Le détachement – Jérémy Sebbane

On grandira plus tard.

Le detachement

J’ai lu ce roman très rapidement, me laissant happer par les vies de Juliette et Maxime et j’ai trouvé l’approche originale.

Juliette rêve littéralement sa vie. Elle ne fait rien, ne travaille pas et attend « que la vie soit plus clémente ». Comme cela n’arrive jamais, elle rêve et y croit si fort qu’elle présentent ces rêves comme la réalité aux autres, principalement à son meilleur Maxime. Celui-ci n’est pas dupe, mais la laisse faire. Cela le distrait, sa vie à lui n’est pas simple. Juif, il voudrait faire plaisir à ses parents, épouser une fille juive et fonder une famille. Seulement, il préfère les garçons et a très peur de l’amour et de souffrir. Il travaille dans le monde de la politique, écrit les discours des ministres, mais est bien trop tendre pour ce monde-là et ne se sent pas heureux.

C’est une histoire assez simple finalement que propose Jérémy Sabbane mais qui fonctionne. Un portrait d’une génération désabusée, qui ne croit plus en la politique française (l’histoire se déroule sous le quinquennat de Hollande), qui s’abrutit dans des fêtes mondaines, qui préfère rêver sa vie plutôt que d’affronter la réalité. Et puis il y a une jolie réflexion sur que faire quand on entre pas de moule ? Que faire de notre différence ? La subir, l’assumer, la gommer, la nier ?
J’ai également trouvé intéressant de découvrir le monde des ministères de l’intérieur. L’auteur s’y connaît puisqu’il a lui-même été la plume de personnages politiques, dont Manuel Valls, avant de se lancer dans l’écriture.

« Pour ne plus avoir peur du passé, nous l’avions corrigé et pour ne pas craindre l’avenir, nous avions décidé de l’inventer« .
Une jolie découverte. – Marie-Anne Pittala
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Une grande surprise qu’a été ce roman pour moi.
Je ne m’attendais pas du tout à ce type d’histoire mais j’ai adoré.
Les personnages sont très bien décrits et on y croit. Le tout est vraiment agréable à lire. Le style est simple.
Les thèmes abordés au fil du livre sont d’actualité : la politique, la sexualité, l’érotomanie, le théâtre, les attentats.
Je suis subjuguée par l’audace de cet auteur de réunir tous ces sujets dans une même histoire, et ça tient la route !
La chute de l’histoire est terrible et on ne s’y attend pas du tout.
Il s’agit là d’une lecture troublante, névrotique… – Emilie Troussier
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Ça commençait plutôt bien : une héroïne mytho, et fière de l’être (ou tout au moins prompte à minimiser l’importance et l’impact de ses déformations de la vérité), un interlocuteur qui tel un poisson rouge au milieu d’un banc de requin, tente de se frayer un chemin dans les hautes sphères gouvernementales (alors qu’il n’a pas fait l’ENA!), dont l’instabilité n’a d’égale que la mouvance avec laquelle il recherche un compagnon. Ces deux-là étant fort sympathiques, on chemine volontiers avec eux en compatissant aux aléas de leur destin.
Et puis un mensonge, une ré-interprétation des faits, vient casser la fantaisie. La mythomanie devient érotomanie. Plus qu’un défaut attendrissant, cela devient une pathologie. Et tout l’art de l’auteur est de nous balader sas que l’on sache tout de suite où est la vérité.
C’est sur un drame, collectif et individuel que s’achève le récit. Et là on a plus envie de pleurer que de rire.
L’auteur sait manier la langue et manipuler son lecteur.
N’y a t-il pas cependant un trop grand contraste entre l’entrée en matière, légère et drôle et cette fin autrement grave? J’avoue avoir mis un peu de temps à comprendre l’évolution du discours, qui sur le moment m’a paru incohérent. Il aura fallu quelques jours de décantation pour que tout prenne sens.
J’en garderai un bon souvenir. – Chantal Yvenou
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Le roman est centré sur Juliette et Maxime, deux amis très proches, fusionnels, depuis l’enfance confidents l’un de l’autre de leurs amours déçus et de leurs rêves. Ils ont trente ans.
Maxime aime écrire, il erre entre la jungle du pouvoir, où il exerce la fonction de plume d’un politicien, et le marécage de la littérature et des acteurs, où il voudrait percer. Sa vie amoureuse est compliquée car il n’assume pas son homosexualité.
Juliette ne vit que par et pour l’amour d’un homme à peine rencontré et déjà mort.
Deux personnages à l’esprit imaginatif, deux âmes en errance qui peinent à trouver une existence dans la brutalité du monde réel, deux êtres immatures.
Où est le vrai, où est le faux, il faudra lire tout le livre pour le comprendre, en suivant le récit de l’un et de l’autre.
L’histoire du roman est donc intéressante, malheureusement j’ai trouvé factice la manière de la raconter. A aucun moment, je ne me suis attachée aux personnages, ils me semblaient artificiels. Ils parlent beaucoup, dans un style d’écriture très plat, un mélange de langue orale et écrite. L’identité sexuelle est au cœur du roman mais il y a très peu de sexualité. On frôle aussi la folie, sans que l’auteur ose y plonger complètement.
Je n’ai pas aimé la référence aux attentats parisiens, même si je suppose qu’ils ont été introduits en tant qu’élément de contexte de l’époque.
A mes yeux, le roman n’est pas abouti, peut-être que le sujet était un peu trop ambitieux. Ou trop vaste. – Adèle Binks
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Juliette et Maxime sont les meilleurs amis depuis l’enfance. Ils se connaissent par cœur. Maxime sait et compose donc avec la mythomanie de Juliette qui s’invente un monde auquel elle croit plus que tout.
Un soir, Juliette bascule un peu plus dans le fantasme de sa vie et Maxime refus de la suivre. Il se détache mais vit mal cette séparation.
Ils finiront donc pas se retrouver.
Difficile pour moi de mettre des mots sur cette histoire. Je pense avoir un ressenti très singulier quant à la chute de cette histoire qui prend un twist imprévisible à la toute fin.
Car pour moi, Maxime et Juliette ne font qu’un. Ils sont les deux faces d’une même personne.
Du moins c’est ma lecture et je ne pense pas être suivie pas beaucoup, j’aimerai pouvoir en discuter avec l’auteur.
Un moment plaisant en tout cas. – Emmanuelle Coutant
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Depuis toujours, Juliette aime raconter des histoires. Maxime, son seul confident, l’écoute et fait semblant de la croire. Bienveillant, il sait qu’elle a souffert. Mais tout bascule entre les deux amis lorsque Maxime, à qui Juliette a narré durant des semaines une relation passionnée avec un dénommé Raphaël, découvre que ce dernier est mort le soir de sa rencontre avec la jeune fille. Juliette qui refuse de vivre dans le réel préfère croire que tout le monde se ligue contre elle pour nier son histoire d’amour avec Raphaël. Elle devient une veuve imaginaire, s’invente la vie qu’elle aurait pu avoir avec le défunt et va à la rencontre des proches du jeune homme qui n’ont jamais entendu parler d’elle. Fatigué des mensonges de son amie, Maxime se détache d’elle. Et si la solution était d’inventer un autre monde moins décevant que celui dans lequel ils évoluent ?

Le détachement est un roman à deux voix qui met en scène une amitié inconditionnelle entre deux jeunes gens. Elle, mythomane, va se révéler érotomane au gré des pages. Lui, une plume, va accéder à son rêve, devenir conseiller politique et être confronté à la violence de ce milieu sans pitié pour le non-énarque qu’il est. Elle se rêve en veuve éplorée d’un homme disparu qui ne l’a jamais connue, lui se rêve auteur d’un comédien qu’il admire secrètement, se rêve amant d’un jeune homme alors même qu’il n’assume pas son homosexualité. L’un comme l’autre trouve refuge dans leur bulle, leur imaginaire, plutôt que d’affronter la réalité. Tous deux sont immatures, en ont parfaitement conscience et se disent qu’ils grandiront plus tard.

Je ne vais pas vous mentir, d’abord j’y ai cru. Puis très vite mon mental m’a déconnectée de la réalité. J’étais passionnée par l’histoire que Jérémy Sebbane me racontait, j’étais attachée à Juliette et Maxime au point de ne faire qu’une comme eux. Impossible de lâcher ce livre. Très vite j’étais déjà ailleurs, dans le cabinet d’une psy, d’un ministre… et puis subitement j’ai grandi. C’est donc complètement détachée que j’ai tourné la dernière page.

J’aurais aimé prolonger un peu la réalité, vous raconter des histoires… Bien que la plume de Jérémy Sebbane soit agréable, fluide, bien qu’il m’arrive parfois de tenter de rendre la vie plus jolie, bien que nous aurions pu nous aimer, je ne vais pas vous mentir, Le détachement ne m’a pas embarquée. – Fabienne Defosse

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« Depuis toujours, j’aime raconter des histoires. Pas mentir. Juste prolonger un peu la vérité. Tenter de rendre la vie plus jolie, plus supportable. (…) Le seul qui me comprend, c’est Maxime. Lui non plus, il n’aime pas le réel. Il le trouve décevant. »
Maxime et Juliette sont amis. Jeunes adultes, proches de la trentaine, évoluant comme ils peuvent dans notre monde qu’ils jugent, à raison ou non, là n’est pas tellement la question du roman, trop violent et contraignant. Maxime réussit malgré tout à s’inscrire socialement quand Juliette ne travaille pas, fuit les gens, un peu canard boiteux, à la marge. Les deux s’entretiennent et se soutiennent dans cette différence dont ils disent souffrir, cette sensibilité décalée qu’ils revendiquent aussi par moments.
L’auteur emploie le terme « adulescents » lors d’une soirée en début du roman. Il s’agit bien de cela, dans le refus de la réalité trop cruelle à affronter, ce ton toujours à la frontière de la moquerie, de l’insolence, de l’effronterie pour mettre à distance, et se complaire aussi parfois dans un déni protecteur. Prendre de haut le monde et ces autres si décevants pour ne surtout pas se remettre en cause, ne pas trop se bousculer même si l’un comme l’autre continuent de s’enfoncer dans la mièvre répétition de leurs peurs, lâchetés, empêchements et amours malheureux… Les arrangements respectifs et complices qui relient au début de Maxime et Juliette, vont au fur et à mesure les séparer car l’écart grossit et les manigances avec la Réalité des deux amis ne relèveront plus de la même mécanique consciente.
Étonnant le titre de ce roman quand tout tourne, selon moi, autour de l’attachement : le rêvé, espéré, naïf, exacerbé, obsessionnel, tordu, cruel, défensif, régressif, pulsionnel, fusionnel… .et j’en passe. Détachement en intitulé comme un appel, un nécessaire bouleversement à opérer pour s’équilibrer, s’ancrer à une place ? Se détacher des repères lesquels s’ils sont essentiels un temps, peuvent ne plus correspondre les années passant, les idéaux qu’il faut parfois revoir à la baisse, les ambitions à dégonfler pour se recentrer sur les élans plus humbles mais authentiques ? Le détachement dont je me peux m’empêcher d’entendre la tâche à faire disparaître, à blanchir, dissimuler quand sa noirceur créé trop d’embarras…
Je dois être honnête : j’ai eu du mal à adhérer à cette histoire, du mal à être touchée par les personnages et à être emportée par leur amitié. Les digressions permanentes pour servir leurs propos très auto-centrés sur la vie, propos souvent très en surface, refoulant systématiquement l’honnête introspection, survolant la vraie nature des problèmes au profit du rictus ou du souffle à provoquer avec un trait d’esprit, un humour grinçant, très parisien (microcosme affiché), m’ont un peu ennuyée. Les rôles secondaires restent ternes, dans une séduction facile, exagérément sûre d’elle, et ce narcisse décomplexé est vite irritant. La pudeur serait-elle en cause pour se protéger ? Je garde la question ouverte faute de l’avoir suffisamment ressentie à la lecture, au cours de laquelle j’aurais aimé plus de sincérité.
Il y aurait eu matière autour du mensonge et de la pathologie avérée de Juliette laquelle se convainc de vécus partagés, loin, loin d’un déni usuel, recours facile par le grand nombre. La tournure que prend le livre à cette révélation offre les meilleurs passages : Juliette est inquiétante et ses intrusions audacieuses, obstinées, dans l’existence d’une famille sont bien retranscrites. Les dialogues sonnent justes, le décor est campé et on sent monter la dangerosité de cette intrigante qui trouble jusqu’au lecteur, comme font vaciller ceux qui ne laissent aucune place au doute minimal, densité de la conviction fatale, claironnée, semble-t-il infaillible alors qu’irraisonnée, pierre angulaire d’une néo-réalité qui soutient toute la structure de la jeune femme.
Or nous revenons à Maxime et son épanchement ! Ce va et vient narratif entre les deux protagonistes essouffle selon moi le lecteur, comme un combat d’égos dont on se retrouve spectateur, encore et toujours eux… Quels étaient donc la trame et l’objet de ce roman ? Il aura bizarrement plus résonné en moi comme deux journaux intimes lesquels ne se répondent pas mais se montrent, noyant une intrigue pourtant bien écrite, rarement développée, laquelle monte en puissance dans un style fluide…en quelques pages abandonnée, au profit d’un égotisme un peu trop adolescent à mon goût.
La fin se voulait peut-être surprenante, inattendue. Le recours à un événement tragique devient prétexte à un drame inopiné et à un hommage à l’émotion un peu déplacée puisque rien ne rend honneur à Juliette, malgré l’intention annoncée. Juliette, une fois mise à nue, est presque cruellement délaissée dans la déception et le malaise décrits, sans autre élan ou main tendue sinon encore dans les non-dits d’une amitié de plus en plus factice. Ces derniers mots m’ont lestée d’une sensation désagréable : utilisation un brin facile des émotions nationales pour se faire valoir plus que pour mettre en lumière un autre ou un lien.
Le détachement est donc bien à l’œuvre…mais de quel attachement parlait-on et duquel fallait-il se défaire ? Bien sûr se devinent, entre les lignes défensives et complexées, les deux solitudes qui se raccrochent l’une à l’autre…. le délitement d’une affection vieille de la jeunesse partagée….or quel traitement en est-il fait ici ? Le détachement deviendrait posture ou étape simplement décrite ? Mes questions s’accumulent, preuves de ma grande perplexité. Avancer masqué, camoufler la tendresse derrière une ironie redondante, la tendresse dont on attrape au vol quelques échappées toujours rapidement recouvertes, balayées par les fumigènes de la dérision et de la fuite, tend à desservir l’histoire, à risquer de paraître futile et à créer de la distance avec le lecteur, à ne pas l’attacher en effet.
Cependant l’écriture de ce premier nous permet de découvrir un vrai talent pour le sens de la répartie, un ton incisif et sans doute un regard affuté et éclairé sur des univers impitoyables, regard dont j’aurais apprécié davantage l’observation poussée. – Karine Le Nagard
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Vivre sa vraie vie avec détachement, vivre ses rêves avec détachement. Maxime est un jeune homme, qui travaille dans le milieu politique, dont l’auteur apparemment connaît bien les coulisses. Désabusé sur la politique, sur les intrigues dans les cabinets ministériels, désabusé par sa vie personnelle (est il vraiment homosexuel, pourquoi être aussi déçu, désabusé, est ce l’air du temps de cette génération ??!!!). Juliette, son amie de toujours, vit dans ses rêves et y croit dur comme fer en ses aventures et entraîne les autres dans ses rêves, fantasmes. Des pages intéressantes sur l’air du temps, sur les trentenaires parisiens. Des pages touchantes sur la suite des attentats de Charlie et de novembre. Trois derniers chapitres avec un cruel retour à la réalité, de la vraie vie avec la soirée de novembre dans Paris et quand la violence anonyme fait prendre conscience de la réalité. Un petit bémol pour ce texte, par l’emploi de mots trop familiers (« maquer », « gerber », « nazes »), de la novlangue et quelques termes que je qualifierai vulgaires (« tu te fous de ma gueule », « tu pécho des gay.. »). L’auteur passe de Racine, Proust au langage familier, voire vulgaire. (découvert un terme « nithridatisé » = insensibilité, indifférence acquise par l’habitude, un mot qu j’ai découvert et grâce à mon dictionnaire préféré, j’ai découvert que c’était un terme proustien). Donc des bons moments mais aussi des moments qui m’ont sensiblement agacés.- Catherine Airaud
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Ce roman est écrit à deux voix. Il alterne lui (Maxime), elle (Juliette).
On suit nos deux héros dans leur vie de tous les jours. On vit leurs fantasmes, la difficulté de la vie réelle. Ce sont deux amis qui ne se quitte pratiquement pas et qui finiront par s’éloigner, puis ils se retrouveront.
Juliette se crée un monde imaginaire, ne cherche pas de travail et vit dans l’irréalité. Elle n’arrive pas à grandir.
Maxime, conseiller politique est déçu par son travail et ses amours.
Tous deux sont de grands enfants.
Ce roman mêle l’amour, l’amitié, la politique. Un livre agréable à lire. Le début est amusant et au fil du livre des sujets plus graves dont abordés jusqu’au dénouement final. – Hélène Grenier

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