De la bombe – Clarisse Gorokhoff

« Il était une fois, dans un splendide palais sur les rives du Bosphore, une jeune femme qui s’apprêtait à poser une bombe… » ; détonnant, déconcertant, déstabilisant… à l’image de son incipit, ce premier roman prend les lecteurs à contre-pied. Certains suivent, d’autres chutent mais tous saluent une très belle écriture et la naissance d’un écrivain.

De la bombe

« Clarisse Gorokhoff parvient à nous faire aimer cette enfant perdue, pauvre petite fille riche. Et ce n’est pas là le seul tour de force de ce roman. » pour Henri-Charles Dahlem dont le billet entier est à découvrir ici.

Un premier roman qui nous entraîne sur les pas d’une jeune française qui vit à Istanbul et qui vient de déposer une bombe dans un des palaces de la ville. Ce texte est détonnant et surprenant car par la voix de cette jeune femme, l’auteure nous décrit bien la ville d’Istanbul, ses habitants. Cette jeune femme, française, s’est installée et est devenue la maîtresse d’un étrange homme, qui la reçoit régulièrement dans la suite 432 du palace et qui l’héberge dans un appartement luxueux. Elle va rencontrer une femme de ménage de l’hôtel, kurde, qui va l’initier au terrorisme et qui va lui fournir d’ailleurs la bombe. Elle va aussi rencontrer une étrange vieille voisine, qui va l’aider à se « débarrasser » de son amant et aussi le fils de cette dame. Un livre qui flirte avec le roman policier, le roman sur une ville et surtout un roman sur la vie et les espoirs d’une jeune femme. D’une écriture quelquefois crue, l’auteure ose nous parler de la sexualité féminine, nous parle du désir, de la soumission. Un premier roman qui ose aborder des sujets si sensibles. Aucun jugement sur cette poseuse de bombes, qui n’a d’ailleurs peu de revendication pour cet acte meurtrier. L’auteure reste au plus prés de son personnage et on finit par s’y attacher à cette jeune femme, qui se cherche et qui est paradoxalement entraînée par des événements qui vont vite la dépasser. Un livre dérangeant car il traite d’un sujet d’une si cruelle actualité, et je me suis tout de même posée la question, s’il était vraiment possible de romancer ainsi de tels actes de barbarie. « Et nous sommes seules, murées dans un épais silence qui voudrait tout savoir : le commencement et la fin du récit, les explications et les dessous de l’histoire, la part des choses. Mais souvent il faut savoir accepter que l’on n’en saura rien. Pas plus des mobiles d’un attentat, que de l’envie de se reproduire ; tuer des innocents, faire des enfants : le risque de ne pas être satisfait est partout, celui de s’en mordre les doigts aussi. Mais on fait, pourtant, en permanence, on saisit des atomes, on agite de la matière, on met en branle l’idée de la mort pour mieux exécuter le désir d’une vie. »« A force de ne pas parvenir à me faire aimer d’un seul individu, il me reste la possibilité de me faire haïr du monde entier. »Catherine Airaud.

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« Un roman culotté, une écriture rythmée, élégante, charnelle parfois. Une héroïne étonnante, complexe, tourmentée et qui provoque des sentiments très divers chez le lecteur, entre incompréhension, compassion et colère. » – pour Nicole G. dont le billet entier est à découvrir ici

Istanbul. Première scène, premier choc. Ophélie, une jeune française, s’apprête à poser une bombe dans un hôtel de luxe de la capitale turque. D’emblée le lecteur pressent que cela finira mal. Alternant le présent de l’action, forcément tendu, avec des flash-back sur les mois précédents son passage à l’acte, le roman est construit comme un polar, ou plutôt comme une tragédie, faisant tendre l’action vers un point de non-retour, que l’on devine complexe. Entre temps, il faudra tenter de comprendre comment elle en est arrivée là, et de quelle façon cet homme, Sinan, sorte de pervers narcissique que tout le monde semble connaître et qui capture ses proies grâce à un charme glaçant, est lié à la décision d’Ophélie de commettre l’irréparable. Je n’ai ni détesté ni adoré ce livre, tant il est particulier. Il y a une écriture, un style qui percute, qui bouscule et malmène, et un vrai sens de la mise en scène. Un côté road-movie à la Thelma et Louise, que j’ai apprécié. Mais une intrigue un peu vaine, j’aurais aimé plus d’enjeu, une force du destin plus tragique, plus forte, qui m’a manqué pour être totalement embarquée.- Amélie Muller

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« Il était une fois, dans un splendide palais sur les rives du Bosphore, une jeune femme qui s’apprêtait à poser une bombe… » Il me suffit souvent d’une phrase, la première, pour ressentir ce que sera ma lecture d’un récit. Les quelques mots par lesquels débute le premier roman de Clarisse Gorokhoff, ne pouvaient que me plaire… un conte !
Ophélie, une jeune française passe ses jours et… ses nuits à l’hôtel Four Seasons Bosphorus d’Istanbul. Elle y traîne sa beauté, son oisiveté, … « [ses] idées noires » et retrouve Sinan, son amant qui n’a pourtant rien de reluisant. Un jour, une jeune femme, employée de l’hôtel les surprend dans la fameuse chambre 432. D’une beauté encore plus saisissante qu’Ophélie, Dérya, jeune Kurde, va tout de suite subjuguer la jeune femme et l’entraîner vers… la pose d’une bombe.
Tout commençait bien, donc. L’écriture, magnifique, extrêmement précise et parfaitement dominée, parfumée de poésie était faite pour me plaire. De même les chapitres courts et dynamiques ne pouvaient que m’entraîner à vitesse grand V vers la fin de l’ouvrage. Et pourtant, très vite, l’intérêt a faibli, très vite je me suis demandé où l’auteur voulait en venir. Très vite, j’ai été déconcertée par ce mélange d’horreur et de drôlerie. Le burlesque de la situation, le road-movie, un cadavre à bord, n’ont pas eu l’heur de me transporter. De ce fait, petit à petit les personnages me sont devenus moins sympathiques, moins attirants, moins attachants. Et même si Istanbul y a une place prépondérante, même si sa visite est digne d’un guide touristique, il m’a manqué beaucoup de choses pour que ce roman soit un de mes préférés.
Le voisinage du terrorisme et de la cocasserie ne m’a pas transportée, loin de là. Et une question déjà posée revient : que voulait l’auteur en écrivant ainsi ? Eloigner la peur et le chagrin ? Démontrer que l’oisiveté est vraiment mère de tous les vices ? Que fuyait vraiment son héroïne ? Je n’ai trouvé aucune réponse
Et, comme à chaque fois, je suis désolée de ne pas avoir fait cœur avec un ouvrage particulièrement bien écrit. – Geneviève Munier
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Le cœur à l’aiguille – Claire Gondor

Les lecteurs suivent le fil de cette intrigue singulière qui voit la jeune Leïla coudre une robe à partir des lettres et petits mots envoyés par son fiancé que l’on devine loin d’elle… Point après point, les souvenirs affleurent et l’histoire des deux amoureux se précise.

Le coeur a l aiguille

Je commence par ma conclusion : ce tout petit livre est un bijou.   Tout à fait ce que j’aime : une écriture parfaite, une ambiance feutrée, toute de douceur et d’amour. Ce sont d’abord les lettres de son aimé, brèves missives de quelques mots que Leïla coud , soir après soirs, sur des carrés de tissu blancs pour s’en faire une robe. De mariée ou de deuil. « Comment cette idée de se fabriquer une robe de mots était née, Leïla ne saurait le dire. Dès le lendemain, (…) elle avait su. Su que c’était là la seule manière de panser la béance. » On ressent la tristesse profonde de la jeune femme qui devait arrêter son travail de couture « pour aller se coucher et mettre en sommeil la fabrique à idées noires qui ferraillait dans sa tête. » Ensuite, ce sera le souvenir des moments heureux avec Dan, le souvenir des soirées passées avec sa famille afghane exilée à Paris. Le ton en est différent, c’est celui du récit, de la vie. Une fois le livre terminé, j’ai relu le chapitre d’ouverture qui prend tout son sens. – Mireille Hurard-Le Fustec

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La mariée était presque en noir…Vêtue d’une robe de papier couvert d’encre, elle pose devant le photographe, absente. Seule.

Pendant des semaines, elle a cousu point à point cinquante-six lettres de petit format ensemble, faisant ainsi un patchwork qui ne doit rien au hasard, placé peu à peu sur le mannequin de couturière qui trône dans sa chambre. Avec minutie, avec obstination et réflexion, elle assemble les morceaux de papier auxquels elle attribue une place selon leur contenu. Sur le sternum, un papier plus épais, qui soutiendra le tout et son moral en même temps. Sur le sein droit, les mots qui racontent leur première nuit d’amour. Sur le cœur…quoi d’autre ? Car Dan, son amour, amant blond et athlétique, est parti loin, dans l’insoutenable chaleur du Soudan.

Et à chaque moment de couture, Leïla associe les mots de son amoureux, les parfums de son corps, le grain de sa peau, leurs couleurs contrastées, elle toffee, lui, craie. En longues volutes poétiques, Leïla restitue le passé, les moments de douceur, de furie, de calme et de passion, les rires et la fête.

Mais elle évoque également ce qui fait sa vie, petite Afghane réfugiée en banlieue parisienne, les soirées de joutes poétiques et de contes en persan dits par la tante Fawzia, celle qui sait apaiser les chagrins et redonner l’espoir. « Elle avait montré à sa nièce qu’elle n’était pas son chagrin, qu’elle ne lui était pas éternellement associée. Au-delà ou à côté, subsistait une part d’elle-même intacte, radieuse, une Leïla avide de fables et d’évasion. […] Tout passe, tout s’évapore. Les larmes aussi. »

 Le ton est doux et léger, sans la pesanteur du drame sentimental. Les évocations, délicates comme des esquisses japonaises. Les sensations, fluides et légères, sensuelles et rieuses. Le style peut-être un brin trop travaillé a pour effet sur certains lecteurs qu’on n’entre pas vraiment dans la vie de Leïla. Mais il faut sans doute y voir un défaut de débutante. Attendons la suite. – Evelyne Grandigneaux

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Dan parti, Leïla va conserver ses lettre d’amour précieusement.Lui vient l’idée de les réunir toutes pour confectionner une robe. Grâce à ses lettres qu’elle coud une à une, nous avançons et glissons doucement dans leur intimité de tous les jours, faîte de moments simples mais inoubliables aux yeux de Leïla, dont le passé de réfugiée Afghane ressortira au fil des pages. Chaque lettre cousue deviendra comme une poésie, écrite avec délicatesse et retenue. Très beau premier roman, en attendant une confirmation par le prochain livre de Claire Gondor – Philippe Hatry                                                                    _________________________

Leïla, jeune femme amoureuse commence à réaliser son œuvre: coudre les lettres de son compagnon parti au loin pour en faire sa robe de mariée. Cette activité lui permet de revivre chacun des moments forts de sa vie.
Au fil des pages, on comprend que Dan et Leila vivent séparés car Dan est parti au loin en mission.. Est il militaire? salarié d’une société? Le mystère plane..
Leila vit cloitrée chez elle et passe ses nuits à coudre ses lettres selon le patron qu’elle s’est fabriqué. Et chaque lettre la replonge en arrière dans ses souvenirs amoureux mais aussi familiaux.. Mais on comprend, on aperçoit tel la couture invisible d’un vêtement que cela se révèle très douloureux pour elle . Mais elle souhaite plus que tout rassembler les morceaux de son existence en miettes dans cette robe. Est ce un court roman ou une longue nouvelle? On ne sait pas trop…
Le roman est délicat tel les lettres cousues sur cette robe fragile qu’elle doit enduire de vernis colle, les propos sont fins mais j’ai trouvé quelques longueurs tout de même – Marie Heckmann

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Déjà, la couverture du livre est attirante, discrète et jolie, claire et parsemée de touches noires… des mots… elle donne envie d’ouvrir et de voir ce qui se cache derrière ce titre aux allures de jeu de mots « Le cœur à l’aiguille ». Le cœur à l’aiguille, c’est le titre du premier roman de Claire Gondor.
Et là commence… ou bien finit, peut-être, l’histoire de Leïla. Elle commence par cette phrase « La photo serait belle assurément. » Leïla est une jeune fille, elle vit dans la région parisienne et pleure l’absence de Dan, son amoureux, parti se battre à Khartoum. Dan écrit des lettres, enfin, plutôt des petits mots sur des petits papiers. Et Leïla, couturière décide d’en faire sa robe de mariée…
Le récit a quelque chose de suranné. Il est tout en douceur, élégant, gracieux. L’écriture est coquette, poétique, aérienne « Le soir tombait sur le canal. La terre semblait s’ouvrir pour laisser monter le brouillard ». Elle touche aussi à la passion, au charnel « Femme de chair et de papier, revêtue de ses mots à lui…. Ils épousaient son corps, ils épousaient son âme ». Tout me semble délicat, dans ces mots choisis qui traduisent l’amour de Leïla. Le thème est original qui consiste à coudre ces lettres sur des carrés de tissu, à les positionner de façon très précise, à les relire avant de les utiliser.
Et pourtant, pourtant le charme n’opère pas complètement. Ma lecture est distanciée, je lis mais ne ressens pas. Je ne ressens pas d’empathie pour cette jeune fille, je ne ressens pas de crainte pour son compagnon en danger. J’ai l’impression de me regarder lire. Mais les personnages ne me parlent pas. Pourquoi ? Les morceaux de lettres prennent-ils la place de celui qui les a écrites ou de celle qui est en train de les assembler au point de les cacher ? M’aurait-il fallu davantage de détails sur la vie de chacun ? Dan ne révèle rien de ce qu’il vit au loin… ce manque nuit-il à l’intérêt ? Leïla me paraît fade, son amour pourtant sincère n’a pas l’éclat que certaines phrases laissaient imaginer. Sans doute aurait-il suffi de presque rien pour pallier ce manque, cette déception, ce goût d’inachevé. C’est joli, raffiné, mais sans véritable saveur. – Geneviève Munier
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Admirable, Le cœur à l’aiguille est un premier roman admirable. Fragile, gracieux, gracile. Comme cette robe de papier cousue mains avec les mots d’amour griffonnés par l’amoureux, parti loin, exilé du cocon, pour des missions terrestres dont on devine la rudesse et le réalisme cruel. En brodant, Leïla raconte son attente, se souvient leur rencontre, se prépare aux fiançailles, et tisse mot après mot la robe de son bonheur, de sa douleur.
Avec à la fois peu de choses, peu de description sur les personnages, leurs psychologies, leurs récits de vie, l’auteure réussit à nous transmettre beaucoup de leurs sensibilités et univers, sans doute grâce à une écriture d’orfèvre, aux mots ciselés. L’histoire est contemporaine mais il s’en dégage un parfum d’intemporalité. Leïla fille de la ville, très urbaine et féminine, ancrée dans son temps et porteuse d’une autre culture, d’un ailleurs lointain transmis par sa famille présente et chaleureuse. Dan garçon de la campagne, provincial taiseux, fils choyé sans emphase. Et pourtant cet habit cousu, filé, greffé au corps car les mots portent un sens et s’incarnent à même la chair ; oui cet habit pourrait avoir été écrit à d’autres époques, même lointaines, tant la préciosité rappelle le chant d’un amour courtois perdu, tant la poésie convoque les envolées des grands romantiques, et n’est pas loin l’image d’une Pénélope tisserande dans le tourment intérieur d’une attente infaillible.
La nuit, le silence, la torpeur d’un été, la patience et l’ardeur de l’ouvrage sont admirablement retranscrits. C’est aussi un roman d’ambiance, une lenteur passionnée dont on devine de suite le drame qui se joue, dont on sait irrémédiablement l’issue. Et pourtant on accompagne Leïla dans son recueillement presque religieux, voué à son amour ; on chemine, on retient son souffle, on tremble. « Elle pressentait de quelle ascèse et quelle intériorité était tissé ce projet. Elle savait déjà confusément quel grand silence il faudrait nourrir en elle, jour après jour, pour mener à bien son dessein secret. Palier par palier, atteindre les abysses. Strate après strate, expulser l’inutile. » Ce roman est beau. Malgré un cœur fendu, le palpitant persiste dans le rythme de l’aiguille ouvrière et en fixant les coutures, en soignant les finitions, ouvre sur un espoir. – Karine Le Nagard
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En attendant le retour de Karthoum, de l’homme qu’elle aime, telle Pénélope, Leïla coud sa future robe de mariée avec tous les petits qu’il lui a envoyés. Ces mots qu’elle coud sur sa robe, c’est comme si elle les cousait à même sa peau car pour elle ce sont des preuves de l’amour que lui porte Dan.
Leur histoire est telle un puzzle que l’on découvre au fil de la lecture de ces petits mots qui ont un pouvoir de réminiscence nous racontent leur histoire de leur rencontre, de leur complicité, de leur quête mutuelle de l’un et l’autre. Mais c’est aussi la propre histoire de Leïla et de son pays l’Afghanistan.
Ce petit roman est vraiment très agréable mais la fin est quelque peu déroutante car trop précipitée j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus étoffée. – Sy Dola
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Et les billets des lecteurs sur leurs blogs respectifs : Henri-Charles, Sabine, Anne, Joëlle, Héliéna

En route pour la session d’automne !

Comme nous l’avions annoncé, l’aventure des 68 premières fois se déroule désormais sur deux sessions annuelles. La première est en cours depuis janvier. 55 lecteurs ont pu découvrir les 17 premiers romans de la sélection d’hiver qui vont continuer à voyager jusqu’à fin juillet (et dont les chroniques sont disponibles sur ce blog). Mais déjà, les exemplaires de la rentrée d’automne commencent à arriver dans nos boîtes aux lettres…

Voici donc venu le moment d’embarquer pour la seconde session !

68 Sac et marque page

Pour s’inscrire, il suffit d’envoyer un mail à 68premieresfoisofficiel@gmail.com afin de recevoir la charte et le bulletin d’adhésion à l’association.

Vous verrez, les règles du jeu sont simples :

  • s’engager à lire en priorité les livres reçus afin de garantir la fluidité des voyages,
  • s’engager à chroniquer les livres lus via les outils de votre choix (blog, réseaux sociaux, sites communautaires…),
  • être toujours de bonne humeur et bien sûr être à jour de sa cotisation annuelle à l’association.

La session d’automne démarrera début septembre et se poursuivra jusqu’à la fin de l’année. Pour mémoire, vous lisez à votre rythme, aucune obligation de lire toute la sélection, c’est à vous de décider.

Alors, tenté ? Nous attendons votre candidature avant le 30 juin 2017.

A très vite !

La tresse – Laetitia Colombani

A travers le destin de trois femmes que tout sépare, Laetitia Colombani tisse une histoire pleine d’humanité qui touchera sans aucun doute un grand nombre de lecteurs… à commencer par ceux des 68 premières fois, déjà sous le charme.

La tresse

« Portée par une plume sensible, délicate et parfois crue, Laetitia Colombani nous entraîne à travers trois continents pour nous dresser (et même tresser) le portrait de ces femmes attachantes, si différentes mais que leurs combats relieront par un lien indéfectible.
Elle dose à la perfection chaque détail qui compose la personnalité et la vie de ses trois héroïnes, sans jamais faire dans le larmoyant, ni le « trop facile ». Son écriture est maîtrisée, ses portraits aussi et quel plaisir pour la lecture !  » – extrait du billet de blog d’Amandine Cirez, l’une des premières à découvrir le roman.
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3 vies de femmes aux antipodes les unes des autres.
3 destins à reprendre en main.
3 femmes fortes devant l’adversité.
3 courages pour s’extraire des diktats de la société.
3 récits entrelacés comme les 3 mèches d’une tresse.
Et même si l’on sait très bien où l’on va, on se laisse captiver par ce court roman.
Smita, l’indienne, l’intouchable nous émeut car on sait qu’elles sont nombreuses à partager son sort, à vivre dans ce monde si cruel où la vie d’une femme n’est rien. Où il faut se battre chaque jour pour survivre et nourrir ses enfants. Et Smita ne veut pas de cette vie pour sa fille. Elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour que sa fille ait un minimum d’instruction, elle qui ne sait même pas lire.
Guilia la jeune sicilienne se retrouve dans l’obligation de sauver de la faillite l’entreprise familiale. Il lui faut trouver de nouvelles idées et moderniser ce qui n’est pas facile car elle se heurte aux traditions et au conservatisme de son entourage. C’est le personnage qui m’a le moins marqué. Elle est jeune, forte, et pour elle il y a un avenir, même si celui-ci n’est pas simple.
Sarah, la canadienne est la businesswoman parfaite. A force de travail elle était presque arrivée au sommet. Et voilà que tout s’effondre avec la maladie. Dans son monde sans concession il ne faut jamais faiblir, surtout quand on est une femme. Elle doit se battre contre sa maladie sans rien laisser paraître. Et pour cela elle est seule.
Ce roman est un hommage au courage des femmes pour sortir du tracé imposé par la société.
Ce récit au style fluide et sans pathos est un magnifique portrait de 3 femmes que nous refermons à regrets.- Françoise Floride-Gentil
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C’est la lutte des femmes, sous 3 continents, dont 3 d’entre elles nous sont contées par Laetitia Colombani. 3 portraits organisés selon un schéma narratif bien ficelé, sans en privilégier une par rapport à l’autre dans un impeccable découpage propre à un scénario, tendu vers un final qui les relie imperceptiblement vers une mondialisation globalisée.
Smita l’indienne Intouchable, Giulia l’italienne palermitaine et Sarah la working-girl canadienne sont des battantes, des femmes fortes auscultées dans leur intimité dont on suit le cheminement de leur conscience d’être au monde pour s’élever, braver le quotidien qui les étreint pour finalement vivre selon leur volonté.
Si j’osais, j’irais jusqu’à affirmer que «La Tresse» est un roman tiré à 4 épingles, qui brosse dans le sens du poil dans une langue sans grande émotion mais avec beaucoup d’humanité et de tendresse vis à vis de ses héroïnes. Un savoir-faire dû sans doute au métier de l’auteure qui consiste à écrire des scenarii appliquant à chaque chapitre qui clôt un espace-temps de la vie de Smita, Giulia ou Sarah, un désir, une envie pressante de connaître la suite de leur histoire et la façon dont chacune s’en sortira et s’échappera de l’ornière dans laquelle elles se débattent individuellement.
Ce livre m’a fait penser au livre de Bourdeaut, « En attendant Bojangles » où tous les ingrédient d’une histoire simple fonctionnent comme une télé allumée qu’on regarde pour passer le temps, sans réfléchir. Ne ratiocinons pas pour autant sur le plaisir d’une lecture agréable, fluide, qui nous fait passer un excellent moment sans S-tress !
Cécile Rol-Tanguy
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J’ai beaucoup aimé ce premier roman qui se passe sur 3 continents, ces trois histoires dont le lien est fait en toute fin. J’ai particulièrement aimé les histoires de Smita et de Giulia, la dure vie des intouchables en inde, la force de caractère de Smita pour sauver sa fille d’un destin incontournable. Mais aussi la rencontre de Giulia et Kamal et comment celle-ci tente de sauver l’entreprise familiale. J’ai perçu moins d’empathie pour Sarah au début de son histoire, son ambition et sa vie toute consacrée à sa carrière. Toutefois la vie n’est pas tendre avec elle non plus et elle trouve un peu d’humanité lors de sa “chute” professionnelle. Au fil des pages j’ai eu l’impression de voyager et de partager les vies des trois femmes et de leurs proches, de beaux voyages.- Frédérique Camps
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Trois femmes, trois continents, trois mondes. Smita, en Inde, Giulia, en Italie, Sarah, au Canada. Trois femmes que tout sépare, hormis leur sexe et la situation difficile à laquelle elles sont confrontées, et que leur force, leur énergie et leur foi en l’avenir rapprochent pourtant.
Malgré ce que laisse supposer le titre, leurs histoires personnelles ne s’entrelacent qu’à la toute fin du roman qui est construit en une sage alternance des trois récits. Chacune des trois héroïnes affronte les effets néfastes du monde tel qu’il est aujourd’hui et se trouve face à une alternative vitale : baisser les bras et se résigner, ou rester debout et persévérer dans le chemin qu’elle s’est choisi. La foi en un dieu, en l’amour ou en soi-même leur donne tous les courages, en particulier celui de renverser les codes établis, les préjugés et les règles imposées par la société dans laquelle elles vivent. C’est un très beau message et l’histoire de ces trois femmes m’a beaucoup touchée.
Sans vouloir couper les cheveux en quatre, je regrette cependant que la forme narrative (écriture et construction) ne soit pas -me semble-t-il – à la hauteur de la richesse de l’histoire et de la force du sujet. L’écriture et la forme du roman m’ont paru trop consensuelles, finalement. Certes, la situation des Davits en Inde nous est montrée dans toute son épouvante. Mais mettre sur le même plan l’existence de Smita, celle qui n’a rien, celle qui n’est rien, avec celle de Sarah, avocate riche et ambitieuse, sorte de requin dans le milieu des avocats, me semble presque indécent. Sauf à vouloir dénoncer les causes qui contraignent Smita à une offrande sacrificielle qui profitera à Sarah dans sa reconquête de sa place au soleil. Or de dénonciation, ou même d’ébauche de réflexion, je n’en ai distingué aucune.
C’est un roman, point. C’est une belle histoire, point. J’en attendais tellement plus. – Merlieux L’enchanteur
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« Bien mieux que des études statistiques, sociologiques ou politiques, l’auteur nous donne à comprendre, à ressentir, à partager les injustices qui perdurent, la discrimination qui persiste, le machisme qui continue à régir les relations. Par-delà le niveau social et par-delà les cultures. La tresse est aussi le roman de la détresse. Ce qui le rend dramatiquement beau et universellement juste. » – Extrait du billet de blog de Henri-Charles Dahlem pour qui La tresse est un véritable coup de cœur.
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Rares sont les livres qui vous happent dès les premières lignes. Un petit temps est en effet bien souvent nécessaire pour se fondre dans l’univers d’un auteur ou de l’un de ses écrits. Avec La Tresse, rien de tel ! Servi par une écriture juste, et une construction très efficace, ce premier roman de Laetitia Colombani nous invite à une immersion rapide et addictive dans la vie de trois femmes, a priori aux antipodes les unes des autres mais pourtant indéniablement liées, en particulier par le fait que nous les découvrons à des moments charnières de leurs vies.
La première, Smita, vit en Inde. Intouchable, mariée à un chasseur de rats qui pourvoit aux besoins alimentaires de sa famille grâce aux produits de son labeur, elle survit en vidant des latrines à longueur de journée, comme le faisait sa mère avant elle. Smita se trouve alors confrontée à un choix vital : doit-elle enfin accepter sa condition et apprendre à sa fille de 6 ans à faire avec en attendant peut-être mieux dans une prochaine vie ou bien peut-elle raisonnablement espérer la faire échapper à sa destinée en l’instruisant ? Et lorsque l’instituteur qui avait pourtant accepté d’enseigner la lecture à sa petite se révèle être un escroc, que lui reste-il comme espoir ?
Plus près de nous, en Sicile, vit Giulia. Jeune femme âgée de 20 ans, elle travaille auprès de son père dans l’atelier familial où se perpétue la tradition de la Cascatura : l’art de transformer des cheveux coupés pour les traiter, les colorer et en faire des perruques. Mais lorsque le Papa se trouve entre la vie et la mort et que Giulia réalise que la faillite de l’entreprise est imminente, que peut-elle faire ? Epouser un homme qui au mieux l’indiffère mais qui pourrait lui garantir ainsi qu’à sa famille une stabilité financière ou écouter son cœur en se lançant dans le projet fou de s’approvisionner en cheveux ailleurs qu’en Sicile, notamment en Inde où les dons de cheveux à Vishnou sont extrêmement nombreux ?
Enfin, à Montréal, Sarah est sans doute la femme qui nous est la plus familière. Avocate d’affaires, elle s’est construit une carrière remarquable poursuivant un parcours sans faute, mais aussi un mur totalement étanche entre ses vies personnelles et professionnelles. Sa réussite s’est faite aux dépends de ses enfants et les sacrifices pour parvenir à l’association ont été nombreux. Alors, quand le cancer survient, Sarah fait elle aussi face à un choix engageant : doit-elle conserver à tout prix son statut professionnel en taisant sa maladie au risque d’être mise au placard ou bien doit-elle accepter son état et se reposer sur ceux qui l’entourent pour se battre ?
C’est ainsi que toutes trois aux univers si différents vont se trouver liées par une intimité forte, celle d’une tresse de cheveux offerte en offrande à Dieu dans l’espoir d’une vie meilleure, qui voyagera par la Sicile pour enfin rejoindre le Canada.
Mais bien davantage qu’une histoire de cheveux, La Tresse met en scène trois femmes fortes qui, chacune à sa manière, animées par la foi, vont se libérer du poids des traditions, des contraintes qui les ont entourées depuis des lustres, pour enfin se révéler et infléchir un destin qui semblait pourtant tout tracé.
Un livre qu’on ne repose qu’une fois la dernière page tournée et dont on aurait eu plaisir à prolonger la lecture pour rester encore un peu avec ces femmes lumineuses, si inspirantes ! – Julie Vasa
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Trois femmes, trois continents, trois destins différents qui grâce à l’histoire qui vont se mêler. Smita, jeune indienne issue d’une caste inférieure, souhaitant que sa fille puisse apprendre à lire et à écrire pour échapper à son destin. Giulia, belle italienne qui veut faire perdurer le savoir ancestral de l’entreprise familiale.Sarah une avocate , working girl canadienne, dont le parcours professionnel sans faute , va être jeté à terre par la maladie.Trois destins qui vont être liés par le combat de chacune. Un livre agréable à lire mais qui manque un peu de profondeur sur la fin .- Philippe Hatry
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« Ce n’est pas un roman féministe mais plutôt sur la condition féminine à travers trois pays très différents. Ces femmes qui veulent s’émanciper d’une vie qu’elles ne souhaitent plus subir et s’en donnent les moyens à toute épreuve. » – Extrait du billet de blog de Héliéna Gas
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« Trois continents, trois femmes face à leur destin…
Lætitia Colombani retrace le destin de femmes courageuses et déterminées, elle tisse habilement les liens entre les trois histoires et sait entretenir le suspense à la fin de chaque chapitre. La construction en courts chapitres, l’alternance des trois histoires, la mise en page très aérée et l’écriture fluide (mais pas exceptionnelle) rendent la lecture très agréable. C’est le genre de livre qu’on a envie de retrouver pour connaitre la suite de l’histoire. A noter que la partie sur l’Inde est bien documentée, on y retrouve les coutumes et traditions de ce pays.
Avec un sujet d’une grande originalité et un traitement bien maîtrisé, ce livre sera peut-être, comme le dit son éditeur, le roman de l’été. » – Extrait du billet de blog de Joëlle Guinard
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Voir également le billet d’Alice, TLivresTArts

Maestro – Cécile Balavoine

Comment d’une passion d’enfance devenue passion de toute une vie, réussir l’alchimie d’un roman qui touche à l’universel ? Passions amoureuse et musicale se lient sous la plume élégante de Cécile Balavoine pour offrir au lecteur un pur moment de grâce.

Maestro

 » Ivresse, lumière, plénitude. » Ces trois mots que Cécile Balavoine fait prononcer à son « Maestro » à propos de la musique qu’il dirige résument à eux seuls les émotions ressenties à la lecture de ce roman. « Maestro », c’est une rencontre, entre une enfant et la musique, d’abord, celle de Mozart. Un coup de foudre pour l’enfant génie de la musique, une évidence qui fait sens dans sa vie. La petite fille grandit, le rêve de faire de la musique sa vie s’éloigne brutalement. Mais Mozart, lui, reste. Habitée par sa musique et par son personnage, Cécile, devenue jeune fille, ne cessera de le croiser sur sa route, volontairement, dans ses pèlerinages annuels à Salzbourg – « c’est bien dans cette ville qu’il faut être », où la présence de Mozart est encore si forte, ou bien au hasard de ses rencontres, à New York, Paris ou Venise. C’est une autre rencontre, déterminante dans sa vie, qui nous est racontée ici, sous la forme d’une confidence. La rencontre avec le Maestro, grand chef d’orchestre que Cécile, devenue journaliste, doit interviewer par téléphone. Et c’est, à nouveau, comme une évidence. Leurs voix se reconnaissent, et bientôt l’envie d’être ensemble, le désir de caler leurs vies sur la même pulsation, celle de la musique, et de l’émotion pure, forte, vitale, dépasse toute forme de raison. Nous assistons à la confession, tout en chuchotements, de la passion avouée de Cécile « pour un mort, son mort, notre mort, Mozart », en même temps qu’à la naissance d’une passion amoureuse d’une force inouïe. L’écriture est aussi douce et sensuelle que forte et passionnée, emprunte de la musicalité de Mozart, dont l’œuvre magnifique s’égrène à mesure que les amants se découvrent.  » La juxtaposition du sensuel et du sacré. « – Amélie Muller.

« Aucune maladresse, aucune fausse note à ce premier roman, abouti et singulier, que l’on a envie de ne pas quitter, pour garder cette chaleur, en réécoutant Mozart, évidemment. » – Extrait du billet de blog de Charlotte Milandri

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Se peut-il qu’un coup de foudre – Love at FIRST sight, disent d’ailleurs les Anglais – naisse à retardement ? C’est en tous les cas ce qui m’est arrivé lors de la lecture du premier roman de Cécile Balavoine, « Maestro ». A la page 18 très exactement, mon cœur a commencé à battre la chamade, mon corps à frissonner, ma tête à s’envoler. Oui, c’est vraiment au moment où Cécile, journaliste a appelé le « Maestro » pour une interview téléphonique, au moment où, comme elle, j’ai commencé à l’entendre que j’ai compris. J’ai compris que ce livre serait important, qu’il allait m’emporter, m’embarquer dans une aventure hors du commun.
Car ce récit, qui raconte l’histoire d’une jeune femme, tombée sous le charme de Mozart, et plus encore, lorsqu’elle avait neuf ans, et qui, devenue adulte et journaliste continue de vénérer ce fabuleux musicien, aurait pu être une banale histoire d’amour. Il aurait pu être un catalogue répertoriant les qualités de l’artiste, la liste de ses œuvres ou ses meilleurs interprètes. Il n’en est rien.
Ce roman frise, à mes yeux, la perfection : Pas un seul temps mort, pas un passage qui n’ait sa juste place, pas un mot qui ne soit mal choisi. L’écriture est magistrale et traduit à merveille les ressentis de Cécile, amoureuse d’un mort depuis son plus jeune âge et qui le retrouve dans la voix d’un autre. Cette voix, elle la décrit si bien qu’elle sort du livre pour arriver à mes oreilles. Le « Maestro » m’enveloppe aussi qui exsude la fragilité des grands, une difficulté à vivre l’ordinaire et la crainte présente face à un sentiment d’une force peu commune : « J’ai peur, Cécile. J’ai peur de ne plus pouvoir me passer de vous. J’ai l’impression que tout s’effondre. Vivre avec vous est impossible, vivre sans vous l’est tout autant. » Non, ce n’est vraiment pas une histoire d’amour banale mais un concentré de passion sublimée, de beauté intérieure, de gestes magnifiés par des expressions subtilement entrelacées où la musicalité des phrases fait écho à celle des morceaux du Maître glorifié. Cet ouvrage je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté, entendu, respiré, vécu. Et puis, il y a les scènes d’amour magnifiquement dessinées, empreintes d’une flamme indicible, vécues jusqu’à l’infini. Les moments où les corps se rencontrent sont tout à la fois abreuvés de ravissement, de délectation, mais aussi nimbés d’une immense pudeur. Tout est beau, aérien, voluptueux.
J’avoue avoir été touchée au-delà de toute raison par cette lecture et reste coite devant tant de talent. J’aurais même envie de distribuer un bon point supplémentaire pour la partie « remerciements ». Je l’ai lue avec un immense plaisir tant elle était recherchée et formidablement rédigée. Trouver par ailleurs un nom ami parmi les personnes citées fut un véritable bonheur.
En un mot, comme en cent, cette découverte est, je l’ai dit, un coup de foudre. L’impact en a été magique et le tonnerre résonne encore . – Geneviève Munier
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Maestro m’a percutée. Dès les premières pages, un mot s’est imposé à moi et a martelé jusqu’à devoir l’énoncer à voix haute pour m’en débarrasser : « abouti ». Le rythme ; l’écriture directe, confiante ; les entrelacs du présent et du passé, du présent et des passés ; la sincérité du propos qui n’a plus peur de se dire sans éprouver la nécessité de convaincre ou de plaire… C’est un roman abouti qui s’impose à moi dès les premières lignes. Cécile Balavoine égraine au fil des pages les rendez-vous manqués, les malentendus, les ratés, les rêves avortés, les espoirs et déceptions qui scandent et entravent un chemin. Mais sans nous alourdir, sans nous en faire l’apogée, ni un drame encore moins une explication de texte. Avec élégance et pudeur, par petites touches, si infimes parfois qu’on pourrait passer à côté d’une information délivrée en catimini, l’auteur tisse point par point, dans un ordre qui ne répond à aucune logique sinon à celle d’une vie dont on ne mesure que trop peu les hasards ou les bienvenus : les événements, réminiscences, rencontres et éprouvés de son histoire.
Une voix, un père, Mozart, des amants, un Amour. Le père, première figure centrale, d’amour, d’attente et donc de pression et de cran d’arrêt. La rencontre amoureuse et sensuelle avec le piano d’abord. Et puis Mozart et la musique ! Heureuse de ne plus être seule, joyeuse de la découverte d’un univers, Cécile grandit dans et avec la musique et en ami intime Wolfgang. Un lien incontournable, une connexion inexpliquée, s’impose en maître et avec lui le poids d’une différence à assumer, la douleur d’un non-sens envahissant, mais indéniablement là, mystérieusement familier. Et puis cet invisible qui se glisse, ces souvenirs d’antan non vécus et pourtant si palpables, si ancrés en elle, et qui racontent un passé lequel trouve son écho dans le présent…On devine l’angoisse par moments d’être ainsi traversée et écrite par d’autres fantomatiques si proches et si lointains ; l’angoisse d’inventer sa singularité dans un écrin cousu main depuis des lustres en vivant pleinement son présent dans tout ce qu’il comporte de beau et de puissant.
Les énigmes se faufilent entre les pages sans jamais se dévoiler, fuyant la démonstration éclairée d’un nœud tragique à solutionner en ménageant son effet. C’est plus fin, plus subtil, et ces noirs-obscurs délivrés ça et là suscitent le désir vivant dont la narratrice semble si bien accepter les latences, les absences, les patiences. Cécile Balavoine nous offre la mise en mots, le roman sur l’évidence. L’évidence que l’on sait nommer, facile, un peu goguenarde, dans un tombé de sens qui n’appelle aucun effort. L’évidence qui nous chahute le corps, nous enrobe de son ambiance : la sensation avant qu’elle ne soit pensée, qui n’est pas sans convoquer l’inquiétante étrangeté, l’Umheiliche d’un autre autrichien très célèbre : l’inquiétant dans le familier, le déjà-vu dans la nouveauté, la peur du nouveau qui nous est si proche… Les deux amants n’auront de cesse de se dire leurs peurs et leurs hâtes pourtant de se voir, se revoir et ne plus se lâcher, dépourvus et emportés par l’évidence d’un amour qui se reconnaît par la voix, par l’évidence d’un vieil amour naissant ? L’évidence qui nous dépasse, nous déborde, nous submerge et ne se devine que dans l’après-coup, peut-être, pas toujours. Elle ne se laisse jamais attraper de toute façon cette évidence là : on la touche du bout des doigts avant qu’elle ne s’envole encore, un peu comme quand on frôle, l’espace d’une infinie seconde, une vérité : laquelle éclaire et fait sens, enfin, après laquelle on court, souvent, pour être bien avec soi, toujours. L’évidence comme l’essence portée en creux, l’essentiel qui pousse, tend, aspire, rêve, aime et anime tout ce qui s’éprouve et grandit, tout ce qui heurte et se panse. Les vies dansent des pas qu’on ignore mais qu’on mettra toute une existence à répéter et à magnifier… Merci infiniment Cécile Balavoine : ça chahute, tourneboule, ça résonne si fort depuis que j’ai refermé votre premier et grand roman. Il s’écrit depuis longtemps ce livre, il germait depuis longtemps et a sans doute éclos au moment propice et opportun. Il convoque les questions du destin, de l’inconscient, de la quête. Avec discrétion, à travers une trajectoire, l’écriture limpide diffuse et transmet l’universel des rouages de la vie : ses mystères, ses élans, répétitions, créations, coïncidences ou pas…Le maillage de l’existence. – Karine Le Nagard
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La plume – Virginie Roels

Pour son premier roman, Virginie Roels, forte d’une riche carrière de journaliste choisit la politique-fiction, on ne peut plus d’actualité. Mais elle prend le parti du décalage pour rendre la visite des coulisses du pouvoir plus digeste et surtout plus haletante. Sans occulter le fond pour autant.

La plume

Premier roman habile sur les arcanes de la politique, « La Plume » est construit comme un polar. L’auteure parvient à susciter l’intérêt et l’envie du lecteur de mener l’enquête aux côtés de la narratrice, une journaliste un peu looseuse, embarquée par hasard dans une affaire épineuse : Comment le président sortant, lors du débat d’entre-deux tours des dernières élections présidentielles, a-t-il pu commettre l’irréparable et provoquer lui même sa perte, alors que tous les signaux le donnaient gagnant ? Un regard, dans le public, une question posée par un étudiant, voilà le point de départ de ce roman astucieux qui dissèque les relations de pouvoir en politique, les influences des puissants de la République, le mécanisme des petites mains – et des petites plumes ! qui s’affairent dans l’ombre pour l’ascension de quelques uns. Au centre de l’enquête, la manipulation, le langage, l’importance de la communication en politique, qui ne souffre aucun faux-pas et peut mener au succès comme au pire. Bien construit, mêlant flash-back et journal de bord de la journaliste, voilà un roman prenant, intelligent, et par certains côtés, bien sûr, glaçant. Car en pleine campagne électorale, ne sommes-nous pas en plein dans ce jeu de pouvoir du langage ?… – Amélie Muller

« Au moment où la France se choisit un nouveau Président, voilà en tout cas une satire qui donne à réfléchir. Bienvenue et peut-être salutaire ! » – extrait du billet de blog de Henri-Charles Dahlem

La politique : s’il est un mot qui revient beaucoup en ce moment, c’est bien celui-là. Le premier roman de Virginie Roels « La plume » est ainsi totalement dans l’air du temps.
Ce roman de politique fiction… ou pas… raconte l’enquête menée par une jeune journaliste Chrystelle Knox, suite au débat de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle qui oppose Jean Debanel, président sortant très haut dans les sondages à Yves Cranchon. Que s’est-il passé pour que tout à coup Debanel perde ainsi les pédales ? Car oui, on peut le dire, l’expression pour familière qu’elle soit, correspond à la réalité. En quelques secondes, ce soir-là, Jean Debanel perdit l’élection.
J’ai lu ce livre comme on dévore un roman policier. La construction du récit dans lequel se mêlent les faits et les points d’étape réalisés par la journaliste au fur et à mesure de l’avancée de ses trouvailles maintient parfaitement le lecteur en haleine. Avec brio, une écriture vive, élégante et primesautière, l’auteur nous livre une étude fouillée quant au poids des media en politique, à l’utilisation de la communication et à la manipulation des électeurs. Tout y est dit des coups tordus fomentés par des personnages tous plus ambitieux les uns que les autres, des ordres donnés à l’un et exécutés par le suivant, des consignes qui dégringolent de ministres en conseillers, de directeurs de cabinet en spécialistes de la question. Chaque personnage possède d’ailleurs une consistance certaine avec, pour ma part une préférence pour Tarrand, le fameux Ministre de l’Intérieur, et la journaliste fort bien représentée.
On sent chez l’auteur une bonne connaissance du milieu qu’elle décrit avec humour, précision, et même parfois délicatesse. J’ai aimé aussi ces petites touches de couleurs dont elle parsème son texte– celle d’un salon, par exemple, où se maria un président avec un ex mannequin – et autres anecdotes qui laissent à penser que tout n’est pas fiction. En tous les cas, des questions se posent… – Geneviève Munier
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La plume venait juste d’être ajoutée à la sélection de 68 quand je suis allée au salon du livre de Limoges et Virginie y était aussi. C’est donc tout naturellement que je suis allée échanger avec elle.
Avenante et gentille, elle venait d’être snobée par une personne qui n’aimait ni la politique ni la fiction et qui avait donc passé son chemin.
Personnellement, je n’aime pas la politique, les actualités et la campagne actuelle n’aident pas depuis quelques mois et La plume m’a confortée dans ce rejet d’un monde de manipulations, de malversations et d’ambitions à tout va.
Par contre j’ai beaucoup aimé le roman, bien construit, bien écrit et l’enquête menée par la journaliste m’a tenue en haleine jusqu’à la fin !
C’est un très bon premier roman qui me fait penser que tout n’est pas fiction, même si toute ressemblance avec des personnages existants, bla, bla, bla, bla … – Frédérique Camps
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Mon ciel et ma terre – Aure Atika

Le roman d’une femme libre (inconséquente diront certains), et l’hommage émouvant d’une fille à sa mère, personnage fantasque, bohème, parfois indigne, mais si inspirant. Un roman qui possède plusieurs facettes et plusieurs degrés ce qui explique les ressentis très divers des lecteurs. Mais un témoignage plein d’amour et d’admiration.

Mon ciel et ma terre

Que cette douleur est bien écrite ! Voilà l’exclamation qui s’est imposée très vite à la lecture de ce témoignage. Mais a-t-on le droit de parler de douleur quand rien dans ces lignes toutes en pudeur et en poésie ne vient geindre une plainte, ni démontrer une blessure ? Rien n’est larmoyant, tout est vivant et vrai.
Avoir pour mère un personnage de roman : tout un programme… Aure Atika nous dresse le portrait d’une femme incandescente, inclassable, à l’originalité élégante, emportée, aventurière des temps modernes. Sauf que cette femme, cette Ode à la vie, est aussi une mère, Odette, laquelle élèvera sa fille en poursuivant ses lubies, ses envies, ses furies. L’écriture se veut authentique, directe et incroyablement douce. Comme si, tout en disant simplement ce qui est et ce qui a été, l’auteure avait privilégié la tendresse et la fantaisie, peut-être pour ne pas risquer le jugement à l’emporte pièce de cette mère peu académique. Et en effet nulle envie de s’offusquer ou de condamner en découvrant page après page une Ode pleine d’entrain et de joie mais dont les tourments et l’immédiateté des humeurs auraient pu suffire à provoquer des dégâts ou des béances pour une enfant.
J’ai lu ce premier roman comme une énième preuve d’amour de cette fille à sa mère malgré le cœur flamboyant et à vif de celle-ci. Plus que l’extravagance et la liberté de Ode/Odette, c’est bien la fille, sa présence généreuse, indéfectible et solide, que j’ai admirée tout au long de ces lignes à l’écriture vive, poignante, et si justement imagée pour dire les sentiments d’abandon, de honte, l’admiration sans bornes et l’amour inconditionnel de l’enfant.
Aure Atika n’élude pas la colère, à l’âge de l’envol, de l’entêtement nécessaire pour trouver sa place ; mais à aucun moment nous ne la ressentons, cette colère, qui aurait pu somme toute être légitime. Amour pacifié ? Finalement qu’importe ? Il est d’autant plus beau et grand de pouvoir porter un regard nu, sans ressentiment ou critique, sur sa mère, ou plus exactement sur la femme qu’elle aura été : fille de, sœur, amante, avec des fêlures, des failles, des rêves et des espoirs. Je reste encombrée d’un sentiment étrange, trop interprétatif à mon goût ; sans doute car il s’agit du lien mère-fille qui m’interroge tellement… et dont j’aimerais pouvoir discuter encore et encore après la fermeture du livre. Gageons que Odette aura mesuré sa chance d’avoir comme fille cette femme, Aure, laquelle lui aura écrit une Ode singulière et émouvante et surtout, en plus bel hommage, l’inscription de son identité propre, au-delà d’Elle, droite et debout entre le ciel et la terre ? – Karine Le Nagard
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Un très bel hommage à sa mère pour ce premier roman-récit. J’ai été touchée par ce livre car il parle d’une femme, que l’on pourrait juger, à premier abord, comme une mauvaise mère. Elle laisse sa fille, seule, et il faut qu’elle se débrouille souvent seule. Aude Atika nous raconte son enfance et nous décrit aussi l’air du temps de cette époque et en particulier, le monde de la bohème de Paris et celui-ci de la photographie et du cinéma. Car sa mère a fait du cinéma et de la photographie. L’auteure a peu connu son père et a vécu seule avec cette mère, indépendante, volage, futile. Ce texte est un admirable hommage à une femme, à une mère et j’ai beaucoup aimé sa délicatesse et tendresse pour nous parler de son quotidien de petite fille. De belles pages mais terribles sur les moments de solitude de cette jeune enfant. – Catherine Airaud

« Si ce roman est réussi c’est certainement parce que Aure Atika trouve la juste distance, la bonne tonalité pour permettre au lecteur d’entrer en empathie avec Ode. Mais par-delà le personnage de la mère, c’est aussi la fille qui se dévoile, donnant à voir quelques-uns des ingrédients qui la constituent et font toute sa richesse. Ce qui rend la démarche particulièrement touchante. » – extrait du billet de blog de Nicole G.

Les préjugés ont la vie dure qui classent chaque individu dans une case bien définie, comme une mercière ses boutons dans un tiroir, en fonction de leur couleur. Alors, quand j’ai vu le nom d’Aure Atika sur l’étagère d’une librairie entre Natacha Appanah et Olivier Bourdeaut, je suis restée coite, dubitative, sceptique. S’agissait-il vraiment de cette actrice que j’aime tant pour son talent, sa classe et sa beauté ? Actrice, certes, mais romancière ? Pour une surprise, c’était une surprise… et une belle, je l’avoue, une fois le livre refermé. « Ode était mon ciel et ma terre. Elle était mon ode. Tout un poème. » Voilà, tout est dit dans ces quelques mots. Ce premier roman d’Aure Atika est en effet un véritable cri d’amour, une élégie poignante, une déclaration de tendresse, d’un attachement sans faille, d’une admiration sans borne, un hymne à sa mère, Odette, Ode comme elle aime à se faire appeler. Cette dernière est pourtant bien loin de l’image de la mère classique. Elle n’est pas du genre à préparer du chocolat chaud et des tartines, à astiquer une maison parfaite, à entourer sa fille, la protéger, la rassurer. Elle part sans crier gare, laissant une petite fille éplorée, revient sans prévenir, étonnée. Elle parle, elle pleure, elle souffre et sa petite est là. Elle la console de ses chagrins d’amour, elle a mal pour elle dans ses moments de manque, elle la suit dans ses nuits de débauche. Elle est la petite, mais aussi l’adulte. Elle est la fille, mais aussi la mère. Pourtant elle aime cette mère fantasque, l’admire et ne voudrait pour rien au monde en changer. J’ai beaucoup aimé l’écriture d’Aure Atika, à la fois simple et légère, qui sert parfaitement ce récit. Les mots sont précis qui dépeignent le regard de l’enfant porté sur l’adulte. A aucun moment elle ne juge, et me permet à moi, lectrice, d’entrer en empathie avec le personnage. Elle se contente de décrire cet univers avec beaucoup de justesse, une grande pudeur et sans acrimonie. En racontant l’histoire de sa maman, c’est la sienne aussi qu’elle nous dévoile, la façon dont elle s’est construite et qui la rend plus importante encore à mes yeux. C’est vraiment le très beau portrait d’une mère imparfaite à travers les yeux amoureux de sa fille. – Geneviève Munier

Fille unique d’une mère un peu bohême, Aure Atika retrace les souvenirs d’une enfance pas tout à fait comme les autres et évoque surtout l’amour inconditionnel qu’elle portait à cette femme très indépendante. Une relation fusionnelle où l’enfant est souvent considérée comme une adulte.
On retrouve l’ambiance des seventies, les expériences borderline, l’esprit de créativité insouciante qui en était la marque. C’est un témoignage assez touchant dans son absence de prétention, mais je n’en garderai pas un souvenir marquant. – Merlieux L’enchanteur
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« Et le lecteur de découvrir et d’apprécier, étonné, cette artiste qui se dévoile avec pudeur. On sent qu’elle a toujours peur d’en dire trop ou pas assez pour nous faire comprendre et mesurer la réalité de cette mère qu’elle révèle dans ce cri d’amour magnifique. Alors avouons-le, c’est une très belle surprise ce premier roman d’Aure Atika à l’écriture fluide, pudique et touchante à la fois. » – Extrait du billet de blog de Dominique Sudre
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je suis très ennuyée, perplexe, partagée, etc… Je viens de finir le livre de Aure Atika, Mon ciel et ma terre, un texte intime, simple, sincère d’une relation mère fille, dans un univers peut être déjà trop lu pour moi, les enfants de parents déjantés des années 60 et 70, du charme, de la créativité, de la coke et autres substances, le sens de la liberté et de la différence. Une mère très liée à sa fille et inversement. Une écriture agréable, des passages très réussis, d’autres plus consensuels ou distanciés. J’ai lu sans vraie émotion, et sans désintérêt non plus. Je l’oublierai vite. à vous de voir. – Martine Magnin
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J’ai été sincèrement touchée par ce témoignage pudique, émouvant, sensible. Que de jolis mots pour parler de cet attachement à la mère, de cette relation fusionnelle malgré tout… En effet, ce qui aurait pu être de l’ordre du jugement se transforme en hommage à la mère. « Ode était mon ciel et ma terre. Elle était mon ode. Tout un poème. » – Anne-Christine Busnel
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