La guérilla des animaux – Camille Brunel

« Papa, que le vieux l’emporte à la fin du Vieil homme et la mer est une tragédie, sais-tu seulement combien d’espadons il reste sur Terre ? Et combien de vieux ? Je serai toujours du côté du harponné et je ne veux pas seulement retrouver ma liberté : je veux attirer le vieil homme dans l’eau, lui percer l’estomac et l’abandonner aux requins – servir de nourriture sera probablement ce qu’il aura fait de plus sain dans sa vie.« 

La guerilla des animaux

« Nous ne nous mettrons à défendre les animaux qu’après avoir compris qu’il ne nous reste aucune chance. Tant que nous nous soucierons de la faim et de la pauvreté dans le monde, nous ne nous soucierons jamais autant qu’il le faudrait de ce qui n’est pas nous. Tu sais comme on est heureux lorsqu’au plus profond du malheur, on a l’occasion de passer quelques heures avec un enfant ? Et comme l’enfance intéresse peu les adultes carriéristes ? L’écologie est un souci puéril, elle cherche à défendre l’enfance de la Terre, sa virginité, sa peau douce, son regard pur comme l’air des Pôles. Il faut plonger l’humanité au plus profond du malheur. Lui faire perdre la foi en sa puissance positive. Car je ne la crois capable que de détruire, même quand elle croit faire le bien.« 
Voilà un livre comme il est bon d’en lire.
Non, il ne vous fera pas de bien. Car il bouscule, nous pousse dans nos retranchements, nous force à réfléchir. Il nous projette de plein fouet dans un futur tellement proche qu’il en est complètement réel.
Le roman s’ouvre en Inde sur une scène de braconnage. Isaac assiste à la scène et tue la chasseuse de tigres. Nous suivrons ensuite la naissance d’une guerre nouvelle, menée par Isaac et les activistes qui traverseront sa vie. Des happening de Greenpeace aux actions en théorie non violentes de Sea Shepherd, Isaac se lance tout entier dans cette lutte pour les droits des animaux, dont la pêche au harpon et les abattoirs ne sont que la partie visible de ce qu’on leur inflige. Le combat prendra une autre tournure lorsque Isaac comprendra que ce n’est pas suffisant et qu’il doit aller plus loin en menant la première ‘guérilla des animaux’ : à travers des actions collectives, dans tous les pays du globe, tuer des hommes pour sauver des animaux et leur rendre leur place.
Ce livre n’est ni un essai ni tout à fait un roman, car il nous place dans une réalité si proche de la nôtre que nous sentons que son personnage, même s’il est extrême, nous parle de nous, de notre société, et des choix que nous faisons aujourd’hui pour demain. À cette réflexion stimulante et nécessaire, il faut ajouter la portée poétique de ce livre. Dans son autoportrait à la fin de l’ouvrage, Camille Brunel définit son propre rapport aux animaux: « Ce bonheur, qui est le comble de l’existence, n’a rien à voir avec mon espèce, ni ma pensée conceptuelle. C’est la vie, sans la violence. » Je vous assure qu’après la lecture de cette scène incroyable, un face à face entre une ourse affamée et une militante proche d’Isaac, moment de tension, de violence inouïe mais d’une poésie extrême, vous saisissez plus que jamais la force de ce livre. – Amélie Muller
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Le roman démarre puissamment – on pourrait même dire violemment- dans la jungle indienne par l’exécution de braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher, et je connais plusieurs personnes qui n’ont pas pu le lire jusqu’au bout, tant le propos est dérangeant. Ce n’est pas mon cas parce que la démonstration de Camille Brunel est irréfutable : « Tant que nous nous soucierons de la faim et de la pauvreté dans le monde, nous ne nous soucierons jamais autant qu’il le faudrait de ce qui n’est pas nous. Nous ne nous mettrons à défendre les animaux qu’après avoir compris qu’il ne nous reste aucune chance « .
Ce roman est bouleversant. Il donne envie d’agir avant même de l’avoir terminé. Je n’ai d’ailleurs pas perçu de prime abord qu’il s’agissait d’un récit d’anticipation se situant vers 2045 tant les arguments me semblaient « actuels ». Peut-être parce que j’ai immédiatement pensé au roman de Jonathan Safran Foer,  Faut-il manger les animaux ? que j’avais chroniqué il y a bien longtemps et qui m’avait interpelée sur le sujet, avec pour conséquence de modifier considérablement ma manière de me nourrir.
J’ai eu l’opportunité d’échanger avec l’auteur dont j’apprécie beaucoup les idées qu’il défend avec intelligence et courage. J’ai cependant regretté que le roman s’essouffle dans la seconde partie … signe peut-être que la cause serait « effectivement » perdue. De ce fait, et alors qu’on dit ça et là que ce livre plait ou déplaît sans mesure je me trouve dans une position plus nuancée.
J’ai eu envie d’adhérer à la cause qui me semblait légitime, et puis j’ai été « épuisée » par la succession « jamesbondesque » des actions basculant dans une fiction irréaliste et par la comparaison audacieuse du comportement des humains à celui « des nazis en territoire occupé ». On ne peut pas admettre qu’un baleinier soit mesurable à Auschwitz. Que les élevages industriels pratiquent tous « des méthodes d’exécution inventées dans les camps », même si une telle affirmation culpabilise avec efficacité, ce qui est le premier objectif de l’auteur envers ceux qu’il appelle « les carnistes ». Ni que le public d’un parc aquatique mérite d’être exécuté. Et pourtant le réquisitoire terrifiant que fait Isaac dans les pages suivantes est très juste. Et je n’approuve pas davantage son père de couper les ponts avec lui après l’avoir entendu s’exprimer.
Je veux bien croire que la défense de la cause animale ne soit pas un combat politique. Il est davantage que cela, mais je ne peux pas cautionner la guerre, y compris dans une œuvre de fiction. Il est important d’ailleurs de savoir que Camille Brunel n’est pas adepte de la violence dans sa vie quotidienne.
Au-delà de ces réserves, le livre recèle une force démonstrative, quasi pédagogique (ce n’est pas un hasard si l’auteur place Isaac en situation de faire des conférences devant des auditoires variés). Parce qu’il est vrai « qu’une panthère qui a le cancer (…) ne viendra pas se plaindre et que dans la nature personne ne la soignera » (dans un parc animalier elle serait peut-être guérie mais les vegans condamnent ces endroits comme toute forme d’exploitation, y compris sans doute des animaux dits « domestiques »). « On essaie de sauver les animaux menacés de braconnage, mais pas ceux que l’environnement anthropisé a rendu malades … et qui meurent silencieusement. (…) Il n’y a pas de statistiques pour vérifier combien de baleines bleues sont décédées des suites de tumeurs cerveau. »
Je crois volontiers que les sonars que nous utilisons font aux cétacés l’effet de hurlements. On se doute des conséquences des dégazages en mer (forcément illégaux). Et on devine qu’on nous ment souvent sur l’origine de la viande … mais sont-ce des motifs à légitimer un militantisme meurtrier ?  La survie animale est-elle ennemie du genre humain ? « On ne peut plus espérer sauver les deux » nous apprend Camille Brunel. On voudrait croire que non.
Une cause, aussi juste soit-elle, autorise-t-elle le recours à la violence ? On frissonne à lire qu’il faudrait » militer comme on tue: sans ambages, industriellement ». Il est pourtant exact de considérer que nous avons commencé à consommer de la viande quand nous avons eu l’opportunité  de modifier notre régime alimentaire et que l’homme moderne « chasse désormais dans les supermarchés des animaux morts ». On repense aux Black Panthers dont les actions se déroulaient toujours dans le respect des lois en vigueur aux Etats-Unis (leurs membres brandissant le code civil). Et on apprécie (mais les lecteurs qui auront refermé le livre avant de le terminer ne le sauront pas) que Camille Brunel condamne qu’on puisse envisager de tuer des humains au nom du veganisme.
Isaac Obermann (un patronyme que l’on entend comme un cri sauvage et canin) veut agir pour les animaux à l’instar de ce qui est fait pour les humains, en leur réclamant des droits, ce à quoi je ferais observer que bien des peuples indiens d’Amérique du Nord n’en ont pas bénéficié, parce que la découverte n’est pas nouvelle : l’homme est un loup pour l’homme. Alors a fortiori pour les animaux. La question est donc posée, à savoir qui, de l’homme ou de l’animal il est le plus urgent de sauver … puisqu’il semble acquis que les deux ne pourront plus coexister.
Une chose est certaine en tout cas, on ne peut pas s’apitoyer sur le sort des animaux et ne rien changer à notre mode de vie. Fin observateur de nos travers, l’auteur pointe (p. 206) l’aberration de notre façon d’aimer les animaux : « la majorité ne regardent ce qu’ils ont devant les yeux qu’à travers leurs écrans. Il passent plus de temps à regarder les images qu’il sont en train de produire que les animaux eux-mêmes. En somme, ils négligent la différence entre un animal véritable et un animal numérique ». – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Un roman très engagé pour la défense des animaux et de leurs droits.
Le point de vue extrême de l’auteur m’a d’abord séduite, puis dérangée, puis séduite encore. Une lecture en demi teinte quant au sujet mais pas sur le style très bien construit. On comprend parfaitement l’engagement d’Isaac suite au choc violent qu’il vit dans la jungle au tout début du roman.
Je regrette un peu une vision très noire et désespérée de l’humanité et le carnage final qui pour moi n’a pas vraiment de sens à part la volonté de l’auteur de choquer son lecteur pour le faire réagir.
Message reçu mais le débat reste entier et le militantisme trop violent n’est pas ma tasse de thé. – Emmanuelle Coutant
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Et si Camille Brunel avait bien réussi son coup ? Et si par ce brûlot « écolo-révolutionnaire » hautement agressif, agaçant, agitateur, il parvenait à faire bouger les lignes de notre « bobo-nne » conscience ? Car avec ce premier roman sans concession aucune, on est loin, très loin !, des discours lénifiants qui permettent de si confortables arrangements avec la morale pseudo écologiste dont nous sommes de plus en plus nombreux à nous réclamer.
Les choses sont claires dès le départ, son héros se nomme Isaac, symbole même de l’injustice bibliquement reconnue et entérinée envers l’espèce animale : sur l’autel d’un dieu maître de vie et de mort, plutôt sacrifier une bête qu’un homme. Comme s’il portait à lui seul cette faute originelle, cet Isaac-là n’aura de cesse de rendre justice à ces martyres de la première heure de l’évolution humaine, opposant sa propre violence, son aptitude à donner la mort à ses semblables, à celle trop souvent exercée à l’encontre de « nos amies les bêtes ».
Il faut reconnaître à Camille Brunel une belle qualité d’écriture, un sens du mot juste et une élégance de style qui, mis au service de quelques (trop) rares scènes de nature d’une grande beauté, offrent de façon fulgurante et surprenante comme une bouffée d’oxygène à un texte qui, le reste du temps est d’une densité revancharde, accusatrice, désespérante et monolithique jusqu’à l’étouffement.
Pour un peu, on en viendrait à plaider la cause d’une espèce en voie d’extinction, le lecteur de bonne volonté qui, pour venir à bout d’un récit si militant soit-il, a besoin çà et là d’un minimum de lumière et de bienveillance ! – Magali Bertrand
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Un livre cash, sans concessions. L’engagement d’Isaac envers la survie des animaux est absolu et entier, quitte à y laisser sa vie. Camille Brunel ose tout, n’y va pas à reculons et ose dire les choses. Roman dénonçant les dangers liés à notre mode de vie afin d’alerter, de réveiller les lecteurs sur la criante réalité de notre Humanité. S’il fallait résumer ce livre en 1 phrase: « faut il privilégier la condition animale à celle des Humains pour sauver la planète ? Livre fort en mots mais avec lequel j’ai eu un peu de mal.. Certes, il nous faut réfléchir aux conséquences de nos actes et modes de vie actuels, mais je l’ai trouvé un peu trop militant, véganiste à fond…. – Marie Heckmann
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Impression de mots et de phrases trop longtemps retenus et qui soudain jaillissent, claquent et griffent. Pas de douceur, pas de nuances dans ce roman. On n’en est plus là, il y a urgence maintenant. « Le temps de la négociation était révolu. Il fallait militer comme on tue : sans ambages, industriellement. »
Militer pour quelle cause ?
La cause animale.
Encore hier matin, à la radio, j’entends que des activistes vont être jugés pour avoir vandalisé des boucheries. Ils passent à l’action. Sont prêts à tout ou presque.
Les vidéos, dans les abattoirs, on les a vues. Elles sont insoutenables. Le traitement que nous infligeons aux bêtes est monstrueux, innommable, inhumain. En un mot : indigne. Nous n’avons aucun respect pour des êtres sensibles et qui souffrent. Nous nous gavons de leur viande largement au-delà de nos besoins et au détriment de notre santé. Un comble.
Nous éradiquons des espèces sans aucun remords. Notre pollution se charge de faire disparaître ceux que nous ne tuons pas avec nos fusils ou nos filets de pêche. Des oiseaux, il n’y en aura bientôt plus. Merci les néonicotinoïdes. Un article du Monde daté du 20 mars 2018 commençait en ces termes : «Le printemps risque fort d’être silencieux ». Des abeilles, bientôt, nous ne parlerons plus. « J’m’en fous, j’n’aime pas le miel » m’avait rétorqué un gamin de treize ans l’an dernier. Il a l’excuse de sa jeunesse. Nous vivons dans une espèce d’inconscience volontaire, heureux de nos oeillères qui nous rendent la vie bien confortable. Après nous, le déluge.
Face à la catastrophe écologique dont on subit les retombées au quotidien, face à des modes de vie qui sont inacceptables, face à la souffrance animale, je peux comprendre que certains commencent à s’énerver, à perdre patience, à ne plus avoir envie de causer.
A quoi bon le bla-bla, les sommets de ci ou de ça ? La prise de conscience doit d’abord être individuelle et mise en pratique au quotidien. Nous en avons les moyens, notre arme est d’abord notre porte-monnaie. N’achetons pas ce qui empoisonne, ce qui détruit, ce qui fait souffrir. Renonçons à notre consommation effrénée. Elle ne nous rend pas heureux, bien au contraire.
Ceci est à notre mesure et en notre pouvoir.
Bref, passons à l’action.
Vous le voyez, je suis mal placée pour parler du livre de Camille Brunel. Parce que son urgence, son impatience, son exaspération sont miennes. Je les vis au quotidien, je n’en peux plus des atermoiements des uns, des autres, des grands discours suivis de renonciations. Ils m’insupportent. Je suis maintenant pour l’action, individuelle d’abord, collective après et quotidienne toujours.
Les mots de Camille Brunel, son roman et sa magnifique postface m’ont parlé, évidemment.
Parce qu’il y a beaucoup de choses que je ne supporte plus depuis longtemps, que ma patience finit par avoir des limites et que ces limites sont atteintes.
Alors ? Oui, j’ai aimé ce texte, son extrémisme, sa parole dure, violente et sans concession, son impatience. Ils lui seront reprochés, sans doute. Il répondra que c’est une fiction, un roman. L’autoportrait qu’il fait de lui vient nuancer après coup ce terme « roman » inscrit sur la couverture. « Je me sens très embarrassé pour l’espèce humaine. Elle est indigne de son barda cognitif et elle le sait bien. Ses sœurs, apparues à peu près en même temps qu’elle sur le dernier demi-million d’années, disparaissent les unes après les autres ; pourtant elle continue de les manger, s’imaginant être la plus grande. A la fois l’aînée et la cadette, comme si être la plus jeune signifiait être la plus parfaite. « La guérilla des animaux », c’est l’histoire de cela : de l’erreur mondiale de l’anthropocentrisme, et de la violence qui s’en suit. »
Ce bouquin, il le sort de ses tripes, il l’a tenu au chaud quelques années et sa colère est là, bouillonnante, brûlante, pleine de fureur et d’exaspération.
La guérilla des animaux est l’histoire d’un homme, Isaac Obermann, espèce de justicier des temps modernes – que d’aucuns trouveront idéaliste (ah bon…) -, qui va parcourir le monde pour tenter de protéger les animaux : « Mon animalisme est farouche et cruel» «... il est temps de riposter. Aussi violemment que nous avons été attaqués. C’est-à-dire très, très violemment. » C’est dit. Il y a urgence. Parfois, Isaac prendra le temps de convaincre par la parole. C’est important aussi.
« Les dauphins n’ont jamais été des animaux. D’ailleurs les animaux n’existent pas. Ce sont, dans d’autres corps, des intelligences similaires aux nôtres – exactement similaires… L’anatomie varie. Pas l’intelligence. »
Appelons cela l’antispécisme.
Le roman est engagé, sa dimension épique en fait un récit d’aventures qui se passe aux quatre coins du globe là où les animaux crèvent. Un peu partout donc. Le registre tragique n’est jamais loin non plus… comme si soudain les dieux en colère allaient s’abattre sur les hommes et les punir de leur trop grande hybris. Pour qui se prennent-ils ces hommes ? Les plus beaux, les plus forts, les plus intelligents ? Misère. Ils seront punis.
Ce roman a des défauts, c’est vrai. Mais franchement, on s’en fout. Et je n’ai pas envie d’en parler. Le propos prime, vous explose à la figure, vous tire de votre léthargie et l’écriture, puissante, serrée, mordante, saisit par sa force et sa détermination. Le message est clair : nous ne conserverons notre humanité et notre dignité que si et seulement si nous acceptons de respecter les animaux en les traitant comme des égaux.
Un texte nécessaire et puissant. – Marie-Laure Vannier (Lire au lit)
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Camille Brunel nous offre un premier roman militant, centré autour d’un défenseur acharné des animaux, qui choisit l’action violente pour secouer les consciences. Choc et… malaise.
Disons d’emblée, ce roman ne va pas tarder à vous mettre mal à l’aise, que vous soyez un ardent défenseur de la cause animale ou non. Nous projetant dans un avenir proche, il s’ouvre sur une scène choc: venant d’assister au massacre d’un tigre par des braconniers dans le dans le parc de Ranthambore en Inde, Isaac Obermann prend son fusil et perfore « le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre… »
Assassiner ainsi de sang-froid des assassins d’animaux, ce n’est que justice pour ce militant qui fait le constat que toutes les actions politiques menées jusque-là ont été vaines, que les espèces animales sauvages continuent de s’éteindre, que les abattoirs continuent à tourner à plein régime. Et qu’il convient dès lors de tuer les tueurs partout où ils sévissent. (…)
Camille Brunel a le mérite, au moment où chacun prend conscience que les promesses des sommets pour la planète restent des vœux pieux, de réveiller les consciences et de poser les questions qui dérangent. Mais son combat n’est-il pas perdu? Le pessimisme du capitaine du bateau qui le conduit en Alaska ne serait-il pas un douloureux réalisme: « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel. » Voilà en tout cas un roman qui résonne comme un signal d’alarme strident. – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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Isaac Obermann est un fervent défenseur de la cause animale. Entrevoyant la fin du règne de l’homme et l’affrontement entre ceux qui poursuivent sa course effrénée pour la croissance et la destruction aveugle et ceux qui prennent conscience des conséquences insoutenables de la toute-puissance humaine, Isaac se range du côté des militants les plus engagés en faveur de la préservation des animaux, n’hésite pas à rejoindre les activistes de Sea Shepherd, ou encore à exposer ses arguments devant un amphithéâtre d’étudiants de la Sorbonne qui le considèrent comme un extrémiste. Sur son chemin, il rencontre des braconniers qu’il tue sans état d’âme, des soutiens et des alliés, des détracteurs, et quelques-uns des derniers représentants des espèces en voie de disparition qu’il entend sauver.
Depuis quelques années, les romans proposant de réfléchir aux relations entre les hommes et les animaux – ou plutôt à la domination humaine sans concession sur le monde – acquièrent une certaine visibilité.
Parmi ceux que j’ai eu l’occasion de lire, il y a eu, bien sûr, Faut-il manger les animaux, Défaite des maîtres et possesseurs ou encore Règne animal.
Pour autant, La guérilla des animaux m’a donné le sentiment de ne pas être « un roman de plus ». Il va plus loin, ou alors il va ailleurs, aborde les choses sous un angle plus militant, plus cru, nous forçant à la confrontation.
De cette lecture, ressort une impression d’urgence, et certains lecteurs seront sans doute bousculés par certaines scènes poussant à l’extrême l’idée selon laquelle nous avons tous intériorisé une hiérarchie naturelle évidente : la vie animale ne vaut pas la vie humaine, les animaux constituent des espèces inférieures aux hommes, à leur disposition pour leur amusement comme pour leur alimentation.
Ainsi, la scène dans laquelle une militante sacrifie sa propre vie pour nourrir une ourse et ses petits, derniers représentants de leur espèce, et sur le point de mourir de faim.
Si l’on se réfère à la hiérarchie ci-dessus qui nous a été inculquée, il est difficile de ne pas considérer que cette scène est grotesque, stupide. Mais si l’on s’interroge sur le bien fondé de cette hiérarchie, alors elle ne l’est plus vraiment, et les comportements humains qui sont à nos yeux « normaux » et « habituels » aujourd’hui, apparaissent sous un nouvel angle eux aussi : ils reflètent une violence inouïe, une inhumanité insondable.
La guérilla des animaux dérange, provoque, et invite à renverser le rapport de force, à penser une coexistence digne, à la hauteur des grandes idées que l’homme se fait à son propre sujet. L’expérience est intéressante, et ne devrait pas s’arrêter là. Car nous avons tous une responsabilité dans le tableau dépeint par Camille Brunel. – Sara Dupouy-Adrian (Vie de romanthé)
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Alors que l’on commence à peine à s’inquiéter du réchauffement climatique , de la consommation excessive de viande , etc … , voila un roman qui tombe à pic !
Certes le fanatisme et le comportement d’ Isaac et de Yumiko sont inexcusables et nous ne pouvons les suivre dans cette folie antihumaine , meurtrière et destructrice .
Néanmoins , Camille Brunel nous offre un roman dérangeant , percutant , qui pose de bonnes questions : qui sommes nous pour traiter les animaux de la sorte ?
En fermant ce livre , notre regard sur le vie animalière aura changé . Belle expérience littéraire . – Anne-Claire Guisard
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Guérilla : Forme de guerre caractérisée par des actions de harcèlement, d’embuscades ou de coups de main. Groupe de soldats armés légèrement et chargés de harceler l’ennemi…. Ici, l’ennemi, c’est l’homme, rien que cela ! La fin justifie-t-elle les moyens ? Tel est le questionnement qui domine ce premier roman d’un jeune enseignant de lettre.

Notre planète est en perdition, c’est un fait, une évidence ; à intensité plus ou moins importante selon les pays, mais nul doute qu’il se passe des choses, et que ça n’est pas fini. Que pouvons- nous y faire ? A notre échelle de citoyen lambda qui a besoin de se nourrir, de se déplacer pour travailler (pour se nourrir il faut bien aller travailler pour gagner quelques sous), nous chauffer, nous éclairer….bref, assurer nos 14 besoins selon Virginia Henderson ( mes consœurs et confrères sauront de quoi je veux parler), j’ai la conviction qu’hélas nous ne pouvons pas grand-chose, et qu’il nous faut être fataliste. Le début d’une ébauche de solution, se situe bien plus haut, chez de bien plus puissants que nous ( gros pollueurs démographiquement ultra-puissants et accessoirement financeurs des états endettés….., lobbys multiples et inattaquables…..)

Camille Brunel est sans doute un idéaliste pour avoir imaginé dans ce roman de légère anticipation pouvoir interroger les consciences et modifier les comportements. Autrement dit, parce que le règne animal sur notre planète est en danger ( personne ne le conteste) la sur-consommation de viande provoque pollutions, souffrances animales ( là aussi, on est d’accord), Issac devient un justicier que rien n’arrête, et qui rendant l’homme responsable de tous les maux se met à exterminer tout ce qu’il trouve sur sa route.

La fin justifie -t-elle les moyens ?

Cet ouvrage est, à mes yeux trop violent, trop radical, trop engagé et trop militant. Il a eu sur moi l’effet inverse à celui que souhaitait. Il ne peut qu’énerver davantatge celles et ceux qui se sentent harcelés, manipulés et orientés vers une pensée unique par les médias, les ONG, les politiques et cie…

Ce roman, qui n’a pour seul mérite que d’être vite lu, m’aura donc déplu sur toute la ligne ! – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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Un roman brut, violent, dérangeant, extrême!  Mon impression première était déjà une certaine hostilité. Hostilité par rapport au titre « La guérilla des animaux » mais aussi hostilité par rapport au sujet « Comment un jeune français baudelairien devient-il un fanatique de la cause animale ».
Au travers du roman, le lecteur suit Isaac, un jeune français. Vegan, il s’engage pour la protection des animaux et livre progressivement une guerre fanatique d’une intense violence aux quatre coins du monde. Son but est de protéger notre planète et les animaux des humains et de leurs activités.
Ce roman fût pour moi une lecture difficile. J’ai eu, plus d’une fois, très envie de le refermer et de passer à autre chose. Je n’ai pas pour habitude de longtemps persévérer si cela ne me plaît pas. Le choix est si vaste! Mais les échanges que nous avions eu au Mans avec certaines 68 m’ont poussé à poursuivre espérant y découvrir quelque chose que je n’ai finalement pas trouvé. C’est avec grand soulagement que j’ai vu arriver la dernière page.
Le thème est certainement honorable. Mais il est, pour moi, traité trop à l’extrême. Il dérange mais pas le bon sens du terme. Répondre à la violence par la violence est-ce réellement la bonne solution? Cette violence extrême m’a même empêché d’en apprécier l’écriture et je trouve qu’elle n’ouvre même pas pour moi la réflexion.
Un livre que j’ai refermé, pressée d’en ouvrir un autre, d’entrer dans un autre univers. Un livre que j’ai déjà oublié! – Emmanuelle Mentec
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Pour décoiffer, ça décoiffe! D’entrée de jeu, le héros du roman, Isaac Obermann, réalise un carnage : une diane chasseresse vient d’abattre une tigresse qui allait mettre bas. Sa réaction est immédiate, il la tue d’une seule balle, de sang-froid, ainsi que ses deux acolytes . C’est un sacré choc ! Dès le début de cette « guérilla » , j’ai pensé aux « racines du ciel » de Romain Gary, où le héros, Morel, prend la défense (!) des éléphants en Afrique, à une époque où la faune sauvage était encore relativement prospère, en dépit du braconnage. Et Morel n’utilisait pas des méthodes aussi radicales.
On parle volontiers de dystopie et d’animalisme à propos de ce roman original. Je comprends parfaitement le propos du romancier, il veut créer une sorte d’électrochoc pour nous sensibiliser à la cause animale, nous faire comprendre que nous pouvons vivre sans consommer de viande morte. Après tout, qui sommes-nous pour nous arroger le droit de vie et de mort sur tout le genre animal ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller, à faire disparaître toute vie animale pour satisfaire notre besoin de viande ? Sommes-nous conscients que les espèces animales disparaissent les unes après les autres? On découvre de jour en jour des scandales dans les abattoirs, avec des conditions d’abattage sordides, mais, heureusement, tout se passe à l’abri des regards, nous ne souhaitons pas voir comment finissent les animaux . Et c’est la même chose pour la pêche, qui oblige, pour notre appétit de poisson, à massacrer des centaines de milliers de dauphins et de requins. On préfère s’en laver les mains. Ce roman est un appel au secours, un cri de détresse pour nous faire prendre conscience de la cause animale, nous faire changer nos pratiques alimentaires. J’adhère à cette façon de penser, mais je m’imagine mal en train de flinguer mes congénères pour leur faire comprendre que leur comportement est répugnant ! C’est peut-être pessimiste de ma part, mais le processus d’extinction des espèces est d’ores et déjà enclenché, plus de 60% des espèces sauvages ont disparu depuis 1970, la biodiversité est mise à mal chaque jour. Mais, après tout, si l’on continue sur cette voie, quand nous aurons fait disparaître toutes les espèces animales, c’est la notre qui sera en sursis et qui risque de disparaître . – Michel Carlier
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J’ai lu ce roman avec beaucoup de réticences car la cause animale me tient à cœur, et cela, depuis déjà de nombreuses années. Sans être militante, je fais partie des personnes que l’on étiquette sous le nom de « végétarienne » ou « vegan » ou autre, selon la mode, parce que je ne mange plus de viande depuis que j’ai compris que d’en manger signifiait que l’on avait tué un animal pour qu’il se retrouve dans mon assiette. Cela fait maintenant 25 ans que je n’ai pas touché un morceau de viande et je suis en excellente santé. J’adore les animaux et je ne supporte plus ces images où on les voit souffrir. Alors, lire un livre dont le personnage principal est un fanatique de la cause animale, cela inclut forcément des passages de souffrance animale. Heureusement pour moi, ils ne sont pas si nombreux dans ce livre ; ouf ! Je me suis même surprise à rêver endosser moi aussi ce rôle de « vengeur des animaux » ; quel courage a cet Isaac ! Mais mon caractère plutôt pacifiste m’empêcherait de suivre ses pas d’activiste. Alors j’ai vraiment aimé ses pérégrinations entre passages en université pour prêcher la bonne parole et actions terroristes sur le terrain avec sa chère Yumiko. Son discours, bien qu’alarmiste, paraît tellement cohérent ! Comment se fait-il que si peu l’entendent ?! Camille Brunel nous en donne rapidement l’explication : tout passe par l’argent. Hollywood achète et promeut les idées d’Isaac ; renvoyant dos à dos les idées de conservation de la nature et multiplication du profit.
C’est bien écrit, très fouillé, très documenté, mais parfois, on s’y perd.
Personnellement, je trouve que les quarante premiers chapitres sont une réussite et que celle-ci se gâte avec les suivants qui n’apportent plus rien au roman, à part une possible solution utopique ; un monde sans animaux où l’humain mange de la viande de synthèse. Comme expectative, c’est un peu moyen au vu de la motivation de départ personnifiée par le biais d’Isaac… – Valérie Lacaille
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Et voilà cette fameuse « guérilla » dont j’ai tant entendu parler depuis sa publication ! J’ai bien tenté de m’abstraire de tous les commentaires qui ont accompagné sa sortie, mais ce fut difficile !
Isaac Obermann est donc cet extrémiste qui vit dans un futur proche (demain ?) et considère que l’espèce humaine ne mérite plus de vivre sur Terre, ne mérite plus de vivre tout court, puisqu’elle a asservi ce que l’on nommait le règne animal. Son combat commence dès le prologue, en Inde, par le meurtre de braconniers. A la sauvagerie des fauves répond d’égale cruauté la sauvagerie des chasseurs, sauf que ces derniers n’ont pas l’excuse de tuer pour survivre. Ainsi commence la guerre que mène Isaac.
Sur chaque continent, il agit au nom des droits des animaux et mène une lutte impitoyable contre une humanité pleine d’outrecuidance. Les conférences qu’il donne dans des universités lui permettent de développer ses arguments, qu’il met à l’épreuve de la réalité par des actions meurtrières, paradoxalement subventionnées par les finances venues d’Hollywood. Des dizaines d’années passent, scandées par la prison, par un mouvement de balancier qui va d’une reconnaissance fallacieuse de l’animalisme à la décision de supprimer toute vie animale sur la planète. Car, après tout, à quoi et à qui servent les animaux, si ce n’est aux rêveurs, aux poètes et aux amoureux de la vie et de la beauté où qu’elles se nichent ?
Sauvagerie contre tyrannie, cruauté contre férocité, barbarie contre bestialité, la description des scènes de tueries ne nous épargne rien, jusqu’à la nausée. L’agonie est sanguinaire et cruelle. Mais, curieusement, ce réalisme exacerbé a été, pour moi, contre-productif car il m’a semblé que cette surenchère donnait un ton ironique au propos. Les discours d’Isaac revêtent une forme sentencieuse et dogmatique et rendent le personnage caricatural. En tout cas, c’est ainsi que je l’ai ressenti mais je crois que le personnage n’a finalement pas tant d’importance dans ce roman. De même, les catastrophes qu’il provoque avec jubilation sont confusément décrites, un peu comme si la narration s’emmêlait les pinceaux, et tant pis pour le lecteur qui ne parvient pas à savoir qui a finalement fait quoi ! La succession même des évènements sombre dans un flou sibyllin. Comment se justifie le passage de l’anthropocentrisme effréné à la reconnaissance des droits des animaux puis à l’anéantissement de ces derniers ? La cohérence de l’articulation m’a échappé. Les personnages, animaux et humains confondus, vivent, agissent, meurent dans l’indifférence quasi générale. La temporalité a cette même élasticité nébuleuse qui nous égare et qui, en tout cas, m’a perdue en route. Finalement du roman attendu, il ne me reste que l’impression d’avoir lu un réquisitoire. Pas un plaidoyer pour la cause animale ! Non, un réquisitoire, proche du fanatisme, contre les humains, condamnés sans appel et sans nuances. Loin de me convaincre, ou de faire progresser ma réflexion, le propos et surtout la forme que l’auteur lui a donnée m’ont agacée et déçue. Parce qu’en ce qui me concerne un vrai roman, puissamment construit, à l’écriture incisive et percutante, mettant en scène des personnages de chair, de sang et de papier, liant de manière indissociable fond et forme, constitue, par sa force même, le meilleur des arguments. Voilà pour l’agacement. Quant à la déception, elle vient justement de ce qu’aurait pu être un tel roman si la conviction avait dépassé la doctrine.  – Sophie Gauthier
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Que se passera-t-il en 2020, en 2031, plus tard encore, quand les hommes, arrogants et si fiers de leur supériorité d’espèce, auront détruit tous les animaux ? C’est sur ce thème de la suprématie humaine que l’auteur Camille Brunel souhaite alerter le lecteur, en une fable d’abord, réflexion politique qui bascule dans une fiction effrayante : entre Isaac, le chasseur de braconniers et assassins d’animaux en tous genres et les grands lobbies, la finance, la politique à court terme, qui va gagner ?
Le thème est intéressant, certes traité de multiples fois mais ici on y introduit un couple étonnant de radicaux anti-suprémacistes qui, à coups de bombes, d’assassinats en tous genres et destruction massive des éleveurs/consommateurs/ esclavagistes anti- animaux, fait régner la terreur sans pour autant inciter à la réflexion. Une sauvagerie contre une autre.
On peut trouver ces textes utiles et judicieusement provocateurs et adhérer à la cause de la défense animale. On peut aussi trouver que l’auteur pousse le bouchon un peu loin en faisant – et à plusieurs reprises – un rapprochement entre la maltraitance infligée aux animaux et la Shoah et les camps d’extermination. Le mot « nazi » revient un certain nombre de fois, y compris pour parler d’un hangar, à l’architecture nazie paraît-il ! (sic). Et là, on a un peu envie de dire à l’auteur de ne pas tout mélanger….
Ce texte est délibérément outrancier, sans nuances, sans analyses sérieuses, sans références ni prise en compte de la réalité de ce que vivent les hommes. Il a tout de même le mérite (mais c’est très rebattu déjà, très dans l’air du temps) de sensibiliser au devenir des milliards d’êtres humains qui, sans aucun doute, sont en train de se préparer un avenir de migrations climatiques, de famines, de guerres, de catastrophes naturelles.
Quant à moi, très petite consommatrice de viande, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la terreur de la carotte qu’on déracine, sur l’horreur de l’artichaut à qui on arrache ses feuilles après l’avoir ébouillanté, sur le hurlement de l’asperge que, d’un geste définitif à l’aide d’un outil barbare, on extrait de la terre avant même qu’elle ait pu montrer le bout de son nez… – Evelyne Grandigneaux
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Je dirais plutôt la mise à mort des animaux, puis leur revanche parfois !
Les sauver de la violence des humains, braconniers, chasseurs et autres, part d’un bon sentiment, mais peut-on, seul ou accompagné d’une femme, les sauver vraiment ! Et ont-ils pour cela le droit de tuer des milliers d’hommes au cours de leurs différentes actions, en faisant sauter des barrages, ou en égorgeant les braconniers, qui souvent tuent les animaux sur ordre de mafia ou autres. La question est là !
Bref, Isaac et Yumiko parcourent le monde pour faire leur propre justice, au nom d’un nettoyage de la planète. Isaac devient célèbre et les actions se transforment en conférences. On l’écoute comme un messie, et ils se met à gagner beaucoup d’argent. Cet argent lui permet d’aider quelques peuplades. Mais combien de morts pour arriver à si peu de bénéfice, autant du côté des humains que des animaux.
Ceci dit il faut en parler pour essayer de sauver ce qui reste de beau sur notre planète, mais pas à la façon de notre auteur ! Vous le comprendrez, je n’ai ps adhéré à ce livre. Il me laisse un goût de récupération des courants et des idées qui circulent en ce moment, pollution réchauffement de la planète, le courant vegan aussi, tout y est ! Isaac et Yumiko se veulent vegans, cela va de soi, mais quand même ils leur arrivent de manger des protéines animales, des coquilles St Jacques par exemple ! N’est-ce pas des êtres vivants (animaliers) les coquilles St Jacques ?!
Est-ce vraiment un roman ?….. Oui peut-être…….  – Brigitte Belvèze
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Ce livre est dérangeant, il nous bouscule car il condamne certaines de nos habitudes ancestrales, il est souvent violent et nous projette dans un futur peu enviable.
Le point de départ est l’idée anti-spéciste selon laquelle rien ne distingue l’homme de l’animal, tous deux doués de sensibilité. Pensée d’ailleurs déjà relayée par Voltaire dans l’article  » Bêtes  » de son Dictionnaire Philosophique (dont je vous recommande la lecture !). Mais depuis le problème est loin d’être résolu, au contraire – on tue toujours plus d’animaux, on les enferme davantage pour le plaisir des yeux de l’homme, on continue de les maltraiter, les violenter, les exterminer.
Alors Isaac Obermann, le personnage de cette fiction, dans une rage féroce et décuplée par le spectacle de la violence humaine, va décider d’inverser le processus. L’activisme ne suffit plus, il faut agir urgemment- c’est une déclaration de guerre- le seul moyen de sauver le monde animal est selon lui de venger les animaux, qu’ils se vengent en tuant les hommes et pourquoi pas en les exterminant. Il est prêt à tout, y compris à sacrifier sa propre vie. L’eco-terrorisme devient alors source d’une mise en scène médiatique dont Isaac est l’acteur principal financé par l’industrie hollywoodienne. Son parcours méthodique autour du monde montre un personnage ultra déterminé, rageur et froid à l’égard du genre humain. Isaac est un personnage emblématique, aux idées radicales, profondément déçu par le discours et l’attitude de l’homme, plaçant l’animal au dessus de tout.
Un récit coup de poing, aux passages particulièrement violents mais ô combien réalistes. On y assène des vérités dont on ne veut pas entendre parler de peur qu’elles dérangent notre quotidien égoïste. Entre récit d’anticipation et dystopie, le livre de Camille Brunel interroge nécessairement sur le manque d’humilité de l’homme, sa tendance suprémaciste, sa supériorité qu’il croit naturelle et de droit. Dans ce premier roman puissant Camille Brunel frappe nos consciences- il est fort à parier qu’il aura d’autres fictions à nous proposer sur le sujet (??). – Sandra Moncelet
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Je n’ai jamais lu un livre qui m’ait autant bouleversée, autant remuée dans le fait même de mon existence. Dans mon humanité.
Il y a une sorte de militantisme puissant, violent et brutal qui vous percutera de plein fouet dans ce roman, encore plus lorsque vous ne vous définissez pas comme végan. Encore plus quand vous ne l’êtes pas. Encore plus quand la veille au soir vous avez dégusté un morceau de saucisson. J’ai eu envie de vomir. De sortir de mes tripes ce que le narrateur aurait pu voir en moi, ou ce qu’il n’aurait pas trouvé. De fuir ce regard perçant et accusateur, ses mains armées d’une kalachnikov. Ne vous y trompez pas, ce roman, engagé, extrémiste n’est pas l’œuvre d’un fou ou l’essai d’un anti-humaniste. D’ailleurs sans doute Camille Brunel n’aurait-il rien écrit si ce roman n’était pas destiné à faire changer les choses, à les faire bouger, évoluer, dans un sens ou dans l’autre.
La Guérilla des animaux est un roman brutal qui mêle à la fois une violence fantasmée et un futur proche désespéré. A travers son personnage extrême et percutant, dans sa folie ou dans sa raison, Camille Brunel envoie un message. Et qu’il passe ou qu’il casse, il provoquera, j’en suis certaine, une réflexion, un débat, des conversations. Il ne tient qu’à nous d’en faire quelque chose. – Enora Pagnoux (Les dreamdream d’une bouquineuse)
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Camille Brunel met en scène un héros aux actes extrêmes et fortement répréhensibles qui en vient à considérer que la vie humaine n’a pas plus de valeur que celle des animaux et qui a parfois un discours choquant en particulier quand il compare le génocide des animaux à celui des juifs.  Camille Brunel développe un plaidoyer très étayé pour les droits des animaux, interroge la consommation de viande par l’homme, dépeint l’état de notre planète où les déchets toxiques détruisent la vie sauvage, où la multiplication des humains s’accompagne de la multiplication de leurs erreurs, dénonce le traitement des animaux dans les abattoirs et dans les zoos…
Après un début que j’ai trouvé très bon malgré des outrances et des invraisemblances qui ne m’ont pas gênée, j’ai regretté que le récit tourne un peu en rond… Dommage… L’auteur aurait gagné à faire un texte plus court d’une centaine de pages qui aurait été tout aussi percutant. Ce texte rocambolesque mais très engagé qui développe des idées extrémistes pour faire prendre conscience au lecteur est un énorme cri de colère. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)

Le fou de Hind – Bertille Dutheil

« La maison avait fait le tour du monde. C’était le navire de Sindbad. Elle avait roulé jusqu’à la rive et elle avait dormi jusqu’à ce que nous, les Arabes, qui n’avions rien, décidions de la retaper. Nous, les champions de la récup et des chansons d’amour, de la colle industrielle et du voyage au long cours, nous avions traversé la mer pour échouer ici, aux accents d’une poésie imparfaite mais vivante, quotidienne, qui donnait à l’exil de nos pères une saveur moins amère. »

Le fou de hind

Après la mort de son père, un immigré d’origine algérienne, Lydia, jeune journaliste, va tenter de replonger dans son passé et explorer des souvenirs jusqu’alors inconnus. Au cœur du récit, sa demi-sœur, la flamboyante Hind, adolescente magnétique dont Lydia découvre l’existence grâce à une lettre laissée par son père. A travers les témoignages des proches qui ont connu son père, Lydia va découvrir une autre facette de sa personnalité et embarquer dans un monde qu’elle ne soupçonnait pas. Dans ce passionnant roman à tiroirs, Bertille Dutheil déroule progressivement la bobine du temps et s’empare de la question de l’immigration et de l’intégration, avec un regard mélancolique et poétique.
Quelle place les souvenirs d’enfance occupent-ils lorsqu’on atteint le seuil de la mort, surtout lorsqu’ils sont particulièrement douloureux ? C’est aussi un très beau roman sur la filiation, sur le partage, la transmission entre les générations. Le temps qui passe et le passé qui finit par nous rattraper et nous hanter, c’est l’un des personnages, Mohammed Afkir, qui en parle le mieux : « Ces moments de l’existence, insignifiants jusqu’alors et qui se dressent comme les remparts du souvenir, omniprésents, saisissants de réalisme et de précision, ces grains de sable dont le temps a fait des géants.» – Boris Tampigny
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Imaginez-vous au bord d’une rivière où vous vous laissez emporter tout naturellement par la douceur de son bruissement : voilà, c’est exactement ce que j’ai ressenti quand j’ai commencé la lecture de ce livre. Je me suis laissée emporter par le courant de ce récit servi par une bien belle écriture imprégnée de douceur, contre balançant ainsi la tristesse, le désarroi et l’injustice qui peuvent ressurgir des faits révélés.
Lydia, narratrice dans ce roman, n’est en fait que le maillon qui va nous permettre de suivre et comprendre la vie de son père Moshin qui vient de décéder. Partant d’une lettre laissée à son attention, Lydia va remonter le cours de l’histoire afin d’essayer de comprendre les propos pour le moins énigmatiques laissés par celui-ci.
Ses recherches l’amènent ainsi à découvrir un personnage qu’elle ne soupçonnait pas, nous immergeant de fait par un flash-back remontant aux années 70, à l’époque où il est arrivé à Créteil en tant qu’ébéniste, partageant avec d’autres familles un espace de vie communautaire, celui où les amitiés et les inimitiés les plus fortes peuvent se forger.
Nous croiserons ainsi ceux et celles qui ont fait partie de son entourage proche, et ferons plus ample connaissance avec cette mystérieuse « Hind » au destin tragique, présente sur ces photos qui accompagnaient la lettre de son père et qui apparaît comme étant le fil conducteur de la vie passée de Moshin.
Malgré quelques longueurs dans le récit, il n’en reste pas moins un premier roman que je vous invite à lire, avec ses personnages attachants qui nous transportent de surprises en étonnements, vers un dénouement qui a su conserver la part énigmatique qui l’a habité. – Katie
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Plongée dans le monde d’un quartier populaire de Créteil dans les années 80, dans trois lieux :
-Une grande maison délabrée transformé en habitat communautaire de trois familles maghrébines
-Le quartier « les choux de Créteil », un des premiers grands ensembles parisiens ( illustration du bandeau)
-un lupanar qui se cache derrière un pensionnat pour jeunes filles, tenu par une aristocrate libanaise.
Au milieu de tout ça une jeune fille étrange et lumineuse, son père Mohsin, et toute une ribambelle de personnages dont les plus importants s’expriment dans un chapitre spécifique, revenant, chacun avec son point de vue, sur les évènements de ces années-là.
La construction utilisée par l’auteure est habile car elle permet de plonger toujours plus loin dans la compréhension des faits qui se sont déroulés en 1983.
Hind, elle, ne s’exprime pas ; et Mohsin ne le fait qu’à travers 2 lettres, l’une au début, l’autre à la fin, qui permettent au lecteur de finir de comprendre ce qui s’est passé.
J’ai beaucoup aimé ce livre. Chaque personnage exprime ses propres souffrances avec délicatesse et le lecteur finit par avoir un tableau assez clair de l’époque et des évènements.
L écriture de Bertille Dutheil est limpide et vivante. – Marie-Hélène Fuchy-Poirson
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Un récit que j’ai apprécié et dégusté avec plaisir et un intérêt croissant au fur et à mesure de ma progression. A la mort de son père, Moshin, Lydia découvre une lettre de celui-ci où il s’accuse d’être responsable de la mort de Hind, dont elle ignorait jusqu’à présent l’existence. Elle part sur ses traces et, patiemment, elle va découvrir un pan de la vie de son père qu’elle n’imaginait pas. Lydia va remonter le fil du temps en allant à la rencontre de ceux qui ont connu Hind et Moshin et ont croisé leur destin. Elle découvre ainsi l’existence d’une grande maison délabrée « Le château » où plusieurs familles vivaient en communauté avant que cette maison ne brûle tragiquement ce jour de 1983, éparpillant les survivants qui reconstruisent une vie ailleurs. Pourquoi son père s’accuse- t-il ? pourquoi a-t-il toujours fait preuve de distance à son égard ? Qui était-il vraiment et surtout qui était cette Hind ? Toute une époque est restituée, les immigrés à Créteil dans les années 1970, la guerre du Liban ; pour autant ce sont les gens qui intéressent l’auteure, ce sont eux les acteurs d’une époque parfois agitée, chaotique, dont les choix sont lourds de conséquences pour eux et les autres, empêtrés dans leurs certitudes, leur honneur, leurs mensonges, leurs passions. C’est toute la quête de ce récit savamment mené, romanesque, émouvant dont les personnages sont attachants, le tout documenté, construit et fluide – en dépit de quelques longueurs. Je salue ce premier roman qui a su me captiver du début à la fin. – Nathalie Chartier-Salou
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Lorsque Lydia perd son père, elle retrouve dans ses dernières affaires une étrange lettre, dans laquelle il s’accuse d’avoir commis un meurtre, et des photos, plusieurs photos d’une petite fille, Hind, dont elle n’a jamais entendu parler. Mais qui est Hind ? Comment Mohsin a-t-il pu cacher son existence à sa propre fille ? Lydia se lance sur les traces de cette soeur qu’elle n’a jamais connue, dans un passé à la fois sombre et joyeux au milieu des Choux.
Je tire mon chapeau à cette primo-romancière de grand talent ! A peine les premières pages passées, elle nous plonge dans son univers, dans la vie de Lydia, de Mohsin, elle nous entraîne irrémédiablement vers le Château, à pas de loups, entretenant jusqu’à la fin un suspense insoutenable. Jalons de la quête de Lydia pour retrouver sa sœur, chacun des chapitres donne la voix à un personnage de cette histoire pleine de méandres et de sinuosités. Chacun raconte, par son petit bout de la lorgnette, cette période de leur vie commune, l’installation dans cette bâtisse retapée baptisée pompeusement « Le Château », la liberté des enfants courant dans tous les sens, toujours en bandes, la découverte de la vie pour les plus âgés, les soucis d’argent, les querelles de famille. On a beau savoir qu’une terrible réalité se cache derrière ce joli tableau, Bertille Dutheil nous fait rêver avec cette vie communautaire dérivée des mirages socialistes du siècle dernier.
A travers l’histoire de Mohsin et Hind, c’est aussi toute l’histoire d’une génération immigrée qui ressort, les diplômés maghrébins arrivés en France pour fuir ou se construire un meilleur futur et qui finissent par parvenir difficilement à joindre les deux bouts. Au Château, tous cherchent à conserver leur identité culturelle, les familles arabes comme la vieille dame russe locataire au dernier étage. C’est un roman sur l’entraide, la cohabitation pacifique, et la liberté, où les personnages sont bienveillants et sages, et où le recul qu’ils prennent tous sur leur propre vie nous est salutaire. – Olivia Cheucle (The unamed Bookshelf)
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Une belle histoire avec des personnages très attachants. Je me suis laissée emporter, malgré quelques longueurs, par ce roman découpé en chapitres dans lesquels la voix d’un des personnages retrace la vie en communauté de ces familles d’immigrées, dans ce «Château » sans confort.
C’est de révélation en révélation que Lydia va reconstituer la vie de son père et découvrir celle de la mystérieuse Hind au destin tragique, avec un dénouement inattendu.
Un premier roman réussi avec une écriture limpide et toute en douceur. A découvrir. – Joëlle Radisson
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Ce roman polyphonique à l’intrigue plus qu’alléchante m’a laissée sur le bord. Certaines longueurs de texte m’ont perdue, cherchant en vain l’élément déclencheur, mais rien. Je l’ai lu, je me suis accrochée, mais sans grande conviction. L’histoire est intéressante, peut-être que 200 pages en moins auraient réussi à ne pas me noyer dans ces souvenirs à rallonge. – Héliéna Gas (Mes écrits d’un jour)
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A la mort de son père, Lydia le veille, se recueille et découvre des photos inconnues et une lettre à son intention. Elle savait que son père avait eu une autre fille, emportée par une maladie, mais ne soupçonnait nullement l’existence d’une fillette brune…
Ce roman, remarquablement bien écrit nous fait vivre l’enquête de Lydia, riche en rebondissements et rencontres. En découvrant le passé de son père, elle fera la connaissance de ses amis, de ses voisins exploitant des jeunes filles mais pas de sa sœur adoptive, morte au cours d un mystérieux accident .
Merveilleux roman, très agréable à la lecture, on y parle d’amitié, d’immigration, des banlieues difficiles, de virus émergents, de trafic de stupéfiants, de la vie en communauté, d’exogénose mais aussi d’amour coupable . – Anne-Claire Guisard
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A la mort de son père Lydia, va découvrir cet homme secret qui a vécu plusieurs vies.
Grace à une lettre qu’il lui a laissé, elle va rencontrer les protagonistes d’évènements tragiques arrivés bien avant sa naissance et qui vont éclairer le caractère de son père.
Ce livre couvre énormément de thèmes difficiles sans être plombant pour autant, j’ai eu un peu d mal au début et je me suis finalement attaché aux différents personnages.
La présentation des évènements vécus en commun selon le point de vue de chacun apporte un éclairage intéressant au récit.
Une très belle histoire d’amour interdite mais pas que.
Un joli moment pour moi. – Emmanuelle Coutant
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A la mort de son père, Moshin, un immigré algérien installé à Créteil depuis les années 1970, Lydia est bouleversée par une lettre qu’il lui a laissée, s’accusant d’être responsable de la mort d’un être innocent. A-t-il tué quelqu’un ? Et qui sont cette femme et cette fillette sur les photos ? Ainsi Lydia aurait eu une demi sœur prénommée Hind ? Elle va retrouver les proches ayant connu son père pour reconstituer son histoire. Le récit prend diverses formes, parfois celle de carnets retranscrits. Chacune des grandes parties constitue presque un roman à elle seule.

Sans doute l’autrice a-t-elle ici voulu trop bien faire : l’ensemble est bien trop long, trop détaillé, trop digressif. Si chaque histoire est presque suffisante à elle-même, la cohésion du tout fonctionne moins bien. J’ai parfois hésité à abandonner ma lecture. J’y ai ressenti comme une difficulté de liaison, de roman trop long inutilement.

Pourtant bien des aspects sont intéressants et plaisants à lire, c’est un bon premier roman, mais qui aurait gagné à être davantage épuré, à mon goût. – Laure Alberge (Les jardins d’Hélène)

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Lorsque Lydia apprend la mort de son père, elle ne se doute pas du fil qu’elle va devoir suivre à rebours vers le passé de cet homme qu’elle ne connaissait finalement pas. Elle retrouve parmi ses effets des photos, sur lesquelles apparaissent très souvent une petite fille qu’elle n’a jamais vue. Qui était-elle ?

En essayant d’en savoir plus, Lydia va contacter des personnes pour qui le père, Moshin, et cette petite fille, Hind, appartiennent à une autre vie. Mais chacune son tour, ces personnes vont délivrer ce qu’elles savent et dont elles se souviennent.

Moshin avait quitté l’Algérie avec une femme et une petite fille, Hind. Hind n’était pas leur enfant. Sa mère ne pouvait pas s’occuper d’elle et ils l’ont prise sous leur aile. Une aile qui a pris la forme d’un immeuble de banlieue parisienne, aux côtés d’autres familles d’immigrés. A eux tous, ils formaient une communauté solidaire, comme une grande famille. Avec de l’amour et des disputes, des querelles et des grands repas autour d’un tajine.

C’est toute cette partie de la vie de Moshin que nous allons découvrir, et par conséquent aussi la vie de Hind. Petite fille qui s’est transformée en gazelle et dont la beauté et l’intelligence ont fait tourner les têtes.

J’ai adoré cette lecture, pour plusieurs raisons.
Premièrement, parce que les lectures à tiroirs marchent à tous les coups avec moi. Le roman donne la voix à différents personnages, chacun à son tour. Et chacun raconte ce qu’il sait, remodelant à chaque fois ce que l’autre nous a appris. Les pièces du puzzle finissent par révéler le tableau final, sublime et poignant.
Deuxièmement, parce que Bertille Dutheil m’a fait vivre cette histoire des pieds à la tête. On ressent le récit, des images plein les yeux, des odeurs plein les narines, la peau qui frémit, le coeur qui s’emballe… J’ai besoin de cette immersion pour être fascinée par un roman, et l’auteure a rempli sa mission avec brio.
Troisièmement, parce que Bertille Dutheil a un vrai talent d’écrivain. A l’heure où n’importe qui se prend pour un auteur, heureusement qu’il y a encore des personnes telles que Bertille Dutheil pour faire vivre la littérature. Des personnes qui ont une vraie maîtrise du style, de la construction du récit et de l’intensité d’une histoire.

Je le tiens, mon premier coup de cœur de cette session. – Vanessa (Le jardin de Natiora)

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Pour un premier roman, il faut saluer la maîtrise de l’exercice de style qu’est l’écriture romanesque chez Bertille Dutheil!
Elle donne, avec talent, la parole aux principaux protagonistes de l’histoire dans des chapitres qui évoluent au fur et à mesure que se dénoue l’énigme posée comme point de départ de l’intrigue: qui est Hind ?
Cette question, c’est Lydia qui se la pose. Cette femme vient d’enterrer son père et découvre dans les affaires personnelles de celui-ci des photos où se trouve une fille, dont le prénom est noté au dos: Hind. Elle trouve également une lettre dans laquelle son père s’accuse de l’avoir tuée… Lydia n’a jamais entendu parler d’elle. A-t-elle eu une sœur aînée tenue secrète? Si c’est le cas, pourquoi?
Lydia va remonter la trace de son père, Moshin, immigré algérien arrivé en France dans les années 70 pour travailler en tant qu’ébéniste. Avec d’autres immigrés comme lui, sans le sou et pleins de bonne volonté, il va aménager un lieu de vie surnommé « Le Château » en banlieue parisienne. C’est vers eux que Lydia va se tourner; Mohammed, Ali, Luna, Marqus et Sakina, qui, en remontant le fil de souvenirs enfouis, vont faire revivre le fantôme de la jaune Hind, disparue trop tôt pour connaître sa cadette.
Ce roman polyphonique est tout simplement passionnant. J’ai volontairement fait durer ma lecture car je n’avais pas envie de quitter ces personnages attachants. Les révélations qui se suivent sont vraiment inattendues et il règne durant la majeure partie du récit un suspens incroyable concernant l’histoire de cette « petite » Hind. Les révélations sont souvent étonnantes. De plus, les histoires des uns et des autres s’appuient sur une documentation sociale et historique que l’on devine très solide. – Valérie Lacaille
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Lorsque ce titre m’a été présenté, j’ai noté un adjectif qui prend tout son sens lorsque je fais le bilan de cette lecture : foisonnant.
Que dire afin de résumer au mieux cet ouvrage ?
Les idées me viennent en vrac, autant de mots, de thèmes, de références qui font toute la richesse de ce premier roman hors du commun.
Je pourrais vous dire que le fou de Hind fait référence à une partie d’échec, à deux personnes ou bien à une célèbre légende persane écrite par Majnûn mais ce serait réducteur. Je pourrais lister les thèmes riches et variés qui le composent mais encore une fois je ne saurais rendre justice à ce texte étonnant.
Si un objet pouvait résumer cette histoire je choisirais le diamant, vous savez cette pierre précieuse aux multiple facettes.
Bertille Dutheil a choisi le roman choral pour nous conter Hind et c’est donc sous des angles à chaque fois différents que l’on parviendra à reconstituer la personnalité de la mystérieuse jeune fille.
Une chose est sûre si au fil du temps l’histoire s’estompera mais je garderai le souvenir d’une lecture plus qu’ agréable ! – Clémence Rocton
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Dans la lignée des romans polyphoniques, Le fou de Hind s’impose comme l’une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire. Qui est réellement Moshin Abbas, père de famille doux, aimant mais distant ? A sa mort, sa fille Lydia trouve une lettre posthume, sur laquelle son père s’accuse d’être un assassin, accompagnée de photographies où figure une mystérieuse petite fille, Hind. Elle décide alors de remonter le fil du passé pour comprendre les liens qui l’unissaient à son père…
Parce que nos ancêtres nous racontent, parce que partir à la recherche de nos secrets de famille permet de mieux comprendre ceux que l’on aime, faire la paix avec soi-même et de reprendre sa vie en main ; ce premier roman poétique et mélancolique offre aux lecteurs un bel écrin à la psychologie des personnages qui composent chaque chapitre, jusqu’à l’acmé, LA révélation du secret, nœud gordien du récit, qui saisit le lecteur émotionnellement.
Bertille Dutheil, en véritable orfèvre des mots, a le souci du détail, et c’est peut-être là le seul bémol . Dans un souci d’exhaustivité le roman glisse de l’intime au social avec une description au scalpel des conditions de vie difficiles des immigrés dans les années 70, notamment à travers la vie communautaire au « Château », qui nous éloigne parfois un peu loin de l’intrigue de départ.
Roman psychologique ou roman social ? Les deux peut-être ? A chacun son point de vue !- Catherine Pautigny
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Quand Lydia apprend la mort de son père, elle accourt à la maison de retraite où il vit depuis quelques temps. De ce père aimant mais silencieux, il ne reste qu’un corps à veiller et une boîte remplie de souvenirs… Elle découvre des photos et l’existence de Hind, une petite fille que son père semble lui avoir caché. Mais la dernière lettre de Mohsin va semer le doute dans l’esprit de Lydia et elle part à la recherche de son passé, de celui de son père, et du Château… Dans ce premier roman, Bertille Dutheil nous emmène non pas dans une mais plusieurs histoires de famille. Même si Hind est celle qui les relie toutes, on entend la voix des différents voisins et amis de Mohsin et Hind. Avec une écriture travaillée, fluide, Bertille Dutheil tisse la toile d’une histoire familiale mystérieuse et dont les côtés sombres s’épaississent au fil des pages. La vie de nos parents n’est pas toujours aussi lisse qu’on l’imagine, elle ne débute pas avec nous et ils éprouvent parfois le besoin de se justifier, une fois la mort en approche. Un roman agréable, avec une construction maîtrisée et originale mais dont certains passages m’ont paru un peu trop lents. – Audrey Thion
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Dans les années 70, la ville de Créteil a fait construire un nouveau quartier d’habitation sur une zone maraîchère, autrefois siège de la plus ancienne « choucrouterie » de France. L’idée était d’y faire naître une zone de de logements à bon marché, assurant une certaine mixité sociale mais destinée en priorité aux familles précaires. Ainsi vit-on sortir de terre dix tours aux balcons de forme arrondie, évoquant, plus ou moins, des « choux » qui, apprend-on dans ce livre, auraient dû être végétalisés.
Au milieu de ces tours, existe une très grande bâtisse, au prestige tombé dans le passé, occupé par trois familles arabes plutôt nombreuses et qui s’entassent dans des logements au confort relatif. Ils la surnomment « Le Château ».
Au Château, exception faite de la vieille Adela, Russe réfugiée en France, chrétienne, que les enfants ont rebaptisée Matrena (Petite maman), tous les habitants sont musulmans.
Trois amis se sont cotisés pour acheter la bâtisse, Mohsin, Afkir et Tahar. L’histoire commence par les obsèques de Mohsin et, en un vaste flash back, l’auteure donne la parole à chaque personnage ayant su quelque chose du secret de Mohsin, afin d’ aider sa fille Lydia à déchiffrer le sens de la lettre d’adieu de son père : qu’a-t-il donc de si grave, de si douloureux, à se reprocher ? On sait seulement qu’il s’agit de Hind, sa fille adoptive – dont Lydia n’a jamais entendu parler – qui est morte dans l’incendie du Château.
Certains personnages restent quasiment muets devant les questions de Lydia. L’auteure leur donne alors la parole, comme s’ils nous racontaient à nous leur histoire, leur ressenti, leur analyse du passé. Ainsi revit devant nos yeux toute une page de leur histoire, et partant, de celles de milliers d’émigrés arabes des années 60-70 en banlieue parisienne.
En parallèle, nous découvrons, petit à petit et avec des éclairages divers selon le narrateur, l’existence et la vie secrète d’un pensionnat de jeunes filles libanaises maronites, très « Couvent des Oiseaux », du moins en apparence…sur fond de guerre civile au Liban et de vie des réfugiés chrétiens libanais en France.
C’est très finement observé et raconté avec vie et pittoresque, émouvant et drôle, bien écrit quoique avec certaines longueurs. Une sorte de fresque sociale dont bien des aspects sont encore d’actualité. Le suspens quant au questionnement sur le « secret » de Mohsin en devient secondaire.
Une découverte intéressante. – Evelyne Grandigneaux

Fais de moi la colère – Vincent Villeminot

“ Le soir où les gendarmes me restituèrent sa barque, j’y montai. Je n’avais plus de parents. Pas d’attaches. Une amarre, seulement. Un anneau au port. Un bateau, une barque, un banc de nage. Le labeur nous assigne à un lieu, une condition, une chaîne. J’y demeurai assise pendant une heure. Le port se taisait. Finalement je me penchai par-dessus la lisse et recueillis dans ma paume un peu d’eau d’avril, encore froide, plein de la fonte des neiges. On dit que les noyés parfois s’endorment, yeux ouverts, sans éprouver d’effroi dans un calme de cire. Mon père avait-il eu le temps, lui aussi, de transir ?”

Fais de moi la colere

Subjuguée. Avec cela j’annonce mon amour !!
Le roman débute de façon assez classique : le lac Léman ne rend pas le corps d’un pêcheur. Ismaëlle, sa fille, orpheline à seize ans, décide de le remplacer et monte dans sa barque avec courage malgré son inexpérience.
Dès lors, c’est l’irrationnel, le fantastique, les allégories, les références à la Bible car on verra qu’aucun nom ou prénom n’est choisi au hasard. Là-haut, dans le château abandonné de son père, on dit que « le Fils de l’Ogre » s’est installé.
Ismaëlle va à sa rencontre.
Ce jeune Noir se dit fils de tous les rois tyrans sanguinaires africains. Il porte le poids de leurs crimes auxquels il a assisté. Il est hanté par les visions du sang des génocides.
Il n’est qu’hallucinations, imprécations en grandes envolées lyriques.
Pour se sauver, pour sauver les hommes pervertis par l’argent, l’avidité de posséder encore et encore, il doit tuer le monstre Mammon qui génère cette cupidité et la richesse accumulée des banques Suisses.
Que l’auteur me pardonne, je ne sais pas exprimer mon ressenti.
Ce cri d’alarme angoissé contre notre civilisation perdue est saisissant. Poétique et désespéré.
J’aime les contes et les mythes.
J’ adresse tout mon admiration pour le travail d’écriture. – Mireille Le Fustec

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Fais de moi la colère n’est pas exactement le premier roman de Vincent Villeminot. Bien connu des lecteurs de littérature jeunesse (en particulier Young Adult), il fait ici son entrée en littérature “adulte », avec un roman magnifique, envoûtant, une plongée dans une histoire étrange, écrite dans une langue incandescente. Ismaëlle vit sur les bords du Lac Léman. Sa mère est morte en la mettant au monde, et son père, pêcheur, disparaît un jour, emporté par les profondeurs du lac. Brusquement, des corps sont découverts, remontant à la surface. Deux, puis trois, puis des dizaines. Les jours, les semaines passent, et le lac enfante toujours plus de cadavres, attirant toutes les curiosités malsaines. Mais Ismaëlle ne veut pas renoncer. Alors, seule et déterminée, elle continue de braver la malédiction qui semble s’être abattue sur les rives du lac et sur ses habitants. Quand tous les autres se réfugient derrière leurs peurs, Ismaëlle, elle, reste. Et s’apprête à vivre la plus intense et la plus passionnée des aventures… Inutile d’en dire trop, c’est un livre qui se vit avec tous les sens en éveil. Voyez plutôt la langue magnifique avec laquelle Vincent Villeminot vous happe et vous emporte.
« Les lacs creusent-ils partout dans les âmes une folie, un appel à la fosse ? Les âmes, partout, s’en trouvent-elles possédées ? Les grands lacs m’effraient. »
« Ici, il y a des chiens, des vrais, des chiens resplendissants. » – Amélie Muller
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Une entrée dans cette rentrée littéraire coup de cœur et claque véritable…. Un livre récit mêlant poésies, métaphores, récits de vie, histoire d’amour, fantastique, tragédies modernes et assez exceptionnel dans la maîtrise du récit, la qualité du vocabulaire et les caractères des personnages et de leur contexte. Conte épique et philosophique.
Comment deux personnages hors normes, aux origines parentales tragiques et complexes vont se sublimer et se transcender dans un monde où argent, égocentrismes, massacres ethniques, travers politiques colonialistes et technologies écrasent le genre humain. Un fantastique appel à se libérer des contraintes de nos sociétés modernes. Beaucoup de choses dans ce récit dont la qualité littéraire et intrinsèque me font classer cet auteur dans le répertoire de mes auteurs favoris ; Barjavel, Gaudé, Ferrari entre autres. – Olivier Bihl
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Voilà exactement le genre d’expérience que j’espérais vivre en participant aux « 68 premières fois » : découvrir la beauté d’un roman vers lequel je n’aurais pas été spontanément, que je n’aurais pas acheté ou choisi par moi-même. A priori : « Ce n’est pas ma tasse de thé » et après-coup: « Quelle chance de ne pas avoir raté ce livre! ».

Ismaëlle est une âme perdue: elle n’a pas connu sa maman, morte en la mettant au monde. Elle a seize ans. Le bateau vide de son papa pêcheur, puis son corps, sont retrouvés dans le lac Léman, au bord duquel ils vivaient à deux. Orpheline, elle grandit brutalement. Elle va à la rencontre d’Ezéchiel, le fils de l’ « Ogre ». Elle le reconnaît sans l’avoir jamais vu. Il est aussi une âme perdue. Il est né d’une blessure semblable à la sienne, mais dans un tout autre contexte. Entretemps, un mystère plane autour du lac: des cadavres par dizaines, puis par centaines, affleurent chaque jour à la surface, venus d’on ne sait où. Ezéchiel, lui, il sait, comme il sait que le temps est venu de son inévitable confrontation à Mammon, l’immonde bête venue se nourrir de ces mêmes cadavres. Il la poursuit depuis une vie mais là, il ne va peut-être pas l’affronter seul…

« Fais de moi la colère » (quel titre magnifique!) est plus qu’un conte moderne, c’est une allégorie foisonnante de notre humanité.

Le style est épuré mais débordant de poésie. Chaque mot, chaque phrase, chaque court chapitre: tout est précis et en même temps d’une grande densité. Les interprétations, les symboliques, les clés de lecture sont multiples, innombrables facettes d’une même pierre précieuse, taillée avec une précision d’orfèvre. Tout y est, sans être nommé: les relations entre l’occident et les pays dits « pauvres », les génocides, les dictatures, le capitalisme effréné qui nous souille, la maternité, la difficulté de la  rencontre du féminin et du masculin, la mesquinerie et l’héroïsme, la sexualité et la violence, l’horreur et l’espoir, l’absurdité et la joie d’être vivant.

Impossible de déplier toute la richesse du contenu sans le réduire et le figer, ce livre ne mérite pas un tel traitement. D’autres lecteurs y découvriront d’autres niveaux, à des profondeurs différentes, ou l’inverse de ce que j’ai cru y trouver; d’autres encore passeront plus ou moins à côté, peut-être déstabilisés par le singulier mélange de réalisme et de mystère. Charlotte Milandri (une des « fées », comme les chroniqueurs habitués les appellent, à l’initiative du projet) me l’avait écrit dans le petit mot qui accompagnait le livre: « …un roman pour lequel il fait déposer les armes et laisser faire la magie! »

En effet: Il faut plonger dans les pages comme Ismaëlle et Ezéchiel plongent dans le lac Léman : nus et assoiffés, nos idées préconçues laissées au bord de l’eau, à côté des vêtements. Malgré la crainte des corps inanimés, de la bête, de la vase, des crocodiles, allez-y, c’est beau et plein, revigorant et purifiant. Le lac est un centre névralgique de l’histoire: nous ne nous en éloignons jamais vraiment, son eau est tour à tour liquide amniotique, paradis transparent, vase ignoble d’où surgit la mort; miroir et fosse, source et perdition des hommes, des femmes et des fantômes. Mammon est la bête du lac et aussi la bête du ventre, le ventre de chacun d’entre nous, monstre archaïque qui se nourrit du potentiel destructeur présent en chaque être humain. Personne n’est indemne, personne n’est innocent. L’alliance vitale d’Ismaëlle et Ezéchiel leur permettra-t-il de livrer l’ultime combat, et d’y survivre?

N’allez pas trop vite! Relisez les phrases, les passages, les dialogues et laissez éclore la multitude d’images et de réflexions qui surgissent et vous traversent.  Puis il sera temps de tourner la dernière page, de laisser aller Ezéchiel et Ismaëlle, sorte de couple mythique, d’Adam et Eve de notre époque: ils nous montrent tout le bien et tout le mal et nous laissent, grandis, à nos propres combats. – Chiara Aquino (Chiccacocca un peu de)

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Vincent Villeminot est de ces auteurs qui osent. Là où d’autres s’emparent du réel, d’un quotidien, d’une histoire et les colorent de leurs mots, les enchantent de leur petite musique, lui, force les frontières, décloisonne l’imaginaire, s’approprie le fait divers et use de poésie comme si ce genre n’avait pas été remisé du récit épique depuis l’Odyssée !
Sa mer à lui a les contours fermés du lac Léman dont on imagine, à tort, qu’il n’a d’autre utilité que de donner un but de promenade à de vieilles jambes fatiguées ou à des ventres repus. Ce lac-là a des ambitions océanes, il a ses pêcheurs, ses bêtes secrètes, ses tempêtes et ses morts, il a ses histoires et ses secrets qui valent bien ceux des grands espaces marins. Par leurs parents, par leur histoire, Ismaëlle et Ezéchiel appartiennent à ce lieu dont ils ont hérité les rites, les mythes et les contraintes, en plus de l’immense solitude dans laquelle ils évoluent et qu’ils finiront par unir brièvement dans un combat à la vie à la mort contre une peur plus grande qu’eux.
Je tire sincèrement mon chapeau à Vincent Villeminot et aux Escales d’avoir osé faire le pari du lyrisme et du roman symbolique, presque fantastique où la poésie est reine et fait la part belle à de nombreux fantasmes entre vie et mort, néanmoins…néanmoins si certains passages m’ont particulièrement emportée et touchée par leur acuité et leur justesse, il m’est arrivé d’être rassasiée de poésie, d’images et de symboles jusqu’à la nausée et d’aspirer à cette salutaire simplicité qui, parfois, génère tant de beauté – Magali Bertrand
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Subitement orpheline, Ismaëlle décide d’honorer la mémoire de son père en choisissant la pêche comme moyen de subsistance, comme moyen de survivre. Jusqu’au jour où les corps envahissent le lac Léman, des centaines de cadavres qui remontent sans que personne ne sache d’où – phénomène étrange qui coïncide avec l’arrivée en ville du fils d’un dictateur africain cannibale, venu pour tuer Mammon, la Bête.
Conte initiatique ou véritable roman ? Difficile à dire. Tout commence comme un bon vieux roman, une jeune femme seule au monde tenant de survivre au quotidien, traînant sa peine, l’expulsant à coup de mots tranchants. Puis surgit Ezéchiel, cet homme noir, aux passés multiples, unique représentant de l’héritage maudit des dictatures passées. Est-ce un personnage ou un symbole ? Ismaëlle est-elle tombée amoureuse d’un homme ou d’une idée ? Impossible de trancher, le récit prend une tournure radicalement différente une fois qu’Ezéchiel a fait son entrée. Les dialogues sans queue ni tête remplacent le texte puissant et poétique du début, l’intrigue se fait touffue, compliquée. Les difficultés d’Ismaëlle, sa solitude, sa découverte du plaisir sont autant de thèmes qui m’ont d’abord parlé, j’ai apprécié les premières pages, malgré le froid détachement du personnage par rapport à sa situation. Mais la suite m’a complètement dépassée.
Dans la deuxième partie, je n’ai pas l’impression d’avoir lu l’histoire de deux personnages, mais une sorte de poème long et mystique où tout est métaphore, rien n’est vraiment dit, tout possède un second sens caché, indéfinissable. Les thèmes de la corruption, du blanchiment d’argent, du génocide reviennent de manière systématique, avec en fond une critique plus large du capitalisme, de la cupidité sans fin (« Greed ») – Mammon est-elle le symbole de cette gangrène qu’il faut éradiquer en lui ouvrant le ventre ? Ezéchiel est-il un ange vengeur descendu près du lac Léman pour libérer les hommes de leurs crimes ? A moins que ça n’ait été pour les punir ? Il semblerait qu’il y ait quelque chose à comprendre, pourtant je suis restée très en dehors de cette histoire, incapable de percer la couche superficielle d’un récit imperméable à toute interprétation. – Olivia Cheucle (The unamed bookshelf)
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Le titre de ce roman n’est pas innocent, il nous plonge d’emblée dans des émotions très fortes. La naissance d’Ismaelle est la cause de la mort de sa mère, d’où un manque affectif terrible pour l’orpheline. Plus tard, c’est son père, pêcheur de son état, qui disparaît dans les flots du lac Léman, alors qu’elle n’a que 16 ans. Seule femme au milieu des hommes, elle se met à pratiquer la pêche, l’un des métiers les plus physiques et les plus durs. Elle découvre son corps, le sexe, un peu ordinaire, avec un garçon dans son environnement immédiat. Et puis elle rencontre enfin Ezéchiel, jeune homme noir, fils d’un dictateur africain, qui vit dans les ruines de son palais. Ce roman est truffé de références mythologiques et bibliques, il raconte la lutte entre le Bien et le Mal absolu. Les morts flottent à la surface du lac, comme les cadavres des massacres au Rwanda, que l’on jetait à l’eau. La vie et la mort sont constamment entremêlés dans ce roman : à la façon dont sont décrits les riverains du lac, on se demande s’ils ne sont pas déjà morts, indifférents qu’ils sont à ce qui se passe autour d’eux, satisfaits de leur petite vie étriquée et égoiste. Ce roman est dérangeant, il m’a chamboulé, déstabilisé, emporté, troublé. Le souffle poétique qui l’anime est unique , l’auteur a mis plusieurs années à l’écrire , les mots ne sont pas choisis au hasard. Il n’est pas certain que j’aie compris toutes les références mythologiques que ce texte comporte, mais une chose est sûre, la Beauté en est incontestable . – Michel Carlier
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Comme une mélopée africaine, une incantation pour que meure la Bête… deux voix se parlent, murmurent, tremblent ensemble ou expliquent. Celle d’Ismaëlle, jeune fille qui porte la vie en elle mais aussi la mort, la mort de sa propre mère, à l’heure de sa naissance, comme si elle avait tué celle qui l’engendra. Et la mort de son père, le Pêcheur, parti sur les eaux du Lac Léman et qui n’en est pas revenu.
Lui répond la voix d’Ézéchiel, le fils de l’Ogre, qui vit de l’autre côté du lac, en Suisse, et qu’elle va rejoindre dans la barque du père, chaque soir. Ezéchiel, jeune héros noir, impressionnant de force physique et de solidité mentale mais abîmé lui aussi par une histoire familiale insoutenable. Il est le fils de l’Ogre, synthèse des dictateurs africains. L’image se dessine d’un tyran au chapeau en peau de léopard, sur les bords du lac Victoria, ou dans la ville de Goma. Mobutu, République démocratique du Congo, Kabila et Bokassa en RCA et les autres dictateurs africains font aussi partie de la lourde ascendance symbolique d’Ézéchiel.
Comme s’il portait en lui le poids de toutes les horreurs faites aux hommes, des mots d’allemand viennent se glisser parmi les lignes avec les marques du nazisme. L’horreur n’a ni patrie ni couleur de peau.
Il y a danger à lire ce livre, danger de fascination devant la force des images évoquées qui vous feront rager si, comme moi, vous ne savez tenir ni un crayon ni un pinceau, tant est fort le désir de porter sur le papier la magie des images. Danger de vous métamorphoser subitement en slameur, en rappeur, tant est fort le désir, après avoir lu à voix haute, d’y mettre le phrasé d’un Grand Corps malade – pour ne citer que lui. Alors que, septuagénaire et ex-prof de lettres vous vous pensiez aux antipodes de cette technique, définitivement marquée par l’alexandrin.
Mais le rythme s’impose, la phrase se scande, les images se répondent, les rimes intérieures sont évidentes. Il ne manquerait plus que, dans un prochain roman, Vincent Villemot me convertisse au langage SMS…
Et puis, il y a le fond. Cette dénonciation de la Puissance de la finance (en anglais : Mammon, le nom de la Bête qui se tapit sous l’onde glauque), de la cupidité jamais assouvie (Greed, en anglais), cause de tous ces cadavres qui remontent de la vase jaune du fond du lac Léman, rejetés des coffres secrets, rejets de tout ce qui fait l’humanité et qui vient créer le doute chez l’athlète africain : suis-je un Homme, un Ogre, moi l’enfant des monstres ? Question que se pose Ézéchiel, le Héros noir, envoûté par la si pure et si passionnée Ismaëlle.
Il y a là une profondeur de réflexion, servie par une capacité extraordinaire à dire, à suggérer, à émouvoir.
Un livre dont ne sort pas indemne, qu’on a juste envie de cacher pour le ressortir plus tard et, encore et encore, succomber à son charme.
Michel, un autre lecteur des 68 premières fois, m’avait écrit qu’il s’attendait à ce que ce livre me plaise et me secoue, comme ce fut le cas pour lui. Bien vu Michel ! Et merci de ta si jolie carte. – Evelyne Grandigneaux
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Mais quel est donc cet O.V.N.I. littéraire?
Je connaissais la plume certes envoûtante mais efficace de Vincent Villeminot par le biais de ses écrits pour la jeunesse (Ah! Magnifique « U4 – Stéphane »!), or, ici, je n’ai trouvé que récit éthéré, évanescent au point d’en devenir incompréhensible!
Pourtant, le début était prometteur : une jeune fille, Ismaëlle, se retrouve seule, après la disparition de son père sur le lac Léman. Sa mère ayant succombé lors de sa naissance, elle va devoir subvenir seule à ses moyens à l’aide de la barque paternelle. Sauf qu’à dix-sept ans, la jeune fille a d’autres préoccupations, dont la découverte de sa sexualité… La plume est alors poétique, mais le récit ancre les faits dans l’histoire d’Ismaëlle avec clarté.
Puis voilà que surgit un monstre mythologique, Mammon, qui représente l’avidité. Et puis c’est un homme noir, Ezéchiel, qui apparaît. Et c’est alors que le récit se brouille entre fantasmes de parricide, d’homme tueur de crocodiles et autres monstres. L’écriture s’emballe entre les exclamations du rire sardonique d’Ezéchiel (comme ces « Haw ! Haw ! Haw ! » m’ont agacée !) et récit onirique. Personnellement, je n’ai presque plus rien compris et mon jugement sur ce livre en a, forcément, pris une tournure négative. – Valérie Lacaille
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Parler de « Fais de moi la colère » est narrer ses émotions, exprimer ce qui ne s’exprime pas mais se ressent au plus profond de soi, secoue, fait ressurgir de multiples images et conflits, amours et douceurs, désirs et beautés sauvages quasi primaires. C’est indéniablement un roman qui se vit dans sa chair, ses entrailles, engloutit et relève, farfouille et donne à apercevoir la folie humaine, la quête des sens, de l’humanité.
Il nous happe, nous emporte loin des rivages, de nos rivages, vers des fosses inexplorées, là où la bête, la sauvagerie, sommeille en nous, en l’homme. Il est un Léviathan, un monstre marin dont on ne connait la tête, sa monstruosité et qui surgit des enfers, se révoltant contre l’homme et sa quête absolue de convoiter les biens, l’orgueil.

« Sommes-nous tous ainsi, habités par des monstres ?
Sommes-nous encore des hommes et des femmes ?
Sommes nous pires que cela ou simplement cela ? »

Mais ce qui fait la force et l’attractivité insondable de ce roman, est la beauté de l’écriture, ce tour de poésie qui marque chaque page, donne cette envie d’écrire chaque phrase dans un carnet et de le refermer pour le relire quelques temps après, voir ressurgir la tendresse qui se glisse entre les mots, l’amour et la douceur, le feu et l’eau, la sauvagerie et la délicatesse.
C’est une insatiable narration, un mythe moderne emplit d’une poésie qui ne dit pas mais se lit, se relit, se glisse dans les méandres d’un chuchotement et éclabousse, explose par sa prose, sa langue, ses éclats. Vincent Villeminot ose où personne ne s’aventure, où personne n’ose glisser et donner du sens, un sens.
Il y a du sublime, un lyrisme fulgurant, une ode à ce quelque chose que l’on n’arrive pas à nommer et qui hante longtemps la lecture. Il y a comme un univers empli de merveilleux, de chimères, de monstres humains, une colère? un désir gonflant les entrailles, donnant la vie.

Fais de moi la colère… Un roman qui me hantera longtemps, qui restera ce quelque chose dont on ne sait écrire, parler, nommer mais qui se lit, se vit par tous ses sens, se ressent comme on peut ressentir cette colère impérieuse, nécessaire qui redonne vie. Un roman qui ne peut laisser insensible, qui fait qu’on s’y noie et/ou on réapprend à affronter la vie, ses désirs, sa révolte et sa douceur, son amour.

Un roman comme un baptême, une renaissance, une révélation.
Un roman vénéneux comme peut l’être la vie.  – Sabine Faulmeyer (Le petit carré jaune)

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Ismaëlle n’a jamais connu sa mère, morte en la mettant au monde. Elle grandit dans une cité lacustre avec son père, pêcheur, qui le soir lui lit Moby Dick. Un jour, les gendarmes viennent la chercher au collège, la barque de son père a été retrouvée dérivant vide sur le lac. Se retrouvant orpheline à 16 ans, elle décide de quitter l’école pour reprendre le bateau de son père et s’initie à la pêche, aux filets à remonter, à la difficulté de ce métier et à la sexualité. D’abord observée par les autres, elle est peu à peu acceptée. Mais un jour se sont des dizaines de corps que l’on retrouve flottant sur le lac, puis des centaines. Personne ne sait qui ils sont ni d’où ils viennent. Chaque jour ramène son lot de corps à la surface. Au même moment, plus haut sur la colline, s’installe dans l’ancien palais d’un dictateur africain, le fils de celui que l’on surnomme l’Ogre. Ancien enfant soldat, Ezechiel est géant et sa peau est sombre. Se noue alors entre Ismaëlle et lui un lien indéfectible, mélange de sagesse et de tristesse. Un jour, Ezechiel demande à Ismaëlle de le conduire sur le lac afin d’y tuer la bête qui y sommeille, Mammon. Vincent Villeminot nous offre un texte initiatique, métaphorique au doux parfum mythologique. Malgré une écriture poétique, ce roman n’a pas trouvé écho en moi et j’ai eu du mal à comprendre où l’auteur cherchait à nous emmener. – Amélie Descroix

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Original, par son style télescopé, haché (j’ai pensé à des notes jetées sur un carnet en vue d’un prochain récit, avec parfois de belles fulgurances, des réflexions touchantes), suscitant la curiosité avec une histoire mystérieuse, qui donne envie de poursuivre la lecture, un thème intéressant, la colère qui définit certains êtres, profondément enfouie en eux. J’ai deviné des parallèles entre la mère absente et un lac omniprésent aux allures de mer intérieure, d’où jaillit monstre et cadavres. Et puis … Et puis tout s’est mélangé, les dictatures africaines et leurs massacres, la cupidité des hommes, l’hypocrisie des nations capitalistes, les rêves de rédemption … Je suis restée sur ma faim, la vase a envahie le lac, troublant les eaux et m’empêchant de comprendre la fin de l’histoire et la finalité du récit.
Il doit y avoir des clés qu’un lecteur non averti, comme moi, ne possède pas, des allégories et des métaphores que je n’ai pas su interpréter. – Adèle Binks
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Comment poser des mots sur le sublime ? Comment ne pas être fade face à la puissance de ce texte ? Le titre déjà évoque tant de choses et résonne chaque jour en moi.

La colère et le désir (n’est-ce pas là les deux facettes d’une même émotion et du même sentiment ?) sont sublimés par une langue magnifique et puissante, qui ne peut laisser le lecteur sur le quai.

Ce roman emporte et submerge. Même à la deuxième lecture, il se révèle encore. On voudrait le scander ou le murmurer. On aimerait qu’on nous le raconte, comme ces contes qui empêchent de dormir tant ils sont forts.

Le monstre, servi par une langue éblouissante qui le rend encore plus violent et plus présent, bouscule sauvagement, il percute et éveille les consciences.

Ismaelle, Ezechiel. On y croisera Moby Dick et ce qu’il dit des hommes et de la fureur, du monstre qui nous dépasse et que pourtant nous nourrissons.

Je ne trouve pas la distance suffisante pour porter ce texte, j’espère juste qu’il saura rencontrer ses lecteurs. Il est exigeant et sort des chemins tracés, il est inoubliable par ce qu’il provoque. Vincent Villeminot se saisit du monde et nous le livre avec une langue nouvelle et originale, qui embrasse les mots comme les êtres pour les porter plus haut.

Ce roman est une merveille.

La force du langage peut tout, tout dire et tout montrer. Sommes-nous prêts à l’entendre ? – Charlotte Milandri (L’insatiable)

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Ismaëlle, jeune fille orpheline de mère morte en la mettant au monde et un père pêcheur, noyé dans le lac Léman, qui décide de suivre les pas de son géniteur . Elle rencontrera Ezéchiel, fils d’un dictateur Ougandais au moment où des cadavres affluent quotidiennement sur le lac . A eux deux, ils vont vivre intensément un rite initiatique.
Que dire de ce roman qui ne se raconte pas , qui se lit, qui se vit , qui nous prend aux tripes, qui nous nous dévore comme les monstres de cette histoire.
Que de poésie dans ces pages, dans ces métaphores, dans cette écriture qui nous font penser aux plus grandes légendes, aux plus grands textes sacrés, mais aussi par sa musicalité, aux grands opéras romantiques.
Un livre rare avec une langue inventée, qui à chaque relecture nous fera découvrir d’autres secrets. – Philippe Hatry
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Ismaëlle, Ezéchiel.

Histoire lue dans un souffle.

Vincent Villeminot écrit aussi pour les adolescents et je vois très bien comment il peut les attraper dans les filets de son écriture.

Quand j’ai refermé ce livre, cette lecture m’a fait retourner vers mon adolescence et à la lecture exaltée des « Nourritures terrestres » de Gide et de son personnage Nathanaël.

Voilà une écriture exaltée mêlée à du fantastique, cette bête énorme, mangeuse de cadavres, tapie au fond du Lac Léman que les deux héros vont aller chasser sur leur petit bateau plusieurs jours de suite. Le portrait d’Ezéchiel, africain, offre une image extravagante du diable auprès de cette population autochtone.

J’ai apprécié le personnage de cette jeune fille de 17 ans, Ismaëlle qui prend sa vie en main au décès de son père en reprenant son travail de pêcheur sur le lac. Elle affronte comme son père la Solitude.

Ce livre est une aventure à vivre. J’ai beaucoup aimé ce style d’écriture qui vous emmène dans un tourbillon : des petits moments de prose essentiel, des textes plus longs où on se retrouve dans l’histoire et l’action, les monologues intérieurs des personnages, des dialogues, des phrases courtes. Tout cela crée un rythme qui nous fait varier les moments de lecture. – Chantal Guérinot (Voyage au bout de mes livres)

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Un livre atypique, hors du commun, que j’ai lu jusqu’au bout. Un bon début prometteur et puis…il y a eu tous ces morts qui remontaient du fond du lac, un africain dont le père est un ogre responsable de génocides, et la bête mystérieuse Mammon…et voilà je n’ai plus rien compris, j’étais dans la brume du lac !! Trop de métaphores, je n’ai pas adhéré, peut-être par manque de référence mythologiques.
Dommage car j’ai trouvé le style léger et poétique, les chapitres aérés.
Je pense que ce livre n’était pas pour moi et ne m’a apporté aucune émotion. – Joëlle Radisson
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Ce n’est pas un roman, c’est un exercice littéraire autour de plusieurs thèmes : l’eau, la mort, le désir sexuel, l’argent sale.
C’est assez morbide à cause de ces morts qui remontent à la surface du lac et de cette bête immonde qui vit dans ce même lac.
C’est le désarroi d’une jeune fille qui se retrouve orpheline et cherche à être aimée.
C’est le fils de l’ogre, personnage mystérieux aux pouvoirs étranges, dont la jeune fille aimerait tant être aimée.
C’est tout cela ce livre, qui, heureusement, est présenté dans une mise en page très aérée et sur du papier épais. Ce qui fait que les pages se tournent vite ! Je ne suis pas assez experte de la valeur littéraire d’une œuvre pour avoir été convaincue. – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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Tous deux sont nés dans le sang. Non pas celui d’une naissance que l’on affronte comme un passage, mais comme un combat. Leurs dents invisibles, leurs membres, leurs corps ont déchiré le ventre de leur mère. L’un est le fils d’un dictateur africain, l’autre fille d’un pêcheur. L’un est noir, l’autre est blanche. Les deux reflets d’une même pièce. Ismaëlle arrive, avec sa joie de femme, son envie de remplir son ventre, d’amour, d’autres choses, ses appétits, ses désirs qui la dévorent. Ezéchiel cherche une échappatoire, une Bête mystique, Mammon, le greed, allégorie fantasmée d’un pêché originel et perpétuel. Tous deux se lancent à sa poursuite, dans leur ventre, dans leur chair, dans l’eau du Lac Léman, dans les lumières de la ville. Ils se racontent, se complètent, s’acharnent. Ils se soignent aussi.
Il y a dans leur récit comme une poésie, un conte antique, une épopée extraordinaire contre des léviathans, des monstres marins qui n’en sont pas, des créatures qui dévorent. Partout autour des centaines de cadavres. Le Lac Léman comme un miroir de l’océan du monde, brumeux, ensanglanté, et toujours cette créature, métaphorique, immense, capable de les engloutir tout entier. Moby Dick revisité, Vincent Villeminot nous livre un récit hanté, parfaitement maîtrisé, à l’écriture difficile et singulière.

Ils sont deux. Deux à parler. D’abord Ismaëlle, qui se découvre et se redécouvre, elle et son « père-mort », elle et sa « mère-absence », femme, corps, sorcière. Désir. Mais femme d’abord. Avant tout. Qui voit les flammes danser dans le palais aux courants d’air et qui s’y rend avec tout son courage pour y rencontrer « l’Ogre », le « Nègre ». Elle m’a semblé plus proche, moins irréelle, un personnage à incarner, à contempler. Petit à petit leurs voix se mêlent, monologues ou dialogues, et à ses bonheurs fugaces, à sa joie presque enfantine, se lient la noirceur, les batailles et les guerres d’Ezéchiel. Matricide. Enfant-roi. Enfant-bâtard. Qui éventre les crocodiles dans les fosses, qui tient les manteaux des femmes que son père prend, dévore de l’intérieur, dans lesquels ils s’épand de tout son saoul jusqu’à les briser, qui devient le « Héros Nègre », qui a tué des démons et qui cherche à tuer le Monstre. A travers sa voix, à lui, se révèle un univers plus sombre, plus dangereux, plus concret aussi. Pour autant son langage se fait plus compliqué, plus métaphorique encore, et l’on doit chercher, encore et toujours les symboles et leurs sens.

Les symboles. Ce roman en est pétri. Rien que par sa bête, Mammon : la richesse matérielle dans le Nouveau Testament, le Veau d’or dans la Torah, l’avarice dans la religion catholique. Cette avidité, ce greed qui nous ronge, nous laboure le ventre. Mais aussi par beaucoup d’autre. L’amour se fait euphorie, le Lac Léman s’est transformé, le Palais des Courants d’air pillé, les banques, la neige… Tout fait sens et il faut parfois chercher, longtemps, pour comprendre. Ou pas. Se laisser porter par les sons, les mots, les phrases, qui sont parfois d’une beauté à couper le souffle. Une poésie.

Je ne dirais pas que sa lecture fut facile. En cela il est sans doute d’ailleurs difficile pour moi de parler de ce roman, pas sûre d’en avoir compris tous les sens, pas sûre d’en avoir envie non plus. Il faut parfois se laisser porter et c’est ce que j’ai fait. Beaucoup seront réfractaires à cette lecture et je les comprends tout à fait, mais si vous lui laissez une chance de vous emporter, peut-être, alors, pourrez vous voir la magie de sa prose. – Enora Pagnoux (Les dream-dream d’une bouquineuse)

 

 

Deux stations avant Concorde – Peire Aussane

« Le mouvement des passagers dans le wagon m’oblige à le frôler pour sortir de la rame. J’avance sans réfléchir. Rien d’autre que l’intensité de ce face-à-face encore vivant ne peut s’infiltrer jusqu’à mon cerveau. Je m’en remets au rythme de mes pas qui m’éloignent de lui. J’écoute cette musique pour éviter de penser. Cette musique est celle de ma survie, ou de ma plus belle erreur. »

Deux stations avant concorde

Pour ses débuts, Peire Aussane a réussi un très joli roman qui raconte avec une plume légère et sensuelle l’odyssée d’une artiste-peintre qui va s’envoler pour Tokyo où elle trouvera des réponses aux questions qui la hantent.
« Plus que deux stations avant Concorde, où je change de ligne. Deux minutes d’une magie délectable. Une éternité. Je prends le temps d’observer les traits de ce visage ami. Je contemple la manière dont ils se meuvent les uns par rapport aux autres. Ils dansent ensemble, une danse en forme de prière. Son regard est tranquille et vaillant. Si ses yeux parlaient, ils auraient une voix douce, un débit mesuré et un accent discret. Ils sont légèrement plissés et sa peau hâlée me parle d’Orient. » Voilà comment une rencontre dans une rame de métro va changer la vie d’Ève, même si ce regard insistant posé sur elle ne dure que quelques minutes, car la narratrice de ce superbe premier roman à une correspondance à prendre pour retrouver Alix, sa meilleure amie. Mais tout comme elle a de la peine à quitter les tableaux qu’elle peint lorsqu’elle est dans sa phase créative, elle conserve l’intensité de ce face-à-face et cette sensation d’abandon, de don total de soi pour ce bel inconnu. Elle ne se rend d’ailleurs pas compte que son portable disparaît à ce moment.
Résidant près d’Arles avec son mari Antoine et ses deux enfants, elle profite de quelques heures de liberté pour visiter l’exposition Soulages au Centre Pompidou et déjeuner avec Alix. Car ses parents sont ravis de s’occuper de leurs petits-enfants. Quant à Antoine, spécialiste des parfums, il est à Moscou où ses talents de «nez» sont demandés pour la création d’une essence à base de caviar. Après avoir raconté à Alix cette troublante rencontre et la perte de son portable cette dernière promet de le localiser. Elle y parviendra et pourra annoncer à Ève que son téléphone se promène désormais à Tokyo, ajoutant qu’elle y voit une invitation du voyageur croisé dans le métro. Ève choisit de partir pour la capitale japonaise. Outre son téléphone, elle entend profiter de son séjour pour tenter de retrouver les traces de ses grands-parents, exilés dans l’Empire du soleil levant après leur divorce.
Préférant le romantisme à la vraisemblance – mais dans un roman l’imaginaire a tous les droits – Peire Aussane va conduire Ève dans une fumerie d’opium où une vieille dame viendra lui parler de sa grand-mère, va lui faire retrouver son téléphone et l’inconnu du métro et même lui offrir la possibilité, en regardant par la fenêtre, de voir s’éloigner le taxi d’Alix. Mais n’en disons pas davantage, sinon que l’on prend beaucoup de plaisir à lire ce roman qui fait la part belle aux sens. La vue, essentielle pour un peintre, l’odorat essentiel pour un «nez», mais aussi le goût, le toucher, le goûter et l’ouïe permettent au lecteur de ressentir les émotions et de se laisser embarquer dans ce conte qui, à l’instar du taïso («préparation du corps»), cette gymnastique douce japonaise dénoue les énergies et vous fera vous sentir bien. – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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Un récit qui s’ouvre sur une douleur physique et un amour fusionnel entre Eve et Antoine. Eve est peintre et ressent un besoin viscéral et vital de peindre qui peut aller jusqu’à la faire souffrir. Elle peut compter sur le soutien et l’amour d’Antoine. Son amour pour Eve est profond, sincère mais comporte des zones plus complexes, plus secrètes, « un accord silencieux  » entre eux deux. Soudainement Eve va commettre une folie, que beaucoup rêverait de commettre ! Au hasard d’un regard échangé dans le métro, deux stations avant concorde, elle sait qu’elle doit partir, spontanément, instinctivement, cette rencontre la pousse vers Tokyo. Elle sait qu’un jour ou l’autre cette ville lui aurait été inévitable car liée à l’histoire secrète de sa grand-mère et à ce tableau qu’Eve a peint le jour de sa mort qui reste comme une énigme pour elle. Alors cette fuite vers le Japon est une évidence, une nécessité, pour réveiller ce secret trop longtemps endormi, se retrouver, s’accomplir. Elle y découvrira ce qu’elle ignorait, la liberté, l’exaltation et y vivra des émotions jusqu’alors inconnues. Elle y apprendra à se libérer des codes et à ressentir pleinement sa vie.
Peire Aussane dans ce premier roman nous raconte avec douceur et sensualité une histoire d’abandon de soi, car nos vies souvent mesurées et contrariées nous font parfois oublier de nous accomplir. A lire pour son pouvoir libérateur et la douce lumière qu’il dégage. – Sandra Moncelet
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Deux stations avant son changement de métro à Concorde, Eve croise le regard « pur et transperçant » d’un homme dans sa rame. Plus rien ne sera jamais plus pareil pour cette mère de famille qui vit à côté de son âme, qui peine à embrasser la vie, à se délecter de ses moindres plaisirs. Sa rencontre furtive avec ce bel inconnu va l’obliger à remettre en question tous ces principes et partir dans la plus belle aventure qui soit : en quête d’elle-même. Elle va ainsi reconsolider tous ses souvenirs émiettés, retrouver la félicité et le goût de la vie.
Si je devais filer la métaphore du titre, j’ai perçu le livre comme un train TER qui se transforme progressivement en TGV à mesure que son héroïne reprend confiance en elle et qu’elle recolle les morceaux de son passé. Les dernières pages sont aussi brûlantes que le début du roman est accidenté.
Au final, une bonne histoire d’expansion féminine, de sensualité déterrée, mais pas un livre qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. – Boris Tampigny
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Il est des livres que l’on ne choisit pas. Des livres que l’on débute sans rien en attendre de particulier. L’auteur nous est inconnu. Encore aucune critique lue ou entendue. Juste la quatrième de couverture parcourue avec une pointe d’inquiétude. Et au fil des pages, la magie opère. On ne peut plus le lacher. Et c’est le coup de cœur! Deux stations avant Concorde de Peire Aussane est de ces livres. Un véritable coup de cœur, une mystérieuse pépites découverte grâce 68 premières fois. Eve a trente trois ans. Elle vit en Provence avec Antoine, son compagnon, et Axel et Césarine, leurs deux adorables enfants. Artiste peintre, Eve est tourmentée par le poids d’un douloureux passé familial duquel elle ne peut se détacher. Malgré une vie en apparence heureuse, elle n’arrive pas à s’épanouir dans ce bonheur et à y trouver la sérénité. Lors d’un séjour à Paris chez ses parents supposé la reposer, elle croise le regard brûlant d’un inconnu dans le métro, deux stations avant Concorde. Troublée et quelque peu affolée, elle fuit et découvre que son portable a disparu. Le géolocalisation quelques heures plus tard révèle qu’il se trouve à Tokyo. Alors sans se poser plus de question, Eve s’envole vers le Japon où elle va se libérer du poids et de la douleur et renaître à la vie. Sa vie! N’en lisez pas plus et allez y foncez! Un roman mystérieux et mystique que j’ai adoré du début à la fin. Un merveilleux voyage proposé par Peire Aussane qui m’a émerveillé. J’ai adoré, dès les premières pages, la présentation des personnages, des lieux. C’est riche mais on en perd as une miette. On suit Eve, on vit Eve et tous les sens sont en éveil. Un petit roman (192 pages) dévoré d’un trait et que je ne suis pas prête d’oublier. Un roman que j’ai même envie d’ouvrir une seconde fois pour encore mieux le déguster et l’apprécier. L’écriture est délicieuse (lecture comme on suce un bonbon lentement avec délice pour qu’il dure plus longtemps), sensible, intense, puissante et sensuelle. Il en ressort une si belle sensation de calme, de sérénité et de bienveillance. Un auteur à suivre! Sur lequel je n’ai rien trouvé. Intriguant! Mystérieux lui aussi! Qui est Peire Aussane? Un homme, une femme? On en saura peut-être un peu plus bientôt! – Emmanuelle Mentec
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Eve a une trentaine d’années. Elle vit avec Antoine et leurs deux enfants. Une vie morose et douloureuse pour Eve qui tente de soulage ses états d’âme au travers de sa peinture. Ce mal être Eve ne l’explique pas vraiment mais on sent que l’histoire de sa famille et particulièrement de sa grand-mère pèse énormément.Cette grand mère libre qui après avoir eu deux enfants, a divorcé et à tout quitté pour retrouver son amant au Japon. A l’occasion d’un séjour à Paris chez ses parents, elle croise dans le métro un homme dont les yeux la transperce et la bouleverse, dans le même temps elle perd son téléphone portable. Grace à la géolocalisation, elle apprend que son téléphone est au Japon et sur un coup de tête décide de partir à sa recherche. Un mot laissé par sa grand-mère à son décès, la conduit dans un quartier de Tokyo où elle va découvrir un secret bien gardé et se découvrir elle même.
Une très agréable lecture que ce roman tout en douceur et en psychologie. Un beau portait de femme qui cherche à se réconcilier avec sa vie, une histoire d’amour intergénérationnelle et une histoire d’amour tout court avec son mari. Pas un grand coup de cœur mais une plaisante lecture. – Emmanuelle Coutant
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Eve est mariée à Antoine, elle a 33 ans, ils ont deux enfants, Axel et Césarine. Alors que son mari est en déplacement, elle laisse ses enfants à ses parents pour se reposer un peu… Après avoir croisé le regard d’un homme dans le métro et perdu son téléphone portable, elle s’envole pour le Japon, dans l’idée que cet homme vit là-bas.

Elle part sur un coup de tête dans ce pays où vécut sa grand-mère divorcée et reconstitue des bribes de son histoire familiale.

Crise de couple, réflexion sur soi, ce roman intimiste n’a pas réussi à me convaincre.

La mise en place est longue et d’une platitude exaspérante, les enchainements sont tous improbables, et l’ensemble reste plat, d’une trop grande banalité. Un roman sans surprise, que clôt une fin assez ridicule. – Laure Alberge (Les jardins d’Hélène)

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Étonnante et troublante Peire Aussane qui nous livre ici un premier roman original et de très bonne facture. Récit à deux voix d’une histoire de couple, à la fois improbable et fusionnel, entre Eve et Antoine aux profils artistiques prononcés et pour ce qui est d’Eve artiste peintre à l’histoire personnelle et familiale accidentée mais dont la grand mère, ses récits et ses errance à Tokyo sont les éléments constitutifs de ses œuvres. Pourtant tout semble clair durant les premières pages, un couple très amoureux, fusionnel dont la sensualité, le respect de l’histoire personnelle de l’autre, les passions communes comme l’acceptation tacite d’ éléments plus sombres de leur quotidien sont le ciment de leur histoire avec deux enfants adorables. Une petite famille très heureuse, en somme mais la succession très exceptionnelle d’événements anodins (quelques jours de vacances à Paris dans la famille maternelle d’Eve, la rencontre intrigante de regards dans un wagon de métro et la substitution de son portable) vont amener Eve à une certaine forme de fuite à Tokyo, ce qu’elle n’avait jamais envisagé de faire, sans autre but que de retrouver cet inconnu troublant probable voleur de son téléphone. C’est inconsciemment d’abord qu’elle va,en fait boucler son histoire personnelle, éclairer les angoisses de sa mère, renouer les liens profonds inachevés avec sa grand mère disparue, découvrir les croyances les plus anciennes de ce Japon millénaire et paradoxalement renforcer les liens avec Antoine et trouver sa sérénité.
L’absence temporaire, la fuite inattendue d’Eve et la peur de la perdre auront pour Antoine la vertu d’un électrochoc et, sans avoir le même parcours, lui faire prendre conscience de la puissance des sentiments amoureux qui les lient. Il faut naturellement lire ce premier roman pour en bien saisir les fils conducteurs, la chronologie des faits, de l’évolution des sentiments de ce couple et l’histoire profonde des origines familiales d’Eve comme de sa mère, Tout cela est rendu dans un vocabulaire choisi, une profonde approche des fondements de la culture japonaise, de celle de la peinture, des sentiments amoureux et un réel talent dans l’art de la sensualité. – Olivier Bihl
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Voilà un joli petit roman que pour ma part j’oublierai vite. Sans doute parce qu’il est aérien, un brin enfantin. Mais si vous voulez humer l’air de Tokyo aux côtés d’une artiste-peintre qui renoue avec l’histoire familiale, suivez-là dans son rêve, ses fantasmes et son quotidien de femme qui se cherche. Et ce malgré un mari attachant et compréhensif, une famille modèle où rien n’est un problème, bref une vie assez banale. Aussi, surnagent ici et là, une petite bulle de fraîcheur naïve, un frisson de plaisir furtif qui somme toute, font un peu de bien, nous aident à respirer dans l’air vicié qui nous étouffe chaque jour davantage. – Cécile Rol-Tanguy
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Eve vit avec son mari Antoine et ses deux enfants. Elle est peintre et se réfugie dans son atelier. Son mari part souvent pour raison professionnelle et lors d’un de ses voyages Eve en profite pour aller voir ses parents à Paris avec ses enfants. Dans le métro elle croise de façon intense le regard d’un inconnu. Lorsqu’elle se rend compte que son téléphone a disparu, ça ne peut être que lui… Son portable localisé au Japon, elle décide d’y partir sur un coup de tête. Ce voyage va la mener sur les traces de sa grand-mère qui a tout abandonné pour suivre son amant au Japon. A l’issue de ce voyage, Eve en reviendra transformée.
J’ai lu ce livre très vite, sans jamais vraiment être sous le charme, un peu agacée par les coïncidences invraisemblables. Le style est agréable, j’attends le second roman afin d’avoir une opinion sur l’auteure. – Michèle Letellier
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Contrairement à la lectrice précédente j’ai été “sous le charme”, constamment, et longtemps j’ai eu en tête la musique du film In the Mood for love, réalisé par Wong Kar-Wai en 2000, montrant non pas Tokyo mais Hong Kong des années 60. La langueur qui en émane correspond à la seconde partie du livre.
L’écriture de Peire Aussane est comme un parfum. Certains mots ont une note de tête, d’autres des notes de cœur, et d’autres encore des notes de fond. Tout fait sens au fil de la lecture. Nous devinons, nous lecteurs, certains rebondissements et d’autres non.
Le roman est quasiment inclassable. C’est presque un thriller psychologique. L’attention que les uns ont aux autres, dans le dit et le non dit, est assez rare à notre époque où on publie sans pudeur ses faits et gestes sur les réseaux sociaux si vite qu’il est parfois trop tard quand on se rend compte que le SMS est parti vers la mauvaise personne.
Outre le sud de la France et la région parisienne, le lecteur sera embarqué très loin … jusqu’à Tokyo, dans le quartier d’Omotesanto. On voyage de façons multiples, en métro, en avion, en marchant dans les rues, et on découvre aussi des idées, d’autres manières de penser. Eve part sans savoir ce qu’elle recherche et pourtant ce qu’elle va trouver sera lié à sa famille. Le poids du passé, des secrets et de ce qu’ils impliquent, tout l’espace que cette réalité pèse sur son existence, c’est cela qu’elle va découvrir. – Marie-Claire Poirier (A bride abattue)
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Ou comment la technologie peut faire (re)naître l’amour…
Tout est trop beau pour être vrai, improbable et impossible mais on se laisse facilement bercer par ce conte pour adultes grâce à l’écriture limpide, fraîche et agile de Peire Aussane. On aurait presque envie de faire chaparder son portable pour entrer dans son monde. Elle qui n’a de cesse de tordre la vie pour en extraire un sens… Un roman léger, un peu feel good book où tout finit bien, une grande sensualité, un joli voyage à Tokyo, une belle plume. Quelques heures de bonheur dans un train. C’est plutôt très bien. – Karine Godo
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Alors qu’elle est seule dans le métro parisien, Eve croise le regard d’un homme qui la désarme. Une rencontre du hasard qui va bouleverser la vie qu’elle mène, entourée de ses deux enfants et d’Antoine, l’homme de sa vie. Une rencontre qui va soulever les voiles qui assombrissent parfois son quotidien, qui pèsent sur ses épaules depuis si longtemps… trop longtemps…

C’est une fois de plus grâce aux 68 premières fois que je découvre cette jolie plume que possède Peire Aussane. Pour ce premier roman, elle nous entraine dans les pas d’une jeune femme perdue dans une vie sans réelle consistance, comme prisonnière d’un léger brouillard.
Sans être malheureuse, Eve sent un manque, un vide… Elle se sait habitée par le souvenir de sa grand-mère, exilée au Japon bien avant sa mort. Et quand elle décide, sur un coup de tête de partir pour Tokyo, elle ne pense pas trouver ce qu’elle ne croyait pas chercher… Au delà des réponses, c’est la liberté, la force d’exister et le souffle léger qu’elle emporte avec elle, pour ne plus les laisser s’échapper.

Une écriture fine, tout en douceur, avec un travail méticuleux sur les personnages, donnent à ce premier roman une teinte de bonheur simple… Un joli moment de lecture ! – Audrey Thion (Lire et vous)

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Je l’ai terminé depuis plus d’une semaine et je n’ai pas encore réussi à en écrire la chronique, jusqu’à aujourd’hui. Bizarrement, alors que j’en ai apprécié la lecture, j’ai l’impression de ne pas avoir beaucoup à en dire.

La langue est belle et lumineuse, l’écriture fluide et sensuelle, l’histoire absorbe toute l’attention du lecteur… Les parallèles entre la peinture de l’héroïne et ses vécus créent un effet d’échos et de résonances parlant, imagé et poétique. Pourtant il m’a manqué un je ne sais quoi pour réellement m’accrocher, m’attacher à son héroïne… Trop réaliste que pour être un conte, trop magique que pour s’identifier?  A la lisière de plusieurs genres, fascinant, mais du coup je me suis retrouvée sur le côté.

Eve m’est restée abstraite et éloignée. Son périple, je n’y ai pas vraiment cru. Il me reste cette impression que malgré toutes les émotions qu’elle traverse et qu’elle partage généreusement avec nous, malgré l’audace de ses explorations extérieures et intérieures, elle n’est pas réellement actrice de ce qui lui arrive.

Je n’ai sans doute pas pu me laisser glisser dans ce personnage, au point que je n’ai pas vraiment pu capter ce qui se dénoue et pourquoi, quel est le lien entre ses découvertes, ses expériences et ce qui la bloque dans sa vie. Certes, cela est implicite et c’est bien, me semble-t-il, de laisser une part d’interprétation et de représentations aux lecteurs, mais je n’y ai pas retrouvé « mon » fil.

Alors, le livre refermé, je suis restée sur ma faim, et je ne savais trop qu’en dire. Avis mitigé, donc, mais pour des raisons subjectives et un peu mystérieuses pour moi aussi.

Ce roman n’en reste pas moins un joli moment de lecture et de découverte, et cette plume se savoure comme on contemple une belle toile… Difficile d’établir à quoi était due la distance qui a empêché que je la saisisse pleinement. – Chiara Aquino (Chicca Cocca un peu de tout)

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Une qualité qu’on peut facilement accorder à Peire Aussane est sa plume. Même si l’histoire ne m’a pas intéressée plus que cela, son écriture a réussi à capter mon attention et à m’enserrer dans ses filets. L’alternance des focalisations et la confusion des sentiments donnent à ce roman une tessiture large et émouvante.
Mais je suis restée en retrait du récit. Ce coup de tête n’est pas crédible, la facilité avec laquelle Eve retrouve le lieu secret où se rendait sa grand-mère est improbable. La découverte qu’elle fait est jolie mais sans grand intérêt. Et la façon dont elle se livre à Antoine, alors qu’elle sait qu’il la trompe, est décevante.

Pour autant, je ne peux pas dire que j’ai perdu mon temps à la lecture de ce livre. J’ai bizarrement apprécié. Précisément pour l’écriture, qui m’a fait oublier que je n’adhérais pas spécialement aux aventures racontées. – Vanessa Natiora (Le jardin de Natiora)

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Je pourrais vous décrire l’histoire, somme toute presque banale, une histoire mille fois racontée, mille fois lue. Mais il n’y a pas d’histoire banale, il n’y a pas d’amour et de beauté qui ne soient d’une caresse, d’une infime particule de vie et d’une banalité. Il y a ce qu’on était, ce qu’on est et ce qu’on accepte d’être. Qu’importe si cela est une banalité, qu’importe si cela semble être répété, acquis. La vie n’est pas un rendez vous fixé. La vie n’est qu’un moment, un passage dans lequel on accepte de vivre pleinement ce qui nous arrive au moment où il nous arrive. La vie n’est qu’une vie, même si elle parait à des moments, des passages, être en survie. Elle n’est que vie. Celle qu’on lui octroie, celle que l’on accepte un jour de laisser venir.

Et il y a « deux stations avant Concorde », deux stations où l’on accepte enfin d’entrevoir autre chose, de changer notre destin, de comprendre les remparts, les peurs et craintes que l’on se dresse, de tendre la main vers soi, de prendre pleinement conscience de cette compassion qu’on ignore. Deux stations comme  un rendez vous avec soi, un instant où l’on tend la main vers autre chose que la souffrance, la douleur,  qui nous étreint. Deux stations comme une lumière qui se diffuse, infuse et laisse percer ce qui est le plus beau et le plus fort de soi, ce qui nous anime, nous laisse entrevoir que sans cette lumière, sans ce soi, nous ne pourrions poursuivre notre voyage.

J’aurais pu vous parler de ce roman, vous décrire la beauté des peaux qui se déshabillent, de ces filets de lumières qui s’en échappent, de la volupté et la sensualité qui naissent, de tous ces silences qui se meurent dans les vérités naissantes. Des silences qui laissent place à la vie, à cette vie que l’on refuse parfois.
J’aurais pu …
Mais il y a mieux que de vous narrer l’histoire, cette histoire d’amour, cette histoire surtout de vie. Il y a mieux, mille fois mieux. Il y a juste deux arrêts, deux arrêts et vous, deux arrêts et un regard qui change tout. Deux arrêts pour une survie ou pour une erreur. Deux arrêts pour la vie. – Sabine Faulmeyer (Le petit carré jaune)

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« Deux stations avant Concorde » est un roman sur une femme qui va se découvrir à travers son voyage à Tokyo. Ce voyage va lui permettre de découvrir des pans du passé de sa famille, de sa grand-mère maternelle qui faisait grand mystère de ses séjours réguliers à Tokyo. Cette jeune femme va sentir tout le poids d’un passé s’envoler, un passé qui, sans le savoir, l’entraver et l’empêcher de vivre réellement. Ce voyage lui est salvateur sans qu’elle en ait eu conscience avant, sans une rencontre importante et décisive pour se construire enfin. Sans que nous en rendions compte, nous construisons notre vie en fonction de notre passé familial, et j’en suis personnellement convaincue. Et ce roman me conforte dans cette idée. C’est à nous ensuite de faire que ce passé soit une force et non un obstacle à notre propre réussite, avancée dans notre propre vie.

Avec son premier roman, Peire Aussane a su me faire voyager dans un pays que je ne connais pas : j’ai vu les panneaux lumineux de Tokyo, j’ai senti toutes ces odeurs, j’ai baissé la tête dans les logements, j’ai goûté des saveurs inconnues. Peire Aussane a su chuchoter une belle histoire familiale à mon oreille, une histoire que permet une réflexion sur sa propre histoire de famille. J’ai aimé lire sincèrement «Deux stations avant Concorde », j’ai aimé apprendre à connaître Eve et son passé, j’ai aimé avoir été transportée quelques heures à Tokyo et cela m’a donné une envie folle de faire mes bagages et d’y faire un aller-retour ! Ce roman est un beau roman sur la transmission, sur le besoin de se construire, de se connaître, sur l’amour familial et marital, sur le pouvoir des choses non dites. Bref c’est un premier roman réussi pour moi! – Sybil Lecoq (Un brin de Syboulette)

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L’auteur nous offre un joli dépaysement avec ce voyage au Japon au cœur de la culture japonaise, il se dégage une agréable impression de calme de ce récit. C’est la jolie histoire d’un voyage qui va mener l’héroïne à la sérénité en lui permettant de comprendre son histoire familiale et les angoisses de sa mère, de retrouver les traces de sa grand-mère disparue, de renforcer les liens avec son mari et de renaitre elle-même à la vie.  Premier roman qui pour certains manquera de rationalité mais que j’ai  trouvé original, troublant et sensuel. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)

Einstein, le sexe et moi – Olivier Liron

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »

Einstein le sexe

« Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai participé au jeu télévisé ‘Questions pour un champion’ et cela a été très important pour moi. »
Bienvenue dans le monde d’Olivier Liron, qui à 25 ans participe – et gagne – au célèbre jeu animé par Julien Lepers. Il est le plus jeune candidat à se mesurer au ‘Super Champion’.
Ce livre est le roman de son parcours dans l’émission. Avec malice, il retrace l’épopée « QPUC », son entrainement, la grande finale, le grand match.
Si l’émission est un jeu, pour le candidat, l’enjeu est sérieux. Olivier Liron est autiste Asperger. Sa participation pourrait bien changer sa vie.
Avec son roman, il nous prend par la main pour nous faire entrer dans son univers, son monde. Différent, oui, et pourtant. Avec un vrai sens du suspens, grandissant au fil des épreuves (le célèbre ‘Quatre à la suite’, et surtout la redoutable épreuve du ‘Face à Face’), Olivier Liron nous invite à nous arrêter un instant sur sa belle revanche sur le monde et sa dureté, sans rien concéder à l’apitoiement. Ce qu’il a vécu à l’école, « l’absence totale de prise en compte de cette différence à l’école par les adultes« , les violences physiques et verbales, la difficulté à grandir et à évoluer dans un monde qui a tant de mal à sortir du pouvoir de la norme, tout ceci nous est raconté avec beaucoup de sincérité. On ne peut que savourer d’autant plus sa victoire sur la vie, qui pour lui, tient quelque part entre son inébranlable volonté et les petites fiches cartonnées jaune dans la main de Julien Lepers.
C’est un livre tendre et très drôle (les répliques de l’animateur et les attitudes des candidats, un régal d’observation, un regard vif et humaniste), et c’est aussi la preuve que l’écriture se nourrit des différences. – Amélie Muller
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Olivier Liron, autiste asperger, diplômé de Normale Sup, champion de question pour un champion.
Nous allons suivre étape par étape les moments clés et les moments forts de la partie qui ferait de lui un super champion.
Nous y croisons Julien Lepers, toujours aussi enthousiaste après au moins 20 ans à animer cette émission, on y voit des candidats touchants, stressés, des prétentieux prêts à tout pour gagner.
Olivier Liron va nous faire découvrir non sans humour les secrets de sa préparation, mais aussi son stress, ses craintes et ses angoisses.
Entre les pages il va va nous faire glisser dans un univers propre aux autistes, il va nous faire partager sa vie bien réglée sans accrocs, sans dériver de ses habitudes ou de ses routines. il va nous emmener vers ses contraintes et le rejet de la société, l’école, le harcèlement, la difficulté à communiquer avec les autres, et même ses premières expériences amoureuses sans aucun tabou. Il va nous les donner sans compromis et sans pathos, d’une manière presque ingénue, mais avec une telle tendresse et beaucoup d’humour que l’on ne peut que s’attacher à lui.
Et pour un peu , je m’inscrirais presque à question pour un champion!
A lire pour un merveilleux moment de lecture, avec un verre de coca et une madeleine…. – Philippe Hatry
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On ne regardera plus jamais “Question pour un Champion” de la même manière après la lecture d’”Einstein, le sexe et moi” d’Olivier Liron. Pour ma part, je vais même (daigner) regarder Question pour un Champion que je n’ai, j’avoue, jamais vu de ma vie. Car Olivier Liron, dans son livre, nous fait pénétrer dans les coulisses et sur la scène de cette émission populaire avec beaucoup d’humour et de sensibilité en nous décrivant les tensions qui s’y jouent et les personnalités qui s’y révèlent, dont la sienne, très attachante. Et c’est avec beaucoup de brio et de rythme qu’il nous entraîne dans les différentes étapes de ce concours télévisuel, tout en nous relatant les moments forts, douloureux, amoureux, etc. de sa vie. Le style est souvent plus que surprenant mais ça décoiffe et ébouriffe bien la littérature française. Comme un tableau naïf peint avec beaucoup de génie : frais ! – Catherine Mezan
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En 2012, le narrateur est sur le plateau de Questions pour un Champion, face à Julien Lepers, pour lequel il nourrit la plus grande sympathie, à trois adversaires, Renée-Thérèse, Jean-Michel et Caroline, et à un super champion, Michel. A ses côtés, nous revivons cette course semée d’embuches.
Einstein, le sexe et moi présente l’intérêt rare de pouvoir, à mon sens, ravir un très large public.
Quels sont donc les ingrédients pour cela ?
En premier lieu, le cadre est connu, de près ou de loin, du lectorat français : on entend immédiatement le grain de voix de Lepers, le buzzer, la petite musique du générique.
Ensuite, le roman est écrit à la manière d’un thriller, ou presque : l’issue n’est pas connue d’avance, on progresse laborieusement aux côtés du narrateur, conscient des obstacles qui vont se dresser entre la victoire et lui, et de l’affrontement inéluctable avec des stratèges à sang froid, à savoir, les autres participants, tous visiblement plus chevronnés, et, partant, redoutables.
Comment, alors, s’assurer que l’on ne sombre pas dans un récit mécaniste, à la manière d’un Thilliez ou d’un autre maître du polar ? Grâce aux nombreuses digressions, ces moments où le narrateur se replie en lui-même, nous invite dans son intériorité, où il poursuit le dialogue qu’il entretient avec lui-même autour des événements et des pensées qui lui viennent. Le lecteur a alors la possibilité de l’approcher, de découvrir des bouts de son histoire, d’entrevoir le champ de ses connaissances. Le récit prend alors un tour beaucoup plus personnel au travers de cette introspection, de ce monologue intérieur.
Enfin, dernier ingrédient, et non des moindres, l’humour qui ponctue la prose vive et charmante de l’auteur. Sous l’œil acéré du narrateur, les autres candidats deviennent des combattants épiques, capables de rouerie et de coups bas sans vergogne, tantôt à la peine et tantôt à la gloire, ils sont sans pitié, d’étranges alliances se nouent, on découvre les coulisses d’une compétition où l’on fait bonne figure, mais où l’on est prêt à tout pour gagner.
En bref, un vrai bonheur de lecture ! – Sarah Dupouy (Ma vie de Romanthé)
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Voilà une jolie surprise de la nouvelle sélection des 68 premières fois. A la lecture de la quatrième de couverture, je ne pouvais pas imaginer combien ce petit livre allait m’amuser et me plaire. Olivier Liron raconte avec beaucoup d’humour sa participation au jeu Question pour un Champion et partage, de manière beaucoup plus grave, son expérience de la vie et de son rapport aux autres teinté de son syndrome d’Asperger. Comme les différentes étapes du jeu, le rythme du livre est rapide et, au fil des questions, Olivier Giron dévoile des épisodes de sa vie qui lui reviennent à l’évocation des thèmes du jeu, parfois des moments douloureux liés à sa différence, toujours des moments personnels et chargés d’émotion. Les dialogues du jeu, les tics et les expressions de l’animateur et des participants sont rapportés avec une précision millimétrique et ces détails, qui passent quasiment inaperçus à la télévision, deviennent comiques par le biais de l’écriture et du recul qu’elle apporte. J’ai vraiment passé un bon moment avec Einstein, le sexe et moi, alternant les moments drôles et les moments d’émotion.- Nathalie Ghinsberg
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Décidément cette nouvelle édition des 68 Premières Fois me réserve bien des pépites de lecture et un nouvel auteur diablement proche de ses lecteurs, sincère et attachant comme irrésistible dans sa communication.
Cela partait pourtant mal quand, avant de le lire, je découvre que cela se passe sur fond de Questions pour un champion sous la férule de Julien Lepers (dont j’appréciais peu ses prestations lol) mais heureusement ce ne fut qu’au tout début du livre…. et c’est le choc du mode de narration à la première personne d’un être un peu perdu, sensible mais si volontaire face aux travers de l’autisme. Diablement percutant comme style, chaque étape de son évolution dans les étapes finales de ce jeu est l’occasion pour Olivier d’établir des passerelles sur ses propres souvenirs intimes, d’enfance comme d’étudiant avec humour et sans aucun pathos (il n’y a pas lieu d’en avoir du reste…) et de dresser les portraits cocasses de ses adversaires, des coulisses du jeu comme des travers de nos propres préjugés sur l’autisme. Il n’y a aucune volonté de susciter chez ses lecteurs une quelconque forme de pitié mais de le faire lire et de mieux cerner cette forme d’Autisme.
Style fluide, clair, pétillant et d’une grande clarté.
Il faut lire, relire ce roman et le diffuser le plus largement possible, cet auteur on ne peut avoir que l’envie de le rencontrer, d’échanger et de s’en faire un ami. – Olivier Bihl
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Véritable OVNI dans cette rentrée littéraire que ce court roman comme son auteur pour le moins singulier, autiste Asperger.
Olivier Liron qui dit avoir connu la violence sexuelle et physique très tôt au collège du fait de sa différence exprime toute sa rage dans ce texte autobiographique. Mais il le fait avec tant d’autodérision et de virtuosité qu’il nous fait rire tout au long de cette course à la victoire à ce jeu télévisé connu de tous. A chaque question il nous fait part de tout ce qui lui passe par la tête et cogite à 1000km heure avant même que la question ait pu arriver au cerveau du pauvre spectateur lambda comme moi.Sa description du jeu et surtout de Julien Lepers est désopilante. Il se livre sans fausse pudeur, d’une écriture vraie, et nous fait un touchant plaidoyer de la défense du droit à la différence contre le fascisme de la norme. Dommage que le titre soit un peu racoleur. – Françoise Floride-Gentil
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Olivier Liron, lui-même atteint du syndrome d’Asperger nous présente les caractéristiques de ces personnes, à travers le prisme de sa participation au jeu « Questions pour un champion », dans lequel il est un brillant candidat, ce qui n’est pas très étonnant, étant donné ses aptitudes exceptionnelles, au point de vue mémoire. Il le fait avec humour, mettant en avant son incompréhension de certains codes, quelques unes de ses manies (boire du coca après y avoir trempé une madeleine), et dépeignant avec finesse les travers des autres concurrents. Au fil des pages (192) il raconte, sans jamais se prendre au sérieux, certains épisodes de sa vie, ses rapports avec les autres : camarades de classe, famille, partenaires sexuelles . « Le plus drôle, ou le plus énervant, comme on veut, ce n’est pas la difficulté d’être différent, c’est l’absence de toute prise en compte de cette différence, à l’école, par les adultes. » La plus grande place, dans le livre, reste au déroulement du jeu, au suspens : « Julien (Lepers), tel un sanglier en rut, qui se débattrait avec une femme de petite vertu à la pilosité rousse, a hurlé : – Place au jeu »
Ce livre est plaisant, vite lu, d’une écriture fluide, mais, pour ce qui est de la compréhension du syndrome d’Asperger, j’ai préféré : Marcher droit et tourner en rond d’Emmanuel Venet (très drôle aussi) – La BD : La différence invisible de Mlle Caroline et Julie Dachez – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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Olivier Liron a participé à question pour un champion et en a été un, de champion. Son livre relate cette expérience. Découpé en fonction des différentes parties du jeu, il nous décrit à la fois le jeu et les enjeux pour chaque concurrent mais également sa vie sous difficile et bouleversée par la violence du monde si rapide à rejeter et exclure toute différence. Le ton est clairement satirique et rempli d’humour. Un cours roman qui se dévore, attrapé par le suspens du jeu, on se surprend vouloir appuyer sur le buzzer. On retrouve le ton un peu fou de Julien Lepers très bien rendu à l’écrit (ce qui m’a beaucoup amusé).
Bref un très joli livre, dévoré avec un plaisir non feint ! Bravo ! – Emmanuelle Coutant
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Livre en main, je l’examine. Curieuse. Le titre m’interpelle et le résumé également. Je suis sûre de passer un bon moment.
Je vous l’avoue, j’ai eu un peu de mal, au départ, à m’habituer à votre rythme d’écriture si particulier. Si votre humour (décalé, délicieux) fait mouche à chaque fois, j’ai été déconcertée, au départ, par votre façon de vous livrer innocemment entre deux questions du jeu. De balancer des choses graves et révoltantes entre deux informations plus légères.
J’ai donc décidé de prendre mon temps. J’ai fait des recherches sur Internet. Je me suis replongée dans le jeu. J’ai lu quelques articles sur Julien Lepers. Je me suis abonnée à votre page et, quotidiennement, j’ai appris à vous “connaître”. Est arrivé un moment où je me suis vraiment sentie bien dans votre univers et j’ai pu continuer ma lecture d’une façon toute autre. J’admirais. Je me révoltais. Je réfléchissais. Je comprenais enfin.
La construction du livre n’est pas étonnante quand on connaît votre passion pour Questions pour Un Champion.
Vous abordez, sur le ton de l’humour et sans avoir l’air d’y toucher, des sujets graves et sérieux, selon moi et j’espère ne pas (trop) me tromper. Je vous les livre, même si je pense que j’en oublie certainement :
– Le thème de l’immigration, de l’émigration et de l’intégration – Le thème de l’identité, de la difficulté d’être un homme – Le thème de la différence et de la diversité culturelles – Le thème des traumatismes de l’enfance et de la mémoire tatouée dans la peau qu’un adulte ne peut oublier, le poids du passé et les conséquences que les faits et gestes vécus ont sur la vie future – Le thème de la guerre. Faite contre les autres et contre soi-même – Le thème de la violence des autres et de soi-même – Le thème de l’injustice et du harcèlement scolaire – Le thème de la détresse physique et mentale, du mal-être, de la solitude et du désespoir causés parce-qu’il est difficile de savoir à qui l’on peut demander de l’aide – Le thème de la solitude et du rôle que joue la télévision pour les personnes qui n’ont que cet objet comme compagne de vie – Le thème du pouvoir destructeur des mots, qui sont parfois plus cruels que les coups – Le thème du pouvoir réparateur des mots – Le thème de l’écriture et des raisons pour lesquelles on commence à écrire. Pourquoi et pour quoi naît l’envie, le besoin et l’urgence d’écrire ? – Le thème de la survie et des moyens qu’on se donne pour rester vivant et donner un sens à son existence – Et, enfin, le thème de l’ESPOIR, de la confiance en soi et de l’autorisation qu’on nous donne et qu’on SE donne d’être soi…
J’ai vécu quelques heures de bonheur à vos côtés Monsieur Liron. J’ai appris à connaître Julien Lepers et surtout votre totale admiration pour lui. J’ai appris qu’être différent est difficile mais qu’il est possible de trouver son chemin. J’ai admiré toutes ces choses que vous savez et que je sais maintenant aussi (un si faible pourcentage de toutes les connaissances que vous possédez…). J’ai souffert avec vous dans la quête de votre identité, à travers les expériences humaines que vous décrivez dans votre livre.
Sous couvert d’une émission de télévision, vous vous êtes livré comme jamais.
Et en filigrane de tous ces sujets percutants, le fil conducteur du livre : l’émission à laquelle vous avez participé. Allez-vous gagner ??
Le dernier chapitre est un bilan qui m’a emplie d’un bonheur sans nom. Merci Monsieur Liron. Assurément, un Champion, vous l’êtes. – Sandrine Lit
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Difficile de trouver les mots justes tant ce roman m’a bouleversée à plusieurs niveaux.
Olivier, auteur, narrateur et personnage principal de ce récit autobiographique, est autiste Asperger. Plutôt que d’éviter le monde qui refuse régulièrement sa singularité, il décide de l’affronter. En plus de suivre de brillantes études à l’École normale supérieure, le voilà qui se lance un défi : devenir le prochain Super champion du célèbre jeu télévisé, « Questions pour un champion ».
Le livre est organisé de manière à ce que chaque chapitre corresponde à une étape du jeu : « le neuf points gagnants », « le quatre à la suite », « le face-à-face », et enfin, le « super champion ».
En plus de raconter les moments du jeu durant lesquels sa mémoire faramineuse, ainsi qu’un instinct incroyable, lui permettent de trouver (ou pas) les réponses à une vitesse incroyable, le narrateur revient sur certains passages de sa vie, qui sont parfois tendres (premiers émois amoureux), parfois humoristiques (tout ce qui tourne autour du sexe), mais souvent douloureux (harcèlement scolaire, rejets d’autrui face à son autisme).
J’ai ri mais j’ai aussi eu le cœur serré. Olivier Liron n’écrit pas dans la nuance. Il nous dit : « Je trouve difficile de lire entre les lignes lorsque quelqu’un me parle ». De la même manière, le lecteur n’aura pas à chercher entre les lignes pour se laisser émouvoir par ce deuxième roman écrit par un auteur spécialement doué. – Valérie Lacaille
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Avant de recevoir ce livre et de commencer ma lecture, je savais que ce roman avait déjà reçu un accueil enthousiaste sur les réseaux sociaux littéraires que je fréquente et où je « sévis » moi aussi. J’étais intriguée par le titre qui met en balance l’intelligence, la sexualité et l’intime et valorise le JE aux commandes de l’écriture. Je trouve aussi que l’auteur, très présent dans mon fil d’actualités, est porteur d’un beau message d’acceptation de la différence ; j’apprécie ses prises de position, ses analyses et son humour, forme d’autodérision et de constat… J’étais donc particulièrement bien disposée avant d’ouvrir ce livre…
Et ce roman n’a pas fonctionné pour moi…
Je me suis perdue dans les phases et les manches de ce jeu télévisé emblématique et quotidien. Personnellement, je ne l’ai jamais regardé mais je sais qu’il est inutile d’appeler ma belle-mère au téléphone à l’heure de « Question pour un champion » : au pire, elle ne répond pas, au mieux elle demande de rappeler plus tard mais j’ignorais que Samuel Étienne avait remplacé Julien Lepers : si je le sais maintenant, c’est que j’ai visionné une émission pour me rendre compte… Ainsi, j’ai au moins pu mesurer le stress du candidat et l’urgence qui teinte le récit auquel le jeu sert de cadre. Je me suis amusée à imaginer la vie des quatre candidats que j’avais à l’écran mais les gesticulations et l’ultra-dynamisme du présentateur m’ont empêché de me concentrer…
Naturellement, je salue une certaine originalité dans la façon qu’a l’auteur de ramener ses souvenirs à la surface et je comprends le mécanisme révélateur, mais le côté « bling-bling » de l’émission déteint trop sur la narration.
Je suis touchée par l’histoire d’Olivier Liron, je comprends son désir de revanche, je ressens et partage son besoin de se « remplir la tête d’informations pour peupler [sa] solitude. Pour oublier l’essentiel. Pour dompter l’absence et le chagrin » ; je respecte son besoin de médiatisation en devenant un des grands champions de ce jeu télévisé de culture générale particulièrement populaire, mais je ne signe pas le pacte de lecture.
De plus, l’écriture ne m’a pas embarquée, j’ai buté sur des métaphores qui m’ont soit trop parlé, soit pas assez : « Julien tel un sanglier en rut qui se débattrait avec une femme de petite vertu à la pilosité rousse, a hurlé : – place au jeu ! » …, ou encore « Je t’arracherai jusqu’au dernier poil de nez et je le ferai frire dans ma merde »…
Je voulais pourtant entrer dans le monde d’Olivier Liron, j’espère qu’il m’accordera une entrée ; je compte lire son premier roman, Danse d’atomes d’or, autour du mythe d’Orphée et d’Eurydice…
Mais je n’ai pas compris la « romance télévisuelle » proposée ici : selon moi, le beau parcours d’Olivier Liron méritait mieux que la satire d’un jeu télévisé… – Aline Raynaud
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Un roman original dans les coulisses d’une émission de télévision « Questions pour un champion » à laquelle Olivier LIRON a brillamment participé. Brillant, c’est incontestable, études supérieures prestigieuses, connaissances solides et parcours atypique puisqu’il l’annonce lui-même dès les premières pages : « je suis autiste asperger, ce n’est pas une maladie, c’est une différence ».
Le ton est donc donné, Olivier LIRON a réussi à faire de cette différence sa force et son étendard. Il est intelligent, communique abondamment sur les réseaux sociaux et dégage un fort capital sympathie.
C’est avec enthousiasme et impatience que j’ai entamé ce court roman.
J’ai été émue par le sort qui lui a été réservé enfant par ses camarades de classe, révoltée par l’incurie de l’éducation nationale à lui apporter une réponse personnalisée et un soutien. Un sujet hélas d’actualité … En attestent les témoignages et débats sur la lutte contre le harcèlement scolaire.
Olivier LIRON réussit à être drôle et émouvant, sa plume est alerte, il suscite l’admiration. Il distille un suspense qui va croissant au fur et à mesure que l’on tourne fébrilement les pages. Qui sera le super champion ?
Il est mordant, caustique dans son observation acérée des autres candidats. Quant à l’animateur en titre de l’émission, Julien LEPERS, c’est un show à lui tout seul, un sketch tant ses jeux de mots et ses mimiques captent l’attention.
Et c’est pour moi la limite de l’exercice car l’omniprésence de l’animateur a fini par m’irriter et me frustrer. J’aurais aimé en savoir plus sur l’auteur, pas seulement le candidat. Son parcours, ses combats, son rapport aux filles, à sa famille, aux autres sont juste abordés de manière superficielle et trop rapide à mon goût.
Une lecture agréable, émouvante qui se lit le sourire aux lèvres mais qui ne m’a pas emportée ni convaincue autant que la majorité des lecteurs. – Nathalie Chartier-Salou
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Voici le deuxième roman d’Olivier Liron, auteur que j’ai découvert avec « Danse d’atomes d’or », une histoire d’amour , la sienne , comparable à celle d’Orphée et Eurydice, et tout aussi émouvante. Que dire sur ce livre qui n’a pas été dit, que c’est un roman autobiographique, que c’est l’histoire d’un autiste Asperger (on ne peut néanmoins réduire un être humain à ce seul aspect de sa personnalité , surtout s’il se nomme Olivier Liron ), que c’est le parcours réussi – ô combien – d’un champion dans un jeu télévisé, et que l’auteur n’hésite pas à dévoiler de sa vie les éléments les plus intimes, ce qui m’a profondément touché. J’ai lu ce roman d’une seule traite , ça se lit comme un polar , il y a une grande facilité de lecture . Ce qui m’a bouleversé, ce sont toutes les vexations que l’auteur a subies pendant son parcours scolaire, son isolement, les brimades au cours de la récréation, les insultes (« gogol » ) perpétuelles et la lâcheté délibérée de ceux qui auraient pu le protéger de la violence des autres élèves, pions et profs confondus. A part bien sûr cette enseignante qui lui a dit qu’il n’avait pas à entrer dans le moule, d’ailleurs personne ne devrait avoir à y entrer … Le parcours de l’auteur dans l’émission « culturelle » est vraiment jubilatoire : parfois hésitant sur certaines questions, sa rapidité de réflexion et ses connaissances dans de nombreux domaines, notamment la botanique, font la différence. Au grand dam du super champion, à la fois mauvais joueur et mauvais perdant . Cette histoire (l’enfance et la scolarité de l’auteur ) me rappelle celle d’une amie, victime de harcèlement scolaire, obligée de se réfugier au CDI pour échapper aux persécutions racistes et aux insultes à la récréation. Comme Olivier Liron, elle a choisi de se battre et d’affronter le monde. Bravo à eux deux, cela leur a parfaitement réussi !En résumé, ce roman m’a beaucoup touché, on éprouve de la mélancolie, voire de la tristesse, mais que d’humour, on rit souvent, et pourtant je ne ris pas facilement. L’un de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire . – Michel Carlier
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« J’ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu’on m’a apprise, qu’on a tatouée dans ma chair. »
Olivier Liron revient de loin, comme en témoignent, entre autres, ces quelques mots qui soulignent avec quelle violence le monde s’est présenté à lui, lui qui n’est pas « comme tout le monde » justement, lui dont les codes de communication n’entrent pas dans la norme, lui dont les antennes vibrent sur d’autres fréquences, lui qui est autiste Asperger.
Il aurait pu décider de s’isoler, de se protéger, de rester perché sur sa mezzanine à se nourrir de gaspacho en brique et de madeleines trempées dans du coca, il aurait pu nous priver de sa présence et de ses mots, garder pour lui ses souvenirs, il aurait pu continuer à opposer à la violence du monde son désir farouche de le lacérer avec ses dents.
Mais dans la jeune vie d’Olivier, il y a eu Madame François et sa bienveillance, il y a eu les poètes et leurs mots « Et cette splendeur des poètes, cette splendeur sensuelle de la langue, c’était la seule chose possible pour continuer. [Il n’a] jamais pensé au suicide car il y a toujours eu la beauté. » Et puis il y a eu Julien Lepers et ses « Questions pour un champion », aventure échevelée qui, sous couvert du marathon de culture générale que l’on ne présente plus, et qu’il nous narre dans un savoureux détail, offrira à l’auteur le motif central dont partiront ses souvenirs fondateurs comme autant d’arabesques secondaires.
Et, champion, avec son intelligence brillante et vive, avec son humour à fleur de buzzer, avec sa mémoire tantôt douloureuse et blessée, tantôt drôle à pleurer mais toujours ahurissante de précision, Olivier Liron l’est sans aucun doute. Champion du mot juste, champion du courage, champion du décalage et superchampion des émotions ! – Magali Bertrand
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Me voilà donc avec Olivier Liron, notre candidat, sur le plateau de “Questions pour un champion”, jeu télévisé, animé par Julien Lepers à l’époque où se situe ce récit.
Je ne m’attendais pas du tout à suivre une émission quand j’ai commencé la lecture de ce livre ; Lire l’expérience d’un autiste Asperger en train de se préparer à l’émission, où à ce qu’il a vécu plus jeune, en classe où dans la vie de tous les jours, ne m’amusait pas du tout au départ, mais très vite, j’ai été séduite par la finesse de l’écriture de l’auteur, et la façon de traduire ses sentiments ressentis tout au long de l’émission. Il nous décrit le jeu avec tous les détails, on a même l’impression d’entendre Julien Lepers ! Le ton est satirique et humoristique en même temps. Je me suis souvent demandée comment il était possible d’emmagasiner une telle somme d’informations !!!
Une formidable découverte, qui m’a permis de mieux comprendre cette forme d’autisme. Merci à vous M. Olivier Liron de nous faire partager une tranche de votre vie.
Bravo, on ne peut qu’aller au boute de votre aventure ! Au plaisir de vous lire de nouveau. – Brigitte Cheminant
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Après Josef Schovanec qui était « à l’Est » et Daniel Tammet ‘né un jour bleu », voici le troisième livre écrit par un autiste asperger.
Ils ont en commun l’incompréhension de leur entourage, la volonté ,alliée à une une grande force de caractère, d’intégrer au mieux la place qui leur revient dans la société.
Olivier Liron veut gagner le championnat de « Questions pour un champion ». Pour dominer son handicap ? Se prouver sa valeur intellectuelle ?
Il nous raconte le déroulement du jeu, sa propre façon de voir et juger ses adversaires en comprenant leur mode de fonctionnement. Cela conté avec humour et qualité d’écriture.
Il est souvent envahi par des souvenirs, des visions de son passé.
(J’ai retrouvé Julien Lepers tel qu’il m’agaçait lorsque je regardais l’émission chez mes parents.)
Mais au-delà du jeu, c’est sa propre histoire qui m’a intéressée. Son enfance et la cruauté de ses camarades d’école, la violence verbale de ses professeurs.
Que de jeunes garçons soient bêtement cruels, c’est dur, mais souvent réel. En revanche, le comportement des professeurs est inexcusable.
En quoi une différence marquée est-elle sanctionnable ?
J’ai été particulièrement bouleversée par ce qu’a subit le jeune Olivier et la rage qui l’a toujours habité est très compréhensible.
« J’ai vécu ces années comme une bête traquée et j’aurais pu déchiqueter les autres avec les dents. »
J’admire son courage, sa volonté de survie qui l’a aidé à surmonter et à gagner d’être qui il est.
Un livre que que j’ai lu sans pause. – Mireille Lefustec
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Léger, drôle et pourtant diablement intelligent… Lire le billet d’Olivia.
Une quête. Percutante. Emouvante. … Lire le billet d’Amandine.
Je serais bien restée avec Olivier… Lire le billet d’Audrey.
Ce livre m’a emportée dès la première page… Lire le billet de Claire.
Un récit drôle, sans pudeur… Lire le billet de Carole.
Un témoignage sincère, profond et nécessaire… Lire le billet de Joëlle.
Olivier est un artiste… Lire le billet de Sybil.
Un pied de nez où l’humour vient déposer sa tendresse… Lire le billet de Sabine.
Appuyez sur le buzzer et courez lire ce roman… Lire le billet de Dominique.
Ce que j’ai aimé c’est le ton, la liberté de langage… Lire le billet de Delphine.

Le Nord du monde – Nathalie Yot

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. »

Le Nord du monde

J’ai dévoré en quelques heures ce premier roman de Nathalie Yot, reçu dans le cadre des 68 premières Fois. Le Nord du monde est un roman très court, à peine 145 pages, assez inclassable mais plutôt remarquable dans la forme et dans le fond.
L’écriture est très belle, rythmée, musicale, toute en respiration… Il ne faut pas hésiter à lire quelques passages à voix haute. C’est poétique, oral, parlant et profond.
Ce roman est une fuite en avant…, un retour à la source aussi.
Ce roman nous parle des limites, celles qui nous sont imposé, celles que l’on se fixe, celles que l’on accepte, celles que l’on repousse, celles que l’on dépasse parce qu’il le faut bien, celles que l’on transgresse aussi…
C’est captivant, animal, sensuel, sexuel, maternel…
La métaphore n’est jamais clairement évidente : Qui est « l’homme-chien » ? Pourquoi « un trot de poulain » et non de cheval ? Comment aime-t-on quand on est mère, enfant ou amante ? Comment reproduit-on l’amour ? Peut-on s’inventer une forme d’aimer autre que celle que l’on a connue ou subie ?
Au nord du monde est tout cela et plus encore. Et, en même temps, c’est factuel et sans jugement normatif ou moral. Il ne faut surtout pas essayer de raconter ce livre, ni le résumer. Il faut le lire ou passer son chemin. Ce n’est pas un coup de cœur, ni une claque littéraire… C’est autre chose, c’est de l’ordre de l’indicible. – Aline Raynaud
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Je n’arrive pas à déterminer si j’ai aimé ou pas cette lecture… C’est étrange cette sensation… À certains moments du récit, je me suis sentie mal à l’aise; à d’autres, je ne comprenais pas la narratrice, mais j’ai senti la force de cette femme qui affronte beaucoup pour échapper à un homme, à vouloir prendre son destin enfin en mains. L’écriture de Nathalie Yot est percutante, avec des phrases courtes, de simples mots qui traduit cette fuite, cette urgence ressentie par la narratrice, cette envie de découvrir le Nord de l’Europe en passant par les grandes villes européennes où elle fait des rencontres qui la retiennent plus ou moins longtemps. Tout le long de son voyage, la folie s’immisce lentement dans sa tête… Elle rencontre Isaac, un enfant de neuf ans qu’on lui a offert. La maternité va la submerger, cet amour va devenir trop fort pour elle et va la pousser au tabou… C’est à ce moment du récit que l’auteure m’a un peu perdue car je ne comprends pas pourquoi elle a mis en scène ce tabou… Mais n’est-ce pas le but d’un roman justement d’interroger? Dans ce sens, « Le Nord du Monde » a réussi car je me suis interrogée et encore maintenant sur ma lecture mais sans avoir encore trouvé des réponses… – Sybil Lecoq (un brin de syboulette)
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« Je cherche la limite, toutes les limites. Celles qui partagent, celles qui disent de quel côté je suis l’étrangère, où je mets les pieds, où je dépasse (…) »

Cette phrase sur la quatrième de couverture aurait pu suffire sans doute à dépeindre l’aventure de R.
En me plongeant dans ce livre, j’ai été très déconcertée, le suis restée tout au long de ma lecture et le suis encore , après avoir fermé la dernière page…
Ce livre est déstabilisant, de par son histoire, de par la façon d’écrire de Nathalie Yot, style très atypique que je n’ai encore jamais rencontré jusqu’ici…
Le vocabulaire est recherché, les images sont parlantes, les mots ne sont pas choisis au hasard. Le rythme m’est étranger et j’ai eu un peu de mal à en déchiffrer toutes les notes…
Le thème principal de cet ouvrage est la fuite, partout, toujours d’une femme blessée. Se fuir soi-même, fuir les autres, fuir le temps… pour atteindre le Nord du monde.
Qu’est-ce que le Nord du monde et pourquoi vouloir absolument y aller ? Que faire une fois sa destination atteinte ? Que de questions je me suis posée durant ma lecture… La protagoniste principale, autour de laquelle toutes les autres personnes ne font que graviter, étant totalement obnubilée par la destination qu’elle pense finale, on comprend mieux le titre du livre.
Sur le chemin vers l’arrivée tant convoitée, des hommes et des femmes sont rencontrés ; un enfant aussi…
De multiples thèmes sont abordés, je pense en avoir oublié certains…
Vous trouverez le :
– Thème de la fuite et de la peur, bien sûr – Thème de la folie – Thème de l’errance – Thème omniprésent de l’animalité – Thème du vide intérieur, de la réflexion et de l’introspection – Thème de la solitude – Thème de l’alcoolisme – Thème de l’entraide, de la générosité – Thème de la différence – Thème des étrangers et de leur l’intégration, – Thème du silence qui fait mourir, qui est synonyme d’absence de vie et de souffrance. – Le thème du bruit qui empêche de réfléchir correctement ou qui nous aide au contraire à vous voiler la face, le bruit envahissant et perturbant, mais le bruit libérateur aussi, – Thème du pouvoir libérateur de la parole et du rire – Thème de l’amour. De l’amour aveugle qui nous rend accro à l’autre et qui nous fait ignorer TOUS les autres. Mais n’est-ce pas une erreur ? De l’amour qui, croit-on, guérit. Qui détruit. – Thème de l’instinct maternel – Thème des rapports hommes – femmes – Thème du temps qui passe. En laissant des traces. En n’en laissant pas. Inexistant. Ou omniprésent. Quoiqu’il en soit le temps est important. – Thème de la dépression et de la mort. – Thème de l’instinct de survie merveilleux de l’être humain – Thème de la colère – Thème de la faute, de la très grande faute – Thème de l’inacceptable et de la honte Nathalie Yot dépeint avec une déconcertante facilité toute la palette des émotions et des sentiments humains.
A travers ce long voyage vers le Nord en compagnie de R. et tous les pays traversés, je n’ai eu de cesse de vouloir la comprendre et l’aider. Force est de constater que je n’y suis pas arrivée.
L’avant-dernier chapitre est très surprenant et le dernier tout à fait déconcertant. – Sandrine Thebault
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Ce roman est arrivé comme une petite bombe. Comme des mots qu’on dégoupille et prend en plein visage, comme une écriture qui émerge, la face cachée d’un iceberg rare et précieux. Dès les premiers mots, on arpente les chemins, les routes telle Mona dans « Sans toit ni loi ».  Un roman comme une ligne de fuite, une fissure, une faille profonde qui s’ouvre sous nos pieds, qui laisse place aux impossibles, à l’extrême. Toucher la folie comme on touche la limite du monde, le cercle polaire, les journées qui ne se terminent jamais. Une nature qui rince, blanchie les corps dans des eaux glacées comme on raye le passé, oublie les brûlures, les douleurs et peurs.

Une écriture brute, qui nous embarque sans nous laisser le temps de souffler, respirer. Comme dans la fuite vers ce Nord, on court après une vie qui se perd dans l’errance. On marche à la dérive. Sans boussole. Sans pause et arrêt. Des mots comme un enchainement glacial, dramatique, euphorisant de griseries et de libertés extrêmes. Une écriture comme un scalpel qui entaille les chairs, ouvre les plaies, gratte. Des phrases fortes comme des diamants bruts, purs, sans la moindre poussière ou résidu nous amenant vers l’absolu, la faute ultime, la folie des résistances, le glissement glacial, la perte des repères.
On ne sait si on n’est dérangé ou emporté dans cette errance, cette quête, dans l’impensable et pourtant reconstructeur, dans une maternité qui s’exprime comme s’exprime le cri primitif de l’enfant qui né. Fragilité du funambule sur sa corde, fragilité de la glace qui se brise, de la faille qui s’ouvre, béante sous des mots précieux, des phrases d’une poésie à couper le souffle, à briser les croyances et les mouvements, à casser les corps et les pensées.

Du grand art. Du très grand art pour un premier roman. Une claque. Un diamant d’une extrême rareté. Et un nom à retenir, celui de Nathalie Yot, écrivaine à n’en pas douter, poète à découvrir absolument. – Sabine Faulmeyer (lepetitcarrejaune) 

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« Je voudrais simplement m’installer dans la fuite »
Un drame, une rencontre, cet « homme chien » destructeur. Un seul but : le Nord.
Ce roman nous conte la chute vertigineuse d’une jeune femme qui semble avoir touché le fond et ne peut compter que sur elle-même pour s’en sortir. Son périple l’amènera à traverser l’Europe à pied mais le plus long chemin sera intérieur. Comment vivre après l’indicible? La reconstruction doit elle passer par la destruction ?
C’est en tout cas ce que l’auteure, Nathalie Yot, suggère.
L’écriture est incisive, implacable, efficace et traduit avec justesse l’état émotionnel de la jeune femme.
Il s’agit vraiment d’un roman coup de poing car cette lecture ne peut que nous faire réagir et ensuite il faut se relever…
Pour ma part je reste dubitative, je ne sais si j’ai aimé ou non, j’ai été poussée dans mes retranchements, mes idéaux mais peut être que c’est à ça que sert la lecture ! – Clémence Rocton
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Je ne sais pas si je dois l’aimer ou le détester, le comprendre ou me fermer. Et pour finir je crois que le plus beau reste encore qu’il me questionne, m’interroge sur mon rapport à la lecture, la littérature, dans son fond et dans sa forme. Par le biais de son écriture, qui joue beaucoup sur le style et sur le rythme, Nathalie Yot réussit son pari. Le Nord du Monde questionne, interroge, le rapport au corps, à la chair, au désir, mais aussi à la folie, à la perdition. Je ne savais pas quoi en penser, sur la fin. Et puis, là, au fur et à mesure de ma chronique, je peux vous le dire, ce roman, c’est un bijou. – Enora Pagnoux (les dream-dream d’une bouquineuse)
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Une femme démunie, ne possédant rien , ni biens matériels ni amis, seule au monde.
Elle va partir, loin, très loin, très haut, vers le nord, le froid, la pureté, pour échapper, s’échapper, oublier, se construire ou se reconstruire , échapper à une vie qu’elle n’a pas eu pour une quête sans fin. En chemin, elle va se prendre d’amour pour un enfant, enfant qu’elle n’ a pas eu et qu’elle n’aura sans doute jamais. A deux , les épreuves sont peut-être moins douloureuses, plus acceptables, envers la rigueur des éléments et des hommes.
Et au bout de cette quête, quelle est l’issue, est ce un aboutissement, le début ou la fin d’un rêve ?
Magnifique épopée jusqu’à son retour vers ses origines et son milieu en une seule page… Pourquoi ce brusque changement ?
L’écriture est dure, hachée, nerveuse. Autant j’ai aimé les premières pages sur cette quête sans espoir , autant je suis dubitatif sur la fin de cette histoire, dommage. – Philippe Hatry
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Elle trotte, comme un poulain. Un seul but, le Nord, aller le plus loin possible. La narratrice du livre fuit clairement son « homme chien », celui dont elle a partagé la vie et qui la quitte, après une relation semble-t-il agitée. En perte totale de repères, elle n’a qu’une idée en tête : rejoindre le Nord. S’éloignant de Paris et son boulevard périphérique, la voilà en route pour un long périple, nous embarquant avec elle de Lille à la Norvège, en passant par les Pays-Bas et l’Allemagne. Un chemin parsemé de rencontres, une boulimie des autres qui jusqu’alors, ne l’intéressaient pas, et une quête de limites avec lesquelles elle flirte sans cesse, à la recherche d’un équilibre.Si son expérience touche les frontières géographiques, elle ne s’achève pas là : elle teste aussi la résistance de son corps et bien sûr les limites amoureuses. Jusqu’au jour où un nouveau sentiment va s’emparer d’elle, brutalement, le sentiment maternel. C’est à Amsterdam qu’elle croise ainsi la route d’un petit garçon polonais de 9 ans, orphelin, Isaac. Les deux s’adoptent mutuellement et continuent la route ensemble.

Nathalie Yot livre dans ce premier roman une réflexion intéressante sur l’amour, comment il débute et comment il finit :
« L’amour se coupe à la machette, d’un coup sec, alors les bords sont lisses ».
Mais que faire lorsque l’amour pour un enfant devient tellement fort qu’il vous submerge ?
« L’amour, quand il prend toute la place, c’est l’ennemi. On ne pense plus à être honnête. Ni avec soi-même, ni avec personne ».

Si la narratrice est parvenue à se rendre au Nord, l’équilibre tant recherché n’a pas été atteint et on assiste tout au long de la lecture à sa dégradation tant physique que psychologique, jusqu’à la transgression.

Le « Nord du Monde » est un roman troublant à l’écriture poétique, rythmée et même charnelle. Mais il ne m’a pourtant pas emportée. Ce n’est pas tant son côté dérangeant qui m’a déplu, mais davantage sa noirceur, sans issue, où la folie n’est jamais bien loin. – Julie Vasa (L’Apostrophée)

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Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites naturelles, sociétales et légales….
Un livre brutal renforcé par des phrases courtes qui vont à l’essentiel. Aucune place n’est laissée aux fioritures.
Ce livre retrace une fuite vers l’avant où les ruptures sont multiples. L’héroïne chercher à fuir encore et toujours afin d’oublier, de laisser derrière elle ses malheurs, ses errements. L’amour décrit est surprenant au début, puis dérangeant, choquant et interdit car aux contraires aux bonnes mœurs. Le style de vie est anormal mais la fin se révèle être autre que je ne le pensais…
Un livre quelque peu déroutant…. – Marie Heckmann

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Je comprends la fuite, la peur indicible et irréfléchie, les décisions à l’improviste, la profonde dépression que vit la narratrice …
Je comprends l’amour viscéral que l’on peut ressentir pour un enfant même s’il n’est pas né de notre chair, l’inquiétude, les doutes … Mais je ne peux pas comprendre que l’on puisse passer la limite de l’inconcevable. Donc à partir de cette page le livre m’a étouffée, donné la nausée même.
Le Nord du monde est très bien écrit, avec un rythme très bien adapté à ce que vit la narratrice et j’ai beaucoup aimé le voyage auquel elle nous invite. Mais j’ai eu un sentiment de malaise constant et croissant au fil des pages, les sujets abordés sont sûrement trop forts pour moi actuellement. – Frédérique Charpentier
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La narratrice fuit et veut partir vers le Nord du monde. Avec une écriture poétique, nous voila embarqué avec elle, sur les routes, dans les forêts. Elle fuit l’homme chien, va faire des rencontres sur ces routes, dans les rues, dans les campings. L’auteure nous parle, avec poésie, délicatesse, des laissés pour compte, les sdf, des familles de cœur, d’êtres rencontrés le long des chemins.. Elle nous parle aussi et surtout, avec une langue délicate, décalée, poétique de violence, physique, psychique.; Cette fuite vers le Nord du monde va peut être permettre à la narratrice de trouver de la sérénité. Des pages terribles mais aussi de jolis moments d’échange, d’introspection. Un texte terrible mais porté par une belle langue.- Catherine Airaud
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Comment vous expliquer à quel point ce livre m’a déplu.
On comprend dès le départ que la narratrice fuit quelque chose qui lui fait peur terriblement peur. Quoi ? Nous ne le saurons pas. Nous pouvons à la limite le deviner, et encore.
Les phrases courtes et hachées sont probablement présentes pour donner cette impression de fuite, cette sensation de peur. Sauf que par moment, elles en deviennent incompréhensibles
Et de ce fait, ne comprenant ce que l’auteur veut dire, la lecture devient moins attractive. Et elle le devient de moins en moins, quand l’auteur laisse suggérer des faits totalement immondes.
Je l’ai fini, espérant me tromper sur la signification de certaines situations dont la description a été faite de telle façon, qu’elle pouvait porter à confusion.
Comment une femme peut elle écrire de telles choses ? Est-ce la raison pour laquelle il n’y a pas de 4ème de couverture ? J’ai trouvé ce livre totalement malsain. – Katie.
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Roman à l’écriture très littéraire voire même poétique. L’auteure est d’ailleurs poète (« artiste pluridisciplinaire : chanteuse, performeuse et auteure. Très active dans le champ de la poésie, c’est sous le pseudonyme NATYOT qu’elle collabore à diverses revues et publie plusieurs recueils » Livres hebdo).

Roman de la fuite, de la déviance. Roman singulier, déroutant et plus que dérangeant.

C’est l’histoire d’une femme qui fuit un homme, surnommé l’homme chien. Elle prend la route, la peur au ventre, et se dirige vers le nord, pour le perdre, se perdre et/ou se retrouver.

Sur le chemin, elle passe par plusieurs pays du nord de l’Europe jusqu’aux fjords de la Norvège, elle fait des rencontres, expérimente et continue d’avancer, jusqu’à la rencontre qui la fait basculer, celle d’un enfant qu’elle prend sous son aile et qu’elle présente comme son fils adoptif. Ils continuent d’avancer vers le nord dans des conditions plus ou moins précaires, travaillant par moments, se posant parfois mais toujours avec cette idée de fuite jusqu’au nord, au « bout du monde » et toujours avec cette idée de repartir, de « rentrer ».

Cette rencontre lui fait expérimenter la maternité et ses limites, ses tabous, qu’elle dépasse et qui la font sombrer, complètement.

Texte fort, troublant, qui met mal à l’aise par moments, qui interroge et qui résonne. Portrait d’une femme hors norme qui questionne sur la féminité, la maternité, la folie, les normes.Delphine Crescent (Delphinesbooksandmore)

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Elle ne se nomme pas, ne s’épargne pas, ne s’aime pas et fuit à toute hâte vers le Nord…elle fuit un homme, la violence…??? On devine… puis immédiatement, elle nous entraîne dans sa course folle. On adopte son rythme et on dévore cette écriture atypique, sans savoir, comme le personnage, ce que l’on cherche. Puis arrive « l’inconcevable » et là, on marque un temps d’arrêt. On relit pour s’assurer que notre compréhension de ce qui se passe colle bien à ce qui est suggéré. Oui, c’est bien ça, et on ne comprend pas. Pourquoi en arriver là, comment, pour quoi ? Le livre refermé, on ne sait pas quoi en penser. On salue le talent d’une écriture abrupte, adoucie par beaucoup de poésie et chargée d’émotions à fleur de peau. Pour ce talent, pour toutes ces questions et pour l’incompréhension aussi, on a juste hâte de rencontrer l’auteur et de lui demander juste : pourquoi ?
« Au Nord du Monde, le ciel est témoin de tout. C’est pour ça qu’il rougit si souvent ». – Sophie Ruiz Bernaert
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Le Nord du Monde de Nathalie Yot est une course, la fuite en avant d’une femme, un galop irrépressible et endiablé, une quête improbable d’apaisement et de refuge.
Tout court, tout se rue et se précipite, le rythme, les mots, les corps, comme les rencontres, les langues et les frontières.
Est-ce à trop vouloir trouver les limites de son écriture et de son histoire que l’auteure les fait dépasser à son personnage? Est-ce à trop chercher le Nord que celui-ci finit par le perdre ? J’avais fini par adopter le pas de cette femme en fuite, par en accepter les bizarreries et les mystères, j’avais fini par trouver ma place dans cette histoire rugueuse et éreintante comme une marche sans fin sur des chemins inconfortables, j’avais fini par m’émouvoir devant cette femme qui découvrirait la puissance d’un amour plus fort qu’elle. Et puis… lorsqu’elle a fait le pas de trop, franchi la limite ultime, je n’ai plus pu la suivre. Tout en moi s’est enrayé, bloqué, braqué. De l’intérêt à la tolérance, de la curiosité intellectuelle au plaisir de la lecture, tout a brusquement été recouvert du voile noir de l’impossibilité majeure, de l’indicible, ou, plutôt, de « l’inlisible ».
Je conserve néanmoins à Nathalie Yot l’intérêt que la belle qualité d’écriture et la grande originalité de ce premier roman aura su éveiller. – Magali Bertrand
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Je termine – enfin !- ce petit roman dans lequel je n’ai pas réussi à trouver le moindre intérêt. « C’est courir qu’il faudrait » est la première et la dernière phrase de ce récit – qui n’est décidément pas à considérer comme un roman – et c’est ce que j’ai envie de faire, là : balancer ce livre et partir m’aérer l’esprit, me défouler de ces pages de lecture quasiment sans queue ni tête, dans lesquelles l’Homme, sous toutes ses formes (l’homme-chien est-il le père ? Le routier dépressif ? Les trois frères chez qui c’est tournante à chaque soir ? Le gamin ?) est un monstre à fuir. J’ai bien eu, au début, l’impression que la narratrice avait vécu un drame traumatisant et qu’il lui fallait absolument fuir au loin pour se refaire une santé mentale. Mais je n’ai plus compris la suite, les étapes par lesquelles cette femme avait besoin de passer, pour arriver, en plus à une fin pareille ! Il n’y a ni morale, ni compassion dans le regard que je porte sur ce personnage féminin tant j’ai l’impression que celle-ci s’est moquée de moi.
La plume adopte un rythme particulièrement plaisant, notamment par l’effet de ces phrases très courtes, un peu façon Marguerite Duras, ou plus récemment Catherine Poulain. Mais il s’agit d’un récit trop abstrait pour me plaire. – Valérie Lacaille
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La narratrice fuit une déception amoureuse, elle fuit « l’homme-chien » qui l’a quittée. En prenant la route vers le Nord, elle veut atteindre le mur du fond du Nord du Monde, aller le plus loin possible pour oublier en trottant comme un poulain. Sa fuite vers le Nord va la mener, tel un road movie, à Lille, en Belgique, à Amsterdam pour finir en Norvège. Elle enchaîne les rencontres jusqu’à sa rencontre avec Isaac, un jeune garçon de neuf ans qui lui fait découvrir l’amour maternel de façon fulgurante. « Je reconnaissais le mal de l’attachement, et des nœuds se formaient partout dans mon ami le ventre. »
Fragilisée par sa rupture amoureuse, dévorée par la colère, elle va perdre tout repère naviguant aux frontières de la folie… « Sans retenue, je me perds tous les jours un peu plus. Je soupçonne un abandon planifié », son déséquilibre va s’accentuer jusqu’à commettre une faute.
C’est l’histoire de la transgression d’un tabou qui parait étrangement normale, un impensable dépassement des limites qui semble naturel. « Les limites, on ne sait pas toujours quand on les passe, de quel côté de la limite on se sent le mieux. Chaque côté est un territoire. »
L’auteure nous raconte une femme en perdition, son errance et les dérives qu’elle peut engendrer. J’ai aimé la tension narrative de ce texte puissant et âpre, j’ai aimé son atmosphère et l’écriture fiévreuse, poétique et charnelle, j’ai aimé les dernières pages très fortes. Le sujet troublant et extrêmement dérangeant nous questionne sur notre rapport à la morale. Un premier roman qui bouscule et qui reste à l’esprit bien longtemps …
La littérature est parfois là pour déranger aussi.. Joëlle Guinard (les livres de Joëlle)
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Elle fuit un homme, l’homme-chien. Elle s’appelle R., elle est partie du jour au lendemain en trottant comme un poulain et elle cherche à atteindre le Nord. Voilà ce qu’on sait, tout le reste est indéfini, suggéré mais jamais dit, au lecteur d’inventer ce qu’il a envie.
L’écriture est atypique, assez lyrique, une sorte de litanie de la vie avec ses répétitions et ses ellipses. Ce récit est poétique, réflexif souvent aussi, autour des thèmes de l’attachement, de l’amour, de la dépendance. Il y a un fond intéressant, une idée derrière qui m’a semblé au premier abord pouvoir susciter ma curiosité, une forme singulière digne d’intérêt… et pourtant, tout ce qu’il y a au milieu du fond sous-jacent et de la forme pure m’a totalement échappé, laissée indifférente, voire légèrement irritée.
Quelle est cette histoire d’une femme poulain trottant pour échapper à un homme-chien, se donnant sans relâche aux hommes sur son chemin, jusqu’à rencontrer un enfant de dix ans sur lequel elle commettra l’indicible ? Quel est le message finalement ? Une femme ne peut échapper à l’emprise d’un homme qu’à travers un semblant de maternité ? On ne sait pas tellement ce qu’essaie de montrer l’auteur – y a-t-il seulement un message dans ce texte, au-delà de l’errance de ce personnage qui monte pour redescendre ? Je n’ai pas été convaincue par ce livre de suggestions, de non-dits et de transgressions. Le personnage n’est ni sensé, ni attendrissant, juste totalement incompréhensible, à côté de la plaque, déphasé. Difficile de s’identifier, de s’approprier un tel personnage. La chute dérange, on l’avait pressenti sans parvenir véritablement à l’expliquer, c’est gratuit – est-ce que c’est ça finalement le but principal de ce livre ? De quoi s’agit-il finalement, d’une fuite ou d’une transgression ? Si les deux sont liées, alors c’est foncièrement malsain, et ça donne de la femme une image contestable.
Non, vraiment, je n’ai pas du tout compris ce livre. – Olivia Cheucle (theunamedbookshelf)
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Elle court, elle fuit, sa course est celle d’un poulain qui « trotte » dit-elle. Elle fuit. Qui ? L’homme chien, celui qui la terrifie sans qu’on sache au juste qui il est, ni ce qu’il lui a fait. Elle est terrifiée et cela suffit.
Son projet ? Fuir vars le Nord, le plus au nord possible car là, il n’ira pas la rechercher. Pourquoi ? On ne sait pas.
Lille, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège : faux papiers pour l’enfant qu’elle emmène avec elle, un petit Polonais seul lui aussi. Pourquoi ? On ne sait pas. Chambres d’hôtel, bus, train, ils fuient : avec quels moyens ? On ne sait pas. Comment a-t-elle tant d’argent, comment trouve-t-elle les faussaires ? On ne sait pas.
Et c’est un peu le mode de ce livre : tout est dans le non-dit, la métaphore. Ce qu’on sait c’est qu’elle cherche un coin pour être bien, avec cet enfant dont elle s’est éprise ; c’est que son corps exige des caresses, qu’elle est un peu folle et que les rencontres qui se succèdent sur sa route sont juste des passages.
Une grande sensualité dans ce court roman, une histoire extra-ordinaire, peu passionnante à mon avis, voire révoltante quand c’est un gamin perdu qui y est mêlé. Un premier roman qui a juste le mérite d’être inattendu. – Evelyne Grandigneaux
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Le Nord du Monde est une faille intérieure qui vous frappe de plein fouet. Un road trip en-dedans fragile et poétique. Nathalie Yot explore les limites, les déséquilibres dormants. Le rapport au corps. Avec ou sans plaisir. Par nécessité animale. La folie qui sommeille dans la nuit dans ce Nord du monde qui ne vient jamais. Les erreurs qui sautent à la gueule mais que l’on poursuit. Immorales. Nathalie Yot chemine jusqu’à la faute. Au pardon aussi. Et l’on se laisse embarquer. Entre l’errance et la course poursuite. Le bien et le mal. La force et la faiblesse. L’ambivalence des sentiments. Et cette impression parfois d’assister à une séance de chamanisme.
Les mots de Nathalie Yot s’enchaînent et s’entrechoquent. Fulgurants. On en perd le Nord. Mais on poursuit, happés par une force mystérieuse. Celle des mots. Libres. Saisis par cette langue brute et pure comme nous sommes saisis par cette sensation de froid tout au long du voyage et par la fièvre qui anime cette femme d’aller au bout. Quitte à s’en brûler le cœur.
Ce premier roman marquant nous questionne sur les frontières intérieures que l’on dépasse, que l’on recherche, que l’on retient, que l’on transgresse. Ce qui dévaste et ronge. Jusqu’à gratter, gratter pour aller chercher au plus profond. Retirer la couche. Briser la glace, les codes et interpeller sur la morale. À en devenir dérangeant.
Le Nord du Monde est une expérience de lecture qui bouscule tout sur son passage, dont on ne se défait pas. Ancrée, gravée, pour longtemps.  – Amandine Cirez (Livresselitteraire)

Les déracinés – Catherine Bardon

“ Almah me démontrait chaque jour que l’être humain a une capacité de résistance inouïe, qui lui permet de surmonter toutes les douleurs, quelle que soit leur intensité, et toutes les pertes, aussi irréparables soient-elles.”

Les deracines

Qu’est-ce que j’aime les fresques historiques et familiales ! Partir d’un homme, disons Wilhem, qui tombe amoureux d’une femme, disons Almah, puis les retrouver pris dans la tourmente du racisme national-socialiste, les suivre à travers l’Anschluss et l’Océan Atlantique, jusqu’à un coin paradisiaque de République Dominicaine où ils finiront par poser leurs valises. Ah décidément, les grandes histoires de vie, moi j’adore ça.
Oui mes amis, c’est ici encore l’histoire d’une famille juive prise en étau par la montée du nazisme, alors qu’elle coulait des jours tranquille de grande bourgeoise à Vienne, capitale européenne de la culture pendant plusieurs siècles. C’est une histoire qui commence comme bien d’autres mais qui se poursuit bien différemment, puisqu’elle nous entraîne vers l’exil de cette famille, le déchirement qu’ont vécu ces gens à quitter famille et patrie dans la plus grande incertitude. Ici, c’est la question de l’identité, de l’enracinement qui persiste tout au long du récit, plus que celle de l’holocauste. Comment ces gens, qui ne s’étaient jamais considérés comme Juifs ont-ils vécu l’exclusion sociale, le retrait de leur identité nationale, le sabotage de leurs racines ?
Catherine Bardon est une conteuse hors pair, elle nous entraîne dans cette épopée avec finesse et poésie, elle nous offre un roman sensible et joyeux, qu’il fait bon lire et qui nous entraîne irrémédiablement vers d’autres cieux. Grâce à ses descriptions incroyablement vivaces, elle fait naître sous nos yeux ce paysage pourtant inconnu de Sosúa, ce petit coin de paradis construit à la force des bras de ces exilés en quête d’une terre hospitalière. Je reste admirative devant le travail de recherche et la patiente reconstruction effectués par l’auteur pour nous servir ce roman d’un réalisme rare. J’aime les romans où l’on entre pour ne plus en sortir, où notre vie entière est reléguée au second plan face à la vérité criante des lignes que nous parcourons des yeux. Les déracinés fait partie de cette catégorie de romans, de ceux qui bouleversent et transportent. – Olivia Cheucle (theunamedbookshelves)
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Les déracinés est une fresque romanesque éblouissante dont je garde un souvenir marquant plusieurs mois après lecture. Fondée sur des faits réels, l’histoire nous embarque en République Dominicaine, là où des Juifs ont pu trouver refuge face à l’antisémitisme des années 30. Wilhelm et Almah sont un jeune couple amoureux, vivant à Vienne, la capitale vibrante et éclairée de l’Autriche. Ils sont juifs et n’y pensent pas, ce n’est pas ainsi qu’ils définissent leur identité. Ils sont avant tout autrichiens, pleins de vie, ambitieux et amoureux. Mais le nazisme vient s’engouffrer dans leur quotidien et les ramène sans cesse à leur judéité, jusqu’à les contraindre à l’exil qui les poussera de l’autre côté de l’Atlantique. Cela a été une lecture passionnante, premièrement parce que ce roman a des allures de grande saga. On fait connaissance avec Almah et Wilhelm quand ils tombent amoureux et on ne les quitte qu’aux portes de la vieillesse. Entre les deux, c’est une aventure d’une richesse folle. D’autre part, on apprend plein de choses, c’est très instructif sans jamais glisser dans le “document”. Catherine Bardon a réussi à allier documentation et fiction dans un équilibre parfait. Et on a du mal à quitter tous ces personnages auxquels on s’est tellement attachés. Une de mes plus belles lectures de l’année 2018. – Vanessa Natiora
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Remarquable premier roman qui nous conte l’épopée d’un jeune couple Autrichien, Almah et Wilhelm, depuis les beaux quartiers de la Vienne des années 1930 jusqu’aux baraquements du futur kibboutz de Sosúa en République Dominicaine. On a vite oublié que seul le dictateur Trujillo, poussé par les Américains et voulant redorer son image ternie par le massacre de milliers de Haïtiens en 1937, a accepté de recevoir des juifs qui fuyaient d’autres massacres en Europe. C’est un combat pour la liberté que mènent ces réfugiés peu préparés au travail de la terre pour survivre dans cette tentative de création d’un kibboutz. Le roman est composé de courts chapitres où alternent comme trois voix, Wilhelm, des extraits de son journal et l’auteure. Malgré la gravité des faits c’est léger avec une belle histoire d’amour. On ne peut que s’attacher aux divers personnages. Ce récit est sans doute un peu trop romanesque mais à lire absolument!- Françoise Floride-Gentil
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Cependant l’écriture est très agréable et j’ai été vite emportée par ce côté confortable. L’envie de connaître la suite m’a permis de passer sur certaines « imperfections » : quelques répétitions de mots ou de contenu, quelques imprécisions (les yeux d’Almah qui changent de couleur plusieurs fois dans les premières pages: améthyste, lavande, saphir, bleu clair…). Ce ne sont que des détails, par rapport à une certaine force narrative.

Petit à petit le côté sombre pointe le bout de son nez entre la suite d’images d’Epinal. Il arrive par l’extérieur, par la dimension historique que nous ne connaissons que trop bien, mais que nous oublions parfois trop vite. Le contraste entre le couple idéal et la tragédie qui dévaste leur vie est extrême. Peut-être était-ce l’effet recherché en rendant « parfaits » les débuts de leur histoire.

De manière générale, malgré les sujets importants abordés, il m’a manqué un peu de tension dramatique, et il m’a semblé que la psychologie des personnages était esquissée, pas trop fouillée. Sans doute n’était-ce pas le but premier de l’auteure. Il y a beaucoup plus de pages de description, que ce soit de l’environnement ou des événements, que de dialogues. Nous assistons à ce qui a lieu, sans nécessairement le « vivre ».

Les chapitres sont parfois à la première personne (Wilhelm), parfois à la troisième et parfois il s’agit d’extraits d’écrits (carnets de Wilhelm, lettres). J’ai eu quelques difficultés à saisir l’apport des changements de points de vue et la logique des alternances entre les différents types de narration. Les moments où nous sommes au plus près des personnages, sont les passages d’extraits de carnets (de Wilhelm, la plupart du temps) ou de lettres, qui racontent autrement ce que nous avons appris dans les chapitres précédents. Ces articulations qui peuvent paraître complexes s’harmonisent dans la fluidité du récit.

Quels sont les points forts de ce long roman (environ 600 pages dans la version papier)? Il a le pouvoir de nous faire voyager. Que ce soit l’Autriche des années ’30, le Portugal, les bateaux parcourant les océans, Sosùa… Nous ne faisons pas que « visualiser », nous pouvons imaginer de manière beaucoup plus vaste. L’écriture est évocatrice: détails historico-géographiques, odeurs, bruits, couleurs, sensations. Les descriptions de la République Dominicaine font rêver, pas de vacances, mais d’une autre vie. Enchaînements de tableaux qui s’animent et nous happent au fil des chapitres. J’y ai également découvert tout un pan d’histoire que j’ignorais : l’accueil, pas désintéressé, des « émigrés-colons » juifs en République Dominicaine dans le but de constituer une colonie socialiste, un prototype de kibboutz. Les lecteurs peuvent vite se rendre compte du travail conséquent de recherche qui ancre cette fiction dans la réalité.

« Les Déracinés » est donc un roman qui se lit avec plaisir, qu’on « lâche » difficilement avant la dernière page. Une jolie et grande fresque, lumineuse, pleine de vie et d’espoir malgré les tragédies qui la traversent. Un habile tissage où la petite et la grande histoire se font écho l’une de l’autre. – Chiara Aquino (chiccacoccaunpeude)

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Voici un livre à mettre entre toutes les mains. Même si pour certains son épaisseur peut être vue comme un obstacle (600p environ). L’écriture est fluide sans sophistication et les personnages attachants. Il s’agit de l’histoire, d’un jeune couple juif dans les années 30 à Vienne (Autriche) dont la vie qui s’annonçait confortable, vire au cauchemar, ; les persécutions de leur communauté les amène à prendre la décision déchirante d’émigrer. Ils auraient voulu choisir New York où vivent déjà des membres de leur famille, mais les tracasseries administratives en décident autrement et, après un an d’errance en Europe , puis à Ellis Island ils débarquent en République dominicaine.
Leur communauté, dont l’accueil est organisé par une organisation juive internationale, s’installe au milieu de nulle part, dans un style de vie proche des kibboutz. Au fil des années, jusqu’à leur vieillesse, nous suivons l’évolution de leurs vies avec les souffrances, les regrets de tout ce qu’ils ont perdu mais aussi les joies de ce qu’ils construisent, dans ce pays tellement différent de ce qu’ils ont connu. Si, au début on pense à « Les bourgeois » d’Alice Ferney » rapidement c’est « Avant que les ombres s’effacent » de Louis-Philippe Dalembert qui revient en mémoire. Ce sujet de l’émigration non choisie, s’il a été beaucoup traité, est ici décrit avec réalisme, romanesque sans sensiblerie. Bien sûr on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les émigrations actuelles et les réticences des pays à ouvrir leurs frontières. Catherine Bardon, qui connait bien ce pays de République Dominicaine, s’est inspirée de faits historiques pour construire sa trame romanesque . Elle a très bien réussi son pari. Ce livre devrait faire partie des achats automne 2018 de toutes les bibliothèques, car il rencontrera un large public ! – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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Du début des années 20 quatre décennies durant, Catherine Bardon s’emploie à retracer le destin d’une famille juive partie in extremis d’Autriche alors que les Nazis ont déjà entrepris l’extermination de la communauté juive, jusqu’en République Dominicaine, seul pays avec Haïti ouverte à l’accueil de ces hommes persécutés chassés et humiliés dans leurs propre pays. Ce premier roman est donc une fiction basée sur un contexte historique reel, assez peu connu du reste.

Dans le début des années 30 Almah et Wilhem, bien qu’issus de milieux différents se rencontrent à Vienne, ville dynamique sur le plan culturel et intellectuel, mélangeant sans problème modernité qui l’agite et traditions héritée du temps impérial. Almah et Willhem sont tous les deux juifs sans pour autant revendiquer leur judéité, ni la pratiquer. ; Des autrichiens depuis plusieurs générations, éduqués et intégrés, tout simplement. Seulement dans ces années –là, l’antisémitisme poursuit son inexorable ascension,, dont le point d’orgue sera l’invasion du pays par les troupes d’Hitler ; la suite, hélas on la connait. Si les deux familles sont parfaitement conscientes des évènements, et si la question du départ se pose finalement assez tôt, prendre la décision finale reste un déchirement, un cas de conscience par rapport à ceux qui restent ou font le sacrifice ultime.

Fuir, ne va donc pas de soi. Reconstruire, et se reconstruire ailleurs ne l’est pas davantage. C’est ce que Catherine Bardon s’attarde à nous montrer dans la troisième partie de ce roman ( la plus conséquente), d’autant que chacun doit faire le deuil de ce qu’il était avant, doit réapprendre la vie en communauté tout en absorbant les aléas de l’intimité familiale. L’exil et la reconstruction sont une chose, mais la que faire après ? S’établir définitivement là, ou bien s’exiler à nouveau ?

En lisant ce roman, on ne peut s’empêcher de penser au très beau « Avant que les ombres s’effacent  » qui ne peut rivaliser avec celui-là tant il lui est supérieur.

En effet, « les déracinés » a la faiblesse d’être trop axé sur le côté sentimental. Bien des passages auraient gagnés à être étayés afin de laisser davantage de place à l’aspect historique. Mais sans doute était-ce la volonté de l’auteur ?

Une lecture agréable, fluide ; des personnages attachants, des moments qui peuvent s’avérer émouvants. Mais, un ensemble qui m’a semblé un peu trop  » grand public » et convenu pour laisser un souvenir durable. – Myriam Veisse (le blog de mimi pinson)

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J’aime les livres qui tout en nous emportant dans une fresque romanesque nous apprennent des passages de l’Histoire. Et ce livre en fait partie, il nous raconte une Histoire pas si éloignée de nous, mais déjà oubliée ou presque. Wilhelm et Almah vivent heureux et amoureux dans les années 30 à Vienne. Ils sont juifs, non pratiquants mais avant tout autrichiens. Il est journaliste, elle est dentiste, ils font partie de la bourgeoisie de Vienne. Ils assistent à la montée du nazisme avec tout d’abord de l’incrédulité jusqu’à ce que les choses empirent et qu’ils doivent tout abandonner et s’exiler. Ils vont alors errer avec leur petit garçon, se voir rejeter et finir par s’installer en République Dominicaine, seul pays à accepter de les recevoir. Ils vont vivre dans un ersatz de kibboutz où Wilhelm l’intellectuel va devoir travailler durement de ses mains. Parallèlement à leur vie, nous suivons les événements internationaux (entrée en guerre des USA, chute de l’Allemagne, création d’Israël…)
Ce livre est passionnant, il est composé de courts chapitres ce qui rend sa lecture très fluide . Une très belle découverte. – Michèle Letellier
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Il est de ces romans qui nous transportent tellement que les personnages semblent devenir des proches, installés sur notre table, prêts à ouvrir leur cœur et leur âme un peu plus, chaque jour. Cette histoire m’a passionnée. D’abord par le cadre de l’Autriche, dans la violence du Reich, dont je ne connais que trop peu l’Histoire et son peuple. Retrouver des noms familiers des grandes personnalités ayant construit la culture du pays, suivre le parcours de deux jeunes gens dans l’ivresse du transport amoureux, l’affirmation d’une jeune femme au début du 20ème siècle prônant l’égalité homes-femmes dans son choix professionnel, ces nombreux thèmes m’ont tout de suite séduite.
Puis vient la plume, celle de Catherine Bardon a cette qualité de nous lier à sa fiction, par l’enveloppe douce de ses choix lexicaux et syntaxiques dans des thématiques violentes. Le découpage en chapitres très courts nous amenant à en dévorer un , et encore un , et encore… Nous raconter la survie et l’optimisme, qui font rage, dans l’exil si présent aujourd’hui autour de nous. Ce roman pourrait-il offrir un nouveau regard sur la bourbe que vivent les enfants, femmes et hommes, réfugiés, dans nos villes , aujourd’hui ?
Et enfin, observer une vie entière et mettre de la distance sur la sienne, ramener la fiction à la réalité. Évoquer le passage du temps sur les êtres, prendre conscience du passé, du présent et de l’avenir de nos vies réelles. L’écriture de Catherine Bardon est un récit intemporel, écrit avec une belle richesse et une finesse attachante. – Anne Richard
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Au début, j’ai eu du mal. Du coup, j’ai sauté pas mal de pages. Puis, j’ai dû reconnaître que j’avais plaisir à y retourner. Et finalement j’avoue que j’ai été assez conquise. Le sujet est très intéressant. Instructif. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas d’effet de style, mais pour raconter l’épopée de cette famille et tout un pan de l’histoire mondiale pendant la 2nde guerre mondiale et après (jusqu’au procès d’Eichmann), ça fonctionne très bien. Hormis le recours au carnet (de Wilh) qui, à mon avis, n’apporte rien à la narration. Le titre et la couverture sont formidables. Le thème également, même si, curieusement, le déracinement ne me semble pas être le sujet principal de ce roman… – Catherine Mézan
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S’attaquer aux « Déracinés » de Catherine Bardon, c’est s’embarquer pour un périple de 600 pages à la remorque de Will et Almah, c’est traverser les frontières barbelées et les océans sans fin, c’est survoler l’une des pages les plus sombres de l’Histoire, c’est s’attacher à deux puis trois puis des centaines de personnages, c’est s’exiler puis s’ancrer avec eux dans cette « Terra Incognita » qu’est, pour la plupart d’entre nous, la République Dominicaine.
C’est aussi, comme pour toute traversée, trouver son rythme de croisière entre la petite et la Grande Histoire, car, si la narration de l’une est enlevée, rapidement captivante et attachante, l’autre a quelque fois tendance à semer des écueils dans la fluidité du récit, imposant son ombre massive et bavarde, faisant échouer l’intérêt du lecteur sur des monticules de détails à la dérive.
Je dois à la vérité de dire que j’ai cependant trouvé un très grand intérêt à découvrir cet Exode moderne dont j’ignorais tout et qui soulève nombre de réflexions sur la notion de pionniers.
Au fil du roman, néanmoins, alors que les personnages s’affirment, s’affinent, se posent dans leur nouvelle vie d’exilés, l’auteure semble trouver un second souffle, comme allégée elle aussi du poids de l’Histoire, et trouve un ton plus juste, plus personnel, plus simple, qui permet enfin à ses lecteurs d’entrer en réelle empathie avec ces hommes et ces femmes au destin bousculé.
A telle enseigne que lorsque se profilent les contours des derniers chapitres, c’est la mort dans l’âme et (Si ! Si !) les larmes aux yeux que l’on quitte ces êtres, enracinés sans doute pour longtemps dans nos bons souvenirs de lecture. – Magali Bertrand
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Voici une jeune auteur à suivre, du moins par moi.
En lisant la 4è de couverture, je savais que cela allait me plaire car le pays d’origine (Autriche, puis émigration en République Dominicaine), le contexte historique (des années 30 aux années 60, la période de la 2è guerre mondiale étant ma préférée) sont mes préférés.
On suit les débuts de Wilhem et d’Almah en proie aux affres à cause de leur judaïcité et leur exil de survie sur une île libre de toute civilisation et leur nouvelle vie à créer là bas. Après avoir fui cela, ils se trouveront confrontés à une autre forme de dictature.
L’auteur réussit ici un sacré tour de force en maintenant en haleine son public grâce à une puissance romanesque et historique diffuse et intense et en narrant un épisode de l’Histoire méconnu (l’exode des Juifs vers cette île)
Mme Bardon nous offre ici une lecture aux petits oignons égrainée de faits historiques véridiques et détaillés nous permettant de voir qu’une fois de plus les Juifs ont servi de cobayes à des expériences, ici moins atroces et douloureuses que celles menées par les Allemands.
L’écriture est ciselée, et jamais je ne me suis ennuyée au fil des 606 pages grâce à la romance et la puissance des personnages. A découvrir!!! – Marie Heckmann
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Lorsque Wilhelm Rosenheck tombe sous le charme de la séduisante Almah, il ne pouvait pas supposer que leur vie brillante et riche du Vienne des années 30 allait basculer dans l’horreur du nazisme et l’entraîner de l’autre côté de l’Atlantique, non pas aux États-Unis tant espérés, mais dans la république dominicaine pliée sous la férule de Trujillo.
On découvre un pan de l’histoire juive plutôt méconnu : l’expulsion des juifs d’Autriche après l’Anschluss a donné lieu à une sorte d’ « appel d’offres » lancé aux nations par le président Roosevelt pour trouver des pays d’accueil hors des USA pour 650 000 Juifs d’Allemagne et d’Autriche. Nous sommes en juillet 1938, c’est la conférence d’ Evian à laquelle ont participé en tout et pour tout 32 États, dont seulement neuf d’Europe !
On apprend ainsi que la Suisse ferme ses frontières, que les États-Unis limitent de façon drastique l’accueil des Juifs d’Europe (et les renvoient là-bas, si nécessaire!) : cela ne vous rappelle rien ? Pas d’ Aquarius à l’époque, mais la Dorsa, association qui convoie les juifs à travers l’Europe, dans des camps infects ou supportables selon les pays, les achemine jusqu’à la république dominicaine où ils deviennent agriculteurs de kibboutz, préfigurant ainsi la création de l’État d’Israël en 1948. Là, ils utilisent leurs compétences pour recréer un monde, avec école, infirmerie, orchestre, soirées culturelles, cours le langue : on ne peut s’empêcher de penser à tous ces déportés qui, dans les camps, ont essayé de rendre la vie plus digne, plus humaine.
Du milieu tourbillonnant de Vienne, ils passent au climat tropical, à la rudesse des travaux collectifs sous la houlette d’un responsable juif qui organise tout d’abord la vie de façon socialiste puis, l’acclimatation aidant, sur un modèle moins collectiviste. On est quand même un peu sidéré d’apprendre que l’hospitalité du dictateur Trujillo est motivée par son désir de « blanchir » sa population noire, d’origine haïtienne ! Ici, une note de référence aurait été la bienvenue.
Et nous suivons une sorte de saga, entre amours fous, rires de la vie champêtre et dur labeur, renoncement aux espérances anciennes et découverte d’un nouveau monde, attachant et simple. Les exactions du tyran y sont tout de même évoquées mais apparemment les populations ne se mélangent pas beaucoup.
Le livre se décompose en courts chapitres narratifs, roman d’amour, biographie d’une famille sur fond de guerre mondiale, naissance de l’État d’Israël, la Grande Histoire vécue au jour le jour par des gens ordinaires. C’est romanesque, plutôt bien écrit, documenté, un peu trop prêt-à-l’emploi pour en faire une série à mon avis…Un premier roman qui ne manque pas d’intérêt. – Evelyne Grandigneaux
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Voilà un livre de littérature populaire au sens noble du terme et qui devrait selon toute vraisemblance trouver de nombreux lecteurs sur sa route. Fresque romanesque insérée dans une réalité historique qui raconte l’histoire d’un jeune couple autrichien Wilhem et Almah de la grande bourgeoisie face à la montée du nazisme, contraint d’émigrer vers des contrées lointaines en l’occurrence en République Dominicaine. 600 pages dont 1/3 qui vous embarque littéralement grâce à une écriture simple mais foisonnante dans l’Autriche d’avant-guerre, puis vous fait vivre les affres de ces réfugiés dont on ne veut pas, contraints à l’exil. Catherine Bardon connaît son sujet, l’étire, le malaxe au risque parfois de lasser un peu son lecteur par le truchement de points de vue redondants (l’histoire racontée par un narrateur extérieur, puis par Wilhem lui-même et Almah en dernier lieu) que forme ce couple incrédule au départ puis petit à petit confronté à la douloureuse réalité du peuple juif qu’on extermine. Ne boudons pas néanmoins notre plaisir de lire une saga riche d’informations où le souffle, l’empathie envers les personnages, l’atmosphère nous ouvrent les portes d’un vrai et intense moment de lecture divertissant et impeccablement maîtrisé. – Cécile Rol-Tanguy
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Une réticence au départ……., car j’évite depuis ces dernières années les films, livres, et autres rétrospectives sur la dernière guerre mondiale. Ceci dit, je reconnais que “Les Déracinés “, malgré ses 856 pages, m’ont passionnée, lues en une dizaine de jours, c’est un record pour moi !
Catherine Bardon nous fait vivre là un pan de l’Histoire au plus juste de la vérité. Entre faits réels, avec dates et lieux à l’appui, et histoire d’amour et d’amitiés, on ne peut plus s’arrêter de lire.
On connaît mal l’histoire autrichienne au départ de cette guerre, j’y ai appris les déportations en République dominicaine, et bien d’autres choses encore. Je ne vous raconterai pas l’histoire, car d’autres le font mieux que moi et il faut bien laisser la découverte pour ceux qui ne l’ont pas encore lu ; sachez que l’écriture est fluide et agréable et les chapitres courts vous donne l’envie irrépressible de tourner les pages pour aller plus loins et savoir enfin ce qui va arriver à Almah et Willehm !
Si enfin, ils vont pouvoir poser leurs valises, s’aimer, et se reconstruire une vie loin de l’holocauste, et devenir libre, enfin !
Pour un premier roman c’est une réussite ! Un vrai coup de cœur pour moi ! – Brigitte Cheminant
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Quel roman ! Quelle fresque ! Et dire qu’il s’agit d’un premier roman !!!
J’avoue m’être parfois ennuyée… et puis les dernières pages sont arrivées, confirmant mon attachement aux personnages que Catherine Bardon a rendu si vivants, et qui, d’un coup, m’ont semblé si proches, à un point que je ne pouvais plus les quitter car ils étaient devenus de proches amis. Certes, les passages relatant les aléas de l’Histoire ne m’attirent jamais hormis ceux qui concernent la Seconde Guerre mondiale, mais, avec le recul, je reconnais qu’il était finalement nécessaire de les mentionner pour avancer dans l’histoire de Will et Alma en même temps qu’eux. Les références historiques vérifiées de l’auteure ont encore davantage ancré le récit dans la réalité ; une réalité souvent effrayante du fait de sa répétitivité.
Voilà donc le lecteur en prise avec l‘Histoire par le biais d’une fiction liant Wilhelm et Almah, jeunes autrichiens juifs amoureux fous et voués à un bel avenir du fait de leur appartenance à un niveau de bourgeoisie conséquent ; le père de Wil étant propriétaire d’une imprimerie et le père d’Almah étant un médecin réputé, les deux sur une deuxième génération. Entre eux, ça a été le coup de foudre le plus beau, le plus fou, le plus parfait. Et les familles se sont accordées pour leur offrir un mariage princier.
Malheureusement, Hitler arrive au pouvoir et envahi l’Autriche : Wilhelm et Almah doivent fuir s’ils veulent rester en vie. Mais voilà, ils ont trop tardé dans leurs démarches administratives et plus aucun pays ne veut d’eux… sauf la République Dominicaine, dont le dictateur voit d’un bon œil cette main d’œuvre intelligente et saine qui lui permettrait, peut-être, de remettre à flot les terres agricoles de l’île.
Wil et Almah vont donc se retrouver en compagnie d’autres Juifs émigrés sur des terres où tout est à construire… Pas évident pour un journaliste et une dentiste de mettre les mains dans la terre et se conformer au rythme de vie communautaire du Kibboutz. Et pourtant…
Bref, un récit qui prend aux tripes parce qu’il reprend des éléments historiques connus de tous mais en y ajoutant une variante peu connue, cette émigration de Juifs vers des terres tropicales, et parce qu’il construit habilement des personnages touchants, capables de hanter longtemps le lecteur. Une réussite. – Valérie Lacaille
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Se lancer dans une telle entreprise pour un premier roman, il fallait oser. Catherine Bardon nous livre une fresque s’étalant de 1932 à 1961, autour des personnages de Wilhem et Almah. Toute la partie qui se déroule à Vienne est très bien rendue: le climat qui se durcit avec les mesures antisémites qui rendent incrédules les victimes dans un premier temps. Tous sont touchés, aussi bien les jeunes que les plus âgés. Certains choisissent très tôt l’exil, comme la soeur de Wilhem. D’autres optent pour une solution plus radicale, comme les parents d’Almah. Quant au jeune couple, il retarde au maximum la décision du départ, retenus par leur jeune fils et aussi l’amour qu’ils portent à leur ville et leur pays.

Une fois leur décision prise, commence pour eux un long périple, semé d’embûches et d’imprévus, qui les mène jusqu’aux portes des Etats-Unis où ils pensent que leur voyage prendra fin. Mais la désillusion est au rendez-vous, on ne veut pas d’eux là-bas. Comme seule solution, c’est l’option République dominicaine vers laquelle ils se dirigent. Toute cette partie sur l’exil et l’arrivée sur l’île m’a paru parfois un peu longue. Très documentée, l’auteure semble vouloir livrer beaucoup d’informations et se perd quelque fois dans des détails.

Néanmoins, Carherine Bardon met en lumière un épisode peu connu de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle décrit avec précision l’installation, al vie des ces colons, ainsi que l’environnement dans lequel ils évoluent, qu’elle affectionne tout particulièrement, et cela se sent.

Le récit retrouve un second souffle dans la dernière partie. L’histoire prend une tournure inattendue et débouche sur une fin plutôt réussie.

En résumé, j’ai aimé cette lecture, malgré quelques longueurs. Je salue vraiment l’audace de l’auteure de se lancer dans une telle aventure pour une première production: plus de 600 pages plutôt bien maitrisées et bien écrites, il fallait le faire! Et je trouve la couverture très belle. – Anne Dionnet (monpetitchapitre)

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1931, Vienne resplendissante. Ville de patrimoine et d’esprit. Une jeunesse dorée celle d’Almah, celle plus ancrée dans le concret de Wilhelm. L’insouciance des années d’avant la montée de l’antisémitisme, de la folie meurtrière propagée par Aldof Hitler.
Catherine Bardon nous plonge dans un pan de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu pour sublimer une histoire d’Amour, une histoire de vies qui se cherchent une terre d’adoption pour construire un havre de paix, survivre.
Il est journaliste, elle est dentiste. Ils seront fermiers. Ils enfouiront la peur, pleureront ceux qui se sont sacrifiés pour qu’ils aient une famille, une vie heureuse.
Ce devait être une parenthèse avant le retour. Impossible. Trop d’horreur, trop de peur, trop de morts, rien ne sera plus pareil à la Vienne de leur insouciance. Il faut construire, s’installer au soleil, à l’ombre d’un dictateur. Une communauté, un kibboutz expérimental, des amitiés, un lien, une ancre.
C’est un roman d’exception. Il dit tout de l’Humanité : son inhumanité, sa résilience. Les destins de Wilhelm et Almah, l’apprentissage d’un nouveau monde, d’une nouvelle langue. Les amitiés fraternelles avec Markus et Svenja.
« Sans le savoir, une population fragilisée de juifs apatrides dont aucun État ne voulait, se prêtait à une expérimentation sociologique d’envergure. » Ils réussirent un temps.
L’auteure raconte les pertes immenses comme celle de Stéfan Sweig : en adressant une lettre de suicide dans laquelle il dira tout de l’état d’esprit de ces rescapés : « adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m’a procuré, ainsi qu’à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même ».
Cette fresque romanesque captive, vous tire larmes et sourires. 30 ans pour une saga sur fond d’horreur où les enfants prendront racine. Quelque 600 pages qui vous livrent une part d’histoires de 100 000 Juifs qui content l’Histoire sombre et lumineuse à la fois, entre peurs, amours et espoirs.
Catherine Bardon nous offre une fresque émouvante très cinématographique. Un roman qui doit devenir un incontournable de nos bibliothèques. – Laurence Lamy (mespetitesetagerespartagees)
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C’est un premier roman impressionnant. D’abord par sa taille, un peu plus de 600 pages, ensuite et surtout par sa capacité à vous embarquer immédiatement et à ne plus vous lâcher. Je me souviens avoir dû interrompre ma lecture après la première partie pour respecter les délais dans lesquels je m’étais engagée à lire un autre roman, et je n’avais qu’une hâte : retrouver Almah et Will, le couple flamboyant de cette superbe fresque. Alors oui, il s’agit encore de la seconde guerre mondiale. Et oui, d’un épisode totalement méconnu. Mais le talent de Catherine Bardon est de maintenir tout au long du livre un haut degré de puissance romanesque tout en mettant en lumière l’incroyable destinée des juifs fuyant l’Europe centrale et accueillis par la République Dominicaine, un des rares états à accepter de leur ouvrir ses portes. Une dictature, un espace totalement vierge et un formidable défi à relever pour ceux qui ont tout quitté pour sauver leurs vies.

La trame sur laquelle Catherine Bardon bâtit son intrigue est d’une richesse incroyable, basée sur des faits et un contexte totalement réels tandis que ses personnages sont l’œuvre de son imagination. On apprend énormément sur cette initiative, forcément intéressée de la part du dictateur dominicain mais qui était pour les associations juives une sorte d’expérimentation destinée à éprouver des méthodes qui seront ensuite mises en œuvre lorsqu’il s’agira de créer l’état d’Israël. L’occasion de rappeler (comme l’a fait dernièrement Louis Philippe Dalembert avec Avant que les ombres s’effacent au sujet d’Haïti) à quel point les portes se sont fermées à l’époque face à l’afflux de réfugiés juifs, et de constater que l’Histoire bégaye décidément un peu trop. Mais si le livre est à ce point réussi c’est que la relation entre Will et Almah donne à l’ensemble le souffle romanesque nécessaire pour faire vibrer le lecteur.

« Cette nuit-là, je découvris que j’avais besoin d’Almah pour former un tout parfait et, dans sa façon de m’aimer, je devinai une exigence d’éternité. »... Lorsqu’il se fait cette réflexion, Will est encore loin d’imaginer ce que leur réserve le destin. Et il faudra toute la force de cet amour exceptionnel pour affronter les bourrasques de l’Histoire.

Bravo, donc. Pour cette fresque vibrante, passionnante, enthousiasmante et inspirante. Puisse-t-elle murmurer aux oreilles de nombreux lecteurs. – Nicole Grundlinger (motspourmots)