Des auteurs, des lecteurs, quelques mots… et la magie opère !

C’était dimanche 8 octobre au Mans, le soleil réchauffait de ses rayons encore estivaux la place des Quinconces où les commerçants du marché préparaient leurs étals. Une animation progressive que l’on pouvait suivre à travers les larges vitres du Caffè Rossi, hébergeur sympathique et efficace de la journée spéciale des 68 premières fois. Les participants arrivaient régulièrement, grimpaient les marches jusqu’au dernier étage pour rejoindre la belle salle aux poutres apparentes où les festivités n’allaient pas tarder à démarrer. Souriants, curieux de mettre des visages sur des noms et des pseudos côtoyés sur Facebook, impatients d’entendre les témoignages des auteurs qui les ont fait vibrer tout au long de l’année. Un programme chargé et pourtant… cette journée est passée trop vite !

Dès 10h, les réjouissances commençaient avec la remise du Prix du Premier Roman des Bibliothèques Pour Tous de la Sarthe à Vanessa Bamberger-Lepage pour Principe de suspension, l’un des romans de notre sélection de janvier. Un moment très chaleureux et émouvant en présence de certains des lecteurs ayant participé au vote et qui ont pu exprimer à la jeune romancière toutes les sensations que leur a procuré leur lecture.

68_lemans_VanessaB

Le temps d’un café et d’une petite viennoiserie, de quelques signatures avant que Vanessa ne rejoigne le salon pour d’autres rencontres, et le plateau suivant s’installe. Cette année, la rencontre animée par Charlotte rassemble des primo-romanciers et des auteurs qui viennent de publier leur deuxième roman. Parce qu’il ne saurait être question de laisser un « 68 » en chemin…

Cécile Balavoine (Maestro), Anne-Sophie Monglon (Une fille, au bois dormant), Loulou Robert (Hope), Sandra Reinflet (Ne parle pas aux inconnus), Marie Barraud (Nous les passeurs), Pascal Manoukian (Ce que tient ta main droite t’appartient), Sophie Lemp (Leur séparation) et Sonia David (David Bowie n’est pas mort).

On a donc parlé genèse, inspiration. Tenté de toucher du doigt ce moment où l’auteur se sent autorisé à écrire. Cette idée qui jaillit, cette passion qui ne demande qu’à s’exprimer par les mots. Sandra Reinflet nous a confié sa difficulté à passer à la fiction, elle qui ancre ses productions dans le réel et le vécu tandis que Pascal Manoukian trouve l’écriture du roman plutôt reposante par rapport aux reportages. La musique a directement guidé la plume de Cécile Balavoine tandis que Sophie Lemp a peiné à retrouver pour ce second roman l’urgence qui avait présidé à l’écriture du premier. Une urgence qu’a ressentie Marie Barraud dont le premier jet est resté le dernier tant l’émotion naissait de sa sincérité. Anne-Sophie Monglon voulait depuis longtemps traiter de la présence au monde, Loulou Robert a raconté la souffrance malgré le peu de temps écoulé entre ses deux romans. Au contraire de Sonia David qui affiche cinq ans entre ses deux opus, l’important pour elle étant avant tout d’écrire sans considération de publication.

On a parlé édition aussi, accompagnement. Le rôle de l’éditeur, la rencontre entre le texte et son support. De l’intervention éventuelle sur le texte au choix de la couverture. Chaque auteur a une petite anecdote à livrer notamment sur les photos qui ornent leurs livres ou les bandeaux malgré parfois le peu de latitude laissé par les contraintes des chartes graphiques. Ils nous livrent ainsi un brin d’intimité en levant l’espace d’un instant le rideau qui nous sépare des coulisses. Certains se jettent des regards entendus, des fils se tissent, des rencontres se font…

Avant le déjeuner, place aux apartés. Les auteurs sont livrés aux lecteurs. Ça discute sec, on se livre, on déclare sa flamme, on cherche à percer le mystère de l’alchimie qui mène à la rencontre entre un livre et son lecteur.

 

L’atelier dédicaces tourne à plein régime…

le mans dedicaces

Voilà qui ouvre l’appétit…

DSC01630

Rendez-vous en décembre pour les prochaines rencontres avec la soirée de clôture de cette magnifique édition 2017 !

Publicités

Les primo-romancières existent, nous les avons rencontrées…

C’était le 9 octobre dernier, en plein cœur de la 25ème heure du livre organisée au Mans comme chaque année. Un moment attendu avec impatience et fébrilité par tous ceux qui ont convergé ce jour-là vers les locaux de France Bleu Maine, sympathique et généreux hébergeur de la rencontre. Une trentaine de lecteurs participant à l’aventure cette année, et puis les auteures invitées. On entend souvent les chanteurs expliquer qu’ils composent des chansons pour le plaisir de les interpréter sur scène, de les partager avec un public. Ils ont raison. Nous, les organisatrices des 68 premières fois, c’est aussi pour des moments comme celui-ci que nous œuvrons toute l’année. Rencontres, partage autour d’une même passion, échanges. Des instants magiques, tout simplement.

68-au-mans-les-auteures

Elles étaient quatre à délaisser pour quelques heures les tables du salon pour rencontrer un échantillon de leur public particulièrement attentif. Colombe Boncenne, Anne Collongues, Rachel Kahn et Julie Moulin se sont volontiers pliées au jeu des questions-réponses mené par Charlotte, sous l’œil bienveillant et quelque peu ému de Serge Joncour auquel tout ceci rappelait sa propre première fois quelques dix-huit ans plus tôt. Une époque se souvient-il où le livre n’était pas autant porté, les blogs n’existaient pas, on pensait qu’il ne tarderait pas à disparaître. Force est de constater qu’il se porte plutôt bien, le livre. Et que ces quatre jeunes femmes en sont de talentueuses nouvelles représentantes.

Elles nous ont dit leur émotion à l’annonce de l’acceptation de leur manuscrit par un éditeur. Julie Moulin, son incrédulité. Rachel Kahn, sa première pensée pour ses parents, libraires qui ont toujours vécu entourés de livres. Colombe Boncenne, son étonnement à l’idée de rejoindre le club tant admiré des auteurs. Anne Collongues, son angoisse en réalisant que dans publication il y a le mot « public ». Voilà qui a fait sourire Serge Joncour. Oui, écrire est une chose. Ensuite, il faut être prêt à recevoir le verdict du public, quel qu’il soit…

68-au-mans-4-filles-qui-rient

Elles ont tenté de nous dire comment elles ont fait pour l’écrire, ce roman. Plan ? Pas de plan ? Quel rythme ? A ce jeu, Rachel Kahn est la plus structurée peut-être du fait de son métier de juriste qui l’incite à travailler à partir d’un plan précis ce qui lui a permis de libérer son écriture pour trouver la tonalité légère et pleine d’humour qui irrigue Les grandes et les petites choses. Colombe Boncenne connaissait le début et la fin, ce qui laissait pas mal de travail et d’incertitudes avant de parvenir à ordonner convenablement ses idées et à livrer Comme neige. Julie Moulin tentait de relier ses réflexions diurnes et ses visions nocturnes… cela lui a pris trois ans pour aboutir Jupe et pantalon. Enfin, Anne Collongues, artiste dans l’âme reconnaît avoir d’énormes difficultés à planifier et tendance à se laisser guider par ses personnages qui sont d’ailleurs les piliers de Ce qui nous sépare. A côté d’elles, Serge Joncour pourrait faire figure de vétéran aguerri et hyper organisé… pas du tout explique-t-il. Les plans, très peu pour lui. Il se nourrit de situations, d’informations et de rencontres, ici et là jusqu’au jour où l’idée jaillit et le texte suit. Ce qui ne l’empêche pas de s’inquiéter entre deux livres, la peur d’avoir fait le tour, de ne plus avoir rien à dire…

68-au-mans-la-rencontre

Justement la suite ? Ressentent-elles la pression du deuxième roman nos jeunes auteurs ? Oui et non. Disons qu’elles se rejoignent sur le fait d’avoir envie de profiter au maximum de cette première aventure. Pour la suite, il y a des embryons d’idées, parfois un peu plus… Nous verrons plus tard, elles ont raison, laissons-les savourer.

C’était bien cette rencontre. Nous avons fait un peu mieux connaissance. Appris avec étonnement que Rachel Kahn était venue très tard à la littérature, grâce à la découverte de Romain Gary (dont elle a même donné le nom à son héroïne). Compris le regard particulier d’Anne Collongues en l’écoutant raconter son parcours via les Beaux-Arts. Souri à l’évocation de la passion de Julie Moulin pour la littérature russe qui renseigne ainsi sur le côté foisonnant de son roman. Et carrément ri lorsque Colombe Boncenne nous a rappelé que la plupart de ses influences littéraires se trouvent dans son livre par la grâce des lettres vraiment écrites par leurs signataires (pour les néophytes, lisez Comme neige…).

C’était fort, chaleureux, simple, généreux. Doux et dingue, comme cette aventure. Un moment privilégié, prolongé au cours d’un sympathique déjeuner dans un décor de cave voûtée. On n’avait plus très envie de se quitter mais nos quatre drôles de dames se devaient d’honorer leurs obligations sur le salon. D’autres rencontres, d’autres lecteurs.

Un grand merci à elles pour leur généreuse implication. Un grand merci à Serge Joncour pour son bienveillant parrainage. Et un immense merci à tous les lecteurs des 68 premières fois, les dingues et les doux qui permettent tout ça, jouent les défricheurs, les découvreurs de pépites et les portent vers leur public.

Rendez-vous en décembre pour de nouvelles rencontres.

les 68 premières fois, pourquoi?

Les premiers romans sont des promesses, celles d’un nouvel univers, d’une plume différente, d’une autre façon de voir le monde. Ils occupent une place spéciale dans la littérature, dans la vie d’un auteur aussi ; ils sont sources d’une folle excitation (oh graal de la publication), de déconvenues, de déceptions de ne pas voir ce qui a causé des heures de travail, de transpiration et de doutes reconnu et plébiscité.

Sous les presque six cent titres de chaque rentrée littéraire, se cachent des premiers romans, des auteurs qui vivront un peu différemment ce saut dans le vide, c’est leur première fois, première parution, première publication. Fébrile ou ambitieux, dévoré d’espoir ou résigné, ils ont tous livré un texte, retravaillé de manière acharnée les mots, ayant envie mille fois de tout laisser tomber mais persévérant, avec une envie plus forte et insubmersible.

Face à la vague, aux médias parfois trop centrés sur la vingtaine de romans qui fera le buzz, il apparaît plus que jamais nécessaire de mettre en avant ceux dont la lumière s’éloigne, ceux qui pourtant ont cette saveur particulière.

C’est forte de ce constat qu’ont été créés les « 68 premières fois ».

Le plus : tous les premiers romans ont été lus, par une ou plusieurs lectrices.

Le but : faire voyager, échanger, discuter, faire vivre ces romans.

En partenariat avec les éditeurs, les premiers romans sélectionnés voyagent, font l’objet de chroniques, créent des liens entre les lecteurs, une communauté.

L’objectif est de placer le livre au centre de l’action, de ne pas mettre en lumière un auteur mais plusieurs, de créer une émulation, un collectif.