Les Déraisons – Odile d’Oultremont

Les Déraisons… un titre qui annonce la couleur sans toutefois que le futur lecteur puisse supposer la beauté et l’originalité de la langue à laquelle il va être confronté. Les médias n’ont pas tardé à parler de Boris Vian ou à faire référence à En attendant Bojangles pour évoquer la fantaisie qui teinte ce texte pourtant axé sur des sujets graves. Mais pourquoi vouloir comparer à tout prix ?

Les deraisons

Il était une fois une femme née sur notre Terre mais qui ne faisait pas totalement partie de notre monde. Louise avait pour amis les mots, les couleurs, la danse et la face cachée des choses. Elle a grandi en silence, à l’ombre d’un père disparu et d’une mère floue. Elle a vécu dans une maison d’artiste avec son chien Le-Chat. Mais le jour où Adrien frappe à sa porte, elle l’entraîne dans son sillage et naît alors de ce couple une douce et profonde histoire d’amour. Mais leur vie décalée, remplie d’humour et de jeux va-t-elle pouvoir surmonter la maladie de Louise et la mise au placard professionnelle d’Adrien ? Que ce premier roman d’Odile d’Oultremont est tendre et poétique ! Chaque mot nous apporte lumière, joie et sourire. Malgré les thèmes difficiles abordés tout au long de l’histoire, l’auteur nous entraîne dans le monde de Louise. On se laisse emporter par la vague de cette jeune femme libre. C’est d’une enfance solitaire qu’elle tire tout cet univers joyeux, où tout est source de jeux et de rires. On passe des larmes aux sourires, de la tendresse à la tristesse, et on se plait à croire que cette Louise existe bel et bien quelque part… Et qu’il nous reste encore un peu de temps pour la trouver et se laisser envahir par tout l’amour qu’elle porte en elle… – Audrey Thion
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« Les Déraisons », c’est pour moi un de ces romans lumineux qui rayonnent encore après les avoir refermés.
C’est un pied de nez aux absurdités qui peuvent traverser une vie : l’absurdité du monde du travail, qui parfois perd son sens, la transparence des individus dans l’entreprise, l’indifférence… Mais aussi l’absurdité de la maladie, la façon dont toutes les certitudes peuvent être balayées d’un coup.
Adrien et Louise forment un couple atypique et attachant. Lui travaille pour la société des Eaux de sa ville, occupe son poste avec le sérieux et la régularité d’un métronome depuis dix ans, traverse dans les clous… Elle est peintre, mais elle est surtout fantasque, légère comme un ballon, ayant décrété que la vie devait être vécue comme on débouche une bouteille de champagne. Et en couleurs, s’il vous plaît !
Lorsque Louise tombe malade, et que dans le même temps, Adrien se voit relégué au fond d’un couloir dans un bureau-placard sans plus aucun dossier à traiter, on aurait pu se dire que les rouages allaient se gripper et que la magie allait cesser. Mais il n’en est rien, et au contraire, le petit grain de folie de Louise est bien ce qui fait battre le cœur de ce couple hors norme.
L’univers des « Déraisons » rappelle parfois celui de « L’Écume des jours », et Adrien et Louise ont quelque chose de Colin et Chloé. Lâchez prise, attrapez la main de Louise, et laissez-là vous faire visiter son monde. Avec moi, ça a marché. Je me suis attachée à Louise et à sa douce folie, à Adrien et à sa volonté d’entretenir la flamme de fantaisie dans l’œil de sa bien-aimée, jusqu’au bout, malgré la maladie.
« Louise asticotait la peur et l’ennui, elle les malaxait dans sa tête comme on déforme une boule de pâte à modeler. À son contact ils mutaient en une malice légère. Elle avait déplacé le centre de gravité des événements, leur avait ôté leur foutu côté obscur. Ne restaient que des bulles de savon sur lesquelles elle soufflait avec une puérilité assumée. Il n’y avait qu’elle pour transformer ainsi le gravier en guimauve. »
Au-delà de l’histoire d’amour, de la maladie et du procès absurde d’Adrien, qui constitue le fil rouge de l’histoire, il y a dans ce livre comme une petite musique qui donne le sourire, parce qu’il est toujours bon de se rappeler que rien ne nous oblige à tout prendre au sérieux, que la légèreté existe, cette « subtilité frappée, envergure détachée, mouchetée d’irrévérence ». Et après tout, pourquoi pas ? Pourquoi pas la fantaisie, la légèreté, le grain de folie ? Pourquoi pas une pointe d’absurde légèreté pour contrer certaines de ces épreuves que l’on redoute de trouver sur son chemin ? « Pour avancer, se dit-elle, il va falloir voler. […] À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe. » – Amélie Muller
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« Hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance« 
Ces mots de René Char me paraissent particulièrement correspondre à ma lecture du roman d’Odile D’Oultremont. Cette « part de merveilleux » c’est ce que Louise a transmis à Adrien et lui a appris à chercher sans relâche, lui qui n’était qu’une miette de vie abandonnée parmi les autres. Et c’est cette part qui le maintient debout alors qu’on le juge pour avoir indûment perçu un salaire de la société qui l’employait. Relégué dans un placard, Adrien a préféré s’abstenir d’une présence que de toutes façons personne, dans son entreprise, ne remarquait, pour rester près de sa femme aux poumons « perforés ». Au tribunal, sa présence est tout aussi ondoyante : si son corps est bien assis dans le box des accusés, sa pensée s’échappe pour parcourir le territoire des souvenirs ou pour s’étonner des discours du président et des avocats. Dans les mots, comme dans les actes, comme sur les visages et les corps, Louise lui a appris a discerner les échancrures où viennent se faufiler la fantaisie et la poésie. Louise lui a appris le choix de l’émerveillement.
Et l’écriture d’Odile d’Oultremont transmet à son tour cette faculté à faire vibrer le réel de mille tressaillements sans cesse réinventés. Elle sait exprimer la clarté joyeuse du bel amour fou tout en la nuançant imperceptiblement de sombre. Et, au gré de ces mots qui papillonnent de jour et de nuit, de ces phrases qui découpent avec brusquerie les instants ou qui les prolongent dans des images chatoyantes, les émotions s’entrechoquent, se percutent, se superposent et s’enchaînent finalement dans le juste reflet de ce qu’est la vie. La lecture donne une impression de légèreté impalpable, de délicatesse dentellière et, exactement dans le même temps, de densité dramatique poignante.
Ce roman m’a littéralement et littérairement…. enchantée !   – Merlieux Lenchanteur
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« Rien n’est sérieux en ce bas monde que le rire » aurait dit Flaubert… une certitude à la lecture de ce magnifique premier roman signé Odile d’Oultremont ! Elle inscrit son histoire dans un monde morne et terne mais que viennent réveiller des déraisons, à l’image de la si jolie couverture du livre signée Paul Wackers : une plante aux feuilles étonnamment noires, devant un mur gris mais égayées par des touches de couleurs et une typographie scintillante, marque de fabrique des Éditions de l’Observatoire qui fêtent leur première année et dont on a envie de dévorer toutes les publications !
Adrien ne dépareille pas au tableau. Lui aussi mène une vie à pleurer, dans son costume gris étriqué, son travail dénué d’intérêt, sa solitude et son pyjama bleu… jusqu’au jour où, au hasard de l’annonce d’une coupure d’eau, il fait connaissance avec une artiste peintre, Louise. Bien plus qu’une rencontre, il s’agit ici d’une renaissance, un vrai retour à la vie. Si tout semble a priori les opposer, il n’en est absolument rien au point que, réunis dans une fantaisie faite mode de vie, ils ne forment alors plus qu’un.
Entre un père absent et une mère perdant pieds dans la réalité, Louise a emprunté la voie de la déraison pour survivre, ramener sa mère dans son monde et à la vie : « À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe ». Alors, dès ses 7 ans, et de la manière la plus touchante qui soit, Louise a déployé des trésors d’imagination pour voir les choses différemment. Lorsqu’ Adrien la rencontre, c’est une femme qui appelle son chien Le-Chat, qui passe du tu au vous comme bon lui semble, qui nomme une compote marbre coco parce que c’est le jour des rimes en « O »… Adrien aurait pu prendre ses jambes à son cou mais il n’en a rien fait et bien au contraire, il a eu enfin le sentiment d’être arrivé à bon port usant de l’amour de Louise comme d’une seconde peau pour le réchauffer et le protéger.
Dix années de bonheur partagé, de folie douce et d’amour inconditionnel, jusqu’au jour où deux événements viennent bousculer ce précieux équilibre : la mise au placard d’Adrien par son entreprise et le cancer de Louise. Adrien, qui se laissait jusqu’alors porter par le regard décalé et coloré de Louise sur la vie, décide de prendre le relai et invente pour elle un univers tenant autant que faire se peut la maladie à distance. Pour cela, il renonce à aller travailler dans la zone écartée qu’on lui a attribuée, sans collègue, sans ordinateur ni téléphone… un placard si isolé que personne ne réalise que ce salarié fantôme ne vient plus. Onze mois durant lesquels Adrien aura donc perçu un salaire sans travailler, ce qui le conduit finalement au tribunal… C’est en ce lieu si solennel que débute le roman où Adrien va devoir expliquer les raisons de sa conduite à un président de tribunal aussi peu conventionnel que les autres personnages du livre.
Odile d’Oultremont se révèle incontestablement une auteur au style aussi poétique et coloré que l’univers de son livre. Ce premier roman regorge en effet d’expressions inventives et percutantes, d’un vocabulaire riche et farfelu à souhait à l’image de Louise … un vrai bonheur de lecture ! Loin d’avoir d’être un feel-good, ce roman fait partie de ceux qui nous font pourtant voir la vie autrement, où malgré les difficultés du quotidien, observer les choses sous un autre angle peut les rendre beaucoup plus supportables, définitivement. – Julie Vasa
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Loufoque, barjo, déjanté, anticonformiste, oserais-je dire humour belge?
C’est un couple tout à fait improbable : lui petit employé, solitaire, introverti style bonnet de nuit, elle artiste méconnue, extravertie et complètement folle-dingue. Les contraires s’attirant ce sont quelques années de bonheur fou, loin de toutes contingences matérielles. L’écriture est pleine de couleurs, d’insouciance, de gaîté. On est happé par l’extravagance de la femme. Et voilà que survient la maladie, mais tout continu pour elle comme si de rien n’était.
Au milieu du livre j’ai failli arrêter ma lecture, tout avait été dit et il n’y avait guère de suspense, ce n’étaient que des redites du loufoque et puis c’est reparti avec entrain et j’ai pris plaisir à le terminer.
C’est évident que ce roman nous montre qu’il faut prendre la vie avec plus de légèreté. L’humour, un brin de folie aide à vivre le quotidien que l’on prend toujours trop au sérieux. Face à la maladie l’optimisme et le déni sont nos meilleurs atouts même quand l’issue est fatale. Mais ce n’est certainement pas un livre que je ferais lire à un malade qui souffre et lutte contre ce foutu cancer, la souffrance physique y est trop niée. – Françoise Floride Gentil
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La seule façon raisonnable de vivre en ce bas monde, c’est en dehors des règles. » Louise, peintre, a décidé de mettre de la couleur dans sa vie, tous les jours. D’appeler son chien, « Le Chat », de vivre le présent pleinement. De décréter les jours en A ou en O, c’est plus rigolo. Le conformisme très peu pour elle. Louise est un Pierrot solaire qui éclaire son monde.
« Elle ne se souciait pas de la minute qui suivait, mais du moment, de l’exacte seconde où les choses se situaient. « Etre là », c’était sa came, sa défonce, son jus viscéral ». Adrien, lui est réglé comme une horloge suisse, petits parcours bien planifiés, optimisés pour aller au bureau, faire la tournée des clients. Employé-modèle, petite vie rangée. « ce bureau était sa niche. Il y entrait le matin à 9 heures, triait jusqu’à 11 heures les coups de fils à donner et vérifiait le matricule des clients qu’il irait visiter. » Ces deux là, n’étaient pas fait pour se rencontrer mais mieux, ils étaient faits l’un pour l’autre. Seulement voilà, le sort en a décidé autrement, pas eux. Sourire toujours c’est le credo de Louise, en toutes circonstances, le sourire et le rire aide la chimio a mieux agir, Adrien à ne pas sombrer. La plume pleine de poésie, le verbe choisi aident à entrer de plain-pied dans l’univers parallèle de ce couple « déjanté ». Bien sûr, les attitudes loufoques, hors normes, ne sont que prétextes à nous dire qu’on peut choisir le bonheur. Choisir son bonheur, tant pis pour les bien-pensants qui n’y comprennent rien, qui jugent. Peut-on, comme le petit juge Albert Vaxe, rationaliser une situation ubuesque et y appliquer une sanction, quand l’ultime vous a déjà été infligé ? Un roman plein de tendresse, d’émotions, de poésie, pour parler de sujets cruels comme le placement d’Adrien en position d’être inutile chez « Aquaplus », le reléguer en un lieu qu’aucun autre employé de l’entreprise n’a foulé ; du cancer de Louise qu’elle va traiter avec fantaisie comme à son habitude. Nul pouvoir pour ces deux-là, face à la situation, mais ils la vivront ensemble avec courage et inventivité. Ce roman est une bulle d’émotions, du Champagne. Une ode aux petits bonheurs du quotidien, au choix de voir le verre à moitié plein en toutes circonstances surtout les pires… de se moquer éperdument de la norme. Avec brio et justesse, sans lasser malgré les loufoqueries, l’auteure vous embarque dans une histoire lunaire éclairée par le procès d’Adrien, auquel on ne comprend pas grand-chose au début, mais qui clarifie l’histoire au fil de la lecture. Je suis orpheline de la pétillante Louise.
De ces histoires mille fois racontées : un homme, une femme Cha bada bada… elle crée les déraisons à adopter pour tout affronter, vivre mieux la grisaille, la maladie, la désobéissance. Devenir Dorothy pour voir au-delà de l’Arc-en-ciel. Ce livre donne envie d’aimer la vie, tout simplement ! – Laurence Lamy
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C’est l’histoire d’un amour fou, un amour surréaliste que n’aurait pas renié André Breton.
Louise et Adrien, Adrien et Louise, une couple fusionnel qui traversait la vie en métamorphosant chaque instant en bulle de bonheur pétillante et joyeuse, jusqu’à l’annonce du cancer qui ronge les poumons de Louise et coïncide avec la restructuration de l’entreprise où Adrien est employé.
C’est le récit d’un procès, celui d’Adrien, mis au placard, qui décide un beau jour de ne plus aller travailler pour s’occuper de sa bien-aimée et remettre de la couleur dans un quotidien devenu gris.
C’est le portrait déchirant d’une femme libre qui rêve éveillée sans se soucier de la bienséance ou du qu’en-dira-t-on, et se battra jusqu’au bout, l’imaginaire en bandoulière, jusqu’à son dernier souffle.
C’est un roman qui rappelle L’écume des jours de Boris Vian, un livre dur et doux à la fois, puissamment sensible, dont la petite musique de nuit, entêtante et mélancolique, résonne encore longtemps après l’avoir refermé, intimant l’ordre de vivre le moment présent encore plus haut et plus fort…
Soyons déraisonnables, voulez-vous ?   – Catherine Pautigny
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Et….
Découvrez comment Charlotte Bouteloup a résisté avant de se laisser emporter …
pourquoi Hélène est restée en dehors du récit…
comment Sabine a succombé à la poésie qui se dégage de ce roman…
pourquoi Anne a été à la fois charmée et gênée…
comment Annie s’est laissé happer dès les premiers mots…
pourquoi Nathalie Cez a eu un mal fou à suivre ces personnages …
comment le cœur de Joëlle s’est emballé…
pourquoi la rencontre avec Sonia ne s’est pas faite…
comment Anne Leloup est tombée en amour pour ce livre…
comment Héliéna a abordé ce roman singulier…
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Sans oublier la chronique radio de Charlotte Milandri sur France Bleu Maine.
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Les Rêveurs – Isabelle Carré

Il a fallu des dizaines d’années à Isabelle Carré pour ressortir ses cahiers remplis à l’adolescence et trouver enfin le déclic pour se lancer dans l’écriture de ce premier roman. Un roman, et non pas un récit même si les repères autobiographiques sont bien présents. L’auteure le dit elle-même, dans un sourire, sa narratrice n’est pas elle… pourtant, à en juger par les retours des lecteurs, difficile de ne pas englober dans la lecture de ce livre l’image que chacun a ou se fait de l’actrice. Ô délices de la fiction !

Les Reveurs

Quand on évoque Isabelle Carré, ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent : solaire, lumineuse, discrète. Comme si le soleil était discret ! Pourtant c’est vrai que cette actrice qui a une bonne quarantaine et ressemble toujours à une jeune fille nous émeut et nous touche par son apparente fragilité, son sourire à la fois pudique et radieux (décidément, on ne peut s’empêcher d’utiliser un vocabulaire solaire!), son regard franc et direct qui se plante dans vos yeux avec une désarmante sincérité. Alors, puisque tout semble si clair, pourquoi a-t-elle éprouvé le besoin de nous livrer ses souvenirs ? Comme pour, peut-être, rétablir une certaine vérité…
Et elle a bien fait car nous découvrons que cet aspect lisse et apparemment simple cache un passé difficile, une enfance traumatisante, une adolescence perturbée, des premiers pas compliqués dans le début de l’âge adulte.
On est toujours l’héritier de ses parents, on reçoit en héritage leurs forces mais aussi leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs manques. Et sur ce point, la petite Isabelle n’a pas été épargnée avec une famille maternelle très « fin de race » mais qui tient à préserver son image d’aristocrate en jetant dehors la fille déshonorée, sa propre mère. Une mère qui donc va toute jeune devoir s’occuper d’un enfant non désiré, et d’elle-même aussi, sans y avoir été le moins du monde préparée. Un autre enfant (Isabelle) d’un nouveau compagnon, puis encore un et une vie qui, enfin, semble se stabiliser.
Mais rien n’est si simple, et les déchirures continuent : problèmes de santé mentale pour la mère qui manque de jeter sa fille par la fenêtre, traumatisme ensuite quand elle apprend que son mari est homosexuel (à une époque où c’est encore une maladie qu’on « attrape » !!) et qu’elle le chasse. Isabelle se retrouve à 14 ans dans un internat psychiatrique après une tentative de suicide, mène une vie d’adolescente perturbée, désespérément seule. Son père lui offre, pour ses quinze ans, le droit d’habiter seule dans son studio ! A quinze ans ! C’est un miracle qu’elle n’ait pas totalement dévissé.
Ce qui l’a sauvée, c’est sans aucun doute son désir de se réaliser en tant qu’artiste, par la danse d’abord – qui lui sera refusée en raison de sa jambe abîmée par un accident – par le théâtre et le cinéma ensuite.
Les confidences d’Isabelle Carré sont touchantes, écrites avec une grande simplicité de ton, sans pathos ni complaisance, et on ressent chez elle une grande sincérité. Le texte est, de façon précieuse et jolie à la fois, émaillé de références au cinéma et au théâtre et s’accompagne d’une bande-son variée et plaisante qui vient le compléter.
On a juste envie de remercier Isabelle pour ce cadeau qu’elle nous fait, entre autobiographie et souvenirs reconstruits, accompagnés d’une réflexion permanente sur ce qui a été, avec une prise de distance très mature et solide. On ne peut que lui souhaiter le meilleur, pour elle et la famille qu’elle a fondée. – Evelyne Grandigneaux
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Les raisons pour lesquelles un roman vous enrobe sont tout à la fois indéfinissables et précises. Isabelle Carré, dans ce premier, nous raconte sa famille, son enfance, comment elle s’est construite dans un bric-à-brac familial d’âmes en peine, en lutte pour survivre, au combat pour la liberté d’être et la sauvegarde des rêves, des plus objectivables aux plus fous… La fantaisie, si elle ne protège pas des dénis, des malentendus et des blessures, si elle ne sécurise pas toujours les enfants et camoufle grossièrement la détresse, exulte aussi des qualités humaines et créatrices en frayant un chemin aux possibles. Dans un flou de couleurs vives, un bazar joyeux et inventif, au milieu de repères familiaux éclatés et opposés, Isabelle Carré nous démontre dans ces lignes comment les carences et les renoncements étouffent, aliènent mais agitent aussi tout au long de l’existence pour expulser la pulsion vivante laquelle peut réussir à se faire entendre dans l’exaltation sensible des rêveurs.
Cette lecture n’a pas été un choc… Non ce fut plus doux, plus discret, si ténu que je n’ai pas vu venir l’étau qui se resserre autour de la gorge et du cœur, que je n’ai pas vu se coulisser les nœuds comme autant de connexions dans votre réseau interne. Ce livre a procédé à la façon d’un parfum, à la fois étranger et intime, une fragrance, une senteur envolée par le vent, laquelle console, intrigue et aussi réveille les souvenirs, les tendres et les incisifs. En respectant le non-code du langage inconscient, en balayant le temps chronicisé et social, en déroulant un fil de soie hors des balises raisonnées mais au gré des souvenirs, des interrogations suscitées et des évidences enfin soulagées, Isabelle Carré se livre sous la forme d’un puzzle éparpillé, un rébus sans logique narrative mais où tout est à entendre comme un réel porteur de sens : un rêve. Non pas un monde rêvé, il ne s’agit pas là d’un enchantement, ni d’un beau. Elle nous charme en nous promenant dans ses réminiscences retrouvées et imaginées, elle écrit avec la langue propre au rêve, indéfinissable et précise, avec des trous, des non-réponses, des mystères au moyen d’images, de communs, de musiques, ce qu’il y a d’elle, des autres et donc de soi au détour d’une page. Je suis sortie de cette lecture comme on se réveille au petit matin d’une nuit pleine de songes, habitée, infusée : à la fois triste et moins seule, nostalgique et pleine d’espoir, touchée et amusée, irritée que mon centre ait été gratté, bousculée et reconnaissante de me sentir en vie d’avoir des rêves encore…
Ce méli-mélo de ressemblances et dissemblances entre l’auteur et moi m’a chahuté et est certainement pour beaucoup dans la réception percutante de ce premier roman. Mais c’est au-delà de la simplicité des mots, des phrases, c’est au-delà que ça se passe : dans la vérité d’un dire qui surgit grâce à une écriture désarmante d’authenticité, désarmée de toute séduction, juste là, si honnêtement là pour le lecteur, à sa rencontre – « …j’écris pour qu’on me rencontre ». C’est dans l’au-delà d’une écriture épurée et légère, d’une histoire ni revendiquée ni défendue, parce que cela EST ; et parce que dans ce récit de vie, il y a passage de témoin d’une parole, d’une parole pleinement humaine, d’une singularité qui nous rappelle à soi. – Karine Le Nagard
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Isabelle Carré nous dévoile l’histoire de sa vie, sa jeunesse et l’univers compliqué dans lequel elle a grandit. Il est difficile de se construire dans un univers aussi particulier. Entre une mère dépressive sombrant de jours en jours et un père quittant le domicile familial pour tenter d’assumer son homosexualité cachée depuis toujours.
Une lecture agréable, un style simple et efficace. Un roman qui se lit facilement. Toutefois je n’ai pas plus accroché que cela. Peut-être était-ce trop intime pour moi ? J’ai plutôt perçu ce roman comme une thérapie pour l’auteure. Une lecture agréable mais pas un coup de cœur. – Nina Busson Boulonne
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Deuxième lecture de cette sélection et l’enchantement continue.
Il faut dire que pendant toute la lecture j’ai eu dans ma tête le visage et le doux sourire d’Isabelle Carré. Maintenant je sais que ce sourire et cet aspect lisse taisent bien des drames et des questionnements. Elle appartient à une famille peu conventionnelle où les fêlures des mères se répercutent sur le devenir des enfants, où les parents sont plus occupés à se chercher qu’au bien-être de leurs enfants. Et pourtant il y a beaucoup d’amour dans cette famille et la fratrie semble très unie. Mais pour les enfants de cette famille déjantée il est difficile de se construire et le rêve c’est la normalité
Isabelle Carré se raconte sans jamais se plaindre, ne juge pas, seulement constate avec une grande sensibilité cachée derrière son humour. Pour ce qui est du style j’ai été perturbée par le passage du « il, elle, les enfants… » au « je ». On passe aussi d’une époque à l’autre sans bien en comprendre la raison, il n’y a pas de chronologie, c’est un peu fouillis.
J’ai dévoré ce livre mi-mémoire mi-roman mais je me demande si j’aurais aussi bien adhéré à ce récit si l’auteur avait été un total inconnu. – Françoise Floride Gentil
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Entrer dans la galaxie des « Rêveurs », c’est partir la découverte d’une famille romanesque et atypique, celle de la discrète et lumineuse Isabelle Carré. Un récit chaleureux et intimiste qui repose sur les souvenirs d’une enfance entre rêve et réalité, avec dans les rôles principaux le père artiste visionnaire qui cache une secrète inclination pour les hommes, la mère insaisissable qui possède la rare faculté de s’absenter du monde réel pour vivre dans le rempart de ses pensées, et les deux frères, dont l’aîné souffre d’une phobie de l’abandon liée à l’histoire de sa naissance.
Par petites touches impressionnistes et sans souci de chronologie, la trame se dessine et s’anime sous nos yeux ; notre héroïne grandit dans les années 70 où les lecteurs de la même génération retrouveront avec délice et nostalgie les slogans publicitaires et la bande-son de cette époque, la chronique douce-amère de la vie comme elle va, avec ses bonheurs et ses drames…
Un joli moment de lecture qui lève un coin de voile sur la vocation de comédienne d’Isabelle Carré, mais également sa capacité réparatrice à avoir une « ardoise magique » dans la tête qui lui permet d’effacer les épisodes douloureux, et son besoin de « cadre », elle qui a évolué dans cette famille post-soixante-huitarde où la liberté était le mantra.
A conseiller aux émotifs anonymes ! – Catherine Pautigny
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Entre roman et autobiographie, Isabelle Carré nous invite dans les souvenirs de son enfance et de son adolescence, dans une famille marquée par les événements de Mai 68. Il est difficile de trouver sa place entre une mère mélancolique et un père qui va peu à peu glisser et se réfugier dans son homosexualité. Malgré la construction un peu confuse, nous reconnaissons bien dans son écriture la délicatesse, la pudeur et le côté solaire d’ Isabelle Carré. Un livre agréable qui permet à son auteur de se dédouaner des interrogations de son enfance, mais avec un sentiment de déjà lu, et avec le souhait de retrouver et lire Isabelle Carré dans une vraie fiction. – Philippe Hatry
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« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le de suite. Faites- le pour moi et pout tous ceux qui grâce à in flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »
Je pensais connaitre Isabelle en tant qu’actrice, qui est lumineuse, gaie, enjouée et encore enfant. Belle surprise pour ce premier roman auquel je ne m’attendais pas du tout. Élevée dans une famille déglinguée : une mère mélancolique voir dépressive et un père homosexuel, il est difficile de trouver sa place. Elle aurait pu sombrer après une tentative de suicide, mais la danse en premier (malgré sa jambe atrophiée) et ensuite le théâtre et le cinéma la sauveront
Elle nous raconte son histoire comme un rêve, aucun pathos dans une écriture simple, poétique, sensible.
Livre très touchant.
« Je rêve surtout de rencontrer des gens. Je n’ai jamais trouvé simple de faire connaissance, ailleurs que sur un plateau. Mais on se quitte une fois le tournage ou la pièce terminée, et on ne se revoit jamais comme on se l’était promis…Alors je m’offre une seconde chance, j’écris pour qu’on me rencontre. » – Joëlle Radisson
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« J’approuve Isabelle d’avoir fait la part belle aux impressions, d’avoir privilégié les émotions aux faits. L’exactitude n’est pas de mise. Elle nous aurait rendu voyeurs. La poésie de son écriture réussit au contraire à nous emporter vers un ailleurs. Alors ne cherchons pas à débusquer ce qui est rigoureusement vrai. D’ailleurs je n’ai pas suivi toutes les étapes. »…. Lire le billet complet de Marie-Claire.
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Si vous sentez toujours dans vos chairs, la morsure de l’enfance, son goût de philosophie, d’innocence et ses couleurs ondulantes, alors, « Les Rêveurs » vous emportera, comme il m’a transportée.
Isabelle Carré offre au lecteur, très justement, un flashback vers l’émotionnel oublié : celui de la place de l’enfant au sein de sa famille, ses parents, sa fratrie et aussi ses joies et ses tourments.
Beaucoup de sensibilité effleure les pages de ce premier roman, sans artifice. J’ai ressenti une justesse liée à une plume-amie, réconfortante, qui s’offre aujourd’hui à d’autres lecteurs que l’auteure, elle-même.
Après la fermeture du roman, c’est une ouverture sur soi qui surgit. Le « je », ici, semble universel et pourrait plaire aux plus réfractaires.
J’apprécie l’immersion de ce texte dans les années sombres, ou dansantes, de cette tranche d’âge. Et l’importance de la résilience, ici à travers le théâtre, garantie une issue possible, pour le corps et de l’esprit, face à l’héritage culpabilisant de la structure familiale, ou encore face à l’enlisement du questionnement récurrent de l’enfance et l’adolescence , jusqu’à ce que tout l’être s’épanouisse comme une fleur au soleil. C’est ce parfum de l’insouciance qui s’évapore, une fois la dernière ligne avalée. – Anne Richard
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Le premier roman d’Isabelle Carré est construit comme une promenade dans le temps, les lieux et les émotions, sans ordre et sans logique.
Mais pourquoi pas…
Les drames s’y succèdent, il n’en manque presque aucun : abandon, ruine, maladie, suicide, folie, incarcération, séparation, humiliation, désespoir, violence. Au point que je me suis surprise à espérer que l’histoire n’était pas (trop) autobiographique, par empathie envers la petite Isabelle. Tous ces flots de souffrance dont on espère qu’ils vont laisser place à une lueur dans la nuit finissent par mettre mal à l’aise.
Alors certes la pensée magique de la petite fille dévastée la maintient dans la vie, nous voilà soulagés. Mais on quitte cette histoire assommés, tristes et plongés dans une réalité crue, moche, chaotique.
Chaque chapitre ferme une porte, nous voilà vite cernés, prisonniers d’un cul-de-sac.
Si l’on ne connaissait pas l’auteure par ailleurs grâce à son formidable talent de comédienne, on serait franchement inquiets pour la suite.
J’aurais finalement aimé que ce flot de traumatismes, très bien écrit par ailleurs, soit l’œuvre d’un inconnu ; tant de situations désespérantes à la file, pour moi, n’ont pu que générer…du désespoir. Heureusement pendant toute la lecture, j’ai eu en tête que la petite Isabelle allait bien, eu égard à son parcours professionnel connu dès avant le premier chapitre.
Je ne suis pas sûre qu’il en serait allé de même, si ce n’avait pas été écrit par Isabelle Carré. Autrement dit, (et je suis probablement influencée par ma profession de psychologue), je crois que ce premier roman manque à sa promesse dans le sens où la misère psychologique autobiographique est supportable si l’on donne de l’air ; ici, je me suis étouffée. – Estelle Beaulieu-Dufils
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J’ai été déstabilisée par l’entrée en matière. Trente longues pages de début de roman qui m’ont semblé obscures. Pourquoi ne pas avoir nommé clairement sa mère ? Difficile aussi de situer ce roman autobiographie, fiction ? Une mère qui dans son rêve ne s’apercevrait pas qu’on lui a arraché son enfant dans la rue. Une famille « dentelles et château » qui ne vit que dans le regard des autres. Exiler leur fille à Pantin par peur du « qu’en dira-t-on » ? La rejeter parce qu’elle a refusé de s’inscrire dans leur histoire. Parce qu’elle a choisi de garder l’enfant. Un père amoureux de l’élégance de sa mère. Une mère éthérée, les yeux perdus dans le vague. Une famille qui aurait pu toucher au bonheur, qui le recherche. Un récit décousu comme la famille. Une sensibilité à fleur de pages, une écriture poétique. Je n’ai pourtant pas réussi à apprécier pleinement ce récit de la recherche de soi des parents, de sa recherche de structure de l’auteur au milieu de cette joyeuse pagaille familiale, même si on ressent beaucoup de sincérité dans l’écriture d’Isabelle Carré. J’ai été touchée par le dévoilement délicat des blessures, des épisodes suicidaires, puis enfin la découverte d’un socle solide semble avoir été trouvé au théâtre pour vivre pleinement. Peut-être réconciliée avec le passé pour s’ouvrir à l’avenir, construire sa famille. – Laurence Lamy
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Également les billets des lecteurs sur leurs blogs avec un large panel de ressentis : « une très belle lecture » pour Anne Leloup, « une belle leçon de vie désordonnée » pour Olivia Cheucle, « une déception » pour Annie, « des mots qui créent une distance » pour Claire, « un texte lumineux et plein d’espoir » pour Héliéna, « un récit émouvant » pour Joëlle, « un roman d’apprentissage étonnant et détonnant » pour Henri-Charles, « un roman lumineux » pour Sabine, « une rencontre touchante, pleine de grâce » pour Nicole

Eparse – Lisa Balavoine

On aurait pu l’intituler « Fragments d’une vie amoureuse » puisque c’est à travers des fragments, des mini scènes, des listes ou des flashs que la narratrice se livre à une sorte d’inventaire, de bilan de sa vie de femme, une vie forcément marquée par les relations amoureuses. Un premier roman très autobiographique qui semble faire mouche.

Eparse

« Les émotions, l’exaltation, le sourire permanent au coin des lèvres qui accompagne le critique au moment de rendre compte d’un bonheur de lecture sont quelquefois de terribles ennemis. Car se pose alors la question : « comment pourrai-je au mieux rendre compte de l’originalité de ce livre, du plaisir rencontré au fil des pages, de ce lien invisible mais très solide et très exclusif qui s’est créé entre Lisa et moi. D’ailleurs, ai-je vraiment envie de le partager, de rajouter le nous après le toi et moi ? Comme l’égoïsme est un vilain défaut, voici les clés de plus original des romans de cette rentrée. »… la suite sur le blog d’Henri-Charles Dahlem (et oui, même les hommes succombent on dirait…)

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Lisa est une jeune femme comme on en connait tous, qui nous ressemble beaucoup… aussi… peut-être…
Lisa est une fille, une femme, une mère, une amante…
Lisa a des doutes, des espoirs, des peurs et des souvenirs plein la tête…
Lisa aime ses enfants, son mari, ex-mari et les hommes de passage…
Lisa nous touche et nous fait rire, elle nous énerve et nous rappelle que la vie est courte, qu’elle est pleine de rebondissements et que le chemin n’est jamais tracé droit…
Lisa Balavoine signe ici un très joli premier roman ! Avec une écriture particulière, tant dans la forme que dans le fond, elle partage sans fard sa vie et ses pensées. Entre larmes et sourires, entre souvenirs et envies, elle est une femme simple et une amie sincère.
On se plairait bien à l’appeler tiens, ou à lui proposer un café. Juste histoire de discuter, de tout et de rien, des choses sérieuses et des trucs qui font rire, des enfants et des hommes… Et puis, de la peur du temps qui passe…   – Audrey Thion
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Avec des coq-à-l’âne en pagaille et un rythme proche du zapping, Éparse nous éparpille, charge à nous d’y mettre le sens que l’on veut ; c’est en cela que le roman de Lisa Balavoine est une exhortation.
Soit on entre dedans de plain-pied et on suit le rythme effréné, soit on reste à l’extérieur et on court derrière une narratrice qui sème des cailloux et n’est jamais là où on l’attend.
Invité(e)s dans son grand huit, mi-course d’orientation mi-marathon, errance et vitesse, on subit des enchaînements impromptus, fourbus, et pas le temps de se reposer.
Il a sans doute autant fallu de souffle pour écrire Eparse qu’il en faut pour le lire. Féminin jusqu’au bout, parfois cru, on s’engouffre de gré si possible dans le journal de bord d’une vie qui fait comme elle peut.
Transgénérationnel, un peu ; narcissique, pas mal ; cash, c’est sûr ; authentique, assurément.
Bienvenue dans un roman sans noms, sans dates, sans logique, sans trame ; haché menu, de flashbacks en sentences, listes et citations à l’appui, le discours est capricieux et d’une justesse remarquable. Un peu comme la vie nous oblige à l’être.
Qui m’aime me suive, semble nous dire Lisa Balavoine.
J’ai aimé, et j’ai suivi.  – Estelle Beaulieu-Dufils
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D’emblée, le titre de ce premier roman de Lisa Balavoine, Éparse, m’intrigue car il évoque pour moi la dispersion et le désordre ; dans mon imaginaire personnel, ce sont les débris d’un objet brisé qui s’éparpillent ou alors un contenu échappé de son contenant qui se répand… Dans tous les cas, c’est quelque chose que l’on a du mal à rassembler, à récupérer.
Ce roman est une succession de récits, très courts ou un peu plus longs, entrecoupés de citations ou de définitions (originales, à découvrir). C’est la vie d’une femme qui se raconte, s’interroge, se souvient, pleure, rit, regrette, espère, aime, n’aime plus, baise, élève ses enfants, ne supporte plus sa mère, travaille… Le JE est le sien, le nôtre, pourrait parfois être le mien.
L’écriture est fluide, addictive mais attention ! Il ne faut lire trop vite, ce serait dommage… J’ai fait assez vite le choix délibéré de fractionner ma lecture en trois jours (il ne faut pas garder les livres trop longtemps chez les 68 !) pour mieux en profiter. L’écriture a l’air facile, comme si elle coulait de source, mais attention encore une fois : ce n’est pas donné à tout le monde de savoir mettre le quotidien en mots… Il y a une mélodie, un rythme, un ordre particulier dans ces passages épars ; il y a un souffle, une respiration, une poésie… Quand vous lirez ce livre, essayez d’en dire des extraits à voix haute et vous verrez comme cela sonne juste et beau.
Lisa Balavoine joue avec le langage, le réinvente, qu’il soit trivial ou soutenu. Elle bouscule la chronologie, retrouve les moments épars au fur et à mesure, sans trame clairement définie. Elle a de l’humour. Elle fait preuve de délicatesse pour ses lecteurs, ménage beaucoup de pauses ; ainsi, on peut s’arrêter, relire un paragraphe, vérifier une référence, fredonner une chanson, laisser venir un souvenir… Elle s’amuse avec la musique des mots, les sonorités, les catégories sémantiques : ainsi, elle peut n’utiliser que des verbes à l’infinitif, construire toutes les phrases d’un passage de la même façon, balancer des suites de questions, user et abuser de l’anaphore…
L’auteure est à l’aise dans toutes les situations, érotiques notamment. Elle se met à nu, se livre, se raconte, se donne à lire. C’est courageux, fort…
L’intertextualité est très musicale : ce livre a une bande son. Parmi les auteurs cités, il y a Gaston Miron et Virginia Woolf, je suis donc comblée… La narratrice est une grande lectrice, elle sait me parler, me toucher, m’émouvoir, me faire rire, me faire douter, m’agacer parfois… Son premier roman est un peu inclassable ; c’est bien plus qu’un portrait de femme, que des tranches de vie, qu’un inventaire (à la Balavoine ?)…
Une question me taraude : ce livre n’est-il que pour des lectrices ? Comment les quelques lecteurs des 68 vont-ils réagir à cette lecture ? Affaire à suivre.
En conclusion : j’ai adoré ! Je recommande.  – Aline Raynaud
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J’aurais tant aimé aimer ce livre que la majorité a tellement apprécié, assurément une lecture formidable en perspective,
J’aurais tant aimé honorer les fées passeuses de livres pour avoir déniché une pépite, un livre que je n’aurai de cesse d’évoquer,
J’aurais aimé être emportée par les tourments de Lisa BALAVOINE, ses douleurs, ses joies, sa difficulté à être une bonne mère, une bonne épouse, une amoureuse inoubliable, à s’accepter, à s’aimer tout simplement,
J’aurais tant aimé m’identifier à l’auteure, m’émouvoir, la réconforter en pensée et lui dire tout bas qu’elle n’est pas si différente des autres femmes,
Hélas, la magie n’a pas opérée, j’ai découvert au fil des pages les fragments de ses tourments que je n’ai pas réussi à rassembler ; pourtant l’époque qu’elle évoque m’est familière, les mots inventés sont touchants, belle trouvaille que la nostalgymnastique ; j’ai poursuivi la lecture comme on feuillette un magazine picorant ci et là quelques passages désopilants ou terriblement réalistes. A aucun moment je n’ai reconstitué le puzzle.
Je quitte cette lecture désappointée, un peu en retrait face à l’engouement général avec le vague à l’âme, le regret d’avoir peut être loupé quelque chose. – Nathalie Chartier Salou
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« Ce roman est un LTNC : Livre Touchant Non Classable. »… c’est Laurence Lamy qui le dit et elle raconte pourquoi dans son joli billet.
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Eparse! Je viens de refermer ce premier roman de Lisa Balavoine. Une véritable claque! Mais en parler n’est finalement pas si facile. J’ai trouvé cette lecture si intime, si personnelle. Mes idées et mes sentiments sont confus et me viennent pêle-mêle. Un peu comme le roman en fait! Et j’ai lu et entendu tellement de belles choses sur ce roman.
Lisa est une femme actuelle, contemporaine, la quarantaine, mère de trois enfants et récemment divorcée. Blessée, elle se demande où elle a bien pu merder pour en arriver là. Seule, elle a peur de cette nouvelle solitude. Peur, elle a aussi très peur de vieillir. Elle regarde sa vie derrière elle. Elle regarde aujourd’hui les premières rides qui pointent aux coins des yeux. Alors, elle court, elle court. Mais après quoi court-elle ainsi? Après les relations d’un soir, après un possible nouvel amour. Tout en revenant sans arrêt avec nostalgie sur son passé, ses souvenirs. Et tout cela en musique! J’ai eu tellement envie de lui dire STOP! J’ai eu tellement envie de lui dire pose toi, décompresse, profite de tes moments de liberté retrouvée pour vivre!
Dans ce premier roman, Lisa Balavoine nous livre des fragments, un pêle-mêle, un puzzle, un kaléidoscope de sa vie. Des morceaux de vie du passé, du présent à assembler entrecoupés de définitions de mots totalement inventés, de paroles de chansons, de films, de citations d’auteurs, de paroles de proches. Il n’y a absolument aucune chronologie. Il n’y a pas de chapitre. A chaque lecteur de tenter de reconstituer le puzzle. C’est complètement original. Un peu déroutant aussi. Mais pour moi, c’est aussi cela la lecture. Sortir des sentiers battus, des standards et découvrir des choses différentes et originales.
J’ai, à quelques années près, le même âge que Lisa Balavoine. Je suis une maman comme elle. Avec Lisa, j’ai retrouvé mon époque. Je me suis retrouvée dans certains passages. Je me suis sentie si proche d’elle. Avec l’envie de communiquer avec elle et de lui donner des conseils. C’était bien agréable! Revivre des bribes de sa propre vie, des pensées, des sentiments. C’était intime et tellement personnel!
Tentez l’expérience! N’hésitez pas! Difficile de dire pourquoi. Mais la force de ce roman est de permettre à chaque lecteur d’y trouver quelque chose quelque soit son âge, sa vie, ses expériences et ses souvenirs.
Le texte est magnifique, profond, cru et violent aussi par moments. Une belle écriture très actuelle et dynamique. Un harmonieux et habile assemblage de mots. De nombreuses phrases que l’on a envie de retenir, de noter, de conserver pour avoir la possibilité de les relire plus tard. Et souvent.
Un roman original, intimiste, nostalgique, musical, cru et puissant. Une auteure prometteuse à suivre. – Emmanuelle Mentec
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« J’affectionne ces instantanés de réalisme pur, cette écriture qui sème de la poésie dans les moments bruts. J’aime ces romans qui se prêtent à cet exercice de l’intime et non de l’imaginaire, j’aime par-dessus tout les auteurs qui mettent le doigt sur les détails a la fois insignifiants et significatifs du quotidien. » … tout petit extrait du billet d’Agathe Ruga à retrouver en intégralité sur son blog.
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Si j’avais feuilleté ce « roman » en librairie, c’est garanti, j’aurais passé mon chemin vite fait. Mais comme il fait partie de la sélection je l’ai ouvert sans en connaître le fond ni la forme (c’est comme ça que j’accueille tous les romans de ce challenge). Et la forme que prend ce récit, généralement, ce n’est pas quelque chose qui me plait : une suite de chapitres qui ne s’inscrit pas dans une narration continue. Ce sont plus des réflexions, qui portent sur Lisa Balavoine, sur Lisa Balavoine et encore Lisa Balavoine.
Sauf que.
Finalement, cette Lisa Balavoine, ça pourrait être toi ou moi ou elle, ou même lui. Elle a 40 ans et constate ce qui a été et n’est plus, son corps, sa vie personnelle, ses envies. Mais aussi ce qui est et n’avait encore jamais été et qui n’est pas si mal que ça. Ses trois enfants qui grandissent et s’affirment par exemple. Elle nous parle de sa féminité, de l’image qu’elle a d’elle, de sa relation à sa mère, au père de ses enfants, aux hommes qu’elle rencontre.
Sauf que.
Il y a l’écriture. Si cela avait été mon exemplaire, j’aurais mis des post-it partout. Lisa Balavoine arrive à mettre les bons mots sur des émotions, elle est pleine d’esprit, c’est un régal de lecture.
Tous ces gens qui déclarent : « J’ai l’impression de passer à côté de ma vie. » Je me demande quelle destination ils choisissent à la place.
J’ai aimé les libertés qu’elle prend avec la grammaire pour coller au plus près de ses pensées.
On chagrine, on âme en peine, on perte des repères, on accidente cérébral.
Au départ, le récit est empreint de nostalgie, de ce qui ressemble à des regrets. C’est peu joyeux. Et petit à petit, à mesure que Lisa Balavoine dresse un pseudo bilan, tout ce qui est beau et vaut la peine de vivre ou d’avoir été vécu transparait. Les mauvais moments deviennent seulement des souvenirs, ce qui font qu’on est devenu la personne qu’on est.
J’ai aimé sa vision de l’amour, qui n’est pas qu’on est destiné à vivre des jours monotones auprès du même homme toute sa vie. Mieux vaut des jours extraordinaires avec plusieurs hommes et se quitter quand ça ne vaut plus le coup. [ Je rassure le mien au passage : non, ce n’est pas un message subliminal !]. Il faut du courage pour se rendre à l’évidence quand ça ne va pas, et Lisa Balavoine n’y voit pas un échec, plutôt une nouvelle chance à saisir.
Au final, c’est un cheminement que l’auteure fait vers elle-même, et j’ai trouvé que c’était bien construit, bien écrit. Ça m’a énormément plu, contre toute attente ! – Vanessa Natiora
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« Je fais tous les efforts possibles pour être sec. Je veux imposer silence à mon cœur qui croit avoir beaucoup à dire. Je tremble toujours de n’avoir écrit qu’un soupir, quand je crois avoir noté une vérité. » (De l’amour, Stendhal)
Je tremble donc de commencer ce « petit papier » sur le livre de Lisa Balavoine, Eparse .
Je crois que je ne vais pas être très originale. Mais, au fond, peu importe. Ce qui doit rester c’est le ressenti, ce que le cœur dicte à la main, non ?
J’ai beaucoup aimé Eparse. Pourquoi ? Il y a, d’abord, cette écriture toute particulière, des fragments de vie, posés, là, comme ça. Ils nous prennent et nous entraînent, soudain, bien plus loin que l’on aurait pu penser. Il s’agit d’un réel étourdissement ou l’autre devient soi et vice-versa. Il y a un véritable don de soi dans l’écriture de Lisa Balavoine. Je dois avouer que j’admire son courage. Elle ose tout, elle dit tout. Moi, qui tais beaucoup, j’ai trouvé cela assez déroutant au début, et puis, bien vite on décide de laisser tomber le masque et de se laisser aller à se reconnaître, un peu aussi dans tout cela…
D’ailleurs, elle évoque Stendhal dans son texte et, j’ai pensé, en fermant ce livre à la définition du roman qu’il donnait dans Le Rouge et le Noir « un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. »
C’est ça. Elle nous tend un miroir. Pas de filtre. On prend en pleine face. Cela fait sourire mais cela fait aussi grincer des dents, parfois. Il y a de la poésie là-dedans. De celle très viscérale, qui vous prend aux tripes. Une lecture grave et légère, donc. Une vie qui nous rappelle la nôtre.
« J’ai l’impression qu’en me défaisant de mon ancienne peau, celle du dessous me correspond vraiment. Je gratte, je creuse, je fore. Je cherche la transparence qui sera l’évidence ».
On cherche toujours : des textes comme celui de Lisa Balavoine nous aident, nous accompagnent à devenir qui l’on est, qui l’on aimerait enfin être…
Que rajouter ? Que reste-t-il après cette lecture ?
« Il reste un bonheur rare, une fulgurance dans la nuit, juste quelques minutes, une douce éternité. »
Ah, et puis, vient enfin l’heure de l’avouer…
« Moi aussi, j’ai hurlé « Patrick » un soir devant un type qui me donnait rendez-vous dans dix ans. »    – Mariline Moreau
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Les avis d’autres lecteurs sont également à découvrir sur leurs blogs respectifs ou les communautés autour du livre : le boum de Sabine, le coup de cœur de Joëlle, la pépite de Nathalie, la déception de Sylvaine, la lecture agréable de Claudia, le boum boum de TLivresTArts

Visite à la maison d’arrêt du Mans – par Maëlle Guillaud

Le 23 novembre dernier, c’était au tour de Maëlle Guillaud de venir à la rencontre des détenus de la maison d’arrêt du Mans, pour une discussion autour de son premier roman suivie d’un atelier d’écriture. Elle nous livre ici ses impressions sur une journée qui devrait rester longtemps imprimée dans sa mémoire. Attention, texte fort.

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« Surtout ne pleurez pas. C’est une émotion qu’ils ne comprennent pas. » Pleurer ? Mais pourquoi ? Dans quelques heures, je vais les rencontrer. Eux, dont j’imagine la vie à travers le prisme de préjugés ridicules. Eux, à qui je redoute de parler d’enfermement. Comment oser utiliser la métaphore de la cage en verre pour évoquer la vie de mon héroïne dans son couvent sans tomber dans l’indécence? Enfermement psychologique versus enfermement mental. L’idée me sert d’armure, me voilà parée. J’ignore en me dirigeant vers la gare, qu’ils ne m’en laisseront pas le temps.

« Surtout ne pleurez pas. » Moi, qui ai la larme facile, le vibrato frémissant, je n’ai aucune envie de pleurer. Simplement la volonté de me montrer à la hauteur de cette rencontre que je devine déjà si singulière. Depuis que je sais qu’elle va avoir lieu, je l’espère, je l’attends avec appréhension, je la guette en me préparant à un monde de violence. J’arrive à la gare avec une demi-heure d’avance. Je trompe les minutes en errant dans les rayons de la maison de la presse. Soudain, un enfant se jette sur moi et me roue de coups de pieds rageurs. Sa mère me hurle dessus. Qu’ai-je fait ? Aucune idée, mais je me réfugie sur le quai, énervée, triste. Et cette petite voix qui me murmure que cette rencontre est une mauvaise idée, que je ne suis pas prête pour la violence. Mais lequel des deux mondes l’est-il le plus ?

Paves et feuilles mortes

Me voilà devant la maison d’arrêt du Mans. Un bâtiment gris et aveugle, cerné de barbelés. L’image en évoque d’autres… Je me sens terriblement vulnérable en abandonnant mon sac, et donc mon portable, dans le coffre de la voiture de Charlotte. La présidente de l’association des 68 premières fois. En échange de mes papiers, on me tend un badge de visiteur aussi usé que les lieux. Détecteur de métaux. « On peut mettre cinq minutes pour entrer, comme vingt-cinq si ça se passe mal. » Ici, les grilles délimitent l’espace. L’enfermement prend brusquement sens. Moi, qui ai écrit un roman entier sur cette sensation, je l’effleure pour la première fois. « Ceux qui assistent à la rencontre n’ont pas droit à la promenade », me précise Charlotte. La promenade. Bruit de métal, je sursaute. La grille s’ouvre. Ils sont dans une cour. Dangereux, forcément. « Vous vous attendiez à une jungle. Des bêtes féroces. C’est ce que tout le monde croit », me dira l’un d’entre eux en me remerciant d’être venue. Parce qu’ici, on remercie. Pour tout. Et on s’excuse quand on se coupe la parole. Ici, on est bien élevé. On est respectueux. « Bonjour madame, vous allez bien aujourd’hui ? » me dit-on en me serrant la main. Ces mots, ce geste, seront répétés une trentaine de fois. A chaque nouvel arrivant. Profond sentiment d’étrangeté qui ne va plus me quitter. Ce moment va être important. Je le sais. Je dois être à la hauteur. De ces hommes qui entrent au compte-gouttes, je ne sais rien. Ni leurs crimes ni leurs délits. Je les observe. Ils ont entre trente et cinquante ans. Je crois. Quatre d’entre eux ont mon roman entre les mains et viennent le déposer sur le bureau. « Je ne l’ai pas fini, ne perdez pas mon marque-pages. » Je promets en jetant un coup d’œil amusé au livre plastifié. Ils le sont tous. Ils appartiennent à la médiathèque. Quatre pour trente. J’ai les joues en feu. Comment ai-je pu ne pas avoir l’idée de leur en apporter ? Ils s’asseyent devant moi. On me désigne la chaise derrière le bureau. Celle de l’enseignant. Mais je n’ai rien à leur apprendre. Essayer de leur transmettre le goût de la lecture ? « Certains lisent jusqu’à quatre livres par semaine. » Je jette un coup d’œil à la salle. L’endroit est neutre. Une salle de cours sans âme. Et sans fenêtres. De toutes petites ouvertures grillagées en haut des murs. Des meurtrières. Forcément L’image me fait sourire. Le silence est pesant. Je le romps en me présentant. Ma voix tremble. Mes mains sont moites. Je suis à bout de souffle. Aussitôt les questions fusent. Précises, affutées, inattendues, drôles. Torpillant mes idées reçues, terrassant mes craintes. Ils veulent tout savoir. Du personnage. De mon histoire. La vraie. La romancée. Ici les mots pèsent plus lourds. Plus justes. Plus de deux heures d’échange, de dialogues, de confidences. Je leur parle de Lucie, de mon travail d’éditeur, ils me parlent d’eux, de leur monde, de leur foi. On fait une pause. Un homme s’approche et se met à genoux devant moi. « Je ne vous demande pas en mariage ». J’éclate de rire en attrapant le papier qu’il me tend. Une adresse YouTube. Un extrait de Thalassa. Son heure de gloire quand il a retapé seul un bateau. « Vous verrez, j’étais un peu dingue. » Me voilà rassurée. « Moi, la mer, je l’ai traversée à la nage, me dit un autre. Je viens de Lybie. J’ai été en prison là-bas. Je veux raconter mon histoire. Vous me publierez ? ». Vertige. J’essaie d’expliquer la réalité de l’édition. Les difficultés. « On est habitué, vous savez ». Evidemment. « C’est votre première fois, madame ? » J’acquiesce. On passe à l’atelier d’écriture. J’écris une phrase au tableau. Une des premières de mon roman où il est question d’une grille qui s’ouvre sur une cour. Les têtes se penchent, les stylos galopent sur les feuilles. Tous jouent le jeu. Et tous vont lire, les uns après les autres, leur texte. Les premières phrases me clouent sur place. « Surtout ne pleurez pas. » Ils se dévoilent, se racontent encore et encore. Poésie brutale, chaotique. Les gorges se serrent, les sourires se font plus timides. Ici, on se laisse aller à être soi. Mes yeux s’embuent. Ne pas pleurer. Je les garde rivés sur le bureau. Ne pas céder à l’émotion. Ont-ils la moindre idée de la puissance d’évocation de leurs récits ? La force qui en émane ? Subjuguée, je les écoute, les observe se mettre à nu avec un courage qui force l’admiration. Une plaisanterie fuse. On rit de nouveau. Ping-pong de mots. « Vous savez madame que des couvents ont été transformés en prison ? » Je secoue la tête. « Comme celle du Havre. » « Pas terrible ». « Rouen, Angers, Bordeaux, Rennes… » Les villes défilent. Géographie de l’absurde. Et cette question entêtante : mais dans combien ont-ils été incarcérés ? « Ici, c’est propre, c’est neuf », me dit l’un d’entre eux. « Pas comme les cellules, me dit un autre, 9m2 pour trois. » « On est les oubliés de la société. » « Arrêtez de nous faire passer pour des victimes, tranche un tout jeune homme. Si on est ici, c’est qu’on a fait une connerie. Faut assumer ». A quel moment leur trajet a-t-il dérapé ? Qu’ont-ils bien pu faire pour se retrouver ici ? La neutralité du début n’a plus sa place. J’ai l’impression de les connaître. J’aimerais en savoir plus. Un gardien entre. Il est temps de partir. Je n’en ai aucune envie. Je les regarde s’engouffrer dans des boyaux de barbelés vers leurs quartiers. Les grilles se referment derrière moi. Y en avait-il autant à l’aller ? Je me retrouve sur le parking, la gorge nouée. « Surtout ne pleurez pas. » Si, seule dans le train je laisse enfin couler mes larmes. Trente visages, trente regards qui m’accompagnent aujourd’hui encore. Après cette traversée, ce voyage. Ils sont toujours là. Près de moi. Ils m’ont fait le plus beau des cadeaux, celui de retrouver un sentiment étouffé par la routine, la liberté.

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Maëlle Guillaud est l’auteur de Lucie ou la vocation, et son deuxième roman Une famille française paraîtra le 12 avril aux Éditions Héloïse d’Ormesson.

Et si vous tentiez l’aventure en 2018?

Après une année 2017 riche en coups de cœur et en découvertes, le tout clôturé par une soirée mémorable, il n’a pas fallu réfléchir longtemps pour décider de poursuivre l’aventure en 2018, année que nous vous souhaitons vertigineuse, audacieuse, lumineuse et totalement incroyable!

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Si vous avez envie de recevoir des jolis paquets dans votre boîte aux lettres, découvrir de nouvelles plumes, échanger avec les lecteurs et rencontrer sans filtre les primo romanciers, vous êtes au bon endroit.

On vous embarque pour la session d’hiver des 68 premières fois!

La sélection sera composée d’une vingtaine de premiers romans parus entre janvier et avril 2018. Vous vous engagez, en rejoignant l’aventure, à lire en priorité les romans de la sélection, à les faire suivre aux autres lecteurs par voie postale dans les meilleurs délais et à les chroniquer sur des blogs ou réseaux sociaux. Tout cela ne peut se faire qu’en adhérant à l’association pour une cotisation minimale de 25 euros.

Si vous avez envie de rejoindre cette aventure humaine et livresque, il vous suffit d’envoyer un mail à l’adresse suivante: 68premieresfoisofficiel@gmail.com

Vous recevrez, en retour, le règlement et le bulletin d’adhésion.*

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On vous attend pour une année riche en émotions et en belles lectures!

(Si vous souhaitez soutenir l’association dans son action notamment en milieu carcéral, vous pouvez devenir adhérent sans participer à l’aventure des livres voyageurs, n’hésitez pas à nous contacter!)

*L’inscription ne sera définitive qu’après confirmation par l’équipe des 68, dans la limite des places disponibles.

 

Soirée de clôture des 68 premières fois donc, ce n’était pas un rêve.

Écrire sur le beau et le doux, le délicieux et hors du temps n’est pas chose aisée, tant le risque est fort de tomber dans le pathos de mauvais goût ou le sirupeux. Les plus beaux romans s’établissent sur des amours impossibles, des quêtes initiatiques où les chutes sont nombreuses ou encore sur les horreurs du monde.

Le beau ne se décrit pas, il se vit et se savoure.

Parfois, il vaut mieux se taire, sourire, garder en soi les regards et les mots murmurés, la main posée sur l’épaule, le verre partagé et les sourires encore en retour.

Après plus de 1500 colis envoyés, 250 livres en voyage à travers le monde (France, Belgique, Suisse, Ile Maurice, le monde on vous dit), des dizaines de chroniques sur chaque roman, des discussions, des désaccords mais surtout des coups de cœur, il fallait se retrouver pour fêter ces échanges, ces rencontres et dire merci aux écrivains pour les émotions vécues.

Le rendez-vous était pris, le 15 décembre 2017.

Ils étaient, ce soir-là, dans le magnifique écrin de la SGDL, une trentaine d’auteurs à avoir répondu à l’invitation. Après avoir joué le jeu des questions/réponses dans un temps record, et toujours avec intelligence, humour et sincérité, ils ont dédicacé leurs ouvrages mis en vente par la librairie Lamartine et surtout ont participé à une grande première fois.

Nous avons proposé aux auteurs d’écrire pendant 1h30, en relai, un texte à partir de trois incipit et deux contraintes intervenant en cours d’écriture. Après des hésitations, ils ont finalement réussi à produire un texte totalement loufoque et qui restera mémorable. Une première fois réussie et tellement émouvante.

Il y avait de la bienveillance, du respect, et surtout un honneur immense pour l’équipe des 68 premières fois de voir la reconnaissance accordée par les auteurs et  la confiance renouvelée des lecteurs.

Une soirée hors du temps qui ne donne envie que d’une chose : recommencer.

En attendant, plus que mille mots, rendez-vous sur le lien ci-dessous pour une petite vidéo relatant à la perfection l’atmosphère de la soirée. Un immense merci à Boris Tampigny d’avoir aussi bien capté les échanges et de permettre ainsi de conserver une si belle trace pour nos souvenirs.

 

En attendant de vous retrouver en 2018 pour de nouvelles aventures, toute l’équipe des 68 premières fois vous souhaite une merveilleuse fin d’année et de jolies fêtes.

 

Faux départ – Marion Messina

Portrait moderne et attachant d’une génération un peu paumée, Faux départ est un premier roman qui diffuse lentement sa petite musique triste dans un décor où s’épanouissent les gris dans toutes leurs tonalités. Ce faisant, il saisit quelque chose de l’air du temps…

Faux depart

L’habit ne fait pas le moine, c’est bien connu et la couverture ne fait pas le roman non plus. Pourtant, elle me sert souvent de premier critère de choix pour mes lectures. Et j’avoue que celle du premier ouvrage de Marion Messina, « Faux départ » me plaît beaucoup. J’aime ce côté cour d’école, et cette marelle multicolore avec un CDI en guise de ciel.
Mais si la marelle est coloriée, le roman, lui, est plutôt un camaïeu de teintes sombres. Il raconte l’histoire d’Aurélie qui tente de s’extraire de ses origines modestes en traînant son ennui dans une fac de droit et d’Alejandro un jeune Colombien venu terminer en France des études commencées à Bogota car c’est bien pour un Colombien de posséder un diplôme européen. Ils se rencontrent sur le lieu de leur travail ou plutôt de leur petit boulot… il faut bien vivre. Pour le reste, il faut le découvrir.
Le livre ouvert, je n’ai pu le refermer avant d’être arrivée au bout. J’ai été entraînée par l’écriture, sèche, rapide, addictive de l’auteur. C’est étonnant, car comment peut-on être ainsi happée par une écriture aussi froide, digne d’un rapport de police ? Marion Messina ne fait pas dans l’eau de rose, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle nous dépeint au contraire le monde avec un pessimisme noir, sans fioritures, et ne nous cache rien des galères auxquelles sont confrontés les jeunes actuellement entre l’université « Pour l’immense partie des jeunes français, l’université était un choix par défaut, un univers où ils étaient parqués afin de ne pas faire exploser les chiffres du chômage. » les petits boulots plus humiliants que rémunérateurs « Elle avait postulé via le site de Pôle emploi à une annonce pour un poste d’agent de propreté en pensant à sa mère et avec l’affreux sentiment de valider les thèses du déterminisme de Zola, qu’elle avait toujours détesté. », les problèmes de logement, de transports et autres difficultés de la vie quotidienne pour ceux qui ne sont pas nés dans des draps de soie.
Même l’amour, qui ne réjouit au mieux que les corps, porte des lunettes noires. Et le portrait est bien désenchanté d’une jeunesse en quête d’idéal. S’il est vraisemblable que tout un chacun a un jour le sentiment d’être passé à côté de sa vie, c’est en général après l’avoir vécue. Ne pas avoir vingt ans et déjà imaginer avoir raté son existence est d’une grande tristesse.
Alors, même si je l’ai lu d’une traite, même s’il relève d’une étude réaliste de la société actuelle, même s’il est intrigant et cinglant, même si son écriture est décapante, ce récit me laisse un goût amer, sans doute parce qu’il ressemble à un cri d’alarme. J’aurais préféré continuer à croire que le monde est meilleur, que les jeunes sont heureux, heureux de vivre et d’étudier. – Geneviève Munier
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J’ai quelque difficulté à m’exprimer à propos de ce livre qui traite de l’ennui d’être étudiant en province, de la difficulté d’une insertion à Paris, sans travail, sans argent, sans logement. Du refus d’une gentille fille tout juste bachelière, de suivre la voie tracée par ses parents : réussir grâce aux études, puis vivre une vie bien réglée et sans histoire. Cette gentille fille se retrouve, en première année de Fac, amante passionnée d’un jeune colombien,  » devenu un branleur stricto sensu, la masturbation et la recherche du plaisir sexuel occupant l’essentiel de son temps libre. » Je suis restée extérieure , lu une accumulation de faits négatifs. Comme s’il ne fallait oublier aucun grief. Cela m’a paru davantage un dossier à charge qu’un roman. D’autant plus que des mots jugés importants sont écrits en italique. Pas d’empathie, donc. Les personnages secondaires m’ont paru plus consistants. – Mireille Le Fustec
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Sincèrement, j’ai cru en lisant les premières lignes que ce roman allait m’ennuyer. Grave erreur car je l’ai lu d’une traite. D’ailleurs Marion Messina ne nous en laisse pas le temps, on court derrière Aurélie, on dévore sa vie.  Aucun ruban rose à ouvrir dans le portrait de cette jeune file du XXIème siècle et ce futur si improbable. Elle aimerait être différente de ses parents sans qu’on lui en laisse l’occasion.  Aucun pathos dans cette lucidité de l’écrivain.  Notre société est malade, c’est un fait. Sans oublier Paris qui prend une bonne claque sur son visage de ville idyllique. Une très bonne lecture qui vaut le détour. … Lire le billet complet d’Anne Leloup sur son blog.

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Attention danger ! Les optimistes invétérés, les croyants aux lendemains qui chantent passez votre chemin. Le premier roman de Marion Messina risque de vous plomber durablement. Ici, la chronique est amère, la vie difficile et l’avenir très sombre. Nous allons suivre Aurélie durant ses années post-bac. Celles que l’on se plaît à décrire comme les plus belles de la vie.
Mais il suffit de placer le projecteur sur les bancs de la fac de Grenoble pour constater que la plupart des étudiants ne sont pas là par vocation, ni même pour se construire un avenir, mais parce que la voie universitaire semble être, après le baccalauréat, le meilleur moyen d’entretenir l’illusion d’une brillante carrière. Le poids des statistiques montre à lui seul le carnage qui s’annonce. Tout comme Aurélie qui ne comprend pas vraiment les cours qui lui dispensés et ne va tarder à s’en dispenser, la majorité de ses congénères rejoindra les rangs de pôle emploi avant d’avoir décroché un diplôme. Constat brutal et pourtant lucide sur la misère étudiante, ce roman est aussi la chronique du délitement des relations sociales.
Pas plus qu’on ne peut croire au plein emploi, on ne peut croire au grand amour. Le sexe est d’abord un pis-aller, un dérivatif. Avec Alejandro, étudiant colombien débarqué par hasard en Isère, Aurélie aurait pourtant voulu y croire. Mais de galère en incertitudes et au bout d’une série d’échecs, elle choisit de tenter sa chance à Paris.
Dans la ville lumière, elle trouvera certes un premier emploi d’hôtesse d’accueil, mais surtout tous les problèmes inhérents à son statut précaire. Travailleuse pauvre obligée de quémander un toit, elle «se sentait connectée à tous les balayeurs, soudeurs, employés du bâtiment, dames pipi, chauffeurs de bus, distributeurs de journaux gratuits qui travaillaient déià quand elle se réveillait. Son tailleur mettait de la distance entre elle et eux, il aurait été difficile de leur expliquer que de nombreux smicards pouvaient travailler endimanchés; si les ouvriers et assimilés n’y voyaient que du feu, les principaux concernés voyaient très bien la différence dans la qualité de l’accoutrement.» Marion Messina fait tomber le masque et nous offre avec ce tableau détaillé un réquisitoire puissant contre ce système qui broie ceux que les politiciens appellent les «forces vives de la nation». Dur, dur ! – Henri-Charles Dahlem

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Un roman sinistre sur les perspectives de vie de la nouvelle génération qui ne peut plus utiliser les modèles de leurs parents et doivent tout réinventer. Mais à quel prix ?
Désillusion, cynisme, renoncement, précarité… Rien ne leur est épargné.
Une vision très dure des lendemains qui déchantent.
J’ai eu beaucoup de mal à être touchée par les deux protagonistes, Aurélie et Alejandro, qui à force de désenchantement m’ont fait passer un peu à coté du sujet.
Pour autant, un livre que j’ai lu rapidement, une écriture vive et rythmée qui donne envie de poursuivre. Un ressenti en demi-teinte. – Emmanuelle Coutant
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« Je cherche mes mots pour vous exprimer mon ressenti sur ce roman qui pour moi n’en est pas un. Je dirais plutôt un procès-verbal d’une jeunesse entrant dans la vie active sans bagages. Le ton est plombant, dur, décourageant. Les mots sont bruts, cash. »…. Lire le billet complet d’Héliéna sur son blog.