Dénouement – Aurélia Foglia

“ Les escaliers sonnent sous ses talons, l’entrée sent les fleurs qui cuvent, le couloir est de marbre, elle court, prise de culpabilité. Les meubles sont là mais les autres ? “

Denouement

Une vie de couple, une vie qui s’éteint dans le pathétique du quotidien qui échappe, s’enlise, mince fil qui relie. Une femme dans le brouillard, dans le dénuement du rien, de ce moment où tout s’échappe, s’étiole, est bancal, cherche un nouveau souffle, une autre vie, un autre possible à vivre. Le dénouement dans le dénuement. Trouver l’issue de secours, tenter de reconstruire une vie quand tout s’extrait de soi : la femme, la mère, la fille, l’amante, la maîtresse, soi. Se débattre. Séparer l’ivraie de l’ivresse, de tout ce qui bloquait, empêcher de respirer, d’être. Retrouver l’essentiel, l’essence vitale. Est-ce possible ?
Dans une langue contemporaine, rapide, précise, concise, à la limite d’une certaine « violence imagée », d’une noirceur dépressive, de lignes de fuite et d’horizon qui s’amenuisent, deviennent floues, Aurélie Foglia nous amène à la recherche d’un soi, à nous poser des questions sur ce nous, ce Elle qu’elle ne prénomme pas ou peu, lorsque le couple n’est plus rien et que rester ne sert à rien, malgré l’enfant, malgré la vie, malgré les schémas dans lesquels on se bat, se reproduisent inlassablement.
Pas d’état d’âme ou de ton larmoyant. Une forme de non-émotion, d’usurpation, de vol. La mise à sec d’une réalité, la livraison brute de ce on qui n’est plus, du détachement de la vie quand tout s’éloigne, meurt, se délie. Des phrases sèches et grasses comme des couteaux qui étalent grossièrement la peinture défraîchie. Une poésie comme un appel d’air qui entre par bourrasque, fraie dans la lueur d’un dénouement, d’un silence qui s’use et devient une possible vie, avec ou sans colère, abattement raisonnement. L’effacement avant le réveil d’un être vivant. Dénouement.
« Il n’y a pas d’organe plus caché que le cœur. » – Sabine Faulmeyer
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C’est l’histoire d’une usure, d’un désespoir, de la vulnérabilité, de la honte.
Voici venu le moment de la grande résolution : partir.
Dolorès est une épouse, une mère, une prof de math qui s’accommodait du rapport confortable dans sa vie aux objets, à sa famille tel le robot ménager fiable, silencieux.
Elle se décompose, elle s’effondre de l’intérieur.
Elle même devenue la chose de son mari, elle s’écroule. Transparaît ainsi sa fragilité.
Deux axes dans ce livre sont intéressants.
Tout d’abord, les personnages : ils sont tous abominables, monstrueux.
Sa mère, être égoïste et insensible, le vieil ami, mi fermier mi rentier qui donne un sens à la vie via le chagrin et le renoncement, son fils, David, petite boule de refus destructrice et cruelle, la banquière « philosophe », l’avocate, acide, grossière, brutale. Enfin, Christophe, son mari riche, protecteur, pervers qui la réduit à l’état de loque, de dépendance. Il fait de Dolores une moins que rien.
Elle va avoir la force de combattre cet état de soumission pour replonger à nouveau… tel est le dénouement de chacune de ses histoires : la rupture.
Le second axe qui peut être relevé dans ce roman c’est la place que réserve Dolores aux objets et le parallèle qu’elle en fait avec sa déliquescence.
Malgré ces deux entrées, les répétitions, les longueurs peuvent agacer.
Ce roman ne m’a pas déplu mais je n’en ferai pas mon coup de cœur de la semaine ;). – Alexandra Lahcène
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Dolorès quitte son mari et affronte seule les fins de mois difficiles, et l’indifférence de son fils qui lui préfère son père et lui dit, avec la brutalité et l’égoïsme de l’enfance, qu’il ne l’aime pas. Elle finit par s’inscrire sur un site de rencontre et se met à fréquenter Jean. Qui va la quitter à son tour.

Quitter ou être quitté. Aimer, puis ne plus aimer, parce qu’on est trop différents, parce que la vie à deux relève parfois d’une alchimie qui se ne fait pas. Dolorès s’interroge, souffre, déprime, et se montre parfois d’une intransigeance aussi forte que celle de ses partenaires. Elle est enfermée dans un processus de répétition dont elle ne sort d’autant moins qu’elle semble assez passive, se maintenant dans une position de victime qui l’empêche de se remettre en question. Difficile, à mon avis, d’avoir beaucoup de sympathie pour ce personnage, ainsi que pour les autres, qui sont tous assez monstrueux à leur façon. A commencer par le père, une espèce de brute mal dégrossie, un peu pervers, et le fils, dont la cruauté m’a semblé peu vraisemblable. Sans parler du deuxième compagnon, encore plus brut de décoffrage que le premier. Par ailleurs les choix de l’auteur, avec un point de vue unique, celui de Dolorès, une narration chronologique au présent, l’omniprésence des objets personnifiés, qui devient à la longue assez pesante, donnent au récit un aspect longuet et répétitif auquel je n’ai pas adhéré. – Emmanuelle Bastien

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Dolores quitte son mari volage en lui laissant son fils David , petit despote hyperactif . Cette vie lui pèse , l’abandonner aggrave sa dépression . Elle trouvera refuge auprès de Jean , il finira par se lasser .
Roman sur la complexité de vivre, l’insatisfaction, les ambivalences et les contradictions. Pourquoi toujours vouloir reproduire ce que l’on a fuit ?
Texte plutôt juste , mais pas incontournable voire agaçant … – Anne-Claire Guisard
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« Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté ». Alain, Propos sur le bonheur

« Et si elle n’en veut pas, de la liberté ? Elle ne pense qu’à s’en débarrasser de sa liberté, cette seconde virginité malvenue de la solitude. »

Elle, c’est Dolorès. La douleur, c’est elle. Alors, quand elle se peint ainsi,

« Elle qui est si bien lunée. S’émerveillant, d’aussi loin qu’elle se souvienne, d’une branche qui bouge, d’une nuance dans un nuage, toujours d’accord et de bonne humeur, au point que cette joie sans raison fait d’elle un être presque inadapté au réel, à sa jungle, à ses logiques sombres et rapaces. »

 pitié, ne vous faites pas avoir, c’est un faux !

Dans ce roman, tout n’est qu’absence d’horizon et de perspectives, tout est d’une grisaille éteinte et désolante.

Enseignante de mathématiques en collège, Dolorès quitte Christophe, son mari volage, abandonne derrière elle le confort d’une maison et son fils, David, un gamin odieux qui, la plupart du temps, la laisse vaincue :

« Cet enfant n’a jamais fait corps avec elle, même quand elle le portait, un inconnu qu’elle découvre toujours avec une sorte de crainte. »

Dénouement raconte, quoi de plus banal, la séparation d’un couple. Le désarroi et la dépression post-divorce qui menacent Dolorès d’effondrement sont transcrits dans une langue moderne faite de phrases hachées, déconstruites pour dire sa souffrance, son impossibilité d’être à ce qui l’entoure, la perte de ses repères :

« Un restaurant sert non pas à manger mais à se retrouver face à face et patienter, c’est-à-dire parler, n’avoir rien d’autre à faire que se. »

Le texte est saturé – gangréné serait plus juste – de termes négatifs, dépréciatifs : le climat y est menaçantimpossibledifficilemonotone ; elle y est craintiveabîmée ; les gens y sont frileux ; les meubles, sombres, les photos, surexposées ; tout n’est que malentenduécroulementfissures ; les objets sont casséséchoués. La syntaxe, quant à elle, suinte de phrases aux formes au pire négative au mieux restrictive, c’est dire !

« Ils n’étaient pas. Pas spécialement séduisants. Pas jeunes pas riches rien. Ne crois pas. C’était pas moi qui choisissais. Je. Prenais ce qui se présentait. »

Dénouement, écrit du seul point de vue de Dolorès, pâtit des choix narratifs opérés. Cette monotonie univoque, même si elle sert le propos, m’a anéantie dans ce flot que Dolorès « débite à toute vitesse sans y mettre d’intonation » et où peu de clichés m’auront été épargnés.

Alors quand soudain, là, vers le milieu du livre, je tombe enfin sur ce que je n’attendais plus,

« Elle, Dolorès, se lance. Il est grand temps. Parce qu’à présent de tout son être abîmé il y a quelque chose dont elle veut se saisir, c’est la vie. »

 l’incurable optimiste que je suis veut y croire. Je me dis que la lectrice en moi va pouvoir aller l’avant, s’extirper de ce marasme, de cet horizon bouché, indépassable et sans issue. Le moment est venu de rompre avec le passé, pour elle, avec les 146 pages précédentes, pour moi et, pour nous deux, de jeter un dernier coup d’œil dans le rétroviseur avant de prendre un nouveau départ.

J’en serai pour mes frais. C’est accablant ! Alors, quand se noircissent les dernières lignes, je suis soulagée de pouvoir unir ma voix à celle de Jean, amant de passage trouvé sur Internet :

« Je ne peux plus. Je te jure. Peux plus. À bout. On s’était juré de ne pas s’installer dans le mensonge tu te souviens ? Je pars à l’étranger. J’ai quelqu’un. »

Je pars. J’ai une autre lecture.  – Christine Casempoure

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Il faut être plutôt en forme et optimiste lorsqu’on attaque Dénouement, qui est une apologie du verre à moitié vide, incarné par une jeune femme sur qui le destin s’acharne obstinément : son couple bat de l’aile, son enfant la rejette c’est d’ailleurs un petit monstre insupportable, son travail ne la passionne pas et l’angoisse et la relation avec ses parents la conforte dans son sentiment d’imposture. La séparation est inéluctable, avec perte et fracas, le macho qui est son ex, entend bien tout gagner dans l’histoire. L’attitude de l’enfant, la confronte à ses propres faiblesses qu’elle vie comme autant d’échecs dont elle s’attribue tous les torts. Quelle soit femme, mère ou enfant, Dolorès porte bien son prénom.
Une petit lueur d’espoir apparaît lorsqu’elle essaie de se reconstruire, après un épisode de dépression sévère : Internet est un portail facile mais peu fiable. La rencontre et la relation qui se met en place avec Jean semble vouée dès le départ à l’échec.
Belle écriture avec le sens de la formule, mais un tantinet désespérant tout de même. La pathologie dont souffre cette jeune femme appose un filtre grisâtre sur le scénario de sa vie, et une petite thérapie semblerait hautement nécessaire, sans laquelle le schéma d’ensemble risque fort de se répéter sans relâche
Histoire malheureusement banale d’une dépression ordinaire, avec une vraie qualité d’écriture. – Chantal Yvenou
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Dolorès, c’est la dépression latente. Elle n’en peut plus d’être coincée dans son beau pavillon de banlieue, entre les horaires de l’école et le ménage, entre son fils David, enfant hyperactif qui se conduit comme un véritable despote auprès d’elle, et un mari qui la trompe, sans même s’en cacher vraiment !
Elle décide enfin de fuir ce foyer, elle préfère se retrouver seule, abandonner ce fils qu’elle ne comprend pas et qui ne l’aime pas, le mari, le pavillon qu’elle a décoré elle-même, elle laisse tout, ne demandera rien au moment du divorce. Elle embarque quelques effets personnels pour revenir chez ses parents, mais là, la relation entre eux n’est pas au top non plus. Elle finit par s’installer dans un studio, elle ne peut pas se permettre de prendre plus grand, son salaire de prof à mi-temps n’est pas suffisant. Il y a bien cette rencontre, Jean, une aventure trouvée sur un site de rencontre, qu’elle espère durable, mais qui finalement se révélera décevante, pas fait pour elle ! Jean finira par ressembler fortement à celui qu’elle vient de quitter. Elle finira par se lasser de Jean aussi, pour partir à l’étranger, mettre de la distance entre sa famille et elle !!
Laissera-t-elle sa dépression derrière elle ?!
Il vaut mieux commencer ce livre pleine d’optimisme face à la vie !! Sinon, on est sûr d’arriver à la fin de l’histoire, un tantinet dépressive ! – Brigitte Cheminant

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