Les cœurs inquiets – Lucie Paye

« Les mots, finalement, me mènent jusqu’à toi. Je pose mon amour sous chacun de tes pas, mes baisers sur chacune de tes années, mes pensées tout autour de toi. Aie confiance, ne te ferme pas. En héritage, je veux te laisser de la joie, l’envie de vivre et le désir d’aimer. On est vivant tant qu’on aime et qu’on est aimé. Je ne veux pas que tu sois triste. »

Il y a beaucoup de force et de douceur, d’images et de ressentis dans ce livre.
Il y est question d’art, de démarche créatrice, d’abnégation dans/pour la recherche incessante de la vérité dans l’œuvre.
Et surtout, il y est question d’amour maternel. Inconditionnel, puissant, défiant les lois du temps et de l’espace.
Les chapitres alternent Elle et Lui.
Il est ce jeune peintre, dans son studio atelier parisien. Fiévreux, totalement habité par son travail, dans lequel apparaît peu à peu, presque à son insu, la silhouette d’une femme. Il n’a de cesse d’aller toujours plus à sa rencontre, y consacrant tout son temps et son énergie.
Elle n’apparaît que dans sa lettre, dans ce monologue épistolaire adressé à son amour, son grand et unique amour qu’elle espère toujours retrouver. Il lui a été arraché, et sa vie entière a été remplie de cette absence, de ce vide, de cette quête. Le temps maintenant lui est compté.
J’ai immédiatement été embarquée par ce texte, par ces mots. Je me suis glissée dans ce tourbillon pictural et émotionnel avec plaisir et facilité. Les mots de l’art, du beau, du processus créatif, ceux de la maternité, du cœur à cœur absolu, du souffle d’espoir et de résilience.
Un beau moment de lecture. – Christine Gazo

______________

L’auteure a choisi un jeune peintre comme l’un des personnages principaux de ce récit à deux voix. Cette histoire est construite en chapitres alternés. L’un pour lui, le peintre et l’autre pour elle et tous les deux sont visités par les fantômes du passé. Cette femme ne sait pas mais écrit. Elle écrit sans relâche tous les jours à son bureau, face à la fenêtre du peintre, des lettres à un être évanoui. Qui est-elle ? Lui, le peintre ne s’est pourquoi surgit sous son pinceau une femme sans visage. Leurs quêtes s’entremêlent et se répondent, sans qu’on sache tout d’abord qui ils sont l’un pour l’autre. D’autres personnages apparaissent : Le galeriste, l’amante qui dévoile l’artiste à lui-même, la vieille dame sibylline et enfin, cette femme qui vit de l’autre côté de la cour, troublante et énigmatique. Ce roman nous parle d’absence, d’arrachement, de mélancolie  et d’amour inconditionnel et de soif de vérité. L’auteur explore le rapport de l’artiste à son œuvre. La littérature et la  peinture font partie de ces arts qui  souvent s’inspirent l’un de l’autre ou se mêlent.

Une forte tension romanesque ressort de ce récit. Ce roman a une écriture subtil, fluide et délicate. – Hélène Grenier

_____________

Dès le début de l’ouvrage et à chaque chapitre, nous rentrons alternativement dans l’intimité de deux personnages « lui » et « elle ».   
« Lui » est un jeune peintre qui voit son travail évoluer. Après avoir longtemps peint des paysages, sur des toiles apparaissent progressivement le visage d’une femme qu’il semble avoir connu.
« Elle » est une femme qui retranscrit ses souvenirs sur le papier dans l’espoir d’être lue par un destinataire qui se dessine au fil des pages.

Pendant très longtemps un mystère demeure. 
Y-a t-il un véritable lien entre ces deux personnes? Est-il possible que « lui » et « elle » se connaissent ou se soient connus? En avançant dans ce roman, des points communs émergent comme leur passion pour la peinture.

Pour son premier roman, Lucie Paye nous place en tant que spectateur impuissant du quotidien de deux personnes à la recherche de réponses à leurs interrogations.

Cet ouvrage ne laisse pas indifférent, et même si de nombreuses émotions et sensations s’entremêlent, j’ai refermé cet ouvrage avec un sentiment de paix de d’apaisement… – Hélène Ortial

_______________

Il y a Elle et il y a Lui. Il y a deux moyens de combler l’absence, l’écriture pour Elle, la peinture pour lui. Il y a deux vies parallèles que l’on aimerait voir se rencontrer, mais qui ne pourront jamais se rencontrer. Il y a des blessures qui ne se referment jamais, des larmes que l’on ne peut endiguer et un manque qui jamais ne pourra se compenser. Il y a surtout une autrice, qui , dès le premier roman, a su toucher au plus profond le lecteur que je suis, avec cette écriture sensible, riche d’émotion, une langue riche d’affects. Il y a aussi ce lien avec la peinture, avec l’art, on remonte le temps à l’époque du Titien et de Jan Van Eyck. Surtout ce tableau énigmatique et à plusieurs lectures, les époux Arnolfini. – Michel Carlier

______________

Un peu empêchée par l’écriture à deux voix, lui et elle, au départ, je me suis ensuite laissée séduire par la plume poétique de l’autrice.

Il y a l’absence qui résonne fortement à chaque page,  il y a l’amour aussi. Un amour perdu, un amour d’errance, un amour enfoui au plus profond d’un corps malade. Elle.

Il y a la torpeur, l’effervescence, le doute, la vie chez Lui.

Et puis, il y a ce décor qui rappelle celui de Fenêtre sur Cour. Les œillades lancées vers les fenêtres parisiennes qui s’éclairent  à la fin du jour, qui donnent à vivre et à penser, qui créent une fausse proximité, un leurre de lien social dans la vie isolée de l’artiste qui fait danser ses couleurs et dort au milieu de son atelier.

Au milieu du roman, j’ai complètement habité les états d’âme de l’artiste et de la femme malade, j’ai contemplé les toiles du peintre, et guetté les courriers du personnage féminin. J’ai ressenti de nombreuses émotions et eu envie d’embrasser ceux que j’aime. Au-delà de l’absence, dans ma lecture, c’est l’amour qui a triomphé. – Anne Richard

___________

Chère Lucie Paye,
Je profite de cette journée de pluie et de gris pour vous adresser ces quelques mots sur votre roman lumineux. Je vous l’ai déjà dit, il m’a bouleversée. Et il résonne encore dans mon cœur et dans ma tête, tellement vous avez su trouver les mots justes pour raconter cette histoire…
Je ne dirai pas grand chose de l’intrigue, au risque de la déflorer trop vite, mais l’histoire de ce peintre qui travaille à trouver l’inspiration pour sa deuxième exposition et se pose tellement de questions sur son art me parle, moi qui tourne en rond sur la rédaction d’un deuxième livre. Ses interrogations m’ont bousculée et sûrement fait avancer. Vous avez su montrer, avec une grande délicatesse, les affres de la création et les doutes qui assaillent les créateurs. 
L’univers de la peinture me fascine et j’ai beaucoup apprécié y être plongée. L’escapade londonienne m’a rappelé des souvenirs précieux et votre écriture, délicate, poétique, visuelle aussi, m’a transportée. Je ne voulais pas quitter vos personnages. En bref, votre roman est mon premier coup de cœur de cette rentrée littéraire !
Merci aux 68 premières fois pour cette merveilleuse découverte et j’attends avec la plus vive impatience votre prochain livre !! – Gwen Langlois-Latour

___________

Il y a « Lui », un homme dont on ne connaît pas l’âge, juste qu’il vivait sur l’ile Maurice avant de rentrer sur Paris. Après la crise cardiaque de son père, il n’avait plus rien qui le maintenait là-bas. Il s’est installé dans la capitale qui l’a vu naître. Il a dû y rester jusqu’à l’âge de trois ans. Il est artiste peintre. Il s’est trouvé un appartement qui est aussi son atelier, à moins que ça ne soit l’inverse. Il cherche l’inspiration. Une femme s’impose à lui. Il n’arrive pas à la saisir, il essaie encore et encore, l’apprivoise.

Et puis il y a « Elle », une femme à qui le médecin a annoncé que son temps était compté, un an. Avec le compte à rebours, elle exprime sa dernière volonté, lui écrire.

Ce roman, comme tous ceux des 68 Premières fois, est arrivé dans ma boîte aux lettres. Je me suis réjouis de sa lecture parce que les fées veillent toujours sur de beaux berceaux, mais je ne savais absolument pas à quoi m’attendre. Et je me suis prise au jeu. En quelques pages, j’étais partie, happée par l’ambiance.

Ce roman, c’est d’abord un roman d’atmosphère, il y a le décor, décrit avec beaucoup de précisions, il y a les empreintes des états d’âmes aussi.

Il y a la nuit aussi qu’il laisse pénétrer et ses invités, les ombres, les silhouettes étrangères des logements d’en face qu’il cherche à percer.

Et puis, il y a cette femme dont on devine le tracé, un dessin succinct que l’artiste cherche à approfondir. J’ai été captivée par l’inspiration du peintre, ce personnage qui s’invite dans son esprit, le hante… jusqu’à la maîtrise de son sujet !

Enfin, il y a la puissance des mots, renforcée par la construction narrative à deux voix. J’ai été profondément touchée par la lenteur du propos et le brouillard des sentiments qui progressivement se dilue. L’histoire est sublime, éminemment douloureuse, un amour nourri de l’absence, de souvenirs… mais un immense amour !

La plume est délicate, les mots d’une sensibilité éprouvante, les phrases d’une langueur douce et rêveuse, le roman d’une beauté merveilleuse, la fin émouvante.

Je suis tombée sous le charme de ce premier roman. – Annie Pineau

_____________

Ce livre nous plonge au cœur des tourments de deux âmes esseulées, de deux solitudes qui vont finir par être reliées sans forcément en avoir conscience.
Les deux personnages dont on entend les voix à tour de rôle sont très touchants et attachants, on a très envie de les serrer fort dans nos bras, d’apaiser leur inquiétude et leur désarroi.

Lui, peintre en mal d’inspiration, va voir surgir dans ses toiles la figure d’une femme évanescente et retrouver ainsi foi en son métier, en sa passion.

Elle, se sachant malade et condamnée, se met à écrire une longue lettre pour un être cher qu’elle a depuis longtemps perdu de vue, faisant ainsi remonter à la surface de douloureux souvenirs.

D’une écriture ciselée et très mélancolique, Lucie Faye nous touche en plein cœur et nous immerge en parallèle dans un monde sensible, celui de la peinture. – Boris Tampigny

_____________

Deux voix se font entendre dans ce roman : Lui, peintre obsédé par une silhouette féminine et Elle, malade, sentant la fin approcher, se livrant par écrit à une personne qu’on lui a enlevé.  Cette absence les hante…Je n’ai pas été très emballée par cette lecture, que j’ai trouvé très lente et très monotone…L’écriture est belle, délicate et maîtrisée, mais je n’ai pas réellement ressenti d’émotions ou d’empathie pour les deux personnages… J’ai trouvé ce récit très froid et assez distant… Agathe Bertrand

_____________

Une belle écriture, pour habilement, tisser les liens entre les deux cocons que ces deux solitaires ont parés de leurs peintures et de leurs rêves ; l’auteure nous amène à pas délicats, de peur que les fantômes s’envolent, dans ce tableau que l’artiste peint inlassablement, dans cette quête du regard qui échappe. La lumière, la douceur se glissent entre les tâches violentes pour nous faire espérer la rencontre. Tant ce livre ensorcèle, on les cherche nous aussi dans la foule, à une fenêtre, ces deux êtres dont l ‘histoire a été déchirée.

Une très belle découverte, un vrai coup de cœur. – Christiane Arriudarre

_____________

« Pour la peinture, ma nécessaire conviction, c’est cet abandon pour laisser advenir. Retrouver ce cœur pur, naturel celui de l’enfant. Abattre les frontières entre le soi et le vivant de toutes choses. Et alors un échange incessant s’engage, extérieur-intérieur, un cycle naturel de revitalisation, d’auto-régénérescence incroyable. » Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier

« La toile écume sous les coups de son pinceau. Un flot en nuances de vert, brouillé par les vents. Une chape épaisse agitée de courants. Sous sa pression, la paroi s’ouvre sur une image : un jardin. Il y force son chemin, aveugle et voyant à la fois. Le grain de la toile, la pâte sortie des tubes deviennent écorce, tige, herbe, feuille, mousse. Au centre de ce jardin : une silhouette. »

Le 1er roman de Lucie Paye a été publié en mars 2020, alors que nous allions vers des jours empêchés. Les Cœurs inquiets entrelace deux vies intranquilles, elles aussi empêchées : Lui et Elle s’en partagent les courts chapitres.  

Lui, raconté à la 3e personne, est un jeune peintre ayant quitté, à la mort de son père, l’île Maurice pour Paris après qu’il a été repéré par Marc, galeriste affairé aujourd’hui à monter sa prochaine exposition, la deuxième.

Elle, est une femme malade, en fin de vie pour tout dire, qui se jette comme on se noie dans l’écriture d’une longue lettre à l’absent et nous ignorons si, avant le point final, elle retrouvera ce « tu » que déjà nous devinons familier. 

Le roman est construit sur le chassé-croisé de ces deux récits qui ne se juxtaposent pas, mais bien au contraire se tissent ensemble et se font écho.

LUI « […] ce n’est pas un soliloque. Tout juste un monologue. Parler seul, mais s’adresser à tous. »

ELLE « Le monologue est un exercice plus difficile que la conversation. »

On sent d’emblée qu’ils pourraient se rejoindre pour entrer en résonance : Lui dont le trait tente de saisir la vie qui s’est invitée sur la toile alors qu’Elle écrit à l’absent pour lui dire ce jour terrible où sa vie a trébuché. Sont-ils faits pour s’entendre ? pour s’attendre ?

Il se crée un mouvement étonnamment languide de la peinture à l’écriture et retour, toutes deux traversées par le secret et le manque, 

LUI « Il se rappelle les tableaux en legato, naissant les uns des autres. Il était une bouche béante. La matière coulait à flots de lui. Jusqu’à Paris. Jusqu’à maintenant, où plus rien de sort. Plus rien de juste. Il a beau essayer, il a beau forcer la peinture sur la toile. Il fouille, il rampe, il tourne en rond. Il est échoué, à sec sur une plage inconnue. Carcasse pleine d’un grand vide noir. »

par l’apparition évanescente et l’absence tangible, par l’amour que l’on n’a pu recevoir et celui, « immarcescible », que l’on n’a pu donner.

ELLE « Aimer c’est toi qui me l’as appris. Ce don, même le manque terrible n’a pas pu me le retirer. Accompagnée de toi, je pouvais continuer d’aimer. »

Elle et Lui sont deux énigmes en souffrance, pour le lecteur bien sûr, mais également pour eux-mêmes.

ELLE « Je ne voyais pas d’autre issue que celle de te retrouver. Je ne pouvais pas mourir, à cause de toi ; je ne pouvais pas vivre, sans toi. »

LUI « Il est comme un mineur qui a trouvé le début d’une veine, mais bute sur une paroi trop dure à entamer. Ce qu’il cherche est derrière. Il n’a pas d’autre choix : creuser, sans relâche. »

Creuser la veine artistique pour colmater les failles intimes, se risquer dans cette entreprise avec, pour le guider vers la lumière enfin révélée, le fil des cartes postales d’Ariane, jeune femme si bien prénommée, dont les mots, rares, tombent toujours juste. Avec son instinct économe, cette amie sûre et discrète a envoyé ces cartes comme autant de fils lancés dans l’espoir d’extraire ce peintre tourmenté de la « mélasse informe ». Comme j’aurais aimé qu’Elle, hélas bien vite résignée à mon avis, creuse avec la même opiniâtreté pour retrouver la trace de celui qu’on lui a ravi ! 

Il est à la fois très facile de résumer ce roman et très malaisé d’en parler sans déflorer le lent cheminement vers l’ultime révélation, celle que l’on pressent dès les premières pages et celle qui finalement advient au moment où un soubresaut inattendu réussit à déjouer notre intuition première. Lucie Paye n’œuvre pas en grands à-plats. Pour éviter un trop rapide dévoilement, seules de petites touches intimistes posées habilement çà et là finissent par composer le tableau d’ensemble dans les toutes dernières pages. Nulle fièvre, tout au plus ces cœurs inquiets vacillent-ils, tant ils se savent contraints par quelque chose de plus grand qu’eux, qui les dépassent et qu’ils s’expliquent mal.

LUI « Acharné à faire émerger quelque chose. Il ne sait même pas quoi. Il ne se le demande pas. Tout ce qu’il sait, c’est la solitude, l’insatisfaction permanente, l’acharnement, la rage de l’impuissance, l’inabouti perpétuel, l’âme toujours inquiète. »

ELLE « Je continue de t’aimer, malgré tout, au-delà de tout, sans limite. Nous avons prouvé, toi et moi, ensemble, que l’amour se moque de l’absence et qu’il n’est pas l’esclave du temps. »

Moi d’ordinaire si friande des écrits de l’intime, j’attendais ce roman voyageur avec impatience. Je ne saurais vous dire combien je suis chagrinée que la beauté froide du style de l’autrice m’ait empêchée de vibrer à cette histoire bouleversante. Comme le peintre observe de sa fenêtre la femme occupée à écrire de l’autre côté de la cour, cherchant à percer son mystère en imaginant une possible histoire, je suis restée, spectatrice, au seuil de ce texte. Je n’ai pu m’imprégner ni des questionnements d’Elle et de Lui ni de l’acuité de leur quête. À ma grande confusion, je n’ai pas su faire abstraction du travail sur la phrase à l’élégance aseptisée. J’ai en tête les mots de Fabienne Verdier (oui, encore elle) dans Passagère du silence : Dix ans d’initiation en Chine (Albin Michel, 2003)

« Tu as voulu traiter ta phrase en oubliant l’harmonie de la composition ; on sent le labeur […]. »

On sent le labeur… Bien sûr, la sincérité de l’autrice n’est pas à mettre en doute – c’est un 1er roman et je ne l’oublie pas – mais il me faut bien reconnaître avoir peiné à entrer dans ses mots. Le travail d’écriture, certes immense mais à l’apprêt trop apparent, m’a rendue peu sensible au montage pourtant bien orchestré à défaut d’être innovant, à la tension de ce roman d’atmosphère où, comme devant une toile, tout aurait dû n’être qu’émotion. 

Il lui a manqué « cet abandon pour laisser advenir » ; ce même abandon qui a manqué à la lectrice que je suis. – Christine Casempoure

_____________

L’idée est belle. Des cœurs inquiets parce qu’ils se manquent, sans le savoir parfois, parce qu’ils se cherchent, sans le savoir toujours.

L’idée est belle, toute en discrétion, sans explications décortiquées. Nous n’en avons nul besoin ; nous comprenons bien vite ce qui relie le Lui et le Elle qui se répondent devant nous, sans se parler, sans se rencontrer ni s’entendre jamais, en se loupant encore, sous nos yeux toujours. L’idée est belle et il y a du très joli dans les lignes de ce premier roman. Certes on comprend vite, mais l’objet n’était sans doute pas d’écrire un polar. Certes, il y a quelques longueurs, un peu d’ennui, et, pour ma part, un inabouti pour le Lui qui m’a éloigné l’empathie…Laquelle j’ai beaucoup plus ressenti pour le Elle. Un fil d’Ariane tend vers la vie au bout du labyrinthe et l’inconscient dans son ombre, en guide insaisissable et pourtant inévitable, qu’on refoule sans cesse alors qu’il dit tout de nos énigmes, béances, obsessions et passions.

Ce premier est une vraie promesse, un peu accueillie par moi il est vrai, après lecture, comme une ébauche, mais une évidente, une belle, intrigante ébauche…Oui une promesse littéraire.

« Les arbres que le vent bat grandissent penchés. Ceux exposés à la sécheresse réduisent leurs feuilles. L’homme est pareil, il s’adapte. Mais prends garde aux fêlures cachées. Ne réponds pas à la sécheresse par la parcimonie ; ne choisis pas la fureur pour contrer la bourrasque ; ne laisse pas le silence habiter la solitude. Ne te ferme pas. » – Karine Le Nagard

_____________

Les chapitres alternent entre « Elle » et « Lui »  sans que l’on comprenne, au début, le lien entre les deux personnages.

«  Elle »  une femme en souffrance, à la recherche d’on ne sait qui, pendant les premiers chapitres. Il faut attendre la page 48 pour apprendre qu’il s’agit d’un enfant, et encore plus loin pour comprendre qu’il s’agit de « son » enfant et comment il lui a été arraché.

C’est alors seulement que le lecteur comprend le lien  entre « lui », jeune peintre qui a gagné une certaine notoriété lors d’une première exposition et que son ami galeriste pousse à créer en vue d’une deuxième et « elle ».

Dans l’alternance des chapitres les choses s’éclairent petit à petit.

Ariane, l’amie du peintre va lui dire « Considère la peinture comme un langage, ton langage, c’est grâce à elle que tu donnes sens aux choses » mais ce n’est nullement facile.

Ces deux personnages sont en effet des « cœurs inquiets » on pourrait dire aussi « intranquilles »

Une très belle description des affres de la création pour un peintre qui pressent quelque chose qui se refuse à lui. – Marie-Hélène Poirson

______________

« L’absurde est la notion essentielle et la première vérité », A. Camus.

Coup de cœur pour ce très beau premier roman.

Deux récits alternent et mettent en parallèle deux vies :

Dans un premier, un jeune peintre en plein processus de création qui voit apparaître sur ses toiles une ébauche de femme mystérieuse. Cette femme lui est familière. Il va errer d’une toile à l’autre pour mener une quête dont il n’en est pas le maître, donner un sens à ce qu’il est et accepter.

Dans le second, une femme, qui, par ses lettres, délivre un amour absolu.

Un dialogue s’installe et dévoile au fil des pages, un secret, une vérité. L’auteur construit un jeu de miroir, un écho entre ces deux voix où les seuls mots d’ordre sont l’absence et l’amour.

C’est vraiment très beau ! – Alexandra Lahcène

_______________

ELLE est en manque. On lui a arraché l’amour de sa vie. Elle aimerait tant le retrouver, lui expliquer. ELLE va mourir. Alors elle lui écrit sa quête, son besoin de lui faire savoir qu’elle a toujours été à ses côtés. « Aimer c’est toi qui me l’a appris. Ce don, même le manque terrible n’a pas pu me le retirer. Accompagnée de toi, je pouvais continuer d’aimer ». « L’amour se moque de l’absence…il n’est pas l’esclave du temps. » LUI peint. Au milieu de sa toile apparaît une femme. Qui est-elle ? Il laisse son pinceau le guider, mais il peine à finaliser son geste ; il ne réussit pas à capter son regard. Pourtant il a le sentiment qu’elle lui est familière… L’écriture est vive, précise, comme scandée par ces petits coups de pinceaux portés sur la toile. LUI a hâte de la (re)découvrir. L’auteure met beaucoup de poésie quand ELLE parle de son amour perdu. Les mots sont plus lents, plus doux. ELLE est tendresse. Et l’Art, omniprésent, qui les relie tout au long du roman. C’est beau, c’est très beau ! 1ère lecture de cette sélection des 68, jolie découverte et déjà un coup de cœur ! – Anne Laude

_____________

Une femme écrit à son amour perdu. On se doute que ces lettres ne partiront pas tout de suite, n’attendent pas vraiment de réponse, sont plus un journal que des lettres d’échange.

Un jeune peintre récemment arrivé à Paris de l’île Maurice où il vivait avec son père, essaye de faire vivre sa peinture. Une mystérieuse femme apparait à demi dans la nouvelle série de ses tableaux. Qui est elle, d’où vient elle ?

Ces deux personnages vont se croiser sans jamais se voir, sans jamais se parler, deux destins croisés qui se répondent comme en écho.

Deux solitudes sur deux chemins qui ne s’uniront pas.  Chacun vit avec un vide, défini ou non, qui le poursuit.

C’est très beau, très doux et très réussi. – Emmanuelle Coutant

_______________

Elle et Lui, rongés par le vide de l’absence. Elle écrit à son enfant, enlevé par un mari à 3 ans. Lui quitte son île chaude et protectrice pour peindre et exposer à Paris. Tout se précipite quand un visage de femme s’impose comme une intruse sur sa toile.

« Prends garde aux fêlures cachées. Ne laisse pas le silence habiter la solitude. Ne te ferme pas. »

Un amour maternel absolu. Une quête violente et salvatrice. – Corinne Tartare

______________

Un échange qui semble impossible entre deux êtres. A chaque chapitre,  l’un prend la parole, Elle et Lui alternent, comme un jeu de miroirs, comme s’ils se renvoyaient la balle.  

Lui, c’est un jeune peintre qui a quitté son île natale, Maurice, pour la France, après la mort de son père. Marc, qui anime une galerie d’art,  l’a fait venir à Paris après avoir remarqué la qualité de sa première exposition.  Alors qu’il a l’habitude de peindre des paysages mauriciens, apparait subitement sur ses toiles une femme dans différentes attitudes mais dont il n’arrive pas à dessiner les traits du visage. Perturbé, hanté par ce qu’il peint, il recommence à plusieurs reprises sa toile pour tenter de comprendre le pourquoi de la présence de cette femme. Les toiles sont sublimes, une exposition est programmée. Il travaille nuit et jour dans son atelier négligeant son amie Ariane qui estime que sa « peinture est sa rivale ». Il remarque cependant par la fenêtre la présence dans l’immeuble voisin d’une femme, d’une belle femme d’une cinquantaine d’années,  qui l’intrigue et le captive même.

Elle, c’est une femme qui écrit une lettre à son amour perdu. Au fil des pages,  il apparaît qu’il ne s’agit pas d’un homme mais de son fils enlevé enfant par son mari jaloux, enfant  qu’Elle n’a jamais revu malgré toute une vie consacrée à sa recherche. Elle est à présent malade, Elle va mourir et toujours confiante de le retrouver Elle lui laisse un message à travers ses différentes lettres.  Au début les écrits d’Elle sont très courts et plus le temps passe et plus Elle se confie, s’épanche,  sentant sa fin proche.

Ce livre par son contenu très orienté peinture me fait penser à celui de Maylis de Kérangal « Un monde à portée de main » avec de très beaux ressentis de l’artiste – « l’œil du peintre » –  dans la réalisation de ses œuvres. Lucie Paye explore le rapport de l’artiste à son œuvre et la part de l’inconscient dans le processus de création. Il y est fait plusieurs fois allusion au tableau d’un artiste flamand, Jan Van Eyck, représentant un couple austère, les Arnolfini. Lucie Paye n’a pas choisi par hasard ce tableau. En faisant quelques recherches,  j’ai découvert que  comme dans l’agencement de ce livre, il y a un miroir dans ce tableau qui montre ce que le spectateur ne peut voir de sa position.

Qui est-Elle ? Qui est-il-Lui ? Le lecteur connait à mi-parcours leurs secrets, alors qu’eux doivent encore le découvrir, et cela nous tient en haleine jusqu’à la toute dernière page du livre.  J’ai beaucoup aimé l’architecture du livre, ce dialogue distant dans l’espace et le temps, entre deux cœurs inquiets, envahis par l’absence, le mystère de l’autre, une quête sourde. J’ai été séduite par la plume de Lucie Paye, si poétique, si mystérieuse à la fois. – Françoise Le Goaëc

___________________

« La toile écume sous les coups de pinceau. Un flot en nuances de vert, brouillé par les vents. Une chape épaisse agitée de courants. Sous sa pression,  la paroi s’ouvre sur une image : un jardin. Il y force son chemin , aveugle et voyant à la fois. Le grain de la toile, la pâte sortie des tubes deviennent écorce, tige, herbe, feuille, mousse. Au centre de ce jardin,  une silhouette.  Il n’y en a encore jamais eu dans ses paysages. « 

L’incipit de ce très joli premier roman  plonge le lecteur au cœur de la création artistique d’un jeune peintre qui, alors qu’il cherche l’inspiration défaillante, voit naître sous ses pinceaux une silhouette féminine et va désespérément chercher d’où elle vient . Quel souvenir enfoui, quelle réminiscence d’une autre vie fait ainsi irruption sur sa toile ?

« Les questions me taraudent. Aujourd’hui je commence à comprendre que leur réponse ne me sera pas donnée. Alors je vais tenter de t’en donner quelques-unes, à toi  mon bel et unique amour. »

En parallèle, une femme en fin de vie écrit à  son amour perdu, une lettre testament que le lecteur va lire en alternance avec les chapitres consacrés au peintre.

Avec une douce mélancolie  et beaucoup de finesse, l’autrice explore les tourments de la création,  l’absence et le manque, l’amour maternel inconditionnel, les non-dits et les secrets de famille…
Si j’ai vite compris le lien entre les deux personnages, cela n’a en rien nui au plaisir de lire ce roman délicat.  L’histoire d’un rendez-vous manqué bouleversant comme me l’a écrit la lectrice précédente.
Une autrice à suivre de près… – Catherine Dufau

_________________

Un jeune peintre, une dame âgée, un enfant arraché à sa mère, un visage obsédant qui apparait dans une toile en train d’être peinte, une lettre qui prend des années à arriver au destinataire…

L’auteure use d’un exact dosage de fantastique, de poésie et de quotidien le plus banal pour donner vie à une histoire poignante, où la tristesse de l’absence et l’espoir d’une embellie se battent à armes égales.

Son écriture sensible sait entrecroiser les destins et les univers et offre (quelle bonne idée !) une très belle évocation de chefs d’œuvres de la peinture et de la sculpture qui illustre à merveille les sentiments des personnages. – Marianne Le Roux Briet

________________

C’est un roman à deux voix. Un dialogue qui s’instaure entre Elle et Lui. Lui vit à Paris, il est peintre, en proie aux affres de la création, en pleine préparation d’une prochaine exposition. Un jour, dans le dernier paysage qu’il lui reste à peindre avant le vernissage, il voit apparaitre une femme. Inconnue et pourtant elle lui semble si familière. Impossible de se défaire de ce visage, de cette silhouette qui reviennent constamment sous ses pinceaux. Trouver l’identité de cette femme tourne à l’obsession. Peindre sans relâche lui fera remonter le fil de sa vie.

Elle, vit ailleurs. Elle écrit une merveilleuse lettre à son unique amour, perdu depuis si longtemps. La lettre de toute une vie, pour révéler un amour qui défie le temps, qui n’a jamais cessé malgré l’absence. Comment fait-elle pour continuer à vivre, à espérer ? Tout est dit dans cette lettre bouleversante.

Le récit alterne entre Elle et Lui. Au départ, on ne sait qui ils sont l’un pour l’autre. Leur histoire se dessine au fur et à mesure que les indices se dévoilent de part et d’autre, par petites touches, avec délicatesse, comme sur la toile du peintre en pleine création artistique. Deux trajectoires de vie s’entremêlent, se rejoignent, soulèvent le pan des secrets de famille, des mensonges qui anéantissent les vies. Deux solitudes hantées par les fantômes du passé, par la douleur de l’absence, se rencontrent dans leur quête obsessionnelle de la vérité.

Lucie Paye signe un premier roman d’une grande intensité avec beaucoup de sensibilité et de poésie. À travers le drame vécu par ses deux personnages, elle explore les processus de création artistique, ce que peut révéler l’inconscient et nous offre une magnifique rencontre entre la peinture et la littérature. – Josiane Sydenier

________________

Que de belles découvertes nous réservent les 68 premières fois !

Un homme peint et l’image d’une inconnue s’invite sur la toile. Une femme au crépuscule de sa vie écrit à celui qu’elle n’a jamais cessé d’attendre, d’espérer, d’aimer. Leurs histoires se répondent et se rencontreront peut-être…

Les chapitres alternent entre « lui » et « elle », nous invitant dans les pensées des deux personnages, le lien entre eux se révélant bien vite à travers ses toiles à lui et ses lettres à elle. Chacun vit avec le poids d’une absence, chacun attend une réponse. Leur histoire, leurs histoires, m’ont touchée, mais je me suis surtout projetée dans son histoire à elle. Ô la terrible douleur…

Pour une première c’est une absolue réussite. Un texte juste, un parfait équilibre entre émotion et pudeur, entre nostalgie et espoir. Une preuve s’il en fallait que la délicatesse peut être force. – Delphine Queval

________________

Dans une autre chronique, je vous écrivais les belles rencontres réalisées grâce aux « 68premieresfois « .
Et ce roman en fait partie.

ELLE écrit une longue lettre, car elle se sait gravement malade ;
IL esquisse et peint sous nos yeux son histoire et ses tableaux.

Cette alternance de chapitres Elle / Lui , sans jamais donner de prénoms peut être déstabilisante mais j’ai fini par trouver le bon rythme et j’ai apprécié de LES retrouver à tour de rôle ; tous ces chapitres s’enchaînant avec une telle fluidité !

Très difficile de vous en dire plus sans trop en dévoiler. Sachez seulement que c’est une magnifique déclaration d’amour qui m’a totalement fait chavirer.

PS : J’aurais beaucoup aimé être au vernissage de l’exposition de Septembre et voir cette femme. Les musées sont encore fermés pour quelques jours mais j’ai une furieuse envie d’ y retourner très vite…

Merci Madame Lucie Paye pour ce premier roman très émouvant. – Marie-José Severin

______________

Court roman qui alterne entre le genre narratif et le genre épistolaire. 

D’un côté, nous suivons la vie d’un homme, « lui », un peintre qui a quitté Maurice pour venir vivre de sa peinture à Paris. 

« Lui » a débuté sa « carrière » de peintre avec des tableaux de paysages mais petit à petit « une femme » s’invite dans sa peinture. D’où vient-elle ? Est-ce la voisine de l’immeuble d’en face qu’il se surprend à espionner chaque soir ? Que veut-elle lui montrer ? « Lui » persiste dans son processus artistique afin de voir où cette femme peut l’emmener. 

De l’autre, nous lisons la lettre d’une femme, « elle », qui, avant son décès, écrit une lettre dévoilant ses sentiments à son plus grand amour. Son plus grand amour qu’elle a perdu et qu’elle espère retrouver de façon posthume avec cette lettre.

Le lecteur est forcé de s’interroger sur l’existence d’un lien entre « Elle » et « Lui ». 

Lecture rapide et agréable. – Ana Pires

_______________

Lire aussi les billets de :

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/02/les-coeurs-inquiets-de-lucie-paye.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/18/les-coeurs-inquiets/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/les-curs-inquiets-de-lucie-paye.html

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/05/28/les-coeurs-inquiets-un-roman-de-lucie-paye/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s