Indice des feux – Antoine Desjardins

« Je le sais, qu’il va mourir pareil. Mais qu’est-ce que ça change, hein ? Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » – Jacques Chirac, Discours au sommet de la Terre, 2002

« Notre relation au monde. Notre manière d’interagir avec lui, de l’habiter et de l’accueillir. De le sentir, de le concevoir. Notre habileté à le lire, à le percevoir avec acuité. À le comprendre, à en reconnaître la complexité et les mystères insolubles. […] Le respect qu’il nous inspire. Le sens du devoir moral de protéger la nature, qui se développe en parallèle à cette relation-là. […] Ça ne sert à rien de vouloir sauver la planète. […] Ce qu’il faut sauver… ce qu’il faut rétablir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel on vit trop souvent en surface sans y être vraiment. Sauver notre relation à la nature, au vivant, parce que tout le reste en dépend. »  – Louis, dans la nouvelle Feu doux

Pour son entrée en littérature, le Québécois Antoine Desjardins a choisi le format court. Indice des feux est un recueil de sept nouvelles, de longueurs diverses, publié par les éditions canadiennes La Peuplade que j’affectionne particulièrement. Gyrðir Elíasson, c’est eux ; Christian Guay-Poliquin, aussi. Et tant d’autres.

À ma grande incompréhension, la nouvelle est un genre boudé en France, alors qu’elle n’a rien d’un genre mineur aux États-Unis où des noms prestigieux, Toni Morrison ou Joyce Carol Oates par exemple, n’ont pas rechigné à explorer cet exigeant genre de narration brève. Je suis heureuse, vraiment, que les 68 premières fois fassent ce pas de côté en sélectionnant un recueil pour cette session 2021. Qui sait, peut-être saura-t-il conquérir d’autres lecteurs engagés dans cette aventure de livres voyageurs ? et vous qui me lisez ?

Chacune de ces sept nouvelles – À boire debout, Couplet, Étranger, Feu doux, Fins du monde, Générale et Ulmus americana – est pour Antoine Desjardins l’occasion de dresser un constat écologique, de nous confronter aux changements que l’on observe depuis de nombreuses années à présent sans que grand-chose ait porté ses fruits pour y remédier. À ceux qui craindraient de lire un énième pensum, je dirai qu’ils font fausse route. L’auteur ne se pose ni en moralisateur ni en accusateur. Il raconte comment notre environnement est en train de changer, pour le pire, avec une simplicité désarmante qui décuple notre attention. Nous sommes loin, très loin, des vitupérations qui nous promettent invariablement l’apocalypse et, en cela, Antoine Desjardins s’assure d’avoir notre oreille. Du moins la mienne.

L’un des atouts de ce recueil, qui en a de nombreux, est de donner la voix à un « je » qui nous parle (le québécois marqué de la 1re nouvelle, À boire debout, dépayse et déconcertera peut-être certains lecteurs qui trouveront un petit lexique salutaire en fin d’ouvrage), pour exposer les questionnements qui sont les siens et devraient être les nôtres, puisqu’en prise directe avec nos quotidiens. Il n’y a pas de colère sourde ni de jugement manichéen, encore moins d’injonction comminatoire ou de revendication tempétueuse. J’y vois plutôt une invitation, une incitation à partager ses questionnements. Car si l’homme peut légitimement être tenu responsable des dommages causés à l’environnement, il ne faut pas oublier qu’il est le seul à pouvoir inverser le cours des choses, à concevoir une solution viable, durable et, avant tout, raisonnable. Il faut donc le prendre par la main, lui donner à voir ce qui ne va pas, ce qui pourrait être envisagé sans se le mettre à dos, si vous me passez cette expression, parce que cet homme, aussi imparfait est-il, est le maillon essentiel de la solution.

À cet égard, la nouvelle, Feu doux, occupe la 4e place, la place centrale, dans le recueil et je ne pense pas que ce soit un hasard, car elle lui offre son centre d’équilibre, un pivot autour duquel s’organisent, en parfaite symétrie, les autres nouvelles. Louis a été un enfant précoce et brillant, promis à un bel avenir. Que lui prend-il donc de tout plaquer pour courir le globe, de l’Inde à l’Australie, avec pour seul bagage un simple sac à dos ? Ses parents dont il faisait la fierté sont incrédules et inquiets, de même que son frère aîné Cédric avec lequel il a toujours eu une relation particulière :

« Louis, c’est avant tout mon petit frère, mais aussi quelque chose comme mon fils. »

Louis est selon les mots de ce dernier « Le genre de personne inspirante qui, contrairement aux gens comme moi, pourrait un jour transformer le monde par son œuvre, ses réflexions, ses idées. » Contrairement aux gens comme nous ?

Parce que toutes les vies sont interdépendantes, parce qu’elles partagent une même fragilité, Antoine Desjardins a choisi de faire dans chaque nouvelle un rapprochement entre l’homme et la nature. Rien de tapageur ni de trop utopiste, l’auteur est plus subtil que cela. En rattachant chaque récit à l’une des étapes marquantes de nos vies, dans ce qui nous est de plus familier – la maladie, le divorce, un déménagement, la grossesse, la vieillesse, et la mort qui ouvre et referme ce recueil – il nous engage, et cela vaut tous les discours militants. Ses personnages ordinaires menant des vies ordinaires, c’est vous, c’est moi, en ces moments où nous marchons sur un fil, plus qu’incertains quant à notre aptitude à rester « du bon côté de la ligne ».

Ainsi cet homme aviné et pathétique, qui ne peut plus rentrer chez lui parce que depuis le divorce son ex-femme s’est empressée de faire changer les serrures, va croiser un coyote chassé avec ses congénères de la carrière qui était leur territoire, les contraignant à s’aventurer au plus près des habitations pour trouver quelque subsistance et ne pas mourir de faim (Étranger)

« Durant près de trente ans, les coyotes ont occupé la crevasse de l’ancienne carrière sans déranger personne, quasiment invisibles même s’ils ne vivaient qu’à quelques centaines de mètres de quartiers résidentiels densément peuplés. »

De même ce jeune couple qui s’interroge quant à son propre enfant à naître alors que les baleines franches sont décimées, les baleineaux privés de leur mère, voués à une mort certaine au point que l’on pense l’espèce en voie d’extinction (Couplet) :

« Que ça se peut encore… un enfant… Un enfant, dans ce monde-là ? »

Et que penser de cette forêt, terrain de jeu des enfants, disparaissant sous les pelleteuses et le béton du nouveau quartier résidentiel, et induisant ce constat glaçant, posé là encore simplement, sans verbiage inutile (Fins de monde) :

« Toute bonne chose a une fin, […] tout ne change jamais que pour le pire. »

Enfin, l’acharnement thérapeutique de ce grand-père pour sauver son ulmus americana de la graphiose alors que le moment venu, il refusera qu’on lui administre les soins nécessaires, se disant invincible jusqu’à preuve du contraire (qui sera prouvé, évidemment) :

« La manière dont Grand racontait cette histoire, la tendresse qu’il insufflait aux mots, lui conférait une force d’enchantement prodigieuse, qui aurait su toucher n’importe qui, jeune ou vieux, sensible ou indifférent, candide ou amer. […] sa manière de la livrer était empreinte d’un inébranlable respect, de gratitude et d’amour. »

Je trouve que cette phrase dit très bien comment, dans ces courtes et moins courtes fictions, Antoine Desjardins nous raconte cette relation à soi-même, aux autres, à la vie, à cette Terre où couvent des feux mal éteints qu’il nous appartient de fixer durablement. Comme nous le glisse l’auteur, l’homme doit 

« Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

pour pouvoir encore longtemps apprécier comme l’adolescent de À boire debout

« Les nuages, la neige, le soleil. La lumière, la vraie lumière sur ma peau. Le givre dans [ses] cils. Le son de la glace écorchée quand on brake sec en patins. Le froid qui [lui] tire les muscles des sourcils. La chaleur pesante d’une canicule. Le vert tendre des plantes au printemps. Les fleurs de toutes les couleurs. Le bruit des feuilles mortes qui raclent l’asphalte en automne. Les branches des saules qui ressemblent à des mains tordues. L’odeur de bouette un peu salée du jardin après un orage. Les oiseaux. […] Les courses en rollerblade au bord de la rivière. Les bateaux sur le fleuve. Les lacs miroirs. […] Les sous-bois pleins de champignons. L’odeur des cèdres qu’on vient de tailler. »

Qu’elle est belle notre Terre, n’est-ce pas ?

Avec ses phrases rapides et chantantes, Indice des feux porte la nostalgie d’un monde en train de disparaître, et l’espoir qu’il puisse en être autrement. Antoine Desjardins signe là un 1er recueil d’une force renversante. – Christine Casempoure

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Indice des feux de forêt, c’est le nom de la page météo spéciale créée par la province canadienne du nouveau Brunswick et dédiée à ce phénomène, car avec le réchauffement climatique, les feux de forêt risquent de se multiplier et avec eux les catastrophes en tous genres.

Sous le titre « Indice des feux », le canadien Antoine Desjardins a écrit 7 nouvelles au rythme soutenu, dans une langue imagée, savoureuse mais parfois déroutante ; les récits sont indépendants mais il n’est pas difficile de les relier, tant chacun dit bien à quel point le changement climatique rend la vie douloureuse dans un monde déréglé et combien il fragilise l’espèce humaine face à la certitude de sa disparition prochaine.

Sans jamais faire la morale, l’auteur montre également comment la crise environnementale provoque l’angoisse existentielle de ces humains en perdition dans un monde qu’ils pensaient maîtriser mais qui leur échappe.

Tout au long de ces 350 pages, quelques éclats d’amour et de douceur, quelques manifestations d’empathie éclairent ça et là un paysage très noir, peuplé d’arbres qui meurent, d’animaux qui deviennent fous et d’humains qui marchent vers leur destruction.

Ce n’est pas une lecture très gaie, il vaut mieux ne pas lire les récits d’un seul coup sous peine d’arriver au bout en état de profonde déprime. – Marianne Le Roux Briet

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Ce livre fragmenté en 7 nouvelles garde la même ligne directrice, mettant en scène 7 destins touchés par le bouleversement d’une nature défigurée. Véritable révélation pour certains, combats personnels ou simples observateurs, c’est une prise de conscience du changement climatique ou détérioration du paysage et des répercussions environnementales. Dans chaque histoire l’auteur dévoile d’inquiétants phénomènes : disparition d’oiseaux, des baleines noires, transformation du décor, migration des coyotes, fonte de la banquise… Triste constat qui porte à une déstabilisation de l’équilibre physique et psychique des protagonistes.

C’est un sujet fort, traité avec sensibilité et colère sous-jacente, servi par une écriture imagée , essaimées de savoureuses expressions québécoises.

Antoine Desjardins ne donne pas de leçon, n’apporte pas de solution, il propose de prendre le temps de  » Reprendre racine ». – Corinne Tartare

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Le titre de cet ouvrage montre la voie, le chemin à suivre et qui relie ces sept mini-fictions, autrement dit nouvelles, de cet ouvrage. En fil conducteur, un indice commun à toutes se glisse dans ces histoires, singulières mais non extra-ordinaires, un indice qui nous rattache à la Terre. Une trame sur des incendies en cours, souterrains ou ravageurs, des feux dont le signal ne semble pas assez fort, visible, criant qu’il faille en démontrer des indices dans nos vies, nos bonheurs, nos malheurs, nos quotidiens pour se sentir concerné.

A travers ces récits, avec une tendresse infinie, Antoine Desjardins observe comment le Climat pollué, la Nature bétonnée, notre écosystème menacé, les animaux malmenés, exilés de leur environnement rejaillissent dans nos vies, loin des discours militants et politiques, loin des colères revendiquées, juste avec des ricochets, des échos, des ondes minimes mais réelles sur les eaux calmes, plus ou moins agitées, de nos cercles privés.

Les images riches, multiples, fondent l’écriture engagée mais non moralisatrice de l’auteur lequel ne craint pas l’exploitation parfois audacieuse de la métaphore, toujours généreuse, et bien souvent percutante afin que le lecteur ressente au plus près ce que traverse et rapporte le narrateur de chaque récit. Le livre ouvre sur une épreuve terrifiante et nous plonge dans les dernières heures d’un adolescent atteint de leucémie. La langue est, dans ce premier, châtiée : québécois fleuri, enlevé et imagé d’un français coloré à la neige, approprié par le nouveau continent. Elle sert très bien la vision du jeune, lequel, sans détours aucun, partage ses sensations de fin de vie, noyé par la fonte de nos pôles glacés régulièrement annoncés et décrits dans nos médias. La submersion, la vague qui engloutit et détruit, s’infiltre superbement dans l’expression de ce corps qui se dissout et de l’esprit qui s’en échappe : le parallèle paraît osé et pourtant ? Il sonne juste. Le ton est donné ! Et qu’ils sont beaux les mots qui disent le lien de la mère et l’enfant, des regards croisés sur le désespoir vain qui s’annonce….

Le choix du couple,  de l’enfance, la famille, de tous nos ancrages est judicieux pour rejoindre ce qui nous parle naturellement, ou devrait-on dire conditionnellement, face à une Nature oubliée, aux ressources pillées, exploitées, et non respectées. L’intérêt de ces textes réside dans la simplicité de trajectoires, d’anecdotes qui nous sont familières ; simplicité universelle en ce qu’elle rappelle le lien et l’affection qui nous unit quelque soit notre lieu de naissance. Universelle comme notre Terre planète dont les remous, les blessures nous incombent, nous bousculent, et nous obligent.

La fiction « Feu doux » retrace les étapes d’un enfant talentueux, promis à un avenir brillant et tout tracé, adoré par toute la famille. Ce benjamin génie surprendra pourtant tout le monde au gré de choix qui ne correspondent pas à une trajectoire plus attendue, de surcroit au vu d’un parcours étudiant récoltant excellences, bourses et diplômes, sésames d’une réussite sociale sans ombrage. Choix jugés de plus en plus marginaux, reprochés par les parents et proches au fur et à mesure où notre dernier né gagne en maturité et s’affranchit des attentes et des pressions sociétales. L’hébétude bienveillante du grand frère, lui inscrit dans un schéma « classique » de diplôme, métier, salaire, couple, achat…est réellement émouvante : entre inquiétude, agacement et aussi colère d’une différence dont il pourrait se vexer (qu’y a-t-il à fuir son mode de vie et donc lui ?), on le voit cheminer, se défaire d’une position rigide, tanguer à l’orée d’une réflexion plus poussée. « De moins en moins certain de savoir qui, de Louis ou de moi, se tenait du bon côté de la ligne, je me demandais plutôt si, tout ce temps, mon frère pouvait avoir compris quelque chose qui m’échappait. »

Si j’évoque là « Feu doux », c’est parce qu’y siège un autre fil rouge, indice commun au corpus de ce livre : l’instant où tanguent beaucoup de ses personnages. En douceur, sans brutalité,  s’immisce lentement une prise de conscience sans qu’on sache si elle provoquera des transformations ou non, et qu’importe puisque le parti pris est de ne pas juger. La prise de conscience pointe son bout de nez,  interroge un conformisme facile, souvent confortable et mérité, présenté comme une voie unique, modèle occidental d’une  normalité acquise et assimilée comme telle. « Alors que nous nous étions toujours contentés de peu, nous découvrions sous notre prétendue simplicité les empreintes profondes et tenaces de nos enfances banlieusardes, baignées dans le confort, l’abondance et la réponse matérielle immédiate à tous nos besoins, grands ou petits, véritables ou imaginaires. Sam et moi nous croyions affranchis de ce mode de vie, alors que nous roulions sur les mêmes autoroutes, usées depuis des décennies par des torrents de voitures identiques  à la nôtre. Inconsciemment, nous retombions dans les ornières confortables de l’habitude. »

Elle émerge, trouble, souvent avec gêne, embarras voire tristesse, et éveille une nouvelle pensée qui éclaire autrement le vécu intime pris dans un ensemble plus vaste. Point de bascule où l’on tremble peut-être d’avoir à réfléchir une place que l’on croyait installée et dont on connaît les repères ; de ressentir l’humilité de son existence devant l’immensité d’une Nature qui nous a toujours précédés ; de nous inscrire Un dans un grand Tout, maillon d’une chaîne d’être vivants, chaîne dont il faudrait rétablir l’équilibre, la cohésion. Par petites touches, Antoine Desjardins nous raconte face au changement de paradigme auquel, nous le savons bien, nous ne pourrons réchapper et choisit de nous y confronter avec beaucoup de bienveillance, de planter et semer avec le plaisant de la fiction les graines à récolter… dans le futur ?! – Karine Le Nagard

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Livre conséquent de 350 pages composé de 7 récits indépendants les uns des autres où le français et les tournures francophones de nos cousins Québécois se marient pour la bonne cause ; la sauvegarde de notre planète et l’écologie. On peut être, parfois, désarçonné par cette « parlure » mais ce n’est pas rédhibitoire pour la compréhension globale et on retrouve en annexe un lexique des expressions québécoises que le lecteur n’aurait pas eu le loisir de comprendre. Au global, l’importance des messages adressés par chaque récit comme leur structure et son appropriation a nécessité, chez moi, un certain temps de « digestion », l’ensemble est fort…

Comment ne pas être sensibilisé aux effets que notre environnement naturel a subi et subit encore si lourdement par la fuite en avant dans sa mise en péril par la race humaine avec pour la première de ses nouvelles la chronique simultanée des derniers jours d’un adolescent hospitalisé et celle des dernières catastrophes naturelles (fonte des glaciers, inondations, attaque d’ours) auxquelles ils assistent alors que son élan vital s’éteint… Une similitude entre une planète qui se meurt et ce malheureux narrateur condamné par une leucémie, enfermé dans l’aile d’autres jeunes aussi condamnés par la maladie . Une nouvelle chargée en émotions ; une série de catastrophes naturelles et un jeune qui se meurt qu’il faut déjà digérer avant d’aborder les suivantes.

Second témoignage dans « Couplet » titre reprenant en intitulé le nom d’une baleine dont le narrateur s’est attaché. Ici c’est le témoignage d’un jeune couple amoureux prêt d’avoir un enfant, partageant par ailleurs la passion du spectacle offert par l’océan et la survie des baleines grises dont le cycle de reproduction est gravement entaché par une planète en péril. Là aussi, l’auteur met en parallèle la disparition des baleines et de leurs petits et le délitement du couple face à l’usure et à l’intérêt de voir vivre leur l’enfant en gestation dans un univers où l’humain détruit les plus beaux spectacles naturels.

Pour « Étranger », c’est la nuit d’ivresse de Samuel Légaré, en rupture de couple, de relations sociales, confronté à une sorte de revanche de la nature, ici aussi outragée par la destruction d’une réserve naturelle dont les coyotes s’attaquent au milieu urbain et à ses habitants, faute de foyer. Nouvelle plaidoirie pour la fin des destructions de lieux naturels par l’être humain sous peine d’un retour de bâton.

« Feu Doux est le récit de vie des générations actuelles, multi diplômées, à l’avenir supposé doré qui refusent, au grand effroi de leurs aînés, la surconsommation et la destruction massive et progressive de la planète par l’être humain. Le narrateur va ainsi dresser le portrait du plus jeune de ses frères, Louis, qu’il a pratiquement élevé, indiscutablement surdoué et à l’avenir professionnel sûr se mettre progressivement en marge des siens et de la société pour revenir à ce qu’il considère être le fondement de toute vie humaine ; se mettre au service de la protection de la nature et y vivre le plus simplement possible. Sacrifier tout, rompre avec sa famille pour aller au bout du combat d’une vie au rythme de la mère nature. 

« Fins du Monde, c’est le récit d’une bande d’adolescents qui se crée, se renforce, s’affronte et se construit sous les augures d’un terrain vague et de son bois. Espace de liberté donc mais qui ne le restera pas suffisamment longtemps, victime de la volonté hégémonique de sournois promoteurs…. Aménagé, s’il reste dans un premier temps un espace de liberté,  source de jeux et d’histoires sortis de l’imagination du narrateur et de ses jeunes complices, il devient privé et prive ainsi cette bande de sa complicité avant qu’elle ne se dissolve, sans retour. Nouvelle atteinte funeste à la nature que les deux derniers récits « Générale » et « Ulmus Americana » vont encore accentuer entre le récit d’enfance autour d’une tante, marginale mais première défenseure du respect de la nature et de sa faune et de sa disparition inexpliquée pour l’avant dernière nouvelle et l’amour d’un grand-père pour l’orme qui borne son terrain et dont il fait le récit d’une histoire millénaire, source de légendes inépuisables dont il nourrit son petit-fils pour le dernier des récits…

L’ensemble de ces nouvelles ne peut qu’interpeller le lecteur, c’est un plaidoyer / testament pour le respect de notre planète et de la nature  riche combinant joies, tristesses, faits et constats. Le style narratif est de qualité, les images et descriptions fortes, une belle lecture, tout à fait dans l’air du temps. – Olivier Bihl

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Voila un format original pour les 68 premières fois, 7 récits indépendants mais liés entre eux.

Pour moi 7 récits inégaux et commençant surement par un de ceux que j’ai le moins appréciés ce qui a rendu mon entrée dans l’univers de l’auteur un peu difficile.

Pour la même thématique et sous le même format, j’ai de très loin préféré « Elle est le vent furieux » recueil de nouvelles de 6 autrices, absolument magnifique, ou, sous un format diffèrent « Refuge » de Terry Tempest Williams découvert grâce à un échange.

Ceci étant, mon ressenti a beaucoup évolué en fonction des textes et j’avoue avoir été totalement cueillie par le tout dernier et le lien incroyable d’un petit-fils avec son grand père et un arbre centenaire. Pour moi le vrai trésor de cet ouvrage.

Pour les autres je crois malheureusement que je suis passée à coté.

Les rendez vous manqués ça arrive. – Emmanuelle Coutant

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A la place d’une avalanche de chiffres et de jugements moralisateurs, pour parler d’écologie,  Antoine Desjardins a choisi une autre voie. Il nous raconte l’histoire de gens ordinaires comme vous et moi, des gens confrontés à  des événements qui ont un impact sur leur vie. Et forcément on s’identifie facilement aux personnages, et l’émotion qui nous étreint le cœur lui permet de nous sensibiliser. Ce livre ne raconte pas des histoires post-apocalyptiques, non il raconte des histoires actuelles. Parce que rien de ce qui se passe aujourd’hui n’est anodin !

Son projet, celui de noter son malaise persistant de vivre dans un monde où tout s’effondre dans l’indifférence générale, a abouti au fil de l’écriture à un recueil de nouvelles.
7 nouvelles avec ce fil rouge de l’écologie et des désastres en cours, 7 nouvelles avec un style différent, une tonalité différente pour multiplier les points de vue et amener le lecteur à avoir envie d’en savoir plus, à se faire sa propre idée.
Et à partir d’événements courants, auxquels nous avons été (ou sommes ou serons) confrontés,  l’annonce d’une grossesse, un déménagement, un divorce, la maladie, la mort… il nous parle de notre façon d’être au monde, de ces points de bascule où quelque chose s’éveille dans l’esprit,  avec beaucoup d’humanité et  de bienveillance. Ce qui n’empêche pas  la violence de certaines histoires de nous prendre aux tripes et au cœur. L’écriture est superbe, vivante, imagée, flamboyante parfois, laissant la part belle à la parlure québécoise, plus ou moins selon les nouvelles et c’est toujours un régal.
7 nouvelles et pourtant ce livre forme un ensemble remarquablement cohérent qui imprégnera la mémoire de ses lecteurs pour longtemps… – Catherine Dufau

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Notre planète est en danger. Jusque-là, malheureusement, je ne vous apprends rien. Ce que je peux, je dois, vous faire découvrir c’est le recueil de nouvelles d’Antoine Desjardins, qui écrit avec talent sur ces maux d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Avec beaucoup de tendresse, il sait mettre des mots sur ce fera notre malheur si nous ne faisons rien : la fonte des glaces ou encore la disparition d’espèces.
Grâce à ses 7 nouvelles, Antoine Desjardins attire notre attention. Avec subtilité, il plante un décor, une histoire, des personnages. Si la catastrophe arrive, c’est bien que tout ceci n’aura pas joué son rôle de barrière, n’aura pas alerté sur l’imminence du danger…

Antoine Desjardins ne dénonce rien. Il annonce… Des feux sont allumés un peu partout autour de nous. Qu’ils soient proches ou lointains, nous ne pouvons pas ignorer ces indices… – Audrey Lire & Vous

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Pas facile pour moi d’émettre des réserves, d’exprimer de manière constructive un avis peu enthousiaste après une lecture. Pas facile d’avoir le sentiment d’être globalement à contre-courant..
Néanmoins, c’est ce qui m’est arrivé à la lecture de ce recueil de nouvelles..
Pourtant, je n’ai rien contre ce genre, ce format. Au contraire, j’ai un goût prononcé pour l’efficacité des histoires courtes…
Je ne suis pas gênée non plus par le langage fleuri et imagé du québécois. Ça ajoute au dépaysement de la lecture !
De plus, je me sens objectivement plutôt concernée par l’écologie et les inquiétudes environnementales…
Mais…
Mais ces textes qui se succèdent m’ont juste fait l’effet d’un listing des dérèglements, des problèmes, des drames présents, passés et à venir. Sous un vernis peu convaincant d’histoires individuelles, par l’intermédiaire de protagonistes que j’ai finalement trouvés peu attachants , il s’agit là de souligner les divers signes tangibles des problématiques écologiques (montée des eaux, disparition de certaines espèces animales, feux de forêt….), d’évoquer des attitudes humaines plus ou moins positives, des essais de réaction constructive, des idées pour faire face…
Oui . Bon . Mais….
Je me suis lassée, le propos et la manière de le porter ne m’ont pas convaincue.
Deux des nouvelles sont parvenues tout de même à me toucher. Celles énoncées à hauteur d’enfant ou d’adolescent. Celles où le narrateur exprime de manière sensible et animée les émotions qui le traversent, puissantes, incarnées, authentiques, dans des tranches de vie charnières (face à la mort, et dans ce passage de l’enfance à l’adolescence).
Bref, une lecture mitigée pour moi… – Christine Gazo

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Un recueil de nouvelles à garder à portée de lecture, pour de temps à autre s’imprégner à nouveau de l’ambiance particulière de l’un ou l’autre texte.

Ce sont sept textes, très différents les uns des autres, dans leur longueur, le style d’écriture (ne pas s’effrayer par le joual de la première nouvelle, elle offre un exotisme transitoire, dont il faut profiter avec décontraction), les personnages variés de l’enfant au vieillard, des femmes et des hommes, aussi divers que les passants sur un trottoir, même si à chaque fois le narrateur est masculin. Mais  derrière les différences, un leitmotiv, un bilan sans appel, un requiem pour une humanité prise aux pièges de son incurie.

Et malgré tout, de l’espoir derrière le chant funèbre, car chacun des personnage imagine ou met en oeuvre des solutions, à son échelle, mais avec conviction. (Sauf peut-être dans la première nouvelle, faute de possibilité pour l’enfant malade d’agir, sinon en exprimant sa colère contre l’injustice  de son sort) .

C’est lumineux, autant que la couverture, malgré l’inéluctable. D’ailleurs à y bien regarder, sur cette couverture, on peut y ressentir  la brûlure d’un soleil non filtré, la sécheresse d’un arbre assoiffé, et la montée des eaux .

J’ai aimé chaque texte, et eu l’impression de lire autant de romans, tant il en ressort à chaque fois une puissance narrative qui vous attire au delà des mots. – Chantal Yvenou

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Il est assez difficile de résumer cet ouvrage composé de sept histoires indépendantes mais elles sont une source de questionnement sur des questions d’actualité en matière environnementale.
Au travers de ces récits, des personnages aux profils sociaux très différents s’interrogent sur notre rapport à la nature et le devenir de notre planète. Même si ces histoires sont fictives, elles ne laissent pas indifférent car elles sont très parlantes et elles nous font toutes réfléchir sur nos habitudes. Pourquoi les oiseaux peuvent-ils disparaître? Est-ce que de plus en plus d’animaux sauvages vont se rapprocher de nos habitations ? Comment lutter contre la disparition des baleines noires ou encore la montée des eaux ? Nous nous rendons compte que les questionnements restent les mêmes que nous soyons en France métropolitaine ou au Québec.

Je tiens à féliciter Antoine DESJARDINS pour ce premier ouvrage.
Même si le sujet est assez sérieux, j’ai au début été assez amusée car je ne comprenais pas les termes employés par l’auteur. Je pensais ne plus être à la page pour comprendre le langage de l’adolescent employé dans la première histoire. Puis j’ai rapidement réalisé mon erreur… Cet ouvrage est écrit en québécois. J’ai apprécié que l’auteur propose dans ses annexes une traduction des termes que nous n’employons pas en France métropolitaine.

J’ai aimé la manière dont Antoine DESJARDINS a terminé chacune de ses nouvelles. C’est une véritable porte ouverte vers une interprétation personnelle de celles-ci. J’y ai vu une possibilité de laisser un espoir vers l’avenir si nous arrivons à changer les choses.

Même si les sujets sont graves, l’écriture n’est pas moralisatrice. Elle pousse avant tout à la réflexion. C’est pour cela que cet ouvrage à l’écriture fluide est très accessible car ses sujets sont parlant pour tous que l’on soit fervent défenseur de l’environnement ou non… – Hélène Ortial

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Mon deuxième coup de cœur de l’année revient à un recueil de nouvelles québécois. Sept nouvelles très diverses reliant intimement une angoisse existentielle individuelle à un aspect de la crise environnementale. Chacune met en scène un personnage qui doit composer avec un monde en perte de sens.

Le tour de force vient du ton choisi par l’auteur, jamais moralisateur, sans aucun surplus didactique lourdaud pour réveiller notre conscience écologique et nous éveiller aux enjeux environnementaux. Et toujours à hauteur d’hommes et de femmes, qu’il s’agisse d’un enfant, d’un adolescent, d’un fils, d’un frère, d’un grand-père. Antoine Desjardins s’abstient de donner des réponses pour laisser le lecteur chercher les siennes ou sonder son âme, réfléchir à son propre rapport au vivant.

Parmi les sept, trois m’ont particulièrement touchée :

  • « A boire debout », percutante avec ses québécismes et son humour insolent, mettant en scène un très jeune cancéreux hospitalisé pour une leucémie incurable. La météo apocalyptique (pluie diluvienne, inondations liées à la montée des eaux suite à la fonte des glaces) est au diapason de sa rage.
  • « Feu doux », bouleversant témoignage d’un grand frère qui voit son frère disparaître et se retirer du monde conventionnel pour vivre ses convictions orientées vers la décroissance. Certaines pages sur la relation fraternelle sont absolument sublimes et déchirantes.
  • « Ulmus americana », tout aussi bouleversante de nostalgie et de douceur d’un petit-fils qui voit son grand-père disparaître et le laisser avec son extraordinaire orme auquel il avait consacré toute sa vie pour le protéger de la graphiose.

La construction est parfaite dans l’agencement des nouvelles, avec les trois pré-citées pour ouvrir le bal, encadrer les autres et clore le recueil, le tout porté par une écriture toujours très maitrisée et déliée, s’adaptant à chaque fois au rythme et à la musique de la nouvelle concernée. Je referme ce premier roman épatée par le talent de ce jeune auteur, sans être désespérée par le chaos éco-anxiogène décrit mais au contraire réconfortée par la chaleur humaine qui se dégage de cette œuvre intelligente et profonde. – Marie-Laure Garnault

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Indice des feux est un recueil de nouvelles canadien, mais pas de panique, l’auteur a gentiment intégré un lexique à la fin de l’ouvrage ! Merci pour cette attention !
Le lien entre toutes les nouvelles du recueil est l’environnement et les dégradations qu’il subit actuellement. En tous cas, c’est ce que nous dit la quatrième de couverture. C’est très vrai, mais je ressors surtout de cette lecture avec la sensation que ce qui est au coeur de ce recueil, c’est bien l’être humain, entre autres dans son rapport avec l’environnement, mais pas seulement. En cela, ce recueil est bien plus riche que ce qu’on pourrait croire… et il est très très dense !
Évidemment, j’ai préféré certaines nouvelles. Évidemment, celles où le vocabulaire québécois est plus présent m’ont posé plus de soucis de lecture et de compréhension (surtout la première, j’avoue !). Évidemment, j’ai aimé cette découverte, d’abord parce qu’on lit beaucoup moins de nouvelles que de romans, et que cette lecture m’a rappelé combien cela pouvait aussi être savoureux, riche de sens et de réflexion, mais aussi parce que j’ai aimé l’écriture d’Antoine Desjardins et sa façon d’aborder les sujets qu’il a choisis. J’ai hâte de lire son prochain ouvrage ! – Gwen Langlois-Latour

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Indices des feux est un recueil de 7 magnifiques nouvelles que j’ai trouvé toutes très abouties. L’écologie est le fil rouge qui les relie. C’est chaque fois écrit à la première personne mais ce n’est jamais le même personnage qui nous raconte une petite tranche de vie emblématique du monde contemporain, des faits de la vie courante, la vie, la mort…

Le  parler québécois employé pour la première nouvelle m’a un peu interloqué. J’ai craint que toutes les nouvelles soient rédigées dans ce langage, moi qui n’aime pas les romans écrits en argot des banlieues françaises. Mais ici il y a la petite touche exotique qui m’a touchée et cette écriture correspondait bien au jeune ado atteint d’une leucémie foudroyante. C’est la gorge serrée que j’ai terminé ce texte écrit cependant sans pathos. Pour ses autres nouvelles Antoine Desjardins montre qu’il sait très bien manier notre langue. Un des charmes incontestables de ces nouvelles est cet accent canadien qui m’ a accompagné pendant toute la lecture de ce texte aux expressions savoureuses.

Au fil des nouvelles l’auteur aborde tous les thèmes de l’écologie, le réchauffement climatique, les pluies torrentielles, les arbres malades, les oiseaux impactés, les baleines. Est-ce raisonnable d’avoir un enfant dans ce monde malade? Faut-il continuer à vivre comme si de rien était ou bien se retirer du monde? Ces textes engagés, mais jamais pesants, ne sont pas tristes, seulement sensibles et mélancoliques. J’y ai ressenti toute la tendresse que l’auteur éprouve pour ses différents personnages, son amour du prochain et surtout de sa famille. 

Pour moi un auteur à suivre! – Françoise Floride

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Indice des feux est un recueil de nouvelles canadien rafraîchissant en cette période de réchauffement climatique.

Chaque nouvelle aborde un thème écologique (réchauffement, fonte des glaces, déforestation, disparition des cétacés, des oiseaux…) et narre une histoire personnelle qui y est liée.

Les personnages sont attachants et souvent atypiques.

Ce qui donne des nouvelles agréables à lire car le ton n’est en aucun cas moralisateur. C’est juste un constat, à chacun d’en tirer parti. – Michèle Letellier

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Composé de sept récits ou nouvelles, ce livre au titre énigmatique traite du déclin de la nature, de la façon dont nous, humains, contribuons par imprudence, paresse, ou négligence souvent, à dégrader encore plus ce qui nous entoure, nous environne et nous façonne, comme si nous ne savions plus (en) prendre soin. Loin d’être militantes – ou même moralisatrices – ces histoires nous parlent avant tout de nous, avec tendresse, chaleur mais toujours sans complaisance. C’est un livre d’une grande beauté, optimiste, mais aussi pénétré du gâchis et de la douleur des hommes. “Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître.” – David Guerrinha

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Voici un recueil de nouvelles qui est le bienvenu !
Avec plus ou moins d’expressions qui lui sont propres , Antoine Desjardins , auteur né au Québec , nous conte la nature et son évolution , voire sa destruction.
Est il finalement difficile pour un adolescent de mourir d’une leucémie quand le déluge est imminent ?
La disparition des baleines peut elle perturber un désir de naissance ?
Serons nous bientôt envahis par des mammifères qui fuient leur habitat ?
Ne vaut il pas mieux se consacrer à nos ressources naturelles plutôt que de se laisser guider par le profit ?
Les oiseaux choisissent ils de nous quitter pour un havre plus calme ?
Que nous raconte les arbres ?
La nature est le fil conducteur de ces sept nouvelles originales et diverses , leur lecture nous amène naturellement à réfléchir sur notre évolution. – Anne-Claire Guisard

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Antoine Desjardins présente différentes façons d’ouvrir les yeux sur la vie, le vivant et de combattre « l’insignifiant, l’irresponsable et l’insensible ».

Chaque fiction a une écriture différente, un rythme différent. C’est très bien écrit. Ce n’est pas moralisateur ou prédicateur, l’auteur laisse à chacun le soin de se confronter à ses propres contradictions.

« À boire debout » est superbement écrite, c’est là que commence ce silence, ce fil conducteur, à mes yeux, de toutes les fictions.

Chacune des fins de ces fictions est un nouveau départ possible, c’est très intéressant.

Plonger dans cette lecture aux accents québécois a été un plaisir. J’y ai découvert des termes et expressions, inconnus à mes yeux et mes oreilles, qui m’ont fait sourire. – Stéphanie Justin

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Voici une lecture bouleversante. Bouleversante, pour moi car mes attaches québécoises de cœur, de partage, et d’amitié sont inépuisables et insatiables,  et que la première nouvelle d’Antoine Desjardins a résonné en moi, comme autant de caresses, d’ivresses, et de complicité. Nous vivons avec le héros la fin d’une jeune vie, et les mots ont le bonheur de transcender ces douleurs, cet effroi, cet éloignement. Ainsi la langue dépasse parfois la réalité pour la rendre supportable et c’en est presque injuste, car la vérité reste tue sous l’envolée de ces mots d’hier et d’ailleurs. Et le reste s’enchaîne,  désabusé, morbide, défaitiste. Je pense que j’aime tant le Québec que même l’horreur des ces nouvelles, désespérantes, cruelles, amorales et déplorables, sont pour moi moins dures à affronter. Donc objective, je ne le suis pas, mais pouvons nous être objectifs. Je ne pense pas, et j’espère même le contraire. Restons dans notre corps et notre cœur sensible. Indice de feux, c’est autant d’indices de mort, de suicide humanitaire accepté, de déchéance, d’un monde qui court à sa perte et y court vite, yeux fermés, cœur et raison verrouillés, âme en berne. Écrites par un non québécois, je n’aurais pas résisté, j’aurais laissé là ces pages découragées. Mais c’était lui, et c’était moi. Presque un coup de cœur, un cœur blessé. Ce livre reste en moi. Merci. – Martine Magnin

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La pluie ne cesse de tomber depuis des jours, entraînant des inondations sans précédent dans toute la région. Un ado atteint de leucémie regarde, de sa chambre à l’hôpital, la pluie ruisseler sur la vitre. Un jeune couple bientôt parent est profondément affecté par la disparition progressive des dernières baleines noires qui viennent s’échouer, blessées par les filets des pêcheurs. Un homme ivre rôde autour de la maison de son ex compagne et tombe nez-à-nez avec un coyote venu fouiller les poubelles. Il s’appelle Samuel Légaré. Le petit dernier d’une grande famille, surdoué, s’affranchit de toute richesse pour aller parcourir le monde, engagé dans une démarche écologique militante, au grand dam de son frère aîné qui se demande ce que le benjamin a trouvé qu’il n’a pas compris. Des gamins s’approprient un terrain vague bientôt remplacé par un chantier qui, une fois achevé, signera la fin de leur enfance. Des oiseaux quittent un jour toute une région pour s’en revenir inexplicablement quelques mois plus tard. Un vieil homme soigne un orme centenaire pour le protéger de la graphiose, avant de succomber à un cancer. Le fil conducteur de ces sept nouvelles, c’est le Québec, et aussi les rapports qu’entretiennent les hommes avec le monde qui les entoure. Celui-ci change, et par forcément pour le mieux : certains des personnages en ont conscience et agissent, trouvent des solutions, tandis que d’autres assistent à ce bouleversement avec une sorte de passivité résignée. Chacun de ces micro-récits est là pour le rappeler, sans jamais cependant être moralisateur : la maison brûle et nous regardons ailleurs, comme l’a dit un jour un ancien président. – Emmanuelle Bastien

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Merci aux Fées des 68 premières fois pour ce choix surprenant et remarquable !

Ce recueil de sept nouvelles met en scène des perspectives intérieures à l’égard de la problématique écologique et des dérèglements climatiques.

Dans un souffle d’espoir, on y rencontre ainsi  un jeune adolescent rongé par la maladie, dévoré par des songes, un couple face à la disparition d’un cétacé qui mène une réflexion sur le bien fondé de mettre au monde un enfant, le retour aux sources d’un frère (ma préférée celle-ci…), la rencontre avec un coyote, la disparition d’un terrain de jeu, la disparition des oiseaux qui ont un message à délivrer et qui fait place au silence et un orme malade.

Toutes ces nouvelles ont un fil conducteur : l’incertitude d’un avenir, le lien indéfectible entre l’Homme et le monde qui l’entoure.

Tous ces personnages convaincus du bien fondé de cet éveil, oscillent entre l’action  et la continuité d’une vie raisonnable, confortable, une forme de déni.

Je ne peux que saluer ce travail magistral : Antoine Desjardins est talentueux, l’écriture est soignée, recherchée et tout en sensibilité.

C’est à la fois profond et flamboyant. Desjardins nous dit les maux de notre monde sans nous juger, sans nous moraliser !

A nous de trouver nos propres réponses… – Alexandra Lahcène

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Ce recueil de nouvelles est un coffre aux trésors renfermant émotions, tendresse, humour au service de la cause écologique. Chaque nouvelle en effet, quand elle n’est pas directement liée à un problème écologique, y fait toujours allusion, comme c’est le cas dans étranger, l’histoire de cet homme qui noie son désespoir dans l’alcool, et qui se retrouve en ville, face à un coyote.

L’auteur a su enrober les grands maux de l’humanité dans des récits passionnants réveillant les émotions du lecteur :

Dans « A boire debout », il raconte la lente agonie d’un adolescent atteint de cancer, qui, pour toute distraction, écoute la radio qui lui apporte des nouvelles de notre planète, et pas de bonnes nouvelles !  Pluies, montée des eaux, populations réfugiées, disparition des ours polaires… une nouvelle triste et préoccupante, dont l’écriture relève du génie, particulièrement à la fin.

La deuxième s’intitule couplet, ce n’est pas celle que j’ai préférée : elle mêle l’histoire d’un jeune couple dont la femme attend un enfant, et la disparition des baleines noires. Si la fin pose une question concernant la mise au monde d’enfants humains qui se justifie, je l’ai trouvée assez violente et ne cadrant pas avec les personnages et l’ensemble de la nouvelle.

Feux doux, la quatrième, raconte l’histoire d’un homme attaché à son jeune frère, élève brillant, étudiant à l’avenir prometteur, si cet avenir toutefois, se place dans les normes de nos sociétés, incluant la carrière, la fortune et les relations. Mais ce frère conscient du malaise de la planète, prendra d’autres chemins…

Dans « fin du monde », notre héros, jeune adolescent, s’est approprié un beau terrain de jeu, un bois à l’état sauvage à la sortie de la ville, territoire de prédilection pour les bêtises, les cabanes, la liberté d’agir en cachette des parents, en bande de préférence… Mais à la sortie de l’hiver, il voit cet espace rasé et prêt pour la construction d’un lieu de résidence, la ville s’étend au détriment de la nature.

Dans « générale », le narrateur raconte l’histoire de sa tante Angèle qui toute sa vie, va montrer à quel point son dynamisme la porte pour défendre les oiseaux qui se sont installés sur son terrain et disparaissent soudainement.

La dernière sera celle que j’ai préférée : amour, tendresse et complicité d’un jeune homme et de son grand-père. Ce grand père qui lui raconte son arbre, un orme centenaire en danger comme les autres arbres de cette espèce, menacé par la graphiose. Dans cette nouvelle, on lira un magnifique conte du grand-père.

L’auteur, par un savant mélange d’émotions et de catastrophe écologique, semble avoir trouvé le mode d’emploi pour tirer la sonnette d’alarme et faire prendre conscience des dangers qui menacent l’humanité. Ce livre devrait donc être lu à grande échelle. Je vous recommande cette pépite ! – Roselyne Soufflet

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Sept nouvelles québécoises  de longueurs variées entre 68 pages et 26 pour la plus courte réunies par cet  auteur de « la belle province. » On y retrouve dès la première le langage le langage fleuri parsemé de « osties » et de « Tabernacle ».

La première nouvelle «  A boire debout » est la plus forte car elle raconte à la première personne la fin de vie d’un adolescent atteint de leucémie. C’est très fort.

Je pense que c’est surtout celle-ci qui me marquera. Malheureusement dans les recueils de nouvelles c’est souvent le cas : on n’en retient qu’une ou deux.

Les autres nouvelles ont presque toutes une connotation écologiste

  • Est-ce que ça se peut encore… un enfant dans ce monde là. pour COUPLET
  • Quel destin un individu brillant  se choisit il dans ce monde ? pour FEU DOUX
  • La bétonisation d’un environnement pour FINS DU MONDE
  • Les oiseaux disparus vont-ils revenir ? pour GENERALE
  • La maladie des ormes et la maladie des gens  pour ULMUS AMERICANA

Elles sont toutes bien écrites et ménagent l’intérêt du lecteur.

« Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaitre. » L’auteur écrira sans doute de beaux romans après ce galop d’essai. – Marie-Hélène Poirson

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Lorsque l’on s’appelle Desjardins, quoi de plus normal que de s’intéresser à la nature et à sa préservation. C’est en effet le thème de l’environnement qu’Antoine Desjardins, un auteur québécois,  a choisi pour son premier roman. Puissent d’autres auteurs suivre le même cheminement et permettre d’éveiller peu à peu les consciences !

Au travers de sept nouvelles inégales, plus ou moins optimistes, et avec un vocabulaire et des tournures de phrases qui fleurent bon le Québec,  Antoine Desjardins dresse un constat alarmant de l’état de la terre. Il  réussit un véritable tour de force de raconter les maux de notre planète sans parti-pris militant. « Ce qu’il nous faut savoir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel on vit trop souvent en surface, sans y être vraiment. »

Comment un adolescent atteint d‘une leucémie incurable voudrait-il se battre pour vivre alors que depuis son lit d’hôpital il entend à la radio des nouvelles sur un monde qui se meurt ? Comment la disparition d’une baleine franche affecte-t-elle la vie amoureuse d’un couple ? Peut-on mettre au monde un enfant sur une planète où la nature est à ce point malmenée ? Les oiseaux migrateurs, tous les oiseaux,  vont-ils disparaître à cause des insecticides et des changements météorologiques ? « Feu doux », trace le portrait d’un jeune homme qui tourne le dos à un avenir radieux comme  le héros (qui a vraiment existé) du film et du livre  « Into the wild »,  pour devenir  d’abord un avocat défenseur des grandes causes écologiques, puis qui quitte absolument tout pour vivre dans la sobriété. « Reprendre racine »,  revenir vers l’essentiel.  Un survivaliste ? « Mon frère disait plutôt adopter une philosophie se rapprochant de la simplicité volontaire, dans une visée de décroissance. Il ne prônait ni plus ni moins qu’un retour aux bases ». La dernière nouvelle, sous forme de conte,  parle d’un vieil homme qui a veillé sur un orme tricentenaire et qui à la fin de sa vie, s’acharne encore et toujours à sauver son arbre. Tous deux sont voués hélas à mourir. « Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître. »

Antoine Desjardins s’intéresse également à l’humain qui s’il est totalement responsable de la dégradation de son environnement est  aussi le seul qui peut ralentir ce carnage. Notre planète est en feu mais hélas tout le monde n’en prend pas conscience. Ce livre permet de se poser les bonnes questions sur l’avenir de la planète, celle que l’on veut laisser à nos enfants. Une cause primordiale, évidente à défendre pour moi depuis ma tendre enfance, élevée au bord de l’Océan Atlantique où les déchets s’agglutinent sur les plages à chaque marée et dans une région,  la Bretagne pour ne pas la nommer,  où les rivières sont sans cesse polluées par les élevages porcins.  Le souci écologique traverse chacune des nouvelles,  un moyen pour l’auteur d’alerter sur un danger immédiat pour l’avenir de l’humanité. Chaque nouvelle est un indice nous mettant face à la catastrophe, à l’incendie à venir. A bord de l’ISS en 2016 Thomas Pesquet nous avait gâtés avec de magnifiques photos de notre planète bleue, pourvu que ses prochains clichés ne révèlent pas trop de nouveaux désastres ! J’en doute sérieusement. Il est cependant impossible de rester les bras croisés en pleurant sur notre sort, en se disant qu’il  est trop tard. Chacun, à notre échelle, si nous  en prenons conscience, peut changer quelque chose. » Indice des feux »  nous ouvre les yeux et nous met en garde. C’est un plaidoyer pour l’environnement, un livre à mettre entre toutes les mains ! Cependant il aurait gagné à avoir un titre plus percutant… – Françoise Le Goaëc

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On ne les voit pas forcément venir, ces feux qui couvent entre les pages du premier roman d’Antoine Desjardins. Premier roman qui n’en est d’ailleurs pas tout à fait un puisqu’il s’agit d’un recueil de sept nouvelles dont le fil conducteur se révèle peu à peu, comme on voit s’allumer de loin en loin une ligne de feux. Repères dans la nuit ? Signaux d’alerte ? Lumières tremblantes d’un espoir qu’il nous appartient de prendre en charge et d’entretenir ? C’est un peu tout cela que nous propose ce jeune auteur canadien, avec un sens de l’image et de l’humour affuté et cet inénarrable accent de la Belle Province qui semble jaillir de chaque page pour nous inviter au voyage. À sept reprises, il réussit l’exploit de nous amener dans un autre univers, plantant son décor et son regard tour à tour dans la chambre d’hôpital d’un tout jeune homme atteint de leucémie, au tournant de la vie d’un jeune couple observateur de baleines, au cœur d’une banlieue proprette aux côtés d’un ivrogne d’une nuit, dans une famille banale surprise d’avoir nourri un presque hippy dans son sein, sur les trottoirs d’ une rue avec vue sur l’un des derniers bouts du monde, dans le jardin d’une vieille dame veillant sur son coin préservé de campagne ou entre les racines d’un arbre à histoires. En toute délicatesse mais avec conviction, Antoine Desjardins parvient à créer une atmosphère, une empathie, une familiarité autour de ses personnages à la genèse si bien travaillée qu’on jurerait les connaître déjà et partager certains de leurs souvenirs. Beaucoup de leurs inquiétudes également, funambules du même fil tendu entre aujourd’hui et notre avenir, fragile, si fragile. Avec une bienveillante insistance, il nous invite à cesser de détourner le regard de notre maison en proie aux flamme et à ouvrir enfin les yeux sur les Indices des feux qui jalonnent notre quotidien.

Sans doute est-ce là la plus belle prouesse de ce livre, cette force militante qui sait se faire légère, cet humour qui nous arrache des larmes, ces références rigoureuses amenées comme par hasard au détour d’une histoire, cette acuité du regard sous la nonchalance. – Magali Bertrand

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Recueil de nouvelles qui se lit assez rapidement. Petit bémol sur la première nouvelle que je n’ai pas vraiment apprécié, je n’ai pas bien compris la prise de conscience écologique de l’adolescent. Cela me paraissait « forcé » et j’ai donc eu du mal à entrer dans la nouvelle. Les autres nouvelles sont pour moi beaucoup mieux réussies et m’ont vraiment captivées. J’aime le parti pris de lier chaque nouvelles à des revendications environnementales.

Cette démarche « environnementale », le message d’alerte qui vient en écho à chaque nouvelle m’a séduite. J’aime l’ambition derrière ces nouvelles qui à travers la fiction cherche à faire prendre conscience au lecteur des enjeux actuels et de la nécessité d’agir. – Ana Pires

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Antoine Desjardins est un merveilleux conteur. Le long des 7 nouvelles qui composent ce recueil, il tient en haleine son lecteur avec des personnages ordinaires campés dans leur vie quotidienne, des histoires de tous les jours dans lesquelles il saupoudre sa vision d’un monde bouleversé par la main de l’homme. Un couple qui attend son premier enfant s’émeut de la disparition des baleines ; un quadragénaire au cœur en écharpe après un divorce douloureux croise un coyote au petit matin à Montréal ; un bois, terrain de jeux d’un adolescent et ses copains, cède la place à un complexe immobilier ; un jeune homme rend visite à sa tante qui s’inquiète de la disparition soudaine des oiseaux dans son jardin… 

Les mots de l’auteur restituent admirablement les émotions, tour à tour la plume se fait tendre, triste, drôle ou malicieuse. La langue est gracieuse, empreinte de ce savoureux vocabulaire québécois. Un bémol : je n’ai pas aimé la première nouvelle. La mort d’un garçon  de 16 ans m’a accueillie durement. Antoine Desjardins signe un premier roman original, bourré de charme mais plutôt pessimiste. Mon côté optimiste espère que les oiseaux continueront à chanter. – Hélène de Montaigu

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Lors d’une rencontre zoom pour les 68 premières fois Antoine Desjardins a comparé son roman à une belle et bonne petite carotte biologique qui aurait été cultivée avec amour durant un long moment, et moi qui adore les carottes non pas parce qu’elles rendent aimable mais parce que j’aime les faire parler dans certains textes que je peux écrire, j’avoue que j’ai adoré l’image.

Indice des feux est un recueil de 7 nouvelles, 7 histoires, mais finalement un vrai roman tant finalement le postulat de départ est à chaque fois le même, un personnage, un territoire et un petit quelque chose qui coince dans cet environnement. Le XXIème siècle est fou et pour l’individu qui voit son milieu changer radicalement c’est un choc, une blessure, comme une faille dans l’édifice qu’il s’est construit depuis l’enfance. La nature parle, elle crie sa détresse à travers la douleur qu’éprouve chacun en voyant son milieu changer.

Antoine Desjardins est en lien direct avec la Terre je pense, il a su capter son message et nous le retranscrire avec force. Les protagonistes de son roman sont terriblement touchants, ils nous donnent envie à tous de mieux regarder dehors, de respirer différemment, de calmer nos vies afin de nous asseoir avec nos enfants pour construire autrement les décennies à venir.

La première nouvelle coupe le souffle. Elle pousse à arrêter la lecture pour récupérer de l’émotion ressentie. La suite se dévore.

Indice des feux est tout droit sorti du cœur et des tripes d’Antoine Desjardins, c’est un petit morceau de sa sensibilité et de ses ressentis qu’il nous offre dans ce premier roman, recueil, terriblement émouvant et percutant. A lire et partager d’urgence. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Dans ce recueil signé Antoine Desjardins, sept courts récits invitent à réfléchir à notre relation à l’environnement, à la manière dont l’homme, minuscule, est lié à l’infiniment grand dans un monde qu’il est en train de faire disparaître. Sept récits pour mettre à jour les indices d’un désastre annoncé : fonte des glaces, montée des eaux, destruction des habitats naturels, disparition des espèces … Sept fragments de la vie des personnages, des moments clés de leur existence où il faudra pour les uns,  faire face à la maladie, pour d’autres accueillir un enfant à venir, accepter un divorce, faire des choix sans appel, transmettre un héritage… Sept fictions qui mettent en lumière les sentiments, les émotions des personnages, en résonance avec les catastrophes écologiques.

L’unité du recueil se construit autour des bouleversements écologiques qui détruisent le monde alors qu’une  véritable prise de conscience se fait parfois attendre. Ce qui en fait sa force c’est la manière, jamais moralisatrice, qu’a l’auteur de sensibiliser à ce phénomène. Chaque récit est une histoire singulière, humaine portée par une écriture superbe, alerte, très visuelle et qui déclenche une kyrielle d’émotions.

Le ton est donné avec un premier texte, « À boire debout », glaçant. Un adolescent hospitalisé, atteint de leucémie écoute à la radio ce qui se dit des maux du monde. L’évolution de sa maladie fait écho à ce qui ravage la Terre.  Cet adolescent dont la voix résonne du phrasé québécois bouleverse par le drame qu’il vit et par ce qui occupe ses pensées. Condamné par la maladie dans un monde voué à disparaître.

Très émouvant, ce couple qui attend un enfant, bouleversé par la disparition d’une baleine qu’il avait l’habitude d’apercevoir à Cape Cod. Serait-ce un mauvais présage ? Tragique, l’histoire de cet homme divorcé, chassé de son « chez lui » tandis que les coyotes envahissent la ville pour se nourrir. Comment partager un nouvel écosystème ? Lumineuse, l’histoire de Louis, jeune homme promis à un brillant avenir qui change radicalement de voie pour se reconnecter à la nature et fuir une société en proie au profit et à l’éco-anxiété.

Ma préférence va au dernier récit. L’histoire de Grand qui a veillé toute sa vie sans relâche sur un orme, Ulmus america, un arbre qui avait une place essentielle dans son cœur, qui le liait avec tendresse à son petit-fils. Leur histoire, très émouvante, vient clore une sorte de cycle avec une infinie douceur et beaucoup d’émotion.

Antoine Desjardins aborde une problématique contemporaine, plus que jamais d’actualité, avec beaucoup d’acuité et de finesse. Il nous place face au quotidien, face à nous-même qui sommes à la fois ceux qui ont provoqué et ceux qui subissent la colère de la Terre. Il dessine avec beaucoup d’humanité de très beaux portraits de personnages qui nous sont familiers et interrogent notre rapport au monde. Et face au désastre et aux incertitudes, aucun ton sentencieux, mais des convictions tournées vers l’avenir, de l’amour, de la lumière et aussi, de l’espoir. – Josiane Sydenier

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La lunette d’un télescope nous est tendue par l’auteur pour fixer des instants de vie, des trajectoires, scruter la santé du monde. Chaque nouvelle est un kaléidoscope où se bousculent les espoirs, les peines, les renoncements. Le talent de l’auteur nous amène au plus proche, nous imprègne de toutes ces humeurs mêlées, ces craintes partagées. On respire au rythme du monde maltraité, de ces animaux perdus, de ces végétaux qui étirent vers le ciel leurs bois empoisonnés, de ces enfants dont l’avenir se fracasse sur la vitre d’un hôpital. Ces feux sont-ils ces signaux d’alerte qui doivent nous faire réagir : oui le monde est en feu. Sont-ils aussi les révélateurs que les consciences s’éclairent, que des lumières d’espoirs naissent en tous points du monde ? – Christiane Arriudarre

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« Ça sert à rien d’essayer de sauver la planète, les océans, la forêt amazonienne ou les koalas. Ce qu’il faut sauver… ce qu’il faut rétablir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel nous vivons trop souvent en surface, sans y être vraiment. Sauver notre relation à la nature, au vivant, parce que tout le reste en dépend. »

Indice des feux, ce sont sept nouvelles venues tout droit du Québec, des nouvelles aux tonalités très différentes, mais toutes bouleversantes. Sept, comme les sept jours de la semaine, comme la totalité d’un cycle, pour présenter sept situations à toutes les étapes du cycle de la vie humaine. Si de-ci de-là les expressions québécoises donnent aux textes d’Antoine Desjardins une teinte exotique, l’essentiel est ailleurs. Dans chacune des histoires, l’existence des héros entre en résonnance avec l’urgence écologique. Les dérèglements climatiques et les désordres environnementaux sont alarmants, et les questionnements qui en découlent ne peuvent laisser indifférent. Tout cela entre en collision avec les douleurs existentielles des héros. C’est la manière qu’Antoine Desjardins a choisie pour aborder un sujet d’actualité brûlant sans pour autant prendre un ton moralisateur ou démonstratif. Il a la délicatesse de ne pas nous projeter dans ses propres peurs à l’idée de l’effondrement du monde et de la disparition du vivant. Lui, il raconte, et il fait ça drôlement bien. Le format de la nouvelle est un parti pris judicieux et qui sert parfaitement son projet.

Le monde du vivant, tourmenté par l’activité humaine, est convoqué sans pour autant être au centre des récits, qui est toujours réservé à l’homme, à tous les âges de l’existence. Cette construction m’a donné l’impression que la nature devenait un personnage à part entière de chaque nouvelle. Un personnage attachant et désorienté, avec lequel l’être humain peine à établir et à entretenir une relation équilibrée et harmonieuse. Par cette identification, la nature influe sur les destinées humaines, tout autant que les hommes transforment leur environnement sans forcément l’améliorer. Espèces en voie de disparition, réchauffement climatique, épuisement de la biodiversité, pollutions, autant de réalités qui traversent la vie des héros et bousculent leur chemin tout tracé. Une des nouvelles illustre magnifiquement la question de l’engagement en faveur de la cause écologique : une lubie ? un sacrifice ? une évidente nécessité ? Et comment peut-on se mettre en mouvement pour faire sa part ? Jusqu’où aller ? Tout est posé, à chacun de se positionner.

Je l’avoue, j’ai pleuré. J’ai terminé ce livre les yeux brouillés de larmes. Que d’émotions dans ces sept nouvelles ! Je me suis sentie toute petite devant la maladie, la souffrance, la mort, les incertitudes de l’avenir, comme devant l’immensité de ce qu’il y a à faire pour préserver la vie sur la planète. A se sentir petit, on quitte nos postures de toute-puissance pour revenir à notre vulnérabilité. Car finalement que sont les êtres humains sinon une des espèces de ce monde en état de survie ? La dernière nouvelle, celle qui a eu raison de moi et de ma sensibilité, ouvre l’espoir du « prendre soin ». Prendre soin de tous les autres vivants, de toute la matière qui constitue l’univers, qui nous est offerte et dont nous avons la responsabilité. Prendre soin de tout ce qui nous met en relation, avec nous-mêmes d’abord, avec les autres, avec le monde dans lequel nous vivons. Prendre soin, jusque dans les plus petites attentions, voilà peut-être la seule alternative. « Indice des Feux » est à lire pour ne plus l’oublier. – Anne-Sylvie Delaunay

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Lire également les billets de :

Delphine Queval : http://tantquilyauradeslivres.blogspot.com/2021/04/indice-des-feux-antoine-desjardins.html?m=1

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/05/indice-des-feux/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/indice-des-feux-dantoine-desjardins.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/05/mon-avis-sur-indice-des-feux-dantoine.html

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