Le doorman – Madeleine Assas

« J’habite au vingt-deuxième et dernier étage. C’est mon refuge dans ce grand vaisseau du 10, Park Avenue. La métaphore maritime ne peut filer très loin puisque mon poste de vigie est en bas. Au vingt-deuxième étage, en haut du mât, je suis comme dans une coque, protégé et souverain. »

¯J’ai rêvé New York J’ai rêvé New York¯

¯J’ai rêvé New York¯

¯New York city sur Hudson… ¯

Si Yves Simon rêve, Ray, notre New Yorkais d’adoption ne se contente pas de rêver, il vit New York, il la goûte, la savoure, la déguste et invite pas la même occasion son lectorat à le suivre pour profiter de cette ville aux mille facettes.

C’est ainsi que, n’ayant jamais eu la chance de fouler le sol de la ville qui ne dort jamais, j’ai eu le bonheur de me mettre dans les pas du doorman pour désormais ne plus me perdre in « the Big Apple ». Et du Bronx à Brooklyn, de l’East river à l’Hudson, j’ai eu la chance de passer par un nombre considérable de rues, de visiter des quartiers connus du monde entier, de constater leur évolution, de côtoyer des petits commerces, des bars, des restaurants, d’user mes semelles dans la mythique Broadway (avec un petit regret : celui de n’avoir pas goûté à quelques nuits de jazz dans l’un de ses cabarets, ni d’avoir vibré au son du gospel à Harlem).

Et ce n’est pas une découverte brève que nous propose Madeleine Assas, non, elle nous emmène dans New York, le temps d’une vie, celle de Ray qui avait quitté Oran et fait ses adieux à ses proches, à sa terre natale, et jusqu’à sa nationalité pour revêtir la livrée du doorman et se fondre dans la ville. Doorman la nuit, citadin le jour avec quelques bons amis qui le mèneront à une connaissance approfondie de la ville, personnage sympathique sachant justifier ses choix, créant des liens avec les résidents du 10 Park avenue que l’on verra évoluer et vieillir tout comme notre héros, on notera d’ailleurs un changement dans la narration qui fera côtoyer un homme vieillissant, c’est superbe !

Je dois avouer que je n’étais pas très rassurée en ouvrant ce livre, craignant une certaine monotonie et un manque d’action et de cette attente qui nous mène au dénouement habituel. Rien de tout cela, au contraire, j’ai avalé ce roman en le dégustant comme un bon vin, moi qui ne connaissais que vaguement New York et ses « boroughs », New York et ses quartiers, ne les situant que difficilement les uns par rapport aux autres, j’ai bien progressé grâce à cet ouvrage.

Un conseil si comme moi vous découvrez la ville : munissez-vous d’un plan, la découverte n’en sera que plus enrichissante.

Si vous avez eu la chance de vous rendre à New York, vous y retournerez avec plaisir en vous plongeant dans ce merveilleux roman. – Roselyne Soufflet

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« New-York, tu la prends comme elle est mais tu la fais également tienne à ton arrivée : elle était différente avant, aussitôt après elle changera encore, et tout ce que tu écris sur elle vieillit immédiatement, l’encre n’a pas eu le temps de sécher que c’est déjà daté. C’est un instantané de quand tu y étais, ni plus ni moins. »  – Paolo Cognetti, Carnets de New York

« J’ai quitté ma jeunesse le 8 août 1961 quand – du pont du bateau, accroché au bastingage, résistant les poings serrés autour de la barre rouillée à la poussée des passagers agglutinés derrière moi qui se tendaient de tout leur chagrin, pour un ultime regard vers Oran, j’ai vu s’éloigner petit à petit dans la brume de chaleur, la coupole blanche de Santa Cruz. »

Pour son 1er roman, Le Doorman aux Éditions Actes Sud, la comédienne Madeleine Assas a choisi de donner la parole à Raymond dont nous faisons la connaissance alors qu’il est tout jeune garçon, à Oran où il vit seul avec sa mère depuis que son père a été raflé par les Français. Des amitiés d’enfance aux débuts de la guerre d’Algérie à l’arrivée des Américains, Raymond grandit, devient adulte avant d’embarquer pour la France, seul. Ce sera Marseille, puis Paris, ville qui tire en arrière et freine l’élan. New York, enfin. 

Si je décide de tourner assez vite les pages oranaises du roman, n’allez pas en déduire qu’elles manquent d’intérêt. J’ai tout de même l’intuition que Raymond n’est pas homme à se retourner volontiers sur un passé qu’il a laissé de l’autre côté de l’océan, en Algérie. La suite me dira, peut-être, que je me trompe.

« Ne plus avoir de famille était un grand soulagement, une immense liberté. »

Profitons donc nous aussi de cette liberté pour abandonner Raymond et mettre nos pas dans ceux de Ray, à New York.

« Je laisserai bientôt ces lambeaux de vieille Europe, moi Raymond de trente ans, déjà vieux d’errances, de chagrins, pour m’inventer Ray tout neuf. »

Une 2e naissance à 30 ans que rend possible cette ville « sacrément, salement et merveilleusement humaine. […] brutale, dure, âpre, hautaine. »Ray est un vrai New Yorkais, comprenez un immigré qui gardera toujours la trace de là d’où il vient. 

Dans cette ville où le fantasme le dispute à la réalité, après avoir vécu de petits boulots, Ray est devenu doorman au 10 Park Avenue, l’une des adresses les plus huppées de l’Upper East Side au centre de Manhattan. Son emploi et son studio exigu au 22e et dernier étage, il les doit à la gigantesque panne d’électricité qui a paralysé la ville le 9 novembre 1965 et à Hannah Belamitz, sa bienfaitrice et l’une des résidents de cet immeuble cossu où tout est soumis à l’approbation du board.

« Je suis frappé par la familiarité que cette femme me témoigne. […] elle est la seule avec qui, même aux portes de l’immeuble, j’oublie que je suis le doorman, et à son service en quelque sorte. »

Les chapitres racontent trois temps – le passé des souvenirs oranais, la vie dans le macrocosme new yorkais et celle du microcosme du 10 Park Avenue – que Madeleine Assas tisse ensemble pour offrir à la simplicité apparente de l’histoire une trame ambitieuse et dense. Le maillage des récits, leur porosité, font écho au quadrillage de la ville dont

« [l]a géométrie, les lignes droites et les angles constituaient une trame qui permettait une anarchie de créations complexes et ciselées qui, mises bout à bout, superposées, juxtaposées, sculptaient l’écheveau magnifique d’une humanité flamboyante. »

Le dynamisme de la construction narrative vient en contrepoint d’un récit à la lenteur contemplative, celui d’une déambulation dans cette ville qui, comme Ray souvent de service la nuit, ne dort jamais. 

Le Doorman raconte des rencontres éphémères

« Les rencontres étaient faciles à New York, le contact simple, immédiat. Mais je restais profondément européen, français, dans mon comportement. J’abordais les autres avec timidité, une réserve polie, presque sauvage à l’étalon de la cordialité américaine, directe et bruyante. »

ou, à l’opposé, des amitiés au long cours, dont la rareté fait le prix. Celle de Bentzion, de Claudius ou encore de Salah Waahli, guide hors pair, avec qui Ray aime arpenter les pavés new yorkais et s’abandonner au hasard des rues :

« Quand je ne travaille pas, je marche, je marche. New York c’est le monde, c’est chez moi et c’est une terre étrangère, les territoires, les peuples, tous différents. » 

C’est Salah qui le dit, ce pourrait tout aussi bien être Ray, ou vous, ou moi, tant ne pas marcher dans New York est un non-sens.

Le Doorman est une déambulation new yorkaise qu’accompagnent quelques femmes, celles qui restent à peine quelques semaines, quelques mois ou Holly qui jettera l’éponge au bout de 3 ans. Sans oublier quelques amies de toujours, telle Alma que Ray a connue alors qu’elle n’était qu’une enfant du 10 Park Avenue.

Le Doorman est traversé de manière éphémère par les vies que Ray invente aux passants qui vont et viennent au-delà du dais ou à ceux croisés au gré de ses errances de Chinatown à Central Park et, plus durablement, par celles des résidents du 10 Park Avenue qu’il sert avec une discrétion et une prévenance exemplaires. Le portier n’est-il pas aussi un veilleur ?

Pourtant, malgré les amitiés sincères et l’effervescence de la ville, ce roman dit sans conteste une solitude

« Quand, peu à peu, moi et New York était devenu New York et moi, j’ai senti que, sujet minuscule avalé par le monstre, il me fallait respirer, prendre des pauses. J’ai compris que si je ne voulais pas être digéré par l’énergie colossale de la ville et rejeté comme un débris par sa mécanique sans pitié, je devais me construire, ou plus exactement, me reconstruire. »

qui se frotte à d’autres solitudes, le temps de s’y réchauffer. D’ailleurs, quand ils ne sont plus là, qu’ils soient partis ou morts, les amis ne sont guère remplacés, tout au plus de nouveaux résidents, plus jeunes, viennent poser leurs cartons dans l’appartement qu’un déménagement ou un décès a libéré.

Le Doorman consigne aussi la transformation d’une ville qui se confond avec celle de Ray : New York, l’autre personnage principal du roman. Au fil de 4 décennies, nous la voyons entamer sa mue. Du marasme des années 1970-1980, celles de Times Square en temple de la pornographie et du nombre scandaleux de homeless, à la salubrité revendiquée des années 1990 sous la mandature de Rudy Giuliani.

« Vue du ciel, New York était confiante, inoffensive, d’une désarmante insouciance. Je ressentis tout à coup sa vulnérabilité poignante »

Vulnérabilité que le 11-septembre vient confirmer.

Le chaos au-dehors met alors en lumière le champ de ruines intimes qu’est la vie de Ray. Lui toujours prompt à balancer entre deux états incompatibles

« […] J’étais euphorique et malheureux. Plein d’espoir et sans illusion. »

prend soudain conscience qu’un changement doit advenir et qu’il lui appartient. Ce sera le retour vers sa terre natale, à 70 ans.

« À New York j’étais chez moi. Ici c’était chez moi. New York m’appartenait mais j’appartenais à cette terre d’Afrique, j’étais son enfant. »

Madeleine Assas a écrit ce roman comme un album d’instantanés que j’ai pris plaisir à feuilleter. Je ne voudrais pas clore ce billet sans parler de la douceur délicate de son écriture qui baigne ces vignettes d’une mélancolie palpable et fait du Doorman un moment de lecture hors du temps. Un adage dit que pour qui sait regarder, l’étonnement naît des choses les plus simples. Il en va ainsi des histoires ; les idées les plus simples font souvent les meilleurs romans. Et quand l’un d’eux m’offre une parenthèse de quelques heures en bonne compagnie à New York, ville dont Madeleine Assas a saisi toute l’ambivalence, et qui me manque, je ne boude pas mon plaisir. Vous ne devriez pas bouder le vôtre. – Christine Casempoure

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Des années 60 à 2002 l’auteur nous fait vivre New York en compagnie de Ray, jeune juif originaire d’Oran, qui fuit la guerre d’Algérie et ses drames.

Ray occupe cet emploi de « doorman » qui m’a d’abord fait penser au livre de JP Dubois « tous les hommes n’habitent pas le monde… » mais, finalement, dans un immeuble chic de Park avenue à Manhattan, l’emploi occupé par le héros de JP Dubois serait celui de superintendant. Ray est doorman, n’en éprouve aucun complexe et n’a aucune ambition professionnelle.

Il s’entend bien avec tous ses collègues, a un regard bienveillant bien que non dénué d’humour sur les occupants de l’immeuble sur lesquels sa fonction lui intime de veiller.

Pendant ses jours de congés il arpente New York avec son ami Salah, jeune palestinien émigré comme lui, puis seul, après le départ de Salah pour Israël.

Ces déambulations sont l’occasion pour l’autrice de nous faire découvrir New York. J’ai lu le livre un plan à portée de main, pour me représenter leurs destinations, car je ne connais pas la ville de New York. Cela m’a passionnée.

Ray est un personnage simple, intelligent, ouvert qui décrit sa vie, et dans des chapitres dédiés de 1 à 9 les évènements graves ou minuscules qui arrivent durant ses heures de service. Ce sont aussi bien le départ au Viet Nam d’un officier qui y trouvera la mort, qu’un accident spectaculaire qui envoie un poids lourd dans la devanture de l’immeuble, sans dommage corporel.

Grâce à ce livre nous voyageons dans le monde intérieur de Ray comme dans le New York de ces années là et c’est un vrai bonheur. – Marie-Hélène Poirson

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Je vous présente Raymond. Mais ne l’appelez pas comme ça, il préfère Ray. Il est né en Algérie, à Oran, mais sa ville de cœur est New York. Quand il débarque dans ce nouveau monde, il tombe sous le charme de ses rues, de son énergie et il arpentera pendant le reste de sa vie les quartiers New Yorkais. Suivez-le, c’est un voyage extraordinaire…

En ces périodes où se mouvoir hors de son petit périmètre est malheureusement compromis, se glisser sous un plaid avec ce premier roman en mains est gage de voyage…
Et pas n’importe où !! Que vous connaissiez ou non cette ville-monde qu’est New York, la lecture et le dépaysement sont fabuleux.

Bien sûr, tout tient dans les yeux et l’âme de Ray. Cet homme solitaire et généreux a appris, tout au long de ses longues années en tant que doorman d’un grand immeuble de Park Avenue, a être discret et chaleureux. Il sait où est sa place, sans trop en faire, sans condescendance. Il nous entraîne avec lui, nous laissant toute la liberté de nous émerveiller…

Merci Ray… merci pour cette balade poétique et tendre. Merci pour ces mots qui adoucissent et illuminent un quotidien parfois un peu gris. Et merci de nous laisser espérer qu’un ailleurs existe encore…

A la fine équipe des 68, merci pour cette découverte dépaysante et apaisante ! – Audrey Lire & Vous

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Raymond, jeune juif et pied-noir a fuit Oran et la guerre pour s’envoler pour New-York. Il est devenu Ray! Il a tiré un trait sur son passé et après quelques petits boulots, il va avoir l’occasion de devenir doorman, portier, dans un immeuble de Park Avenue. Avec son uniforme, un autre monde s’ouvre à lui et à nous, tout au long de ses quarante années de fonction, il va accompagner les résidents, créant des liens avec certains. J’ai vraiment apprécié les passages où Ray était en activité et rencontrer les résidents de l’immeuble ou les gens de passage dont certains ont marqué la vie du portier.

Ray est certes le personnage principal mais New-York est au cœur de sa vie et de ce livre. Madeleine Assas nous propose une immersion dans la mégalopole, nous allons comme Ray flâner à travers les avenues et découvrir tous ces quartiers et leurs évolutions. Quarante ans de déambulations et de rencontres nous sont contées de manière très agréable. Avec le doorman, on embarque pour une promenade lente à travers la ville.

En parallèle de sa nouvelle vie, l’autrice nous ramène dans le passé en nous faisant découvrir la jeunesse de Ray avant son émigration. La jeunesse de Ray est aussi très intéressante, un condensé de l’histoire d’Algérie. Sa famille aura été marquée par la seconde guerre mondiale puis par la guerre d’Algérie, eux les pieds-noirs juifs, je vous laisse imaginer… Les souvenirs de l’homme sont riches et intenses. Ces parties m’ont transportée.

Une lecture à prendre comme une balade, quelques évènements parsèment le récit mais en allant à la rencontre du doorman c’est principalement New-York que vous découvrirez. Pour cela j’ai eu un peu de mal à m’imprégner de ma lecture mais je ne regrette pas d’avoir persévéré d’autant que les dernières pages sont vraiment intenses! – Julie Campagna

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Le doorman, c’est quarante ans de la vie de New-York, entre le point fixe du 10 Park Avenue et les déambulations à la découverte de la diversité de la ville. Diversité des quartiers, qui sont autant de villages avec une identité propre, et diversité temporelle, qui modifie les murs et les populations.

Il a fait partie des migrants algériens qui ont laissé derrière eux biens et familles. Après un court passage en France, c’est l’Amérique qui l’accueilli, et une belle rencontre lui vaudra cet emploi de portier, sur la grande avenue.  Un poste en or pour cet observateur discret, qui n’ignore rien des histoires qui s’écrivent derrière les portes des quarante étages de la tour.

Malgré la force de l’amitié qui le lie à Salah, son compagnon de marche, il est seul, sans le regretter, peut-être en raison des liens solides que les confidences de résidents ont créés.

Ce roman est aussi celui de cette ville, si démesurée et si cosmopolite, et qui pourtant se décline en une multitude de villages où quiconque peut se sentir à la maison. Little Italy, que grignote peu à peu Chinatown, Harlem, Roosevelt Island, Staten Island, autant de sites si différents les uns des autres. 

Les années passant, surgit la crainte de voir écrit une fois de plus l’effroyable agression qui a terrassé la ville. 2001, et la fin du colosse aux pieds d’argile comme  le dit la chanson.

C’est un très bon moment de lecture, parce que j’aime cette ville de tous les excès, mais aussi parce que la discrétion et le sens de l’observation du narrateur font de ce premier roman un voyage plaisant. – Chantal Yvenou

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Un premier roman qui nous immerge dans la ville de New-York grâce à  son doorman ou portier. Durant quarante ans, donc une bonne partie de la vie de Ray, sous nos yeux vont défilés ces images de New-York.  Ray qui arrive à Ellis Island vers les années 1970 et son séjour durera jusqu’en 2002 à peu près.  Avec lui, nous allons vibrer dans cette ville et la sillonner en compagnie de son ami Salah ou au gré de ses rencontres. Ray arrive d’Oran après être passé par la France. C’est le quotidien d’un doorman, à New-York dans un immeuble de standing qui nous est conté.

Auparavant, il a travaillé dans la poissonnerie, puis à trouvé un autre emploi à Manhattan et par une rencontre fortuite avec une résidente qu’il obtient sa place au 10 Park Avenue et son logement.

Ray va bien s’intégrer à  cette nouvelle vie. Au fur et à mesure,  il connaîtra les résidents, du plus ancien au tout nouveau qui vient d’emménager, ainsi que les invisibles et ceux plus proche. Il en verra partir, d’autres qu’il suivra dès leur jeunesse jusqu’à leur vie d’adulte.  Les résidents respectent le doorman et certains s’attachent à lui. Le reste du temps, il marche et nous fait visiter la ville  de long en large et en travers. Ray nous conte mille et une anecdotes qui jalonnent ce récit et qui sont amusantes et surprenantes. L’auteure nous fait découvrir sa vie : La perte de ses parents, les histoires de sa mère quand il était à Oran.

Par bribes, Ray va nous faire visiter New-York de la construction des tours jumelles jusqu’à leurs destructions en 2001. La ville qui va évoluer et se moderniser.

C’est une histoire humaine et à  la fois, il est agréable de déambuler dans New-York avec Ray qui nous fait découvrir cette immense mégalopole.

J’ai été très attirée par cette couverture avec ses couleurs oranges et grises. – Hélène Grenier

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« L’idée d’appartenir au même ensemble, comme une famille, de voir, saluer les mêmes personnes, jour après jour, leur apporter mon aide, nuit après nuit, me rassure. Je vois les visages familiers se transformer, changer, vivre. Je devine les agacements, les soulagements. A ma place, je suis à la fois dedans et dehors. Même à la porte, j’appartiens à une communauté. Je dirige l’entrée et la sortie et je partage les moments fragiles de chacun, ces transitions où l’intime affleure, quant on n’est pas encore dehors et quand, au retour, pas tout à fait revenu, les pans de la journée bonne ou mauvaise, de la soirée réussie ou calamiteuse, flottent encore autour du sourire ou du pli amer de la bouche. »

Quel savoureux voyage que la lecture de ce roman ! Quelle fut jolie cette rencontre avec Ray, doorman de son état au 10 Park avenue à New York ! Des années 60 au début de notre siècle, Ray nous guide au gré des blocks de la métropole, des quartiers les plus visités aux recoins les moins connus, entre insolite et inévitable repère. Ray immigre à New York en quittant la France après avoir été exilé de  l’Algérie. De débrouilles en petits boulots, une rencontre, une essentielle, lui offre une place, un poste de Doorman pour une communauté de résidents au sein d’un building, lequel lui donnera aussi un nouveau toit. Doorman, l’homme à la présence discrète mais indéfectible, à la marge entre vie sociale et vie privée, il observe, devine, entend mais ne divulgue rien et dissimule tout. Fonction d’invisibilité qu’épouse parfaitement Ray : sobriété du rôle, entre connivence et confidence, complicité de ce qui se comprend mais ne se dit pas, pudeur des partages silencieux.

Avec Ray en guide, l’auteur nous raconte des parcours, le sien et ceux des amis, des copains,  d’immigrés d’Europe et d’ailleurs, dans ce territoire où s’érigent tous les possibles, terre d’accueil intraitable, aussi généreuse que cruelle. Les splendeurs d’une mégalopole qui brille le succès et l’argent, les prône en étendards, les revendique en seuls objectifs et les misères à peine dissimulées des ghettos, enclaves, poches de survie des rues, des métros et des ponts à l’ombre des gratte-ciels dorés. Ville à l’énergie électrisante, les paradoxes et les excès en chaos architectural, cosmopolite mais symbole de la puissance américaine, New York se déplie, s’étire, tentaculaire, circulaire mais infinie, bouillonnante d’un mouvement incessant dont il faut être, quoiqu’il arrive.

 « On venait à New York du monde entier pour ne pas mourir, mais la mort n’était jamais si proche que dans ces rues délaissées de Downtown, comme au pied des buildings impressionnants de beauté des quartiers riches. Il fallait marcher, avancer, pour s’en éloigner, pour la tenir loin de soi. Surtout ne pas fléchir, continuer quels que soient les sacrifices, la fatigue, les humiliations. La force de la ville, c’était cette marche en avant commune, marche perpétuelle, harassante, inéluctable. Les fondations vieillissaient, craquaient, pourrissaient, mais à la surface, il fallait que ça brille, que ça s’élève, s’étire, grandisse, encore et encore. »

Ray arpente la ville comme on découvre un pays, avec l’assiduité d’un nouveau qui désire faire sa place, la curiosité et l’enthousiasme d’un enfant, l’acuité du poète qui trouve le beau derrière le béton, le courage et l’humilité de l’arrivant au cœur blessé mais désireux et fier, déjà, de fouler un ailleurs et de s’y implanter.  Ray déambule, randonne, avale des kilomètres, souvent avec son ami Salah ; parfois s’arrête dans la boutique de Bentzion, partage un repas et palabre sur la vie. Il y a les collègues, les amitiés d’une nuit, dans un pub au détour d’un orage, les amours, entre réconforts et promesses de bonheur même impossible, les inattendus et les résidents du 10 Park Avenue. Familles, célibataires, grincheux, sympathiques, un ange gardien : au gré des déménagements, des tumultes, des fêtes, accidents et années, un microcosme, tout un monde dans le monde et au milieu une enfant, Alma, qui embarque dans sa vie Ray.

L’écriture se fond, se confond avec Ray et sa fonction de Doorman : fluide, elle nous accompagne et nous soutient sans emphase. Elle nous voyage au cœur d’une grosse pomme, la décrit son évolution au fil du temps avec objectivité, sans faux-semblant, et ne juge pas. C’est si doux d’être ainsi bercé par une langue où rien n’est forcé et tout est porteur : authentique, poétique et pertinente, elle respecte le lecteur et s’efface pour lui donner à voir et à ressentir. Elle nous conte une trajectoire en glissant le long de phrases, où chaque mot a sa place, de la mélancolie douce, de la tendresse, la rencontre de l’Autre, sans démonstration, sans explication : c’est incarné. Histoire d’une vie.

 Ray est le garant d’un édifice, du refuge où se recroqueville chacun après avoir affronté l’extérieur, les autres et les défis. Ray ouvre les portes à qui revient au chaud et à qui se lance, construit, ose.  Il est entre le dedans et le dehors, le passeur de la frontière, la figure familière qu’on est content d’apercevoir pour se donner du courage ou souffler de soulagement. Il a trouvé là sa place, laquelle résonne si juste avec cette existence « là sans y être », sur le fil, au pas de la porte… Ray ne bâtit pas de famille, n’élabore pas de projet, ne formule pas de vœux, ni de rêve mais dans sa parole raisonnée, sincère et généreuse donne un repère, une sécurité et ainsi aide parfois quelques-uns à faire et baliser un chemin.

 Ray a du fuir le pays de son enfance, y a perdu ses ancrages et dès lors semble avoir mené son existence en clandestin au milieu de foule de personnes : présent à la vie des autres et absent à la sienne, non replié mais  en retrait, campé ou marcheur, il se faufile droit, fiable, explore un monde et partage par procuration les vécus multiples. Fonction d’invisibilité….Sans nul doute plus new yorkais que nombreux natifs n’ayant jamais dépassé les frontières des beaux quartiers, il évolue dans la discrétion de ces hommes de l’ombre, la pudeur et l’élégance en bandoulière, la bienveillance et le respect dans les poches, sans plus d’illusion aucune, qui sait la fragilité de la vie, la résistance des chagrins mis sous silence et qu’il n’est pas aisé de s’enraciner dans un ailleurs quand on a été mis hors de son ici. Croiser Ray dans cette lecture a été source d’un réel réconfort. – Karine Le Nagard

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Dans « le doorman », New-York (où se passe le roman) et Ray, le héros, sont indissolublement liées. La ville-monde où près de 40% des habitant.e.s n’ont pas la nationalité américaine a accueilli le jeune immigré oranais fuyant la guerre d’Algérie et l’a gardé. Il y est devenu portier d’un bel immeuble dans un beau quartier de Manhattan.

Tout au long des presque 50 ans du récit, Ray s’approprie la ville et apprend à vivre au milieu de cette immensité urbaine depuis son point d’ancrage : ce 10 Park Avenue où il travaille et où il vit, nouant des amitiés indestructibles avec toutes sortes de personnes habitant l’immeuble et ses alentours.

J’ai beaucoup aimé ce livre à l’écriture délicate, que j’ai lu avec une carte de New-York à portée de main, pour suivre les parcours de Ray à travers les quartiers de la ville et retrouver dans ses pérégrinations et ses pensées un peu de cette ville que j’aime tant. – Marianne Le Roux Briet

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Si vous avez envie de voyager, délectez vous de ces très belles pages.

Madeleine Assas raconte un exil, une ville.

C’est l’histoire de Raymond (Ray) immigré algérien d’origine espagnole juive, qui, derrière son uniforme de doorman qu’il a revêtu pendant 40 ans, va se construire une nouvelle identité sur cette terre de tous les possibles.

Contemplatif, sensible, il va se nourrir des liens qu’il va créer avec les habitants de la copropriété mais également des quartiers de cette ville magistrale, New York, dans laquelle il va déambuler au côté de son ami Salah.

C’est élégant, humain, doux… Ça fait du bien !!! – Alexandra Lahcène

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Au travers de la vie d’un homme, sont abordés, avec finesse et sensibilité, les liens et l’histoire que l’on reçoit et que l’on crée.

La famille est-elle celle du sang ou celle du cœur? 

Qui sommes-nous sans nos familles? Que reste t’il de nous quand on les perd?

Madeleine Assas aborde aussi les difficultés liées à l’identité, la vieillesse, la pauvreté et le vivre ensemble.

Elle le fait avec douceur, sans heurts et ça fait du bien.

Ce roman a été pour moi un refuge.

Madeleine Assas, je crois, nous dit que l’ouverture de cœur, lorsqu’elle est partagée et sans contrainte, est le semis d’un bonheur simple mais vrai. Et c’est ce qui compte. – Stéphanie Justin

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Raymond a quitté Oran pour Marseille puis pour New York  en 1962. Il a fait parti des ces gens arrachés a leur pays et leur enfance pour des raisons politiques.

Il avait déjà perdu son père peu de temps avant, il va perdre sa mère qui n’a pas voulu quitté l’Algérie bouleversée et qui va disparaitre durant les jours les plus sombres

Sans plus aucune attache il va arriver à New York pour faire sa vie comme tant d’autre avant lui.

Il va trouver des amis, un emploi, un logement et il sera pendant 40 ans un des doormans du 10 Park Avenue.

Avec son ami Salah ils vont découvrir la ville à pied  quartier par quartier, avec Alma une des enfants qu’il voit grandir au 10 Park avenue et à laquelle il s’est attaché, il vit une paternité par procuration, peu d’aventures amoureuses sans trop savoir pourquoi, une vie assez solitaire.

Un très beau roman sur la ville, sur la solitude. Un vrai questionnement sur les racines, les lieux qui nous construisent parfois plus encore que les proches qui nous entourent.

Parfois mélancolique mais jamais triste ou sinistre. – Emmanuelle Coutant

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Un très beau texte qui nous entraîne dans New York City.
Depuis 1965 à 2002, le narrateur, Ray, Raymod nous parle de sa vie de doorman. Il a quitté Oran, lors de l’indépendance et après quelques mois à Marseille, a décidé de vivre à NYC. Après quelques petits jobs, il devient doorman dans un immeuble de Park avenue. le doorman est le portier d’un building, avec un beau uniforme mais qui est discret, presque transparent. D’ailleurs, Ray est un homme discret, transparent dans cette ville foisonnante. Lui a une vie tranquille. Il va nous raconter sa vie, professionnelle, personnelle. Il parle de la vie des habitants de cet immeuble, qui va devenir une sorte de famille pour lui. Hannah B qui lui a proposé ce job et aussi l’appartement au dernier étage où il va vivre de nombreuses années. La petite Alma, qu’il a connu petit fille quand son père militaire est mort à la guerre, qui est devenue une adolescente, puis une jeune fille mais qui est restée toujours fidèle au doorman, une sorte de tonton pour elle, confident de sa vie et qui va lui offrir un jour un superbe voyage en hélicoptère au dessus de la Ville.
Car la ville est est une personnage à part entière dans ce premier roman. Ray la découvre en déambulant avec un de ses amis, Salah, d’origine palestinienne, étudiant en cinéma qu’il a rencontré un soir dans un restaurant. Ils vont tous les deux nous entraîner dans les rues de cette ville, qui se transforme, que les quartiers ont chacun leur particularité. de belles pages de balades dans les rues, à pied, Je suis allée à NYC et ai aimé retrouver ces rues, ces quartiers, l’histoire de cette ville.
Un beau texte pour nous raconter la vie d’un homme, solitaire, transparent et son emploi va nous permettre de rencontrer plusieurs habitants de cette ville.
J’avais déjà lu des textes qui avait pris comme décor un appartement, ce qui permet de raconter une ville et différents habitants : « tous les hommes n’habitent pas le monde » de JP Dubois, beautiful boy de Tom Barbash (habitant du Dakota à NYC), l’immeuble Yacoubian de Alaa El Awany. C’est très romanesque comme base et permet de découvrir la vie des habitants et la vie de la ville décrite.
Un premier roman que je conseille et qui en ces périodes nous console un peu de ne pas pouvoir voyager ou prévoir de voyager. Tellement hâte de repartir et pourquoi pas retrouver NYC. – Catherine Airaud

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Au 10 Park Avenue  se dresse un immeuble d’habitation, autrefois hôtel cossu, aujourd’hui transformé en logements hétéroclites à l’image de ses occupants. Un homme incontournable, discret, ponctuel, toujours présent, orchestre les va-et-vient de chacun : le Doorman. A l’intérieur, à l’extérieur, affable, il est celui qui accueille, observe avec attention, converse aimablement. C’est Ray, respectueux et fier de sa fonction, prévenant et professionnel. Il n’est pas d’ici : » J’avais besoin d’une terre violente. Puissante et chaleureuse aussi. L’Amérique était cette terre promise.  » Il marche, il avance et New York l’accroche, l’enrobe, le reconnaît. La ville l’adopte et il adopte la ville. C’est une connexion profondément intense. Il y puise regards, amitiés, amours, rencontres.

C’est un livre qui se savoure à petites gorgées. Le lecteur va déambuler au fil des pages, des rues, des années et des souvenirs. Cet accompagnement se fait avec douceur et tendresse, dans l’ombre de cet homme au rythme de ses pas et de ses partages: « Un pied dans la ville et un autre encore là-bas, de l’autre côté de l’océan ».

Oran, Marseille, New York : « La nouveauté me rendait neuf, l’inédit me renvoyait l’image d’un autre moi, plus sensible, plus intelligent et plus courageux ».

Une dignité d’homme. Un régal de lecture. – Corinne Tartare

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Je viens de terminer la lecture de ce premier roman absolument étonnant,  véritable déclaration d’amour à la ville de New-York.
Une longue et plaisante promenade pédestre pour arpenter la ville dans tous les sens à la découverte de tous ses quartiers sur les pas d’un homme terriblement attachant,  Ray doorman de nuit d’un bel immeuble de caractère de 22 étages au 10 Park Avenue à Manhattan, où il réside également dans un studio appartenant à celle qui lui a procuré son job, transformant alors sa vie pour les décennies à venir.
Arrivé d’Oran en 1965, il n’aura de cesse de parcourir pendant près de 40 ans cette ville immense et trépidante dont on dit qu’elle ne dort jamais. Solitaire, mais fidèle aux rares amis qu’il s’est fait, il partage ses déambulations avec Salah, amoureux comme lui de la ville, apprenti cinéaste en perpétuel repérage. Des réflexions sur la vie, la famille ou l’amitié, des anecdotes de sa vie au travail dans l’immeuble alternent avec les promenades dans la ville. Ce sont toujours des observations fines et bienveillantes sur les résidents,  qu’il finit par connaître bien plus sans doute qu’ils ne l’imaginent. Des relations se nouent, certaines très fortes comme avec Alma que Ray voit grandir…

J’ai beaucoup aimé mettre mes pas dans les siens  au rythme d’une jolie prose servie par une plume fluide, un sens aigu de l’observation et une grande finesse. Une immersion totale avec des flashs de souvenirs personnels surgissant au détour d’une phrase.  La dernière page tournée,  j’ai feuilleté l’album de notre séjour en avril 2017 avec nostalgie et plaisir.

À lire si vous aimez déjà New-York. A lire si cette ville vous fait rêver sans y être allé.
À lire pour voyager immobile.
À lire parce que c’est un très beau roman. – Catherine Dufau

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Aout 1962, Ray quitte Oran, seule alternative selon lui. Il y laisse sa mère seule, qui elle refuse de partir d’Algérie. Un deuxième abandon après celui du père de Ray vingts an auparavant. 
Ray ne s’éternise pas à Marseille, il part à la conquête de New-York pour se reconstruire et construire sa vie à son propre rythme.Il occupera le poste de Doorman, dans un immeuble résidentiel de Park Avenue.
Au fil de la lecture des 400 pages de ce premier roman très original, Ray nous entraîne dans une visite très agréable de cette ville qu’il découvre et qu’il apprend à aimer via des lieux, ses rencontres, et la réalisation de ses envies. Tout en réserve, comme le Doorman qu’il est, sans trop s’attacher et en toute liberté.
Une déambulation new-yorkaise un peu longue mais très plaisante ! – Anne-Claire Guisard

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Quelle belle promenade dans les rues de New-York avec Le Doorman, premier roman de Madeleine Assas! Pendant une quarantaine d’années nous suivons Raymond, l’Oranais pied-noir, qui a dû quitter en 1962 l’Algérie et qui est devenu Ray, portier d’un bel immeuble de Park Avenue. C’est un solitaire, pas de compagne, pas d’enfant, qui trace son chemin dans la grande ville avec seulement 2 ou 3 véritables amis qui lui tiennent lieu de famille.

D’une écriture poétique au son juste, Madeleine Assas nous raconte, au gré des quartiers pauvres ou riches, des anecdotes sur les New-Yorkais, tous émigrés de plus ou moins fraîche date. Son récit tendre et nostalgique est la chronique des occupants du 10 Park Avenue et de toute la ville, loin des milliardaires, des stars et de la jet set. Il ressemble à du vécu et suit l’évolution de la ville sur plusieurs décennies. Ray est émouvant dans sa solitude, il est aussi pudique et ne se livre que par petites touches. Il ne se passe pas grand-chose dans le récit de Madeleine Assas et pourtant j’aurais bien continuer à arpenter les rues de New-York avec Ray pendant 375 autres pages.

Madeleine Assas donne une furieuse envie de se promener au hasard des rues d’un New-York sans Covid. Il est certain que, si j’y retourne, le souvenir du Doorman m’y accompagnera.

Une auteur à suivre. Je suis très curieuse de son prochain roman. – Françoise Floride

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Ray est le Doorman du 10 Park avenue, à Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’Algérie dans les années 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis à Paris.

Après un emploi particulièrement pénible à décharger le poisson au marché, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vêtu de son bel uniforme à boutons dorés.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des années 70 jusqu’à effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres découvre la vie des quartiers, de Little Italy à Chinatown, du Lower East Side à TriBeCa, de Harlem à Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait découvrir par son regard. Les commerces, les cafés et les restaurants, les bars et leurs habitués, rien ne lui échappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, déambule avec lui et voit l’évolution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rêver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. Même si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissé la place aux pas plus hésitants du sexagénaire, son regard est toujours aussi affûté et empathique envers ses congénères, d’un côté ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il côtoie lorsqu’il revêt son habit de Doorman.

Je suis allée la première fois à New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui débarquait là-bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un côté irréel et festif. J’y suis retournée depuis à maintes reprises. J’ai retrouvé dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus récentes de mes dernières visites. Cette différence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beauté des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le coté vieillot et archaïque du métro ou de certaines boutiques par exemple. Le réservoirs d’eau sur les toits des buildings, les écureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressés de Wall Street, les touristes émerveillés de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si différents qui font pourtant l’unité de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mêlent pas. Enfin, Ray a réveillé en moi le sentiment fort et l’émotion qui m’avaient saisie en entrant à Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rêve américain au fil des décennies.

Quand un roman éveille autant de souvenirs et d’émotions, c’est sans doute qu’il a atteint son but. – Dominique Sudre

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Il marche. Raymond est originaire d’Oran qu’il a quitté au moment des « événements » comme on nommait alors la guerre d’indépendance de l’Algérie. Il est devenu Ray depuis son arrivée aux Etats-Unis, et il marche donc, tous les jours ou presque, et parcourt sans relâche les rues de New-York, d’abord accompagné par son ami Salah, puis seul, après le départ de celui-ci. D’abord employé au marché aux poissons, il a obtenu un poste de portier dans une résidence de luxe au 10, Park Avenue. Tout en restant professionnel dans son uniforme aux galons dorés, il a noué des liens avec quelques-uns des occupants de l’immeuble qui semblent avoir une grande estime pour cet homme discret et efficace. Sous ses yeux se déroulent quarante ans de vie urbaine, dans le microcosme de la résidence, ou dans les menus incidents de son existence, avec ses relations amoureuses, ou dans le macrocosme de la ville, où Ray note les changements dans les comportements et les modes vestimentaires, ou les quartiers qui se transforment. Et puis, alors que s’approche la retraite, il y a l’attentat du 11 septembre 2001, qui n’est pas nommé, les personnages familiers qui disparaissent, c’est l’heure de quitter New-York.

Cette fresque new-yorkaise aurait pu être longuette et sans surprise, il n’en est rien. A travers ce long voyage dans l’espace et dans le temps que nous fait faire l’auteur, qui semble connaître la ville comme Ray la liste des occupants du 10, Park Avenue, sont abordées les thématiques de l’exil, de l’amitié, de l’urbanisme, et aussi une belle galerie de personnages, à commencer par le protagoniste, observateur discret et plein de résilience, et guide merveilleux de cette ville qui, dit-on, ne dort jamais. – Emmanuelle Bastien

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Ce roman, c’est l’histoire d’un homme et d’une ville.

Ray est arrivé aux Etats-Unis dans les années 60. Juif algérien, il a quitté Oran et après un court passage en France, s’est envolé pour les Etats-Unis. Arrivé à New York, il vit de petits boulots jusqu’à ce qu’on lui propose un job de portier dans un immeuble cossu de Park Avenue. Pendant 40 ans, Ray observe la vie des habitants de l’immeuble et la ville qu’il arpente infatigablement.

Les grandes villes ça ne m’attire pas du tout, ça m’oppresse. Je ressens plus d’angoisse que de fascination devant le gigantisme d’une ville comme New York. Tant de monde, tant de bruits,… Mais Ray nous prend pas la main, rassurant, sympathique, humain. Il nous invite à une longue promenade à travers la ville, nous racontant ses anecdotes, ses quartiers, ses habitants, les changements au cours des années. Jusqu’à l’année terrible…

Ray nous fait découvrir l’immensité de la ville, mais aussi l’univers clos et rassurant de l’immeuble. Les portes à tambour gardées par des portiers, le hall magnifique et le comptoir de bois devant les anciens casiers à clés datant de l’époque où l’immeuble était un hôtel, le registre des invités autorisés, les ascenseurs, les couloirs moquettés, l’ancienne salle de bal à l’abandon, les appartements, les studios sous les toits, la terrasse avec une vue imprenable. Un univers hors du temps… 

Mais il n’est pas question que de lieux au contraire, l’humanité est au cœur de tout. Ray est un solitaire, jamais marié, pas de famille, mais il a des amis. Salah, son partenaire de promenades, Bentzion, qu’il retrouve au diner ou Alma, la petite fille qui grandit sous ses yeux. Il y a les habitants de l’immeuble et les collègues de travail, les rencontres de hasard et les anecdotes de l’immeuble.

Ce roman c’est un cocon, une parenthèse d’humanité et de bienveillance au cœur de la ville qui ne dort jamais. Une lecture qui fait un bien fou et qui me donnerait presque envie d’aller à New York. – Delphine Queval

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Quand la littérature fait voyager à travers la vie d’un homme inscrite dans un lieu au point de se mêler de façon intime et profonde. Ou quarante ans de New-York aux côtés d’un portier, Ray, Pied-noir juif d’origine espagnole qui a perdu son père dans un camp nazi en 1942 et sa mère dans une émeute à Oran en 1961. Il débarque seul à New-York, sans attache et se réinvente dans le chaudron magique de la mégapole.

On l’aime immédiatement, Ray, le gardien-portier taiseux, sensible et contemplatif d’un immeuble de Park Avenue. Madeleine Assas a un œil et une superbe plume, travaillée et déliée. Elle nous livre progressivement, par touches subtiles, au juste moment, quelques pans du passé de Ray pour comprendre comment cet immigré est devenu un vrai New-Yorkais, sans autre racine revendiquée que celles qui se sont déployées ici, dans la ville des exilés, nourries de ses rencontres avec d’autres exilés ou les habitants de l’immeuble dont la vie est racontée avec beaucoup de vivacité et d’humour. Avec émotion aussi, comme lors du merveilleux épisode du baiser dans l’ascenseur en panne.

Des racines gorgées de New-York qu’il arpente inlassablement avec son ami palestinien Salah, hors des sentiers battus touristiques. La ville est un personnage à part entière, elle se découvre par le mouvement. A travers le filtre de Ray, New-York se dévoile dans toutes ses contradictions et paradoxes, entre modernité et misère, chaos et ordre. On voit ses transformations, sa gentrification. Les pages sur East Broadway sont superbes, Chinatown grignotant Little Italy comme à Lower East Side, puis le quartier juif qui s’effrite à son tour sous le regard de Bentzion, un ami de Ray, qui refuse obstinément de vendre sa boutique à un restaurant coréen.

C’est un roman d’atmosphère, sans intrigue clairement identifiable mais rien n’est répétitif dans ce récit car l’auteure le construit avec précision et passion. Elle trace une carte sensible, celle d’un homme étroitement lié à une ville jusqu’à une forme de symbiose qui le charge d’énergie, traverse son parcours intime et transforme. C’est vraiment un très beau roman, plein de tendresse humaine, que j’ai quitté à regret

A lire avec un plan de New-York sous les yeux, pour savourer encore plus. – Marie-Laure Garnault

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C’est parce qu’il a, aux Etats-Unis, une fonction sans équivalence de notre côté de l’Atlantique que Ray a conservé son titre dans celui du premier roman de Madeleine Assas, Le doorman. Cet homme, statique par définition nous invite pourtant au voyage de la manière la plus complète qui soit, aussi bien dans l’espace que dans le temps. Car Raymond n’est devenu Ray qu’au prix de nombre de départs, de traversées, d’adieux, mais aussi de découvertes, de rencontres et de rituels qui ont conduit le jeune pied-noir à devenir cet homme en noir (et boutons dorés !) planté au pied de l’immeuble du 10 Park Avenue à New-York. Construit comme le plan de sa ville d’adoption dont durant quarante années il sillonnera méthodiquement chaque parcelle de trottoir, le roman du doorman, dans une géométrie parfaitement orchestrée alterne souvenirs de jeunesse, anecdotes professionnelles et découverte de la Grosse Pomme en compagnie de l’un de ses trois amis de cœur. Et, comme on se familiarise peu à peu avec un lieu totalement inconnu en reconnaissant çà et là un bout de rue ou une façade, on s’attache, au fil des pages, à cet homme dont la personnalité s’étoffe, quittant imperceptiblement l’un des attributs de sa fonction : la transparence.

Quelle curieuse et passionnante pérégrination que ce roman dont j’ai cru, au départ, qu’il allait me perdre dans les méandres de ses chapitres touffus et multidirectionnels et que j’ai, finalement, quitté à regret après en avoir distillé les dernières pages sur de brèves et fiévreuses séances de lecture. Madeleine Assas est parvenue, avec une belle humilité et un faux détachement, à s’effacer presque totalement derrière son personnage, calquant son écriture sur la sobre présence au monde de cet homme aux aspirations modestes et au récit factuel. S’attacher aux pas de Ray, le suivre dans ses déambulations, dans ses évocations, dans ses obligations, c’est s’offrir, à hauteur d’homme et de mémoire, un très beau voyage qui vaut le détour. – Magali Bertrand

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Quelle belle surprise et quelle belle découverte que ce Doorman

J’ai marché le long des rues, visiter des quartiers inconnus de ce New York que je ne connais pas.

Pendant 40 ans j’ai été ce doormann dans cette maison, j’ai ri, pleuré, aimé.

Un vocabulaire simple mais si précis. Des personnages qui deviennent vous.
Des atmosphères qui se chevauchent, se juxtaposent et s’éloignent pour mieux se retrouver.

Ce fût un coup de cœur. – Jocelyne Legrand

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Le doorman ce n’est pas seulement l’histoire de Ray le portier en uniforme qui se raconte à travers les allées et venues des nombreux résidents du 10 Park Avenue, grand immeuble aux vingt-deux étages qu’il surveille. C’est aussi le portrait d’une agglomération, New-york et de ses habitants qui se sont succédé pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui. Une grande cité palpitante et mythique. Raymond, cet immigré d’origine espagnole devenu Ray, débarqué d’Algérie un beau matin sur les trottoirs de New-York, après avoir fait escale à Marseille puis à Paris, va passer quarante ans de sa vie au rez-de-chaussée de  ce building de luxe, sans famille et avec humilité et bienveillance. Au fil des pages et des entrées et sorties, il revient sur les choix qui l’ont conduit là et évoque ses rencontres d’un jour ou de plus longue échéance avec simplicité et bonhommie. Jamais il ne se révolte ni ne se soumet et le regard qu’il porte sur la vie et sur les êtres qui se croisent devant lui est toujours plein d’empathie et de vérité.Le portrait dessiné de cet homme droit et bon donne une vraie singularité à ce premier roman élégant et fait partie des éléments qui m’ont véritablement charmée. Ses pérégrinations dans les rues entre deux vacations avec Salah qui deviendra l’ami, en est un autre. Comme tout cela redonne foi en l’humain et synthétise la vie de tous ces immigrés, premiers habitants de New York, de petits boulots en petits boulots, qui ont façonné la grande métropole aux mille visages, territoires, langages et ambitions. Comme j’ai pris plaisir à arpenter à la suite du Doorman, le pavé de la City. Impression de redécouvrir les lieux magiques que j’ai visités il y a bientôt deux ans entre nostalgie et effervescence ! Une immersion captivante et bienfaitrice ! – Sandrine Guinot

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Raymond a quitté Oran sa ville natale quelques mois avant l’indépendance de l’Algérie laissant sa mère derrière lui. Il décide de tenter l’aventure américaine, New York, où il devient Ray. Après un passage au marché aux poissons, il travaille désormais comme doorman au 10 Park Avenue où il restera 40 ans. 40 ans, debout devant la porte, habillé d’un uniforme noir aux boutons rutilants, à croiser la vie des habitants de l’immeuble et s’attacher à certains. 40 ans au cours desquels Ray parcourt cette ville mondiale, construite de vagues successives d’immigration, où il se sent chez lui. Il marche de nuit comme de jour, seul ou accompagné de son ami Salah, un Palestinien, dans cette mégapole qui ne dort jamais. Au travers de ses pérégrinations, il raconte un New-York souvent insolite, le danger, la richesse aux côtés de l’immense pauvreté, la beauté architecturale, la gentrification irrémédiable. Lui, l’homme taiseux, solitaire et pudique, noue des amitiés rares mais solides, vit des amours épars. Et puis, Ray redevient Raymond sur les rivages d’Oran. « À New-York, j’étais chez moi. Ici c’était chez moi ». Je me suis laissée glisser dans ce beau récit, tendre, écrit d’une plume élégante. Une chronique du temps qui passe. Une merveilleuse balade au fil des rues new-yorkaises, hors des sentiers battus. Madeleine Assas signe un premier roman, hors des sentiers battus, que j’ai quitté avec regrets. – Hélène de Montaigu

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Ray est un New-Yorkais, il aime sa ville et comme tout bon New Yorkais, il n’y est pas né. 
Ses racines sont en  Algérie. Il a débarqué dans les années 60, pendant les « événements » à Oran. Il a tout quitté : sa famille, ses souvenirs, ses racines, sa mère, pour pouvoir enfin exister, être quelqu’un.Il trouve rapidement un travail au marché aux poissons, puis se fait embaucher comme « doorman » au 10 Park Avenue. Il aime parcourir la ville, découvrir ses quartiers tous plus éclectiques les uns que les autres, faire connaissance, apprendre sur les autres avec son ami Salah. Les habitants du 10 lui confient leurs histoires, leurs secrets parfois, et leurs espoirs. Il les voient évoluer, déménager, grandir. Ils font partie de sa vie.Les chapitres alternent entre souvenirs de jeunesse, son départ, ses visites des quartiers New-Yorkais, et les morceaux de vie des résidents du 10. L’écriture est vraiment très belle, les mots sont justes et bien choisis. J’ai été subjuguée par la manière qu’a eu l’auteur de parler du drame de 2001 avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, sans réellement jamais le citer. C’était très beau, loin du pathos habituel et ça n’a fait qu’accentuer mon émotion.Ce roman est un gros coup de coeur!, J’aurais adoré me promener avec Ray, observer et discuter avec lui de l’évolution de cette ville, de ces quartiers, qui au fur et à mesure des années évoluent pour parfois perdre leur âme… 
J’ai lu ce roman avec beaucoup de curiosité et de plaisir, me remémorant ma première fois à NY, avec beaucoup de nostalgie.  – Agathe Bertrand

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Lire également les chroniques de :

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/16/le-doorman/

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/le-doorman-de-madeleine-assas.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/06/mon-avis-sur-le-doorman-de-madeleine.html

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