Saltimbanques – François Pieretti

“Gabriel n’a pas toujours été l’inconnu qu’il est devenu par la force des choses. Je me souviens d’un garçon vif, doué de ses mains, mais que d’incessantes querelles entre mon père et moi ont terni, au fil des années”.

Saltimbanques

Une histoire de fratrie, une histoire d’amitié, touchée au cœur par la mort accidentelle de Gabriel, le saltimbanque. Gabriel a le prénom d’un ange, l’ange déchu trop jeune, laissant tout le monde en deuil. A commencer par Nathan, son grand frère, parti il y a bien trop longtemps de la maison qui découvre à l’occasion de ses obsèques sa bande d’amis. Il admire ce groupe et cherche à travers eux ce frère qu’il n’a connu qu’enfant et dont il ne sait rien de l’homme qu’il était devenu. Il le voit partout sans jamais parvenir à se projeter, Gabriel restant pour lui l’enfant qu’il a laissé 8 ans auparavant.
Et puis il y a Appoline, la fascinante, la fuyante et Bastien le protecteur rassurant. C’est la fin de l’insouciance pour cette jeunesse égarée et meurtrie qui doit trouver les moyens de passer à autre chose.
Mais Nathan est un être complètement paumé qui n’a jamais vraiment rien fait de sa vie. Sa culpabilité face au deuil de son frère semble le pousser à avancer- mais il ignore comment- Gabriel s’impose comme un vide dans sa vie qu’il ne pourra combler, mais dans le souvenir de son jeune frère il cherche des réponses pour avancer.
Ce livre finalement est une forme d’éloge à l’altruisme, ce besoin des autres, d’une main tendue pour avancer, ce besoin de s’occuper des autres pour s’accomplir, se sentir utile quand on ne sait plus où aller.
Il raconte aussi la complexité de l’homme face à la mort, face à lui même- que chacun est en proie aux doutes, aux hésitations, aux abandons, que chacun a besoin de se révéler…
Francois Pieretti raconte très bien cette tristesse, ces regrets, sans pathos mais avec beaucoup de délicatesse et une forme de mélancolie . Une belle écriture fluide guidant le lecteur dans les méandres de l’expérience de Nathan. – Sandra Moncelet

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« Dis quand reviendras-tu ? », cela devait être la supplique de la mère à l’enfant, parti devenu grand.
Il n’est pas revenu, pas avant d’apprendre le décès accidentel de ce jeune frère qu’il a si peu connu.
« Le temps ne se rattrape guère . »
Pourtant c’est pour retrouver ce frère trop tôt disparu que l’auteur va suivre ses traces, mettre ses pieds dans ses pas, ses mains sur ce qu’il a tenu.
Il se laisse dériver, bateau de papier conscient de son inexistence, sans attaches, sans passions.
S’il ne peut donner corps à son passé il va aider une vieille personne à faire la paix avec le sien, trier, classer pour s’appuyer sur des caisses, des liasses de souvenirs …dominer le temps…
Une belle écriture pour ces espoirs déçus, ces rencontres qui filent entre les doigts, ces souvenirs qui s’enlisent …et le cœur qui espère encore …juste un petit peu. – Christiane Arriudarre
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Nathan revient auprès de ses parents, qu’il a quitté il y a une dizaine d’années. S’il accepte ce retour en arrière, auprès d’un père silencieux et froid, et d’une mère effacée, c’est pour enterrer son petit frère. Gabriel vient de mourir dans un accident de voiture… Au delà du chagrin, c’est la culpabilité de n’avoir pas vu grandir ce frère qui assaille Nathan…
Une fois encore, si les 68 premières fois n’avaient pas mis ce roman entre mes mains, je n’aurais pas croisé la route de François Pieretti.
Avec ce premier roman, l’auteur nous entraîne aux côtés de garçons et de filles perdus, pour qui la mort vient de frapper sans prévenir et faire éclater un quotidien qu’ils croyaient infini.
Nathan, le grand frère, est lui aussi dévasté par ce deuil impossible. Comment accepter de laisser partir Gabriel, les souvenirs qu’il a de cet enfant solitaire, les regrets et l’impression de l’avoir abandonné. Touchée par ce personnage, je l’ai suivi sur le chemin sinueux du retour à la vie…
C’est en épaulant un homme condamné par la maladie que Nathan apprivoise la disparition et le vide que laissera à jamais son petit frère… Savoir que cet homme va mourir ne rend pas l’absence plus facile, mais cela permet d’adoucir les souvenirs…
Un roman à l’écriture émouvante… – Audrey Lire & Vous
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Nathan revient dans sa famille, qu’il a quittée précipitamment il y a une dizaine d’années, pour assister aux obsèques de son petit frère Gabriel. Un frère finalement inconnu dont il découvre peu à peu la personnalité en fréquentant ses amis de lycée qui partageaient la même passion que lui pour le jonglage. Une troupe de saltimbanques auprès de laquelle Gabriel avait recréé des liens quasi-fraternels. Celle-ci lui avait donné un sens à sa vie alors que Nathan continue à errer, se cherche encore. Peu à peu Nathan endosse la peau de son frère tout comme son costume lors de l’enterrement, rejoignant la troupe, tombant même amoureux d’Apolline, la petite amie de celui-ci. Chacun pensant se rapprocher de l’absent en unissant leurs mal être. Mais Apolline s’en va un jour sans donner d’explications alors Nathan reprend la route. Il échoue en Bretagne auprès d’un père retraité, Christian et de sa fille, Marie. Il entreprendra involontairement avec Christian une sorte de psychanalyse, les deux hommes se confiant l’un l’autre leurs parcours chaotiques : « Du haut de son expérience de la vie et sans jamais rien forcer, Christian me faisait entrevoir le long chemin qu’il me restait encore à accomplir » .
J’avoue que j’ai d’abord consciencieusement lu ce livre uniquement parce qu’il faisait partie de la sélection des « 68 première fois ». Je n’y ai pris quelque intérêt que vers la fin, lors du passage de Nathan en Bretagne. Il y est un peu plus dynamique, reprend un peu sa vie en main alors que dans les 2/3 du livre il traîne sa peau, balloté d’un côté et de l’autre au gré des rencontres, sans véritablement savoir que faire. Il suit, subit … Plutôt démoralisant comme livre. Lors du retour de Nathan dans sa famille, l’auteur ne décrit pas suffisamment les relations entre les différents membres de la famille, ne permettant pas de comprendre cette absence de relations entre les frères et surtout pourquoi Nathan est parti très tôt loin de sa famille. Les personnages sont par contre attachants que ce soit Bastien, qui joue le rôle de grand frère auprès de la troupe, qu’Apolline beauté diaphane en quête de sens, que Christian victime d’Alzheimer et même « le chien » qu’adopte transitoirement Nathan.
Néanmoins une analyse fine d’une société qui se cherche, en manque de repères : « J’avais eu longtemps le même désintérêt pour les choses et commençais timidement à m’enflammer » : cette phrase résume bien le livre. – Françoise Le Goaëc
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Après plusieurs années loin de chez lui, Nathan retourne dans son village d’enfance. La raison ? Son frère Gabriel est décédé d’un accident de voiture, l’enterrement à lieu le jour même.
Les deux ne se connaissaient pas vraiment, Nathan a l’impression de perdre un étranger… Au fur et à mesure des jours, il va partir à la découverte de son frère, celui dont il a des souvenirs de lui, petit. Pour ça, il va intégrer l’équipe de saltimbanques donc son frère faisait partie afin d’en savoir plus sur lui…
Mon ressenti : J’ai eu du mal à rentrer dans ce roman, mais en fin de compte l’histoire m’a touché, et Nathan m’a ému. Dès le moment ou Nathan cherche à découvrir se frère, ce lien de sang, pourtant si éloigné de lui, ce besoin d’en savoir plus, de le creuser; je me suis attachée à lui.
Le rythme est relativement lent au début, ne sachant pas vraiment où l’histoire se dirige, et puis, plus la lecture avance, et plus je me suis attaché à Nathan, a ce qu’il ressent. L’histoire prend vraiment un tournant à son arrivée en Bretagne, où l’on découvre une autre personnalité de lui, pleine d’empathie.
Au final, malgré la lenteur du début, j’ai aimé ce premier roman, le livre est relativement touchant du début à la fin. – Virginie Deldalle
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L’originalité et l’intérêt de ce roman tient dans la plongée au cœur d’un groupe de jeunes jongleurs ou cracheurs de feu dans laquelle François Pieretti nous entraîne. Les jeunes décrits ici sont passionnés mais néanmoins paumés, se cherchant dans l’alcool, la cigarette et la drogue. Et puis il y a l’énigmatique Appoline qui fait fantasmer tous les garçons.
Le narrateur Nathan est, pour faire son deuil, à la recherche de la personnalité de son petit frère Gabriel décédé dans un accident de voiture à peine son bac passé. Ayant quitté la maison au même âge, alors que celui-ci n’avait que 8 ans, il le connait d’autant moins que ce dernier faisait tout pour l’éviter lors de ses rares retours au bercail. Au départ je croyais qu’il y avait eu un drame familial qui aurait expliqué l’atmosphère pesante et le brusque départ de l’aîné mais rien…. Nathan est lui aussi un paumé qui espère par ce retour aux origines et sa fuite au sein du groupe de saltimbanques donner du sens à sa vie.
La deuxième partie est totalement différente quand Nathan, après avoir tenté de se glisser dans la peau de son frère, trouve une sorte de sérénité auprès d’un homme en fin de vie. L’auteur ne nous parle plus du petit frère comme si, ne sachant comment terminer, il était passé à un autre sujet.
J’ai eu un peu de mal avec l’écriture assez classique, travaillée, de ce roman aux nombreux détails insignifiants mais sans véritables dialogues entre les différents personnages. – Françoise Floride-Gentil
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Nathan a quitté très tôt le domicile familial après une querelle avec son père, laissant ses parents mais aussi son frère Gabriel de 8 ans. Lors de ses brefs retours, il ne réussit pas à rétablir le contact avec l’adolescent qu’est devenu son frère. Lorsque Gabriel se tue dans un accident de voiture, Nathan se rend compte qu’il ne sait rien de lui. Il rentre pour l’enterrement et va essayer de comprendre ce frère en marchant dans ses traces. Il va peu à peu entrer dans le groupe d’amis de Gabriel, des « saltimbanques » qui se produisent dans des fêtes l’été.
Dans cette quête de son frère on peut se demander si ce n’est pas lui qu’il cherche.
C’est un livre mélancolique et triste, tristesse des parents, tristesse du groupe d’amis de Gabriel qui finira par éclater après sa disparition, tristesse de Nathan qui erre, ne parvenant pas à reprendre sa vie d’avant.
François Pieretti a su imprégner son livre d’une véritable atmosphère, parfois pesante mais bien présente grâce à son écriture fluide et précise.
Un premier livre prometteur. – Michèle Letellier
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Avec Nathan, nous sommes conviés au retour dans la maison familiale désertée depuis de nombreuses années. Les parents sont d’autant plus murés dans un silence habituel qu’ils viennent de perdre leur deuxième fils, Gabriel, dont Nathan n’a gardé que des bribes de souvenirs, celles d’un ado peu loquace. Nathan ne sait presque rien de ce frère décédé dans un accident de la route, alors qu’il était sous l’emprise de substances illicites. La quête est impérieuse et c’est en se mêlant à une troupe de saltimbanques que le jeune homme tentera de rassembler les éléments pour reconstruire l’histoire de ce frère méconnu.
Le ton n’est pas plaintif, le deuil est symbolique, et relève plutôt de la compassion pour la douleur des proches. Ce n’est pas non plus le récit d’une tentative de partager enfin des émotions et de mettre des mots avec ses parents, tant le fonctionnement familial semble immuable. C’est plutôt une quête de lui-même, que la mort remet au goût du jour. Bilan et perspectives.
Au delà des réponses illusoires, le chemin se pourvoit sur des routes de hasard. les rencontres insolites feront le lit d’un nouvel horizon.
Malgré des qualités de narration incontestables, je n’ai pas vraiment réussi à me passionner pour cette errance existentielle, qui m’a laissée un peu au bord de la route. Et la rupture franche du cadre, même si elle s’explique dans le contexte, avec la nécessité de passer à autre chose, m’a semblé trop artificielle et trop éloignée de la premier partie. On ne parle plus du tout de ce qui a conduit à cette fuite. – Chantal Yvenou
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En suivant la troupe de Saltimbanques dont faisait partie son frère disparu, le narrateur du premier roman de François Pieretti va essayer de découvrir quel homme il était devenu. Et peut-être se dévoiler lui-même.
Un beau jour, le narrateur de ce sombre roman a décidé de partir, de quitter ses parents et son jeune frère, de laisser derrière lui sa maison de l’ouest de la France. Quelques affaires dans un sac, direction Paris. Le hasard et la chance lui offrent des petits boulots avant qu’il ne finisse par trouver une place de manutentionnaire dans une entreprise qui «recycle» les livres.
S’il reprend le volant de sa voiture bien usée et retourne chez lui pour quelques jours, c’est qu’il doit enterrer son frère qu’il n’a guère connu puisqu’il avait huit ans au moment de son départ. Dix ans plus tard, il succombe après un accident de la route.
Sur le chemin, il a été tenté de suivre la fille de la station-service de l’aire d’autoroute, mais il a finalement choisi de continuer la route. L’occasion est passée, comme les gros nuages dans le ciel. Un temps d’enterrement et une ambiance aussi froide que l’accueil qui lui est réservé. Certes, son père a toujours été un taiseux. Et si sa mère le serre fort contre elle, c’est avec toute la tristesse du monde. Il se fait alors la réflexion qu’ils auraient peut-être préférés le voir à la place de Gabriel.
Lors de la cérémonie funèbre, il ne reconnaît quasi personne parmi les gens venus saluer le jeune homme pour son ultime voyage. Un groupe de jeunes l’invite à le suivre. Sans doute la troupe que fréquentait son frère. Mais il préfère rentrer…
À moins qu’Appoline ne le fasse changer d’avis. La jeune fille qu’il a recroisé dans la cour de l’école, où les résultats du bac sont affichés – Gabriel a été admis -, et les quelques phrases échangées lui donnent l’espoir d’en apprendre un peu plus sur son frère. «Il fallait que je parte à la recherche de Gabriel. Tout sauf cette vision floue de l’enfant frondeur qu’il n’était plus depuis bien longtemps.»
François Pieretti a habilement agencé son roman, en nous faisant découvrir par petites touches les points communs entre ces deux frères qui ont tant de choses en commun. Nathan va suivre la troupe de jongleurs avec laquelle son frère entendait s’émanciper du cocon familial, va se rapprocher de celle dont Gabriel était amoureux… Un mimétisme qui soulève aussi des questions. Peut-on construire une vie sur les traces d’un autre? Quelle est la vraie personnalité de Nathan? L’épilogue de ce roman introspectif apportera peut-être les réponses. À vous de le découvrir… – Henri-Charles Dahlem
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Nathan , revient dans sa région natale après quasi huit ans d’absence pour les obsèques de son jeune frère Gabriel, victime d’un accident de la route ; Huit années sans communication avec ce petit garçon qu’il a laissé en quittant la maison familiale, dans un climat de conflit paternel . Comment quitter son frère sans le connaitre vraiment ?
Ce livre nous décrit les errances de ce grand frère, on le suit dans ses regrets et sa mélancolie en quête de ce qu’il a raté. Il va s’accrocher à ce groupe de saltimbanques dans lequel évoluait son frère, tomber amoureux de la petite amie de celui-ci et finalement poursuivre son chemin en aidant un vieillard en fin de vie ..
C’est joliment écrit, profondément humain mais je me suis un peu lassée au fil de la lecture . – Anne-Claire Guisard
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Avec « Saltimbanques », on marche dans les pas de Nathan, endeuillé et paumé. De lui, on ne sait pas grand-chose : qu’il a moins de trente ans, qu’il a quitté le domicile parental dès qu’il a pu, qu’il vit à Paris – plus par un concours de circonstance que par véritable choix – et qu’il revient au bercail pour enterrer son petit frère, Gabriel, laissé derrière lui à son départ. Entre remords et souvenirs, il tente de recoller les morceaux de la courte vie de ce frère dont il ne connait rien. Les parents sont murés dans leur chagrin, la porte de la chambre fraternelle demeure fermée à clef, l’ambiance est pesante. Il se rapproche donc de la « bande » de Gabriel, des « saltimbanques », acrobates, jongleurs, formant une famille d’accueil, sur le point de se disloquer elle aussi. Vivre avec cette communauté éphémère pour tenter de saisir le frère disparu, pour essayer de se trouver soi-même, quitte à se prendre pour un autre, celui qui a disparu. Quitte à le regretter : « Dans la voiture à côté du parc, alors que nous faisions maladroitement l’amour, gênés par son bras en écharpe, j’avais pensé que nos mais tremblantes apprenaient à se découvrir, à s’apprivoiser et à s’aimer, mais nous ne faisions que chercher mon frère dans la peau de l’autre. C’était un trio malsain et voué à l’échec ». Et puis partir de nouveau sur la route, avec un chien volé pour seul compagnon, et trouver l’apaisement au pied d’un phare en Bretagne.
Un rythme lent, mélancolique, pas si désabusé. J’ai laissé un peu « infuser » avant de me prononcer sur ce premier roman qui, au final, m’aura laissé un souvenir de lecture agréable mais pas impérissable. – Adèle Glazewski
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C’est un roman dont le héros est en permanence sur un fil, d’ailleurs, lorsque je m’apprête à en parler à quelqu’un je me trompe de titre et dis Funambule au lieu de Saltimbanques… Lapsus révélateur de la trace laissée dans mon esprit. Un fil tendu entre passé et avenir, un fil nommé présent, sur lequel Nathan, puisque c’est son nom tente de garder l’équilibre pour gagner l’autre rive. C’est un roman tout en impressions, en instantanés, servi par une très belle écriture qui déroule lentement une mélancolie réchauffée de quelques rayons de lumière.

Cela fait huit ans que Nathan a quitté le sud-ouest et sa famille lorsque survient le décès de son petit frère Gabriel. Celui-ci avait à peine huit ans quand Nathan est parti et ils ne se sont pas vraiment revus depuis. Nathan ne sait rien de Gabriel, du jeune homme qu’il était devenu à part la tristesse qui imprègne désormais les murs de la maison familiale. Parents peu causants. Amis perdus de vue. Nathan traîne ses questions et finit par rencontrer la bande d’amis de Gabriel. Une troupe de spectacles de rue, jongleurs, acrobates à laquelle il se mêle, une manière pour lui d’aller à la rencontre de son frère, de se glisser dans ses pas. Il y a Bastien, le plus âgé, qui semble prendre soin des autres. Apolline qui fut très proche de Gabriel. Il y a le spectacle, l’art de la représentation, la discipline, une sorte de seconde famille. Un style de vie, en communauté. Pourtant, la quête de Nathan ne suit pas la bonne route. A travers Gabriel, c’est lui-même qu’il tente de saisir. C’est le vide béant qui l’habite qu’il tente de remplir. Et c’est en repartant vers le nord que les réponses apparaitront.

L’auteur saisit ce temps, celui du deuil, qui agit comme un révélateur. Réminiscences du passé. Affleurement des failles et des blessures non cicatrisées. L’absent devient une sorte de fantôme et le questionnement permanent empêche ses proches de s’en affranchir. La route que parcourt Nathan est un long tunnel ponctué de rencontres, comme autant de flashs de lumière… jusqu’à la clarté, tout au bout. C’est justement au pied d’un phare, en Bretagne, que son chemin bifurque.

Étonnamment, ce livre n’a rien de triste. L’ambiance qui s’en dégage est enveloppante, presque envoûtante. L’histoire passe au second plan, ce sont les rencontres qui comptent, ces individus que l’on observe avec les yeux de Nathan, désireux d’en saisir l’âme. Une arabesque, un rituel autour d’un feu de bois sur une plage, une séance de jongle, un corps qui s’enroule comme une liane autour d’une corde, la lente ascension vers le sommet du phare. Autant d’étincelles de vie.

Un premier roman qui charme par sa langue à la fois classique et moderne d’où jaillit un univers singulier, une atmosphère marquante, une petite musique bien à lui. Une jolie découverte. – Nicole Grundlinger

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Mauvais timing peut-être, voilà un roman avec lequel j’ai eu un peu de mal et si je ne l’avais pas lu dans le cadre des 68 premieresfois, j’aurais sans doute abandonné ma lecture. Et maintenant que je l’ai terminé, je peux dire que cela aurait été dommage.
Nathan a quitté sa famille depuis longtemps. Il vit à Paris de petits boulots qui ne lui apportent d’autre satisfaction que lui payer le gîte et le couvert. Lorsqu’il est parti, son petit frère Gabriel avait 8 ans. Dix ans après, il revient pour l’enterrement de Gabriel. Une chape de tristesse s’est abattue sur la maison familiale et il réalise que c’est comme s’il venait enterrer un inconnu car il ne sait pas quel jeune homme était devenu son frère.
La première partie du roman voit un Nathan complètement paumé tenter de découvrir qui était son frère, en vivant notamment avec la troupe de saltimbanques que fréquentait celui-ci, en se laissant séduire par sa copine, incapable de poser les bonnes questions… Ce Nathan m’a terriblement agacée et j’ai eu du mal à ressentir la moindre empathie pour lui. Je l’ai trouvé immature, très passif…
Ensuite, diverses rencontres vont lui permettre d’avancer, de pouvoir faire le deuil de ce frère qu’il a si peu connu et de reprendre sa vie en mains. Au lieu de se regarder le nombril, il s’intéresse à autrui. La relation qu’il noue avec un vieil homme est magnifique et lui permettra de réfléchir, de trouver l’apaisement, et peut-être le chemin de la réconciliation familiale…
A lire si vous aimez les histoires d’introspection et pour la dernière partie, superbe, qui m’a enfin permis de ressentir envers Nathan l’empathie qui m’a manqué au début du roman.
Tout cela ne m’a pas empêchée de trouver l’écriture fluide et de penser que l’auteur sera à suivre attentivement … – Catherine Dufau

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Le narrateur, Nathan, revient dans la maison familiale pour assister aux obsèques de son frère Gabriel, décédé dans un accident de la route. Il a quitté sa famille très tôt, autant par désir d’émancipation que pour des motifs de désaccord avec son père. Il n’a guère connu son frère, il n’avait que huit ans lors de son départ. Après l’inhumation, il part donc à la recherche du passé de son frère. Pour ce faire, il accompagne la troupe de saltimbanques qui étaient ses amis. Il tombe dans les bras d’Apolline, qui a été l’amante de son frère, il est admiratif de ses exploits de voltige, il en tombe sévèrement amoureux, un peu comme tous les membres de la troupe. Au-delà de son désir de comprendre son frère, de savoir qu’il s’est tué sous l’emprise de stupéfiants, qu’il était apprécié pour sa gentillesse et son habileté à jongler, on se demande si le narrateur (Nathan) n’est pas à la recherche de sa propre identité. J’ai parfois pensé au film de Wim Wenders, les ailes du désir, où le héros du film tombe amoureux de la trapéziste (Marion ), qui évolue également dans les airs. Ce roman est surtout un roman d’atmosphère, il y a la tristesse insondable des parents, le vague à l’âme insurmontable de Nathan, qu’il transmet au lecteur, le désenchantement de ses amis jongleurs qui semblent vivre au jour le jour, sans perspective de lendemain. Même les paysages semblent gagnés par cette noirceur. J’ai traversé ce roman avec une certaine mélancolie, j’ai été néanmoins séduit par l’écriture, fluide et expressive. Seul bémol, la dernière partie du roman arrive comme un cheveu sur la soupe. A part ce détail, chaque mot est à sa place, il n’y a pas de rupture dans la narration, un premier roman superbement écrit. –  Michel Carlier

Concours : un « 68 » dans la poche !

Comme l’année dernière, avant de clôturer cette première session 2019 et de préparer celle de la rentrée, nous vous proposons de doper votre « Pile à lire » de l’été et d’y inclure l’un des premiers romans des sélections précédentes qui s’offrent une deuxième vie dans leurs beaux habits de poche. Mine de rien, cet été, nous attaquerons notre cinquième rentrée littéraire des primo-romanciers afin de dénicher ceux qui rejoindront les 117 premiers romans des promos 2016, 2017, 2018 et hiver 2019. Sans oublier les deuxièmes romans, de plus en plus nombreux…

68_concours 2019 version nb 29052019

Pour tenter de gagner l’un de ces 7 romans, spécialement dédicacés par leurs auteurs c’est très simple, il suffit de nous faire part de votre participation exclusivement en commentaire de ce billet et de répondre à cette question : quel est le titre du premier roman de votre écrivain préféré et l’avez-vous lu ?

Vous avez jusqu’au lundi 10 juin à minuit.

Un tirage au sort attribuera de façon aléatoire chacun des titres (Faux départ de Marion Messina (J’ai lu), Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon (Folio), Et soudain, la liberté d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent (Pocket), Avant que naisse la forêt de Jérôme Chantreau (Pocket), Le courage qu’il faut aux rivières d’Emmanuelle Favier (Le livre de poche), Ma reine de Jean-Baptiste Andrea (Folio) et Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer (Le livre de poche)). Les gagnants auront ainsi la surprise du titre qui arrivera dans leur boîte aux lettres.

Bonne chance à tous !

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Dernière minute !

Résultats du tirage au sort effectué le 11 juin 2019 :

Voici la liste des heureux gagnants qui recevront l’un des livres présentés, dédicacé par l’auteur : NathChoco, Adèle Glazewski, Du bonheur de lire, Calimero, Ana Pires, Mes pages versicolores, Perrine Signoret.

Merci de nous communiquer vos coordonnées par mail : 68premieresfoisofficiel@gmail.com

Et nous espérons que la surprise sera bonne à l’ouverture de vos boîtes aux lettres !

L’odeur de chlore – Irma Pelatan

« C’est là que j’ai découvert la voix en moi, ma voix mentale. Là, et aussi à l’endormissement – voix tenace qui raconte le monde. »

L odeur de chlore

L’Odeur de chlore, c’est la piscine comme une église, le sport comme une prière extrême, le corps comme désacralisé, repoussé jusqu’aux limites de l’enfermement, l’illusion de la liberté.
C’est aussi ce lieu imaginé comme une matrice aux proportions parfaites, illusion de la perfection des corps, qui porte pourtant nos corps inadaptés.
« Je voudrais faire le récit de cette mort, la seule chose intéressante, c’est le récit de la brutalité assumée, les raisons qui font qu’on saute alors qu’on sait qu’on se fera mal, que ce n’est pas agréable. Qu’on se voit beau, triomphant aux yeux des autres alors que la seule vraie expérience est celle de pantin ridicule, de chose sans volonté. »
Un texte comme une expérience, qui semble vouloir aller chercher à l’intérieur des enveloppes, celle du corps et celle d’un bâtiment.
« Sous la surface, je m’ouvre immédiatement, je lâche de l’air en bulles brillantes et soudain, un ciseau puissant puis j’ondule, je nage sous la surface, je me glisse dans cet espace que j’aime ; le choc absorbé, reste la liberté. »  – Amélie Muller
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Pas facile de parler de ce tout petit livre, ce « récit, enfin cette chronique, ce machin tant de fois suspendu« , selon les propres mots de l’auteure. Certains le trouveront trop lent, ennuyeux peut-être.
Personnellement j’ai plongé sans trop savoir où j’allais – moi qui associe encore la piscine au ventre noué les jours de sortie avec la classe -, je me suis laissé guider et j’ai apprécié mon saut dans l’eau turquoise et chlorée (cette couverture !).
Ce texte raconte le corps dans une piscine mais pas n’importe quel corps et pas n’importe quelle piscine. Le corps de la narratrice, pendant des années, depuis sa tendre enfance jusqu’à l’âge adulte (trois fois semaine pour l’entraînement en compétition, ça en fait des longueurs). Un corps trop ou pas assez, un corps changeant. Et la piscine imaginée par Le Corbusier en 1945, à Firminy, dont toutes les proportions ont été pensées pour satisfaire au standard de référence, le Modulor, correspondant à un homme de 1 mètre 83 (on est loin du corps de la narratrice).
Un texte très délicat et pudique pour raconter les souvenirs même les plus douloureux (dont un, pages 89-90 qui justifie, peut-être, à lui seul l’écriture de ce texte mais évoqué avec tellement de délicatesse que le lecteur peut passer à côté – j’ai été obligée de relire ce passage, je voulais être certaine d’avoir bien compris), un monde de lignes, d’eau, de chlore, perdu dans les profondeurs de l’enfance.
Plongée, certes exigeante, mais tout à fait réussie en ce qui me concerne. – Laetitia Badinand
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Irma Pelatan a écrit ce quelque chose qui ne peut s’exprimer mais dans lequel on plonge littéralement comme on plonge dans cette piscine dessinée par Le Corbusier, dans ses souvenirs d’enfance, ceux de son corps qui devient, change, mute, fait de l’adolescence une femme aux courbes arrondies, dépassées et excédantes, aux limites du cercle rond tel celui du grand architecte.
Une ode inversée à l’étalonnage mesuré, standardisé, à l’idéal, la perfection, la compétition des corps et des défis, des limites et des peurs, au dépassement de soi. Une ode douce, tendre, infinie, comme une onde aquatique, celle d’une écriture pure, simple, dépouillée telle que l’aurait architecturée, assemblée. Une écriture comme l’élément moteur et inépuisable, l’élément à la fois vulnérable, sensible, solide, impressionnant. L’eau et l’écriture comme un défi à soi, sur soi, pour soi, une liberté acquise.
Une odeur de chlore qui nous prend le corps, ne nous quitte pas, nous retourne dans sa largeur, ses longueurs qui s’additionnent au fur et à mesure des mouvements de bras et jambes. Libérée de toutes sagesses. Délicat et percutant. Atypique. Tendre. Impudique pudique. Élégant. Une brasse coulée devenant indienne, féminine. Une sculpture aquatique où la cadence, le rythme, la noyade, la résurgence, la folie, la volonté, la colère illumine la beauté d’une liberté criée, gagnée, retrouvée, tendre. Une voix mentale, en soi, tenace qui raconte un monde, une naissance, une écriture, un espace sans limite sauvage et profond, poétique. Une transe aquatique.
Et mon corps toujours déborde.”  – Sabine Faulmeyer
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Dans cet espace aquatique, une petite fille devient femme. À force de longueurs, elle voit ce corps qui change, se modifie, évolue et se forge. Peut-être frôle-t-elle la perfection dans ce lieu si normalisé. « Comment mon corps peut-il être un mystère à moi-même ? » En un court récit, Irma Pelatan, dessine le parcours du corps. Captivée par son rôle et son devenir au fil de sa vie. Comment il se comporte face à la nature des choses et la place qu’il a parmi les autres. C’est bref et il n’en fallait pas plus pour ce texte tout en pudeur. Le rapport du corps à soi et aux autres n’a plus le même goût après cette lecture.- Héliéna Gas
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Sublime, intime, étonnamment aérien, ce récit d’Irma Pelatan est un plongeon gracieux dans une piscine des plus mythiques. « N’accablez donc pas celui qui veut prendre sa part des risques de la vie. » « Le Corbusier » « Poème de l’angle droit » Bâtisseur de cet antre emblématique dont les plans, enluminures de renom encensent ce bijou littéraire. L’écriture est ciselée, claire, une brasse vénitienne souple et légère. Le ton féminin à peine éclos, en mutation gracile vers cet âge adulte est cette voix qui résonne en écho dans cette piscine parabolique. Il y a dans ce style mature la sagacité et l’envergure d’Annie Ernaux. On sent une jeune sportive en quête d’elle-même dans une initiation allouée au courage et à la transformation symbolique de son corps, Naïade en manichéenne envergure, fragile et courageuse à la fois. L’eau devient le reflet d’une introspection, bataille et reconnaissance. Symbiose de la vie, le corps plongé en elle, l’enfant devient Néréide, femme en puissance. « Je nageais seule, lumières éteintes, dans l’eau sans hiérarchie, l’eau sans limites. J’aurai sans doute pu suivre ce chemin-là. La belle profession. »Le Corbusier en filigrane dans « L’odeur de chlore » est l’hommage rendu à la nage exutoire. Ce récit est une échappée dans les profondeurs où l’Ondine défie la nageuse où la nageuse défie l’enfance qui s’échappe en brasses des plus voluptueuses. »Maintenant je le sais et reste la liberté. Si tu savais comme je suis bien. » Le lecteur est ému, troublé, grandissant, serein aussi à contrario. Il pressent détenir dans l’accord du point final, cette formidable conviction que le sport est une porte qui s’ouvre sur le monde. Que l’effort est une bataille contre ses propres angoisses. Le refoulement d’une enfance qui s ‘en va en laissant des messages sur l’eau générationnelle. Ce récit d’apprentissage est une valeur sûre, des confidences allouées en Odeur de chlore. A lire près d’une piscine et vous verrez comme tout change !  – Evelyne Leraut
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Avec «L’odeur du chlore», Irma Pelatan fait resurgir ses souvenirs au rythme des longueurs de piscine et, au fur et à mesure que son corps se transforme, nous raconte l’ambition architecturale du Corbusier.
Lors de la réunion du jury du Prix Orange du Livre 2019, nous avons eu un intéressant débat – notamment avec le sauteurs présents – sur les livres entrant dans la sélection et sur le définition d’un roman. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est que le débat pourrait aussi mettre en cause L’odeur de chlore. Pour résumer le choix fait par le jury, il n’y a pas de distinction à faire entre un récit, un récit de voyage, une chronique ou une expérience vécue à condition qu’il s’agisse d’une œuvre littéraire, ce en quoi ce court récit répond indubitablement, car il est construit sur la recherche stylistique, sur le rythme imposé par la natation. On pourrait même le rapprocher de À la ligne de Joseph Ponthus, cet autre exercice de style qui par son écriture rend déjà compte de l’ambiance, du milieu décrit.
Nous voilà cette fois à Firminy, petite ville du Massif central dont la notoriété, après la fermeture des aciéries, tient au prix national d’urbanisme décerné à la ville en 1962 pour un ensemble architectural dessiné par Le Corbusier et comprenant notamment, outre des immeubles d’habitation, des équipements collectifs et une église – qui ne sera terminée que bien longtemps après la mort de son concepteur.
Parmi les équipements collectifs figure la piscine dont il est question dans ce récit.
Pour la narratrice et pour sa famille, la piscine devient très vite un cocon protecteur: «Quand j’étais de l’autre côté de la vitre, je sentais (…) qu’il y avait une grande force à se montrer presque nue face aux habillés. La vitre était une protection, me rendait inatteignable
Membre du Club des Dauphins, c’est là qu’elle va voir son corps se développer, prendre conscience de sa féminité grandissante. «Mon corps est devenu celui d’une femme. Cette piscine a vu mon corps se faire femme, semaine après semaine, elle a vu mes seins pousser, mes hanches naître, elle a su mes règles. Et, de tout aussi loin, elle a vu mon corps grandir et grossir, échapper à la courbe, devenir trop, devenir autre, quitter la norme.»
Au fur et à mesure des longueurs effectuées, des progrès réalisés, des confrontations victorieuses, on se prend à rêver, à faire de cet endroit le point de départ vers d’autres voyages. «On soufflait de l’eau chlorée par les narines, mais ça voulait dire la mer. Ça voulait dire la puissance de la mer, le sel de la mer, la majesté de la mer. L’espace sans limite.» La mer où Le Corbusier finira par mourir, laissant à André Wogenscky le soin de conclure son œuvre et à Irma Pelatan de comprendre que les apparences sont quelquefois trompeuses, y compris lorsque l’on veut être l’architecte de sa vie. – Henri-Charles Dahlem
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Un texte qui se lit rapidement, riche en images et symboles tant l’évolution physique de la narratrice comme son état d’esprit y développent un sens du symbolisme et de la métaphore.
Pour qui que ce soit qui a connu aussi ces cours ou ses sorties à la piscine, enfant puis adolescent, les rapides chapitres de ce livre reflètent parfaitement nos propres sentiments. Cette piscine, en plus d’un architecte prestigieux dans sa conception, est bien un monde à la fois magique, mystérieux et le cadre des évolutions corporelles de la narratrice. Une sorte de prolongation naturelle du liquide amniotique maternelle, c’est par l’effort que la narratrice, sa sœur, ses premiers petits amis mettent à parcourir, sans fin, ses longueurs de bassin que cette communauté, ses rites, ses challenges existe et se différencie du reste du monde qui les entoure.
Jamais je n’ai eu l’occasion de lire un tel ouvrage sur le milieu d’une piscine municipale…
Je vais me remettre à la natation….. – Olivier Bihl
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La piscine, la piscine, quand on en fait une discipline de jeunesse, c’est bien. Mais, dès que l’on ressent du stress pour y aller, pour supporter le coach, et les parents qui vous poussent à longueur d’année, il faut s’arrêter sans tarder sinon ça devient vite l’enfer, une sorte de prison en fait.
Un texte qui se lit rapidement parce-que bien écrit, mais il ne m’a rien apporté, si ce n’est de me ramener à mes souvenirs d’enfance, où à l’école primaire nous avions cours de natation, où si l’on ne voulait pas plonger, on était poussé par le maître nageur dans le grand bassin. Et là évidement des plats qui faisaient mal, il y en a eu !!!
L’enfermement et l’envie de hurler contre ces adultes, est là. Mais la discipline obligatoire pour ce gendre d’activité forge le caractère et l’endurance du corps.
Est-ce un bien ou un mal toute la question est là ! – Brigitte Belvèze
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Enfant, adolescente puis jeune femme, Irma Pelatan, l’auteur de ce texte étrange, a nagé plusieurs fois par semaine dans la grande piscine de Firminy.
Elle raconte tout au long de ces 98 pages, avec une écriture légère et aérienne, ses souvenirs de nageuse.
On se rappelle alors nous aussi l’odeur particulière qu’il règne dans ces établissements, les grands vestiaires, les bracelets de plastique attribuant un casier et les heures passées dans l’eau, nos doigts fripés et nos cheveux mouillés à la sortie…
Mais j’ai malheureusement peu accroché à ce court texte et je pense être passée à côté de ce que l’auteur voulait nous dire… – Audrey Lire & Vous
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Ce livre est assez atypique. Une ancienne nageuse nous raconte ses souvenirs d’enfance à la piscine, de manière décousue, comme si on avait glissé dans une conversation “ah tu as fait de la natation ? Tu me racontes”, et les souvenirs déboulent. De beaux souvenirs comme la sensation d’être dans l’eau, de se dépasser. Des souvenirs plus douloureux, les regards des autres, le souffle coupé…
J’ai vraiment eu cette sensation de conversation avec l’auteure, plus que le sentiment de lire un roman. Je ne saurai dire si c’est volontaire de la part de l’auteure ou non. Ce fil de pensées est déroutant au premier abord, on ne sait pas où l’on va, il n’y a pas d’action a proprement parler mais vraiment cette idée de se rappeler.
J’ai fait du sport en compétition et ce livre m’a parlé, il m’a rappelé de nombreux moments. Je pense que ce livre peut décontenancer, mais on peut être touché par celui ci, en particulier si on a connu le monde de la compétition durant l’adolescence. Ce livre est parfait pour une soirée où l’on est nostalgique, c’est une entrevue qui vaut le coup, le temps de quelques longueurs.
Merci pour ces souvenirs !  – Marion Catherinet
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L’odeur de chlore pour Irma Pelatan c’est l’odeur des souvenirs, ceux de l’enfance et de l’adolescence- sa madeleine de Proust. Le chlore de la piscine, une piscine à l’architecture exceptionnelle, Le Modulor, signé Le Corbusier – avec ses courbes, son plafond à lames, son bassin dans lequel elle évolue trois fois par semaine.
La piscine est ici un monde à part, une sorte de bulle dans laquelle Irma plonge à l’envi. Il y a « le monde des habillés  » et « le monde des dévêtus « , le sien- il y a le monde des « baigneurs  » et le monde des « nageurs « , le sien également, celui où l’ « espace mental  » est différent, ailleurs, dans lequel le corps est entièrement dévoué à l’effort et aux longueurs inlassablement répétées. Les rapports à cette piscine sont complexes et ambivalents: c’est fascinant, quasi sensuel, étouffant, violent…
Bref, c’est le lieu des sensations aiguës et exacerbées- et surtout le témoin des changements du corps d’ Irma, des souffrances, des complexes, des bonheurs, de l’épanouissement… une métaphore de l’apprentissage de la vie.
Une ode à la liberté, une ode à la piscine Le Corbusier à Firminy. Une très courte lecture que j’aurais aimé prolonger. – Sandra Moncelet
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Tout petit livre mais sujet inédit : comment l’évolution du corps d’une fillette, puis d’une ado, peut être perçue lors de son activité principale, la natation. A cela se superpose de façon quasi fantastique la construction vue par l’architecte Le Corbusier, concepteur de la piscine de Firminy (Loire). Les lignes du corps et celles de l’œuvre se répondent et évoluent en parallèle, perturbantes, dérangeantes, séduisantes, inachevées, autant pour Le Corbusier qui mourut avant la réalisation que pour Irma, dont le corps et l’esprit sont en perpétuelle évolution.
Il y a quelque chose de poétique dans ce texte, écrit d’une manière fluide et légère. Pour autant, on a l’impression d’un non-dit important, perturbant, chez cette gamine qui ressent si fort les choses, à ce point que je me suis demandé si quelque chose d’intolérable ne s’était pas produit dans son entourage immédiat. Comment explique-t-on qu’elle soit devenue obèse, comme si l’objectif était d’enfin recouvrir ce corps si longuement exposé ?
Par ailleurs elle évoque sans ambiguïté ses émotions de sportive du haut du plongeon, la souffrance physique et les efforts consentis, l’ambiance du « collectif » et des compétitions.
Un petit livre qui nous entraîne dans un milieu très particulier, où domine l’odeur de chlore, celle qui imprègne absolument tout et reste littéralement en elle, et non l’odeur du chlore (nettement plus restrictif) comme on le lit dans la plupart des commentaires internet sur ce livre.
Une découverte, mais pas un grand livre. Attendons la suite ! – Evelyne Grandigneaux
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Singulier comme cette piscine voulue par Le Corbusier. En 1958, il renonce au mètre étalon et se donne pour mesure le Moludor, ou la taille d’un homme d’un mètre quatre-vingt-trois… (hum, et pourquoi pas d’une femme d’un mètre et quelque ?) Piscine qui n’a pas été construite par Le Corbusier, mais par son ami et élève André Wogensky entre 1969 et 1971. Bref, cette piscine située dans le village de Firminy vert, dans la Loire, est le lieu où l’auteur va vivre des heures dans l’eau, sous l’eau, autour de l’eau, qui rythme et ponctue ses années d’enfance, d’adolescence…

J’aurais donc appris cela de cet étonnant récit – roman ? ou je ne sais quoi – puisque l’auteur pose sur la feuille des mots et des sentiments comme jetés à la suite les uns des autres. Irma Pelatan se souvient et égrène des souvenirs, des odeurs, celle du chlore bien sûr, mais d’autres aussi, des visions de traces de sang, de pieds tailladés par le carrelage, de viol sans doute, à peine évoqué en une page mais fort et tellement troublant, de couloir courbe, du plaisir de s’exhiber comme les garçons sur ce plongeoir vertigineux avec deux cent yeux tournés vers elle. Et les années sont passées par-là, les rondeurs et les douleurs aussi dans ce corps qui aujourd’hui déborde.

Au milieu des bonnets de bain en plastique et des adolescents boutonneux qui s’éveillent aux autres, je me suis pourtant un peu perdue, les doigts fripés par l’eau trop froide, dans ces odeurs de chlore et de marées.Dominique Sudre

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C’est l’histoire d’une piscine, celle de Firminy-vert, conçue par Le Corbusier et réalisée par son disciple André Wogenscky. C’est l’histoire d’une jeune fille qui y nage trois fois par semaine toute son enfance et son adolescence. Piscine et nageuse sont intimement liés, c’est ce que raconte Irma Pelatan dans ces presque cent pages où elle évoque l’architecture particulière de ces lieux élaborés sous la mesure du Molitor, les carrelages coupants, les vestiaires collectifs, son corps, l’eau, sa sœur, les longueurs enchaînées sur plusieurs kilomètres. Le tout donne un ensemble indéfinissable, une sorte de patchwork aux camaïeux de bleu, dont le but est multiple : rendre hommage au créateur de la Cité radieuse et à son élève, parler de la pratique sportive imposée par le père, et parler du corps, le sien, celui des nageurs, et celui de l’homme idéal d’un mètre quatre-vingt-trois qui a servi d’étalon à Le Corbusier. Un récit inclassable, autobiographique assurément, dont la lecture se fait avec l’aisance du nageur fendant l’eau d’un crawl souple et régulier. – Emmanuelle Bastien

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L’auteure nous relate dans ce court récit l’évolution de son corps de sa petite enfance jusqu’à ce qu’elle devienne une femme. Ces longueurs de bassin effectuées trois fois par semaine dans la belle piscine de Firminy imaginée par Le Corbusier.
Sa transformation du début d’enfance où très fière, elle nageait dans les lignes pendant que d’autres restaient dans l’autre partie du bassin pour s’amuser.
Rester avec ses amis, elle est très proche des garçons , et plonger à se faire peur, l’adolescence passe et le corps change. On se sent mieux dans l’eau et terminer avec un corps que l’on a envie de dissimuler. La piscine est toujours présente et bienveillante.
Ce récit est précis, net et concis, agréable à lire.
Un livre véritable OVNI parmi les 68 premières fois, et c’est ce qui est intéressant. – Hélène Grenier

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Un premier roman qui parle du corps.

Un si beau texte, à l’écriture précise, resserrée mais qui dit tant.
Un texte dans lequel on s’intéresse à ce que le corps est, ce qu’il ressent avant la tête, comment il change, nous accompagne ou nous entrave.
Un texte où la respiration, les pages blanches, nous maintient à flot. Un texte comme un corps sous tension mais pudique et délicat.

J’ai retenu plusieurs passages. Dont celui-ci :
« C’est là que j’ai découvert la voix en moi, ma voix mentale. Là, et aussi à l’endormissement – voix tenace qui raconte le monde. »Hélène Goalen
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J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce « roman » cependant pour moi il ne s’agit pas vraiment d’un roman puisque dans ma définition de roman se trouve une histoire. Ici j’ai plutôt assisté à la remémoration de souvenirs, à la description d’un lieu. D’ailleurs, l’auteur parle de « chronique », ce n’est à mon avis, pas du tout un hasard.
L’exercice m’a vraiment séduite mais lorsque je suis arrivée au dernière page j’attendais une chute. Je ne suis pas habituée à lire ce type d’ouvrage.
Le style est vraiment agréable, chaque mot, chaque adjectif est parfaitement bien choisi. On a l’impression d’être spectateur de la vie d’une piscine ! Bravo ! – Nina Busson Boulonne

L’Appel – Fanny Wallendorf

“ Richard perfectionne ses foulées, et en poursuivant sa route, il comprend soudain que ce qu’il trouve dans la course, ce qu’il rejoint, c’est le silence, un silence unique et impartageable, le silence du sport, qui l’isole sans peine de tout ce qui l’entoure, un silence jouissif qui règne en maître avant de le déserter brutalement. “

L appel

Quand j’ai lu la 4eme de couverture, je n’ai pas ressenti d’ « appel » irrésistible.
Mais je me suis dit, allez, pas de préjugés, prends ton appel et vas y .
Hé bien je n’ai pas été déçue. Une vraie découverte, je n’ai pas pu le lâcher avant la fin.
C’est le premier roman de Fanny Wallendorf, traductrice, et, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.
J’ai été immédiatement accrochée par cette histoire qui est celle, romancée de Fosbury et de son fameux saut en hauteur sur le dos.
Le titre est à double sens , il s’agit bien sur de l’appel du pied qui initie le saut , mais il s’agit en fait surtout de l’Appel irrésistible d’une vocation que nous raconte le livre.
Richard est un adolescent de Portland plutôt secret, grand, maigre, dégingandé, dont la morphologie paraît d’emblée adaptée à la pratique du saut en hauteur.
Mais il stagne désespérément, son entraîneur a beau s’acharner, le conseiller, rien à faire, ça n’avance pas.
Jusqu’au jour où  » ….avant d’entamer les 3 dernières foulées en suivant la courbe imaginaire……..il passe la barre sur le dos « 
Richard est un artiste, un vrai, dans le sens où il est un créateur. Et, comme tous les créateurs, il va se battre pour imposer sa technique qui,au début, va susciter de l’admiration certes, mais aussi des moqueries, des refus, et même un refus d’homologation. Tout le monde connait la fin heureuse de cette aventure qui va trouver son apogée en or ,aux jeux olympiques de Mexico, en 1968.
C’est le récit d’une passion, l’aventure d’un homme libre qui va s’affranchir de tous les diktats pour réaliser son rêve.
J’ai été prise par l’histoire, j’ai lutté avec lui, j’ai eu peur avec lui, j’avais le cœur qui battait avant chaque saut et j’ai retenu mon souffle à chaque fois qu’il passait la barre .
En lisant, j’ai pensé à Maylis de Kerangal , comme elle l’auteur a dû beaucoup se documenter pour parler en connaissance de cause de la technique sportive du saut en hauteur, de l’état d’esprit des athlètes. Il faut voir comme elle décrit l’état de concentration quasi mystique qui doit précéder le saut pour assurer sa réussite. Et j’ai pensé à Billy Elliot, pour ce qui est de la volonté de vaincre tous les obstacles pour réaliser sa passion. Au dernier paragraphe du livre, j’ai revu la si belle scène finale du film, pour moi c’est quasiment le double littéraire de cette scène.
J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre que je vous recommande chaudement.- Monique Poncet-Montange

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Depuis ses dix ans, Richard fait du saut en hauteur. Comme il ne progresse plus alors qu’il « efface » 1,62m, il envisage de changer de sport. Mais rien ne lui convient.Il découvre alors une pratique proche de la méditation pour arriver à une sorte d’état modifié de conscience, les yeux fixés sur le miroir, les muscles bandés, puis s’échappant de plus en plus de son environnement. La concentration extrême et l’entraînement secret sur un vieux stade désaffecté vont le pousser au dépassement de soi : il va inventer un nouveau type de saut, le saut dorsal qui lui ouvrira les voies du succès.
Ainsi résumée – et romancée – est racontée l’histoire véridique de Dick Fosbury, champion olympique de saut en hauteur avec 2,24m en 1968 à Mexico . L’auteure étoffe son roman en y dépeignant un contexte universitaire exigeant et très vivant, des réactions jalouses et idiotes devant une nouvelle pratique du saut, la découverte de l’amour et de la sexualité, une famille aimante et exigeante, une vie d’ado hors norme dans son Oregon natal entre Portland et l’université de Corvallis au bord de la rivière Williamette, douce comme « un serpent endormi ». Et la hantise d’être appelé sous les drapeaux pour partir au Vietnam…
Je n’aurais pas pensé m’intéresser autant à un domaine qui m’échappe passablement, celui du sport dans et par les universités américaines. Mais il y a dans ce livre une approche du sport par le dépassement de soi, l’exigence, la souffrance, totalement applicable à tous les domaines de la recherche d’excellence. Il y a aussi la superbe expérience du bonheur du corps dans l’effort, la joie immense, profonde, quasi sensuelle à faire jouer ses muscles et son cerveau. Le personnage de Richard est parfaitement crédible, attachant, impressionnant. Le contexte (fac, parents, coaching, milieu sportif) est également tout à fait intéressant.
Une belle découverte, un premier roman prometteur. – Evelyne Grandigneaux
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Avec L’Appel, j’ai eu le sentiment de toucher l’essence de la performance sportive : l’introspection où le corps n’est plus que conscience et infini, les limites ont sauté, le corps fait partie d’un grand tout relié aux autres, au lieu, au monde, à l’univers. Chaque pulsation qu’émet le cœur de Richard, l’athlète, a résonné comme un appel à se mouvoir, un appel à faire circuler le sang dans mes muscles, un appel à laisser le corps s’effacer et faire place au schéma corporel, comme réalité vécue. Tout au long du récit, le corps franchit des limites ; l’esprit, lui semble illimité. L’Appel donne de l’élan, de la hauteur et de la distance sur les stéréotypes et l’ultra-normalité, à travers le parcours atypique du personnage principal. Je me suis attachée à ses expérimentations, ses rituels, ses exploits. Cela fait écho à nos propres tentatives d’existence, notre parcours pour légitimer sa pensée, enfant, adolescent, puis jeune adulte. L’Appel est un appel à respirer, à vivre et à créer, coûte que coûte.- Anne Richard
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Qui aurait cru que Richard décrocherait un jour une médaille aux JO ?? Certainement pas ses entraîneurs, qui lui ont même conseillé de changer de discipline… Alors qu’il ne dépassait pas les 1,62 au saut en hauteur, ce garçon hors du commun va faire de son rêve une réalité…
C’est une fois encore grâce aux 68 premières fois que j’ai fait la rencontre d’une auteur, d’une écriture et d’un personnage tellement attachant… Ce roman n’est pas la biographie romancée de Dick Fosbury… Il est tellement plus…
C’est à la fois l’histoire d’un adolescent un peu rêveur, qui vit depuis toujours avec le sport comme quotidien. C’est aussi le chemin d’un jeune homme qui cherche à comprendre le mouvement qui le portera au-delà de ce que peuvent dire les gens qui l’entourent. C’est enfin la foi et le dépassement de soi d’un homme simple et persévérant…
Bien plus qu’un roman sur le saut en hauteur ou sur la vie de Richard Fosbury, le livre de Fanny Wallendorf est la puissance de nos croyances mise en mots… – Audrey Lire&Vous
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350 pages sur le saut en hauteur!
Très vite arrivée à la page 80 je commençais à me demander ce que j’allais apprendre de nouveau sur ce thème puisque de toutes façons j’avais compris que le jeune Richard de Fanny Wallendorf (qui emprunte beaucoup au véritable champion olympique Dick Fosbury) allait finir aux J.O. Mais l’écriture étant agréable j’ai continué. Page 150, toujours le même sujet. Contrairement à mes habitudes je suis allée voir les commentaires des 68. Tous bons! J’ai donc continué ma lecture et quelques heures plus tard j’y étais aux J.O. J’étais arrivée à la dernière page et j’aurais aimé continuer avec Richard. C’est que je m’y étais attachée et que son lent processus pour arriver à l’excellence m’avait touché.
Ce roman aurait pu compter 50 pages de moins mais certaines répétitions de l’auteur permettent de mieux comprendre les continuels efforts, l’endurance, la monomanie qu’il faut pour arriver au sommet de son art. Et quelle bonne idée de créer de toute pièce un personnage au lieu de romancer la vie du véritable champion.
J’aimerais beaucoup une suite. Ce n’est pas facile de retourner à une vie normale quand on a tout donner pour le sport, Ludovic Ninet nous en parlait bien avec son perchiste dans La Fille du Van  – Françoise Floride-Gentil
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Portland, 1957. Richard, 14 ans, pratique le saut en hauteur, mais ne parvient pas à dépasser 1,62 mètres, au grand dam de son entraîneur. Pourtant, il ne cesse de courir, de parfaire sa courbe avant le saut, dans un stade désaffecté promis à la démolition. Un jour, il cède à une envie instinctive et passe la barre en la prenant de dos. Ça marche. Sa technique, que tout le monde tient pour peu orthodoxe, ne convainc pas immédiatement son entraîneur. Cependant, Richard va l’améliorer, malgré les critiques et les quolibets, et l’utiliser lors des championnats, malgré le risque d’être disqualifié. Peu-à-peu, il prend de la hauteur, « efface » 1,92 mètres, puis 1,97 mètres, et finit par franchir les deux mètres…
L’appel, c’est l’histoire de celui qui a donné son nom à la technique qui a révolutionné ce sport. A mon adolescence, nous apprenions le saut en hauteur « en Fosbury », que j’entendais comme « fosse Bury », sans rien savoir de son origine, et ignorant la polémique que son inventeur avait engendrée. Le roman rend hommage à son créateur, capable de prouesses grâce à une faculté de concentration qu’il a mise au point, qui le met dans un état proche de la transe, et le rend capable de tels exploits. C’est aussi le portrait d’une jeunesse américaine des années 60, qui se révolte à l’idée d’aller crever dans la jungle du Vietnam. Fanny Wallendorf s’est, dit-elle dans sa courte préface, inspirée d’une photo du champion et de quelques faits réels relatés par la presse ; elle s’est pour le reste fiée à son imagination pour donner vie à un personnage à la fois réel et fictif, et relater l’ascension du sportif jusqu’aux JO et son rôle déterminant dans la pratique du saut en hauteur. C’est réussi. – Emmanuelle Bastien
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Ce joli roman d’apprentissage prend de très jolis détours pour suivre, de vestiaires en stades, ce jeune homme timide et attachant, au corps chétif et à la haute taille, avec son style inédit, son amour de la Nature, son sérieux, ses doutes…
L’auteure montre bien que tou.te.s concourent à faire de lui ce qu’il est, que ce soit en l’accompagnant (sa famille, son amoureuse…) ou en s’opposant à lui (ses entraîneurs…).
Dans ce milieu du sport où la recherche du record prime et où il s’agit de faire mieux que ses rivaux (voire de les tuer métaphoriquement), personne ne comprend ce que cet athlète tente de faire, personne ne comprend qu’il ne met pas son ambition au service des seules performances mais qu’il s’accomplit par ce qu’il sent vivre au plus profond de lui. Personne ne peut imaginer que ce qui l’anime est une philosophie de vie, proche de la pleine conscience.
Or c’est bien sa capacité de concentration et sa volonté d’aligner ses valeurs avec son environnement qui lui permettent de s’élever plus haut que les autres, dans un geste sportif quasiment extraterrestre et totalement inédit. C’est là que réside son pouvoir…
J’ai lu ce livre comme une incitation à réfléchir, à prouver que la nouveauté et l’innovation ne sont pas systématiquement synonymes de dangers et d’échecs : il faudrait le faire lire aux tenant.e.s de l’orthodoxie éducative et sportive, parents et enseignants, et à tous celles-ceux qui n’envisagent qu’une manière d’aborder les apprentissages.
C’est également une peinture subtile, documentée sans jamais être démonstrative, de l’Amérique des années 60, sûre de sa puissance, rattrapée et déstabilisée par les convulsions de la guerre du Vietnam.
Et il faut bien sûr revoir sur You tube le saut de Fosbury aux JO de Mexico en 1968, celui qui le propulsa dans l’histoire du sport. – Marianne Le Roux-Briet
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Il faut beaucoup de finesse et de doigté pour incorporer l’histoire d’un adolescent, dans la grande histoire du monde, surtout quand c’est une célébrité. Il faut du temps et du travail pour que ce jeune homme assouvisse sa passion : le saut en hauteur. La réussite d’un saut dépend de l’élan, de l’impulsion, de la technique répétée inlassablement et de l’harmonie intérieure de l’athlète.
« Il n’était pas allé au bout de ses recherches. Il n’a jamais lâché, il a l’esprit sportif. Il lutte, il s’accroche, avec une espèce de… naïveté. »
L’appel est un roman sur l’enfance et l’insolence.
Il s’appelle Richard, il est Dick Fosbury et deviendra champion olympique en 1968. Fanny Wallendorf, nous raconte avec délicatesse la démarche intellectuelle d’un sportif, comment il se réalise dans sa vocation. La simplicité de l’écriture contraste avec l’exigence du sport. Il faut posséder beaucoup de force, de talent et d’harmonie pour imaginer une telle histoire et nous la raconter.
L’appel, vous ne regarderez pas la prochaine compétition télévisuelle de saut en hauteur de la même manière : vous rechercherez, sur les visages, l’intensité de la concentration nécessaire. – Renaud Blunat
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Ceux qui me suivent régulièrement savent que lorsque l’on parle de sport, et plus particulièrement d’athlétisme, je ne peux m’empêcher d’évoquer mon expérience durant ces années à peine moins éloignées que celles dont il sera question dans ce splendide roman. Je me souviens que dans les trois disciplines principales de l’athlétisme, courir, sauter, lancer il y avait les excentriques. Les lanceurs de marteau, à la fois par leur morphologie et en raison de la cage dans laquelle ils évoluaient, les sauteurs à la perche qui partaient faire le funambule à des hauteurs risquées et les coureurs de steeple – dont je faisais partie – qui affrontaient barrières et rivière durant leur tour de piste. Rapidement les sauteurs en hauteur sont venus rejoindre ces «marginaux», non pas parce qu’ils étaient grands et sveltes, mais parce qu’ils sautaient d’une manière particulière, en Fosbury-flop.
Voilà qui nous ramène à Richard, le personnage imaginé par Fanny Wallendorf et qui s’inspire de l’athlète américain Dick Fosbury, à l’origine de cette révolution dans le monde très codifié de cette discipline olympique. Si la fin de l’histoire est connue, le titre olympique obtenu en 1968 à Mexico, tout le talent de la primo-romancière vient de la manière dont elle mêle les faits biographiques avec l’interprétation du parcours qui a conduit l’adolescent à la gloire.
Rassurons en effet ceux que la littérature sportive ne passionne pas. Nous sommes ici loin du traité technique et bien davantage dans un roman d’initiation. Aux tourments du jeune adolescent mal à l’aise avec un corps qui a poussé trop vite, viennent s’ajouter des études poussives. La première qui va croire en lui et l’encourager s’appelle Beckie. Avec elle, il va découvrir l’amour et trouver la motivation nécessaire pour dépasser les 1,60 m qui semblaient être sa limite naturelle. Car désormais il s’amuse avec le sautoir, essaie des choses, tente d’apprivoiser cette barre et découvre que s’il engage d’abord son dos, il peut monter plus haut.
Le jour où il présente ce saut peu orthodoxe, c’est le tollé général. Les entraîneurs entendent que l’on respecte le style traditionnel et les adversaires demandent que l’on disqualifie cet original. Même si rien dans les règlements ne stipule qu’il ne peut franchir la barre comme il le fait, le combat va être terrible pour faire accepter cette variante. Non seulement, on voudra le ramener dans le droit chemin, mais on lui suggèrera de changer de discipline, de se mettre aux haies ou au saut en longueur.
Fanny Wallendorf montre alors combien Richard est habité, comment il a la conviction que sa nouvelle technique peut le faire progresser. Après tout, il ne demande guère plus que d’essayer. Même les premiers succès et son arrivée dans l’équipe d’athlétisme de l’université ne parviendront pas à vaincre les réticences de son nouvel entraineur. D’autant que la presse s’empare aussi du sujet et décrit avec des métaphores peu glorieuses cette course d’élan bizarre suivie d’un saut encore incompréhensible.
Il faudra encore beaucoup de volonté et d’énergie pour faire taire les sceptiques, la famille, les autorités sportives, le grand public. Et entrer dans la légende du sport en imposant une technique qui a depuis fait l’unanimité dans le monde entier. – Henri-Charles Dahlem
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Quand j’ai vu la quatrième de couverture j’ai eu un peu peur en voyant le thème, tant de pages sur le sport qui n’est pas un de mes sujets préférés. Mais j’ai joué le jeu, ouvert le livre et suis tombée dedans.
Richard est un jeune adolescent de Portland qui très tôt apprend à se concentrer. Vu sa grande taille, on le dirige vers le saut en hauteur mais il ne réussit pas à dépasser 1,62 m en ciseau, il essaiera le rouleau mais là encore échouera sans jamais se décourager. A force de travail et de concentration, il mettra au point seul une nouvelle technique le saut dorsal ou saut Foxbury (son nom). Il a dû se battre pour imposer cette méthode souvent contestée en compétition mais qui l’emmènera jusqu’à la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968. Ce qui est intéressant dans la personnalité de Richard c’est qu’il n’est pas compétiteur, on sent qu’il se bat avant tout contre lui même pour progresser et se surpasser.
Le livre refermé, je me suis précipitée sur internet pour découvrir la véritable vie de Richard Fosbury et me rendre compte que l’auteur l’avait fidèlement respectée.
Un excellent premier roman que j’ai beaucoup aimé. – Michèle Letellier
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Je ne suis pas très sportive mais je ne suis aucunement réfractaire aux livres qui sont écrits sur ce thème. Je pense notamment au roman de Laurent Seyer Les poteaux étaient carrés, mais aussi Ta vie ou la mienne de Guillaume Para, et plus récemment L’odeur de chlore de Irma Pelatan, trois romans que j’ai découverts grâce au groupe des 68 premières fois.
L’idée de lire un roman bâti à partir de quelques bribes de la biographie d’un athlète m’intéressait. Surtout celle de quelqu’un qui a totalement révolutionné sa pratique en inventant une nouvelle technique, en l’occurrence le champion Richard Douglas Fosbury, célèbre pour avoir popularisé et perfectionné le saut en rouleau dorsal (appelé également le « fosbury-flop » que même moi, peu sportive, je connais), avec lequel il a remporté le titre olympique en 1968 à Mexico.
Je crois que le sport intéresse encore moins Fanny Wallendorf puisqu’elle a déclaré que tout était parti d’une photo de l’athlète témoignant sa concentration avant le saut. « J’ai voulu écrire la naissance et le déploiement d’une vocation, cet appel intime qui donne forme à un parcours et à une œuvre, qu’elle soit artistique ou sportive – le sport, comme la création, nécessite d’atteindre des états singuliers, et promet aventures, batailles et enchantements. » Elle a intentionnellement écarté les biographies du champion de manière à écrire (inventer ?) un texte sur celui auquel elle donne malgré tout la même identité, les mêmes compétitions, les mêmes records, et bien sûr la même invention.

Vous aurez deviné que je suis restée sur le bord de la piste. Et pourtant je n’ai aucun reproche à faire à l’écriture de Fanny Wallendorf, si ce n’est la longueur du récit … un comble s’agissant de relater l’histoire d’un spécialiste du saut en hauteur. Par longueur je veux dire que l’histoire m’a parue étirée, m’empêchant d’entrer dedans. Les personnages sont lisses alors qu’il me semble qu’il y avait matière à davantage d’aspérités.

L’auteure respecte dans les grandes lignes la biographie de Fosbury, émaillée par les compétitions auxquelles il s’est rendu, et bien entendu sa victoire aux Jeux Olympiques de Mexico, avec un record de 2, 24 mètres. Mais Fanny Wallendorf a surtout voulu restaurer ce qu’elle imagine être le chemin qui a conduit l’athlète à parvenir à une telle maitrise de son corps qu’il invente ce nouveau type de saut, presque malgré lui dirait-on, après avoir « stagné » pendant quatre ans à une performance « n’effaçant » pas plus que 1, 62 mètre.

At-il vraiment visé pour la symbolique du 3 fois 2 le record de 2, 22 mètres qu’il aurait « préféré » à 2, 24 ? C’est peut-être un détail pour vous mais les motivations des artistes (je considère ce champion aussi comme tel) me passionnent et ce roman est très dérangeant pour moi qui aime l’authenticité. La genèse de cette invention m’a intéressée et bien entendu je reste « sur ma faim » … sur ce point et aussi sur ce moment particulier vécu à Mexico car l’auteure ne s’appesantit pas sur ce qui peut sembler périphérique et que j’aurais aimé lire, puisque je connais ce pays.

A-t-il reçu sa force du dieu du soleil au sommet de la pyramide de Téotihuacan (on peut logiquement croire qu’il y soit monté) ? Courait-il avec de véritables sandales inspirées des huaraches de l’époque précolombienne (récemment une grande marque de chaussures de course a donné ce nom à un de leurs modèles) ? Peut-être puisque les habitants de l’Etat de Chihuahua sont encore aujourd’hui capables de gagner des ultras marathons avec des « chaussures » découpées dans des pneus.

Je ne pensais pas que la vie de ce champion soit aussi intéressante à découvrir … à ceci près qu’il s’agit d’une oeuvre de pure fiction. Je me demande -évidemment- ce que cet athlète américain (qui est toujours vivant) aura pensé du roman … de la même façon que je fus curieuse d’apprendre combien Aimé Jacquet apprécia le spectacle de Léa Girardet, le Syndrome du banc de touche qui sera repris cet été au festival d’Avignon. – Marie-Claire Poirier

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Voila une très belle surprise, contre toute attente ! J’avais vaguement entendu parler de Dick Fosbury, de son saut spécial, de son exploit aux JO de Mexico, mon fils en avait fait un podcast que j’avais, je l’avoue, écouté d’une oreille ….
Et bien, c’est cela la magie des premiers romans des 68 , des sacrées découvertes.
Ce roman est délicieux, on s’attache au début à Richard adolescent dégingandé, pas spécialement brillant mais pas compliqué et positif, puis on poursuit le roman pour sa transformation, son esprit sain et ses valeurs, et on termine enthousiasmé par ses exploits ! Un réel plaisir de lecture , un talent prometteur . – Anne-Claire Guisard
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1957. Portland. Oregon. Etats-Unis.
Richard est un jeune garçon, plutôt chétif. Son père l’inscrit au saut en hauteur dans son école. Histoire de développer un peu sa musculature. Richard est surtout un garçon très réfléchi, introverti. Pas forcément passionné par la discipline. Mais au fil du temps, il va apprendre à aimer la course, la recherche du geste parfait, la concentration extrême que requiert le saut.
Richard, c’est en réalité Richard « Dick » Fosbury, inventeur de la technique du même nom. L’appel, c’est à la fois l’impulsion du saut et l’appel intérieur que Richard ressent. Cette confiance tranquille qui lui permet de traverser les moqueries, les réticences, les incompréhensions de ses camarades de classe, de ses entraîneurs et des journalistes.
Le sport comme un art, élevé au rang de nécessité vitale. Certes, l’introspection poussée à l’extrême occasionne quelques longueurs dans le texte. Mais la menace de la guerre du Vietnam -cet autre appel suspendu-, l’urgence du saut, cette tension tout au long du récit et cet entêtement viscéral de Richard à sauter sur le dos nous tiennent.
L’appel est un beau premier roman sur la confiance en soi, l’urgence vitale de faire et laisser dire.
Fanny Wallendorf aurait pu avoir cette confiance en elle. Il était inutile de préciser en préambule ce qu’elle souhaitait écrire. Elle y est parvenue.
Faire et laisser dire. – Céline Bret
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Mon processus de lecture depuis le début des 68 premières fois a été de commencer chaque livre sans en lire la 4èmede couverture. Les commencer et puis si je suis intriguée lire cette fameuse 4èmede couverture. En commençant ce livre, la curiosité m’a poussée à lire cette page et je dois dire que je ne pensais pas apprécier cette lecture, mais comme pour chaque livre, je laisse le bénéfice du doute… et je n’ai pas été déçue.
Richard, nous transmet sa passion sans nul autre. Un sport si peu connu (en comparaison au football, tennis, natation ou autre) et pourtant sa maitrise de sa personne, de sa pratique nous emporte totalement et on se prend à ne plus lâcher le livre et à être dans les gradins à l’encourager dans toutes les étapes le menant au grand saut.
Ce livre raconte si bien la vraie passion de Richard pour sa discipline, sans arrières pensées, son souhait le plus cher étant avant tout de se surpasser et de connaître son corps et son esprit en action durant sa performance.
Ce livre est également un roman d’apprentissage qui nous fait grandir avec Richard jusqu’à son apothéose.
Très belle lecture, l’autrice aura réussi à me happer dans un univers qui à première vue ne m’attirait pas du tout. – Ana Pires
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D’un calme olympien, l’Appel de Fanny Wallendorf est un premier roman réussi. Cet hymne au sport se lit comme l’attente d’un exploit qui va advenir. Il n’y a pas cette fougue battante qui enclenche l’oraison de la gloire. Le rythme est stable, serein et apaisant. Tout se passe dans cet interlude d’un cheminement pour Richard sportif et ambitieux. Sa force se trouve en intériorité où Richard puise dans le magnétique et l’énergie ses gestuelles qui seront atypiques et prometteuses. Original, altier, personnel, intègre il cherche en lui cette ligne victorieuse. La hauteur la plus élevée, parabole de son apprentissage dans la vie. Il y a dans ce roman cette habile maîtrise de l’auteure qui arrive avec force de langage à fusionner avec brio le mental de Richard et ses épreuves physiques. Les batailles à vaincre sont pour ce dernier l’extrême opposé du Rocher de Sisyphe. Ce roman se situe dans l’ère du XXème siècle en avant- première de la guerre du Vietnam. Ce dernier reste néanmoins bloqué sur le sport. Ce roman est plaisant mais non palpitant. Sans doute l’auteure a-t-elle voulu rester dans cette ambiance où le combat intérieur pour gagner ne s’octroie que dans la constance et la lenteur. Néanmoins, le lecteur participe à « l’Appel » jusqu’à à ligne finale sans essoufflement avec cette fierté d’assister à la renaissance de Richard et d’être le témoin d’une ère nouvelle pour ce dernier. (Peut-être). – Evelyne Leraut 
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Un premier roman intéressant, solaire, parfaitement mené.
C’est l’histoire de Richard personnage inspiré de Dick Fosbury, de son entrée dans la légende du sport grâce à son Fosbury Flop.
Une histoire d’un combat, de volonté, d’énergie, de dépassement de soi, d’instinct, de détermination, de conviction.
C’est l’histoire d’une quête pour atteindre la perfection, une maîtrise des gestes, de l’esprit grâce à la méditation de pleine conscience, la paix intérieure et l’effort.
Une branche d’arbre, un terrain d’entraînement en travaux et une position non académique voit le jour.
Le parcours de Richard commence. Il va imposer sa variante, et ce, malgré de multiples embuches : la scolarité, la presse, la guerre du Vietnam, les autorités sportives, le public.
La fin de l’histoire, nous la connaissons tous avec les JO de 1968.
C’est à lire et l’auteur est à suivre.. – Alexandra Lahcène

Varsovie-Les Lilas – Marianne Maury-Kaufmann

« Francine fuit. Chaque minute, chaque jour, chaque rencontre, chaque souvenir. Elle fuit. À bord du 96, bus dont elle connaît chaque recoin, chaque arrêt, chaque chauffeur. Elle fuit. Elle écoute et observe. Parler ? Dire ce qui lui brûle le palais ? Elle en crève d’envie mais elle a oublié, tout comme pleurer ».

Varsovie Les lilas

Quand l’histoire débute, il est novembre. Il fait gris moche. « Les gens font moins les marioles ». Francine vit à Paris. Seule. Dehors. A l’intérieur. Elle est comme « un insecte dans sa carapace ». Elle ne ressent rien. Rien. Depuis l’enfance. Elle a « autant de sensibilité qu’une dent creuse, et autant d’amour à donner. » Francine ne sait pas être avec les autres. Même avec sa fille. Elle ne sait pas non plus être avec elle-même. Pourtant Francine, elle étouffe dans sa trop grande solitude.
Alors, Francine, elle se précipite. Pas le choix. De bus en bus, elle bouge Francine. Dans tout Paris, elle décampe. Tous les jours. Jour après jour et du matin au soir. Elle dépend de ce vertige. Celui qui prend Francine dès qu’elle est immobile. Dès qu’elle stationne. Les chauffeurs ne peuvent pas savoir que c’est lui qui la jette en avant. Que c’est lui qui la précipite dans leurs bus et l’en expulse avec la même autorité. Le vertige qui survient irrésistiblement dès qu’elle se pose quelque part, comme une force supérieure qui veille à ce qu’il ne lui pousse jamais la moindre racine.
Sans doute parce que Francine est trop enfouie-envahie par son histoire. Elle est comme plombée par cette vie de misère qui lui colle à la peau et qui, jamais, jamais n’est racontée. Partagée. Elle voudrait pourtant. « Elle a ça au bout de la langue. » Mais ça ne sort pas. Francine est une plaie-secrète-enfouie-jamais-dite.
Pourtant, dans la vie, il y a des chemins de traverse. Des voyages imprévisibles. D’autres possibles. « Il faut juste attendre son tour ».
Ce roman est un peu particulier du fait de son sujet et de ce personnage central rempli de silence et de solitude. Qui tourne en rond, autour d’un point mort. Cette Francine nous semble si triste, si vide. Si sèche. Elle nous tord un peu le bide, Francine. Pourtant, ce roman est impossible à lâcher. Pour Francine d’abord. Et pour l’espérance aussi. Pour les mots d’Alain Souchon que j’ai fredonné durant toute ma lecture…
La vie ne vaut rien. Rien.
La vie ne vaut rien. […]
Là je dis rien, rien, rien
Rien ne vaut la vie.
[Alain Souchon, La Vie ne vaut rien]
C’est un roman donc qui n’est pas toutafé joyeux. C’est une histoire forte qui raconte ceux qu’on ne voit jamais. Les sans-paroles. Les invisibles. Les qui-valent-rien. C’est un roman qui fait penser les autres autrement. Qui dit la vie aussi, la joie et les rencontres qui changent tout. Surtout quand il ne reste rien. Rien. Juste la vie.
J’ai mis un peu de temps à lire cette histoire. J’ai mis aussi un peu de temps à écrire ce billet. Je crois que je peux dire maintenant que j’ai beaucoup aimé ce roman. – Framboise Lavabo
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Sans vouloir faire de la psychologie à deux sous, tout le monde sait bien que, derrière leur nez rouge, les clowns cachent des cœurs gros comme ça et que, si leurs chaussures sont si grandes, c’est pour pouvoir contenir toute la mélancolie qui les leste. Ainsi en va-t-il de Marianne Maury Kaufmann.
D’elle, on ne connaissait que la légèreté colorée d’une Gloria pétillante d’humour et de mauvaise foi, voici qu’elle nous révèle, à mots comptés, une Francine à la douloureuse transparence, traînant, le cœur lourd, ses casseroles de plomb sur la ligne 96 des bus parisiens.
Elle est agaçante cette Francine, petite souris grise et terne glissant sans bruit dans sa propre existence, toute à l’observation de celle des autres, prisonnière à perpétuité de son histoire sans joie, de son appartement trop propre, du trapèze de ciel qui s’offre à sa vue, de son incapacité à créer un vrai lien, même avec sa propre fille. Elle est surprenante de jeter soudain son dévolu sur cette jeune femme étrange et évidemment, éminemment, exagérément toxique, croisée sur sa ligne de bus, sa ligne de vie habituellement sans surprise. Elle est émouvante, pour finir, lorsqu’ elle accepte de mettre pied à terre pour entrer, enfin, de plein pied dans sa vie.
Malgré les chaos du chemin, les déviations qui déboussolent et donnent l’impression de se perdre, l’éclairage parfois un peu terne, la température aléatoire, le style sobre, fluide et enlevé de Marianne Maury Kaufmann donne envie de suivre sa ligne jusqu’à un terminus joliment surprenant. – Magali Bertrand
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Il y a une certaine émotion, sensibilité à lire Varsovie – Les Lilas, à se laisser porter par les mots de Marianne Maury Kaufmann et son personnage principal, Francine, 80 ans. Un prénom comme une vieillerie, une faucille d’un temps passé, fauchée, naufragée. Un prénom comme on aurait pu en donner cent autres, des centaines, des milliers comme elle, comme Francine qui on le comprend très vite, à passer sa vie à fuir, fuir son enfance, fuir son pays, fuir les confins d’une Pologne occupée et un Paris déshumanisé.
Mais les silences ont besoin de respirer, de faire face à tous ces souvenirs enracinés, ces traumatismes indélébiles, ces encres que l’on croit disparaitre et qui renaissent à la faveur d’une flamme incandescente, une rencontre comme peut l’être une tempête, une bourrasque, une violence.
Un roman qui nous prend à la gorge par ce rythme saccadé, humain, sensible, soutenu, tel un bus qui prend son élan et marque l’arrêt soudainement. L’émotion accentue le rythme. La précarisation d’une vieillesse fantôme, nous saute à la gorge, la solitude, l’absence trop présente, les souvenirs qui embrasent la vie, empêchent de respirer et explosent dans une violence inouïe. Une tendresse que l’on devine et devient palpable, à fleur de peau, infiniment belle et humaine, bienveillante, comme un irrépressible besoin d’amour, une ville comme un paravent, un personnage référent. L’écriture saccadée de Marianne Maury Kaufmann s’étoffe nous donne air et vie, délicatesse et humanité. Et il est beau de se laisser glisser au côté de Francine, de rencontrer ses silences, sa solitude, de ressentir la puissance de la ville, son vrombissement, ses rues comme avenues, de ce qui bat, structure, fait fuir ou exister. Il est beau de ressentir la force qui nait d’une rencontre même si celle ci est nuisible, éphémère, toxique, de lire cette force de renaissance, de vouloir redonner vie, contour, parcelle de lumière, de fragilité. Redonner vie. Derrière les rideaux, derrière les âges et les rides, ce passé qui colle aux pieds et empêche d’aimer, d’être aimé, de ressentir l’amour, exister. – Sabine Faulmeyer
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Francine, c’est l’anti-cliché de la mamie-gâteau qui câline, se rend disponible, va chercher les petits-enfants à l’école, prépare des gâteaux parfumés à l’heure du goûter.
Francine, c’est plutôt une femme qui renaît, à l’âge de la retraite, qui se découvre, s’apprivoise et tente de s’ouvrir au monde. Rassurée par les mêmes gestes et les mêmes trajets, quotidiens, elle frôle la jouissance émancipatrice quand, elle se perd dans la ville et dans la vie, pour sauver l’humanité en devenir d’une jeune femme au regard vide. C’est elle même qu’elle souhaite sauver, même si elle ne le réalise pas immédiatement. L’exercice n’est pas simple, Marianne Maury-Kayfmann offre au lecteur une plongée dans les abîmes d’une vie de silence, de morsures et de poids. Le tour de force de faire revenir cette vieille femme revêche dans le tourbillon de la vie est un combat.
Nous-même, lecteur , avons le sentiment de batailler pour suivre les pérégrinations de la vieille femme, ne pas la perdre, notre lecture ne tient qu’à un fil. – Anne Richard
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Francine. Elle a tout de la mégère, acariâtre, solitaire par choix, distribuant in petto ses commentaires acides à quiconque croise son chemin. Le stratagème qu’elle utilise pour établir le contact avec ses congénères, les heurter physiquement, la contraint à arpenter les petites rues, pour que cet « accident » paraisse naturel !
« Francine échange surtout avec ceux qu’elle tamponne dans les rues. Elle tamponne puis présente ses excuses auxquelles on répond, et c’est déjà une voix qui s’adresse à elle »
C’est dire l’étendue de sa solitude. Les relations avec sa famille, sa fille, se sont construites sur des malentendus, ces méprises ordinaires qui animent dramatiquement les rencontres festives imposées par le calendrier.
Et puis, l’irruption soudaine d’une curieuse femme en vison et bottes militaires, croisée au cours des multiples trajets en bus qui emplissent ses journées, va totalement changer le quotidien assez désespérant de la vieille femme.
Malgré l’insistance (volontaire) de Marianne Maury Kaufmann pour dresser un portrait négatif de son héroïne, il est impossible de la détester. Et même impossible de ne pas l’aimer. Même si peu à peu on ne découvrait pas les douloureux souvenirs qu’elle porte, le veuvage, la Shoah, Francine incite à l’empathie. On n’arrive pas à y croire, à cette méchanceté affichée et ostentatoire.
Cela parle de la vieillesse, du poids de l’histoire, petite ou grande, de la solitude, mais cela reste lumineux. La plume délicate et sensible de l’auteur rend possible ce qui pourrait sembler une gageure, éprouver une grande tendresse pour un personnage négatif. – Chantal Yvenou
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Il est question ici d’une errance urbaine et mentale au sens propre et figuré puisque l’héroïne, Francine, déambule dans les rues de Paris et passe la plupart de ses journées dans les autobus de la ligne 96 tout en ressassant son mal-être.
Il est aussi question de solitude et de rapports familiaux ; Francine est veuve et a du mal à communiquer avec sa fille.
Il est question enfin d’une rencontre improbable qui va évoluer en relation toxique, d’une « emprise » qui fait rêver d’une « nouvelle vie » …
Et puis, il y a toujours le passé qui revient, le traumatisme d’être née en 1939 à Varsovie, « le pire endroit sur terre », les fêtes de Noël qui approchent et ce parcours routinier qui s’écrit en la forme circulaire d’allers et retours sur une ligne d’autobus. On tourne en rond et cela semble sans fin.
Le traitement de l’errance mentale est original. Ce roman est très bien écrit. La notion d’espace-temps s’étire et se réduit selon que l’on considère les durées des trajets, leurs interruptions et leurs reprises et les évènements rapportés. Tout devient prétexte à interprétation : les surnoms donnés aux chauffeurs, les postures des autres passagers, les boutiques visitées…
Les personnages sont campés à travers le point de vue de Francine, de sa vision pessimiste de la vie, des souvenirs qu’elle traine… C’est très noir, comme si un voile sombre enlaidissait tout, comme si l’héroïne nous entrainait à sa suite dans sa routine mortifère. Je n’ai pas cru à la fin possible…, certaine que Francine va retourner dans le bus 96 dans les jours à venir et recommencer son impossible quête d’un endroit ou d’une personne pour déposer son fardeau.
Voilà une lecture bien singulière pour moi. Ce roman ne m’a pas plu et pourtant je lui trouve des qualités indéniables.Ce n’était peut-être pas le bon moment pour le lire. – Aline Raynaud
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Dans ce court texte tout en subtilité Marianne Maury Kaufmann nous conte la solitude de Francine et son incapacité à communiquer. Francine n’est plus toute jeune, veuve, peu liée à son unique fille, alors, pour passer le temps, elle se fond dans l’anonymat de la grande ville en sautant de bus en bus et en observant les autres.
Elle sent bien qu’elle est passée à coté de sa vie, elle qui traîne derrière elle le boulet de la Shoah (ce pourrait être autre chose), toujours soumise aux diktats de son mari (ça l’arrangeait bien de ne pas prendre de décisions). Maintenant qu’elle est tout à fait seule que faire de sa vie, elle qui est la solitude incarnée? Elle ne peut rester en place, sa bougeotte perpétuelle est en fait un appel au secours. Elle aimerait tant communiquer avec les gens qu’elle croise dans le bus et dont elle invente les vies mais il y a un blocage dans sa tête et souvent ce qu’elle entreprend n’aboutit qu’à des relations manquées.
Le jour où elle rencontre une autre paumée qui semble avoir besoin d’elle, elle se sent revivre. Elle se toque de cette marginale qui donne un sens à ses interminables journées d’errance. Il lui faudra du temps pour admettre la toxicité de cette rencontre mais sa vie a repris du sens.
Ce n’est peut-être pas assez abouti mais j’ai lu ce roman comme un émouvant conte de Noël. J’ai ressenti de l’empathie pour cette Francine que, pourtant, l’auteure ne nous décrit pas sous son meilleur aspect. Ce second roman est une réussite et maintenant, en prenant le bus, je vais penser à celles qui y passent leur journée pour fuir la solitude. – Françoise Floride-Gentil
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Lorsque j’ai tourné la dernière page du deuxième roman de Marianne Maury Kaufmann, « Varsovie-Les Lilas« , je me suis demandé ce que je pourrais en dire, ce que pourrais écrire. Ma lecture eut une saveur mitigée, faite de hauts et de bas. Pour preuve, j’ai dû relire le début pour me remémorer l’histoire.
Francine, l’héroïne, charrie derrière elle une vie de chagrin du temps où elle s’appelait Eda et vivait à Varsovie. Elle ne raconte pas, elle ne le peut pas. Alors, elle bouge. Avant, elle marchait, désormais elle prend le bus, le 96 plus précisément et passe sa journée à vadrouiller d’un arrêt à l’autre. Sa fille, Roni, elle ne la voit presque pas et la voir est douloureux. Son mari, Jean, est décédé. Dina, sa voisine « retouchière », elle la fuit. Restent les chauffeurs de bus qu’elle affuble de surnoms, mais auxquels elle n’adresse pas davantage la parole. D’ailleurs, « Les machinistes se posent sans doute parfois la question de savoir ce qui leur vaut cette compagnie, même si, à leur poste, rien n’étonne plus. En tout cas, ils ont bien compris qu’elle ne va nulle part… Ils ont aussi compris que son nulle part elle y va seule. Elle est seule dans la vie tout court, supposent-ils. » Drôle de femme cette Francine qui un jour rencontre une jeune fille… Avril de son prénom… A elle, sera-t-elle capable de parler ?
Le début du roman me fut difficile, j’avais l’impression qu’il ne se passait pas grand-chose, je ne comprenais pas ce que cherchait Francine, je courais après elle sans savoir où elle allait, ni moi non plus. Et puis, la plume de l’auteure, parfaite pour décrire l’agitation, mais aussi les ombres et parfois la lumière m’ont cueillie et j’ai continué. L’écriture reste pour moi le bon point de ce roman, je l’ai trouvée belle. Mais ça n’a pas suffi. Pas davantage les cliffhangers que l’auteur utilise pour doper l’attention du lecteur, ni même la fin, pourtant pleine d’espoir, ou encore le personnage de « Poutine » qui seul a su m’attendrir.
Alors pourquoi ? Pourquoi n’ai-je ressenti aucune empathie ni pour Francine ni pour la Bougie, ou plutôt Avril. Pourquoi n’ai-je pas été touchée par la vie, les failles, les faiblesses, les chagrins sans doute, de ces femmes ? Pourquoi ne leur ai-je à aucun moment trouvé quelconque intérêt ? Sans doute parce que je n’ai pas tout compris de l’objectif visé. Plus sûrement parce ce n’était pas le bon moment pour moi de lire une telle histoire.
Je le regrette, mais ce roman m’aura laissée à la porte du bus 96. – Geneviève Munier
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Francine est une écorchée. Écorchée par son enfance pendant la guerre en Pologne où elle a été séparée de ses parents, ballottée de famille en famille, et dont elle sortira orpheline de père et avec une mère qui ne se remettra pas de ce qu’elle a traversé dans les camps. Avec ce bagage familial et émotionnel, Francine arrive en France, se marie avec un rescapé et a une fille. Mais, cette carapace qu’elle s’est construite petite pour survivre et traverser les épreuves ne la quittera plus. C’est donc une femme incapable de tisser des liens avec quiconque, y compris avec sa propre fille, que nous retrouvons à Paris où, une fois devenue veuve, elle passe ses journées dans le bus, toujours en mouvement, pour remplir ses journées terriblement vides. Fragilisée par cette immense solitude, Francine rencontre Avril, une jeune femme paumée, en qui elle croit reconnaître une âme sœur par son parcours de douleur et d’instabilité. Francine est sincère et s’engage entièrement pour cette relation avec Avril dans laquelle elle sera trompée. J’ai aimé Varsovie-Les Lilas et la sensibilité à fleur de peau de Francine, cette écorchée de la vie. J’ai été embarquée dans le tourbillon permanent dans lequel évolue le personnage, que ce soit au travers de ses voyages en bus ou au travers du cheminement saccadé de sa pensée. Le rythme rapide de l’écriture de Marianne Maury Kaufmann évoque avec beaucoup de justesse la solitude et la fragilité du personnage.- Nathalie Ghinsberg
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Émouvant, sincère, doux comme de la soie, malgré les trombes d’une pluie glacée. Ce roman est le canevas d’une vie chaotique dont on aime d’emblée l’héroïne. Superbement écrit, dans ce style cher aux érudits de l’art à son summum, la grâce est là, le verbe haut. Les phrases sont semblables au regain littéraire. L’incipit : « Tiens, un texto. Francine consulte sa messagerie. »Glisse subrepticement les affres de la solitude en fissures morales. On devine un antre triste, pathétique, sans bruits ni mouvements. Une Francine seule à seule en écho sourd de ce silence dont on sait qu’il va gagner sur tous les points. Et pourtant ! La lumière est là. Francine va trouver son souffle en prenant régulièrement le bus Le 96 à Paris, en échappée mémorielle dont elle connaît tous les chauffeurs, tous les habitués. La parabole de la fuite est pourtant ici, sur l’asphalte des jours sans où ce qui pourrait détruire Francine la relève en vertu attentionnée à autrui. Ses habitudes sont des soupapes de survie. On aime ses trajets, ses arrêts. Cette sociologie urbaine qui délivre ses diktats et cette femme d’un âge certain, veuve en recherche de sens. Les incompréhensions, les non-dits, les freins qui la retiennent ne sont en fait qu’une pudeur de femme qui n’ose plus. Même avec sa fille, sa petite fille méconnue pour elle, trop vivante. Francine quête son pain dans le 96 . Et là ! Francine va rencontrer une jeune femme, Avril. Se glisser dans sa vie, en mimétisme. Ne rien dire de plus. Ce roman est d’une beauté grave. Les larmes coulent mais elles sont l’authentique et le pur. L’émotion est un écrin de plénitude. « Elle remonte son ruban éternel de solitude et de silence. » On reste au fond du bus le 96 à observer Francine. Ses belles mains meurtries d’un Varsovie de terreur et d’abandon. Ce que Les Lilas auront accordé par l’effort et la tendresse, la gloire d’un bus métaphorique. Ce roman est éblouissant, majeur, intime par la confidence de l’auteur pour son héroïne. Même « S’il pleut une eau froide en vagues abandonnées. » Varsovie-Les-Lilas est ce roman qui reste à jamais. Il ne s’oublie pas. Le lecteur attend la suite. Il veut savoir l’après. Il ne veut pas quitter le bus Le 96. Il se promet de prendre ce dernier dans un périple parisien et peut-être verra t’il Francine. Marianne Mary Kaufmann vient de mettre au monde un deuxième roman époustouflant qui se lit en symbiose avec chaque mot. Brillant. – Evelyne Leraut
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Francine ne s’appelle pas vraiment Francine. En vrai, elle est Edda. Comme elle n’a plus son identité, elle peut tout aussi bien s’appeler Barbara pour un soir. Le nom fait-il la femme ? Perd-on toute identité lorsqu’on tait son nom ? Mais finalement ici, ce n’est pas le nom l’important mais le silence qui l’entoure. Ce silence qui dévore toute parole mais qui ne tue rien de ce qu’il cache : « Le silence n’a rien effacé. Le silence n’a rien à voir avec l’acide. Il ne vainc ni même adoucit quoi que ce soit, il conserve au contraire ». Quelle pire blessure que celle qui ne se voit pas ? Une déchirure qui vous brûle à l’abri des regards. Francine est une estropiée de la vie, sans blessure apparente : « Car elle trompe son monde, elle. Elle qui tient debout. Qui est même désespérément valide et infiniment résistante, qui s’est toujours fait l’impression d’être cette sale bête impossible à crever ».
Francine se tait car personne ne souhaite l’écouter. Alors, elle emprunte inlassablement le bus 96, chaque jour, jusqu’au terminus en changeant régulièrement de rame et de place. Toute la journée, elle traverse Paris dans ce bus 96, puis le soir, elle rentre chez elle. Et le lendemain encore, ce bus, à la recherche d’une oreille qui voudra bien entendre son histoire.
Mais écouter Francine, ce serait prendre sa douleur. Une douleur bien trop grande pour sa propre fille : « Parce qu’on en revient toujours à ça. A ce malheur qu’on ne lui pardonne pas. A ce fil noir, qu’il conviendrait qu’elle tranche. Allons ce qui les sépare, sa fille et elle, Francine le sait bien, ce sont les larmes. Celles qu’elle ne peut pas verser ».
A force de bus, il est fatal qu’on rencontre une semblable. Est-on toujours seul, le jour où l’on rencontre une autre solitude ? Une autre souffrance qui ne parvient pas à se dire ? Il suffisait de peu de chose pour que Francine lève la tête, une main même pas tendue, un visage sans bonté. Juste une autre solitude. Pour se regarder différemment. Pour se reconnaitre. Se retrouver.
Plus que dire, il fallait à Francine la simple possibilité de dire. Juste avoir le droit de parler. Sans forcément en user. Que quelqu’un l’autorise. Et cette tâche si sombre sur le buvard pourra peut-être s’estomper ? – Céline Bret
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Pourquoi ce titre ? Est-ce une ligne de bus parisienne ? Pas tout à fait : Varsovie, c’est la ville de naissance de Francine et Les Lilas, le terminus du bus qu’elle emprunte systématiquement tous les jours. Alors les chauffeurs, elle les connait bien, elle leur a même donné un surnom à tous mais … jamais elle ne leur parle. Francine, elle ne parle à personne si ce n’est qu’à elle-même. Habitude prise pendant son mariage. Jean était prêt à prendre tout en charge mais à condition qu’elle se taise. Difficile de briser sa solitude maintenant qu’il n’est plus là. Et pourtant elle a des choses à raconter Francine. D’abord sur son enfance malheureuse elle qui est née pendant la seconde guerre mondiale, trimbalée à gauche et à droite au point de ne plus savoir qui est sa véritable mère. Francine, c’est une rescapée des camps de concentration, qui n’a dû son salut qu’à son aplomb extraordinaire auprès d’un jeune adolescent «Emmenez-moi ! » : à quatre ans c’est de la présence d’esprit et une sacrée force de caractère ! Francine voudrait se confier car elle ressent viscéralement le besoin de parler, de libérer la parole, de faire ressortir tout ce qui est enfoui en elle. Mais à qui ? Aux psys, aux amis d’autrefois ? En tout cas sûrement pas à sa fille dont la relation dès le départ a mal commencé : c’est bien simple « en accouchant, elle a eu l’impression d’aller à la selle » ! Et si elle engageait la conversation avec cette drôle de fille, celle qu’elle a croisée dans son bus « la fille de la « rue du four » ? Pour être seulement écoutée, elle est prête à tous les sacrifices. Mais la bonne oreille attentive n’est pas toujours celle qu’on croit !
Très perplexe lors de la lecture des premiers chapitres car l’écriture surprend dès le départ, le lecteur se retrouve projeté littéralement dans la tête de Francine, pèle mêle dans ses pensées, brutes de fonderie. Une écriture tourmentée qui se déverse sur le lecteur comme un flot impossible à endiguer. C’est souvent un joyeux cafouillis dans lequel il est facile de se perdre. Mais très vite le charme de la vieille femme bougonne agit. Qui ne connait pas dans son entourage « une Francine » ? Finalement Francine est très attachante.
Le livre est agréable à lire, il va à l’essentiel, sans chichi. On est au milieu des gens que Francine croise sur son chemin, quels qu’ils soient, les gens de tous les jours, de notre quotidien, avec leurs dimensions uniques … ils nous intriguent davantage au fil des pages, de l’avancée du voyage intérieur de Francine et des préjugés qui explosent… – Françoise Le Goaëc
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Marianne Maury-Kaufmann brosse le portrait d’une héroïne que je ne suis pas près d’oublier. Elle excelle dans l’art de mettre en scène une femme enfermée dans sa carapace de solitude et de silence, elle nous livre peu à peu ses failles, ses blessures invisibles, « son malheur qu’on ne lui pardonne pas, ce fil noir, qu’il faudrait qu’elle tranche ». Elle analyse finement la relation manquée de Francine avec sa fille Roni devant laquelle Francine se sent comme paralysée. J’ai aimé la force de cette histoire et l’écriture magnifique de la première à la dernière phrase. Tout est finesse et délicatesse dans ce roman très émouvant. – Joëlle Guinard
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J’ai beaucoup aimé le personnage de Francine, cette femme enfermée sur elle-même, presque acariâtre, bourrue, solitaire, désoeuvrée, qui se cache derrière un rituel insensé, tournant sans fin sur les lignes d’autobus. Une parade silencieuse qu’elle s’impose comme une armure. Le lecteur la suit dans cette tournée infernale, entre ses rendez-vous loupés avec sa fille, et son dîner-corvée hebdomadaire chez des voisins. Avec elle, nous traînons dans le non dit, les actes manqués, la blessure inguérissable, la peur d’avouer l’amour à sa fille et à sa petite fille. L’épisode de la poupée qui dit “maman” est particulière touchant. L’épisode déclencheur de son amitié éphémère avec Roni, une marginale rencontrée sur la ligne, m’a laissée perplexe. Ce n’est pas un coup de cœur, mais un joli moment d’errance dans l’impossibilité de dire, une façon délicate de dire au lecteur, de profiter de la vie, d’oser dire la tendresse, de s’ouvrir au monde. – Martine Magnin
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Comment vit-on lorsque l’on se trouve dans l’incapacité de tisser un lien ? Quand le poids du passé écrase tout, empêche la moindre légèreté et que même l’enfance fut synonyme de malheur, d’horreur et de cruauté ? Quand la solitude est entretenue par le vide abyssal de la grande ville impersonnelle ? Où se niche l’espoir ? C’est le thème de ce roman, et c’est tout simplement bouleversant.

Varsovie – Les Lilas. C’est la trajectoire de Francine, qui, à soixante-ans bien tassés passe ses journées dans le bus 96, terminus Porte des Lilas. Elle ne peut tout simplement pas rester en place, seule dans son petit appartement. Alors ce bus, cette ligne qu’elle connait par cœur et dont elle observe les passagers et, à travers eux, la vie de la cité. De toute façon, le silence, elle est habituée. Son mari, décédé, l’imposait chez eux. Elle ne voit pas grand monde, Francine. Sa fille, de loin en loin. Sa petite-fille, à peine. C’est comme si elle ne savait pas être au monde. Dans son corps, il y a le souvenir de sa naissance à Varsovie en 1939, quelques semaines avant que la guerre n’éclate ; la séparation d’avec ses parents. La déportation de sa mère, son sauvetage à elle, miraculeux. Et de longs mois de peur et de misère avant que sa mère ne réapparaisse. Ou ce qu’il en restait. Depuis, Francine marche, et, l’âge venant, emprunte le bus. Elle cherche celui ou celle qui pourrait recueillir son histoire…

Et à travers le regard de Francine, ce que le lecteur observe c’est la solitude urbaine, la façon dont un individu n’est rien pour celui qui le croise. Les faux liens qui se tissent par nécessité – le boucher, le boulanger… – et qui quelque part donnent l’impression d’exister. Entrer dans une boutique, essayer des vêtements, prendre soudain corps dans l’œil de la vendeuse. Mais sortir sans acheter et disparaitre encore. Les regards effleurent seulement. Même celui de sa fille ne va pas au-delà de la façade affichée par Francine, ne prend pas le temps de découvrir la femme derrière la mère, et ce passé qui submerge la sphère émotionnelle. C’est en jetant son dévolu sur une femme à l’air paumé, en voulant l’aider que Francine va tenter de renouer avec ce qui tisse les liens sociaux. Pourtant, le déclic viendra d’ailleurs et par surprise.

Si la solitude et la détresse sont palpables, si l’on perçoit avec une rare acuité ce que signifie « être transparent », l’espoir et la lumière ne sont jamais absents. La plume de Marianne Maury Kaufmann progresse tout en finesse, aérienne dans les descriptions, précise dans les sensations, équilibrée dans les sentiments. D’une marque d’intérêt jaillit la lumière, et, d’une poupée à l’autre, s’esquisse la possibilité d’une réconciliation. – Nicole Grundlinger

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Être seule dans un puits sans fond, aux parois lisses, sans aspérités auxquelles s‘accrocher pour remonter vers un peu de lumière, c’est le quotidien de cette héroïne malgré elle, qui voudrait que personne ne voie sa détresse, qui voudrait s’abandonner comme un objet oublié au fond de ce bus qui tourne sans fin dans cette vie sans but.
Un jeu de miroirs fait apparaître une autre qui pourrait être un peu soi, un mirage, une illusion ? L’occasion de remonter vers la vie ou de sombrer encore en étant niée une fois de plus ? la main d’un poupon sera-t-elle suffisante pour tenir le fil ténu qui ramène à la vie ?
Un livre poignant sur ceux que la vie oublie, que nous croisons sans les voir, sur l’effroyable solitude. – Christiane Arriudarre
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Qui est cette petite vieille dame qui chaque jour parcourt la ligne 96 d’un bout à l’autre, dans ce Paris de veille de fêtes ? De la gare Montparnasse à la Porte des Lilas, elle nous fait passer devant l’église Saint-Sulpice, la Place des Vosges, le Paris chic et bobo des deux côtés de la Seine, La Grande épicerie, le Bon Marché, tout un monde ! puis par les rues populaires de Belleville et de Ménilmontant.
Paris tient un rôle important dans ce roman, le Paris de ceux qui s’y croisent sans se voir, de ceux aussi qui échangent un sourire, un mot gentil, dans le bus ou le métro. Francine fait partie de ces derniers, elle qui cherche une oreille prête à l’écouter. A plus de 80 ans, elle en a vécu des choses, depuis la douleur de la guerre et de la Shoah, le décès de son mari, l’indifférence de sa fille qui la laisse bien un peu seule et ce grand silence qu’elle voudrait combler, quelquefois.
Les thèmes de la vieillesse et de la solitude bien sûr imprègnent ce texte, mais sans larmoiements. Francine est plutôt une vieille ado, un peu facétieuse, observatrice (elle affuble tous les chauffeurs de bus de surnoms!), disponible aux rencontres. Elle se fait un peu avoir, en se mettant à la disposition de cette femme marginale à qui elle donne tout, écoute, cadeaux, services, argent. Mais donner, c’est aussi une façon de recevoir, n’est-ce pas ?
De rencontre en rencontre, Francine s’achemine doucement vers les fêtes de Noël, vers un possible partage, encore une fois, avec sa famille. Lucide, prête à ce que seront ses derniers moments, lucide et sereine.
C’est calme et doux, apaisé et sensible, drôle parfois, émouvant toujours. Un joli deuxième roman. – Evelyne Grandigneaux

Tête de tambour – Sol Elias

“Je ne souhaite à personne de mener cette existence suspendue entre la réalité, la pensée, les dialogues, entre ce que je crois, ce que je dis. Je ne souhaite à personne la cave. La vie en cave”.

Tete de tambour

Il y avait une seule personne avec laquelle Manuel ne se sentait pas jugé, Soledad, sa nièce. Avec elle qui pose sur lui son regard d’enfant, il peut échanger et rire normalement. Elle le regarde et voit un adulte excentrique différent des autres certes, mais ne pose pas sur lui un regard « social » qui met les gens dans une case. Car Manuel ne rentre pas dans les cases de la société. Manuel est schizophrène.
Ce premier roman est un coup de poing qui nous plonge dans l’intimité d’un homme que la maladie a ravagé, conscient de l’inanité de sa vie, révolté et décidé à faire payer à sa famille cette vie avec une « tête pourrie » dont il ne veut pas.
Une des rares choses dont il a besoin outre le tabac, le coca et l’alcool, c’est d’écrire sa vie ou plutôt la vie du double qu’il s’est inventé, Anaël, sur tout et n’importe quoi, des bouts de carton ou des papiers microscopiques. Soledad héritera de 44 ans de notes avec la mission d’écrire ce que lui n’a pas pu dire. Et avec cet héritage incongru, lui tombera dessus l’angoisse de transmettre à l’enfant qu’elle porte le gène maudit…
C’est violent moralement, c’est bouleversant cette plongée dans la schizophrénie, un monde inconnu et plutôt terrifiant… Pourtant j’ai été embarquée dès les premières pages, partagée entre sidération et empathie. Que de souffrances derrière cette maladie, derrière cette haine des siens, cette haine de soi….
Un premier roman fascinant à l’écriture flamboyante basé sur l’histoire de l’oncle de l’auteur. – Catherine Dufau

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Trois fois que je tente de poser des mots sur ce texte. Trois fois que j’efface.Un roman sur un sujet difficile et peu vu : la schizophrénie. Un roman qui, sans rien épargner de la réalité (les crises, les inventions, les médicaments toujours plus nombreux qui rendent autre que soi, la violence, la perte de repères), parle d’humanité. De celle des gens diagnostiqués privés de quasi tout et de leurs proches. Il y est question des relations familiales et de leur complexité face à cette inconnue (la maladie), du poids de l’hérédité, de la peur d’en être aussi.
Ce premier roman est une lecture puissante, lue à petites doses, pour tenir jusqu’au bout. La construction est ingénieuse entre ces allers-retours pour voir et comprendre l’évolution de la maladie et ces trois personnages que l’on suit tour à tour. La confusion du début n’est que le reflet de la confusion mentale du personnage atteint.
Ce premier roman de l’autrice Sol Elias​ est bluffant de maîtrise.
« Pas de continuum possible, la linéarité achoppe, que des fulgurances, des élucubrations, des météores éparpillés, à attraper avant qu’ils ne s’écrasent, au milieu du chaos. »Hélène Goëlen
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Comment aborder un tel roman ? Sol Elias relate une histoire impressionnante par la justesse de l’écriture, la construction efficace, des chapitres courts qui donnent de la tension, une angoisse sourde face à la description du quotidien du malade : la schizophrénie.
Anaël, gamin perturbé par trop d’émotions d’abord, un environnement familial étouffant avec une mère-louve ultra-protectrice et un père laborieux, pétri de principes, exclu de cette relation trop fusionnelle à son goût. le récit nous est relaté de l’enfance à sa mort prématurée.
Une adolescence rendue plus difficile encore par ses relations compliquées à la mère. La vie à la marge, Anaël qui devient Manuel, entre lucidités et étrangetés des situations perçues au travers de la maladie. Tout est décrit de manière que le lecteur comprenne mieux les effets de la maladie puis d’une psychiatrie abrutissante sur le malade.
On sent la frustration de Manuel face à la maladie, son souhait de vivre une vie de « normale » : une femme, un appartement, un chien… son impuissance à canaliser la violence de ses réactions, son enfermement dans la maladie, son isolement, sa marginalité, ses petits suicides. Une vie entre pensées cohérentes et incohérentes, destructrice pour lui, ses proches.
Jusqu’à transférer à Soledad, sa nièce, son questionnement, ses petits papiers, héritage à décrypter. Il y est question d’hérédité génétique, de celle de l’histoire à porter. De poésie et de violence qui s’apaise auprès de cette petite-nièce qui le trouve excentrique, différent, avec lequel elle rit beaucoup.
Sol ne juge pas, « elle n’a pas encore le regard lavé » !
Il est également question du poids à porter pour les familles, de la culpabilité de ceux dits « normaux » qui vivent dans l’ombre des malades comme Ana-Sol, la petite soeur.
Ce roman est captivant par le biais choisi pour parler d’une maladie terrible avec humanité, une intensité qui vous empêche de décrocher d’une histoire dérangeante. La différence fait peur, si peu qu’elle soit habitée de sentiments violents, irrépressibles. L’écriture de l’auteure est puissante, aimante pour le personnage, enveloppante pour le lecteur, accompagne Manuel jusqu’à l’épilogue de son histoire tragique. Un premier roman perturbant, fascinant tout à la fois, pour désapprendre à juger peut-être…
Ce roman-là m’a bousculée !  – Laurence Lamy
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Un premier roman très réussi.
C’est la vie d’un psychotique qui nous est racontée portée par une plume de qualité où règne l’importance du verbe.
Les chapitres s’entrecroisent avec un dispositif narratif très bien construit: Anaël, Manuel et Soledad plongent le lecteur dans la complexité des relations, le poids de l’hérédité, la maladie, la schizophrénie, la vraisemblance du basculement pour chacun d’entre nous.
De tête fêlée, Manuel va devenir tête de Tambour, instrument annonciateur, de par ses roulements, de sa vengeance.
Sol Elias réussit à donner de l’humanité à cet homme malgré toutes les contradictions émotionnelles et existentielles qui répriment sa capacité à aimer, qui l’emprisonnent dans un univers sans issu.
L’auteur nous plonge habilement dans la cacophonie des délires, dans le chaos, l’enlisement, la colère, l’impuissance, la solitude, les vertiges, l’errance.
Elle parvient à nous faire vagabonder de la norme à la marge en nous maintenant en haleine jusqu’au bout. – Alexandra Lahcène
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« Je ne souhaite à personne de mener cette existence suspendue entre la réalité, la pensée, les dialogues, entre ce que je crois, ce que je dis. Je ne souhaite à personne la cave. La vie en cave. »
Cette existence dont il est question c’est celle d’un schizophrène, Anaël qui deviendra Manuel.
Ce livre offre une plongée au cœur de la vie d’un schizophrène, ce qu’il se passe dans sa tête et l’impact que cela génère sur toute une famille.
« Tête de tambour est ma première lecture dans le cadre de l’opération « 68 premières fois ». L’objectif ? Découvrir une sélection de premiers romans. En participant à cette aventure, j’avais conscience de devoir sortir de ma zone de confort et d’avoir entre les mains des livres vers lesquels je ne me serai pas forcément laissée tenter. C’est clairement le cas avec celui-ci.
J’ai apprécié cette lecture qui m’a permis d’avoir une autre vision de la schizophrénie et de comprendre la complexité de cette maladie.
La plume de Sol Elias est intéressante et a su capter mon intérêt. Pourtant je dois avouer que j’ai été un peu déstabilisée par le début de ma lecture, le temps de me retrouver dans le tourbillon de la psychose décrite. Je n’ai pas tout de suite compris qu’Anaël était devenu Manuel.
En résumé, une lecture intéressante mais avec laquelle je n’ai pas réussi à briser une certaine distance. – Orlane Dréau
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Oh quel livre, quelle dureté mais aussi quelle écriture talentueuse ! Certes, il faut s’accrocher tant le personnage principal est « malaisant » mais c’est une sacrée expérience de lecture.
« Ma vie est un désastre. Aucun plaisir que celui d’emmerder et de détruire. Ma vie n’aura servi à rien ».
Nous voilà plongé dans la vie de Manuel et de son double Anaël. Manuel est schizophrène, enfermé dans sa maladie, « condamné à pourrir par la tête ». Il n’a rien à donner : « à l’intérieur je suis un puits sec » et beaucoup à prendre :« Tout ce que tu touches se transforme en boue », lui dit sa sœur.
Le schizophrène n’a pas de projet d’avenir, il ne peut pas. « Il n’a que le présent dégueulasse qui lui colle aux basques », les hôpitaux, les médecins et les médicaments, pas pour aller mieux, juste pour aller moins mal. Il ne pourra jamais guérir, il ne pourra que se haïr. Alors Manuel prend, exige tout de ses parents qui lui ont légué ce « patrimoine génétique avarié », » il les suce jusqu’à l’intestin grêle ».
Pas un être ne résiste très longtemps à cette absence d’empathie, à cette violence : les animaux rentrent la tête, les vieilles dames sont terrorisées, les « amis » sont de passage, la famille s’émiette… Seule sa petite nièce Soldedad va trouver grâce aux yeux de Manuel. Soledad à qui il lèguera les débris de sa vie, gribouillés sur des petits bouts de papiers, enfouis dans des sacs-poubelles.
Ce livre explique la maladie, cette maladie invisible et terrible qui ne suscite pas la compassion comme peut le faire un membre en moins ou la plupart des autres maladies . La schizophrénie isole plus qu’aucune autre certainement. On ressent l’angoisse de Manuel mais aussi celle de ses proches, c’est étouffant, désespérant. Et, extrêmement bien écrit.
« Un livre pour redonner leur humanité à ceux que l’on en prive » dit la 4ème de couverture. En tout cas, ce livre éprouve furieusement notre capacité d’empathie et de compassion. Glaçant. – Laurence Simao
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Un premier roman que j’ai du mal à définir…. Certains passages étaient à mon goût, ou plutôt, par rapport à mes habitudes de lecture, trop chaotiques pour me plaire. Et pourtant, après réflexion, et après avoir avalé la deuxième partie du livre sans pouvoir le reposer, je me dis que ce chaos, ce tumulte mental, était nécessaire pour que le lecteur puisse frôler l’intérieur, le fonctionnement de l’esprit d’un homme souffrant de schizophrénie.
Cette confusion, et surtout, ces délires douloureux, je les sais bien réels. J’ai un cousin qui en souffre. Et l’évolution d’Anaël / Manuel a été sur le papier, la même que mon cousin. Déjà différent à l’enfance, dans les réactions, les manies et le lien très fort à la mère. Puis l’adolescence et les conduites à l’extrême, les fuites, les difficultés relationnelles. Et enfin, vers la trentaine, le diagnostic posé, la souffrance qui alterne avec le soulagement pour la famille. Mais aussi pour cette dernière les questionnements : pourquoi ? Qu’a-t-on loupé ? Est-ce héréditaire ? Et l’aveu d’un quotidien devenu un enfer. Un schizophrène n’est pas adapté à la société telle qu’on la connaît. Sol Elias a eu ce don de le faire clairement comprendre à son lecteur. Il aimerait être comme tout le monde mais il n’y arrive pas. Il ne s’adapte pas au monde du travail, n’arrive pas à maintenir une relation amoureuse et son sentiment d’être inutile le pousse à tous les extrêmes, y compris la tentative de suicide.
Pour un premier roman, c’est un exercice qui a dû être difficile que de rédiger un roman polyphonique où s’expriment les voix d’Anaël, de Manuel, son double et de Soledad, sa nièce.
Un talent qui gagne à être suivi.  – Valérie Lacaille
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Sol Elias joue au funambule sur une autoroute qu’est la schizophrénie tant elle utilise les clichés sur les symptômes de la maladie. Alcool, violence, pauvreté, médicaments comme drogue, rien n’est épargné au personnage principal de Tête de tambour.
« Nous portons tous nos fantômes, la vraie question est de savoir jusqu’où nous pouvons coexister avec eux sans qu’ils nous dévorent« .
La maladie exclut toute subtilité, l’écriture ne l’a pas repris à son compte : la vulgarité n’apporte rien dans ses outrances ; la maladie est pleine de contradictions, l’histoire est un peu bancale : la famille, autour d’Anaël souffre et paye un peu trop facilement.
« Toute première œuvre est l’histoire d’une vengeance prise sur sa famille. Marguerite Duras ».
L’auteur a réglé ses comptes. Il faudra l’espérer pour son prochain livre. – Renaud Blunat
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Pas tout à fait un coup de cœur mais une lecture qui m’a intéressée et m’a fait sortir des sentiers battus, sur un sujet difficile et peu traité à mon sens : la schizophrénie, décrite de l’intérieur, par le malade lui-même.
Soledad (un prénom à mi-chemin entre solitude et soleil), bientôt maman, reçoit un héritage plutôt insolite et encombrant de la part de son oncle qu’elle a toujours considéré comme un peu foutraque, un peu loufoque, en tout cas bien différent des autres adultes. Cet héritage se résume en 44 années de souffrance couchée sur des centaines de petits papiers. Une écriture griffonnée, serrée pour raconter la maladie de l’intérieur, avant l’issue tragique de son auteur.
Soledad s’inquiète, va-t-elle transmettre « le mauvais gène » à sa future petite fille ? (Ce thème entre en résonances avec Le matin est un tigre). Alors elle met sa vie entre parenthèses, le temps de plonger en apnée dans cette histoire familiale mystérieuse et sombre.
« La voix entrecoupée des bouffées du respirateur, l’oncle avait déclaré à sa nièce, venue exprès à son chevet avant qu’il ne meure :  » S’il te plaît, récupère les dossiers blancs avec les petits papiers… Le peu qui reste… C’est ton héritage. […] Promets-moi de les recopier mais je t’en’ prie, ne te mets pas en danger. C’est l’oeuvre d’un dément, c’est un terrain miné. Ne racle pas trop le fond. » Laetitia Badinand
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Il voudrait être comme les autres, mais Manuel sait qu’il est différent. Il en veut à la vie d’être autrement, à ses parents qui l’ont laissé naitre, à la maladie qui ne l’a pas emporté enfant, à sa famille de ne pas le comprendre, à la mort qui ne veut pas de lui. Difficile alors de s’aimer et de s’accepter face à tant de lucidité. Il est neurasthénique tendance psychotique, selon sa mère, schizophrène selon le médecin, quand enfin il comprend pourquoi Manuel est aussi singulier, fatigué, apeuré, excité, violent même.
Il est Manuel, il est Anaël, il devient cette tête de Tambour dans laquelle sonnent toutes les cloches de la terre, annonciatrices de douleur et de chagrin.

Les chapitres alternent avec les récits d’Anaël, Manuel, Soledad. Le lecteur met quelques chapitres pour comprendre le rôle de chacun et ce que chacun exprime de la complexité des relations dans une famille, une fratrie.

Ces différents personnages nous interpellent tour à tour… D’abord Anaël, que l’on suit dans ses frasques avec les copains si peu fréquentables tout au long des années 70. Ses parents, Bonnie la mère qui ne sait pas comment faire pour contenter ce petit qui la déroute, le père qui n’en peut plus, le seul à travailler pour nourrir un famille et un fils impossible à maitriser. Sa sœur Ana-Sol et plus tard son mari, leur fille Soledad. Puis Manuel. Ou faut-il dire avant tout Manuel, car tout au long de sa vie il est conscient de sa maladie, de ses différences. Et même lorsque sa tête explose, que la douleur le saisit, il rédige un roman dont le héros est Anaël, ce double dont il écrit la vie sur une multitude de petits bouts de papiers, éparpillés, tourmentés, illisibles, comme sa « tête pourrie » sans doute.

Soledad est la seule qui, enfant, posait sur Manuel un regard égal, sans à priori, comme seuls sont capables de le faire les enfants. C’est à elle que Manuel lègue sa vie entassée dans des sacs emplis de petits papiers qui pèsent tellement lourds dans sa vie. Car lorsqu’elle décide de les déchiffrer, Soledad est enceinte, se pose alors la question de l’hérédité, de la transmission possible d’un gène toxique.

Roman étonnant, inspiré par l’oncle de l’auteur, qui décrit avec une certaine violence mais une grande véracité le poids écrasant d’une hérédité incompréhensible et méconnue de la schizophrénie ou de la maladie. Il y a aussi ces questionnements paralysants et pourtant vraisemblables : si je fais un enfant moi aussi, comment sera-t-il ? La véracité des sentiments et du désespoir intime, à la fois chez le malade et son entourage, qui transpire de ces lignes en fait un texte particulièrement émouvant et touchant. – Dominique Sudre

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La thématique de la folie comme mode de création m’a toujours passionnée. Cependant, ce roman m’a vraiment beaucoup déroutée et beaucoup interrogée sur la mission de transmission entre générations mais aussi juste entre personne au sein d’une même famille. Sur quoi repose un lien privilégié avec une personne en particulier ? Comment vivre avec un héritage transmis par un oncle complètement hors norme et tellement fort même s’il écrit sous différents supports au point que la vie de sa nièce en soit remise en cause.
La grande question de savoir si elle peut transmettre ce fichu gène déficient à cet enfant qu’elle porte mais qui lui fait tellement peur. Doit-elle donner la vie à cet enfant en prenant le risque de le voir «pourrir par la tête»?
Vous l’avez compris, dans ce roman, le ton est juste d’un être qui est conscient de sa déchéance et du pouvoir de destruction de la cellule familiale par excellence : « je n’étais en rien conforme à l’attente, une excroissance, une difformité, un raté de la machine. J’errais sans femme à montrer et sans travail pour me justifier de boire et de manger encore au frais des autres «à l’âge que j’avais» un «feignant», un «fils à sa mère» pour tout le monde parce que les vertiges la «neurachténie» demeurait de c’est inexplicable invisible à l’œil nu du commun. On ne pouvait pas être »malade» de «ça». Ainsi donc comme la maladie ne se voit pas, on pourrait penser qu’elle est fantôme…
La focalisation originale de ce roman permet de réfléchir sur le sens même du nombre de voix à donner à un récit…
Il y a l’idée même du fatum latin qui s’accomplit dans cette famille : «Elle ne veut pas, elle veut briser l’enchaînement implacable des maillons de la chaîne, l’infernal retour du même, de la tête fêlée qu’on se passe de génération génération. »
Ainsi, l’explication du titre ne se fait qu’à la page 147, lorsque Soledad pose quelques réflexions sur sa démarche avec le psy «ça se nettoie comment des siècles de passif ? Comment empêche-t-on les causes d’avoir des conséquences dans le grand tambour de la vie, même passée au lavage ? Comment met-on fin à l’implacable logique des faits et à leur survivance méthodique ? «Labourer ses terres intérieures», tout ça lui sont de grands mots… Dans son cas rien ne manque à la logique de la ligne et les maillons enchaînés bouclent les cadenas. Même ce qu’elle a forgé à coup de travail acharné cette vie apparemment «si réussie» établie à l’aide de tuteurs, de harnais, de fers, a fini par céder l’inévitable retour du fond à présent, les sangles se défont, la voiture dévie de sa trajectoire – sortie de route…
Ce qui conditionne la folie du personnage c’est évidemment le rapport à l’argent : « travailler pour s’acheter une voiture pour aller travailler me donner la gerbe. Si les gens étaient assez fou pour ne pas comprendre qu’ils étaient des chiens qui se mordait la clé en pensant attraper l’idéal, que pouvais-je y faire ? Je n’arrivais pas à m’accoutumer à l’idée d’être comme tous ces abrutis qui sont entassés dans des pavillons à poules- petit portail blanc et pelouse tondue au cm- et des rues bondées pour aller gagner de quoi crouter et faire crouter leur progéniture bouffeuse de merde surgelée.
L’oncle renchérit en disant «heureusement qu’il y en a qui veulent bien sacrifier leur intégration, leur bien comme il faut pour être la soupape de la cocotte-minute sociale des qui mènent sur l’autre rive et qui créent des univers parallèles pour montrer que le monde le «vrai» n’est peut-être pas le meilleur possible»
Apothéose pour la prof que je suis… lorsque que l’oncle malade, exclu de la société et complètement en décalage, mais peut-être lucide décrit le travail des professeurs : «ce titre me donnait la nausée. C’est tout ce qu’elle me souhaitait? Passez une vie à suçoter le même bonbon rose d’un savoir sans goût et s’acharner à le faire passer de bouche en bouche ? Corriger comme un âne des copies infirmes ? Je préférais encore faire la manche.»
Beaucoup de matières à méditer donc sur le fou qui le savait et celui qui croyait pouvoir dire que le fou l’était sans se poser une fois la question, si ce n’était pas lui le fou de l’histoire… – Delphine Palissot
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Ce livre est assez dur à lire, dans tous les sens du terme. Je tiens par avance à m’excuser du court avis que j’en donnerai. L’histoire, tout d’abord, est relativement compliquée. On parle de schizophrénie, de prendre sa revanche sur sa famille, de détruire sa famille plutôt. Ensuite, la manière dont est tournée le récit. J’ai eu du mal à situer les personnages, leurs rapports, leurs histoires à chacun. Pour moi, ce livre est à l’image de son histoire : flou. C’est comme si on était dans la tête du personnage psychotique, on confond, on croit comprendre mais non, on se perd, on mélange… D’un sens, j’ai trouvé ça bien fait, on vit la perdition du personnage en quelque sorte. D’autre part, je trouve que cette méthode rend la lecture brouillonne. Il faut s’accrocher au début de la lecture, sinon on ne tient pas. Arrivée à la moitié du livre en revanche, on prend nos marques, on tient bon et finalement, on y prend goût. Je trouve ça dommage que cette effet page turner n’arrive pas plus tôt. Je pense que sans les 68 premières fois, je ne me serais pas penchée sur ce livre. Si l’auteur essaie de nous déconcerter, tant par l’écriture que son personnage “malaisant”, c’est entièrement réussi ! Je ne regrette pas de l’avoir lu malgré mon état de confusion, mais je n’en garderai pas un souvenirs indélébile.- Marion Catherinet
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Un premier roman terrible, difficile. Pour la première fois, j’étais à deux doigts de renoncer à publier une critique, mais je me refuse à ne pas jouer le jeu car c’est une posture qui ne me ressemble pas…
Il n’est pas facile de parler de la maladie mentale en littérature ; c’est un sujet pour un essai, un témoignage, moins évident pour un roman. Ici, il est question de schizophrénie, thème qui convient sans doute mieux aux thrillers ou aux romans policiers avec le malade dans le rôle de l’assassin psychopathe ou de la victime…
La maladie mentale n’est pas reconnue par l’opinion publique comme une vraie maladie, avec ses symptômes et son côté invalidant. Dans les familles, c’est une honte dont on parle peu, que l’on cache sous d’autres motifs, « le centre et le point zéro de leur monde » … Dans la société, c’est difficilement acceptable et plutôt mal pris en charge et considération : le schizophrène est marginalisé, « in identifiable », n’a pas d’avenir, presque plus d’humanité.
J’ai d’abord été interpelée par l’épigraphe de Marguerite Duras qui rappelle que « toute première œuvre est l’histoire d’une vengeance prise sur sa famille », puis j’ai fait le rapprochement entre le personnage de Soledad et le prénom de l’auteure avant de me perdre dans l’écriture polyphonique et la temporalité du récit. Ce livre nous interroge sur le rapport entre psychose, famille, héritage et hérédité mais ne donne aucune clé de lecture ; l’auteure brouille les pistes et les points de vue, mélange les dates et les personnages, égare son lectorat, alterne des descriptions claires de la maladie et des épisodes de complet délire.
J’étais moi-même tellement perdue que j’ai effectué quelques recherches ; ainsi, je suis tombée sur un entretien que Sol Élias avait accordé sur France Culture pour l’émission « Par les temps qui courent » ; ainsi, j’ai mieux compris la complexité de l’échafaudage narratif et mieux « digéré » les passages les plus difficiles et, surtout, j’ai cessé de me demander pourquoi l’auteure infligeait cela à ses lecteurs(trices)… Elle s’est sentie investie d’une mission, celle de donner la parole à son oncle diagnostiqué schizophrène et de lui aménager un espace ou s’exprimer.
La formule consacrée qui dit qu’un livre ne laisse pas indemne prend ici tout son sensTête de tambour ne peut pas plaire… Il provoque horreur et pitié, nous plonge dans le tragique au sens classique du terme dans un huis-clos familial où la folie est à la fois vécue, subie, déniée et transmissible… où il faut se l’approprier pour pouvoir aller de l’avant. J’éprouve un profond respect pour Sol Élias, pour le paiement de sa dette, ce tribut dont elle doit s’acquitter.
Je suis sortie de cette lecture complètement sonnée, percutée… C’était sans doute annoncé dans le titre. Le cerveau humain se fait caisse de résonance et support de mémoire.
Je ne mettrai pas d’étoile : dans mon système d’appréciation, ce livre est hors-classement… – Aline Raynaud
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Ce roman confus et dérangeant raconte la schizophrénie, schizophrénie elle-même confuse et dérangeante. J’ai commencé cette lecture pleine de compassion pour cet oncle Manuel/Anaël à la tête toute cassée. Mais je suis bien obligée d’avouer qu’au fil des pages n’avoir plus ressenti aucune empathie et, ça aussi, ça m’a dérangé.
La famille décrite par Sol Elias m’a glacée. C’est dans les années 1970 que s’est déclaré la maladie de Manuel. A cette époque on en parlait moins et son entourage semblait refuser de l’admettre. Il était intelligent, beau, brillant, il avait tout pour lui. L’attitude de la mère à la fois victime et manipulatrice est terrible, elle qui n’appelle jamais Manuel par son prénom mais Fils ou Mon Fils comme pour mieux renforcer son instinct de possession.
C’est un récit qui ne peut pas laisser indifférent et j’ai très bien compris la sorte de folie qui s’est emparée de la nièce. Elle était certainement latente chez elle mais n’est ressortie qu’au moment où elle s’apprêtait à enfanter. Les problèmes d’hérédité sont passionnants. N’a-t-on pas toujours peur de transmettre nos tares familiales à nos enfants ?
Sol Elias, par la voix de Manuel, semble accuser la société de ne pas être faite pour le schizophrène. A qui la faute? Pour tous la vie n’est pas facile, il faut faire des efforts et l’attitude de Manuel peut sembler inadmissible tant il ne fait jamais rien pour les autres, vit en véritable parasite et étale une certaine perversité dans les écrits qu’il a laissé.
Et que penser de cette autre mère qui prend la peine d’expédier des cartons remplis des petits papiers de Manuel à sa fille au lieu de les garder pour la préserver? Il m’a été difficile de lire sans juger et ensuite sans me demander et moi, à la place de chacun de ces personnages, qu’aurais-je fait? – Françoise Floride – Gentil
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Quand s’ouvre ce roman, Manuel est en pleine crise d’adolescence. Il doit affronter son père qui ne comprend pas qu’il passe son temps à ne rien faire, même pas à aider sa mère aux tâches ménagères et qui passe son temps à le houspiller plus ou moins sévèrement, suivant ses humeurs. Mais il affronte aussi sa mère qui a choisi à l’inverse, de couver son petit. Cette Maman, surnommée Bonnie Cyclamen, «parce qu’elle avait le cœur si bon et que ses paupières ressemblaient au cyclamen qu’on avait dans le salon» va tout autant subir les foudres de son fils, bien décidé à leur faire payer le prix pour l’avoir mis au monde: «Je serais la croix à porter sur leurs épaules d’hommes pour toute une vie d’homme. Ils ne m’avaient pas tué quand ils avaient vu mon visage cyanosé de bébé tenu pour mort à la sortie du ventre de la mère, ni petit quand on pensait que j’avais une tumeur au cerveau tant j’avais la tête grosse de migraines, ni adolescent quand j’avais l’impression qu’un autre respirait dans mes hanches, ni plus tard, quand les doctes docteurs avaient décrété en chœur que j’avais « des troubles relevant indubitablement de la psychiatrie »
C’est à un long chemin de croix que nous convie Sol Elias. Un parcours d’autant plus impressionnant qu’il nous est raconté par Manuel lui-même, luttant contre ses démons et les laissant l’emporter, se révoltant contre le verdict des médecins – «La schizophrénie vous a coupé en deux, comme la hache du bûcheron le tronc du chêne» – et leur donnant raison lorsqu’il exploite sans vergogne ses parents, leur soutirant leurs économies.
Passant d’un centre psychiatrique à l’autre et d’une sortie à l’autre, de moments d’exaltation vite rattrapés par de nouvelles crises, il va comprendre qu’il ne peut rien contre ce mal qui le ronge: «La schizophrénie avait gagné la partie sur la vie. Elle avait tout raflé: le rêve, la création, l’amour, l’amitié.»
En lieu et place, il aura gagné la violence, la rancœur, la douleur et la souffrance. Entraîné dans cette spirale infernale, le lecteur partage cette impuissance, ce malaise, que ni les virées avec son copain, ni même la rencontre avec Anahé, une mauricienne qui a émigré avec sa mère et son enfant, ne pourront contrecarrer.
Le post-it qu’il colle au-dessus de son bureau: «On se suicide pour échapper à la pression de la vie, pour se soustraire aux exigences minuscules et aux parades familiales de l’existence» montre sa résignation. «Il ne lui reste qu’à devenir encore plus fou qu’il ne l’est déjà, qu’à se mortifier, se scarifier pour dire sa haine de lui-même et à se retourner contre ceux qui l’enchaînent et le regardent impuissants – les médecins, les parents, les autres patients. (…) Alors il devient Monster Schiz. »
Passera-t-il à l’acte, effrayé par celui qu’il est en train de devenir? Je vous laisse le découvrir et réfléchir sur le traitement que l’on réserve à ces malades. – Henri-Charles Dahlem

Les heures solaires – Caroline Caugant

“ Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent, même dans les creux les plus infimes. Ils vous habitent et habitent vos enfants. Ils dégorgent, reviennent sous une autre forme.”

les heures solaires

Billie, la trentaine, artiste à Paris, apprend la mort de Louise. Mort soudaine, mort étrange. Louise, cette mère fuyante, cette mère presque étrangère, qui n’a jamais su se montrer aimante, maternelle. Il lui faut retourner dans le village natal du sud de la France, ce village honteux qui n’est pas nommé comme pour éviter de réveiller les fantômes du passé. Partir, enterrer cette mère génitrice, vendre la maison d’enfance, rentrer. Mais les secrets, que le temps ne camoufle pas comme un pansement, ces secrets enfouis sous des couches poussiéreuses de souvenirs, ressurgissent.~ Il y a alors Adèle, cette grand-mère, celle qui a porté l’amour originel mais aussi le mal qui n’a peut-être pas été expié. « Les monstres engendrent-ils des monstres? » Il y a également Lila, cette amie, cette sœur, cette jumelle, cette traîtresse aussi. « La culture du secret, la paranoïa se transmettent-elles génétiquement? » ~ Trois femmes, tel un triptyque transgénérationnel dans lequel les schémas semblent se reproduire au détour de cette même rivière. Rivière tantôt débordante d’allégresse tantôt meurtrière, toujours mystérieuse. ~ Au cœur de ce roman où se mêlent pêle-mêle (dés)amour charnel, (dés)amour filial, Caroline Caugant nous offre, sous une plume superbe, délicate et poétique, une réflexion sur les constellations familiales: sommes-nous coupables des actes de nos aïeuls? Ont-ils une influence sur nos propres actes? Peut-on tout oublier? Peut-on se construire au milieu de non-dits?
Un premier roman sublime. – Marine Bongiovanni
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Jeune artiste peintre, Billie a fui V. depuis de nombreuses années. C’est dans ce village, là où elle a grandit, que les drames de sa vie se sont joués, bousculés et l’ont dévasté. Mais à la mort de Louise, sa mère, Billie va voir les monstres et les souvenirs revenir en force. Elle qui croyait les avoir fait taire…
Les heures solaires porte bien son nom : la lecture de ce roman est comme un flottement, une apnée, un instant suspendu…
Il y a de la poésie derrière chaque mot, chaque tournure de phrase. La construction du récit est finement étudiée et elle nous fait valser et nous berce.
Mais Caroline Caugant nous retourne aussi. Elle ne nous ménage pas…
Ce deuxième roman est parfaitement maitrisé. Trois générations de femmes se retrouvent ici ballotées par l’histoire familiale, par les secrets et les non dits. Car c’est bien de ça qu’il est sujet dans ce roman : quand tout est tu, quand rien n’est dit, quand les silences prédominent, alors les drames se devinent.
Billie porte le poids d’un lourd passé. Elle croit pouvoir l’éloigner en fuyant ce village, cette maison, sa mère. Mais c’est en leur faisant face qu’elle trouvera des réponses et qu’elle pourra alors avancer sur son propre chemin…  – Audrey Lire et vous
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Bien sombres ces heures solaires. Caroline Caugant nous narre la vie de trois générations de femmes, leurs amours, leurs secrets. Quelques longueurs avant d’entrer vraiment au cœur du récit mais cela vaut la peine de s’installer au bord de la rivière de V.

Adèle, Louise, Billie, trois générations d’amoureuses. Le village de V. pour écrin. C’est là que s’écoule la rivière immuable qui abrite les culpabilités, les regrets, les dessous de leurs histoires. L’eau qui nettoie, tue, efface. Tel Léthé, une rivière de l’enfer pour témoigner du passé.

Billie, amoureuse intermittente, coupable à temps plein d’un crime qui n’en est pas un. Louise héritière du journal d’Adèle, de sa culpabilité. Ces lignes, fils ténus qui occupent l’esprit et gangrènent l’avenir.

Cette fresque familiale a quelque chose de dramatique, chacune de ses femmes ayant vécu passionnément des heures solaires, lumineuses, puis sombres au cœur de V.

À l’acmé du roman, l’auteure nous embarque dans la quête de Billie pour comprendre cette mère perdue, qu’elle n’a jamais appelé autrement que Louise, fuie à 17 ans. La place de « l’Oncle Henri », son retour dans sa vie.
D’aller-retour dans la vie de Louise et Adèle, Bill va grandir devenir pleinement Billie. Femme capable de choisir comment vivre ou non son amour avec Paul.

Caroline Caugant impose son tempo à trois temps. Une valse pour nous emporter dans ce voyage initiatique qui permet désormais à Billie, de créer, choisir, aimer. De comprendre son héritage, de se l’approprier, de donner une place à chacun.

On se laisse captiver, flotter dans les eaux tumultueuses du récit de ses femmes animées par la recherche du bonheur. Un roman sensible pour évoquer la filiation mère-fille, le poids des non-dits, le modèle. Louise était mère et femme. Billie le découvre au gré de la plume enveloppante, captivante de l’auteure. La rivière tumultueuse de V. denoue les fils du passé, a quelque chose de mystique, berceau des secrets. Elle s’adoucit pourtant au fil des révélations.

Une belle découverte. – Laurence Lamy
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Caroline Caugant cite en exergue à son roman cette phrase d’Oscar Wilde que beaucoup d’entre-nous pourraient reprendre: » Une chose dont on ne parle pas n’a jamais existé « . Dans ce roman captivant sur la filiation, sur les relations mère-fille compliquées, sur les non-dits, la culpabilité, Caroline Caugant a su apporter son originalité au thème des secrets de famille. En nous distillant ses informations au compte goutte, en alternant le récit des trois générations, avec son style enlevé elle m’a scotché à son récit que je n’ai pu lâcher bien que la vérité ne soit pas difficile à deviner.
Les trois femmes ont des caractères forts mais sont repliées sur leur secret. C’est silence et bouche cousue dans cette famille où les hommes sont anecdotiques et l’amour maternelle pas toujours présent. Caroline Caugant décortique les conséquences des non-dits qui deviennent souvent un écrasant héritage. Et, comme se demande Billie « Les monstres engendrent-ils des monstres? ». Peut-on oublier d’où l’on vient? Notre vie est-elle conditionnée par les actes de nos ancêtres? Ces questions nous concernent tous.
Caroline Caugant a bien su rendre l’atmosphère étouffante de ce petit village du sud où la nature est omniprésente, le soleil écrasant et la rivière régénérante à moins qu’elle ne soit maudite.
Un seul regret pour moi, la dernière partie, «valse à trois temps», en entrelaçant le destin des trois femmes, est peut-être poétique mais ne m’a pas convaincu et n’apporte pas grand chose au récit. – Françoise Floride-Gentil
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Billie se doit de retourner à V., son village natal. Sa mère est décédée. Elle n’avait plus sa tête et a été retrouvée noyée dans la rivière. Accident ? Suicide ? Pour Billie, il est l’heure de rentrer chez elle et de se confronter à ce passé qu’elle a tant voulu oublier.
Les Heures solaires est une histoire de femmes. De trois générations où chacune dissimule un secret. Adèle, Louise, Billie. Chaque membre de cette famille ne souhaite pas devenir « le » monstre. Ce gène tant redouté, qu’elles fuient comme la peste. La première partie ne m’a guère emballée. Et puis, à la deuxième on en apprend un peu plus et à la troisième toujours plus, ne me laissant guère le choix que de poursuivre ma lecture et la finir. Un suspense captivant je l’avoue. Un roman sur les relations complexes mères/filles, les non-dits, les secrets et la construction de soi. Nous héritons du bien comme du mal et ce roman libère la parole entre les générations. – Héliéna Gas
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La mort brutale de Louise, la mère de Billie, l’amène à replonger dans son passé. Elle doit revenir à V., le village de son enfance, et affronter ses souvenirs, notamment celui, entêtant, obsédant, de son amie Lila.
Résumée de cette façon, l’intrigue paraît simple et même plate. Mais ce n’est qu’apparence : très vite, le malaise perce avec les non-dits, amenant le lecteur à deviner que la vie de Billie n’a rien eu de très tranquille. Pourquoi a-t-elle cessé de voir sa mère depuis plusieurs années ? Qui est cet oncle qui venait souvent les voir quand elle était petite ? Et surtout, qu’est devenue Lila, dont on perçoit très vite qu’il lui est arrivé quelque chose que Billie refuse de nommer. Petit-à-petit, les éléments se mettent en place, tandis que Billie retrouve la maison familiale et peine à terminer ses œuvres pour sa prochaine exposition. Et en bruit de fond, cette rivière, lieu de tous les dangers. Un roman écrit dans une langue juste, efficace, sans fioritures, qui traite des secrets toxiques qui se transmettent d’une génération à l’autre sans que les héritiers n’en soupçonnent même l’existence. Mais il suffit à Billie de lever un coin du voile pour que tout s’enchaîne, ne lui laissant d’autre choix que d’accepter ses découvertes et, enfin, trouver l’apaisement. – Emmanuelle Bastien
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Livre qui aurait pu être un coup de cœur mais quelques scènes m’ont paru gênantes (limite caricaturales-Scène des tableaux) ou mal placées dans le livre. L’histoire est intéressante, l’écriture jolie et fluide coule comme cette mystérieuse rivière. Ce livre parle de secrets de famille qui se transmettent en non-dits et se transforment en douleurs-fantômes pour les générations suivantes. Par contre, le final qui voit les « voix » des 3 générations s’entremêler est remarquable. – Laurence Simao
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Avec Les heures solaires, Caroline Caugant décline un thème récurrent dans la littérature écrite par des femmes. La relation mère-fille est un excellent support de contenu romanesque. Sa complexité, son ambiguïté sont un terreau fertile pour les conflits, pour peu que des non-dits et secrets dans les placards obscurcissent encore davantage le champ de l’improbable communion.
Attirance et répulsion, admiration et mépris, rancune et reconnaissance se mêlent et s’entrelacent dans une confusion que seule l’écriture (ou la parole) peut parfois délier.
Alors qu’est-ce que fait la différence, au sein de l’abondance des écrits construits sur ce thème? L’écriture, bien entendu. Qui va orner le récit et transformer la lecture. Pour utiliser une analogie picturale, le portrait offert au spectateur se décline du bonhomme têtard à la sublime Mona Lisa. Mieux vaut pour être édité et lu pencher du côté de Léonard!
Pas de doute, Caroline Caugant a l’art et la manière. Les paysages prennent vie, nimbés d’une aura poétique et nostalgique. Les souvenirs affluent, du plus plaisant au plus sordide, et la complexité des personnages se décline tout au long de très belles pages.
Le mal plonge ses racines entrelacées sur plusieurs générations : laissant des traces indélébiles et d’autant plus perfides qu’ignorées. C’est un gigantesque travail d’introspection, enrichi au cours des rencontres suscitées par l’événement qui déclenche le questionnement, à savoir la disparition de celle qui part murée dans un silence irréversible.
C’est donc un superbe récit, sans originalité sur le thème mais porté par une très belle écriture. – Chantal Yvenou
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Billie-Bill, Louise, Adèle : mémoire transgénérationnelle des femmes, de la petite Billie-Bill à sa mère, Louise, à sa grand-mère Adèle. L’histoire se déroule comme les anneaux d’un serpent, revenant doucement vers l’arrière, se déroulant paresseusement pour accélérer soudain et faire battre le pouls plus vite. Qui sera la proie enserrée dans ses spires ?
Billie, artiste peintre, prépare son exposition dans une galerie parisienne quand elle apprend que Louise, sa mère qu’elle n’a pas vue depuis trois ans est morte noyée dans la rivière proche de l’EHPAD. Sa mère, si étrangère au sentiment maternel…
Au fil de ses souvenirs, de la découverte d’un carnet-journal caché sous les tomettes de la chambre maternelle aux réminiscences de son passé douloureux, Billie reconstruit l’histoire d’une mère lointaine, indifférente, blessée, celle d’une grand-mère victime et coupable à la fois : comment se situer dans cette chaîne de douleur, d’humiliation, de désirs frustrés ? L’Histoire est le théâtre des drames familiaux entre 1946 et nos jours. La guerre a laissé des traces indélébiles, transformant le joli fiancé d’Adèle en monstre défiguré et brutal. Mais la laideur peut prendre tant de formes…
Les hommes sont là, mais soit soit esquissés soit causes de grandes douleurs. L’auteure ne leur fait pas la part belle…
Et l’eau, l’eau des rivières, qui coule et s’insinue partout, traçant sa voie dans les méandres de vies abîmées, l’eau des rivières au calme trompeur, qui attire, absorbe et dissout ses victimes : omniprésente !
Un livre étrange, glaçant parfois, douloureux et poétique à la fois, un roman qui emporte le lecteur vers des souvenirs emmêlés et pénibles. Peu de moments de grâce dans ce livre à l’écriture magnétique, qui joue des typographies, des sons et des images, des souvenirs douloureux et des moments suffocants d’émotion.
« Les monstres engendrent-ils toujours des monstres ? » se demande l’auteure. Et si c’était la guerre, le monstre, par qui tout a commencé ?
Ce roman me suggère de relire « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola-Estès, essai qui permet de clarifier nos rapports avec nos mères, notre place dans la lignée féminine, l’héritage de toutes ces femmes qui nous ont précédées.
Un premier roman original et fascinant dont la fin m’a cependant semblé un peu trop attendue et surtout inutilement étirée en longueur. – Evelyne Grandigneaux
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Replonger dans les racines de notre histoire. Aller remuer la vase, extraire les maux, extraire le mal et les monstres. Voilà comment l’héroïne du roman de Caroline Caugant, nous emmène avec elle. On ne reste pas insensible à ce courage d’aller redonner sens, à la vie qui s’est tue.
Les heures solaires nous ramènent également au rapport entretenu avec nos parents, nos parents qui, eux-aussi, ont leurs secrets, qu’ ils nous lèguent en héritage, parfois, sans un mot. Cependant, ce bagage, on le porte, inconsciemment, on le traîne sans savoir. On a tous nos monstres, nos démons, mais nous appartiennent-ils vraiment ? Les heures solaires vous donneront peut-être envie, à votre tour, d’aller remuer ciel et terre, vase et rivière.  – Anne Richard
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Dès ses 17 ans Billie fuit son village natal V. Plusieurs drames se sont déroulés dans cette maison familiale, tous reliés à cette rivière !
Billie essaie de se reconstruire à Paris, où elle est artiste-peintre. Puis, un matin la maison de retraite où sa mère Louise, finit tranquillement ses jours, l’appelle, Louise est décédée ! Noyée dans cette rivière ! A peine croyable ! Billie n’a pas vu sa mère depuis des années. Elle s’en veut, mais il n’est plus temps pour les regrets, l’heure à sonné de revenir à V. Organiser l’enterrement de Louise et vendre la maison surtout !
Puis faisant l’inventaire des lieux, la voici qui tombe sur un cahier écrit par sa grand-mère Adèle. Et là, tous les secrets de famille, les non-dits de ces 3 générations de femmes sont dévoilés petit à petit. La perte de Lila, son amie d’enfance, noyée elle aussi dans cette maudite rivière, s’ajoute à l’atmosphère pesante que l’on ressent tout au long de cette lecture !
L’écriture est belle, malgré des longueurs. L’histoire tellement alambiquée, où j’ai failli me perdre à plusieurs détours entre ces trois femmes, n’a pas trop suscité d’émotions pour moi !!! Dommage !  – Brigitte Belvèze
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Louise est morte noyée et pour Billie, sa fille, les souvenirs flottent comme des cheveux d’algues au gré du courant de sa mémoire. Car elle a voulu forcer l’oubli, Billie, à partir du moment où, à 17 ans, elle a quitté V., son village d’enfance. Seuls surnagent encore dans la nuit de ses cauchemars, les cris de Lila, l’amie, la soeur, « Attends-moi, Billie. Attends ! ». Mais Billie, mordue de jalousie, n’a pas attendu et Lila, l’amie, la soeur, est morte, elle aussi. Noyée, elle aussi.
« Est-ce que les monstres engendrent des monstres ? » interrogeait Louise après que sa fille l’ait agressée. Une question à mettre sur le compte des humeurs changeantes de Louise, sans doute… Mais, de retour à V. pour les obsèques de sa mère, Billie ne peut plus faire semblant d’avoir oublié. Et les confidences d’Henri, son père empêché, lui font dérouler le fil du passé maternel que quelques feuillets retrouvés enracinent dans une autre histoire monstrueuse. Billie, la fille, Louise, la mère et Adèle, la grand-mère, deviennent les maillons d’une chaîne inexorable de secrets cruels. Des drames, des tragédies, des morts, qui semblent se répercuter d’une génération à l’autre malgré le, ou plutôt à cause du, silence qui les enveloppe.
« Les heures solaires » c’est d’abord cette histoire qui suit le courant d’une rivière, accueillante aux étés de l’enfance et mortelle ensuite. Livrées par fragments, les réminiscences de Billie permettent de lever peu à peu les voiles qui occultent le passé et cette construction entretient le mystère. Les ramifications de l’intrigue frôlent parfois l’excès, à mon avis, ce qui nuit à la consistance des personnages. Si bien qu’il me reste l’impression d’avoir lu un bon roman, bien écrit, bien charpenté, mais qui ne m’a pas insufflé de mémorables émotions.  – Sophie Gauthier
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Billie termine de préparer son exposition si attendue . L’annonce de la mort de sa mère Louise l’empêche de terminer sa dernière oeuvre . Elle doit retourner à V. son village natal pour faire ses adieux à Louise. Elle y va à reculons , en revient vite mais les souvenirs et des révélations vont changer sa vie .
Ce retour vers le passé , des découvertes sur ses ancêtres vont lui permettre de se tourner vers un nouvel avenir ,en paix avec ses démons , ses souvenirs enfouis et sa culpabilité
Joli roman solaire et aquatique sur les origines, le passé, les erreurs et les non-dits. – Anne-Claire Guisard
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« C’est une nuit claire. Pas le genre de nuit qu’aurait choisie Louise pour s’en aller. Elle aurait préféré une nuit d’orage. Partir avec fracas.«  C’est ainsi que commence le roman de Caroline Caugant au titre lumineux : « Les heures solaires« . Et en lisant ces quelques mots, j’ai eu l’impression de découvrir un morceau de laine que l’on pouvait tirer pour dérouler tout l’ouvrage. C’était vrai.
A peine commencé, j’ai su que je ne pourrais m’arrêter, que les mots premiers en entraîneraient d’autres de manière inexorable. J’ai eu l’impression de rester en apnée, de ne plus respirer, tendue vers la suite, la fin, curieuse de découvrir tous les mystères subodorés de ce récit. Et pourtant, pour moi qui ai peur de l’eau, justement, il en est beaucoup question dans cette histoire. Cette histoire, c’est celle de Billie, dans la trentaine, artiste qui prépare sa prochaine exposition. Elle apprend soudainement l’accident qui a coûté la vie de sa mère, Louise, : elle s’est noyée. Sa mère, Billie ne la voyait plus guère. Son village d’enfance, elle n’y était jamais revenue. Mais l’heure a sonné du retour à V., petit village niché dans l’arrière-pays méditerranéen. Et comme souvent dans ces cas-là, ce retour aux sources est synonyme de recherche sur soi, son enfance, son adolescence, ses chagrins, ses amours, et les fameux mystères.
Caroline Caugant nous dresse de merveilleux portraits de femmes, trois générations reliées entre elle par un fil invisible, la pelote qui se dévide, l’eau qui coule. Tels les remous de la rivière, les souvenirs se mêlent au présent, envahissent Billie, la bousculent, l’interrogent et la lectrice que je suis avec. L’écriture vive et juste, le rythme intense, les descriptions, les listes de secrets de famille m’ont entraînée dans un grand bain à remous, car tout se mélange dans la tête de Billie. L’auteure coche toutes les cases, s’agissant de la définition du roman. Elle a réussi à susciter mon intérêt, mon plaisir de lectrice en racontant le destin d’un héros principal (dans ce cas précis, une héroïne), une intrigue entre plusieurs personnages présentés dans leur psychologie, leurs passions, leurs aventures, leur milieu social… Elle m’a embarquée dans son monde, dans ses interrogations sur la descendance et les liens entre générations. Des monstres peuvent-ils engendrer des monstres ?
Intéressant, le texte épuré d’un certain nombre de pages aurait, me semble-t-il, gagné en équilibre et évité quelques longueurs. Pour autant, ce fut un moment de lecture vraiment agréable. – Geneviève Munier
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Billie, jeune artiste trentenaire, vit à Paris où elle a débarqué à l’âge de 17 ans, plus pour fuir son village de V. que par véritable attrait pour la capitale. Elle s’y est construit une vie sans attaches, entretenant avec Paul une relation dans laquelle ni l’un ni l’autre ne semble vouloir s’engager pleinement. Lorsqu’elle reçoit un appel lui apprenant la mort de sa mère qu’elle n’a pas revue depuis plusieurs années, Billie retourne à V. pour y accomplir les formalités qui s’imposent.
Naturellement, ce retour fait remonter les souvenirs et Billie, qui n’a jamais connu son père, va peu à peu découvrir son histoire et ses origines.
Sur cette trame somme toute assez classique, Caroline Caugant entremêle avec habileté les fils d’un récit à trois voix. Elle relate les destinées de femmes qui, une génération après l’autre, à l’aube de leur jeune vie, forment des rêves simples d’amour et de lumière. Des rêves que l’Histoire ou la pression sociale viennent réduire à néant avant même qu’ils aient pu éclore. Des rêves piétinés qui engendreront des gestes terribles devant à tout prix être cachés pour ne pas compromettre l’avenir. Mais les secrets familiaux et les silences se révèlent souvent bien lourds de conséquences…
Je ne sais pas si je me serais spontanément tournée vers ce roman, mais je dois reconnaître que je suis d’emblée entrée dans cette histoire à laquelle l’auteure imprime un rythme savamment maîtrisé et qui sait faire place à la justesse des sentiments. Au cœur de l’hiver, ces Heures solaires proposent de jolis portraits de femmes et offrent un agréable moment de lecture, ce qui est toujours appréciable !  – Delphine Depras
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J’ai eu du mal à apprivoiser ce roman où trois générations de femmes influent l’une sur l’autre (d’ailleurs plutôt pour le pire que pour le meilleur…).
Au vu du titre, j’attendais le soleil brûlant du sud et l’odeur du maquis, la lumière crue et le souffle du mistral ; or le roman est empreint d’une froideur glacée, comme la rivière omniprésente et des relations inter-familiales qui le sont tout autant ! Un détail (qui pour moi n’en n’est pas un) : l’illustration de couverture amplifie cette impression de froideur, avec une surface d’eau couverte de gouttes (de pluie ?) dans les tons bleus.
J’ai trouvé beaucoup de longueurs, l’intrigue m’a semblé prévisible et les personnages ne m’ont pas vraiment intéressée.
En revanche, j’ai trouvé que la question de la violence héritée est bien posée, comme la question de l’impossible oubli dans la fuite ou celle de l’incommunicabilité entre mères et filles.
Il a fallu la fin pour que ce roman me touche : après avoir réglé ses comptes avec son passé et celui de sa mère et sa grand-mère, l’héroïne peut enfin envisager son avenir fait (enfin !) d’heures solaires. – Marianne Le Roux Briet
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Billie, trentenaire , artiste peintre Parisienne a fui depuis longtemps son village de V dans le Sud de la France. C’est là-bas qu’elle a grandi entourée de sa maman et de son amie Lila.
A la mort de sa mère Louise, elle doit retourner dans ce village pour vider la maison de famille et faire face à ses vieux monstres.
Le temps n’efface pas les actes, elle doit redécouvrir son passé, comprendre les faits qui se sont déroulés pour ces trois générations de femmes. Elle va apprendre à connaitre sa mère qu’elle n’a jamais vraiment comprise, redécouvrir sous un nouveau jour cette grand-mère qui semblait parfaite.
La rivière va tourner autour de ces trois femmes comme un tourbillon, un point d’ancrage, un lien invisible.
Ce roman est une réussite, je n’ai pas pu décrocher. Il se lit très vite car on a envie de comprendre ce qui relie ces femmes, pourquoi Billie a fui ce village à la fin de sa jeunesse. Pourquoi elle n’arrive pas à mener une vie sereine, pourquoi elle reproduit le modèle de sa mère jusqu’au moment où elle va comprendre.
Joli roman ! – Gwen Moyon-Beaujean
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Délicieuse lecture, mais pas si solaire que ça, de trois destins féminins qui s’entremêlent, se juxtaposent, ou s’opposent. Un remontée à contre-courant à, travers de lourds secrets de famille, des dénis, des amitiés et des amours complexes, parmi les fantômes et les remous du torrent, vers le village originel où tout a germé. On se situe dans la mémoire des lieux, de l’eau, de l’âme, de la chair, de la filiation. Une progression magistralement maitrisée et organisée, et une révélation finale tout en délicatesse et pudeur malgré les remords et les douleurs du passé. J’ai été totalement séduite par ce tableau pointilliste et délicat, par cette magnifique écriture, et admirative pour ce roman de haut niveau. Coup de cœur confirmé et réelle envie de retrouver encore Caroline Caugant. – Martine Magnin
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J’ai adoré ce roman dont l’intérêt ne faiblit à aucun moment. L’histoire de ces trois femmes unies par de lourds secrets est très bien habilement menée. Les vies de Billie, Louise et Adèle sont savamment entremêlées et l’auteure mène le lecteur vers des chemins imprévisibles. Billie est une héroïne qui se débat avec ce qu’elle a enfoui, qui tente d’identifier ce qui la hante. L’auteure explore avec une grande sensibilité les amitiés à la vie à la mort, les relations mère-fille, la filiation, le pouvoir pernicieux des secrets enfouis, l’impossibilité d’oublier et la culpabilité. Les questions de la malédiction familiale, des mémoires transgénérationnelles avec la lancinante question « Les monstres engendrent-ils des monstres? » traversent ce roman de bout en bout. L’auteur restitue à merveille l’atmosphère du Sud, du village où tout se savait, où rien ne pouvait véritablement être enfoui, l’omniprésence de la rivière où tout s’est toujours joué. J’ai aimé la construction du récit qui, après avoir déroulé l’histoire de chacune des trois femmes, se termine par une dernière partie joliment et judicieusement nommée « la valse à trois temps » dans laquelle l’auteure enchevêtre les histoires des trois femmes à l’âge de leurs premiers désirs amoureux, aux « heures solaires », dans une narration où j’ai eu l’impression qu’elles se donnaient la main par delà la mort. L’écriture est magnifique et le final très réussi. Publié dans la collection Arpège de Stock, lancée par Caroline Laurent, ce roman, outre son joli titre, est doté d’une très belle couverture toute simple qui prend tout son sens au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture du récit. – Joëlle Guinard