La voix de Cabo – Catherine Baldisseri

Il souffle comme un vent d’aventure sur les 68 premières fois avec ce roman aux inspirations franchement sud-américaines… Paysages grandioses, pêche aux phoques, isolement d’un gardien de phare ; dépaysement assuré pour les lecteurs. Alors ? Verdict ?

La voix de Cabo

Après la lecture de ce roman souffle comme un vent de liberté et de révolution.
L’histoire se passe en Uruguay, entre les années 1950 et 1970. Teresa Monti, quitte la capitale et l’avenir doré que lui promettait la gestion de la brasserie familiale. Elle part vivre au bout du monde à Cabo Polonio, village de quelques cabanes abritant des pêcheurs et le phare, dans lequel son mari travaille. Elle décide d’instruire les quelques enfants vivant là, dans l’étroite cuisine du phare. Viendront s’assoir sur les bancs de la classe Miguel, Sandro, Raimondo ou encore Machado, jeune chasseur de loups de mer. Teresa mettra au monde un petit garçon. Quelques années plus tard, une nuit, tout bascule pour elle et sa famille. Personne ne s’y attend. Et ce sont les vies de tous les personnages qui prendront une autre direction.
Le récit se déroule alors autour de l’espoir que Machado tiendra la promesse faite à Teresa. Le roman, divisé en trois parties, débute donc dans un paysage et un climat difficilement supportable, ceux de Cabo Polonio. La vie y est rude. La navigation impossible sans l’aiguillage du phare. Les scènes des massacres des loups de mer difficilement acceptables pour les novices et les lecteurs hypersensibles comme moi. Seul rayon de soleil parmi cette vie abrupte, Teresa et ses leçons. Les deux autres parties se situent davantage dans la capitale, Montevideo, dans une ambiance luxueuse et pimpante. La campagne uruguayenne et le mouvement révolutionnaire des Tupamaros viennent contraster la vie dorée de Teresa. J’ai personnellement préféré me plonger dans la rudesse de la première partie que dans la vie bourgeoise ou révolutionnaire des deux autres.
Les personnages apparaissent tous au début du roman comme des rebelles, des rustres, coupés du mondes, parfois illettrés. Au fil des pages ils dévoilent une sensibilité ainsi que de grandes qualités et valeurs.
La métaphore du phare est présente tout au long du récit. L’institutrice éclairant les lanternes de ses élèves, la promesse que lui fait Machado lorsqu’elle quittera Cabo et qui la maintient en vie, Stephen l’américain lui redonnant goût à la vie des années plus tard.
Le style est direct, les phrases sans fioritures mais très incisives ce qui confère à l’œuvre une réelle entité malgré une certaine brièveté. Je regrette que l’auteure n’ait pas développé davantage certains passages rendant de ce fait, à mon goût, le roman un peu court, réduit, parfois pas assez fourni.
La Voix de Cabo est un petit roman laconique et brillant, qui a tout d’un grand et j’attends avec impatience de pouvoir lire le deuxième roman de Catherine Baldisseri tant son écriture simple mais incisive m’a plu, tant elle m’a transporté vers un ailleurs rude mais empreint de liberté et de philosophie. « Je n’ai retenu qu’une chose, Teresa. L’homme doit dépasser ses limites les unes après les autres. C’est comme ça qu’il peut devenir maître de son existence, prononça-t-il d’une traite.» – Laetitia Zunino
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Quel dépaysement ce voyage en Uruguay sur fond de révolution ! Quels beaux passages sur la mer, le vent, l’isolement du phare. Quelles émotions avec ces personnages attachants, notamment Teresa, la maîtresse du phare qui apprend aux enfants à lire, à aimer la littérature… et puis le drame, les mots sont bouleversants, l’écriture sensible, le désespoir tellement justement évoqué. Mais ce n’est pas fini, restent des pages magnifiques sur les libertés, les promesses, les luttes des révolutionnaires… J’ai beaucoup aimé ce court premier roman. – Anne-Christine Busnel
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Teresa sera la honte de sa famille : elle a quitté Montevideo (Uruguay) où on lui promettait un futur de confort avec un mari bien choisi pour les beaux yeux de Damaso, le gardien du phare de Cabo. A terre, les hommes chassent les loups de mer, ces cétacés dont on mange la chair et dont la peau, surtout celle des bébés, est très prisée. Javelot, balles, dynamite, tout est bon pour que la chasse soit bonne, et il suffit de serrer l’estomac et les lèvres pour ne pas vomir à la vue du carnage. Dans la cuisine du phare, Teresa fait la classe aux enfants tandis que Damaso protège les bateaux du naufrage grâce à ses messages en morse. Il en a sauvé des vies mais pas celle de son propre petit garçon, décédé une nuit de tempête sans soins médicaux, le phare était inaccessible. Alors Teresa vomit sa rage et son désespoir et Damaso, d’un saut fatal dans l’océan, abandonne son phare pour toujours. La vie va reprendre ailleurs pour Teresa, à Montevideo, une autre vie. De son côté, Machado, l’un de ses grands élèves à qui elle a appris à lire et à écrire lutte pour sa vie, entre carnages de loups de mer et compagnons d’infortune. Et il intègre le groupe des révolutionnaires, les Tupamaros et sa vie devient lutte et danger, camaraderie et fuite devant les policiers qui les traquent.
La mer, la liberté, la responsabilité envers les autres, l’amour fort qui ne résiste pas au désespoir, la solitude, les sentiments purs et doux, rageurs et vénéneux : un arc-en-ciel d’émotions et de moments de vie dans une langue vive et belle qui restitue l’âpreté de la vie dans les conditions extrêmes. Un bon roman, plein de sensibilité et qui propose un total dépaysement. – Evelyne Grandigneaux
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Une histoire sud-américaine dans l’Uruguay des années 1970, un portrait de femme sur fond de nature hostile et de guérilla lors de la révolte des Tupamaros et du mouvement de libération nationale qui a marqué le pays. Cabo, c’est d’abord un lieu, Cabo Polonio, un tout petit village côtier, perdu au milieu des dunes… Aujourd’hui, c’est un endroit touristique, une station balnéaire au milieu d’un parc naturel. À l’époque où se situe le roman, il y a surtout un phare, un gardien de phare, sa jeune épouse et leur petit garçon. C’est un peu « le bout du monde », tant c’est isolé, loin de toute civilisation, à quelques trois cents kilomètres de la capitale.
Teresa est issue d’une famille d’immigrés italiens qui s’est enrichie sur trois générations en exploitant des brasseries à la mode à Montevideo ; jeune fille insatisfaite et éprise d’aventure, elle a coupé court à un avenir tout tracé dans les affaires familiales et suivi l’homme mystérieux dont elle est tombée amoureuse jusque dans ce hameau isolé où on pratique la chasse intensive aux loups de mers.
À Cabo Polonio, entre un mari peu présent, totalement investi de père en fils dans la mission d’éviter les naufrages, et l’isolement, Teresa trouve une occupation et donne un sens à sa vie en prenant en charge l’instruction des enfants et leur fait la classe dans la cuisine du phare ; elle devient ainsi une passeuse de savoir. Quand Machado, un étrange adolescent analphabète, chasseur de loups, avide d’apprendre entre deux saisons de chasse (du printemps à l’automne), arrive dans sa classe, elle s’intéresse particulièrement à lui et l’encourage doublement à progresser. Malgré les grands bouleversements de la vie, une promesse va lier Teresa à Machado aux delà des épreuves et des séparations.
La question du lieu reste centrale dans le roman, même quand le récit intercale les chapitres entre Montevideo où revient Teresa et Cabo Polonio où reste d’abord Machado : le jeune homme n’oublie pas celle qui lui a ouvert les possibles de l’instruction et Teresa espère que Machado fera ce qu’elle lui a demandé lors de leurs adieux.Le contraste entre les mondanités de la capitale et le village perdu donne force à l’intrigue ; les tribulations des Tupamaros que Machado a rejoints accentuent les différences entre les villes et les zones rurales du pays. Par son engagement, la jeune femme avait su donner vie au phare ; devenue pour toujours la voix de Cabo, elle se fait allégorie de la culture, de la conscience populaire de ce lieu reculé alors qu’à Montevideo, elle dirige une brasserie ou afflue une clientèle raffinée et cosmopolite.
Les personnages sont travaillés, mais forcément stylisés, vu la brièveté du roman : ils dégagent donc une vision d’excès, révèlent des tempéraments entiers, sans concession, sans atténuations, sans nuances. Leurs comportements, leurs réactions et leurs attitudes vont de pair avec la violence et la dureté des éléments naturels : l’océan et ses tempêtes, le vent mordant, les nappes de brouillard… Au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, c’est la violence de la répression policière qui prend le relais de la nature hostile. La cour assidue de Stephen auprès de Teresa paraît bien frivole et toute en représentation face à ces dures réalités. Les oppositions sont tranchées ; les deux mondes sont aux antipodes l’un de l’autre, seulement réunis par les évènements historiques. La Voix de Cabo est ma cinquième lecture pour les 68 premières Fois et je croyais bien tenir là mon premier coup de cœur… Je suis un peu déçue cependant, je reste sur ma faim…
Ce n’est pas la première fois que je m’étonne, voire déplore le format court des romans de cette rentrée littéraire. Ici, la trame esquissée supporterait bien des développements : l’histoire de Dario et Chela, les parents de Teresa ou encore l’inconscience de son frère Domingo, amateur de luxe et de vie facile, auraient gagné à être plus détaillées ; de même la lignée des gardiens du phare aurait mérité une plus longue évocation… Naturellement, Machado, surnommé « le colosse de Cabo », personnage brossé à trop grands traits, nécessitait selon moi plus de profondeur entre son passé misérable, sa grande intelligence, sa prise de conscience politique et son indéfectible lien avec Teresa. Prise dans ma lecture, j’avais besoin d’en savoir plus aussi sur les hommes qui l’ont suivi « dans sa marche sur les pas d’Artigas », le leader révolutionnaire ou encore sur ceux qui l’ont aidé… Que dire enfin de la révolte des Tupamaros, trop rapidement traitée ?
À côté de ce manque, je salue les descriptions des scènes de chasse aux loups de mers, très réalistes dans leur crudité et leur violence, dont la signification profonde peut prendre sens si on les compare aux scènes de tortures et de massacres des révoltés politiques. Bien sûr, j’ai aussi apprécié la symbolique du phare qui porte le flambeau de la connaissance, de la lutte pour la survie, du lieu de ralliement, de la solidarité, d’une forme de rayonnement…
Sensible à l’intertextualité, j’ai retrouvé avec bonheur le rôle joué par Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach dans l’apprentissage de Machado : la lecture laborieuse de ce livre culte illustre à merveille une quête d’absolu, une recherche de soi-même à travers une transgression sans que l’auteur aie besoin de beaucoup la détailler, le goéland portant en lui tout un univers métaphorique et allégorique déjà connu de la plupart des lecteurs (enfin, je l’espère car ils passeront alors à côté de passages significatifs, ce livre n’étant pas explicitement cité). Je me suis sentie tout de suite embarquée par ce livre, par une écriture qui me rappelle l’univers des romans d’Isabel Allende ou de Luis Sepúlveda ou encore l’influence de Gabriel García Márquez (les amours de Teresa avec le beau télégraphiste me font penser à celles des parents de l’auteur colombien). La Voix de Cabo dépayse, fait voyager, met en lumière un pan d’histoire peu connu des lecteurs français, mais mon horizon d’attente s’est heurté à un format trop court, à une trame narrative pas assez développée… Dommage !  – Aline Raynaud

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Beaucoup d’ingrédients sont réunis pour faire de La Voix de Cabo un grand premier roman. Des personnages puissants qui nous embarquent, un pays envoûtant, des décors campés, une atmosphère tantôt guerrière, tantôt solaire, des scènes aux images très percutantes, fortes et violentes qui s’inscrivent sans gratuité, une symbolique, un onirisme, un déroulé narratif cohérent, une fiction inédite…avec un phare majestueux autour desquels gravitent ces hommes et femmes dans le tragique et l’espoir de l’existence. Et là une syntaxe brouillonne, un phrasé parfois alambiqué, des tournures lourdes, lesquelles semblent être employées pour accélérer le récit, nous confondent un peu, beaucoup. Comme si on avait demandé à l’auteur de synthétiser ou réduire, écourter son roman alors même que tout mériterait d’y être développé. J’aurais aimé qu’on s’alanguisse sur chacun des personnages, des principaux aux plus secondaires, car tous y ont leurs places. Or c’est une histoire empêchée qui empêche à son tour le lecteur, une histoire frustrée qui enlise et précipite parfois son écriture et qui contraint dès lors la rencontre et l’imprégnation progressive de cette contrée, de ses mystères … Alors je me console car indéniablement ce premier est une très belle promesse littéraire pour nous conter des voyages, des terres et des hommes, des amours, des drames et des héroïsmes singuliers. – Karine Le Nagard

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Tout destinait Teresa à succéder à son père à la tête de la brasserie familiale après un passage dans une école hôtelière coûteuse, mais c’était sans compter sur le caractère bien trempé de la jeune fille. Angela aime la vie, les garçons, les baisers, les mains audacieuses glissées sous sa jupe et le plaisir ressenti. Lorsque Damaso croise sa route, la jeune femme n’hésite pas et le suit sur un bout de terre balayée par des vents furieux et les courants de l’Atlantique. Quelques cabanes de pêcheurs et une poignée d’hommes rompus aux intempéries.Très rapidement Teresa prend ses marques et tandis que son mari, à la fois gardien du phare de Cabo et télégraphiste vaque à ses occupations, elle s’improvise maîtresse d’école bien décidée à éduquer les enfants de la communauté. J’ai adoré ce court roman dans cette première partie. Les paysages sont parfaitement décrits. On sent presque le vent et les vagues de l’océan déchaîné se fracasser sur le phare les jours de tempêtes. J’ai aimé le regard ébahi et émerveillé des écoliers devant leur maîtresse. J’ai cru tenir « un coup de cœur ». Seulement voilà, lorsque le roman avec la vie de Teresa change de cap, l’histoire perd de mon point de vue une partie de son intérêt.En nous immergeant dans le monde des Tupamaros à la suite de Machado, ancien élève de Teresa, l’auteur ne fait que survoler la réalité et les motivations de ce mouvement révolutionnaire. J’aurais aimé en savoir plus. Un autre gros bémol à ma lecture, j’ai trouvé que la psychologie des personnages manquait de consistance. Je resterai très attentive au prochain roman de Catherine Baldisseri tant je reste convaincue, qu’elle a un talent certain, des idées et une écriture particulièrement élégante. Il suffit qu’elle ose aller plus loin avec ses personnages, quitte à les malmener, car cette fois-ci j’ai eu l’impression qu’elle les bridait de peur d’aller trop loin. – Isabelle Purally

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Teresa, au destin tout tracé par son père, quitte par amour la brasserie familiale de Montévidéo, pour s’installer dans le phare de Cabo Polonio. Elle crée une école dans sa cuisine, lui accordant ainsi la joie et la reconnaissance de ses jeunes élèves, et notamment de Machado qui a choisi de s’instruire ente deux périodes de chasse aux loups de mer. Teresa perçoit en lui une capacité évidente de réflexion et d’envie d’apprendre. Confrontée à un drame qu’elle ne peut assumer en restant à Cabo Polonio, elle repart à Montevideo pour prendre en main  l’établissement que son père avait toujours souhaité lui voir gérer. Elle fait promettre à Machado de venir étudier à Montevideo, lui assurant de financer ses études.  Choix dont il s’éloignera  complètement en décidant de rejoindre les Tupameros dans leur mouvement révolutionnaire.
Servi pas une belle écriture, j’ai perçu dans ce roman, l’atmosphère un peu particulière des livres de Gabriel Garcia Marquez et d’Isabelle Allende. On y retrouve d’ailleurs un peu l’âme de Clara qui communique avec les esprits dans « La maison aux esprits », dans le personnage de Teresa qui lutte contre ses fantômes.
Autant j’ai aimé la première partie qui nous projette au cœur des personnages et de l’état d’esprit des principaux acteurs de ce récit, autant j’ai eu l’impression de déboucher ensuite dans une histoire qui n’était pas la leur.
Je n’ai pas compris ce revirement brutal de Machado, qui m’a désintéressé du récit, tout comme l’arrivée du personnage de Stephen et sa relation un peu farfelue avec Teresa, le tout ayant cassé, pour moi, l’esprit de ce récit.
Je guetterais le prochain livre de Catherine Baldisserri, dont la qualité de l’écriture m’a enchantée. – Katie
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Lire également d’autres avis sur les blogs des lecteurs : « Un agréable moment de lecture » pour Sara, « Un roman dépaysant mais qui manque de profondeur » pour Amandine, même constat pour Geneviève, et pour Delphine.

 

Une réflexion sur “La voix de Cabo – Catherine Baldisseri

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