Une mère modèle – Pierre Linhart

Le portrait d’une femme qui brise soudain le carcan des apparences… mis en musique de façon très intéressante par un romancier qui n’hésite pas à renverser les angles de vue et à interroger les règles érigées par nos sociétés. Observer Florence s’éveiller fait souvent sourire, agace parfois, mais offre une réflexion salutaire.

Une mere modele

Un premier roman écrit par un homme qui aborde sans tabou la délicate équation de mener de front vie d’épouse et de mère avec nos aspirations de femmes émancipées, quel pitch séduisant ! Il faut reconnaître qu’il est doué Pierre Linhart pour dresser à la manière d’un peintre naturaliste le portrait de Florence, Emma Bovary du XXIème siècle en proie au doute, qui ne va pas se consumer dans les bras de l’amant tant de fois rêvé, mais se prendre d’une affection démesurée pour Moussa, l’ami de son fils Joachim, enfant roi trop gâté en qui elle ne se reconnaît plus. Le besoin de reconnaissance, la nécessité d’être à l’écoute des désirs profonds qui nous habitent secrètement, la difficulté de prendre en main son destin en s’affranchissant du diktat que la société fait peser sur une maternité idéalisée dans laquelle les femmes devraient se fondre – jusqu’à s’oublier elles-mêmes quelquefois -, voici pêle-mêle les sujets de fond abordés dans ce récit à tiroirs où chacun(e) pourra retrouver une petite parcelle de lui (elle)-même. Dans ce jaillissement d’interrogations fondamentales chères à Simone de Beauvoir, sous couvert d’une fiction en apparence légère, – mais les apparences sont parfois trompeuses n’est-il pas ? – le romancier nous offre un travelling avant sur une femme d’aujourd’hui, attachante et complexe. Une plume aiguisée à suivre !Catherine Pautigny

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Voilà un joli premier roman sur le thème de la famille . Florence est répétitrice à l’opéra de Paris , son mari travaille à New York , et elle est souvent seule avec son fils de dix ans, Joachim . Il est parfois question que Florence aille rejoindre son mari outre-Atlantique , mais elle hésite continuellement à franchir le pas , son travail lui plait et elle ne souhaite pas interrompre la scolarité de son fils . Elle se prend d’affection pour Moussa , un ami de son fils , issu d’une famille pauvre . Lequel, contrairement à Joachim , est doué pour le piano et progresse rapidement avec son aide précieuse . Cette rencontre la déstabilise , elle se pose des questions sur son rôle de mère et d’épouse. Manquant de sombrer dans la folie, elle prend des anxiolytiques pour tenter de préserver son équilibre. C’est une histoire de femme qui ne veut pas se sacrifier sur l’autel de la maternité et du couple, qui refuse d’être l’épouse de, qui s’interroge sur sa capacité à transmettre son talent et sa culture musicale à son fils Joachim, et qui, en définitive, préfère renoncer à une vie de couple sans histoire pour garder son indépendance. C’est aussi un questionnement sur la place de l’enfant dans le couple , on croit transmettre aux enfants une culture et la soif d’apprendre, mais il n’en est rien, on doit affronter de grosses désillusions .
Bref , une belle histoire et un personnage de femme qui m’a profondément séduit . – Michel Carlier
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Florence est une femme active : elle est répétitrice de chant, elle vit avec son fils de 10 ans et son conjoint, professeur de littérature, vit la moitié de l’année à New York. Elle partage alors son temps entre les mois où elle est libre de mener sa vie et ceux où elle reprend une vie de couple. Mais rien n’est simple et William la presse de tout quitter pour le suivre aux États-Unis. Quand arrive Moussa, le nouvel ami de son fils, tout bascule… Qui est-elle ? Que veut-elle ? Pourquoi cette voix dans sa tête lui répète sans cesse que c’est une mauvaise mère, une mauvaise épouse et une mauvaise personne ? Pierre Linhart est scénariste et réalisateur. Et cela se sent !!! Ce premier roman est tout en images, en étapes rythmées qui nous amènent vers le dénouement final. Florence est une femme qui se questionne, qui perd ses repères et qui ne sait plus ce qu’elle cherche. Elle se prend d’affection pour un jeune garçon qu’elle croit sauver d’une vie triste mais c’est elle qu’elle tente de fuir. Sa relation d’épouse ne lui convient plus et elle ne sait comment se sortir de cette angoisse du retour de son mari… Bref, tout un tas de questions et de renoncements qui l’emmènent doucement vers la folie… Un roman bien écrit sur un monde qui s’écroule et sur la difficulté de le regarder en face… – Audrey Thion
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Florence, chef de chant à l’opéra vit avec son fils de 10 ans, Joachim. Son mari William, professeur de littérature séjourne à New York et revient tous les six mois à Paris. Il ne se sont pas encore décidés à vivre tous les trois à New York.
Florence se prend d’affection pour le nouveau copain de Joachim, Moussa et va le considérer comme son fils, ce que William supporte mal et juge malsain.
Tout bascule dans cette famille, Florence se met à douter de tout, perd ses repères, se sent coupable d’être une mauvaise mère, mauvaise épouse….
Un premier roman réussi que j’ai lu sans le lâcher qui traite de thèmes actuels où la mère ne veut pas sacrifier sa vie de femme et son travail pour suivre son mari.
L’écriture est maitrisée, fluide. Les pensées des personnages mises en italique dans le texte, permettent de mieux comprendre chacun.
Un petit bémol : l’attitude de Florence envers Moussa m’a quelque peu choquée et troublée.
« Il a une obsession pour son portable. Il le garde tout le temps à la main, comme un doudou ou un chapelet. Il le pose à côté de son assiette quand on dîne. Il ne doit pas me trouver assez palpitante pour concurrencer son Iphone.Tu connais pire tue-l’amour que le portable ? C’est comme une sorte de maîtresse ambulante, ou de seconde épouse, qui serait toujours là et qui aurait tout le temps quelque chose à dire » – Joëlle Radisson
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Parce que rien n’est jamais parfait, voici ma première déception dans le cadre des 68 premières fois.
Florence accompagne au piano les artistes de l’opéra. Elle joue à la perfection, mais il n’y a pas d’âme dans sa musique. Que de la technique. Alors elle reste dans l’ombre. Elle vit à Paris avec son fils, Joachim. Un enfant capricieux, qui se lasse de tout, ne s’intéresse qu’aux jeux vidéos, n’aime pas la musique. Florence adore son enfant unique, c’est son fils après tout. Mais ils ne partagent pas grand chose. Tout est effort avec lui. La conversation comme les activités. Pas de passion en commun, que des compromis.
Son mari, William, est professeur aux Etats-Unis. Il revient pour les vacances mais sa présence reste occasionnelle dans la vie de Florence et Joachim. Pourtant c’est une famille qui s’aime très fort, et ils attendent de pouvoir revivre ensemble un jour. Mais Florence ne veut pas quitter Paris, et William aime son travail de l’autre côté de l’océan. Et puis on s’habitue à tout de toutes façons.
Florence fait un jour connaissance avec Moussa, un copain d’école de Joachim. Moussa est discret, peu loquace. Il exprime la joie, la surprise, la gêne avec ses grands yeux marron. Il s’émerveille devant le piano, prend plaisir à écouter Florence. Elle commence à lui apprendre à jouer. Il est doué, a envie d’apprendre. Et il a l’oreille absolue. Il n’en faut pas plus pour que Florence se prenne d’affection pour ce petit, si bien qu’elle l’intègre à la vie familiale. Moussa par-ci, Moussa par-là. Et même quand William revient en France, ce qu’il ne voit pas d’un très bon oeil.
C’est un sujet intéressant que celui de la filiation. Peut-elle se faire spirituellement plutôt que biologiquement ? Peut-on se sentir plus proche d’un enfant étranger que de son propre fils ?
Malheureusement, je n’ai pas du tout réussi à me mettre dans les chaussures de Florence. Je n’ai éprouvé ni sympathie pour elle, ni compassion. Et j’ai eu du mal à comprendre comment elle pouvait à ce point faire comme si Moussa n’avait pas sa propre famille. Joachim, à priori un enfant peu agréable, m’a semblé plus sympathique. Il ne s’est pas montré si jaloux que ça, sauf à de rares occasions où seul un ange serait resté impassible. William fait ce qu’il peut aussi, ne comprenant pas toujours le comportement de son épouse. Qui semble elle-même ne pas très bien se comprendre de toutes façons.
Florence incarne à mes yeux la femme qui ne sait pas ce qu’elle veut et se cherche en faisant du mal aux autres. Parfois je me prends d’affection pour ces personnages, mais ici, Pierre Linhart n’a pas réussi à me connecter à elle.
Pour autant, je n’ai rien à reprocher au style de l’auteur, et je ne m’interdis donc pas de le relire une autre fois, sur un autre sujet. – Vanessa Natiora
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Qu’est ce qu’une mère modèle? Comment être une mère modèle? Pas facile quand l’enfant n’est modèle. Et qu’est-ce qu’un enfant modèle? Celui qu’on a modelé en pensée, qui doit être comme on l’a rêvé?
Pierre LINHART décortique le quotidien d’un couple et son enfant et pour cela il s’est mis dans la peau d’une femme. Florence se partage entre un travail passionnant de pianiste chef de chant à l’opéra de Paris et son rôle de maman en l’absence de son mari, un universitaire, qui travaille une partie de l’année aux USA.
A l’approche de la quarantaine Florence ne sait plus bien ce qu’elle veut, est rongée par la culpabilité pour tout et rien et se pose beaucoup de questions qui la conduisent aux marges de la folie. Elle transforme un ami de son fils en enfant idéal et ne peut s’empêcher de le comparer à ce dernier.
Les thèmes sont contemporains mais traités assez superficiellement. Cette femme qui préfère renoncer à son couple et à son enfant pour retrouver sa liberté ne m’a pas ému. J’aurais aimé en savoir plus sur les pensées des deux enfants. La fin est un peu trop rapide. Une mère si impliquée n’abandonne pas aussi rapidement son enfant adoré. Féminisme et maternité peuvent à mon avis coexister.
Ecriture agréable mais j’ai ressenti celle d’un homme qui se met à la place d’une femme. Les nombreux passages en italiques nous font écouter la petite voix intérieure des protagonistes et c’est un bon stratagème pour nous les faire mieux comprendre. Ecrivain à suivre. – Françoise Floride
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Chef de chant en pleine réussite, mère comblée d’un charmant – quoique capricieux – petit Joachim de dix ans, épouse amoureuse et aimée d’un écrivain nigérian (Yoruba, d’après son nom) en plein succès également : trop de bonheur tuerait-il le bonheur ? C’est peut-être ce qui arrive à Florence qui, en quelques semaines, voit son petit monde paisible se déliter et l’amener jusqu’au bord de l’abîme.
A quoi peut-on attribuer un tel maelstrom dans sa vie ? Peut-on réellement en faire porter la responsabilité à Moussa, jeune Sénégalais copain de son fils dont elle s’entiche littéralement, devenant une sorte de missionnaire d’une ONG toute personnelle, assoiffée d’humanitaire à Paris (quartiers chics, tout de même), entre deux prestations à Garnier et Bastille ? Car elle découvre l’intérêt, puis le don, puis la passion, puis le génie de Moussa dès qu’il touche un piano. Et se voit en Pygmalion, en sauveuse de petit Noir qui vit la précarité et la misère. Sauf que Moussa ne vit pas spécialement dans la détresse, il est riche d’une famille qui va bien, d’une mère exigeante qui l’aime et prend soin de lui. Non, il ne vit pas dans un bidonville !
N’y aurait-il pas malentendu dans la vie de Florence ? Elle se trompe sur Moussa et sa prétendue misère, elle se trompe peut-être aussi sur elle-même et son joli petit monde. Sur sa relation si « normale » avec son homme, avec son fils. Et c’est involontairement le petit Africain qui la fait basculer dans la crise, elle entend des voix contradictoires lui parler dans sa tête (moi, mon moi rêvé, mon moi réel, qui suis-je ? Brrr…cela me rappelle mes vieux cours de philo…). Et elle sombre dans une sorte de cocon anxiolytique qui ne réglera rien.
Pierre Linhart écrit à la place d’une femme, l’incertitude, la quête de sa propre vie, la passion, le désir, l’envie de bien faire, les paradoxes et, pour une fois, c’est plausible. Pour une fois, je n’ai pas envie de lui dire de laisser les femmes s’exprimer toutes seules comme des grandes (car je me fatigue de ces auteurs qui écrivent au nom des femmes, notamment quand il est question de sexe!). Et quand il raconte qu’une mère et une épouse bien sous tous rapports veut se réaliser et être ce qu’elle est vraiment, on le croit.
J’ai juste un petit bémol (oui, nous sommes dans le milieu musical!) à apporter : la relation quasi trouble entretenue avec le petit Sénégalais me chiffonne un peu, très ambiguë, à la frontière entre l’amour maternel et le désir amoureux. Était-ce une bonne idée ? Si le gamin n’avait pas été Africain, y aurait-on pensé ?
Un premier roman bien construit,( l’auteur est scénariste et cela se sent) , une langue agréable. Un bon moment de lecture ! – Evelyne Grandigneaux
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Un récit qui explore le lien maternel, les compromis, le couple à l’heure des choix, la place de la mère, de l’épouse.
Florence, jeune quadra, est mariée à un homme dont elle est amoureuse. Ils ont un fils qu’elle adore. Elle est chef de chant à l’Opéra de Paris, comblée par son travail, « que je sache garder cet état de plénitude en moi » se répète-t-elle certains soirs en s’endormant.
Pourtant, des petits grains de sable vont se glisser dans ce quotidien. Son mari signe un contrat avec un éditeur new yorkais et s’absence de Paris plusieurs mois d’affilée. Le face à face avec son fils se remplit alors d’incompréhensions, de conflits. Heureusement le copain de son fils va pallier à ce manque. Elle l’initie à la musique, elle se sent investie d’une mission à l’égard de ce petit garçon d’un autre milieu social moins favorisé. Il est le fils qu’elle aimerait, elle devient alors la mère modèle qu’elle imagine.
Son mari n’a de cesse de l’encourager à venir le rejoindre à New York, de son côté, elle reporte toujours sa décision.
Si le récit démarre de manière somme toute classique sur un thème ultra débattu, il prend une tournure troublante, questionnant sur le rôle de la mère, de la femme, des compromis et renoncements lorsqu’ils deviennent inacceptables. Le lecteur assiste alors au lent naufrage de cette femme se qualifiant de « mauvaise mère », « mauvaise épouse » qui va sombrer dans une profonde dépression.
L’écriture joue habilement entre le récit proprement dit et les monologues de Florence qui perd pied. Tout en nuances et sensibilités sur la place de la mère, de la femme. Le fils trouve légitime que le père les quitte pour son travail mais refuse que Florence prenne une décision identique. Une mère doit s’occuper de son enfant «parce que t’es ma mère, c’est toujours la mère qui fait ça » lui dit-il.
J’ai été emportée par ce récit qui questionne avec subtilité sur le rôle de la mère, de l’épouse, de la femme. L’épisode de la salopette à lui seul résume le parcours de Florence.
J’aurai juste une réserve (de forme) : je n’ai pas trouvé la couverture engageante et je n’aurai probablement pas ouvert de ce livre s’il ne faisait pas partie des 68premières fois. – Nathalie Chartier Salou
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« Dans la catégorie « Meilleure interprétation psychologique féminine de l’année » je nomine Pierre Linhart! Un coup de cœur pour ce portrait de mère dévorante, un texte riche de thématiques et de dialogues tous plus fins les uns que les autres. »… Lire la chronique complète et enthousiaste d’Agathe, directement sur son blog.
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Une immense sensation de calme – Laurine Roux

Un décor, une vaste étendue glacée et sauvage, une atmosphère qui emprunte à la tradition des romans post-apocalyptiques, un climat intemporel et une langue… charnelle, poétique, imagée. Avec ce premier roman, Laurine Roux offre au lecteur un voyage sensuel et envoûtant.

Une immense sensation de calme

Comment exprimer mon ressenti ? Est-ce un conte ? une légende ? C’est de la beauté, de la poésie. J’ai totalement adhéré, j’ai été emportée. Quel bonheur de partager la vie de ces êtres en fusion avec la nature, faisant partie d’elle. Ils vivent leur présent tel qu’il est, sans questionnement aucun. « Igor n’est pas un homme. Il répond à des instincts « . Il est « l’enfant de l’eau trouble et de la montagne auguste ». en lui « résonne le fond du lac et des éboulis« . La toute jeune fille qui le rencontre après le décès de sa grand-mère le reçoit comme une évidence. C’est un choc. « Je sens juste mon pouls battre à tout rompre et ma tête se remplir d’un liquide bleuté, noyant, au-delà de mes pensées, toute ma personne« . Et aussi : « J’ai souvent cette impression d’être aspirée jusqu’à m’évaporer dans son sillage « . Les animaux eux-mêmes les comprennent et cessent leur chahut sur leur passage . Chacun accepte son destin avec sérénité, d’où cette sensation de calme. Toute cette histoire est servie par un talent d’écriture qui me subjugue . Et, mais cette remarque est très personnelle, Laurine Roux vit dans « mes » Hautes-Alpes natales. !! – Mireille Hurard Lefustec

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Étrange et fascinant petit premier roman rédigé par Laurine Roux qui nous entraîne dans un monde sauvage, onirique, cruel et beau à la fois. Nous sommes dans un pays nordique probablement, froid et ancré dans des traditions ancestrales. Le mot « karja » – qui désigne ici une boisson – fait aussi référence à un village d’Estonie. C’est une sorte d’indice.
En fait le lieu n’a d’importance que pour l’évocation de paysages grandioses faits de forêts septentrionales, majestueuses et terrifiantes, de montagnes et, finalement, la mer qui se révèle dans toute sa force attractive.
Le temps non plus n’est guère précisé : il y a un « avant », dont se souviennent quelques vieilles qui gardent le silence sur ces temps, à jamais abolis par l’arrivée de « grands oiseaux » d’acier qui ont lancé le feu et le soufre. Des hommes sans yeux en sont les témoins : les Invisibles. Il y a cet « aujourd’hui » raconté par la narratrice, entre passion fougueuse, illimitée pour un homme secret, Igor, relations avec la la Guérisseuse Grisha, chassée du village parce que sans doute sorcière. Tout le récit repose sur des sentiments extrêmes guère exprimés verbalement, une relation fusionnelle à l’amour, à la mort , à la nature, relation qui emporte la jeune fille dans un maelström de sensations, de troubles et de questions.
Une femme-poisson, une ourse dressée qui nourrit un bébé, des Romanichels qui dansent et meurent de la dysenterie, des orphelins jetés comme déchets (les « Va-au-Diable »), des villageois cruels et bornés, et, petite fée bienveillante, une jeune fille amoureuse qui découvre la vie : le roman est une sorte de conte philosophique qui nous mène à l’acceptation.
Et quand arrive « l’immense sensation de calme », nous aussi nous reprenons notre souffle, partageant avec elle la paix intérieure enfin conquise et, surtout, cette sensation d’avoir trouvé notre place, dans un déroulement de moments qui ne sont, finalement, que des « passages ».
C’est un joli moment de lecture, fort, poétique, d’une écriture ciselée, dans lequel on ne fait finalement que se laisser porter par la voix calme et poétique de l’auteure. Un texte à « dire », peut-être. – Evelyne Grandigneaux
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Une écriture comme une fable, une légende que l’on nous raconte, le soir, assis auprès d’un feu, comme un réceptacle à ce besoin immense de s’unir dans « une immense sensation de calme », de se laisser séduire par les mots, le calme, d’oublier l’espace d’un instant notre cocon. Un monde loin de tout. Et une écriture magnétique, envoutante qui nous propulse auprès de ceux qui connaissent l’amour et la mort, le côtoiement infime et la lumière qui amène vers la paix en soi…. Lire la chronique de Sabine sur son blog.
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Alors qu’elle vient d’enterrer Baba, sa grand-mère, et qu’elle arpente un monde à la croisée du réel et de l’imaginaire que traversent les plus curieuses légendes, une jeune fille, la narratrice, fait la rencontre d’un être sauvage, magnétique, étrange et taciturne, presque animal : Igor, qui livre du poisson séché à quelques vieilles femmes isolées dans la montagne. Avec lui elle connaîtra l’amour, décuplé par une nature étonnamment vivante et par tout ce que la jeunesse porte d’insolence. Cinquante ans auparavant, le pays fut ravagé par la guerre, ne laissant que des femmes et des enfants. Les survivants ayant voté pour le Grand-Oubli, seules les aïeules pourraient se souvenir, mais tout désir de mémoire en elles s’est tari. Avant de mourir pourtant, Baba délivre un secret à sa petite-fille : la vérité sur les  » Invisibles « , ces créatures que les bonnes gens redoutent plus que tout. Elles ignorent encore combien le destin de la jeune fille sera lié à ces parias.Au fil du temps le mystère s’épaissit. Qui est Tochko, cet Invisible dont Igor paraît si proche ? Quel lien l’unit à la vieille Grisha, honnie de tous ? L’amour suffira-t-il à cette jeune fille pour affronter le trou noir de la guerre ? de quel secours lui sera-t-il, face à tout ce qui menace ? Cette histoire fait penser à une légende magique, sombre, froide qui est toute a fait retranscrite par le style de l’écrivaine. Elle arrive à faire transparaitre la froideur du climat de cette région, de l’histoire: une terre déserte où la nature, les étendues, la solitude, le silence, l’âpreté et la rudesse des personnages règnent en maitre. Il faut accepter pour entrer dans ce conte d’être démunis, sans ses repères, lâcher-prise, entendre la mort jouer de sa faux et de la vie. Ce livre était trop noir, sombre, glacial pour moi. Il y a une histoire d’amour, mais surtout des histoires de vie brutales dans une ambiance sombre, devant lesquelles je suis restée au bord des sentiers sans jamais pouvoir cheminer à côté des personnages.- Marie Heckmann
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« Nous sommes simplement de passage, murmurent ses cheveux dans le vent. L’instant s’échappe vers un autre, insaisissable. En chute permanente, ou plutôt en grande glissade, car le temps n’est qu’une succession d’effondrements à l’infini.» Une immense sensation de calme et d’envoûtement. Je suis rentrée dans cette lecture comme en religion. J’ai été happée par les mots : ceux-ci m’ont enrobée dans leur brume, leur mélopée, l’atmosphère grandiose et sauvage d’une forêt, d’une montagne, d’étendues planes ou escarpées, de lacs gelés et de terres animales et la mer magistrale en point d’orgue. « Nous marchons pendant des heures et des heures, frappés par le couvercle en fonte du ciel. Et puis, au détour d’un chemin, nous la voyons. La mer a son manteau de cobalt et le soleil fait rôtir sa cuirasse étoilée. (…) nos yeux fixés sur cet horizon tracé par sa propre infinité, sans arbre ni montagne pour le circonscrire. Nos yeux aimantés à cette ligne infinie, par-delà le ciel, la terre et la mer, ruban de couleur mouvante, tantôt bleu, gris ou orangé, confins des nuages, du jour et de la nuit, qui se révèle à nous comme l’ultime destination…»
La langue est à la fois forte, âpre, simple et élégante. Elle appelle à tous nos sens, nous invite à écouter, humer, vibrer, goûter. Les paysages s’imposent à nous : crus, majestueux, imposants et en quelques phrases nous sommes propulsés dans une palette de couleurs et de matières réelles, percutantes de vraisemblance et de poésie, véritable hommage à la Nature et à la splendeur de notre planète. Rien n’est cérébral, tout est instinct : les regards, les touchers, les rencontres y sont admirablement retranscrits dans une immédiate nécessité et puissance. Il y a de la féérie dans ce court roman où pourtant tout est dit de ce qu’est fait une existence, celle-là qui nous équilibre sans filet au-dessus d’un plein et d’une fin dont on ignore tout. Majesté d’une écriture ensorcelante qui manie avec magie les mystères de non-dits, des creux et des manques pour nous conter des destins. La mort et la vie se confondent et se souviennent à nous comme un tout ; ainsi les absents ne le sont jamais et les présences fourmillent convoquées par les confidences du passé, les réminiscences échappées, les traces inscrites sur les corps, les chaînes des histoires et l’indélébilité des sentiments. De la survie à la violence du monde et des hommes, de l’amour à la solidarité, l’auteur nous offre notre Terre dans sa cruelle et fantastique beauté. La sensualité court chaque ligne pour parler les liens, le désir, les élans et l’univers. Et ce silence éblouissant qui alanguit le tout et remet au centre l’essentiel qui n’a pas à être débattu. « Le bruit du vent mérite plus d’attention que les vaines paroles ».
Et cette femme qui se raconte et nous confie l’incandescence et la torpeur d’un amour hors codes, hors normes – « Igor avance en équilibre sur le faîte et je glisse mes pieds dans ses pas, cesse de peser, presque d’exister. Mon ombre se confond à son ombre. J’ai souvent cette impression d’être aspirée jusqu’à m’évaporer dans son sillage. Cela ne me paraît pas insensé. Ce n’est pas sage non plus. C’est ainsi. » Amour grâce auquel elle s’enracine plus que jamais à la pulsion de vie, grâce auquel elle lâche prise et accueille l’existence, celle qui échappe à l’entendement, au raisonnement peut-être, mais pas aux sensations d’un corps en mouvement, à l’intuition d’un cœur aimant. « Je lampe l’air à grandes goulées, et ma langue reconnaît dans ce baiser un goût de terre et de ciel. Vert et bleu. La couleur des baisers d’Igor. Car il est là, partout, et je ris. Je le caresse dans l’herbe qui échevelle le sol, me frotte à lui dans les bourgeons ventrus. Sa voix me berce dans le glouglou de la rigole et je quitte mon corsage, lui offre ma poitrine exposée aux assauts du soleil. Je me sens pleine et possédée, secouée par le frémissement des instants après l’amour. Des lucioles parcourent mes jambes. C’est évident, Igor est là, contre moi, et tant que le monde sera monde je pourrai le retrouver. Rien ne saurait changer cela. Pas même la mort. »
Magnifique ode à l’indicible qui court en nous, énergie brute qui en plus de battre nos tempes, d’injecter, pomper, éliminer sang, eau et air, anime des idées, des envies, des mains et une âme résolue à tendre vers la lumière et le beau. Ce premier roman est la confirmation d’une plume singulière, inédite et déjà indispensable. Coup porté à mon cœur enthousiasmé !
« Je n’ai pas peur. Je sais que je le laisserai faire. Cela devrait me désespérer, je devrais crier, me battre chercher à le retenir. Pourtant cela me procure une immense sensation de calme. Le chemin parcouru avec lui a été un long enseignement d’abandon. » – Karine Le Nagard
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Laurine Roux, de son écriture poétique, est parvenue à m’envoûter à tel point qu’il m’est difficile de trouver des mots pour justifier mon ressenti. M’abandonner corps et âme dans ses pages, voilà mon état. Ce récit est un conte dramatique où l’Homme est confronté à la rudesse polaire, où la survie et la lutte sont indispensables, où l’amour affronte les pires tempêtes… Lire la chronique d’Héliéna en entier sur son blog.
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Perdus au milieu des étendues de terres et de forêts, un couple vit entre marches, chasses et rencontres. Dans ce monde où la guerre a tout bousculé, ils sont tous deux en osmose avec la nature. Ils s’aiment, se parlent peu mais communient avec la caresse de leur corps. Au fil des jours, la narratrice apprend l’histoire de cet homme, Igor, qu’elle sait être celui qui lui était destiné… Laurine Roux signe ici un roman touchant et sensuel. Avec une écriture tout en poésie, elle nous entraîne dans les pas de ces hommes et de ces femmes qui vivent au fil des saisons, dont le quotidien difficile est alourdi par le poids des légendes et des croyances. Enveloppé par cette nature, nous écoutons au coin du feu leurs histoires de vie… Un très beau premier roman… Prometteur et apaisant… – Audrey Thion
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Etrange et atypique ce récit emmène le lecteur dans des paysages désertés et glacés, d’immenses étendues à perte de vue, grandioses, une plongée dans un monde de neige, de glace, de forêts majestueuses où l’homme et la nature ne font qu’un. La nature a deux facettes, dangereuse parfois car il faut se méfier et s’accommoder d’une vie rude, réparatrice lorsque les plantes et herbes recèlent des secrets de guérison.
Un lieu intemporel et indéterminé, peu en importe l’époque.
La narratrice, une jeune fille dont on ne saura pas le nom, se souvient des oiseaux d’acier qui ont lancé le feu détruisant nature et hommes dont certains, les Invisibles, se sont réfugiés dans les montagnes.
Parmi cette nature, il y a Igor, géant taciturne, qui croise un jour la route de la narratrice. Un rencontre magique, enchanteresse et sensuelle.
Si j’avoue avoir été surprise au départ par ce récit (conte, fable…), je l’ai poursuivi et terminé d’une traite auréolée d’une belle sensation de calme, comme un répit à la ville, au tintamarre quotidien.
Vous l’aurez compris, peu de paroles dans ce texte, des sensations, des émotions, de la tendresse, un amour inconditionnel sous une plume poétique et ensorcelante. « Le bruit mérite plus l’attention que les vaines paroles ».
Un récit magique pour un moment de calme, où le texte fait naître des paysages envoûtants sous les yeux du lecteur bercé par la poésie du texte. – Nathalie Chartier-Salou
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Entrer dans ce roman c’était pour moi faire l’expérience de l’inconnu. Pour ceux qui me connaissent, le taureau en moi n’aime pas trop ça, et encore moins le froid et les forêts désertes. Alors même si pendant les cinquante premières pages j’ai cherché une taverne hospitalière qui me servît un bon bourgogne et une planche de charcuterie, la suite de ce roman sublime a été une parfaite initiation à ce genre. Un vocabulaire riche et rare est au service d’une plume précieuse… Lire la chronique d’Agathe en entier sur son blog.
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Ce conte sensuel est étrange mais fascinant. C’est un récit envoûtant porté par une magnifique langue poétique et excessivement soignée qui nous conte une histoire d’amour hors du commun. Laurine Roux a l’art de plonger le lecteur dans une ambiance qui rend un bel hommage à la nature aride et toute puissante où amour et mort se côtoient en permanence…. Lire la chronique de Joëlle Guinard en entier sur son blog.
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Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor.  Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les Invisibles, parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.

Roman sublime à la lisière d’un conte dans les montagnes, une nature majestueuse et puissante, mystique, glacée et sauvage où après une guerre ancienne, les hommes sont morts, ne restent que femmes et enfants.

Une jeune femme rencontre Igor, un homme taiseux et sauvage et va le suivre, elle sait que c’est lui qui lui est destiné et tous deux vont braver la nature hostile et difficile.

« A présent il faut que je vous raconte comment Igor est entré dans ma vie »… Le roman commence et là je m’installe au coin de la cheminée, personne autour de moi, du calme,  de la chaleur et…. je me laisse bercer par ce très court roman Ô combien poétique. C’est comme cela que je relirai ce roman en savourant chaque phrase, en me laissant envoûter.  Je pense que c’est une auteure que nous reverrons.

« Nous sommes simplement de passage, murmurent ses cheveux dans le vent. L’instant s’échappe vers un autre, insaisissable. »

« Je me rappelle comme si c’était hier le moment où j’ai refermé la porte. Le souvenir de Baba et mon sac étaient mes seuls bagages. Je n’avais aucun endroit où aller. Je me souviens m’être demandé s’il était possible qu’une route ne finisse jamais. Alors j’ai décidé de commencer ainsi, voir jusqu’où la route irait. Cela me semblait un bon début. » – Joëlle Radisson

Ta vie ou la mienne – Guillaume Para

Peut-on échapper à sa condition ? Infléchir la trajectoire d’une vie ? Croire au bonheur alors qu’aucune fée bien intentionnée n’a daigné se pencher sur son berceau ? A travers ces questions, Guillaume Para livre un conte moderne, implacablement contemporain et bouleverse les lecteurs.

Ta vie ou la mienne

Voilà un roman qui nous démontre que les clichés ne viennent pas de nulle part, quand bien même cela dérange nos têtes sentimentales qui tendent toujours à la beauté d’une vie, qu’ils s’originent toujours d’un réel social et humain. Le cliché devient dangereux quand il est utilisé par les politiques, les bonimenteurs, les manipulateurs de pensées qui n’ont pour seul désir que d’enfermer nos pairs dans des cases.
Guillaume Para réussit brillamment à leur tordre le cou à ces clichés, ceux utilisés comme des armes de propagandes ou des missiles de haine diffuse et interroge le déterminisme de nos parcours. Il fait le pari dans ce roman de nous raconter la réalité d’un monde et de la tricoter dans une fiction qui nous embarque et nous émeut. Et si cette histoire nous touche c’est certainement car l’on sait, au fond de soi, que ces tourments sont vrais et s’ébranlent à côté de nous, là, pas loin… Il nous souvient à nos parts duelles, que nous sommes tous faits d’ombres et de lumières ; que nous sommes tous rattrapés par des passés, des conditionnements et que nous luttons pour se défaire de ces aimants et rejoindre d’autres magnétismes ; que les événements d’une vie suffisent à attiser nos violences et nos rudesses, que les événements d’une vie sauront aussi parfois réveiller les sursauts, les courages et les éclaircies qui réconcilient avec le monde.
L’écriture est rapide, précise, claire. Elle ne transcende pas mais elle embarque le lecteur dans le fil des amours et des amitiés des trois protagonistes, aux destins mêlés par les sentiments essentiels, les seuls qu’il nous faut nourrir par-dessus tout. On reconnaît la plume incisive du journaliste mais le narrateur est bel et bien en place pour nous envoler avec lui dans cette fiction qui nous cloue, nous secoue, nous retient le souffle et nous émeut. L’auteur n’a pas usé de larmes faciles et conduit avec droiture et honnêteté le tragique qui s’écrit, qui s’enfuit, qui se dresse malgré, malgré… Je n’ai pas lâché un seul instant les personnages de cette histoire et ce qui m’a le plus marquée est l’authenticité d’un ton direct, vrai, sans falbala, sans compromis non plus. L’auteur défend la vérité de ses héros, quand bien même elle peut choquer, heurter, emporter ou agacer (les bons sentiments ne sont guère à la mode) avec la ferveur sincère d’un cœur convaincu et courageux lequel transpire dans les lignes de ce premier roman. Belle promesse. – Karine Le Nagard
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Hamed Boutaleb orphelin à 8 ans, originaire de Sevran, va découvrir Saint Cloud quand son oncle et sa tante l’adoptent. Il est sur la bonne voie, il suit ses études, commence à se faire remarquer dans le milieu du football. Tout frémit pour lui, tout bourgeonne même ses amours avec Léa et son amitié forte avec François. Tout bascule pourtant et la noirceur de sa petite enfance le rattrape, la prison achèvera de la détruire. Une vie sans deuxième chance terrible et bouleversante. Un magnifique roman parfaitement construit, sans pathos et beaucoup de réalisme. Moi qui suis souvent émue par le regard des enfants la fin ne pouvait que toucher au but ! Bravo très belle réussite. – Emmanuelle Coutant.
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Hamed Boutaleb naît en Seine-Saint-Denis et devient orphelin à 8 ans. Accueilli par son oncle et sa tante à Saint-Cloud , il va vivre une existence sans adversité. Hamed saisit sa chance et s’épanouit avec une passion : le football. Il brille dans le club de la ville, où il se lie d’amitié avec l’un de ses coéquipiers, François. À seize ans, le jeune homme tombe amoureux de Léa, qui appartient à un autre monde. L’amour passionné qui les lie défie leurs différences et la mystérieuse tristesse qui ronge l’adolescente. Hamed touche du doigt le bonheur, mais celui-ci vole soudainement en éclat… J’ai adoré ce livre qui relate la passion du foot (que je partage), les malheurs et atrocités de la vie carcérale, les forces des sentiments.. Ce livre montre bien que notre entourage peut nous faire passer du mauvais coté de la barrière mais aussi nous sauver et ce quelque soit la situation. L’écriture est magnifique, pure, sans concession. J’ai de suite trouvé ma place dans ce roman qui décrit les affres de la vie parfaitement. La fin portée par la voix de Louis, l’enfant de Léa et d’Hamed est plus que touchante et permet de conclure ce livre sur un point d’orgue. Lisez le! – Marie Heckmann
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Pas facile parfois de parler de ces romans qui nous subjuguent, les mots sont parfois difficiles à trouver. Quel premier roman !!!! Merci Guillaume Para de m’avoir fait passer un aussi bon moment de lecture. QUE cela fait du bien de pouvoir lire des livres comme celui-ci ! C’est aussi pour cela, que j’aime les premiers romans, car j’y trouve tant ce que je recherche… De la fraîcheur, de la sincérité et du talent. Bref, vous l’aurez compris, je suis séduite ! Je trouve subtile la manière dont le roman a été construit. L’histoire commence au présent où une avocate décide de prendre en charge une affaire de braquage. Puis nous plongeons dans le passé, afin de nous imprégner de la vie des principaux protagonistes : Hamed, Léa et François. L’auteur installe petit à petit ces personnages et commence ainsi l’intrigue ! C’est une histoire d’amour, mais pas que ça ! Car autour de ce grand amour entre Hamed et Léa, plusieurs thèmes sont abordés comme les différences sociales ou la mixité, l’emprisonnement, la violence ou encore l’inceste… Ils auront des impacts sur eux, laissant des traces indélébiles. Parce que la vie ne se passe pas toujours comme on le souhaite, il leur faudra toutes leurs forces pour arriver à se reconstruire. Je me suis beaucoup attachée aux personnages, surtout à Hamed, ce gamin au parcours si chaotique et dont le destin ne l’épargnera pas. Si bien que parfois, la lecture est difficile, remplie d’émotion, mais tellement captivante. En arrivant à la fin du livre, la gorge serrée, mes larmes ont coulé sans que je m’y attende… C’est donc pour moi, une vraie réussite, car rarement mes émotions me submergent à la lecture d’une fiction. Une histoire bouleversante qui m’a pris aux tripes ! Je n’ai plus qu’à espérer que d’autres romans suivront et qu’ils me donneront autant d’émotion. BRAVO ! (Petite remarque : l’écriture de Guillaume Para m’a fait penser à l’écriture de Mathieu Menegaux dont j’ai dévoré aussi ces romans. ) – Claudia Charrier
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J’ai lu ce roman comme on prend un direct à l’estomac. Souffle coupé, entrailles en vrac, torsion du corps et de l’esprit pour tenter d’échapper à aux images incarnées dans les mots.
L’histoire nous fait passer, avec Hamed, de l’ombre d’une cité de la Seine-Saint-Denis, régie par la violence sociale et familiale, à la lumière d’un quartier de Saint-Cloud et d’une famille aimante avant de nous plonger dans les ténèbres infernales de l’univers carcéral de Fleury-Mérogis. C’est là qu’échoue toute humanité. C’est derrière ces murs, ces grilles et ces portes blindées que se défait la notion de civilisation et que naissent ou grandissent les barbares. Les stigmates que garde le corps deviennent le sceau d’une appartenance définitive, inéluctable. A la délinquance, à la violence, à un quartier, à une catégorie sociale.
A sa sortie, Hamed ne tente même pas de renouer avec sa vie « d’avant ». La prison l’a transformé en fauve ? Fauve en liberté il sera. Le temps d’épuiser sa colère et sa haine. Le temps que se rallume une étincelle d’espérance grâce à ses amis, à Léa, son amour, à son fils, Louis. Mais sort-on jamais de prison ?
L’écriture abrupte de Guillaume Para se frotte à la fiction jusqu’à la consumer. Elle donne à l’intrigue, parfois excessivement romanesque, une profondeur saisissante, sans jouer de procédés ostentatoires. A partir d’un scénario presque simpliste tant il semble accumuler les clichés (un jeune homme pauvre et une jeune fille riche s’aiment. Par amour, le jeune homme commet un crime et il est emprisonné. Il subit de plein fouet les épouvantes physiques et morales de la réclusion. Parviendra-t-il à se reconstruire ? Les deux amants sauront-ils surmonter les obstacles pour se retrouver ?), l’auteur construit une sorte de tragédie contemporaine où la détermination sociale joue le rôle de la fatalité. Certes, l’intrigue s’alambique de multiples rebondissements. Certes, les personnages s’apparentent à des stéréotypes et frôlent le manichéisme. Certes, l’invraisemblance pointe parfois le bout de son nez. Certes, les puristes trouveront moult arguments pour nourrir leur critique.
N’empêche ! Malgré ses imperfections (jusqu’à son titre de roman-photo) ce roman captive et cogne fort. Suffisamment pour imprégner ma mémoire et faire jaillir l’émotion. Suffisamment pour susciter des questions et y trouver matière à réflexion. – Sophie Gauthier / Merlieux
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Un premier roman d’un auteur talentueux qui interroge sur le déterminisme social au travers de personnages très attachants ; un récit que je qualifierai de thriller social empreint d’une grande humanité.
L’histoire est addictive et ne ménage pas le lecteur car le parcours d’Hamed est édifiant. Il ne lui sera accordé aucun répit, même son histoire d’amour avec Léa semble frappée de malédiction.
L’écriture est efficace, nerveuse à l’image d’Hamed jouant, je devrais dire jonglant ou dansant, avec le ballon rond même si je ne suis pas fan de football ! Il est aussi question de l’univers carcéral, d’inceste, de mort et aussi d’amour et d’amitié. Les personnages secondaires sont émouvants et justes.
Je n’en dévoile pas plus sur l’intrigue elle-même car tout s’enchaine très vite et je laisse le soin à chacun de découvrir le sort réservé au trio que forment Hamed, Léa et François qui ne sont pas épargnés. En effet, pour ma part, j’avais trop lu de chroniques et de résumés du livre qui dévoilaient – involontairement – les rebondissements qu’il convient de découvrir au fil des pages.
Même si j’ai parfois trouvé le récit un peu manichéen et les ficelles un peu grosses, j’ai poursuivi avec plaisir, jubilation et émotion ce premier roman émouvant au rythme effréné.
Une tragédie contemporaine à découvrir sans tarder ! – Nathalie Chartier-Salou
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Un titre superbement choisit qui en dit déjà un peu sur ce qui nous y attend.
Hamed est né à Sevran, une cité du 9-3. Léa est née à Saint Cloud, une banlieue chic de l’ouest parisien. Hamed a été élevé dans la violence de la cité. Très jeune, il y est même devenu orphelin. Léa a grandit dans une magnifique et riche cage dorée entourée de parents aimants et attentionnés. Tout les sépare. Et pourtant, un peu comme dans un conte de fée, Hamed et Léa vont se rencontrer. Le garçon pauvre des mauvais quartiers et la jeune fille riche des milieux privilégiés. Et pourtant, ils vont s’aimer. Une sorte de conte de fée contemporain me direz-vous. Non loin de là. Très loin de là et aussi très loin du message de fin « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »! Mais je ne vous en dis pas plus si ce n’est allez-y, laissez vous happer par cette histoire. Vous n’en sortirez pas indemne!
Un portrait de notre société! Une écriture vive, précise et efficace. Les images sortent des mots, montent à la tête et frappent fort. On essaye de les repousser tant elles font mal, tant elles font peur.
Un intense moment de lecture pour moi. C’est glaçant à certains moments. C’est agaçant à d’autres. Et triste. Mais c’est aussi un très beau message plein d’optimisme, d’espoir et d’humanité. Un roman qui laisse une trace, des émotions qui remontent et qui nous pousse à réfléchir. Un auteur à suivre. – Emmanuelle Mentec
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« L’arbre suit la racine » selon un proverbe berbère qui irradie tout ce livre. Ainsi, tout serait écrit dès notre venue au monde… Mais nos choix et les rencontres que nous faisons pourraient-ils néanmoins influer le cours de nos vies ?
Une question complexe, sujet du premier roman de Guillaume Para dont je ressors bouleversée : un gros coup de cœur littéraire, tant pour l’histoire que l’écriture si délicate de l’auteur, qui sera même parvenu à me faire vibrer pour quelques passes de football ! Une prouesse !
Hamed Boutaleb est né en Seine-Saint-Denis. Une mère morte en couches, un frère happé par le trafic de drogues, un père alcoolique et violent, une cité bétonnée… tous les ingrédients d’un cocktail explosif réunis pour faire de cet enfant des rues un garçon perdu. Aussi, lorsqu’il est recueilli à 13 ans par une tante et un oncle aimants vivant à Saint-Cloud, un espoir est permis, très vite incarné par le ballon rond. Car si Hamed n’a jamais connu la tendresse durant sa petite enfance, il s’est en revanche chaque jour évadé grâce au foot de rue, entre les murs qui l’enfermaient. C’est ainsi qu’au contact d’une famille et d’un ami bienveillant, François dont le père, personnage truculent, est un ancien joueur de foot professionnel, Hamed se détend peu à peu, baisse la garde et tombe éperdument amoureux de Léa à 16 ans, une jeune fille née sous les lustres de la haute bourgeoisie. Pour autant, Léa ne mène pas une vie simple et heureuse et connaît elle aussi une part d’ombre, affectée par des périodes de profondes dépression.
Si Léa voit dans Hamed non pas une autre vie possible, plutôt une « respiration », lui, à l’inverse, se montre très réticent à céder à son attirance : « Ca ne sert à rien d’essayer tous les deux. Les “jeunes de banlieue” leur vie pue (…) moi-même, je pue la défaite (…) Être pauvre, ça pue, et ça a un goût, celui du sang dans ma bouche quand mon père me tabassait ». Pourtant, impossible de résister bien longtemps à ces sentiments intenses et la rencontre assez improbable entre les deux recèle rapidement des effets ultra bénéfiques, chassant réciproquement leurs côtés sombres, à la découverte de l’amour, de Fès et ses milles senteurs, de Quiberon, de Paris, de son théâtre de l’Odéon et de sa place Dauphine et de plein d’autres bonheurs. Quelques années heureuses pour tous les deux, jusqu’au jour où tout bascule.
Son oncle avait dit à Hamed lorsqu’il était petit, « La violence n’est jamais une solution. C’est comme un virus (…). Si tu l’attrapes, tu n’en guéris pas, et il se répand… ». Une violence apprivoisée dans sa tendre enfance qu’Hamed avait donc tenue à distance mais qui rejaillit d’un coup. Et ce sont alors pour lui quatre années de prison dans un univers carcéral à nouveau extrêmement dur, féroce, qui n’est pas sans évoquer celui décrit avec brio par Olivier Norek dans « Surtensions » et que Guillaume Para restitue si bien que nous tremblons pour Hamed à chaque instant. Si l’auteur nous avait autorisés à croire avec Hamed qu’une autre vie était possible, ce retour dans un monde gouverné par les poings et les trafics en tous genres nous conduit à douter, sincèrement, et à se dire qu’il existerait une sorte de prédestination. Finalement, on a beau y faire, il est bien difficile de sortir de sa condition. Gagné par le renoncement au point de s’isoler de tous ceux qu’il aime, Hamed redevient cette « kaïra » et la réinsertion apparaît alors inenvisageable. Définitivement ? Rien n’est moins sûr…
Guillaume Para signe un premier roman réaliste, extrêmement réussi, où aucun mot n’est en trop, un récit rythmé, débordant d’émotions, où les relations humaines sont décryptées avec beaucoup de finesse et qui parvient en plus à nous questionner. Une lecture qui m’a emportée et des personnages que j’ai eu du mal à lâcher le livre terminé, au point de l’ouvrir à nouveau et relire, ce qui m’arrive assez rarement ! Pour terminer ces quelques lignes, je citerais à nouveau le sage oncle d’Hamed : « Le proverbe dit “l’arbre suit sa racine” mais je crois que quelles que soient tes racines, tu es libre d’aller vers le soleil ». Quitte à s’y brûler parfois les ailes… – Julie Vasa
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Lu d’un souffle, du premier au dernier mot. Et pourtant, je redoutais un peu l’omniprésence du foot. Eh bien aucun ennui : la passion du jeune garçon, son don inné, son désir d’ apprendre la technique , se partageaient avec plaisir. Roman sur fond social des banlieues défavorisées où règnent les caïds et les trafics de drogues. Hamed Boutaleb a le privilège de quitter la sienne à onze ans et d’aller vivre chez sa tante et son oncle. Mais avant cela, il y a eu la mort de sa mère à sa naissance, la mort par balles de son frère aîné et la violence de son père, devenu alcoolique. Il connaît enfin une vie normale. Même si, plus tard, il croira qu’on  » ne fuit pas ce que l’on est », et que « on n’échappe pas à ses racines ». C’est le roman de l’amitié, de la générosité, de l’amour qui s’annonçait impossible entre lui et une fille de la grande bourgeoisie. c’est aussi malheureusement le roman de la face opposée : la violence dans la prison : celle des caïds et celle des matons, passive ou active. A Fleury, « On se fait à tout quand il s’agit de survivre. » C’est la désintégration de soi, l’impossible guérison. « Hamed ressortait de là l’âme et la la figure balafrées ».
C’est un excellent roman, bien conduit, avec des personnages solides et une remarquable maîtrise. C’est poignant, déchirant, révoltant. J’en suis ressortie bouleversée. – Mireille Hurard Le Fustec
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Une histoire d ‘amour et d’amitié pour poser la question du déterminisme, de la possible miscibilité des milieux sociaux, des cultures.
L’auteur est un peu manichéen, on voit bien d’où viennent les nuées dans les yeux de Lea, mais ils sont si attachants ces aimants que l’on se prend à y croire au fil des pages que l’on ne lâche pas.
Le jeune Hamed doute puis se prend à y croire à une possible vie au soleil grâce à l’amour de Lea, les ténèbres qui vont l’engloutir n’en seront que plus sombres .
Une grande finesse d’écriture pour nous rappeler que la prison, le plus souvent, détruit fibre à fibre ce qui fait un homme, sa sensibilité, ses rêves, sa dignité, sa capacité d’aimer
Il eût suffit de presque rien ….pour que le rêve se réalise, combien de destins brisés croisons nous ainsi sans le savoir ? – Christiane Arriudarre
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Ce roman est une excellente surprise.
Le malheur et la malchance sont-ils écrits dans nos destins en fonction de l’endroit où nous vivons et de la catégorie sociale dans laquelle nous sommes élevés ? Ce premier roman interroge sur la destinée, le déterminisme, sur ce que l’on fait de sa vie, sur la manière dont on appréhende ou pas l’adversité, sur la notion de sacrifice. C’est beau, tragique, sublime au sens littéraire de pur et noble, de solitude des personnages face au monde qui les entoure, en proie aux choix et au doute.
L’écriture est brute, réaliste, sans fioritures, à la fois contextuelle et contingente. Tout sonne juste. En même temps, c’est très addictif ; la trame narrative est très équilibrée, admirablement planifiée avec un effet de retour en arrière et d’action au présent. Personnellement, j’ai dévoré ce roman en deux jours, avec avidité, dans l’urgence, et pas seulement parce qu’il s’agit d’un livre voyageur que je ne peux garder trop longtemps.
Les personnages sont travaillés, en finesse, en complexité, sans jugement ; les protagonistes masculins sont mis à l’honneur et on peut seulement regretter que les figures féminines soient essentiellement des seconds rôles. En effet, les valeurs de l’amitié virile, du sport sont mises en avant tandis que la féminité apparaît davantage dans les postures maternelles, rassurantes ou au contraire fragiles. Ici, la transmission généalogique passe par les hommes, les berbères, ces hommes libres qui ne gardent pas la colère en eux et par d’autres aussi, ancien taulard philosophe ou ami de toujours.
Guillaume Para tire habilement les fils d’une histoire pourtant bâtie sur des clichés : jeunesse des cités, violence, mort de tous les membres de la famille du héros, différence de classes sociales, amour impossible, incarcération dévastatrice, émulation sportive… Le titre lui-même avait un ton de romance… Quel brio dans la manière de revisiter chacune de ces thématiques, sans pathos excessif mais avec justesse et motion !
Le dénouement surprend, remet les choses en perspectives, replace le rêve dans la contingence.
Ta vie ou la mienne est un excellent premier roman, une tragédie moderne.
Un de mes coups de cœur de cette sélection des 68 premières Fois.
Guillaume Para : une plume à suivre. – Aline Raynaud
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GRAND COUP DE CŒUR. ! Quel livre ! Que d’émotions ! et pourtant le début m’inspirait peu, le football n étant pas ma passion. C’est le lien avec les personnages et j’ai eu une autre vision du foot !!! Mais très vite les personnages m’ont happée :
Hamed, orphelin à 8 ans et élevé par son oncle et sa tante à St-Cloud, passionné de foot, domaine où il se fait remarquer.
François, l’ami qui se fait humilié et frappé au sein du club de foot, parce que « gosse de riche ». Son père Pierre ancien footballeur professionnel va les aider dans ce domaine.
Léa, la belle Léa, mystérieuse avec sa part d’ombre va vivre une belle histoire d’amour avec Hamed.
De là, tout bascule, pour Hamed, drame, prison, univers carcéral très dure, violence qui l’a transformé en fauve et la reconstruction va être très dure. Il sera aidé par Jean-Louis , son codétenu, personnage que j’ai adoré et d’une grande sagesse.
Je ne veux pas dévoiler tous les rebondissements mais laisser découvrir ce magnifique roman qui vous laisse sans voix, très bien écrit, que j’ai lu en deux jours et terminé émue jusqu’aux larmes.
Bravo à Guillaume Para.
« Sais –tu ce que veux dire « berbère » ?
Non, p’pa.
Ca signifie « homme libre », et tu veux savoir ce qu’est un homme libre, pour moi ? C’est celui qui n’a pas de colère en lui. La colère rend prisonnier, c’est la pire des cages. »
« La captivité est quelque chose qu’on garde en soi, Hamed, c’est comme ça. Faut vivre avec ce qu’on t’a fait, avec ce qui tu as fait, sans fuir »
« Quand il y a une tempête, ça ne sert à rien de chercher à l’éviter. On doit apprendre à danser sous la pluie. »…. Joëlle Radisson
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Et aussi…
« Un roman puissant qui ne peut laisser indifférent »… Lire le billet de Sybil
« Un roman bouleversant porté par un rythme haletant et une plume d’une profonde sensibilité »… Lire le billet d’Annie.
« C’est un récit de pas d’bol, de malchance, de dommage collatéral, d’imprévu … et d’amour »… Lire le billet d’Héliéna.
« Un Jules et Jim moderne qu’on ne lâche pas ! »… Lire le billet de Sabine.
« Un grand coup de cœur pour cette histoire ficelée, au ton hyper juste et à l’écriture dénuée de prétention, toute en finesse lorsqu’elle concerne la banlieue »… Lire le billet d’Agathe.
« Le plaisir d’assister à la naissance d’un écrivain »… Lire le billet de Joëlle.
« Un roman où la liberté est à portée des doigts »… Lire le billet d’Anne Leloup.
« Un vrai sens de la construction, un style direct, sans fioritures et une volonté de gratter derrière les apparences pour révéler au mieux la psychologie des personnages font de ce premier roman une vraie réussite. Droit au but! « … Lire le billet d’Henri-Charles.
« Un roman implacablement contemporain » … – Lire le billet de Nicole.
« Une claque littéraire comme je n’en avais pas reçu depuis longtemps »…. – Lire le billet de Claire.
« Un roman d’une force rare, poignant. Une plume qui ne se regarde pas lorsqu’elle écrit. » – Lire le billet de Charlotte Bouteloup.
« Chapeau bas à l’auteur pour son dernier chapitre, il a réussi à m’arracher une larme. » … Lire la chronique d’Olivia.
« Encore un primo-romancier à suivre! » … Lire la chronique de Françoise.
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La nuit introuvable – Gabrielle Tuloup

Marthe a la mémoire qui flanche, son fils Nathan s’est expatrié en Slovénie, une façon de matérialiser la distance entre eux. Alors Marthe lui écrit, pour tenter de se dévoiler, de s’expliquer, de combler les vides avant que sa mémoire ne se noie totalement. Et le lecteur assiste à cette course contre la montre : vont-ils se rejoindre à temps ?

La nuit introuvable

Pendant quarante ans, Marthe s’est interdite de montrer à son fils qu’elle l’aimait.
Marthe et le père de Nathan formaient un couple heureux mais Marthe était froide et distante envers son fils. Il s’est finalement lui aussi barricadé le cœur, vivant la part d’amour qui lui manquait en adorant doublement son père Jacques, par procuration.
A la mort de celui-ci, les liens sont rompus définitivement entre Nathan et sa mère.
Quatre après la mort de son père, Nathan reçoit un message d’une vieille amie de sa mère, celle-ci veut le voir immédiatement. Mais il lui faudra lire avant chaque rencontre une lettre au rythme d’une lettre tous les deux mois. D’abord surpris et intrigué, il se plie à cette étrange exigence ne sachant pas qu’il lui faudra livrer une course contre le temps au fur et à mesure que les lettres dévoilent la vérité de Marthe. Lui délivrant en partage l’amour et ses malheurs qui ont fini par s’agripper.
J’ai beaucoup aimé ce texte très poétique et délicat qui dit les empêchements d’aimer que l’on s’impose quand les expériences montrent que l’amour que l’on donne sans compter peut faire du mal et détruire, celui qui aime ou celui qui est aimé.
Le roman éblouit par l’amour absolu, l’amour qui ne se dit pas, ne peut s’écrire que sur des pages encore vierges de l’oubli. Sur du papier buvard comme utilisaient autrefois les écoliers pour estomper ici les traces des larmes et la détresse d’une mère.
J’ai aimé entendre les deux voix à l’intérieur du texte, la voix du fils moderne et rieuse, se moquant de lui-même parfois qui allège le poids de la dureté de ce qu’il vit et la voix franche mais toute en délicatesse d’une mère qui ose enfin s’affranchir de la culpabilité d’aimer.
Un amour intérieur inextinguible.
Gabrielle Tuloup, éprise de slam évoque ici la poésie de René Char à plusieurs reprises dans le roman : dans son titre d’abord « La nuit introuvable » tirée du poème « Fureur et mystère », en utilisant comme prénom Marthe et par le frontispice du livre avec une très belle couverture bleu nuit d’arbres en miroir.
Je ne résiste pas à écrire ce très beau poème en entier en cette année où nous célébrons les 30 ans de la disparition de René Char :
« Marthe
Marthe que ces vieux murs ne peuvent pas s’approprier, fontaine où se mire ma monarchie solitaire, comment pourrais-je jamais vous oublier puisque je n’ai pas à me souvenir de vous : vous êtes le présent qui s’accumule. Nous nous unirons sans avoir à nous aborder, à nous prévoir comme deux pavots font en amour une anémone géante. Je n’entrerai pas dans votre cœur pour limiter sa mémoire. Je ne retiendrai pas votre bouche pour l’empêcher de s’ouvrir sur le bleu de l’air et la soif de partir. Je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable. »  – Régine Roger
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Comment dire à son enfant devenu grand toutes les choses qu’on ne lui a pas dites ? Comment renouer un contact qui semble à jamais perdu ? Un thème inspirant pour les écrivains. Amélie Antoine l’avait récemment abordé dans un livre très émouvant que j’ai beaucoup aimé, « Les silences » (son nouveau titre en poche : il était paru sous celui de « Quand on a que l’humour » chez Michel Lafon) : un père recourt à un stratagème machiavélique pour tenter de retrouver son fils avec lequel la communication est rompue .
Dans ce premier roman de Gabrielle Tuloup découvert avec bonheur une fois encore grâce aux 68 premières fois, c’est une mère qui cette fois-ci, va essayer de (re)créer un lien avec son fils. Une vraie gageure… D’abord parce que l’on comprend au fil des pages que cette mère, Marthe, n’a jamais témoigné un quelconque geste d’affection envers son fils qui en a souffert au point de partir s’exiler en Slovénie dès la mort de son père auquel il était extrêmement attaché. Mais surtout parce que cette femme est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Alors, avant de perdre totalement la tête, elle a écrit huit lettres, les a transmises à une amie lui demandant de les remettre à son fils quand elle ne serait plus en mesure de le faire elle-même mais attention, pas toutes à la fois, une par une, lors de chacune des visites de son fils, Nathan.
Gabrielle Tuloup écrit juste, se mettant dans la peau de cet homme de quarante ans avec beaucoup de talent. On le ressent, Nathan est arrivé à un moment charnière de sa vie : il est divorcé, seul, loin et souffre de cette distance constitutive avec sa mère. Alors, lorsqu’il la revoit pour la première fois depuis plusieurs années, il est sur le point de croire que quelque chose est peut-être encore possible quand elle l’appelle « mon chéri », juste le temps de comprendre qu’elle l’a confondu avec son père… C’est donc avec un agacement certain qu’il prend connaissance du premier courrier. L’auteur se met tout à la fois dans la peau de cette mère, qui tente de manière ultime d’expliquer l’inexplicable. Un roman qui alterne donc entre la confession d’une mère et sa réception par son fils. Des missives sous forme de révélations par une femme qui n’est plus en mesure de le faire oralement même si elle est toujours là, diminuée mais encore présente. Les jours sont comptés, les mots aussi, et ce court roman m’a émue, comme il touchera toute personne aidante d’une personne atteinte de cette maladie, et bien plus encore, chacun qui aura une fois dans sa vie dû accompagner les siens en fin de vie.
« On n’a pas toujours la chance d’accompagner ses parents, Nathan (…) Personne m’a dit que c’était facile. Ce n’est même pas une question de devoir, c’est une question de racines. Croyez-moi, on ne sauve sa vie qu’en accompagnant celle des autres. Autrement, la maison s’écroule. Il faut bien s’appuyer sur quelque chose. » Quand les mots écrits sont un baume pour un cœur meurtri…
Cette Nuit introuvable m’a touchée, par son histoire, par l’écriture fine de l’auteur et qui a évoqué le souvenir chez moi d’un film formidable réalisé par Anne Giatteri sur la maladie d’Alzheimer, une fiction qui s’intéressait principalement à la relation entre trois sœurs et leur mère atteinte par la maladie interprétée avec une justesse incroyable par Marthe Keller, Isabelle Carré, Barbara Schulz et Pascale Arbillot : « La vie à l’envers ». À lire et à voir ! – Julie Vasa
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Nathan Weiss, enfant unique, entretien des relations plus que compliquées avec sa mère et encore plus depuis le décès de son père. Il a décidé de s’expatrié en Slovénie. Ni lui, ni sa mère ne sont fâchés mais aucun ne semble ressentir le besoin de prendre des nouvelles. Un jour, il reçoit un appel d’une voisine de Marthe qui lui demande de venir voir sa mère.
Lors d’un déplacement à Paris, Nathan ira sonner chez cette voisine qui le conduira au chevet de sa mère qu’il trouvera fidèle à elle-même, froide, sans amour pour lui. Jeanne, la voisine, lui remettra une succession de 8 lettres qui ponctueront sa vie pendant plusieurs mois. Il découvrir une mère malade, et différente de ce qu’il avait toujours imaginé.
Un sujet fort autour de la famille, de l’amour mais également de la maladie puisque Marthe est atteinte d’Alzheimer. J’ai adoré ce roman et surtout la structure organisée autour des 8 lettres. On a envie de connaître le contenu de la prochaine. Jusqu’à la dernière lettre, on se s’attend pas à cette chute. L’écriture est poétique, facile à lire. Une vraie réussite ! J’imagine encore une fois ce roman adapté au cinéma dans l’esprit de “Ensemble c’est tout”. – Nina Busson Boulonne
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Nathan Weiss n’a jamais su communiquer avec sa mère. Le lien familial si ténu soit-il existait grâce à son père. À sa mort, Nathan a choisi de vivre entre deux pays : la France et la Slovénie. Il vit très bien ainsi, dans une solitude organisée.
Un simple coup de fil. Qu’est-ce qu’il lui a pris de décrocher alors que le numéro lui était inconnu ? La voisine de sa mère lui demande de revenir en France, visiter sa mère, bien qu’il ne soit pas en très bons termes. Il va faire le déplacement, apprendre que Marthe, mère déjà distante, est atteinte d’Alzheimer. De toute façon, il ne l’a jamais comprise alors lorsqu’il découvre l’existence de huit lettres qui lui seront remises à chacune de ses visites, il est de prime abord réticent.
L’instinct maternel est-il inné ou acquis de l’expérience vécue ? Marthe a été marquée, par une mère égoïste, qui souhaitait la garder tout à elle. A-t-elle voulu ne pas reproduire ce schéma avec Nathan ? Au point de laisser son mari lui donner tout l’amour qu’elle n’arrivait pas à lui transmettre. Un désir éperdu d’aimer son enfant mais enfermé dans la peur de mal faire, de le perdre ?
Nathan revient en visiteur chez sa mère. Sa voisine Jeanne et Carolina prennent toute la place. Lui en reste-t-il ? Les lettres remises au fil des visites planifiées tous les deux mois vont lui permettre de comprendre un passé qui n’existait qu’au travers du couple de ses parents. De son père, seul à être démonstratif, à lui donner de l’amour selon lui.
Le coup de cœur de Nathan pour la rondeur de l’aide à domicile Carolina semble mal venu dans le contexte. Le parallèle entre la sveltesse de sa précédente compagne et son incapacité à être généreuse, à offrir de l’amour, également. On chemine aux côtés de Nathan. L’écriture de Gabrielle Tuloup est élégante, poétique. je n’ai malheureusement pas trouvé le chemin des émotions qui m’aurait totalement embarqué dans ce roman. Le récit très réaliste aborde des thèmes touchants, la vieillesse, les non-dits, les rancoeurs familiales, la maladie, l’absence, la solitude, les responsabilités, l’amour.
C’est un premier roman qui m’a donné envie de suivre l’auteur, même si la rencontre n’est pas tout à fait réussie. Les émotions n’étaient pas à ce premier rendez-vous. – Laurence Lamy
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Il était très improbable que Nathan se rapproche un jour de Marthe (sa mère qu’il nomme par son prénom), leurs relations étant verrouillées et limitées au strict minimum depuis la mort du père quatre ans auparavant.
Pourtant, un coup de fil d’une amie de sa mère le contraint à lui rendre visite, il s’exécute de fort mauvaise grâce lors d’un retour à Paris, lui qui s’est exilé pour raisons professionnelles en Slovénie.
Il découvre que Marthe a été diagnostiquée malade d’Alzheimer et qu’elle a pris soin de lui laisser huit lettres dont il doit prendre connaissance selon un calendrier fixé par elle. Ces lettres ont été rédigées avant que la nuit ne recouvre la mémoire de Marthe.
Le texte est délicat et pudique, il interroge sur les liens filiaux, les non-dits, les peurs enfouies, le pardon ; le récit ménage un certain suspense, j’étais avide des révélations de Marthe au même titre qu’Adrien au fur et à mesure qu’il lit les lettres.
C’est une lecture agréable qui tient en haleine que j’ai bien appréciée.
De relations quasi inexistantes entre la mère et son fils, il va naître au fil des pages une certaine tendresse du fils pour sa mère qui pourtant ne prononcera jamais le mot « maman ».
D’une manière plus générale le texte interpelle chacun sur la vieillesse et les liens filiaux, et interroge avec sensibilité.- Nathalie Chartier Salou
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Pas facile de faire une chronique après une lecture en demi teinte. J’ai été vraiment séduite par ce titre plein de promesse et cette couverture d’arbre-racine d’une folle distinction, l’écriture fine, sincère et un peu distanciée de l’auteur m’a paru un cadeau supplémentaire. j’ai adoré la colère incorrecte contenue dans les premiers chapitres, car la dualité amour-répulsion des relations enfant-mère est un sujet qui me passionne, j’ai regretté de me voir entraîner sur un chemin par trop consensuel, mixant culpabilité de la mère et dépendance de l’adulte envers la mère imparfaite, le mécanisme des lettres-confessions pré Alzheimer m’a paru rapidement artificiel, bien que bien construit et le secret de famille dévoilé enfin ne légitime pas à mon sens la solitude et la non-assistance à l’enfant. Donc oui, un premier roman prometteur, mais pas un délice confirmé.- Martine Magnin
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C’est l’histoire d’une mère et d’un fils qui se sont éloignés l’un de l’autre et qui vont renouer par la force des choses, puisque la maman est malade.
Le fils rappelé à son chevet, n’est guère enthousiasmé de reprendre contact avec sa mère. Il ira de surprise en surprise ! A commencer par la santé de sa maman qui est atteinte de la maladie d’Alzheimer et par des lettres qu’il va recevoir à chaque visite. Des lettres écrites par sa mère, avant que sa santé mentale se détériore.
Ses lettres vont lui révéler bien des choses ! Et c’est là, toute l’intrigue… En lisant chapitre par chapitre, on attend avec impatience, de lire la prochaine lettre afin d’en savoir plus.
Dans ce roman, l’auteure aborde le thème de la maladie, de l’éloignement de la famille, de le mort, de la solitude mais aussi de l’amour.
L’amour d’un enfant ou l’amour d’une mère ou d’un père, avec ses erreurs ou ses faiblesses, mais aussi les bons souvenirs, où nous sommes nostalgiques de cette époque lorsque nous vivions chez nos parents, leurs yeux posés sur nous…Pour nous protéger, nous aimer tout simplement.
Parfois, l’amour est maladroit, ou rempli de pudeur, ou encore retenu dû à des traumatismes, des peurs ou tout simplement parce que l’on ne sait pas comment le montrer.
Parce que la communication est difficile, parce que l’on ne sait pas ou plus comment dire les choses simples….Qu’on a chacun sa vie…On s’éloigne bien malgré nous !
C’est tout cela que l’on peut lire dans ce livre…Une renaissance pour Nathan le fils, et une confession intime et émouvante de la part de Marthe, la mère.
Une écriture sensible et sincère. Un très joli moment de lecture.
Un roman touchant, car nous serons tous un jour, confrontés à des parents vieillissants où souvent l’heure est venue pour eux, de se confier, de raconter les événements qui les ont marqués.
Une auteure à suivre….  – Claudia Charrier
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Un très beau livre que ce premier roman où Nathan découvre l’histoire de sa mère au travers des huit lettres (qu’il va récupérer à chaque visite qu’il va lui faire) qu’elle lui a écrit quand les médecins lui ont diagnostiqué la maladie d’Alzheimer. Il avait coupé les liens avec sa mère à la mort de son père, et, ce qu’il va apprendre de la lecture de ces lettres, alors qu’il pensait qu’il n’avait j’avais eu d’amour maternel, va le faire atrocement souffrir. Comme écrit avec la plume de quelqu’un qui sait et qui connait cette maladie, l’auteur m’a profondément touché par les révélations de la mère et la souffrance du fils.
Les phrases sont belles, parfois prêtent à sourire et vont droit au cœur.
J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre ! – Nathalie Cez
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Un roman sur le lien entre une mère et son fils. Comme le dit Maxime Le Forestier « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille ». Mais que savons-nous réellement de nos parents? Gabrielle Tuloup nous raconte ici la reconstruction du lien entre une mère et son fils.
Nathan vient d’avoir quarante ans. A la mort de son père deux ans plus tôt, il a brusquement quitté Paris pour s’installer en Slovénie coupant volontairement les ponts avec Marthe, sa mère. « Je ne me rappelais pas une seule dispute. Je crois plutôt que nous nous étions oubliés à force d’indifférence. »
La relation entre la mère et le fils a toujours été distante. « Je t’ai aimé d’abord, après j’ai eu peur. Ton père t’a pris dans ses bras et j’ai su que ce serait là ton abri le plus sur. Je serai une maman juste à côté. » Nathan a toujours reproché à Marthe cette distance, son manque d’affection et sa froideur à son égard.
Un jour, Nathan reçoit un appel de Jeanne, une amie de Marthe. Cette dernière est malade et souhaite le revoir. Nathan rentre à Paris. Il retrouve Marthe qui est en fait atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle a écrit huit lettres à son fils avant que sa mémoire ne s’efface complètement et Jeanne est chargée de les lui remettre : une lettre à chacun de ses passages à Paris. Dans chacune de ces lettres, Marthe se dévoile un peu plus, s’explique et tente de répondre à cette lancinante question : « Comment explique -t-on à un enfant qu’on ne le câline pas assez parce qu’on l’aime trop?« 
Au gré des lettres, on chemine avec Nathan dans l’histoire de Marthe et à la suite, on découvre son ressenti et ses sentiments. Des éventualités viennent à l’esprit jusqu’à la dernière lettre qui nous livre la réponse.
Gabrielle Tuloup nous propose ici une très belle histoire brodée autour d’un sujet au combien actuel la maladie d’Alzheimer mais tout en laissant la maladie au second plan. L’écriture est harmonieuse, poétique et délicate. Je me suis littéralement laissée porter par sa beauté au fil des pages. Peut être un peu trop car à la dernière ligne, il m’a manqué un ressenti. Dommage.
Pour terminer, je voudrais souligner également la beauté du livre, la matière, les couleurs, agréable à regarder, agréable à lire. Un grand bravo à l’Atelier de design graphique et aux Editions Philippe Rey. – Emmanuelle Mentec
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Nathan est seul en Slovénie. Il a divorcé, son père est mort et il n’a plus aucun contact avec sa mère depuis quelques années… Mais quand une voisine de cette dernière l’appelle pour lui demander de revenir rapidement, il ne sait pas comment réagir. Entre sa mère et lui, tout a toujours été compliqué, froid, sec et sans tendresse. Mais c’est peut être l’occasion pour eux de s’expliquer, de se rapprocher et peut être de se comprendre… Gabrielle Tuloup signe ici un premier roman particulier. Bien écrit, il nous touche par cette absence de relation. Une mère ne peut pas être insensible à son enfant, elle le déteste ou elle l’aime à en mourir mais rester hermétique aux besoins de son petit garçon semble totalement cruel… Heureusement, la figure paternelle est solide et chaleureuse, et elle permet à Nathan de se construire. Gabrielle Tuloup écrit avec sensibilité et même si certaines parties de l’histoire ne m’ont pas semblé à leur place, elle nous pousse à croire au pardon et à la force des mots… – Audrey Thion
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Nathan Weiss a coupé les ponts avec sa mère depuis 4 ans, depuis le décès de son père. Pour cela il a mis des milliers de kilomètres entre eux, il a accepté un poste en Slovénie à la suite de son divorce.
Il est donc seul et isolé lorsqu’il reçoit un appel téléphonique d’une voisine de sa mère qu’il ne connaît pas et qui lui demande de rentrer à Paris car cette dernière est atteinte de la maladie d’ Alzheimer et décline de jour en jour.
A contre cœur, il obtempère et découvre cette femme qui ne le reconnaît pas toujours et avec qui il n’est jamais parvenu à tisser les liens d’amour et de tendresse qui lui ont tant manqué durant son enfance et qu’il avait construit avec son père.
Il va la redécouvrir au fil des lettres qu’elle lui a écrit avant de perdre pied.
Un très joli premier roman écrit tout en finesse sans pathos sur un sujet délicat.
L’alternance des lettres et du roman permet de confronter les vues de la mère et du fils qui ne se sont jamais vraiment parlé.
Un constat triste pourtant sur le manque de communication, le temps qui passe et le fatidique « trop tard ». – Emmanuelle Coutant
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Voici l’histoire d’une famille comme il en existe probablement beaucoup et c’est ce qui lui confère un caractère d’universalité, chacun y retrouvant un peu de sa propre expérience. Elle, c’est Marthe, pas encore très âgée, ancienne clerc de notaire qui a mis de l ‘ordre dans sa vie et dans ses papiers, à destination de son fils. Comme toutes les mères qui voient approcher la fin. Sauf que pour Marthe, il y a un peu d’urgence : sa mémoire s’effiloche, ses souvenirs commencent à partir en lambeaux : elle souffre de la maladie d’Alzheimer. Elle a donc laissé huit lettres pour Nathan, son fils.
Lui, c’est Nathan, le fils avec lequel la relation s’est assoupie, pas comme une fâcherie, non, juste de l’éloignement, au sens abstrait mais au sens réel aussi, car il a choisi de travailler entre Paris et la Slovénie quand son père est mort. Son père qu’il adorait, le seul qui jouait avec lui, lui caressait les cheveux et lui disait qu’il l’aimait. De sa mère, rien de tout cela. Une sorte de froideur indifférente qui arrêtait net le moindre de ses désirs de faire un câlin. Pourtant, elle savait rire, avoir des gestes de tendresse et d’amour mais seulement pour Jacques, son mari. « Quand il entourait sa taille, ma mère semblait danser de l’intérieur » raconte Nathan.
Aujourd’hui, Nathan est très contrarié : une amie de Marthe lui a demandé de passer voir sa mère. Elle lui raconte la maladie et ces huit lettres qu’il devra venir chercher rue du Cherche-Midi, à Paris, tous les deux mois : un an et demi de contrainte !
Et avec lui, à chaque lettre, de plus en plus hésitante car la maladie progresse, nous découvrons la vie de Marthe, son premier amour déçu, une tragédie, une mère à demi-paralysée dont elle a dû s’occuper (et lui ? s’occupera-t-il de sa mère?), la rencontre romanesque (c’est le mot!) avec Jacques son époux dont elle a été follement amoureuse. « Son visage était évident » écrit-elle. Et sa place à lui, dans tout cela… ?
Maladie, deuil, enfance, amours interdites, amour refréné, peur de souffrir encore et encore, culpabilité : sur quelles expériences nos parents se sont-ils construits ? Est-ce ainsi qu’ils nous ont faits, de chair, de sang et de douleur ou de joie, au travers de mille éclats de vie dont nous ne savons rien et qui nous sautent au visage lorsque, pour la première fois, nous vidons leurs tiroirs, photos, lettres, documents administratifs, juste après leurs obsèques ? Parce la vie est exigeante et qu’elle veut continuer…
Un beau livre, lumineux et douloureux, écrit dans une langue sans effets, qui coule doucement, comme les jours passés nous reviennent.
Sur des thèmes similaires (Alzheimer, vieillissement), deux livres qui m’ont particulièrement touchée : Koumiko, d’Anna Dubosc (une ode à sa mère, artiste japonaise) et « Mademoiselle, à la folie », de Pascale Lécosse (drame d’une actrice vieillissante qui perd progressivement la mémoire). – Evelyne Grandigneaux
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Quelques liens à suivre pour découvrir d’autres billets sur les blogs des lecteurs :
Pour Sabine, c’est le coup de foudre !
Françoise explique pourquoi elle n’a pas été convaincue,
Pour Nicole, c’est un petit bijou de finesse et d’émotion,
Henri-Charles a apprécié la tension dramatique,
Joëlle note l’écriture joliment poétique, la finesse et la justesse.
Héliéna salue l’universalité de ce « bijou de premier roman »

Celui qui disait non – Adeline Baldacchino

A partir d’une photographie, celle qui orne la couverture, Adeline Baldacchino écrit le roman d’un homme, August Landmesser, celui qui préféra l’amour à la haine. Pour cela, elle plonge dans l’horreur nazie, retrace le parcours d’August, comble les vides sans jamais perdre son objectif final, la résonance avec notre époque. Livre choc, qui ne laisse pas indifférent.

Celui qui disait non

« Parce qu’il ne nous demeure que l’intuition de l’horreur et que le reste, nous devons l’imaginer pour le savoir, pour nous imprégner de ce savoir-là, pour ne plus lui résister malgré tout ce qui, au fond de nous, s’acharne à détourner les yeux. »
Ce roman commence avec un père et la douleur de son décès et finira de la même manière : de l’abîme de son absence à laquelle s’adresse cette écriture pour le rendre présent de nouveau et le gratifier d’un amour de fille. Et pour cela l’auteure fait détour par l’histoire, dans l’Histoire, d’un autre homme dont elle décide de mettre en avant la bravoure. August a dit non en ne levant pas son bras à l’allégeance du moustachu le plus fou de notre Histoire. Pourquoi dès lors conter le destin d’August pour accoucher d’un chagrin, pour transformer la peine en joie créatrice, pour rendre hommage au père adoré ?« J’écris, sidérée de constater que je ne cherche jamais que la réponse à l’éternelle question des survivants : comment transmuter la blessure en joie ? »
On pourrait se résoudre à ne pas avoir de réponse, peu importe en effet. Alors pourquoi dans le cas précis de cette lecture, ne pas saisir les liens qui tiennent cette narration, qui tissent la fiction à la confidence, m’a interpellée ? Sans doute car tout le ressort de cette création littéraire repose sur ce nœud, entre confession d’une souffrance intime et inventivité d’une histoire et tout cela à l’appui d’un réel, de documents et de rencontres…. Des témoignages, des articles de presse ; l’imaginaire et la poésie pour donner chair, émotions, essence à des vies ; et enfin le tout pour avoir à supporter son moi endeuillé…« Que se passe-t-il, quand on raconte l’histoire d’un homme pour y abriter, en creux, celle d’un autre ? C’est une drôle d’alchimie que celle de la douleur et de la mémoire, quand la littérature s’en mêle. Il faut accepter de passer un acte avec le petit dieu des métamorphoses : il me murmure qu’à défaut de parler de toi, papa, je te parlerai de lui, August. »
L’auteure est avocate ; elle a quitté le prétoire, elle s’est adossée aux éléments récoltés pour écouter le cheminement intérieur parallèle à l’enquête. Avec une écriture nouvelle, intelligente, ingénieuse, Adeline Baldacchino nous livre avec brillance poétique un réquisitoire inédit, créatif pour défendre ou plutôt argumenter la position d’un homme, et très certainement la position de l’écrivain en train d’éclore sous nos yeux.
Je suis de ceux qui sont convaincus de la nécessité impérieuse, incessante, toujours, du devoir de mémoire. Car l’homme, par nature, fuit irrémédiablement l’indicible de l’horreur, l’innommable du réel quand il est fou et assassin. Toute la richesse de ce roman selon moi réside là. En nous contant l’histoire vraie de cet homme qui a dit non, l’auteur imagine un homme qui ne pouvait pas croire que les propos inconcevables, absurdes et insupportables d’un politique puissent aller jusqu’à l’extermination par millions d’un peuple. August n’a pas choisi d’être héroïque ou résistant ; il n’avait pas opté pour un camp par conviction militante : il était amoureux d’Irma. Son amour a commandé et campé sa posture pour ne pas trahir la femme adorée sans jamais penser que sa désobéissance risquait de la mettre encore plus en danger. Car on ne peut croire, on ne peut penser la sauvagerie, la haine destructrice, encore moins quand on est enveloppé par le plus beau à vivre : un amour partagé, heureux, joyeux, qui anime l’espoir. Alors il faut dire encore, témoigner, écrire toujours, oublier jamais. Comme il est nécessaire de rappeler ceux qui nous manquent et les écrire en doublure des personnages de roman pour qu’ils s’incarnent aux yeux de tous et restent vivants, toujours, à jamais. Les témoins racontent, les musées exposent, et rien de tels que les romans pour nous emporter, nous heurter, nous fâcher et définitivement inscrire loin de l’amnésie, loin des dénis, graver, tracer ce qui fait mémoire et preuve de notre humanité dans ce qu’elle a de terrible et de plus beau. « Les poètes ont toujours raison. J’écris, sidérée de ne rien savoir faire d’autre. » – Karine Le Nagard
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1936, chantiers navals de Hambourg, une foule immense salue Hitler le bras levé, seul un homme refuse ce geste par amour pur sa femme d’origine juive. Longtemps August pensera que ce non infligé à la dictature Nazie sera un oui pour son Amour Irma. Il pensera avec crédulité que cet Amour sera suffisant pour protéger sa femme et ses deux filles. La folie Nazie en décidera autrement , August s’en apercevant trop tard, ne pourra sauver Irma des premiers convois de la mort. Un livre poignant, dont la justesse de l’écriture nous fait découvrir sans voyeurisme l’amour d’un couple dans cette période de haine. Un livre marquant qui nous permet de nous interroger sur la folie des hommes dans notre époque si trouble, mais ou l’amour restera toujours dans nos pensées. – Philippe Hatry
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Il était une fois un amour pur éviscéré par la montée du nazisme, une famille broyée par l’Histoire. August Landmesser et Irma Eckler, Irma Eckler et August Landmesser, l’homme insoumis sur la photo qui refusa de saluer Hitler et le paya au prix fort, entraînant malgré lui sa femme et ses deux filles dans l’horreur du troisième Reich. Adeline Baldacchino a fait un choix risqué en choisissant pour son premier roman de s’attacher à la personnalité de cet homme qui fut accusé de déshonorer sa race, et revendiqua son refus de l’autorité, seul contre tous. Et pourtant, pourtant, ce roman à tiroirs, d’une grande puissance émotionnelle en dépit d’un démarrage en pente douce où l’auteur revient à Hambourg en 2017 sur les traces de cet homme au destin exceptionnel, ce roman est tout simplement sidérant, le champ sémantique de la sidération revenant d’ailleurs tel un mantra tout au long du récit. Hommage à son père disparu autant qu’à ce héros malgré lui, ce sont pourtant à Irma et Irene « sans accent et sans espoir », la fille cadette encore bébé quand elle fut arrachée à sa mère, que nous nous attachons le plus ; l’envie de vivre, la force dégagée par le portrait de cette mère courage et de cette petite fille qui vit l’impensable lors de la nuit de Cristal est tout bonnement saisissante, et laisse le lecteur exsangue, tant le souffle romanesque est crédible et nous emporte par son réalisme. « Qu’avons-nous fait de nos vies Irma ? » répète inlassablement August. A cette question qui le taraude, Adeline Baldacchino apporte sa réponse forte et singulière en 257 pages de réquisitoire contre l’oubli, et signe son entrée dans la cour des grands, avec humanité et sensibilité.. – Catherine Pautigny
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Celui qui disait non , ou l’amour fou d’un jeune aryen pour une femme juive dans la tourmente du nazisme . August , ouvrier des chantiers navals à Hamburg , membre du parti nazi aime follement Irma , jeune femme juive (bien que protestante) . Ou comment construire un roman à partit d’une photo prise à Hamburg en jhuin 1936, au cours d’une harangue du petit homme à moustache . Tout le monde fait le salut nazi , sauf August Landmesser , qui croise les bras sous les regards réprobateurs de ses voisins . Le seul qui refuse de hurler avec les loups . Et pour cause : il aime Irma , envers et contre tout , d’un amour sans limites . Les lois raciales sont absurdes , leur deuxième fille , Irene , est considérée comme Juive , alors que la première , Ingrid , est à moitié aryenne (Mischlinge) . On ne badine pas avec « la souillure de la race » , on n’a pas le droit d’aimer une femme de race inférieure . Irma sera assassinée dans un camp de la mort en avril 1942 , et August , après plusieurs mois en prison , est incorporé dans un bataillon disciplinaire . Il sera abattu par des partisans croates en Dalmatie , en 1944 . Cette petite histoire dans l’Histoire est une petite merveille . Elle nous interpelle sur notre comportement face à la montée du populisme et des extrêmes-droites . Et démontre que l’on ne peut pas tourner le dos à ce qui se passe chez nous : islamophobie , antisémitisme , xénophobie , homophobie , etc… En me plongeant dans cette lecture , j’ai pensé à certains romans lus récemment : « Inconnu à cette adresse » , de Kressmann Taylor (1938) , Hadamar  d’Oriane Jeancourt Galignani , « Seul dans Berlin » de Hans Fallada et « la voleuse de livres » de Markus Zusak . Ces romans racontent l’expérience douloureuse de ceux qui ne suivent pas le droit chemin dans cette période tourmentée , où la vie d’un Juif , d’un Tzigane ou d’un handicapé ne valent pas un clou . Et ceux-là le paient souvent de leur vie . J’ai pendant un certain laps de temps pensé que cette histoire était une pure fiction , mais non , ses filles peuvent en témoigner , elles ont survécu et reconnu leur père sur la photo de 1936 . Je considère ce roman comme une merveille, un pur joyau. Malgré la gravité du récit, c’est plein de moments lumineux, de poésie, de magie . Et puis j’en retiens que l’amour est toujours plus fort que la haine, et ça me convient parfaitement . – Michel Carlier
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« Encore un roman sur l’entre-deux guerres ! » me disais-je en recevant Celui qui disait non d’Adeline Baldacchino dans le cadre des lectures des 68 premières Fois !
C’est vrai que depuis le début du mois de mars, j’ai déjà lu quatre romans dont l’action se situe au cours de la première moitié du siècle dernier et qui abordent des problématiques en lien avec les deux premières guerres mondiales.
Cette polyphonie de points de vue était intéressante mais commençait à manquer de variété et si ce livre voyageur ne devait pas être rapidement envoyé au lecteur ou à la lectrice suivante, je l’aurais bien laissé attendre un peu… afin de changer un peu d’ambiance.
Heureusement, ici, j’ai tout de suite été surprise par la posture de l’auteure.
Tout part d’une photo, oubliée, retrouvée, analysée, la photo d’un groupe d’ouvriers sur le quai d’un chantier naval à Hambourg, qui saluent Hitler venu baptiser un navire. Parmi eux, un homme se tient les bras croisés, refusant de faire le salut nazi. Le non-geste de cet homme sera le point de départ du récit. Adeline Baldacchino va l’interpeler et reconstituer son histoire, dans un mentir-vrai de biographie fictionnelle. D’avril 2017 à juin 1936, elle va remonter le temps, entreprendre des recherches, fouiller des archives, séjourner à Hambourg, pour, à partir d’une identité, raconter l’histoire d’un amour impossible entre une juive et un aryen.
Paradoxalement, il va se faire tout un processus d’identification à ses personnages, qui la renvoie à son propre vécu, à la mort de son propre père, aux brouillards de sa propre histoire familiale.
Ce roman revisite le mythe du héros résistant : comment dire non ? comment refuser de se soumettre à des lois inhumaines ? Mais suffit-il de dire non ? Le héros n’a pas mesuré les risques encourus par sa famille, a mal planifié leur fuite, l’a entrainée vers l’horreur… C’est une véritable tragédie où la notion de destin inéluctable, d’horreur et pitié provoquées chez le lecteur donne une dimension universellement classique.
L’auteure revient sur la montée du nazisme, sur la prise du pouvoir par Hitler, porté par la grande majorité des allemands qui voyaient en lui un sauveur pour l’Allemagne. C’est un élu du peuple, un élu démocratiquement plébiscité, et c’est quelque chose qu’on oublie souvent.
L’écriture est belle, efficace et poétique à la fois. La quatrième de couverture nous apprend que l’auteure est poète et magistrate… Il y a dans son roman de l’urgence, de la précision chirurgicale, de l’investigation, une volonté synthétique et une ouverture sur le monde, une magnifique mise en mots.
Dans l’écriture, il y a un rythme, des récurrences comme des refrains sur ce qu’on fait de la vie, sur ce qu’on fait de l’amour, sur que les autres leurs ont fait, ont fait de leur amour… Il y a aussi des passerelles entre les époques et les protagonistes, une mémoire des uns qui « habille » l’histoire des autres, une forme de transmission… Les bijoux jouent ici un rôle important, objets trans-générationnels par excellence.
Adeline Baldacchino imagine pour donner vie, pour donner à lire. « Si ce n’est pas vrai, c’est vraisemblable : qu’attendre de plus de la littérature ?».
Pourquoi Adeline Baldacchino raconte-t-elle l’histoire de « cet homme qui disait non » à son père, récemment décédé, qui n’est plus là pour l’entendre ? Quelle signification plus profonde que la vision historique met-elle dans ce récit de « l’envers de l’obéissance » ?
Il faut lire ce roman pour le comprendre et en prendre toute la mesure… «  » C’est pour parler du mien, de père, que j’ai couru après le leur… Regarde, je commence à confondre ceux que j’interpelle. Est-ce à toi, papa, ou à lui, August, que je dis tu ? ».
Un premier roman difficile, qui nécessite une lecture entre les lignes, dont les clés et le pacte de lecture ne sautent pas aux yeux.
Une belle surprise. – Aline Raynaud
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Seconde guerre mondiale, un homme, Auguste résiste et ose ne pas saluer Hitler. Fou amoureux d’Irma qui est juive et avec laquelle il fera deux enfant, il pensera longtemps que son opposition idéologique lui permettra de prouver son amour et que ce dernier sera plus fort que tout. Erreur…il n’arrive pas à sauver sa famille comme il l’aurait souhaité. Une histoire d’amour impossible pour parler d’une période historique forte, abominable et irréelle. L’auteure nous replonge dans ces événements tragiques sous une forme nouvelle, quelque peu innovante. Tout part d’une photo et de preuves autour desquels elle va construire ce roman.
Toutefois, je suis restée un peu en dehors de ce roman que j’ai trouvé répétitif sur les 100 premières pages. J’ai eu l’impression qu’il ne se passait pas grand chose si ce n’est de lire à chaque page qu’August n’avait pas fait le salut Hitlérien. Une fois ces 100 premières pages passées, j’ai commencé à apprécié le récit, le style et le caractère unique de ce roman. Quelques passages toutefois difficiles à supporter. – Nina Busson Boulonne
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Waouh ! Quel roman ! Je ne sais si je saurai définir tout ce que j’y ai trouvé, tout ce qui m’a fait l’aimer immédiatement, comme une évidence, comme un coup de foudre amoureux. La première de couverture déjà est fascinante : une foule d’hommes faisant le salut nazi et, au milieu d’eux, comme isolé par un objectif photographique ou comme la lunette d’un fusil, un homme qui, seul, croise ses bras dans une attitude qui n’est même pas de défi mais simplement de refus tranquille, opiniâtre et sûr de lui. La scène se passe à Hambourg, le 13 juin 1936 et cet homme qui dit non se nomme August Landmesser. Quatre-vingt -un ans après, la narratrice reconstruit son histoire en prenant pour postulat de départ que c’est par amour qu’August a dit non ce jour-là. Car il est follement amoureux d’Irma, August, absolument, éperdument amoureux de sa femme et qu’importe que la loi pour la protection du sang aryen l’empêche d’aimer une Juive. Les idéologies, la politique, les convictions, il ne s’en préoccupe guère lorsqu’il câline sa petite Ingrid et lorsqu’il regarde le ventre à nouveau rond d’Irma. Aimer est peut-être la première insoumission, l’originelle, celle qui nourrit la force du choix. Aimer alors que les mâchoires de l’Histoire se referment insidieusement sur les existences ordinaires, sur les vies des petites gens. Et les broient. Mais finalement, finalement, n’est-ce pas l’amour insoumis qui reste vainqueur ? A la seule condition que la mémoire recouse le passé à l’avenir.
Il y avait probablement beaucoup de manières d’évoquer August Landmesser et autant de points de vue à adopter. Adeline Baldacchino choisit d’y pénétrer, en entraînant le lecteur à sa suite, pour nous en faire découvrir les enchaînements, les possibles, les attestés, les rêvés, les imaginés. Le récit construit de superbes passerelles entre les temporalités, entre la fiction et le réel, entre la biographie et la poésie. Et cette écriture ! Magique ! Sa musicalité, son rythme lui donnent une puissance incantatoire qui offre consolation et espérance. L’enquête que mène la narratrice pour retrouver trace d’August en prend une dimension sacrée. Pour l’émotion, pour le plaisir de la beauté pure, j’ai relu plusieurs fois certains passages et me suis laissée submerger par l’harmonie du choix des mots et de leur agencement.
Ce premier roman d’Adeline Baldacchino est, pour moi, une merveille, un diamant que l’on garde précieusement et que de multiples relectures ne peuvent ternir. Il rejoint mes inoubliables précieux. Mes essentiels. Ceux qui témoignent. Ceux qui élèvent. Ceux qui dispensent l’inexprimable bonheur de lire et de savoir toujours s’en émerveiller. – Merlieux Lenchanteur
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Ce premier roman est un hommage, mais aussi un cri. Qui résonne d’autant plus fort en nous qu’il est soutenu par une plume magnifique : «Les écrivains n’ont qu’une passion : ressusciter les morts en les racontant, retenir les vivants en les répertoriant. Ce goût de pâquerette sur les cendres. Quand les mots s’écoulent de l’âme comme du sang frais, c’est bon signe. Et je saigne. » – Henri-Charles Dahlem (lire son billet complet)
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Il dit non à la moustache hurlante.
Voilà toute l’histoire de ce premier roman, bâti sur un éclair de lucidité de l’aryen type dont l’intuition plus que la compréhension, conduit à « ne pas faire » plutôt « qu’à faire ». Milgram, dans les années 60, a élucidé ce mystère des hordes qui adhèrent alors que rien ne les y prédisposent, et l’a baptisé l’agentisation.
Ce roman est celui du détail, le seul qui comptait quand tout était surveillé, dénoncé. Comment ne pas prendre conscience, dès lors, du luxe de notre liberté?
J’ai beaucoup aimé le style de ce roman sans concession, malgré les nombreuses références à la langue allemande dont je ne suis pas férue.
« Qu’on le mesure bien : tout fichier sème la mort car la mort commence par un fichier. Ceux du Fürher ne manquèrent jamais d’ordre ».
Est-ce que finalement, ce roman placé dans les années d’avant et pendant la 2ème guerre mondiale, en Allemagne, ne permettrait pas de réfléchir à cette forme de totalitarisme qui nous classifie en décidant, à point nommé, de nous inclure dans « l’avant » 15/09/1935 ou « l’après »? À quelque jours près. Une problématique finalement très actuelle, celle de l’étiquetage.
Le retour à cette histoire d’Allemagne mettant en scène des allemands complices ou victimes permet à mon sens de s’interroger sur notre condition actuelle, celle que nous avons favorisée : la classification des êtres est toujours de mise, sauf que cette fois-ci, nous en sommes d’accord, nous y participons.
August Landmesser s’est déterminé le jour où il a choisi de ne pas prêter allégeance, à Hambourg, simplement en ne levant pas le bras.
Toute sa famille a été victime de sa simplicité de pensée. Sa femme et ses filles ont été repérées, torturées, meurtries non pas parce qu’il avait exposé son désaccord mais parce qu’il n’en présumait pas les conséquences.
Ce roman pose la question que nous nous posons tous, de temps en temps : qu’aurais-je fait à sa (leur) place? Aurais-je compris, déduit, consenti? C’est une très bonne question, et un roman qui aide à se la poser.
Une bonne expérience, pour moi, très aérée, laissant le temps de la réflexion, y conduisant même. A-t-on l’envie de dire « Non » aujourd’hui?
Adeline Baldacchino nous emmène vers cette réflexion, et grand bien nous fasse. – Estelle Beaulieu-Dufils
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L’auteur s’empare d’un fait réel et construit un roman poignant qui nous percute de plein fouet : une photo sur laquelle apparait un homme les bras croisés, refusant de lever le bras en l’honneur d’Hitler, par amour d’une femme juive, Irma.
August n’a pas voulu trahir la femme qu’il aime avec laquelle il aura 2 enfants. Son refus d’obéir les met en danger tous les deux face à cette folie Nazie.
Ce livre m’a bouleversé et je pense qu’il faut continuer de raconter, témoigner et ne jamais oublier cette terrible période de l’histoire.
Un très grand premier roman, sensible et plein d’humanité, un style et une écriture superbes.
« Qu’ont-ils fait de notre amour Irma, comment peuvent-ils croire qu’on abîme le monde quand on s’embrasse, qu’on abîme la race quand on s’enlace ? »
« Il a vingt-six ans et pourrait devenir un joyeux bourreau comme la plupart de ses petits camarades. Mais il ne sera pas l’homme debout au bord de la fosse qui tire sur des rabbins à genoux et des petites filles nues. Car il n’a pas levé le bras droit, le 13 juin. » – Joëlle Radisson
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J’ai été subjuguée par l’écriture. Dès les premières lignes, j’ai su que ce serait un bonheur de lecture. Émerveillée par l’écriture, oui, mais ensuite, tellement bouleversée par le déroulement des faits. Qu’il est beau , dans l’Allemagne nazie de 1936, cet amour de August l’aryen pour Irma, la si jolie juive ! Qu’il est beau l’amour de Irma pour August ! Qu’elle est odieuse leur interdiction de s’aimer ! Un amour interdit par des esprits pervers qui mettent leur intelligence au service du mal et de la soi-disant pureté de la race. Et ces interrogations qui reviennent : « qu’avons-nous fait de notre amour « ? « Qu’avons-nous fait de notre vie » , Ces interrogations-refrain que je ne peux oublier, qui ajoutent à la puissance dramatique. J’ai tout aimé de ce livre, à tel point que je n’ai pas envie de le disséquer; je veux garder mon émotion en moi, profondément. Merci Adeline BaldacchinoMireille Hurard Lefustec
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Et quelques liens à suivre pour d’autres avis, non moins tranchés :
Ceux qui ont aimé passionnément : Sybil (un roman puissant, qui laissera des traces), Anne Leloup (Terrible. Emouvant. Ne jamais oublier),Sabine (L’histoire avec un grand H, du souffle, de la poésie...), Nicole (une lecture d’une force incroyable !)
Ceux qui ont beaucoup aimé : Joëlle Guinard (Magistral bien que parfois trop lyrique), Nathalie Cez (un beau roman témoignage), Annie (un roman bouleversant et une plume délicate), Françoise Floride (un roman très émouvant)
Celle qui ne sait pas si elle a aimé : Olivia Ch.
et celles qui n’ont pas aimé du tout : Charlotte Bouteloup (trop douloureux), Delphine Depras (insupportable et stérile)

Ariane – Myriam Leroy

Lorsque l’héroïne rencontre Ariane, elle est loin d’imaginer le tour toxique que va prendre leur relation… Attention, on est loin ici de la mièvrerie des amitiés adolescentes et le lecteur est vite pris dans un tourbillon qui le dépasse. En priant très fort pour ne jamais croiser le chemin d’une Ariane…

Ariane

Un roman assez glaçant sur un thème que l’on retrouve souvent en littérature, les amitiés adolescentes, mais qui ne laisse ici aucune place à la mièvrerie…
Ariane, c’est la jeune fille solaire, belle, bien élevée, que tout le monde convoite au collège de cette ville grise et terne de Belgique. Intouchable, insondable adolescente, petite bourgeoise aux tenues à la dernière mode, à la famille modèle avec piscine et court de tennis à domicile.
C’est celle à qui la narratrice voudrait ressembler, celle qu’elle voudrait avoir comme amie, sachant pourtant qu’elle est aux antipodes de ce milieu… Issue d’une famille qui veut sauver les apparences mais qui ne parvient pas à faire illusion, elle reste une fille de prolétaire, qui ne connaît rien aux codes de la petite bourgeoisie, et qui tente de se défaire de ses habitudes « populaires » en copiant les jeunes filles du collège privé dans lequel elle évolue tant bien que mal.
« Ariane osait tout. Moi, je n’osais rien, sauf quand elle me regardait. »
« …elle était exactement, naturellement, celle que je m’efforçais d’être. Grandiose. Inquiétante. »
Et pourtant c’est bien sur elle qu’Ariane jette son dévolu. Les deux jeunes filles deviennent vite inséparables, s’appelant pendant des heures sur le téléphone fixe familial, ne se quittant ni au collège ni le week-end, tombant amoureuses des mêmes garçons et les piégeant dans un jeu cruel, excluant quiconque tenterait d’entrer dans leur duo étrange et excentrique.
Mais la famille d’Ariane est-elle aussi bien sous tous rapports qu’elle en a l’air ? Quand on entre dans l’intimité des gens, on découvre que tout n’est peut-être pas aussi lisse que les apparences. Et lorsque la machine se grippe, et qu’Ariane se révèle être une tout autre personne, il est peut-être déjà trop tard pour sortir de sa vie…
Un roman au langage cru, qui dit tout de l’adolescence et des amitiés qui se font et se défont, à en devenir toxiques, de la manipulation et de la recherche de personnalité. L’auteure n’épargne pas grand-chose à ses héroïnes. Ariane, on la déteste, mais on finirait presque par ressentir de la compassion pour cette jeune fille perdue… Un livre qui se lit presque comme un thriller, tant on est tenu en haleine par une intrigue sous tension, où chaque instant nous fait douter. Qui manipule ? Qui est manipulé ? Où s’arrêtent les cruautés de l’enfance, et où commence la folie ?
« J’ai modifié les noms, parfois les métiers, j’ai emprunté des raccourcis, quelquefois rallongé, j’ai fait le ménage dans le paysage, mélangé les dates, créé des fausses conséquences à partir de causes réelles et vice versa. Mais je crois sincèrement qu’après tout cela, tous ces petits et grands accommodements, je vous raconte la vérité vraie, la vérité nue, plus vraie encore que lorsque je l’ai vécue. » – Amélie Muller
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Un véritable coup de cœur pour moi. Il ne m’aura pas fallu longtemps pour dévorer les 200 pages de ce roman pétillant !
L’histoire se passe en Belgique, en Brabant wallon, une province au sud de Bruxelles. Deux jeunes filles se lient d’amitié, une amitié si forte qu’une dépendance se crée et qu’une forme d’amour va naître. La narratrice est issue d’une famille modeste qui fait tout pour s’intégrer dans la classe sociale supérieure. Elle sera donc inscrite dans une école privée dans laquelle ses camarades seront issues de famille “nobles”. Là, elle fera la rencontre d’Ariane, sublime et parfaite à ses yeux. La famille d’Ariane est riche, différente des autres familles, quelque peu loufoques. Les deux amis vont vivre une amitié singulière et faire les 400 coups ensemble jusqu’à une tragique journée où la désillusion fera son apparition…
La narratrice n’est pas de prénom et au fil des pages l’auteure laisse le doute quant à la véracité de cette histoire et son caractère biographique. C’est vrai que du coup à la fin du roman, on aimerait bien savoir !!
J’ai beaucoup apprécié le style direct, cru (qui m’a surpris dans les premières pages) mais qui correspond complètement au langage adolescent. Pour moi, un superbe premier roman qui montre comment la vécu d’un adolescent peut influer sur la vie d’adulte sans oublier la cruauté dont peuvent faire preuve les ados entre eux. – Nina Busson Boulonne
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Dans son premier roman, Ariane, la journaliste belge Myriam Leroy aborde le thème compliqué des amitiés toxiques adolescentes et leurs conséquences sur la construction des individus.
La narration est à la première personne. Rien n’indique si ce JE est purement fictionnel ou autobiographique. Le récit se situe dans les années 1990 en Belgique, dans une ville de province. La tonalité est plutôt brute, actuelle, sans concessions ni fioritures. C’est une écriture efficace.
Je pense que ce roman ne va laisser personne indifférent ; j’imagine que les ressentis seront très tranchés entre celles et ceux qui auront apprécié et les autres qui n’auront pas aimé ; je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de réactions moyennes…
Personnellement, j’ai détesté… Trop clivant, trop sombre, trop de perversités, de rejets… Des milieux très cloisonnés, des familles mal aimantes…, des jeunes filles très retorses… Aucune place pour l’innocence. Les personnages ne sont travaillés que dans leurs côtés obscurs… De la dimension tragique, les deux protagonistes principales ne possèdent que la capacité à provoquer horreur et même dégoût ; pas de place pour l’émotion ou la pitié… Une succession de péripéties très factuelle, aucune place pour l’humour.
J’en garde un goût amer et une impression de malaise.
C’est une lecture que j’ai terminée uniquement parce que ce roman fait partie de la sélection des 68 premières Fois. – Aline Raynaud
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« En 1994, nous vivions en Brabant wallon, une province au sud de Bruxelles située dans l’angle mort de l’analyse sociale et de la production littéraire : elle n’avait jamais inspiré qui que ce soit. »
Dès la page 20 du roman de Myriam Leroy, le ton est donné : rien n’échappera à la moulinette mordante de la causticité. Cette province comme une « prison à ciel ouvert », Nivelles « le gros bourg moche, d’une laideur tout à fait anti-cinématographique« , les parents d’une conformité désespérante, le collège Saint-Sauveur « une école de blonds« , la narratrice elle-même qui se décrit comme « blafarde, binoclarde et pleine de spasmes, mais aussi invraisemblablement habillée« , tout est décrit du point de vue d’une jeune femme jetant un regard effaré et sans concession sur son adolescence. Mais voilà que dans toute cette médiocrité apparaît Ariane, qui devient son amie exclusive. Ariane possède tout ce que la narratrice n’a pas : la beauté, l’élégance, l’argent, le chic, la faconde, la fantaisie… A elles deux, inséparables, elles règlent leur compte aux garçons et aux filles qui les indisposent. Elles créent leur propre monde avec leurs lois, leurs codes, leurs exclusions. Se tisse entre elles une relation forcenée, intolérante, excessive, dont Ariane semble détenir toutes les clés et en abuser férocement auprès de celle qui ne peut croire au bonheur d’avoir été distinguée par cette fille qu’elle juge parfaite en tout. La trahison n’en sera que plus cruelle.
Avec une écriture vitriolée, Myriam Leroy offre une image qui me paraît assez juste des amitiés adolescentes et de leur portée sur des personnalités en formation. Ces relations vénéneuses, enrichissantes ou aliénantes, égoïstes et intolérantes, aux choix arbitraires, semblent n’exister que pour s’affranchir du poids des conventions familiales en se confrontant à une tyrannie bien plus despotique : celle de la « meilleure amie ». Bien mystérieux restent, vus de l’extérieur, leur fonctionnement, leurs configurations mouvantes et leurs limites. Ces mécanismes de domination et soumission apparaissent en filigrane de l’histoire. Je regrette un peu qu’une astuce scénaristique explique en quelque sorte les actes du personnage d’Ariane. Le roman m’a semblé en perdre un peu de sa force. Malgré cela, c’est un roman que j’ai beaucoup aimé. – Merlieux Lenchanteur
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Lu d’une traite parce que l’écriture narrative est fluide et facile. Les phrases s’enchaînent.La narratrice ne cherche pas à se valoriser. Elle renie son milieu familial conditionné par des principes rigides.
Elle a treize ans, c’est le début de l’adolescence et de ses excès, de ses jugements sans concessions. Arrive une petite nouvelle, dans cette école pour riches où sa mère a voulu l’inscrire, et ce sera une amitié fusionnelle, exclusive, comme cela peut exister à cet âge.
La suite est sidérante. J’ai lu sans déplaisir, comme un fait divers quelconque, sans grand intérêt. La meilleure conclusion est donnée par l’auteur elle_même.
“Thérapie classique par l’écriture. On est loin de la littérature”. – Mireille Hurard-Lefustec
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« Eh bien, Ariane et moi, nous nous sentions les gardiennes de la prison mentale de ceux qui nous entouraient. Entre répugnance furieuse et haine amusée, nous nous croyions invisibles, invincibles, immortelles. » L’histoire ne m’a pas étonnée par son originalité (malheureusement) et je n’ai pas été la proie d’un suspens qui pour ma part était absent. Plus qu’un parcours narratif, j’ai lu et apprécié ce roman comme une peinture. La nocivité de cette amitié adolescente est insupportable mais est bien au centre de ce récit, fictif, réel ou trafiqué, qu’importe : la splendeur du nocif nous éclabousse ! Le talent réside dans la véracité du propos, la justesse presque clinique des personnages, de leurs âges pubères, de l’environnement familial, du décor. « Maman, qui se sentait amputée d’un prestige dont le membre fantôme la grattait, pensait qu’à force de déguisements, d’imitations et d’opportunisme relationnel, elle donnerait à notre nom de famille le lustre qui aurait dû lui revenir. »
C’est sombre, féroce, parfois indigeste mais la langue de l’auteur est si incisive, directe et brillante pour nous décrire un caractère, une ambiance, que je n’ai pu qu’admirer le tour de force d’une écriture à retenir. L’humour y est virulent, ne nous ménage pas vraiment des plages de repos, et nous soutire le rictus soufflé devant l’audacieux et l’intelligent des métaphores qui d’emblée nous projettent ce qu’il y a à voir ou comprendre. Les mots nous cognent, nous boxent : le style est lapidaire, sans répit et les uppercuts sont précis et cinglants ! A l’image du pulsionnel en action et de la violence, ici et donc possiblement abjecte, qui agite les corps bouleversés des jeunes gens en mutation…
Le parti pris de Myriam Leroy n’est pas de développer l’avant ou l’après, les psychologies familiales, les failles, malgré l’impact dévastateur sur la vie adulte de la narratrice de cette amitié dévorante. La narratrice laquelle n’a pas de prénom et se fond, se perd dans le double adoré et haï d’Ariane, et se confond dès lors à l’auteure. Celle-ci en joue un peu et jette le trouble sur la véracité du vécu, dans quelle visée sinon rappeler la duplicité et les ombres de toute identité, fussent-elles inconscientes, les jeux dangereux de l’identification qui laisseront le goût amer de la fin ? Je salue donc le travail de la langue pour décrypter les liens toxiques en adolescence et nous immerger au cœur de scènes insoutenables de sadisme et de désespoir. « Alors que la vérité, c’est que j’avais le palpitant déchiré en mille morceaux sanguinolents, sur lesquels Ariane se plaisait à verser de l’urine pour en raviver la douleur. Blessure qui continue à me lancer aujourd’hui comme un mauvais point de côté sur lequel la vague consolatrice du temps ne cesse de se briser pitoyablement. » – Karine Le Nagard
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Qui était vraiment Ariane ? C’est la question que se pose la narratrice revenant sur son adolescence dans une bourgade triste de Belgique, elle issue d’un milieu modeste, bourrée de complexes, élevée par des parents austères, élue un jour amie de la fabuleuse Ariane.
Ariane est belle, lumineuse, légère, fantasque elle vit dans un autre monde privilégié, riche et désinhibé.
Tout les sépare et pourtant une amitié très forte va les unir. Une amitié toxique en réalité où le lecteur assiste à des échanges de propos féroces, cyniques, crus car elles portent toutes deux un regard sans concession sur la famille, l’école, les jeunes de leur âge, la sexualité, rien ne trouve grâce à leurs yeux. Elles prennent plaisir à humilier les autres, à se jouer du désir des hommes pour mieux les rejeter, leur cruauté est sans limite. Elles se comparent à des siamoises.
Pourtant, cette amitié se teinte de troubles, de doutes, une sorte de bombe à retardement dont on ignore qui sera la victime. Troubles mentaux ? Manipulation ? Qui se joue de qui ?
Superbement bien écrit, je lu ce récit pratiquement d’une traite car l’auteure est virtuose, elle jongle avec les mots, les situations, la tension monte crescendo, un vrai thriller psychologique.
Pourtant je ne sais que penser et au final et dresse un bilan en demi-teinte.
Cette perversité permanente est gênante, voire malsaine et m’a laissée un goût amer. Oui l’adolescence est une période trouble, une rébellion sans limite et ce sujet a été largement exploré dans les romans. Rarement j’ai assisté à une telle noirceur, pas de répit, pas d’humour, pas de grâce, une ambiance poisseuse et malsaine sans une seule lumière vers l’avenir. – Nathalie Chartier – Salou
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C’est l’histoire de deux adolescentes que tout sépare, mais qui vont se lier d’une amitié dure et féroce. Ariane belle et lumineuse, vivant dans un milieu aisé, va prendre sous son aile la narratrice qui est complexée. Elles ne vont plus se quitter et vivre sans codes, sans règles, prenant plaisir à humilier les autres. Amitié malsaine et perverse jusqu’à la tragédie.
Livre époustouflant et dérangeant, mais que j’ai beaucoup aimé. Dès les premières pages, j’ai été happée par cette écriture incisive et très bien maitrisée. Je pense que ce livre ne laissera pas indifférent, de part sa noirceur, son vocabulaire cru et une certaine vulgarité.
« J’ai intégré que l’amour était une humeur normale utile à la perpétuation de l’espèce, le
désir soluble dans l’habitude et l’amitié, une disposition occupationnelle » – Joëlle Radisson
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L’amitié toxique adolescente, l’incompréhension des adultes, le fait de repousser les limites, se créer un monde compris que par soi et l’autre moitié du couple amical fusionnel…
Des thèmes déjà vus et revus quand on parle d’adolescence. Il ne me reste pas grand chose aujourd’hui de cette lecture, même si je l’ai lu d’une traite.
Je crois que ce qui m’a le plus intéressée, mais qui n’est pas poussé assez loin, est toute la partie ou la narratrice s’interroge sur la manière de rendre compte de cette histoire. Parce que ça aborde la question de la fiction basée sur des faits réels (je ne sais pas si c’est le cas ici et en vrai ça m’est complètement égal) – Hélène Goelen
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Pendant sa préadolescence, au collège, l’auteur fait la connaissance d’Ariane avec qui elle partage une fulgurante histoire d’amitié, faite d’exclusivité, de possessivité et de cruauté. Ce lien est d’autant plus fort que leur amitié se nourrit de tous ceux qu’elle exclut et détruit au passage avec la violence et l’intolérance dont les deux adolescentes sont capables. Mais cette amitié ravageuse porte en elle la destruction et elle finira par se consumer elle-même et par détruire avec la même violence cette relation qui les a unies. Myriam Leroy écrit ce roman avec le regard corrosif et sans pitié de l’adolescence, arrosant tout de vitriol : ses parents, son milieu social modeste et celui de son amie, issue, elle, de la bourgeoisie, sa vie et ses rencontres. Le ton du livre est décapant, la plume rapide emporte le lecteur sur la première moitié du livre. Mais, après l’explosion de cette amitié destructrice, l’auteur n’arrive pas à tirer un trait sur cet échec et l’histoire reste suspendue à ce passé douloureux de l’auteur avec Ariane, sans réellement, je trouve, nous conduire ailleurs. C’est pourquoi, après avoir été emportée par le ton et le rythme du début du livre, j’ai trouvé que la deuxième moitié peinait à trouver une nouvelle dynamique et m’a laissé une impression beaucoup plus en demi-teinte. C’est ce contraste entre les deux parties du roman qui me reste comme impression générale sur ce premier roman d’Ariane Leroy.- Nathalie Ghinsberg
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Pour découvrir d’autres avis, suivez les liens :
« Un premier roman audacieux » pour Claudia Charrier
« Un récit féroce, une satire sociale non dénuée d’humour » pour Joëlle Guinard
« Un roman dérangeant » pour Nathalie Cez
« Un trait grossier qui sonne faux » pour Delphine Depras
« Un premier roman initiatique habilement construit » pour Henri-Charles Dahlem
« Un coup de cœur pour cette voix nouvelle et sincère » pour Agathe Ruga

Fugitive parce que reine – Violaine Huisman

Comment aimer une mère qui semble en permanence osciller entre raison et folie ? C’est tout l’enjeu du propos de ce roman écrit avec une sorte de fièvre et qui explore le quotidien de ses deux filles tout en rendant hommage à ce personnage excentrique, totalement excessif, presque impossible à cerner mais désespérément libre. Comme toute expression de sentiments extrêmes, cela conduit à des réactions très contrastées.

Fugitive parce que reine

« Un tsunami d’émotions.
Des vagues de mots que j’ai relus plusieurs fois.…  » La chronique de Loupbouquin est une véritable déclaration d’amour à ce roman.
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Comment aimer une mère qui semble, à lecture des premières pages, malveillante ?
La violence du rapport mère-enfants décrite m’amènerait, dans un contexte réel, à alerter au plus tôt les services sociaux pour mettre hors de danger ces fillettes.
J’ai passionnément aimé cette plume fine, ciselée, plein d’impact et l’hommage de l’auteur rendu à sa mère imparfaite, malade, désordonnée, non sécure mais aimante.
Le choix de la structure narrative m’a accompagnée pour dépasser l’a priori d’une telle rencontre. Il me semble intéressant- peut-être parce qu’il faut écho à mon quotidien professionnel- que Violaine Huisman cherche à mettre en relief les aspects positifs de sa mère à travers son histoire et l’héritage de celui de ses parents. Reconstruire la généalogie et avoir accès à l’entière histoire d’un individu ne pardonne pas les actes mais peuvent expliquer, pour mieux éclairer et parfois, illuminer des êtres qui ne semblent dévoiler qu’un très sombre potentiel. C’est ce que j’ai ressenti lors de la lecture de la troisième partie.
Comme à la lecture d’une dissertation, j’ai eu le sentiment que l’auteure m’emmenait dans un raisonnement de thèse ( grandir auprès une mère violente et déséquilibrée), d’antithèse ( cette même mère a aussi éperdument aimé ses enfants, malgré les apparences et leur a donné la possibilité de s’élever contre ses propres démons) et la synthèse ( l’auteur et sa sœur ont su trouver leur place, la construire, s’affranchir de cette mère débordante en restant attachée à leur amour inconditionnel).
Finalement, il règne une humanité chez cette mère tragique de notre monde contemporain et je suis heureuse de lire de l’optimisme, une force et une résilience dans un parcours d’enfance chaotique, la liberté peut s’acquérir, les destins ne se répètent pas forcément à l’infini, l’enfance n’est pas systématiquement condamnée. – Anne Richard
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J’ai mis du temps à pouvoir et avoir envie de parler de ce roman, non parce qu’il m’a déplu fortement, mais parce qu’il a dérangé en moi des pans de murs, des images, des propos que je n’aime pas lire, ni voir répéter à l’envi. Il m’a fallu du temps pour accepter cette image de « mère abusive », de mère souveraine, d’épouse princière qui hésite entre un trop d’amour et un pas assez, entre un pas de danse et un de côté, entre cette quête éperdue de liberté et ce besoin incessant, morbide d’être aimée. Difficile de narrer cette histoire d’une mère qui n’en est pas vraiment une, qui se cherche dans le regard de ces filles, qui cherche son enfance, ce qu’elle n’a pas connu, ce qu’elle aimerait pouvoir donner mais qu’elle ne possède pas : l’amour maternel. Et pourtant il se dégage une sensualité troublante dans ce roman, un jeu pervers des amours et de ce besoin incessant d’être aimée. Il y a le trouble du désir, le trouble de la liberté, de ne pas appartenir ou se sentir appartenir alors que ces mêmes jeux sont inversés. Si le début de ce roman m’a complètement subjuguée, emportée par le ton, l’écriture flamboyante, directrice, j’ai ensuite été plus interrogative, moins entreprenante dans ce désir de poursuivre, de conquête d’amour et de lecture. Les multiples répétitions d’événements, de mots, d’injures (qui pour ma part me semblaient à la fin réellement de trop), de scènes ou d’une technique narrative m’ont fait perdre le nord ou du moins l’appétit de poursuivre avec avidité cette fugitive. Il y a des longueurs, des répétitions, des veines qui auraient mérité plus de concisions, un travail de coupes ou de relectures plus appropriées, pointues. Si la première partie nous emporte, la deuxième est une redite en changeant simplement d’angle de vue, de personnages, pour finir sur une troisième qui donne des clés mais ne nous libère pas de ce manque d’amour, de cette quête qui restera toujours, ce traumatisme de l’enfance qui nous envahit lorsque l’adulte arrive en nous et nous laisse ses pans géants de manque de confiance, d’amour, un goût amer de la maternité. Et pourtant il est demeuré en moi, la poursuite de savoir, cette quête de comprendre le pourquoi, l’envie dévorante voire perverse de me libérer complètement de cette femme et son portrait vitriolé. J’étais comme possédée par l’écriture, le style, cette façon de m’emmener à tourner les pages, un jeu pervers entre l’auteur et moi. Je conçois que ce roman embrase les cœurs ou les lectures tant l’écriture est flamboyante mais pour ma part à force de vouloir absolument disséquer cette reine, cette voleuse d’amour, ce vol à l’arraché des cœurs de l’enfance mal aimée, je me suis sentie piégée, prise en étau entre un cœur qui bat et un qui s’est arrêtée. A force de trop en faire, de trop aimer, je me suis brûlée. « La vérité d’une vie n’est jamais que la fiction au gré de laquelle on la construit. »Sabine Faulmeyer
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Mal à l’aise pour parler de ce roman admirablement (trop ?) écrit. Mal à l’aise car j’en reconnais toutes les qualités littéraires, indiscutables, mais je n’ai pas su l’aimer. Et ce n’est pas le roman lui-même qui est en cause, mais le moment de ma lecture. Celle-ci est venue à la suite de la découverte de trois autres romans sur le même sujet : l’amour incandescent pour une mère, défaillante, fugitive, disparue, alcoolique, malade, aimante, secrète… (liste non exhaustive). Et là, j’ai eu comme une grande lassitude. Et là je n’ai pu m’empêcher de comparer. Et Fugitive parce que reine n’est pas celui que je préfère, loin de là ! Paradoxal, me direz-vous, puisque j’en reconnais et en admire les qualités littéraires. Certes, mais, en ce qui me concerne, ces qualités-là justement ont bloqué toute émotion. Comme si la beauté de l’écriture me demeurait froide et étrangère. Trop visiblement « apprêtée » en quelque sorte. Vraiment je n’ai pas « accroché » du tout. Mais ce n’est que mon ressenti sauvage, si je puis dire, entièrement coupé de toute analyse et de toute objectivité ! – Merlieux Lenchanteur
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« Il fallait cette démesure, ce flot ininterrompu de l’écriture pour restituer l’incroyable énergie, la beauté et la singularité de ce personnage. »... Delphine-Olympe a eu un vrai coup de cœur pour ce roman et lui offre une superbe chronique.
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« Qu’est-ce qu’on garde d’une vie ? Comment la raconter ? Qu’en dire ? Est-ce qu’une vie compte autrement que dans l’enfantement ou la création ? Quelle vie vaut la peine d’être retenue ? De qui se souvient-on ? De qui se souviendra-t-on ? »
Si Violaine Huisman pose ces questions dans son premier roman « Fugitive parce que Reine’ (éd. Gallimard), elle y apporte aussi des réponses, ses réponses. Dans un magnifique hommage littéraire à sa mère, elle décrit une femme dont la fragilité côtoie souvent la folie, une femme excessive dans ses amours mais profondément aimante de ses filles. Violaine Huisman peint aussi les nombreux personnages qui croisent sa route : les mère, le(s) père(s), les maris, les amant(e)s, les amies… Et celles qui lui resteront toujours fidèles : ses deux filles à jamais inconsolables de sa disparition.
Magnifique écriture et très intelligente construction de ce roman qui ne tombe jamais dans le pathos mais qui nous touche au plus profond. Le style nerveux, poétique parfois aussi, nous ramène toujours au personnage incandescent de la mère dont, malgré toutes les failles et les douleurs, on se surprend à vouloir ressembler. Un chef d’oeuvre. – Catherine Mézan
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Voici un roman que j’ai failli abandonner. J’ai tenu, difficilement, jusqu’au bout. Quelque chose dans l’écriture.
Mais dans ce livre qui parle d’amour filial, je me suis ennuyée. Une impression qu’on me criait dans l’oreille toute la première partie assez détestable. La deuxième et troisième parties sont plus maîtrisées. Mais pour un livre qui ne fait que parler de sentiments violents, ingérables et difficilement explicables, il m’a laissée complètement insensible.
Un livre que j’avais très envie de découvrir, un livre que j’étais persuadée aimer vu le sujet et l’écriture décrite. Raté. Pour la seconde fois. – Hélène Goelen
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La métaphore de la chute du mur de Berlin qui coïncide avec la chute brutale dans une phase maniaco-dépressive de la mère de l’auteure et son internement, quelle scène d’ouverture pour ce roman filial, portrait en creux de Catherine, figure maternelle adorée et abhorrée ! Et pourtant, pourtant, ce long chant d’amour, en dépit d’une écriture aiguisée et intelligente, ne m’a pas touché en plein cœur, je suis restée en dehors du cercle de cette drôle d’harmonie dissonante, de cette constellation familiale où la souffrance est palpable, en dépit de l’admiration que vouait Violaine Huisman à cette mère blessée et extravagante. A trop vouloir entrer dans les moindres parcelles d’intimité pour recréer le fil des souvenirs, le risque est de perdre le lecteur dans le labyrinthe de son histoire personnelle, et c’est précisément le sentiment qui m’a habité, le fil d’Ariane s’est rompu… Y compris dans sa mise en page, le texte fait bloc avec la romancière, il manque d’aération, comme s’il avait été expulsé d’un jet sur le mode de la confession, en apnée ; or les respirations et les silences sont primordiaux en musique comme en littérature. A méditer pour le second opus ? – Catherine Pautigny
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En refermant ce livre autobiographique (ou presque) je suis un peu perplexe. C’est très bien écrit, et la plume de Violaine Huisman est formidable. L’histoire est passionnante, et tous les ingrédients sont présents pour rendre le lecteur accro aux aventures de Catherine et de ses filles !Un roman réussi, incontestablement dû au talent de l’auteure. Ce livre se lit d’une traite, les émotions sont là ! Bravo.
Toutefois, je suis un peu étonnée, car avant de le lire, j’ai lu plusieurs avis ou articles dans la presse. Certaines phrases avaient retenu toute mon attention comme : « Une femme extravagante, excessive et déterminée. Une héroïne entre vice et sublime… » « Un roman qui raconte l’amour inconditionnel envers ses filles…Une envie de liberté et d’affirmation à son droit à une vie rêvée. » Et c’est sur ce point, que j’ai été déroutée, car pour moi, l’héroïne n’est pas Catherine, mais ses filles ! CAR quelle enfance elles ont eu ! Alors suis-je trop terre-à-terre ? Car pour résumer, cette mère est atteinte d’une maladie qu’on appelle maintenant la bipolarité (maniaco-dépressive) et qu’elle a des attitudes choquantes.
Juste quelques exemples :
  • Elle est « addict » à l’alcool, aux drogues, aux médicaments, vie instable (amant ou amante, remariage, manque de discrétion sur le plan intime envers ses filles).
  • Une éducation envers ses filles parfois choquantes : laisse le bébé pleurer tout une nuit car elle est partie de chez elle, des scènes et des paroles perturbantes envers ses filles comme « se démerder », à « lui foutre la paix » ou quand elle perd plusieurs fois connaissance dans son appartement et que les filles doivent essayer de la réveiller.
  • Elle conduit très vite, au risque de blesser les autres et sa propre famille.
  • Elle est excessive en tout, elle met le feu à son studio de danse, elle tue le chien et elle vole dans les magasins.
Alors ce qui me dérange, ce n’est pas tout ce qu’elle a pu faire dans sa vie, mais ce qui m’interpelle, c’est de lire que cette femme Catherine est une héroïne, une combattante, une mère à l’amour inconditionnel, qu’elle revendique le droit à la liberté et au rêve. J’ai une impression, peut-être à tort, qu’on cautionne son comportement inconscient. Pour moi, c’est la vie d’une femme malade qui a essayé de faire au mieux avec sa maladie, avec ses fêlures, ses défauts et ses qualités mais, à quel prix ?! En mettant souvent ses filles en danger.
Pour conclure, il y a deux facettes dans ce roman : le contenu et la façon de la raconter. Le contenu m’a dérangée, mais par contre j’admire le courage, la franchise qu’il a fallu à Violaine Huisman pour l’écrire. Incontestablement, le lecteur devine la puissance de leur amour envers leur maman, mais aussi entre-elles. Ce qui m’a beaucoup touché, c’est l’amour de ses deux sœurs, se protégeant et s’aidant dans les moments difficiles.
Comme tous les enfants, ils pardonnent à leurs parents leurs failles, car quoiqu’il se passe, ils les aiment.Mais des comportements aussi irresponsables seraient normalement pointés par les services sociaux… Les parents sont passés à travers, alors tant mieux, peut-être pour les filles (ou pas) ?! Le fait que les parents jouissaient d’une bonne situation financière a permis qu’on les laisse tranquille.
Un petit goût amer… sauf si on se dit que c’est uniquement de la fiction, malheureusement ce n’est pas le cas. À moins que je sois complètement hors sujet ! Je reste dubitative sur la perception que l’on a de cette histoire. – Claudia Charrier
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« J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre, que j’ai fini tard dans la nuit, en larmes. Et pourtant, c’était mal engagé car au cours de la première partie, j’ai failli abandonner, le récit peinant à évoluer. Mais alors, à partir de la deuxième, je n’ai pas pu lâcher ce livre. Sauf parfois pour reprendre mon souffle tant j’étais submergée par l’émotion. Je me suis fait totalement surprendre, je ne m’attendais pas à une telle réaction. » – Lire le billet entier d’Anne sur son blog
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Dans ce récit autobiographique, nous sommes d’emblée emportés dans le roulis d’une langue rapide, sans ponctuation, sans détours, sans aucune convenance syntaxique pour nous plonger dans les vagues tempétueuses, incessantes et répétitives d’une langue agitée, violente, dévorée, dévorante, emportée, perdue, hagarde : l’unicité du langage maternel qui fait émerger entre nos mains, sous nos yeux la reine du roman, Catherine, la mère de l’auteur. Le style parfaitement pensé et maîtrisé nous projette entre les lignes le personnage obsédant du roman : le talent est là ! Malheureusement, pour moi, cette écriture irréprochable a procédé d’une barrière, d’une distance. J’ai eu cette désagréable sensation qu’on me donnait à voir. Rien de généreux dans cet étalement d’intime. Sans pudeur, on me donnait à voir tout en m’interdisant d’en comprendre ou d’en ressentir quelque chose, sinon l’obligation d’être spectatrice muette, contrainte d’aimer à mon tour cette mère, alors même qu’il m’était empêchée de la rencontrer. Ni elle ni l’auteur. Cette mère est parlée, et nous parle, surgit sans cesse dans la parole de sa fille auteure, narratrice. Nous sommes ballotés, invectivés, sidérés et nous voilà propulsés en lieu et place de l’enfant malmené, injurié. Pris en otage d’une violence avec en paradoxe l’injonction d’aimer cette femme ….
«Catherine ne pouvait être pour moi qu’une idée, une notion abstraite, au mieux une inconnue. La femme qui avait existé avant de m’enfanter, je n’y avais pas accès. A mes yeux, Catherine ne serait jamais qu’un personnage. Aussi je lui attribuais mon fantasme de ce qu’avaient pu être son histoire, ses pensées, ses choix. Certes, sa vie, elle me l’avait racontée par le menu, mais pour l’incarner, il fallait l’imaginer, l’interpréter. Il fallait que j’en devienne la narratrice à mon tour pour lui rendre son humanité. » Le nœud de ma déception réside là. La biographie s’enchaîne dans un rythme effréné pour nous tenir en haleine, en suspendant notre respiration, sans que jamais nous puissions effleurer le ressenti de cette femme à l’enfance et la jeunesse tragique et dont on comprend aisément que les violences répétées ont pu précipiter sa chute, son effondrement psychique. C’est académique, classé, universitaire, bourgeois… C’est une fuite oui et un aveu en effet d’emblée crié, dicté, imposé : ne faire qu’aimer cette mère du point de vue de l’enfant qui a à la sauver. Mais si elle s’agite au fil des pages, quel est donc son visage ?
Catherine a fait une vie comme elle a pu, avec flamboyance et horreur, entraînant dans sa course-poursuite pour rester vivante ses enfants chéries. Je n’y lis pas une fuite mais une pulsion folle de survie malgré les plaies hurlantes d’un corps et d’une âme dévastés. J’ai refermé ce livre un peu triste, je crois, de cet exercice littéraire soigné, à l’amour crié, presque revendiqué, impropre à toute objection, dans une description historique, chronologique, détaillée, outragée, dérangeante mais qui n’a uniquement pour pouvoir que de figer le lecteur, de le museler devant un TROP mis en scène sans que jamais on ne frôle l’intériorité des protagonistes. Cette femme est devant mes yeux mais ce sentiment qu’on soit passé de nouveau à côté de sa douleur…dans la froideur d’une confession qui exhibe TOUT mais ne délivre rien.
« Maman se répétait par aveu d’échec, parce qu’il était impossible d’aboutir à une version définitive. Il fallait qu’elle nous raconte encore parce que nous n’avions pas compris, et pas seulement parce que nous étions des petites connes incapables de l’écouter, mais parce que c’était incompréhensible, parce que tous les mots de tous les dictionnaires n’auraient jamais suffi à expliquer ce qu’elle avait sur le cœur. » L’auteur dans cet amour inaliénable et fidèle, s’inscrit dans cette droite lignée, dans le respect de cette langue en souffrance que personne n’entend, continue les redites, les retours, persévère et signe, vire, tourne autour, pour fuir elle aussi ce qu’il y aurait à percevoir de l’insupportable d’une vie, celle de sa mère ? L’écriture est sans aucun doute sulfureuse mais la poésie m’a manqué justement pour flirter l’indicible, pour frôler l’innommable. C’est carré, lisse, admirable. C’est asséné, les failles sont dites, énoncées et constatées, nous ne pouvons guère lui enlever cette sincérité. Or ce vécu décrit résonne et raisonne comme un dire armurier, un excès démonstratif pour ne surtout pas avoir à dévoiler le peu de soi qui tremble peut-être ?… et donc tout nous est éloigné alors qu’on nous donne tout à voir. Quelle est la tentative au-delà de narrer, de déposer, d’inscrire ? De quelle fuite s’agit-il ? C’est sans doute un point de vue, lequel je n’ai pas compris et me laisse encore quelques jours après la lecture en interrogation : un bon point ? – Karine Le Nagard
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Un tourbillon d’amour à l’image de cette reine, tourbillon d’émotions, de logorrhées, de fantaisie, d’excès, un coup de cœur que ce premier roman de Violaine Huisman.
Pourtant, la première partie m’avait (presque) laissée de marbre, vaguement suspicieuse ; encore un psychodrame familial construit sur des enfances bousculées, un écrivain qui livre sa part d’intime à un lecteur bien malgré lui dans la peau d’un psychologue. J’ai été surprise par l’absence de chapitre, de fil conducteur, des paragraphes qui se succèdent au fil de la narration. L’auteure parle à la première personne et se livre sans réserve.
C’est la deuxième partie qui donne un sens au récit et prend aux tripes. Catherine, la mère de la narratrice est conçue dans des circonstances tragiques et voit le jour malgré la volonté de sa mère. Malade, elle passera sa prime enfance à l’hôpital sans la moindre visite. Quand elle ressort, elle fait preuve d’une énergie, d’une indiscipline hors du commun, ne se pliant à aucune règle. Jeune adulte, la rencontre avec Antoine, son deuxième mari et le père de ses filles, est le détonateur. Lui aussi est fantasque et sans limites, il est riche et se permet toutes les folies. Leur union sera un vaste champ de bataille et d’amour, les deux filles au milieu.
Toute leur enfance elles soutiennent leur mère, accro aux drogues, aux médicaments, un tsunami imprévisible, les deux sœurs sont toujours inquiètes qu’elle ne se réveille pas. Les deux sœurs m’ont bluffée par leur solidarité, et l’amour inconditionnel qu’elles vouent à leur mère, leur résistance et leur apprentissage de la liberté.
J’ai lu pratiquement d’une traite ce roman époustouflant, superbement bien écrit, à la fois poétique et cru, qui ne peut laisser indifférent. Vous n’en sortirez pas indemne, le sourire aux lèvres et les yeux un peu brouillés puisque la dernière partie du livre est consacrée au deuil de cette mère hors du commun.
Quel bel hommage et preuve d’amour que ce roman. Violaine HUISMAN possède un grand talent, je guette ses prochains écrits. – Nathalie Chartier – Salou
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Nuit noire, un gouffre s’ouvre sous les pieds d’une jeune fille innocente.
Toutes les branches de l’arbre généalogique s’agitent, se tordent aux vents contraires
Il eût suffi de presque rien pour que la vie reste douce, calme, prévisible
Mais non, rien ne peut se bâtir, se tenir, tout est bancal à l’image de cette petite fille accidentée, cabossée, les malédictions se succèdent .
L’amour immense de cette fée carabossée qui hurle et grimace, rit et pleure comme un ciel de Mars et noie ses enfants dans un océan de tendresse dont les vagues d’angoisse les font suffoquer
La magnifique sirène attire les hommes, les ensorcelle comme dans les contes mais comment avancer quand on se veut sirène ?
Elle aura tout essayé : se dresser, se débattre, ramper, avancer sur la pointe… avant de renoncer.
Une belle écriture pour ce roman à vif – Christiane Arriudarre
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Fugitive parce que reine a été modelé dans le terreau ô combien fertile de la vie de Catherine, qui fut la mère de Violaine Huisman.
L’auteure se rapproche, au fil de la narration, du bord de la ligne séparant le roman du récit, laquelle m’a semblé nettement franchie dans la troisième partie.
Le début du livre m’avait enthousiasmée. La liberté de ton, la fantaisie allant jusqu’à l’exubérance m’avaient emportée comme une chevauchée fantastique. Quel culot avait cette jeune femme d’avoir osé inventer des personnages aussi barges, la mère surtout, quoique le mari ne soit pas loin derrière, et que le grand-père soit quasiment inénarrable. Bien que.
La réalité dépasse la fiction, je le sais, mais une réalité si fantasque, c’est à peine imaginable, et il est miraculeux d’en sortir… indemne (?). On comprend pourquoi Violaine est rapidement allée poursuivre la construction de sa vie 10000 km plus loin, même si elle s’est ainsi, d’une certaine manière, conformée au vœu maternel puisque parler anglais fut une injonction ressassée par Catherine.
En tant que lectrice, j’ai besoin, quel que soit le sujet, de m’identifier ou de projeter dans un ou plusieurs personnages. A défaut, il faut à minima que l’époque ou le décor du roman m’évoquent un territoire familier ou que j’aimerais découvrir.
Ici « rien ». C’est juste « trop ». Y compris le langage de charretier de la mère. J’ai néanmoins lu jusqu’au bout et je referme Fugitive en éprouvant un infini respect pour Catherine, Elsa et Violaine qui ont chacune fait tout ce que elles ont pu. J’ai entendu dire que le ciel ne nous inflige aucune épreuve dont il ne serait pas certain qu’on puisse la surmonter. Ma vie, pourtant chaotique, est un encéphalogramme d’une platitude affligeante … mais néanmoins reposante. – Marie-Claire Poirier
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Vous connaissez la mer, imprévisible, puissante, déroutante, envahissante, déferlante, redoutable, cruelle, rassurante, vivante, épuisante, fascinante, déchainée, dévorante … alors vous connaissez la mère, de Violaine Huisman, fugitive puisque reine, tout autant imprévisible, puissante, déroutante, envahissante, déferlante, redoutable, cruelle, vivante, épuisante, fascinante, déchaînée, dévorante … La mer, la mère, c’est la vague qui déferle, efface, bouscule, et reflue laissant sur la grève les corps épuisés et désorientés, les débris éparses et irrécupérables de ses excès , les blessures odieuses gorgées de sel, les cadavres anéantis, quelques galets usés et des coquillages fêlés. C’est la vague écumante et violente qui revient inlassablement, qui se répète et s’entête, creusant comme une forcenée galeries et grottes. Oui, il y a des répétitions comme autant de ressacs, oui, la langue est éblouissante, comme les reflets de l’eau se jouant du soleil ou de la lune, oui, on ne sait ni où elle commence, ni où elle va, comme l’eau immense et indomptée. Entraîné par mille courants, brassé et renversé, on sort de cette épreuve le souffle court, le cœur blessé et le corps brisé et exsangue. Ce n’est pas un texte confortable, c’est un tsunami. – Martine Magnin
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Et encore…
« Un roman bouleversant quand il évoque la maladie mentale, lumineux quand il parle d’amour et de liberté » nous dit Annie,
« Une lecture en demi-teinte » pour Olivia Cheucle,
« Coup de cœur absolu » pour Agathe Ruga,
« Une écriture magnifique » pour Dominique Sudre,
« Un roman parfaitement construit » pour Joëlle Guinard
 « Un roman que je relirai dans quelques années » nous dit Florence Ollagnier