Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

Un roman court mais dense, chargé en émotions. L’auteure s’empare d’un sujet difficile et prend le pari de la légèreté, comme une ultime politesse. Parce que malgré tout, « show must go on ! »

Mademoiselle a la folie

Mademoiselle, à la folie… Le titre est léger, évoque les pétales qui s’envolent dans des jeux enfantins. Mais avant même les premières lignes du roman, l’épigraphe ramène le lecteur à la gravité du thème : la folie, ce n’est pas seulement le champagne, la tournée, l’amour, la célébrité… La folie, c’est ce mal sournois qui s’insinue dans l’esprit de Catherine, grande comédienne, admirée et reconnue. Doucement d’abord, comme un souffle qui emporte quelques secondes de lucidité. (« Je devrais sans doute ajouter quelque chose, mais quoi ? Comme rien ne me vient, je me tais, je fais comme elles, je souris. Nous levons nos coupes, nous buvons à la vie. Tout va bien »). Puis, implacablement, il s’empare de tout son être, et les moments de conscience se font de plus en plus rares (« Je ressens quelque chose d’inhabituel encombrer mon esprit et s’acharner à me diminuer »). Parce qu’il résonne personnellement, ce petit roman m’a profondément touchée. L’auteure parvient à mettre des mots (sont-ils les bons ? est-ce vraiment ce que ressent le malade qui se sent lentement dériver vers la folie ?) sur ce terrible mal, à en décrire la lente mais irrémédiable évolution, vers le fond. Les premières absences, le manque du mot, les retours en enfance, les attitudes qui deviennent de plus en plus inadaptées, la perte de repères sociaux, l’envie de rien puis de tout… Et surtout, la peur, la grande frayeur de ceux qui ne peuvent lutter contre cet ennemi invisible et invincible et qui voient pour seules issues la mort ou la folie (« j’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre »… « j’ai mené une existence de lumière, je ne me résous pas aux ténèbres »). Et que dire des aimants, ceux qui acceptent et pardonnent, ne pouvant que supporter les sautes d’humeur, les répétitions, les excès, les oublis… Jusqu’au bout, Mina, l’amie et agent de toujours, soutient et porte Catherine, dans sa vie, dans sa maladie, dans sa folie (« Son bel esprit vivra et si ses souvenirs s’envolent, nous en fabriquerons de nouveaux, que je graverai dans sa mémoire volatile. »). L’écriture est magnifique et précise, poétique souvent, prenante. Une belle et vraie lecture. – Elise Ribot

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Ce récit dégage beaucoup de finesse et d’élégance : même si elle y est clairement exposée, le nom de la maladie n’est jamais prononcé. N’ayez crainte : le ton est résolument gai et sans pathos !… Retrouvez le billet complet de Carole sur son blog.
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Un livre plein d’émotions. On ne saisit pas dès les premières pages l’ampleur émotionnelle de ce roman. Petit à petit, à travers plusieurs personnages on découvre l’amitié, la maladie et l’amour. Catherine, le personnage principal souffre de trouble de la mémoire jusqu’à mélanger, voir oublier les personnages et souvenirs qui l’entourent. Mina, l’ami, l’agent (Catherine est comédienne) prend soin d’elle, devient son pilier dans la vie quotienne. L’amant quant à lui, n’assume pas sa relation avec la comédienne et semble désemparé par ce qui arrive à Catherine. Le roman est découpé en petits tronçons dans lesquels chaque personnage s’exprime. Un même événement est donc raconté et vécu différemment. On se rend compte que cette maladie est parfois encore plus difficile pour l’entourage que pour le malade qui finalement “se réinvente” sans cesse. L’émotion est vive et présente tout au long du roman. L’écriture est simple, directe, le roman est court mais précis. Une belle réussite ! – Nina Busson-Boulonne
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On trouve une force vive, flamboyante chez cette demoiselle, dès les premières pages. Puis, l’on se rend compte qu’on essuie les paillettes d’un éclat révolu. Toujours présente physiquement, l’héroïne nous sème et nous échappe, se perd elle-même dans les méandres de ses pensées, de l’autre côté du miroir. L’alternance des points de vue est un bon choix narratif qui permet de découvrir peu à peu la présence de la maladie et son destin irrémédiable. La plume est émouvante et élégante. Sobre, elle se révèle autour de très beaux passages ; il s’agit d’un texte léger malgré la colère omniprésente qui y règne. Ce fut pour moi une lecture écho, j’ai eu un coup de foudre pour le roman Kumiko d’Anna Dubosc, il y a quelques mois, relatant lui aussi la descente aux enfers de la maladie d’Alzeihmer. Dans son livre, comme dans celui de Pascal Lécosse, on y trouve une urgence, une impuissance et toutes les émotions universelles qui y sont liées, que nous, lecteur, ne pouvons que subir de plein fouet. Et puis, le choix du personnage de Mina, met en avant la fidélité, l’amitié entre ces deux femmes, unies dans la lumière et l’ombre, mais aussi la solitude. Pascale Lécosse met en avant également la fourberie des relations humaines à travers le personnage de l’amant qui n’officialisera jamais son amour pour la belle comédienne mais aussi celui de la voyante qui semble être juste une oreille dans la vie isolée de l’héroïne. Mademoiselle, à la folie ! est un roman plein d’émotions rappelant à quel point la vie est à vivre dans l’instant, dans l’importance des relations humaines de la véracité et du combat. – Anne Richard

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Il serait simple de parler de déchéance et de décrépitude sur ce sujet, mais ce n’est pas ce que l’on ressent à la lecture de ce roman sincère et pudique, qu’on se surprend à lire presque avec légèreté malgré la gravité de la réalité qu’il dépeint… Lire le billet entier de Claire Séjournet sur son blog

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Voici une belle découverte que ce petit livre qui nous parle avec beaucoup de pudeur de la maladie d’Alzheimer, de la transformation qu’elle opère sur les malades, modifiant leur rapport aux autres et au monde. Un bouleversement d’autant plus fort lorsque la maladie atteint des personnes encore jeunes, actives, brillantes. C’est drôle, sensible, et toujours juste. La narration est rythmée, nous faisant partager des moments de vie de cet inexorable voyage. Le sujet est grave mais Pascale Lécosse réussit à la traiter avec délicatesse et sans misérabilisme. Une très belle lecture. – Nathalie Ghinsberg
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La brièveté m’a d’abord un peu inquiétée : à peine 125 pages ! Certes, l’auteure a commencé à écrire comme dramaturge et le format théâtral est court, mais tout de même… Mes craintes se sont progressivement estompées à la lecture. Nous retrouvons ici un ton de comédie, autour de scènes dialoguées efficaces, bien menées, à la limite de l’humour et du tragique, d’une légèreté salutaire qui évite l’écueil d’un pathos où il serait facile de tomber… Lire la chronique très détaillée d’Aline Raynaud sur Babelio

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D’emblée la couverture rouge et le titre captent le regard, l’ensemble est sobre et efficace, à l’image de ce premier roman fulgurant, aussi bref qu’intense. Pascale Lécosse maîtrise à la perfection l’art de la fugue à travers le portrait de son héroïne, Catherine, acclamée par le public et la critique, à l’apogée de sa carrière, dont la mémoire – ironie du sort pour une comédienne – s’enfuit inexorablement un peu plus chaque jour. A la manière d’un drame antique, avec une unité d’action et de lieu savamment maîtrisées, nous assistons entre légèreté et gravité à l’automne d’une vie, sans fioritures ni pathos. L’histoire fait la part belle à la relation fusionnelle et passionnelle qu’entretiennent Catherine et Mina, son accompagnatrice des jours pluvieux et radieux, gardienne jalouse du temple, décidée, envers et contre tous, à protéger celle pour qui elle a sacrifié sa vie. Le rideau va bientôt tomber, nous le pressentons dès les premières lignes, mais les lumières continueront à briller sur la scène désertée, à briller grâce à l’aura d’une femme libre et décadente qui se sera donnée corps et âme à son public, au risque de se perdre elle-même… – Catherine Pautigny

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A lire également, les billets des lecteurs directement sur leurs blogs respectifs : « Lu d’une traite » par Anne-Marie Gabriel, « Une très jolie découverte » pour Anne Leloup, « Un roman qui se lit vite (peut-être trop ?) » pour Pati Vore, « Une lecture mitigée » pour Violaine, « Tout simplement bouleversant » pour Joëlle Guinard

 

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Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer

Depuis sa sélection, ce premier roman a réussi l’exploit de se faire remarquer à peu près partout, lauréat du Prix Stanislas et finaliste du Prix du roman Fnac entre autres. Une lumière bienvenue pour un livre qui apporte sa pierre à l’exploration d’une période noire que nous n’avons pas fini de décortiquer.

Ces reves qu on pietine

Des rêves ? Qui n’en chérit pas quelques-uns ? Dans ce roman, il y a les rêves d’un père qui attend un signe de sa fille, ceux d’une jeune-femme qui veut exister aux cotés des puissants, ceux d’un homme qui a faim, d’une mère qui protège sa fille et ceux d’un auteur qui espère un monde plus humain… Découvrir le billet de blog de Bénédicte Junger.

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Ce qui se joue devant nous pourrait être le dernier acte d’une pièce de théâtre tragique. La fin d’un monde, les dernières heures avant le point de chute. Oui, mais voilà, la tragédie dont on parle, nous la connaissons, c’est celle de la Seconde Guerre mondiale, celle des camps. Ce sont les dernières heures du régime. Les troupes allemandes sont prises en étau entre les communistes à l’est, et les américains qui débarquent à l’ouest. C’est la fin du IIIe Reich, la fin d’un monde.
Le fil rouge de ce roman est un carnet contenant les témoignages de dizaines de prisonniers d’un camp. Parmi eux, Richard Friedländer, le père adoptif de Magda. Ses lettres, comme tant d’autres, s’abîmeront dans un silence assourdissant. Fela et sa petite fille Ava en seront les gardiennes.
Pendant que les soldats allemands « vident » les camps dans un dernier sursaut de violence avant la chute, Hitler et les derniers dirigeants du parti se terrent dans leur bunker, comme les acteurs d’une mauvaise farce, grotesque mise en scène de leur échec dans un temps qui s’étire et qu’ils occupent en fêtes ridicules et cyniques, pendant que les bombes pleuvent sur Berlin, juste au-dessus d’eux. Magda Goebbels est là aussi, attendant que la fin vienne, observant ses enfants et leur innocence, se remémorant sa propre ascension. Sa voix fait écho aux lettres de Friedländer, comme un terrible monologue intérieur qui la conduira à sa chute.
Ce livre est magistral, bouleversant à plus d’un titre, et parfaitement maîtrisé. Un premier roman de haute volée et indispensable, qui redonne une parole individuelle à cette guerre. Mais ne vous y trompez pas, il s’agit bien d’une fiction. Les lettres, les pensées de Magda, tout est inventé. Et c’est bien là qu’est le talent de Sébastien Spitzer, une plume à suivre, donc. – Amélie Muller
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Parce qu’inéluctablement l’histoire se répète, parce que l’oubli se fait toujours plus menaçant, il faut lire ce magnifique premier roman de Sébastien Spitzer.
Son livre, extrêmement bien documenté, nous plonge sur les routes d’Europe et à Berlin, à la fin de la seconde guerre mondiale. La défaite des allemands est toute proche mais pour autant, le calvaire des survivants des camps est loin d’être terminé. Des camps qu’il faut évacuer, nettoyer. Ne pas laisser de traces. Aussi, ceux qui restent encore, les rescapés de mois de torture et de privations plus abominables les unes que les autres, sont déplacés, terrifiés pour avancer, certains jusqu’à une grange. Incendiée.
« Les rêves s’effondrent quand ils deviennent passionnants. Quand ils nous crochent, nous happent, sans prévenir ».
Ces rêves piétinés, ce sont ceux d’Aimé, de Judah, de Fela et de tant d’autres, qui ont espéré jusqu’au bout, qui ont tenu grâce à la perspective de la fin du cauchemar et à la promesse d’une vie meilleure. Mais c’est avant tout le rêve d’un père, qui a aimé sa fille plus que tout, en vain. Cette fille n’est pas n’importe laquelle : elle s’appelait Magda. Première dame du IIIe Reich, Sébastien Spitzer nous la fait découvrir sous un jour nouveau, celle d’une femme déchue, vivant ses dernières heures dans le fameux bunker qui a abrité Hitler et ses proches jusqu’à leur disparition. Après un premier mariage dont est issu son fils adoré Harald, elle épousa le bras droit d’ « oncle Adolf », le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels. Alors que les russes étaient dans Berlin, bombardée sans relâche, Magda vécut cette fin de guerre, entourée de ses six enfants, recluse dans cette prison et emportant avec elle ses secrets. Parmi eux, un père, Richard Friedländer, l’un des premiers juifs raflé et déporté qu’elle aura laisser mourir à petit feu à Buchenwald. De leur relation, il ne reste presque rien, juste quelques lettres, celles de Richard à Magda, qu’une petite fille aura conservées dans un rouleau de cuir, à travers les épreuves, comme les derniers témoins d’un amour absolu à sens unique. Bien pire que les rêves évaporés, il y a l’oubli. Ce néant qu’incarne si bien Magda et que seule l’histoire, les écrits peuvent vaincre. Alors, pour ne pas oublier, pour ce père délaissé, pour Ava, il faut lire ce formidable roman !Julie Vasa
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Si je devais choisir un mot pour résumer ce livre, j’écrirais : Noirceur. Voila un livre dur, douloureux à lire, que j’ai au début failli abandonner plus d’une fois. Un livre morbide, violent, dégoulinant de haine, mais un livre nécessaire. J’ai cherché les miettes d’humanité, à travers les lambeaux de vie de tous ces personnages, Judah, Fela, Lee, et tant d’anonymes, tournoyant comme des fétus de paille dans les bourrasques de La Grande Histoire. J’ai vu deux mères, leur amour pour leurs enfants. Au risque de choquer certaines, qui peut dire que l’amour mortifère de Magda est moins fort que celui de Fela ? Il m’a fait penser aux suicides collectifs des sectes apocalyptiques ou aux meurtres compassionnels des mélancoliques. Aussi, quelle dose d’égoïsme mène t’elle à préserver la vie d’un nouveau-né dans un camp de concentration ? Tout peut se concevoir, car tout est vrai, même l’innommable, tout a eu lieu et encore bien pire. Le plus terrible, c’est d’accepter d’avoir, comme chaque humain, toute cette saleté au fond de moi. Et me voilà seule avec mes questions, après la dernière page du roman, après l’impressionnante postface et les remerciements émouvants : si cette lecture a été aussi difficile pour moi, qu’en a-t-il été de l’écriture ? Pourquoi ce livre, qu’est-ce qui a fait que Sébastien Spitzer en soit venu à écrire un texte pareil ? Que souhaiterait-il qu’on comprenne, qu’on en retienne ? Pourquoi Martha, pourquoi Ava ? Et lui, Sébastien Spitzer, quels rêves fait-il ? – Adèle Binks
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Au risque de faire mentir le pari lancé par Dame Charlotte, j’ai le regret d’avouer que ce premier roman ne m’a pas transportée et ne recueille pas les éloges, pourtant nombreux, auxquels j’aurais pu associer ma voix. Je ne me lancerai pas dans le «pitch» dont certains parmi vous, nous gratifiez, car tout est dit et bien dit. Alors pourquoi ? Le style, indubitablement. Voilà ce qui m’a déplu et empêché de me sentir proche de l’univers, des personnages, de ce qu’ils vivent dans leur chair au plus profond d’eux-mêmes. Cette propension à marteler des phrases courtes, taillées dans le roc, invariablement, systématiquement, comme un exercice de style imposé, excluant tout pathos au cours des 300 pages, a failli me faire abandonner la lecture avant la fin. L’impression d’être constamment en apnée, sans pouvoir respirer ni être impliquée, touchée, dans ce qui se joue autour de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Magda Goebbels est restée une énigme. Son suicide tout autant, trop méthodique, sans emphase «et un voile reste dressé entre le geste et son moteur intime» comme le dit si bien l’auteur dans sa postface. Dommage, je partais confiante dans cette lecture mais mon rêve a été piétiné. – Cécile Rol-Tanguy
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 C’est vrai que je suis très exigeante, cette époque torturée et torturante me hante, et réveille toutes mes craintes, et c’est vrai aussi que le traitement froid et chirurgical de la fin du Reich est parfaitement maitrisé et quel le double éclairage donné est efficace. Mais je n’ai pas succombé, Magda Goebbels est tellement abominable et cruelle qu’elle en devient inhumaine et donc difficile à accepter, si ce n’est en distance. Trop de folie et d’insensibilité ont eu raison de ma sensibilité. Les lettres d’un père, juif captif, à sa fille Magda sont émouvantes, un peu prévisibles, mais restent vaines, y compris dans leur écho possible. La petite Ava, rescapée des camps et ultime passeuse de cette correspondance désespérée et ultime témoin de l’horreur organisée est la seule qui m’a émue, vraiment, car elle est dans un silence plein d’une force vitale très bien transmise par l’auteur . Je pense aussi que le cumul de tous les écrits sur cette page d’histoire ont peut être aussi saturée ma capacité de révolte ou de partage. Désolée, ce livre a frôlé la perfection, mais je n’ai pas réussi à vibrer.  – Martine Magnin
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Lisez ce roman, partagez-le. Cette chronique pourrait se résumer à la scansion de ces neuf syllabes. Bien plus qu’un roman historique sur les derniers jours de Magda Goebbels et l’innommable calvaire des survivants de l’enfer des camps jetés sur les routes encadrés par des soldats qui ont perdu toute humanité, ce récit est un cri contre l’ignominie des hommes, et l’appel désespéré d’un père – Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs – à sa fille, qui n’est autre que la femme la plus puissante du IIIe Reich. Construit autour des lettres de ce père contenues dans un rouleau de cuir qui voyagera de mains en mains, passage de témoin de la mémoire collective de tout un peuple opprimé par le nazisme ; ce premier roman saisissant laisse une empreinte indélébile longtemps après l’avoir refermé. Une lecture nécessaire pour ne jamais oublier. Une lecture nécessaire pour lutter contre la montée des extrémismes et l’obscurantisme qui rongent aujourd’hui encore notre société. Une lecture salutaire. Merci Sébastien Spitzer, merci. – Catherine Pautigny
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Livre dur, attention. On suit en parallèle la vie dans les camps en suivant Juddah, Fela et Ava, 3 personnes victimes du nazisme avec ses horreurs et atrocités et le parcours de Mme Goebbels et ses 6 enfants… On les suit au travers des années de guerre dans leurs vies parallèles mais si différentes : entre l’opulence, les mondanités d’un côté et les souffrances, privations d’un autre..; mais à la fin, l’Histoire retourne les choses : la vie est laissée aux rescapés des camps et la mort est la seule issue vue par Mme Goebbels pour sauver la face. Ce livre est fort intéressant mais dur et difficile à lire par moments et pourtant je suis une habituée de ce genre de livres car c’est une période historique que j’adore et qui m’intéresse beaucoup (peut être est-ce mon sang alsacien qui m’influence??). L’écriture est en correspondance totale avec les épreuves, jamais larmoyante mais incisive comme les évènements vécus par chacun.. Une découverte. – Marie Heckmann
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Lire également les billets des lecteurs directement sur leurs blogs : Une très belle histoire de l’Histoire pour Vanessa ; Un livre fascinant par son sujet pour Anne Leloup ; Poignant mais porteur d’espoir pour Dominique Sudre ; Un premier roman audacieux pour Amandine Cirez ; Un roman qui va creuser dans l’âme des personnages les raisons qui les font agir pour Henri-Charles Dahlem ; Un énorme coup de coeur pour Joëlle Guinard ; Convainquant et marquant pour Nicole ;

Imago – Cyril Dion

Cofondateur avec Pierre Rahbi du mouvement Colibris, Cyril Dion nous offre un roman « monde » dans lequel il propose quelques clés de compréhension des colères qui transforment notre terre en un vaste terrain de guerre. Brutal et poétique. Tragique et utile.

Imago

En prenant pour toile de fond le conflit israélo-palestinien, l’auteur nous propose quelques fragments de vie de quatre personnages touchés par ce drame. Nadr et Khalil sont frères et vivent dans la bande de Gaza. Si le premier aime les livres et les poèmes, Khalil, très tôt attiré par la violence se rapproche du Hamas et se laisse peu à peu embrigader par les forces du Djihad pour gagner la France et y commettre l’irréparable. Fernando Clerc, depuis son bureau parisien travaille pour une institution internationale, proche du FMI, chargée de procurer des fonds aux nations en voie de développement. Amandine, mère désespérée préfère vivre seule, en forêt, pour tenter de préserver le peu d’espoir qu’il lui reste. Il est difficile d’en dire davantage. «Imago » est une histoire qui se dévoile peu à peu à travers des destins brisés. Cyril Dion signe un premier roman captivant, porté par une écriture percutante. Une réelle réussite. – Isabelle Purally

Je connaissais Cyril Dion par le mouvement auquel il appartient et qu’il co anime avec Pierre Rahbi., « Le Colibris » et par sa réalisation avec Mélanie Laurent du documentaire « Demain ». Film qui parcourait le monde et qui décrivait avec beaucoup de délicatesse, poésie, humanité des initiatives citoyennes pour préserver et sauver la planète. Lors de soirées débat, j’avais déjà pu apprécier la plume poétique de Cyril Dion. Cette fois, il s’agit d’un roman et d’un premier roman. Ce livre est très touchant et il parle de quatre personnages qui nous touchent car ils sont très proches de nous. Avec une belle écriture, Cyril Dion nous décrit la vie, la survie et notre rapport à la société, à son évolution. Grâce au romanesque, l’auteur nous parle « indirectement » de ses combats : il parle de la Palestine et de la survie de ses habitants et de la complexité de ce pays et de ses habitants. le portrait des deux jeunes frères est criant de réalisme. Fernando, le haut fonctionnaire d’une institution « humanitaire », qui distribue des aides aux pays en voie de développement, mais tout cela de son bureau aseptisé parisien avec l’aide de statistiques et de tableaux de chiffres  est aussi un portrait très réaliste. Il y a aussi un beau portrait de femme, mère, qui a décidé de s’isoler dans la montagne après avoir tenté de comprendre et appréhender le monde. Un livre politique, au bon sens du terme, poétique, avec une belle écriture, humain, avec des descriptions de personnages avec leurs doutes, leurs espoirs, leur humanité. de belles rencontres les uns avec les autres. Un livre d’espoir et de croyance en l’humain, sans pathos.
Un premier roman qui nous interpelle, nous touche. Un coup de cœur de cette rentrée littéraire. – Catherine Airaud

Je n’aime pas souvent les romans traitant des sujets d’actualité. Le dernier a m’avoir vraiment touché était « Nous traverserons ensemble » de Denis Lemasson qui traitait de la vie et des espoirs des migrants. Imago n’a pas réussi à m’impliquer autant et pourtant le sujet m’intéressait. Les quatre personnages principaux sont tous liés et en même temps parfaitement isolés dans leurs quêtes et leurs angoisses. Aucun de parvient à sortir de son rôle qui semble préétabli par sa naissance, aucune ouverture, aucune porte de sortie ne semble leur être proposé, pas de sauvetage possible. Reste un sentiment profond de solitude et le poids énorme du destin inéluctable. Un sentiment en demi-teinte pour ce roman par ailleurs très bien écrit. – Emmanuelle Coutant

Je découvre Cyril Dion et son premier roman, Imago, grâce aux 68 premières Fois.
Le titre vient du mot qui désigne le dernier stade d’évolution de la larve ou de la chrysalide qui devient papillon ; pour les lépidoptères, c’est le stade de reproduction et de dispersion. C’est l’auteur lui-même qui donne ces précisions sur le choix de son titre…
Personnellement et forte de mes études latines, je partais plutôt sur tout un imaginaire sur la représentation, tant physique que morale, tant concrète qu’abstraite… le dessein de l’auteur et mon interprétation ne paraissent cependant pas incompatibles.
Sur fonds de conflit israélo-palestinien et avec ces quelques réflexions préalables et la quatrième de couverture, je ne m’attendais donc pas à un livre facile. Décidément, pour ma troisième lecture, je commence à trouver que les 68 premières fois ont sélectionné des romans courts, mais sur des sujets graves…  lire la suite de la chronique très détaillée de la lecture d’Aline Raynaud sur Babelio

Comment parler de la guerre civile aux adolescents ou aux adultes des pays en paix ? Sur le ton du conte philosophique, c’est parfait. Amandine néglige son fils aîné Fernando, tombe enceinte de son professeur de fac palestinien, qui lui arrache le bébé à la maternité. Elle a ensuite une autre vie, un autre enfant, deux petits enfants. Mais l’amour maternel, ce n’est pas automatique. Amandine ne parvient pas à aimer suffisamment ses deux autres enfants pour les rendre heureux. Un héros entre deux cultures, c’est un ingrédient sûr pour un bon roman. L’originalité, c’est que Nadr n’a pas d’indices sur sa mère biologique que de rares allusions appellent simplement « la Française ». Comme dans une tragédie grecque, le destin se joue des personnages liés sans le savoir. Le haut fonctionnaire du « Fonds » qui vérifie pour la première fois la réalité du terrain est le demi-frère aîné de Nadr, Fernando, qui avait pourtant supplié ses supérieurs de l’envoyer n’importe où, sauf au Moyen Orient car il a des réminiscences de la liaison de sa mère. Les autres hasards tragiques ne peuvent être dévoilés sous peine de gâcher votre lecture… Le contraste est fort entre le campement chaleureux des bédouins et la froideur des couloirs d’aéroports. Entre la fuite de Nadr par des tunnels mal étayés et les moyens engagés par les employeurs pour récupérer son frère. Comme dans les contes, des personnages secondaires aident le héros ou lui ouvrent les yeux. Jalil révèle tout ce qu’il sait de la naissance de Nadr. Le personnage de l’Egyptien Ali symbolise l’hospitalité, l’entraide, la modération éclairée. Sa fille Samira lui fait prendre conscience des aspirations des femmes. Même Brahim, le vendeur d’armes de la banlieue de Marseille, l’aide par compassion. Le roman comporte de nombreux passages émouvants, principalement quand le lecteur entre dans les pensées de Nadr. Les phrases deviennent même poétiques quand le héros évoque le désert, la Palestine ou ses rêves d’avenir. Puisse-t-il connaître un grand succès et changer la perception de la tragédie palestinienne. – Nathalie Laversin

Bande de Gaza, deux frères, deux rêves, l’un celui de Nadr est porté par les livres et la poésie, et l’autre, plus sombre, celui de Khalil, emporté par les sirènes du Djiad. L’un allant sur les traces de l’autre jusqu’à la banlieue parisienne pour l’empêcher de commettre le geste irréparable. Roman sombre, même s’il est maîtrisé, m’a laissé dans un sentiment de non retour, de tristesse et ne m’a pas donné ce coup de poing que j’attendais à la lecture des premières pages. – Philippe Hatry

Imago est un roman noir qui nous ouvre les yeux sur une vérité semblant lointaine, aujourd’hui, pour nous : la réalité de la guerre. Celle qui oppose depuis des décennies Palestiniens et Israéliens. Imago raconte l’engrenage qui mène à la vengeance aveugle et au terrorisme
Le palmarès de Cyril Dion (Co-créateur du mouvement alternatif Colibris avec Pierre Rabhi et co-réalisateur avec Mélanie Laurent du superbe documentaire Demain) laissait présager un récit vrai, dur mais humain sur ce drame et les conséquences qu’il peut avoir de l’autre côté de la Méditerranée, en Europe. Quatre destins : deux frères Palestiniens subissant la guerre et toute les atrocités, visibles et invisibles, qu’elle laisse derrière elle. Une femme que l’on a dépossédé d’un de ses enfants et qui délaisse les autres. Un homme qui pense être le sauveur des populations en danger du haut de sa tour d’argent. Chacun aspirant à la rédemption et la liberté. Leurs drames et désillusions qui se déroulent en parallèle, les poussant à se chercher et puis….
Et puis, il y a la beauté cachée sous les bombes, la famine, la douleur et la mort. La Nature avec ce qu’elle a de plus brut vient régulièrement contrecarrer l’horreur, laissant une porte ou bien une fenêtre ouverte sur un Espoir. Et puis, la nature humaine n’y est pas dépeinte que dans sa noirceur puisqu’au travers de la poésie et de certains actes des protagonistes, humanité et bienveillance percent l’obscurité du récit.
Ce premier roman est d’une beauté cruelle et froide qui créera forcément un malaise chez le lecteur. Celui de la vérité qui dérange, que l’on ne veut pas voir bien confortablement assis dans nos vies tranquilles et opulentes. En filigrane, Cyril Dion pose un regard objectif sur la civilisation moderne, sur son manque d’engagement, sa perte de valeurs, de sensibilité et sa soif de consommer. Il nous ouvre les yeux sur les conflits géopolitiques et comment chaque participant y trouve son propre intérêt. Et puis, au milieu de cette brutalité, il y a de la finesse ; celle de l’auteur à démontrer que les choses sont complexes, qu’il est difficile, comme il le dit lui-même, d’avoir un avis tranché sur ces conflits. Également la justesse de l’auteur à décrire ce que les guerres engendre à l’échelle mondiale, national et individuelle.
Imago est une perle noire enfouie sous les gravas d’un désastre réel. Une pépite dont l’amer éclat bouleversera ou rebutera chaque lecteur mais qui, indéniablement, l’éclairera sur ce que le monde est aujourd’hui. – Laetitia Zunino
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« Je n’ai rien à défendre que mes os et la gloire de ma terre. Mais d’autres enfants sauront en entendant mon histoire que la Terre est plus grande que les humains qu’elle porte… ».
Le sujet est captivant, l’écriture est belle, le propos est tellement d’actualité qu’on ne peut s’en désintéresser et que je suis allée au bout du roman. Mais le fil conducteur est très tourmenté et m’a laissée inquiète mais pas vraiment conquise. Les personnages se croisent et se perdent sans jamais aboutir, j’attendais sans doute une issue trop facile que je n’ai pas trouvée. Les personnages laissent peu d’espoir mais la prose de Cyril Dion me donne néanmoins envie de lire ses futurs romans. – Karine Godo
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A lire également sur les blogs des lecteurs  : Gros coup de cœur pour Anne Leloup, un regard nécessaire pour Framboise Lavabo ; un livre indispensable pour Héliéna Gas ; un très bon livre de la rentrée pour Anne-Marie Gabriel ; une histoire tragique et triste dont il n’est pas facile de parler pour Joëlle ;

 

 

On vous attend pour l’aventure 2017!

Si vous êtes ici, c’est que vous connaissez les 68 premières fois. En une phrase : faire vivre et voyager une sélection des premiers romans parus, ceux qui se cachent derrière les grosses pointures de la rentrée, ceux que l’équipe des 68 a aimé et a envie de voir défendre (pour en savoir plus).

L’année 2016 a été riche de découvertes et de rencontres qui resteront inoubliables, comme ces premières fois si particulières.

Et puisque l’aventure a été belle, on repart en 2017 !

logo-2017

Si vous avez envie de nous rejoindre, c’est à vous de jouer !

Cette année sera découpée en deux sessions, les romans de la rentrée de janvier et ceux de septembre (il sera possible de s’inscrire aux deux sessions). Pour le moment, les inscriptions sont ouvertes pour la session de janvier !

Il vous suffira d’adhérer à la charte des 68 et à remplir votre bulletin d’adhésion.

« Les 68 premières fois, c’est s’engager à  :

– payer ma cotisation 2017* *A quoi sert la cotisation ? A régler les premiers frais d’envoi, à financer l’organisation d’une soirée et de rencontres en cours d’année autour de l’opération, de financer l’opération en prison

– lire en priorité les livres reçus par les 68 premières fois.

– renvoyer dans les meilleurs délais, après lecture (évidemment !), les romans des 68 premières fois.

– chroniquer les ouvrages sur mon blog, sur facebook ou sur des réseaux communautaires (Babelio, lecteurs.com, Lifby ou réseau de votre choix) et envoyer sa chronique à Nicole (nicole.68premieresfois@gmail.com)

– rire, répondre aux mails et être toujours de bonne humeur. »

Vous avez jusqu’au 20 janvier pour vous inscrire. Vous recevrez en février la réponse pour votre participation à l’aventure. (Le nombre de places pour chaque session sera limité afin de fluidifier les échanges livresques.)

Pour recevoir le bulletin d’adhésion et la charte des 68, envoyez un mail à 68premieresfoisofficiel@gmail.com

A très vite, on vous attend !