Rencontre au Mans ou « Le making of des auteurs »

Même s’il s’agit de la troisième édition de ces rencontres depuis la création de l’association, pour nous c’est toujours une première fois. Les auteurs sont différents, les lecteurs aussi, en partie. Les souvenirs ravis des précédents événements sont encore dans les mémoires et placent la barre toujours plus haut. Alors ce samedi 6 octobre 2018, tout le monde a le trac, surtout depuis qu’une rumeur circule disant que le train de Paris transportant les auteurs ne serait pas arrivé au Mans… Fausse alerte, heureusement. Mais un sérieux retard qui oblige à démarrer la discussion sur les chapeaux de roues ; les auteurs sont connus des lecteurs, les pitchs des romans également. Ce qui nous intéresse, c’est le off. Les coulisses. Ce dont les auteurs ont moins l’occasion de parler car on les questionne rarement sur le sujet. La petite cuisine. Cet entre-deux pendant lequel un manuscrit-grenouille se transforme en livre-prince.

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De gauche à droite : Charlotte Milandri, Julie Estève (Simple), Jérôme Chantreau (Les enfants de ma mère), Amélie Cordonnier (Trancher), Bertille Dutheil (Le Fou de Hind), Guillaume Para (Ta vie ou la mienne) et Gabrielle Tuloup (La Nuit introuvable)

Comme l’an dernier, nous avons réuni des auteurs de premiers et de deuxièmes romans. Et découvert que la moitié des primo-romanciers présents à cette discussion étaient déjà en train de terminer leur prochain livre. Une fois lancés, on ne les arrête plus. Amélie Cordonnier, Gabrielle Tuloup et Guillaume Para ont en commun d’être journalistes et d’avoir voulu à tout prix écrire une véritable fiction pour s’éloigner de l’écriture factuelle qui est leur quotidien. Ils se sont donc interdit l’auto-fiction pour leur premier roman, comme pour se persuader qu’ils « pouvaient » écrire autre chose. Pourtant, en écoutant Guillaume Para raconter son parcours, ses recherches, on comprend aussi à quel point un auteur pioche sans cesse dans son vécu et ses propres expériences pour donner corps à ses personnages et à leur histoire. Gabrielle Tuloup explique avoir fait le choix d’un sujet universel – la mémoire – avec la volonté de traiter la question de façon poétique. Sa pratique du slam lui a été utile d’un  point de vue musical mais a pu aussi se révéler un faux ami dans son adaptation à une écriture au long cours. Amélie Cordonnier a mis un peu de temps à trouver sa voix avant que le « tu » ne s’impose et apporte la tonalité recherchée. Tous ont conscience d’aborder des sujets de société, forts et d’actualité mais ne s’estiment pas militants. Concernés, oui. Comme Bertille Dutheil et son choix de parler de l’immigration sans en faire son thème central, juste une toile de fond à l’histoire d’amour qu’elle voulait raconter.

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Du côté des récidivistes, le problème ne se pose plus. Jérôme Chantreau avoue que ce deuxième roman est en fait son premier ; ce qu’il s’était interdit – les éléments autobiographiques – est ici autorisé. Mais sous sa plume de romancier, lui seul en connaît les détails et la réalité. Quant à Julie Estève, ce qui l’intéresse, c’est la musique. Le langage. Et le personnage très fort qu’elle crée est là pour lui offrir le maximum de liberté pour ce travail de la langue.

La discussion s’est ensuite orientée sur le rôle de l’éditeur et son influence sur la transformation du manuscrit. Avec des moments très drôles lorsque certains auteurs nous ont dévoilé le contenu d’échanges plutôt cashs avec leur interlocuteur. Séquence passionnante pour mieux saisir le rôle de celle ou celui qui agit dans l’ombre, impulse, suggère, questionne, stimule jusqu’à ce que le résultat fasse l’unanimité des parties. Un travail d’équipe, éditeur, correcteur, qui vient compléter celui bien plus solitaire de l’écrivain, lui rappeler l’importance de la dramaturgie, de la tension, de la temporalité. Échanges passionnants qui permettent de mieux cerner la belle chaîne qui se met en place, de l’idée à la réalisation. Et que Jérôme Chantreau a très bien mis en valeur en déclarant : « Un bon éditeur est celui qui sait quel livre vous devez écrire ».

Les lecteurs ont ensuite pu échanger de façon plus individuelle avec les auteurs lors du déjeuner au cours duquel Pascal Manoukian nous a rejoints et bien sûr les retrouver dans les allées du salon au cours de l’après-midi, faire dédicacer leurs livres et repartir avec un sac un peu plus lourd qu’à l’arrivée.

Une journée qui a filé à toute vitesse, à la fin de laquelle nous n’avions plus qu’à nous dire : rendez-vous en décembre !

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