Mes premières 68 – La sélection 2021

Et voici, au grand complet, la sélection 2021 de Mes premières 68 !

10 titres, premiers ou seconds romans à destination des ados, parus depuis mars 2020.

Après nous, les animaux de Camille Brunel, éditions Casterman – Un garçon c’est presque rien de Lisa Balavoine, éditions Rageot – Jours sauvages de Claire Cantais, éditions Syros – Malamour de Rémi Giordano, éditions Thierry Magnier – ABC… d’Antonio Da Silva, éditions du Rouergue – Dulce de leche de Mirabelle Borie, éditions GulfStream – Amour chrome tome 1 de Sylvain Pattieu, éditions L’école des loisirs – Je suis Innocent de Pierre François Kettler, éditions Talents hauts – La Ville sans vent tome 1 d’Éléonore Devillepoix, éditions Hachette romans – Les Fleurs sucrées des trèfles de Cédric Philippe, éditions MeMo.

Nous remercions chaleureusement les éditeurs que nous avons sollicités et qui ont fait preuve d’enthousiasme pour nous suivre dans cette deuxième session. À nous quatre, nous avons pris un très grand plaisir à lire et à échanger sur nos coups de cœur, à débattre, parfois, pour départager certains titres ! Que vous soyez ado ou adulte, que vous participiez activement à cette édition ou que vous nous suiviez de loin, nous espérons que nos choix vous plairont, vous emporteront, vous donneront à ressentir et à penser. Bonnes découvertes à tous et toutes en attendant de suivre les retours de lecture.


Céline, Hélène, Héliéna et Amélie.

Mes premières 68 – Saison 2 : c’est parti !

Nous vous l’avions annoncé en fin d’année. Mes premières 68 sont de retour pour une nouvelle édition.

Petit changement pour cette deuxième saison, nous proposerons uniquement une sélection de premiers et seconds romans « 13 ans et + ». Le principe reste toujours le même, les livres vont voyager entre février et fin août 2021, chez les lecteurs participants, par voie postale principalement.

Pour vous inscrire à cette deuxième session, merci de remplir le formulaire.

Une fois votre inscription réceptionnée et votre cotisation réglée (Quinze euros par participant), vous recevrez votre premier livre courant février parmi ceux de la sélection qui sera dévoilée dans les prochaines semaines.

Mes premières 68 n’attendent que vous pour partager ensemble ces première fois !

68 Le Podcast – Episode 6 : Parcours d’écriture, Cécile Balavoine

Toutes les bonnes choses ont une fin…

Voici le dernier épisode de cette série dédiée aux parcours d’écriture de cinq romancières rencontrées au moment de la parution de leur deuxième roman, passage réputé délicat après une entrée remarquée en littérature. Cécile Balavoine avait publié un éblouissant Maestro avant de s’autoriser à écrire Une fille de passage, résolument autobiographique. Dans cet entretien, elle confie ses sentiments et son état d’esprit alors que la pandémie et le confinement ont quelque peu chahuté les débuts dans la vie de son roman.


Un épisode conçu et réalisé par Lauren Malka, avec la participation de Charlotte Milandri. Sur une musique originale signée Elise Lemarié.

Nous espérons que vous avez apprécié ces moments en compagnie de Gabrielle Tuloup, Caroline Laurent, Gaëlle Pingault, Amélie Cordonnier et Cécile Balavoine. Tous les épisodes sont à écouter, réécouter à volonté sur les plateformes Soundcloud et Audioblog-Arte radio. N’hésitez pas à en abuser. Un grand merci à Lauren Malka pour son enthousiasme et son professionnalisme, à Elise Lemarié pour les quelques notes qu’elle nous a offertes et à nos autrices chouchou pour leur disponibilité et leurs sourires.

Session 2021 : ouverture des inscriptions

Comme nous vous l’avions annoncé, l’unique session 2021 débutera en février et les livres circuleront jusqu’en septembre. Comme d’habitude il s’agira de découvrir et faire découvrir de nouveaux auteurs, en les lisant et en leur donnant de la visibilité grâce à des avis qui peuvent être succincts ou très fouillés mais toujours argumentés.

La sélection comptera pour moitié des nouveautés de la rentrée de janvier 2021 et pour une autre moitié des premiers et deuxièmes roman parus en 2020. Nous la dévoilerons autour du 20 janvier.

Nous choisirons 60 lecteurs parmi les inscrits ayant intégralement complété le formulaire ci-dessous.

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScYPFwQ5q6M5xaEU_N9-ZPwC8UqhqKB5Fq2nGb_kV9M6yHiXA/viewform?usp=sf_link

Clôture des inscriptions le 13 janvier à minuit. Et les participants retenus seront avisés quelques jours après.

A bientôt !

En route vers 2021…

On ne va pas trop revenir sur 2020, année singulière… mais tout de même un peu.

Nous avons fêté les 5 ans de l’association avec une sélection de deuxièmes romans et une sélection anniversaire, qui a permis de découvrir ou de redécouvrir des classiques de la littérature ou des premiers romans plus contemporains grâce à la participation enthousiaste de 14 écrivains que nous suivons depuis leur première fois. Cela nous a permis de nous rendre compte que se donner un peu plus de temps de lecture, et par la même occasion, parler un peu plus longtemps des livres n’était pas pour nous déplaire...

Faute de vraies rencontres, nous avons multiplié les initiatives en ligne parce qu’il est hors de question de renoncer au dialogue, à l’exploration des parcours de lecture, aux échanges. 2020 a donc vu la création de 68 Le Podcast (voir la rubrique dédiée) qui compte déjà 5 épisodes et bientôt un sixième. La plateforme Un endroit où aller a accueilli le 15 décembre dernier, une rencontre autour de l’édition telle nous aurions aimé la tenir lors de notre soirée de clôture, animée par Charlotte Milandri (le replay sera bientôt disponible) et nous vous réservons une autre surprise au même endroit vers la mi-janvier. Quant à l’opération #onneconfinepasles68… ce fut un vrai succès, alliant le plaisir de faire découvrir à celui de soutenir les librairies.

Alors…

… alors en route pour 2021.

Avec une seule session qui débutera début février et durera jusqu’à la fin de l’été. La sélection, que nous dévoilerons à partir de la mi-janvier comptera bien sûr des titres de la rentrée de janvier mais également certains parus en 2020 que nous avons particulièrement aimés. Des premiers romans en grande majorité et quelques deuxièmes écrits par des auteurs dont nous avions déjà sélectionné le premier lors des précédentes sessions.

Nous vous donnons rendez-vous autour du 5 janvier pour l’ouverture des candidatures (nous devrions embarquer une soixantaine de lecteurs).

Bonnes fêtes à tous et à l’année prochaine !

68 Le Podcast. Episode 5 : Parcours d’écriture, Amélie Cordonnier

Nous poursuivons l’exploration des parcours d’écriture des cinq écrivaines que nous suivons depuis leur premier roman.

Amélie Cordonnier avait créé une petite sensation avec Trancher dans lequel elle abordait un sujet grave, avec une tonalité osée et affirmée. Les lecteurs des 68 premières fois avaient été assez soufflés et impressionnés par ce roman détonnant qui avait le mérite de mettre joliment les pieds dans le plat. Amélie nous parle ici de l’écriture, puis la parution de Un loup quelque part, quelques jours avant le confinement. De son état d’esprit, de ses doutes au moment de se confronter aux réactions du public. Là encore, un sujet fort, et la trouille qui l’accompagne. Dont elle nous parle avec le naturel, l’engagement et la bonne humeur qui la caractérisent.

Sous la houlette de Lauren Malka, conceptrice et réalisatrice de ces podcast, avec la participation de Charlotte Milandri, à l’origine de l’association 68 premières fois.

Bonne écoute et rendez-vous très prochainement pour la suite et fin de cette série.

Le soleil se lève aussi – Ernest Hemingway

Le soleil se lève aussi est le premier roman d’Ernest Hemingway publié en 1926. Son auteur se verra décerner la Prix Nobel de littérature 30 ans plus tard, récompensant une oeuvre dense incluant romans, récits autobiographiques et nouvelles. C’est Sebastien Spitzer auteur de Ces rêves qu’on piétine et Le cœur battant du monde qui a choisi de le proposer dans cette sélection anniversaire. Il nous dit ce que cet écrivain représente pour lui avant de passer aux retours des lecteurs, pas toujours conquis…

Le soleil se leve aussi

« J’avais l’âge des défis qu’on se lance entre amis pour se prouver des choses. Chiche ! Luc venait de dégotter un nouveau terrain de jeu. Une piste d’athlétisme, à Colombes. L’hiver amputait nos loisirs. À dix-huit heures, les spots électriques peinaient à nous offrir des minutes de sursis. La piste était mal éclairée. Il faisait froid. J’étrennais une paire flambant neuve de chaussures à pointe. À vos marques ! Prêts ! L’entraîneur donna le départ du 400 mètres. Nous étions six ou sept. Luc tenait la corde. J’étais dans sa foulée. Je faisais honneur à notre belle amitié. Et puis, je ne sais pas. Une ampoule ? La peur de perdre ? Le souvenir d’une fille qui me faisait le coup du mépris ? Je ne sais plus pourquoi, mais en sortie de virage j’ai ralenti puis cessé de courir. Luc a gagné la course. Bien sûr ! Haut la main ! En se retournant, il m’a vu franchir la ligne au pas. Et son regard dépité est resté dans ma tête, gravé, comme dans le marbre. Il était si déçu. Il n’a rien dit au retour. Il regardait devant lui, replié comme un vrai parapluie. Je fixais mes chaussures.

Les vacances qui suivirent, je les passais chez une tante, en Espagne. Sur la Costa Brava. Je partais quinze jours avec quinze livres. Henry Miller. Marcel Pagnol et… Hemingway. « Le Soleil se lève aussi ». J’ai découvert son univers. Ses valeurs. Ses héros. J’ai trouvé des modèles qui en avaient, eux ; qui ne se seraient pas arrêté, eux. Jamais. J’ai trouvé des silences qui me donnaient des réponses. Ses héros ne se plaignaient pas. Ils ne rechignaient pas. Ils faisaient, de leur mieux. J’ai presque tout lu dans la foulée de ce livre. J’ai presque tout aimé d’Hemingway. Son style, efficace et sensible. Ses scènes. Ses thèmes aux antipodes des écrits tristes et insipides de ces auteurs érudits qui composent des récits gavés des vues des autres. Lui, était humain. Infiniment humain. Il avait vu. Vécu. Senti.

Comme lui, j’ai été journaliste. J’ai parcouru des fronts, des coins perdus, aussi. J’ai lu. Un peu. J’ai aimé la feria. Beaucoup. Celle de Nîmes, surtout. Avec ses codes et ses chapelles, guidé par mon ami Gregorio, novillero puis matador.

Je suis devenu écrivain. Et aujourd’hui, quand je lève ma couette, quand je pose les pieds au sol, je me retrouve au réveil nez à nez avec lui. Hemingway. « Papa Hemingway », comme le surnommaient certains de ses contemporains. La photo le représente assis dans une baignoire. Il fixe l’objectif. Ses lunettes rondes sont rafistolées par un bout de sparadrap. Son regard dit beaucoup. On dirait un bouddha.

Avec Luc, mon ami d’enfance, on a relevé d’autres défis. Des 400 mètres. Des petits boulots. Des vrais boulots. Des grands amours. Des vies de famille. Des deuils. Des vies d’hommes bien remplies. Et toujours l’amitié, de celle qui ne se replie pas.

« Vanité des Vanités, dit l’Ecclésiaste; oui, vanité des vanités, tout n’est que vanité. Que retire l’homme de tout le travail qui l’occupe sous le soleil ? Une génération passe, une autre lui succède et la terre est toujours là. Le soleil se lève aussi et se couche et retourne d’où il était parti. »

C’est ce verset de la Bible qui a inspiré à Hemingway le titre de son premier roman. Le soleil se lève aussi.

En juillet 1961, papa Hemingway a décidé de ne plus voir le soleil se lever. Il s’est tiré une balle. Il a mis fin à tout. Au-dessus de sa tombe, un prêtre catholique a récité ce verset.  « Une génération passe, une autre lui succède et la terre subsiste. Le soleil se lève aussi et se couche et retourne d’où il était parti. »  » – Sébastien Spitzer

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Les avis des lecteurs :

« C’est ce que vous êtes… C’est ce que vous êtes tous… Vous, tous les jeunes qui avez servi pendant la guerre… Vous êtes une génération perdue. » Gertrude Stein

« Peut-être, avec le temps, finit-on par apprendre quelque chose. Peu m’importait ce que c’était. Tout ce que je voulais, c’était savoir comment vivre. Peut-être, en apprenant comment vivre, pourrait-on finir par comprendre ce qu’il y a en réalité au fond de tout ça. »

Je regrette qu’ait été escamotée de l’édition poche la phrase de son amie Gertrude Stein qu’Hemingway choisit pour épigraphe du Soleil se lève aussi, car tout est là qui éclaire ce 1er roman (1926) : la guerre et son après, une jeunesse qui ferraille contre la vacuité absurde de son existence en trouvant refuge dans la fiesta, les parties de pêche, en s’étourdissant dans l’alcool, le bruit, une certaine bougeotte tant dans les déplacements que dans la parole, pour tenter d’oublier, d’échapper à soi-même quand bien même elle est consciente que

« Ce n’est pas parce que tu iras d’un endroit dans un autre que tu échapperas à toi-même. Ça ne donne aucun résultat. »

 À la guerre, ces hommes ont vu la mort de près, certains, comme Jake, en sont revenus diminués et, quels que soient les dérivatifs qu’ils imaginent, quelle que soit la pudeur des mots de Hemingway, il est clair qu’ils ne s’en remettront pas.

« Il n’y a pas de raison, parce qu’il fait noir, pour qu’on voie les choses sous un autre jour que lorsqu’il fait clair. Je vous en fous ! »

 Les années 1920. De jeunes américains à Paris, quelque peu indolents, toujours pris entre deux ivresses, forment le projet de délaisser les bars de Montmartre pour rallier Pampelune et y assister à la fiesta de juillet.

Les pages parisiennes du Livre Premier du Soleil se lève aussi, imbibées des beuveries quotidiennes, et pâteuses des réveils comateux de Jake, Cohn, Bill, Mike et Lady Brett Ashley, seule femme de ce groupe de soiffards, auront peut-être raison de lecteurs qui peineront à y voir autre chose que l’oisiveté superficielle d’Américains trop heureux d’échapper à la prohibition et pour lesquels boire semble être la solution à tout.

Il y a pourtant tellement plus à lire, enfoui sous l’économie des mots et l’aridité d’une prose qui congédie toute fioriture. Comme disait le journaliste Hemingway

« Prose is architecture, not interior decoration. »

Et c’est là qu’est la force de son écriture, dans ses phrases courtes, précises, à vif et qui ne rechignent pas à la répétition, dans ses dialogues pauvres, laconiques car saisis dans leur immédiateté et qui feront peut-être s’exclamer quelques lecteurs avec Brett

« Cette conversation est d’un rasant » !

Pour le lecteur d’Hemingway, les défis sont de taille :

Le défi de laisser aller son imagination à partir de mots concrets, souvent répétés, de phrases sans musicalité qu’il est facile de trouver assommantes de mots rabâchés :

« Le lendemain matin, il pleuvait. Un brouillard venu de la mer couvrait les montagnes. On ne pouvait pas voir le sommet des montagnes. Le plateau était sombre et triste, et la forme des maisons et des arbres avait changé. Je sortis de la ville pour voir le temps. Le mauvais temps venait de la mer par-dessus les montagnes. »

ou monotones quand « il y avait »  entame chacune d’elles ou presque :

« Il y avait des arbres de chaque côté de la route et un cours d’eau, et des champs de blé mûr, et la route continuait, très blanche et toute droite. Elle gravissait une petite butte et, sur la gauche, il y avait une colline avec un vieux château et des bâtiments tout autour et un champ de blé qui montait jusqu’au pied des murailles et ondulait au vent. […] à droite, il y avait une grande rivière qui brillait au soleil, entre les rangées d’arbres, et, au loin, on apercevait le plateau de Pampelune qui se dressait dans la plaine […] Derrière le plateau, il y avait les montagnes et, de quelque côté que vous regardiez, il y avait d’autres montagnes et, devant nous, la route filait sur Pampelune, toute blanche à travers la plaine. »

Le défi de fermer les yeux (et les oreilles) sur la traduction française, pourtant œuvre de l’éminent Maurice-Edgar Coindreau, où les passés simples lourdingues sont un affront à la sobriété du preterit anglais et, partant, au style si particulier de l’auteur.

« Nous quittâmes les montagnes pour entrer dans une forêt de chênes […]. Ensuite, nous traversâmes une rivière et, après avoir passé par un petit village lugubre, nous recommençâmes à monter. Nous montâmes longtemps et franchîmes un autre col élevé que nous longeâmes […]

Au bout d’un moment, nous sortîmes des montagnes […] Nous arrivâmes à la ville par l’autre côté du plateau […] Nous passâmes devant les arènes, hautes et blanches, […] puis nous gagnâmes la grande place et nous arrêtâmes devant l’hôtel Montoya. »

Le défi d’accepter qu’un récit à la 1re personne (Jake Barnes) puisse n’être que factuel et si peu subjectif.

Le défi aussi de donner chair à des personnages à peine décrits, dont on sait le moins possible et dont Hemingway disait, tel que cité par Colum McCann dans ses Lettres à un jeune auteur :

« Ne crée pas par mégarde des personnages trop parfaits…  Ce sont des gens, des gens, voilà, des gens. N’en fais pas des symboles. »

De simples gens, donc, capables d’avoir des conversations barbantes, mais aussi d’y laisser affleurer, avec retenue, une douleur insondable, comme Jake :

« Brett, est-ce qu’on ne pourrait pas vivre ensemble ? Est-ce qu’on ne pourrait pas tout simplement vivre ensemble ? »

ou comme Brett :

« Je ne peux pas m’habituer à cette idée que ma vie s’écoule si vite et qu’en réalité je ne la vis pas. »

et son aveu désarmant

« — Je me désagrège complètement dès que tu me touches. »

Des personnages pudiques jusque dans la désinvolture qu’ils affectent pour taire un mal-être profond, des gens qui s’étourdissent pour ne pas pleurer.

Autant de défis que certains lecteurs choisiront de ne pas relever, abandonnant le livre en cours de route.

Cela étant, j’accorde que les meilleures pages du roman sont celles du Livre Deuxième, au moment où la petite troupe se retrouve à passer des jours écrasés de chaleur à Pampelune.

Même si je fais mienne la formule d’Émile Zola

« La corrida, ni un art, ni une culture ; mais la torture d’une victime désignée. »

il me faut reconnaître que Hemingway est à son affaire dès lors qu’il s’agit de partager sa passion. C’est sûr, il aime l’Espagne, ses paysages rudes et arides, ses villages blancs brûlant au soleil, ses habitants ombrageux et fiers, courageux et affables et… la corrida. L’Espagne, généreuse, lui laisse entrevoir la possibilité d’une vie rassérénée :

« Nous allions tous au café prendre un vermouth. C’était une vie calme et personne ne se saoulait. […] La matinée était belle. Des nuages blancs flottaient très haut au-dessus des montagnes. Il avait plu légèrement pendant la nuit et, sur le plateau, il faisait bon et frais, et la vue était merveilleuse. […] Rien n’aurait pu vous bouleverser par un temps pareil. »

Mais vient le jour où la fiesta est finie.

Les pages du Livre Troisième, peu nombreuses, et cela dit beaucoup, sont celles des jours immobiles où, enfin seul, Jake se retrouve à Saint-Sébastien à profiter de la plage de la Concha avant qu’une dépêche pressante de Brett ne vienne à nouveau tout ébranler.

« Voilà. La conclusion, c’était que mon séjour à Saint-Sébastien était foutu. J’imagine que je m’étais attendu à quelque chose de ce genre. »

Les temps ont changé, mais en France, pendant longtemps, la littérature américaine est restée dans l’esprit d’une immense majorité de lecteurs associée à des auteurs comme Hemingway ou encore Steinbeck, dont les romans pourvoyaient, à l’époque, au supplément d’âme d’une Europe meurtrie, exsangue, en panne de rêve. Auteur qui remit au goût du jour la formule de Robert Browning « Less is more », un des drames de Papa Hemingway, comme on l’appelait alors, aura finalement été que son style soit copié à l’envi, et pas toujours de la plus belle manière. Quant à moi, je ne peux que vous inciter à (re)lire ce 1er roman, l’un des meilleurs du Prix Nobel de littérature de 1954. Et pour ceux qui lisent l’anglais, n’hésitez pas à le découvrir dans sa version originale, la seule qui vaille. – Christine Casempoure

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Pas d’accroche avec ce roman du célèbre écrivain. Les personnages , soit ivres soit en train de boire pour accéder à ce paradis artificiel, ont transformé ma lecture en enfer. Descriptions de paysages indigentes (beaucoup de « Il y avait  « , des vaches, des bois, des montagnes et à chaque fois, une route qui parcourait le décor). Le point fort du roman, c’est la fête basque avec taureaux et humains s’affrontant dans une lutte aussi dangereuse qu’inutile.

Pas ma tasse de thé, du tout du tout, et pour être honnête , j’ai abandonné aux trois quarts de la lecture, convaincue alors que rien ne pourrait arriver qui modifierait mon point de vue. Ce roman a pourtant été à sa sortie un best-seller, et je suis curieuse d’en lire des critiques positives, pour comprendre ce qui m’a échappé.

J’avais beaucoup aimé Pour qui sonne le glas, ce récit sur la guerre d’Espagne, avec des personnages forts d’une histoire tragique.

Mais  ce soleil là ne s’est pas levé pour moi. – Chantal Yvenou

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Le soleil se lève aussi (the sun also rises) est le premier roman écrit par Ernest Hemingway en 1926, au lendemain de la première guerre mondiale. Le titre est inspiré d’un texte de l’Ecclésiaste (chapitre I ). Il raconte les pérégrinations nocturnes dans Paris d’un groupe d’expatriés, Anglais et Américains, ponctuées d’excentricités et de beuveries. Dans ce groupe, il y a notamment le narrateur, Jake, devenu impuissant à la suite d’une blessure de guerre, Robert Cohn, Juif un peu introverti, amoureux éconduit de lady Brett Ashley, femme mariée mais néanmoins mangeuse d’hommes, et Michael, Ecossais dipsomane et bagarreur. Après ces tribulations dans Paris, ils décident de partir assister aux corridas à Pampelune et d’aller taquiner le poisson dans une rivière espagnole.

Pour nous lecteurs du XXI ème siècle, cette passion pour la corrida est assez inexplicable, les chevaux des picadors reçoivent de graves blessures des cornes des taureaux, les banderilles, un père de famille qui meurt piétiné par les toros, la mise à mort et le sang versé, cela nous semble un spectacle barbare et révoltant. Autres temps, autres mœurs, serais-je tenté de dire. Cette période d’après-guerre est un moment de désenchantement pour ces expatriés, ils ont perdu leurs illusions, certains ont vécu les horreurs de la guerre et ce monde leur semble complètement absurde . Il y a comme une fuite en avant , pour essayer , en vain , de donner un sens à leur vie . D’où ces grandes beuveries et ces expéditions nocturnes échevelées .

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman, en réalité, mais le personnage de Jake appartient en partie à l’écrivain (un journaliste qui a combattu sur le front italien et qui a été blessé par un éclat d’obus, c’est lui ), mais aussi à Robert MacAlmon, son premier éditeur, américain lui aussi, un fêtard de premier ordre marié à une poétesse lesbienne et riche. L’un comme l’autre , ils aiment faire la fête. En revanche, on reconnait le caractère antisémite d’Hemingway (il dénigre souvent Robert Cohn), il est l’homme qui se méfie des femmes (bien qu’il ait été marié quatre fois), il est un peu homophobe et passablement alcoolique. C’est Gertrude Stein qui disait d’eux : « vous êtes la génération perdue », et cela transparait pratiquement à chaque page .

A vrai dire, j’aime l’écriture d’Hemingway, mais ce roman ne m’a pas emballé, comme, par exemple, « Pour qui sonne le glas » (qui se passe pendant la guerre civile en Espagne, magnifique roman). Mais il ne faut pas bouder son plaisir, ce n’est pas son meilleur livre, il existe néanmoins d’autres romans de l’auteur que l’on peut lire et relire sans problème. Ainsi que les biographies qui lui sont consacrées, car sa vie a été un véritable roman aussi. Je me rappelle avec précision le livre de Maud Simonnot, une biographie consacrée à Robert MacAlmon, mais où l’on retrouve très souvent Hemingway, je le conseille à tous, il vaut son pesant d’or. – Michel Carlier

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Dans le Paris des années 20, Jake Barnes est journaliste et mène une vie de patachon en compagnie de divers compagnons de beuverie, écrivains en veine ou en panne de succès, et Brett, une jeune femme délurée et séduisante qui collectionne les amants. Toute l’équipe se retrouve au pays basque pour assister à des corridas et à la célèbre fête de Saint Firmin.

Voilà en deux phrases résumée l’intrigue de ce roman, portrait d’une génération perdue qui porte encore les stigmates de la Première Guerre mondiale. On s’alcoolise à outrance, et ça recommence dès le lendemain matin, on prend des taxis pour aller dans des bars où jouent des musiciens noirs, on discute, on s’invective, on applaudit le torero… Le lecteur, lui, se demande comment les personnages parviennent à tenir un tel rythme et attend vainement le drame, le moment où, enfin, l’histoire va basculer. Et rien ne se produit, on continue de boire, d’aimer, de quitter. Ce roman a le mérite de ressusciter le Paris de l’entre-deux guerres et l’Espagne des corridas, donnant l’occasion à Hemingway de laisser parler sa passion pour la tauromachie, mais sa construction très linéaire le rend longuet et peu attirant pour un lecteur contemporain, d’autant plus qu’il est desservi par une traduction vieillotte, notamment dans les dialogues. Relisons plutôt Le vieil homme et la mer ! – Emmanuelle Bastien

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Je me suis réjouie de voir figurer ce livre dans la sélection des 68, car je ne me souvenais pas avoir déjà lu Hemingway.
Mais je ne suis pas sûre qu’aborder son œuvre avec ce roman là soit une bonne idée. Je me suis mortellement ennuyée à cette lecture, je suis allée jusqu’au bout mais que je me suis ennuyée ! Il s’agit de la génération perdue, ainsi nommée par Gertrude Stein: une poignée d’intellectuels américains installés en France entre les deux guerres, qui ne s’en remettra jamais. Les beuveries incessantes, la vacuité des dialogues, l’oisiveté et le nombrilisme des personnages n’auront jamais réussi à me toucher tout au long des 275 pages du roman. Quant au style, je l’ai trouvé plat, répétitif et sans âme. Évidemment la passion d’Hemingway pour la tauromachie éclate dans la partie consacrée aux fêtes de la San Firmin à Pampelune, les pages les plus « animées » mais sans qu’elles m’aient transportée non plus.
Certes c’est un premier roman, je veux bien croire qu’il faille lire entre les lignes et qu’il y ait plus à comprendre dans ce qui n’est pas dit que dans ce qui est dit mais cela ne m’aura pas suffi. La rencontre avec Mr Hemingway ne s’est donc pas faite. Peut-être essaierai-je de lire autre chose, un roman de la maturité, pour ne pas rester sur cette déception. Mais peut-être pas … – Catherine Dufau

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Je fuis les romans d’Ernest Hemingway depuis le collège où l’on nous a fait lire Le vieil homme et la mer. Si pour certains ce roman est une claque, pour moi ce roman fut sans doute un de mes pires souvenirs de lecture. Je me souviens l’avoir lu avec souffrance – la même souffrance que Stendhal me fit ressentir quelques années plus tard avec Le Rouge et le Noir.
Et voilà, Le soleil se lève aussi ne m’aura pas réconforté avec Ernest, auteur d’une époque mais pas de la mienne. L’histoire avait bien commencé : Jake, journaliste timide, américain expatrié en France, sort beaucoup le soir à la rencontre d’autres proches expatriés dont Brett – ou lady Ashley –  son amour déçu. Avec un de ses amis, ils décident de partir en voyage en Espagne où ils vont retrouver certains de leurs amis…
Du début à la fin, on attend que quelque chose se passe mais seule l’ivresse et le vide interviennent dans la vie des protagonistes. Un roman du vide, de l’ennui, de l’opulence toute relative de cette bande d’expatriés. Du coup, j’ai l’impression de passer à côté de ce qu’a voulu décrire et écrire Ernest Hemingway, un auteur américain pourtant incontournable.  – Eglentyne Helbecque
 
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Ce récit, premier roman d’Ernest Hemingway, narre les déambulations très alcoolisées d’un groupe de 5 personnes dans l’Europe de l’entre-deux guerres. Jack Barnes, un double de Hemingway, Bill Gorton, Robert Cohn, Michael Campbell, un Écossais fiancé à Lady Ashley, une Anglaise fantasque qui collectionne les amants. Ils sont tous des vétérans de la guerre de 14, y compris Lady Ashley qui était infirmière.
Cette petite troupe nous entraîne à Paris où, désœuvrée, elle erre de cafés en restaurants, puis en Espagne, à la pêche à la truite et surtout à la féria de Pampelune. On s’ennuie quelque peu derrière ces gens, qui s’ennuient aussi, perdus dans des fêtes et beuveries sans fin, à rechercher l’ivresse salvatrice, comme un remède au mal de vivre d’une génération sacrifiée par la grande guerre.
J’ai découvert ce livre, au lycée…il y a quelques années ! Hormis les pages magnifiques qui décrivent la féria de San Firmin et la passion du héros pour la tauromachie, je n’ai pas retrouvé la magie qui m’avait séduite. L’histoire m’a semblé plate. Le style très journalistique et sans émotion m’a déconcertée. Les longueurs, aussi. Néanmoins, c’est Hemingway. Un texte écrit, il y a près d’un siècle, par un jeune journaliste, romancier encore inconnu. Difficile de faire la fine bouche. – Hélène de Montaigu
 
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Décidément je crains que les grands auteurs classiques de cette sélection ne me réussissent pas cette année et pourtant Hemingway reste pour moi une grosse pointure mais cette fois avec ce titre ce fut bien difficile d’aller au terme de ma lecture.

Il n’est, bien sûr, pas question ici de style toujours de haut niveau mais de la thématique choisie avec cette fourchette d’anti – héros où dérives alcoolisée, un certain antisémitisme, violence, lutte machiste, légéreté et oisiveté sont les uniques moteurs. Bien sûr la patte descriptive et narratrice d’Hemingway sur l’art de toréer, art de vivre parisien, basque, espagnols et paysages est au rendez-vous mais que c’est long.

Les personnages sont peu creusés, peut-être parce que des falots, leur vie n’a aucune saveur, leur personnalité à peine ébauchée et leur vie se résume à des combats de coq pour séduire ou entretenir leur histoire avec Brett Ashley, de l’alcool, du vin et de l’absinthe. C’est ce qui fait la longueur de ce roman qui ne perdrait rien à être considérablement allégé….

Une déception donc et peu de choses à mettre en avant ou retenir, hélas Heureusement, il me reste les autres titres d’Ernest Hemingway bien plus consistant à mon goût « L’Adieu aux Armes », « Pour qui sonne le glas » ou « Paris est une fête ». – Olivier Bihl

L’attrape-coeurs – J.D. Salinger

Le choix de Stéphanie Kalfon auteure sélectionnée deux fois avec Les parapluies d’Erik Satie puis Attendre un fantôme s’est porté sur ce célèbre roman publié en 1951 et vendu à plus de 65 millions d’exemplaires dans le monde. Une sorte de monstre sacré (aussi bien le roman que l’auteur) qu’il n’est pas toujours facile d’aborder ou de retrouver pour ceux qui l’ont lu dans leur jeunesse. Stéphanie nous en dit quelques mots avant ceux des lecteurs :

L Attrappe coeur

« Un roman des profondeurs, qui n’est pas simplement une invitation à l’aventure, aux mille vies que la vie offre en promesse à l’enfance, qui n’est pas qu’un mouvement continu dans le rythme kaléidoscopique du vivant, dans la cadence poétique et vulgaire – héroïque, fantasmée, humoristique, tendre – d’un enfant qui s’éloigne fugue rap conspire crache admire questionne mord s’égare… mais qui emporte avec lui tous les quatre cent coups par où le langage, quand il frissonne exact, devient une palpitation, une voix qui ne nous quitte plus. C’est un roman que je ne peux plus relire tellement j’y suis attachée, au sens où chaque phrase qui s’y trouve s’attache à moi et m’empêche de parler. Il me happe dans sa mélodie, et coupe toutes mes musiques. Pour me laisser dans l’émotion pure, celle d’avoir un peu moins de solitude autour de soi, et l’horizon d’un vagabondage à partager en guise d’existence, qui serait une fête où on ne se sent pas à l’étroit ». – Stéphanie Kalfon

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Les avis des lecteurs :

1951 : Jérôme David Salinger nous offre un roman certainement original pour l’époque, qui a dû contrarier une bonne partie de la société américaine, et qui aurait déjà pu s’intituler la cause des adolescents. Il faudra attendre quelques années pour que l’on écrive sur une période aussi difficile de la vie d’un être humain.
J.D. Salinger, par ce récit, nous livre un véritable plaidoyer en faveur des adolescents. Il confie la parole à l’un d’eux : Holden, avec sa façon de s’exprimer des ados de l’époque, qui peut faire sourire aujourd’hui, si on la compare avec le jargon de nos jeunes, car à l’époque, pas de verlan, de l’argot déjà, pas mal de qualificatifs empruntés au registre familier voire injurieux, des phrases qui terminent par « et tout », un langage qui reste compréhensible et ne justifie aucun glossaire contrairement à des romans comme « Fief  » de de David Lopez ou « Grand frère » de Mahir Guven. Je salue au passage le travail du traducteur qui a dû bien s’amuser !
Notre ado, donc, Holden Caulfield, nous raconte son aventure. Il se présente, noyant cette présentation dans une abondance de détails, relatant des événements qui n’ont pas forcément de liens, il expose ses trois jours de fugue, met sur le même plan, sa fugue, le problème des canards de Central Parc l’hiver, les désagréments causés par son voisin de chambre qui s’assoit toujours sur le bras du fauteuil, la mort de son frère… Il raconte de façon extrêmement confuse, ce qui témoigne de son désordre intérieur, il se cherche, se détruit pour espérer se reconstruire, c’est du moins le projet qu’il laisse entendre : devenir un adulte, se marier et assurer le bien-être de sa famille. Son projet, il le présente durant ses déambulations dans la ville de New-York, errance à la fois effective et symbolique.
Ce qui est formidable dans son exposé de sa vie, de ses soucis, de ses amours, c’est la façon dont il communique : ses idées inconscientes s’échappent pour aller droit se loger dans la tête du lecteur sans que celui-ci ait beaucoup d’effort à fournir, ainsi donc l’auteur est parvenu à ses fins : faire comprendre le mal être d’un jeune, et faire reconnaître que l’on ne passe pas de l’état d’enfant à l’état d’adulte sans une transition souvent douloureuse.
On comprendra rapidement le personnage :
Holden transgresse, c’est que tout ado qui se respecte sait le mieux faire : il cherche à braver les interdits en buvant de l’alcool, en côtoyant une prostituée, en quittant son établissement, en n’écoutant pas les conseils de ses interlocuteurs,
Holden déteste ou plutôt, il rejette : le cinéma qui lui a pris son frère aîné parti à Hollywood, il déteste les profs, il déteste d’une façon générale, les adultes, il déteste ses pairs par peur, il déteste à outrance… Mais une chose est certaine, à travers son intarissable bavardage, on ressent un amour profond à l’égard de sa famille.
Après une courte adaptation à ce parler d’adolescent confus et bagarreur qui polémique volontiers, on sourira en lisant certaines de ses affirmations, de ses évaluations abusives (« Je devais bien avoir fumé ce jour-là trois cartouches de dix paquets… Sous le manuel, il y avait un tas de carnets, des carnets elle en a dans les cinq-mille… »), on s’attache, on se demande ce qu’il va devenir, comment va se terminer cette histoire. On interprète ses paroles, on se demande s’il finira par sortir de sa chrysalide, et puis on se dit que oui, certainement, et on comprend alors combien le passage à l’état adulte est laborieux. On comprendra également que cette période est celle de toutes les déviances et de tous les dangers qui menacent les futurs adultes.
Un classique à ne pas manquer. – Roselyne Soufflet

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Dans les années 1950, Holden Caulfield, adolescent new-yorkais, est viré de son lycée privé. Peu envieux de retourner dans sa famille après cet échec cuisant, il quitte en pleine nuit l’internat et rejoint New York, la ville qui ne dort jamais. En rupture avec son univers, il se retrouve à errer dans les rues, fréquentant les bars, parcs et retournant même chez un de ses anciens professeurs. Attaché à sa sœur Phoebe, il reviendra vers elle en cachette un soir où toute sa vision du monde et sa prise de conscience du temps qui passe vont le bouleverser à jamais …
Roman d’une adolescence chaotique, JD Salinger décrit la jeunesse insouciante d’un adolescent qui oscille entre confiance en lui et doute. La vie va le frapper comme il ne l’aurait jamais imaginé et très vite, il se rend compte que sa confiance en lui n’est que de l’insouciance quant à la vie somme toute assez protégée qu’il a la chance de vivre auprès de parents appartenant à un milieu favorisé, de parents qui s’inquiètent pour lui, pour son éducation comme de son instruction…
Avant de lire ce roman, j’avais beaucoup entendu parler de ce roman qui est souvent décrit comme un roman sulfureux. Il a été interdit à sa parution, accusé de pousser les jeunes au suicide :O Du coup, c’est vrai que je m’attendais à un roman beaucoup plus trash. Or ce roman ne l’est pas du tout. Loin d’être pour autant consensuel, je trouve ce roman … universel dans sa façon de parler de l’adolescence et des révoltes qui naissent à cet âge de la vie où l’enfance s’éloigne et brise au passage des idées que l’on s’était faites du monde qui nous entoure. JD Salinger parle sans tabou – de toute façon il n’y a pas à en avoir – de l’adolescence mais également de thèmes plus difficiles auxquels sont confrontés notre anti-héros, Holden Caulfield : alcool, tabac, prostitution, sexualité.
Toutefois, même si ce roman a ses côtés noirs, je retiens surtout l’attachement de Holden pour sa petite sœur Phoebe, qui semble d’ailleurs être la seule lumière dans sa vie (ou l’idée qu’il se fait de sa vie). Les moments qu’il passe avec elle sont d’une tendresse qui rappelle au personnage que si le malheur, les idées sombres existent, il y a également l’amour qui illumine le reste…. Voilà pour le fond, passons à la forme.
JD Salinger choisit de faire parler Holden avec toutes ses tournures de phrases bancales, ses réflexions oralisées qui parfois sont proches d’un parler argotique. Holden fanfaronne, pense à haute voix et quelquefois interpelle d’autres personnages. On ne peut que se mettre dans la tête de Holden pour voir sa vision du monde comme on ne peut que ressentir l’agacement des autres personnages avec lesquels ils discutent. Holden est un solitaire sociable – il est maladroit dans sa façon de s’adresser aux autres et quand il les questionne, il le fait avec tellement de maladresse que ses interlocuteurs prennent mal ses questions et finissent par s’énerver… Même si Holden ne le voit pas, en tant que lecteur, on ressent une certaine empathie pour lui tant il en devient pathétique …
Comme il s’agit d’une traduction en français, je suis curieuse d’entendre Holden discuter par la « vraie » voix de Salinger, c’est-à-dire lire le roman dans sa version originale. Allez, ce sera mon petit défi à faire avant de mourir 😉
En bref, je trouve que ce roman est intemporel dans sa manière de décrire l’adolescence, cet âge trouble où la puberté ne fait pas qu’agiter les hormones. JD Salinger est une voix libre qui n’hésite pas à parler des noirceurs de la vie pour un adolescent en rupture qui voudrait être confronté à la vraie vie, celle des adultes, celle faite de sexe, argent et liberté. Pas un coup de cœur, mais un roman que je n’oublierai pas de sitôt tant par ses thèmes, son écriture que par son personnage principal, qui je pense, a parlé, parle et parlera à tous ses lecteurs…  – Eglentyne Helbecque
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Holden Caufield est exclu de son collège. A quelques jours avant les vacances de Noël, il décide de s’enfuir et de rentrer à New-York. Il va alors traîner, écumer les bars, tâcher de retrouver d’anciennes petites amies sans parvenir à trouver les réponses aux questions qui le taraudent. A mi-chemin entre l’enfance qu’il encense, par le truchement de sa petite sœur Phoebe, et l’âge adulte qu’il critique fortement, il peine à trouver sa place.

Certes, le roman a pris quelques rides, et le lecteur d’aujourd’hui peut sourire, à suivre Holden dans son vagabondage urbain et psychologique, et dans sa révolte adolescente. Pourtant, ses réflexions sont d’une justesse qui fait fi des époques : « On ne sait jamais si les filles elles veulent vraiment qu’on arrête ou si elles ont juste une frousse terrible » (p.115), comme une prémonition du discours actuel sur la « zone grise » et la notion de consentement ; au musée, il y a ces mots d ‘une lucidité extrême sur l’esquimau qui pêchera à jamais son poisson dans le lac gelé ou les cerfs qui n’en finiront pas de boire dans la mare (p.148) alors que le visiteur, lui, changera à chaque visite. Il y a en Holden un mélange d’égocentrisme enfantin et de maturité qui finit par rendre le personnage touchant, quand il regarde les jambes des filles et se demande quel sera leur avenir, imaginant qu’elles vont épouser pour la plupart des « mecs complètement abrutis ». Et je ne résiste pas à trouver génial son discours lorsqu’il débarque complètement ivre chez sa petite amie, d’un réalisme incroyable. Voilà peut-être pourquoi il faut lire L’attrape-cœur. – Emmanuelle Bastien

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Ce livre est un monument de la littérature américaine et nous ramène soixante-dix ans en arrière.
Je l’ai apprécié en le lisant tout en écoutant un album de MoriartyWhen I ride ou Jimmy dont les paroles l’accompagnent à la perfection.

Holden Caulfield vient d’être renvoyé de son école et se trouve ainsi libre de revenir à NewYork quelques jours avant les fêtes de Noël. Sonner chez ses parents équivaudrait à se dénoncer. Alors il déambule en attendant que les jours se passent. Et nous raconte le moindre de ses faits et gestes avec un ultra romantisme.

Auparavant il nous fera partager l’essentiel des rituels d’une université américaine, la vie en chambrée, la difficulté à supporter les camarades. Ses lectures aussi et je me suis étonnée de le savoir relire La ferme africaine (p.30).

Le jeune homme est constamment en action et pourtant on ne peut pas dire qu’il se passe grand chose.  On le suit dans ses pérégrinations souvent cocasses et ses obsessions, par exemple celle de savoir ce que deviennent les canards de Central Park lorsque le lac est pris par le gel. Une interrogation qui ne lâche pas Cali qui la reprend dans la chanson de l’album L’Amour parfait, Il y a une question.

Beaucoup de ses pensées tournent en boucle dans son cerveau tandis qu’il fume et s’alcoolise. Sa manière de partager ses réflexions est touchante parce que la sincérité du personnage est indubitable et saisit le lecteur auquel le narrateur s’adresse dans un vouvoiement respectueux qui contraste avec des formules comme ça m’a tué, qu’il répète à tout bout de champ.

On est en empathie totale avec lui lorsqu’il revient sur la leucémie de son frère et sur la douleur de la perte (p.51).

On a envie qu’il fasse la bonne rencontre qui le sortira de l’adolescence mais il erre, un peu comme la balle perdue d’un flipper, d’un ancien professeur à un autre, qui chacun à leur manière l’imagine courir vers un échec effroyable, et se heurte aussi à des personnes qui profitent de sa naïveté. Autour de lui, le monde n’est qu’hostilité et corruption à l’exception de sa petite soeur, la môme Phoebé. Suffira-t-elle pour le ramener à la lumière et le sortir de son désenchantement ? – Marie-Claire Poirier

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« On s’étourdissait de mots anodins pour contenir le surgissement de l’intime. Pour écraser les fleurs noires des mauvaises pensées. Certains trouvaient refuge dans le superficiel, dans la débauche, dans l’alcool, l’errance ou dans la berceuse des mots. » Agnès Schnell, L’Enfance aux brumes.

« — Bon Dieu, a dit le gars Luce, ça va donc être une conversation typiquement à la Caulfield ? J’aimerais bien le savoir dès maintenant. »

Il y a 10 ans, J. D. Salinger s’éteignait à Cornish, New Hampshire, où il s’était retiré dès 1953, à 34 ans à peine. Tout en continuant à écrire, il n’avait plus publié depuis 45 ans ; sa dernière nouvelle, Hapworth 16, 1924, ayant paru en 1965 dans le New Yorker.

Association de deux nouvelles retravaillées pour l’occasion, (I’m Crazy et Slight Rebellion off Madison, parues respectivement en 1945 et 1946), L’Attrape-cœurs n’est donc pas un premier roman tel qu’on l’entend. En effet, ces nouvelles mettaient déjà en scène Holden Caulfield et allaient donner la trame de l’histoire à venir, à savoir le renvoi de Pencey Prep, sa décision impromptue d’errer trois jours dans un New York neigeux et glacial pour éviter de rentrer affronter ses parents avant le début des vacances de Noël.

Beaucoup de choses ont été écrites sur ce roman, véritable phénomène littéraire au moment de sa parution à la mi-juillet 1951 aux États-Unis, et je ne vois pas quelle autre pierre je pourrais légitimement ajouter à un édifice critique pléthorique.

Deux trois questions me lancinent tout de même.

  • Comment un tel succès outre-Atlantique a-t-il pu être publié 2 ans plus tard dans l’indifférence du public français ? 

Doux euphémisme de dire que l’intrigue de L’Attrape-cœurs est mince quand deux lignes suffisent à la résumer. Ce n’est pas elle qui porte ce roman, mais son personnage, ce garçon de la marge dans la plus pure tradition de ces récits d’anti-héros que sont les romans picaresques. Donner la parole (et quelle parole !), depuis l’asile où ses parents l’ont fait interner après son errance new yorkaise, à ce marginal renvoyé 4 fois d’un établissement scolaire, est à l’aube des années 50 une stratégie d’écriture subversive qui explique, en partie, les nombreuses attaques et censures dont ce roman polémique a été l’objet, mais aussi l’engouement qu’il a suscité.

Quand Holden Caulfield prend la parole à la 1re personne, il devient la figure centrale d’une œuvre dont il habite chaque page à défaut de trouver où s’abriter dans cette ville qu’il connaît pourtant par cœur. Et comme nul autre que lui-même ne peut assumer son discours, L’Attrape-cœurs est avant tout l’aventure d’une voix. La littérature américaine a été et est encore par bien des aspects une littérature de la voix. Les auteurs américains perpétuent la tradition du tall talk et des tall tales, ils sont fascinés par le flot de cette voix qui ruisselle, par cette volonté farouche de mettre des mots sur une réalité changeante.

Quand j’ai lu The Catcher in the Rye pour la toute première fois, c’était au milieu des années 80, le roman avait 30 ans, moi, 20. J’étais inscrite en fac de Lettres à étudier la traduction ainsi que les littératures et civilisations anglo-saxonnes, et j’ai été percutée par le triomphe de l’oralité, le flux inendiguable de ces dialogues et digressions qui venaient puiser leur authenticité dans l’écoute attentive de la langue de tous les jours. À l’été 1951, Salinger en libérant la parole envoyait dans les cordes le discours romanesque traditionnel. Car, le véritable héros du roman n’est pas Holden Caulfield ni même New York, mais bien le langage et son incapacité à dire ce qui nous entoure et à communiquer avec les autres.

Dès le chapitre 3, nous sommes prévenus :

« Je suis le plus fieffé menteur que vous ayez jamais rencontré. C’est affreux. »

Le revoilà, ce « vous » récurrent, présent dès la 1re ligne du roman et qui percute oui, qui tient le lecteur captif des rets du discours. Au dédale new yorkais que Holden arpente trois jours durant répond le dédale du langage.

« Je ne suis pas très sûr que Phoebé comprenait de quoi je parlais, après tout ce n’est qu’une petite fille. Mais au moins, elle écoutait. Si au moins quelqu’un vous écoute c’est déjà pas mal. »

Suis-je plus avancée que Phoebé ? Est-ce que j’écoute Holden ?

Dans les soliloques interminables – et, certains diront, passablement rasoirs ! – de Holden Caulfield, Salinger reprend ce que Mark Twain avait inventé au siècle précédent (The Adventures of Huckleberry Finn), à savoir la langue de l’adolescence, émaillée d’expressions boiteuses, l’artificialité en moins… du moins pour un temps. J’y reviendrai.

L’Attrape-cœurs reste l’histoire d’une fuite éperdue dans le langage, À force de divaguer, Holden paraît presque perdre le contrôle de son récit.

« Je sais pas trop ce que je veux dire par là mais c’est pourtant bien ce que je veux dire. »

C’est une échappée dans un labyrinthe de digressions qui, par définition, récusent la fixité, ignorent le chemin tracé.

« Moi j’aime bien quand on s’écarte du sujet. C’est plus intéressant. »

Avec Holden Caulfield, la parole est, à son image, dense, confuse, intranquille.

« C’était un cours où chaque élève doit se lever en pleine classe et faire un laïus. Et si le gars s’écarte du sujet on est censé gueuler immédiatement « Digression ! » Ça me rendait dingue. J’ai eu un F. »

Parler beaucoup pour taire l’essentiel de cette vie qui « est un jeu, mon garçon. La vie est un jeu, mais on doit le jouer selon les règles. »

Holden Caulfield conserve tout au long de son récit ce ton mi-blasé, mi-cynique, qui donne à entendre le désœuvrement de la vie quotidienne dans l’Amérique urbaine de l’après-guerre. Avec lui, Salinger, à son insu, annonce les personnages vaguement perdus et inquiets, en marge, ces rêveurs à la recherche d’eux-mêmes dans un monde qui n’est plus le leur, dont s’empareront John Hawkes ou encore William Gaddis une décennie plus tard.

Encore aujourd’hui, 70 ans après sa publication, L’Attrape-cœurs aborde des thèmes qui sont toujours d’actualité – ces questions existentielles qui se posent à un adolescent en souffrance alors qu’il s’apprête à faire le grand saut dans l’âge adulte.

« Des milliers de petits mômes et personne avec eux – je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. »

Mais Holden Caulfield, coincé dans les années 50, n’est plus du tout représentatif de l’adolescent américain et sa voix attiédie n’est plus actuelle. Qu’ils sonnent faux à mes oreilles françaises ces calques « et tout »« ou quoi »« ni rien », ces « ouah » stéréotypés, poisseux, et tellement éloignés du « boy » anglais ! Une traduction doit se travailler à l’oreille pour donner l’impression que le texte a été écrit directement dans la langue cible. Elle ne doit pas être un obstacle à la lecture.

Cela m’amène à la 2nde question.

  • Y a-t-il une date de péremption pour un roman ? Quand ? comment ? pourquoi ? Et sa traduction ?

Les héros de la Beat Generation, ceux de Jack Kerouac bien sûr, mais aussi de William Burroughs ou mieux encore ceux de Thomas Pynchon, qui sillonnent le pays, changent de petite amie comme ils devraient changer de chemise, ont eu tôt fait de figer Holden Caulfield, ses valeurs vieillottes et sa slight rebellion dans une époque dépassée par la contre-culture.

Une question ne m’a pas quittée tout au long de cette lecture :

« Hey, dites donc, vous avez vu les canards près de Central Park South ? Le petit lac ? Vous savez pas par hasard où vont ces canards, quand le lac est complètement gelé ? Vous savez pas ? »

Je plaisante, celle-ci est l’une des idées fixes de Holden et elle est moins anodine qu’il n’y paraît. Les canards sont-ils mieux lotis que lui ? Ont-ils, eux, un endroit où se réfugier quand l’hiver étreint New York ?

Non, la question qui est restée là à occuper mon esprit est la suivante : n’est-il pas temps de retraduire L’Attrape-cœurs ? Peut-on encore aller à l’économie et se contenter de dépoussiérer la traduction proposée en 1986, il y a 34 ans tout de même, par Annie Saumont (1927-2017) qui, elle-même, bien timidement, avait tenté de donner un second souffle à la 1re traduction française (1953) que l’on devait au tout jeune Sébastien Japrisot ?

Une langue bouge sans cesse, on ne parle pas aujourd’hui comme il y a 70 ou même 34 ans.  Tout en posant la délicate question de la modernisation d’un roman culte – qui en France fit un flop -, la mise en chantier d’une nouvelle traduction pourrait lui gagner des lecteurs qui, étrangers à la langue qu’ils entendent, préfèrent passer leur chemin. Pour restituer la modernité de la langue, il faudrait en supprimer l’argot périmé, trouver le juste équilibre entre traduction littérale et expression idéale afin que le lecteur plongé dans le livre ne réfléchisse pas toujours à la langue dans laquelle il a été écrit. Toute traduction étant un instantané de la langue à une époque donnée, elle se devrait donc d’être remise sur le métier régulièrement. Ces dernières années, de telles entreprises ont été menées avec succès pour les œuvres de Raymond Chandler par exemple. Josée Kamoun a revisité le 1984 d’Orwell récemment… mais là, c’est une autre histoire.

« J’ai l’impression que tu cours à un échec effroyable. Mais quel genre d’échec, je ne le sais pas encore. Honnêtement. »

Sinon un échec, du moins une déception, voilà ce qu’est cette lecture en français, à 30 ans de distance, et je ne saurais dire combien je suis chagrinée qu’elle vienne ternir un souvenir de jeunesse, car je ne fais pas exception, je suis comme beaucoup de lecteurs :

« Mon rêve, c’est un livre qu’on arrive pas à lâcher et quand on l’a fini on voudrait que l’auteur soit un copain, un super-copain et on lui téléphonerait chaque fois qu’on en aurait envie. Mais ça n’arrive pas souvent. »

Ce n’est pas arrivé cette fois-ci, en tout cas. – Christine Casempoure.

Sur la route – Jack Kerouac

Sur la route, plus qu’un classique, un roman mythique écrit en trois semaines par Kerouac en 1951 d’après sa propre expérience ; six années s’écouleront avant qu’un éditeur ne le publie en 1957 et que débute le mythe qui inspirera de nombreux adolescents dans le monde. C’est Pascal Manoukian, pour qui « la route » et l’aventure n’ont rien d’abstrait, notre parrain de cœur depuis la découverte de son premier roman Les Echoués en 2015, qui a choisi de la proposer aux lecteurs de cette sélection anniversaire. Ils nous en dit quelques mots avant de prendre connaissance des retours de lecture…

Sur la route

« J’ai lu « Sur la route » à 16 ans, comme Kerouac l’a écrit, sur la route, le pouce levé entre Minneapolis et San Francisco, de maisons bleues en maisons bleues. C’était l’année 1971. Le monde était encore délicieusement déconnecté et nous rêvions pour lui du meilleur. Je suis tombé à l’intérieur des pages, confondant ma vie avec la sienne. Jamais depuis je n’ai retrouvé un tel sentiment de liberté. Rarement, mais parfois, en traversant un paysage ou en rentrant chez-moi, il m’arrive une fraction de seconde, comme un ancien fumeur, croisant un invétéré tirer sur une taffe, de vouloir recommencer. Kerouac, ce sont toutes nos contradictions mises en pages ou plutôt en rouleau. »Pascal Manoukian

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Les avis des lecteurs :

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de voir le film Sur la route, tiré du roman de Jack Kerouac et je ne l’avais pas trop apprécié. Là ce livre est arrivé au bon moment, j’ai pu prendre mon temps pour le lire et il m’a permis de m’évader sur les routes des États-Unis. Cette histoire et ces grands espaces m’ont rappelé des vacances passées dans l’ouest américain.
Ce récit nous relate les voyages qu’ont pu effectué Sal Paradise donc Jack Kerouac et Dean Moriarty, tous les deux rêvant de liberté. Ils partent de New-York à Denver, puis San Francisco, Los Angeles et le retour par la fameuse route 66 en passant par le Texas, un périple d’est en ouest. Il suivra également un voyage du Nord au Sud des États-Unis, de New-York à La Nouvelle-Orléans. Dans le sud américain , ils retrouveront des amis musiciens et écouteront du jazz toute la nuit en compagnie de filles, d’alcool et de drogues.
On suit leurs pérégrinations faites de petits boulots et de Stop pour se déplacer.
Leur dernier voyage les conduira jusqu’au Mexique et après chacun reprendra un chemin différent.
J’ai aimé ce livre avec ces deux énergumènes déjantés. Surtout la folie de Dean Moriarty qui est présente tout au long de ce récit et qui au fur et à mesure prend de plus en plus d’importance. Deux êtres épris de liberté, de filles, de soirées et d’alcool …
Liberté d’esprit afin de profiter de l’instant présent, de ne pas se poser trop de questions sur leur avenir.
Un récit écrit en trois semaines.  – Hélène Grenier

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Ce roman peut-il être comparé à une œuvre d’art sous la forme d’un premier jet griffonné en quelques semaines qui deviendra page après page, un rouleau de papier, le fameux « original scroll », qui ne se contente pas de décrire une route, mais qui cherche à la représenter ?

En ce cas comme toute œuvre d’art qui se respecte elle sera saluée et admirée, par le lecteur… Ou contestée, et de toute façon, fera couler de l’encre.

Pour ma part, je suis parvenue au bout de ce roman autobiographique et je m’en félicite parce que ce n’est pas du tout mon style de lecture, j’ai besoin dans le récit, d’un problème, et de sa résolution pour arriver à une situation finale, d’ailleurs, doit-on qualifier cet écrit de récit ? Je  n’en suis pas certaine : si je résume ce qui me reste de cette lecture, et je pense tenir quelques lignes, j’écrirais que nous sommes face à une bande dont les têtes pensantes vivent au jour le jour, choisissent des itinéraires, se déplacent comme ils le peuvent (voitures volées, petits boulots, transports en tous genres avec qui veut bien les  faire avancer sur leur chemin), boivent, s’envoient en l’air, se droguent, se marient parfois, se séparent, se raccommodent. Et ces situations se succèdent, En sautant quelques pages, on retrouve toujours des scènes du même type.

Chemin oui ! … Cheminement ? Pas perceptible en tout cas. Donc, début, milieu fin ? Pas vraiment. Évolution des personnages alors ? Je ne l’ai pas ressenti.

Cette lecture fut laborieuse et l’abondance de détails et de personnages ont provoqué un certain ennui chez moi. Ce livre ne répond donc pas à mes besoins de lecteur, certains passages m’ont d’ailleurs franchement agacée. Le seul point qui m’a intéressée, c’est que je me suis munie d’une carte des Etats-Unis pour suivre leur pérégrination, c’est toujours cela ! Certains épisodes m’ont franchement agacée, probablement parce qu’ils ne correspondent pas exactement à ma propre vision de la vie. La Beat Generation, ce n’est pas pour moi.

Comme ont pu le dire certains chroniqueurs, ce livre passe ou casse, eh bien pour moi, ça casse. Il s’agit là d’un avis personnel, et les critiques positives de ce livre, je les juge tout à fait recevables et je les admire, moi qui aurais été incapable de les écrire. – Roselyne Soufflet

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Il y a ces romans classiques qui font peur, peur de passer à côté peur de ne pas apprécier car trop connus, trop appréciés et du coup, on en repousse la lecture jusqu’à ce qu’ils nous tombent entre les mains, coup du destin. Avec Sur la route, chef de file d’un mouvement et reflet d’une génération, le pari était gros ; ça passe ou ça casse.
Et puis, motivée par les 68 premières fois, j’en ai commencé la lecture. Dès le début, j’ai aimé la plume de Jack Kerouac. On est pris dans une sorte d’urgence, urgence de vivre, de voyager et surtout urgence d’être libre. Il utilise le temps du passé et pourtant ce qu’il raconte, ses rencontres et ses voyages résonnent encore très modernes. Sal et ses potes, les long termes comme ceux de passage, vivent avant tout dans l’instant présent. Ils sont libres, vivent au jour le jour, voyagent et ne sont pas préoccupés par l’argent : seul compte le voyage.
Récit autobiographique de Jack Kerouac, il raconte spontanément sa période sur les routes des Etats-Unis de l’après-guerre. Si je ne nie pas – et au contraire je le re-dis – que le style d’écriture de l’auteur est beau, je regrette tout de même certaines longueurs dans le récit et la quantité de personnages secondaires n’y est pas pour rien. Je me perdais quelques fois dans les noms des personnages, les confondant. J’ai failli reposer le roman plusieurs fois avant de me laisser embarquer à nouveau dans les rencontres – alcoolisées pour beaucoup – et le voyage grâce aux réflexions de Sal, avatar littéraire de Jack Kerouac.
Sur la route a effectivement tout d’un classique, ce genre de livres qui passe les générations sans une ride ; ce type de roman marque par ses valeurs intemporelles qui continuent à parler aux lecteurs : vivre, voyager, rencontrer et aimer. – Eglentyne Helbecque
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Rarement un roman aura eu autant d’influence sur ma façon de penser le monde. Il n’a pas changé ma vie, loin de là, mais il m’a incité à rejeter les valeurs traditionnelles et un mode de vie « middle of the road ». Ce n’est pas tellement le voyage qui importe, cette façon de traverser les Etats d’Amérique en long et en large, c’est l’état d’esprit, une autre façon de voir la vie. Bien sûr, c’est aussi une manière de célébrer les grands espaces, expérimenter l’ivresse provoquée par la vitesse, mais surtout d’expérimenter de nouvelles drogues, une sexualité complètement débridée, explorer des terrains vierges, des amitiés fortes et d’autres sans lendemain, investir de nouvelles façons de concevoir la société, le monde, la morale. Et peut-être aller à la recherche de sa propre identité. Il y a également une bande-son en filigrane dans ce roman, c’est le « beat » du jazz, le razzmatazz de la batterie (le son de la machine à écrire y fait penser aussi) derrière Count Basie, le bebop de Charlie Parker ou de Miles Davis. La seule différence, c’est qu’au lieu d’entendre le bebop sur la route (je l’ai prise également, cette route, avec en tête des pages du roman), j’entendais plutôt Bob Dylan et « stuck Inside of Mobile with this Memphis blues again ), ou bien « Born to be wild » de Steppenwolf (référence à H. HEINE ). Autres temps, autres vibrations. Il est intéressant de savoir que Jack Kerouac, enfant de parents québécois, a d’abord écrit une première mouture de « On the road » en français phonétique. En plein maccarthysme, le roman, écrit en 1951, a été refusé par toutes les maisons d’édition, trop de drogues, trop de sexe, trop d’alcool dans un monde très puritain. L’auteur a donc remanié son texte à plusieurs reprises, la censure de la maison d’édition a fait le reste, c’est donc un texte assez édulcoré que nous avons hérité . Dommage ! J’ajouterais enfin que, à l’instar  de Dean Moriarty, il m’est arrivé de rouler comme Jack Kerouac avec des voitures « empruntées » avec un sentiment euphorique d’impunité. Mais j’étais jeune , et ceci est une autre histoire. – Michel Carlier

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Bien sûr, j’ai dû lire ce livre mythique, mais il y a si longtemps que j’en avais oublié l’ambiance et la langue. Avant la mode des road movies, sur fond de jazz et de Be Bop, Jack Kerouak nous invite à la suivre dans sa traversée d’Est en Ouest des Etats Unis. Nous sommes dans les années 50/60, les années bohème de l’aventure, des amitiés improbables, du sexe libre, des délires fous…
On se lie d’amitié avec les inconnus rencontrés, on se laisse conduire dans le vent, faire de l’auto-stop est un art de la découverte et du partage.
J’ai beaucoup aimé retrouver cette ambiance, cette liberté d’être, ces amitiés éphémères. Mais le mythe est un peu usé, délavé… Nous vivons sous le poids de tant de contraintes que cet état d’esprit libre ne ressemble plus qu’à un vieux souvenir de jeunesse. Les crises financières sont passées par là, les problèmes sanitaires, le Sida, la pression de la société de consommation, de l’administration, nous ont rendus moins légers, moins libres.
Sur la route de Jack Kerouak, c’est comme un rêve de paradis perdu.- Martine Magnin

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Ce livre est le carnet de bord d’une Amérique d’après-guerre, Jack Kerouac raconte « into the mood » la vie qu’il a vécue avec un compagnon d’infortune.

Un classique pour avoir une vision de ce qu’à pu être la vie Américaine d’hommes qui ont refusé de s’installer ici ou là pour des boulots précaires, durs. Sal et Dean ont préféré la route, la vie au gré des rencontres et des lieux choisis. Deux amitiés, deux destinées, une seule misère.

Je suis allée au bout de cette lecture pour savoir ce qu’il adviendrait de cette amitié particulière. Finalement, ce qu’il m’en reste, c’est un goût d’inachevé, j’aurais aimé que ces deux-là se choisissent une fin plus heureuse. – Laurence Lamy

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Soixante ans après sa première publication, que reste-t-il de Sur la route, souvent qualifié de roman mythique, de révolution littéraire, et nimbé d’une aura sulfureuse ?

On connaît l’histoire éditoriale du roman largement autobiographique, écrit initialement sur un rouleau de 36 mètres de long, et refusé sous sa forme originale car potentiellement inacceptable par l’Amérique puritaine des années 60. Ce qui en subsiste après correction, sur le fond et sur la forme est bien pâle, et depuis, les auteurs ont pu faire fi de tous ces préjugés moralistes, y compris aux États-Unis. Si ce road-trip n’est pas une promenade de santé, il reste très conventionnel. Beaucoup d’alcool (mais des ivresses plus festives que celles d’Hemingway dans Le Soleil se lève aussi), un peu de drogue, un peu de sexe, beaucoup de folie (celle de Dean, démon tentateur, qui entraîne dans ses délires femmes et potes), tout cela est loin de l’image véhiculée par les rumeurs.

Difficile de parler de l’écriture, tant l’écran de la traduction fausse l’appréciation. J ’ai été gênée par l’utilisation du mot fille pour désigner les petites amies. On se doute qu’il s’agit de girl en anglais, mais cela n’a pas le même sens, « It’s my girl », , ce n’est pas « c’est ma fille » C’est certainement  un roman à lire en VO. De même l’utilisation du neutre « on revint auprès de Frankie, », « on décida d’abord de se laver à la station-service », un peu redondante.

Reste de sublimes pages sur le jazz, en particulier ce passage sur le « it », qui révèle une passion viscérale pour cette musique. Donc pour le sulfureux, il faut sans doute se reporter au rouleau original, publié depuis et traduit.

C’est pour moi un mythe démystifié, et une lecture très mitigée, un peu longue et répétitive, et qui a (mal) vieilli. – Chantal Yvenou

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« Tout est devant nous. Le chemin ne finit pas ; plus on avance, plus la route s’ouvre à nos yeux. » Henry Miller

 « Neal est monté dans un car marqué « Chicago » et il s’est arraché dans la nuit. Je me suis promis de prendre la même direction quand le printemps fleurirait pour de bon et m’ouvrirait le continent. C’est ainsi que notre cow-boy est parti. Et c’est vraiment comme ça que toute mon expérience de la route a commencé, et la suite est bien trop fantastique pour ne pas la raconter. »

Jack Kerouac a tapé Sur la route au kilomètre, en trois semaines d’avril 1951, carburant au café pour tenir la distance – la soupe de pois et la benzédrine n’étant là que pour nourrir la légende. Il a tapé le texte d’un seul jet, sur un rouleau (the scroll) fait de 370 feuilles de papier à dessin qu’il colla bout à bout. Et Truman Capote de persifler :

« That’s not writing, that’s typing. »

Quand on voit cette version sans paragraphe, mais avec ponctuation (tordons encore une fois le cou à la légende !) on découvre le fameux flux d’écriture de Kerouac ; quand on s’immerge dans le texte, on entend sourdre l’improvisation jazz, la pulsation beat que l’auteur a voulu restituer.

Auteur beat par excellence, Kerouac écornait volontiers sa propre légende (encore !) :

« Je ne suis pas un « beat » mais un mystique catholique étrange, solitaire et fou. »

Et comme chacun sait

« L’important dans toute légende, ce n’est pas qu’elle soit vraie ou fausse, que les faits rapportés soient exacts, c’est que l’histoire ait pu basculer à un moment pour devenir plus vraie que la vérité elle-même. » Thomas Keneally

La genèse du livre est quand même plus travaillée. Le rouleau, route de papier de 36,50 mètres de long noircie d’un unique paragraphe de 125 000 mots, déroutant dans sa forme évidemment, mais aussi par la liberté de son langage et ses scènes crues, est – ce que l’on sait moins – le jet final de six versions antérieures que Kerouac commença à écrire en français, sa langue maternelle.

« […] le livre est génial mais fou, pas au bon sens du terme et […] il doit être, sur le plan esthétique et dans l’idée de le faire publier, repris et reconstruit », écrira Allen Ginsberg à Kerouac qui prendra salement la mouche.

Le fait est que les éditeurs demanderont à Jack Kerouac de changer les noms, d’organiser le récit en chapitres et paragraphes. Ils iront même jusqu’à faire certaines corrections que l’auteur ne découvrira qu’une fois le livre publié. Bref, révisions et versions nombreuses, modifications structurelles, reprises, Sur la route, dans sa 1re version publiée, est donc moins né que devenu.

« Le roman publié n’a rien à voir avec le livre échevelé que Kerouac a tapé en 1951. Un jour, quand tout le monde sera mort, l’original sera publié en l’état dans toute sa folie. » Allen Ginsberg

Visionnaire, Ginsberg, lui qui avait mis en garde son ami ?

Il a fallu attendre 2007, 38 ans après la mort de Kerouac, pour que le rouleau original, à l’exception du dernier mètre mangé par son chien, soit enfin publié aux États-Unis. En France, c’est chose faite en 2010 avec la traduction de Josée Kamoun pour les éditions Gallimard.

Alors, si l’on oublie la légende, Sur la route, c’est quoi ?

Le livre culte de toute une génération, cette Beat Generation contestataire qui a connu la guerre, ses atrocités et qui, dans son retour à la vie, refuse de se plier à ce que la société attend d’elle. Tempérance et retenue ne font pas partie de son vocabulaire. La Beat Generation, c’est celle qui taille la route avec en poche quelques maigres dollars, avec en tête une vague destination et aucun calendrier. Le terme beat appartient à l’argot de la rue, il prolonge le mythe de la génération perdue, celle de John Dos Passos et surtout de Hemingway auquel Kerouac fait souvent référence. Être beat, c’est s’être battu et avoir été vaincu, c’est être usé par la société, pauvre, sans domicile, traîner la savate dans les rues, voler aussi bien une voiture que du pain et du fromage, fumer des mégots ramassés à même le bitume, oublier ce qui imposerait de se fixer, tels un travail ou une famille, refuser les attaches qui entravent le mouvement au nombre desquelles les enfants que l’on conçoit et que l’on abandonne à leur mère.

Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ?

Hit the road, Jack!

« Une fois de plus, nos valises cabossées s’empilaient sur le trottoir ; on avait du chemin devant nous. Mais qu’importe : la route, c’est la vie. »

Sur la route est un livre culte et un monument de la littérature contemporaine américaine qui laissera bon nombre de lecteurs sur un bas-côté non stabilisé, incapables de sauter dans un train, de grimper à bord d’un bus ou d’une voiture lancée à toute allure à travers les États-Unis, d’est en ouest et retour, avec à son bord une bande de jeunes hallucinés, irresponsables et impulsifs, béats devant les grands espaces américains, doués d’un émerveillement sans cesse renouvelé, fût-il provoqué artificiellement.

« Ma garce de vie s’est mise à danser devant mes yeux, et j’ai compris que quoi qu’on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie. »

Sur la route, c’est un livre-fleuve en ce sens que sa parole coule sans jamais pouvoir être endiguée, une transe spontanée de phrases qui rappelle les jazz sessions de Charlie Parker. Kerouac ne disait-il pas qu’il souhaitait qu’on le considère « as a jazz poet blowing a long blues in an afternoon jazz session on Sunday » ?

« […] mais à l’époque, ils dansaient dans la rue comme des ludions, et moi je traînais la patte derrière eux, comme je l’ai toujours fait quand les gens m’intéressent, parce que les seuls qui m’intéressent sont les fous furieux, les fous de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église. »

Je vais être honnête : j’étais passée à côté de la version première et il m’a fallu une bonne dose d’endurance pour refaire cette traversée avec Neal et Jack. J’ai certes conscience qu’il y a un avant et un après la publication du rouleau original – je me suis d’ailleurs amusée à traquer les différences entre les 2 versions -, mais je n’y ai pas trouvé ce que j’espérais, ce souffle qui manquait à la version sage et aseptisée que l’on m’avait servie il y a 30 ans. Les divagations bavardes de ces jeunes gens avinés et défoncés sur le sens à trouver à la vie, m’ont laissée au mieux indifférente, au pire exaspérée. Leurs embardées sur la route, passant toujours par les mêmes villes, déroulant toujours le même itinéraire et finalement n’osant se risquer vers l’inconnu qu’à la toute fin, ne m’ont pas embarquée. « Youhou ! »

Reste que ce livre vaut surtout pour son écriture qui défie les codes pour dire le sentiment de liberté, pour ce qu’il dit de cette génération de paumés rebelles qui préfèrent vivre intensément plutôt que de s’étioler dans un conformisme facile.

« […] et à présent nous arrivions au bout de la route, et moi, qui ne m’en doutais guère, j’arrivais au bout de ma route avec Neal. Or, ma route avec Neal était bien plus longue que ces trois mille cinq cents bornes. »

Je suis au bout du rouleau. Sans regret, je laisse Jack, Neal, Carolyn, Diane, Allen, William et les autres, ces fous hallucinés, tracer leur route.

Il est dommage que Sur la route soit l’arbre qui cache la forêt. Il ferait presque oublier que Kerouac n’est pas l’auteur d’un seul livre. Quitte à cheminer avec lui, je préfère de loin emporter dans mon baluchon son travail poétique, Le Livre des haïkus par exemple. Cette ascèse est à l’opposé du vertige verbal de Sur la route, et tellement plus inspirante et inspirée.

Et quitte à tailler la route pour trouver un sens à la vie, je préfère embarquer avec Jim Harrison et Une Odyssée américaine. Autrement plus attachant. Tout simplement magistral. – Christine Casempoure

Concours de Noël

L’année dernière à cette époque nous mettions la dernière main aux préparatifs de la traditionnelle soirée de clôture, sans imaginer alors, qu’après avoir vaincu les grèves et les manifestations et nous être réunis malgré tout, nous serions confrontés comme tout le monde aux effets restrictifs de l’épidémie qui a déferlé sur la planète en 2020. Pas de soirée donc cette année.

Mais vous l’avez compris, on ne confine pas les 68.

Lors de la soirée de décembre 2019 nous avions accueilli la jolie collection de L’Atelier d’Albion, fraîchement créé par Myriam Thibault : des cahiers, des carnets, des marque-pages… tout un univers inspiré de la littérature et des écrivains, qui prend d’ailleurs vie sur le blog associé, dévoilant chaque semaine des portraits d’amoureux des mots et leurs liens avec les carnets. En plus de se retrouver, de se réchauffer, d’échanger entre auteurs et lecteurs chacun avait ainsi pu faire quelques emplettes de noël.

Cette année, nous vous proposons de jouer pour remporter un bon d’achat de 30 € valable sur la boutique en ligne de L’Atelier d’Albion, de quoi faire ou se faire plaisir.

Comment procéder ?

Dites-nous en commentaire, quelle première phrase vous inscririez si vous débutiez aujourd’hui un nouveau carnet…

Vous avez jusqu’à vendredi 11 décembre minuit, puis nous procéderons au tirage au sort du gagnant.

Bonne chance à tous !

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Mise à jour du 14 décembre : le tirage au sort s’est déroulé hier et, face au grand nombre de participants nous avons décidé de doubler la dotation et de désigner non pas 1 mais 3 gagnants, avec le concours d’une main innocente :

  • Isabelle Dumont-Dayot qui a joué sur Facebook remporte un bon d’achat de 30 € et va pouvoir choisir le carnet dans lequel elle inscrira sa première phrase : « Aime, et fais ce que tu veux ». Joli programme.
  • Jen Ndrycks (Facebook) et Fabienne Balcon (Instagram) remportent chacune un bon d’achat de 15 € pour choisir également le ou les carnets à inaugurer par « La vie fragile. Défile. En quête de sens » pour Jen et « Aujourd’hui je réunis tous les mots éparpillés dans ma tête pour les déposer sur ces pages » pour Fabienne. De quoi joliment glisser vers 2021.