Pays provisoire – Fanny Tonnelier

Les années 1910, le Paris des artisans, le Saint-Pétersbourg cosmopolite, une jeune modiste qui n’a pas froid aux yeux et bientôt le monde à feu et à sang… Avec ce premier roman, l’auteure renoue avec une veine romanesque qui rappelle parfois Henri Troyat, un charme désuet et une fraîcheur qui provoquent des réactions très diverses parmi les lecteurs.

Pays provisoire

 

Fanny Tonnelier nous raconte l’histoire d’Amélie Servoz, jeune modiste savoyarde et téméraire. En 1910, elle quitte les siens pour rejoindre Saint-Pétersbourg à l’invitation d’une compatriote qui lui offre de reprendre sa boutique de chapeaux. Sept ans plus tard, face aux événements que connait l’Empire russe, elle est obligée de fuir son pays provisoire. Son retour, pas de tout de repos lui fera traverser quatre pays, découvrir les bas-côtés de la guerre et rencontrer son prince, Friedrich et enfin retrouver les siens. C’est original, polyphonique, passionnant et fort bien mené. J’ai beaucoup aimé ce roman qui m’a révélé des aspects que je ne connaissais pas sur les relations franco-russes de cette période. Fanny Tonnelier possède une écriture fluide, agréable et romanesque. Le désarroi, les craintes, les joies et le courage de ces jeunes femmes transparaissent de façon naturelle au fil des pages, elles qui doivent tout laisser derrière elles alors qu’elles avaient eu la force de choisir une vie peu commune pour l’époque. L’ambiance de la Russie avec son folklore, le contexte politique sont parfaitement retranscrits et j’ai eu l’impression d’y être. A la lecture du métier d’Amélie j’ai souri car elle est modiste-plumassière et ma cousine exerce ce métier!. et Fanny a su en décrire les moindres détails tels que ma cousine l’aurait fait… L’histoire d’amour entre Amélie et Friedrich est belle et touchante. Bref, vous l’avez compris: j’ai adoré ce livre!!!!!!!!!!!!!!!!! » – Marie Heckmann

                                                                  _______________

L’auteure évoque cet épisode de l’histoire peu connu quand, au début du siècle, des aventuriers sont partis tenter leur chance dans ces pays lointains où brillaient encore les liens tissés au siècle des lumières .
Le livre a le charme de ces photos sépia, ourlées de blanc, où les dames sont chapeautées, une ombrelle à la main, au bras d’un homme viril et protecteur portant fièrement une fine moustache.
Amélie a eu le courage de tenter l’aventure, elle a de la chance, du talent, de la volonté, des amies, des soupirants, en Russie la vie est légère et raffinée mais arrive les prémisses de la révolution.
Il faut fuir devant le danger, la violence aveugle, commence un périple à travers ces pays où la guerre de 14 broie soldats et civils… – Christiane Arriudarre
                                                              __________________
Fanny Tonnelier nous livre un premier roman très instructif. Ainsi nous suivons le voyage à travers l’Europe du début du XXème siècle d’Amélie, jeune modiste créatrice de chapeaux, partie s’installer à Saint-Pétersbourg. Avec la première guerre mondiale, et l’éclatement de la révolution bolchévique, il devient plus prudent de quitter la Russie et de rejoindre la France malgré les combats en cours.
J’ai eu le sentiment très vite d’avoir sous les yeux un très joli manuel d’Histoire, un peu daté, mais au charme considérable, de ceux qui étaient utilisés dans les années cinquante. Ce livre conte une époque à l’aide de personnages identifiés lesquels en fil rouge nous embarquent avec eux dans leur quotidien pour retracer les grands événements. Ne manquaient que les belles illustrations d’antan pour parfaire l’ouvrage.
Il est certain que j’ai beaucoup révisé et aussi beaucoup appris sur les grands tournants de cette période dans cette Europe enflammée et c’est toujours agréable et enrichissant de resituer les causes initiales d’un conflit, les éléments déclencheurs, les contextes géographiques, économiques et culturels… Le principal atout de ce livre réside là.
Car si le désuet n’est pas sans nous envelopper d’une certaine langueur poétique, comme ces longs périples en train à travers des paysages multiples, tour à tour enneigés, vallonnés ou citadins dans ces trains dont on devine la cadence tressautante et rassurante ; il peut aussi ne pas suffire à ravir totalement le lecteur. Je n’ai pas été captée par cet ouvrage et dois avouer avoir ressenti parfois un peu d’ennui et de lassitude. L’écriture m’est apparue très plate, très scolaire, toute en encre bleue et en boucles d’une rédaction très joliment rédigée. La trame historique est fouillée, détaillée et donc pédagogique mais les personnages, principaux et secondaires, sont tous survolés, mis au ban d’outils narratifs malgré leur amicale compagnie pour dérouler le chapitre d’Histoire que l’auteur a décidé de développer. – Karine Le Nagard
                                                            ___________________
Amélie est une jeune modiste à Paris. Passionnée par la création et la fabrication de chapeaux, elle a l’opportunité de tenir sa propre boutique avec Clémence qui lui propose de reprendre son commerce en Russie à Saint Pétersbourg. Amélie accepte et part faire sa renommée dans la grande ville, créant de magnifiques chapeaux pour les plus grandes dames du pays. Puis, arrivent les prémices de la Révolution (nous sommes en 1917). devant le danger et la violence qui sévissent, Amélie prend la décision de rentrer en France. C’est dans ce périple, en pleine guerre mondiale, dans un voyage interminable, en train, puis en bateau, à travers presque toutes les grandes villes d’Europe qu’elle nous livre des fragments de sa vie, de sa passion pour la couture et de ses amours heureux et malheureux.
C’est un premier roman superbement documenté que nous livre Fanny Tonnelier. L’écriture y est plaisante, simple et toute en finesse. J’ai beaucoup aimé suivre cette Amélie dans son voyage et dans la narration de sa vie. J’ai appris de nouvelles choses que je ne connaissais pas, en découvrant une de ces petites françaises partie en Russie pour travailler à une époque où les voyages prenaient de mois. – Nathalie Cez
                                                             ____________________
Pays provisoire est attachant et documenté. Plus précisément son personnage central, Amélie, parti conquérir le monde de la mode slave, est attachant. Prises isolément, les scènes de tension politique, de retour au pays, d’amours… fonctionnent. Manque un liant pour rendre ce récit plus haletant, ou plus surprenant. Dommage, car l’écriture saisit bien les personnages. On ne demandait qu’à les suivre ! – Laurence Despujols
                                                              ___________________
Il y a parfois des livres dont on se dit qu’ils remplissent parfaitement l’objectif de la lecture plaisir : nous faire passer un bon moment, nous faire rencontrer de bons personnages et pourquoi pas nous faire voyager. « Pays provisoire » est de ceux-là. Un roman que j’aurais eu plaisir à conseiller en librairie (il m’arrive encore de penser parfois en ‘libraire’, et c’est un excellent exercice, car on ne lit plus ‘uniquement’ pour soi, pour chaque lecture, il faut se dire ‘celui-ci, entre les mains de qui ?’) : une lecture agréable qui nous transporte en Russie et dans une Europe à l’aube de la Première Guerre mondiale. Amélie est une jeune modiste qui quitte la France pour reprendre la boutique d’une tante à Saint-Pétersbourg. Nous parcourons la ville et découvrons le métier en même temps qu’elle, nous la suivons dans ses rencontres avec les Russes et les autres expatriés Français. Nous vivons avec elle le succès grandissant de sa boutique et l’effervescence de sa créativité. Et nous assistons aux prémices de la Révolution russe, aux premières violences qui entachent les manifestations. Lorsque la situation devient trop dangereuse et que sa boutique est détruite en 1917, Amélie se décide, à contrecœur, à rentrer en France. Mais quitter la Russie ne sera pas si simple, et c’est un véritable périple qui l’attend. Avec son amie Joséphine, elle va devoir ainsi traverser l’Europe alors en proie à la guerre, et découvrir que sa situation en Russie était loin d’être si difficile au regard de ce que vivent les soldats qui reviennent du Front. Voilà une histoire plaisante, dépaysante, à l’intrigue simple, au charme désuet, qui se lit comme un feuilleton que l’on aurait plaisir à retrouver tous les jours dans son journal. C’est un premier roman pour tous, à la plume délicate et agréable, qui nous fait vivre à l’heure russe du début du XXe siècle. – Amélie Muller
                                                                 ________________
Amélie savoyarde et vivant à Paris chez ses parents plumassiers est passionnée par la création de chapeaux. Elle fait son apprentissage chez une modiste réputée.
Clémence, modiste à Saint-Pétersbourg lui propose de reprendre son magasin. Elle accepte et part en Russie pour tenir sa boutique. Elle y passe sept ans où elle crée de magnifiques chapeaux pour la bourgeoisie russe.
Nous sommes en 1917 quand la révolution russe éclate. Amélie se voit obligée de quitter son « pays provisoire » pour revenir en France et là, commence un long voyage dur, épuisant , et fait la connaissance de Friedrich…
Livre agréable à lire, très bien documenté, écriture fluide, légère. Mais il manque de relief et de réalisme. Les situations très difficiles se terminent toujours très bien. Amélie est belle, séduisante, tout lui réussit.
J’ai eu tout de même du plaisir à cette lecture, mais sans émotions. Je n’ai pas été bouleversée par ce livre. – Joëlle Radisson
                                                               ____________________
Nous sommes en 1917, Amélie Servoz est une jeune française qui vit à Saint-Petersbourg, capitale de l’Empire russe, ville du Tsar, de la culture, du raffinement, où elle est arrivée en 1910 pour reprendre la boutique de mode d’une cousine expatriée.
Jeune femme résolument moderne, indépendante et émancipée, ces années en Russie lui permettent de développer ses talents de modiste. Éloignée de la guerre qui sévit depuis plusieurs années en France, sa vie comme celle de centaines de milliers de petersbourgeois bascule en février 1917, lorsqu’ éclate la Révolution russe. Face à la terreur de plus en plus intense que font régner les Bolcheviks, Amélie décide de quitter son pays d’adoption pour regagner Paris. Accompagnée d’une autre expatriée française, Amélie est loin d’imaginer le parcours que sera son retour en France, alors que toutes les voies de communication dans cette Europe en guerre sont coupées. De son départ en train pour la Finlande puis vers la Suède, pour pouvoir enfin prendre un premier bateau à destination de l’Angleterre, nous suivrons le parcours d’Amélie, qui fut celui de nombreux candidats à l’exil, pour regagner Paris.
Ce premier roman de Fanny Tonnelier évoque la première guerre mondiale sous un prisme méconnu, celui de la Russie des Tsars et de la magnificence de Saint-Petersbourg. C’est en fouillant dans les archives de l’ancienne capitale russe que Fanny Tonnelier a découvert l’existence de toutes ces jeunes françaises qui vivaient à Saint-Petersbourg, pour la plupart employée en tant qu’institutrices par de riches familles de la grande bourgeoisie ou de l’aristocratie. On saisit à travers ce récit toute la beauté de la ville, son importance politique et intellectuelle et la fascination qu’elle pouvait exercer sur l’Europe toute entière. Ceci est accentué par le métier de modiste d’Amélie, dont l’auteure fait une description fouillée, technique et passionnante. On se prend à rêver à ces sublimes silhouettes aux têtes chapeautées de capelines drapées, qui n’ont pas été sans m’évoquer la série de Nina Campanez, Les dames de la côte.
L’histoire d’Amélie et son périple à travers l’Europe sont plaisants à lire, et le divertissement qu’il apporte est la principale qualité de ce roman, en plus du grand travail de documentation qui a permis à l’auteur de donner à son récit un tas d’informations précieuses pour apprécier la lecture.
On peut toutefois reprocher à Pays provisoire un réel manque d’épaisseur, qui apparente souvent le roman à de la bluette. Non, Amélie n’a pas froid aux yeux, oui Amélie est une jeune femme libre et séduisante, et ses histoires d’amour, quand elles ne sont pas expédiées, vont assez vite droit au but. Les scènes d’amour, désuètes, prêtent à sourire.
Le style narratif joue avec des grosses ficelles, des poncifs, l’emploi du passé simple récurrent entretient l’aspect un peu démodé du roman.
Quant à l’écriture, qui est primordiale à mes yeux dans une lecture, je ne lui ai trouvé aucune saveur tant elle est, au mieux, basique (certaines fautes que j’espère être des coquilles m’ont même fait tressaillir). Je vais vous l’avouer, j’ai même été à un cheveu d’abandonner ma lecture à cause de cela.
Mais j’ai persévéré et en toute franchise, je ne le regrette pas. Ce roman a des défauts, mais c’est un premier roman et mes critiques sont certainement sévères. Pour autant, il m’a intéressée ! J’ai été enchantée de découvrir Saint-Petersbourg que je rêve depuis longtemps de visiter, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt les passages où le travail des plumes et la création sont détaillés, j’ai rêvé de ces tenues décrites à travers les yeux d’Amélie et j’ai découvert un autre aspect de la seconde guerre mondiale que j’ai même trouvé passionnant. Alors que demander de plus, si au fond le roman remplit une de ses missions essentielles, à savoir le divertissement? Mes réserves sont très personnelles, et je ne doute pas que ce roman atteindra de nombreux lecteurs. – SoniaBooksandmore
                                                                  ___________________
Juillet 1917, la capitale impériale russe, Saint-Pétersbourg vit, après les événements de février, la prise de pouvoir par les bolchéviques.
Amélie fait partie de cette colonie française installée en Russie, appréciée pour son travail, son histoire, sa langue qu’utilisent les aristocrates et grands-bourgeois. Elle, est modiste, dans une rue proche de la perspective Nevski. Sa boutique est pleine de beaux tissus, de dentelles, de plumes. Elle a repris, en 1910, le magasin d’une parente aujourd’hui devenue âgée et rentrée en Savoie, le berceau de la famille.
Amélie est fille de plumassiers, ces artisans du faubourg Saint-Antoine, aux côtés de ceux des métiers du meuble, qui font la mode de Paris. Après une bonne formation chez une modiste réputée, elle ose, toute jeune, partir s’installe en Russie. Rapidement, elle devient le fournisseur attitré des dames de la bonne société.
Alors, quand en juillet 1917, les émeutes bouleversent la ville, les boutiques sont pillées et incendiées et Amélie entreprend un long périple pour regagner la France, en compagnie d’une amie, Joséphine. Elle a reçu l’aide d’un cocher (taxi avec voiture à cheval !) pour partir, puis de certains voyageurs efficaces et bienveillants. Le voyage de tous ces fuyards qui vivent une sorte d’exode dans des wagons à bestiaux de sinistre mémoire, Russes, français, gens de tous horizons, n’est pas sans évoquer les migrants d’aujourd’hui. Une partie du monde est toujours en fuite, en mouvement vers un ailleurs plus sûr…
Elle ne manque ni de caractère ni de repartie et sait défendre ses intérêts et ceux des gens qu’elle aime.parvenue en Suède, elle retrouve avec joie Friedrich, le jeune homme suédois qui l’a aidée au long de son voyage et une idylle naît entre eux. Il voudrait bien qu’elle reste avec lui à Stockholm mais la France est en guerre, elle sait que son père a été envoyé au front et veut rejoindre sa famille. 1917, est-ce un moment pour s’engager dans un amour ?
Le roman fait des allers-retours entre la vie d’« avant », à Saint-Pétersbourg, et les événements qui ont suivi le voyage.
Nous suivons la jeune femme courageuse, de bateau en train, d’Écosse en Angleterre, avec pour horizon possible la mort provoquée par les mines allemandes, la paralysie des transports.
Quand, enfin, elle arrive à Paris, on est soulagé pour elle, on salue son courage et sa ténacité. Pour autant, à aucun moment, je ne me suis sentie inquiète pour elle, tout semblait écrit à l’encre rose, si ce n’est – le plus intéressant à mon avis – l’évocation des troupes prêtes à partir sue le front, en stand by sur le port de Newcastle, la souffrance des militaires russes dans l’hôpital où elle retrouve un ancien ami, la bonne volonté de tous ceux – absolument tous ceux – qui ont eu l’occasion de l’aider, la nourrir, l’héberger… Sans oublier cette connaissance manifeste de l’auteure quant à la mode, ses fanfreluches et ses créatrices.
Un roman sympathique, agréable à lire mais qui, à mon avis, reste un peu trop dans le joli et le gentil et manque singulièrement d’épaisseur et de réalisme. – Evelyne Grandigneaux
                                                                 ____________________
Avec Pays Provisoire, nous suivons l’histoire d’Amélie, jeune modiste partie travailler et tenter l’aventure dans la Russie du début du vingtième siècle, et qui, avec les évènements de la révolution de 1917, doit finalement quitter ce pays précipitamment et rentrer en France après un long périple. Le récit est très documenté, tant sur l’époque, les lieux, que sur les métiers et techniques de la mode, peut-être trop et au détriment de la dimension romanesque de l’ouvrage. Est-ce ce style très descriptif qui m’a empêché d’être réellement embarquée dans l’histoire et de ne pas m’attacher aux personnages ? Je suis pour ma part passée à côté de cette lecture, suivant l’histoire d’Amélie, ses rencontres, son aventure mais sans réellement me sentir impliquée par ce récit. – Nathalie Ghinsberg
                                                                  _____________________
J’adore les livres. Je peux difficilement lire sur une liseuse. J’ai beaucoup aimé ce livre : son petit format, sa typographie claire et aérée, sa présentation bleu, gris, sobre, élégant. Il est agréable à lire et à tenir en main.
J’ai également aimé son titre : Pays provisoire. Il a fortement résonné en moi. Un pays dans lequel on vit un certain temps, un pays qu’on apprécie, qu’on aime. Mais tout en sachant que c’est pour un temps, que c’est une étape et que ce n’est pas pour toujours.
Amélie est une jeune femme, savoyarde d’origine. Comme beaucoup de français savoyards, bretons, auvergnats…, ses parents sont montés à Paris pour travailler. Amélie est modiste. Nous sommes en 1910. Un jour, une lointaine cousine installée à St Pétersbourg en Russie lui propose de reprendre sa boutique de chapeaux. Attirée par l’aventure et l’opportunité qu’elle représente pour sa carrière, Amélie accepte. Elle part pour ce pays provisoire totalement inconnu dont elle sera chassée sept ans plus tard par la révolution bolchevique. Sa fuite sera longue, dangereuse et éprouvante mais elle y fera la connaissance de Friedrich…
Cette lecture fut pour moi de circonstance car j’ai lu ce roman durant le passage en France de la vague de froid Moscou Paris. J’ai beaucoup apprécié le sentiment d’évasion qu’il procure. Évasion dans le temps car on se retrouve parachuté au début du 20ème siècle et évasion dans l’espace car on quitte la France avec Amélie pour St Pétersbourg. Fanny Tonnelier est partie de faits réels après un sérieux travail de recherche. Un véritable et juste voyage dans l’Histoire. Amélie est une de ces jeunes femmes courageuses qui à l’époque sont parties en Russie pour travailler dans l’éducation ou la mode. L’importance donnée par l’auteure à l’aventure, aux découvertes, à l’ouverture, aux rencontres et aux contacts humains m’a touchée.
L’écriture est agréable et charmante. Elle accentue l’esprit d’époque du roman. Pour moi, une agréable lecture. – Emmanuelle Mentec
                                                           ____________________
Et encore…
« Un plaisir très contagieux » raconté par Henri-Charles Dahlem
« Un énorme coup de coeur » expliqué par Annie Pineau
« Une lecture en demi-teinte » décrite par Sylvaine Yvenou
« Une jolie histoire qui se rapproche du conte » ressentie par Olivia Ch
« Une lecture où tout va trop vite » regrette Héliéna
Publicités

Les Déraisons – Odile d’Oultremont

Les Déraisons… un titre qui annonce la couleur sans toutefois que le futur lecteur puisse supposer la beauté et l’originalité de la langue à laquelle il va être confronté. Les médias n’ont pas tardé à parler de Boris Vian ou à faire référence à En attendant Bojangles pour évoquer la fantaisie qui teinte ce texte pourtant axé sur des sujets graves. Mais pourquoi vouloir comparer à tout prix ?

Les deraisons

Il était une fois une femme née sur notre Terre mais qui ne faisait pas totalement partie de notre monde. Louise avait pour amis les mots, les couleurs, la danse et la face cachée des choses. Elle a grandi en silence, à l’ombre d’un père disparu et d’une mère floue. Elle a vécu dans une maison d’artiste avec son chien Le-Chat. Mais le jour où Adrien frappe à sa porte, elle l’entraîne dans son sillage et naît alors de ce couple une douce et profonde histoire d’amour. Mais leur vie décalée, remplie d’humour et de jeux va-t-elle pouvoir surmonter la maladie de Louise et la mise au placard professionnelle d’Adrien ? Que ce premier roman d’Odile d’Oultremont est tendre et poétique ! Chaque mot nous apporte lumière, joie et sourire. Malgré les thèmes difficiles abordés tout au long de l’histoire, l’auteur nous entraîne dans le monde de Louise. On se laisse emporter par la vague de cette jeune femme libre. C’est d’une enfance solitaire qu’elle tire tout cet univers joyeux, où tout est source de jeux et de rires. On passe des larmes aux sourires, de la tendresse à la tristesse, et on se plait à croire que cette Louise existe bel et bien quelque part… Et qu’il nous reste encore un peu de temps pour la trouver et se laisser envahir par tout l’amour qu’elle porte en elle… – Audrey Thion
                                                         __________________
« Les Déraisons », c’est pour moi un de ces romans lumineux qui rayonnent encore après les avoir refermés.
C’est un pied de nez aux absurdités qui peuvent traverser une vie : l’absurdité du monde du travail, qui parfois perd son sens, la transparence des individus dans l’entreprise, l’indifférence… Mais aussi l’absurdité de la maladie, la façon dont toutes les certitudes peuvent être balayées d’un coup.
Adrien et Louise forment un couple atypique et attachant. Lui travaille pour la société des Eaux de sa ville, occupe son poste avec le sérieux et la régularité d’un métronome depuis dix ans, traverse dans les clous… Elle est peintre, mais elle est surtout fantasque, légère comme un ballon, ayant décrété que la vie devait être vécue comme on débouche une bouteille de champagne. Et en couleurs, s’il vous plaît !
Lorsque Louise tombe malade, et que dans le même temps, Adrien se voit relégué au fond d’un couloir dans un bureau-placard sans plus aucun dossier à traiter, on aurait pu se dire que les rouages allaient se gripper et que la magie allait cesser. Mais il n’en est rien, et au contraire, le petit grain de folie de Louise est bien ce qui fait battre le cœur de ce couple hors norme.
L’univers des « Déraisons » rappelle parfois celui de « L’Écume des jours », et Adrien et Louise ont quelque chose de Colin et Chloé. Lâchez prise, attrapez la main de Louise, et laissez-là vous faire visiter son monde. Avec moi, ça a marché. Je me suis attachée à Louise et à sa douce folie, à Adrien et à sa volonté d’entretenir la flamme de fantaisie dans l’œil de sa bien-aimée, jusqu’au bout, malgré la maladie.
« Louise asticotait la peur et l’ennui, elle les malaxait dans sa tête comme on déforme une boule de pâte à modeler. À son contact ils mutaient en une malice légère. Elle avait déplacé le centre de gravité des événements, leur avait ôté leur foutu côté obscur. Ne restaient que des bulles de savon sur lesquelles elle soufflait avec une puérilité assumée. Il n’y avait qu’elle pour transformer ainsi le gravier en guimauve. »
Au-delà de l’histoire d’amour, de la maladie et du procès absurde d’Adrien, qui constitue le fil rouge de l’histoire, il y a dans ce livre comme une petite musique qui donne le sourire, parce qu’il est toujours bon de se rappeler que rien ne nous oblige à tout prendre au sérieux, que la légèreté existe, cette « subtilité frappée, envergure détachée, mouchetée d’irrévérence ». Et après tout, pourquoi pas ? Pourquoi pas la fantaisie, la légèreté, le grain de folie ? Pourquoi pas une pointe d’absurde légèreté pour contrer certaines de ces épreuves que l’on redoute de trouver sur son chemin ? « Pour avancer, se dit-elle, il va falloir voler. […] À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe. » – Amélie Muller
                                                                    _____________
« Hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance« 
Ces mots de René Char me paraissent particulièrement correspondre à ma lecture du roman d’Odile D’Oultremont. Cette « part de merveilleux » c’est ce que Louise a transmis à Adrien et lui a appris à chercher sans relâche, lui qui n’était qu’une miette de vie abandonnée parmi les autres. Et c’est cette part qui le maintient debout alors qu’on le juge pour avoir indûment perçu un salaire de la société qui l’employait. Relégué dans un placard, Adrien a préféré s’abstenir d’une présence que de toutes façons personne, dans son entreprise, ne remarquait, pour rester près de sa femme aux poumons « perforés ». Au tribunal, sa présence est tout aussi ondoyante : si son corps est bien assis dans le box des accusés, sa pensée s’échappe pour parcourir le territoire des souvenirs ou pour s’étonner des discours du président et des avocats. Dans les mots, comme dans les actes, comme sur les visages et les corps, Louise lui a appris a discerner les échancrures où viennent se faufiler la fantaisie et la poésie. Louise lui a appris le choix de l’émerveillement.
Et l’écriture d’Odile d’Oultremont transmet à son tour cette faculté à faire vibrer le réel de mille tressaillements sans cesse réinventés. Elle sait exprimer la clarté joyeuse du bel amour fou tout en la nuançant imperceptiblement de sombre. Et, au gré de ces mots qui papillonnent de jour et de nuit, de ces phrases qui découpent avec brusquerie les instants ou qui les prolongent dans des images chatoyantes, les émotions s’entrechoquent, se percutent, se superposent et s’enchaînent finalement dans le juste reflet de ce qu’est la vie. La lecture donne une impression de légèreté impalpable, de délicatesse dentellière et, exactement dans le même temps, de densité dramatique poignante.
Ce roman m’a littéralement et littérairement…. enchantée !   – Merlieux Lenchanteur
                                                      ___________________
« Rien n’est sérieux en ce bas monde que le rire » aurait dit Flaubert… une certitude à la lecture de ce magnifique premier roman signé Odile d’Oultremont ! Elle inscrit son histoire dans un monde morne et terne mais que viennent réveiller des déraisons, à l’image de la si jolie couverture du livre signée Paul Wackers : une plante aux feuilles étonnamment noires, devant un mur gris mais égayées par des touches de couleurs et une typographie scintillante, marque de fabrique des Éditions de l’Observatoire qui fêtent leur première année et dont on a envie de dévorer toutes les publications !
Adrien ne dépareille pas au tableau. Lui aussi mène une vie à pleurer, dans son costume gris étriqué, son travail dénué d’intérêt, sa solitude et son pyjama bleu… jusqu’au jour où, au hasard de l’annonce d’une coupure d’eau, il fait connaissance avec une artiste peintre, Louise. Bien plus qu’une rencontre, il s’agit ici d’une renaissance, un vrai retour à la vie. Si tout semble a priori les opposer, il n’en est absolument rien au point que, réunis dans une fantaisie faite mode de vie, ils ne forment alors plus qu’un.
Entre un père absent et une mère perdant pieds dans la réalité, Louise a emprunté la voie de la déraison pour survivre, ramener sa mère dans son monde et à la vie : « À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe ». Alors, dès ses 7 ans, et de la manière la plus touchante qui soit, Louise a déployé des trésors d’imagination pour voir les choses différemment. Lorsqu’ Adrien la rencontre, c’est une femme qui appelle son chien Le-Chat, qui passe du tu au vous comme bon lui semble, qui nomme une compote marbre coco parce que c’est le jour des rimes en « O »… Adrien aurait pu prendre ses jambes à son cou mais il n’en a rien fait et bien au contraire, il a eu enfin le sentiment d’être arrivé à bon port usant de l’amour de Louise comme d’une seconde peau pour le réchauffer et le protéger.
Dix années de bonheur partagé, de folie douce et d’amour inconditionnel, jusqu’au jour où deux événements viennent bousculer ce précieux équilibre : la mise au placard d’Adrien par son entreprise et le cancer de Louise. Adrien, qui se laissait jusqu’alors porter par le regard décalé et coloré de Louise sur la vie, décide de prendre le relai et invente pour elle un univers tenant autant que faire se peut la maladie à distance. Pour cela, il renonce à aller travailler dans la zone écartée qu’on lui a attribuée, sans collègue, sans ordinateur ni téléphone… un placard si isolé que personne ne réalise que ce salarié fantôme ne vient plus. Onze mois durant lesquels Adrien aura donc perçu un salaire sans travailler, ce qui le conduit finalement au tribunal… C’est en ce lieu si solennel que débute le roman où Adrien va devoir expliquer les raisons de sa conduite à un président de tribunal aussi peu conventionnel que les autres personnages du livre.
Odile d’Oultremont se révèle incontestablement une auteur au style aussi poétique et coloré que l’univers de son livre. Ce premier roman regorge en effet d’expressions inventives et percutantes, d’un vocabulaire riche et farfelu à souhait à l’image de Louise … un vrai bonheur de lecture ! Loin d’avoir d’être un feel-good, ce roman fait partie de ceux qui nous font pourtant voir la vie autrement, où malgré les difficultés du quotidien, observer les choses sous un autre angle peut les rendre beaucoup plus supportables, définitivement. – Julie Vasa
                                                              __________________
Loufoque, barjo, déjanté, anticonformiste, oserais-je dire humour belge?
C’est un couple tout à fait improbable : lui petit employé, solitaire, introverti style bonnet de nuit, elle artiste méconnue, extravertie et complètement folle-dingue. Les contraires s’attirant ce sont quelques années de bonheur fou, loin de toutes contingences matérielles. L’écriture est pleine de couleurs, d’insouciance, de gaîté. On est happé par l’extravagance de la femme. Et voilà que survient la maladie, mais tout continu pour elle comme si de rien n’était.
Au milieu du livre j’ai failli arrêter ma lecture, tout avait été dit et il n’y avait guère de suspense, ce n’étaient que des redites du loufoque et puis c’est reparti avec entrain et j’ai pris plaisir à le terminer.
C’est évident que ce roman nous montre qu’il faut prendre la vie avec plus de légèreté. L’humour, un brin de folie aide à vivre le quotidien que l’on prend toujours trop au sérieux. Face à la maladie l’optimisme et le déni sont nos meilleurs atouts même quand l’issue est fatale. Mais ce n’est certainement pas un livre que je ferais lire à un malade qui souffre et lutte contre ce foutu cancer, la souffrance physique y est trop niée. – Françoise Floride Gentil
                                                               ____________________
La seule façon raisonnable de vivre en ce bas monde, c’est en dehors des règles. » Louise, peintre, a décidé de mettre de la couleur dans sa vie, tous les jours. D’appeler son chien, « Le Chat », de vivre le présent pleinement. De décréter les jours en A ou en O, c’est plus rigolo. Le conformisme très peu pour elle. Louise est un Pierrot solaire qui éclaire son monde.
« Elle ne se souciait pas de la minute qui suivait, mais du moment, de l’exacte seconde où les choses se situaient. « Etre là », c’était sa came, sa défonce, son jus viscéral ». Adrien, lui est réglé comme une horloge suisse, petits parcours bien planifiés, optimisés pour aller au bureau, faire la tournée des clients. Employé-modèle, petite vie rangée. « ce bureau était sa niche. Il y entrait le matin à 9 heures, triait jusqu’à 11 heures les coups de fils à donner et vérifiait le matricule des clients qu’il irait visiter. » Ces deux là, n’étaient pas fait pour se rencontrer mais mieux, ils étaient faits l’un pour l’autre. Seulement voilà, le sort en a décidé autrement, pas eux. Sourire toujours c’est le credo de Louise, en toutes circonstances, le sourire et le rire aide la chimio a mieux agir, Adrien à ne pas sombrer. La plume pleine de poésie, le verbe choisi aident à entrer de plain-pied dans l’univers parallèle de ce couple « déjanté ». Bien sûr, les attitudes loufoques, hors normes, ne sont que prétextes à nous dire qu’on peut choisir le bonheur. Choisir son bonheur, tant pis pour les bien-pensants qui n’y comprennent rien, qui jugent. Peut-on, comme le petit juge Albert Vaxe, rationaliser une situation ubuesque et y appliquer une sanction, quand l’ultime vous a déjà été infligé ? Un roman plein de tendresse, d’émotions, de poésie, pour parler de sujets cruels comme le placement d’Adrien en position d’être inutile chez « Aquaplus », le reléguer en un lieu qu’aucun autre employé de l’entreprise n’a foulé ; du cancer de Louise qu’elle va traiter avec fantaisie comme à son habitude. Nul pouvoir pour ces deux-là, face à la situation, mais ils la vivront ensemble avec courage et inventivité. Ce roman est une bulle d’émotions, du Champagne. Une ode aux petits bonheurs du quotidien, au choix de voir le verre à moitié plein en toutes circonstances surtout les pires… de se moquer éperdument de la norme. Avec brio et justesse, sans lasser malgré les loufoqueries, l’auteure vous embarque dans une histoire lunaire éclairée par le procès d’Adrien, auquel on ne comprend pas grand-chose au début, mais qui clarifie l’histoire au fil de la lecture. Je suis orpheline de la pétillante Louise.
De ces histoires mille fois racontées : un homme, une femme Cha bada bada… elle crée les déraisons à adopter pour tout affronter, vivre mieux la grisaille, la maladie, la désobéissance. Devenir Dorothy pour voir au-delà de l’Arc-en-ciel. Ce livre donne envie d’aimer la vie, tout simplement ! – Laurence Lamy
                                                        ____________________
C’est l’histoire d’un amour fou, un amour surréaliste que n’aurait pas renié André Breton.
Louise et Adrien, Adrien et Louise, une couple fusionnel qui traversait la vie en métamorphosant chaque instant en bulle de bonheur pétillante et joyeuse, jusqu’à l’annonce du cancer qui ronge les poumons de Louise et coïncide avec la restructuration de l’entreprise où Adrien est employé.
C’est le récit d’un procès, celui d’Adrien, mis au placard, qui décide un beau jour de ne plus aller travailler pour s’occuper de sa bien-aimée et remettre de la couleur dans un quotidien devenu gris.
C’est le portrait déchirant d’une femme libre qui rêve éveillée sans se soucier de la bienséance ou du qu’en-dira-t-on, et se battra jusqu’au bout, l’imaginaire en bandoulière, jusqu’à son dernier souffle.
C’est un roman qui rappelle L’écume des jours de Boris Vian, un livre dur et doux à la fois, puissamment sensible, dont la petite musique de nuit, entêtante et mélancolique, résonne encore longtemps après l’avoir refermé, intimant l’ordre de vivre le moment présent encore plus haut et plus fort…
Soyons déraisonnables, voulez-vous ?   – Catherine Pautigny
                                                          ___________________
Et….
Découvrez comment Charlotte Bouteloup a résisté avant de se laisser emporter …
pourquoi Hélène est restée en dehors du récit…
comment Sabine a succombé à la poésie qui se dégage de ce roman…
pourquoi Anne a été à la fois charmée et gênée…
comment Annie s’est laissé happer dès les premiers mots…
pourquoi Nathalie Cez a eu un mal fou à suivre ces personnages …
comment le cœur de Joëlle s’est emballé…
pourquoi la rencontre avec Sonia ne s’est pas faite…
comment Anne Leloup est tombée en amour pour ce livre…
comment Héliéna a abordé ce roman singulier…
                                                         _____________________
Sans oublier la chronique radio de Charlotte Milandri sur France Bleu Maine.

Les Rêveurs – Isabelle Carré

Il a fallu des dizaines d’années à Isabelle Carré pour ressortir ses cahiers remplis à l’adolescence et trouver enfin le déclic pour se lancer dans l’écriture de ce premier roman. Un roman, et non pas un récit même si les repères autobiographiques sont bien présents. L’auteure le dit elle-même, dans un sourire, sa narratrice n’est pas elle… pourtant, à en juger par les retours des lecteurs, difficile de ne pas englober dans la lecture de ce livre l’image que chacun a ou se fait de l’actrice. Ô délices de la fiction !

Les Reveurs

Quand on évoque Isabelle Carré, ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent : solaire, lumineuse, discrète. Comme si le soleil était discret ! Pourtant c’est vrai que cette actrice qui a une bonne quarantaine et ressemble toujours à une jeune fille nous émeut et nous touche par son apparente fragilité, son sourire à la fois pudique et radieux (décidément, on ne peut s’empêcher d’utiliser un vocabulaire solaire!), son regard franc et direct qui se plante dans vos yeux avec une désarmante sincérité. Alors, puisque tout semble si clair, pourquoi a-t-elle éprouvé le besoin de nous livrer ses souvenirs ? Comme pour, peut-être, rétablir une certaine vérité…
Et elle a bien fait car nous découvrons que cet aspect lisse et apparemment simple cache un passé difficile, une enfance traumatisante, une adolescence perturbée, des premiers pas compliqués dans le début de l’âge adulte.
On est toujours l’héritier de ses parents, on reçoit en héritage leurs forces mais aussi leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs manques. Et sur ce point, la petite Isabelle n’a pas été épargnée avec une famille maternelle très « fin de race » mais qui tient à préserver son image d’aristocrate en jetant dehors la fille déshonorée, sa propre mère. Une mère qui donc va toute jeune devoir s’occuper d’un enfant non désiré, et d’elle-même aussi, sans y avoir été le moins du monde préparée. Un autre enfant (Isabelle) d’un nouveau compagnon, puis encore un et une vie qui, enfin, semble se stabiliser.
Mais rien n’est si simple, et les déchirures continuent : problèmes de santé mentale pour la mère qui manque de jeter sa fille par la fenêtre, traumatisme ensuite quand elle apprend que son mari est homosexuel (à une époque où c’est encore une maladie qu’on « attrape » !!) et qu’elle le chasse. Isabelle se retrouve à 14 ans dans un internat psychiatrique après une tentative de suicide, mène une vie d’adolescente perturbée, désespérément seule. Son père lui offre, pour ses quinze ans, le droit d’habiter seule dans son studio ! A quinze ans ! C’est un miracle qu’elle n’ait pas totalement dévissé.
Ce qui l’a sauvée, c’est sans aucun doute son désir de se réaliser en tant qu’artiste, par la danse d’abord – qui lui sera refusée en raison de sa jambe abîmée par un accident – par le théâtre et le cinéma ensuite.
Les confidences d’Isabelle Carré sont touchantes, écrites avec une grande simplicité de ton, sans pathos ni complaisance, et on ressent chez elle une grande sincérité. Le texte est, de façon précieuse et jolie à la fois, émaillé de références au cinéma et au théâtre et s’accompagne d’une bande-son variée et plaisante qui vient le compléter.
On a juste envie de remercier Isabelle pour ce cadeau qu’elle nous fait, entre autobiographie et souvenirs reconstruits, accompagnés d’une réflexion permanente sur ce qui a été, avec une prise de distance très mature et solide. On ne peut que lui souhaiter le meilleur, pour elle et la famille qu’elle a fondée. – Evelyne Grandigneaux
                                                                            ___________
Les raisons pour lesquelles un roman vous enrobe sont tout à la fois indéfinissables et précises. Isabelle Carré, dans ce premier, nous raconte sa famille, son enfance, comment elle s’est construite dans un bric-à-brac familial d’âmes en peine, en lutte pour survivre, au combat pour la liberté d’être et la sauvegarde des rêves, des plus objectivables aux plus fous… La fantaisie, si elle ne protège pas des dénis, des malentendus et des blessures, si elle ne sécurise pas toujours les enfants et camoufle grossièrement la détresse, exulte aussi des qualités humaines et créatrices en frayant un chemin aux possibles. Dans un flou de couleurs vives, un bazar joyeux et inventif, au milieu de repères familiaux éclatés et opposés, Isabelle Carré nous démontre dans ces lignes comment les carences et les renoncements étouffent, aliènent mais agitent aussi tout au long de l’existence pour expulser la pulsion vivante laquelle peut réussir à se faire entendre dans l’exaltation sensible des rêveurs.
Cette lecture n’a pas été un choc… Non ce fut plus doux, plus discret, si ténu que je n’ai pas vu venir l’étau qui se resserre autour de la gorge et du cœur, que je n’ai pas vu se coulisser les nœuds comme autant de connexions dans votre réseau interne. Ce livre a procédé à la façon d’un parfum, à la fois étranger et intime, une fragrance, une senteur envolée par le vent, laquelle console, intrigue et aussi réveille les souvenirs, les tendres et les incisifs. En respectant le non-code du langage inconscient, en balayant le temps chronicisé et social, en déroulant un fil de soie hors des balises raisonnées mais au gré des souvenirs, des interrogations suscitées et des évidences enfin soulagées, Isabelle Carré se livre sous la forme d’un puzzle éparpillé, un rébus sans logique narrative mais où tout est à entendre comme un réel porteur de sens : un rêve. Non pas un monde rêvé, il ne s’agit pas là d’un enchantement, ni d’un beau. Elle nous charme en nous promenant dans ses réminiscences retrouvées et imaginées, elle écrit avec la langue propre au rêve, indéfinissable et précise, avec des trous, des non-réponses, des mystères au moyen d’images, de communs, de musiques, ce qu’il y a d’elle, des autres et donc de soi au détour d’une page. Je suis sortie de cette lecture comme on se réveille au petit matin d’une nuit pleine de songes, habitée, infusée : à la fois triste et moins seule, nostalgique et pleine d’espoir, touchée et amusée, irritée que mon centre ait été gratté, bousculée et reconnaissante de me sentir en vie d’avoir des rêves encore…
Ce méli-mélo de ressemblances et dissemblances entre l’auteur et moi m’a chahuté et est certainement pour beaucoup dans la réception percutante de ce premier roman. Mais c’est au-delà de la simplicité des mots, des phrases, c’est au-delà que ça se passe : dans la vérité d’un dire qui surgit grâce à une écriture désarmante d’authenticité, désarmée de toute séduction, juste là, si honnêtement là pour le lecteur, à sa rencontre – « …j’écris pour qu’on me rencontre ». C’est dans l’au-delà d’une écriture épurée et légère, d’une histoire ni revendiquée ni défendue, parce que cela EST ; et parce que dans ce récit de vie, il y a passage de témoin d’une parole, d’une parole pleinement humaine, d’une singularité qui nous rappelle à soi. – Karine Le Nagard
                                                                              ______
Isabelle Carré nous dévoile l’histoire de sa vie, sa jeunesse et l’univers compliqué dans lequel elle a grandit. Il est difficile de se construire dans un univers aussi particulier. Entre une mère dépressive sombrant de jours en jours et un père quittant le domicile familial pour tenter d’assumer son homosexualité cachée depuis toujours.
Une lecture agréable, un style simple et efficace. Un roman qui se lit facilement. Toutefois je n’ai pas plus accroché que cela. Peut-être était-ce trop intime pour moi ? J’ai plutôt perçu ce roman comme une thérapie pour l’auteure. Une lecture agréable mais pas un coup de cœur. – Nina Busson Boulonne
                                                                            _______
Deuxième lecture de cette sélection et l’enchantement continue.
Il faut dire que pendant toute la lecture j’ai eu dans ma tête le visage et le doux sourire d’Isabelle Carré. Maintenant je sais que ce sourire et cet aspect lisse taisent bien des drames et des questionnements. Elle appartient à une famille peu conventionnelle où les fêlures des mères se répercutent sur le devenir des enfants, où les parents sont plus occupés à se chercher qu’au bien-être de leurs enfants. Et pourtant il y a beaucoup d’amour dans cette famille et la fratrie semble très unie. Mais pour les enfants de cette famille déjantée il est difficile de se construire et le rêve c’est la normalité
Isabelle Carré se raconte sans jamais se plaindre, ne juge pas, seulement constate avec une grande sensibilité cachée derrière son humour. Pour ce qui est du style j’ai été perturbée par le passage du « il, elle, les enfants… » au « je ». On passe aussi d’une époque à l’autre sans bien en comprendre la raison, il n’y a pas de chronologie, c’est un peu fouillis.
J’ai dévoré ce livre mi-mémoire mi-roman mais je me demande si j’aurais aussi bien adhéré à ce récit si l’auteur avait été un total inconnu. – Françoise Floride Gentil
                                                                             _______
Entrer dans la galaxie des « Rêveurs », c’est partir la découverte d’une famille romanesque et atypique, celle de la discrète et lumineuse Isabelle Carré. Un récit chaleureux et intimiste qui repose sur les souvenirs d’une enfance entre rêve et réalité, avec dans les rôles principaux le père artiste visionnaire qui cache une secrète inclination pour les hommes, la mère insaisissable qui possède la rare faculté de s’absenter du monde réel pour vivre dans le rempart de ses pensées, et les deux frères, dont l’aîné souffre d’une phobie de l’abandon liée à l’histoire de sa naissance.
Par petites touches impressionnistes et sans souci de chronologie, la trame se dessine et s’anime sous nos yeux ; notre héroïne grandit dans les années 70 où les lecteurs de la même génération retrouveront avec délice et nostalgie les slogans publicitaires et la bande-son de cette époque, la chronique douce-amère de la vie comme elle va, avec ses bonheurs et ses drames…
Un joli moment de lecture qui lève un coin de voile sur la vocation de comédienne d’Isabelle Carré, mais également sa capacité réparatrice à avoir une « ardoise magique » dans la tête qui lui permet d’effacer les épisodes douloureux, et son besoin de « cadre », elle qui a évolué dans cette famille post-soixante-huitarde où la liberté était le mantra.
A conseiller aux émotifs anonymes ! – Catherine Pautigny
                                                                           _______
Entre roman et autobiographie, Isabelle Carré nous invite dans les souvenirs de son enfance et de son adolescence, dans une famille marquée par les événements de Mai 68. Il est difficile de trouver sa place entre une mère mélancolique et un père qui va peu à peu glisser et se réfugier dans son homosexualité. Malgré la construction un peu confuse, nous reconnaissons bien dans son écriture la délicatesse, la pudeur et le côté solaire d’ Isabelle Carré. Un livre agréable qui permet à son auteur de se dédouaner des interrogations de son enfance, mais avec un sentiment de déjà lu, et avec le souhait de retrouver et lire Isabelle Carré dans une vraie fiction. – Philippe Hatry
                                                                           _______
« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le de suite. Faites- le pour moi et pout tous ceux qui grâce à in flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »
Je pensais connaitre Isabelle en tant qu’actrice, qui est lumineuse, gaie, enjouée et encore enfant. Belle surprise pour ce premier roman auquel je ne m’attendais pas du tout. Élevée dans une famille déglinguée : une mère mélancolique voir dépressive et un père homosexuel, il est difficile de trouver sa place. Elle aurait pu sombrer après une tentative de suicide, mais la danse en premier (malgré sa jambe atrophiée) et ensuite le théâtre et le cinéma la sauveront
Elle nous raconte son histoire comme un rêve, aucun pathos dans une écriture simple, poétique, sensible.
Livre très touchant.
« Je rêve surtout de rencontrer des gens. Je n’ai jamais trouvé simple de faire connaissance, ailleurs que sur un plateau. Mais on se quitte une fois le tournage ou la pièce terminée, et on ne se revoit jamais comme on se l’était promis…Alors je m’offre une seconde chance, j’écris pour qu’on me rencontre. » – Joëlle Radisson
                                                                        _________
« J’approuve Isabelle d’avoir fait la part belle aux impressions, d’avoir privilégié les émotions aux faits. L’exactitude n’est pas de mise. Elle nous aurait rendu voyeurs. La poésie de son écriture réussit au contraire à nous emporter vers un ailleurs. Alors ne cherchons pas à débusquer ce qui est rigoureusement vrai. D’ailleurs je n’ai pas suivi toutes les étapes. »…. Lire le billet complet de Marie-Claire.
                                                                        __________
Si vous sentez toujours dans vos chairs, la morsure de l’enfance, son goût de philosophie, d’innocence et ses couleurs ondulantes, alors, « Les Rêveurs » vous emportera, comme il m’a transportée.
Isabelle Carré offre au lecteur, très justement, un flashback vers l’émotionnel oublié : celui de la place de l’enfant au sein de sa famille, ses parents, sa fratrie et aussi ses joies et ses tourments.
Beaucoup de sensibilité effleure les pages de ce premier roman, sans artifice. J’ai ressenti une justesse liée à une plume-amie, réconfortante, qui s’offre aujourd’hui à d’autres lecteurs que l’auteure, elle-même.
Après la fermeture du roman, c’est une ouverture sur soi qui surgit. Le « je », ici, semble universel et pourrait plaire aux plus réfractaires.
J’apprécie l’immersion de ce texte dans les années sombres, ou dansantes, de cette tranche d’âge. Et l’importance de la résilience, ici à travers le théâtre, garantie une issue possible, pour le corps et de l’esprit, face à l’héritage culpabilisant de la structure familiale, ou encore face à l’enlisement du questionnement récurrent de l’enfance et l’adolescence , jusqu’à ce que tout l’être s’épanouisse comme une fleur au soleil. C’est ce parfum de l’insouciance qui s’évapore, une fois la dernière ligne avalée. – Anne Richard
                                                                        _________
Le premier roman d’Isabelle Carré est construit comme une promenade dans le temps, les lieux et les émotions, sans ordre et sans logique.
Mais pourquoi pas…
Les drames s’y succèdent, il n’en manque presque aucun : abandon, ruine, maladie, suicide, folie, incarcération, séparation, humiliation, désespoir, violence. Au point que je me suis surprise à espérer que l’histoire n’était pas (trop) autobiographique, par empathie envers la petite Isabelle. Tous ces flots de souffrance dont on espère qu’ils vont laisser place à une lueur dans la nuit finissent par mettre mal à l’aise.
Alors certes la pensée magique de la petite fille dévastée la maintient dans la vie, nous voilà soulagés. Mais on quitte cette histoire assommés, tristes et plongés dans une réalité crue, moche, chaotique.
Chaque chapitre ferme une porte, nous voilà vite cernés, prisonniers d’un cul-de-sac.
Si l’on ne connaissait pas l’auteure par ailleurs grâce à son formidable talent de comédienne, on serait franchement inquiets pour la suite.
J’aurais finalement aimé que ce flot de traumatismes, très bien écrit par ailleurs, soit l’œuvre d’un inconnu ; tant de situations désespérantes à la file, pour moi, n’ont pu que générer…du désespoir. Heureusement pendant toute la lecture, j’ai eu en tête que la petite Isabelle allait bien, eu égard à son parcours professionnel connu dès avant le premier chapitre.
Je ne suis pas sûre qu’il en serait allé de même, si ce n’avait pas été écrit par Isabelle Carré. Autrement dit, (et je suis probablement influencée par ma profession de psychologue), je crois que ce premier roman manque à sa promesse dans le sens où la misère psychologique autobiographique est supportable si l’on donne de l’air ; ici, je me suis étouffée. – Estelle Beaulieu-Dufils
                                                                     _____________
J’ai été déstabilisée par l’entrée en matière. Trente longues pages de début de roman qui m’ont semblé obscures. Pourquoi ne pas avoir nommé clairement sa mère ? Difficile aussi de situer ce roman autobiographie, fiction ? Une mère qui dans son rêve ne s’apercevrait pas qu’on lui a arraché son enfant dans la rue. Une famille « dentelles et château » qui ne vit que dans le regard des autres. Exiler leur fille à Pantin par peur du « qu’en dira-t-on » ? La rejeter parce qu’elle a refusé de s’inscrire dans leur histoire. Parce qu’elle a choisi de garder l’enfant. Un père amoureux de l’élégance de sa mère. Une mère éthérée, les yeux perdus dans le vague. Une famille qui aurait pu toucher au bonheur, qui le recherche. Un récit décousu comme la famille. Une sensibilité à fleur de pages, une écriture poétique. Je n’ai pourtant pas réussi à apprécier pleinement ce récit de la recherche de soi des parents, de sa recherche de structure de l’auteur au milieu de cette joyeuse pagaille familiale, même si on ressent beaucoup de sincérité dans l’écriture d’Isabelle Carré. J’ai été touchée par le dévoilement délicat des blessures, des épisodes suicidaires, puis enfin la découverte d’un socle solide semble avoir été trouvé au théâtre pour vivre pleinement. Peut-être réconciliée avec le passé pour s’ouvrir à l’avenir, construire sa famille. – Laurence Lamy
                                                                   ___________
Également les billets des lecteurs sur leurs blogs avec un large panel de ressentis : « une très belle lecture » pour Anne Leloup, « une belle leçon de vie désordonnée » pour Olivia Cheucle, « une déception » pour Annie, « des mots qui créent une distance » pour Claire, « un texte lumineux et plein d’espoir » pour Héliéna, « un récit émouvant » pour Joëlle, « un roman d’apprentissage étonnant et détonnant » pour Henri-Charles, « un roman lumineux » pour Sabine, « une rencontre touchante, pleine de grâce » pour Nicole

Eparse – Lisa Balavoine

On aurait pu l’intituler « Fragments d’une vie amoureuse » puisque c’est à travers des fragments, des mini scènes, des listes ou des flashs que la narratrice se livre à une sorte d’inventaire, de bilan de sa vie de femme, une vie forcément marquée par les relations amoureuses. Un premier roman très autobiographique qui semble faire mouche.

Eparse

« Les émotions, l’exaltation, le sourire permanent au coin des lèvres qui accompagne le critique au moment de rendre compte d’un bonheur de lecture sont quelquefois de terribles ennemis. Car se pose alors la question : « comment pourrai-je au mieux rendre compte de l’originalité de ce livre, du plaisir rencontré au fil des pages, de ce lien invisible mais très solide et très exclusif qui s’est créé entre Lisa et moi. D’ailleurs, ai-je vraiment envie de le partager, de rajouter le nous après le toi et moi ? Comme l’égoïsme est un vilain défaut, voici les clés de plus original des romans de cette rentrée. »… la suite sur le blog d’Henri-Charles Dahlem (et oui, même les hommes succombent on dirait…)

                                                              _______________________

Lisa est une jeune femme comme on en connait tous, qui nous ressemble beaucoup… aussi… peut-être…
Lisa est une fille, une femme, une mère, une amante…
Lisa a des doutes, des espoirs, des peurs et des souvenirs plein la tête…
Lisa aime ses enfants, son mari, ex-mari et les hommes de passage…
Lisa nous touche et nous fait rire, elle nous énerve et nous rappelle que la vie est courte, qu’elle est pleine de rebondissements et que le chemin n’est jamais tracé droit…
Lisa Balavoine signe ici un très joli premier roman ! Avec une écriture particulière, tant dans la forme que dans le fond, elle partage sans fard sa vie et ses pensées. Entre larmes et sourires, entre souvenirs et envies, elle est une femme simple et une amie sincère.
On se plairait bien à l’appeler tiens, ou à lui proposer un café. Juste histoire de discuter, de tout et de rien, des choses sérieuses et des trucs qui font rire, des enfants et des hommes… Et puis, de la peur du temps qui passe…   – Audrey Thion
                                                                ________________________
Avec des coq-à-l’âne en pagaille et un rythme proche du zapping, Éparse nous éparpille, charge à nous d’y mettre le sens que l’on veut ; c’est en cela que le roman de Lisa Balavoine est une exhortation.
Soit on entre dedans de plain-pied et on suit le rythme effréné, soit on reste à l’extérieur et on court derrière une narratrice qui sème des cailloux et n’est jamais là où on l’attend.
Invité(e)s dans son grand huit, mi-course d’orientation mi-marathon, errance et vitesse, on subit des enchaînements impromptus, fourbus, et pas le temps de se reposer.
Il a sans doute autant fallu de souffle pour écrire Eparse qu’il en faut pour le lire. Féminin jusqu’au bout, parfois cru, on s’engouffre de gré si possible dans le journal de bord d’une vie qui fait comme elle peut.
Transgénérationnel, un peu ; narcissique, pas mal ; cash, c’est sûr ; authentique, assurément.
Bienvenue dans un roman sans noms, sans dates, sans logique, sans trame ; haché menu, de flashbacks en sentences, listes et citations à l’appui, le discours est capricieux et d’une justesse remarquable. Un peu comme la vie nous oblige à l’être.
Qui m’aime me suive, semble nous dire Lisa Balavoine.
J’ai aimé, et j’ai suivi.  – Estelle Beaulieu-Dufils
                                                               __________________________
D’emblée, le titre de ce premier roman de Lisa Balavoine, Éparse, m’intrigue car il évoque pour moi la dispersion et le désordre ; dans mon imaginaire personnel, ce sont les débris d’un objet brisé qui s’éparpillent ou alors un contenu échappé de son contenant qui se répand… Dans tous les cas, c’est quelque chose que l’on a du mal à rassembler, à récupérer.
Ce roman est une succession de récits, très courts ou un peu plus longs, entrecoupés de citations ou de définitions (originales, à découvrir). C’est la vie d’une femme qui se raconte, s’interroge, se souvient, pleure, rit, regrette, espère, aime, n’aime plus, baise, élève ses enfants, ne supporte plus sa mère, travaille… Le JE est le sien, le nôtre, pourrait parfois être le mien.
L’écriture est fluide, addictive mais attention ! Il ne faut lire trop vite, ce serait dommage… J’ai fait assez vite le choix délibéré de fractionner ma lecture en trois jours (il ne faut pas garder les livres trop longtemps chez les 68 !) pour mieux en profiter. L’écriture a l’air facile, comme si elle coulait de source, mais attention encore une fois : ce n’est pas donné à tout le monde de savoir mettre le quotidien en mots… Il y a une mélodie, un rythme, un ordre particulier dans ces passages épars ; il y a un souffle, une respiration, une poésie… Quand vous lirez ce livre, essayez d’en dire des extraits à voix haute et vous verrez comme cela sonne juste et beau.
Lisa Balavoine joue avec le langage, le réinvente, qu’il soit trivial ou soutenu. Elle bouscule la chronologie, retrouve les moments épars au fur et à mesure, sans trame clairement définie. Elle a de l’humour. Elle fait preuve de délicatesse pour ses lecteurs, ménage beaucoup de pauses ; ainsi, on peut s’arrêter, relire un paragraphe, vérifier une référence, fredonner une chanson, laisser venir un souvenir… Elle s’amuse avec la musique des mots, les sonorités, les catégories sémantiques : ainsi, elle peut n’utiliser que des verbes à l’infinitif, construire toutes les phrases d’un passage de la même façon, balancer des suites de questions, user et abuser de l’anaphore…
L’auteure est à l’aise dans toutes les situations, érotiques notamment. Elle se met à nu, se livre, se raconte, se donne à lire. C’est courageux, fort…
L’intertextualité est très musicale : ce livre a une bande son. Parmi les auteurs cités, il y a Gaston Miron et Virginia Woolf, je suis donc comblée… La narratrice est une grande lectrice, elle sait me parler, me toucher, m’émouvoir, me faire rire, me faire douter, m’agacer parfois… Son premier roman est un peu inclassable ; c’est bien plus qu’un portrait de femme, que des tranches de vie, qu’un inventaire (à la Balavoine ?)…
Une question me taraude : ce livre n’est-il que pour des lectrices ? Comment les quelques lecteurs des 68 vont-ils réagir à cette lecture ? Affaire à suivre.
En conclusion : j’ai adoré ! Je recommande.  – Aline Raynaud
                                                                     _________________________
J’aurais tant aimé aimer ce livre que la majorité a tellement apprécié, assurément une lecture formidable en perspective,
J’aurais tant aimé honorer les fées passeuses de livres pour avoir déniché une pépite, un livre que je n’aurai de cesse d’évoquer,
J’aurais aimé être emportée par les tourments de Lisa BALAVOINE, ses douleurs, ses joies, sa difficulté à être une bonne mère, une bonne épouse, une amoureuse inoubliable, à s’accepter, à s’aimer tout simplement,
J’aurais tant aimé m’identifier à l’auteure, m’émouvoir, la réconforter en pensée et lui dire tout bas qu’elle n’est pas si différente des autres femmes,
Hélas, la magie n’a pas opérée, j’ai découvert au fil des pages les fragments de ses tourments que je n’ai pas réussi à rassembler ; pourtant l’époque qu’elle évoque m’est familière, les mots inventés sont touchants, belle trouvaille que la nostalgymnastique ; j’ai poursuivi la lecture comme on feuillette un magazine picorant ci et là quelques passages désopilants ou terriblement réalistes. A aucun moment je n’ai reconstitué le puzzle.
Je quitte cette lecture désappointée, un peu en retrait face à l’engouement général avec le vague à l’âme, le regret d’avoir peut être loupé quelque chose. – Nathalie Chartier Salou
                                                                      _______________________
« Ce roman est un LTNC : Livre Touchant Non Classable. »… c’est Laurence Lamy qui le dit et elle raconte pourquoi dans son joli billet.
                                                                       ______________________
Eparse! Je viens de refermer ce premier roman de Lisa Balavoine. Une véritable claque! Mais en parler n’est finalement pas si facile. J’ai trouvé cette lecture si intime, si personnelle. Mes idées et mes sentiments sont confus et me viennent pêle-mêle. Un peu comme le roman en fait! Et j’ai lu et entendu tellement de belles choses sur ce roman.
Lisa est une femme actuelle, contemporaine, la quarantaine, mère de trois enfants et récemment divorcée. Blessée, elle se demande où elle a bien pu merder pour en arriver là. Seule, elle a peur de cette nouvelle solitude. Peur, elle a aussi très peur de vieillir. Elle regarde sa vie derrière elle. Elle regarde aujourd’hui les premières rides qui pointent aux coins des yeux. Alors, elle court, elle court. Mais après quoi court-elle ainsi? Après les relations d’un soir, après un possible nouvel amour. Tout en revenant sans arrêt avec nostalgie sur son passé, ses souvenirs. Et tout cela en musique! J’ai eu tellement envie de lui dire STOP! J’ai eu tellement envie de lui dire pose toi, décompresse, profite de tes moments de liberté retrouvée pour vivre!
Dans ce premier roman, Lisa Balavoine nous livre des fragments, un pêle-mêle, un puzzle, un kaléidoscope de sa vie. Des morceaux de vie du passé, du présent à assembler entrecoupés de définitions de mots totalement inventés, de paroles de chansons, de films, de citations d’auteurs, de paroles de proches. Il n’y a absolument aucune chronologie. Il n’y a pas de chapitre. A chaque lecteur de tenter de reconstituer le puzzle. C’est complètement original. Un peu déroutant aussi. Mais pour moi, c’est aussi cela la lecture. Sortir des sentiers battus, des standards et découvrir des choses différentes et originales.
J’ai, à quelques années près, le même âge que Lisa Balavoine. Je suis une maman comme elle. Avec Lisa, j’ai retrouvé mon époque. Je me suis retrouvée dans certains passages. Je me suis sentie si proche d’elle. Avec l’envie de communiquer avec elle et de lui donner des conseils. C’était bien agréable! Revivre des bribes de sa propre vie, des pensées, des sentiments. C’était intime et tellement personnel!
Tentez l’expérience! N’hésitez pas! Difficile de dire pourquoi. Mais la force de ce roman est de permettre à chaque lecteur d’y trouver quelque chose quelque soit son âge, sa vie, ses expériences et ses souvenirs.
Le texte est magnifique, profond, cru et violent aussi par moments. Une belle écriture très actuelle et dynamique. Un harmonieux et habile assemblage de mots. De nombreuses phrases que l’on a envie de retenir, de noter, de conserver pour avoir la possibilité de les relire plus tard. Et souvent.
Un roman original, intimiste, nostalgique, musical, cru et puissant. Une auteure prometteuse à suivre. – Emmanuelle Mentec
                                                                   _____________________
« J’affectionne ces instantanés de réalisme pur, cette écriture qui sème de la poésie dans les moments bruts. J’aime ces romans qui se prêtent à cet exercice de l’intime et non de l’imaginaire, j’aime par-dessus tout les auteurs qui mettent le doigt sur les détails a la fois insignifiants et significatifs du quotidien. » … tout petit extrait du billet d’Agathe Ruga à retrouver en intégralité sur son blog.
                                                                    _____________________
Si j’avais feuilleté ce « roman » en librairie, c’est garanti, j’aurais passé mon chemin vite fait. Mais comme il fait partie de la sélection je l’ai ouvert sans en connaître le fond ni la forme (c’est comme ça que j’accueille tous les romans de ce challenge). Et la forme que prend ce récit, généralement, ce n’est pas quelque chose qui me plait : une suite de chapitres qui ne s’inscrit pas dans une narration continue. Ce sont plus des réflexions, qui portent sur Lisa Balavoine, sur Lisa Balavoine et encore Lisa Balavoine.
Sauf que.
Finalement, cette Lisa Balavoine, ça pourrait être toi ou moi ou elle, ou même lui. Elle a 40 ans et constate ce qui a été et n’est plus, son corps, sa vie personnelle, ses envies. Mais aussi ce qui est et n’avait encore jamais été et qui n’est pas si mal que ça. Ses trois enfants qui grandissent et s’affirment par exemple. Elle nous parle de sa féminité, de l’image qu’elle a d’elle, de sa relation à sa mère, au père de ses enfants, aux hommes qu’elle rencontre.
Sauf que.
Il y a l’écriture. Si cela avait été mon exemplaire, j’aurais mis des post-it partout. Lisa Balavoine arrive à mettre les bons mots sur des émotions, elle est pleine d’esprit, c’est un régal de lecture.
Tous ces gens qui déclarent : « J’ai l’impression de passer à côté de ma vie. » Je me demande quelle destination ils choisissent à la place.
J’ai aimé les libertés qu’elle prend avec la grammaire pour coller au plus près de ses pensées.
On chagrine, on âme en peine, on perte des repères, on accidente cérébral.
Au départ, le récit est empreint de nostalgie, de ce qui ressemble à des regrets. C’est peu joyeux. Et petit à petit, à mesure que Lisa Balavoine dresse un pseudo bilan, tout ce qui est beau et vaut la peine de vivre ou d’avoir été vécu transparait. Les mauvais moments deviennent seulement des souvenirs, ce qui font qu’on est devenu la personne qu’on est.
J’ai aimé sa vision de l’amour, qui n’est pas qu’on est destiné à vivre des jours monotones auprès du même homme toute sa vie. Mieux vaut des jours extraordinaires avec plusieurs hommes et se quitter quand ça ne vaut plus le coup. [ Je rassure le mien au passage : non, ce n’est pas un message subliminal !]. Il faut du courage pour se rendre à l’évidence quand ça ne va pas, et Lisa Balavoine n’y voit pas un échec, plutôt une nouvelle chance à saisir.
Au final, c’est un cheminement que l’auteure fait vers elle-même, et j’ai trouvé que c’était bien construit, bien écrit. Ça m’a énormément plu, contre toute attente ! – Vanessa Natiora
                                                                   ___________________
« Je fais tous les efforts possibles pour être sec. Je veux imposer silence à mon cœur qui croit avoir beaucoup à dire. Je tremble toujours de n’avoir écrit qu’un soupir, quand je crois avoir noté une vérité. » (De l’amour, Stendhal)
Je tremble donc de commencer ce « petit papier » sur le livre de Lisa Balavoine, Eparse .
Je crois que je ne vais pas être très originale. Mais, au fond, peu importe. Ce qui doit rester c’est le ressenti, ce que le cœur dicte à la main, non ?
J’ai beaucoup aimé Eparse. Pourquoi ? Il y a, d’abord, cette écriture toute particulière, des fragments de vie, posés, là, comme ça. Ils nous prennent et nous entraînent, soudain, bien plus loin que l’on aurait pu penser. Il s’agit d’un réel étourdissement ou l’autre devient soi et vice-versa. Il y a un véritable don de soi dans l’écriture de Lisa Balavoine. Je dois avouer que j’admire son courage. Elle ose tout, elle dit tout. Moi, qui tais beaucoup, j’ai trouvé cela assez déroutant au début, et puis, bien vite on décide de laisser tomber le masque et de se laisser aller à se reconnaître, un peu aussi dans tout cela…
D’ailleurs, elle évoque Stendhal dans son texte et, j’ai pensé, en fermant ce livre à la définition du roman qu’il donnait dans Le Rouge et le Noir « un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l’azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. »
C’est ça. Elle nous tend un miroir. Pas de filtre. On prend en pleine face. Cela fait sourire mais cela fait aussi grincer des dents, parfois. Il y a de la poésie là-dedans. De celle très viscérale, qui vous prend aux tripes. Une lecture grave et légère, donc. Une vie qui nous rappelle la nôtre.
« J’ai l’impression qu’en me défaisant de mon ancienne peau, celle du dessous me correspond vraiment. Je gratte, je creuse, je fore. Je cherche la transparence qui sera l’évidence ».
On cherche toujours : des textes comme celui de Lisa Balavoine nous aident, nous accompagnent à devenir qui l’on est, qui l’on aimerait enfin être…
Que rajouter ? Que reste-t-il après cette lecture ?
« Il reste un bonheur rare, une fulgurance dans la nuit, juste quelques minutes, une douce éternité. »
Ah, et puis, vient enfin l’heure de l’avouer…
« Moi aussi, j’ai hurlé « Patrick » un soir devant un type qui me donnait rendez-vous dans dix ans. »    – Mariline Moreau
                                                                      ________________________
Les avis d’autres lecteurs sont également à découvrir sur leurs blogs respectifs ou les communautés autour du livre : le boum de Sabine, le coup de cœur de Joëlle, la pépite de Nathalie, la déception de Sylvaine, la lecture agréable de Claudia, le boum boum de TLivresTArts

Faux départ – Marion Messina

Portrait moderne et attachant d’une génération un peu paumée, Faux départ est un premier roman qui diffuse lentement sa petite musique triste dans un décor où s’épanouissent les gris dans toutes leurs tonalités. Ce faisant, il saisit quelque chose de l’air du temps…

Faux depart

L’habit ne fait pas le moine, c’est bien connu et la couverture ne fait pas le roman non plus. Pourtant, elle me sert souvent de premier critère de choix pour mes lectures. Et j’avoue que celle du premier ouvrage de Marion Messina, « Faux départ » me plaît beaucoup. J’aime ce côté cour d’école, et cette marelle multicolore avec un CDI en guise de ciel.
Mais si la marelle est coloriée, le roman, lui, est plutôt un camaïeu de teintes sombres. Il raconte l’histoire d’Aurélie qui tente de s’extraire de ses origines modestes en traînant son ennui dans une fac de droit et d’Alejandro un jeune Colombien venu terminer en France des études commencées à Bogota car c’est bien pour un Colombien de posséder un diplôme européen. Ils se rencontrent sur le lieu de leur travail ou plutôt de leur petit boulot… il faut bien vivre. Pour le reste, il faut le découvrir.
Le livre ouvert, je n’ai pu le refermer avant d’être arrivée au bout. J’ai été entraînée par l’écriture, sèche, rapide, addictive de l’auteur. C’est étonnant, car comment peut-on être ainsi happée par une écriture aussi froide, digne d’un rapport de police ? Marion Messina ne fait pas dans l’eau de rose, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle nous dépeint au contraire le monde avec un pessimisme noir, sans fioritures, et ne nous cache rien des galères auxquelles sont confrontés les jeunes actuellement entre l’université « Pour l’immense partie des jeunes français, l’université était un choix par défaut, un univers où ils étaient parqués afin de ne pas faire exploser les chiffres du chômage. » les petits boulots plus humiliants que rémunérateurs « Elle avait postulé via le site de Pôle emploi à une annonce pour un poste d’agent de propreté en pensant à sa mère et avec l’affreux sentiment de valider les thèses du déterminisme de Zola, qu’elle avait toujours détesté. », les problèmes de logement, de transports et autres difficultés de la vie quotidienne pour ceux qui ne sont pas nés dans des draps de soie.
Même l’amour, qui ne réjouit au mieux que les corps, porte des lunettes noires. Et le portrait est bien désenchanté d’une jeunesse en quête d’idéal. S’il est vraisemblable que tout un chacun a un jour le sentiment d’être passé à côté de sa vie, c’est en général après l’avoir vécue. Ne pas avoir vingt ans et déjà imaginer avoir raté son existence est d’une grande tristesse.
Alors, même si je l’ai lu d’une traite, même s’il relève d’une étude réaliste de la société actuelle, même s’il est intrigant et cinglant, même si son écriture est décapante, ce récit me laisse un goût amer, sans doute parce qu’il ressemble à un cri d’alarme. J’aurais préféré continuer à croire que le monde est meilleur, que les jeunes sont heureux, heureux de vivre et d’étudier. – Geneviève Munier
                                                         ________________________
J’ai quelque difficulté à m’exprimer à propos de ce livre qui traite de l’ennui d’être étudiant en province, de la difficulté d’une insertion à Paris, sans travail, sans argent, sans logement. Du refus d’une gentille fille tout juste bachelière, de suivre la voie tracée par ses parents : réussir grâce aux études, puis vivre une vie bien réglée et sans histoire. Cette gentille fille se retrouve, en première année de Fac, amante passionnée d’un jeune colombien,  » devenu un branleur stricto sensu, la masturbation et la recherche du plaisir sexuel occupant l’essentiel de son temps libre. » Je suis restée extérieure , lu une accumulation de faits négatifs. Comme s’il ne fallait oublier aucun grief. Cela m’a paru davantage un dossier à charge qu’un roman. D’autant plus que des mots jugés importants sont écrits en italique. Pas d’empathie, donc. Les personnages secondaires m’ont paru plus consistants. – Mireille Le Fustec
                                                          ________________________

Sincèrement, j’ai cru en lisant les premières lignes que ce roman allait m’ennuyer. Grave erreur car je l’ai lu d’une traite. D’ailleurs Marion Messina ne nous en laisse pas le temps, on court derrière Aurélie, on dévore sa vie.  Aucun ruban rose à ouvrir dans le portrait de cette jeune file du XXIème siècle et ce futur si improbable. Elle aimerait être différente de ses parents sans qu’on lui en laisse l’occasion.  Aucun pathos dans cette lucidité de l’écrivain.  Notre société est malade, c’est un fait. Sans oublier Paris qui prend une bonne claque sur son visage de ville idyllique. Une très bonne lecture qui vaut le détour. … Lire le billet complet d’Anne Leloup sur son blog.

                                                          __________________________

Attention danger ! Les optimistes invétérés, les croyants aux lendemains qui chantent passez votre chemin. Le premier roman de Marion Messina risque de vous plomber durablement. Ici, la chronique est amère, la vie difficile et l’avenir très sombre. Nous allons suivre Aurélie durant ses années post-bac. Celles que l’on se plaît à décrire comme les plus belles de la vie.
Mais il suffit de placer le projecteur sur les bancs de la fac de Grenoble pour constater que la plupart des étudiants ne sont pas là par vocation, ni même pour se construire un avenir, mais parce que la voie universitaire semble être, après le baccalauréat, le meilleur moyen d’entretenir l’illusion d’une brillante carrière. Le poids des statistiques montre à lui seul le carnage qui s’annonce. Tout comme Aurélie qui ne comprend pas vraiment les cours qui lui dispensés et ne va tarder à s’en dispenser, la majorité de ses congénères rejoindra les rangs de pôle emploi avant d’avoir décroché un diplôme. Constat brutal et pourtant lucide sur la misère étudiante, ce roman est aussi la chronique du délitement des relations sociales.
Pas plus qu’on ne peut croire au plein emploi, on ne peut croire au grand amour. Le sexe est d’abord un pis-aller, un dérivatif. Avec Alejandro, étudiant colombien débarqué par hasard en Isère, Aurélie aurait pourtant voulu y croire. Mais de galère en incertitudes et au bout d’une série d’échecs, elle choisit de tenter sa chance à Paris.
Dans la ville lumière, elle trouvera certes un premier emploi d’hôtesse d’accueil, mais surtout tous les problèmes inhérents à son statut précaire. Travailleuse pauvre obligée de quémander un toit, elle «se sentait connectée à tous les balayeurs, soudeurs, employés du bâtiment, dames pipi, chauffeurs de bus, distributeurs de journaux gratuits qui travaillaient déià quand elle se réveillait. Son tailleur mettait de la distance entre elle et eux, il aurait été difficile de leur expliquer que de nombreux smicards pouvaient travailler endimanchés; si les ouvriers et assimilés n’y voyaient que du feu, les principaux concernés voyaient très bien la différence dans la qualité de l’accoutrement.» Marion Messina fait tomber le masque et nous offre avec ce tableau détaillé un réquisitoire puissant contre ce système qui broie ceux que les politiciens appellent les «forces vives de la nation». Dur, dur ! – Henri-Charles Dahlem

                                                                 ____________________

Un roman sinistre sur les perspectives de vie de la nouvelle génération qui ne peut plus utiliser les modèles de leurs parents et doivent tout réinventer. Mais à quel prix ?
Désillusion, cynisme, renoncement, précarité… Rien ne leur est épargné.
Une vision très dure des lendemains qui déchantent.
J’ai eu beaucoup de mal à être touchée par les deux protagonistes, Aurélie et Alejandro, qui à force de désenchantement m’ont fait passer un peu à coté du sujet.
Pour autant, un livre que j’ai lu rapidement, une écriture vive et rythmée qui donne envie de poursuivre. Un ressenti en demi-teinte. – Emmanuelle Coutant
                                                           ___________________________
« Je cherche mes mots pour vous exprimer mon ressenti sur ce roman qui pour moi n’en est pas un. Je dirais plutôt un procès-verbal d’une jeunesse entrant dans la vie active sans bagages. Le ton est plombant, dur, décourageant. Les mots sont bruts, cash. »…. Lire le billet complet d’Héliéna sur son blog.

Parmi les miens – Charlotte Pons

Charlotte Pons livre un roman fort et retentissant sur la fin de vie, avec un ton cruel et percutant. Pari osé, défi relevé ! … Lecteurs bousculés, lecteurs émus, lecteurs retournés mais lecteurs intéressés.

Parmi les miens

 

Qu’il est difficile de refermer ce livre et de poursuivre ses occupations comme si de rien n’était, tant il vous touche, vous prend aux tripes dès les premières pages!! Une fois terminé, il m’aura fallu plus d’une heure pour évacuer toutes les émotions qu’il a suscité en moi.
Ça commence par la répulsion de Manon, la narratrice, devant l’état végétatif de sa mère après un accident. Dès le début de cette histoire, dont le nom aurait plutôt tendance à évoquer la famille comme un refuge face à cette tragédie, les tensions sont là, abruptes et sans filtres. Tensions de chacun des protagonistes, tensions entre eux.
S’y dévoile l’impossibilité pour Manon de parler à sa mère dans le coma et d’avoir pour elle, ne serait-ce, qu’un geste tendre. Elle qui s’éloigne de son mari et de son fils pour être auprès de sa mère et des siens mais qui, finalement, s’isole de tous par sa décision dure mais compréhensive : ne pas supporter l’état de sa mère au point de vouloir dès le début, qu’elle meure. Les liens entre la fratrie se délitant depuis des années, arrivent à leur paroxysme avec ce drame et sa prise de position. On sent qu’elle se blinde face à l’horreur d’une mère devenue simplement un corps inerte. Mais surtout, au fil des pages, on découvre que leurs relations ont toujours été distantes, peu affectueuses ainsi que les raisons de cette distance.
Charlotte Pons, dont la plume est incisive et parfois brutale aborde dans ce roman bouleversant, outre la volonté d’aider les autres à partir quand ils se sont déjà plus là et l’euthanasie en France, des sujets tout aussi puissants. La transmission et le lien mère-fille, ce que les origines et l’enfance d’une mère peuvent induire dans ses propres liens avec ses enfants ; eux-mêmes reproduisant parfois ce schéma. Les relations entre frères et sœurs et surtout le besoin instinctif face à un tel drame, de revenir en arrière, de chercher du réconfort dans les moments heureux de son enfance. La richesse de ce roman ne s’arrête pas là puisqu’il y est également question de la maladie mentale et des ravages que cela peut causer, notamment dans une famille. Et soudain, sous le tragique, la beauté nous surprend au moment où l’on s’y attend le moins.
La finesse de l’écriture ainsi que l’excellente construction de cette œuvre dévoilent un premier roman d’une grande qualité et une auteure talentueuse. Parmi les miens restera gravé dans ma mémoire pour m’avoir, avec des sujets si difficiles, fait profondément vibrer. En refermant ce livre j’ai eu juste envie d’être « parmi les miens » et de leur dire combien je les aimais.Laetitia Zunino
                                                                ________________________
C’est une drôle de famille que donne à découvrir ce roman.
Le père est médecin, la mère est une femme libre et brillante, les enfants sont adultes : une fille, mère depuis peu, un fils et une autre fille, bien plus jeune.
Autour d’un évènement dramatique survenu à la mère, personnage central, clé de voûte et clé des secrets, la famille distendue resserre les liens. Des liens qui s’apparentent plus à du fil barbelé qu’à du ruban de velours. J’ai plongé dans leur intimité d’hier et d’aujourd’hui, un peu gênée par ce rôle de voyeuse.
La narratrice est la fille ainée, en souffrance bien avant cette épreuve, familière des psy, psychologues et psychotropes. Dans sa tête, c’est compliqué. Écorchée vive, elle dissèque et analyse chaque mot, chaque situation présente ou passée, trainant un fond de culpabilité et le sentiment que personne ne l’aime.
Elle donne la vision d’une famille sans tendresse, sans parole, qui reproduit les mêmes errements à chaque génération.
Elle est agaçante, cette fille, elle veut imposer ses idées aux autres, elle les rend responsables de son mal-être, elle est impatiente, elle n’écoute pas, elle n’arrive pas à faire face à ses problèmes, elle est en porte-à-faux avec chacun. Immature.
A sa décharge, les autres membres de la famille sont tout aussi bancals. Un père absent et silencieux, un frère psychiatrique, une sœur au mode de vie atypique. Une famille où il ne semble pas naturel de prendre soin des autres, peut-être parce qu’on ne sait pas prendre soin de soi.
Tout cela est un premier aspect du roman.
Mais ce qui m’a bouleversée, parce que me concernant professionnellement et personnellement, ce sont les thèmes en arrière-plan : le coma, la fin de vie, l’euthanasie. Toutes ces questions à qui chacun peut être confronté, questions que chacun doit se poser.
Tout sonne vrai, l’auteure narre les situations comme quelqu’un qui les a vécues, elle utilise les termes médicaux exacts, raconte les sentiments avec justesse, la colère, les interrogations, le désarroi, le désespoir.
La fin est très forte, avec des révélations, des décisions à prendre, des conséquences cruelles. Avec des scènes dignes d’un film d’auteur.
Un roman qui m’a valu une crise d’insomnie après avoir refermé le livre sur ses lourds secrets. – Adèle Binks
                                                                    __________________________
Quand on découvre dans un roman, « Parmi les miens », le premier de Charlotte Pons, une partie de sa propre vie, quand on y trouve des propos entendus de ses proches ou prononcés soi-même, quand on se rend compte que sa lecture nous replonge au cœur d’événements sinon identiques du moins similaires, c’est étonnant, troublant, bouleversant et douloureux.
Elle nous raconte l’histoire d’une fratrie – Manon, la sœur aînée et narratrice, jeune maman, Gabriel, le frère fragile mentalement et Adèle la petite sœur, homosexuelle enceinte de quelques mois – confrontée à la mort cérébrale de leur mère, suite à un accident de la route.
« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand-chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser. » Tout est dit dans cette phrase à l’écriture simple, nette, précise, tranchante. C’est d’ailleurs le style utilisé par l’auteure tout au long du récit, sans concession aucune, presque administratif, et qui justement percute.
Et, parce que des sujets difficiles à aborder – la fin de vie, l’euthanasie – sont particulièrement bien traités, parce que les sentiments face à la disparition d’un proche sont bien décrits, j’ai lu ce roman avec un intérêt grandissant. Je me suis totalement retrouvée dans le personnage de Manon, politiquement incorrect, qui ose dire les mots qui fâchent tout en étant profondément bousculée. Je me suis retrouvée dans cette fratrie incapable de survivre normalement au départ de leur pilier. Je ne parle pas des secrets de famille, des jalousies, des rivalités… « Ça n’a jamais été facile d’être trois, il y a toujours eu un lésé dans l’affaire. » Je ne dirai pas cette crainte de ressembler, petit à petit à celle qui nous a fait naître « Tout cet argent que j’ai passé chez le Psy et dans l’opération pour me débarrasser de son héritage. En moi, il n’y a plus trace de maman et, dans le miroir, c’est comme si je ne voyais personne. » Je préfère imaginer, le chagrin que cachent, j’en suis certaine, les propos à l’emporte-pièce de celle qui s’exprime.
Ce roman est noir et parfois dérangeant, mais si délicat et tellement juste que je n’ai pu le refermer avant la fin.Geneviève Munier
                                                              _______________________
Un sujet difficile et délicat : l’aide à mourir dans la dignité
J’aurais pu oublier quelques incohérences bien que cela nuise à la pertinence du témoignage, comme le travail d’aide soignante présenté comme un job d’été.
Mais ce qui me dérange en réalité dans ce livre c’est qu’il peut, notamment par sa toute fin, nuire à la cause que j’espère il veut défendre et qui me tient à cœur face à tant de situations désespérées.
Une approche personnelle et courageuse pour décrire les douleurs, les doutes, les espoirs, les regrets, les remords, les combats face à l’intolérable, la perte de la mère. – Christiane Arriudarre
                                                               _______________________
« Avec beaucoup de pudeur, mais sans rien cacher des tourments et des conflits intérieurs qui agitent la narratrice et les membres de sa famille, Charlotte Pons nous offre un roman fort, chargé d’émotions, sans oublier de distiller quelques surprises de taille tout au long de son récit. Bref, une entrée en littérature réussie ! » … Le billet de Henri-Charles Dahlem est à lire en entier sur son blog.
                                                                 ______________________
« Pour moi c’est clair ! », « Je refuse l’acharnement », « Il faudra débrancher », oui mais….
Mais quand la volonté propre n’existe plus ou ne peut plus s’exprimer, et quand bien même cette volonté a été dite haut et fort devant la famille, qui pourra décider ?
Qui voudra faire le geste, donner le go, prendre la responsabilité sans penser que peut être c’est trop tôt, que l’issue pourrait être différente ?
Au sein d’une famille distendue, fragilisée par la vie qui pourra affirmer avoir raison face aux autres et au doute.
Un sujet très sensible abordé avec beaucoup de finesse et de délicatesse. – Emmanuelle Coutant.
                                                                    ______________________
Ce premier roman réunit une fratrie et leur père autour de la mère, Elsa, laquelle est transportée au service de Réanimation suite à un accident de voiture. Elle survivra mais ne reviendra jamais d’un état pauci-relationnel qui la coupe de ses proches, d’un monde dont on ne saurait dire ce qu’elle en perçoit, ni ce qu’elle ressent de son propre corps lui-même devenu dépendant. La narratrice, Manon, est l’aînée et entretient avec son frère cadet de trois ans, et sa benjamine bien plus jeune, des relations tendues, corsées, voire violentes. Le père quand à lui se réfugie dans un silence fuyant dénué d’une tendresse qu’il n’a vraisemblablement jamais réussi à exprimer. Manon, jeune maman d’un tout petit, fuit sa nouvelle maternité dans la sincérité et le prétexte de l’accident maternel, et en revenant vivre chez ses parents, se débat, et nous avec elle, avec les relations filiales, les mystères des « siens » et en toile de fond l’épineuse question de l’euthanasie. En toile de fond seulement, car si au début de la lecture, on peut croire que ce roman familial traite de cette problématique avec par ailleurs beaucoup d’authenticité, le courage de poser des réactions justes et terriblement humaines, légitimes, on réalise assez vite que le fil narratif s’enroule ailleurs, dans ces liens affectifs frustrés, empêchés et secrets. Il y a de très jolis passages sur les relations fraternelles, quand elles n’ont plus que pour commun le terreau de l’enfance, les clans adolescents, les douceurs sororales… Ces relations qui malgré la tension explosive autour de cette mère-fantôme retrouvent par instants fugaces les intuitives complicités et l’humour d’antan. Car la vie et les non-dits creusent les incompréhensions au point parfois de devenir étrangers les uns aux autres, au point d’avoir besoin de distance pour réaliser son chemin avec plus d’oxygène. Le caractère impulsif de la narratrice, sincère et brutal, frontal et fuyant ses propres problèmes, prend parfois un peu trop de place. Le débit rapide et abrupt est très bien retranscrit dans ces lignes, c’est pourquoi on se voit lecteur haletant dans les pensées, dans les embardées de Manon laquelle annexe, à mon goût, trop de place. La fin laisse un goût amer, sans doute car elle est un peu bâclée dans la découverte des secrets de la mère, dans le mieux de Manon pour se laisser aller à la rencontre de son fils (la question du couple et de la maternité est trop balayée et deviendrait presque prétexte narratif). C’est un peu décousu, il y a un trop qui devient excessif car il tournoie, gronde, crie, grince dans tous les sens. Et je me suis un peu lassée au fur et à mesure de la lecture perdant l’intérêt premier, et bien présent, de la question douloureuse de la fin de vie d’un être cher quand celui-ci n’est plus à même de déployer sa parole ; la mort imminente et longue, en suspend, d’un être aimé dont on comprend qu’on le connaît mal, si peu… Cruauté à ne pas juger, susceptible de parfaitement expliquer l’agitation de Manon sans doute, mais dont j’aurais attendu plus de recul pour parler cette agitation et non pas seulement la ressentir, ce qui est somme toute déjà beaucoup, dans le rythme bousculé du roman. – Karine Le Nagard
                                                          _________________________
« La situation interroge le lien que chacun avait avec elle, chacun enfant ayant entretenu une relation différente avec elle en fonction de sa place dans la fratrie, de son sexe. Il est aussi question de culpabilité dans ce roman pour Manon qui ne voit dès le début pas d’autres issues que la mort naturelle ou provoquée de sa mère et qui ne peut que s’interroger sur sa propre difficulté à être mère. » … le billet entier de Joëlle est à lire sur son blog.
                                                         _________________________
Brut. Direct. Un histoire familiale où la bienséance n’a pas sa place, du moins chez Manon, l’aînée de la fratrie, qui préfère voir les choses clairement, sans fioritures, quand bien même les choses en question sont du domaine de l’impensable. Ou du moins d’un domaine auquel personne ne veut songer à priori.
Un accident de voiture qui plonge Elsa, la mère, dans le coma, et voilà la vie de 5 personnes complètement chamboulées.
Que peut il arriver de pire que le drame d’un deuil à envisager dans une famille. Le caractère et les attentes des uns et des autres ressortent abruptement devant la tragédie. Chaque personne recherche ses repères, ce qu’elle est à même de pouvoir supporter, ce dont elle ne veut absolument pas entendre parler, et encore moins envisager.
La perte d’Elsa, n’est pas seulement, la mort physique, mais également l’espoir envolé de pouvoir comprendre certains comportement de la part de cette mère si froide, certains évènements cachés dans l’antre des secrets des familles, qui peuvent se révéler parfois, plus tragiques qu’un accident de voiture.
Poignant, sensible, sans larmoiement, Charlotte Pons aborde le thème difficile de la mort, étape d’un parcours où ressortent les griefs restés silencieux jusqu’au moment du drame, dont l’empreinte laisse échapper les colères et les douleurs enfouies.
Froidement, mais avec lucidité et discernement, Charlotte Pons a su trouver les mots pour analyser, décrypter la complexité des relations familiales, décrire les souffrances et les interrogations devant lesquelles tout un chacun peut se retrouver confronté un jour où l’autre.
Un premier roman surprenant, qui laisse augurer de futurs récits à découvrir. – Katie
                                                               ___________________________
« L’incipit du roman est l’un des meilleurs que j’ai lus au cours des derniers mois, si ce n’est de la dernière année. » … Lire le billet complet de Sara

N’oublie rien en chemin – Anne-Sophie Moszkowicz

Un premier roman qui renouvelle avec fraîcheur l’exploration d’un thème et d’une période déjà très exploités par les romanciers. Ne pas oublier, et surtout pas en chemin… (d’ailleurs, on a bien failli l’oublier ce roman paru en mai et heureusement repassé sous nos yeux pour une session de rattrapage… )

N oublie rien en chemin

Encore la seconde guerre mondiale, un thème maintes fois abordé par les romanciers, souvent très bien traité et parfois comme de vraies pépites (Par Amour de Valérie Tong Cuong, L’enfant-mouche de Philippe Pollet villard, Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer, Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Antonhy Doerr et j’en oublie).
C’est vrai qu’après autant de lectures de ces événements, on est en droit de s’interroger sur ce que peut nous apporter une nouvelle vision de cette période.
Et bien ça fonctionne une fois encore car avec N’oublie rien en chemin, Anne Sophie Moskowickz aborde des thèmes qui me touchent particulièrement, tout comme Sébastien Spitzer, le devoir de mémoire (pourquoi et surtout comment) et la transmission d’une histoire et d’une Histoire si douloureuse.
Le personnage le plus marquant et attachant est bien sûr celui de la grand mère Rivka, qui a consigné sa vie dans de petits carnets qu’elle transmet à sa petite fille à sa mort.
Elle y a confié son histoire mais aussi ses interrogations quand à l’usage que devront en faire les futures générations qui ne seront plus des témoins.
Certains passages m’ont beaucoup marquée et interrogée : « Chaque fois qu’un de mes petits enfants m’annonce une naissance, je ne cesse de m’étonner des prénoms choisis : Simon, Hanna, Sarah, Salomé, Nathan… J’avoue que cela me dépasse. Il nous a fallu toute une vie pour dissimuler notre appartenance religieuse et nos origines polonaises. Nous sommes morts d’avoir eu ces prénoms. Et voilà que les nouveaux arrivés sabotent tout. Leur manière à eux de résister ? De défendre leur droits à l’égalité ? De se protéger contre l’antisémitisme ? A quel prix réussiront-ils ? Le pire c’est qu’ils pensent me faire plaisir. Mais je ne peux m’empêcher de trembler pour eux. Sur ce retour aux sources plane la menace d’un retour à la case départ. …
…Entretenir la confusion pour rendre le brouillard assez épais si tout devait recommencer »
Qui peut dire qu’elle sera la bonne « méthode » pour se protéger si tout devait recommencer, s’affirmer, revendiquer ou bien entretenir le brouillard comme le dit Rivka ?
Un autre passage m’a beaucoup touchée, il se situe après la guerre : « La guerre était finie. J’avais épousé Arthur et je portais mon deuxième enfant. C’était un bel après midi de printemps, l’ait était tiède. Ce jour là, j’avais pris mon courage à deux mains pour aller au square. La pancarte interdisant l’accès aux juifs avait été décrochée depuis longtemps mais je gardais une fébrilité incontrôlable à m’en approcher de trop prés. Je tenais mon fils par la main et lui avait annoncé qu’aujourd’hui nous irions au manège. Ses yeux s’étaient écarquillés de bonheur. Il sautillait, gai comme un pinson. J’avais acheté un ticket en regardant le gardien droit dans les yeux, bien décidé. Quand le carrousel s’est mis à tourner, les frissons m’avaient parcouru tout le corps. Maurice riait, il avait attrapé le pompon. Il riait, riait, et sa joie était parvenue jusqu’à moi. Mes lèvres s’étaient déplissées, un tressautement, puis je m’étais mise à rire franchement, de tout mon être, d’un grand rire insouciant et bruyant, comme ceux des enfants. Je riais pour la première fois ce jour-là, grâce à mon fils. Il m’avait rendu à la vie »
Peut être la protection absolue de l’insouciance de l’enfance est elle la clé des bonheurs futurs ? Une très belle écriture et une réflexion profonde pour l’avenir. Bravo ! – Emmanuelle Coutant
                                                                        ________________________
Tours et détours du destin. Et si l’Histoire avec un grand H n’était destinée qu’à se rappeler à nous, sans cesse, de générations en générations, malgré le temps qui passe et les témoins qui disparaissent peu à peu ?
Et si le devoir de mémoire pouvait se nicher dans les moindres détails d’une histoire individuelle, une histoire d’amour et de souvenirs ?
« Les générations étaient ces papiers buvards qui transmettaient les ombres et les drames d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique. »
Sandra vient de perdre sa grand-mère, Rivka. Avec sa mort se brise le trio formé avec son père, trois générations qui partageaient bien plus qu’un nom. Une histoire lourde à porter, celle des familles juives spoliées de la Seconde Guerre mondiale.
Au détour d’une page du carnet des souvenirs de Rivka, Sandra comprend que sa grand-mère s’adresse à elle : n’oublie rien en chemin, lui écrit-elle, et n’aie aucun regret ni remords. Mettant en marche le mécanisme de ses propres souvenirs, associé à celui du deuil qui vient de la frapper, elle décide de retrouver son amour de jeunesse, pour mettre elle-même le point final à une histoire qui a mal tourné et dont elle n’a, vingt ans plus tard, toujours pas compris l’issue.
Le lecteur plonge donc en même temps qu’elle dans ses souvenirs de vie étudiante, et dans sa rencontre avec Alexandre, personnalité énigmatique et magnétique qui l’attire irrémédiablement à elle. Mais le soudain revers de leur histoire laisse Sandra totalement interdite. Et puis les années passent… Sandra vit une autre vie, loin de tout regard pour sa vie passée, jusqu’à ce que les mots de Rivka la bousculent.
Anne-Sophie Moszkowicz entremêle l’Histoire et l’intime dans un récit tout en pudeur, captant avec délicatesse les remous que peuvent laisser les drames collectifs dans la trajectoire de chacun. Un livre sur le souvenir et l’empreinte de la mémoire. – Amélie Muller
                                                                      ________________________
« Les histoires se répètent. Il faut bien se rendre à l’évidence : les hommes ne font que tourner en rond d’une existence à l’autre. » Tout est dit dans cette phrase. Et c’est sur fond de la dramatique répétition qui conduit nos vies à notre insu que s’écrit ce roman. Anne-Sophie Moszkowicz nous entraîne dans les nœuds et rouages des destins entrelacés, dans les fils qui relient Sandra femme quarantenaire bien dans son temps à sa grand-mère Rivka. L’une et l’autre partagent en plus d’un lien de sang, une complicité solide et aimante. Rivka a connu les horreurs de la 2ème guerre mondiale et sa judéité lui a fait subir des arrachements et des deuils dont on sait malheureusement tous les possibles. Rivka réussira à sauver sa peau et son fils et à fonder une famille qu’elle couvrira d’amour jusqu’au bout, leur épargnant le plus possible la lourdeur des souvenirs. Mais nous savons que taire, même dans l’intention sincère de protéger, n’a de cesse de raviver, de nourrir les souvenirs minés des réalités douloureuses muselées. Ce roman a l’indéniable qualité de nous rappeler, encore et encore, la nécessité du dire, du parler, pour servir le devoir de mémoire collective, toujours, mais aussi pour libérer, soulager les descendants des entraves des blessures. Ces blessures fantomatiques se glissent dans les lignées et traînent leurs boulets dans les chemins de tous les vivants, les vivants aimés qui n’ont rien demandé et qui agissent et souffrent de tourments qui les dépassent. Ces blessures bâillonnées agonisent leurs plaies qu’elles ne pourront cicatriser qu’à être enfin parlées et reconnues…« Transmission inavouée, balbutiée, qu’on aura échoué à étouffer. L’empathie, cette saleté, était l’éternelle responsable. Les générations étaient ces papiers buvards qui transmettaient les ombres et les drames d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique. (…) Plus les ascendants se sont tus, plus les générations suivantes ressentent intimement la douleur et la peur, comme si l’absence de mots produisait l’exact opposé de l’effet attendu. (…) L’horreur a cette particularité de tout embraser sur son passage, même dans le silence. » Rivka l’avait compris et offre à sa petite-fille le merveilleux cadeau de ses écrits, sésame d’une vie future débarrassée de remords, de regrets, de malentendus, lesquels, on le sait, avec le temps, peuvent grossir les frustrations, les manques et créer des incompréhensions irréversibles… J’ai le sentiment que de plus en plus de premiers romans traitent de cette prise de conscience, impérieusement nécessaire, quand bien même il peut nous paraître fou qu’un inconscient sournois, cruel ou profondément humain ( ?) soit à ce point vivace pour faire porter à ceux qui suivent les ratés, les erreurs, les douleurs étouffées des aïeux. Au-delà du message dont je suis pour ma part convaincue, et malgré de jolis passages sur la mémoire, j’ai été parfois ennuyée par certains énoncés un peu faciles et un convenu un tantinet surfait. L’histoire d’amour ne m’a pas convaincue ; trop excessivement développée, elle occulte le vrai nœud tragique du destin, qui interroge tant, au profit d’une passion-romance confuse. J’en garde le sentiment d’une disproportion narrative entre une liaison, un suspens absent et un témoignage fort, précieux dont l’émotion a malheureusement été délaissée. Ce roman reste malgré tout agréable à lire. – Karine Le Nagard
                                                               ________________________
Un roman émouvant qui m’a touchée. Celui d’un amour de jeunesse : bref mais intense, ou intense mais bref. Sandra avait vingt ans, il y a vingt ans de cela. Les souvenirs sont indélébiles quand une circonstance dramatique vient les réveiller. « Il avait suffit d’un instant pour que ces souvenirs enfouis refassent surface, plus réels que jamais. » Cet instant, c’est l’annonce de la mort de la grand-mère tant aimée, quand « le temps s’était arrêté. » « Avant, je buvais mon café. Ces quelques minutes du « juste avant » sont restées gravées dans ma mémoire », tout son monde avait disparu. Rivka a légué ses carnets de Moleskine à sa petite fille préférée. Des tranches de vie dont elle ne parlait pas. Laquelle petite-fille ressent le besoin impérieux de retourner à paris sur les traces d’Alexandre, le jeune étudiant séduisant et magnétique. Tout est distillé en douceur : l’intrigue se déroule parfaitement entre lecture du carnet et résurgence des souvenirs. Au fil des pages une tension s’installe : que va-t-elle chercher ? On sait que la rupture fut douloureuse mais un mystère demeure : le comportement d’Alexandre n’était pas clair. Ce roman délicat, pudique, est servi par une belle écriture. Je ne pouvais pas en lire un autre tant que je ne m’étais pas acquittée d’une chronique. Une seule remarque : les six pages que j’ai trouvées inutiles. – Mireille Le Fustec
                                                               __________________________
J’ai toujours un peu d’appréhension en ouvrant un roman bâti autour du thème de la seconde guerre mondiale. De plus en plus d’ailleurs, au fur et à mesure que mes lectures s’empilent sur ce thème. Alors il y eut d’abord un soulagement en constatant que d’emblée, l’écriture me portait, le ton était juste, mon intérêt était capté. Passé ce moment de soulagement vient le plaisir d’avancer dans une intrigue bien menée, avec juste ce qu’il faut de dramaturgie pour donner envie de tourner les pages. Une prose agréable à suivre, des personnages qui se dévoilent peu à peu, le poids des secrets, des silences, des non-dits qui vient peu à peu étoffer l’atmosphère… Petit à petit le plaisir se double d’une conviction. Ça marche. Et plutôt bien même. L’auteure parvient à nouer les fils entre passé et présent à travers la belle figure de Rivka, la grand-mère de Sandra qui joue le rôle essentiel de passeur. Pour ne pas oublier de se souvenir mais ne pas oublier de vivre non plus. J’ai beaucoup aimé cette façon d’aborder les désastres du passé sous l’angle de la réconciliation, avec finesse et légèreté. Le témoignage que livre Rivka à sa petite fille est celui d’une belle femme décidée à tout faire pour ne pas faire peser sur les générations suivantes le poids des horreurs de la guerre. Bien sûr, d’autres ont écrit sur le sujet mais l’angle adopté offre une accessibilité bienvenue à un thème qui mérite que l’on continue à en parler longtemps. Les héritages sont aussi faits de cela. Et il n’est pas étonnant que les petits-enfants s’emparent des questions que leurs parents n’ont pas eu le cœur de poser à leurs propres parents. Bref, ce premier roman est une agréable surprise portée par une écriture qui sait ne pas en faire trop sans toutefois négliger de plaire. Joli coup d’essai. – Nicole G.
                                                                     _______________________
Très beau roman, agréable à lire sur lequel je n’aurais pas forcément misé. Je suis toujours un peu frileuse sur les romans traitant de la guerre. Une très belle surprise !
Sandra vit très mal le décès de sa grand-mère Rivka dont elle était très proche. Sa grand-mère lui transmet ses “notes” (moleskine) et confidences en guise d’héritage, de témoignage. Ne pas oublier les souvenirs, les faits sans avoir à les raconter de vive voix à son entourage.
L’auteur mêle avec finesse et élégance le présent et le passé si bien qu’on oublie presque qu’il traite de la guerre. Sandra vit en parallèle un affrontement de son passé amoureux dans lequel elle nous embarque littéralement.
Un beau premier roman bien articulé, fluide, frais. Une écriture simple, concise mais efficace et agréable. Une belle surprise !Nina Busson Boulonne
                                                                      _______________________
On ne peut pas dire que la seconde guerre mondiale et ses noirceurs ne sont pas un objet d’inspiration pour les romanciers. « N’oublie rien en chemin », le premier roman d’Anne-Sophie Moszkowicz, en est un exemple de plus.
Un exemple, certes, mais différent… C’est ce qui fait tout son charme à mes yeux. A la mort de sa grand-mère Rivka, une grand-mère qu’elle vénérait, Sandra se voit léguer les carnets de moleskine noire que cette dernière a remplis de son écriture. Elle y a raconté sa vie, toute sa vie. Sa petite-fille va ainsi remonter le temps, celui de sa grand-mère, de la famille, mais aussi le sien… en partie lié.
C’est un roman très agréable à lire, d’une écriture simple et délicate et qui alterne le présent et le passé. J’ai aimé ce roman sensible, cette histoire de transmission et de devoir de mémoire. Peut-être parce que j’ai été, un temps, responsable du concours de la résistance et de la déportation organisé par l’Education nationale pour les collégiens des classes de troisième et les lycéens, peut-être parce que dans ce cadre j’ai eu l’occasion de côtoyer d’anciens résistants et déportés et aussi de visiter des camps, ce sujet me parle et me touche.
J’ai beaucoup aimé l’originalité de sa composition, le mélange des vies d’une grand-mère et de sa petite fille qui au bout du bout vont se rencontrer, encore une histoire de parallèles qui défient les lois mathématiques. J’ai beaucoup aimé la manière d’approcher les cruautés du passé sans désir de vengeance, sans acrimonie, sans rancune, sans rancœur. J’ai beaucoup aimé la pudeur des sentiments évoqués « Malgré tout, Paul restait là, impassible. Il me consolait en silence, unique façon de consoler les endeuillés, parce que les paroles crèvent les cœurs plus qu’elles ne les pansent. » J’ai beaucoup aimé le courage de Sandra qui part à Paris pour affronter son passé de jeune étudiante et trouver par là même celui de sa grand-mère et de toute sa famille. J’ai beaucoup aimé aussi sa lucidité sur le temps qui défile « Avec les premières marques de l’âge, j’ai investi dans les séances de soin et les pots de crème, mais rien n’efface le temps qui passe. »
En un mot, cette lecture fut un moment de plaisir jusque dans son épigraphe signée Boris Cyrulnik – Geneviève Munier