Avant le jour – Madeline Roth

« Je ne sais pas s’il y a une image plus juste que celle de l’eau d’un fleuve pour penser à sa vie. Ça coule. Cela avance, doucement. Parfois ça remue. Mais ça avance. »

A peine 80 pages, juste une semaine dans la vie d’une femme.

Cette femme c’est l’ex-épouse de Mathieu, la mère de Lucas, l’amie de Marie et la maîtresse de Pierre mais nous ne connaitrons jamais son prénom.

Elle avait réussi au bout de 4 ans a voler un weekend end entier à Pierre, un weekend à Turin, mais au dernier moment le sms qui brise tout : »Je suis désolé. Sarah vient de perdre son père. Je suis forcé d’annuler Turin. Je t’appelle demain. Je suis vraiment désolé. »

Elle décide le faire seule ce voyage. Elle va se perdre dans la ville et ses musées à son rythme et faire un bilan.

Que veut elle finalement ? Que veut elle dans sa vie ? Veut elle encore de cette relation insatisfaisante avec Pierre ? Veut elle retrouver l’enfermement de la vie de couple stable ? « Et puis penser, parfois dans un sourire, parfois dans une grimace, que ma vie est quand même en train de se bâtir dans l’absolue liberté de ne pas être enfermée entre ces quatre murs là, ceux que le couple vous donne. Et si jamais j’aimais cela, toutes ces nuits avec mon coeur sous les étoiles. »

Que va t elle décider au bout des ces quelques jours ? Nous ne le saurons pas vraiment mais au fond qu’importe.

Une très belle écriture toute en légèreté et en poésie. La douceur de la réflexion de cette femme comme un cours d’eau parfois violent parfois apaisé, un peu perdue dans la vie qu’elle s’est pourtant choisie.

Qu’elle est dure parfois la liberté… – Emmanuelle Coutant

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Au-delà de l’histoire adultère, Madeline Roth nous ramène au temps qui passe, à ce moment où quelque chose n’est plus compréhensible dans la représentation du temps. Où il s’agit d’accepter la linéarité, et la nourrir avec dignité, confiance et sens.

Avant le jour raconte autre chose qu’un amour, autre chose qu’un couple . Les mots de Madeline Roth nous focalisent, surtout, de mon point de vue, dans l’individualité, sur le doute, l’interrogation, le monde interne, les sensations, les émotions et les sentiments, sur la place de chacun dans le monde et dans l’existence.

Prendre le train pour voyager à travers soi, c’est la promesse d’un voyage inattendu. – Anne Richard

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Moi j’aime bien les histoires d’amour, en fait. Même si, ou peut-être particulièrement quand, il s’agit d’une histoire compliquée, ou différente, ou dérangeante..
Les histoires d’amour disent tant de nous, nous font découvrir tellement sur nous-mêmes. Elles nous dévoilent tout à la fois conquérants et vulnérables, auto-centrés et poreux au monde qui nous entoure, stellaires et ancrés dans la chair…
Celle-ci ne déroge pas à la règle.
La narratrice est en partance pour Turin. Un voyage organisé depuis si longtemps avec son amant.
Mais il ne viendra pas. Sa femme (officielle) vient de perdre son père. Il ne peut partir…
Ça aurait dû être la première fois depuis les 4 années que dure leur histoire, la première fois de quelques jours partagés, la première fois d’un voyage ensemble…
Elle décide néanmoins de partir seule, de profiter quand même, de saisir l’occasion d’une mise au point personnelle. Ce voyage sera celui de la remise en question…
Introspection… retours en arrière et souvenirs… questionnements…
Son premier grand amour, la maternité, la rupture, la rencontre.
L’histoire incandescente, chaotique, incertaine, stimulante.
Le temps qui passe, l’âge charnière qui approche…
Difficile de ne pas être touché par ces mots qui disent le désir, l’attente, les doutes. Qui parlent d’amour, envers et contre tout. Qui font écho…quelque part…forcément…
« ..il y avait mille sortes d’amour et notre histoire était l’une d’entre elles. » – Christine Gazo

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Curieux ce petit, très petit texte de Madeline Roth, même pas 80 pages, porté par la voix d’une femme qui dit « je » et raconte son histoire d’amour avec Pierre, un homme plus jeune qu’elle, marié, avec qui, pour la première fois depuis leur coup de foudre et le début de leur relation secrète, elle devait partir pour un long week-end à Turin. Mais Pierre ne viendra pas, il ne pourra pas, car son épouse, Sarah, vient de perdre son père. Alors, au lieu de s’effondrer et de pleurer sur ces quelques moments où elle aurait pu dire « nous », la femme qui dit « je » se redresse, part pour Turin toute seule et dit « je » plus fort encore, trouvant dans ce silence offert l’occasion de se raconter, de se remémorer, de s’interroger, de s’affirmer.

Bizarres les réticences que l’on peut avoir, même en tant que lectrice aguerrie face à certaines thématiques pourtant classiques, voire anodines, pour peu qu’elles viennent chatouiller de vieilles peurs enfouies. Certains peuvent vivre mal l’innocence bafouée, les accusations sans fondements, les fins désespérantes, moi, à la lecture du récit passionnel d’un adultère débridé, c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de penser à celui ou à celle dans le dos de qui tout ceci se joue et, à l’idée d’en être le témoin muet et consentant, j’en ai les doigts de pied qui se recroquevillent… Et bien pas ici, pas devant les mots simples et joliment posés de cette femme sans hystérie bruyante et débordante, à l’image de celle du portrait sur la couverture. Madeline Roth, tout en laissant supposer qu’elle est cette femme qui dit « je » puisqu’elle dédicace à « Pierre » cet élégant et sobre premier roman, a su trouver la juste manière de raconter l’histoire de cette relation, comme sa narratrice a su la maintenir à la juste place au cœur de sa vie de femme, à la lumière d’une surprenante lucidité qui en fait, non pas l’élément central, mais un motif parmi d’autres du patchwork d’expériences qui la constitue.

C’est très beau, très doux, très bien écrit, et ce petit, très petit texte ouvre en grand le catalogue infini des nuances qui s’offrent à la plume de qui veut bien se donner la peine d’en user avec intelligence lorsqu’il s’agit d’évoquer des sentiments, des émotions, voire des sensations. – Magali Bertrand

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Pierre la plante, à la veille de leur départ en week-end àTurin .
Son beau père est décédé, il est désolé, adieu leur week-end en amoureux, le premier depuis leur rencontre.
Pierre est son amant depuis quatre ans, pas vraiment d’avenir avec lui, il ne quittera jamais Sarah.
Alors, elle part seule, profite de son week-end en solo pour réfléchir.
Elle ne profite pas vraiment, ses pensées la mènent à sa vie de divorcée, à sa quarantaine naissante.
Ne perd elle pas son temps avec Pierre ?
Ce petit roman, au format de nouvelle, ou l’inverse, se lit très vite.
Si sa lecture est aisée et agréable, la réflexion sur sa relation n’est pas très aboutie, voire un peu décevante .
Comme l’issue de ce week-end italien en solitaire . – Anne-Claire Guisard

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Pierre, Lucas, Mathieu et Elle.
Elle, c’est la narratrice, nous ne connaîtrons jamais son prénom, ni qui elle est vraiment, où elle vit, ni quel métier elle exerce. Elle, c’est une jeune femme d’une quarantaine d’années qui nous fait part de ses états d’âme par petites touches tout au long de ce tout petit livre de 75 pages.
Eux, Pierre, Lucas et Mathieu, ce sont les hommes de sa vie. Pierre, son jeune amant qui ne divorcera vraisemblablement jamais de sa femme Sarah. Lucas, son fils, dont elle partage la garde alternée avec Mathieu, son ex-mari. Garde alternée qui lui permet de retrouver Pierre. D’ailleurs ce week-end ils devaient partir en amoureux en Italie, le premier week-end passé ensemble, la première fois où Pierre ne l’aurait pas quitté en pleine nuit. Mais le père de Sarah est décédé … Elle doit encore une fois s’effacer, accepter l’absence. Pas de violence ni d’amertume dans ses propos malgré cette défection de dernière minute. Elle a « pris l’habitude qu’il lui offre des moitiés de nuits, des vêtements qu’on enfile trop vite, l’habitude des silences, des fuites ». Elle accepte tout sans révolte. Elle ne possède pas, elle partage mais surtout elle « veut vivre ». Tout en douceur. C’est une femme douce comme la jeune femme du portrait en couverture du livre. Elle décide de partir malgré tout en Italie. Tout au long de son séjour à Turin Elle fait défiler sa vie, s’interroge, analyse ses choix et ses priorités. Elle, c’est une femme amoureuse, une mère, une femme seule. Sereine. A son retour de Turin, Pierre est là, à la descente du train. La vie continue malgré tout, malgré l’interlude italien.
Un petit livre sobre, tout en douceur, tout en finesse. Un livre reposant. – Françoise Le Goaëc

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 « Je regarde le vent dans l’arbre en face. Je n’ai même pas de larmes. C’est tout blanc. C’est tout sec et triste. Je ne pensais pas que je m’habituerais à ça, à porter le poids d’un cœur triste. »

A la première personne, la narratrice nous parle de son Pierre, de l’homme qu’elle aime, lequel est pris par une autre, une officielle qu’il ne quitte pas. Ils devaient s’échapper tous les deux à Turin et au dernier moment Pierre se rétracte pour assurer son rôle d’époux.

La narratrice nous raconte par bribes, images volées au tracé de leur histoire, de la rencontre initiale à cette échappée contrariée mais dont elle se saisit malgré tout car elle n’annule pas et part, seule. Elle nous dit son amour, sa tristesse, ses espoirs, sa joie, son attente…Sa solitude, ses doutes et son lien toujours vaillant, résistant. Elle vacille, et son voyage bascule entre bilan, fuite pour acter, choix à forcer ou évidence à accueillir…Intimité narrative d’une femme qui se confie sans répondre à un exercice de style, simplement au fil de ses pensées, de ses contradictions et émois.

Les mots sont épurés, le trait fin, le style doux sans être naïf : ça touche juste et c’est émouvant. Comme peut l’être une chanson, une très belle chanson comme celle qui m’a accompagnée très vite au cours de cette lecture, qui s’est imposée et a joint sa partition aux mots de Madeline Roth : « Vienne » de Barbara.

« Si je t’écris ce soir de Vienne
J’aimerais bien que tu comprennes
Que j’ai choisi l’absence comme dernière chance
Notre ciel devenait si lourd
Si je t’écris ce soir de Vienne
Oh que c’est beau l’automne à Vienne
C’est que sans réfléchir, j’ai préféré partir
Et je suis à Vienne sans toi
Je marche, je rêve dans Vienne… »

J’invite à réécouter cette superbe jusqu’au bout car elle résonnera de bien jolie façon avec ce roman qui sonne comme une belle déclaration d’amour, ode à la singularité de chaque amour qui s’explique si rarement, ne répond pas toujours à des schémas… et vibrera pourtant tout autant, dans l’éclat de la rencontre inattendue entre deux cœurs sincères. – Karine Le Nagard

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Elle, la narratrice dont on ne connaît pas l’identité, voit son voyage à Turin annulé. Ce qui devait être un tête-à-tête avec celui qu’elle aime tombe à l’eau. En effet, il se doit de rester auprès de Sarah, sa femme, dont le père vient de décéder. Mais Turin peut aussi se faire en solo. Elle fait ses bagages. Une robe achetée pour lui, Pierre. Du parfum. Des livres. Mais pas que.

De musées en balade, la narratrice se raconte et s’interroge sur sa vie. Le divorce avec le père de son fils. Pierre son amant qui ne quittera jamais sa femme. Son âge, la quarantaine. Son rôle de mère célibataire. Tout lui passe par la tête. Ça défile en continu. Elle tente d’en faire sa propre analyse. Et si tout était bon à jeter ? Et si elle avait tout loupé ? Et si elle aimait cette vie morcelée ? Et si ce bazar lui servait de fondation ? Avec des si…

Je reconnais très bien l’écriture tout en finesse de Madeline Roth. L’ayant lue de nombreuses fois en jeunesse, j’étais déjà séduite avant de lire Avant le jour. Un texte court, sa marque, où chaque mot a son impact sur le lecteur. Pesé. Posé. Chaque élément est à sa place. Douleur. Amour. Désir. Rôle. Douleurs. Absence. Liberté. Échec. Passion. Une mise au point sur soi-même, sur sa vie. Une mise à nue sensible. – Héliéna Gas

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« À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. » – Annie Ernaux, Passion simple

« C’est peut-être à ça qu’on reconnaît une vie empêchée : au manque, au vide, au creux que ça creuse en nous, d’attendre. En vrai, l’attente c’est du manque. Mais on ne le comprend que bien des années plus tard. »

Publié aux éditions La Fosse aux Ours, Avant le jour est le 1er roman (?) en littérature adulte de Madeline Roth qui jusqu’à présent se consacrait à l’écriture de livres jeunesse.

« Les livres que nous aimons portent d’une manière ou d’une autre les traces de notre histoire. » 

Si je m’en remets aux mots de Dany Laferrière dans L’art presque perdu de ne rien faire, c’est parce qu’ils sont d’une justesse dont je me sens incapable pour dire ce que le texte de Madeline Roth a ravivé en moi. J’ai achevé la lecture de cette nouvelle – 70 pages font-elles un roman ? – il y a quelques jours. La femme de la couverture m’apaise, la femme qui se raconte à la 1re personne, aussi. Voilà un « je » habité, incarné et intime, comme j’aime à le lire.

Elle devait partir en Italie, à Turin. Elle allait voler quelques jours, oh ! deux trois, pas plus. Quelques jours à deux. Elle allait partir avec Pierre, son amant de 10 ans son cadet. Elle pouvait espérer, pour la 1re fois en quatre ans, qu’il ne la quitte pas avant le jour, qu’ils ne se cachent plus. Oui, Pierre est marié et, à son SMS « Je suis désolé, Sarah vient de perdre son père. Je suis forcé d’annuler Turin. Je t’appelle demain. Je suis vraiment désolé », on sait que ça en est fini de ces jours arrachés à la clandestinité, ces jours où « je » se serait conjugué au pluriel ; le lecteur pense – peut-être – qu’à peine les 1res pages tournées, ça en est fini aussi de ce récit dont le thème est trop usé pour espérer un renouveau par-delà la banalité.

Avant le jour raconte une semaine, pas plus, dans la vie d’une femme, la maîtresse, celle qui passe après tout le reste. C’est un texte du manque et des flottements intimes dans une langue simple portée par des phrases économes qui disent si bien ce que nous avons souvent tant de mal à exprimer. 

« On est jeudi. Le départ est le lundi suivant. Je regarde le vent dans l’arbre en face. Je n’ai même pas de larmes. C’est tout blanc. C’est tout sec et triste. Je ne pensais pas que je m’habituerais à ça, à porter le poids d’un cœur triste. Mais c’est comme tout : on s’habitue. »

Le lundi suivant, dans un geste qui évoquera à certains d’entre nous celui qu’ils auraient aimé avoir ou qu’ils ont eu peut-être, elle monte dans le train. Sans Pierre. Cherchera-t-il à la (re)joindre ? Sera-t-il celui qui, pour une fois, attend ?

« Peut-être après tout que ce que j’allais chercher là-bas, c’était moi. Une idée de moi avec laquelle je pourrais vivre ? Depuis toutes ces années, vivre avec ce moi-là, ce moi parfois tremblant, indécis, en miettes, ne me suffisait pas. »

« Une idée de moi avec laquelle je pourrais vivre. » Se perdre dans une ville inconnue pour se (re)trouver, n’est-ce pas l’idéal ? Turin sera la ville du questionnement intime, du cœur qui ralentit, de la respiration qui se fait plus ample. Turin ne sera pas la ville où s’oublier, elle sera la ville où chercher l’harmonie dans l’épaisseur de toutes les femmes qu’elle porte sur elle : la maîtresse de Pierre, l’ex-femme de Mathieu qu’elle a quitté quand Lucas n’avait pas encore deux ans, la mère de ce fils devenu adolescent dont elle partage la garde, l’amie de Marie. Elle est une femme qui ne connaît que le partage… et ce qu’il en coûte, parfois.

Tout est dit à mots tus, vous souriez et pensez que je divague, et pourtant vous en ferez vous aussi l’expérience. À la lecture de ce texte sur une intimité qui se livre, c’est comme une évidence : Madeline Roth n’est pas une bavarde, son tout petit texte cultive un minimalisme de bon aloi, cet art de dire avec moins, mais où chaque mot, pesé, imprime sa trace, durablement. 

Le tête-à-tête aura lieu ; il ne sera pas avec Pierre, voilà tout. Ce séjour italien est l’occasion d’un voyage intérieur, de poser des mots simples et justes sur sa vie.

« Je ne sais pas s’il y a une image plus juste que celle de l’eau d’un fleuve pour penser à sa vie. Ça coule. Cela avance, doucement. Parfois ça remue. Mais ça avance. » 

Nulle aigreur, nulle révolte, – voyez la femme en couverture – malgré la déception qui rôde, bien sûr. Ce n’est pas un texte écrit les mâchoires crispées ou les poings serrés. Elle ose se parler, remonte le cours de sa vie, comme elle flâne de musée en église dans Turin, son pas s’allégeant. Elle s’attarde à la terrasse d’un caffè, ne porte pas la robe qu’elle avait glissée dans la valise pour lui plaire. À quoi bon ? Elle sait qu’elle ne peut réécrire le passé, donc elle saisit sa chance de réfléchir à ce qui la lie à Pierre qu’elle ne voit qu’à la dérobée.

« Ils arrivaient quelques minutes avant lui, ils le précédaient toujours, c’étaient les mots du désir, ils marchaient avec lui, ils couchaient avec moi, ils remplissaient l’espace. Je me rendais compte que j’avais cherché cela une bonne partie de ma vie : un corps et puis des mots. Un jour arrive dans votre vie un homme auquel vous êtes capable de donner ce qu’il y a de plus intime encore que votre peau nue – et ce sont vos mots. »

à son fils qu’elle n’élève qu’un jour sur deux

« J’ai grandi quand Lucas grandissait. Je ne dis pas « vieilli », bien que ce soit le cas, je veux dire j’ai grandi, avec lui. Il m’a portée, plus haut, il a consolidé mes os, nourri mes jours. Lorsqu’on s’est retrouvé tous les deux, juste lui et moi, il avait dix-huit mois à peine. Le dimanche matin, il venait me rejoindre dans mon grand lit. Le soleil se levait. C’était des matins délicieux. On chuchotait. Il venait avec son oreiller, son doudou, et puis des livres que je lui racontais. »

Ce monologue, lucide sur ce qui est, nostalgique de ce qui aurait pu être, curieux de ce qui sera, vise juste, au plus près des émotions qui remplissent les silences de manques et de doutes.

« Je veux bien de l’impatience et de la peur, mais pas du sentiment de perte, du sentiment d’abandon. Je veux aller lentement. Je veux être l’aube et le crépuscule, le doute et la certitude, je veux pouvoir être perdue et sourire. »

Ces jours sont un espace de liberté offert par la défection de l’amant. Un imprévu inespéré, un moment à l’écart, un temps pour soi. Un cadeau, finalement. À elle, sûrement. À lui ? Qui sait…

« J’attends quelque chose qui ressemble à ce qu’il me donne. »

Le futur est une page vierge. Reste à savoir comment l’écrire. Le quotidien d’une vie de couple est-il plus attirant qu’une relation clandestine faite d’attente entre deux retrouvailles ? Quant à la solitude…

Madeline Roth a un style à nu comme son héroïne, sans artifice, d’une douceur limpide qui sied à cette histoire où l’amertume aurait pu faire son lit et où elle n’est jamais invitée. 

Au moment de reprendre le train pour la France, est-elle parvenue à « [ce] temps magnifique de la vie, […] celui où l’on sait et où l’on peut » dont parle Françoise Giroud que cite l’autrice ? Ne sait-on jamais quelle surprise nous attend au bout du voyage ?

Avant le jour confirme que l’on voit mieux dans le peu. De nombreuses phrases, belles dans leur épure, sont venues noircir les pages de mon carnet.

Je trouve dommage que ce texte ne porte pas le beau nom de nouvelle qui lui irait pourtant si bien. Je n’ignore pas qu’en France la nouvelle est la mal-aimée de la littérature, quand elle n’est pas tout bonnement dénigrée. Je suis néanmoins heureuse de voir que des maisons d’édition se risquent à nous offrir, hors de tout recueil, des textes comme celui-ci. Je remercie les éditions de la Fosse aux Ours d’avoir osé. C’est très réussi. – Christine Casempoure

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La maîtresse d’un homme marié se rend seule à Turin où le couple illicite devait aller passer quelques jours. Voilà un pitch bien maigre et un livre qui l’est tout autant. Est-ce à dire qu’il n’y aurait pas d’histoire ? La narratrice fait ses bagages, prend le train et passe deux nuits dans la capitale piémontaise, seule, et se livre à une introspection sans fard et sans rancœur. Elle s’interroge sur ses liens avec Pierre, ce Pierre qui a renoncé au séjour italien pour épauler sa femme qui vient de perdre son père : l’aime-t-elle encore, depuis quatre ans que dure leur liaison ? Peut-elle se contenter de quelques heures de temps à autre, sans jamais de nuits à partager, de baisers en public ? Ses doutes sont aussi ceux d’une mère qui n’a jamais fait de crêpes à son fils, ceux d’une femme que l’âge grignote petit-à-petit, ceux d’une solitaire partagée entre l’envie de faire couple et l’assurance d’en être devenue incapable. Elle a fait ses bagages en se résignant à rompre ; son séjour piémontais lui fait entrevoir d’autres horizons que celui du regret et de la complainte. Nulle amertume dans ce récit, la colère et la déception du départ cèdent finalement place à la tendresse. C’est bien une histoire que nous conte Madeline Roth avec précision et une grande élégance. Au-delà de l’histoire de cette femme, il y a ces passages, d’une finesse et d’une justesse qui m’ont frappée ; j’en citerai un seul, qui justifie à mon sens les heures que l’on passe plongé dans un livre : « A quel moment est-ce que j’ai compris ça, qu’il me faudrait lire, beaucoup, pour toutes ces vies que je n’aurai pas ? »Emmanuelle Bastien

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« C’est peut-être à ça qu’on reconnaît une vie empêchée : au manque, au vide, au creux que ça creuse en nous d’attendre. Je pensais que l’attente était celle d’un enfant.  Mais Lucas est né et j’attendais encore. En vrai, l’attente c’est du manque. Mais on ne le comprend que bien des années plus tard. « 

La narratrice de ce roman, une femme qui approche de la quarantaine, devait partir quelques jours de printemps avec Pierre son amant à Turin, or il lui fait faux bond et elle décide de partir seule. Ce séjour est alors l’occasion d’une introspection mélancolique. Elle s’interroge sur sa vie, ses choix. Elle a conscience de ses contradictions,  elle fait une sorte de bilan des années qui sont derrière elle et qui sont passées si vite(elle est divorcée et élève seule son fils)et se questionne sur son avenir. Avec ou sans Pierre.
« Peut-être après tout que ce que j’allais chercher là-bas c’était moi. Une idée de moi avec laquelle je pourrai vivre. Depuis toutes ces années,  vivre avec ce moi-là, ce moi parfois tremblant, indécis, en miettes,  ne me suffisait pas. »

Elle se promène, va dans les musées, déambule dans les rues, observe la vie autour d’elle, tantôt triste et inquiète, tantôt sereine.

« Je ne sais pas s’il y a une image plus juste que celle de l’eau d’un fleuve pour penser à sa vie. Ca coule.  Cela avance, doucement. Parfois ça remue. Mais ça avance. Pierre a débarqué dans ma vie et ça s’est mis à couler avec une sorte d’harmonie. Peut-être que ce n’est pas Pierre  et que c’est juste l’âge. […] Je repense à cette phrase de Françoise Giroud dans Histoire d’une femme libre: »Le temps magnifique de la vie,  c’est celui où l’on sait et où l’on peut. » « 

Avec une économie extrême de mots, une remarquable simplicité,  l’autrice nous offre une plongée émouvante au fond de l’âme  de cette femme… Un très court roman, presque une nouvelle, moins de 70 pages pour dessiner le portrait sensible et fin d’une femme d’aujourd’hui. C’est beau… – Catherine Dufau

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Elle doit partir à Turin avec son amant Pierre tandis que son fils Lucas est chez son père. Mais Pierre ne viendra pas. Il reste avec Sarah sa femme qui vient de perdre son père. 

Elle va pourtant décider d’y partir seule. 

Et ce voyage qui devait être un voyage en amoureux se transforme. Tout en marchant dans la ville italienne, en prenant le temps, elle dresse un bilan sur sa vie, de femme et aussi de mère. C’est au retour que peut être tout se dessinera autrement. 

Ce n’est qu’après la fin de la lecture de Avant le jour que j’ai remarqué les dédicaces du livre sur la première page puis les mots sur la deuxième page d’Annie Ernaux tiré de Passion simple 

« A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »

J’ai tant pensé à Annie Ernaux en lisant ce livre . 

Tout s’y prête. 

Il y a dans ce livre le regard d’une femme sur elle-même, pas vraiment complaisant, sur sa solitude et sur sa liberté choisie avec en creux l’envie de construire – sans toutefois y croire vraiment – autre chose avec un homme qui lui n’est pas libre. 

Pour raconter tout cela, Madeline Roth use d’une écriture tenue, simple, sans fioritures. C’est un livre court, engageant. En peu de pages, Madeline Roth nous emmène à Turin, nous fait vivre le choc du feu de Notre Dame tandis qu’une femme s’interroge sur son avenir et sur les liens qu’elle veut privilégier.

On peut se sentir concernée ou pas et ce n’est pas le problème. Il y a ici juste le plaisir de découvrir une écriture et c’est ça aussi le plaisir de la littérature. – Sonia Chatain

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« Le temps magnifique de la vie, c’est celui où l’on sait et où l’on peut » – Françoise Giroud, Histoire d’une femme libre.

Une évidence vers laquelle chemine, dans un très court roman, la narratrice.

Avant le jour, c’est ce moment fragile défini par son incertitude, ses secrets, ces heures clandestines avant de perdre à nouveau l’homme fugitif.

Et puis il y a cette escapade annulée dans le Piémont où elle s’évadera tout de même : temps de la réflexion, temps des doutes, où l’intime, les désirs, et surtout la liberté sont interrogés.

75 pages de douceur à découvrir ! – Alexandra Lahcène

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6 jours de la vie d’une femme, une femme qui va avoir quarante ans qui vit une histoire avec Pierre un homme marié de dix ans de moins qu’elle. Tous les deux devaient enfin se retrouver, pouvoir se balader main dans la main, se découvrir au réveil le matin, tel un vrai couple lors d’une escapade à Turin. Deux jours avant le voyage tant attendu avec lui, Pierre doit annuler car sa femme Sarah vient de perdre son père. Notre narratrice hésite puis choisit de partir, trois jours pour elle, pour réfléchir sur cet amour mais pas seulement, aussi sur sa culpabilité d’avoir quitté Matthieu, le père de son fils il y a plus de dix ans et de voir son fils grandir désormais par alternance. Une mère célibataire qui tente d’oublier ces moments loupés dans la vie de son fils Lucas, tente aussi de rester femme, d’aimer…

Quelques jours pour une introspection, une escapade à deux qui se transforme en un voyage solitaire, salutaire! Doit-elle quitter Pierre? Est-ce une histoire d’amour? Les années passent pour elle, quel avenir avec cet homme qu’elle partage, juste des instants volés sachant qu’il ne quittera pas sa femme. Est-ce suffisant? Un court roman de 74 pages, qui parle d’amour, d’une femme de la quarantaine, mère célibataire. La narratrice se dévoile, s’interroge sur ses choix, sa vie pendant cette parenthèse, loin de ce qu’elle avait imaginé, espéré. Quelques pages langoureuses où l’autrice parle de manière magnifique d’amour et de la quête de soi.

Une très belle découverte, poétique délicate que je vous conseille. L’introspection d’une femme tout en douceur, un brin envoutante. Un roman d’amour si juste! – Julie Campagna

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La narratrice aime un homme marié, il ne l’accompagnera pas dans le périple qu’ils avaient prévu en Italie, elle partira seule et transformera ces quelques jours en voyage introspectif.

Quelle jolie surprise ! J’ai tout aimé dans ce texte d’une grande justesse d’écriture qui dit tout à la fois le bonheur d’aimer et la douleur de s’en cacher, la passion qui brûle et le supplice de l’absence, l’amour d’un enfant et le temps qui passe…

Un grand bravo pour le choix de la couverture de ce livre : la jeune femme du tableau illustre à la perfection le mélange de douceur, de lucidité et de calme élégance qui émanent de ce court roman (une soixantaine de pages, en fait presque une nouvelle…). – Marianne Le Roux Briet

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La narratrice nous livre ses sentiments intimes tout au long de son récit. La couverture attire immédiatement. Elle est sobre et simple.

Pierre son amant ne peut l’accompagner en week-end en Italie suite à  un empêchement familial. Malgré tout, elle décide de partir.  Une femme qui a été mère et maîtresse, mais qui n’a aucun regret. Cette femme nous livre ses sentiments, ses manques, ses envies, son passé et elle nous laisse apercevoir son avenir. Des décisions seront prises au cours de ce récit et de cette  introspection.  Elle aime ces jours de liberté  et de sentiments intimes aux prises à des choix  importants dans sa vie.

Un livre écrit à  la première personne sur un amour beau et sincère, en pleine évolution. L’écriture est fluide. Tout est dit avec subtilité pour décrire les sentiments.

Un très beau portrait de femme. – Hélène Grenier

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Ce voyage à Turin, ces instants promis, ces quelques jours partagés, elle en avait envie, elle en avait besoin. En finir avec l’attente, la solitude, l’absence. Mais Pierre ne viendra pas. Quelque chose le retient dans son autre vie. Alors elle décide de partir seule, avec sa valise remplie de questions…

Avec ce dernier roman, Madeline Roth nous offre de très belles pages sur ce qu’est être une femme. Tout en finesse, elle évoque les doutes, les regrets, la peur de l’âge qui avance et de ce corps qui est comme étranger. Elle met des mots sur les silences de l’amour, de l’attente et du désir.

La narratrice nous touche par ses moments de flottement, où tout se joue. La vie qu’elle s’est construite n’est pas parfaite mais elle a le mérite et le courage d’avancer. Malgré ses instants où plus rien ne va, où l’image dans le miroir lui fait détourner les yeux, elle est là, debout…

Madeline Roth a su écrire cet amour fou, décalé. Cette vie craquelée… Des pages qui sonnent une mélodie italienne, remplie de chaleur et de mélancolie. Ti voglio bene… Tout simplement.

Merci aux 68 premières fois pour le partage de la douceur de ces pages… – Audrey Lire & Vous

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Un voyage en solo pendant trois jours.

Contrainte par la défection de son amant, empêché par une obligation dans son couple légitime, l’héroïne, à la première personne, décide de partir seule à Turin.

C’est l’occasion de se raconter : comment elle a connu cet homme, comment elle s’était auparavant séparée du père de son fils, pourquoi cette situation d’amour adultérin lui convient finalement pas si mal.

Bien sûr il y a les éternelles questions qui se posent dans ces cas là : m’aime-t-il vraiment ou est ce juste une histoire de cul ? L’introspection que propose l’autrice est fine. Même si je ne suis pas une fan de l’auto fiction l’écriture de Madeline Roth a maintenu mon intérêt tout au long du récit. – Marie-Hélène Poirson

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J’adore ces « parallelochronies » : superposer plusieurs temporalités dans une sorte d’allégorie calendaire Il en va ainsi de Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron, mettant en parallèle un épisode de sa vie en face de chaque question de sa finale des finales à Questions pour un champion ou encore de L’albatros de Nicolas Houguet, où chaque chanson du concert de Patti Smith fait pénétrer dans la vie de l’auteur Dans Avant le jour, Madeline Roth part seule en week-end à Turin, escapade amoureuse malencontreusement transformée en voyage introspectif du passage à la quarantaine, au cours duquel chaque étape, à commencer par celle du trajet en train, aborde sa vie, ses envies, ses interrogations, ses peines et ses joies Elle explore délicatement et très justement ce voyage qui éloigne de chez soi pour conduire vers soi Ses questions visent toutes très juste, qu’attend-on de la vie, des autres, de la maternité Elle dessine aussi les contours d’un bel amant, d’un bel amour, compliqué, empêché, néanmoins vivace et vivant. Un amour indomptable, en écho avec Passion simple d’Annie Ernaux, dont une citation ouvre le roman « À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »
Enfin j’ai particulièrement aimé le regard qu’elle porte sur son enfant, désiré, adoré mais aussi qui grandit et dont la présence ne suffit pas à donner tout son sens à sa vie, même si elle y contribue. Elle a su capturer toute la tendresse de ces matins doux, faits de rires, de câlins et de lectures à voix haute à nos petits
« J’ai grandi quand Lucas grandissait… Il m’a portée plus haut »
Au détour de la page 55, j’ai également retrouvé la plus belle déclaration d’amour que l’on puisse faire, et c’est Vania qui me l’avait fait découvrir Ti voglio bene
J’aime et je partage cette façon d’aborder l’amour et j’ai beaucoup aimé ce que la plume de Madeline en dit, merci encore aux 68 d’avoir placé ce livre sur mon chemin de lecture La couverture La femme au café d’Antonio Donghi illustre parfaitement le regard de l’auteure qui semble contempler sa vie durant ce voyage comme attablée à la terrasse de ses amours. – Thael Boost Huard

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Ce roman fait 75 pages. Il est court, trop court, mais tellement beau.

La narratrice a prévu de partir avec Pierre quelques jours en amoureux en Italie, à Turin, leur premier voyage ensemble. Cela fait 4 ans que leur relation dure. Mais il annule au dernier moment par SMS. Sa femme vient de perdre son père, il ne peut pas partir. Que faire ? Annuler ? Y aller seule ?

Elle décide de partir seule. Ce sera l’occasion d’un voyage introspectif. Elle va avoir 40 ans. Un âge où elle se pose beaucoup de questions sur sa vie. Elle a des regrets, notamment celui de n’avoir pas réussi à donner un foyer stable à son fils. Peu après sa naissance, elle a divorcé de son mari, partageant la garde de Lucas avec Thomas. C’est le début de la solitude, le déchirement de voir son enfant à mi-temps.

« J’ai jamais pensé que ça faisait une famille, deux. »

Finalement qu’est-ce qu’une famille ? une vie réussie ? une vie de femme épanouie ?
Que peut-elle attendre d’une relation adultère à 40 ans ? Doit-elle mettre fin à cette relation ?

« S’il faut décider quelque chose, je comprends que cela m’appartient. Et c’est maintenant. »

C’est beau comme du Annie Ernaux !

Un premier roman qui je l’espère n’est que le début de l’œuvre de Madeline Roth, que j’aimerais pouvoir lire encore.

Merci aux 68 premières fois pour cette belle découverte. Une pépite ! – Joëlle Buch

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C’est un très beau récit écrit à la première personne que nous offre Madeline Roth. Une histoire simple en apparence, une femme qui approche de la quarantaine et vit une relation amoureuse avec Pierre, un homme plus jeune qui ne sera peut-être jamais libre. Une passion qui la comble et la questionne, elle qui a déjà cru à l’amour, qui élève maintenant un enfant un jour sur deux avec Mathieu. 

«Je pense à toutes les contradictions sur lesquelles je bute tout le temps, la passion et l’amour, être mère et être femme, à croire qu’il faut, comme ça, séparer les choses en deux et décider de l’endroit où l’on se trouve, moi, je jongle […]»

Ce voyage en Italie à deux, elle l’avait tellement attendu mais la joie devient brusquement mélancolie lorsque Pierre lui fait faux bond. 

«Je ne pensais pas que je m’habituerai à ça, à porter le poids d’un cœur triste. Mais c’est comme tout, on s’habitue. J’ai pris l’habitude des moitiés de nuits, des vêtement qu’on enfile trop vite, l’habitude des silences, des fuites.»

Ces quelques jours à Turin, ce sera sans Pierre, pour se découvrir, interroger ses choix de vie, trouver des réponses. Une déambulation italienne pour se remémorer une partie de sa vie passée en un éclair, cette peur de vieillir qui surgit parfois. Et se réinventer, réapprendre à écouter les désirs qui résonnent dans le cœur et dans le corps. Pour cela, il lui faut « les mots  du désir » de Pierre, ce «mélange d’amour et de bienveillance, de protection et d’affection», cet «amour qui l’affranchit de son corps et de son âge.»

Ce voyage intérieur tout en sensibilité est sublimé par la délicatesse et la justesse de l’écriture de Madeline Roth. L’écriture de l’intime, de la fragilité des sentiments, pour questionner en douceur l’existence, entre désirs et désillusions, instants volés et attente, tourments et consolation.

Comment ne pas tomber en amour pour ce court récit, épuré, ciselé, lumineux qui prend parfois des allures de confidences.

Comment ne pas avoir en tête Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimé, Un homme et une femme, qui se risquent à aimer… Une invitation à revoir ce film, à revoir The hours, à apprécier un tableau de Dali, à relire Passion simple d’Annie Ernaux, à aimer follement, à ne pas «s’empêcher d’être heureux»… «Carpe diem. Cueille le jour.»Josiane Sydenier

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Dans ce roman introspectif Madeline Roth nous livre le portrait d’une femme qui se cherche, qui s’interroge profondément sur ce que c’est d’être une femme mariée. Elle questionne sa vie amoureuse, la vision de ce qu’elle pense être l’amour. Elle scrute son corps, qui doucement porte les marques du temps qui passe. Il y a d’ailleurs un peu de Simone de Beauvoir dans certains passages du livre, quand celle-ci s’interroge sur ses amours passés et découvre que son corps peut encore aimer avec Nelson Algren :

« Je me regarde longtemps. Je dois vivre avec moi. Avec ce corps qui ne reviendra pas comme avant, qui, au contraire, continuera de lâcher, de s’épaissir, de se rider. Je n’ai quarante ans qu’en le regardant. »

Ce livre a été je crois une rencontre avec moi-même, ce que je pense et n’exprime pas.

« Parfois la vie ressemblait à un ventre qui déborde de mots qu’on ne dit pas. Je ne savais pas comment les gens se débrouillaient avec ces mots-là. »

« Je veux tout parce que c’est la seule manière que j’ai de vivre, me glisser dans les cris des autres. Juste parce que moi, je ne sais pas faire, crier. A quel moment est-ce que j’ai compris ça, qu’il me faudrait lire beaucoup, pour toutes les vies que je n’aurais pas ? (…) Je lis, j’écris. C’est la seule façon que j’ai trouvée pour contenir le monde à l’intérieur. »

Voilà, j’ai noté les mots de Madeline Roth dans un carnet, j’ai photographié la moitié des pages pour m’en souvenir, les relire dès que j’en ai envie. Ce livre, c’est une histoire et un petit bout de moi, un petit bout de beaucoup d’autres certainement aussi. Ce roman est juste, en peu de mots, du début à la fin, et il va tout droit aller dans la pile de mes essentiels. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Voilà un livre que j’attendais tant les chroniques enthousiasmantes se bousculaient sur ce livre.

Je n’échapperais pas à la tendance générale, ce court récit d’une rare sensibilité m’a transporté, c’est décidément les caractéristiques de mes dernières lectures comme celui d’Anna Zerbib « Les après-midi d’hiver », c’est une plongée fascinante dans le sentiment amoureux féminin. On en oublie presque l’adultère dans lequel son jeune amant Pierre se plonge… C’est l’Histoire d’Amour de la narratrice, les majuscules ne sont pas de trop, mère aimante et séparée du père de son fils, elle est totalement sous l’emprise de son amant, de sa passion et de son plein gré.

Cette escapade italienne qui devait être l’accomplissement de cet amour…vivre enfin avec lui quelques jours sans son fils et cet homme rien que pour elle leur passion….n’aura pas lieu à deux mais la narratrice va tout de même y aller seule pour se retrouver, faire le bilan de sa vie personnelle de quadragénaire, évaluer la puissance de ses sentiments… Long monologue profond, introspection sans flagornerie et des mots, Les Mots qui interpellent, qui sont justes, un bilan avant de reprendre ou non cette histoire de passion.

Prenant, simple et hors norme le livre de la puissance dévastatrice d’un amour fusionnel. La seule interrogation qui me vienne à l’esprit, c’est l’avenir de cette passion. – Olivier Bihl

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Quand elle rencontre Pierre, elle se dit que cela ne durera qu’une nuit. Après quatre ans de relation secrète, de rencontres furtives et de nuits écourtées, ils font le projet d’un voyage à Turin, comme une envie d’ailleurs, ensemble, pour trois jours seulement. Et puis voilà, Pierre ne viendra pas, et très vite elle décide de partir seule. Cette ville étrangère où elle traîne sa solitude est le lieu idéal pour faire face à celle qu’elle est devenue. La quarantaine qui se profile est le temps des premières rides et du corps qui se fatigue, un temps qui incite au bilan.

Ils étaient très jeunes quand elle a rencontré Mathieu. Ils se sont aimés, ont eu Lucas, et puis l’amour entre eux s’est éteint, c’est si difficile d’être femme et mère à la fois. Alors elle est partie. Et maintenant, dans sa vie, il y a son métier, ses amis, son fils, qu’elle n’a auprès d’elle que la moitié du temps. Et Pierre, son amant, son homme, qui habite et dort avec Sarah. Errer dans les rues de Turin, visiter les musées, affronter sa solitude, c’est se rencontrer, finalement, se redécouvrir, évoluer. Pour revenir autrement, apaisée.

Je me rappelle avoir lu ou entendu qu’on pourrait tout relever, dans ce court roman. Ça m’avait semblé un peu exagéré. Mais dès les premières pages, j’ai compris. Car moi aussi, j’ai envie de tout garder, tout imprimer quelque part, pour ne pas l’oublier. Alors je m’offrirai ce livre. Parce qu’il est magnifique.

Avec des mots simples, Madeline Roth décrit précisément l’intime de cette femme qui, en décidant de partir seule, va à sa propre rencontre. Ce n’est pas le voyage comme la narratrice l’avait imaginé, son amant aurait dû être avec elle. Mais elle accepte le moment tel qu’il se présente, elle le choisit même. Alors elle peut s’y révéler, s’y déployer. Et l’amour aussi est là, partout, tout le temps, dans toutes ses expressions, son amie Marie, son premier amoureux, son fils, Pierre, et en définitive la vie. La sincérité de l’introspection et la poésie de ces quelques jours suspendus, ça trouble, ça fait comme des échos, les fuites, les peurs, les questions, les envolées, elles sont un peu les nôtres. J’ai adoré croiser Antigone, cette héroïne sans concession, si puissante, qui a embrasé mes lectures de collégienne. La force d’Antigone, son désir d’absolu traversent la narratrice, la transportent. Et je me laisse toucher par cette femme. Elle qui se sent nue devant la vie comme elle est, qui n’est pas sa vie rêvée, mais qui la fait sienne et s’en revêt comme on ferait d’un habit de fête. Pour justement : « ouvrir son corps en grand et tout vivre, tout vivre »… – Anne-Sylvie Delaunay

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Un texte court qui vient du cœur et arrive au cœur du lecteur, des doutes, des émotions, des contradictions, pour nous entraîner au creux d’une histoire d’amour discrète entre une femme à l’aube de la quarantaine et un homme marié. Une parenthèse de réflexion. Des mots très doux, délicats, sincères, des interrogations sans violence, tout un univers de questionnements à partager au delà des certitudes, des conventions, et des banalités. Beaucoup aimé cette lecture de la vie imparfaite, beaucoup aimé cette force de l’amour sans exigences. Un petit bijou, tout près du cœur. – Martine Magnin

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Lire également les billets de :

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/03/avant-le-jour-de-madeline-roth.html

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/avant-le-jour-de-madeline-roth.html

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/05/avant-le-jour.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/03/31/avant-le-jour/

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