Le corps d’après – Virginie Noar

C’est le début. L’absence de sensations. Les inquiétudes irrationnelles. La peur que, soudain, tout s’arrête. Alors, stupéfier les joies dans le sillon des lendemains incertains. Ne pas s’amouracher d’un tubercule en formation, c’est bien trop ridicule et puis, sait-on jamais, il pourrait. Mourir. Je me sens coupable. D’un bonheur qui ne vient pas. Je me sens coupable. Des larmes insensées alors que je devrais sourire. Et puis, ce matin-là, j’entends. Entre les quatre murs silencieux qui ne voient pas le désordre alentour, j’entends. Le balbutiement de son cœur.

Le corps d apres

Voilà un livre qui ne peut pas laisser indifférent, un livre qui bouscule et qui dérange.
Par la crudité des mots d’abord, par la remise en question du « que du bonheur » obligatoire après la naissance d’un enfant, par tout ce que l’auteure dit sur la sexualité . Toutes les idées reçues sont passées au laminoir dans une langue imagée et crue .
Virginie Noar ose tout .

Le Corps d’après, c’est celui de l’héroïne du livre, après l’accouchement du 1er enfant.
Je pense que beaucoup de femmes se reconnaîtront dans ce qu’elle dit du bouleversement que peut provoquer l’arrivée du premier bébé qui va faire d’elles la mère qu’elles ne sont pas encore : Le corps meurtri, dont elle se demande s’il redeviendra un jour comme avant (au début du livre, on est avec l’héroïne du roman, dans la salle de bain, juste après l’accouchement, dans le sang et la peur, une vraie scène primitive), la peur de ne pas savoir s’y prendre, la peur de ne pas arriver à être mère. Très fort aussi comme elle exprime sa panique devant ce bébé totalement dépendant d’elle, du pouvoir que cette dépendance lui donne sur lui, la peur de cette effrayante responsabilité aussi.
Tant il est vrai que la naissance de l’enfant signe la fin de l’insouciance.
Tout est dit aussi sans tabou de la perte de liberté qu’implique cette dépendance pour elle, et dans cet amour fou qu’elle sent monter en elle pour l’enfant.
Pour ne citer qu’un passage : sur la table de nuit, un petit comprimé blanc, blanc comme du lait . Si elle le prend, elle arrête la lactation, c’est le dilemme  » sein ou biberon  » qui se pose là de façon particulièrement imagée.
Ce livre est très riche, il aborde aussi le problème du bouleversement de la sexualité du couple après la naissance.
C’est un livre qui s’adresse à toutes les femmes – beaucoup je pense se reconnaîtront en elle – et aux hommes aussi .
Un livre aussi très personnel, la naissance de ce premier enfant fait revivre la petite fille qu’elle a été, et cette résurgence du passé nous permet de mieux comprendre encore les émotions que provoque la naissance de l’enfant.
En fait ce roman est celui d’un accouchement, oui , mais surtout celui de l’accouchement d’une femme à son vrai « moi « ,à ses désirs à elle, indépendamment de ce que la Société attend d’elle.
Juste une petite réserve personnelle, à la fin du livre, un passage que je trouve un peu exhibitionniste, je pense que le livre aurait gagné à être plus bref.
Peut-être aussi par moment un langage un peu trop sophistiqué …
mais ne boudons pas le plaisir d’être remué par ce premier roman qui, pour moi, est une réussite.
Une écriture très personnelle et beaucoup de culot, merci Virginie Noar. – Monique Poncet Montange

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Le corps d’après est le récit d’un enfantement, et d’une lutte. Contre les injonctions, le bonheur factice, le conformisme, les corps asservis. Au bout du chemin, pourtant, jaillit la vie. Celle qu’on s’invente pied à pied, coûte que coûte.

Un texte brut, cru sur la douleur d’être mère, femme, la peur, la dépossession de son corps par une société masculine remplie d’obligations et d’injonctions, sur la place de la femme dans cette société, la peur et la difficulté à inventer sa propre voie, à oser se faire confiance.

En parallèle à ce cheminement, la narratrice dont on ne connait pas le prénom livre des bribes de son enfance, une enfance difficile qui a conditionné la femme qu’elle est devenue, ainsi que sa sexualité.

Une écriture haletante, hachée, singulière, puissante, dérangeante pour un rapport au corps que j’ai personnellement trouvé surprenant…Des mots durs, brutaux, parfois même excessifs à mon goût et quelques (trop)rares moments de douceur …- Catherine Dufau

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Quel bel hommage à la Femme !

Je ne sais même pas par où commencer tellement ce roman-manifeste est dense. Surprenant aussi dans l’écriture, sa forme est originale.
J’ai pensé à un assemblage de mots (d’idées) qui rappelle le Slam . Ce fameux mouvement poétique très rythmé qui se passe aussi sur scène.
Déroutant aussi avec des bouts de mots, posés sur la ligne comme pour marquer l’importance de chaque item.

L’auteure travaille auprès de femmes et cela se ressent dans sa façon de les décrire, les sublimer surtout.
Moi-même en tant que maman, je n’ai pu que me remémorer ces instants où la vie prend forme dans notre utérus, où l’angoisse nous tenaille, mais aussi la peur, la joie, le doute. La similitude s’arrête là.
La narratrice (qui n’est pas nommée) est morcelée. Un peu comme dans un syndrome schizophrénique. Elle se définit avec plusieurs corps/fonctions (sexué, médical, transgénérationnelle vis à vis de sa mère…).
Cette narratrice est aussi en colère. Tout au long de sa vie, elle se rebelle.

Le ton est cru, sans filtres mais riche en émotions. Voire parfois trop, ça déborde. J’ai finalement eu peu d’empathie pour l’héroïne. Elle donne cette impression de parler au nom de toutes les femmes, cela donne donc une distance.

C’est presque un pamphlet, le féminisme qui parle à tous, surtout pour sortir de ses idées reçues.
Attention, le ton et intime et brusque, il faut savoir apprivoiser ce texte.
Sacré coup de poing – Catherine Quart Foisset

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La narratrice est une jeune femme à l’enfance compliquée. L’amour, le désir, la violence et les errances ont peuplé son adolescence. Aujourd’hui, l’idée de ce qui deviendra un enfant émerge avec le premier test de grossesse, premières émotions partagées avec le futur père… Mais ce qui importe n’est-il pas de savoir comment être mère, le devient-on, est-ce automatique, cet instinct maternel dont tout le monde nous bassine les oreilles, existe-t-il ? Et comment se déroule cette période hors du temps, d’un corps qui se transforme pour en abriter un autre, étranger et tellement proche.
Viennent alors les incertitudes, les angoisses, les questionnements, et si je ne savais pas, et comment va se transformer ce corps qui ne m’appartient presque plus. En parallèle, et en italique dans le roman, les souvenirs d’enfance, une enfance pas si facile ni si gaie que cela, à rechercher l’amour d’une mère.
Étonnant, violent, contestataire, Le corps d’après est un livre combat. Ce combat pour se réapproprier son corps, celui en mutation, qui en invente un autre, qui se dédouble, mais qui pendant des mois va appartenir aux obstétriciens qui l’auscultent, l’observent, le fouillent, le violentent contre ou malgré la volonté des femmes. Qui devra être conforme aux attentes d’une société moralisatrice et contraignante, parsemée d’interdits et d’obligations, et du côté du corps médical, de dictats et d’examens forcés, non expliqués, non acceptés mais fait comme si le consentement médical n’avait pas à être demandé.
Car comment lutter si l’on ne sait pas, si l’on n’ose pas, par méconnaissance souvent, par peur, par crainte de mal faire. La femme tente de protéger coûte que coûte cette intégrité qu’on lui refuse parfois, par habitude, lassitude, parce qu’on est le sachant. Face à ces violences gynécologiques qui semblent d’un autre temps, mais qui sont bien contemporaines, la narratrice ose dire non. Puis vient le temps de l’accouchement, ce plus beau jour de sa vie, qui se fait dans la douleur, l’incertitude, le silence et le mépris de ces sachant qui une fois encore n’expliquent pas, ne rassurent pas…
Donner la vie, une violence inconnue, inavouable, un bonheur aussi, celui de créer cet autre qui sort de soi… que l’on découvre peu à peu, auquel on doit s’attacher, mais aussi se détacher pour le laisser être lui. – Dominique Sudre
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Le corps d’après, d’après grossesse, d’après accouchement.

L’auteure zappe sur différentes périodes de sa vie, son accouchement, son enfance, sa période porno/internet, sa mère, ses rencontres, le père de son enfant…

Je ne sais que penser de ce livre. Le fait qu’elle parle au nom de toutes les femmes m’a gênée.

Même si son livre est puissant, aborde des problèmes concernant une grande majorité de femmes, j’aurais préféré qu’elle parle d’elle. On s’y serait reconnu ou pas.

C’est un livre qui pousse les femmes à se rebeller et c’est très bien, il y a des choses à changer dans le domaine gynécologique. Mais j’ai trouvé son livre très pessimiste. – Michèle Letellier

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Ce n’est pas un roman. C’est un témoignage, un manifeste, un cri déchirant, très personnel, dans lequel je me suis souvent reconnue. J’applaudis que Virginie Noar ait osé dire ce que j’avais enfoui au fond de ma mémoire en pensant avoir vécu quelque chose d’unique.
Elle relate ce qu’un accouchement peut avoir de tragique. Elle dénonce les diktats d’une médecine mécanique. Elle exprime bien entendu le désarroi (légitime) de l’accouchée débordée par les événements et qui au final devient une mère.
Ce n’est pas écrit à l’eau de rose. C’est poignant. Magnifique. Essentiel.
A mettre en parallèle avec les livres publiés par Martin Winckler. Ce médecin a écrit avec beaucoup de justesse sur ce sujet (et aussi sur le désarroi des médecins, et sur la fin de vie), notamment Le corps des femmes, chez P.O.L. et qui lui est un « vrai » roman. – Marie-Claire Poirier

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Forte et fragile, provocante et sensible la femme de ce livre se cherche, cherche à apprivoiser cette féminité tapie entre ses jambes ;

L’exposer, en jouir, la taire …être libre de la soumission consentie au désir, à l’homme, à l’enfant.

L’écriture est forte, hurlante parfois pour dire l’inacceptable subi, l’instrumentalisation des corps, la déshumanisation des soins, la machine et ses paramètres qui remplace l’homme et ses regards bienveillants.

L’auteure va au profond de l’intime, au cœur des ressentis doux ou violents pour dire le vrai, le vécu, le difficile, le pesant, le magique aussi, loin des clichés de la maman extatique son bébé dans les bras.

Une femme est tout cela : regardez-nous, écoutez-nous, aimez-nous si vous voulez mais surtout respectez nous …. – Christiane Arriudarré

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Un livre ambitieux par le thème et l’écriture, et qui navigue entre roman, témoignage et manifeste féministe.

Un livre que j’ai beaucoup aimé, bien que agaçant comme son héroïne, femme pleine de contradictions, de générosité, débordant de certitudes et d’hésitations.

Débordant, voilà le mot. Les émotions jaillissent à tout bout de page, l’héroïne est un être de passion, qui nous livre les bouillonnements à l’intérieur de son corps, de l’adolescence à la maternité.

Il s’agit d’une femme en construction, morcelée, une femme-caméléon, une femme qui ne connait pas les frontières de son corps. J’ai eu l’image d’une maison avec des portes battantes et des fenêtres entrebâillées, des volets qui claquent, des clés qui ouvrent et ferment des serrures.

Comment en est-elle arrivée là, l’auteure ne l’explicite pas, juste quelques références à sa mère. Quel parcours de vie peut mener à une telle incomplétude, voire schizophrénie ?

D’un chapitre à l’autre, avançant ou reculant dans le temps, j’ai découvert le corps pluriel de cette femme.

Il y a le corps sexué, le corps-plaisir, celui qui est ouvert à toutes et à tous, celui où tout est permis, y compris de jouer avec la douleur, corps parfois pathétique dans sa recherche de l’ivresse.

Le corps-objet médical, qui peine à s’entrebâiller, où les soignants entrent par effraction, avec lequel elle se sent impuissante, en colère, humiliée.

Le corps maternel, corps-girouette balloté, proie des  injonctions sociétales et des convictions intériorisées : la puissance physique du corps de la femme, capable de l’enfantement, capable de nourrir l’enfant.

Le corps-malade, outil pour se faire aimer de sa mère.

En quoi tous ces corps habités par la même femme sont-ils si différents ?

Oui, cette femme est complexe, comme tout être humain, et je peux me reconnaitre en elle, car qui n’a pas douté de son corps, que ce soit à l’adolescence (ou à la vieillesse), devant la maternité (ou la maladie), à propos de sa sexualité, féminine ou masculine. Toutes et tous nous traversons ces questionnements, en cela, ce livre pose des questions essentielles.

Là où ce livre m’est étranger, c’est quand l’héroïne généralise ses sentiments, ses opinions, à l’ensemble des femmes, quand elle dit « nous » au lieu de « je ».

Elle est persuadée s’être déconstruite par rapport à sa mère, à la société, et avoir accédé à la liberté d’être elle-même, mais je m’étonne qu’elle reste sujet de croyances comme l’instinct maternel  et qu’elle confonde autodétermination et individualisme.

Bref, j’ai beaucoup aimé ce livre ! – Dominique Aldeving

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Quel beau premier roman, hymne à la vie, l’envie, le désir. L’avant, l’après du couple, de la mère en devenir, de ce bébé en création devenu poupon glouton, indissociable de la mère créatrice, apeurée encore par ces premiers balbutiements, lents, à dupliquer pour y trouver un rythme naturel. Le corps d’après c’est tout ce qu’on ne dit pas sur l’enfantement à venir. C’est le désir fou, fort de deux amants devenus amoureux qui concrétisent un trois pour l’instant en stand by. Ce corps à corps flamme incandescente, ce désir indomptable, insoumis, libre. Ce sont ces injonctions médicales qui prennent le pas et imposent le dénuement de la femme objet. C’est la peur de devenir cette mère imparfaite et non née qui prendra chair et vie en même temps que l’enfant roi, lumière et guide. Et puis c’est cet après à reconstruire, du corps et du désir, du trois nouveau. Ce sont ces gestes à apprendre et cette fusion évidente à vivre. Et cette femme pleine, devenue autre, à accepter dans son désir complet. L’écriture est rapide,  hachée, belle et pleine, insoumise, imparfaite aussi parfois pour dire ces maladresses de mère détresse. Devenir mère n’est pas une évidence. Rester femme désirante non plus. C’est un indispensable à lire pour toutes celles et tous ceux qui croient à la liberté d’être et de devenir celle qu’on veut… « notre désobéissance est œuvre, notre insoumission nécessaire, notre corps le rempart d’une lutte obligée  » le fol amour qui dompte le corps, de jouissances absolues se transforme en cruautés nécessaires pour expulser l’amour, la vie. Et retrouver ce corps ardent, autrement. J’ai adoré, vous l’aurez compris. Lu dans le cadre des 68 premières  fois, merci les fées pour ces écrits libertaires et nécessaires, pour ces mots impacts. Quant à vous, Virginie Nvous avez donné aux femmes leur puissance méritée. – Alexandra Com

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Dans ce récit (pas toutafé un roman mais pas non plus un journal intime), la narratrice devient mère. Elle raconte son aventure, sa métamorphose et son enfantement, la sienne et celle de sa fille. Elle dit aussi la douloureuse expérience de naître, d’être et de vivre femme. « L’intolérable douleur de l’espèce. Femelle. » Elle dit les luttes menées et celles qui lui restent encore à vivre. Pas à pas, elle s’invente, se bat, avance et se révèle enfin. Cette narratrice est une femme qui nous ressemble un peu ou du moins, ses questionnements, ses errements, ses combats sont un peu les nôtres. Elle livre tout, sans ambages, dans une langue crue, libre. C’est le récit d’une transformation qui à la fois émeut, parfois dérange, toujours bouscule et questionne notre rapport au corps, à la sexualité, au plaisir, à la féminité, à la maternité, à la société (et à ses injonctions). C’est un premier roman que j’ai trouvé très fort, courageux. J’ai noté des tas de passages que j’ai épinglés tout partout chez moi. Des mots que je voudrais transmettre à ma fille, quand ce sera le temps de lui dire ce qu’est la féminité et comment vivre avec. Vraiment. Pleinement. S’y essayer du moins. Et d’en faire une force.
Ce récit est dédié : « Aux fillettes qu’on a prises pour des poupées en plastique qui ont fermé les yeux quand on les a couchées à terre et les ont rouverts quand elles se sont relevées ». Il se termine par ses mots : « Je sais nos corps comme une armée de petites filles en désordre, je sais nos corps valables. Indociles privilèges. Notre désobéissance est en œuvre. Notre insoumission nécessaire. Nos corps, le rempart d’une lutte obligée. » – Framboise Lavabo
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Hymne ou élégie à la féminité, à la maternité?
Ce récit, tant il est difficile d’y associer le mot roman, est une confession excrément intime de tout ce qui peut tourmenter l’esprit féminin, de la petite enfance, celle qui crée les les ancrages pour les souffrances futures jusqu’à l’âge adulte, lorsque la terrible étape de la maternité vient bouleverser encore ce qui semblait être établi sur des critères façonnés par l’entourage, la famille, la société.
Les questions sont ordinaires, et constituent le fond e commerce de toute une littérature censée comprendre et proposer des solutions, comme si elles existaient, ces solutions. Puis-je être mère? Qu’est ce que c’est être une bonne mère? Jusqu’à ce que l’urgence d’un petit être vagissant refoule ces interrogations pour laisser place à un instant maladroit et toujours culpabilisant.
La grossesse, avec son lot de modifications corporelles aussi étranges que l’évolution de l’enfance vers la puberté, la sensation d’être habitée, et surtout l’intrusion intempestive de mains étrangères à l’intérieur de son corps, pour d’autres raisons que le plaisir partagé, dans une volonté de bien-faire qui ne se pose plus les questions de l’accord de la patiente.
Point culminant de l’épreuve : l’accouchement. Décrit avec sensibilité et réalisme, cette douleur incomparable qui survient par vagues successives, annihilant tout raisonnement logique, avec la seule terreur de la vague suivante. Et puis les tissus meurtris, déchirés, qui sonnent le deuil du corps jouissant d’antan. Assortis d’une fatigue immense, hypnotisante, délétère. Et la naissance de l’angoisse permanente pour la survie de l’enfant.
A qui s’adresse un tel récit? Aux femmes, sans doute, pour faire ressurgir ce vécu plus ou moins lointain. Mais je serais curieuse de savoir ce qu’en pensent les hommes s’ils tentent l’aventure de se plonger dans cette lecture. – Chantal Yvenou
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On ne connaîtra pas le nom de la narratrice qui vit sa première grossesse avec les angoisses que cela génère, qui voit avec une sorte de terreur son corps se modifier. Mais on entendra sa voix tout au long du récit. Pour dire la violence ressentie face au mépris et à l’indifférence des médecins auxquels elle a eu affaire. Pour dire les douleurs physiques de l’accouchement, les douleurs morales,cette forme de dégoût d’elle-même et le traumatisme qui perdure ensuite. Pour dire l’angoisse de devenir mère. Qu’est-ce que devenir mère ? « Ce n’est que du bonheur. » entendra-t-elle à maintes reprises. Et pour elle, meurtrie dans sa chair ? Est-ce exister, être « convenable » aux yeux de tous ? Ce corps transformé par la grossesse et l’enfantement sera-t-il encore capable de désir ? Et comment sortir des angoisses liées à ce corps violenté, abusé, qui surgissent des réminiscences du passé ?
D’une écriture saccadée, crue, incisive, Virginie Noar dit avec beaucoup de réalisme tout ce que ressent la narratrice au fil de ses expériences et rend compte de sa difficulté à trouver un équilibre, à trouver sa place dans une société moralisatrice qui dicte le rôle qui doit être assigné aux femmes. Tout se révèle par rapport au corps. Corps réduit à une simple matrice, corps malade, corps éveillé aux désirs, à la sexualité, corps malmené, maltraité, vulnérable…
Il y a des points de réflexion très intéressants dans ce premier roman. On sent chez Virginie Noar la volonté et l’urgence de réveiller les consciences. Ce livre, qui n’est d’ailleurs pas vraiment un roman,ni vraiment un témoignage, sonne comme un combat à mener pour que les femmes puissent s’affranchir des tabous, des injonctions sociétales, se réapproprier leur corps, pouvoir être femme et être mère sans culpabiliser, en toute liberté.
Une lecture en demi-teinte pour moi . Je n’ai pas été totalement séduite par l’écriture, très brusque, et la construction narrative, parfois désordonnée. Vouloir relier l’intimité d’une seule femme à l’universel m’a semblé très ambitieux mais pas totalement abouti.
Il reste malgré cela un récit très fort et percutant, le récit d’une naissance et d’une renaissance qui questionne sur des points fondamentaux. On sent toute l’énergie et la sincérité que Virginie Noar a mis dans ce premier roman. C’est déjà beaucoup ! – Josyane Sydenier
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Certaines femmes disent que le jour de l’accouchement est le plus beau de leur vie… Je me demande à quoi ressemblent les autres jours de leur vie.” – Florence Foresti (on a les références qu’on peut !)
Donner la vie, c’est rendre la mort possible en même temps. C’est terrifiant et merveilleux.
Ce premier roman n’en est pas un. Le Corps d’après de Virginie Noar tient plus de l’essai, voire du manifeste dans ses dernières pages ou, plus sûrement, du témoignage de l’intime.
La narratrice anonyme – l’autrice, peut-être ? – rend compte par le menu – toute pudeur bue, et c’est libérateur – des modifications d’un corps, le sien, qui accueille son premier enfant. Un corps qui depuis le plus jeune âge a connu la maltraitance, le viol, la pornographie et qui, pas rancunier, lui a fait connaître en retour le plaisir.
Un corps multiple et complexe, à la fois possession et objet possédé.
La forme narrative choisie est intelligente, jouant l’alternance entre passé et présent, entre des souvenirs issus de l’enfance de la narratrice, ces “années gelées” faites d’un “mélange d’immense tristesse et de joie tendre, une sorte de confusion trouble entre désordres joyeux et misère sociale, coups, humiliation, force fraternelle, grandes folies, corps souffrants, heureuse nostalgie, hurlements, tête baissée, rires d’enfant” et l’évolution de sa grossesse, la préparation à la venue de cet enfant à naître, ce moment où “Il y a des problèmes. Il y a des problèmes partout dans le corps des femmes, surtout quand elles sont fécondées et mues par la mission de maintenir l’humanité en existence valable. Mais les experts en blouse blanche sont là pour les prévenir, les empêcher, les étouffer, tous ces problèmes.
L’écriture est crue, vraiment, pour dire la froideur du milieu médical, l’ignorance et la perplexité anesthésiée de la future mère qui laisse les autres jouer de son corps… à son corps défendant.
Une écriture sans filtre pour exposer les doutes, les interrogations, les craintes,
J’aime être enceinte. Je me sens pleine, épanouie, exaltée d’une féminité nouvelle. Mais quand tout sera fini, il sera l’heure d’une autre vie. Pas la mienne. La sienne, c’est tout.
la lutte contre les injonctions de la société “c’est que du bonheur”, puis l’accouchement, la douleur inapprivoisée parce qu’inapprivoisable au moment de mettre au monde un être à la fois étranger et tellement proche, un presque soi et pourtant autre.
Une écriture délétère qui révèle le corps meurtri, mais soulagé, alors que pointe déjà l’angoisse consubstantielle à toute naissance.
Je ne ressens rien, juste le soulagement d’en avoir fini avec cette guerre perdue d’avance. Je suis vidée, je suis douleur, je suis un corps amputé.
Ou encore
Puis-je redevenir un corps vierge d’enfant, revenir en arrière, changer d’avis ? […] il doit bien y avoir des solutions pour régler tous les problèmes des mères incapables.
Et le père, dans tout ça ? Incapable, lui aussi ? On n’en saura rien, ou si peu. Il est évacué en quelques lignes au hasard du récit, exilé dans la marge
Lui, à côté de nous, contemple dans le silence cet instant arrêté ; il est devenu un papa, et peut-être se dit-il « c’est elle, c’est ma fille », ou peut-être qu’il ne se dit rien parce qu’il est là, c’est tout.
et c’est à ce moment-là que je décroche.
Cette narratrice, en glissant du “je” au “nous”, semble vouloir parler au nom de toutes les femmes et, assez contradictoirement j’en conviens (mea culpa), au lieu de m’inclure, elle me met à distance :
Notre désobéissance est œuvre. Notre insoumission nécessaire. Notre corps, le rempart d’une lutte obligée.
La raison, si raison il y a, est à trouver éventuellement dans ma propre expérience. J’ai eu la chance que mes deux grossesses ne soient que du bonheur et je ne me reconnais nullement dans ce témoignage-là, dans ces revendications que je n’ai pas.
Alors, et c’est bien dommage, ce livre, de prime abord ambitieux et sincère, est devenu crispant ; autant j’aime le témoignage, autant je goûte moins le manifeste. – Christine Casempoure

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