Sauver les meubles – Céline Zufferey

« Introduire de l’étrange pour faire éclater la norme. Créer autre chose c’est prendre le pouvoir, résister. Si on ne détourne pas, si on ne remet pas en question, tu te vois, toi, vivre une vie contrainte par les choses? ».  Un premier roman malin, qui pose un regard intelligent et acéré sur notre société, mais qui n’a pas manqué de déstabiliser certains lecteurs quand d’autres ont reçu le message 5 sur 5 !

Sauver les meubles 2

L’histoire d’un photographe qui voudrait capter la vie, la vraie, donner à voir ses délires, ses emportements, ses failles, ses excès.
Mais tout est factice, tout est sous contrôle, sous contrainte dans ses clichés de commande, le décor, les gens petits et grands, les dialogues le sexe.
L’écriture d’un photographe qui nous donne à voir avec talent et humour les scènes sous différents angles, l’envers du décor, le vernis, les craquelures.
Il y a des plans fixes, des zooms, des flashes, des prises en rafale, des travellings, des chats, des dialogues, des monologues, c’est le film de la vie, de ses conventions, de ses compromis, style alerte, percutant.
Quelle belle idée que la référence aux essais de résistance des matériaux, on entend les chocs qui mènent à l’usure, au renoncement.
L’auteur nous donne à voir, à sentir, le doux et le rugueux des relations familiales, professionnelles, amoureuses, maritales, sexuelles comme la couverture rêche dont on veut le couvrir, lui qui n’aspire qu’à sortir du cadre et voir son talent reconnu.
Un grand coup de cœur pour ce premier roman – Christiane Arriudarre

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« Un livre jubilatoire, caustique, désabusé, où les règles sont transgressées. Que ce soit en photographiant des salons ou des ébats sexuels, les corps sont là pour susciter le désir, le plaisir. Regarder la vie à travers un objectif met de la distance entre le réel et le photographe. Et toujours cette maudite solitude que la voix intérieure du narrateur met en relief. Un premier roman dont le ton m’a beaucoup plu. »… Et pour lire le billet entier de Colette, c’est par ici.

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Dans ‘Sauver les meubles’, c’est avec de l’humour et beaucoup de dérision que Céline Zufferey nous fait suivre le parcours de son narrateur, un photographe sans succès, contraint à faire de la photographie alimentaire pour le catalogue d’une grande compagnie de meubles bon marché. Ce narrateur s’accommode des compromis que lui imposent à la fois sa vie professionnelle et sa vie personnelle, bien éloignées de ses aspirations et désirs profonds. Mais la petite voix intérieure du narrateur, corrosive et décalée, l’accompagne en permanence ; elle commente et se superpose en permanence à sa vie, et l’amène à faire des choix inconciliables et à mener quasiment deux vies en parallèle. Dans le fond, le narrateur est profondément seul, parfois désespéré mais ce regard caustique qu’il porte sur sa vie et les situations permet d’évacuer le côté sombre et amène de la distance et beaucoup d’humour. Un livre original dans sa construction, rythmé et drôle.- Nathalie Ghinsberg

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Difficile pour moi de rédiger cette chronique. Je n’ai pas vraiment accroché. J’ai même eu du mal à aller jusqu’au bout. Je n’aime pas cela. Pourtant, le titre et les premières pages laissaient présager un bon moment de lecture. De plus, le sujet est très intéressant et me tient particulièrement à cœur : choisir la sécurité plutôt que la passion. Dure réflexion, dure décision! La narrateur est un homme. Photographe de profession. Mais attention photographe artistique déçu! Cet homme fait le choix de la sécurité financière (photographier des meubles mis en scène pour les catalogues publicitaires d’une grande enseigne) plutôt que sa passion pour la photo d’art. Mais il va très vite déchanter et se rendre à l’évidence que cette stabilité ne lui convient pas. Il a besoin d’autres choses. Alors, il se lance d’abord dans une pseudo relation amoureuse avec l’une de ses modèles puis dans le lancement d’un site pornographique « à prétentions esthétiques » avec l’un de ses collègues de travail. Mais y trouvera-t-il vraiment la reconnaissance et la satisfaction? L’écriture est jeune, fraîche, souvent crue. On se perd parfois un peu dans les dialogues entre paroles réelles, réflexions et paroles imaginaires. Mais Céline Zufferey a relevé un défi de taille : se mettre à la place d’un homme!- Claude-Emmanuelle Mentec

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« Sauver les meubles est, à mon sens, un bon premier roman.
D’abord, parce qu’il répond à un critère essentiel à mes yeux, et que vous connaissez bien : il est ancré dans l’époque actuelle, et en offre à la fois un témoignage et une lecture intéressants. » … et pour lire le très argumenté billet de Sara, c’est par ici.

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Ce qui frappe tout de suite le lecteur c’est le genre d’écriture mixant le récit, les échanges souvent abscons souvent plus proches du monologue sur Internet relayés comme les projections mais avant tout la solitude morale du personnage. Jamais vous ne regarderez un catalogue d’une grande marque de meubles de la même manière…. Récit d’un monde aussi pitoyable qu’aseptisé que celui,qu à des seules fins alimentaires, notre narrateur rejoint pour essayer d’utiliser le seul domaine où il pense exceller ; celui de la photo et qui jusque là ne lui apporte que des déceptions.
Cynisme quant à une sa vie bien plate et tournée sur des t’ chats plutôt pornos, sans vraiment de vie sociale, avec un père dont il faut payer les soins, avant de rencontrer Nathalie et d’emménager ensemble, le tout animé par les rencontres et les séances photos bien ternes au cœur de sa boîte dont les relations entre les employés sonnent si fausses. Si le monde du site porno va lui amener , un temps, Visions d’un monde peu reluisant. Attaque en règle d’une société d’ultra moderne solitudes et cela marche.
Une belle découverte. – Olivier Bihl
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Lorsque l’on est une jeune primo-romancière, oser un roman aussi déjanté que « Sauver les meubles » est culotté, pour cela, je tire mon chapeau à Caroline Zufferey. Pour le reste, comment dire ? J’ai eu un problème. Je n’ai pas totalement adhéré à cette histoire. Tout avait pourtant bien commencé, j’ai trouvé la première partie du livre drôle avec un brin de causticité dans la description de la fabrication d’un catalogue de meubles. J’ai trouvé le héros de l’histoire sympa et attendrissant dans son désir de s’accrocher à ce boulot sans intérêt. Il lui fallait bien vivre, payer son studio et la maison de retraite de son père, alors, à défaut de photos d’art, il se contente de photographier des meubles bas de gamme, qu’importe le cadrage, le sujet, les couleurs : « Plus de sentiment, plus d’implication. Du fade et du vide, tant mieux ». Dans la seconde partie du roman, notre homme change de cap professionnel et se retrouve impliqué dans la création d’un site porno et c’est là que tout a basculé pour moi, même si j’ai souri parfois, les scènes de sexe particulièrement détaillées m’ont rapidement agacées au point de rendre ma lecture laborieuse. Je reconnais à l’auteure une plume agréable, vive, caustique, mais, cela ne m’a pas suffi. – Isabelle Purally
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« Bref vous avez compris que « Sauver les meubles » n’est pas du tout le livre bien rangé et bien soigné que l’on pourrait croire. Il est au contraire, une sacrée étude sur nos comportements, un regard sociologique sur nos envies quotidiennes, sur ces produits marketés que l’on nous vend comme de le poudre aux yeux, comme nos rêves qui se rangent dans nos souvenirs, tiroirs bien huilés pour ne pas faire trop de bruit quand on les ouvre (de peur de surprendre quelques fantômes qui reviendraient). »… et pour lire le long et passionné billet de Sabine, c’est par ici.
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Dans le monde de la communication, les apparences prennent souvent le pas sur la réalité. D’où l’émergence de communicants chargés de mettre en valeur des personnes, des idées, des objets. Les discours deviennent alors le plus lisse possible de peur de heurter qui que ce soit, les valeurs sont aseptisées et les objets sont «contextualisés», pour utiliser le jargon employé dans ces cabinets-conseil et agences de publicité. Car depuis des années, on vend la promesse de belles soirées entre amis plutôt qu’une table de jardin ou un barbecue, un paradis pour enfants plutôt qu’un lit et une armoire.
Céline Zufferey a choisi de nous montrer l’envers du décor, d’explorer les coulisses de la création du catalogue de l’un des plus grands marchands de meubles. Elle met en scène un photographe qui ne peut vivre de son art, «obligé de passer de l’autre côté pour payer mon studio et la maison de retraite de mon père, dans le camp de la photo fonctionnelle.» et se voit contraint d’accepter cet emploi au sein du département chargé du catalogue, pièce-maîtresse du plan marketing de l’enseigne. Après avoir fait connaissance de «l’équipe formidable» qui l’entoure, le voici à pied d’œuvre. En plein été, voici venu le moment du catalogue de fin d’année: « L’œil dans le viseur, l’illusion est parfaite, impressionnante: je suis dans le salon d’un chalet, ce chalet se trouve à la montagne, entouré de sapins immenses et de neige épaisse. Je sentirais presque la chaleur des flammes dans la cheminée si j’arrivais à oublier le rugissement de la machine qui crache des flocons. Je me rappelle les photos placardées sur les bus : des plans larges, bien droits, mettre en avant le produit, valoriser le tapis à poil court, trouver le meilleur profil de la table à cent trente-neuf euros. Je cherche le cadrage qui réveillera chez le badaud la fibre du consommateur. » Si le narrateur est frustré, il se plie pourtant aux règles et va même trouver en Nathalie, l’un des modèles chargés de vendre l’illusion, une alliée. De quoi agrémenter un quotidien très normé.
Parmi les autres employés, Christophe s’ennuie également. Mais a une idée qui pourra leur permettre de se distraire, tout en se faisant un peu d’argent: monter un site pornographique. Rendez-vous est pris avec des acteurs professionnels et très vite les photos du narrateur rencontrent leur public. Vient alors le moment où il faut expliquer à Nathalie la nature de ce second job. Mais de peur de la heurter, notre narrateur va préférer taire ses activités.
Reste l’intuition féminine ou plutôt la perception d’un changement de comportement. Quelque chose se détraque dans ce beau monde aussi artificiel que parfait. Par petites touches, en juxtaposant le travail du catalogue avec celui du studio X, l’auteur nous ouvre les yeux sur la brutale réalité: les règles qui président l’un sont les mêmes qui régissent l’autre univers. On ment, on embellit, on trompe son monde.
Jusqu’à se tromper soi-même?
Un premier roman sans concessions et qui démontre déjà un joli sens du rythme. On y sent la phrase travaillée et le souci constant de ne pas se perdre en fioritures. C’est plutôt réussi! – Henri-Charles Dahlem
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Et encore d’autres avis à découvrir directement sur les blogs des lecteurs : Claire, Carole, Nicole, Héliéna, Geneviève,
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