous les âges de l’existence. Cette construction m’a donné l’impression que la nature devenait un personnage à part entière de chaque nouvelle. Un personnage attachant et désorienté, avec lequel l’être humain peine à établir et à entretenir une relation équilibrée et harmonieuse. Par cette identification, la nature influe sur les destinées humaines, tout autant que les hommes transforment leur environnement sans forcément l’améliorer. Espèces en voie de disparition, réchauffement climatique, épuisement de la biodiversité, pollutions, autant de réalités qui traversent la vie des héros et bousculent leur chemin tout tracé. Une des nouvelles illustre magnifiquement la question de l’engagement en faveur de la cause écologique : une lubie ? un sacrifice ? une évidente nécessité ? Et comment peut-on se mettre en mouvement pour faire sa part ? Jusqu’où aller ? Tout est posé, à chacun de se positionner.

Je l’avoue, j’ai pleuré. J’ai terminé ce livre les yeux brouillés de larmes. Que d’émotions dans ces sept nouvelles ! Je me suis sentie toute petite devant la maladie, la souffrance, la mort, les incertitudes de l’avenir, comme devant l’immensité de ce qu’il y a à faire pour préserver la vie sur la planète. A se sentir petit, on quitte nos postures de toute-puissance pour revenir à notre vulnérabilité. Car finalement que sont les êtres humains sinon une des espèces de ce monde en état de survie ? La dernière nouvelle, celle qui a eu raison de moi et de ma sensibilité, ouvre l’espoir du « prendre soin ». Prendre soin de tous les autres vivants, de toute la matière qui constitue l’univers, qui nous est offerte et dont nous avons la responsabilité. Prendre soin de tout ce qui nous met en relation, avec nous-mêmes d’abord, avec les autres, avec le monde dans lequel nous vivons. Prendre soin, jusque dans les plus petites attentions, voilà peut-être la seule alternative. « Indice des Feux » est à lire pour ne plus l’oublier. – Anne-Sylvie Delaunay

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Lire également les billets de :

Delphine Queval : http://tantquilyauradeslivres.blogspot.com/2021/04/indice-des-feux-antoine-desjardins.html?m=1

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/05/indice-des-feux/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/indice-des-feux-dantoine-desjardins.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/05/mon-avis-sur-indice-des-feux-dantoine.html

L’enfant céleste – Maud Simonnot

« L’aventure, plus qu’une interruption du cours des événements ou un voyage vers un ailleurs inconnu et exaltant est surtout une disposition à être dans le temps. »

Un pur bijou… cette ode à l’amour maternel, à la fusion d’une mère et d’un fils mais aussi aux grands espaces de la Baltique..

Un premier roman qui est un essai réussi. Polyphonie des récits alternant ceux de la narratrice, Mary la mère, ceux de son fils Celian et le recueil des anecdotes majeures historiques sur le destin réel et historique de l’astronome / écrivain suédois Tycho Brahe comme un éloge des beautés que la nature peut encore offrir à celles et ceux qui s’y laissent porter. 

En pleine interrogation sur sa vie à la fois professionnelle et personnelle, Mary élève seule son fils Célian avec la bienveillance de sa propre mère, un jeune garçon passionné d’astronomie mais bien trop rêveur et hors des clous d’un système scolaire classique. Face à l’incompréhension et au relatif rejet de Célian par sa maîtresse d’école comme par ses petits camarades, alors même que Mary se remet avec beaucoup de mal de son histoire d’amour avec Pierre, elle décide d’offrir à son fils comme à elle une expérience exceptionnelle :  se lancer sur les traces de l’astronome Brahe, le personnage historique réel et héros de Célian au cœur de la Baltique ; sur l’île suédoise de Ven, et d’y vivre le temps de grandes vacances. C’est ainsi que Mary et  Célian vont s’installer dans la pension de Solveig afin d’à la fois se reconstruire pour Mary, de vivre de sa passion de la nature comme de l’astronomie de Célian et de recueillir l’énergie nécessaire pour revenir en France. Le chemin, entre histoires, Histoire, littérature, nature et l’irruption bienveillante des locataires de Solveig dans leur vie ; Björn et Des Esseintes, se révèle alors majestueux, onirique et synonyme de résilience….

Un court roman si dépaysant découpé en trois parties avec de courts chapitres et une plume de grande qualité. Un livre à lire d’urgence. – Olivier Bihl

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Une écriture à la fois simple et envoûtante qui nous fait voyager loin du tumulte de nos vies, en pleine nature. Une mère prête à tout pour que son fils puisse se sentir lui même dans un lieu où tout n’est que contemplation et liberté. La mer, la vie insulaire, les couleurs chatoyantes sont autant d’éléments qui nous transportent, au fil des pages, à la rencontre de l’âme humaine, de la profondeur de l’amour maternel. Quant à l’énigmatique voûte céleste…. tellement d’histoires à nous conter, de secrets à nous livrer. – Stéphanie Chapelet-Letourneux

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Que fait-on quand on doit sauver sa peau et que rien ne nous retient dans la grisaille parisienne où un esprit libre est brimé par une pseudo vocation éducative étriquée ? La maman louve, plaque tout l’espace de quelques mois laissant la petite sauvageonne reprendre sa place chez l’adulte qu’elle est devenue. Elle prend son fils sous son aile et part à la recherche d’une légende, le célèbre astronome Tycho Brahe. Mary la principale narratrice du roman fait le deuil d’une histoire d’amour qui s’était éteinte sans qu’elle ne s’en rende compte.  J’aime imaginer la maturation de l’écriture de ce premier roman après des années passées en Norvège pour l’auteur. Cette pépite vous invite à regarder le ciel et à relire Hamlet. Je ne vous en dis pas plus. … – Delphine Palissot

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Célian est un enfant précoce pas vraiment adapté à la standardisation de l’école. Sa nouvelle maitresse manque sérieusement d’empathie et n’aide pas à ce que le petit garçon se sente mieux dans son CM2. Sa maman, Mary,  a beaucoup de mal à se remettre d’une rupture difficile. Ils sont tous les deux un peu perdu dans leur vie. Célian est fasciné par un personnage étrange et mystérieux Tycho Brahe.  Ce drôle d’homme a vécu sur une ile suédoise, l’ile de Ven sur laquelle il a bâti un observatoire astronomique prodigieux grâce auquel il a redessiné une carte du ciel. Mary décide de déscolariser Célian pour la fin de l’année scolaire et part avec lui tenter de se retrouver sur cette fameuse île de Ven. Ils vont passer un été magique, comme un chemin initiatique, en parcourant Ven et en se nourrissant de rencontres plus magiques les unes que les autres.

Un moment absolument inoubliable, une lecture poétique, une écriture tout en retenue, en douceur.

Un énorme coup de cœur pour ce roman, bravo Maud Simonnot.- Emmanuelle Coutant

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Roman touchant dont l’écriture me fait penser à une certaine littérature japonaise. Dépouillée du superflu, allant à l’essentiel avec douceur, tout en révélant l’extraordinaire beauté de « l’insignifiant ».

Maud Simonnot ne verse pas dans la colère ou l’apitoiement, le ton est juste. Beaucoup se retrouveront dans cette idée de ne pas appartenir à ce monde, de vouloir le fuir pour s’en protéger et vivre enfin sa vie et non une vie.

L’enfant céleste est une histoire d’amour de soi, des siens et de la vie, la vraie. Merci Maud Simonnot pour ce très bon roman, ce fut un véritable plaisir. – Stéphanie Justin

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C’est un premier roman plein de charme, comme une bulle de délicatesse et de poésie pour raconter la reconstruction très intime d’une mère et de son fils : elle, à la dérive, écrasée par le chagrin suite à une rupture amoureuse ; lui, enfant précoce «  différent » étouffe dans sa vie d’écolier urbain. Pour suspendre le temps et se donner une chance de reprendre pied, la mère leur offre une parenthèse enchantée sur l’île suédoise de Ven, l’île de l’astronome danois Tycho Brahe qui y a construit un observatoire fabuleux d’où il a redessiné la carte des étoiles au XVIème siècle.

L’islomanie est un choix judicieux. Entre paradis perdu de l’enfance et refuge protecteur au sein d’une nature sauvage, Maud Simonnot dit avec beaucoup de joliesse l’apaisement du chagrin et la découverte de la liberté dans un espace-temps qui s’ouvre à l’infini, sans entraves, sans contraintes imposées par la société. A l’image de la superbe aquarelle impressionniste de la couverture, tout le roman est empreint de tendresse, bienveillance et lumière, porté par une écriture ciselée et sensible.

Je n’ai pourtant pas succombé totalement, ce qui m’a peinée car les éloges des autres lecteurs m’avaient laissé espérer que le charme opérerait sur moi aussi. J’ai du lire une deuxième fois L‘Enfant céleste  car je ne parvenais pas à mettre les mots sur la lisière sur laquelle je me suis posée durant ma lecture sans la dépasser. Sans doute ai-je trouvé l’intrigue trop attendue dans son déroulé. Sans doute les passages très wikipidiesques sur Tycho Brahe ont coupé l’élan que je commençais à prendre. Et puis, y a rien à faire, j’ai toujours beaucoup de mal avec les enfants qui s’expriment avec des mots et une réflexion incroyables pour leur jeune âge, tout surdoué que soit le petit garçon du livre. – Marie-Laure Garnault

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Célian et sa mère Mary vont mal, lui est malheureux à l’école car différent, décalé, tandis qu’elle se remet difficilement d’une rupture amoureuse brutale. Ils n’aspirent plus à la vie qu’ils mènent l’un comme l’autre, sans vraiment le formuler, et Mary sent bien qu’ils sont aspirés dans uns spirale négative. Elle décide donc de partir avec son fils dans une île légendaire de la mer Baltique, celle de Tycho Brahe.

Maud Simonnot nous plonge alors dans un délicieux moment de lecture. Ses personnages partent se ressourcer et retrouver l’essentiel, finalement, et nous voyageons avec eux. Ce livre est comme un bonbon que nous voudrions perpétuel, d’une douceur infinie. Il est dans la même veine que les romans de Kristin Marja Baldursdottir ou Audur Ava Olafsdottir que j’adore. 

J’ai laissé trainer ma lecture le plus longtemps possible pour rester avec Célian et Mary sur l’île, au bord de l’eau, les mollets dans l’écume des vagues ou dans cette petite pension de famille habitée par des personnages que l’on ne rencontre que dans les romans, excentriques, remplis de failles et vrais gentils. Je me suis surprise à regarder la lune et les étoiles plus longuement le soir en fermant les volets et à rêver que je me roulais dans l’herbe sauvage d’une île refuge. Je me suis imaginée moi aussi partir pour mieux me retrouver.

L’enfant céleste est mon premier livre doudou de cette sélection des 68 premières fois, un vrai et beau coup de cœur. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Pause rêveuse et poétique

Une nuit d’insomnie, je suis partie en compagnie de Mary et Célian en Scanie sur une île dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, l’île de Ven, située entre Suède et Danemark tout au sud, appelée la perle d’Öresund.

Mary ne se remet pas d’une rupture amoureuse et s’inquiète pour son fils de 10 ans, enfant lunaire et sensible qui s’ennuie à l’école, incompris de sa maîtresse qui ne voit en lui qu’un paresseux.

« Dès sa naissance on le sait.
On se dit que cet enfant-là est différent.
On le tient entre deux mains, ce nourrisson.[…] Les reflets d’or de ses cheveux. Et ce regard un peu voilé qui ne le quittera plus. Lunaire. Oui c’est ça, un enfant céleste. « 

Elle part d’abord pour le Morvan de son enfance, où Célian est heureux de retrouver sa grand-mère aux « senteurs d’armoise et de verveine « . Et elle décide de partir pour cette île, où au XVIe siècle, un astronome nommé Tycho Brahe construisit un observatoire, astronome pour lequel Célian se passionne.

La relation entre Mary et son fils, si belle, si respectueuse de la différence de l’enfant, l’immense amour qu’elle a pour lui et la façon qu’elle a de l’exprimer… sont tout simplement magnifiques. Tous deux sont des contemplatifs et à travers la plume poétique et sensuelle de l’autrice, cette escapade se transforme en une parenthèse enchantée. Pour Célian ayant là toute liberté d’être qui il est, loin de tout jugement et pour Mary qui en contemplant les étoiles va se réapproprier la joie et la sérénité et retrouver son âme d’enfant.

J’ai marché sur les pas de Mary et Célian, c’était beau, doux et apaisant. Quel plaisir de lecture ! Et je me suis endormie après avoir tourné la dernière page avec des embruns, des forêts, des oiseaux plein la tête.

Les personnages secondaires sont tout aussi attachants, Solveig qui tient la pension qui les accueille, le professeur anglais spécialiste de Shakespeare, Björn, le cousin de Solveig qui va réconcilier Mary avec son corps et c’est vraiment à regret qu’on quitte l’île et ce roman aux personnages lumineux … – Catherine Dufau

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Célian est en échec scolaire, sa mère, Mary, en désarroi amoureux .
Elle ne peut pas se relever, il n’arrive pas à se concentrer.
Alors ils vont partir, lui, l’enfant solaire et elle, la mère désemparée.
L’ile de Ven les attend, sur les traces de Tycho Brahe, astronome qui hante leurs lectures.
Ils vont se laisser vivre, le temps d’une parenthèse enchantée et qui m’a enchantée.
Joli roman plein de finesse et de poésie qui se laisse lire comme un songe éveillé.
Les étoiles et la nature à son état sauvage sont omniprésentes et nous accompagnent dans cette lecture stellaire et solaire.
Une ode à l’amour, inconditionnel d’une mère pour son enfant différent mais si singulièrement attachant. – Anne-Claire Guisard

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Il en est des romans comme de certains êtres, mi-hommes, mi- bulles de savons, qui ont toutes les peines du monde à s’ancrer dans le réel comme à s’attacher à un fil ou une idée directrice que d’autres pourraient suivre avec eux. Brillants, irisés, éthérés, ils semblent toujours flotter au gré de leurs propres réflexions, indifférents à la logique pesante de leurs contemporains qui, bien que les admirant d’avoir atteint de si hautes sphères à la seule force de leurs rêves et de leur intelligence, bien que les enviant, un peu, de sembler y parvenir sans effort particulier, se grattent longuement la tête après les avoir croisés, s’interrogeant sans fin, les yeux écarquillés, sur ce qui leur a été donné de lire ou de voir.

L’enfant céleste, premier roman de Maud Simonnot, histoire de Célian, jeune garçon surdoué embarrassé de son intelligence parmi les enfants de son âge, et de Mary, sa mère, fraîchement repoussée par son amoureux, est de ceux-là. De sa pesanteur de lecteur lambda embarrassé de ses ignorances et de ses lacunes (comment ? Vous n’avez pas lu Huysmans vous non plus ? Et vous ignorez le nom de celui qui dessina la première carte du ciel ? Tttttt….), si l’on peine parfois à s’élever avec grâce au niveau des préoccupations nébulo-poétiques de ces deux personnages hors normes, on ne peut s’empêcher de se laisser gagner par le charme céleste de ce roman où passe un peu du souffle et de la lumière mélancolique d’une île suédoise et du souvenir de Shakespeare. – Magali Bertrand

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Il était une fois un petit garçon brillant et singulier, hors des cases scolaires, qui s’ennuie et qui s’isole. Une femme, la maman, en séparation amoureuse. Deux êtres en rupture, tristes, repliés sur leur souffrance.

Soudain le besoin vital d’évasion pour évacuer la culpabilité maternelle et l’insupportable incompréhension de l’échec. Ils trouvent cette respiration à l’île de Ven et puisent dans le décor une source salvatrice d’apaisement et d’énergie. Cette nature enivrante illumine leur quotidien, les rencontres déboutent peu à peu les douloureux souvenirs. Célian s’émerveille de la faune et de la flore, explore, fouille, va toujours plus loin. Le lecteur l’accompagne avec Tycho Brahe , astronome de la Renaissance et revisite le système solaire, les Muses et Shakespeare. Le paysage reprend des couleurs. « C’est donc vers l’air que je déploie mes ailes confiantes ».

Quel petit Tigre attachant, déconcertant qui pose son regard à côté: « ce qui le fascine le plus, ce ne sont pas les étoiles scintillantes mais le noir entre les lumières ».

Très joli livre( conte) qui met en avant les particularités des uns, les priorités essentielles des autres et surtout  » la rêverie infinie » sur l’ailleurs.

Bien jolie lecture. – Corinne Tartare

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En tant que parent, nous avons tous le sentiment que notre enfant est spécial, c’est aussi le cas pour Mary, d’autant que son petit Célian est si sensible, si rêveur. La nature l’émerveille mais retenir les jours de la semaine ne l’intéresse pas, seulement sa maîtresse ne le comprend pas et cela devient compliqué pour lui. Mary l’accompagne mais elle est en proie à la mélancolie depuis que François l’a quittée. Alors tous les deux vont prendre la direction de cette île mystérieuse, celle de Tycho Brahe, cet astronome qui les passionne tant.

Avec la première partie, l’autrice nous montre toutes les difficultés pour les enfants qui n’entre pas de le moule demandé par l’éduction nationale et quand l’enseignant accompagne l’enfant et prend ses différences en compte cela peut bien se passer, malheureusement par manque de temps, de moyen ou parfois de compréhension certains élèves partent à la dérivent. C’est le cas de Célian et j’ai vraiment été touché par ce jeune garçon et indigné par les réactions de l’enseignante!

Puis le départ vers l’île pour aller de l’avant, reprendre son souffle aller sur les traces de celui qui les fait rêver, la tête dans les étoiles, entouré de nature ils vont se reconstruire! Un roman très poétique tout en délicatesse l’autrice nous conte cet enfant céleste mais aussi sa mère. J’avoue m’être malgré tout attendu à autre chose et même si l’histoire de Tycho Brahe est intéressante, je trouve qu’elle prend trop le dessus j’aurai aimé que l’histoire de Célian soit plus approfondie.

Un premier roman poétique, une bulle d’évasion, de douceur et de tendresse. Cet enfant céleste et sa mère sont très touchants et ce moment sur les pas de l’homme qu’ils admirent est un vrai instant de partage. – Julie Campagna

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Partir à la rencontre de L’Enfant céleste, c’est se laisser porter par la poésie et la douceur, par l’astronomie et le naturalisme.
Mary vit une rupture douloureuse, elle peine à reprendre pied et goût à la vie.
Céline, son fils, est différent. Trop rêveur, pas assez ajusté ou présent, il ne parvient pas à trouver sa place à l’école.
Elle décide de leur offrir une pause, un répit, un ailleurs ressourçant. Il parte sur les traces de Tycho Brahe, sur une île de la mer Baltimore. L’illustre astronome du XVIe siècle y avait conçu et un installé un extraordinaire observatoire, d’où il a étudié le ciel.
La nature omniprésente (végétaux, terre, ciel, mer , faune) est décrite avec passion et émerveillement. Elle comble et apaise la mère et le fils.
Les rencontres qu’ils font, les échanges qu’ils ont sur les astres mais aussi Shakespeare ou sur l’histoire de l’île les aident à retrouver joie et sérénité.
Chapitres courts et langue épurée permettent une lecture fluide et rapide de ce court roman, on plonge avec facilité dans l’atmosphère flottante … mais l’ensemble manque pour moi un peu de corps, de densité et me laisse un peu sur ma faim. – Christine Gazo

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C’est une histoire d’amour et de reconstruction. L’amour d’une mère pour son fils si spécial. La reconstruction de cette mère après une histoire d’amour mais aussi celle de l’enfant qui ne trouve pas sa place à l’école. 

Je dois avouer avoir eu du mal au départ. Ce livre se compose de plusieurs chapitres courts, des moments de vie qui s’enchaînent de façon non chronologique sans lien.. Tellement de mal que je me demandais parfois qui était le narrateur… 

C’est la deuxième partie, le départ pour l’île de Ven et l’aventure, qui m’aura m’emportée. J’ai adoré les descriptions de l’île, cette île qui devient comme un personnage à part entière de l’histoire.

J’ai aimé l’amour que Mary porte à son fils Célian.

Mais plus que tous les autres, Célian a ma préférence.  Ce petit garçon précoce avec une sensibilité si rare. Il est beau de voir le monde à travers son regard et d’avoir un accès direct à ces pensées foisonnantes. 

Bon moment de poésie. On ressort de ce livre avec un certain apaisement, peut-être l’ambiance paisible de l’île de Ven ?  – Ana Pires

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Celian est un jeune garçon singulier. Incompris à l’école et marginalisé. Hyper sensible. Surdoué. Et si proche de sa mère Mary. Mary, elle, se remet difficilement d’une rupture. Un jour, Pierre lui a simplement dit qu’il ne l’aimait plus. Et tout s’est écroulé. Pour s’extraire et se remettre de toutes ces blessures, Mary part dans  le Morvan auprès de sa mère avec Celian. Tandis  qu’elle voit son fils s’épanouir dans cette nature abondante, elle se souvient que son père, mort suicidé quand elle avait 7 ans, lui racontait l’histoire du savant danois Tycho Brahe, le premier à avoir élaboré une carte du ciel au XVIe siècle. Pour ne pas sombrer plus dans la mélancolie de sa rupture, pour emmener son fils loin de tout, elle décide de partir avec Celian sur l’île de Ven, au large du Danemark, où ce savant Tycho Brahe a créé jadis « le plus grand observatoire de l’Occident ». Dans la pension de Solveig, Celian et Mary vont découvrir un lieu magique et des personnalités attachantes entre un universitaire anglais, habitué de cette pension et specialiste de Shakespeare et Bjorn, un cousin de Solveig. Et c’est tantôt la voix de Mary, tantôt la voix de Celian qui s’élèvent.

Dans cette île, on croise aussi Shakespeare, Tycho Brahe. Le livre est ponctuée de références littéraires toutes disséminées à propos. Et c’est si beau.

Enfin la nature, personnage complet, y est magnifiée et célébrée. 

A ce stade, il ne faut pas en dire plus. Mais juste découvrir ce livre absolument merveilleux. 

Beauté, poésie, pure magie sont les mots qui me viennent à l’évocation de ce livre L’enfant céleste qui porte si bien son nom. Il y a ici tout ce que j’aime éprouver quand je lis, la surprise mêlée d’émotions variées, la découverte d’une écriture ciselée, la construction romanesque fluide .

Sublime. – Sonia Chatain

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Amour déçu et vie scolaire peu épanouissante, c’est de cette façon que nous sont présentées les vies de Célian, 10 ans et de Mary sa mère. Ils essaient pourtant d’accueillir la vie et d’être heureux, mais rien ne les retient dans ce quotidien morose, dans ce Paris qui enferme, qui entretient les souffrances, dans ce Paris ou Célian ne peut s’exprimer, lui qui communique si bien avec mère nature…

 Alors ils partent tous les deux, vers une île, et pas n’importe quelle île, l’île qu’il connaissent déjà grâce à leur livre de chevet, l’île qui fut le refuge de Tycho Brahe, célèbre astronome de la Renaissance, personnage dont l’histoire fut léguée des années auparavant à Mary par son père défunt, une île qui offre ses secrets à qui veut bien les accueillir, une petite île dans la mer Baltique…

La Renaissance ici, revêt une double signification, elle n’est plus qu’une simple virgule dans l’histoire, elle est la Renaissance de ces deux êtres blessés qui ne demande qu’à s’épanouir. C’est là que Mary oubliera ses tourments, c’est là que Célian s’immergera dans cette nature qu’il aime tant, et montrera combien l’intelligence ne réside pas obligatoirement dans les prouesses scolaires.

Peu de personnages dans ce récit, mais chacun apporte à sa façon, de l’eau au moulin de la connaissance de l’île et de son histoire.

Ce beau roman à l’écriture apaisante et poétique semble m’avoir ressourcée autant que les deux êtres venus en cet endroit pour s’y reconstruire, il m’a beaucoup appris au sujet d’un personnage dont je n’avais jamais entendu parler, il me laisse une sensation de bien – être et son souvenir me sera agréable. – Roselyne Soufflet

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Mary, et son fils, Célian. 

Mary se remet difficilement d’un chagrin d’amour. Célian est un enfant intelligent mais atypique. La matière scolaire ne l’intéresse pas, sa maîtresse le juge paresseux. Un peu submergés par un quotidien qu’ils ne parviennent pas à apprivoiser, les deux vont s’évader quelques mois dans une île au large de la Baltique, sur les pas de Tycho Brahe, un astronome, astrologue, alchimiste danois du XVIe siècle. Là, dans une nature splendide, entre ciel et mer, ils vivent une parenthèse enchantée.

Ce texte, au départ, ne m’a guère inspirée. Une suite de paragraphes, sans fil conducteur : j’ai failli abandonner. Miracle ! Le séjour dans cette île en Suède m’a emballée. L’action continue de briller par son absence. L’émotion plane, on goûte des petites choses, une succession d’instants telles des photographies prises sur le vif. On parle littérature, astrologie. Célian observe les étoiles, scrute les insectes. Les mots sont gracieux, les phrases élégantes. J’ai regretté que Mary et Célian retournent en France. J’ai dû revenir dans la réalité. – Hélène de Montaigu

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Célian est différent, rêveur, la « tête dans la lune » ; il ne trouve pas sa place dans le schéma classique de l’école. Mais il est tellement sensible et intelligent.

Mary, sa maman, vient de vivre une rupture amoureuse et souffre aussi de voir son enfant malheureux.

Un jour Célian pose à sa mère la question qui le préoccupe : 

« si tu pouvais, tu partirais où ? (…)

– peut-être que j’aimerais me reposer dans une cabane au bord d’un lac entourée d’oiseaux. Et toi ?

– Sur une île recouverte d’une forêt vierge. Comme Robinson Crusoé. »

Alors elle décide de partir avec lui sur une île ayant appartenu à un astronome renommé où la nature est préservée, où le ciel est beau de jour comme de nuit.

« Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence ».

 Et ils vont ensemble guérir leurs blessures et (re)trouver leur chemin…

C’est un roman tout en délicatesse, plein de douceur, de tendresse, de poésie. C’est l’amour inconditionnel d’une mère pour son enfant…

Lumineux, céleste… superbe !

2ème Coup de cœur sur seulement 3 livres lus… Quelle sélection les 68 !! Merci !! – Anne Laude

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L’enfant céleste fut un moment de lecture agréable, enveloppant. La délicatesse pour dire la différence, la différence à endurer et à protéger, le doigté pour peindre la tristesse d’une rupture amoureuse, la confusion des sentiments qui brouille tout ; une île à arpenter, une nature à ressentir au plus près, la sensualité des sens et des corps dans la rencontre…Tout est bien là et réussit à susciter le rêve, le rêve qu’on a tous envie de rejoindre, un jour : s’enfuir, s’évader loin de tout ce qui retient et pèse et dans l’inconnu retrouver le chemin de soi en vérité. « Je comprends enfin cette notion enseignée dans un cours de philosophie : l’aventure, plus qu’une interruption du cours des événements ou un voyage vers un ailleurs inconnu et exaltant, est surtout une disposition à être dans le temps. »

Alors pourquoi je ressens une réserve, une retenue qui m’empêche l’enthousiasme heureux. Les parties qui nous instruisent sur la vie de Tycho Brahe remplissent parfaitement l’objectif de nous apprendre et l’on comprend le choix de l’astronome dans la liberté à gagner, l’ingéniosité à défendre au-delà des codes, des convenances et du visible….Choix pertinent lequel fait écho de bien jolie manière à l’intelligence sensible de l’enfant en quête d’espace pour être lui-même sans crainte ni rejet. Malgré cela ces séquences m’ont par moment mises mal à l’aise comme si le trop d’érudition, sa forme, son insistance m’avait un peu perdue, tranchant trop sèchement avec le désarmement, le doute, tout ce qui fait tanguer Mary avant son départ sur l’île.

Autre écueil que je dois avouer : malgré le joli qui a fait mouche souvent, la vulnérabilité m’est apparue trop écrite, et je l’ai davantage  ressentie comme un exercice de style plus qu’un mouvement sincère. Peut-être parce qu’il n’est pas simple de transmettre la fragilité, qu’elle s’effleure plus qu’elle ne se démontre et que le joli ne suffit pas à en décrire le mystère et l’épaisseur, son silence.

Dernier aveu : je me sens triste de rédiger ce billet car ce fut un agréable voyage sur une île lointaine, en mer Baltique et j’ai aimé observer cet enfant, le deviner si attentif, si concentré dans l’avidité d’apprendre, et d’offrir  son esprit rapide au monde environnant. La liberté en cadeau pour cet enfant marque ce roman d’un geste d’amour incomparable comme on désirerait en voir, en agir, plus souvent, loin de la pression, de la loi du groupe, toujours plus fort alors que, alors que… « Les personnes libres trouvent ce à quoi elles aspirent- c’est leur privilège. » – Karine Le Nagard

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Mary vient de subir une rupture amoureuse. Elle décide de partir en vacances sur l’île de Ven avec son fils Célian, son petit garçon de 10 ans à haut potentiel qui souffre à l’école. L’île de Ven, sur la mer Baltique entre Copenhague et Elseneur, c’est l’endroit où a vécu Tycho Brahe, astrologue du 16ème siècle. Célian est féru d’astrologie, et se passionne pour la faune et la flore locale, trouvant là de quoi rassasier son insatiable curiosité, tandis que sa mère trouve un peu d’apaisement à échanger avec un professeur de littérature britannique avant de rencontrer un natif de l’île qui parvient à épancher ses blessures.

Mary se raconte, raconte son fils, raconte son père qui lui a fait découvrir Tycho Brahe ; elle parle aussi du travail du Professeur, qui défend la thèse selon laquelle Hamlet serait l’illustration de la dispute ayant opposé l’astrologue à ses confrères. Dans son récit se mêlent Shakespeare, les constellations, les oiseaux de l’île, les cheveux blancs de Björn et ses caresses, le corps qui renaît doucement au désir de vivre. De cette parenthèse de deux mois passés sur cette île enchantée, mère et fils repartent apaisés, et prêts à revenir dans la vie. Il y a beaucoup d’érudition là-dedans, mais jamais de forfanterie, et surtout, beaucoup de douceur. Cette histoire est la sensation d’une main apaisante sur un front brûlant, un plaid posé sur l’enfant endormi, rêvant d’un  voyage entre mer et étoiles, au milieu des oiseaux marins. – Emmanuelle Bastien

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Mon cœur a fondu pour cette petite merveille baignée de douceur, de sensibilité et de lumière.

On y rencontre une mère et son fils ; elle veut partir, fuir vers un ailleurs meilleur ; lui est hypersensible, incapable de faire les compromis qui rendent la vie acceptable.

Leur refuge sera une île de la Baltique, sauvage et accueillante à la fois, une sorte de paradis perdu à la nature intacte, où il n’y a personne pour faire souffrir ou pour juger, où l’on peut vivre une vie à la Robinson au milieu des habitants d’aujourd’hui et ceux d’hier aussi : un professeur âgé, une chaleureuse hôtesse, un fameux astronome danois du 16e s qui ouvrit la voie à Copernic (il est également question de Shakespeare…).

L’écriture mélange l’intime et l’universel et dit à merveille la puissance de la nature autant que la poésie des lieux, les sentiments des personnages et la découverte de la liberté.

Lire ce beau roman, c’est s’offrir un moment captivant et hors du temps, une expérience particulièrement bienvenue par les temps qui courent. – Marianne Le Roux Briet

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Célian est un petit garçon rêveur, intelligent mais qui a dû mal à s’intégrer dans une classe normale, il est tête en l’air et s’intéresse plus à une pouce d’herbe dans la cour qu’aux jeux des autres enfants, il arrive à se souvenir du nom des étoiles et pas de ses leçons. Alors, après une rupture amoureuse de ses parents, il part avec sa mère, se ressourcer tous les deux sur l’île de Ven en Suède. Cette île a été l’ïle où Tycho Brahe, astronome de la Renaissance a fait construire l’un des premiers observatoires et où il a réussi à dessiner l’une des premières cartes du ciel.
Le fils et la mère vont alors aller passer plusieurs jours sur cette minuscule île.
Un texte intime sur les questionnements d’une femme larguée, d’une mère un peu dépassée par ce jeune fils trop sensible et rêveur et sur l’histoire de cet inventeur, astronome de la Renaissance flamande.
Cette juxtaposition entre l’histoire contemporaine de l’histoire intime de cette femme, mère et celle de ce savant dont j’ai appris beaucoup de choses sur sa vie, romanesque à souhait, mais aussi la rencontre de ce vieil professeur de littérature anglaise, qui lui aussi séjourne sur l’île et qui travaille sur Shakespeare et le texte d’Hamlet et ses mystères que ce soit sur l’écrivain et sur cette pièces, m’ont dérouté et n’ont pas fait de ce texte un coup de coeur pour moi.
Un texte poétique, intime, historique mais peut être que l’auteure a voulu trop en raconter mais je suis satisfaite de rencontrer au fils de ses pages un personnage historique dont j’ignorai l’histoire et je vais continuer ma découverte en laissant des romans sur ce personnage de la Renaissance et qui a une vie si romanesque. C’est cela aussi la lecture, une déception face à ce texte mais la découverte d’un autre personnage et envie d’en savoir un peu plus sur lui et aussi de belles description de cette île suédoise, perdue au large de la mer Baltique. – Catherine Airaud

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L’enfant céleste » est un très beau roman dans lequel on suit Mary, qui peine à se remettre d’une séparation amoureuse brutale et Célian, son fils, sensible, rêveur et solitaire, passionné de nature et d’étoiles, qui ne s’épanouit pas à l’école et doit faire face à une institutrice assez dure et peu concernée par sa sensibilité.Pour respirer, Mary décide d’aller passer quelques mois sur l’île de Ven, endroit où vécut pendant 20 ans Tycho Brahe, astronome du XVI, dont elle et son fils sont passionnés, héritage des récits que son père lui faisait quand elle était enfant.Cette lecture fut vraiment une réussite. On ressent la bienveillance et la douceur des iliens, les journées rythmées de promenades, de découvertes, d’observation et de discussions autour de Tycho Brahe et Hamlet.Ce fut une lecture douce et enveloppante, qui réconcilie avec le monde, avec les autres. J’ai été très touchée par l’amour et la tendresse qu’a Mary pour son « grand garçon ». J’ai aimé cette douceur de vivre, de partager, qui répare leurs blessures.Quant aux passages sur Tycho Brahe, j’ai été fasciné par ce personnage, haut en couleur, par ces réflexions et ce lien avec Shakespeare et Hamlet…  – Agathe Bertrand

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Quelle belle lecture pour terminer le week-end et commencer les vacances..! « L’enfant céleste », c’est l’histoire de Mary, qui décide d’emmener son fils Célian découvrir l’île où un astronome de la Renaissance, Tycho Brahe a  redessiné la carte du Ciel. Une manière d’offrir une parenthèse à cet enfant un peu en décalage mais tellement ancré dans la nature, et pour elle, de se soulager d’un chagrin. Maud Simonnot nous emporte sur Ven, cette île de la Mer Baltique, et nous offre un voyage poétique, émouvant et même instructif ! – Marianne Lamour

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« Nous sommes de l’étoffe dont sont faits nos rêves. » Shakespeare – La tempête

 Maud Simonnot nous offre un magnifique voyage avec un roman hypnotique qu’on ne lâche pas jusqu’à la dernière ligne. L’intrigue est minimaliste, portée en douceur par une écriture épurée, délicate, poétique. En évoquant la force de la nature dans laquelle s’ancrent ses personnages, elle relie l’intime à l’universel et le charme opère.

C’est une rupture amoureuse, imprévisible, sans explication tangible fait vaciller une vie, celle de Mary. Célian, son fils, enfant lunaire, enfant précoce, une sensibilité à fleur de peau, incompris et malheureux à l’école porte des chagrins devenus trop lourds. Alors Mary prend la décision de quitter Paris, de partir chez sa mère, dans le Morvan, se reconnecter avec la nature. Bonheur pour Célian de retrouver cette grand-mère au «parfum d’armoise et de verveine».

Puisque sa vie lui échappe, Mary s’octroie l’audace de tout quitter pour partir avec son fils sur l’île de Ven, paradis perdu au large du Danemark. Là-bas, Tycho Brahe, surnommé « le pape de l’astronomie » a fait construire au temps de la Renaissancele plus grand observatoire de l’Occident, « Uraniborg ». 

Mary raconte ce séjour apaisant pour elle comme pour son fils dont on entend la voix en alternance, la voix d’un enfant attachant qui se fait explorateur et peut laisser libre cours à sa perception sensible du monde. L’un et l’autre vivent avec la nature, entre  terre et ciel, la tête dans les étoiles. Ils mènent sur l’île une petite enquête sur la vie aventureuse de Tycho Brahe, personnage fantasque et étrange qui fascinait le roi du Danemark Frederic II. Il a cartographié le ciel et Shakespeare se serait inspiré de lui pour créer Hamlet.

Ce jeu de piste passionnant redonne de l’énergie à Mary et Célian. Sur l’île, entre rêve et réalité, les souffrances s’estompent, laissant place à des moments de vie précieux.

Le roman de Maud Simonnot, subtil et émouvant, est de toute beauté ! L’amour d’une mère pour son fils illumine le récit.

N’hésitez pas à partir sur l’île de Ven avec Mary et Célian, rêver à la lumière des étoiles, penser à toutes les énigmes que recèle encore la voûte céleste. – Josiane Sydenier

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L’Enfant céleste de Maud Simonnot est à un roman à l’image de son titre: poétique et lumineux. Mary a besoin de se retrouver, perdue dans sa vie après une rupture, seule avec son fils Célian, enfant rêveur qui ne trouve pas sa place à l’école. C’est sur une île de la Mer Baltique, sur les traces de l’astronome Tycho Brahe, que tous deux vont retrouver la douceur et la beauté de la vie. Érudit, ce roman fait découvrir la destinée extraordinaire d’un astronome de la Renaissance qui aurait inspiré Hamlet. Maud Simonnot enveloppe son lecteur de douceur en décrivant avec poésie la sensibilité de ses personnages. – Isabelle Dumont-Dayot

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« Étendez-vous sur le sol, la nuit, loin des lumières. Fermez les yeux. Après quelques minutes, ouvrez-les sur la voûte étoilée…Vous aurez le vertige. Collé à la surface de votre vaisseau spatial, vous vous sentirez dans l’espace. Goûtez-en longuement l’ivresse. » – Hubert Reeves

 « Les personnes libres trouvent ce à quoi elles aspirent – c’est leur privilège. »

Ce premier roman vient de recevoir le Prix Choix Goncourt de l’Italie et ce sont les mots économes d’Erri De Luca, auteur italien que j’affectionne, qui peut-être en parlent le mieux :

« En tant que lecteur et résident d’îles, je retrouve dans les pages de ce roman l’intacte merveille des nuits d’été, les yeux grands ouverts sous la mystérieuse procession des étoiles. »

Avant même la lecture, l’écrin du 1er roman de Maud Simonnot, L’Enfant céleste, publié l’été dernier aux éditions de l’Observatoire, est une invitation à la rêverie. La texture de la photographie de Tristan Hollingsworth en couverture sied à merveille au monde secret que nous allons pénétrer. Ce roman est à lire toutes affaires cessantes quand l’envie de mettre la vie sur pause devient impérieuse. Autant vous dire que ces temps-ci…

Une pause. C’est ce que vont s’offrir Mary et Célian, son fils d’une dizaine d’années ; c’est ce que je me suis offert, pendant deux (trop) petites heures, lovée dans ce cocon littéraire, où rêve et poésie racontent combien les jours sont fragiles, combien la liberté est un privilège qui se gagne chèrement.

Mary et Célian. Deux êtres à tanguer dans la tourmente.

Pierre, écrivain, « se tenait au bord de l’amour ». Sans courage, il vient de quitter (congédier ?) Mary par un SMS foudroyant : 

« « Je n’aurais pas voulu mettre de tristesse dans ta vie mais je voudrais qu’on arrête. » Et cette phrase, qui me pulvérise : « Je ne peux pas faire l’amour sans amour. » Il n’y aura jamais d’autre explication. »

Il faut dire que ces deux-là étaient bien mal assortis, comme chien et chat dit-on :

« Pierre avait ri : « Tu es comme les chiens, tu as besoin d’un environnement particulier pour être heureuse. Je serais plutôt un félin, les lieux me sont indifférents. » »

Pour Célian aussi, la vie cahote. La maîtresse juge que cet enfant précoce, volontiers distrait lors de cours qui ne l’intéressent guère, est un « touriste paresseux ». Cynique, elle ne rechigne pas à l’humilier 

« Puisque tu es si intelligent prouve-le. J’attends ta réponse, monsieur de génie. »

faisant de lui la risée des autres élèves quand les larmes jaillissent sous l’affront

« Oh, le pauvre bébé… »

Partir, comme une évidence. Ouvrir une parenthèse loin d’un monde peu amène, jonché d’« oiseaux crevés et [de] corps recroquevillés »

Ce qui compte demande que l’on suspende le temps. Mary le sait.

« Je vais demander un congé, louer l’appartement, déscolariser Célian pour le temps qui reste avant les vacances d’été, et nous allons partir sous un ciel où nous respirerons mieux. Même si fuir ne résoudra ni les blessures de l’enfance ni celles de l’amour, tant pis, je ne peux pas continuer de me laisser aller ainsi à cette dévoration mélancolique. »

C’est un « je » à plusieurs voix qui raconte, Mary et Célian se partageant la parole pour dire, en trois parties et de très courts chapitres, la fragilité des jours chagrins, entre un amour défunt et une enfance malmenée parce que différente et incomprise :

« Dès sa naissance on le sait. 

On se dit que cet enfant-là est différent. […]

On le tient entre ses deux mains, ce nourrisson réfugié dans une noix, si petit, si doux. Les reflets d’or clair de ses cheveux. Et ce regard un peu voilé qui ne le quittera plus. Lunaire. Oui c’est ça, un enfant céleste. »

L’autrice fait se succéder avec bonheur l’écriture douce et délicate de Mary et celle, simple et pourtant érudite, de Célian, sans jamais renoncer au trait poétique. Voilà un futur collégien qui parle juste, avec des mots et des phrases d’encore enfant : on « écrabouille » la main, on ne masque pas ses fréquents « il y a » sous des tournures plus travaillées, on laisse sans coordination ses phrases courtes. Il est toujours périlleux, je pense, d’apprécier quelle parole donner à un enfant, de surcroît quand il est surdoué ; Maud Simonnot réussit parfaitement à trouver le phrasé authentique de cette période de la vie quand l’adolescent ne sait plus trop qui il est, surtout dans ce roman où il est pris entre enfance et précocité.

Après un séjour sur les lieux de l’enfance, chez Granny, dans le Morvan, 

« En l’accompagnant dans ce jardin qu’elle crée par tous les temps, je songe que la vitalité organique des plantes doit être un remède à la mélancolie. Se fondre dans la simplicité d’un jardin, retrouver chaque jour cette nature généreuse, est peut-être une façon de consentir encore au monde. »

ces deux cabossés d’un quotidien « stagnant », passionnés d’astronomie depuis toujours, vont se laisser dériver jusqu’à l’île de Ven « à mi-chemin entre Copenhague et Elseneur dans le détroit de l’Øresund, perle aujourd’hui suédoise de la mer Baltique », sur laquelle Tycho Brahe, astrologue du XVIe siècle, a fait construire un observatoire pour redessiner la carte du Ciel. Sa vie, qui ne dépare pas les meilleures légendes, ne peut qu’être« une source de rêveries intarissables » pour Célian, comme elle l’a été pour Mary avant lui.

« Combien de fois dans une vie réalise-t-on vraiment ce dont on a envie ? »

Une île. Tout un symbole : microcosme isolé, terre d’oubli, une île où faire retraite pour être en paix avec les autres, avec soi-même, pour panser les blessures d’amour et celles d’enfance, au plus loin des obligations scolaires ou sociales, au plus près de la réconfortante grandeur de la nature et de la bienveillance des habitants, peu nombreux. L’accueillante Solveig, propriétaire de la pension où ils ont déposé leurs lests, l’« ours » Björn, cousin revenu restaurer la maison de famille dont il vient d’hériter, ainsi qu’un professeur de littérature anglaise à la retraite, « homme élégant, vêtu de blanc, très pâle » surnommé Des Esseintes d’après le dandy cynique et désabusé d’À rebours. Épris de Shakespeare, cet érudit tient que Hamlet retracerait la controverse opposant Tycho Brahe, l’homme « qui a su voir dans le Ciel ce que personne n’avait vu », à ses détracteurs. Sans oublier Loki, le briard de la pension qui ne quitte plus Célian. Autant de personnages que Maud Simonnot a pris soin de révéler dans leur complexité, évitant de rester à leur surface.

Le monde de Ven est petit, les ciels d’été, immenses et les étoiles, complices. À l’âge où tout se vit intensément, Célian « a enfin un espace à sa mesure » : il jouit d’une totale liberté pour « s’adonner complètement à l’univers secret de l’enfance » et à la photographie animalière, sa grande passion, et il partage la vie d’îliens qui se soucient comme d’une guigne de sa précocité. Mary trouve dans la peinture d’aquarelles le calme pour faire refluer« la souffrance [qui] s’est dissoute dans la pureté des paysages de Ven » et, dans les bras de Björn, l’abandon au désir, le battement de l’existence qui passe.

« La forêt bordant la pension est exactement celle où j’ai marché dans mes rêves cet hiver mais c’est, aussi, celle de mon enfance. C’est le même feuillage argenté des bouleaux contre le ciel pur, les mêmes petites stellaires à la blancheur éclatante parsemant les talus, les mêmes rayons du soleil sur la mousse. D’odeur en odeur ainsi se reforme ma mémoire de fille aux cheveux emmêlés et aux bras égratignés à force de grimper dans les arbres, de franchir les buissons de ronce en espérant disparaître avec les animaux sauvages, jusqu’à ce que les fins d’été viennent contraindre mes jeux et ma liberté. »

La nature, l’émerveillement, la compagnie conviviale des îliens, 

« Je me demande quels souvenirs Célian gardera de ces conversations, elles l’aident à grandir autant que l’air et le soleil de cette île. » 

la réconciliation, la résilience, et le vent du large chargé d’embruns qui cicatrisent les plaies du cœur sous la protection d’une myriade d’étoiles. 

L’Enfant céleste est un roman tendre et flottant. À l’image des maisons de Ven, il décline « des tonalités douces, assourdies, reposantes ». Le lire, c’est s’accorder un moment léger et aérien, hors du temps, dans un cadre exceptionnel et préservé, empreint de sa part de mystère comme le suggère le flou lumineux de la couverture, décidément très réussie.

J’aurai une réserve, une seule : l’artificialité des passages qui racontent Tycho Brahe, utiles certes pour qui, comme moi, ignorait tout de l’homme« qui un jour a demandé une île en cadeau pour mener la vie qu’il voulait. » Aussi instructifs soient-ils, ils peinent à se glisser harmonieusement dans le flux du récit. L’emploi du passé simple, érudit et encyclopédique, n’est sûrement pas étranger à l’impression tenace que ces incursions dans la truculente biographie de cet astronome de la Renaissance manquent de spontanéité. N’allez pas penser que je suis une exaltée militant pour la disparition du passé simple, cependant Maud Simonnot semble avoir oublié qu’ici une mère s’adresse à son enfant. Bien plus juste est la parole au présent du jeune guide suédois, quand elle captive Célian par son immédiateté pour le plonger in medias res dans la vie de Tycho Brahe.

Il reste que l’écriture poétique de Maud Simonnot a la limpidité des ciels de Ven, la sérénité du jardin de Solveig et la légèreté du vol des libellules.

« Je souffle sur les graines d’un pissenlit pour qu’elles s’envolent. Les akènes aux aigrettes gris perle, symbole de l’univers en expansion, montent très haut, jusqu’à disparaitre dans le ciel. J’ai fait un vœu. »

Quel serait le mien ?

Je forme le vœu que vous suiviez le conseil de Hubert Reeves cité en ouverture de cette chronique. Après avoir refermé ce livre – oui, je sais que vous le lirez – étendez-vous, levez les yeux vers les étoiles et laissez la magie de L’Enfant céleste faire le reste. Vous sentirez le sel des embruns, la fraîcheur du vent et les parfums pénétrants de la forêt. Vous vous noierez dans l’azur limpide du jour et la noirceur lumineuse du ciel nocturne. Vous entendrez le rire des mouettes et le clapotis des vagues sur la grève, auxquels se mêlent les éclats sourds et rassurants de lointaines conversations bon enfant. Enfin, abandonnez-vous au vertige et vous éprouverez combien nous sommes insignifiants face à l’immensité céleste.

Ce roman, lent et contemplatif, à l’intrigue certes ténue, nous emmène loin, très loin. Si loin que l’on y reste encore un peu, mélancolique d’avoir tourné la dernière page. – Christine Casempoure

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Une petite musique 

C’est l’histoire d’un enfant pêcheur de lune, de vents contraires et d’une mère insulaire. Une histoire toute en délicatesse qui  enracine nos choix dans le terreau d’une nature fertile et sauvage. L’écriture élégante, menton relevé, de Maud Simonnot est une invitation à discerner l’essentiel. Elle serre d’écrin à la petite musique de nos vies. J’ai aimé m’y abandonner, baisser la garde et imaginer qu’à mon tour j’oserais les chemins de traverse. – Karine Michenet-Meynard

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L’enfant céleste est le premier roman de Maud Simonnot.

On part d’un garçonnet Célian, passionné par ce qui est extra scolaire, mais qui s’ennuie à l’école, pour passer à Mary, sa maman éplorée à cause d’une histoire d’amour qui finit mal, et terminer avec une certaine paix retrouvée grâce à une île suédoise hors du temps, l’astronome Tycho Brahe et Shakespeare.

Je dois avouer mon ignorance mais je n’avais jamais entendu parler de Tycho Brahe avant de lire cet ouvrage. Ce personnage à la fois génial, farfelu et cruel est comme un fil conducteur tout au long du récit. Et penser qu’il aurait pu inspirer le personnage d’Hamlet rajoute à son étrangeté.

L’enfance de Mary a été baignée dans le mythe de l’astronome et elle a transmis sa passion à son fils. Aussi c’est tout naturellement qu’ils viennent se ressourcer dans l’île suédoise de Ven où l’astronome avait fait construire un château fou avec un observatoire astronomique. Ce retour aux sources avec des plaisirs simples dans la nature préservée de l’île permet aux deux de se reconstruire.

C’est magnifiquement écrit, mélancolique et doux. De très courts chapitres donnent la parole en alternance à la mère et à son fils, Mais c’est aussi très érudit (trop pour moi qui pense que le récit aurait gagné en profondeur avec un peu moins de science). Contempler le monde céleste est certes apaisant mais la délicatesse de la plume de Maud Simonnot ne m’a  pas suffi. – Françoise Floride

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Mary et Célian son fils s’envolent quelques semaines sur l’ile de la baltique  « Ven ». Ils quittent Paris.

 Mary, suite à une rupture amoureuse douloureuse et Célian, enfant surdoué et incompris par son enseignant, vont s’immerger sur l’ile où le célèbre astronome Tyché Brahe avait trouvé refuge.

Un livre tout en douceur et grâce. Je me suis sentie portée par la nature sauvage, comme dans un cocon. J’ai suivi ces deux personnages, ressenti les odeurs, écouté la nature, admiré ciel  et étoiles. Une promenade poétique, un bien fou !

Tous les personnages sont attachants et donnent envie de les retrouver sur cette île sauvage.

Un seul petit bémol…je suis restée à l’écart de la vie de Tycho Brahé, que je ne connaissais pas, un peu trop scientifique pour moi.

Un premier roman prometteur pour les prochains. – Joëlle Radisson

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Mary vit une rupture amoureuse difficile et compliquée. Elle sombre doucement dans une mélancolie protectrice. Mais elle doit se relever, elle doit combattre les souvenirs de cet homme qui la blessent un peu plus chaque jour. Mary doit le faire car elle a un fils, Célian. Un petit garçon rêveur et surdoué, qui n’appartient pas vraiment à ce monde. Alors, pour se sauver tous les deux, Mary décide de partir avec lui sur l’île de Ven, en mer Baltique. Ils vont tous les deux trouver là-bas l’oxygène qui leur manquait, et la force de surmonter leurs fantômes…

Le roman de Maud Simonnot est comme un instant suspendu. On se laisse porter par son écriture poétique, douce, où la nature et les grands espaces font la loi.

On se prend d’affection pour cette femme, Mary, malmenée et fragile, et pour son fils Célian. On les suit volontiers dans les sentiers de cette île légendaire, à l’abris du monde, offerte aux quatre vents.

Maud Simonnot nous offre un très beau voyage, intime et profond, sur les traces d’un astronome mystérieux.

C’est une lecture délicate et mélodieuse, qui nourrit l’âme et apaise pour quelques heures les tensions du quotidien… – Audrey Lire & Vous

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Mary apprend brutalement, sans aucun signe avant-coureur, par un message laconique, que Pierre ne l’aime plus « Je n’aurais pas voulu mettre de tristesse dans ta vie mais je voudrais qu’on arrête. Je ne peux pas faire l’amour sans amour ».  Sombrant dans la mélancolie, Mary se refugie d’abord chez sa mère dans le Morvan. Elle y reprend goût au plaisir de marcher dans l’herbe et se souvient que son père, mort suicidé quand elle avait 7 ans, lui racontait l’histoire du savant danois Tycho Brahe, le premier à avoir ­cartographié précisément le ciel au XVIe siècle. Son fils, Célian, enfant surdoué, s’ennuie terriblement à l’école, où il subit des brimades. Hypersensible, capable d’éclater en sanglots suite à la mort d’une sauterelle, il appartient à « ce peuple d’écorchés, épris de justice », « qui ne peut pas ne pas voir la fausseté du monde sans que ça lui soit insupportable ». Devant ces difficultés rencontrées par Célian, elle décide de partir sur l’île de Ven, une île isolée, au large de Copenhague, l’île où Tycho Brahe  avait établi son observatoire astronomique. Ils logent chez Solveig, une hôte bienveillante, y rencontreront Des Esseintes, un professeur de littérature à la retraite passionné par Shakespeare, Mary y retrouvera l’amour, l’estime de soi, entre les bras de Björn. Mary a « parcouru le cycle entier du chagrin, la souffrance s’est dissoute dans la pureté des paysages de Ven ». En faisant cette retraite, ce séjour très contemplatif, pour être en paix avec elle-même, elle accompli un chemin spirituel nécessaire pour elle après sa rupture amoureuse. Éloignement aussi nécessaire pour Célian, incompris dans le milieu scolaire. Ce séjour lui permettra de devenir autonome « auto-nomos : qui se donne à soi-même sa propre loi ». Célian a enfin un espace à sa mesure car « Peu d’adultes connaissent encore au contact de la nature ces émerveillements de l’enfance ». La mère et le fils vont panser leurs blessures et retrouver la force de poursuivre leur chemin.

Le roman alterne les prises de paroles  de Mary et celles érudites de Célian. Dans le premier récit sont intégrés des éléments biographiques sur l’astronome.  Y transparaît l’amour inconditionnel de la mère pour son fils, un personnage d’une grande pureté qui donne toute sa lumière au roman. L’Enfant céleste s’attache à un sujet sensible, celui des enfants surdoués, dits précoces ou encore différents. C’est un petit livre plein de poésie, plein d’espoirs, porté par une écriture délicate, sensuelle. Un roman tendre, un moment hors du temps dans un cadre exceptionnel. Une invitation à la rêverie « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves ».Françoise Le Goaëc

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La rudesse du climat, les failles et crevasses, les pays du Nord les adoucissent : brumes cotonneuses, tapis neigeux ou moussus, lumières changeantes, horizons laiteux.

Dans ce cocon ouaté, depuis des siècles, des hommes trouvent refuge. Ils peuplent ces pays de leurs croyances et espérances, y installent leurs recherches, écrivent et rêvent sous ces cieux gris et changeants. Une mère délaissée, un petit garçon dont l’esprit ne peut suivre le rail scolaire nous amènent sur leurs traces.

La magie opère, la poésie infuse entre les pages. Une belle écriture pour nous faire découvrir l’Histoire, l’histoire de ces hommes qui ont entrouvert le ciel.

A lire absolument sous un ciel d’été. – Christiane Arriudarre

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Lire également les billets de :

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/03/lenfant-celeste-de-maud-simonnot.html

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/03/l-enfant-celeste.html

Claire Sejournet : https://lamarmottealunettes.wordpress.com/2021/05/05/lenfant-celeste-maud-simonnot/

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/04/mon-avis-sur-lenfant-celeste-de-maud.html

Nicole Grundlinger : http://www.motspourmots.fr/2020/11/l-enfant-celeste-maud-simonnot.html

Le Mal-épris – Bénédicte Soymier

« C’est donc ça la vie, une grande farce hypocrite dans laquelle il faut se fondre pour ne pas être méprisé. Il écoute, regarde, s’adapte. Il apprend, la nausée au bord des lèvres face à ce fourbe étalage, à cette course à l’apparence, à cet attrait de l’enveloppe alors qu’au fond il sait être le même »

Pour son premier roman, Bénédicte Soymier nous propose un récit intense.

C’est l’histoire d’envie, de chaleur, d’engrenage, de fatalité, de fluide, d’inconstance. C’est l’histoire d’un homme, Paul, qui dépérit de l’intérieur, laid, sec, bourré de frustrations qui vont insidieusement l’empoisonner, s’infiltrer et déclencher des crises de folie, de colère. Ce raté, empli de doute, va basculer, devenir un lâche, un manipulateur car elle le provoque ! Quel affront !

C’est l’histoire d’une femme, rayonnante, sensible, pulpeuse et romanesque qui souhaite réparer cet homme car, pleine d’espoir, elle croit en la rédemption. C’est une histoire de courage. Elle va s’excuser, se sentir coupable, moche, composer, mais il va la briser. C’est pour son bien. C’est une histoire de coups.

« Il la veut nonne, il la veut pute ».

Et il y a cette voix… Mais si… et si..

Toute l’originalité de ce roman réside dans le parti pris de l’auteure, le choix d’un nouveau point de vue. L’écriture incisive, à l’image de cette violence, nous tient en haleine. L’épilogue est magnifique !!

Un premier roman à découvrir ! – Alexandra Lahcène

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Ce premier roman choisit un angle très original et osé pour aborder la question des violences faites aux femmes : donner à entendre la voix de Paul, l’homme violent, dans la peau duquel le lecteur glisse, dans son ressenti, ses failles et ses souffrances. Sans fard. Et c’est terriblement dérangeant d’être plongé dans la tête de ce mal-aimé, mal-heureux, devenant mal-traitant.

Dès les premières pages, cet homme ordinaire et laid met mal à l’aise. Il observe pathologiquement les femmes qui lui plaisent, les épient, prend des notes sur son carnet, accumule rancoeurs et rancunes, rage et hargne. Jusqu’à ce que tout bascule. Il vrille suite au rejet d’une femme qui l’obsède à en crever. Jusqu’à la rencontre avec Angélique. L’engrenage de la violence se met en place. Bénédicte Soymier décortique remarquablement cette spirale, disséquée au millimètre. Paul, piégé par ses failles émotionnelles et ses pulsions violentes, Angélique par sa volonté qu’enfin une histoire d’amour fonctionne, à la fois naïve et lucide dès les prémisses de l’inacceptable.

Benédicte Soymier est une écrivaine, c’est évident lorsqu’on lit ses phrases courtes, hachées, percutantes. Le style est vif, précis, rythmé. Les mots se précipitent et happent comme dans un thriller, créant une véritable tension narrative née de l’urgence de la situation.

Les deux premiers tiers du roman sont formidables et glaçants. Je suis moins convaincue par le dernier tiers, sur l’après, que j’ai trouvé trop explicatif, trop psychologisant. Même si je comprends le volonté ou le besoin d’ouvrir une fenêtre vers la lumière, la rédemption et la résilience, ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est justement de suivre Paul, ses actes bruts juste entrecoupés de quelques indices sur son passé, j’ai aimé que l’imagination du lecteur ait toute latitude à s’exprimer. Du coup, il m’a semblé que la force du récit retombait voire glissait vers quelque chose d’un peu moralisateur. – Marie-Laure Garnault

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Un premier roman maîtrisé et tendu sur la violence à l’intérieur d’un couple, à travers les ressentis de celui qui la fait sourdre, l’homme.
Un véritable anti-héros, ce Paul, pour lequel j’ai été partagée tout au long de ma lecture entre dégoût et empathie.

« Paul n’est pas beau. »

L’incipit du roman donne une des clés pour tenter de comprendre cette personnalité complexe. Ne pas être beau revient pour lui à faire partie des laissés pour compte de notre société. (l hait les beaux pour qui tout est facile) De ceux blessés dès l’enfance par les railleries, les petites phrases assassines qui laissent au cœur des plaies béantes. Quand s’y ajoute la violence d’un père et l’indifférence d’une mère, alors les frustrations accumulées, les rancœurs fomentent un cocktail explosif. Une cocotte minute sous pression…

Paul par dépit et désir frustré va s’en prendre à une jeune femme vulnérable. Maman célibataire, Angélique est pulpeuse, voluptueuse, sexy et décidée à croire coûte que coûte en l’amour de cet homme qui peut être si gentil même si elle sent bien que quelque chose ne va pas… Elle aussi est blessée par la vie.

L’autrice se glisse dans la peau de cet homme misérable et malheureux avec une précision chirurgicale et une crédibilité incroyable. Quand la digue des remparts moraux de Paul cède (il s’était juré de ne pas être cet homme là), elle nous entraîne dans la spirale de la violence, au cœur des pensées de Paul. Le personnage féminin est finement brossé aussi et il est impossible de ne pas ressentir d’empathie pour elle et d’avoir envie qu’elle s’en sorte. La tension s’installe crescendo et ce, jusqu’au bout du roman. Lisez ce roman puissant, une vraie réussite dont les personnages vous hanteront longtemps après avoir refermé la dernière page… – Catherine Dufau

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Paul travaille à la Poste. Mal habillé, les dents de travers, le cheveu rare, il n’a rien pour lui, à l’exception de ses très beaux yeux bleus. Il souffre de sa grande laideur et vit replié sur lui-même, plein d’envie et de rancœur. Pourtant, lorsque Mylène emménage dans l’appartement d’en face, il est si fasciné qu’il surmonte sa timidité et l’aborde. Une amitié se forme, qu’enfreint Paul une fois. Mylène ne lui pardonne pas d’avoir franchi la ligne rouge et s’éloigne ; le voilà à nouveau seul avec toute sa frustration. Il se console auprès d’Angélique, une collègue, qu’il parvient à séduire plus facilement que Mylène.

Angélique est seule, mère célibataire, et fragilisée par des blessures intimes. Plantureuse, séduisante sans le faire exprès, elle est en quelque sorte instrumentalisée par Paul qui ne voit chez elle que la possibilité de lui faire oublier Mylène et d’évacuer sa frustration. On n’y verrait là rien de trop répréhensible finalement, n’était le caractère obsessionnel de Paul, qui tient des carnets sur les femmes, dans lesquels il consigne, à leur insu évidemment, les moindres détails de leur existence. Des carnets onéreux, remplis de notes faites à l’encre bleue d’un coûteux Waterman. Voilà dressée, dès les premières pages du roman, la nature maniaque et malsaine du personnage, qui va monter en force tout au long du récit, d’autant qu’elle se double d’une jalousie compulsive. On a là exposés, disséqués, les fondements d’une violence conjugale, physique et morale qui s’exerce sur une proie facile à dominer, un peu candide, gentille, et qui a tant besoin d’être aimée. Paul est-il capable d’aimer, à commencer par lui-même ? On appréciera, ou non, la troisième partie du roman consacrée à la « guérison » de Paul. En tout cas, la démonstration des mécanismes de violence conjugale et d’emprise est plutôt bien réussie. – Emmanuelle Bastien

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Paul, petit, malingre, chauve, est peu gâté par la nature.
Enfance cabossée, battu par son père, il a protégé la fratrie.
Mais Paul se bat, travaille, a un appartement agréable, meublé avec gout et aime les jolies femmes .
Même s’il n’est pas à la hauteur, il séduit, au prix d’efforts peu récompensés.
Il en sort aigri, meurtri et finalement se venge sur la bonne personne reproduisant le modèle paternel.
Un livre très dérangeant, au style percutant qui nous mène parfaitement là ou le désire l’auteure.
Notre possible empathie en début de la la lecture faiblit au fur et à mesure des lignes pour finir par disparaitre complètement.
Rien que pour cela, c’est parfaitement réussi, même si au final, cette lecture n’est pas forcément indispensable. – Anne-Claire Guisard

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Mitigée….
C’est le mot qui résume le mieux mon état d’esprit à l’issue de cette lecture…
Sur les 2 plans, le fond et la forme, j’ai oscillé entre bonnes surprises et grincements…
A vrai dire, voilà le genre de sujet sur lequel je ne me rue pas spontanément dans mes lectures. La violence faite aux femmes (les violences en général, la noirceur du monde et de l’humanité). Je ne les fuis pas, je m’intéresse aux publications, à ce qui s’en dit mais ne « m’expose » pas sciemment…! Mais si l’occasion se présente (livre prêté, offert, reçu d’une manière ou d’une autre, sélection extérieure comme ici), je m’y plonge sans hésiter et vais au bout forcément.
Mais le sombre m’assombrit…

Ici, j’ai beaucoup apprécié le point de vue, le « point d’écriture » qui se place du côté de l’homme violent, de celui qui finira par être dans l’absence de contrôle de lui-même.
Paul est un homme physiquement laid, de caractère versatile et aigri, que la vie a malmené très tôt.
Sans jamais excuser, la narration permet un chemin de compréhension de ce qui amène un homme à cette impossibilité de créer des relations équilibrées, qualitatives, ajustées.
Il va rencontrer une femme, y croire trop, projeter sur elle ses propres désirs et finir en miettes, terrassé par l’humiliation de trop. Sa rage gronde et entachera violemment la relation suivante, celle qui aurait pu « être la bonne ». Spirale infernale de détestation de soi et de volonté de maîtrise de l’autre…

Le titre est tellement bon, il dit tant…
Les phrases sont courtes, le récit s’anime, s’enchaîne… j’ai beaucoup aimé les descriptions des personnages, notamment des corps.
Mais des maladresses m’ont chiffonnée (l’appartement se retrouve en 2 pages du 4e au 2ème étage… la jeune femme porte une robe mais lisse son chemisier 5 lignes plus loin… rien de grave mais ça m’agace, ça enraye mon « cinéma intérieur » ) ainsi que le côté vraiment trop répétitif des scènes et des termes employés. Une impression de piétinement…
Si le récit s’enlise un peu, j’ai beaucoup adhéré à la fin, sans complaisance, et réaliste. Et finalement positive… – Christine Gazo

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« La violence, en s’épanouissant, produit un épi de malheur, qui ne fournit qu’une moisson de larmes. »  Eschyle, Les Perses

« Paul, je sais ce que tu es. Je ne brode pas, c’est ton récit. Et rien ne t’excuse. »

Rares sont les textes apaisés en cette rentrée littéraire de janvier 2021. Je n’en suis qu’au prologue, j’ai à peine entrouvert Le Mal-épris (joli titre) de Bénédicte Soymier, que je suis déjà mal à l’aise. C’est un 1er roman dont le sujet n’a rien d’original, mais dont l’angle de vue est, plus que novateur, audacieux. D’autant plus audacieux que c’est une autrice qui nous place à hauteur de l’homme violent.

Paul est un homme moins que banal.

« Paul n’est pas beau.

Petit, maigre, le cheveu terne et rare, le nez long, il présente un physique ingrat que n’arrangent pas des tenues démodées, portées étriquées, du pantalon de velours côtelé, toujours beige ou gris, aux chemises de fin coton d’Égypte plaquées sur son torse. […] » 

Il travaille à la Poste et occupe un appartement décoré avec goût où chaque chose est à sa place, un appartement de vieux garçon. À 45 ans, on ne connaît aucun ami à ce solitaire effacé qui ne s’est jamais remis de sa rupture avec Léa. Quand il découvre que sa nouvelle voisine est la belle Mylène, il se laisse aller à un désir d’attention et, pourquoi pas, d’amour qui a tôt fait de tourner à l’obsession. 

« Cette nouvelle voisine pourtant l’interpelle […] Mylène, elle se nomme, il a regardé sur la petite étiquette collée sous la sonnette. Il fallait qu’il sache. Elle lui plaît, Mylène. Beaucoup. Elle est si raffinée et délicate, le geste posé, la grâce innée, belle, si belle. »

Mylène glisse imperceptiblement vers un personnage fantasmé, un personnage prisonnier des pages du coûteux carnet bleu dans lequel Paul consigne à l’encre noire de son Mont-Blanc, avec un soin maniaque, tout ce qu’il peut glaner pour approcher cette jeune femme. Qu’il est pernicieux et étouffant cet enfermement papier de la femme convoitée !

Est-ce parce qu’elle sort d’un chagrin d’amour ? parce qu’elle est fragile ? timide ? Est-ce parce qu’elle manque de courage ? ne veut pas le blesser ? Mylène n’éconduit pas Paul. Pas tout de suite. Ces deux âmes solitaires et amochées entament une relation de voisinage équivoque où Mylène bouscule quelque peu la routine de Paul avant de s’échapper lorsqu’elle rencontre un « grand, brun, athlétique – beau, évidemment »que Paul s’empresse de détester puisque désormais c’est lui que Mylène regarde, c’est à lui que Mylène sourit.

La violence latente était déjà là, qui guettait. Elle commence à sourdre dans les insultes qui naissent des brumes de l’alcool et de la déconvenue d’avoir été rejeté : Mylène est une « salope », les autres, « des cons ».

Quand, sur son lieu de travail, Paul rencontre Angélique (ah ! l’onomastique !) 

« Elle est sexy, Angélique. Très sexy. Pas aussi jolie que Mylène, mais agréable à regarder. Petite, un peu ronde, la taille floue et les seins lourds. »

il se dit qu’elle est peut-être celle qui lui fera oublier toutes les autres, qui aura pour lui des sentiments réciproques, celle qui ne partira pas.

C’est qu’elle est vulnérable, Angélique. Elle est mère célibataire d’un petit garçon et vivote entre deux missions d’intérim. Elle est consciente des regards concupiscents que les hommes posent sur son corps tout en courbes voluptueuses, ces regards qui « convoite[nt] et insulte[nt] ». Elle n’a de cesse de voir le meilleur en chacun. Que voulez-vous, elle est comme ça Angélique, et sa bienveillance généreuse l’a abonnée aux relations aussi éphémères que boiteuses. 

« Angélique s’inquiète.

[…] sa peine est sincère, elle dont la compassion guide la route bien trop souvent à ses dépens. Elle en a fait les frais de sa grande bienveillance, adoptant en amour tous les « chiens errants », malchanceux, cabossés qu’elle imagine rafistoler malgré leurs mensonges et leurs dix mille promesses. »

Comment son cœur trop tendre pourrait-il ne pas être touché par cet insignifiant petit homme malingre, taiseux, complexé, fagoté comme l’as de pique ? Comme ne pourrait-elle pas se retrouver prise au piège des rets tendus par ce collègue en qui elle a aperçu une âme en perdition, et donc à sauver ? 

« Elle rêve de sentiments, malgré tout, ni naïve ni stupide, animée par l’envie de n’être plus seule avec son fils. Elle racle le sable et le disperse en un millier de particules roulées par le vent, mangées par l’écume, elle le projette et le chasse comme elle chassera les démons de cet homme. »

Et Paul, comment pourrait-il ne pas souhaiter être enfin regardé, au-delà d’apparences jouant contre lui, par une femme qui aimante tous les regards ? Ce n’est pas un hasard si les références au regard parsèment le roman.

On comprend vite que l’histoire de Paul et Angélique est moins celle d’un amour partagé que d’une dépendance affective et d’une soif commune d’enfin trouver un soi à estimer. 

« Elle est une conne, acceptant l’illusion sans plus savoir pourquoi – mal d’amour, mal de soi, elle pleurerait d’être aussi faible. Se déteste. »

Raison pour laquelle Le Mal-épris, en plus d’être un roman sur les violences conjugales, est l’histoire d’un drame humain qui se noue quand un homme meurtri dans sa chair depuis l’enfance se retrouve en présence de la victime idéale. Bénédicte Soymier ausculte le mécanisme de la violence au sein du couple, comment elle s’échauffe, enfle, déborde, un peu à l’image du lait que l’on a oublié sur le feu, sans surveillance.

Paul frappe avec les poings :

« Ça lui ronge les tripes et le cerveau, plus fort que sa volonté – une hargne qui l’habite, une violence qui déferle tel un vent d’orage, puissante et incontrôlable. Il voudrait lâcher mais ne pense qu’à frapper. »

Paul frappe avec les mots :

« Arrête ton travail, ne porte plus de jupes, tu es bonne à rien de toute façon. »

ou

« Paul écrit un sms, « Je t’aime, même dans ces fringues de pute qui te vont comme un gant ». Le relit et l’envoie. »

Paul étend son emprise, ajoutant la dépendance financière à la dépendance affective. Angélique n’est pas dupe, elle souffre, mais de là à partir… L’autrice ne nous fait jamais perdre de vue que toute relation de couple implique deux personnes. N’était la violence bien sûr, ces deux-là, malmenés par la vie, ne sont pas aussi dissemblables qu’on peut le penser.

L’écriture de Bénédicte Soymier tient la note juste. Son phrasé est syncopé et – paradoxe ! – fluide, bien que la phrase voie son élan interrompu, cassé par un foisonnement de virgules et de points. Souvent j’ai eu envie de dire de cette écriture « Mais qu’elle s’assoie au lieu de s’agiter […] elle [me] donne le tournis » ! Son intense bougeotte aspire le lecteur dans le maelström. Ce texte heurté qui mérite de passer par la lecture à voix haute (essayez, vous verrez) est aussi effrayant que cet homme. Phrases elliptiques et courtes, retours à la ligne intempestifs, autant de stratagèmes qui concourent à transcrire la violence, la souffrance, l’enfermement. C’est tout à fait fascinant d’éprouver combien l’écriture participe au malaise, combien elle en est même l’un des éléments substantiels quand elle hébète le lecteur en en faisant sa victime. Ça bouscule, martèle, cogne, essouffle, essore, recrache.

Écoutez :

« Il est une merde piétinant les principes, un contre-exemple, un contre-amour et un lâche. Il a frappé par fierté, par dépit, par stupidité, violent pour la violence, comme si les coups pouvaient gommer une frustration. Quel con ! Pourtant, il sait. Il a lu les articles sur les pervers narcissiques, les maltraitances, les femmes battues, les associations, a vu des reportages et, malgré tout, oublie quand ça l’arrange. Il n’a pas d’excuse. »

Si Paul n’a pas d’excuse, peut-on au moins essayer de comprendre comment il est devenu ce que lui-même réprouve : un monstre manipulateur, alcoolique et violent ?

« Il est ce que l’enfance a fait de lui, une histoire d’adultes défaillants et malfaisants, le produit de sa mère et de son père. »

C’est aussi dans son analyse sensible du bourreau et de sa victime, dans les questions essentielles qu’il soulève, sans jamais juger ni donner de réponse prête à l’emploi, que ce 1er roman est particulièrement réussi. La maltraitance engendre-t-elle la maltraitance ? Où s’enracine la violence ? Comment repérer ces petits riens, nuages anodins et pourtant annonciateurs des orages à venir ? Cet homme à la dérive n’est-il pas aussi une victime ? Et pour sa victime, une fois le piège refermé, comment se sauver, à tous les sens du verbe ?  Et le lecteur, asphyxié par l’écriture intranquille de Bénédicte Soymier, d’être emporté par ce tourbillon de questions. Jusqu’à la toute dernière. – Christine Casempoure

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« Elle pourrait partir, elle qui vient de s’installer, la tête remplie d’espoir. (…) Elle pourrait remplir ses cartons et ses sacs.  Elle pourrait, mais elle ne peut pas, parce qu’elle croit à l’amour, à la rédemption et aux choses qui changent. »

Paul est moche, et il le sait. C’est un homme des plus ordinaires qui se méprise et en déteste la terre entière. Alors qu’en fait, tout ce qu’il voudrait, c’est être aimé. Ne pas être parmi ceux qui attirent les regards, à force, ça le rend aigre. Et, de toutes façons, personne ne mérite son attention. On le prendrait presque en pitié, ce Paul, mal gaulé, mal fagoté, mal embouché.

Le jour où le hasard lui permet de croiser sa jeune et jolie voisine, qu’ils deviennent intimes, il commence à nous mettre mal à l’aise, Paul. Parce que nous, lecteurs, on sait qu’il a son petit carnet où il note les allers et venues de Mylène et tout ce qu’elle fait. Et puis on voit bien comme il manœuvre pour la séduire, dissimulant tous ses travers et défauts. Il est tout à la fois ridicule et déplaisant. Alors il y a l’erreur, le dérapage, cette nuit « d’amour » qui ne sera suivie d’aucune autre. Quand, au petit matin, Mylène se lève honteuse et disparaît pour longtemps, la frustration de Paul s’embrase. Et nous, on sait bien que toute cette histoire ne va pas aller en s’arrangeant.

Angélique vient d’être embauchée dans l’agence de la Poste où travaille Paul. Elle a un tout jeune garçon, elle vit chez sa maman et sa vie amoureuse est désespérante. Mais, pour son petit, elle s’accroche, elle en veut. Ce boulot, c’est une sortie du tunnel. Elle habille ses rondeurs de couleurs et met tout son cœur à l’ouvrage. Elle se sent bien accueillie par Paul, ça la met en confiance. Elle est touchée par ses maladresses, n’y voit que du bien. Alors que nous, on a envie de la prévenir, Angélique, que Paul, il a des habitudes un peu louches et des réactions carrément malsaines. Mais elle ne peut pas nous entendre. Sous le charme d’une gentillesse providentielle, Angélique tombe amoureuse d’un Paul de comédie.

Voilà un parti pris audacieux pour un sujet grave : la violence conjugale vue depuis l’agresseur. Sans misérabilisme, ni apitoiement. Juste les faits, émaillés de ce qui traverse les personnages. Ainsi Angélique voudrait tellement croire au pouvoir de l’amour et à la métamorphose… J’ai trouvé l’auteur courageuse d’amener la jeune femme à se confronter à la question du pardon et de l’amendement possible de son agresseur.

Bénédicte Soymier nous entraîne dans la spirale d’amertume et de violence qui aspire Paul sans qu’il puisse y résister et qui laisse Angélique sidérée. Evidemment c’est dérangeant d’assister à tout ça, impuissants.

Et ce qui ne nous soulage à aucun moment, nous, lecteurs, c’est la dynamique continue de l’écriture, son rythme haletant, qui emporte, qui martèle, qui assène, comme ces coups que Paul adresse à tout ce qui lui résiste. Cela ne nous soulage pas, mais c’est parmi les belles réussites de ce roman qui ne nous laisse pas de répit. Percutant ! – Anne-Sylvie Delaunay

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Le Mal
Il est Mal .
Il est Malade …

Quand on n’a connu dans son enfance, que la violence, l’alcool  » mauvais » et les coups , est-on voué à reproduire le même schéma ? Peut-on parler d’atavisme ?

Une lecture effectuée en apnée, comme dans « Un loup quelque part  » d’Amélie Cordonnier.
Tourner les pages avec appréhension, encaisser comme si c’était soi-même qui était frappée par les mots qui claquent, par les phrases qui cinglent.
« Avoir envie de se mettre au milieu et de lui coller son poing dans la figure à ce Paulo, de lui ouvrir les yeux à Angélique. « 

Un roman qui fait mal et dont je ressors abasourdie.
Sensation sûrement renforcée dans le contexte sanitaire actuel. Une année de pressions et de stress, qui a engendré une augmentation des violences faites aux femmes et aux enfants.

Bénédicte Soymier a progressivement dépeint les étapes de la montée de cette violence :
Violence du père
Violence de la mère ( qui n’a rien fait pour protéger ses enfants)
Violence des mots lorsqu’on est un enfant différent des autres dans les cours d’école [ petit , maigre, gros, mal habillé …]
Violence de Paul, des mots jusqu’aux gestes, en passant par le harcèlement physique et psychologique.
Et là où l’auteure est très forte ou très psychologue, c’est qu’elle a réussi à m’émouvoir. Je me suis surprise à lui trouver des excuses, des circonstances atténuantes à cet homme ; à le comprendre voire même à le plaindre, plus exactement à plaindre l’enfant et l’adolescent qu’il a été !

Ce n’est pas un coup de cœur car mon ressenti est trop confus.
Mais c’est un roman à lire, et je remercie les fées des #68premieresfois pour sa découverte. – Marie-José Severin

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Paul est laid et il le sait.
En commençant ce roman, sans avoir lu la quatrième, on le prendrait presque en pitié, ce vieux garçon qui a beaucoup subi pour protéger sa fratrie d’un père alcoolique et violent et d’une mère qui a abandonné et s’est abandonnée à la drogue et l’alcool.

Un jour, un événement, une nouvelle voisine s’installe dans son immeuble. Et là le malaise commence pour le lecteur, la traque commence: Paul épie, suit et essaye de nouer un contact avec Mylène. Aussi belle qu’il est laid. De fil en aiguille, le lien se tisse. Mylène se laisse flatter par ses avances et sa sollicitude, jusqu’au jour où Paul de lance. Un moment d’égarement que Mylène regrettera mais qui sera comme un déclic pour Paul.

Paul laisse la haine l’envahir et c’est la voluptueuse Angélique qui va en pâtir. Angélique trop voluptueuse, trop féminine qui ne rêve qu’au prince charmant. Elle va tomber dans le piège et se laisser convaincre. Malgré la violence physiques, psychologique, elle reste et croit en l’amour et là rédemption. Jusqu’au moment de trop.

Ce livre est un « page turner ». Malgré le malaise et la violence on continue la lecture de ce roman. Ce roman est à la fois dérangeant, malaisant et fascinant. On se laisser happer par les personnages et on espère qu’Angélique va s’en sortir. – Ana Pires

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Il aurait suffi de presque rien, une image plaisante dans le miroir, une main sur l ‘épaule pour que la bienveillance donne de la rondeur, du moelleux à l ‘existence.

Mais non les angles sont vifs, à-vifs, tous s ‘y piquent, s’y blessent, agresseurs et victimes se confondent .

On veut y croire, regarder l’espoir en haut de la paroi, s’accrocher à une douceur, un regard qui aiderait à sortir de l’engrenage de la frustration, de l‘aigreur, ces acides qui rongent les cœurs tendres et les esprits fragiles.

Une écriture fine et délicate pour ce thème si difficile des bourreaux faibles. – Christiane Arriudarre

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Il est minable. Pas beau, mal fringué. Et ce n’est pas un délit de sale gueule, car en plus il a ce petit quelque chose malsain qui vous met mal à l’aise. Impossible de déceler la moindre parcelle de beauté intérieure. Conséquence logique : il est seul, dans un appartement confortable d’où il peut fantasmer en regardant la belle Mylène sa voisine. L’idylle sera de courte durée, Mylène comprend vite son erreur. Par contre, Angélique, sa collègue semble une proie plus facile.  Seule avec un enfant , elle cède à la demande de Paul. Et emménage avec lui.

Le duo victime-prédateur est parfaitement restitué. Chacun reproduisant un fonctionnement délétère, calqué sur des schémas qui font partie de leur histoire personnelle. On déteste le type, et on a juste envie de secouer la demoiselle pour lui ouvrir les yeux.

La narration est menée avec une maitrise remarquable. Des phrases courtes qui illustrent bien le fonctionnement impulsif et à court terme de cet homme gouverné par ses pulsions.

Le scénario est bien rodé, et reproduit avec fidélité ce fonctionnement prédateur-proie, promis dès les premiers échanges à une issue délétère, avec une violence qui s’auto alimente et un cercle vicieux dont il est difficile de rompre  l’enchainement. Les remords sont des vérités brèves qui l’instant d’un « plus jamais » annihilent toute volonté de s’extraire de cet enfer quotidien.

Premier roman abouti, dont on aimerait que les personnages ne soient que des caricatures. – Chantal Yvenou

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Le titre est bien trouvé de ce premier roman instructif pour dire la torture du cœur maltraitant, la souffrance du bourreau et les failles de ses victimes. Paul est le mâle-épris, le frustré laid, l’homme à l’enfance détruite. Le livre se divise en trois parties et se décline en trois temps du déclenchement au passage à l’acte jusque la tentative de réparation de l’agresseur : le devenir de l’homme violent qui tabasse, enferme, exige, rabaisse, force…

La démonstration est irréprochable et juste, peut-être à l’excès trop décortiquée pour moi. Les mots sont hachés, répétitifs, et se multiplient, s’ajoutent pour s’assurer de bien expliquer, transmettre le suc, l’essence du fiel malade dont sont porteurs chacun des antagonistes, chacun dans son rôle, celui qui frappe, celle qui reçoit, une autre qui prépare, alimente le terrain…Aucun regard n’est jugeant et pourtant parfois la voix narrative, sous la forme d’un italique et d’une adresse directe, s’en prend directement à Paul, le provoque, le surprend, ne lui laisse aucun répit pour ne surtout pas laisser se planquer les sensations acides et brûlantes de Paul, agresseur traqué par son propre ressenti, ici exacerbé par cette voix-conscience intraitable.

Le point de vue est intéressant, pertinent, et indéniablement très juste, oui admirablement démontré. Il m’a manqué l’élan fictionnel, l’envol d’une écriture, la richesse d’un imaginaire pour accrocher davantage tout en reconnaissant à ce premier roman une belle volonté, une démarche, comme un vécu peut-être digéré qui a encore besoin d’être entendu et reconnu. Ce livre dans ce sens est selon moi courageux, indispensable pour mieux saisir tous les enjeux, les nuances, les blessures traînées, étouffées, ravalées à l’origine des frustrations incendiaires et assassines. Et sa valeur réside, paradoxalement, dans cette démonstration brillante. – Karine Le Nagard

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Paul. Mylène. Angélique.  Trois habitants d’un même immeuble. Trois personnes seules, en quête d’amour mais à quel prix.

« Paul n’est pas beau », il est amer, son travail à la Poste l’ennuie.  Mais il a bon goût, que ce soit pour la décoration de son appartement ou pour repérer les jolies filles. Il sait écouter et parler aux femmes, avec douceur. Son attention s’est d’abord portée sur Mylène, sa voisine de palier, qui se laisse séduire mais réalise très vite son erreur et lorsqu’elle l’éconduit, Paul craque.  Mylène l’obsédant, il jette alors jette son dévolu sur une toute nouvelle arrivée dans l’immeuble, Angélique, une mère célibataire d’un enfant de deux ans, la proie idéale. Angélique – prénom prémonitoire « pareil à un ange » – ne demande qu’à combler sa solitude, qu’à rencontrer enfin le grand amour, elle qui n’a jamais eu de chances jusqu’à présent avec les hommes. Avec  Paul elle va tomber de Charybde en Scylla car détrompez vous, sous son air charmeur Paul est un prédateur. Enfant violenté par son père, enfant « mal-heureux », il a pris sous son aile ses frères et sœurs « ses petits » car il a un irrépressible besoin d’être « bien-aimé ». Perturbé par la violence qu’il a vécue dans son enfance il la reproduit et n’arrive pas à l’endiguer lorsqu’elle le submerge : il devient « mal-traitant ». « Il ne sera plus un jouet dans les mains de cette femme, quelque en soit l’effort, il décide et maîtrise les moments, le plaisir et ne se perd plus ». Angélique se débat dans cette toile d’araignée dans laquelle la jeune femme est petit à petit prise au piège. Elle réalise tardivement que cet amour qui l’étouffe, qui l’isole socialement, ce n’est pas vraiment de l’amour même si la violence une fois retombée Paul s’excuse. Elle parviendra à s’échapper de l’emprise qu’exerce Paul sur elle. Paul est malade, son séjour dans un centre psychiatrique arrivera t’il à le changer, à le reconditionner ? Un homme violent peut il guérir ?  

Dans ce livre s’affronte un duo,  le prédateur et sa victime. Bénédicte Soymier  décortique remarquablement bien cette spirale infernale entre un homme « mal-épris » et une femme « mal-aimée ». Ce livre aborde la question des violences faîtes aux femmes soi-disant par amour. Un sujet brûlant d’actualité lorsque l’on sait que de nos jours une femme meurt sous les coups de son partenaire tous les deux jours et demi. Sans compter toutes celles qui souffrent en silence de violences physiques et/ou psychologiques, n’arrivant pas à échapper à l’emprise de leurs bourreaux. L’auteur parvient à traiter ce sujet délicat avec talent, sous un angle différent de l’habitude, permettant au lecteur, conscient de ce qui va arriver mais impuissant, d’entendre la voix de Paul, la voix de l’homme violent. Il découvre son ressenti, ses failles et ses souffrances. Les mots sont choisis avec justesse jusqu’au titre « Le Mal-épris » : un homme dominé par le mal, mal-aimé, mal-heureux, devenant mal-traitant par amour. Un livre qui mérite d’être lu par toutes ces femmes prises au piège d’un amour qui n’en est pas un, afin qu’elles parviennent à s’échapper à temps… – Françoise Le Goaëc

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Roman poignant sur l’emprise et la manipulation exercée par un pervers, la spirale des violences conjugales avec l’alternance des coups et des caresses, le sentiment de culpabilité ressenti par la victime et son estime de soi proche de zéro, son courage aussi…

L’auteure est infirmière, on sent que son métier l’a amenée à croiser des histoires semblables et qu’elle s’en est inspirée pour imaginer les tristes héros du quotidien que son Paul, le bourreau pathétique qu’on plaint autant qu’il révulse, et Angélique, une proie idéale pour la maltraitance.

Son écriture rend compte de tous les sentiments qui traversent les personnages, du plus noble au moins avouable.  De manière précise et concise, elle excelle à décrire les montées de violence et les moments où tout bascule, et dans ce climat oppressant, réussit le tour de force de donner des indications pour comprendre, sans ni excuser, ni juger. – Marianne Le Roux Briet

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Paul est mal dans sa peau, son travail est loin de le combler. Il est l’homme que personne ne remarque. Il est complexé et cherche dans le regard des autres l’assurance et la reconnaissance. Mais rien n’y fait. Il épie sa voisine Mylène et finit par se lier avec elle. Il s’emballe, y croit l’espace d’un moment. Mais Mylène s’écarte et finit par l’ignorer pour s’investir autrement vers un autre homme. Paul se résigne douloureusement et sort terriblement frustré de cette expérience. 

Encore une fois. Comme à chaque fois lorsqu’il tente de construire une relation amoureuse. Il décide alors de se tourner vers Angélique. Mais Angélique n’est pas Mylène. Angélique est vulnérable, fragile et en recherche d’affection. La proie idéale en somme. Et Paul va jouer de toutes ses failles. Que cherche t il à venger ?

Bénédicte Soymier raconte de façon chirurgicale le harcèlement, l’emprise, la violence sourde qui se niche en Paul et qui finit par éclater. Comment se sortir de cela quand on est la cible d’un prédateur ? Comment faire face ? 

Voilà pour l’histoire à laquelle…. je n’ai pas cru, gênée par trop de détails qui alourdissent à mon sens le récit. Tout est écrit, bien certes, mais trop. La lecture ne laisse pas de place à l’imaginaire et tout est trop « mâché », détaillé. 

La fin ne m’a pas paru crédible. Presque trop facile. 

L’exercice de la critique est peu aisé quand on rédige une critique négative et ce d’autant que je n’ai lu que des critiques élogieuses concernant ce livre. C’est aussi ça la littérature. Tous les goûts sont dans la nature et c’est heureux, on peut être touchée ou pas par un texte et pour de multiples raisons. Le mal-épris m’a paru trop travaillé avec des codes et des contraintes d’écriture. 

À tort peut-être. 

Conclusion : tous les goûts sont dans la nature. Et tant mieux ! – Sonia Chatain

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Il mène une petite vie tranquille entre son bel appartement et la poste où il officie, du moins le croit-on en ce début de roman, mais il semble déjà exceller dans l’art de l’espionnage des voisins, et plus encore quand les voisins déménagent pour laisser place à une voisine, charmante qui plus est…  Calculateur, il ne manque pas de se rendre devant sa boîte aux lettres en même temps que la créature de ses rêves, l’invite, prend des photos en douce et tient une sorte de carnet-journal où il consigne ses états d’esprit et ses observations, ses photos, ses trouvailles. Mais la belle Mylène n’est pas dupe, et après des ébats d’une nuit, elle prend le large… Et Paul recommence avec Angélique pour une liaison durable cette fois… durable ? peut-être, mais on constatera son côté manipulateur. Pas de doute, cet homme est un pervers…

Angélique semble être la candidate idéale à ce genre de manipulation et on assiste, en tant que témoin impuissant, à son calvaire, souhaitant fort qu’elle s’éveille, prenne conscience des faits et réagisse.

Un roman très intéressant, qui décrit parfaitement le vécu de ces femmes maltraitées qui tergiversent et donnent encore et toujours une chance avant de quitter le foyer, piégées qu’elles sont parce qu’on a limité leur indépendance, qu’on les a emprisonnées, qu’on est capable de beaucoup de tendresse à des fins manipulatrices, qu’on promet que cela ne se reproduira pas…

La narration est intéressante car Bénédicte Soymier se met dans la peau des personnages et expose ainsi le ressenti de chacun, son histoire, son vécu. Elle exprime dans quelques passages, la pensée de Paul et montre l’image dévalorisante qu’il se fait de lui-même à l’instar des pervers narcissiques.

Un roman à lire d’urgence pour comprendre le mécanisme par lequel la dépendance s’installe et le piège se referme sur ces femmes victimes de violence conjugale.

Un beau premier roman qui faire naître l’espoir que d’autres suivront. – Roselyne Soufflet

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Un roman fluide où on découvre l’histoire de vie de Paul. Un homme de 45 ans, célibataire qui travaille à La Poste. Paul a beaucoup de mal à se remettre de sa rupture avec Léa jusqu’au jour où Mylène va emménager dans l’appartement d’en face. Désormais Mylène occupera son esprit jour et nuit. Un seul objectif, la séduire. Mais tout ne se passera pas comme il l’imaginait.
Ensuite, il jettera son dévolu sur Angélique… Une collègue qui classera de « sexy ». Il espère ainsi oublier Mylène.
Au fil de pages, on découvre la psychologie de cet homme et son côté obsessionnel envers la « femme du moment ». Il y a un côté attendrissant dans le caractère de Paul, comme s’il s’agissait d’un petit enfant blessé et fragile. On découvre ensuite son côté obsessionnel, voir maladif.
Plus les pages avancent, plus la situation s’aggrave jusqu’à en venir aux mains, aux coups.
Un roman très bien construit, très bien écrit qui nous fait rentrer dans la tête de Paul ce qui provoque un sentiment étrange de dégoût et de tendresse à la fois. Une situation finalement assez dérangeante puisqu’on parle de violences conjugales et de manipulations. – Nina Busson

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Bénédicte Soymier donne dans ce premier roman la parole au méchant, à l’homme brutal qui cogne. Elle décrit le lent processus qui transforme un homme frustré en monstre, elle dissèque la montée jusqu’à l’impardonnable.

Paul est petit, laid et en a terriblement conscience. Il souffre dans notre monde où la beauté s’étale à longueur de temps à la télé et dans les magazines. Une enfance sans amour, passée sous les coups de parents alcooliques, a fortement perturbé son rapport aux femmes. Si au départ Paul n’est pas sympathique, il m’a cependant émue. Sa souffrance est légitime. Il veut être quelqu’un de bien, surtout ne pas ressembler à ses parents, ne pas sombrer dans l’alcoolisme et la violence. Il se l’est promis. Mais voilà, il y a les femmes… ces tentatrices. Son rapport avec elles n’est vraiment pas sain, on ne peut parler d’amour, ce sont des obsessions. De frustré il devient haineux, mais ce n’est pas sa faute, c’est génétique! Facile l’excuse du déterminisme social. L’alcool et une jalousie maladive le poussent dans une spirale infernale.

Avec la douce Angélique, ils auraient pu panser leurs blessures. Mais lui préfère se taire, ruminer et se laisser aller à ses obsessions. Elle, bien que très jeune, a l’habitude des mauvais garçons. En quête d’amour, elle rêve toujours au prince charmant, c’est une proie facile qui se laisse berner. C’est la fatalité, une autre forme du déterminisme social. J’aurais voulu lui hurler fuis, fuis…

Le mal-épris est un premier roman percutant aux phrases courtes et à l’écriture acérée. Les personnages de Bénédicte Soymier sont réalistes, bien campés et touchants. A tisser sa toile autour de ses proies Paul n’est pas aimable, il est inexcusable mais l’auteure en a fait un personnage qui m’aura marqué. Un premier roman prometteur. – Françoise Floride

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En refermant le livre je me suis dit quelle force elle a cette Angélique. Celle de dire non, celle de dire c’est fini, celle de dire stop. C’est étrange de se dire ça alors que le personnage principal c’est bien Paul, cet homme qu’on déteste dès les premières pages. Il est dérangeant au mieux, terriblement malaisant et impute beaucoup de choses aux femmes. Et puis II tombe donc sur Angélique, et là démarre l’emprise et l’annihilation de la femme : plus de travail, arrêter de s’habiller comme elle le souhaite. Mais surtout arrive les coups. 

Je dois dire que ce roman est d’autant plus intéressant que Paul a lui aussi essuyé les coups de son père plus jeune. Se pose donc la question du mécanisme de répercussion mais aussi du traumatisme qu’il a lui-même vécu et dont il n’ose pas parler de peur d’avouer une faiblesse. 

Ce roman, il est dur particulièrement dur. Il pose plein de questions, je l’ai trouve bien ficelé et surtout bien écrit. Vous l’aurez compris c’est une lecture que je conseille !  – Clémence Dubois

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Paul est un type banal, moche et d’allure insipide. Il est réservé et prêt à rendre service, mais côté séduction, peu de réussites. Des liaisons éphémères sont à son actifs comme celle qu’il a eu avec sa voisine.

Il croit aimer, mais à l’arrivée, ce n’est qu’obsessions. Il est irascible, parano et jaloux.

Une stagiaire, Angélique, est embauchée à l’agence, elle l’attire, belle, joyeuse. Mère d’un jeune garçon,  elle croit au grand amour. Tout évolue vite, elle va emménager avec lui, quitter son travail et la mécanique est enclenchée.

L’auteure nous décrit avec précision le point de vue d’un homme et c’est original. Elle nous dénonce la violence domestique, un sujet bien d’actualité.

Un premier roman percutant, qui nous met en face de notre impuissance dans ce genre de situation. – Hélène Grenier

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Paul est mal dans sa peau, il épie, il scrute, il note dans ses carnets tout ce qui concerne les femmes qu’il convoite. Il a eu une enfance malheureuse et a essuyé des peines de cœur dont il ne s’est pas remis ; ses relations avec les femmes en sont d’autant plus compliquées.

Angélique est embauchée dans l’agence où Paul travaille ; il la séduit et lui fait miroiter une jolie petite vie de famille dans son bel appartement.

Angélique élève seule son enfant ; elle aussi a connu l’abandon, les déceptions amoureuses. Même s’il est vrai que Paul a un physique ingrat, elle-même ne se considère pas comme jolie, alors elle va accepter de s’installer avec lui parce qu’elle veut y croire…

Et Paul va retomber dans cette spirale de violence faite aux femmes qu’il a déjà connue dans son enfance.

« Juste la voir. Lui parler. S’expliquer. Reprendre la vie où elle s’est arrêtée. Il s’impatiente, prend peur, se réprimande. Elle va venir. Elle va forcément venir. Elle ne peut que venir. Elle DOIT venir ».

« Prends-moi. Aime-moi. Moi. Moi que tu ne vois pas. Moi, cachée derrière les rires et les talons. Aime mes peurs, mes chagrins et mes peines, prends mon passé et mon histoire. Aime-moi au-delà de ce que tu crois. Aime-moi parce que je suis moi. »

« Un homme violent peut-il changer ? »

« Paul, mais Paul qu’espérais-tu ?« 

On reprend au commencement comme si rien n’était écrit.

Paul n’est pas beau. Petit, maigre, le cheveu terne et rare, le nez long, il présente un physique ingrat que n’arrangent pas ses tenues démodées ; le dos droit, il affiche une raideur malingre et des gestes si maniérés qu’il en est agaçant. C’est à pleurer ».

« Mais Paul, rien n’efface des faits collés au gris de nos cerveaux. La vie s’y accumule, le bon et le moins bon, dans les sillons et les tiroirs, rangés, jusqu’aux réminiscences douces ou violentes d’un événement mémoire. On n’opère pas, on atténue ».

« Que souhaitez-vous Paul ?

Partir

vous êtes libre

Croyez-vous ? »

Efficace, précis, direct, bien mené, on comprend très vite comment la situation va dégénérer et relation prédateur/victime s’installer. L’auteure donne la parole à cet homme violent dont on suit le raisonnement et qui tente d’expliquer, voire de justifier, son attitude ou ses gestes.

L’auteur maîtrise son sujet, c’est certain, mais ce roman ne m’a pas « emmenée ».

J’ai détesté Paul dès les premières pages -cet être malsain dès avant d’être violent- puis j’ai appréhendé la chute cousue de fil blanc… qui est terrible mais pas tant que je pouvais l’imaginer. Et la fin m’a laissée perplexe, l’auteur cherchant trop à passer dans le registre de la pédagogie et de la 2ème chance. – Anne Laude

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A vrai dire de l’amour, Paul ne sait rien. Enfin, pas grand-chose, un truc bricolé entre absence et douleur, mauvais souvenirs et pauvres tentatives. D’ailleurs, entre son physique étriqué et son boulot d’employé des postes, il n’a pas franchement la carrure du tombeur de ces dames, alors, quand il arrive à nouer une relation privilégiée avec Mylène, sa si jolie voisine, quand, une fois de plus, l’amour semble lui glisser entre les doigts, s’obstiner à lui échapper alors que tant d’autres y ont droit, Paul déraille, dévisse, refuse d’encaisser ce coup de plus : il exige de la vie ce qu’il est en droit d’attendre ; son histoire d’amour, il la veut, quitte à se forcer à y croire, quitte à la faire entrer dans le cadre par la force, quitte à devenir ce « mal-épris » qui, croyant saisir son bonheur, le broiera.

Pas facile, pour un premier roman, d’être la ènième personne à tenter de démonter ce mécanisme infernal qui, de rouage en rouage, mènera à l’inéluctable moment du jaillissement de la violence. Pas facile non plus d’être, sans mièvrerie, la première à suggérer un « après » crédible. C’est pourtant ce que parvient à faire Bénédicte Soymier avec beaucoup de nuance et de subtilité. La construction psychologique de chacun de ses personnages est précise et fine, offrant un éclairage nouveau à ce désordre des sentiments, à cette incapacité relationnelle, à ce handicap du lien apparemment si facile à voir mais, en réalité, si difficile à saisir, à décrire. Et c’est avec la même délicatesse mais une belle audace, comme sur la pointe des pieds, qu’elle suggère sans asséner que, parfois, peut-être, le pire pourrait ne pas être certain. Sans doute est-ce parce que ses mots sonnent clairs et juste, sans minauderies, sans effets de manche ou volonté d’esbrouffe dans le misérabilisme, tendus entièrement vers ce désir simple et impératif de dire et de montrer comment, de heurts en glissements imperceptibles se tisse le berceau de tous les maux, du malheur au mal-être, et jusqu’au mal-épris.

Un titre brillant, donc, pour un roman bien aimé qui a su tenir toutes ses promesses ! – Magali Bertrand

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Un roman terrible et remarquablement explicite à la fois sur la violence faite aux femmes si regrettablement d’actualité mais aussi sur ce qu’est la maladie du pervers narcissique. Au cœur de ces 245 pages il y a Paul, un homme laid, rancunier, au quotidien si sinistrement banal et effroyablement seul. Sa vie affective et amoureuse est tout simplement désastreuse, une passion fugitive et non partagée avec Léa jusqu’à l’arrivée d’un voisine un peu paumée mais dont Paul va vraiment vouloir en faire la femme de sa vie ; Mylène…. Cela va devenir obsessionnel et déjà proche de la folie. Une proie fragile parce que probablement en pleine déception amoureuse…. et une première proie qui va, plutôt par extrême lassitude,  céder une nuit à la cour lourde et assidue de Paul. Si pour ce dernier c’est forcément l’histoire d’amour de sa vie, Mylène va regretter dès le lendemain cet abandon et cela d’autant plus en découvrant l’extrême violence et la possessivité maladive de Paul. C’est pour lui le choc, la haine qui renaît mais aussi une certaine dépression. C’est alors Angélique, une nouvelle collègue de Paul, autre jeune femme fragilisée par une histoire amoureuse récente, élevant seule son fils, par grandeur d’âme et extrême gentillesse qui va s’attacher à vouloir rendre heureux cet homme triste. Erreur monstrueuse,  elle va très vite découvrir la vraie personnalité de Paul, jaloux, possessif, pervers narcissique, violent et payer le prix le plus élevé de cette relation. Car si celui-ci va, à regret et par défaut se lancer dans cette relation, brûlant sans conviction toutes les étapes en invitant Angélique et son fils à emménager chez lui, ce n’est que pour assouvir sa volonté d’aliénation totale de cette jeune femme. Ces quelques semaines qui vont nous emmener à l’issue de ce récit tragique sont tout simplement magistralement et tragiquement rendues dans l’étude au scalpel de l’auteure de la maladie mentale du pervers narcissique qu’est en fait Paul, tout comme l’extrême fragilité de sa victime Angélique. Le schéma amour, possession, alcoolisme, violence, volonté d’aliénation, regrets passagers de l’un comme de l’autre sont parfaitement rendus et laissent le lecteur à la limite du mal-être et du malaise, c’est vraiment superbement tragique et la fin reste inattendue. – Olivier Bihl

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Commencer la saison avec Le Mal-Épris de Bénédicte Soymier, c’est prendre un uppercut comme j’aime que les 68 m’en envoient. Paul est un personnage insignifiant, d’une médiocrité banale, mais Bénédicte Soymier réalise un tour de force en faisant entrer le lecteur dans ses pensées. Rongé par l’aigreur, abîmé par son enfance, Paul ne sait pas aimer. Sans complaisance et sans cliché, on assiste à la spirale de violence que Paul fait subir aux femmes qu’il parvient à attirer. Elles aussi sont subtilement décrites, sans céder aux préjugés rebattus lorsqu’il s’agit d’évoquer ce sujet sensible. Si la fin me laisse dubitative, je suis admirative de la force de ce roman, dont le titre, la construction narrative et la finesse des portraits sont remarquables. – Isabelle Dumont-Dayot

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Pauvre Paul, après une enfance douloureuse, un père violent, il pensait avoir une meilleure vie en tant qu’adulte et ne pas reproduire ce qu’il a vécu.

Pas de chance, Paul n’est pas beau, petit, chauve, maigre, mal habillé, effacé et souvent repoussé par les femmes. Il est mal, frustré, il ne s’aime pas.

Quand il rencontre Angélique, la gentille, il veut croire au bonheur. Mais très jaloux, tout  dérape et commet des actes de violence, regrette et recommence… en essayant de repousser ces vieux démons. Manipulations, pulsions, violence….

Un livre percutant, des phrases courtes, incisives. Un roman qui dérange et interpelle. Un style que j’ai apprécié. Lu en apnée en ressentant cette violence verbale et physique.

Un premier roman réussi, une auteure  à suivre. – Joëlle Radisson

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Bien éprendre.

J’ai tout aimé de ce roman.

Les heures d’attente dans le hall d’un immeuble, le tourment, le bruit de la  voisine, la saloperie, le blanc des phalanges qui se crispent, la noyade, la proie, la fragilité.

Mes pincements au bord des lèvres.

La violence est portée par une écriture légère, audacieuse et pulsatile. 

Elle nous claque le visage, puis nous enlace.

Un brillant tour de force que cette histoire de mal aimant, de mâle aimé. 

Je ne m y attendais pas, je me suis fait bien surprendre.

Un premier roman qui a du panache et de l’élégance,

je me suis fait bien éprendre. – Karine Michenet Meynard

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Ce n’est pas un plaisir de lecture que nous propose Bénédicte Soymier mais c’est une œuvre salutaire ! Entrer dans la psychologie d’un homme violent n’est pas si courant !

Dès la première phrase  le décor est planté « Paul n’est pas beau ».

Il est mal dans son corps, mal perçu par ses collègues de travail. Il se console seul dans le luxe de son appartement jusqu’à ce que Mylène emménage à côté de lui. Mylène qui surgit après une Léa  partie « dans les gros bras musclés du garagiste ».

Mylène, qui se comporte en amie et qu’  « il meurt de ne pas embrasser »  jusqu’à cette nuit où il la croit consentante. Mais dès le lendemain « il perçoit la bavure ». Mylène s’éloigne, tout en restant habiter là, et emménage avec un copain.

Paul n’est que souffrance. Sa sœur qui a partagé leur enfance dévastée par un père violent est la seule à s’inquiéter de lui. Paul consigne ses fantasmes dans un carnet, et un jour craque : il a des gestes de violence, puis il s’en veut tellement ! Il marche dans la ville, il voudrait disparaitre.

A l’agence postale où il travaille, il fait la connaissance d’Angélique. Oh ce n’est pas Mylène ! Mais  elle est pulpeuse, aguichante,  et un peu naïve.

Ce sera l’engrenage de la violence. D’abord la faire renoncer à travailler à l’extérieur, une première gifle, l’alcool pour essayer d’oublier ce qu’il a fait. Il ne veut surtout pas poursuivre sur ce chemin, et cherche à regagner sa confiance.

Mais c’est pourtant vers des gestes bien pires qu’il ira.

La façon de raconter les affres vécus par Paul, sans nous le rendre sympathique permet un autre regard qui, je pense, demeurera lorsque ce genre de fait divers sera, malheureusement, porté à notre connaissance par les médias.

La dernière partie du roman, qui se veut un chemin vers la réhabilitation est un peu moins convaincante. Mais l’autrice possède sans aucun doute un talent pour explorer l’âme humaine. – Marie-Hélène Poirson

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Lire également les billets de :

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/03/04/38847892.html

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/le-mal-epris-de-benedicte-soymier.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/04/le-mal-epris-de-benedicte-soymier.html

Ce qu’il faut de nuit – Laurent Petitmangin

« Est-ce qu’on est toujours responsable de ce qui nous arrive ? Je ne me posais pas la question pour lui, mais pour moi. Je ne pensais pas mériter tout ça, mais peut-être que c’était une vue de l’esprit, peut-être que je méritais bel et bien tout ce qui m’arrivait et que je n’avais pas fait ce qu’il fallait. »

Ce premier roman paru l’an dernier est, pour moi, à la fois une découverte bouleversante et une histoire d’hommes au pluriel. Trois hommes, un père et ses deux fils, Fus (Frédéric) l’ainé et Gillou, qu’il élève seul depuis la mort par maladie de son épouse et « Moman » des garçons. Dans leur petite ville de Lorraine, il y a le travail de ce père, cheminot, qui constitue le seul revenu nourricier du trio, son engagement militant dans la section locale du Pari Socialiste et le foot où il accompagne ses fils pour leurs matchs. D’ailleurs le surnom de Frédéric vient de là « Fus » c’est le Fuss allemand, le pied, le foot.

Cette histoire, c’est le père, qui nous l’offre comme un témoignage, un constat. Ce qui a été, ce qui est et ce qui advient. Comme une sorte de fatalisme ou de fatalité. Malgré l’éducation, malgré tout l’amour, toute l’affection (même exprimée avec maladresse) qu’il porte à ses enfants, ce double rôle qu’il assume du mieux qu’il peut, avec ce qu’il est, sa personnalité, ses attentes, ses espoirs placés en eux et sa sensibilité. Un sentiment commun, que je partage volontiers et encore plus à présent que tous mes enfants sont adultes, l’impression d’avoir fait tout ce qu’on pouvait pour les éduquer selon nos normes et nos valeurs et les questions qui nous submergent quand l’un d’eux prend une voie différente, nous renvoie dans nos cordes, nous blesse parfois (souvent?) et nous laisse à penser qu’on a raté quelque chose. Mais quoi? A quel moment a-t-on failli en tant que parent? Ce roman nous fait partager la vie de cet homme. Et c’est beau. C’est fort. C’est grand. Immense. Dans ce quotidien masculin, j’ai eu un peu de mal à entrer. Mais assez vite, je me suis laissée prendre à ce récit. Je m’en suis émue,. Et il m’a submergée. Au sens propre comme au figuré. J’ai laissé couler mes larmes sans chercher à les retenir parce que, même si ça fait mal, ça fait du bien. C’est assez complexe à expliquer. Ma psy le ferait bien mieux que moi, j’en suis convaincue.Ce roman est assez court du reste et il se lit très rapidement grâce à l’écriture simple, délicate et authentique de Laurent Petitmangin. Cela fait déjà trois jours que je l’ai lu et il est là, encore, me nouant la gorge, m’interrogeant, me faisant monter une larme au coin des yeux à sa seule évocation. Je ne sais pas combien de temps il va rester en moi. Mais très longtemps, j’en suis sûre. – Martine Galati

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Un père et ses fils… Un homme seul face à ses garçons qui grandissent, qui cherchent leur chemin, parfois de manière chaotique. Dans ce petit cercle familial, les relations ont été tendres, voire fusionnelles, mais elles sont maintenant plus tendues, voire très froides. Parce qu’un père dépassé ne sait pas comment parler. Parce qu’un aîné perdu ne sait pas comment s’exprimer. Parce que la douleur, la tristesse et l’ennui ne sont pas souvent de bons alliés…

Ce premier roman est juste une petite perle.
Sans trop en dire, pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte, cette histoire est belle…

Le narrateur a perdu sa femme, la « moman », est se retrouve donc à gérer ses deux garçons. Ils sont calmes, tranquilles, ils aident à la maison, ils ne font pas de bêtises. Mais en grandissant, l’aîné voit ses fréquentations changées, ainsi que ses passes temps. Mais il reste présent à la maison, pour son père et surtout auprès de son petit frère.
Les mésententes et les différences sont de plus en plus claires, mais aussi de plus en plus sous entendues, repoussées dans les coins sombres.

Le père ne parle plus à son aîné. Il ne lui fait aucun reproche, ne hausse pas trop la voix non plus. Au contraire, il n’ouvre plus la bouche, ne communique plus. de minuscules, la honte et les blessures deviennent des gouffres. Et lorsque le point de non retour est atteint, c’est toute une famille qui éclate…

Laurent Petitmangin signe ici un roman poignant, d’une rare justesse. le narrateur est un homme blessé mais qui pourtant dégage une grande force, et surtout un réelle admiration. L’écriture percutante va à l’essentiel, sans fioritures, sans émotions déplacées. On fonce dans le mur, le cœur battant, les mains enlacées à celles de Fus, de Gillou et de leur père. Et on ne voudrait jamais les lâcher… – Audrey Lire&Vous

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Une petite ville de Lorraine. Le père, technicien à la SNCF, est un socialiste convaincu, qui continue de retrouver régulièrement ses camarades de la section, même si la foi a déserté les rangs. Il élève seul ses deux enfants depuis la mort de la « môman » : l’aîné, Fus, a préféré le foot à des études assez médiocres, tandis que Gillou nourrit de plus grandes espérances. Les enfants grandissent, Fus se met à fréquenter des gars de l’extrême-droite, tandis que Gillou se prépare à des études à Sciences Po. Le père et le fils ne se parlent plus qu’à peine, tandis que le benjamin part étudier à Paris…

Une vie modeste, simple, des copains, le bistrot, le foot du dimanche. Et les enfants qu’on élève seul, en faisant comme on peut, qui s’éloignent. Le deuxième, par la force des choses, l’éducation nécessaire, l’ascenseur social peut-être. Mais pour le premier, c’est plus compliqué. Les engagements politiques et idéologiques qui vont séparer le père du fils sont tels que, forcément, vient un moment où l’on ne peut plus accepter tout ça, quand la ligne rouge est franchie. A travers ce récit, tout en finesse et sensibilité, qui sonne comme une confession que ferait un type entre deux âges au coin d’un zinc à un auditeur qui serait nous, lecteur, sans s’épancher, sans auto apitoiement ni complaisance, se pose la question de l’amour entre un parent et son enfant : est-il, doit-il être aussi inconditionnel qu’on le croit ? A-t-on le droit de ne plus aimer son enfant ? De se sentir trahi ? A-t-on le droit de mépriser son père ? Et malgré tout, si l’important était d’aimer quand même, même trop, même mal ? – Emmanuelle Bastien

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On dit qu’il faut 100 rhumes pour faire un enfant. On dit aussi « Petits enfants, petits soucis, grands enfants, grands soucis ». Mais, ce que l’on ne dit pas, c’est ce qu’il faut de nuit pour que s’enténèbrent à jamais des liens qui n’étaient que clarté, pour que les silhouettes se floutent et que les trajectoires se brouillent. Ce que l’on ne dit pas, c’est ce qu’il faut de nuit pour que la douleur s’ancre en profondeur et rogne peu à peu la part réservée aux projets, à la légèreté, à la fierté, à la joie.

Ce que l’on sent très bien, en revanche, c’est tout ce qu’il a fallu de talent à Laurent Petitmangin pour donner le jour à ce premier roman empreint de sensibilité et de pudeur, tout en retenue et en rigueur, qui pour mieux laisser venir les émotions de ses lecteurs contient les siennes dans une narration où rien n’est laissé au hasard, ni le rythme des phrases, ni celui du récit. Jamais il ne se perd, ni ne nous perd, dans cette nuit dont il maîtrise toutes les subtiles nuances et à laquelle on aimerait désespérément pouvoir arracher ces personnages si attachants, ces hommes faits pour la lumière. – Magali Bertrand

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Comment va t’il faire ce père, cet homme simple qui vit près de Metz avec ses deux garçons encore bien jeunes lorsque sa femme décède du cancer qui l’a rongé pendant 3 années. Nous voilà donc au cœur de ses impressions, de ses sentiments. Il essaye de faire bien, il pense a ce que sa femme aurait pensé des ses actions et il avance comme il peut en gérant le quotidien. L’ainé ne pose pas de difficultés, bien au contraire, c’est un enfant facile, qui aide comme il peut et s’occupe de son petit frère. Peut être trop facile. Les garçons grandissent, Fus a connu quelques difficultés scolaires mais ne s’en sort pas trop mal après une section technique le voila en IUT. Gillou, le plus jeune va poursuivre ses études à Paris, son frère va l’aider à trouver une chambre  et il rentrera le weekend. Un fossé se creuse entre les garçons et leur père malgré l’amour. Fus fréquente une bande de jeunes affiliés au Front national, ce qui choque profondément son père qui s’est engagé toute sa vie pour la partie socialiste. La distance est de plus en pus grande entre eux. Les deux hommes vivent sous le même toit mais ne se parlent quasiment plus. Heureusement, le retour de Gillou chaque weekend remet un peu de vie dans la maison. Et puis un jour c’est le drame, une bagarre qui a mal tourné, une vengeance qui aggrave encore la situation. Le pauvre père ne sait plus comment regarder son fils, comment l’aimer…

Un  1er roman très émouvant, que l’on a du mal à quitter.  J’aurais aimé voir un peu mieux le cheminement du père vers son fils sur la fin du livre. J’ai eu un peu de mal à comprendre le revirement de sentiment, à voir ce qui lui donne à nouveau l’envie de se battre pour cet enfant pourtant chéri. Je n’ai pas très bien compris non plus la toute dernière page, cette lettre laissée par le fils. Mais l’impression générale de ce qu’il me reste de cette lecture est un moment émouvant et très prenant. – Emmanuelle Coutant

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Je viens de refermer « Ce qu’il faut de nuit », et, je quitte avec tristesse ces personnages qui m’ont accompagné dans la traversée de ce roman authentique et sincère.

J’ai aimé ce récit, raconté par le père de famille, qui nous fait accompagner cette famille endeuillée par la mort de la mère dans une vie simple traversée de petits bonheurs et qui s’ancre dans le cercle familial proche. Au fil des pages, nous suivons cette famille, nous voyons les deux fils grandir, faire leurs propres choix de vie, et peu à peu, les conditions du drame qui se profile se mettre en place.

Cette histoire, parce qu’elle est contemporaine et ancrée à la fois dans une famille ordinaire et dans les clivages de notre société, nous interpelle. Rien d’exceptionnel dans ces personnages et dans la vie de cette famille. Le père de famille nous raconte cette histoire avec simplicité et sincérité, liant intimement l’impression de banalité et le caractère inexorable de cette histoire. On se dit que cet enchaînement de faits et de circonstances qui conduisent au drame pourrait être notre histoire à tous.

Je recommande vraiment la lecture de « Ce qu’il faut de nuit ». – Nathalie Ghinsberg

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Voici le genre de livres dont il est difficile de parler, il m’a tellement plu que je crains de ne pas lui rendre justice. Ce livre m’a bouleversée. Il parle de la relation d’un père avec ses fils, de ce qu’il y a d’incontrôlable, d’insondable, de ce qu’on ne maitrise dans la vie de nos enfants, malgré tout ce qu’on a souhaité ardemment leur transmettre, comme valeurs, comme sens à la vie. 

Ce récit, simple mais pas simpliste, montre à quel point rien n’est écrit à l’avance. On est ici dans un milieu modeste mais pas misérable. Les deux fils ont vécu la maladie de leur mère, les attentes à l’hôpital, l’issue fatale. Et pourtant, chacun ressent les choses différemment. Et il en va de même pour toutes les étapes de la vie. Lorsque le père apprend l’engagement de son aîné auprès d’un groupe d’extrême droite, c’est la stupeur, la honte, l’incompréhension. Le lecteur assiste alors à l’éloignement des deux hommes, même si le conflit ne se traduit pas par des affronts, des disputes. Non, la violence est sourde, silencieuse. Ils ne se parlent plus, que pour l’essentiel, s’éloignent l’un de l’autre. A côté, le petit frère est au milieu, déchiré entre son amour pour son père et pour son grand frère.

Et autour d’eux gravitent quelques personnages très bien campés: le copain de Fus, qui vient prêter main forte à Gilles pour ses études, ce fils que le père aurait sans doute voulu avoir; Jacky, le copain et voisin, qui a un profond attachement pour cette famille…

Mais au fond, ce que j’ai ressenti dans ce texte, malgré cette colère, cette tristesse, cette honte, cette impuissance, c’est un grand grand cri d’amour. Une tendresse sans borne, maladroite sans doute, mais omniprésente. Et en cela, rien qu’en cela, ce livre est beau. Un énorme coup de cœur. – Anne Dionnet

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C’est une histoire de désamour entre un père et un fils, un drame familial ancré dans un milieu populaire de Lorraine. L’épouse, la mère, n’est plus et chacun ravale sa douleur. Il faut tenir le cap après cette éprouvante disparition, le chef parental s’y emploie , comme il peut…la routine fait le reste. La communication se délite, le temps passe, la distance s’installe. Le père perd le fil, soudain découvre et ne comprend pas la détresse de son garçon sorti des balises des valeurs familiales.

L’auteur prend le parti de se pencher sur le désarroi du père et moins sur la souffrance du fils. Ce revirement brutal de posture à la fin du roman a dérouté ma lecture.

Néanmoins, cela demeure une tragédie humaine bouleversante. – Corinne Tartare

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Page après page, il y a la vie, la vie après la mort de la « moman ». La vie qui palpite dans le cœur de ce père de famille qui donne tout son amour pour ses deux petits gars. Il y a l’amour aussi. L’amour de ce père pour ses fils et réciproquement. Et puis il y a l’âge adulte des fils, les non-dits, les absences, les silences, les soirées sans se parler, sans se connaître et puis l’incompréhension et la chute.

Dans cette chute éperdue, la vie que l’on sent glisser entre les doigts du père, l’indépendance de son enfant qui lui  échappe, un jour, inévitablement, s’arrache la sensibilité. C’est ce qui m’aura marqué le plus dans ce roman. La façon dont Laurent Petitmangin raconte, avec justesse, la sensibilité, chez chacun de ses personnages, qui nous accompagne sourdement tout au long du texte et qui  nous frappe, de plein fouet,  à la dernière page. – Anne Richard

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« L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut » Martin Luther King

On me tannait depuis un certain temps pour le lire. Je me tenais à distance. Je pensais retrouver le thème de la lutte contre la maladie, la nostalgie d’une vie passée. Outre le fait que le sujet me touche de très près, j’en avais déjà beaucoup lu et repoussai donc le moment de me plonger dans Ce qu’il faut de nuit.
Quand je me suis enfin décidée, je n’ai pas pu le lâcher, non pas parce qu’il s’agit d’un livre qu’on « tournepage » mais parce que la crème pâtissière prend immédiatement : les personnages prennent vie et on a tout de suite envie de savoir comment ils vivent.
J’attribue cet effet à leur réalisme, on ne tombe pas dans des caricatures de héros, modèles auxquels il serait impossible de s’identifier mais bien dans de la chair, du quotidien, de l’humanité, avec un petit h mais au sens très viscéral du terme.
De l’impuissance aussi et comment faire face malgré tout aux terribles épreuves qui attendent ce père et ces fils. Parce que dans la vraie vie, détourner le regard n’est pas tout à fait une option.
Le réalisme ne tourne jamais au drama dans cette histoire, l’auteur a su trouver les mots justes, glissant au passage toute la tendresse possible dans les souvenirs invoqués.
La « moman » et son plat de spaghettis :
« Gillou avait demandé si elle pouvait être fâchée qu’on se moque d’elle. On l’avait rassuré. Elle devait être contente de nous voir profiter de la soirée. Alors mes lascars s’en étaient donné à cœur joie à décortiquer l’histoire, tous les détails »
La distribution de tracts
« Alors les deux prenaient un côté de la route pendant que je m’occupais de l’autre, ils se relayaient, faisaient chacun à leur tour une boîte et appuyaient sur les manivelles pour avoir fini avant moi »
Le retour de Jeremy
« Tu veux des jeunes ? qu’il lui avait demandé Jeremy, il y en a plein les kebabs ! Leurs gueules te reviennent peut-être pas, mais crois-moi, c’est avec eux qu’on avancera »

Laurent Petitmangin dénoue tous les rouages de la suite de l’histoire, tentant de les comprendre sans chercher à les changer, dévoilant lentement le drame qui se profile.
Ce qu’il faut de nuit est aussi le récit de liens indéfectibles. Ils peuvent être malmenés, une incompréhension totale voire une haine de l’autre, masquant un désespoir absolu, peuvent s’installer. Mais il y aura une rédemption, il y aura de l’amour, il y aura de l’humanité. Cette humanité vous prendra aux tripes parce qu’elle (ré)sonne profondément juste.

Une humanité avec un petit h dans un Livre avec un grand L. – Thael Boost Huard

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Grande histoire d’amour entre un père et ses deux fils, privés de leur mère. C’est noir, âpre et vibrant avec comme toile de fond la région de Lorraine blessée.

Le narrateur vient de perdre sa femme , la « moman », d’un cancer et se retrouve seul à élever ses deux fils, Fus, l’aîné, joueur passionné de foot et Gillou ,le petit frère brillant à l’école. le père, taiseux et pudique, employé de la SNCF et pilier de la section locale du Parti Socialiste dans une petite ville de Lorraine va faire son possible pour élever ses deux enfants entre les devoirs, la maison, les matchs de foot. Mais Fus devient fuyant et se met à traîner avec une bande de jeunes d’extrême droite. Ce choix politique anéantit son père, le laissant sans réaction, réduit au silence jusqu’au drame inévitable.
On avance doucement dans cette lecture grâce à une écriture délicate, intime, sensible qui n’en fait pas des tonnes mais qui vous touche droit au cœur.
J’ai aimé ce père désemparé devant ce fils qui choisit une voie politique inconcevable ; il est accablé, ne sait réagir, plonge plutôt dans le silence, l’évitement, malgré son amour immense. Il n’a pas les mots, se remet en question : qu’a-t-il raté dans son éducation ? Comment nos enfants nous échappent-ils ? Il alterne entre la honte de son fils et la culpabilité. Il n’émet aucun jugement mais décrit simplement cette vie familiale chaotique.
L’auteur retranscrit remarquablement cette fuite de l’enfance et de la fusion de ces trois hommes à travers des scènes de la vie quotidienne comme le lavage des dents le soir ou la vaisselle, une photo de vacances sereines et joyeuses, la complicité d’un match de foot .
Peu à peu , l’auteur insuffle habilement une tension dans le texte , en nous amenant progressivement avec multiples détails vers le jour fatidique. Il ne nous laisse pas de répit avant la dernière page !
C’est aussi un roman social très noir et incisif sur la Lorraine : les fermetures d’usines, les jeunes sans aucun espoir, les partis politiques classiques qui disparaissent face à la montée de l’extrême droite.
Seul espoir pour le petit frère qui intègre une classe préparatoire à Paris et tente une Grande École.
Cette lecture m’a touchée et bouleversée, comme une confession intime de ce père si aimant mais si perdu à la fois. – Fabienne Balcon

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Un premier roman c’est certainement le plus grand risque de toute une vie d’écrivain. C’est celui dans lequel on voudrait tout mettre mais aussi en garder pour un prochain, mais s’il n’y avait pas de prochain ? Ce sont toutes ces questions qui sont légitimes je pense alors c’est pour ça que j’ai tendance à ouvrir un premier roman d’une première manière.
Pour Laurent Petitmangin, j’avais déjà vu passer son titre à plusieurs reprises sans trop savoir si j’oserais le lire. Le sujet me paraissait touchant mais je n’étais pas percutée directement. Il est question de l’éducation d’enfants par un papa solo après le décès de sa femme. Dure situation et thème moins abordé en littérature que l’inverse. 
Et je sortais du livre de Sandrine Roudeix qui abordait aussi la question des enfants qui grandissent et qui partent du nid.
Mais voilà que les 68 m’ont permis de passer outre cette hésitation puisque le livre arrivait chez moi.
C’est ainsi que je découvrait l’histoire de ces 3 hommes. Des caractères différents, des maturités également à des stades différents. Mais ce papa, est un papa hors norme. Il a su trouver une place loin d’être évidente. On a beau dire mais encore aujourd’hui, la maman est souvent le pilier de nos foyers. Elle porte l’origine du monde en fait. Je ne cherche pas à galvaniser ce constat, juste à le poser.
Alors quand c’est le mari qui doit prendre la relève, qui est tour à tour soignant, aidant, papa, employé, je trouvais ça intéressant de déployer ces aspects. Et voir à quoi ça peut ressembler.
En fait, ça ressemble à toute famille monoparentale (et même les familles avec deux parents), on fait ce qu’on peut !
Et c’est bien ce qui se produit dans ce livre, chacun fait comme il peut avec l’histoire qu’il porte, les influences qu’il écoute, le fardeau qu’il faut emmener avec soi. 
J’ai été touchée par cette histoire et la tournure qu’elle prend car sous les apparences très trompeuses se trouvent des réponses aussi à certaines questions. La pudeur masculine, la tendresse qu’on ne montre pas, les sentiments qu’on esquive… et tout ça qui revient en pleine figure quand on s’y attend le moins.
Ce qu’il faut de nuit pour trouver la lumière pourrait être le complément à ce titre de premier roman, l’écriture y est à la fois percutante mais douce, posée mais puissante. Une belle réussite.
Un beau roman qui se lit vite et qui a très bien fonctionné avec moi. – Violaine Berouard

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Le titre du 1er roman de Laurent Petitmangin reprend le 1er vers de Vivre encore de Supervielle. À la lecture, on s’apercevra que d’autres vers de ce poème trouvent un écho dans cette histoire qui – inutile de tourner autour du pot – n’a pas réussi à me convaincre.

Je sais aller à contre-courant des avis nombreux et élogieux qui bruissent depuis sa parution à l’été dernier. Et je concède que si ce roman a reçu une belle moisson de prix dont le Prix Stanislas, le Prix Révélation de la SGDL premier roman et le Femina des lycéens, il doit y avoir quelques raisons. Mais que voulez-vous, parfois, la rencontre n’a pas lieu.

Comment mettre des mots sur cette déception ? 

Ce qu’il faut de nuit fait partie des romans dont j’ai tellement entendu parler qu’il me semble les avoir déjà lus et mon attente s’en est trouvée changée, comprenez qu’elle s’est aiguisée.

Villerupt, en Lorraine. Une ville et des vies qui somnolent. Un monde d’hommes morne. Un père et ses deux fils, Fus et Gillou, ont enterré la mère quelques années plus tôt. La « moman » n’a jamais vraiment lutté contre son cancer. Oh ! je suis sûre que cela n’aurait rien changé à l’affaire, non, ce qui me dérange c’est cette absence de combativité apathique qui jalonne le roman. Par bien des aspects, Ce qu’il faut de nuit semble raconter cette France qui, se croyant d’avance vaincue, se résigne trop docilement à ne pas lutter.

« On ne vaut pas moins que ceux que j’ai croisés, juste on n’y croit pas assez. »

J’ai été déconcertée de ne pas être happée par ce récit pourtant écrit à la 1re personne, par ce qu’a à nous dire ce père quasi aboulique et qui, à mon sens, n’est pas de taille à porter ce roman, de même qu’il n’est pas de taille à remplacer la mère pour s’occuper de ses enfants. 

« Fus a commencé à moins bien travailler. À piocher. À ne pas aller en cours. Il avait des excuses toutes trouvées. L’hôpital. Sa mère. La maladie de sa mère. Les rares embellies dont il fallait profiter. Les derniers jours de sa mère. Le deuil de sa mère. Trois ans de merde […] où il m’a vu totalement impuissant. […] Plus capable de m’asseoir à côté de lui, quand il était en larmes sur son lit […] »

Le fils est-il le seul à avoir des excuses toutes trouvées ?

Fus va s’occuper de presque tout à la maison, des corvées comme de son frère plus jeune. Et le père d’avouer faire ce qu’il peut, mollement. C’est tout aussi mollement d’ailleurs qu’il continue de militer au sein de la section locale du PS dont les réunions rassemblent des encartés, un peu revenus de tout eux aussi, autour du gâteau de Lucienne. Les médiocres résultats scolaires de Fus l’orientent naturellement vers l’IUT de Metz, pas trop loin. Gillou, par contre, est promis à un meilleur avenir à Sciences Po. C’est Fus qui le pousse à faire des études. C’est encore Fus qui a les paroles que devrait avoir le père :

« C’est Fus qui m’a sauvé la mise : « Déconne pas Gros, qu’il lui avait dit, vise haut ! Tu as la chance d’avoir Paris, tu prends Paris. Pa et moi, on se démerdera bien pour ta piaule. »

Beaucoup de choses pèsent depuis beaucoup d’années sur les frêles épaules de cet aîné, enfant grandi trop vite. Quand il commence à fréquenter l’extrême droite et à tracter pour le FN, le père est certes anéanti, mais il ne sait lui opposer que son silence, ce silence qui augure, on le sent, le drame à venir et dont je ne vous dirai rien. 

L’ennui est que ces relations taiseuses qui préfèrent l’esquive à l’affrontement peinent à habiter la page. J’ai eu beaucoup de mal à entendre la voix de ce père, Laurent Petitmangin n’étant pas toujours conséquent quand il lui donne la parole.

« Août, c’est le meilleur mois dans notre coin. La saison des mirabelles. La lumière vers les cinq heures de l’après-midi est la plus belle qu’on peut voir toute l’année. Dorée, puissante, sucrée et pourtant pleine de fraîcheur. Déjà pénétrée de l’automne, traversée de zeste de vert et de bleu. Cette lumière, c’est nous. Elle est belle, mais ne s’attarde pas, elle annonce déjà la suite. Elle contient en elle le moins bien, les jours qui vont rapidement refroidir. »

« Déjà pénétrée de l’automne… » Difficile d’assortir le langage familier du père, fait de phrases courtes et factuelles, un peu molles elles aussi, à de telles envolées sans que cela sonne faux. Pourtant, je l’ai vu être juste ce père quand il nous parle de ses garçons :

« Ils étaient beaux mes deux fils, assis à cette table de camping. […] Ils étaient assis dos à la Moselle, et j’avais sous les yeux la plus belle vue du monde. »

Quoique restant à la lisière de bien des sujets, ce roman pose plusieurs questions essentielles, celles de l’amour paternel, des espoirs déçus, des blessures cachées, de la dévastation des silences, de la difficulté du pardon, tout en en laissant autant en suspens. On ne saura rien, ou si peu, de ce « fil de nos jours Chaque jour plus mince » de Supervielle, on ne saura rien des ressorts intimes des personnages dont certains auraient mérité d’être plus fouillés. Je pense à Fus, évidemment. Qu’est-ce qui le pousse à gagner les rangs du FN ? Est-ce le désœuvrement ? le besoin de mettre de la vie dans sa vie ? une réaction envers et contre ce père mollasson encarté au PS dont Fus rejette le modèle ? L’a-t-on approché ? Est-ce de sa propre initiative ? Est-ce par amour pour sa petite amie « issue d’une famille de polaques » ? On saura bien peu de choses de l’affection qu’il a pour Gillou son cadet qu’au passage on aimerait apprendre à connaître et, au final, on saura bien peu de choses de ce père taiseux qui, après avoir perdu sa femme, est en passe de perdre son fils aîné.

À mon sens, beaucoup de ces écueils trouvent leur explication dans le choix de confier la narration à ce « je » bien largué, qu’il faut tout le temps épauler, voire porter, et qui ne sait qu’ânonner une longue litanie de constatations qui le ramène très souvent à lui-même et où l’émotion perce trop rarement. 

« Est-ce qu’on est toujours responsable de ce qui nous arrive ? Je ne me posais pas la question pour lui, mais pour moi. Je ne pensais pas mériter tout ça, mais peut-être que c’était une vue de l’esprit, peut-être que je méritais bel et bien tout ce qui m’arrivait et que je n’avais pas fait ce qu’il fallait. »

J’aurais aimé ressentir ce « Ce qu’il faut d’amour Au fond du silence » qu’écrit Supervielle. L’occasion était belle, pourtant.

Au moment de dire les derniers pas qui rapprochent ce père de ses enfants après des années de dérive loin les uns des autres, l’auteur choisit l’ellipse, me frustrant plus encore, si tant est que ce soit possible. La fin tombe, assez peu conventionnelle, un bon point soit, mais ambiguë. Elle aurait dû me surprendre, elle m’a seulement donné l’impression que Laurent Petitmangin ne savait plus comment rallier le point final de ce roman décidément trop court. – Christine Casempoure

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Plongée dans la vie d’un trio père /fils initialement profondément marqué par la maladie et l’agonie de la « moman », la mère morte trop tôt. On est au cœur de l’histoire récente de cette région de France entre industrialisation finissante, chômage en hausse constante, misère sociale souvent, mixage d’une population aux origines éclectiques, terre ouvrière originellement de gauche mais dont la crise fait renaître la haine de l’autre et l’envol du Front National.

Ce cadre posé, entre le père / narrateur, le fils aîné surnommé Fus et le petit dernier Gilou…. Tout se présentait pour le mieux à la base: une passion commune pour le football, un environnement de copains, l’amitié politique marquée PS, une petite famille heureuse dans laquelle surgit le drame du cancer de la mère et son agonie. Si dans un premier temps les liens se renforcent entre les 3 hommes restant avec la douleur de la perte, une fracture va se créer entre Fus et son père sur les amitiés et les engagements du fils aîné aux couleurs du Front National. Seule la volonté d’épargner Gilou, brillant élève avec un avenir professionnel autrement plus heureux que Fus et son père, permet de maintenir un semblant de vie de famille. Une sorte de train-train quotidien se maintient mais définitivement la rupture entre Fus et son père est consommée.

Fus et sa petite amie se replient sur son groupe d’amis  du Front National et tout va sombrer, pris dans une baston avec des militants d’extrême gauche pour venger l’agression subie par sa copine, Fus, armé d’une barre de mine va frapper à mort le jeune Julien et se faire rouer de coups qui vont le laisser avec de graves séquelles. Abandonné par ses copains, c’est lui qui sera condamné très lourdement et reconnu comme le seul responsable de ce grave incident. Pour son père c’est l’incident de trop et il va alors l’abandonner, seuls Gilou et quelques-uns de ses vieux copains vont soutenir Fus et tenter de préserver un semblant de relation entre ces deux êtres si intimement liés. Avec le jugement porté en appel, le narrateur renoue les fils de son histoire commune, il s’engage sur une démarche de recherche de pardon entre les protagonistes de l’ensemble de ces drames même si le rebondissement dramatique des deux dernières pages du roman ne nous permet pas d’imaginer une paix retrouvée.

Pour moi, qui ai vécu de l’intérieur ce cycle de désindustrialisation, l’explosion de la misère sociale et sociétale de ce département de la Moselle, la peinture, les expressions comme le contexte de profondes ruptures ; tout est juste et touchant. Les personnages, les amitiés puis les inimitiés de cette communauté ayant mixé jusque-là ses composantes migratoires de cette région sont plus qu’évocatrices. L’écriture avec ses tournures spécifiques de langage est parfaitement rendue mais peut choquer les lectrices et lecteurs d’autres régions. En tout cas, l’étude des personnages, des ambiances, des sentiments de chacun comme des doutes, errances et angoisses tout cela est bien rendu et marquent le lecteur que je suis. Ce n’est pas un roman froid, apprêté ou surjoué ; bref un livre qui ne laisse pas indifférent. – Olivier Bihl

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Je suis scotchée.

Comment Laurent Petitmangin a t-il réussi à transmettre des émotions si puissantes?

Ce roman laissera longtemps sa trace en moi.

C’est beau, c’est un roman d’amour vrai.

Magnifique travail ! – Stéphanie Justin

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Dans une Lorraine désindustrialisée en proie au chômage et à la montée des extrémismes,  le narrateur, un père veuf, élève ses deux gars, Fus et Gillou. La « moman » est morte trois ans plus tôt et le père, cheminot à la SNCF, encarté au PS, s’efforce du mieux qu’il peut de s’occuper de ses garçons. Le plus jeune envisage une grande école à Paris tandis que l’aîné, Fus, décroche au niveau scolaire.
Quand le père se rend compte que Fus fréquente le Front National, le dialogue déjà réduit à sa plus simple expression, (ce sont de vrais taiseux) se rompt complètement. Le père est anéanti, blessé, honteux, il ne décolère pas, se demandant encore et encore où il s’est trompé. Il pensait avoir coché toutes les cases ! Le plus jeune tempère,  il y a entre les deux frères un amour indéfectible.  La tension monte encore quand Gillou part à Paris et que le père et l’aîné se retrouve seuls à la maison. Souvent le père ne retrouve la parole que le samedi au retour au bercail de Gillou. Le drame couve (pas celui que j’avais craint), mais rien ne pourra changer les choses, ils sont pris dans un engrenage fatal…

Ce roman est bouleversant d’un bout à l’autre. Il est écrit avec une justesse extraordinaire.  Dans les silences, il y a beaucoup d’amour. Mais quelquefois l’amour ne suffit pas. Ils m’ont terriblement émue ces trois là. Comment ne pas s’interroger en tant que parent,  qu’aurions-nous fait à la place du père ? Impossible de ne pas s’identifier à lui. Et les garçons, oui les deux, sont très attachants. Et cette fin…
C’est noir, âpre, il y a tout un contexte régional, politique, économique, social et pourtant, c’est avant tout une histoire d’amour portée par une écriture sobre, fluide et maîtrisée. Une réussite et un nouvel auteur à suivre de près. – Catherine Dufau

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On est un brin fébrile lorsqu’on entame un roman adulé par le plus grand nombre. On repousse au maximum la lecture de l’incipit. On hésite. On gesticule. On se questionne. Vais-je aimer ? L’écriture, saura-t’elle m’émouvoir ? Les personnages vont-ils me séduire ? L’histoire, réussira-t’elle à me captiver ou va-t’elle me plomber pour les jours à venir ? 
Je termine Ce qu’il faut de nuit, premier roman de Laurent Petitmangin, couronné du prix Femina des lycéens. Un de ces romans justement qui fait l’unanimité. 
En quelques mots puisque je n’aime pas dévoiler l’intrigue, c’est l’histoire d’un père qui va devoir affronter la maladie de sa femme puis son décès et assumer seul l’éducation de leurs deux jeunes garçons. Les élever, leur montrer le chemin de l’émancipation, les accompagner autour de valeurs qui lui sont chères, la tolérance et le respect d’autrui malgré bien des désillusions politiques dans une Lorraine sinistrée, gangrenée par la crise économique et ses répercutions inévitables, le racisme, l’intolérance et la précarité. Hélas tout ne se passe pas exactement comme prévu au sein de la cellule familiale amputée de la mère. Petit à petit, la situation s’envenime. Le père commence à assister impuissant, à l’isolement de son fils aîné. 
Ce roman très bref ne laisse pas la place à l’analyse des sentiments. Il relate les faits bruts dans une langue sobre, elliptique qui peut déplaire. Certains lecteurs auront en revanche de l’empathie pour les personnages, des taiseux – que ce soit le père ou le fils – car l’écriture colle au réel. Dans ma démarche de lectrice, je n’ai pas ce réflexe d’identification et cela explique sans doute le fait que je n’ai pas eu le coup de cœur pour ce texte. Le propos est original car il met en scène des sortes de anti-héros exclusivement masculins et cela rend le roman attractif quel que soient les sensibilités. Le début m’a déroutée avec l’image de cette épouse et mère, « la moman » qui plane au-dessus de chaque scène, sorte d’esprit angoissant. 
La fin très abrupte m’a laissée quant à elle perplexe. Les derniers événements arrivent trop brutalement à mon goût avec en sus un épilogue épistolaire que j’ai eu du mal à visualiser. En dehors de ces griefs, je comprends fort bien l’engouement autour de ce roman singulier qui pose la question de l’amour jusqu’à quel prix et pourra sans problème être conseillé à un large public, initié ou non. A noter une belle réflexion intéressante autour de l’acte de pardonner et de la difficulté d’aimer.  – Sandrine Chabot

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Dans un milieu ouvrier d’une région de l’est de la France, le narrateur élève seul ses deux garçons après la mort de son épouse. C’est un papa affectueux et attentif mais un peu bourru.

Sous l’œil de ses voisins et amis, adhérents du même parti de gauche que lui, il suit les progrès de Fus en foot et les exploits scolaires de son cadet.

Mais Fus se lie d’amitié avec des jeunes d’un tout autre bord. Au père qui s’en inquiète, Gilou le jeune frère répond « T’inquiète ! »

Lorsque Gilou part poursuivre ses études à Paris, le père et Fus se côtoient dans la maison, en se parlant le moins possible. Jusqu’au jour où le père retrouve son fils, sévèrement amoché, le bras et le visage en sang.

Lorsque le père apprend que son fils est accusé d’assassinat, c’est la déflagration.

L’auteur relate les deux procès dont un en appel, vus par ce père déchiré, impressionné par les juges, les avocats, y compris  celui de son fils qui le décrit comme un père débordé laissant ses enfants s’élever seuls, même si on lui explique que c’est pour décharger son fils.

Le style employé par l’auteur, très simple, proche du langage parlé, fait très bien ressentir au lecteur les sentiments de ce père qui se sent « taché » par la prison, avant de trouver la force d’aller y voir son fils, mais qui déborde d’amour.

Un roman d’une grande sensibilité dans lequel l’amour entre ces trois hommes pointe à chaque ligne.

On est surpris, lorsqu’on fait la connaissance de l’auteur, cadre supérieur chez Air France dont c’est le premier roman. – Marie-Hélène Poirson

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C’est l’histoire poignante d’un père qui élève seul ses deux fils après le décès de sa compagne des suites d’une longue maladie. On suit les trois personnages pendant une dizaine d’années, à travers leurs douleurs, leurs joies.

Tout en subtilité et en sobriété, Laurent Petitmangin dissèque le lien très fort qui les unit et les différents événements plus ou moins tragiques qui émaillent leur quotidien. Le livre décrit avant tout l’amour d’un père pour son fils, un amour contrarié, amer ou déçu, mais un amour sincère et profond.

On se prend d’affection pour ces héros de l’intime, ces êtres à l’âme fissurée, à la trajectoire compliquée. L’émotion est très présente dans cette histoire, ancrée dans un territoire socialement et politiquement très marqué, à savoir les Ardennes. – Boris Tampigny

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Laurent Petitmangin, en de courtes phrases, dans un langage parlé original, parfois populaire mais jamais grossier, dissèque à la première personne, comme sur le ton de la confidence, les liens fusionnels entre un père et son fils jusqu’au moment où tout se délite dans le silence, le non-dit et l’incompréhension totale. Sans  fioritures, tout en pudeur et retenue, ce court récit social est ancré très simplement dans le monde ouvrier lorrain avec un père qui fait ce qu’il peut pour élever ses deux fils après le décès de la mère. On sent beaucoup d’amour et l’emploi du terme «la moman» est touchant. L’auteur nous place d’abord dans le quotidien d’une famille aimante, un trio d’hommes dont les deux plus jeunes se cherchent. Puis tout monte inexorablement en intensité jusqu’au drame.

Le père, le narrateur, est un homme politiquement engagé à gauche, ancien colleur d’affiches qui en son temps n’a pas rechigné à faire le coup de poing. C’est maintenant un homme brisé, émouvant dans ses maladresses, qui ne comprend pas son fils aîné. Il lui est  impossible de dialoguer avec lui et un fossé se creuse entre eux. C’est par l’intermédiaire de son second fils qu’il maintient un lien ténu mais toutes ses certitudes sont ébranlées. Quand l’inimaginable arrive il est dévasté. Son premier sentiment est la honte. Et il lui est honteux et incompréhensible d’avoir honte alors qu’il a éprouvé un amour si fort pour ses enfants. Laurent Petitmangin exprime cela avec des mots très justes.

Ce roman poignant sur la fragilité des relations familiales mais aussi sur l’indestructibilité de l’amour paternel est très beau et ne peut que résonner avec force dans le cœur de tout parent, père ou mère. Bravo pour cet émouvant premier roman.

J’ai terminé ma lecture en début d’un après-midi pluvieux mais je n’ai pu me résoudre à en entamer une autre ce jour-là tant ce récit est fort – Françoise Floride

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Le narrateur est un père qui élève seul ses deux garçons, Fus et Gillou, suite au décès de leur mère. Fus l’aîné l’épaule de son mieux. Il y a de l’amour entre eux même s’ils n’ont pas les mots pour le verbaliser. Le foot est un ciment, la sortie du dimanche .

Les années passent et Fus se renferme peu à peu, s’éloigne de son frère. Un jour il rentre avec un bandana arborant une croix celtique et c’est un électrochoc pour le père. Celui-ci cheminot syndiqué est depuis toujours de gauche. Peu à peu un fossé se creuse entre le père et le fils, il y avait peu de mots et c’est maintenant le silence. Le père vit très mal le glissement de son fils vers l’extrême droite, surtout lorsque ses collègues syndiqués lui en font la remarque.

L’amour est toujours là mais le père ne comprend plus son fils, il culpabilise, se demande quelles erreurs il a pu faire, où a-t-il échoué dans la transmission des valeurs.

Pendant ce temps, Gillou poursuit son chemin, réussit plutôt bien et part faire des études à Paris, soutenu par son père et son frère.

Un jour le drame arrive et bouleverse la vie des trois protagonistes.

J’ai beaucoup aimé ce premier roman écrit tout en finesse dans un style sobre. Les émotions sont suggérées pas explicitées. Les personnages sont à fleur de peau, chacun enfermé dans son monde et ses valeurs ce qui les empêche de communiquer. La fin est un véritable coup de poing. – Michèle Letellier

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Difficile de ne pas avoir les larmes qui montent à la lecture de cette terrible histoire d’amour paternel et fraternel, où des jeunes déboussolés rejettent les idéaux qui ont porté leurs parents, pour leur préférer des solutions radicales et séduisantes de facilité.

Face à eux, des parents aimants font ce qu’ils croient bon pour leurs petits, assurant présence au match de foot et réunions d’école, sans voir que la vie passe vite dans un monde dur, où il faut payer les factures en rentrant les épaules et espérer que rien de méchant n’arrivera le lendemain.

Sauf que dans la Lorraine désindustrialisée, dans un milieu ouvrier à l’avenir incertain, certains enfants s’échappent et agissent à rebours de tout ce qui leur a été appris.

Pas de raccourci, de caricature ou de pathos dans le livre de Laurent Petitmangin, Tout y est juste, délicat et sauvage à la fois ; chaque mot est exactement à sa place pour dire les désillusions et les espoirs ; pour interroger les notions de culpabilité et de responsabilité ; pour raconter comment la lutte a certes changé de méthodes, mais la violence demeure et a le dernier mot lorsque les armes sont utilisées à la place des mots.

Ils disent également l’infinie tendresse paternelle et la beauté de la lumière du pays-haut « dorée, puissante, sucrée et pourtant pleine de fraîcheur. Déjà pénétrée de l’automne, traversée de zestes de vert et de bleu ».

Ne résistons pas à la tentation d’inscrire ce beau roman dans la lignée du prix Goncourt 2019 « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu. – Marianne Le Roux Briet

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Ce texte est un beau et touchant portrait d’un père. Après quelques mois de souffrance, de séjours et visites à l’hôpital, la « moman » va mourir et il va se retrouver seul pour élever ses deux fils, Fus et Guillou. Fus, pour Frédéric, l’aîné, s’occupe de son petit frère, de la maison. Il lâche un peu l’école, va le dimanche matin s’entraîner au foot, va faire un apprentissage. Il va perdre un peu de sa joie de vivre, devenir un peu taiseux et changer d’amis. Délaisser son petit frère et finir par vivre à côté de son père sans se parler réellement, le strict minimum. Guillou, le plus jeune, va lui se « défoncer » à l’école et grâce à un ancien copain de Fus, Jéremy, il va réussir à intégrer une école prestigieuse à Paris. Ces trois hommes vivent en Lorraine. le père milite et passe quelques soirées à la section du PS, tracte de temps en temps, mais ce n’est plus les belles heures du militantisme. Chacun trace sa route et essaie de survivre dans ses zones qui ont pris de plein fouet les successives crises économiques. le père travaille à la SNCF, Fus fait une formation en IUT et Guillou va intégrer une belle école parisienne. Certains samedis, ils réussissent à aller ensemble au match de foot mais leur rapport se délite.
Un livre social sur la vie d’hommes, taiseux, qui vivent les uns à côté des autres, désillusionnés mais que le destin ou le hasard va brusquer.
En peu de pages, l’auteur nous décrit cet univers familial, la difficulté de se parler, de se comprendre, d’avancer ensemble. Il décrit très bien les changements subis dans ces territoires, qui ont subi la crise, qui ont perdu la solidarité du monde ouvrier, des familles disloquées (pour eux c’est ce satané cancer qui a pris la Moman).
Un texte qui m’a touché personnellement car des similitudes de la vie des personnages et de ma propre famille. Des questionnements actuels sur l’évolution de la société, sur l’évolution de l’engagement politique, de l’évolution sociale, familiale, du déterminisme social. Bref un texte émouvant touchant.
Un petit détail pratique : j’ai beaucoup aimé le format de ce livre, sa couverture en rabat et une très belle photo de couverture. – Catherine Airaud

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Après trois ans de maladie où la « moman » était plutôt résignée pas vraiment l’âme d’une guerrière alors, il a fallu continuer à vivre pour cette famille Lorraine après son décès. Faire de son mieux pour ce père désormais seul à élever ses deux fils. Fus a soutenu son père avec son frère, devenu un homme un peu trop tôt et puis il va faire de nouvelles rencontres qui interrogent le père surtout lorsqu’il va arriver avec un bandana autour du cou dont un symbole ne laisse plus planer le doute sur les nouvelles convictions de Fus! Alors que le père est militant pour la gauche, le fils va donc se mettre à flirter avec l’extrême droite. L’incompréhension, les silences. Il faut composer avec, le Gillou fait tampon entre les deux… Surtout que Fus reste présent pour son petit frère! Malheureusement un jour les choses vont déraper…

Ce roman interroge! Quand les convictions de nos enfants sont aux antipodes des nôtres et de celles que nous leurs avons inculquées comment l’accepter. Dissocier celui qu’on aime plus que tout, de ces idées qu’on exècre. Et quand les choses dérapent quel est notre responsabilité? Comment pardonner? Vivre avec? J’ai été touché par ce père perfectible, si juste.

Il m’a fallu un peu de temps à m’imprégner de l’histoire, qui commençait par la maladie de la moman, mais là n’est pas le but du roman car ce n’est pas un énième livre sur la maladie. Non le début pose les bases de ce trio. Ce père et ses deux fils qui vont évoluer, grandir. L’équilibre qui se trouve puis qui chavire! La plume nous transporte littéralement en Lorraine

Un premier roman réussi, qui m’a agréablement surprise. Un thème que je n’avais encore jamais lu qui est finement abordé car on ne peut s’empêcher de se mettre à la place de ce père. La fin est époustouflante, elle m’a beaucoup touchée. – Julie Campagna

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J’ai beaucoup aimé « Ce qu’il faut de nuit ». C’est un récit très touchant, à travers lequel nous suivons un père de famille et ses deux fils Fus et Gillou, face au deuil de « la moman », face aux choix que l’on fait lorsque l’on devient adulte. Le père  fait du mieux qu’il peut pour élever ses deux enfants, se demandant souvent ce que « la moman » aurait pensé de ses choix. Entre le travail à la SNCF, les réunions syndicales et les rencontres entre copains avec ses fils le dimanche au foot, leur vie est assez routinière, jusqu’au jour où ‘il découvre que Fus, son grand, a rejoint le un groupe d’extrême droite. Le père est déçu, un fossé se creuse entre eux deux. Ce père s’interroge : comment Fus peut-il en arriver là, avoir ses opinions là? Il a élevé ses deux garçons de la même manière et ne comprend pas l’écart entre son grand, et Gillou, qui lui a pour rêve de poursuivre ses études à Paris… Puis arrive le drame, qui fera voler ce cocon familial en éclats… La maladresse de ce père pudique et taiseux m’a beaucoup touchée, aussi bien dans sa relation avec sa femme, lorsqu’elle s’éteint petit à petit, qu’avec ses fils qu’il regarde grandir. Il est là, mais ne fait pas de bruit. Il ne sait pas dire « Je t’aime », il ne fait pas de compliments, il ne dialogue pas… Il assume le quotidien, il essaie de faire au mieux, et face à l’irréparable, il culpabilise. Il a honte… C’est un très beau texte sur les relations père-fils, sur l’éducation, sur la vie et les choix que l’on peut faire. Des erreurs sont commises des deux côtés, mais jamais personne n’est pointé du doigt, personne n’est jugé. Son histoire, pourrait être l’histoire de n’importe quel parent au final (et n’importe quel enfant aussi). On fait au mieux, comme on peut, mais il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment pour que tout bascule, pour que nos convictions soient ébranlées, pour que tout soit remis en cause et ce roman illustre bien cela. J’ai été un peu déçue par la fin, qui m’a prise au dépourvu. Je ne m’attendais pas du tout à cela… Mais je vous recommande cette lecture, elle est très touchante. – Agathe Bertrand

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Le père, ouvrier SNCF, dans l’est de la France est le narrateur de cette histoire. Il élève seul ses deux fils, suite au décès de sa femme.

Fus, l’aîné de ses garçons l’a toujours aidé et soutenu. Il s’est beaucoup occupé  de son cadet afin qu’il réussisse ses études.

Une famille chaleureuse où les repères existent même s’il faut quelques fois les chercher, un père qui porte un grand amour à ses fils.

Ces fils qui vont prendre leur envol petit à petit. Fus va changer ses fréquentations  et son frère partira sur Paris étudier. Chacun va prendre des chemins différents.

Ce roman social, nous amène à réfléchir sur ce qui pourrait arriver dans une famille où les non-dits dominent.

Jusqu’où peut-on aller par amour pour nos enfants ?

Ce récit est émouvant et plein de pudeur, ponctué de phrases courtes. Il nous décrit une très belle relation père-fils. – Hélène Grenier

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J’ai été très touchée par cette lecture, très touchée par cet homme devenu veuf trop tôt et en même temps après une trop longue maladie.
J’ai été touchée par ses 2 fils, les frères liés l’un à l’autre par une affection indéfectible…
La vie n’est pas facile, faite de drames et de difficultés quotidiennes… mais aussi de moments de bonheur simple, de matchs de foot, de vacances au camping, de souvenirs souriants…
Le père est un homme droit, aux convictions et aux engagements solides. Il élève ses deux fils du mieux qu’il peut, pétri d’un amour taiseux mais fondamental.
Les garçons sont à l’heure des choix, des avenirs et des destinées qui se dessinent. Les choix divergent, certains désaccords d’idéaux semblent difficiles à faire cohabiter.
Et puis arrive le moment du basculement, celui qui crée un avant et un après…
Beaucoup de sensibilité dans ces portraits, de délicatesse dans la description de ces vies simples mais riches. L’écriture est fluide, convaincante sans emphase, plaçant des ellipses déterminantes… vraiment, j’ai beaucoup aimé me laisser toucher par ces 3 êtres-là et par la plume de cet auteur-là ! – Christine Gazo

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Très beau premier roman, ce qu’il faut de nuit raconte l’histoire d’un père veuf qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour voir s’épanouir ses deux fils, une belle histoire d’amour pour ces deux garçons qui prendront des chemins différents et qui se sent impuissant face aux choix politiques de l’aîné qu’il voudrait protéger de la violence qu’il sait générée par le groupuscule d’extrême droite auquel il se lie. Il nous raconte combien un parent, même entouré d’amis peut se sentir seul face aux actes de son enfant, face aux attaques, face aux institutions, face au mur qui le sépare d’un enfant qui prend des chemins bien différents de ce qu’il avait espéré.

On ne peut s’empêcher en lisant de se demander : et si j’étais dans la situation de cet homme, comment réagirais-je ? Comment pardonner ? Comment s’adapter pour maintenir des relations ? On observera un travail de deuil de la part de ce père qui doit tourner une page et oublier ce fils d’avant pour accueilli celui qu’il est devenu, on verra ce père se détourner pour accepter ensuite les faits et conserver une relation père-fils bien que cela soit inconfortable.

Être parents, c’est savoir s’effacer face aux choix des enfants, ce qu’essaie de faire le protagoniste, c’est risquer le regard des autres, c’est justifier ses choix, ce qui peut s’avérer difficile, particulièrement dans ce roman, c’est devoir agir alors qu’on a envie de tout laisser tomber, c’est subir parfois et accepter que nos enfants aient des valeurs différentes, c’est culpabiliser en se demandant ce que l’on a raté.

Ce beau roman interpellera certainement les parents que sont les lecteurs.

Je terminerai par ce passage de Khalil Gibran qui montre combien le devenir de nos enfants ne nous appartient pas :

« Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même, Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées, Car ils ont leurs propres pensées ». – Roselyne Soufflet

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Bouleversant du début à la fin, ce premier roman, court et dense,  de Laurent Petitmangin retranscrit  les rapports conflictuels entre un père et son fils aîné, séduit par les idées de l’extrême droite.

Comme pour le livre de Jérémy Braconne, présent dans la sélection des 68 « Danse avec la foudre » l’action se passe dans le bassin lorrain, à Villerupt, un endroit où les conditions de vie ne sont pas faciles. C’est l’histoire d’un père ouvrier cheminot qui élève seul ses deux fils, Fus et Gillou,  après le décès de maladie de la « Moman ». Les années passent et les enfants grandissent et prennent des voies totalement différentes. Un jour, le père – le narrateur – prend  conscience que son fils aîné s’est radicalisé. Il ne comprend pas ce choix diamétralement  à l’opposé de ses propres idées, lui qui croyait qu’il avait  été un bon père, attentif, présent. Il avait essayé de lui transmettre des valeurs d’égalité et de fraternité. Malgré le soutien de  Jérémy l’ami d’enfance de Fus et celui de Jacky leur voisin bienveillant, il n’a pas pu malheureusement empêcher la descente aux enfers de son fils. Il n’a pas vu qu’il fréquentait « la fachosphère », qu’il avait rencontré les mauvaises personnes qui l’ont entraîné dans une dérive infernale, violente. Désemparé, le père se flagelle, se fait des reproches, seul en l’absence de sa femme bien aimée, il a l’impression qu’il n’a pas été à la hauteur pour élever son fils. Cet enfant, qu’il croyait si bien connaître, est devenu un étranger, traînant avec « des fachos ». Malgré la honte et le rejet des choix de Fus, tout le livre transpire de l’amour du père pour son fils. Impossible de rester de marbre devant la détresse, le profond désarroi de ce père aimant.

Quel magnifique outil que l’internet ! En un rien de temps, vous avez une réponse à tous vos questionnements. Intriguée par le titre de ce roman, j’ai découvert que « Ce qu’il faut de nuit » renvoie au premier vers d’un poème de Jules Supervielle « Vivre encore », un poème qui évoque la fragilité et la complexité des liens familiaux et de l’amour filial. J’attends le prochain roman de Laurent Petitmangin avec impatience ! – Françoise Le Goaëc

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Ce n’est pas si souvent que les auteurs nous entraînent dans les pensées d’un père veuf qui a la charge d’élever seul ses deux garçons.

Depuis la disparition de la « moman », et après ces longs mois de trajets aller-retour vers l’hôpital pour l’accompagner vers son dernier voyage, le père ne sait plus comment gérer Fus, son fils aîné. Celui-ci pourtant bon élève a décroché depuis longtemps. Sa seule passion aujourd’hui est le foot.
Fort heureusement il reste encore le Gillou qui pourra peut-être faire des études correctes et, qui sait, partir à la capitale pour les poursuivre dans une grande école.
Le père, ancien syndicaliste convaincu, colleur d’affiches et actif aux meetings participe aujourd’hui bien sagement à quelques réunions avec les camarades de la section PS du coin.
Jusqu’au jour où il découvre que Fus s’est laissé embringuer par les colleurs d’affiches du parti adverse, le pire qui soit, celui des fachos.
Comment un père attentif et aimant peut-il accepter cela. Quels vont être son attitude, son cheminement pour comprendre, accepter ou rejeter ce fils qui a pris un chemin à l’opposé de ses convictions les plus intimes.

Et surtout, lorsque les circonstances dramatiques l’inciteront à renier ce fils, comment va-t-il réagir ? Comment réagit-on face aux erreurs de ses propres enfants.

Un roman sur l’amour paternel, la place de la famille, les sentiments souvent trop difficiles à exprimer. Un roman social et humain, à hauteur d’homme, avec des personnages auxquels on s’attache facilement tant on aurait pu les croiser au coin de notre rue, dans notre quartier, notre propre famille. – Dominique Sudre

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La Lorraine, région sinistrée. Un père après la mort de sa femme, la « moman », élève ses deux fils, Fus et Gillou. Il est cheminot et milite à la section du parti socialiste de sa ville.  Les années passent, le père observe les enfants grandir. Lesquels montrent une certaine ambition. Leur mère les voulait ingénieurs. Si Fus intègre un IUT à Metz qui ne le mènera nullement à la carrière d’ingénieur, le cadet a l’étoffe d’une prépa à Paris, avec Science Po et l’ENA dans le viseur. Son frère l’y encourage. Puis, le père remarque le virage de Fus vers le FN. Aucun mot ne sera échangé entre père et fils dont les relations s’effilochent jusqu’au drame final. 

Ce premier roman a reçu les critiques les plus élogieuses. Hélas, je me sens plus réservée. Le personnage du père semble s’ancrer moins dans la pudeur ou la retenue que dans une sorte de résignation qui m’a dérangée, comme s’il jouait le rôle d’un spectateur désabusé de sa vie et celle de ses fils. 

Fus, un gars intelligent sait forcément que ses choix politiques décevront son père. Quelle mouche l’a piqué ? Provocation, mauvaise rencontre, réel engouement ? À aucun moment le père ne tente de comprendre, analyser ou affronter. Quant au dénouement,  que s’est-il passé pour que Fus en arrive à ce degré de violences ? L’auteur ne le dit pas. Bref, toutes ces petites ombres au tableau m’ont laissée dans la nuit. – Hélène de Montaigu

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Lire également les avis de :

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/04/06/38906332.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2020/09/ce-qu-il-faut-de-nuit-de-laurent-petitmangin.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2020/08/20/ce-quil-faut-de-nuit/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/ce-quil-faut-de-nuit-de-laurent.html