4èmes rencontres du Mans : derrière les histoires…

Les années passent, la curiosité reste. Celle de découvrir de nouvelles plumes et, plus encore, celle d’entrer un peu dans les coulisses, de regarder derrière les histoires, d’avoir un accès privilégié pour tenter d’approcher le secret de la création. Mais l’approcher seulement, car son mystère fait tout le sel d’une vie de lecteur. Alors, pour la quatrième année consécutive, en marge de La 25ème heure, le salon du livre du Mans, un public attentif s’est installé ce samedi 12 octobre 2019 au dernier étage du Café des Jacobins, tout sourire et tout ouïe, prêt à recevoir sa toute petite part de magie.

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De gauche à droite : Nicole Grundlinger, Lola Nicolle (Après la fête / Les escales), Sofia Aouine (Rhapsodie des oubliés / La Martinière), Alexandra Koszelyk (A crier dans les ruines / Aux forges de Vulcain), Jeremy Sebbane (Le détachement / Sable polaire), Alexandra Alévêque (Les autres fleurs font ce qu’elles peuvent / Sable polaire), Beata Umubyeyi Mairesse (Tous tes enfants dispersés / Autrement)

Parmi les six auteurs présents, seul Jeremy Sebbane est un récidiviste même si certaines ont déjà publié d’autres textes, de la poésie pour Lola Nicolle et Beata Umubyeyi Mairesse, un récit et des scénarii pour Alexandra Alévêque. Tous ont, dans leurs romans des mots très forts relatifs aux écrits et à leur pouvoir alors on a voulu en savoir plus et aller à la source. Tenter de savoir d’où leur vient l’envie d’écrire ce roman, de quelle partie du corps elle jaillit. Beata nous a confié ce besoin de créer un lien entre le passé et l’avenir avec ce roman sur la transmission qui constitue une virgule entre ici et là-bas (le Rwanda), entre hier et demain. Il lui a fallu trouver des mots baume pour soulever le couvercle du chagrin, travailler sur la langue pour dire le génocide. Alexandra Alévêque sollicite tout son corps pour écrire, une activité qu’elle trouve extrêmement physique, y compris la contrainte de s’assoir. Pour Jeremy, tout ça vient du ventre, des tripes. Il avoue mettre sa douleur et ses espoirs sur le papier même s’il prend un réel plaisir à créer et raconter des histoires. Pour Sofia, l’écriture vient des fantômes, de l’espace fantomatique de l’exil, des racines et du silence. Elle explique avoir vécu ce livre comme une nouvelle enfance, avec l’envie de crier à nouveau. Chez Lola Nicolle, tout passe par le regard, l’observation qui permet de retenir les choses pour tenter ensuite de les comprendre. Et son envie de creuser le rapport à l’avenir spécifique des nouvelles générations. Enfin, Alexandra Koszelyk a longtemps tourné autour de l’écriture, il a fallu que les thématiques qui la hantent arrivent à maturation et qu’elle s’autorise à se poser et à laisser sortir.

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Des difficultés particulières ? Pas vraiment en ce qui concerne Beata pour qui l’écriture n’est que plaisir, le seul souci étant de voler du temps à la vie pour pouvoir le satisfaire. Et d’être prête. D’avoir d’abord pris le temps d’aller bien. Jeremy et Alexandra Koszelyk ont eu des doutes lorsqu’il leur a fallu se glisser dans la peau de personnages d’un autre genre que le leur. Alexandra Alévêque avoue une difficulté formelle dans la construction du roman avec cette double temporalité. Même souci pour Lola, habituée à la poésie et qui doit ici trouver une nouvelle mécanique. Mais il est surtout très intéressant de les écouter tous sur le rapport à l’intime. Sofia s’est attachée à ne pas confondre écriture et psychanalyse, effort surhumain puisqu’elle avoue que sa vie et son ADN figurent à chaque page. Jeremy évoque une tendance à l’auto-censure quand on s’approche de l’autofiction, équilibre délicat à trouver pour ne pas casser la transmission des émotions. Même désarroi pour Lola qui se retrouve face à l’utilisation du « je » pour un personnage qu’elle ne rend pas follement sympathique. Alexandra Koszelyk a apprécié la mise à distance que lui a naturellement procuré le temps de l’écriture tandis que Alexandra Alévêque dont le roman est autobiographique a dû trouver un point d’appui – en l’occurrence la quête d’un objet pour résilience – pour pouvoir opérer cette mise à distance.

Reste à trouver un éditeur. Et nous avons sur le plateau un échantillon d’environ toutes les situations qui peuvent se présenter. Sofia Aouine a été contactée par son éditeur actuel suite à sa participation à une émission de radio ; elle n’avait encore rien écrit, n’était d’ailleurs pas bien sûre d’écrire un jour. Pour Alexandra Koszelyk ce fut plus classique, l’envoi à plusieurs éditeurs, des retours encourageants mais qui n’allaient pas dans le sens du texte auquel elle tenait. Et puis les mots de celui qui allait s’avérer être le bon, en pleine osmose avec ses intentions et son projet littéraire. Beata avait envie d’une maison d’édition qui prenne le sens « maison » au pied de la lettre, se sentir chez elle, bien entourée. Son éditeur actuel lui a été conseillé par une amie et ça a matché tout de suite. Jeremy a multiplié les envois, les mails de relance, les appels… c’est finalement un éditeur qui n’avait pas du tout aimé son premier roman qui a dit banco. Alexandra Alévêque connaissait celui qui lui a dit OK sur une simple idée. Pour Lola, éditrice, la démarche n’était pas forcément plus facile. Comment ne pas s’interroger sur sa légitimité ou sur les raisons qui vont pousser un autre éditeur à vous publier ? Un peu comme une riche héritière qui ne sait jamais si elle est aimée pour elle ou pour son argent.

A présent, les livres vivent, rencontrent leurs lecteurs. Il y a le plaisir des retours, facilités par les réseaux sociaux. La surprise de découvrir des lecteurs plus jeunes qu’on ne le pensait (Jeremy), ou au contraire d’âges plus variés (Lola, à laquelle on répète tellement que son roman est générationnel), les contacts renoués avec des anciens élèves ou de la famille éloignée (Alexandra Koszelyk), l’émotion de certains retours (Alexandra Alévêque), le bonheur de faire entrer un petit « bled » du Rwanda dans l’univers de milliers de lecteurs (Beata)… Et puis, comme le dit si bien Sofia : « ça tord le cœur de joie ! »

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On aurait pu discuter encore longtemps, profiter de la belle osmose entre les six auteurs présents, mais le temps était compté. Les échanges se sont faits plus informels autour d’un déjeuner, l’occasion d’une dédicace avant que les romanciers ne repartent prendre place sur leurs stands dans l’enceinte du salon.

On n’a plus qu’une envie : retrouver tout le monde et bien d’autres encore au mois de décembre !

 

 

 

 

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