Bilan et perspectives – 2018/2019

En septembre 2019, ce sera la cinquième Rentrée littéraire des 68 premières fois et le début de la session qui bouclera la quatrième année d’existence de l’association, créée en janvier 2016 après le succès du premier défi de la rentrée 2015.

Un parcours et un anniversaire qui valent bien quelques mots et quelques chiffres.

68_Livres Bilan

 

Les sélections et l’activité des « livres voyageurs »

A ce jour, 117 premiers romans ont été découverts, lus et partagés par les lecteurs engagés dans les différentes sessions depuis janvier 2016. D’une quarantaine de lecteurs au départ nous sommes passés à 85 lecteurs en moyenne par session, avec des renouvellements réguliers du panel. On estime entre 150 et 170 le nombre de lecteurs ayant participé au moins à une session depuis 2016. Depuis septembre 2018, des deuxièmes romans sont également inclus dans les sélections ; ils sont 9 pour le moment.

Chaque session implique une logistique importante : à titre d’exemple, la session en cours compte 130 exemplaires en circulation (18 titres) offerts pour les 3/4 par les maisons d’édition des auteurs sélectionnés et prêtés, pour le 1/4 restant par les participants. Déjà 830 colis pistés et aiguillés depuis janvier avant le dernier mois de cette session. La poste en a perdu 3. Et 3 livres ont été subtilisés par une participante peu scrupuleuse…

Les chroniques des lecteurs sont publiées sur leurs blogs le cas échéant, sur les sites communautaires du type Babelio ou lecteur.com, sur les réseaux sociaux (notamment Instagram grâce au #68premieresfois) et bien sûr ici même. Tout l’historique des sélections et leurs compilations d’avis peut être retrouvé grâce à la rubrique « La sélection / Index des titres » dans le menu horizontal.

L’action en milieu carcéral :

Pour l’année 2018/2019, renouvellement de la convention avec la maison d’arrêt du Mans avec une forte implication du service éducation (travail sur les textes, club de lecture…) ; pour la première fois, une présentation des 5 romans sélectionnés a été faite aux détenus en septembre 2018 par Charlotte Milandri afin de préparer les rencontres avec les auteurs

Les rencontres avec Odile D’Oultremont, Guillaume Para, Jean-Baptiste Andréa, Ludovic Ninet et Pierre Théobald ont rassemblé à chaque fois entre 20 et 35 participants. Discussion puis atelier d’écriture. Les textes des personnes détenues sont toujours d’une grande qualité littéraire. Il a été question pendant ces rencontres de cinéma, de sport, de journalisme mais surtout de liberté créative, de passion et de destins.

A Metz c’est Pierre Théobald qui a été choisi pour une rencontre début juillet.

La prison de Nancy est revenue dans le projet cette année avec en lecture : Les petits garçons, Les heures solaires, Vigile, Le matin est un tigre, Boys et A la ligne. L’auteur choisi sera connu à la fin de l’été avec une rencontre à programmer dans la foulée.

Une vingtaine de livres ont été achetés par l’association pour être mis à disposition des détenus.

Au Mans, la session 2019/2020 est en préparation avec déjà 3 livres choisis par les détenus : K.O, A la ligne et Einstein, le sexe et moi auxquels devraient s’ajouter deux autres ouvrages issus de la prochaine sélection. A Metz, un seul roman sera choisi et fera l’objet d’une rencontre au printemps 2020.

A moyen terme, nous aimerions initier un projet au long cours avec un auteur : plusieurs séances d’écriture pour travailler un texte dans la perspective de le faire sortir des murs. Mais la mise en place d’un tel projet est beaucoup plus compliquée car implique d’obtenir l’accord du juge pour chaque personne détenue. A suivre donc.

Certains auteurs nous offrent des textes après une rencontre en maison d’arrêt ; ils sont regroupés dans la rubrique Les 68 premières fois en milieu carcéral.

Les bonnes nouvelles

Nous avons eu le plaisir d’apprendre que l’action des 68 premières fois en milieu carcéral a retenu l’attention de la Fondation SNCF dont nous avons été désignés lauréat. La subvention accordée va nous permettre de financer les actions engagées et de les développer à partir de 2019.

                                              68_ Logo Laureat Fondation SNCF

 

Cette subvention complète idéalement le soutien offert en 2019 par la Ville du Mans pour les actions des 68 premières fois en milieu carcéral.

Nous avons également eu le plaisir de recevoir le soutien financier de la Sofia dans le cadre des actions menées en faveur de la promotion des auteurs. De quoi nous permettre de travailler sur le renforcement du rayonnement des actions que nous menons pour contribuer à l’émergence et à l’existence de nouveaux auteurs.

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Le bilan financier :

L’association fonctionne grâce aux cotisations des adhérents. Pour l’année 2018, elles se montent à 3500 €.

Les principales dépenses concernent les interventions en milieu carcéral (achat de livres, prise en charge du transport et de la rémunération des auteurs même s’il faut préciser que certains auteurs refusent d’être rémunérés), les frais postaux pour les envois des livres de la sélection, l’assurance et la soirée annuelle de clôture et de rencontres. Pour 2018, elles s’élèvent à 3300 €.

Merci à tous nos adhérents pour leur fidélité et leur générosité !

 

Crédit photo : Sabine Faulmeyer

Sous la mitraille – Pierre Théobald

A peine 24h après sa rencontre avec les détenus de la maison d’arrêt du Mans le 24 juin dernier, Pierre Théobald nous a livré ce texte. Discussion, atelier d’écriture et moments forts. Dont les mots, toujours, se font vecteurs essentiels.

Boys Prison

 

Ils étaient une vingtaine, on était trois, Charlotte, Eglantine, des 68 premières fois, et moi.

Ils étaient vingt, avec des questions nulle part notées, aucunement préparées, avec des questions quelque part au fond du crâne, une mitraille de questions.

De ces deux heures à feu nourri, je pourrais te raconter la voix rigolarde de l’un, l’œil vif d’un autre, je pourrais te dire la dégaine fatiguée de celui du fond, avachi sur sa chaise, les idées ailleurs, et l’attention en alerte de son voisin de la rangée de devant, dont on apprit plus tard qu’il était une « célébrité », je pourrais te parler de l’accent de la Martinique, de l’accent du titi parisien, de l’accent édenté, de l’accent cent pour cent Sarthe, je pourrais te parler de celui que les autres ont surnommé « Prof », lunettes sur le nez, cheveux mi-longs coiffés en arrière, humour à fleur de peau, je pourrais te décrire celui qui a derrière lui un parcours d’ancien espoir du football, celui dont on a pigé après coup qu’il avait fréquenté tous les ports du monde, celui qui a fait de la psy et qui a cogné trop fort, trop dur, je pourrais te raconter tout cela, mais tout ne serait que bribes, ambiance tronquée, portraits morcelés. Non. Ce qu’il reste, c’est la mitraille. La mitraille de leurs questions. Parce que pendant deux heures, on a parlé bouquin, écriture, travail et mise à nu.

***

Je n’ai pas toujours eu les réponses. Mais eux, ils étaient venus avec leurs points d’interrogation.

« Tous ces personnages, vous les avez inventés ou vous vous êtes inspirés de gens que vous connaissez ? » / « Et vous comptez en faire un film de votre livre ? Ça aiderait à le faire connaître, vous vendriez plus d’exemplaires » / « C’est combien le maximum qu’on peut gagner avec un livre ? » / « Et pourquoi vous n’écririez pas une histoire comme Harry Potter ? On sait que ça marche, ça. » / « Vous vous faites aider pour “étaler” ? Je veux dire des fois dans les livres il y a des descriptions qui durent sur plusieurs pages, on voit bien que c’est seulement pour faire plus gros. Dans ces cas-là, il y a quelqu’un qui vous aide ? » / « Il y a des gens qui se sont reconnus, dans votre livre ? Ils en ont été flattés ? Ou ça les a blessés ? » / « Comment vous décidez du prix du livre ? » / « Avec un titre comme “Boys”, on aurait pu penser à un livre gay, non ? Vous y avez pensé ? » / « Quelles ont été vos influences ? Qu’elles soient musicales, littéraires ou même picturales ? » / « Mais si vous avez été journaliste, pour vous ça a été plus facile d’inventer non ? Vous avez rencontré plein de gens, vous avez déjà connu plein d’histoires. » / « Pourquoi vous venez perdre votre temps avec des prisonniers ? C’est vrai quoi, vous avez sans doute mieux à faire. » / « Vous vous autorisez à faire de la pub pour votre livre ? » / « C’est quoi la différence entre un conte et un roman ? » / « Et c’est quoi la différence entre vous et Agatha Christie ? J’ai beaucoup lu les livres d’Agatha Christie. Vous travaillez pareil ? » / « Quelles ont été les exigences de votre maison d’édition ? » / « Pourquoi vous n’avez pas raconté l’histoire d’une prison ? Tous vos personnages, ils auraient très bien pu vivre dans une prison ! »

***

Plus tard, huit d’entre eux sont restés pour un atelier d’écriture autour de cette seule consigne : commencer son texte, d’inspiration libre, par la phrase « C’était mieux avant ». Tous ont écrit, une demi-heure durant. Sur les huit, deux ont refusé de lire à haute voix devant le groupe. Pas question ici de reproduire leurs contributions, là-bas les murs sont trop hauts pour que les mots jouent à saute-mouton. Leur prof a écrit, elle aussi. Églantine a écrit. Charlotte a écrit. J’avais écrit. Voici mon texte. En souvenir de notre rencontre, au début de l’été 2019, avec les détenus de la maison d’arrêt des Croisettes, à Coulaines.

***

« C’était mieux avant, la soie de tes doigts, le vent de ton haleine, tes soupirs à défaillir, les mots que tu ne réservais qu’à moi.

C’était mieux avant, c’était mieux toi, l’attache fragile de tes épaules, étroites, adolescentes, si minuscules, c’était mieux tes chevilles, tes hanches, tes cuisses, c’était mieux ton cul que j’empoignais à pleines forces, à pleines mains, c’était mieux tes mouvements de bassin, tes saccades, nos saccades, c’était mieux tes seins à pleine bouche, à pleine langue. Tu te rappelles ? On parlait la même, de langue. Toi et moi, sur une même longueur d’onde. On parlait la même langue… Et moi je dévorais la tienne.

C’était mieux avant, quand nos yeux sans rien dire se racontaient tout, tout et plus encore, et qu’à court de souffle, exsangue, le corps vide de la dernière larme de plaisir, tu plongeais dans l’ailleurs, paupières closes, respiration douce, quand il te tombait dessus, je m’en souviens, le sommeil t’emportait d’un coup et sans bruit.

C’était mieux avant, nos réveils à quatre mains, enchevêtrés, le désir de bon matin, la corrida sous les draps, le feu sous la peau, le café ensuite que je préparais, l’oreiller calé dans ton dos, la tasse que j’avais remplie tenue contre toi, tes cheveux en désordre, enfiévrés, alors je revenais dans le lit, auprès de toi, je te retrouvais et toujours l’on recommençait. Toujours. Toujours. C’était mieux avant. Avant, il y avait toujours un après. »

*

Pierre Théobald est l’auteur de Boys, publié en avril 2019.

Crédit photo : Maxime Metzelard.

Boys – Pierre Théobald

“ Mais de nos jours qui rédige encore des lettres ? Hormis fourrager le cœur à la pointe du stylo, quelle utilité ? “

 

Boys

« Je réponds d’un mouvement d’épaules empêtré, un peu honteux d’étaler ma sensiblerie. Je vais rentrer en 6ème, je rappelle, je suis censé être un grand maintenant, on me le rabâche assez ; et surtout, je suis un garçon ».
Lui, c’est Samuel. Ce n’est pas à proprement parler le héros du livre, puisque de héros, il y en a tellement ! Néanmoins, c’est ce personnage attachant qu’on suit aux détours de ce récit labyrinthique où l’on ne se perd pas une seule minute. Samuel qui fait en quelque sorte le lien entre TOUS : Antoine, Hatem, Steve, Cédric, Sacha, Gilles, Bastien, Greg, Théo, Fred, Marc, Abel, Alex, Léon, Nicolas et Karim. Les voilà, nos boys.
Ils aiment, jouent au foot, veulent être père, essayent de reconstruire leur vie ou juste de la construire, se séparent, vivent le manque, la solitude … Ils se posent des questions ou s’en posent trop, ne s’en posent pas ou alors, pas les bonnes.
Leurs histoires sont tour à tour bouleversantes, amusantes ou inquiétantes. Ils sont romantiques, blasés, sensibles, aimants, aimés … Bref, des hommes du 21ème siècle.
Et alors, qu’en pense la femme que je suis ? La femme du 21ème siècle ? Cela tient en si peu de mots. J’ai dévoré ce récit tout simplement bluffant et émouvant. D’une sensibilité exacerbée et doublé d’une écriture délicate, ce dernier est également d’une force incommensurable, tout comme les sentiments qui animent nos boys. A l’instar d’un puzzle, les pièces de ce récit s’imbriquent petit à petit les unes avec les autres, subtilement, à la faveur d’une anecdote. Et enfin, la révélation du texte achevé … Ils vont me manquer ces boys, j’avais envie de continuer un bout de chemin avec eux.
Comment va réagir Léon quand Jeanne aura totalement perdu la mémoire ? Pourra-t-il encore troquer son poisson contre ses poireaux ? Et Greg, va-t-il courir après Viktoria aussi rapidement qu’il le faisait avant sur un terrain de foot ? Quant-à Fred, rejouera-t-il avec Chloé la comédie des non-dits ? Prendra-t-il encore le risque (en est-ce d’ailleurs vraiment un ?) de voir ses yeux dans ceux d’un autre Nathan ?
Nul ne le sait … – Virginie Braud-Kaczorowski
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Boys est le premier livre de fiction de l’auteur qui révèle ici un talent certain pour la précision. Dire, en quelques pages puisque ce sont des nouvelles, les failles, les douleurs, les doutes, les beautés d’être un homme aujourd’hui. S’interroger sur ce que cela signifie. Un livre dont les mots parfois doux, parfois acérés conjuguent le sombre et le lumineux magnifiquement. L’un des garçons revient plusieurs fois, à différents moments de sa vie. Comme un fil rouge. Écrire ces textes courts est un exercice ardu. De séduction. Il faut dévoiler sans pouvoir tout dire. Sans créer la sensation de trop peu. Un dosage complexe et parfaitement maîtrisé ici. Boys est un roman caché derrière un recueil de nouvelles. Un lien unit ces garçons en déroute. Les filles. Celles qui comptent, qui marquent, qui griffent ou qui apaisent. Terminer ce livre à l’écriture si juste et affutée, c’est l’envie immédiate d’y retourner. Pour relire à nouveau ces vies pas si minuscules de ceux qui nous entourent. – Hélène Goelen
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Samuel, Alex, Léon, Karim… Père, amant, vieillard, blessé, torturé… Des hommes dans un quotidien facile, tendu, fugace, solaire, triste… Des instants de vie pris sur le vif… Sans fard, sans masque… Et un recueil de nouvelles d’une grande intensité…
Je viens de refermer le livre de Pierre Théobald et je suis déjà nostalgique de ses personnages. Voilà une rencontre émouvante et forte, avec une écriture mais aussi et peut-être surtout, avec des hommes qui m’ont marqué.
Ils sont tous attachants, si vrais, si réels. Dans leur fragilité, comme dans leur charisme, Pierre Théobald nous offre des portraits d’hommes dans l’air du temps. On les croit forts, insensibles, pressés… Ils sont pourtant attentifs, doux et passionnés.
Un immense merci pour ce coup de cœur… – Audrey Lire & Vous
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Le cœur des hommes- Voilà donc les hommes d’aujourd’hui. Des hommes toujours pudiques mais qui grâce à Pierre Theobald se confient, sont sensibles et émouvants.
Une déclinaison d’hommes dans leur état actuel. Ils sont les hommes qui nous entourent mais dont on ne sait que très rarement ce qu’ils vivent de l’intérieur, ce qu’ils ressentent au plus profond d’eux-mêmes et finalement ils ne sont pas si différents de nous les femmes (pouvait-on d’ailleurs encore en douter??).
Pour ceux qui penseraient que ce livre ne parle que d’hommes, je corrige : les femmes sont très présentes, quasiment à chaque page, car souvent au cœur des préoccupations des hommes, de leurs douleurs, leurs émotions, leurs sentiments.
J’aurais aimé côtoyer plus longuement certains personnages, une petite frustration que j’oubliais cependant assez vite à la découverte d’un des 17 « mâles » parcourant cet ouvrage à la forme originale. 17 « boys » à découvrir en quelques pages – parmi eux, Samuel, le fil conducteur, dont on suit ponctuellement la vie construite autour d’une blessure profonde.
L’écriture de Pierre Theobald s’adapte remarquablement à chacun de ces hommes, leur situation, leur âge, leurs émotions -ils sont tous différents mais réunis autour de leur sensibilité si bien traduite par l’auteur, et donc si bien partagée avec le lecteur.
Évidemment je me souviendrai inégalement de tous ces hommes. Quelques uns m’ont définitivement touchée (Bastien/ Léon/ Cédric/ Samuel…), d’autres seront vite oubliés.
Mais je retiens surtout que Pierre Théobald réussit ici un ouvrage singulier, sensible, dans un style mêlant simplicité, sincérité et pudeur. L’émotion parfois jaillit dans les mots, le rythme (les chapitres sans points ont retenu toute mon attention) et parfois l’émotion se fait à la fois discrète et puissante -mais chaque fois elle est révélatrice du cœur des hommes.
Un livre à découvrir, à mi chemin entre nouvelles, roman, portraits et segments de vie – pour plonger dans l’univers parfois insondable des émotions masculines. – Sandra Moncelet
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Ils sont maris, amants, pères, fils, petits-fils… Ils sont les Boys de Pierre Théobald qui prennent vie dans ce recueil de nouvelles. Pas facile d’en dire plus parce qu’il y a autant d’histoires que de nouvelles.

Il faut savoir que je ne raffole pas des nouvelles et que par conséquent j’en lis très peu. Là l’occasion m’a été donnée grâce aux 68 premieres fois et je ne le regrette pas. La difficulté avec les nouvelles c’est que l’auteur doit réussir à capter l’attention du lecteur très rapidement. Là le défi est relevé. On s’attache rapidement à ces boys et à leur histoire. Pierre Theobald a fait le choix de montrer les hommes sans artifice, avec fragilités et faiblesses mises au grand jour. Un recueil de nouvelles mais un fil rouge : Samuel. Samuel qui fait l’objet de plusieurs nouvelles à des instants différents de sa vie. A côté de Samuel il y a Fred, Greg, Sacha, Léon, Abel… que l’on croise et recroise parfois aussi.
Moi j’ai été particulièrement touchée par l’histoire de Gilles (même s’il n’y a pas d’autoroute en Bretagne).
En résumé une lecture pleine de tendresse, entre roman et recueil de nouvelles. – Orlane Dréau

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Il y a Samuel, Alex, Léon, Antoine, Cédric, Sacha, Hatem, Karim… des hommes croisés aux détours de leurs vies, à des moments-clés ou des instants quotidiens. Des hommes face à leurs choix, à leurs renoncements parfois, à leurs amours souvent. Certains n’apparaissent qu’une fois, d’autres reviennent à plusieurs étapes de leur existence, comme dans la « vraie vie » : certains qu’on ne reverra jamais, d’autres qui s’installent. Enfin ! La virilité n’est plus mise en opposition avec la sensibilité : « Le vide que ça fait, tout ça. Entre les côtes et le nombril. Le manque d’elle, le vide que ça creuse en moi parfois. La nuit, super tard ». Au-delà de la masculinité, des questionnements et des doutes des hommes, Pierre Théobald écrit sur la vie tout court. Cette peste qui vous fait des cadeaux, pour mieux vous les reprendre. Cette belle garce qui estompe nos espérances, distend nos liens, sépare et efface.
Avec un ton juste, délicat, Pierre Théobald nous parle aussi bien des hommes que des femmes. De nos désirs, de nos attentes, de nos déceptions aussi. L’amour, le sexe, la parentalité, la vieillesse. Pas plus de Mars que de Vénus dans ce livre qui hésite entre roman et recueil de nouvelles. Mais des fragments de vie sur Terre pour rapprocher ceux qui s’y trouvent. – Céline Bret
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Roman ou nouvelles ? Peu importe étant donné le plaisir que j’ai eu à lire ces tranches de vie d’hommes d’aujourd’hui. Certains personnages comme Samuel sont récurrents, d’autres n’apparaissent qu’une fois mais à un moment crucial de leur vie. Leurs destins s’entrecroisent. Pierre Théobald dépeint des hommes fragiles, sensibles, parfois blessés, avec leurs peines, leurs joies, leurs chagrins d’amour, la maturité, la vieillesse. La vie, quoi ! Le désir d’enfant, la paternité sont au cœur de certains textes avec des hommes qui voudraient devenir père et ceux qui le sont. D’autres chapitres sont centrés sur l’incompréhension homme/femme, la non-communicabilité dans les couples. Pierre Théobald sait en quelques pages brosser des portraits criant de vérité. Il rend ses personnages émouvants et j’ai envie de suivre ce nouvel auteur qui écrit avec tant de sensibilité. – Françoise Floride Gentil
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Cet extrait d’une chanson des Cure cité en exergue, donne le ton à ce livre. On ne va pas nous servir des histoires de « mecs », genre soirée entre potes, autour d’un match de foot, à écluser des verres de bière, en jouant les héros. Dans « Boys », on laisse l’auteur, un mec, nous parler de mecs, pour le grand plaisir de la lectrice que je suis. Et d’ailleurs un mec n’est-il pas le mieux placé pour cet exercice ? Au fil des nouvelles de ce recueil, fleurissent émotions, fragilités et déceptions. Autant de larmes, de tristesse ou de joie, qu’un homme s’efforce de cacher parce que le garçon qu’il est ne peut pas pleurer. Antoine, Gilles, Bastien, Greg, Hatem, Steve.., dévoilent des instants de leur vie, leurs rires, leurs regrets, leurs douleurs, les amours qui s’en sont allés. De tous, Samuel est celui que l’on apprend à connaître le mieux. Il apparaît à intervalles réguliers, de l’enfance à la vieillesse. Tour à tour, drôles, stupides, loosers, agaçants, violents, tous ces hommes, anti-héros par excellence, sont terriblement attachants. On sent une tendresse de Pierre Théobald pour tous ses personnages, à qui il a prêté probablement des extraits de sa propre existence. Une série de nouvelles qui se succèdent dans une construction proche parfois du roman choral, tant certaines sont liées. La plume est belle. Beaucoup de charme pour ce joli moment de lecture. À déguster. – Hélène de Montaigu
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Une succession de mini nouvelles et instantanées de vie d’hommes, des contemporains avec des anecdotes pas toujours intéressantes ni pertinentes et surtout en fait j’ai du mal à imaginer que ce livre puisse être considéré comme un roman. Certes à la fin de la lecture on peut comprendre les liens qui pourraient exister entre les différents personnages mais personnellement je n’ai pas eu l’envie de le relire pour vérifier qui était évoqué dans quelles nouvelles par rapport à qui etc. Un moment plaisant mais comme on lit un magazine féminin sans plus. – Delphine Palissot
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« Boys »… malgré la superbe épigraphe, souvenir de ma jeunesse… Boys don’t cry du fameux groupe The Cure, je l’ai refermé la gorge serrée, les larmes au bord des cils. J’ai une excuse, je suis une femme. Le premier ouvrage de Pierre Théobald est pour moi une découverte magistrale.
« … j’ai pigé de quoi il retournait : c’était donc ça le coup de foudre, toute cette histoire à peine crédible de grand choc saturé d’électricité qui vous cloue sur place sans plus pouvoir remuer.«  Oui, c’est bien ça ! comme Karim devant « la fille », je reste coite, devant le livre refermé. Que vais-je pouvoir en dire ? Quels mots seront suffisamment forts ? Suffisamment forts pour décrire la bousculade d’émotions face à ces dix-sept vies toutes chamboulées, cassées, malmenées, la tristesse, le chagrin, le désarroi d’hommes à la croisée de leur chemin. Oui, ils sont dix-sept, jeunes ou moins jeunes, qui nous racontent leur vie, leurs amours, leurs désamours surtout. Tristesse que tu es belle !
A coup de nouvelles courtes ou plus longues, avec Samuel en fil rouge que nous suivons, lui, de bout en bout, c’est une étude de la vie à laquelle nous confronte l’auteur. Et, comme nous le disait David Thomas aux Escales de Binic à propos d’un de ses recueils de micro fictions, si les personnages sont multiples, s’il s’agit d’une somme de nouvelles, on peut le lire comme un roman. On y retrouve le parcours amoureux du célibat à la rupture en passant par le désir, la rencontre, l’amour du début, l’arrivée des enfants, les crises, les doutes, la séparation.
Si l’on excepte quelques touches d’espoir, quelques rayons de soleil, l’ensemble m’a paru noir. Il m’a sans doute touchée plus que de raison mais je sais que la lecture est le reflet de soi. Et si cette lecture me fut douloureuse, elle me fut tout aussi sublime. L’écriture est toute en maîtrise : petites phrases, mots choisis, piquants ou au contraire d’une douceur infinie. Elle possède à la fois légèreté et profondeur, elle mêle le quotidien banal « Dans la cuisine j’ai allumé la lumière et je me suis préparé un café – un instantané, sans quoi le gargouillis de la cafetière m’aurait trahi.« , à des réflexions plus universelles « S’écrire… c’est un rituel que l’on a instauré après notre séparation… Mais de nos jours qui rédige encore des lettres ? Hormis fourrager le cœur à la pointe du stylo, quelle utilité ?«  La construction est parfaite, qui réussit, au détour d’une nouvelle, à mettre en place des liens inattendus entre les différents acteurs.
Malgré ce que j’ai écrit plus haut, ce ne fut pas un coup de foudre. Ce fut bien plus fort, de ces histoires d’amour qui se construisent petit à petit et dont le souffle s’amplifie au gré des mots. Chaque page tournée ajoutait à cette sensation de plénitude, cette envie de continuer, ce bonheur d’aller plus loin.
« Boys », un magnifique ouvrage qui fait la part belle aux hommes, touchant, émouvant, captivant. En un mot : sublime.  – Geneviève Munier
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A chaque nouvelle histoire, il faut redécouvrir les personnages. A chaque nouveau personnage, on se demande si Pierre Théobald arrivera, avec un artifice, à relier toutes les scènes. A chaque scène, il n’y a que des hommes à un moment décisif de leurs vies. Des hommes, tous hétérosexuels, tous tournés vers une rencontre ou une séparation, tous handicapés devant la paternité. A chaque vie, un Samuel sert de liant.
Boys est une suite de portraits plutôt réussis, qui à la longue, se mélangent.
« J’ai aimé Claire. De toute manière, il n’y a rien à ajouter ».
Si le but est de toucher les lectrices, c’est au détriment de la diversité masculine, c’est réduire l’homme à un rôle stéréotypé. – Renaud Blunat
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Il est intéressant de rentrer dans les pensées de ces homme, d’autant plus que ce roman ou ces nouvelles ? est écrit par un homme Pierre Théobald.
Certains sont désarmants, charmants, attendrissants, et certains d’entre eux tout à fait honorables ! D’autres font grincer des dents ! On ressent dans ces descriptions la fragilité, la sensibilité, la maturité, les faiblesses et les chagrins aussi de ces hommes qui sont mis à nus !…. A chaque fin de chapitre, on se demande quel sentiment va nous faire découvrir le suivant !… L’écriture est libre et agréable ! Elle donne envie de suivre Pierre Théobald sur d’autres aventures. – Brigitte Belvèze
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Autant Les petits garçons m’avaient laissée indifférente, autant les Boys de Pierre Théobald m’ont totalement embarquée. À l’image de la couverture, j’ai sauté à pieds joints dans ces fragments de vies masculines qui, durant presque 250 pages, se suivent et se croisent parfois, comme un clin d’œil de l’auteur.
Avec Boys, d’abord je me rappelle combien c’est agréable de lire des nouvelles ! C’est concis et c’est percutant, c’est touchant mais ça ne s’embarrasse pas de fioritures d’écriture. Telle une petite souris scrutant depuis mon trou, ou encore chirurgienne avec mon scalpel, je découvre les « humeurs » de ces messieurs, ce qui qui les constitue et ce qui les préoccupe. J’aurais d’ailleurs bien continué après la dernière page à scruter et faire la connaissance d’autres hommes, pères, amants, fils, …
Sans rien revendiquer, Pierre Théobald dresse une galerie de portraits d’hommes, d’âges et de situations variées. Un peu à la manière d’une course de relais dont Samuel serait le « témoin », traversant le récit à différentes étapes de sa vie, et qu’on imagine bien inspiré de la vie de l’auteur. La paternité est très présente, l’amour aussi, les femmes (les hommes ?), le temps qui passe… Comme une chanson de Vincent Delerm – je me permets de l’ajouter à la bande-son de Boys, entre Miossec et Souchon !
J’avoue, à l’heure du mouvement inespéré #Metoo et d’une « sororité » dans le vent mais tout aussi nécessaire, ce recueil m’a rappelé que les hommes aussi étaient doués de sensibilité, pétris de doutes et d’incertitudes, fragiles à leurs heures et parfois même naïfs… Ça m’a fait du bien. Merci. – Adèle Glazewski
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Boys n’est pas un roman. Ce n’est pas non plus un livre de nouvelles. J’ai eu beaucoup de mal à « entrer dedans » comme on dit. Je me suis autorisée à renoncer, au motif qu’on n’est pas obligé d’aimer tous les livres … quand j’ai remarqué que revenait le prénom de Samuel auquel je n’avais pas suffisamment prêté attention.
J’ai repris depuis le début, sautant les pages pour retrouver ce Samuel dérouler le fil de sa vie et ses tourments, jusqu’au plus terrible mais si justement restitué. Ce dernier hurlement d’amour qui clôture le livre m’a poussée, non pas à refermer l’ouvrage, mais à le reprendre en ne lisant cette fois que les « autres » histoires que j’ai d’abord piochées au petit malheur … parce que ce serait abuser que de parler de bonheur …
Il y a indéniablement un travail de dramaturgie dans ce recueil où la progression narrative n’est pas soulignée mais bien réelle. Chaque épisode contient la matière à un livre complet mais le choix de Pierre Théobald de les condenser sous la forme de nouvelles rend les chapitres plus nerveux et surtout jamais bavards. La plus incisive, située au milieu de l’ouvrage, condense en à peine deux pages le vide qu’elles font quand elles se tirent (Théo). On s’arrêtera au passage sur le prénommé on se dira que le grand Jacques (Brel) aurait pu chanter cela.
Son écriture est actuelle, vibrante, imprégnée d’un romantisme totalement contemporain qui parle autant aux hommes qu’aux femmes. Ses mecs scannent les nanas et capturent des écrans. Leurs filles sont au Japon le temps d’un stage (Gilles et la copine de Marc ont de la chance, elles reviendront, pas la mienne). Ils torchent des cigarettes, mènent leur vie comme ils peuvent, en contrôlant tant bien que mal des trajectoires compliquées, à l’instar d’une conduite sur verglas.
Avant de lire Pierre Théobald je ne savais pas que 20% des hommes sont confrontés à l’infertilité. Je ne me doutais pas que le creusement d’une ride du lion pouvait devenir un souci masculin, je veux dire provoquer chez un homme la crainte de déplaire, de vieillir et de se sentir poussé sur le bas coté de la vie, au moment où les vies sont faites, défaites (Marc).
Le cœur des hommes de Pierre Théobald prend des décharges mais même à terre il trouve le sursaut d’un geste héroïque comme Abel qui aura l’ultime courage de liquider le passé et d’exprimer sa gratitude à celle qu’il a (mal) aimée.
Accepter la vérité n’est pas faiblesse, comme le démontre Fred. Aucun ne baisse les bras et s’il y a une leçon à tirer c’est bien de ne pas se fier aux apparences. Dans la vie comme en lecture.
Les pages enquillent les aléas et les accidents. C’est grinçant. Parfois à la frontière du polar (Nicolas), en tout cas franchement dans le roman noir. Les personnages de Pierre Théobald sont à l’image des Rescapés que chante aujourd’hui Miossec. Il sont de ceux qui ne sont pas passés de loin à côté … et qui n’ont plus le temps … que pour un sentiment qui relève d’une forme de tendresse (Karim).
La paternité voulue, subie, gagnée ou perdue compose la trame de fond de ces textes où il y aurait matière à bâtir une pièce de théâtre. – Marie-Claire Poirier
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Une série de nouvelles écrites par un homme sur le cœur des hommes, l’intimité des hommes… Les hommes vus de l’intérieur en quelque sorte… Attirant n’est-ce pas? Terriblement réussi !
Car en réalité, c’est plus qu’un simple recueil de nouvelles. Avec une quinzaine d’hommes, de différents âges et milieu social, l’auteur dessine un portrait des hommes d’aujourd’hui très attachant.
Pour certains juste quelques pages, pour d’autres, un portrait plus fouillé, comme Samuel dont l’histoire va apparaitre huit fois depuis la veille de son entrée en sixième en 1983 jusque beaucoup plus tard après 2019. Ils sont tous à un instant de bascule de leur vie, et avec beaucoup de tendresse et d’empathie, l’auteur nous fait partager leurs espoirs, leurs amours, leurs douleurs, leurs failles…
J’en ai aimé certains plus que d’autres, mais tous sont émouvants à un titre ou un autre…« J’ai aimé nos instants minuscules, nos instants de rien, ce que l’on croit être l’ennui, le quotidien, mais qui n’est rien autre que la manifestation sincère de l’amour, son expression nue et désintéressée. L’amour n’existe que là, dans ces intervalles dépourvus de consistance« 
Une très jolie écriture , un auteur à suivre… – Catherine Dufau

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Parfois, même si je ne lis jamais trop les critiques avant de découvrir un livre récemment publié, il arrive que le bouche à oreille soit si fort que je sais d’avance que le livre a reçu un excellent accueil… Cela ne m’influence pas, mais je le sais, voilà tout.
En fait, même si je reconnais que Pierre Théobald a une très belle plume et qu’il y a vraiment une certaine originalité à mêler le recueil de nouvelles et la trame romanesque grâce à un personnage récurrent qui évolue dans le temps, son livre n’a pas réussi à provoquer en moi l’émotion qui fait toute la différence.
L’auteur maîtrise l’art de la nouvelle, sa brièveté, sa chute brutale… etc. Il sait mettre des mots sur des sentiments et des postures… C’est assez photographique dans l’approche : des hommes à des moments cruciaux de leur vie. C’est assez universel : la vie des hommes d’aujourd’hui… Mais l’ensemble reste une galerie de portraits figés que l’on va vite oublier. Personnellement, quand je reprenais ma lecture, il m’arrivait de ne plus me souvenir des histoires lues précédemment. Il m’a manqué quelques aspérités…
Et puis, une question me taraude : pourquoi, alors qu’il manie la langue française avec brio, efficacité et poésie, Pierre Théobald ou son éditeur ont-ils choisi un titre en anglais ?!… Oui, pour la chanson de The Cure, mais…
Une petite déception pour moi… – Aline Raynaud
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Dans chacune des nouvelles de « Boys » (certaines font deux pages maximum), la voix d’un homme se fait entendre ; ils sont différents du point de vue de l’âge, de la situation de famille, du métier ou du milieu social, mais tous ont un point commun : ils sont saisis à un moment où la décision qu’ils prendront changera leur vie.
Ils font sourire, ils émeuvent, ils agacent, ils effraient, ces mâles déboussolés. Chacune de leurs histoires interroge sur un homme d’aujourd’hui : amant abandonné, fils mal aimé, perdant magnifique, mufle patenté… L’auteur leur donne vie en particulier par sa façon de les faire s’exprimer.
Un seul sera suivi par le lecteur tout au long de sa vie, de son enfance où un nouveau-né ouvrira sa sensibilité, jusqu’à la fin de sa vie où bien que n‘ayant jamais pu devenir père biologique, il réalise qu’il a aimé et que tout l’amour donné et reçu a rempli sa vie. C’est beau, tendre et profond.
Tout cela est bien vu, bien écrit, se lit facilement et reste en mémoire, mais n’est pas gai-gai ; en refermant le livre, j’ai pensé au vers d’Aragon : «Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »…  – Marianne Le Roux Briet
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Je suis toujours un peu inquiète au moment de commencer un livre qui a créé une réaction unanime d’enthousiasme chez mes ami e s lecteurs et lectrices. Le syndrome de l’esprit de contradiction ? Je ne sais pas trop, mais il me semble que cette sensation intensifie mon attention et me fait profiter encore davantage de ma lecture.
De toutes façons le problème ne se pose pas avec le livre de Pierre Théobald et j’adhère sans aucune réserve à son fan-club !
Voilà donc Samuel, Greg, Alex, Cédric et les autres mais aussi Claire, Chloé, Sylvie, Cécile… dont les trajectoires se croisent, s’infléchissent, s’éloignent, se rapprochent et dessinent de vivantes constellations que la grâce et l’élégance des mots de Pierre Théobald nous révèlent. Ils sont enfants, jeunes hommes, adultes, maris, amants, amis. Aiment le foot, la ville, la nature, la mer, les copains, les femmes, une femme. Ils souffrent, hésitent, se trompent, oublient, choisissent, vacillent, basculent, échouent, s’interrogent, doutent, recommencent, espèrent. Ils vivent. Et c’est beau de les voir, de les savoir vivre avec leurs fragilités, leurs forces, leurs faiblesses, leurs peines et leurs joies.
L’architecture que l’auteur a imaginée rend parfaitement compte des hasards nécessaires, de la part de ce que Jung appelle les synchronicités et qui forment les aiguillages possibles de l’existence. Et sur cette charpente solide viennent se poser subtilement, avec une grande douceur et beaucoup de délicatesse, les émotions, les sentiments, les comportements de chacun de ces « boys ».
En quelques phrases leur situation est posée, leur portrait est esquissé, mais rien n’est figé, car c’est le mouvement de la vie qui se révèle et que l’on saisit instantanément. Et puis, ils continuent leur chemin, ces garçons qui sont l’autre partie du monde. Il n’y a pas de « dénouement » car tout se noue et se dénoue sans cesse. Le temps de quelques pages, on a accompagné Samuel, Greg, Alex, Cédric et les autres et l’on sait qu’ils poursuivent leur route, leur vie, en dehors de nous, dans l’intimité silencieuse que créent les ellipses narratives. Mais Pierre Théobald a su si bien, si puissamment les incarner qu’on continue à penser à eux, comme à des amis lointains dont on espère qu’ils vont bien, qu’ils sont heureux « quand même ».
Oui, c’est un livre un peu magique, un de ces livres lumineux qui nous apprennent, autant par leur forme que par leur propos. Pour moi, le roman de Pierre Théobald et « Eparse » de Lisa Balavoine se complètent à la fois par leur structure en fragments, que l’écriture réunifie, et par les thèmes qui se croisent en s’enrichissant mutuellement… un peu comme les deux moitiés du monde qui se rejoindraient. – Sophie Gauthier

Comme elle l’imagine – Stéphanie Dupays

“Laure souffrait d’une déformation professionnelle : elle voyait le réel à travers les livres. Ou plus exactement, elle n’en souffrait pas. Elle avait besoin des mots des autres pour décoder les êtres et les choses ; interposer la littérature entre elle et le monde la protégeait. Elle n’aurait su dire de quoi”.

Comme elle l imagine

Laure est maître de conférences spécialiste de linguistique et de Flaubert, c’est une professeure sérieuse et raisonnable, fragilisée par une rupture amoureuse récente.
Elle « rencontre » Vincent sur Facebook grâce à une discussion autour d’Éric Rohmer, Vincent réalise des documentaires et a écrit un roman. Ils communiquent dans une communauté regroupée autour du même centre d’intérêt et Laure perçoit beaucoup d’affinités intellectuelles entre eux. Très vite Laure devient addict au réseau social et surtout addict aux échanges avec Vincent avec qui elle ne communique que par messagerie instantanée jamais par téléphone, le jeune homme semblant peu empressé pour la rencontrer physiquement. Leur complicité devient ainsi flirt puis sentiment amoureux sans qu’ils ne se soient jamais rencontrés.
Vincent renvoie l’image d’un être solaire sur les réseaux sociaux mais qu’en est-il en réalité? « La seule chose qu’elle connaissait de cet homme était un amas de signes qui, comme tous les signes, s’interprétaient selon un contexte, dont elle ignorait presque tout ». Peu à peu Laure va s’interroger sur la portée d’une émoticône cœur, scruter avec angoisse le fameux point vert qui indique qu’il est connecté, qu’il est derrière son écran alors qu’il ne lui répond pas « L’objet magique devenait instrument de torture ». Elle va chercher à le connaître en scrutant sa page Facebook, en lisant les commentaires de ses amis, elle va lire les mêmes livres, regarder les mêmes films que lui et surtout interpréter le moindre signe. Cela vire vite à l’obsession, la jalousie pointe… Mais ne se fait-elle pas un film? N’ imagine-t-elle pas qu’ « il pourrait même être celui qui sera l’homme que j’aime«  comme le chante si bien Véronique Sanson.
 » Le virtuel amplifiait l’incertitude car les gestes, les regards, le ton de la voix, tous ces indices participant à la bonne compréhension du message étaient absents.« 
Stéphanie Dupays analyse de façon très fine et très juste les réseaux sociaux et en particulier l’amour à l’époque de ce mode de communication moderne. J’ai trouvé intéressant qu’elle mette en scène une femme passionnée de littérature qui vit dans les livres et voit le monde à travers les grands auteurs qu’elle côtoie tous les jours dans ses lectures. Le récit est truffé de citations qui font écho à la relation virtuelle que vit Laure avec Vincent, Proust est notamment très présent. «  Swan (Proust) serait devenu fou sur Messenger. Lui qui interprétait le moindre signe, qui trouvait dans chaque geste ou chaque mot de quoi nourrir sa jalousie, aurait trouvé un réservoir inépuisable de souffrance. » Stéphanie Dupays nous raconte une histoire qui illustre à merveille la confusion qui peut s’installer entre vie virtuelle et vraie vie, elle montre l’emballement de l’imaginaire à l’origine d’un emballement amoureux, elle dissèque les ravages engendrés par la sur-interprétation du moindre signe. Sans aucune ironie ni exagération, elle questionne notre rapport aux réseaux sociaux, ce nouveau mode de communication qui change les relations humaines, elle met en évidence la solitude dans laquelle ils peuvent maintenir, malgré les apparences, ceux qui les voient comme un remède à leur solitude. Une démonstration implacable sur un monde où l’apparence, la façade priment hélas trop souvent. «  La bonne humeur est l’ingrédient indispensable du cliché entre amis pour les réseaux sociaux « Joëlle Guinard
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Et voilà mon premier vrai coup de cœur dans le cadre des 68 premières  fois
« Comme elle l’imagine » raconte une petite année de la vie de Laure, pas tout à fait la quarantaine. Laure est brillante, professeure à l’université, spécialiste de Flaubert. Laure analyse les textes, organise des colloques, fait des recherches. Laure passe son temps à rêver sa vie et sort d’une relation de dix ans. Elle rencontre Vincent sur Facebook et des conversations privées commencent à naître entre eux.
Ce texte m’a tellement parlé, je me suis tellement retrouvée en Laure quand il y a 21 ans j’ai rencontré mon futur mari sur un chat (les prémices des réseaux sociaux). J’avais beau avoir 17 ans et Laure presque 40, les états d’âmes sont les mêmes. L’attente d’un message, l’esprit qui vagabonde, la jalousie de savoir qu’il parle peut-être de la même manière à d’autres filles, le cœur qui bat quand on voit qu’il se connecte, les mois de discussions par écran interposé, et puis un jour, la rencontre en chair et en os.
Non vraiment, j’ai trouvé ce roman brillant, beaucoup de belles références et citations littéraires ou cinématographiques, une lecture très fluide, bref je vous le recommande ! Notre époque, le rapport aux réseaux sociaux, nous ici sur bookstagram, les blogs, FB, etc. nous ne pouvons qu’être interpellés par ce roman.- Marie-Anne Pittala
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Laure, professeur de lettres, spécialiste reconnue de Proust et de Flaubert, se retrouve seule après avoir quitté son mari Olivier dont elle a partagé la vie pendant dix ans. Pas facile de restée seule quand autour de soi tous les amis sont en couple et s’inquiètent de son célibat. Laure s’est inscrite sur un réseau de rencontres et croit avoir découvert la perle rare en la personne de Vincent, un écrivain. Ils ont les mêmes passions, se répondent au quart de tour. Ils s’écrivent plusieurs fois par jour jusqu’à l’obsession « une fantasmagorie ayant pris possession de son cerveau ». En tout cas du côté de Laure « Ces signes minuscules, numériques ou non, avaient beau être frustrants et n’être qu’un ersatz de la présence, on y était aussi accro que le drogué à sa dose quotidienne.  » Comme une midinette, Laure croit au grand amour alors que Vincent lui a clairement précisé qu’il ne tomberait plus jamais amoureux. Elle attend tout de leur première rencontre « Vincent était une idée façonnée par Laure à l’image exacte de son désir », Stéphanie Dupays se serait-elle inspirée de la chanson de Véronique Sanson pour choisir le titre de son livre ? Comme Je L’imagine : « Comme je l’imagine, il sourit d’un rien – Comme je l’imagine, il pense bien – Comme je l’imagine, il pourrait même – Être celui qui sera l’homme que j’aime … ». Vincent sera-t-il à la hauteur de ses espérances ?
Stéphanie Dupays n’a pas choisi au hasard les auteurs qui passionnent Laure. L’un, Flaubert a posé les bases du style littéraire moderne,. L’autre, Proust est connu pour sonder les variations de l’esprit humain notamment avec des thèmes comme l’amour et la jalousie. Proust cherche à décrire la réalité, la vérité telle qu’elle est vécue, ressentie, dans tous ses aspects, par le narrateur et les personnages. Ses phrases se doivent de transcrire le plus fidèlement possible la réalité sensible et tous ses plans (physiques, émotionnels, sensoriels).
Stéphanie Dupays décrit avec précision le fonctionnement des réseaux sociaux, les avantages ainsi que les désillusions qu’ils occasionnent. Un sujet d’actualité brûlante qui n’aurait pas pu être traité ne serait ce qu’il y a dix ans. De nos jours, les jeunes en recherche de l’âme sœur/frère ne comptent plus sur le hasard des rencontres. Ils s’inscrivent directement sur les réseaux sociaux décrivant avec force détails le profil idéal de la compagne ou du compagnon recherché. Où est passé le romantisme dans tout cela, la magie de la découverte de l’autre ? – Françoise Le Goaëc
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Stéphanie Dupays va bien plus loin qu’une simple histoire émotionnelle. Elle décortique de manière ciselée, intellectuelle, le rapport amoureux, la littérature, le cinéma, les arts, l’éblouissement imparfait du jeu de la séduction. Il y a comme une analyse sociologique d’un rapport de correspondance virtuelle du 21ème siècle, la mise en abime avec les grands romans de la littérature française où le courtois se buvait à petit gorgée dans les salons et les boudoirs cachés des regards. Elle nous montre le paradoxe de ce monde virtuel, où l’écran a pris le rôle du compagnon nous contraignant sans nous en rendre compte, à mettre en jachère le réel. Chacun s’est réfugié derrière l’image bleutée pixelisée, attendant la jouissance du lien, de la petite bulle bleue, verte, rouge qui donne naissance à la discussion, les likes récoltés. Comme un curseur, un point 2.0, la fin d’une ère et le début d’une nouvelle.
Pour tout dire, je ne sais si j’ai réellement aimé ce roman ou non, si j’ai aimé ce personnage de femme qui se prête elle aussi au jeu séduisant des réseaux sociaux après avoir été instrumentalisé. Mais il montre une vraie facette de notre société. Un monde qui s’est réfugié derrière des écrans sans chercher à percer la vérité, la sincérité, à complexifier les relations et les tendre vers un miroir aux alouettes. Un roman sur la solitude d’un monde réel. Un monde où l’amour 2.0 n’a jamais été aussi proche du 0. Une écriture.  – Sabine Faulmeyer
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Laure a découvert Facebook un peu part hasard. De fil en aiguille, elle a commencé à discuter avec Vincent, en qui elle a trouvé un alter-ego. Ils partagent les mêmes références culturelles, ont le même humour et passent du temps à « parler » ensemble. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que l’universitaire esseulée tombe amoureuse. Elle aimerait bien que leur histoire se concrétise. Reims n’est pas si loin de Paris.
Le jour tant attendu arrive, mais au lieu de rassurer Laure sur la solidité de leur relation, cette rencontre la rend plus fragile. Laure commence à douter, à s’interroger. Elle qui avait déjà pris l’habitude de fouiller le Web pour « apprendre à connaître » Vincent se retrouve à passer des heures devant son écran pour traquer des infos et des indices qui sont en réalité bien loin de la rassurer. Ainsi faisant, elle entretient un cercle vicieux qui l’isole et la rend toujours plus dépendante de sa relation et des réseaux sociaux. Happée, hypnotisée, quel électrochoc pourra bien la réveiller ?
C’est le second roman de Stéphanie Dupays. Il n’est pas très long (à peine 160 pages dans une police de caractères assez grande), mais il est dense et difficile à lâcher une fois qu’on l’a commencé. Si Vincent ne semble pas être un personnage très sympathique, Laure pourrait être une amie, un proche.
J’ai beaucoup aimé cette histoire qui évoque de façon très juste plusieurs thèmes sociétaux très contemporains. Avant même de souligner la place qu’ont pris les écrans dans nos relations aux autres, Comme elle l’imagine traite de la solitude, même lorsqu’on a une vie sociale, au travail et en dehors. Qu’est-ce qu’entretenir des vrais liens d’amitié lorsqu’on ne pense qu’à retrouver le monde tel que nous l’apportent nos écrans ? Cultive-t-on vraiment son jardin secret en surfant sur le Web ?
En trame de fond, portant toutes ces questions, Stéphanie Dupays explore aussi, et de façon très moderne, l’éternelle question du sentiment amoureux. L’amour au XXIème oscille entre tradition et nouveauté. Les réseaux sociaux alimentent les deux aspects : d’une part, ils recréent la possibilité d’une correspondance, de l’autre, ils tendent vers la transparence absolue, qui pose question, même au sein d’un couple. – Claire Séjournet
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Bon autant vous dire que ni la couverture ni l’histoire n’ont suscité en moi un quelconque engouement pour entrer dans cette lecture.
Et pourtant…
Stéphanie Dupays, interroge à travers une femme trentenaire, professeur de littérature, spécialiste de Flaubert, les signes, leurs interprétations, la frontière qui sépare fantasme et imaginaire, ces chimères qui prennent possession de notre corps de notre tête, la révolution contemporaine des réseaux sociaux, l’impact qu’ont la littérature et la musique sur nos relations, notre façon d’aimer, les codes de la séduction, le jeu amoureux.
Elle raconte ce qui fait l’intemporalité du sentiment amoureux: l’attente, le désir, l’inquiétude au travers d’une instantanéité que représente cet objet qu’elle qualifie comme « un système de signes qui véhiculaient une idéologie tacite ».
Elle interroge ainsi notre sentiment de liberté car par la médiation du portable, l’incertitude qui définit l’instant de séduction est sensée disparaître notamment grâce à cette immédiateté. Il n’est, cependant, qu’entrave et asservissement.
Cette spécialiste du sentiment amoureux, experte des mots et de l’écrit, paradoxalement, se focalise sur ce que les messages ne semblent pas inclure, ne parvient pas à prendre de la distance, est dans la surinterprétation.
L’être aimé n’est ainsi qu’un système de signes qu’elle tente d’interpréter.
L’auteur interroge ainsi l’existence d’un dialogue amoureux sans la rencontre, sans le regard, sans les gestes, l’odeur, la voix.
Elle questionne cette apparente complicité qui existerait grâce à ce tiers virtuel qui altère les comportements, une union avec un fantôme qui ne cesse de mettre cette femme face à sa solitude.
Elle interroge sur la toxicité de ce monde virtuel mais également sur l’influence des livres qui masquent le réel et qui fait que l’on tomberait amoureux.
C’est un livre agréable à lire. – Alexandra Lahcène
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En 2016, j’avais lu – et beaucoup aimé – son premier roman « Brillante ». Je viens de terminer le deuxième « Comme elle l’imagine » et j’ai adoré. Décidément Stéphanie Dupays a un talent fou pour analyser la vie quotidienne, qu’il s’agisse du monde du travail et de ses travers, ou du sentiment amoureux à l’heure d’Internet.
Laure rencontre Vincent sur Facebook et, à coup de messages publics, puis privés et de SMS, en tombe amoureuse. Elle a l’impression de tout connaître de ses goûts, ses manies, ses penchants mais… cela reste virtuel. Qu’en sera-t-il s’ils se rencontrent réellement ?
Dans une langue simple et fluide, un vocabulaire adéquat, minutieusement choisi, l’auteure décortique une histoire d’amour à l’heure des réseaux sociaux. Elle dissèque chaque émoi de Laure dans l’attente d’un message de Vincent, d’un like, de la petite lumière verte synonyme de connexion, mais aussi de ses déceptions, il est connecté mais ne répond pas, il s’est déconnecté… Toute une vie attachée à un clic. Mais tout autant que l’observation du sentiment et de ses évolutions, j’y ai trouvé une étude décapante de ces fameux réseaux. Elle nous met – et, si c’est déroutant c’est également très pédagogique – face à nos propres dérives en la matière. « Au printemps précédent, Laure s’était inscrite sur Facebook… L’alibi culturel, c’était le prétexte qu’elle avançait pour justifier les heures qu’elle passait désormais à naviguer de page en page.«  Après tout, n’est-ce pas ma propre excuse ? Laure se crée un portrait de Vincent au gré de ses posts :« Il ne montrait aucune photo de vacances, aucune photo de repas ou de sortie entre amis. Contrairement à beaucoup d’utilisateurs Facebook, il ne photographiait pas tout ce qu’il mangeait, ce que Laure apprécia. » Virtualité, quand tu nous tiens !
Et comme mon plaisir de lire se niche aussi parfois dans les détails, la surprise fut belle d’y retrouver quelques vers de mon poète contemporain préféré, René-Guy Cadou, dédiés à son aimée Hélène. J’ai aussi souri de la description parfaite de Palavas-les-Flots, plus communément appelée Palavas par les locaux : « La ville ne ressemblait en rien à ce qu’elle avait imaginé. Pour elle, Palavas c’était la mer bleu franc d’où se détachaient des voiliers blancs, les vagues mourantes se perdant sur le sable dans un tourbillon d’écume, comme dans le tableau de Gustave Courbet…Ce fut un bord de mer bétonné, des boutiques saturées de souvenirs made in China, des restaurants aux devantures criardes que découvrit Laure. »
Un roman captivant par sa simplicité d’écriture, sa facilité de lecture, l’intelligence et la pertinence de ses analyses, la richesse des références littéraires et musicales et à titre plus personnel le recul qu’il m’a permis de prendre vis-à-vis de Facebook et de ses leurres. – Geneviève Munier
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Quand on lit l »œuvre d’une amie on sait l’importance de la subjectivité et tant mieux.
Mais quand le talent d’écriture est là … belle symbiose entre émotion et admiration .
J’ai retrouvé ce que j »avais tant aimé dans « Brillante » : l’intelligence, la finesse, le regard acéré sur la société, la mécanique des cœurs…
Avec délicatesse, Stéphanie Dupays déplie les fines couches de protection pour nous donner à voir l’intime, le sensible, le fragile.
On peut se croire caché, jouer à « il était une fois », se permettre sincère, se mettre en danger, à nu,le monde virtuel fait miroiter des possibles, nous entraine dans ces zones de brume où les espoirs se perdent, nous laissant seul face à l’écran noir … détourner la tête vers la fenêtre, vers la lumière, la vie qui bat dehors au rythme des saisons, il y fait froid, il y fait chaud … c’est selon … – Christiane Arriudarre
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J’ai découvert le livre de Stéphanie Dupays peu après avoir entendu parler du roman de Camille Laurens, « Celle que vous croyez » et avoir appris qu’un film en avait été tiré. Il faut croire que le sujet de l’amour et ses désordres à l’heure des réseaux sociaux est devenu une question de société suffisamment importante pour que la scène culturelle s’en empare avec une telle ardeur.
Le premier chapitre est magnifique, le lecteur croit assister à une scène classique de la vie d’un couple partageant chez lui une fin de journée banale dans un monde rassurant, alors que…
J’ai aimé la façon dont l’auteure fait évoluer les protagonistes de « Comme elle l’imagine » dans un cercle urbain et intellectuel privilégié (Laure est chercheuse en littérature, Vincent est écrivain-documentariste). Comme quoi avoir bac+15 ne met pas à l’abri des erreurs de jugement et d’une existence remplie… d’un vide sidéral.
Elle analyse finement les nouvelles façons de se rencontrer dans la vie virtuelle, de se rapprocher et de mesurer ses affinités au travers d’un écran qui protège et aseptise, d’échanger sur une même longueur d’onde provoquant ainsi ravissement et désir (comme dans la vraie vie !).
Il semble qu’aimer à l’heure des réseaux sociaux induit de connaître désordres et désillusions, et d’emprunter les mêmes chemins que dans la vraie vie ; sauf que dans la nouvelle Carte du Tendre, une personne aimée virtuellement n’existe que dans l’esprit de celui qui la construit sur mesure pour répondre à ses attentes.
Elle a des pages magistrales sur l’addiction au like et la déconnexion du réel, sur l’attente fébrile des messages de l’être aimé, sur l’énergie exclusivement passée à chercher les signes dans quelques caractères d’un message Facebook, sur l’enthousiasme amoureux qui reste au stade de promesse (abondance de messages échangés mais absence de rencontre physique), sur le besoin de se rassurer en espionnant le compte du partenaire et le voyeurisme qui en découle, sur le décalage actes/paroles, sur les liens entre relation virtuelle et mensonge, amour et fantasme…
En bref, «Comme elle l’imagine» est une réussite, à la fois source d’interrogation et plaisir de lecture. – Marianne Le Roux Briet
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Qu’il est doux le temps où se forme le désir dans le cerveau d’un être humain. A chaque époque le moyen de communication se diversifie, se modernise, mais le mécanisme que déclenche une correspondance amoureuse est universel.
« Facebook est un peu une salle de shoot, non ? On peut se sevrer avec des images, les regarder indéfiniment jusqu’à se convaincre de la présence de l’autre. »
Découvrir que même en ayant partagé beaucoup de mails, de like, elle ne savait pas grand-chose des goûts de l’autre, c’est le premier pas pour quitter le monde de l’imaginaire, pour entrer dans la vie.
« Comme elle l’imagine » n’est pas superficiel ni anonyme comme peut l’être ce que l’on partage devant l’ordinateur. C’est un livre intelligent.
C’est le portrait, agrémenté de citations diverses et sympathiques, d’une femme à travers son lien avec internet que nous raconte Stéphanie Dupays. Parfois se dessine une certaine obsession de la part de Laure, il nous manque la version de Vincent. – Renaud Blunat
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C’est sans doute une question de génération mais je n’ai pas du tout adhéré à ce livre. Certes l’écriture est agréable, les références cinématographiques et littéraires plutôt sympa, mais l’histoire… Comment peut-on vivre ainsi par écrans interposés ? Après un commentaire de Vincent sur son facebook Laure va tomber amoureuse d’une chimère car le véritable Vincent est bien loin de l’image qu’elle s’en fait mais elle va chercher les non-dits derrière les mots, va le traquer sur son facebook, épier sa page et ses photos afin de débusquer une rivale. Elle va devenir complètement accro à son portable au point de négliger ses amis IRL. Elle reprendra heureusement pied dans la réalité.
Je pense cependant que ce roman trouvera un écho en beaucoup vu le nombre de personnes que l’on rencontre scotchées à leur portable. – Michèle Letellier
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Ce n’est pas la quatrième de couverture qui m’aurait incitée à me plonger dans ce roman : une histoire d’amour sur fond de réseau social, voilà qui évoque un parfum de déjà vu. C’est tout l’intérêt des lectures guidées par le choix d’un groupe, ici les 68 premières fois, de découvrir de nouvelles plumes, de se laisser surprendre par un récit beaucoup plus attractif que ne l’aurait laissé supposer les quelques lignes imprimées au verso. C’est aussi la preuve que l‘écriture fait tout, et peut transfigurer la banalité d’un sujet qui peut à première vue laisser indifférent. C’est pourtant le plus souvent de cette façon que l’on présente en quelques mots un livre dont on veut partager la lecture : par le sujet (d’où ces réactions inévitables. : encore la seconde (ou la première) guerre mondiale, encore la relation mère-fille, encore l’inceste…).
Pour revenir à Comme elle l’imagine, un autre élément défavorable pour un choix à l’instinct : le titre. C’est un peu tendance d’utiliser des titres de chansons, avec l’écueil de superposer deux univers dont chacun est le reflet d’un vécu qui s’inscrit dans une histoire personnelle, par les souvenirs et la période qui lui sont associés. Certes de nombreuses musicales références émaillent le récit et en justifie l’emploi.
Venons-en à cette rencontre avec Laure, universitaire spécialisée en littérature, qui tombe dans le doux piège des réseaux sociaux. L’essayer, c’est l’adopter, et au delà des alibis culturels, c’est bientôt sa solitude qu’elle offrira en sacrifice : le jeu périlleux de la séduction est un piège hautement dangereux. Outre les écueils d’une interprétation abusive, d’un procès d’intention, qui n’est pas l’apanage d’une correspondance en messages instantanés (les lettres reçues grâce au zèle des facteurs subissaient il y a quelques décennies le même sort), c’est la temporalité qui ajoute à l’angoisse. Réponse immédiate différée, pas de réponse…tout cela crée le manque, et dénature le raisonnement.
Belle leçon de prudence, qui s’adresse à nous tous. – Chantal Yvenou
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Belle surprise que ce roman tout en subtilité, à l’écriture classique pour une histoire contemporaine dans laquelle beaucoup se reconnaitront.
Je n’ai pas grand-chose à dire, sinon que j’ai passé un délicieux moment de lecture en compagnie de Laure, une jeune intellectuelle spécialiste de Flaubert qui se laisse happer, comme une midinette, par le miroir aux alouettes virtuelles de son écran. C’est bien écrit, délicat, les mots choisis sont toujours justes. Un régal dont le seul défaut est qu’il est trop court.
Je n’ai pas lu Brillante, son premier roman, mais je vais vite combler cette lacune. – Françoise Floride-Gentil
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Laure est professeur de lettres, satisfaite de son métier, entourée d’amis, elle vit seule et se sent bien ainsi, bien mieux que si elle était mal accompagnée comme on l’affirme si souvent. Pourtant, lorsqu’elle tombe sur Vincent, rencontré à la suite de quelques échanges sur Facebook, échanges qui montraient leur communion d’idées et de point de vue, rapidement l’envie d’en savoir plus, de le connaitre et surtout de le rencontrer va se faire de plus en plus prégnante.

Habituée à sa solitude ordinaire, celle du bonheur de se retrouver avec un livre chez elle par exemple, elle va désormais sombrer dans la solitude forcée, celle qui la pousse à attendre près de l’ordinateur la petite lumière verte qui lui dit qu’il est là, qu’il va lui parler…Ah le piège des échanges virtuels, ceux qui permettent de tout dire sans risque, sans le regard de l’autre, sans s’impliquer dangereusement. Piège également de l’immédiateté, qui fait se poser mille et une questions lorsqu’il n’y a pas de réponses mais que la présence est avérée… Laure a besoin de ces échanges, autant pour découvrir Vincent que pour se révéler à elle-même, différente, plus libre peut-être ? Pourtant Laure examine, détaille, décortique chaque mot, photo, réaction de Vincent, pour tenter de le comprendre mais au risque aussi d’interpréter à sa façon et de s’imaginer ce qui n’est pas.

Lorsqu’elle provoque la rencontre avec celui dont elle est tombée amoureuse par écran interposé, le résultat ne sera pas forcément identique pour chacun d’eux. Alors, passion qui ébloui, amour qui rend aveugle, solitude trompée dans un échange fragile et sans lendemain ? Et si l’amour, le vrai, était plutôt celui d’à côté, concret, réel, vivant ?

Voilà une intéressante analyse de l’influence des réseaux sociaux sur notre vie au quotidien, addiction, vérité ou faux-semblants, par le biais de son héroïne, l’auteur fait une fois de plus une analyse brillante de notre société. Ou quand le virtuel change les codes, mais utilise toutes les phases de la relation amoureuse, en particulier épistolaire, même si le rapport au temps, en particulier l’attente, n’existe plus et modifie ces codes de la relation amoureuse, pour le meilleur mais certainement aussi pour le pire !

Je ne peux m’empêcher de penser à (et de vous conseiller également !) la lecture du roman de Philippe Annocque que j’avais vraiment beaucoup aimé : Seule la nuit tombe dans ses bras.Dominique Sudre

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Après avoir exploré le monde de la grande multinationale dans Brillante, Stéphanie Dupays confirme son talent d’analyste de notre société en racontant la rencontre de Laure et Vincent via Facebook et leur histoire d’amour.
Laure et Vincent ne se sont jamais rencontrés, pourtant ils partagent beaucoup de leur intimité, aiment échanger sur leurs lectures, leurs films, leur vie… C’est par le truchement de leurs comptes Facebook qu’ils ont fait connaissance et qu’ils correspondent régulièrement. «Elle avait trouvé un cocon chaud et doux, où elle pouvait faire halte, et, si quelqu’un la comprenait vraiment, ses nuits d’insomnie étaient moins noires. En quelques semaines, l’admiration se mêla d’affection, le plaisir de recevoir un message vira à l’attente du suivant, la complicité se transforma en sentiment amoureux.» Laure attend avec impatience le prochain message de son ami virtuel.
Enseignante et agrégée de lettres, elle sait décortiquer les phrases, sait le poids des mots, sait chercher les signes derrière les expressions et sait jouer avec la langue. Mais ce qui lui plaît aussi dans ses échanges, c’est aussi l’effet-miroir, l’image d’elle qui lui renvoie son correspondant «une autre version d’elle-même. Non plus la prof sérieuse penchée sur ses copies, un stylo à la main, devant un thé et une profiterole au café d’en bas, mais une femme flirtant avec un homme qu’elle n’avait jamais rencontré.» Une femme qui confie sa mélancolie et s’imagine pouvoir tirer un trait sur sa relation passée en s’investissant davantage dans cette «relation électronique». Elle s’intéresse aux auteurs qu’il affectionne autant qu’à tout ce qui touche Reims, la ville où il est domicilié. Elle dresse des listes des films et des livres dont il parle et elle interroge Facebook pour y trouver des informations supplémentaires, dénicher l’ex-copine de Vincent et n’hésite pas à la demander en amie pour pouvoir creuser affiner son profil. «Laure échafaudait des hypothèses, inventait des scènes de rupture, construisait des scénarios.»
Hypnotisée par l’écran, elle va devenir de plus en plus addictive aux signes et aux messages, au point de ne plus pouvoir supporter de trop longs silences et de maudire celui qui la faisait tant languir. Jusqu’au jour où la rencontre tant espérée à lieu: «Il était là, devant elle. Celui dont elle avait tant rêvé, celui dont elle avait pressenti à partir d’un amas de signes numériques qu’il pourrait être le bon. Et à chaque phrase elle sentait que son intention se vérifiait.»
Si ce roman est si réussi, c’est que la romancière parvient fort bien à montrer que l’amour au temps de Facebook conserve les mêmes codes qu’aux siècles passés, que la passion empêche le discernement, que l’on projette sur l’autre ses désirs, que l’on efface ses doutes pour une promesse de bonheur aléatoire.
Même si très vite il aurait pu se rendre compte que l‘investissement de Vincent était bien plus restreint, qu’il se satisfaisait des quelques heures passées ensemble, qu’il ne parlait pas de s’installer avec elle ou de l’inviter chez lui, elle s’attachait à son rêve. Par la même occasion, elle s’interdisait la possibilité d’une «vraie rencontre».
Comme dans Brillante,son précédent roman, Stéphanie Dupays analyse notre société avec beaucoup d’acuité. Sans porter de jugement, elle analyse les ressorts de l’élan amoureux au temps des réseaux sociaux et montre combien il faut se méfier du fossé entre virtuel et réel. – Henri-Charles Dahlem
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Laure, professeur trentenaire, seule, va se livrer sur Facebook à un échange nourri de messages avec Vincent. Même amours de Flaubert, Proust, René Guy Cadou ou encore Véronique Sanson, J.J. Goldman, de la nostalgie, des vieux films de Rohmer… Laure est séduite.
« J’aime à vous écrire, c’est épouvantable, c’est donc que j’aime votre absence » Mme de Sévigné.
Est-elle amoureuse ou est-ce la recherche du sentiment amoureux qui rend Vincent si attirant ? Les réseaux sociaux ont changé la manière de se rencontrer pour certains : se livrer sincèrement, être dans l’attente de l’approbation de l’autre, dans l’inquiétude si la réponse tarde, le désir d’apprendre à connaître virtuellement Vincent, pour se convaincre que ce sera la bonne personne, avant de l’avoir face à soi. Tout cela donne l’impression à Laure de vivre plus intensément, de remplir l’espace vide, de développer un lien plus fort puisqu’elle a été comprise.
L’auteur nous offre un roman ciselé, ponctué de références littéraires, pour décrire la solitude d’aujourd’hui. Elle intellectualise, décortique la rencontre 2.0, les amitiés virtuelles, la relation créée par Laure dans sa soif d’amour, son besoin de reconnaissance et paradoxalement d’un réel alter-ego puisqu’elle a été elle-même, totalement, avant la rencontre physique.
Un récit maîtrisé, enlevé, pour décrire un sujet d’une grande banalité, avec justesse, dans un monde où le portable est posé entre les individus en permanence dans l’attente d’un partage que l’on a trop souvent des difficultés à vivre face à face. La prédation de pseudo-séducteurs qui vampirisent les informations confiées pour construire l’amoureux idéal de femmes rendues naïves par excès de solitude.
Une fiction pour alerter sur la solitude, la rupture de contact vrai entre les individus, qui trouvera certainement son lectorat. Un roman adroit qui donne à réfléchir sur nos pratiques sur les réseaux sociaux.  – Laurence Lamy
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Amour virtuel, dépendance aux réseaux sociaux, oubli de la “vraie vie “, piège d’internet, des réseaux sociaux … Une vraie analyse des rapports sociaux actuels et de leurs dérives. A rester en contact avec des inconnus et des “ like “, l’imaginaire prend le dessus et la dépendance s’installe.
Laure, un peu esseulée, va tomber dans les mailles du net, jusqu’à s’inventer une histoire d’amour guère satisfaisante.
Ce livre est subtil et tellement vrai que sa lecture devient dérangeante et angoissante. L’issue est néanmoins optimiste, ce qui dans la réalité ne doit pas toujours être le cas. Attention , danger !  – Anne-Claire Guisard
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L’amour, ce grand mystère. Quelle est la part du fantasme et celle de la réalité dans le désir que l’on projette sur l’autre tant convoité ? Comment notre environnement intellectuel et artistique a-t-il façonné notre image de l’amour ? Ces questions n’étaient déjà pas simples à l’ère du papier, se sont complexifiées avec l’audio-visuel et l’avènement des images… alors, que dire du temps présent, à l’ère du digital, des réseaux sociaux et de la représentation permanente ?

Stéphanie Dupays s’empare de ces questions avec l’acuité d’une observatrice attentive de la comédie sociale à l’heure des réseaux, et le recul d’une amoureuse de la littérature habituée à lire entre les lignes. Rien d’anodin en effet à ce que Laure, son héroïne soit professeure de littérature à la Sorbonne, et spécialiste de Flaubert. Le sentiment amoureux, en littérature, c’est un peu son truc, elle le décortique dans les textes à longueur de journées, tentant d’en faire partager les subtilités à ses étudiants. Alors, lorsqu’elle entame une relation virtuelle avec Vincent, forcément, chaque mot compte. Posts. Commentaires de posts. Messages privés. Ceux qu’ils échangent. Ceux que leurs contacts laissent à leur tour. La façon dont tout ce petit monde interagit. Laure est amoureuse, rêve de rencontrer enfin Vincent. Mais qui a-t-elle envie de rencontrer ? L’homme qu’elle imagine autour des indices qu’il sème à son intention ? L’image qu’il projette et celle qu’elle fantasme sont-elles conformes à la réalité ?

J’avoue que l’observation de nos comportements sur la toile est terriblement juste et fait prendre conscience des déviances que les écrans induisent dans notre jeu social. Ou plutôt de la façon dont ils les accentuent, voire les pervertissent. Parce que l’attente, le rêve, le fantasme, tous les ingrédients de la mécanique du jeu amoureux n’ont pas attendu Facebook ou Instagram pour déclencher les tempêtes sous les crânes, à tout âge. Ce qui a changé, c’est l’instantanéité. Comme le téléphone a bousculé les relations épistolaires, la messagerie instantanée et son petit point vert ont décuplé la tachycardie inhérente au doute instillé par l’attente. Le jeu amoureux est désormais « multimedia » comme l’a d’ailleurs montré récemment avec beaucoup d’humour Philippe Annocque dans Seule la nuit tombe dans ses bras (Quidam / août 2018), avec la perversion que cela induit, cette capacité à espionner l’autre au moyen de ses actions en ligne.

Mais ce qui explose à la lecture de ce roman, c’est l’illusion dans laquelle un individu peut s’enfermer. L’illusion de relations, amicales ou amoureuses. Illusion car leur virtualité fausse toute notion d’engagement, toute implication. Le parcours de Laure qui « souffrait d’une déformation professionnelle : elle voyait le réel à travers les livres » est en ce sens révélateur. Sa vision du réel ne passe plus seulement par les livres, mais désormais par l’écran de son ordinateur ou de son téléphone. Consciente que chaque individu se définit aussi par ses goûts littéraires ou artistiques, les musiques qu’il écoute, quelle crédibilité alors accorder à ce que chacun dévoile de soi sur les réseaux ? Sincérité ou mise en scène ? Là encore, le jeu de rôle éventuel ou la mystification ne sont pas des phénomènes nouveaux dans le jeu amoureux. Ce sont les outils qui ont changé et la façon dont ils vous jettent en pâture à un public dont vous vous seriez bien passé. Des outils qui vous attrapent sur la base d’une fausse promesse : briser votre solitude.

Stéphanie Dupays mène finement sa barque, avec un recul constant qui permet de décortiquer la mécanique des sentiments dans l’esprit de Laure. On est dans la raison, plus que dans l’émotion. Là où Camille Laurens montrait la dérive psychotique d’une femme engluée dans ses jeux de rôles et de séduction par écrans interposés (Celle que vous croyez – Gallimard – janvier 2016 et récemment superbement adapté au cinéma avec Juliette Binoche dans le rôle de Claire), Stéphanie Dupays dote Laure d’une solidité psychologique à toute épreuve. Tout en laissant affleurer le danger qui pointe à la moindre perte d’équilibre…

Disons qu’en refermant  le livre, on a juste envie d’organiser une bonne soirée entre amis, IRL comme on dit sur les réseaux, et de se moquer un peu plus des drôles de demandes de mise en relation que l’on reçoit parfois. CQFD.  – Nicole Grundlinger

Ivoire – Niels Labuzan

“Tant que l’homme pense que ses faiblesses peuvent être compensées par de la bile, du foie, des pattes, des griffes, qu’il lui suffit de consommer ou d’accumuler des parties animales pour guérir ou pour exister, tant que les pays consommateurs de cornes, d’écailles et autres produits issus de la faune sauvage ne décident pas d’interdire ces pratiques et de les condamner, le braconnage prospérera toujours plus.”

Ivoire

Au Botswana, les animaux, et en particulier les éléphants, ont trouvé un refuge : des hommes veillent nuit et jour pour préserver la vie sauvage. C’est là que le combat a été engagé avec la plus grande volonté contre le braconnage. Les personnages de ce roman sont tous partie prenante d’une guerre bien particulière qui se joue en Afrique mais qui nous concerne tous. Douaniers, rangers, militaires, éleveurs, civils, braconniers… ils tuent ou protègent, vivent au milieu de ces paysages grandioses, entourés de ces animaux qui ont pu conserver leur liberté et leur dignité. Tous connaissent le prix de ces vies, savent ce que certains hommes sont capables de faire pour de l’ivoire ou une peau. Parmi eux il y a Seretse, qui travaille pour le gouvernement du Botswana, Erin, qui a quitté la France pour vivre dans une réserve et Bojosi, un ancien braconnier reconverti en garde. Ils n’idéalisent pas la nature, ne la sacralisent pas, ils y vivent, la protègent et pourraient y mourir.
Un roman superbe qui interroge les liens de l’homme avec la nature et le monde sauvage.
Pour ma part, ce roman m’a sensibilisée, marquée et fait prendre conscience de la responsabilité que nous avons tous.
Très belle écriture.  – Gloria Rodriguez
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Aidé d’une solide documentation et d’un séjour au Botswana, Niels Labuzan nous propose une réflexion sur la place des animaux sauvages en Afrique sous la forme d’un thriller. Passionnant !
Ce qui frappe d’abord en lisant «Ivoire», c’est la somme d’informations – qui font souvent froid dans le dos – que l’auteur a rassemblé. Comme le rappelle Le Monde, Niels Labuzan a passé des mois à rechercher et trier la documentation avant de se rendre au Botswana, en avril 2017 : «Il a étudié les ­enquêtes d’Interpol sur le trafic d’ivoire et compulsé des articles sur les massacres d’éléphants commis au Cameroun ou au Congo par des janjawids, les sinistres miliciens soudanais, échappés du Darfour.»
Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien davantage un roman d’aventures, un thriller qu’une thèse sur le trafic d’ivoire qu’il nous propose. Dans les somptueux paysages de l’Afrique encore sauvage, une course contre la montre est lancée pour préserver une faune de plus en plus menacée. Si l’éléphant figure en début de cette terrible liste, c’est qu’il voit tout à la fois son milieu naturel subir les assauts de l’homme et du climat et les braconniers les abattre à une cadence infernale. La Tanzanie a perdu 60% de ses éléphants en cinq ans, le Mozambique presque 50%. Le delta de l’Okavango peut sembler un sanctuaire, mais la menace se fait de plus en plus forte et visible. Face à une organisation mafieuse bien structurée, bien équipée et qui génère des milliers de dollars de bénéfices les rangers font ce qu’ils peuvent. Un soutien leur est apporté par Erin, une Française bien décidée à contrecarrer les trafiquants en traçant une carte des routes de l’ivoire. «Ça l’avait occupée pendant des années, avoir une vision claire du trafic, de la complexité de ces échanges globalisés. Elle était certaine de pouvoir exposer la manière dont la marchandise quittait le territoire africain et était acheminée à travers le monde. Elle avait réfléchi à la façon dont elle pourrait infiltrer un réseau de contrebande.»
Au moment où s’ouvre à Kasane une conférence chargée de faire le point sur les mesures prises au niveau international, on apprend que trente cadavres d’éléphants ont été retrouvés en RDC. Le secrétaire permanent Felix Masilo décide alors d’envoyer Seretse, au service du gouvernement du Botswana, pour une mission délicate: intégrer des défenses équipées d’un traceur dans un chargement de défenses d’un réseau de contrebande.
Arrêtons-nous du reste sur les acteurs de ce trafic qui réservent aussi quelques surprises, comme par exemple le fait qu’une femme soit à leur tête. Yang, une Chinoise qui avait «eu l’occasion de faire passer deux défenses braconnées en Chine, pour un couple de touristes, gagnant en un aller-retour ce qu’elle gagnait en un mois comme traductrice» et qui en une quinzaine d’années avait monté un réseau florissant car 70% de l’ivoire des éléphants tués en Afrique partent en Chine.
Celui qui est familier des règles de ce milieu est Bojosi. Aujourd’hui garde d’un territoire qu’il connaît parfaitement, il a été braconnier et se fait fort d’infiltrer leur milieu. Une opération risquée à l’issue des plus incertaines.
Niels Labuzan réussit parfaitement à nous sensibiliser à cette question en nous menant au cœur de cette opération, en nous faisant découvrir des tonnes d’ivoire, en nous expliquant les enjeux politiques et économiques de ce marché et en nous offrant un épilogue aussi dramatique que spectaculaire. – Henri-Charles Dahlem
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Un premier roman qui nous transporte en Afrique et dans les forêts, les réserves, et va nous parler surtout du trafic d’Ivoire et du braconnage des éléphants. Même si des mesures sont mises en place par les pays : grande messe de protection, lois édictées, parcs-réserves labellisés pour protéger les animaux. Le trafic perdure et intéresse le monde entier. A travers plusieurs personnages, l’auteur nous décrit ce monde de la nature sauvage mais aussi le système de trafic. Chaque personnage est bien campé et il décrit très bien les ambivalences de chacun. Internationaux, l’ivoire intéresse tous : certains ont décidé de consacrer leur vie à la sauvegarde des éléphants. Un beau portrait de cette femme britannique, qui dirige une réserve et qui tente de lutter contre les braconniers. Elle va monter avec des politiques locaux, un portrait d’un jeune homme qui vient d’être nommé dans un ministère, un piège pour réussir à trouver les chemins des trafics. Très documenté, ce livre nous décrit très bien chaque situation, chaque personnage. Une lecture où l’on en apprend beaucoup mais qui se lit aussi comme un roman policier, car on va suivre de mystérieuses cornes d’ivoire, à travers l’Afrique, mais on va rencontrer des conservateurs français (je viens de visiter le nouveau ancien muséum de Bordeaux où il y a d’ailleurs certains spécimens d’animaux aujourd’hui disparus), une Britannique qui dirige une réserve, des anciens braconniers qui sont devenus des rangers, une chinoise qui va faire fortune avec ce trafic de l’or blanc mais l’auteur va aussi nous raconter le monde des éléphants (quelques références aussi à Dumbo, dont l’adaptation de Tim Burton vient de sortir en salles). J’ai beaucoup apprécié cette lecture, car j’ai découvert un univers. Un très réussi roman et je vais lire le premier texte de cet auteur. Merci encore aux fées du groupe des 68premièresfois de me faire lire de tel texte.  – Catherine Airaud
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Un roman qui nous parle de l’extinction de la faune sauvage et plus particulièrement des éléphants d’Afrique et du trafic autour de leurs défenses.
Nous sommes tous conscients du péril encouru par de nombreuses espèces animales ; nous avons tous entendu parler du braconnage, des chasses organisées pour les touristes fortunés et du commerce illégal de l’ivoire ou encore de la corne de rhinocéros… Oui, mais c’est loin ; cela concerne l’Afrique et il y a comme un décalage entre la prise de conscience et le fait de se sentir personnellement concerné.
C’est un peu le propos de ce roman : nous plonger dans la réalité de la lutte pour la préservation des éléphants du Bostwana. Niels Labuzan met entre nos mains un roman d’aventure mais aussi un essai romancé sur l’action des hommes sur le monde sauvage entre motivations mercantiles, enjeux divers et variés et grands idéaux.
Le titre donne le ton : l’éléphant a perdu son identité animale, sa prestance et sa place dans la faune sauvage, réduit à la substance de ses défenses et au profit que l’on peut en tirer, ramené à une partie de son corps. On appelle cet effet de style une synecdoque.
D’abord, j’ai pris une carte de l’Afrique centrale et australe sous les yeux pour bien repérer les territoires car il est évident que Niels Labuzan nous propose un vrai dépaysement et que les lieux ont une grande importance dans le récit ; les zones et les surfaces à couvrir, à surveiller, à parcourir, à prendre en compte dans tous les sens prennent ainsi forme et surtout ampleur.
Les personnages viennent d’horizon différents, d’Afrique, d’Europe et d’Asie ; ils appartiennent aux types de protagonistes des romans d’aventures, trafiquants sans scrupules, braconniers, rangers, défenseurs de l’environnement, fonctionnaires zélés ou corruptibles… Pris individuellement, leur parcours explique et motive leurs actes quel que soit le camp où il se trouve, même quand ils en changent ; ils ont chacun leur part de mystère, leurs zones d’ombre et de lumière et l’auteur a travaillé leur psychologie au-delà de leur simple rôle ou place dans le trafic à démanteler ; il est question de couples, de familles, de relations mère-fils…
L’écriture est fluide et agréable, aérée et efficace, à la fois didactique et pleine de suspense. Niels Labuzan sait manifestement de quoi il parle : sa fiction est construite sur du solide, du vérifiable et du vraisemblable. On dévore facilement les 350 pages, pris dans l’action, savourant le stratagème mis en œuvre pour remonter la filière.
Le dénouement est complexe : les héros ont fait leurs choix, pas forcément ceux qui paraissaient les plus en phase avec ce qu’ils étaient. Le roman a une fin mais les choses continuent… Niels Labuzan nous a placé au cœur de l’action pour nous montrer de près l’un des travers de notre époque et c’est superbement réussi.
Un bon livre sur un thème d’actualité.
Une approche intéressante et originale.
Le premier roman de Niels Labuzan, Cartographie de l’oubli, me tente bien, toujours sur l’Afrique et la problématique coloniale. – Aline Raynaud
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Un livre essentiel, à offrir aux amis, à diffuser dans toutes les écoles pour rappeler l‘esclavage des hommes, leur cupidité aussi qui organise des réseaux mafieux pour piller la nature, décimer des espèces animales dans le silence assourdissant du monde indifférent.
J’ai une grande admiration pour cet écrivain,  son travail d’investigation, sa plume qui nous offre un véritable thriller, son message qui nous rappelle que ceux qui tiennent les fusils sont aussi souvent, comme leurs proies, les victimes de la folie destructrice de certains hommes sans foi ni loi .
Un livre d’une brulante actualité où hier encore, une prise colossale de défenses d’éléphants et d’écailles de pangolin a été faite …une petite victoire dans un monde qui meurt.
Une rubrique qui rappelle que le dernier rhinocéros blanc vient de s’éteindre … – Christiane Arriudarre
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L’extinction de certaines espèces animales.
La folie des hommes prêts à tout pour de l’argent et l’engagement viscéral de quelques uns pour combattre le trafic d’ivoire.
C’est de tout cela dont parle « Ivoire » de Niels Labuzan.
Le Botswana, un pays engagé dans la lutte contre le braconnage, a beaucoup de mal à contenir le trafic et à le réduire car la corruption est très présente parmi ceux sensés défendre l’éléphant. Nous découvrons ce qui s’y déroule à travers principalement les yeux et le vécu de trois personnes. Erin, une femme, qui a tout quitté pour poursuivre un idéal. Bojosi, un braconnier repenti devenu ranger mais malheureusement rattrapé par son passé, par amitié. Seretse, rejeté par les siens, pauvres et démunis, car il a réussi à sortir de sa condition grâce à des études. Deux autres personnages secondaires mais non moins odieux et criminels : Thanu, un chef braconnier sans foi, ni loi. Si, la sienne ! et Yang une ancienne prostituée chinoise à la tête de réseaux de trafic d’ivoire.
Dès les premières pages l’auteur ne nous épargne pas. Le lecteur assiste à la mise à mort de l’animal et au carnage qui en résulte. Pour quelle raison l’éléphant perd t’il la vie ? Uniquement pour deux dents ! L’éléphant a beau être le plus grand animal terrestre, il est « sans défense » face à ses hommes armés jusqu’aux « dents » !!! Des hommes sans états d’âme juste animés par le gain, agissant pour quelques poignées de dollars souvent pour eux-mêmes survivre. Par la suite Niels Labuzan nous décrira les différentes formes de braconnage : au fusil, à la machette, à l’aide de produits chimiques qui ne tuent pas que l’animal mais l’environnement et par extension d’autres hommes.
Niels Labuzan, vibrant « défenseur » des animaux, utilise une écriture directe, « incisive » presque chirurgicale parfois. Il a choisi un thème rarement abordé dans les romans et pourtant si important. Il pousse un cri d’alarme et maîtrise parfaitement son sujet. Le lecteur passe par toutes les émotions : l’effroi devant le carnage, la tristesse de découvrir le piège dans lequel tombe Bojosi, l’espoir qu’Erin et son équipe parviennent à infiltrer la filière de l’ivoire et ainsi pour voir la détruire.
Bien que l’écriture soit seulement efficace et la fin un peu confuse, je ne peux qu’encourager tout le monde à lire « Ivoire » car plus il y aura de personnes informées et sensibilisées à la cause animale plus il sera possible de renverser la tendance et d’espérer arrêter ce trafic immonde.  – Françoise Le Goaëc
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Lorsque j’ai refermé la dernière page de Ivoire, je me suis demandée si je n’allais pas consacrer toutes ces heures que je passe à lire à des romances, des histoires d’héroïne aux yeux violets, belle, riche, fiancée à un merveilleux jeune homme et pour l’intrigue juste un petit quiproquo qui s’arrangerait à la fin. Et surtout, surtout, pas d’animaux. Je serai même prête à exiger le label « aucun animal n’a été maltraité même en pensée dans ce roman ». Voilà ce que je me suis dit.
Parce que lorsqu’on termine Ivoire, de nombreuses émotions négatives vous envahissent les pensées . De la colère, du désespoir, de la tristesse, de la pitié et surtout un immense sentiment d’impuissance.
Que faire en effet pour endiguer cette progression inexorable vers la disparition de nombreuses espèces d’animaux ? On ne parle même pas des hécatombes liées au changement climatique, mais juste de la tuerie organisée sur le continent africain, qui nourrit une foule d’intermédiaires qui ne voient que le profit immédiat. Le commerce de l’ivoire aura beau être banni officiellement en Chine, les réseaux commerciaux illégaux continueront de fleurir, jusqu’à ce que le manque de denrée première, c’est à dire les éléphants, ne donne plus de possibilité aux trafiquants. Mais même alors, il faudra que les pangolins et les ânes fassent attention à leurs fesses, car ils seront les nouvelles proies.
Niels Labuzan nous offre là un roman qui explique bien les tenants et aboutissants de ce trafic et le règne universel de l’argent au mépris de toute considération pour la vie, qu’elle soit humaine ou animale.
Certes on voit bien que la lutte est présente, mais peu efficace.
C’est très instructif, assez décourageant, et cela aurait mérité 5 étoiles si quelques tournures maladroites ne m’avaient posé problème à la lecture.  – Chantal Yvenou
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La lutte contre le braconnage et le trafic d’ivoire est au cœur de ce roman. Pour protéger les éléphants, Erin, responsable d’une réserve au Botswana, met en place un piège destiné à remonter la filière des braconniers et des trafiquants. Mais son projet bouleverse l’existence de ceux qui, parfois à contrecœur, lui apportent leur soutien. Étayé par de solides informations sur la situation en Afrique et sur le processus d’extinction des espèces sauvages, le récit s’inscrit dans les sublimes paysages de l’Afrique australe et devient lyrique pour évoquer les éléphants.
Un roman qui aurait dû m’enthousiasmer, donc. Mais j’ai été impatientée par l’écriture qui, à mon sens, manque de fluidité et qui a donné à ma lecture un côté trébuchant, saccadé, me faisant souvent perdre le fil du récit. La construction des phrases m’a paru lourde, maladroite et parfois syntaxiquement discutable . Par exemple la phrase « Les savoir braconniers, peu importe à quel niveau, était différent que la certitude de les savoir misérables » (p.110) m’a fait sursauter et j’ai dû la relire plusieurs fois avant de la comprendre. De même, p.124, « Assis sur une caisse en plastique bleu, Seretse aperçut son frère, une combinaison sale sur le dos. » : contrairement à ce que l’apposition suppose, c’est le frère de Seretse qui est « assis sur une caisse ». L’emploi et le rôle des phrases nominales m’ont gênée car je n’en ai pas toujours perçu la justification, ni la force évocatrice qu’elles auraient pu posséder.
Pour moi, cette accumulation de maladresses dessert le propos et la puissance des thèmes qui sont abordés. C’est regrettable car les passages poético-philosophiques sur les comportements des éléphants sont très réussis et fascinants. – Sophie Gauthier
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Voilà encore un roman que je n’aurais jamais lu sans les 68premieresfois, le thème ne m’aurait pas spécialement attiré, la couverture ne m’aurait pas tapé dans l’œil, l’auteur m’est inconnu. Bon ça c’est le principe, découvrir des premiers (voire second ici) roman français.
Dans ce roman, on parle d’un sujet spécifique à notre époque : la disparition de certaines espèces d’animaux sauvages, pour cause de surexploitation et de braconnage. Comme le titre l’indique, l’auteur s’est principalement intéressé aux éléphants et à leur ivoire si convoité, notamment par les pays asiatiques.
Il y a Erin, jeune française responsable d’une réserve naturelle au Botswana. Il y a Bojosi, ancien trafiquant repenti devenu rangers. Il y a Yang, l’une des plus grandes acheteuse d’ivoire. Il y a Seretse qui travaille au ministère et qui ne sait pas vraiment où est sa place et quel est son devoir. Et il y a surtout les éléphants. Comment faire pour les sauver, pour stopper ce trafic ?
On sent que l’auteur s’est énormément documenté, sur les réseaux, sur les trafics, sur les populations locales, sur les différents pays africains leurs lois et leurs coutumes en la matière, sur les raisons qui poussent certains à braconner. Certains passages du roman tiennent plus du documentaire et au final, l’intrigue est bien secondaire. Ce roman est vraiment là pour dénoncer et alerter. Une lecture instructive pour ma part mais j’aurais aimé que les personnages et l’intrigue soient plus développés. Mais j’ai beaucoup apprécié l’immersion dans le bush, dans la nature sauvage. – Marie-Anne Pittala
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Allez savoir pourquoi, en lisant les quelques premières pages du nouveau roman – c’est son deuxième – de Niels Labuzan, « Ivoire », j’ai pensé que je n’irais pas au bout. Je m’étais trompée. Je l’avais commencé au mauvais moment et j’ai bien fait de le reprendre.
Il s’agit là à la fois d’un roman d’aventures, d’un documentaire fouillé quant au trafic de l’ivoire en Afrique et de la destruction des éléphants, et de portraits de personnages divers et attachants. Erin, Seretse, Bojosi, en font partie qui se liguent pour contrer les braconniers tueurs de pachydermes. Tracer une défense à l’aide d’une puce pour les confondre fait également de cet ouvrage une sorte de thriller.
J’ai été impressionnée par la somme d’informations relatives au commerce illégal que l’auteur nous dévoile. Il m’aurait toutefois été plus agréable qu’elles se fondent dans le texte, qu’elles soient totalement intégrées dans le récit, qu’elles ne fassent pas l’objet d’un chapitre particulier. La lecture en aurait été plus fluide. Pour autant, j’ai trouvé très intéressant le choix de vulgariser ce sujet des plus importants, de le choisir pour thème d’un roman, d’alerter les consciences autrement que par des articles parfois abscons. J’ai aussi aimé les différents protagonistes, leurs caractères trempés, leurs ambitions, leur ténacité dans le combat qu’ils ont choisi de mener.
Je n’ai, en revanche, pas été transportée par l’écriture : « Bojosi s’était levé tard…il sentit la vibration dans sa poche. Il ne s’en méfia pas, ne pensa pas que cet appel, il regretterait d’y avoir répondu, comme tous les autres qui allaient suivre. » Cette construction ne m’a pas semblé d’une grande élégance… et « Seretse se souvint des mots du secrétaire permanent, On sait à quoi s’attendre, oui, il s’attendait à ça et il y avait droit. » Pas davantage. Pour moi qui accorde tant d’importance à l’équilibre entre la forme et le fond, il en fut ainsi trop souvent. Je le regrette car je n’ai hélas pu apprécier les idées développées autant que je l’aurais souhaité.
« Ivoire » reste pour autant un ouvrage important sur l’avenir d’une espèce menacée. – Geneviève Munier
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Très belle découverte encore une fois.
J’ai beaucoup aimé ce livre qui mélange reportage, documentaire et pollar.
Une enquête au cœur du bush africain où nous suivons un animal majestueux et tout le trafic qui est fait autour des éléphants.
On sent que l’auteur s’est vraiment documenté pour rédiger ce livre et au-delà de passer un bon moment, le livre étant vraiment bien écrit, on en apprend beaucoup sur cette triste réalité qu’est le trafic d’ivoire.
La justesse de l’écriture se ressent également dans les descriptions de l’auteur qui ne condamne pas forcément tous les acteurs prenant part à ce trafic car certaines personnes n’ont pas le choix et ne voient pas forcément les implications que cela engendre, trop focalisées qu’elles sont à penser au lendemain.
Une justesse qui fait écho à l’actualité, on parle beaucoup du réchauffement climatique, des gestes et engagements à faire pour notre planète et la protection des animaux, fait à mon sens partie de ce combat.
Ivoire est une lecture nécessaire qui en plus d’être agréable à lire est d’une grande justesse et qui nous donne envie d’en apprendre encore davantage sur ce sujet. – Ana Pires
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C’est un roman que j’avais envie de lire et qui me permettait d’aborder un univers que je ne connaissais pas finalement et qui est assez peu traité à part par des faits divers où les trophée de chasse exhibés mènent à des tensions extrêmes.
Une héroïne, presque romantique a fait de l’Afrique un lieu où régler ses comptes pour protéger cette terre sacrée et ceux qu’elle porte.
Alors on met tous les moyens nécessaires à disposition pour suivre ce vaste chantier d’échanges pour réduire en poudre ce qui, sur un autre continent, promet mille merveilles.
La question est posée de savoir si on peut vraiment tourner le dos à un passé de braconniers ou si le destin ne peut que s’acharner.
Ce roman donne envie de se documenter et de mieux suivre les prises de pouvoir en Afrique. – Delphine Palissot
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Le roman pose la question de la préservation des espèces animales en Afrique, notamment des éléphants, victimes de braconnage au profit d’un trafic qui s’étend jusqu’en Asie. On y découvre les liens qui existent d’une part entre gouvernement et cellules indépendantes de défense des animaux et d’autre part entre des braconniers, maillon d’une chaîne qu’ils ne maîtrisent pas totalement et acheteurs. L’ivoire au cœur d’un trafic pourtant officiellement interdit depuis fin 2017 mais qui continue de tuer au profit de groupuscules qui travaillent dans l’illégalité. On suit principalement Erin, ethnologue française qui a quitté son pays pour le Botswana, Seretse envoyé en mission par le gouvernement et Bojosi ancien ranger forment un trio improbable qui va tenter de piéger des braconniers.
Niels Labuzan offre un roman très instructif, riche d’une documentation étayée (l’auteur est parti au Botswana), aux allures de thriller. Le lecteur est pris en témoin d’une époque où l’Homme détruit la nature pour survivre ou pour l’appât du gain, souvent dans l’ignorance de ceux qui tirent les ficelles de ce commerce illégal. Un roman à lire à l’heure où l’on parle d’extinction de certaines espèces animales. On en sort informé mais profondément triste et mal à l’aise. – Marine Bongiovanni
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Avec Ivoire, Niels labuzan veut nous sensibiliser au problème de la disparition prochaine des animaux sauvages, et plus particulièrement de celle des éléphants. Il semble bien connaître l’Afrique Noire dont il dénonce la pauvreté, la corruption, la cupidité, qui expliquent la mise à mort de nombreux éléphants. Il dénonce aussi la demande toujours croissante d’ivoire venant en grande partie d’Asie. Ce roman est un vibrant plaidoyer contre le braconnage. Il est très bien documenté sur l’Afrique, les populations d’éléphants, les difficultés dans les réserves, les efforts de certains gouvernements mais c’est fouillis et je m’y suis perdue. Je ne suis pas arrivée à m’attacher aux personnages.
Les phrases sont souvent courtes, nombreuses sans verbe. Ça donne de la modernité et du dynamisme au texte mais ça a fini par me gêner.
Dans ce roman j’ai apprécié l’originalité du thème rarement traité, son actualité mais je regrette sa forme. Ma déception tient peut-être au fait que j’en attendais beaucoup. Il est urgent de parler des espèces animales en danger et pour cela quoi de mieux qu’un bon roman ! – Françoise Floride-Gentil
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Au Botswana, du delta de l’Okavango à la rivière Chobe, les animaux, et en particulier les éléphants, ont trouvé un refuge : des hommes veillent nuit et jour pour préserver la vie sauvage. C’est là que le combat a été engagé avec la plus grande volonté contre le braconnage. Les personnages de ce roman sont tous partie prenante d’une guerre bien particulière qui se joue en Afrique mais qui nous concerne tous. Douaniers, rangers, militaires, éleveurs, civils, braconniers… ils tuent ou protègent, vivent au milieu de ces paysages grandioses, entourés de ces animaux qui ont pu conserver leur liberté et leur dignité. Tous connaissent le prix de ces vies, savent ce que certains hommes sont capables de faire pour de l’ivoire ou une peau. Parmi eux il y a Seretse, qui travaille pour le gouvernement du Botswana, Erin, qui a quitté la France pour vivre dans une réserve et Bojosi, un ancien braconnier reconverti en garde. Ils n’idéalisent pas la nature, ne la sacralisent pas, ils y vivent, la protègent et pourraient y mourir. Un superbe roman qui ne m’a pas laissé indifférente. Le thème du braconnage est difficile c’est un monde tribal. C’est pourquoi j’ai trouvé cette histoire émouvante et terrible à la fois. On s’attache aux différents personnages. Un récit qui créé un lien entre les hommes et les animaux. Ceux qui les protègent et ceux qui les tuent.  – Hélène Grenier

Prêts pour la rentrée littéraire 2019 ?

Cette année, le coup d’envoi de la Rentrée Littéraire sera donné le… 14 août ! De plus en plus tôt. Nous commençons à peine à découvrir les premiers et deuxièmes romans (oui, depuis les deux dernières sessions nous intégrons à la sélection quelques deuxièmes romans) à paraître lors de cette rentrée qui s’annonce passionnante.

Le comité de sélection est prêt à passer de studieux mois d’été afin de concocter un bel et prometteur assortiment.

Si vous souhaitez participer à notre session d’automne, c’est le moment !

68_facteur

 

Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un mail à eglantine.68premieresfois@gmail.com afin de recevoir la charte et le bulletin d’adhésion à l’association le cas échéant.

Vous verrez, les règles du jeu sont simples :

  • s’engager à lire en priorité les livres reçus afin de garantir la fluidité des voyages,
  • s’engager à chroniquer les livres lus via les outils de votre choix (blog, réseaux sociaux, sites communautaires…),
  • être toujours de bonne humeur et bien sûr être à jour de sa cotisation annuelle à l’association

Petit rappel : vous lisez à votre rythme, aucune obligation de lire toute la sélection (en moyenne une quinzaine de livres). Cependant, pour permettre une lecture par le plus grand nombre, nous vous demanderons de ne pas immobiliser un livre plus de quinze jours. Pas de pression, mais uniquement le plaisir de découvrir de nouveaux auteurs et de pouvoir échanger avec les autres lecteurs engagés dans l’aventure.

Alors ? Vous venez ? Vous avez jusqu’au 25 juin 2019 pour vous décider... sachant que les premiers envois ne seront pas effectués avant début septembre.

A très bientôt !

Suiza – Bénédicte Belpois

“Vos deux faiblesses mises ensemble, ça fait quelque chose de solide, une petite paire d’inséparables. C’est pas souvent, mais des fois, quand tu mélanges bien deux malheurs, ça monte en crème de bonheur

Suiza

Énorme coup de cœur.
Tomás a la quarantaine. Veuf d’un premier mariage, il est également un paysan reconnu des terres galiciennes. Il est rustre, colérique, violent. Et il a un cancer des poumons. La vie ne l’a pas épargné.
Suiza a quitté son orphelinat suisse pour aller voir la mer. Elle part seule, avec son air niais mais sa peau laiteuse, ses seins sublimes, son visage d’enfant et sa sensualité qui attirent tant d’hommes. La vie ne l’a pas épargnée.
Suiza travaille alors dans le bar d’Alvaro. Quand Tomás croise son regard, la pulsion est irréfrénable. Désir. Vol. Possession. L’action est bestiale.
Mais Suiza ne semble pas être la frêle captive qu’il s’attendait à avoir. Elle s’accommode de sa vie, de ses désirs, apprend la langue, la peinture. Fait de son taudis un nid douillet qui sent bon. Lui devient fou d’amour pour elle, découvre la tendresse.

« Il y a des gens qui naissent pour souffrir, Tomás, et d’autres pour qui la vie est du miel. La souffrance te fait ce que tu es, comme un arbuste de la sierra, poussé de travers à cause du vent trop fort. Mais en ton coeur tu es droit, tout le monde le sait. Tu as trouvé cette Suiza, c’est ta chance, elle aussi est une figue de Barbarie pleine d’épines au cœur sucré et doux. Les manques lui ont donné une fragilité d’oeuf, alors qu’ils t’ont donné une carapace de tortue. »

Ce livre est absolument dingue. L’écriture est tantôt masculine, violente, populaire. Puis délicate, poétique, magnifique. Benedicte Belpois nous amène là où elle veut, et on se laisse complètement embarquer dans ce roman sans se douter de ce qu’il va se passer, page après page. Éblouissant. – Marine Bongiovani

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Suiza, voici un premier roman qui ne peut laisser indifférent… L’auteur, Bénédicte Belpois, est sage-femme, apprend-on sur la quatrième de couverture. Quel petit bijou littéraire vient-elle de mettre au monde !
L’écriture est fluide et sans fioriture, précise, presque aride, à l’image du paysage de Galice qu’on découvre au fil des pages. À l’image aussi de Tomás, le narrateur, brute épaisse qui s’enferme dans le labeur pour oublier la rudesse d’une existence où la légèreté et la joie n’ont pas réussi à faire leur chemin. « La dureté était devenue plus vive, nous étions comme des pierres, surprises par une gelée d’hiver. Le plus frappant était qu’habitués à nous priver (…) nous étions devenus économes jusque dans nos sentiments, nos rapports aux autres. (…) Nous ne savions plus faire avec la douceur. (…) Sans nous rendre méchants, la pauvreté nous rendait avares de sentiments ». Et puis apparaît Suiza, petite oie blanche jugée sans cervelle, innocente, incompréhensible car étrangère, spontanée, et tellement sensuelle…
C’est l’histoire de leur amour éphémère, de l’amour d’un ogre atteint d’un cancer pour une princesse ingénue. C’est brutal, c’est parfois révoltant et parfois c’est doux, c’est souvent drôle (cynique ?) et juste, c’est tantôt cruel, tantôt émouvant, c’est beau. Comme la vie.  – Adèle Glazewski
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Mes lectures se suivent et ne se ressemblent pas. Deux premiers romans… très différents. Je viens de refermer celui de Bénédicte Belpois, « Suiza » et je reste là, émue, sonnée, remuée, bouleversée.
J’ai trouvé ce roman remarquable.
Remarquable par la qualité de l’écriture tantôt âpre, saccadée, nerveuse comme le désir de Tomàs, tantôt douce, fluide, calme, tranquille comme l’amour qui s’installe et la sérénité de Suiza. Une belle écriture sensuelle, bestiale et en même temps parfaitement dominée.
Remarquable, aussi, par le talent de l’auteure à se glisser dans la peau d’un homme qu’elle choisit pour narrateur. Ce « JE » masculin écrit par une femme empêche toute velléité de crier au machisme.
Remarquable, encore, par les personnages tous attachants. De Tomàs à Suiza, en passant par Ramon l’aide de camp, le père de substitution, Lope, jeune employé « différent », homosexuel à l’allure de prince, doté d’une sensibilité extrême, véritable seigneur, Agustina, à la fois prostituée et mère elle aussi de substitution qui prend Suiza sous son aile et même Alvaro le tenancier du bar. Ils possèdent ce petit quelque chose, ces fêlures, ces fragilités qui les rendent touchants, captivants, émouvants.
Remarquable, toujours, par le choix du décor : La Galice, Santiago, son Cap Finisterre, son soleil, sa pluie, la mer et les gaïtas. La Galice, « ma » Bretagne espagnole magnifiquement décrite dans les détails de sa diversité.
Remarquable, également, par l’intérêt de l’intrigue. Cette histoire qui passe petit à petit de la violence du désir à un amour profond, à une délicatesse des gestes, à un besoin d’entourer, de comprendre, de choyer. Chacun des deux protagonistes donne ce qu’il a en lui, Suiza, ses compétences de femme au foyer qui fait rutiler la maison, nourrit et décore, qui peint ce qu’elle voit et surtout ressent et Tomàs la douceur à laquelle il s’éveille petit à petit. Sous la houlette de Lope.
Remarquable, enfin, par le dénouement dont je ne vous dirai rien. – Geneviève Munier
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Suiza est une jeune femme qui débarque un jour dans le décor d’un village espagnol, traitant avec elle une lourde charge de souffrance passée. Jugée idiote, ses origines françaises créant un écran d’incompréhension réciproque avec le cafetier qui l’héberge, et ne se limite pas à lui fournir vivre et couvert : l’exploitation d’une jolie femme sous-entend des services en nature qui déclencherait la hargne des réseaux sociaux féministe (à juste titre).
Le jour où le narrateur croise son regard, les jeux sont faits. C’est une déflagration soudaine, une passion animale, instinctive, totale, qui s’exprime dans une grande violence que vient contrebalancer la force de cet amour. Eros règne en maître, alors que Thanatos rode. Histoire d’amour et de mort, intemporelle, universelle.
C’est superbement écrit, avec une plume dense, réaliste et imprégnée de la passion qui unit les deux personnages. On aime aussi la clairvoyance des femmes qui interviennent avec délicatesse, comme des directeurs de conscience, écoutées et respectées.
C’est le contraste entre la violence exprimée et dite, et la subtilité des messages délivrés qui fait de ce roman un écrit hors norme. S’il existe des indices permettant d’identifier l’auteur sur le plan du genre, c’est ici impossible.
Sans la révéler, j’ai détesté la fin. – Chantal Yvenou
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Certains romans ont l’art de me faire détester l’histoire lue. Puis par une alchimie qui se dévoile, une construction habile et directe, la lecture devient une curiosité voire un plaisir laissant une empreinte dans laquelle se fond une écriture, une maitrise des sens et des émotions. Il n’y a nul sentiment dans Suiza de Bénédicte Belpois. Au contraire tout est aspérité, sensualité renversante, charnelle, grave. Une banale histoire d’amour. Mais l’amour est-il banal ?
Il y a dans l’écriture de Benédicte Delpois cette lente construction de la délicatesse, des cœurs abimés par la vie, solitaire qui dans un éclat de sensualité se trouvent, se retrouvent dans la tendresse des caresses, de la vie. Nul pathos ou douleur, juste la mesure du mot, de la rugosité. Sans fioriture, direct, comme ses longs paysages désertiques espagnols, qui cachent au détour de la Sierra, des montagnes verdoyantes, luxueuses où les plages de sable fin se heurtent aux premiers monts et rochers pyrénéens. Brulant et sec, fertile et langoureux. Et pourtant, là où on pourrait s’attendre à un énième roman d’amour, l’auteur nous oblige à requalifier notre regard, à poser nos mains sur des existences qui basculent, se heurtent à la vie, dans la légèreté et le désespoir des causes jamais acquises.
J’avoue avoir sauté quelques pages, y avoir laissé quelques mots partir, n’avoir pas su entendre toute l’histoire. Mais il me reste ce quelque chose qui me fait dire que Bénédicte Belpois est une auteure à part entière, que son écriture n’est pas qu’une simple écriture mais qu’elle est arrivée à construire un roman où le charnel parle, où les sentiments se dévoilent, dans l’intensité des silences et de la beauté humaine. De réelles qualités. – Sabine Faulmeyer
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En commençant ce roman j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, que je trouvais un peu longue et je ne voyais pas où cela nous mènerait.
Mais que dire de la beauté de l’écriture de l’autrice, de sa justesse dans la description des sentiments, dans la description de la part intime des personnages. Ce qui m’a fait tenir et qui m’a conquis c’est cette écriture, cette écriture qui fait que l’on s’attache à ce couple qui peut paraitre désaccordé mais qui va si bien ensemble.
C’est un roman qui pourrait paraitre « simple » car il décrit la vie d’un petit village de la campagne espagnole mais c’est tellement plus que cela. On se laisse embraser par la passion de Tomas, par la simplicité douce de Suiza, par l’osmose entre ces deux personnages. Mais aussi par les « personnages secondaires » si justes et touchants. Ramon, Lope, Josefina, Francesa, tous ont eu une vie difficile et complexe, tous ont des côtés sombres mais tous s’entraident et nous font voir la beauté de la vie.
Vrai moment de poésie, roman d’une incroyable justesse, juste merci. – Ana Pires
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Avec une voix singulière qui nous fait vibrer aux premières notes et nous touche en plein cœur, Bénédicte Belpois nous raconte une histoire d’amour hors norme. Celle qui se découvre d’abord par les corps mais qui ensuite atteint avec force deux âmes meurtries par la vie et qui n’ont jusque lors pas connu l’amour. Elle conte avec justesse et réalisme la rencontre d’un paysan machiste qui ne connaît rien aux femmes et à l’amour, et une fille perdue, considérée comme une idiote, mais qui surtout ne comprend pas l’espagnol. Des personnages forts, qui prennent, tour à tour, la parole pour nous faire part de leurs sentiments, des gestes et des échanges entre Tomás et Suiza d’abord maladroits mais qui s’ajustent, des scènes d’amour charnelles, sensuelles, brutales et sans filtre, une nature omniprésente qui nous plonge sans transition dans un village typique espagnol. Bénédicte Belpois a une voix sensible, fabuleuse, juste, qui nous transporte avec délice dans un récit que l’on ne veut plus lâcher.

Un premier roman très réussi qui nous dévoile le talent inouï de Bénédicte Belpois !

Un coup de cœur immense pour ce roman sublime !  – Lilia Tak Tak

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Ce roman est une vraie réussite sans une seule fausse note du début à la fin. En évoquant dès les premières phrases un fait divers suggérant une fin dramatique à cette histoire, l’auteure fait preuve d’habilité car tout au long de ma lecture j’ai imaginé de multiples issues à ce récit qui est tout sauf une banale histoire d’amour à l’eau de rose. La fin, à laquelle je ne m’attendais pas du tout, est très réussie. Cette histoire où la maladie reste juste en toile de fond, évoquée sans aucun pathos et avec beaucoup de pudeur, dissèque l’évolution de la relation entre Tomas et Suiza qui, basée au départ sur un désir charnel pratiquement bestial, va joliment aboutir sur un véritable amour. Bénédicte Belpois met en scène quelques personnages qui gravitent autour de Tomas et Suiza, tous plus attendrissants les uns que les autres, certains sont hauts en couleurs comme Agustina, la nourrice qui a élevé Tomas, qui derrière son franc parler et son caractère bourru a un cœur énorme. Il y aussi Ramon et Lope les ouvriers agricoles, Josefina et Francesa la française qui va apprendre l’espagnol à Suiza. Tous ont, comme Tomas et Suiza, un passé douloureux. Chaque mot mis dans la bouche des personnages, chaque dialogue sont d’une incroyable justesse. Suiza est bouleversante dans son innocence, sa naïveté, sa gentillesse et son regard émerveillé sur ce qui l’entoure. Tomas est également bouleversant dans son sursaut de vie et dans l’évolution de son caractère au fur et à mesure que ses sentiments pour Suiza changent. L’analyse psychologique de chacun des personnages est très fine. Un premier roman d’une sensibilité et d’une délicatesse infinies qu’il m’a été impossible de lâcher, une histoire forte dont j’ai ralenti la lecture vers la fin par crainte du dénouement.  – Joëlle Guinard
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J’ai littéralement dévoré ma 12e lecture dans le cadre des 68premieresfois ! La plume de Bénédicte Belplois m’a totalement envoûtée, quelle puissance pour un 1er roman !

Dans un petit village de Galice en Espagne, souffrant de la crise économique et où beaucoup vivent sous le seuil de la pauvreté, arrive une jeune fille venue d’on ne sait où (peut-être de Suisse d’où son surnom “Suiza”) qui attire irrémédiablement Tomás. Ce presque quarantenaire, veuf depuis 16 ans, sent le désir monter en lui, à ne plus pouvoir se contrôler. La fille est étrangère et ne parle donc pas un mot d’espagnol et semble simplette. Tomás est agriculteur, plutôt riche, mais seul et malade. Il va l’emmener chez lui et tout va changer.

L’écriture est très crue sans être vulgaire, beaucoup de gros mots et de scènes de sexe, mais terriblement addictive. Le couple formé par Tomás et Suiza m’a beaucoup touché. « C’est pas souvent, mais des fois, quand tu mélanges bien deux malheurs, ça monte en crème de bonheur ». Les passages où l’on évoque la Suisse m’ont bien fait sourire, on est volontairement dans le cliché et c’est délicieux.
On se retrouve dans une ambiance de village espagnol, où les hommes se retrouvent au bistrot et les femmes à l’église. Dépaysement assuré !

C’est pour moi un très bon 1er roman et un coup de cœur ! C’est cru mais beau, violent mais tendre. – Marie Anne Pittala
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« Suiza » c’est le prénom qu’ont donné les habitants d’un petit village de Galice à cette très jeune femme apparue un jour dans le café d’Alvaro. Ses cheveux blonds très fins, sa peau laiteuse, ses grands yeux bleus, son silence ont vite fait de susciter les désirs masculins. Lorsque Tomas la voit pour la première fois, il subit lui aussi cette pulsion incontrôlable qui l’entraîne vers des fantasmes impérieux de prise de pouvoir physique, de viol, de violence. Il nous raconte, Tomas, et il se raconte dans une langue charnelle, crue, nerveuse où les mots semblent rouler comme cailloux dévalant une colline, dans l’urgence de dire, d’expliquer peut-être, parce que « personne ne sait vraiment l’histoire » et qu’on pressent qu’elle va mal se terminer.
Mais qu’y a-t-il à expliquer de la fulgurance d’un coup de foudre ? Double foudroiement, d’ailleurs : le premier quand il apprend qu’un cancer lui ronge les poumons et le second, presque simultané, quand il rencontre Suiza. Il possède les mots, pourtant, Tomas, même s’il les garde enfermés, prisonniers d’une gangue de grossièreté. Il a fait des études d’agronomie à la « grande ville ». Il n’est pas ce paysan fruste et primaire qu’il veut paraître. Ramon et Agostina le savent bien, qui le connaissent depuis l’enfance et se sont substitués à ses parents. Suiza, elle, ne maîtrise aucun vocabulaire. D’abord parce qu’elle ne parle pas espagnol et puis, même en français, sa langue natale, les mots lui sont toujours approximatifs. Lorsqu’elle prend la parole à son tour, elle a beaucoup de mal à nommer les choses, les sentiments, les abstractions. Son langage a la fraîcheur et l’innocence de celui d’un enfant. A cause de cela, au village, on la dit idiote et on s’étonne un peu lorsque Tomas l’installe chez lui.
Lorsqu’elle arrive à la ferme de ce riche veuf d’une quarantaine d’années, Suiza commence par laver les vitres de la maison pour laisser entrer la lumière. Belle métaphore de ce qu’elle opère aussi dans la vie de Tomas que ce grand ménage où l’on se débarrasse des traces de la vie passée, de la vie cassée. La présence de Suiza, pour Tomas, c’est ce grand éclat ensoleillé qui pénètre dans son existence grise de poussières. En retour, il offre à sa compagne la lumière des mots, qu’elle apprend peu à peu. Commencée par l’union des corps, des peaux et des sens, leur histoire s’achemine vers un attachement plus complet, plus profond dans cet éveil mutuel qu’ils se donnent. Réveil de la sensibilité chez Tomas et de la confiance chez Suiza.
L’écriture rend compte de cette éclosion qui passe par le corps, par chaque sens. La rugosité brutale, charnelle, du début laisse place peu à peu à une forme d’apaisement. Les phrases s’allongent, se poétisent, se centrent davantage sur les émotions, comme si Tomas parvenait à se réconcilier avec sa sensibilité, à faire se rejoindre corps et sentiments. Banale histoire d’amour ? Que non pas ! D’abord parce que construction narrative et écriture en exacerbent le romanesque. Ensuite, parce que cette lecture nous fait vaciller en nous posant question : amour ou volonté de possession ? amour ou assujettissement ? Suiza et Tomas représentent deux figures fortement marquées : l’une par sa soumission à la volonté masculine ; l’autre par sa personnalité de mâle dominant. Et le dénouement n’est pas là pour nous aider à trancher…
Mais quoi qu’il en soit, j’ai été emportée par les voix de ce roman, par l’humanité généreuse et tremblante de tous les personnages, par cette narration tumultueuse qui m’a hypnotisée jusqu’aux dernières lignes. Un roman qui restera bien ancré dans ma mémoire ! – Sophie Gauthier
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Son de cloche dissonant à l’ensemble des louanges sur ce livre
Sans-doute suis-je une « puriste du féminisme » de la vieille école mais je ne comprends pas qu’une auteure puisse, en 2019, mettre dans la bouche du violeur d’une femme qu’elle décrit comme une handicapée mentale ce genre de phrase: « Je ne l’ai pas violé, elle s’est juste laissé faire » (p.44). Avait-elle le choix?
p.55 : «C’est quand même un truc de bonne femme le ménage».
p.57 : «Les femmes intelligentes à part te casser les couilles….. »
p.167 «Le mariage équivalait à un titre de propriété, elle n’était plus une bête errante sans foyer, elle avait un maître plutôt teigneux et la propriété avait ici une valeur divine…. »
Et j’en passe ! Et tout cela sans que j’y perçoive le moindre humour.
Quant à la fin…. Là encore la pauvre Suiza n’a pas eu le choix. Pour ma part je n’ai pas vu transparaître dans ce récit de véritable amour seulement une ode à la sensualité et au droit pour tous au plaisir charnel.
Je me suis forcée à lire ce roman jusqu’au bout pour comprendre ce qui avait plu à la majorité mais je n’ai vraiment, vraiment, pas adhéré. – Françoise Floride-Gentil
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Une femme simple. D’aucuns la disent bête. Mais rayonnante de gentillesse et d’humanité. Et belle, avec ça ! Du genre qui aimante le regard des hommes au premier coup d’œil. D’ailleurs Tomas la désire immédiatement. Une pulsion animale. Violente. Irrépressible.
Elle est étrangère, paumée. C’est un paysan rude, taiseux, attaché à sa terre plus qu’aux hommes. Il vient d’apprendre qu’il est malade. Atteint d’un cancer, sans espoir de rémission.

Ces deux-là vont unir leurs douleurs dans un amour inespéré et incandescent. Ne parlant pas la même langue, c’est exclusivement à travers l’expression de leurs corps – et de leurs regards – qu’ils vont apprendre à se connaître et à se comprendre.
Dit comme ça, on aurait envie de filer en courant : ça pourrait être nunuche… et ça ne l’est pas.
A quoi tient que l’on plonge dans ce récit sans pouvoir le lâcher ?
A son écriture, âpre, directe, sans fioriture. A ses personnages, rugueux mais généreux et justes, comme la terre sèche et brûlante de ce coin d’Espagne où Bénédicte Belpois a choisi de situer son roman. Elle ne s’attarde pas, Bénédicte. Elle dit l’essentiel des sentiments, ce qui se joue dans un geste, dans un regard. Et puis elle distille ça et là un peu d’humour. Oh, rien de pesant ni de déplacé ! Juste une remarque que l’on peut faire – que l’on peut se faire – et qui suffit parfois à faire basculer l’existence de la gravité dans le détachement : la légèreté que l’on peut choisir, histoire ne pas sombrer dans le désespoir.
Bénédicte Belpois signe un premier roman d’une remarquable intensité, créant des personnages entiers, sincères, sans arrière-pensée, sans duplicité, simplement humains. Et ça fait du bien. – Delphine Depras
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Dans un village de Galice, Tomas, un paysan veuf de 40 ans atteint d’un cancer, va être violemment attiré par Suiza, une jeune fille paumée et fragile tout juste débarquée.
Voilà un roman qui m’a interrogée sur mon rapport à la lecture. Il faut dire que le narrateur de cette histoire est loin d’être sympathique. Un type qui, dès le début du livre, sous le joug d’une pulsion sexuelle incontrôlable, va commettre un crime odieux sur cette jeune fille « à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même ». On imagine… Bref ça commençait bien mal.
MAIS, au fil des pages de cette histoire aux accents de tragédie grecque ou biblique, la démarche de l’auteure apparait : il s’agira de parler de rédemption. Un Homme peut-il racheter ses fautes, même les plus terribles ? Un Homme peut-il être ramené au bien ? A-t-il le droit au pardon ? Qu’est-ce qui nous fait devenir meilleur ? La peur de la mort, la force de l’amour ? C’est donc dans ce cheminement moral que le lecteur va, au fil des pages, accompagner Tomas, jusqu’à l’expiation…
Finalement, j’ai aimé ce 1er roman, dérangeant, très bien écrit, aux personnages secondaires attachants et finement ciselés qui parle aussi de différence et beaucoup d’amour. Suiza, en incarnation de l’ange rédempteur (c’est ainsi que je l’ai perçue) est un personnage complexe et intéressant qui évoluera elle aussi au fil des pages.« Je ne sais pas ce qu’elle possède qui nous rend tous à moitié cinglés. Je vois bien qu’elle est différente des autres, qu’elle donne l’impression d’être un peu idiote et que ce n’est pas seulement à cause de la barrière de la langue…elle a ça en elle, qui la rend un peu simple, une petite pâquerette dans un champ de roses. Au début ça me faisait peur. Maintenant, de m’occuper d’elle, ça me soigne de mon vide, je ne pense plus à ma propre misère. Je me sens fort à côté de sa faiblesse ».- Laurence Simao
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La tranquillité d’un village de Galice est perturbée par l’arrivée d’une jeune femme à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même. Comme tous les hommes qui la croisent, Tomás est immédiatement fou d’elle. Ce qui n’est au départ qu’un simple désir charnel va se transformer peu à peu en véritable amour.
Les habitants pensent que la jeune femme vient de Suisse alors ils l’ont surnommée Suiza. J’ai peu envie de raconter, d’analyser longuement ce livre, qui est un premier roman, de traquer les quelques incohérences (d’accord il y en a).
Il est selon moi parfait en ce sens que Bénédicte Belpois m’a fait voyager dans une région que je ne connaissais pas et surtout qu’elle m’a fait partager la rencontre de deux êtres qui vont connaitre un amour fou qui m’impose le respect.
On ne va pas disséquer la recette d’un chef 4 ****. On sait qu’on ne dégustera jamais pareil ailleurs ; on savoure et on se tait.
J’ai aimé cette histoire du début à la fin, oui, même la fin, dont par chance je ne savais rien avant de commencer la lecture, mais que j’avais devinée dans les dernières pages et qui ne m’a pas mise en colère. Parce que je suis bien d’accord avec elle : « Si Dieu existait vraiment, les hommes seraient peut-être moins mauvais, le monde plus serein ».
Ce que je n’ai pas compris, c’est la présence des groseilles sur le bandeau de couverture. Quelque chose m’aura échappé.

Bénédicte Belpois a passé son enfance en Algérie. Elle vit aujourd’hui en Franche-Comté où elle exerce la profession de sage-femme. Il est probable que les femmes dont elle a suivi les grossesses l’ont un peu inspirée. On trouve sous sa plume une forme d’engagement semblable à celui d’une autre femme qui exerce la même profession et qui publie des romans tout autant formidables, Agnès Ledig. Elle situe a situé l’histoire en Galice, qui est une région qu’elle fréquente depuis plusieurs années mais que je ne connais pas, ce qui donne une dimension moins réaliste que si nous étions par exemple dans l’Est de la France.

Tomás a une réputation de gros radin, quelques amis, qui à l’entendre seraient tous des crétins (p.33). On le découvre au début du livre, habitué à noyer dans l’alcool sa solitude et son incapacité à communiquer. Ses premières confidences m’ont placée en position d’empathie, si bien que j’ai « supporté » qu’il ne se conduise pas comme un gentleman lors de sa première rencontre avec Suiza, étant persuadée que sa violence ne serait que transitoire et que la bête deviendrait humaine. J’avais en tête ses déclarations précédentes :

« Si je suis un mec un peu primaire, je ne suis pas le psychopathe qu’on raconte. J’ai fait comme j’ai pu, mais ça m’est tombé sur la gueule et je ne vois pas bien comment j’aurais pu agir autrement « .
« J’étais encore plus rugueux que les autres, parce que je m’étais construit avec le manque d’amour, et que personne n’avait été en état ou n’avait eu le temps de m’apprendre ».
Le roman a beau s’intituler Suiza, peut-être parce que la jeune femme est le détonateur qui va permettre à Tomás d’évoluer, c’est surtout l’homme qui raconte l’histoire, de son point de vue, tandis qu’elle ne s’exprime que rarement, mais en quelque sorte à bon escient de manière à ce que le lecteur connaisse le fond de sa pensée.
L’écriture de Bénédicte Belpois peut être d’une crudité intense, presque masculine, quand elle décrit des scènes de sexe. Elle est aussi souvent magnifique comme un poème en prose et c’est là que le roman est bouleversant.
J’ai décelé la pudeur derrière les provocations de Tomás qui découvrira et comprendra le passé de maltraitance de Suiza. Quand il l’emmène voir la mer et qu’il dit « Je crois que j’aurais pu dire à ce moment précis que j’étais le mec le plus heureux de la terre » … j’ai revu cette scène où Robert Redford lave les cheveux de Meryl Streep et qu’elle lui confie tu pourrais me dire n’importe quoi, je le croirais, signifiant par là son abandon et une confiance totale. Mais à l’instar d’Out of Africa, on comprend qu’on n’est pas tout à fait dans le conte de fées car Tomás, qui supporte avec beaucoup de courage les traitements successifs de son cancer du poumon, poursuit … « si une douleur lancinante dans ma poitrine ne venait me rappeler, à intervalles réguliers, qu’on était pas là pour rigoler ».
Ensemble ils auront réalisé et vécu leurs rêves. Et avec eux j’ai moi aussi rêvé. – Marie-Claire Poirier
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Dès les premières lignes, j’ai très vite cru à un remake de l’amour est dans le pré ! Avec son ton bourru et cynique, son regard méfiant sur la vie, le narrateur Tomas apparait comme la caricature de l’agriculteur tout droit sorti d’une émission de téléréalité. « […] j’avais subitement décidé de prendre femme, comme j’aurais décidé d’acheter un tracteur». Et puis Suiza apparait. Suiza, pétillante et pulpeuse. Suiza, que tout le monde imagine sans cervelle. Suiza, la femme enfant. L’innocence et la bonté. Tout comme Tomas, on tombe sous le charme.
L’attirance n’est au début que physique, sexuelle et bestiale. C’est intense et brutale. Mais aux cotés de Suiza, le cœur de pierre de Tomas va s’attendrir, ses gestes et ses paroles s’adoucirent. Il va se laisser entrainer par sa fraicheur, sa spontanéité et sa pureté. Car face à la maladie et à la peur de mourir qui l’étouffent, Suiza lui donne envie de vivre.
Attention, ce n’est pas une énième histoire d’amour. Ce roman est tout sauf mielleux ou niaiseux. C’est un roman d’amour violent et sensuel, où les sentiments ne passent qu’à travers le regard et les gestes. Le désir charnel monte au fur et à mesure de la lecture pour se transformer en un amour puissant. Je l’ai refermé touchée en plein cœur. Un premier roman intense et beau. – Justine Clerc
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Quel premier roman!! Quelle histoire!! Quelle écriture!! « Suiza » est un roman violent: violent dans les actes, violent dans les sentiments, violent dans les relations. « Suiza » n’est pas un conte de fées. « Suiza » est un roman difficile, où les choses écrites ne sont pas toutes évidentes à lire, où rien n’est épargné au lecteur. « Suiza » est d’une réalité totalement déconcertante au final, réalité choquante mais qui existe. Dans « Suiza », il y est question de terres agricoles, de foyer de jeunes filles, de village espagnol où tout le monde se connaît, de possession, de maladie, de famille, d’amour. L’auteur, Bénédicte Belpois, nous raconte sa « Suiza » à la première personne et c’est Tomás le narrateur ce qui rend le récit très masculin, rustre comme l’est Tomás avec sa vulgarité, sa brutalité.

« Suiza » est un roman violent, violent aussi dans l’amour, l’amour que porte Tomás à Suiza. Cet amour, il lui exprime de sa propre manière: rustre, brutale mais sincère. Bénédicte Belpois nous livre une autre façon d’aimer qui peut choquer, interpeller mais quand le lecteur approfondit sa lecture, cet amour est sans chichis, sans fioriture, un amour que nous n’avons pas l’habitude. Les deux personnages, Tomás et Suiza se sont bien trouvés car chacun à sa manière va sauver l’autre et va l’amener à se réaliser, à s’accomplir. Les deux se trouvent bien dans cette relation. Au fur et à mesure de ma lecture, je n’ai plus ressenti cette violence du début mais j’ai éprouvé de l’affection pour aussi bien Suiza et Tomás car ils se sont apprivoisés, ils se sont donnés mutuellement leur confiance, ils ont su créer leur propre histoire avec leurs propres codes à eux. Cet amour est ce qui leur reste et c’est ce qui leur permet d’avancer en oubliant le passé. J’ai aimé « Suiza » de part son originalité du point de vue de l’histoire, du lieu, des personnages atypiques, de la terre agricole, des sentiments, de la dureté et de l’amour. Bénédicte Belpois a écrit un premier roman sensible. Sa plume a su me captiver et malgré certaines scènes, j’ai été conquise, et admirative du récit de l’auteure, de son audace qui a fait mouche pour moi!!  – Sybil Lecoq

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Émouvant, grave, lumineux, «  Suiza » est un signe. Le passage éblouissant de l’ombre vers la lumière. Inscrit sur le sable millénaire, l’écriture prévisible et belle est un cadeau à ciel ouvert. Ici, même le tragique a ce sens cher aux hédonistes. Le sombre n’est que l’écorce. Les preuves grandissantes  couronnent les faibles. Les gestes affirmés, une offrande pour une histoire de renom. Sa maturité est un levier. La lecture, un moment de gloire. Ce roman qui se passe en Galice a des embruns d’Algérie, son souffle  est chaud et puissant. Les hôtes des lignes sont tous sensibles à autrui. L’altruisme est un don, les sourires des myriades d’oiseaux.  Sans doute, l’enfance de l’auteure en Algérie a laissé sur le pur des pages ce quotidien lié en chair et en esprit au prochain. Cette histoire chavirante,  immensément porteuse est une chance de lecture inouïe. Suiza est une jeune femme retrouvée recroquevillée sans passé ni souvenirs, sans langage visible. Thomàs va recueillir chez lui cette jeune brebis égarée. Peu à peu tout va basculer dans une grandeur et le vivifiant de l’amour. L’important de ce roman est sa qualité de ton. L’enroulé de l’histoire qui emporte tout sur son passage pour laisser la voie au sublime de l’instant. L’existentialisme est tel, qu’en maître d’apprentissage il est le passeur et tient la teneur de ce filigrane humaniste. Thomàs est le narrateur et  bien plus que sa voix il offre à Suiza la quintessence verbale et gestuelle. «  Suiza » de Bénédicte Belpois est un livre à retenir. Il fait partie de cette lignée des incontournables. Plus qu’un roman, il est l’éclaircie et sa chaleur du Sud  un exemple. – Evelyne Leraut

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Un magnifique premier roman, dans un style direct, rugueux, parfois très cru, porté par la voix du narrateur, un homme de la terre, aux manières frustes et pourtant bouleversé par une drôle de fille parachutée un jour dans son village de Galice.
Cette fille dont personne ne sait rien, qui ne parle pas, qui semble perdue, pas très futée mais qui dégage une sensualité troublante, les villageois l’appelleront Suiza (il semblerait qu’elle vienne de Suisse, elle voulait voir la mer, ses pas l’ont portée jusqu’à l’Espagne). Ces êtres si différents et si seuls, chacun en marge pour des raisons qui leur appartiennent, vont se percuter et nous embarquer avec eux dans une folle passion jusqu’à la dernière page (je tairai la fin qui m’a laissée totalement interdite.) Je rejoins totalement Henri-Charles Dahlem : si ce roman avait été écrit par un homme, on aurait probablement crié au machisme outrancier. Les femmes dans ce petit village de Galice n’ont pas une place très valorisante (comme dans San Perdido) mais, peu importe, je vous invite à plonger dans cette Espagne aride et poussiéreuse pour une aventure tragique, belle, violente et tendre à la fois. – Laetitia Badinand
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Il y a des romans que l’on n’arrive pas à aimer et que, pourtant, on lit en entier parce qu’on veut savoir où l’auteur souhaite aller. Suiza fait partie de ceux-là. J’ai été très gênée par ce que je lisais, pas par les scènes de sexes crues (un sujet que je trouve juste ennuyant dans un livre), non, mais par la situation générale qui était décrite. Au premier abord, on a l’impression que les choses s’améliorent pour les personnages principaux (du moins jusqu’au coup de théâtre final), en y repensant au moment d’écrire cette chronique, ça m’est en fait apparu de plus en plus infâme. J’avais été traversée par des sentiments contradictoires pendant ma lecture, avec le recul, ils ont laissé place à du dégoût pur et simple.
Dans un village de Galicie, Tomàs, la quarantaine, vit seul dans sa ferme depuis la mort de sa femme. Taciturne, bourru, il ne pense pas trop aux femmes, malgré quelques descentes en ville chez une prostituée. Le jour où il apprend qu’il a un cancer, il est secoué mais ne laisse rien paraître. Par contre, lorsqu’il voit pour la première fois Suiza au bar du village, impossible de rester de marbre. Elle dégage une incroyable sensualité, qui ne manque pas de faire tourner la tête des hommes. Tomàs la veut, c’est physique et violent. Il ne tarde pas à l’avoir : il « l’enlève » sur son lieu de travail, sans que personne ne s’y oppose, et en fait sa femme. D’abord purement physique, son rapport à Suiza se mâtine peu à peu de sentiments.
Suiza a compris que les hommes aimaient son corps, elle les laisse faire. De toute façon, ils ne lui demandent pas son avis. Cela lui a permis d’arriver jusqu’en Espagne, où elle espère voir la mer. Simple d’esprit mais pas bête, elle devine ce que Tomàs attend d’elle et fait ce qu’elle sait faire : l’amour, le ménage et la cuisine.
L’histoire est racontée du point de vue de Tomàs. Seules quelques coupures narratives de type journal intime nous permettent d’entendre la voix de Suiza et de connaître un peu de son histoire. Heureusement, car s’il avait fallu se contenter de la part de Tomàs, on n’aurait rien su d’elle. Il aimerait bien communiquer avec elle, mais le peu d’espagnol qu’elle apprend (lui ne prend pas la peine de se mettre au français, alors qu’il est diplômé d’université, et précise avoir appris l’anglais et l’allemand) limite les conversations à des questions pratico-pratiques (en gros, « veux-tu faire l’amour » et « est-ce que tu veux manger »).
Il y a quelque chose de profondément malsain dans ce roman. La domination de Tomàs, la soumission et la passivité résignée de Suiza, le machisme qui suinte de toute part au fil des pages… J’ai mis du temps à comprendre que l’histoire se déroulait de nos jours. Elle donne une image déplorable de l’Espagne, dépeinte comme un pays arriéré, une terre de machos invétérés et de pauvres femmes dont l’unique objectif de vie est de satisfaire les besoins et désirs des hommes, pas simplement sexuels, mais aussi quotidiens, en s’assurant qu’ils ont bien toujours à manger, que la maison est propre… De plus, cela paraît absolument aberrant que personne au village ne s’inquiète de savoir d’où vient Suiza et fasse attention au fait qu’elle n’a clairement pas toutes ses facultés intellectuelles. La seule personne qui s’émeut un peu pour elle, c’est le prêtre. En fait, il aimerait juste que Tomàs l’épouse pour que le calme revienne au village (un projet qui n’est pas pour déplaire à Tomàs, qui veut que Suiza soit reconnue comme sa « propriété », il rêve de lui mettre une médaille, comme à un chien).
Suiza n’est pas un beau roman, car l’histoire est basée sur une profonde inégalité entre les protagonistes et l’intrigue s’enfonce dans l’amoralité. Tomàs reste toujours supérieur à Suiza, il décide tout pour elle, en fait ce qu’il veut. Et ce, jusqu’à la dernière page. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à une telle fin, qui me laisse un goût amer. – Claire Sejournet
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Déjà, même si je ne lis jamais les avis des autres avant de m’être fait ma propre opinion, je sais que Suiza est un livre qui divise les lectrices et les lecteurs ; j’ai entendu parler de « vision de la femme » et d’avis tranchés entre celles et ceux pour qui c’est un coup de cœur ou, au contraire, un livre « détesté ».
Bénédicte Belpois nous entraine dans l’intimité d’un couple improbable, séparé par la barrière de la langue, réuni par le sexe et une forme de fatalité inexorable, dans un petit village de Galice.
Au premier abord, le personnage narrateur principal, Tomás, m’a fait horreur et je me suis préparée à une lecture difficile : il avait tout du macho, du gars très limité entre le bistrot où il retrouvait des hommes comme lui, son pragmatisme paysan et sa vision du monde. L’annonce de sa maladie ne me l’avait pas rendu plus sympathique, malgré l’amorce d’une forme de vulnérabilité…
Au bout d’une cinquantaine de pages, la deuxième narratrice, dont le surnom donne son titre à l’histoire, m’a tendu une perche que j’ai bien voulu saisir pour essayer de m’accrocher au récit. Mais l’ensemble restait trop charnel, trop bestial, trop primaire… Je ne parvenais pas à m’approprier le rythme de ces deux JE qui se partageaient le récit : le chassé-croisé, trop déséquilibré, me laissait sur ma faim.
En toute objectivité, je trouvais que c’était assez bien écrit, fluide, parfaitement compréhensible (trop peut-être ?), que les personnages étaient travaillés en profondeur, très présents, que leurs postures se révélaient originales, que l’auteure avait un certain culot, mais cela ne fonctionnait pas bien pour moi. L’univers référentiel de l’auteure me restait étranger malgré ma reconnaissance de personnages clefs comme la vieille nourrice, le patron du bar ou encore l’ouvrier agricole homosexuel. Si j’ai parfois pensé à Almodóvar, cela n’engage que moi…
J’ai mis du temps à entrer dans ce roman ; j’avais vraiment l’impression de passer à côté de l’essentiel puisque aucun des personnages typés et cabossés ne parvenait à me toucher… et puis, il y a eu un passage alors qu’arrivée aux trois-quarts environ du livre, j’étais pressée d’en finir et de passer à autre chose, qui m’est apparu dans une brillante limpidité dans la bouche de la vieille Josefina : il était question de souffrance, de faiblesse, de deux malheurs mélangés pour faire un semblant de bonheur. Comme Tomás, je suis restée sur place, pénétrée par ce qui était en train de faire sens sous mes yeux. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai accepté Tomás et Suiza tels qu’ils étaient, ainsi que la vie les avait modelés jusque-là.
Étrange histoire, entre Ethos, Eros et Thanatos…  – Aline Raynaud