Suiza – Bénédicte Belpois

“Vos deux faiblesses mises ensemble, ça fait quelque chose de solide, une petite paire d’inséparables. C’est pas souvent, mais des fois, quand tu mélanges bien deux malheurs, ça monte en crème de bonheur

Suiza

Énorme coup de cœur.
Tomás a la quarantaine. Veuf d’un premier mariage, il est également un paysan reconnu des terres galiciennes. Il est rustre, colérique, violent. Et il a un cancer des poumons. La vie ne l’a pas épargné.
Suiza a quitté son orphelinat suisse pour aller voir la mer. Elle part seule, avec son air niais mais sa peau laiteuse, ses seins sublimes, son visage d’enfant et sa sensualité qui attirent tant d’hommes. La vie ne l’a pas épargnée.
Suiza travaille alors dans le bar d’Alvaro. Quand Tomás croise son regard, la pulsion est irréfrénable. Désir. Vol. Possession. L’action est bestiale.
Mais Suiza ne semble pas être la frêle captive qu’il s’attendait à avoir. Elle s’accommode de sa vie, de ses désirs, apprend la langue, la peinture. Fait de son taudis un nid douillet qui sent bon. Lui devient fou d’amour pour elle, découvre la tendresse.

« Il y a des gens qui naissent pour souffrir, Tomás, et d’autres pour qui la vie est du miel. La souffrance te fait ce que tu es, comme un arbuste de la sierra, poussé de travers à cause du vent trop fort. Mais en ton coeur tu es droit, tout le monde le sait. Tu as trouvé cette Suiza, c’est ta chance, elle aussi est une figue de Barbarie pleine d’épines au cœur sucré et doux. Les manques lui ont donné une fragilité d’oeuf, alors qu’ils t’ont donné une carapace de tortue. »

Ce livre est absolument dingue. L’écriture est tantôt masculine, violente, populaire. Puis délicate, poétique, magnifique. Benedicte Belpois nous amène là où elle veut, et on se laisse complètement embarquer dans ce roman sans se douter de ce qu’il va se passer, page après page. Éblouissant. – Marine Bongiovani

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Suiza, voici un premier roman qui ne peut laisser indifférent… L’auteur, Bénédicte Belpois, est sage-femme, apprend-on sur la quatrième de couverture. Quel petit bijou littéraire vient-elle de mettre au monde !
L’écriture est fluide et sans fioriture, précise, presque aride, à l’image du paysage de Galice qu’on découvre au fil des pages. À l’image aussi de Tomás, le narrateur, brute épaisse qui s’enferme dans le labeur pour oublier la rudesse d’une existence où la légèreté et la joie n’ont pas réussi à faire leur chemin. « La dureté était devenue plus vive, nous étions comme des pierres, surprises par une gelée d’hiver. Le plus frappant était qu’habitués à nous priver (…) nous étions devenus économes jusque dans nos sentiments, nos rapports aux autres. (…) Nous ne savions plus faire avec la douceur. (…) Sans nous rendre méchants, la pauvreté nous rendait avares de sentiments ». Et puis apparaît Suiza, petite oie blanche jugée sans cervelle, innocente, incompréhensible car étrangère, spontanée, et tellement sensuelle…
C’est l’histoire de leur amour éphémère, de l’amour d’un ogre atteint d’un cancer pour une princesse ingénue. C’est brutal, c’est parfois révoltant et parfois c’est doux, c’est souvent drôle (cynique ?) et juste, c’est tantôt cruel, tantôt émouvant, c’est beau. Comme la vie.  – Adèle Glazewski
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Mes lectures se suivent et ne se ressemblent pas. Deux premiers romans… très différents. Je viens de refermer celui de Bénédicte Belpois, « Suiza » et je reste là, émue, sonnée, remuée, bouleversée.
J’ai trouvé ce roman remarquable.
Remarquable par la qualité de l’écriture tantôt âpre, saccadée, nerveuse comme le désir de Tomàs, tantôt douce, fluide, calme, tranquille comme l’amour qui s’installe et la sérénité de Suiza. Une belle écriture sensuelle, bestiale et en même temps parfaitement dominée.
Remarquable, aussi, par le talent de l’auteure à se glisser dans la peau d’un homme qu’elle choisit pour narrateur. Ce « JE » masculin écrit par une femme empêche toute velléité de crier au machisme.
Remarquable, encore, par les personnages tous attachants. De Tomàs à Suiza, en passant par Ramon l’aide de camp, le père de substitution, Lope, jeune employé « différent », homosexuel à l’allure de prince, doté d’une sensibilité extrême, véritable seigneur, Agustina, à la fois prostituée et mère elle aussi de substitution qui prend Suiza sous son aile et même Alvaro le tenancier du bar. Ils possèdent ce petit quelque chose, ces fêlures, ces fragilités qui les rendent touchants, captivants, émouvants.
Remarquable, toujours, par le choix du décor : La Galice, Santiago, son Cap Finisterre, son soleil, sa pluie, la mer et les gaïtas. La Galice, « ma » Bretagne espagnole magnifiquement décrite dans les détails de sa diversité.
Remarquable, également, par l’intérêt de l’intrigue. Cette histoire qui passe petit à petit de la violence du désir à un amour profond, à une délicatesse des gestes, à un besoin d’entourer, de comprendre, de choyer. Chacun des deux protagonistes donne ce qu’il a en lui, Suiza, ses compétences de femme au foyer qui fait rutiler la maison, nourrit et décore, qui peint ce qu’elle voit et surtout ressent et Tomàs la douceur à laquelle il s’éveille petit à petit. Sous la houlette de Lope.
Remarquable, enfin, par le dénouement dont je ne vous dirai rien. – Geneviève Munier
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Suiza est une jeune femme qui débarque un jour dans le décor d’un village espagnol, traitant avec elle une lourde charge de souffrance passée. Jugée idiote, ses origines françaises créant un écran d’incompréhension réciproque avec le cafetier qui l’héberge, et ne se limite pas à lui fournir vivre et couvert : l’exploitation d’une jolie femme sous-entend des services en nature qui déclencherait la hargne des réseaux sociaux féministe (à juste titre).
Le jour où le narrateur croise son regard, les jeux sont faits. C’est une déflagration soudaine, une passion animale, instinctive, totale, qui s’exprime dans une grande violence que vient contrebalancer la force de cet amour. Eros règne en maître, alors que Thanatos rode. Histoire d’amour et de mort, intemporelle, universelle.
C’est superbement écrit, avec une plume dense, réaliste et imprégnée de la passion qui unit les deux personnages. On aime aussi la clairvoyance des femmes qui interviennent avec délicatesse, comme des directeurs de conscience, écoutées et respectées.
C’est le contraste entre la violence exprimée et dite, et la subtilité des messages délivrés qui fait de ce roman un écrit hors norme. S’il existe des indices permettant d’identifier l’auteur sur le plan du genre, c’est ici impossible.
Sans la révéler, j’ai détesté la fin. – Chantal Yvenou
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Certains romans ont l’art de me faire détester l’histoire lue. Puis par une alchimie qui se dévoile, une construction habile et directe, la lecture devient une curiosité voire un plaisir laissant une empreinte dans laquelle se fond une écriture, une maitrise des sens et des émotions. Il n’y a nul sentiment dans Suiza de Bénédicte Belpois. Au contraire tout est aspérité, sensualité renversante, charnelle, grave. Une banale histoire d’amour. Mais l’amour est-il banal ?
Il y a dans l’écriture de Benédicte Delpois cette lente construction de la délicatesse, des cœurs abimés par la vie, solitaire qui dans un éclat de sensualité se trouvent, se retrouvent dans la tendresse des caresses, de la vie. Nul pathos ou douleur, juste la mesure du mot, de la rugosité. Sans fioriture, direct, comme ses longs paysages désertiques espagnols, qui cachent au détour de la Sierra, des montagnes verdoyantes, luxueuses où les plages de sable fin se heurtent aux premiers monts et rochers pyrénéens. Brulant et sec, fertile et langoureux. Et pourtant, là où on pourrait s’attendre à un énième roman d’amour, l’auteur nous oblige à requalifier notre regard, à poser nos mains sur des existences qui basculent, se heurtent à la vie, dans la légèreté et le désespoir des causes jamais acquises.
J’avoue avoir sauté quelques pages, y avoir laissé quelques mots partir, n’avoir pas su entendre toute l’histoire. Mais il me reste ce quelque chose qui me fait dire que Bénédicte Belpois est une auteure à part entière, que son écriture n’est pas qu’une simple écriture mais qu’elle est arrivée à construire un roman où le charnel parle, où les sentiments se dévoilent, dans l’intensité des silences et de la beauté humaine. De réelles qualités. – Sabine Faulmeyer
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En commençant ce roman j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, que je trouvais un peu longue et je ne voyais pas où cela nous mènerait.
Mais que dire de la beauté de l’écriture de l’autrice, de sa justesse dans la description des sentiments, dans la description de la part intime des personnages. Ce qui m’a fait tenir et qui m’a conquis c’est cette écriture, cette écriture qui fait que l’on s’attache à ce couple qui peut paraitre désaccordé mais qui va si bien ensemble.
C’est un roman qui pourrait paraitre « simple » car il décrit la vie d’un petit village de la campagne espagnole mais c’est tellement plus que cela. On se laisse embraser par la passion de Tomas, par la simplicité douce de Suiza, par l’osmose entre ces deux personnages. Mais aussi par les « personnages secondaires » si justes et touchants. Ramon, Lope, Josefina, Francesa, tous ont eu une vie difficile et complexe, tous ont des côtés sombres mais tous s’entraident et nous font voir la beauté de la vie.
Vrai moment de poésie, roman d’une incroyable justesse, juste merci. – Ana Pires
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Avec une voix singulière qui nous fait vibrer aux premières notes et nous touche en plein cœur, Bénédicte Belpois nous raconte une histoire d’amour hors norme. Celle qui se découvre d’abord par les corps mais qui ensuite atteint avec force deux âmes meurtries par la vie et qui n’ont jusque lors pas connu l’amour. Elle conte avec justesse et réalisme la rencontre d’un paysan machiste qui ne connaît rien aux femmes et à l’amour, et une fille perdue, considérée comme une idiote, mais qui surtout ne comprend pas l’espagnol. Des personnages forts, qui prennent, tour à tour, la parole pour nous faire part de leurs sentiments, des gestes et des échanges entre Tomás et Suiza d’abord maladroits mais qui s’ajustent, des scènes d’amour charnelles, sensuelles, brutales et sans filtre, une nature omniprésente qui nous plonge sans transition dans un village typique espagnol. Bénédicte Belpois a une voix sensible, fabuleuse, juste, qui nous transporte avec délice dans un récit que l’on ne veut plus lâcher.

Un premier roman très réussi qui nous dévoile le talent inouï de Bénédicte Belpois !

Un coup de cœur immense pour ce roman sublime !  – Lilia Tak Tak

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Ce roman est une vraie réussite sans une seule fausse note du début à la fin. En évoquant dès les premières phrases un fait divers suggérant une fin dramatique à cette histoire, l’auteure fait preuve d’habilité car tout au long de ma lecture j’ai imaginé de multiples issues à ce récit qui est tout sauf une banale histoire d’amour à l’eau de rose. La fin, à laquelle je ne m’attendais pas du tout, est très réussie. Cette histoire où la maladie reste juste en toile de fond, évoquée sans aucun pathos et avec beaucoup de pudeur, dissèque l’évolution de la relation entre Tomas et Suiza qui, basée au départ sur un désir charnel pratiquement bestial, va joliment aboutir sur un véritable amour. Bénédicte Belpois met en scène quelques personnages qui gravitent autour de Tomas et Suiza, tous plus attendrissants les uns que les autres, certains sont hauts en couleurs comme Agustina, la nourrice qui a élevé Tomas, qui derrière son franc parler et son caractère bourru a un cœur énorme. Il y aussi Ramon et Lope les ouvriers agricoles, Josefina et Francesa la française qui va apprendre l’espagnol à Suiza. Tous ont, comme Tomas et Suiza, un passé douloureux. Chaque mot mis dans la bouche des personnages, chaque dialogue sont d’une incroyable justesse. Suiza est bouleversante dans son innocence, sa naïveté, sa gentillesse et son regard émerveillé sur ce qui l’entoure. Tomas est également bouleversant dans son sursaut de vie et dans l’évolution de son caractère au fur et à mesure que ses sentiments pour Suiza changent. L’analyse psychologique de chacun des personnages est très fine. Un premier roman d’une sensibilité et d’une délicatesse infinies qu’il m’a été impossible de lâcher, une histoire forte dont j’ai ralenti la lecture vers la fin par crainte du dénouement.  – Joëlle Guinard
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J’ai littéralement dévoré ma 12e lecture dans le cadre des 68premieresfois ! La plume de Bénédicte Belplois m’a totalement envoûtée, quelle puissance pour un 1er roman !

Dans un petit village de Galice en Espagne, souffrant de la crise économique et où beaucoup vivent sous le seuil de la pauvreté, arrive une jeune fille venue d’on ne sait où (peut-être de Suisse d’où son surnom “Suiza”) qui attire irrémédiablement Tomás. Ce presque quarantenaire, veuf depuis 16 ans, sent le désir monter en lui, à ne plus pouvoir se contrôler. La fille est étrangère et ne parle donc pas un mot d’espagnol et semble simplette. Tomás est agriculteur, plutôt riche, mais seul et malade. Il va l’emmener chez lui et tout va changer.

L’écriture est très crue sans être vulgaire, beaucoup de gros mots et de scènes de sexe, mais terriblement addictive. Le couple formé par Tomás et Suiza m’a beaucoup touché. « C’est pas souvent, mais des fois, quand tu mélanges bien deux malheurs, ça monte en crème de bonheur ». Les passages où l’on évoque la Suisse m’ont bien fait sourire, on est volontairement dans le cliché et c’est délicieux.
On se retrouve dans une ambiance de village espagnol, où les hommes se retrouvent au bistrot et les femmes à l’église. Dépaysement assuré !

C’est pour moi un très bon 1er roman et un coup de cœur ! C’est cru mais beau, violent mais tendre. – Marie Anne Pittala
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« Suiza » c’est le prénom qu’ont donné les habitants d’un petit village de Galice à cette très jeune femme apparue un jour dans le café d’Alvaro. Ses cheveux blonds très fins, sa peau laiteuse, ses grands yeux bleus, son silence ont vite fait de susciter les désirs masculins. Lorsque Tomas la voit pour la première fois, il subit lui aussi cette pulsion incontrôlable qui l’entraîne vers des fantasmes impérieux de prise de pouvoir physique, de viol, de violence. Il nous raconte, Tomas, et il se raconte dans une langue charnelle, crue, nerveuse où les mots semblent rouler comme cailloux dévalant une colline, dans l’urgence de dire, d’expliquer peut-être, parce que « personne ne sait vraiment l’histoire » et qu’on pressent qu’elle va mal se terminer.
Mais qu’y a-t-il à expliquer de la fulgurance d’un coup de foudre ? Double foudroiement, d’ailleurs : le premier quand il apprend qu’un cancer lui ronge les poumons et le second, presque simultané, quand il rencontre Suiza. Il possède les mots, pourtant, Tomas, même s’il les garde enfermés, prisonniers d’une gangue de grossièreté. Il a fait des études d’agronomie à la « grande ville ». Il n’est pas ce paysan fruste et primaire qu’il veut paraître. Ramon et Agostina le savent bien, qui le connaissent depuis l’enfance et se sont substitués à ses parents. Suiza, elle, ne maîtrise aucun vocabulaire. D’abord parce qu’elle ne parle pas espagnol et puis, même en français, sa langue natale, les mots lui sont toujours approximatifs. Lorsqu’elle prend la parole à son tour, elle a beaucoup de mal à nommer les choses, les sentiments, les abstractions. Son langage a la fraîcheur et l’innocence de celui d’un enfant. A cause de cela, au village, on la dit idiote et on s’étonne un peu lorsque Tomas l’installe chez lui.
Lorsqu’elle arrive à la ferme de ce riche veuf d’une quarantaine d’années, Suiza commence par laver les vitres de la maison pour laisser entrer la lumière. Belle métaphore de ce qu’elle opère aussi dans la vie de Tomas que ce grand ménage où l’on se débarrasse des traces de la vie passée, de la vie cassée. La présence de Suiza, pour Tomas, c’est ce grand éclat ensoleillé qui pénètre dans son existence grise de poussières. En retour, il offre à sa compagne la lumière des mots, qu’elle apprend peu à peu. Commencée par l’union des corps, des peaux et des sens, leur histoire s’achemine vers un attachement plus complet, plus profond dans cet éveil mutuel qu’ils se donnent. Réveil de la sensibilité chez Tomas et de la confiance chez Suiza.
L’écriture rend compte de cette éclosion qui passe par le corps, par chaque sens. La rugosité brutale, charnelle, du début laisse place peu à peu à une forme d’apaisement. Les phrases s’allongent, se poétisent, se centrent davantage sur les émotions, comme si Tomas parvenait à se réconcilier avec sa sensibilité, à faire se rejoindre corps et sentiments. Banale histoire d’amour ? Que non pas ! D’abord parce que construction narrative et écriture en exacerbent le romanesque. Ensuite, parce que cette lecture nous fait vaciller en nous posant question : amour ou volonté de possession ? amour ou assujettissement ? Suiza et Tomas représentent deux figures fortement marquées : l’une par sa soumission à la volonté masculine ; l’autre par sa personnalité de mâle dominant. Et le dénouement n’est pas là pour nous aider à trancher…
Mais quoi qu’il en soit, j’ai été emportée par les voix de ce roman, par l’humanité généreuse et tremblante de tous les personnages, par cette narration tumultueuse qui m’a hypnotisée jusqu’aux dernières lignes. Un roman qui restera bien ancré dans ma mémoire ! – Sophie Gauthier
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Son de cloche dissonant à l’ensemble des louanges sur ce livre
Sans-doute suis-je une « puriste du féminisme » de la vieille école mais je ne comprends pas qu’une auteure puisse, en 2019, mettre dans la bouche du violeur d’une femme qu’elle décrit comme une handicapée mentale ce genre de phrase: « Je ne l’ai pas violé, elle s’est juste laissé faire » (p.44). Avait-elle le choix?
p.55 : «C’est quand même un truc de bonne femme le ménage».
p.57 : «Les femmes intelligentes à part te casser les couilles….. »
p.167 «Le mariage équivalait à un titre de propriété, elle n’était plus une bête errante sans foyer, elle avait un maître plutôt teigneux et la propriété avait ici une valeur divine…. »
Et j’en passe ! Et tout cela sans que j’y perçoive le moindre humour.
Quant à la fin…. Là encore la pauvre Suiza n’a pas eu le choix. Pour ma part je n’ai pas vu transparaître dans ce récit de véritable amour seulement une ode à la sensualité et au droit pour tous au plaisir charnel.
Je me suis forcée à lire ce roman jusqu’au bout pour comprendre ce qui avait plu à la majorité mais je n’ai vraiment, vraiment, pas adhéré. – Françoise Floride-Gentil
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Une femme simple. D’aucuns la disent bête. Mais rayonnante de gentillesse et d’humanité. Et belle, avec ça ! Du genre qui aimante le regard des hommes au premier coup d’œil. D’ailleurs Tomas la désire immédiatement. Une pulsion animale. Violente. Irrépressible.
Elle est étrangère, paumée. C’est un paysan rude, taiseux, attaché à sa terre plus qu’aux hommes. Il vient d’apprendre qu’il est malade. Atteint d’un cancer, sans espoir de rémission.

Ces deux-là vont unir leurs douleurs dans un amour inespéré et incandescent. Ne parlant pas la même langue, c’est exclusivement à travers l’expression de leurs corps – et de leurs regards – qu’ils vont apprendre à se connaître et à se comprendre.
Dit comme ça, on aurait envie de filer en courant : ça pourrait être nunuche… et ça ne l’est pas.
A quoi tient que l’on plonge dans ce récit sans pouvoir le lâcher ?
A son écriture, âpre, directe, sans fioriture. A ses personnages, rugueux mais généreux et justes, comme la terre sèche et brûlante de ce coin d’Espagne où Bénédicte Belpois a choisi de situer son roman. Elle ne s’attarde pas, Bénédicte. Elle dit l’essentiel des sentiments, ce qui se joue dans un geste, dans un regard. Et puis elle distille ça et là un peu d’humour. Oh, rien de pesant ni de déplacé ! Juste une remarque que l’on peut faire – que l’on peut se faire – et qui suffit parfois à faire basculer l’existence de la gravité dans le détachement : la légèreté que l’on peut choisir, histoire ne pas sombrer dans le désespoir.
Bénédicte Belpois signe un premier roman d’une remarquable intensité, créant des personnages entiers, sincères, sans arrière-pensée, sans duplicité, simplement humains. Et ça fait du bien. – Delphine Depras
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Dans un village de Galice, Tomas, un paysan veuf de 40 ans atteint d’un cancer, va être violemment attiré par Suiza, une jeune fille paumée et fragile tout juste débarquée.
Voilà un roman qui m’a interrogée sur mon rapport à la lecture. Il faut dire que le narrateur de cette histoire est loin d’être sympathique. Un type qui, dès le début du livre, sous le joug d’une pulsion sexuelle incontrôlable, va commettre un crime odieux sur cette jeune fille « à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même ». On imagine… Bref ça commençait bien mal.
MAIS, au fil des pages de cette histoire aux accents de tragédie grecque ou biblique, la démarche de l’auteure apparait : il s’agira de parler de rédemption. Un Homme peut-il racheter ses fautes, même les plus terribles ? Un Homme peut-il être ramené au bien ? A-t-il le droit au pardon ? Qu’est-ce qui nous fait devenir meilleur ? La peur de la mort, la force de l’amour ? C’est donc dans ce cheminement moral que le lecteur va, au fil des pages, accompagner Tomas, jusqu’à l’expiation…
Finalement, j’ai aimé ce 1er roman, dérangeant, très bien écrit, aux personnages secondaires attachants et finement ciselés qui parle aussi de différence et beaucoup d’amour. Suiza, en incarnation de l’ange rédempteur (c’est ainsi que je l’ai perçue) est un personnage complexe et intéressant qui évoluera elle aussi au fil des pages.« Je ne sais pas ce qu’elle possède qui nous rend tous à moitié cinglés. Je vois bien qu’elle est différente des autres, qu’elle donne l’impression d’être un peu idiote et que ce n’est pas seulement à cause de la barrière de la langue…elle a ça en elle, qui la rend un peu simple, une petite pâquerette dans un champ de roses. Au début ça me faisait peur. Maintenant, de m’occuper d’elle, ça me soigne de mon vide, je ne pense plus à ma propre misère. Je me sens fort à côté de sa faiblesse ».- Laurence Simao
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La tranquillité d’un village de Galice est perturbée par l’arrivée d’une jeune femme à la sensualité renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence même. Comme tous les hommes qui la croisent, Tomás est immédiatement fou d’elle. Ce qui n’est au départ qu’un simple désir charnel va se transformer peu à peu en véritable amour.
Les habitants pensent que la jeune femme vient de Suisse alors ils l’ont surnommée Suiza. J’ai peu envie de raconter, d’analyser longuement ce livre, qui est un premier roman, de traquer les quelques incohérences (d’accord il y en a).
Il est selon moi parfait en ce sens que Bénédicte Belpois m’a fait voyager dans une région que je ne connaissais pas et surtout qu’elle m’a fait partager la rencontre de deux êtres qui vont connaitre un amour fou qui m’impose le respect.
On ne va pas disséquer la recette d’un chef 4 ****. On sait qu’on ne dégustera jamais pareil ailleurs ; on savoure et on se tait.
J’ai aimé cette histoire du début à la fin, oui, même la fin, dont par chance je ne savais rien avant de commencer la lecture, mais que j’avais devinée dans les dernières pages et qui ne m’a pas mise en colère. Parce que je suis bien d’accord avec elle : « Si Dieu existait vraiment, les hommes seraient peut-être moins mauvais, le monde plus serein ».
Ce que je n’ai pas compris, c’est la présence des groseilles sur le bandeau de couverture. Quelque chose m’aura échappé.

Bénédicte Belpois a passé son enfance en Algérie. Elle vit aujourd’hui en Franche-Comté où elle exerce la profession de sage-femme. Il est probable que les femmes dont elle a suivi les grossesses l’ont un peu inspirée. On trouve sous sa plume une forme d’engagement semblable à celui d’une autre femme qui exerce la même profession et qui publie des romans tout autant formidables, Agnès Ledig. Elle situe a situé l’histoire en Galice, qui est une région qu’elle fréquente depuis plusieurs années mais que je ne connais pas, ce qui donne une dimension moins réaliste que si nous étions par exemple dans l’Est de la France.

Tomás a une réputation de gros radin, quelques amis, qui à l’entendre seraient tous des crétins (p.33). On le découvre au début du livre, habitué à noyer dans l’alcool sa solitude et son incapacité à communiquer. Ses premières confidences m’ont placée en position d’empathie, si bien que j’ai « supporté » qu’il ne se conduise pas comme un gentleman lors de sa première rencontre avec Suiza, étant persuadée que sa violence ne serait que transitoire et que la bête deviendrait humaine. J’avais en tête ses déclarations précédentes :

« Si je suis un mec un peu primaire, je ne suis pas le psychopathe qu’on raconte. J’ai fait comme j’ai pu, mais ça m’est tombé sur la gueule et je ne vois pas bien comment j’aurais pu agir autrement « .
« J’étais encore plus rugueux que les autres, parce que je m’étais construit avec le manque d’amour, et que personne n’avait été en état ou n’avait eu le temps de m’apprendre ».
Le roman a beau s’intituler Suiza, peut-être parce que la jeune femme est le détonateur qui va permettre à Tomás d’évoluer, c’est surtout l’homme qui raconte l’histoire, de son point de vue, tandis qu’elle ne s’exprime que rarement, mais en quelque sorte à bon escient de manière à ce que le lecteur connaisse le fond de sa pensée.
L’écriture de Bénédicte Belpois peut être d’une crudité intense, presque masculine, quand elle décrit des scènes de sexe. Elle est aussi souvent magnifique comme un poème en prose et c’est là que le roman est bouleversant.
J’ai décelé la pudeur derrière les provocations de Tomás qui découvrira et comprendra le passé de maltraitance de Suiza. Quand il l’emmène voir la mer et qu’il dit « Je crois que j’aurais pu dire à ce moment précis que j’étais le mec le plus heureux de la terre » … j’ai revu cette scène où Robert Redford lave les cheveux de Meryl Streep et qu’elle lui confie tu pourrais me dire n’importe quoi, je le croirais, signifiant par là son abandon et une confiance totale. Mais à l’instar d’Out of Africa, on comprend qu’on n’est pas tout à fait dans le conte de fées car Tomás, qui supporte avec beaucoup de courage les traitements successifs de son cancer du poumon, poursuit … « si une douleur lancinante dans ma poitrine ne venait me rappeler, à intervalles réguliers, qu’on était pas là pour rigoler ».
Ensemble ils auront réalisé et vécu leurs rêves. Et avec eux j’ai moi aussi rêvé. – Marie-Claire Poirier
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Dès les premières lignes, j’ai très vite cru à un remake de l’amour est dans le pré ! Avec son ton bourru et cynique, son regard méfiant sur la vie, le narrateur Tomas apparait comme la caricature de l’agriculteur tout droit sorti d’une émission de téléréalité. « […] j’avais subitement décidé de prendre femme, comme j’aurais décidé d’acheter un tracteur». Et puis Suiza apparait. Suiza, pétillante et pulpeuse. Suiza, que tout le monde imagine sans cervelle. Suiza, la femme enfant. L’innocence et la bonté. Tout comme Tomas, on tombe sous le charme.
L’attirance n’est au début que physique, sexuelle et bestiale. C’est intense et brutale. Mais aux cotés de Suiza, le cœur de pierre de Tomas va s’attendrir, ses gestes et ses paroles s’adoucirent. Il va se laisser entrainer par sa fraicheur, sa spontanéité et sa pureté. Car face à la maladie et à la peur de mourir qui l’étouffent, Suiza lui donne envie de vivre.
Attention, ce n’est pas une énième histoire d’amour. Ce roman est tout sauf mielleux ou niaiseux. C’est un roman d’amour violent et sensuel, où les sentiments ne passent qu’à travers le regard et les gestes. Le désir charnel monte au fur et à mesure de la lecture pour se transformer en un amour puissant. Je l’ai refermé touchée en plein cœur. Un premier roman intense et beau. – Justine Clerc
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Quel premier roman!! Quelle histoire!! Quelle écriture!! « Suiza » est un roman violent: violent dans les actes, violent dans les sentiments, violent dans les relations. « Suiza » n’est pas un conte de fées. « Suiza » est un roman difficile, où les choses écrites ne sont pas toutes évidentes à lire, où rien n’est épargné au lecteur. « Suiza » est d’une réalité totalement déconcertante au final, réalité choquante mais qui existe. Dans « Suiza », il y est question de terres agricoles, de foyer de jeunes filles, de village espagnol où tout le monde se connaît, de possession, de maladie, de famille, d’amour. L’auteur, Bénédicte Belpois, nous raconte sa « Suiza » à la première personne et c’est Tomás le narrateur ce qui rend le récit très masculin, rustre comme l’est Tomás avec sa vulgarité, sa brutalité.

« Suiza » est un roman violent, violent aussi dans l’amour, l’amour que porte Tomás à Suiza. Cet amour, il lui exprime de sa propre manière: rustre, brutale mais sincère. Bénédicte Belpois nous livre une autre façon d’aimer qui peut choquer, interpeller mais quand le lecteur approfondit sa lecture, cet amour est sans chichis, sans fioriture, un amour que nous n’avons pas l’habitude. Les deux personnages, Tomás et Suiza se sont bien trouvés car chacun à sa manière va sauver l’autre et va l’amener à se réaliser, à s’accomplir. Les deux se trouvent bien dans cette relation. Au fur et à mesure de ma lecture, je n’ai plus ressenti cette violence du début mais j’ai éprouvé de l’affection pour aussi bien Suiza et Tomás car ils se sont apprivoisés, ils se sont donnés mutuellement leur confiance, ils ont su créer leur propre histoire avec leurs propres codes à eux. Cet amour est ce qui leur reste et c’est ce qui leur permet d’avancer en oubliant le passé. J’ai aimé « Suiza » de part son originalité du point de vue de l’histoire, du lieu, des personnages atypiques, de la terre agricole, des sentiments, de la dureté et de l’amour. Bénédicte Belpois a écrit un premier roman sensible. Sa plume a su me captiver et malgré certaines scènes, j’ai été conquise, et admirative du récit de l’auteure, de son audace qui a fait mouche pour moi!!  – Sybil Lecoq

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Émouvant, grave, lumineux, «  Suiza » est un signe. Le passage éblouissant de l’ombre vers la lumière. Inscrit sur le sable millénaire, l’écriture prévisible et belle est un cadeau à ciel ouvert. Ici, même le tragique a ce sens cher aux hédonistes. Le sombre n’est que l’écorce. Les preuves grandissantes  couronnent les faibles. Les gestes affirmés, une offrande pour une histoire de renom. Sa maturité est un levier. La lecture, un moment de gloire. Ce roman qui se passe en Galice a des embruns d’Algérie, son souffle  est chaud et puissant. Les hôtes des lignes sont tous sensibles à autrui. L’altruisme est un don, les sourires des myriades d’oiseaux.  Sans doute, l’enfance de l’auteure en Algérie a laissé sur le pur des pages ce quotidien lié en chair et en esprit au prochain. Cette histoire chavirante,  immensément porteuse est une chance de lecture inouïe. Suiza est une jeune femme retrouvée recroquevillée sans passé ni souvenirs, sans langage visible. Thomàs va recueillir chez lui cette jeune brebis égarée. Peu à peu tout va basculer dans une grandeur et le vivifiant de l’amour. L’important de ce roman est sa qualité de ton. L’enroulé de l’histoire qui emporte tout sur son passage pour laisser la voie au sublime de l’instant. L’existentialisme est tel, qu’en maître d’apprentissage il est le passeur et tient la teneur de ce filigrane humaniste. Thomàs est le narrateur et  bien plus que sa voix il offre à Suiza la quintessence verbale et gestuelle. «  Suiza » de Bénédicte Belpois est un livre à retenir. Il fait partie de cette lignée des incontournables. Plus qu’un roman, il est l’éclaircie et sa chaleur du Sud  un exemple. – Evelyne Leraut

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Un magnifique premier roman, dans un style direct, rugueux, parfois très cru, porté par la voix du narrateur, un homme de la terre, aux manières frustes et pourtant bouleversé par une drôle de fille parachutée un jour dans son village de Galice.
Cette fille dont personne ne sait rien, qui ne parle pas, qui semble perdue, pas très futée mais qui dégage une sensualité troublante, les villageois l’appelleront Suiza (il semblerait qu’elle vienne de Suisse, elle voulait voir la mer, ses pas l’ont portée jusqu’à l’Espagne). Ces êtres si différents et si seuls, chacun en marge pour des raisons qui leur appartiennent, vont se percuter et nous embarquer avec eux dans une folle passion jusqu’à la dernière page (je tairai la fin qui m’a laissée totalement interdite.) Je rejoins totalement Henri-Charles Dahlem : si ce roman avait été écrit par un homme, on aurait probablement crié au machisme outrancier. Les femmes dans ce petit village de Galice n’ont pas une place très valorisante (comme dans San Perdido) mais, peu importe, je vous invite à plonger dans cette Espagne aride et poussiéreuse pour une aventure tragique, belle, violente et tendre à la fois. – Laetitia Badinand
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Il y a des romans que l’on n’arrive pas à aimer et que, pourtant, on lit en entier parce qu’on veut savoir où l’auteur souhaite aller. Suiza fait partie de ceux-là. J’ai été très gênée par ce que je lisais, pas par les scènes de sexes crues (un sujet que je trouve juste ennuyant dans un livre), non, mais par la situation générale qui était décrite. Au premier abord, on a l’impression que les choses s’améliorent pour les personnages principaux (du moins jusqu’au coup de théâtre final), en y repensant au moment d’écrire cette chronique, ça m’est en fait apparu de plus en plus infâme. J’avais été traversée par des sentiments contradictoires pendant ma lecture, avec le recul, ils ont laissé place à du dégoût pur et simple.
Dans un village de Galicie, Tomàs, la quarantaine, vit seul dans sa ferme depuis la mort de sa femme. Taciturne, bourru, il ne pense pas trop aux femmes, malgré quelques descentes en ville chez une prostituée. Le jour où il apprend qu’il a un cancer, il est secoué mais ne laisse rien paraître. Par contre, lorsqu’il voit pour la première fois Suiza au bar du village, impossible de rester de marbre. Elle dégage une incroyable sensualité, qui ne manque pas de faire tourner la tête des hommes. Tomàs la veut, c’est physique et violent. Il ne tarde pas à l’avoir : il « l’enlève » sur son lieu de travail, sans que personne ne s’y oppose, et en fait sa femme. D’abord purement physique, son rapport à Suiza se mâtine peu à peu de sentiments.
Suiza a compris que les hommes aimaient son corps, elle les laisse faire. De toute façon, ils ne lui demandent pas son avis. Cela lui a permis d’arriver jusqu’en Espagne, où elle espère voir la mer. Simple d’esprit mais pas bête, elle devine ce que Tomàs attend d’elle et fait ce qu’elle sait faire : l’amour, le ménage et la cuisine.
L’histoire est racontée du point de vue de Tomàs. Seules quelques coupures narratives de type journal intime nous permettent d’entendre la voix de Suiza et de connaître un peu de son histoire. Heureusement, car s’il avait fallu se contenter de la part de Tomàs, on n’aurait rien su d’elle. Il aimerait bien communiquer avec elle, mais le peu d’espagnol qu’elle apprend (lui ne prend pas la peine de se mettre au français, alors qu’il est diplômé d’université, et précise avoir appris l’anglais et l’allemand) limite les conversations à des questions pratico-pratiques (en gros, « veux-tu faire l’amour » et « est-ce que tu veux manger »).
Il y a quelque chose de profondément malsain dans ce roman. La domination de Tomàs, la soumission et la passivité résignée de Suiza, le machisme qui suinte de toute part au fil des pages… J’ai mis du temps à comprendre que l’histoire se déroulait de nos jours. Elle donne une image déplorable de l’Espagne, dépeinte comme un pays arriéré, une terre de machos invétérés et de pauvres femmes dont l’unique objectif de vie est de satisfaire les besoins et désirs des hommes, pas simplement sexuels, mais aussi quotidiens, en s’assurant qu’ils ont bien toujours à manger, que la maison est propre… De plus, cela paraît absolument aberrant que personne au village ne s’inquiète de savoir d’où vient Suiza et fasse attention au fait qu’elle n’a clairement pas toutes ses facultés intellectuelles. La seule personne qui s’émeut un peu pour elle, c’est le prêtre. En fait, il aimerait juste que Tomàs l’épouse pour que le calme revienne au village (un projet qui n’est pas pour déplaire à Tomàs, qui veut que Suiza soit reconnue comme sa « propriété », il rêve de lui mettre une médaille, comme à un chien).
Suiza n’est pas un beau roman, car l’histoire est basée sur une profonde inégalité entre les protagonistes et l’intrigue s’enfonce dans l’amoralité. Tomàs reste toujours supérieur à Suiza, il décide tout pour elle, en fait ce qu’il veut. Et ce, jusqu’à la dernière page. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à une telle fin, qui me laisse un goût amer. – Claire Sejournet
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Déjà, même si je ne lis jamais les avis des autres avant de m’être fait ma propre opinion, je sais que Suiza est un livre qui divise les lectrices et les lecteurs ; j’ai entendu parler de « vision de la femme » et d’avis tranchés entre celles et ceux pour qui c’est un coup de cœur ou, au contraire, un livre « détesté ».
Bénédicte Belpois nous entraine dans l’intimité d’un couple improbable, séparé par la barrière de la langue, réuni par le sexe et une forme de fatalité inexorable, dans un petit village de Galice.
Au premier abord, le personnage narrateur principal, Tomás, m’a fait horreur et je me suis préparée à une lecture difficile : il avait tout du macho, du gars très limité entre le bistrot où il retrouvait des hommes comme lui, son pragmatisme paysan et sa vision du monde. L’annonce de sa maladie ne me l’avait pas rendu plus sympathique, malgré l’amorce d’une forme de vulnérabilité…
Au bout d’une cinquantaine de pages, la deuxième narratrice, dont le surnom donne son titre à l’histoire, m’a tendu une perche que j’ai bien voulu saisir pour essayer de m’accrocher au récit. Mais l’ensemble restait trop charnel, trop bestial, trop primaire… Je ne parvenais pas à m’approprier le rythme de ces deux JE qui se partageaient le récit : le chassé-croisé, trop déséquilibré, me laissait sur ma faim.
En toute objectivité, je trouvais que c’était assez bien écrit, fluide, parfaitement compréhensible (trop peut-être ?), que les personnages étaient travaillés en profondeur, très présents, que leurs postures se révélaient originales, que l’auteure avait un certain culot, mais cela ne fonctionnait pas bien pour moi. L’univers référentiel de l’auteure me restait étranger malgré ma reconnaissance de personnages clefs comme la vieille nourrice, le patron du bar ou encore l’ouvrier agricole homosexuel. Si j’ai parfois pensé à Almodóvar, cela n’engage que moi…
J’ai mis du temps à entrer dans ce roman ; j’avais vraiment l’impression de passer à côté de l’essentiel puisque aucun des personnages typés et cabossés ne parvenait à me toucher… et puis, il y a eu un passage alors qu’arrivée aux trois-quarts environ du livre, j’étais pressée d’en finir et de passer à autre chose, qui m’est apparu dans une brillante limpidité dans la bouche de la vieille Josefina : il était question de souffrance, de faiblesse, de deux malheurs mélangés pour faire un semblant de bonheur. Comme Tomás, je suis restée sur place, pénétrée par ce qui était en train de faire sens sous mes yeux. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai accepté Tomás et Suiza tels qu’ils étaient, ainsi que la vie les avait modelés jusque-là.
Étrange histoire, entre Ethos, Eros et Thanatos…  – Aline Raynaud

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