Les monstres – Charles Roux

« Exprimer ses songes, leur donner corps et les faire résonner dans un espace devenu alors public, puisque partagé avec d’autres, c’est risquer de les voir se fracasser par terre, se heurter aux dures réalités qui rendent les projets difficiles et parfois impossibles à réaliser. »

Un sacré texte que ce premier roman avec un titre intrigant : les monstres, alors qu’il est question d’un monstre qui hante et terrorise une capitale jamais nommée. Nous sommes en présence de trois personnages, les chapitres alternent leur point de vue, leurs sentiments, leurs ressentis.
Il y a Dominique, d’un certain âge, qui est propriétaire d’un étrange hôtel particulier, très siècle passé, avec des vrais cabinet de curiosité et des pouvoirs culinaires particuliers. Il nous parle de sa vie, de ses doutes, de sa bivalence : il aurait aimé être une femme et non un homme. Il/elle se prépare pour une soirée particulière (j’ai beaucoup aimé ses déambulations dans les marchés de la ville et dans les méandres de ses collections particulières).
Il y a David, jeune ou du moins jeune cadre dynamique, commercial sans vergogne, qui a une soirée libre car il rejoindra femme et enfants le lendemain pour des vacances au bord de la mère. Il se pose un peu de question sur sa vie, sur ses comportements et ses relations avec les autres. Et se prépare pour un dîner.
Et Alice, vieille fille, professeure un peu débitée mais qui a accepté ce dîner après une rencontre sur un site.
Et justement, ce dîner va réunir nos trois personnages. Déjà, le restaurant « Chez Dominique » a un drôle de nom, « le restaurant des mensonges et les plats ont des noms très étranges, comme « carpaccio de supercherie sauvage au cidre menteur », « mousse de sottises et sorbet de sordides illusions ». Chacun des personnages va se dévoiler lors de cet étrange dîner.
Dominique va être à la fois un maître d’hôtel de pacotille et une serveuse à la Marilyne Monroe et va concocter des plats de sorcière.
David va se dévoiler face à une Dominique qui écoute et va elle aussi se raconter.
Ce texte est foisonnant, on y apprend beaucoup de choses sur les mondes parallèles. Des têtes de chapitres nous dévoilent un peu du mystère de ce texte :
– monstre avec sa définition, du latin de monstrare : montrer, indiquer
– Golem et sa légende (une étrange sculpture qu’a faite Alice et qu’elle balade dans son sac)
– Zombie, wendigo des légendes amérindiennes (qui est cet étrange monstre qui terrorise la ville..)
– Cauchemar
– Sasquatch, un yeti des appalaches
– démon – phénix chimère.
Beaucoup de mystères, de références mais cela ne gâche pas du tout la lecture car l’auteur nous parle aussi de vies ordinaires (vie de compétition dans le monde de l’entreprise, vie de couple après plusieurs années et quelques mensonges, vie d’une professeure qui va essayer de faire apprendre et comprendre l’histoire à ses jeunes élèves), interpelle ses personnages, qui ont chacun des doutes, des ressentis et qui pourrait être ce ou ces monstres qui rodent. L’auteur nous parle de la vie d’êtres ordinaires, qui essaient de trouver leur chemin, leur place. Ne soyez pas rebuté par ce foisonnement, mais je ne suis pas sûre que j’aimerai tester une soirée dans ce restaurant aux mets si troublants.
Merci aux fées de m’avoir fait découvrir ce texte si monstrueux, si troublant et hâte de suivre cet auteur, à l’univers si paradoxalement normal et monstrueux à la fois. – Catherine Airaud

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Quatrième de couverture : « Lors d’un dîner-spectacle, dans un restaurant tenu par une sorcière, au cœur d’une ville de béton sur laquelle plane une menace invisible, un homme et une femme se rencontrent. »

Rien de plus, rien de moins, et 605 pages attendent le lecteur. Bientôt il découvre David, Alice et Dominique, trois personnages fascinants, décrits en brefs épisodes, et les chapitres se succèdent, courts, mais à chaque fois un peu plus intrusifs dans ces trois existences qui se dévoilent à nos yeux.

La construction du roman est simple, chaque chapitre ne s’occupe que d’un personnage. Très vite le lecteur comprend que tour à tour il va rentrer dans l’intimité de chacun, et la magie va opérer, les trajectoires se croiser pour ne faire qu’une, mais toujours décrites alternativement. Bientôt il est impossible de s’arrêter de lire. Quel est ce monstre qui ravage la ville ? Qui sont réellement David, Alice et Dominique ?

Charles Roux a un cerveau comme j’aime, il dissèque les âmes et dans son analyse rajoute un zeste d’étonnant, un rien de fantastique, qui fait toute la différence. Et ce roman interroge. Qui sommes-nous face à nous-mêmes ? Qui se cache sous notre peau et l’apparence que nous voulons donner à nos vies ? Comment se soustraire à ce qui nous semble inéluctable ? Comment faire avec cette société qui semble nous dicter notre destinée ? Autant de questions que ces trois personnages vont affronter et nous, lecteurs, avec eux.

Impossible de sortir indemne de cette lecture. Hâte de découvrir ce que ne manquera pas d’écrire j’espère Charles Roux dans un second roman ! – Emmanuelle Boucard Loirat

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Je me suis rarement trouvée aussi perplexe devant un livre : en lire trois pages, feuilleter pour voir si la suite est dans la même veine, le poser, soupirer, le reprendre, en lire trois autres pages, etc.

Je crois que tout simplement, il n’y a pas eu rencontre entre l’auteur, ses personnages et moi. Je serais bien infichue de les qualifier, je n’ai pas compris qui il.elle.s sont au fond, pourquoi il.elle.s agissent ; je me demande bien ce que le golem vient faire dans cette histoire et si style et la langue relèvent de la poésie ou de l’écriture automatique.

Je sauve de l’ensemble l’errance nocturne dans une ville plutôt inhospitalière et les faux-semblants qui sont, pour partie, les monstres (si j’ai bien compris…). – Marianne le Roux Briet

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« Lors d’un dîner-spectacle, dans un restaurant tenu par une sorcière, au cœur d’une ville de béton sur laquelle plane une menace invisible, un homme et une femme se rencontrent. »

Juste ça ? Sur 605 pages ? OK l’auteur m’a déjà perdue d’avance. Je précise que ma barrière psychologique est de 500 pages (oui je sais, c’est stupide). Clairement, j’y vais à reculons. Il va m’attendre un peu. Mais par la force des choses, j’ai quelques heures devant moi. Je me lance. De  mon œil curieux je lis très vite 100 pages. BOUM je suis prise au piège. Sur le c** !

Un monstre, invisible, sévit en ville. Tout le monde en parle mais personne ne sait de qui il s’agit. Et puis, il y a Dominique mi-homme/mi-femme, David le baratineur et Alice la transparente. Ces trois-là se rencontrent le temps d’un dîner. Il est temps pour eux de montrer leurs vrais visages.

Charles Roux utilise des bêtes monstrueuses et sauvages pour mettre en situation son récit. Du sasquatch au wendigo. De la sorcière au zombie. Autant de bestioles bizarres décrivant l’Homme. Creuser sa vraie nature. En trouver les failles. Saisir les blessures. Comprendre les difficultés. Les liens se font très vite.

« Les monstres font partie de notre histoire ! Que nous racontent-ils, que disent-ils de nous, de nos comportements, de nos peurs ? »

3 pronoms je/tu/vous, 3 points de vue pour 3 vies. Sous ces traits tout y passe. Pouvoir. Injustice. Ignorance. Survie. Excès. Peur. Domination. Ce que l’Homme est, imposé par une société tentaculaire.

Alors, je vous le demande : qu’est-ce qu’un monstre ? En êtes-vous un ?

Les Monstres interrogent. Ils nous confrontent à notre « moi ». Cet être que nous sommes, figé dans une réalité à la pseudo-perfection. Un livre qui donne envie d’être soi, de faire tomber le masque qui colle à la peau et qui finalement n’est pas sur-mesure.

J’ai tenu les 605 pages, sans jamais m’essouffler. Un très bon premier roman. – Héliéna Gas

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Quelle prouesse narrative, quelle mise en scène !

Voici un premier roman captivant, fascinant, étonnant, curieux, ambitieux et terriblement addictif !!

A travers le destin de trois personnages, David, Alice et Dominique (« tu », « vous », « il ») qui se croise le temps d’une soirée, l’auteur interroge notre construction autour du mensonge et de facto nous invite à aller au bout de nos convictions, de démasquer ce qui se cache en nous en se débarrassant de l’uniforme social.

On y rencontre ainsi Phénix, Démon, Sasquatch, cauchemar, Sorcière, Wendigo, Zombies, Golem qui ne sont que l’image de la société.

Ces personnages vont ainsi donner un sens à leur existence, s’extraire du présent dans un lieu très insolite où les incantations d’une sorcière vont les révéler.

Il se dégage de ces 600 pages une atmosphère, une tension qui font qu’on ne parvient pas à le lâcher. – Alexandra Lahcène

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Ce roman est ambitieux, de surcroit pour un premier ! Innovant, admirablement écrit, l’auteur décortique, dissèque les mécaniques psychiques, dénis, défenses, troubles et complexes, avec une intelligence analytique sans faille, sans omettre la peinture sociale ! Notre monde actuel est passé au crible sous un regard sans concession, direct et franc, et indéniablement honnête et réel. Mais de quoi parlons-nous et quelle est la visée de l’ouvrage si tant qu’il faille lui trouver un objectif ?

Un polar, une énigme, une romance, un conte philosophique relayant des interrogations existentielles sur l’identité, l’ego et le Je, le soi à connaître et à libérer, le soi au milieu des autres ?

C’est sous la houlette de monstres, énoncés dès le titre, et plus précisément d’un monstre, un invisible qui sème la terreur en ville, que l’auteur nous embarque dans une histoire, une valse à trois temps, entre trois personnages Alice, David et Dominique, lesquels ne se connaissent pas au début du récit. Mais peut-être serait-il plus juste de parler d’une valse à quatre temps car la voix narrative figure selon moi en tête d’affiche du casting des premiers rôles.

La voix m’a happée d’emblée. Narration classiquement omnisciente et  de façon plus étrange interne et très impliquée puisqu’elle s’adresse directement à deux de nos héros, avec un tu familier ou un Vous plus policé et de façon plus classique se retire en décrivant le troisième. Judicieux stratagème pour tenir le rythme et la chorégraphie entre les trois sans qu’on s’y perde. A la façon d’un œil, d’un Big Brother qui observe, oriente, elle est cette voix qui interpelle, reconnaissable entre mille. Elle procède comme une conscience, un gendarme réprobateur ou un miroir parlant et sans filtres, écho de l’intime muette qui défile en pensées. Prophète en sa demeure, elle est partout, tout le temps, instantanément liant les trois dans un temps d’éternité, se jouant du suspens qu’elle met en scène pour les heures à suivre et l’issue qu’elle sait déjà. Elle n’est pas franchement amicale, plutôt directive, elle accompagne avec fermeté nos trois héros, passant au chinois toutes leurs failles, révélant les secrets, traquant les lâchetés, les mauvaises fois usées pour fuir ses responsabilités. Elle les passe au tamis de la réalité, de leur vérité subjective, et démonte un à un tous leurs petits arrangements quotidiens.

Ensuite seulement j’ai lu le décor, l’ambiance de terreur qui règne dans cette métropole : un dédale d’immeubles, de rues bétonnées et de tours de verre où se massent sans se connaître des gens par millions. Un monstre y sévit les nuits et agresse, lacère et tue. Effroi et excitation montent en puissance devant un danger inexpliqué qui éveille les basses pulsions et agite les fantasmes. Alice, David et Dominique comme tant d’autres évoluent dans ces murs, pris dans leurs existences respectives. On observe dès lors comment la Bête impacte, résonne, indiffère ou exacerbe leurs mouvements, leurs réactions ; comment l’ignoble électrise leur quotidiens, braque un projecteur puissant sur leurs névroses respectives, aiguisant vivement leurs interrogations, provoquant plus loin leurs dilemmes, épuisant leurs dernières ressources. La voix sait leur prochaine rencontre et nous y amène avec eux par paliers, attisant notre curiosité jusqu’à la soirée annoncée, cadre extraordinaire pour une expérience inédite.

La figure, multiple, du monstre dans la différence qu’il oppose provoque la mise en lumière des zones d’ombre qu’on ne peut plus se cacher. L’altérité dans ce qu’elle a aussi de terrifiant convoque l’étrange en soi, ce qui fait honte souvent, ce qu’il est préférable de voiler pour rester inscrit dans le groupe, le semblable. Ainsi qu’est-ce qui fait monstre et aux yeux de qui ? Ne sommes-nous pas tous à même de nous conduire avec monstruosité ?  Ne sommes-nous pas déjà aliénés, pris dans un système qui nous dépasse, nous enferme et nous bâillonne ? Des zombies enchaînés dans la répétition d’une productivité, d’un schème à respecter comme modèle unique ? Des bêtes assoiffées de sensations fortes et aux désirs inavoués, inavouables donc potentiellement bombes à retardement ?

Les Monstres, c’est nos contemporains, donc un peu de chacun, et leurs réponses, leurs aménagements face à la cruauté du monde dans lequel ils sont plongés : monde dont on connaît la beauté et les richesses autant que les affres, les risques et les violences. Face à la monstruosité, au gigantisme de cet univers, que sommes-nous à même de répondre seuls et entourés ?

L’auteur a l’audace d’adopter un ton singulier, et le fait brillamment. Il flirte avec les limites, la frontière entre le tangible et le fantastique sans jamais pour autant quitter la pugnacité du réel.

Alors pourquoi je ne suis ni émue, ni bousculée ni franchement emportée. Ma lecture, même à quelques jours de distance, reste objective et distancée.  J’y ai lu un énième constat sur notre condition. Déprimant ? Peut-être, pourtant il est aussi question de liberté à conquérir, de cœurs imparfaits mais valeureux dans ce long et dense roman. Parfois la pertinence est trop disséquée, et par conséquent alourdit le propos, enlise la trame, laquelle a perdu de son  mystère, le suspens glaçant est retombé….La voix si elle percute au début, s’efface de plus en plus sur la deuxième moitié de l’ouvrage et dès que nos trois personnages se rencontrent dans le restaurant des mensonges le lecteur n’est plus tenu par la résolution d’une énigme. On a compris et le constat est…ce qu’il est.

Alors si je suis épatée par la rédaction d’un tel roman, soutenue par un style parfait et une réflexion solide, pointue, je dois avouer mon ennui par moments, ma déception sans doute face à un fantastique qui n’est pas assumé ou choisi pleinement, un onirique trop peu exploité, comme des tentatives avortées face à l’analyse exigeante -trop chirurgicale ?- de notre société et de nos rapports humains. Sans doute mon inconscient, par définition tapi dans l’ombre de ma conscience réflexive, aurait eu besoin d’être emporté, secoué, détourné par la force de l’imaginaire plutôt que d’être conforté par une résonance intellectuelle aussi pertinente soit-elle. – Karine Le Nagard

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C’est un de ces romans qui laissent une trace en vous.

Parce qu’ils vous parlent et qu’ils parlent de vous.

Les monstres, est très bien construit et écrit.

J’aime beaucoup l’idée des pronoms personnels différents.

Il existe 3 personnes, celle et celles auxquelles on parle et celle dont on parle.

Ce roman met en exergue nos contradictions, nos barrières et nos peurs, adoptées ou construites, qui font de nous des monstres.

C’est une critique de soi et de sa lâcheté.

J’ai beaucoup aimé. – Stéphanie Justin

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Charles Roux met en scène trois personnages qu’il interpelle et qui vont se succéder en alternance : Alice, David , Dominique ( prénom épicène). Il analyse, décortique chaque geste, chaque pensée, chaque intention afin de mettre à nu mensonges et convenances, voire  » nécessité sociale ». Dominique parachève le tout lors d’un dîner maléfique au « Restaurant de mensonges » pour faire éclater la vérité. Vérité ou sincérité ? La sienne ou celle de ses convives ?  » L’essentiel est que la vérité , même monstrueuse, triomphe ».

La plume est fine mais l’auteur se repaît des mots et noie le lecteur dans un maelström de dissections comportementales superflues. Tout ça pour ça. Je suis déçue, j’ai la sensation d’avoir raté ma lecture mais ce n’est que ma vérité ! – Corinne Tartare

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Quel premier roman ! Un récit inclassable, fascinant, envoutant, peut être un tour de sorcière, dont on ne peut plus se détacher.

Un trio qui pourrait être classique et pourtant si loin du mari, la femme et l’amant. Le narrateur a un côté démiurge et manipule ses personnages comme des pantins qu’il secoue et bouscule à sa guise.

La construction est particulièrement soignée. Chaque personnage est représenté par un pronom Tu, Vous, Il/Elle et apparait dans un chapitre qui lui est consacré exclusivement.

Je n’ai pas vraiment adhéré à la 4e de couverture, exercice habituellement difficile et quasiment impossible pour ce roman. Rien n’est dit réellement des thèmes abordés tout au long de ces 600 pages.

La construction de soi, le rapport à l’autre, le rapport à soi et à son corps, le mensonge et l’hypocrisie induite par les relations sociales…, le tout saupoudré d’une dose de magie, de surnaturel.

Bref j’attends avec impatience les futurs récits de Charles Roux. – Emmanuelle Coutant

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Trois personnages, trois narrations. David commercial marié deux enfants, tu t’es hissé seul à ce niveau, sûr de toi! Toujours. Tout l’inverse de vous Alice, professeur de français un peu par défaut, presque vielle fille, vous passez désormais vos soirées seule. Quant à Dominique, il, parfois elle, espère révéler la vraie nature de chacun à défaut de la sienne. Trois personnages et les premières pages servent à faire les présentations et poser le décor, l’ambiance! Le décor est celui de cette capitale non nommée dont les faits divers sont hantés par un monstre… J’avoue mettre demandée où j’allais au début de cette lecture, perturbée par les changements de ton, m’interrogeant sur le lien avec le monstre qui habite cette ville et fait le bonheur des journalistes, flirtant parfois avec le fantastique.

Puis la rencontre, ce diner spectacle où tout ne se passe pas comme prévu pour le restaurateur mais qui va se révéler prometteur pour sa dernière. Derrière les faux semblants, les mensonges, Dominique espère libérer ses invités de tout ce mal et révéler peut-être le monstre tapi en eux! A travers ces trois personnages et les monstres qui hantent la capitale, l’auteur analyse finement notre société, cette course à la réussite, le couple et la routine, les rencontres virtuelles mais surtout la quête de soi! Ce roman est un ovni, une curiosité, mystérieux avec une plume envoutante. Un roman pour autant exigeant, il m’a demandé de la concentration, de la volonté car le début m’a un peu désarçonnée et je suis vraiment ravie d’avoir persévéré!

Un premier roman réussi, singulier, surprenant et habilement mené. Un brin fantastique, ce livre est tout comme ce diner, un spectacle! 600 pages où la tension est latente, livre sur une rencontre fine analyse de notre société. – Julie Campagna

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Enfin un roman consistant dans le cadre des 68 premières fois ! Jusqu’à présent les romans allaient de 80 à 200 pages. A peine commencés, ils étaient terminés.

Avec « Les monstres » on a enfin le temps d’installer les personnages, de les creuser, d’essayer de les comprendre.

Ils sont trois.

Alice une enseignante avec un côté vieille fille et une vie sociale réduite au maximum. Elle sculpte un peu et va fabriquer une statuette en terre cuite sorte de golem qui ne la quitte plus et lui procure une sorte de force surnaturelle.

A l’opposé David est un commercial à qui tout réussit. Il est marié, père de famille mais enchaîne les conquêtes sans lendemain. Est-il heureux pour autant ?

Troisième personnage : Dominique véritable caméléon et qui porte bien son prénom épicène. Dans sa demeure, véritable musée de curiosités, il organise des dîners spectacle.

Les trois vont se rencontrer lors du dernier dîner de Dominique.

Ce livre est un véritable enchantement par son style, par son imaginaire, par ses personnages très attachants.

Un véritable coup de cœur. – Michèle Letellier

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Un véritable coup de cœur !
J’avoue avoir un peu pris peur en voyant les 600 pages en petits caractères… Après quelques pages de lecture j’étais déjà conquise.
Trois histoires qui s’entremêlent avec un fil conducteur qui se dissémine tout au long des pages d’une manière très habile.
Trois personnages fascinants et si différents: David, Alice et Dominique. Des histoires et des vies qui n’ont rien à voir. Un point commun: l’angoisse du monstre qui rôde dans la ville et effraie la population.
Tout se jouera autour d’un dîner peu commun qui regroupera les trois personnages et dont la vie sera définitivement liée.
A lire de suite et sans modération. N’ayez pas peur de l’épaisseur du livre. A chaque chapitre on en apprendre un peu plus sur chaque personnage ce qui permet une certaine fluidité, ce qui évite de « s’ennuyer » et nous tient en haleine. – Nina Busson

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« Ne sommes-nous pas, comme le fond des mers, peuplés de monstres insolites ? » – Henri Bosco, Le récif

« Il [Dominique] sait aussi que derrière beaucoup de mystères se cachent souvent des réalités palpables, des phénomènes explicables qui apparaissent incroyables pour qui ne sait pas ce qui se trame en coulisse. Parfois, la sagesse commande d’ailleurs de ne pas chercher à creuser, de se contenter de l’émerveillement de surface, d’apprécier le geste habile d’un magicien, l’histoire improbable d’un conteur. »

Les Monstres, 1er roman de Charles Roux publié en ce début d’année aux Éditions Rivages, est de prime abord exactement cela : 

« le geste habile d’un magicien, l’histoire improbable d’un conteur. »

Ce roman, qu’il m’est impossible de qualifier autrement que de chorégraphique, fait se mouvoir, en une alternance de chapitres savamment orchestrée, trois personnages – Alice, David et Dominique. Alors qu’une voix, omnisciente, scrutatrice et disons-le carrément dérangeante, s’adresse aux deux premiers en usant du « vous » avec Alice, du « tu » avec David sans se montrer plus familière pour autant, cette même voix se contente de raconter Dominique, prénom épicène pour un personnage qui n’est vu qu’en surplomb, insaisissable entre « il » et « elle ».

Ce travail d’écriture, ciselé, met en mouvement le récit. Son rythme languissant rappelle celui, baroque, d’une passacaille à trois temps, telle celle du Persée de Jean-Baptiste Lully, où les danseurs tournoient et se frôlent avec lenteur (LWV 60, pour les curieux). Chacun des personnages occupe de courts chapitres, sans jamais interférer avec les autres, avant que la scène centrale du dîner ne les fasse enfin se rencontrer. Pourtant, qui sait prendre son temps – et comment ne pas le prendre avec ce roman ! – ne manquera pas de noter :

  • l’écho des rimes à l’intérieur des paragraphes ;

« Poubelles renversées, traces de griffures. Pierres descellées, menaçantes écritures. Voitures vandalisées, sang sur les murs. Pour sûr, il n’est pas loin. »

  • ou encore les liens, presque invisibles tant ils sont ténus, que l’auteur a pris soin de tisser entre chaque chapitre et, partant, entre chacun des personnages. Ainsi, il n’est pas rare qu’il y ait un glissement d’une fin de chapitre à l’ouverture du suivant : « une vulgaire paire de seins »(page 52) et « les deux excroissances modelées au niveau de la poitrine » (page 53). Un peu plus loin, Alice retire ses fripes pleines de sueur avant de filer sous la douche (page 117) quand David se remet d’aplomb sous le jet d’eau froide (page 118). Plus loin encore, « [l’] inédite concentration [qui] tire les traits [du] visage » des élèves d’Alice (page 144) se lit sur les visages des auditeurs d’un David convaincu que « pour obtenir l’attention des autres, rien de tel que de faire forte impression » (page 145). 

Par ailleurs, Charles Roux n’hésite pas à recourir à l’anaphore :

« Peu importe ce qui compte ce soir, c’est que la vérité éclate, car c’est la véritable raison d’être de ce restaurant de mensonges. »

« Peu importe que cela amène certains à se déchirer, l’essentiel est que la vérité, même monstrueuse, triomphe. »

J’arrête là mais, faites-moi confiance, les exemples sont légion. Autant d’artifices d’écriture qui aident l’auteur à installer le rythme dans la durée, à confectionner une trame solide, propice aux rapprochements entre ses personnages, presque à l’insu du lecteur qui pressent tout de même qu’Alice, David et Dominique vont se rejoindre alors que rien ne les y prédispose. J’en suis encore à me demander comment Alice, la timide et timorée Alice, se retrouve à accepter l’invitation à dîner d’un inconnu sur un site de rencontres…

Oui, Les Monstres est un roman à la construction audacieuse, parfaitement maîtrisée, qui me laisse d’autant plus admirative que c’est un premier. Mais une construction, aussi inventive soit-elle, est-ce suffisant ?

Voilà trois personnages qui vont vivre leur dernière journée en ville. 

Alice, la quarantaine célibataire, sculptrice autodidacte et professeur d’histoire, sera en vacances le soir même. David, cadre de moins en moins dynamique, dont le couple est usé par la routine, ira retrouver Stéphanie partie avec leurs deux enfants au bord de la mer. Le/la Chef(fe) Dominique, jamais remis(e) du décès de son compagnon, ouvrira son restaurant éphémère et confidentiel à de rares invités triés sur le volet. À moins que…

Voilà trois personnages parvenus à ce moment de la vie où il est besoin de faire le point, trois personnages qui se savent arrivés à l’orée d’un renouveau possible à condition qu’ils s’en saisissent sans tarder, trois personnages enfin livrés à eux-mêmes dans une ville elle-même livrée à un « monstre invisible » qui agit durant ces heures propices à la résurgence de nos pires craintes. Le monstre, autant que la nuit, aiguisent la peur des uns, la curiosité des autres et, comme il se doit, la voracité loquace des médias.

« Plutôt que de vendre un peu de mystère aux auditeurs, cette petite imbécile s’escrime à démonter ces mythes, à expliquer qu’aucune source écrite sérieuse n’atteste de la véracité de ces faits, que cela tient de la superstition moyenâgeuse… encore une qui n’a rien compris à ce qu’on attend d’elle. » 

L’auteur vend du mystère à son lecteur qui sent la tension monter. Lentement. En ce sens, Les Monstres est un roman d’atmosphère dans lequel rien ne se précipite et, je le reconnais, il m’est arrivé d’y trouver le temps long au point de vouloir accélérer la rotation des aiguilles de la coûteuse montre de David ! Si les premières pages m’ont aussitôt mise en appétit, j’avoue avoir eu bien du mal à conserver aiguisé cet appétit, une fois passée à table. Les quelque – interminables – 200 pages de ce repas pris Chez Dominique m’ont paru indigestes en ce qu’elles n’évitent pas les redites, avec cette impression prégnante que l’auteur me repassait les plats. En effet, les révélations qu’elles sont censées apporter ne nous apprennent rien que l’on n’ait déjà deviné puisque la voix omnisciente nous a révélé les personnages d’Alice et de David, leur présent, leur passé, leurs craintes comme leurs aspirations. Ces révélations nous permettent toutefois de découvrir d’autres facettes de Dominique que l’on voit enfin à l’œuvre, maître de cérémonie entre ombres et lumières dans son restaurant qui tient du cabinet de curiosités.

« Chez Dominique, le restaurant de mensonges est bien plus qu’une simple idée. C’est un révélateur de ce qui se cache à l’intérieur. De la vérité pure débarrassée des habits sociaux de la tromperie permanente. Vous ne savez pas si vous trouvez cela bien ou pas. »

Comme l’écrit Madeleine Ferron« Chacun a en lui son petit monstre à nourrir » et le roman de Charles Roux, avec ses 600 pages, sa pincée de fantastique et son zeste de magie, est pour le moins roboratif. À la recherche d’eux-mêmes dans le dédale des rues de cette ville-capitale qu’un monstre, insaisissable, arpente chaque nuit, Alice, David, Dominique doivent se résoudre à affronter leur monstre intérieur nourri de leurs peurs, leurs manques, leurs masques et leurs fantasmes.

« Choisir soi-même son masque est le premier geste humain volontaire et solitaire. » – Clarice Lispector

Si « ce soir, derrière le masque, il n’y aura qu’une seule et unique personne […] », laquelle réfléchira le miroir du cabinet de curiosités que Dominique fait visiter à ses invités ? Que verront David et Alice, through the looking-glass ?

« Savoir qu’il existe une autre possibilité, l’impensable mais pourtant réelle éventualité que ce monstre invisible ne soit personne d’autre que lui-même. »

Comment avancer quand le passé leste l’avenir ?

Comment éviter la routine et l’usure ?

Comment se défaire des faux-semblants et émerger, neuf, du marasme urbain et social ? 

Est-ce indispensable de courir après la réussite ? et, accessoirement, qu’est-ce que réussir ?

etc.

Autant de questions essentielles – à défaut d’être originales – que pose Charles Roux. Elles vont, viennent, se perdent, ressurgissent dans la forme labyrinthique de ce roman ambitieux qui scrute avec une brillante acuité notre époque et notre société.

Et la lectrice que je suis de s’être à son tour perdue :

  • dans le dédale des réflexions de personnages en proie à leur altérité monstrueuse ;
  • dans le dédale de ce roman, monstre en manque de silences et au suspens assez vite émoussé en dépit de ses 600 pages.

En ce qui me concerne, il est flagrant que, comme tout monstre qui se respecte, ce roman a joué à merveille sa duelle partition fascination/répulsion.

« Pour saisir certaines choses, il faut être capable de dépasser ses horizons de pensée habituels, reconnaître son ignorance et croire, tout simplement.

Croire à l’improbable. Croire à la magie. Croire aux légendes et aux contes de fées, aux magiciens et aux sorcières. »

Alors, pourquoi cette pointe de déception ?

Peut-être ai-je perdu mon âme d’enfant et n’y ai-je pas assez cru ?

Peut-être aurais-je dû avoir « la sagesse [qui] commande […] de ne pas chercher à creuser, de se contenter de l’émerveillement de surface »pour me laisser emporter ? – Christine Casempoure

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Attention, un monstre peut en cacher bien d’autres… C’est ainsi que dans cette capitale (non nommée) une créature non identifiée sévit, provoquant dommages matériels et pertes humaines. Quelle est donc cette créature venue de nulle part ? Nul ne le sait, et on s’apercevra qu’elle possède un rôle certain : celui d’alimenter les conversations, de faire couler de l’encre et de motiver le milieu des journalistes, elle hantera les esprits tout au long de ce lourd pavé.

Et elle cachera bien d’autres démons : les démons que tous, nous renfermons : tes démons David, le commercial, le winner, le dragueur, l’instable, tu les caches bien, tes doutes, et tu sauras les exprimer.

Tes démons Alice, tes angoisses, tes craintes, tes principes, tes certitudes qui peut-être, ne demandent qu’à être brisées.

ses démons, ceux de Dominique, sa recherche d’identité, sa quête de vérité, lui le grand catalyseur, le maître des philtres qui mettra en présence deux éléments d’un couple improbable à l’avenir incertain.

Les monstres, les monstres et encore les monstres, prouesse littéraire à l’écriture fluide certes, toutefois long, long, si long.… tellement longuet que je me félicite d’être allée jusqu’au bout de ce roman, poétique souvent, bien écrit toujours, bien mystérieux quant à l’ambiance générée par ce texte aux passages volontairement sibyllins.

Certains adoreront, d’autre apprécieront, je n’en doute pas, question de choix littéraires. Aussi n’hésitez pas à vous plonger dans cette lecture sans pour autant tenir compte des idées personnelles que j’ai couchées sur le papier. – Roselyne Soufflet

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Sur fond d’actualité angoissante, nous suivons trois personnages que rien ne prédestinait à se rencontrer. Ces trois personnages sont racontés de manière différente, le « vous » succède au « tu » et au « il ». Il nous faut plusieurs centaines de pages avant que ces mêmes personnages se rencontrent dans un même lieu. Ces centaines de pages qui peuvent paraître longue m’ont conquises. Elles permettent à la fois au lecteur de rentrer dans l’intimité d’Alice, David et Dominique. Mais aussi de nous faire sentir l’ambiance de cette capitale victime d’un monstre. 

Toutes ces pages préparent le moment crucial du livre, le dîner au restaurant des mensonges… Un restaurant où vont se rencontrer pour la première fois Alice, enseignante démotivée aux rêves d’artiste déchus et David cadre ambitieux et imbu de lui-même qui trompe sa femme. C’est également l’occasion de rencontrer le spectaculaire Dominique qui derrière ses déguisements et sortilèges souhaiterait être un autre (enfin « une autre »). 

Un restaurant « magique » où les convives sont enfermés, privés de téléphone et se sentent libérés de leurs mensonges. 

Un dîner pour changer de vie ? Un dîner pour se libérer du monstre qui est en nous ?  

Ce roman m’a fasciné et tenue en haleine. Encore une belle pépite. Et si au fond nous étions tous notre propre monstre ?  – Ana Pires

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Trois voix , trois personnages qui vont se rencontrer, cette rencontre pourrait changer leurs vies.
Tu, David, jeune cadre dynamique marié , père de famille, à qui tout réussit, enfin, apparemment.
Vous, Alice, vieille fille complexée, professeur par dépit, que tout terrorise.
Dominique, homme, bientôt femme ?
Dans une ville terrorisée par un monstre, David va inviter Alice rencontrée sur un site de rencontres dans le restaurant très particuliers de Dominique, sorcier en mal d’identité dont c’est le dernier diner.
Au fil de ce roman de 600 pages, on suit l’évolution de ces personnages et de leur personnalité.
Seraient ils comme beaucoup d’autres des monstres? Quelle est leur face cachée ?
Si ce récit ne manque pas d’originalité, il m’a paru vraiment trop long, un peu tordu et alambiqué et ceci n’est pas un mensonge…. – Anne-Claire Guisard

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Dans une «métropole tentaculaire», ville capitale jamais nommée, un monstre invisible et insaisissable effraie les âmes perdues et fait des ravages chaque nuit. Il sème la terreur chez ceux qui osent s’aventurer dans les rues de la ville. Une terreur qui ne cesse de croître, amplifiée par les médias et fait surgir les cauchemars les plus terribles et les peurs les plus primitives.

C’est dans cette ville que Charles Roux orchestre habilement le parcours de trois personnages que rien ne disposait à se rencontrer. David, cadre carnassier en bout de course et dont le mariage bat de l’aile, Alice, l’enseignante démotivée, sculptrice de statuettes d’argile aux allures de Golem à ses heures perdues et Dominique, propriétaire d’un restaurant éphémère et extravagant, qui peine à se remettre de la disparition de son compagnon. A priori, ils n’ont rien en commun, sinon souffrir cruellement de solitude et être arrivés à un tournant crucial de leur vie où il va falloir faire des choix. Pour autant sont-ils des monstres ? Existe-t-il en chacun d’eux une part de monstruosité qu’il leur faut assumer ?

La narration en alternance, maîtrisée de bout en bout, donne le rythme au récit. Elle revêt une forme particulière, un narrateur omniscient s’adresse à David en le tutoyant, à Alice en la vouvoyant et raconte Dominique, ce personnage mystérieux, à la troisième personne, entre  il et elle, explorant ainsi l’identité de chacun pour mieux la dévoiler. 

Toute une galerie de monstres légendaires aux noms évocateurs apparaît en filigrane et donne une tonalité mystérieuse au récit. On y croise des chimères, des wendigos, des sasquatches, des golems et autres succubes, un cabinet de curiosités insolite qui interroge. « Les monstres font partie de notre histoire. Que nous racontent-ils, que disent-ils de nous, de nos comportements, de nos peurs ? »

Patiemment, Charles Roux rapproche ses trois personnages. C’est dans un restaurant très particulier qu’ils vont se rencontrer et passer une soirée pour le moins étrange. Par le lieu d’abord, un décor de cabinet de curiosités puis par l’expérience troublante qu’ils vont vivre. Au cours d’un dîner-spectacle théâtral, Dominique officie entre ombre et lumière, se transformant sans cesse, mi-homme mi-femme, proposant à ses invités ses philtres et élixirs magiques pour «réveiller les âmes endormies». Mais les masques tomberont-ils ce soir-là ? Le monstre dissimulé au fond de chacun d’eux,  qui se nourrit de leurs craintes et de leurs fantasmes va-t-il enfin se libérer ? Faudra-t-il traverser le miroir pour aller au-delà des apparences, trouver sa vérité et pouvoir enfin rêver d’un autre monde ?

Voici un roman audacieux à lire comme une expérience littéraire, une sorte de comédie agrémentée d’un peu de merveilleux et de fantastique, au décor de cabinet de curiosités littéraires et artistiques où l’on imagine Mary Shelley, Lewis Caroll, Tim Burton, Edvard Munch…   Ici, les monstres à affronter, pure projection de nos angoisses, sont façonnés par l’environnement urbain délétère, les conventions sociales, l’injonction de réussite, la solitude écrasante. En dévoilant les zones d’ombre et les failles de chacun, Charles Roux explore la monstruosité, celle qui effraie et masque en même temps la vulnérabilité. Il interroge l’identité, ce « je insaisissable si difficile à apprivoiser », de manière troublante.

Un roman dense, original, un peu déroutant parfois, qui distille une ambiance envoûtante. Un cabinet de curiosités littéraires à visiter sans hésiter. – Josiane Sydenier

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Un premier roman, c’est la promesse d’une rencontre, avec un auteur, un univers, une écriture. Parfois la rencontre ne se fait pas mais là, dès les premières pages, j’ai su qu’elle se ferait. Et elle s’est faite. J’ai été piégée par la mise en scène brillante de Charles Roux, par le mystère inquiétant qui émane de chaque phrase sans que jamais l’intérêt ou la tension narrative ne retombent sur près de 600 pages.

Tout le roman s’articule autour d’un repas dans un restaurant stupéfiant conçu comme un cabinet de curiosités et des rencontres qu’il en résulte. Un narrateur omniscient s’adresse à ses trois personnages, les interpelle, les prévient, prophétise. Tel un chef d’orchestre, il semble diriger chacun en l’associant à un pronom : David, golden boy volage est « tu », Alice la célibataire névrosée et seule est «  vous », Dominique le restaurateur magicien est « il ». le tout dans une atmosphère à la fois mystérieuse et oppressante : un Paris tentaculaire en proie aux angoisses depuis qu’un monstre invisible sévit et nourrit les fantasmes ; la nuit et ses pouvoirs libérateurs, entité quasi mystique qui pousse à se dévoiler et libère les instincts.

Trois personnages, trois voix, trois identités déchirées dont on partage les troubles au plus près. Chacun devra affronter son monstre intérieur, la part sauvage et inavoué qui est tapie au plus profond de lui. Comment devenir soi-même ? Charles Roux dépèce les multiples couches d’une identité sociale qui étouffe la plus profonde dans une société contemporaine décrite au vitriol. Il éjecte les filtres avec brio. Finis le moule, les postures, les chaînes imposées par un mode de vie aliénant et zombificateur.

Durant toute cette lecture, en apnée, on sent que l’auteur sait où il veut amener son lecteur. Et il le fait avec une liberté totale, étonnamment audacieuse pour un premier roman. L’écriture est étincelante, instinctive, entre urgence et improvisation, elle pousse littéralement les personnages dans leurs ultimes retranchements jusqu’à révéler ce qu’ils sont, sans fard. Elle est également très visuelle et laisse des empreintes fortes dans la tête et les rétines. Comme celle de ce golem de glaise sculpté par Alice dont l’image fantastique m’a accompagné durant toute la lecture.
Le monstre est vulnérable, empli de solitude, d’espoir, avide de voir transcender ses douleurs intérieures. Un premier roman très ambitieux et réellement bluffant. Souvent dérangeant dans le questionnement qu’il peut engendrer en poussant le lecteur à se confronter à son moi le plus profond par le truchement de personnages qui affrontent pour la première fois leurs tourments. – Marie-Laure Garnault

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Dans cette histoire, on va découvrir trois personnages, Alice,  David et Dominique, avec chacun son parcours et ses expériences. L’auteur les interpellera, il s’adressera à  Alice par le vous, à David par le tu et désignera Dominique par le il ou le elle.

A la nuit tombée, un monstre parcours la ville, tuant, pillant et détruisant  sans laisser de traces. Un mystérieux restaurant ouvre ses portes dans une ruelle obscure. L’heure d’un dîner-spectacle à nul autre pareil a sonné.

On va suivre chacun des protagonistes dans leur journée, et la façon dont ils vont se préparer, leurs hésitations, leurs décisions jusqu’à l’arrivée de ce fameux dîner.

Là  bien des choses se passeront ou pas ?

Au cour de ce dîner, ces trois personnages vont chercher à  découvrir qui ils sont vraiment. Pour ce faire, ils affrontent leur monstre intérieur, cette part sauvage qui réside à  l’intérieur de chacun de nous.

Ce roman interroge l’identité,  ce que nous sommes tous devenus, par le biais de notre environnement, de nos relations aux autres, des obligations sociales. Comment devenir réellement soi-même, voilà la question centrale qui anime Alice, David et Dominique tout au long de ce roman et peut-être chacun d’entre nous. C’est une exploration sublime de l’identité et de la vérité, de l’amour et du bonheur.

Y-a-t-il Un monstre qui sommeille en chacun de nous ? Quelle part d’ombre et de malfaisants se cache sous nos dehors innocents, insipides ou glorieux ?

Ce roman d’atmosphère nous conduit aux confins du sublime et du maléfique. – Hélène Grenier

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J’ai tourné un certain temps autour de ce livre (tout de même plus de 600 pages!) avant de me lancer. Sans raison particulières, j’avais le pressentiment qu’il n’allait pas me plaire. Sa couverture toute simple qui avait perdu son bandeau coloré ne m’attirait pas vraiment. Mais on ne fait pas repartir un livre des 68 sans l’avoir ouvert. Heureusement! Je me suis régalé avec ce premier roman énigmatique, inventif, inclassable, magique…

L’univers de Charles Roux est très particulier. Au fil de courts chapitres et de manière très habile, il entrecroise la vie de trois personnages qui ne se connaissent pas. Il s’adresse à Alice en la vouvoyant, c’est une enseignant quarantenaire, falote et mal dans sa peau. Il tutoie David, un cadre commercial du même âge prêt à tout pour réussir. Enfin il utilise le pronom « il » ou « elle » pour les chapitres consacrés à Dominique, l’étrange restaurateur, vieux monsieur où serveuse sexy, qui vit dans un incroyable musée personnel et utilise ses dons de sorcier(e) au profit de ses clients d’un soir. Pendant qu’un ou plusieurs monstres terrorisent la ville les trois personnages se retrouvent pour un dîner hors du commun ou la recherche de vérité est bien le plat principal. Chacun se demandant si ce n’est pas lui le monstre, ce dîner va leur apporter quelques vérités sur eux-même et nous obliger à nous poser des questions.

Une chose est certaine, Charles Roux a de l’imagination. Ce roman inclassable est un peu trop long, comme beaucoup de primo-romanciers, il a voulu y mettre un maximum d’idées. Il y a beaucoup de redites mais elles forment comme une petite musique.

Assurément un auteur à suivre. – Françoise Floride

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Lire également les chroniques de :

Claire Séjournet : https://lamarmottealunettes.wordpress.com/2021/02/17/les-monstres-charles-roux/

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/04/20/les-monstres/

Nicole Grundlinger : http://www.motspourmots.fr/2021/01/les-monstres-charles-roux.html

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/les-monstres-de-charles-roux-chez.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/-92

Le doorman – Madeleine Assas

« J’habite au vingt-deuxième et dernier étage. C’est mon refuge dans ce grand vaisseau du 10, Park Avenue. La métaphore maritime ne peut filer très loin puisque mon poste de vigie est en bas. Au vingt-deuxième étage, en haut du mât, je suis comme dans une coque, protégé et souverain. »

¯J’ai rêvé New York J’ai rêvé New York¯

¯J’ai rêvé New York¯

¯New York city sur Hudson… ¯

Si Yves Simon rêve, Ray, notre New Yorkais d’adoption ne se contente pas de rêver, il vit New York, il la goûte, la savoure, la déguste et invite pas la même occasion son lectorat à le suivre pour profiter de cette ville aux mille facettes.

C’est ainsi que, n’ayant jamais eu la chance de fouler le sol de la ville qui ne dort jamais, j’ai eu le bonheur de me mettre dans les pas du doorman pour désormais ne plus me perdre in « the Big Apple ». Et du Bronx à Brooklyn, de l’East river à l’Hudson, j’ai eu la chance de passer par un nombre considérable de rues, de visiter des quartiers connus du monde entier, de constater leur évolution, de côtoyer des petits commerces, des bars, des restaurants, d’user mes semelles dans la mythique Broadway (avec un petit regret : celui de n’avoir pas goûté à quelques nuits de jazz dans l’un de ses cabarets, ni d’avoir vibré au son du gospel à Harlem).

Et ce n’est pas une découverte brève que nous propose Madeleine Assas, non, elle nous emmène dans New York, le temps d’une vie, celle de Ray qui avait quitté Oran et fait ses adieux à ses proches, à sa terre natale, et jusqu’à sa nationalité pour revêtir la livrée du doorman et se fondre dans la ville. Doorman la nuit, citadin le jour avec quelques bons amis qui le mèneront à une connaissance approfondie de la ville, personnage sympathique sachant justifier ses choix, créant des liens avec les résidents du 10 Park avenue que l’on verra évoluer et vieillir tout comme notre héros, on notera d’ailleurs un changement dans la narration qui fera côtoyer un homme vieillissant, c’est superbe !

Je dois avouer que je n’étais pas très rassurée en ouvrant ce livre, craignant une certaine monotonie et un manque d’action et de cette attente qui nous mène au dénouement habituel. Rien de tout cela, au contraire, j’ai avalé ce roman en le dégustant comme un bon vin, moi qui ne connaissais que vaguement New York et ses « boroughs », New York et ses quartiers, ne les situant que difficilement les uns par rapport aux autres, j’ai bien progressé grâce à cet ouvrage.

Un conseil si comme moi vous découvrez la ville : munissez-vous d’un plan, la découverte n’en sera que plus enrichissante.

Si vous avez eu la chance de vous rendre à New York, vous y retournerez avec plaisir en vous plongeant dans ce merveilleux roman. – Roselyne Soufflet

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« New-York, tu la prends comme elle est mais tu la fais également tienne à ton arrivée : elle était différente avant, aussitôt après elle changera encore, et tout ce que tu écris sur elle vieillit immédiatement, l’encre n’a pas eu le temps de sécher que c’est déjà daté. C’est un instantané de quand tu y étais, ni plus ni moins. »  – Paolo Cognetti, Carnets de New York

« J’ai quitté ma jeunesse le 8 août 1961 quand – du pont du bateau, accroché au bastingage, résistant les poings serrés autour de la barre rouillée à la poussée des passagers agglutinés derrière moi qui se tendaient de tout leur chagrin, pour un ultime regard vers Oran, j’ai vu s’éloigner petit à petit dans la brume de chaleur, la coupole blanche de Santa Cruz. »

Pour son 1er roman, Le Doorman aux Éditions Actes Sud, la comédienne Madeleine Assas a choisi de donner la parole à Raymond dont nous faisons la connaissance alors qu’il est tout jeune garçon, à Oran où il vit seul avec sa mère depuis que son père a été raflé par les Français. Des amitiés d’enfance aux débuts de la guerre d’Algérie à l’arrivée des Américains, Raymond grandit, devient adulte avant d’embarquer pour la France, seul. Ce sera Marseille, puis Paris, ville qui tire en arrière et freine l’élan. New York, enfin. 

Si je décide de tourner assez vite les pages oranaises du roman, n’allez pas en déduire qu’elles manquent d’intérêt. J’ai tout de même l’intuition que Raymond n’est pas homme à se retourner volontiers sur un passé qu’il a laissé de l’autre côté de l’océan, en Algérie. La suite me dira, peut-être, que je me trompe.

« Ne plus avoir de famille était un grand soulagement, une immense liberté. »

Profitons donc nous aussi de cette liberté pour abandonner Raymond et mettre nos pas dans ceux de Ray, à New York.

« Je laisserai bientôt ces lambeaux de vieille Europe, moi Raymond de trente ans, déjà vieux d’errances, de chagrins, pour m’inventer Ray tout neuf. »

Une 2e naissance à 30 ans que rend possible cette ville « sacrément, salement et merveilleusement humaine. […] brutale, dure, âpre, hautaine. »Ray est un vrai New Yorkais, comprenez un immigré qui gardera toujours la trace de là d’où il vient. 

Dans cette ville où le fantasme le dispute à la réalité, après avoir vécu de petits boulots, Ray est devenu doorman au 10 Park Avenue, l’une des adresses les plus huppées de l’Upper East Side au centre de Manhattan. Son emploi et son studio exigu au 22e et dernier étage, il les doit à la gigantesque panne d’électricité qui a paralysé la ville le 9 novembre 1965 et à Hannah Belamitz, sa bienfaitrice et l’une des résidents de cet immeuble cossu où tout est soumis à l’approbation du board.

« Je suis frappé par la familiarité que cette femme me témoigne. […] elle est la seule avec qui, même aux portes de l’immeuble, j’oublie que je suis le doorman, et à son service en quelque sorte. »

Les chapitres racontent trois temps – le passé des souvenirs oranais, la vie dans le macrocosme new yorkais et celle du microcosme du 10 Park Avenue – que Madeleine Assas tisse ensemble pour offrir à la simplicité apparente de l’histoire une trame ambitieuse et dense. Le maillage des récits, leur porosité, font écho au quadrillage de la ville dont

« [l]a géométrie, les lignes droites et les angles constituaient une trame qui permettait une anarchie de créations complexes et ciselées qui, mises bout à bout, superposées, juxtaposées, sculptaient l’écheveau magnifique d’une humanité flamboyante. »

Le dynamisme de la construction narrative vient en contrepoint d’un récit à la lenteur contemplative, celui d’une déambulation dans cette ville qui, comme Ray souvent de service la nuit, ne dort jamais. 

Le Doorman raconte des rencontres éphémères

« Les rencontres étaient faciles à New York, le contact simple, immédiat. Mais je restais profondément européen, français, dans mon comportement. J’abordais les autres avec timidité, une réserve polie, presque sauvage à l’étalon de la cordialité américaine, directe et bruyante. »

ou, à l’opposé, des amitiés au long cours, dont la rareté fait le prix. Celle de Bentzion, de Claudius ou encore de Salah Waahli, guide hors pair, avec qui Ray aime arpenter les pavés new yorkais et s’abandonner au hasard des rues :

« Quand je ne travaille pas, je marche, je marche. New York c’est le monde, c’est chez moi et c’est une terre étrangère, les territoires, les peuples, tous différents. » 

C’est Salah qui le dit, ce pourrait tout aussi bien être Ray, ou vous, ou moi, tant ne pas marcher dans New York est un non-sens.

Le Doorman est une déambulation new yorkaise qu’accompagnent quelques femmes, celles qui restent à peine quelques semaines, quelques mois ou Holly qui jettera l’éponge au bout de 3 ans. Sans oublier quelques amies de toujours, telle Alma que Ray a connue alors qu’elle n’était qu’une enfant du 10 Park Avenue.

Le Doorman est traversé de manière éphémère par les vies que Ray invente aux passants qui vont et viennent au-delà du dais ou à ceux croisés au gré de ses errances de Chinatown à Central Park et, plus durablement, par celles des résidents du 10 Park Avenue qu’il sert avec une discrétion et une prévenance exemplaires. Le portier n’est-il pas aussi un veilleur ?

Pourtant, malgré les amitiés sincères et l’effervescence de la ville, ce roman dit sans conteste une solitude

« Quand, peu à peu, moi et New York était devenu New York et moi, j’ai senti que, sujet minuscule avalé par le monstre, il me fallait respirer, prendre des pauses. J’ai compris que si je ne voulais pas être digéré par l’énergie colossale de la ville et rejeté comme un débris par sa mécanique sans pitié, je devais me construire, ou plus exactement, me reconstruire. »

qui se frotte à d’autres solitudes, le temps de s’y réchauffer. D’ailleurs, quand ils ne sont plus là, qu’ils soient partis ou morts, les amis ne sont guère remplacés, tout au plus de nouveaux résidents, plus jeunes, viennent poser leurs cartons dans l’appartement qu’un déménagement ou un décès a libéré.

Le Doorman consigne aussi la transformation d’une ville qui se confond avec celle de Ray : New York, l’autre personnage principal du roman. Au fil de 4 décennies, nous la voyons entamer sa mue. Du marasme des années 1970-1980, celles de Times Square en temple de la pornographie et du nombre scandaleux de homeless, à la salubrité revendiquée des années 1990 sous la mandature de Rudy Giuliani.

« Vue du ciel, New York était confiante, inoffensive, d’une désarmante insouciance. Je ressentis tout à coup sa vulnérabilité poignante »

Vulnérabilité que le 11-septembre vient confirmer.

Le chaos au-dehors met alors en lumière le champ de ruines intimes qu’est la vie de Ray. Lui toujours prompt à balancer entre deux états incompatibles

« […] J’étais euphorique et malheureux. Plein d’espoir et sans illusion. »

prend soudain conscience qu’un changement doit advenir et qu’il lui appartient. Ce sera le retour vers sa terre natale, à 70 ans.

« À New York j’étais chez moi. Ici c’était chez moi. New York m’appartenait mais j’appartenais à cette terre d’Afrique, j’étais son enfant. »

Madeleine Assas a écrit ce roman comme un album d’instantanés que j’ai pris plaisir à feuilleter. Je ne voudrais pas clore ce billet sans parler de la douceur délicate de son écriture qui baigne ces vignettes d’une mélancolie palpable et fait du Doorman un moment de lecture hors du temps. Un adage dit que pour qui sait regarder, l’étonnement naît des choses les plus simples. Il en va ainsi des histoires ; les idées les plus simples font souvent les meilleurs romans. Et quand l’un d’eux m’offre une parenthèse de quelques heures en bonne compagnie à New York, ville dont Madeleine Assas a saisi toute l’ambivalence, et qui me manque, je ne boude pas mon plaisir. Vous ne devriez pas bouder le vôtre. – Christine Casempoure

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Des années 60 à 2002 l’auteur nous fait vivre New York en compagnie de Ray, jeune juif originaire d’Oran, qui fuit la guerre d’Algérie et ses drames.

Ray occupe cet emploi de « doorman » qui m’a d’abord fait penser au livre de JP Dubois « tous les hommes n’habitent pas le monde… » mais, finalement, dans un immeuble chic de Park avenue à Manhattan, l’emploi occupé par le héros de JP Dubois serait celui de superintendant. Ray est doorman, n’en éprouve aucun complexe et n’a aucune ambition professionnelle.

Il s’entend bien avec tous ses collègues, a un regard bienveillant bien que non dénué d’humour sur les occupants de l’immeuble sur lesquels sa fonction lui intime de veiller.

Pendant ses jours de congés il arpente New York avec son ami Salah, jeune palestinien émigré comme lui, puis seul, après le départ de Salah pour Israël.

Ces déambulations sont l’occasion pour l’autrice de nous faire découvrir New York. J’ai lu le livre un plan à portée de main, pour me représenter leurs destinations, car je ne connais pas la ville de New York. Cela m’a passionnée.

Ray est un personnage simple, intelligent, ouvert qui décrit sa vie, et dans des chapitres dédiés de 1 à 9 les évènements graves ou minuscules qui arrivent durant ses heures de service. Ce sont aussi bien le départ au Viet Nam d’un officier qui y trouvera la mort, qu’un accident spectaculaire qui envoie un poids lourd dans la devanture de l’immeuble, sans dommage corporel.

Grâce à ce livre nous voyageons dans le monde intérieur de Ray comme dans le New York de ces années là et c’est un vrai bonheur. – Marie-Hélène Poirson

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Je vous présente Raymond. Mais ne l’appelez pas comme ça, il préfère Ray. Il est né en Algérie, à Oran, mais sa ville de cœur est New York. Quand il débarque dans ce nouveau monde, il tombe sous le charme de ses rues, de son énergie et il arpentera pendant le reste de sa vie les quartiers New Yorkais. Suivez-le, c’est un voyage extraordinaire…

En ces périodes où se mouvoir hors de son petit périmètre est malheureusement compromis, se glisser sous un plaid avec ce premier roman en mains est gage de voyage…
Et pas n’importe où !! Que vous connaissiez ou non cette ville-monde qu’est New York, la lecture et le dépaysement sont fabuleux.

Bien sûr, tout tient dans les yeux et l’âme de Ray. Cet homme solitaire et généreux a appris, tout au long de ses longues années en tant que doorman d’un grand immeuble de Park Avenue, a être discret et chaleureux. Il sait où est sa place, sans trop en faire, sans condescendance. Il nous entraîne avec lui, nous laissant toute la liberté de nous émerveiller…

Merci Ray… merci pour cette balade poétique et tendre. Merci pour ces mots qui adoucissent et illuminent un quotidien parfois un peu gris. Et merci de nous laisser espérer qu’un ailleurs existe encore…

A la fine équipe des 68, merci pour cette découverte dépaysante et apaisante ! – Audrey Lire & Vous

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Raymond, jeune juif et pied-noir a fuit Oran et la guerre pour s’envoler pour New-York. Il est devenu Ray! Il a tiré un trait sur son passé et après quelques petits boulots, il va avoir l’occasion de devenir doorman, portier, dans un immeuble de Park Avenue. Avec son uniforme, un autre monde s’ouvre à lui et à nous, tout au long de ses quarante années de fonction, il va accompagner les résidents, créant des liens avec certains. J’ai vraiment apprécié les passages où Ray était en activité et rencontrer les résidents de l’immeuble ou les gens de passage dont certains ont marqué la vie du portier.

Ray est certes le personnage principal mais New-York est au cœur de sa vie et de ce livre. Madeleine Assas nous propose une immersion dans la mégalopole, nous allons comme Ray flâner à travers les avenues et découvrir tous ces quartiers et leurs évolutions. Quarante ans de déambulations et de rencontres nous sont contées de manière très agréable. Avec le doorman, on embarque pour une promenade lente à travers la ville.

En parallèle de sa nouvelle vie, l’autrice nous ramène dans le passé en nous faisant découvrir la jeunesse de Ray avant son émigration. La jeunesse de Ray est aussi très intéressante, un condensé de l’histoire d’Algérie. Sa famille aura été marquée par la seconde guerre mondiale puis par la guerre d’Algérie, eux les pieds-noirs juifs, je vous laisse imaginer… Les souvenirs de l’homme sont riches et intenses. Ces parties m’ont transportée.

Une lecture à prendre comme une balade, quelques évènements parsèment le récit mais en allant à la rencontre du doorman c’est principalement New-York que vous découvrirez. Pour cela j’ai eu un peu de mal à m’imprégner de ma lecture mais je ne regrette pas d’avoir persévéré d’autant que les dernières pages sont vraiment intenses! – Julie Campagna

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Le doorman, c’est quarante ans de la vie de New-York, entre le point fixe du 10 Park Avenue et les déambulations à la découverte de la diversité de la ville. Diversité des quartiers, qui sont autant de villages avec une identité propre, et diversité temporelle, qui modifie les murs et les populations.

Il a fait partie des migrants algériens qui ont laissé derrière eux biens et familles. Après un court passage en France, c’est l’Amérique qui l’accueilli, et une belle rencontre lui vaudra cet emploi de portier, sur la grande avenue.  Un poste en or pour cet observateur discret, qui n’ignore rien des histoires qui s’écrivent derrière les portes des quarante étages de la tour.

Malgré la force de l’amitié qui le lie à Salah, son compagnon de marche, il est seul, sans le regretter, peut-être en raison des liens solides que les confidences de résidents ont créés.

Ce roman est aussi celui de cette ville, si démesurée et si cosmopolite, et qui pourtant se décline en une multitude de villages où quiconque peut se sentir à la maison. Little Italy, que grignote peu à peu Chinatown, Harlem, Roosevelt Island, Staten Island, autant de sites si différents les uns des autres. 

Les années passant, surgit la crainte de voir écrit une fois de plus l’effroyable agression qui a terrassé la ville. 2001, et la fin du colosse aux pieds d’argile comme  le dit la chanson.

C’est un très bon moment de lecture, parce que j’aime cette ville de tous les excès, mais aussi parce que la discrétion et le sens de l’observation du narrateur font de ce premier roman un voyage plaisant. – Chantal Yvenou

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Un premier roman qui nous immerge dans la ville de New-York grâce à  son doorman ou portier. Durant quarante ans, donc une bonne partie de la vie de Ray, sous nos yeux vont défilés ces images de New-York.  Ray qui arrive à Ellis Island vers les années 1970 et son séjour durera jusqu’en 2002 à peu près.  Avec lui, nous allons vibrer dans cette ville et la sillonner en compagnie de son ami Salah ou au gré de ses rencontres. Ray arrive d’Oran après être passé par la France. C’est le quotidien d’un doorman, à New-York dans un immeuble de standing qui nous est conté.

Auparavant, il a travaillé dans la poissonnerie, puis à trouvé un autre emploi à Manhattan et par une rencontre fortuite avec une résidente qu’il obtient sa place au 10 Park Avenue et son logement.

Ray va bien s’intégrer à  cette nouvelle vie. Au fur et à mesure,  il connaîtra les résidents, du plus ancien au tout nouveau qui vient d’emménager, ainsi que les invisibles et ceux plus proche. Il en verra partir, d’autres qu’il suivra dès leur jeunesse jusqu’à leur vie d’adulte.  Les résidents respectent le doorman et certains s’attachent à lui. Le reste du temps, il marche et nous fait visiter la ville  de long en large et en travers. Ray nous conte mille et une anecdotes qui jalonnent ce récit et qui sont amusantes et surprenantes. L’auteure nous fait découvrir sa vie : La perte de ses parents, les histoires de sa mère quand il était à Oran.

Par bribes, Ray va nous faire visiter New-York de la construction des tours jumelles jusqu’à leurs destructions en 2001. La ville qui va évoluer et se moderniser.

C’est une histoire humaine et à  la fois, il est agréable de déambuler dans New-York avec Ray qui nous fait découvrir cette immense mégalopole.

J’ai été très attirée par cette couverture avec ses couleurs oranges et grises. – Hélène Grenier

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« L’idée d’appartenir au même ensemble, comme une famille, de voir, saluer les mêmes personnes, jour après jour, leur apporter mon aide, nuit après nuit, me rassure. Je vois les visages familiers se transformer, changer, vivre. Je devine les agacements, les soulagements. A ma place, je suis à la fois dedans et dehors. Même à la porte, j’appartiens à une communauté. Je dirige l’entrée et la sortie et je partage les moments fragiles de chacun, ces transitions où l’intime affleure, quant on n’est pas encore dehors et quand, au retour, pas tout à fait revenu, les pans de la journée bonne ou mauvaise, de la soirée réussie ou calamiteuse, flottent encore autour du sourire ou du pli amer de la bouche. »

Quel savoureux voyage que la lecture de ce roman ! Quelle fut jolie cette rencontre avec Ray, doorman de son état au 10 Park avenue à New York ! Des années 60 au début de notre siècle, Ray nous guide au gré des blocks de la métropole, des quartiers les plus visités aux recoins les moins connus, entre insolite et inévitable repère. Ray immigre à New York en quittant la France après avoir été exilé de  l’Algérie. De débrouilles en petits boulots, une rencontre, une essentielle, lui offre une place, un poste de Doorman pour une communauté de résidents au sein d’un building, lequel lui donnera aussi un nouveau toit. Doorman, l’homme à la présence discrète mais indéfectible, à la marge entre vie sociale et vie privée, il observe, devine, entend mais ne divulgue rien et dissimule tout. Fonction d’invisibilité qu’épouse parfaitement Ray : sobriété du rôle, entre connivence et confidence, complicité de ce qui se comprend mais ne se dit pas, pudeur des partages silencieux.

Avec Ray en guide, l’auteur nous raconte des parcours, le sien et ceux des amis, des copains,  d’immigrés d’Europe et d’ailleurs, dans ce territoire où s’érigent tous les possibles, terre d’accueil intraitable, aussi généreuse que cruelle. Les splendeurs d’une mégalopole qui brille le succès et l’argent, les prône en étendards, les revendique en seuls objectifs et les misères à peine dissimulées des ghettos, enclaves, poches de survie des rues, des métros et des ponts à l’ombre des gratte-ciels dorés. Ville à l’énergie électrisante, les paradoxes et les excès en chaos architectural, cosmopolite mais symbole de la puissance américaine, New York se déplie, s’étire, tentaculaire, circulaire mais infinie, bouillonnante d’un mouvement incessant dont il faut être, quoiqu’il arrive.

 « On venait à New York du monde entier pour ne pas mourir, mais la mort n’était jamais si proche que dans ces rues délaissées de Downtown, comme au pied des buildings impressionnants de beauté des quartiers riches. Il fallait marcher, avancer, pour s’en éloigner, pour la tenir loin de soi. Surtout ne pas fléchir, continuer quels que soient les sacrifices, la fatigue, les humiliations. La force de la ville, c’était cette marche en avant commune, marche perpétuelle, harassante, inéluctable. Les fondations vieillissaient, craquaient, pourrissaient, mais à la surface, il fallait que ça brille, que ça s’élève, s’étire, grandisse, encore et encore. »

Ray arpente la ville comme on découvre un pays, avec l’assiduité d’un nouveau qui désire faire sa place, la curiosité et l’enthousiasme d’un enfant, l’acuité du poète qui trouve le beau derrière le béton, le courage et l’humilité de l’arrivant au cœur blessé mais désireux et fier, déjà, de fouler un ailleurs et de s’y implanter.  Ray déambule, randonne, avale des kilomètres, souvent avec son ami Salah ; parfois s’arrête dans la boutique de Bentzion, partage un repas et palabre sur la vie. Il y a les collègues, les amitiés d’une nuit, dans un pub au détour d’un orage, les amours, entre réconforts et promesses de bonheur même impossible, les inattendus et les résidents du 10 Park Avenue. Familles, célibataires, grincheux, sympathiques, un ange gardien : au gré des déménagements, des tumultes, des fêtes, accidents et années, un microcosme, tout un monde dans le monde et au milieu une enfant, Alma, qui embarque dans sa vie Ray.

L’écriture se fond, se confond avec Ray et sa fonction de Doorman : fluide, elle nous accompagne et nous soutient sans emphase. Elle nous voyage au cœur d’une grosse pomme, la décrit son évolution au fil du temps avec objectivité, sans faux-semblant, et ne juge pas. C’est si doux d’être ainsi bercé par une langue où rien n’est forcé et tout est porteur : authentique, poétique et pertinente, elle respecte le lecteur et s’efface pour lui donner à voir et à ressentir. Elle nous conte une trajectoire en glissant le long de phrases, où chaque mot a sa place, de la mélancolie douce, de la tendresse, la rencontre de l’Autre, sans démonstration, sans explication : c’est incarné. Histoire d’une vie.

 Ray est le garant d’un édifice, du refuge où se recroqueville chacun après avoir affronté l’extérieur, les autres et les défis. Ray ouvre les portes à qui revient au chaud et à qui se lance, construit, ose.  Il est entre le dedans et le dehors, le passeur de la frontière, la figure familière qu’on est content d’apercevoir pour se donner du courage ou souffler de soulagement. Il a trouvé là sa place, laquelle résonne si juste avec cette existence « là sans y être », sur le fil, au pas de la porte… Ray ne bâtit pas de famille, n’élabore pas de projet, ne formule pas de vœux, ni de rêve mais dans sa parole raisonnée, sincère et généreuse donne un repère, une sécurité et ainsi aide parfois quelques-uns à faire et baliser un chemin.

 Ray a du fuir le pays de son enfance, y a perdu ses ancrages et dès lors semble avoir mené son existence en clandestin au milieu de foule de personnes : présent à la vie des autres et absent à la sienne, non replié mais  en retrait, campé ou marcheur, il se faufile droit, fiable, explore un monde et partage par procuration les vécus multiples. Fonction d’invisibilité….Sans nul doute plus new yorkais que nombreux natifs n’ayant jamais dépassé les frontières des beaux quartiers, il évolue dans la discrétion de ces hommes de l’ombre, la pudeur et l’élégance en bandoulière, la bienveillance et le respect dans les poches, sans plus d’illusion aucune, qui sait la fragilité de la vie, la résistance des chagrins mis sous silence et qu’il n’est pas aisé de s’enraciner dans un ailleurs quand on a été mis hors de son ici. Croiser Ray dans cette lecture a été source d’un réel réconfort. – Karine Le Nagard

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Dans « le doorman », New-York (où se passe le roman) et Ray, le héros, sont indissolublement liées. La ville-monde où près de 40% des habitant.e.s n’ont pas la nationalité américaine a accueilli le jeune immigré oranais fuyant la guerre d’Algérie et l’a gardé. Il y est devenu portier d’un bel immeuble dans un beau quartier de Manhattan.

Tout au long des presque 50 ans du récit, Ray s’approprie la ville et apprend à vivre au milieu de cette immensité urbaine depuis son point d’ancrage : ce 10 Park Avenue où il travaille et où il vit, nouant des amitiés indestructibles avec toutes sortes de personnes habitant l’immeuble et ses alentours.

J’ai beaucoup aimé ce livre à l’écriture délicate, que j’ai lu avec une carte de New-York à portée de main, pour suivre les parcours de Ray à travers les quartiers de la ville et retrouver dans ses pérégrinations et ses pensées un peu de cette ville que j’aime tant. – Marianne Le Roux Briet

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Si vous avez envie de voyager, délectez vous de ces très belles pages.

Madeleine Assas raconte un exil, une ville.

C’est l’histoire de Raymond (Ray) immigré algérien d’origine espagnole juive, qui, derrière son uniforme de doorman qu’il a revêtu pendant 40 ans, va se construire une nouvelle identité sur cette terre de tous les possibles.

Contemplatif, sensible, il va se nourrir des liens qu’il va créer avec les habitants de la copropriété mais également des quartiers de cette ville magistrale, New York, dans laquelle il va déambuler au côté de son ami Salah.

C’est élégant, humain, doux… Ça fait du bien !!! – Alexandra Lahcène

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Au travers de la vie d’un homme, sont abordés, avec finesse et sensibilité, les liens et l’histoire que l’on reçoit et que l’on crée.

La famille est-elle celle du sang ou celle du cœur? 

Qui sommes-nous sans nos familles? Que reste t’il de nous quand on les perd?

Madeleine Assas aborde aussi les difficultés liées à l’identité, la vieillesse, la pauvreté et le vivre ensemble.

Elle le fait avec douceur, sans heurts et ça fait du bien.

Ce roman a été pour moi un refuge.

Madeleine Assas, je crois, nous dit que l’ouverture de cœur, lorsqu’elle est partagée et sans contrainte, est le semis d’un bonheur simple mais vrai. Et c’est ce qui compte. – Stéphanie Justin

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Raymond a quitté Oran pour Marseille puis pour New York  en 1962. Il a fait parti des ces gens arrachés a leur pays et leur enfance pour des raisons politiques.

Il avait déjà perdu son père peu de temps avant, il va perdre sa mère qui n’a pas voulu quitté l’Algérie bouleversée et qui va disparaitre durant les jours les plus sombres

Sans plus aucune attache il va arriver à New York pour faire sa vie comme tant d’autre avant lui.

Il va trouver des amis, un emploi, un logement et il sera pendant 40 ans un des doormans du 10 Park Avenue.

Avec son ami Salah ils vont découvrir la ville à pied  quartier par quartier, avec Alma une des enfants qu’il voit grandir au 10 Park avenue et à laquelle il s’est attaché, il vit une paternité par procuration, peu d’aventures amoureuses sans trop savoir pourquoi, une vie assez solitaire.

Un très beau roman sur la ville, sur la solitude. Un vrai questionnement sur les racines, les lieux qui nous construisent parfois plus encore que les proches qui nous entourent.

Parfois mélancolique mais jamais triste ou sinistre. – Emmanuelle Coutant

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Un très beau texte qui nous entraîne dans New York City.
Depuis 1965 à 2002, le narrateur, Ray, Raymod nous parle de sa vie de doorman. Il a quitté Oran, lors de l’indépendance et après quelques mois à Marseille, a décidé de vivre à NYC. Après quelques petits jobs, il devient doorman dans un immeuble de Park avenue. le doorman est le portier d’un building, avec un beau uniforme mais qui est discret, presque transparent. D’ailleurs, Ray est un homme discret, transparent dans cette ville foisonnante. Lui a une vie tranquille. Il va nous raconter sa vie, professionnelle, personnelle. Il parle de la vie des habitants de cet immeuble, qui va devenir une sorte de famille pour lui. Hannah B qui lui a proposé ce job et aussi l’appartement au dernier étage où il va vivre de nombreuses années. La petite Alma, qu’il a connu petit fille quand son père militaire est mort à la guerre, qui est devenue une adolescente, puis une jeune fille mais qui est restée toujours fidèle au doorman, une sorte de tonton pour elle, confident de sa vie et qui va lui offrir un jour un superbe voyage en hélicoptère au dessus de la Ville.
Car la ville est est une personnage à part entière dans ce premier roman. Ray la découvre en déambulant avec un de ses amis, Salah, d’origine palestinienne, étudiant en cinéma qu’il a rencontré un soir dans un restaurant. Ils vont tous les deux nous entraîner dans les rues de cette ville, qui se transforme, que les quartiers ont chacun leur particularité. de belles pages de balades dans les rues, à pied, Je suis allée à NYC et ai aimé retrouver ces rues, ces quartiers, l’histoire de cette ville.
Un beau texte pour nous raconter la vie d’un homme, solitaire, transparent et son emploi va nous permettre de rencontrer plusieurs habitants de cette ville.
J’avais déjà lu des textes qui avait pris comme décor un appartement, ce qui permet de raconter une ville et différents habitants : « tous les hommes n’habitent pas le monde » de JP Dubois, beautiful boy de Tom Barbash (habitant du Dakota à NYC), l’immeuble Yacoubian de Alaa El Awany. C’est très romanesque comme base et permet de découvrir la vie des habitants et la vie de la ville décrite.
Un premier roman que je conseille et qui en ces périodes nous console un peu de ne pas pouvoir voyager ou prévoir de voyager. Tellement hâte de repartir et pourquoi pas retrouver NYC. – Catherine Airaud

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Au 10 Park Avenue  se dresse un immeuble d’habitation, autrefois hôtel cossu, aujourd’hui transformé en logements hétéroclites à l’image de ses occupants. Un homme incontournable, discret, ponctuel, toujours présent, orchestre les va-et-vient de chacun : le Doorman. A l’intérieur, à l’extérieur, affable, il est celui qui accueille, observe avec attention, converse aimablement. C’est Ray, respectueux et fier de sa fonction, prévenant et professionnel. Il n’est pas d’ici : » J’avais besoin d’une terre violente. Puissante et chaleureuse aussi. L’Amérique était cette terre promise.  » Il marche, il avance et New York l’accroche, l’enrobe, le reconnaît. La ville l’adopte et il adopte la ville. C’est une connexion profondément intense. Il y puise regards, amitiés, amours, rencontres.

C’est un livre qui se savoure à petites gorgées. Le lecteur va déambuler au fil des pages, des rues, des années et des souvenirs. Cet accompagnement se fait avec douceur et tendresse, dans l’ombre de cet homme au rythme de ses pas et de ses partages: « Un pied dans la ville et un autre encore là-bas, de l’autre côté de l’océan ».

Oran, Marseille, New York : « La nouveauté me rendait neuf, l’inédit me renvoyait l’image d’un autre moi, plus sensible, plus intelligent et plus courageux ».

Une dignité d’homme. Un régal de lecture. – Corinne Tartare

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Je viens de terminer la lecture de ce premier roman absolument étonnant,  véritable déclaration d’amour à la ville de New-York.
Une longue et plaisante promenade pédestre pour arpenter la ville dans tous les sens à la découverte de tous ses quartiers sur les pas d’un homme terriblement attachant,  Ray doorman de nuit d’un bel immeuble de caractère de 22 étages au 10 Park Avenue à Manhattan, où il réside également dans un studio appartenant à celle qui lui a procuré son job, transformant alors sa vie pour les décennies à venir.
Arrivé d’Oran en 1965, il n’aura de cesse de parcourir pendant près de 40 ans cette ville immense et trépidante dont on dit qu’elle ne dort jamais. Solitaire, mais fidèle aux rares amis qu’il s’est fait, il partage ses déambulations avec Salah, amoureux comme lui de la ville, apprenti cinéaste en perpétuel repérage. Des réflexions sur la vie, la famille ou l’amitié, des anecdotes de sa vie au travail dans l’immeuble alternent avec les promenades dans la ville. Ce sont toujours des observations fines et bienveillantes sur les résidents,  qu’il finit par connaître bien plus sans doute qu’ils ne l’imaginent. Des relations se nouent, certaines très fortes comme avec Alma que Ray voit grandir…

J’ai beaucoup aimé mettre mes pas dans les siens  au rythme d’une jolie prose servie par une plume fluide, un sens aigu de l’observation et une grande finesse. Une immersion totale avec des flashs de souvenirs personnels surgissant au détour d’une phrase.  La dernière page tournée,  j’ai feuilleté l’album de notre séjour en avril 2017 avec nostalgie et plaisir.

À lire si vous aimez déjà New-York. A lire si cette ville vous fait rêver sans y être allé.
À lire pour voyager immobile.
À lire parce que c’est un très beau roman. – Catherine Dufau

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Aout 1962, Ray quitte Oran, seule alternative selon lui. Il y laisse sa mère seule, qui elle refuse de partir d’Algérie. Un deuxième abandon après celui du père de Ray vingts an auparavant. 
Ray ne s’éternise pas à Marseille, il part à la conquête de New-York pour se reconstruire et construire sa vie à son propre rythme.Il occupera le poste de Doorman, dans un immeuble résidentiel de Park Avenue.
Au fil de la lecture des 400 pages de ce premier roman très original, Ray nous entraîne dans une visite très agréable de cette ville qu’il découvre et qu’il apprend à aimer via des lieux, ses rencontres, et la réalisation de ses envies. Tout en réserve, comme le Doorman qu’il est, sans trop s’attacher et en toute liberté.
Une déambulation new-yorkaise un peu longue mais très plaisante ! – Anne-Claire Guisard

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Quelle belle promenade dans les rues de New-York avec Le Doorman, premier roman de Madeleine Assas! Pendant une quarantaine d’années nous suivons Raymond, l’Oranais pied-noir, qui a dû quitter en 1962 l’Algérie et qui est devenu Ray, portier d’un bel immeuble de Park Avenue. C’est un solitaire, pas de compagne, pas d’enfant, qui trace son chemin dans la grande ville avec seulement 2 ou 3 véritables amis qui lui tiennent lieu de famille.

D’une écriture poétique au son juste, Madeleine Assas nous raconte, au gré des quartiers pauvres ou riches, des anecdotes sur les New-Yorkais, tous émigrés de plus ou moins fraîche date. Son récit tendre et nostalgique est la chronique des occupants du 10 Park Avenue et de toute la ville, loin des milliardaires, des stars et de la jet set. Il ressemble à du vécu et suit l’évolution de la ville sur plusieurs décennies. Ray est émouvant dans sa solitude, il est aussi pudique et ne se livre que par petites touches. Il ne se passe pas grand-chose dans le récit de Madeleine Assas et pourtant j’aurais bien continuer à arpenter les rues de New-York avec Ray pendant 375 autres pages.

Madeleine Assas donne une furieuse envie de se promener au hasard des rues d’un New-York sans Covid. Il est certain que, si j’y retourne, le souvenir du Doorman m’y accompagnera.

Une auteur à suivre. Je suis très curieuse de son prochain roman. – Françoise Floride

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Ray est le Doorman du 10 Park avenue, à Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’Algérie dans les années 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis à Paris.

Après un emploi particulièrement pénible à décharger le poisson au marché, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vêtu de son bel uniforme à boutons dorés.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des années 70 jusqu’à effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres découvre la vie des quartiers, de Little Italy à Chinatown, du Lower East Side à TriBeCa, de Harlem à Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait découvrir par son regard. Les commerces, les cafés et les restaurants, les bars et leurs habitués, rien ne lui échappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, déambule avec lui et voit l’évolution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rêver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. Même si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissé la place aux pas plus hésitants du sexagénaire, son regard est toujours aussi affûté et empathique envers ses congénères, d’un côté ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il côtoie lorsqu’il revêt son habit de Doorman.

Je suis allée la première fois à New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui débarquait là-bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un côté irréel et festif. J’y suis retournée depuis à maintes reprises. J’ai retrouvé dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus récentes de mes dernières visites. Cette différence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beauté des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le coté vieillot et archaïque du métro ou de certaines boutiques par exemple. Le réservoirs d’eau sur les toits des buildings, les écureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressés de Wall Street, les touristes émerveillés de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si différents qui font pourtant l’unité de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mêlent pas. Enfin, Ray a réveillé en moi le sentiment fort et l’émotion qui m’avaient saisie en entrant à Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rêve américain au fil des décennies.

Quand un roman éveille autant de souvenirs et d’émotions, c’est sans doute qu’il a atteint son but. – Dominique Sudre

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Il marche. Raymond est originaire d’Oran qu’il a quitté au moment des « événements » comme on nommait alors la guerre d’indépendance de l’Algérie. Il est devenu Ray depuis son arrivée aux Etats-Unis, et il marche donc, tous les jours ou presque, et parcourt sans relâche les rues de New-York, d’abord accompagné par son ami Salah, puis seul, après le départ de celui-ci. D’abord employé au marché aux poissons, il a obtenu un poste de portier dans une résidence de luxe au 10, Park Avenue. Tout en restant professionnel dans son uniforme aux galons dorés, il a noué des liens avec quelques-uns des occupants de l’immeuble qui semblent avoir une grande estime pour cet homme discret et efficace. Sous ses yeux se déroulent quarante ans de vie urbaine, dans le microcosme de la résidence, ou dans les menus incidents de son existence, avec ses relations amoureuses, ou dans le macrocosme de la ville, où Ray note les changements dans les comportements et les modes vestimentaires, ou les quartiers qui se transforment. Et puis, alors que s’approche la retraite, il y a l’attentat du 11 septembre 2001, qui n’est pas nommé, les personnages familiers qui disparaissent, c’est l’heure de quitter New-York.

Cette fresque new-yorkaise aurait pu être longuette et sans surprise, il n’en est rien. A travers ce long voyage dans l’espace et dans le temps que nous fait faire l’auteur, qui semble connaître la ville comme Ray la liste des occupants du 10, Park Avenue, sont abordées les thématiques de l’exil, de l’amitié, de l’urbanisme, et aussi une belle galerie de personnages, à commencer par le protagoniste, observateur discret et plein de résilience, et guide merveilleux de cette ville qui, dit-on, ne dort jamais. – Emmanuelle Bastien

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Ce roman, c’est l’histoire d’un homme et d’une ville.

Ray est arrivé aux Etats-Unis dans les années 60. Juif algérien, il a quitté Oran et après un court passage en France, s’est envolé pour les Etats-Unis. Arrivé à New York, il vit de petits boulots jusqu’à ce qu’on lui propose un job de portier dans un immeuble cossu de Park Avenue. Pendant 40 ans, Ray observe la vie des habitants de l’immeuble et la ville qu’il arpente infatigablement.

Les grandes villes ça ne m’attire pas du tout, ça m’oppresse. Je ressens plus d’angoisse que de fascination devant le gigantisme d’une ville comme New York. Tant de monde, tant de bruits,… Mais Ray nous prend pas la main, rassurant, sympathique, humain. Il nous invite à une longue promenade à travers la ville, nous racontant ses anecdotes, ses quartiers, ses habitants, les changements au cours des années. Jusqu’à l’année terrible…

Ray nous fait découvrir l’immensité de la ville, mais aussi l’univers clos et rassurant de l’immeuble. Les portes à tambour gardées par des portiers, le hall magnifique et le comptoir de bois devant les anciens casiers à clés datant de l’époque où l’immeuble était un hôtel, le registre des invités autorisés, les ascenseurs, les couloirs moquettés, l’ancienne salle de bal à l’abandon, les appartements, les studios sous les toits, la terrasse avec une vue imprenable. Un univers hors du temps… 

Mais il n’est pas question que de lieux au contraire, l’humanité est au cœur de tout. Ray est un solitaire, jamais marié, pas de famille, mais il a des amis. Salah, son partenaire de promenades, Bentzion, qu’il retrouve au diner ou Alma, la petite fille qui grandit sous ses yeux. Il y a les habitants de l’immeuble et les collègues de travail, les rencontres de hasard et les anecdotes de l’immeuble.

Ce roman c’est un cocon, une parenthèse d’humanité et de bienveillance au cœur de la ville qui ne dort jamais. Une lecture qui fait un bien fou et qui me donnerait presque envie d’aller à New York. – Delphine Queval

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Quand la littérature fait voyager à travers la vie d’un homme inscrite dans un lieu au point de se mêler de façon intime et profonde. Ou quarante ans de New-York aux côtés d’un portier, Ray, Pied-noir juif d’origine espagnole qui a perdu son père dans un camp nazi en 1942 et sa mère dans une émeute à Oran en 1961. Il débarque seul à New-York, sans attache et se réinvente dans le chaudron magique de la mégapole.

On l’aime immédiatement, Ray, le gardien-portier taiseux, sensible et contemplatif d’un immeuble de Park Avenue. Madeleine Assas a un œil et une superbe plume, travaillée et déliée. Elle nous livre progressivement, par touches subtiles, au juste moment, quelques pans du passé de Ray pour comprendre comment cet immigré est devenu un vrai New-Yorkais, sans autre racine revendiquée que celles qui se sont déployées ici, dans la ville des exilés, nourries de ses rencontres avec d’autres exilés ou les habitants de l’immeuble dont la vie est racontée avec beaucoup de vivacité et d’humour. Avec émotion aussi, comme lors du merveilleux épisode du baiser dans l’ascenseur en panne.

Des racines gorgées de New-York qu’il arpente inlassablement avec son ami palestinien Salah, hors des sentiers battus touristiques. La ville est un personnage à part entière, elle se découvre par le mouvement. A travers le filtre de Ray, New-York se dévoile dans toutes ses contradictions et paradoxes, entre modernité et misère, chaos et ordre. On voit ses transformations, sa gentrification. Les pages sur East Broadway sont superbes, Chinatown grignotant Little Italy comme à Lower East Side, puis le quartier juif qui s’effrite à son tour sous le regard de Bentzion, un ami de Ray, qui refuse obstinément de vendre sa boutique à un restaurant coréen.

C’est un roman d’atmosphère, sans intrigue clairement identifiable mais rien n’est répétitif dans ce récit car l’auteure le construit avec précision et passion. Elle trace une carte sensible, celle d’un homme étroitement lié à une ville jusqu’à une forme de symbiose qui le charge d’énergie, traverse son parcours intime et transforme. C’est vraiment un très beau roman, plein de tendresse humaine, que j’ai quitté à regret

A lire avec un plan de New-York sous les yeux, pour savourer encore plus. – Marie-Laure Garnault

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C’est parce qu’il a, aux Etats-Unis, une fonction sans équivalence de notre côté de l’Atlantique que Ray a conservé son titre dans celui du premier roman de Madeleine Assas, Le doorman. Cet homme, statique par définition nous invite pourtant au voyage de la manière la plus complète qui soit, aussi bien dans l’espace que dans le temps. Car Raymond n’est devenu Ray qu’au prix de nombre de départs, de traversées, d’adieux, mais aussi de découvertes, de rencontres et de rituels qui ont conduit le jeune pied-noir à devenir cet homme en noir (et boutons dorés !) planté au pied de l’immeuble du 10 Park Avenue à New-York. Construit comme le plan de sa ville d’adoption dont durant quarante années il sillonnera méthodiquement chaque parcelle de trottoir, le roman du doorman, dans une géométrie parfaitement orchestrée alterne souvenirs de jeunesse, anecdotes professionnelles et découverte de la Grosse Pomme en compagnie de l’un de ses trois amis de cœur. Et, comme on se familiarise peu à peu avec un lieu totalement inconnu en reconnaissant çà et là un bout de rue ou une façade, on s’attache, au fil des pages, à cet homme dont la personnalité s’étoffe, quittant imperceptiblement l’un des attributs de sa fonction : la transparence.

Quelle curieuse et passionnante pérégrination que ce roman dont j’ai cru, au départ, qu’il allait me perdre dans les méandres de ses chapitres touffus et multidirectionnels et que j’ai, finalement, quitté à regret après en avoir distillé les dernières pages sur de brèves et fiévreuses séances de lecture. Madeleine Assas est parvenue, avec une belle humilité et un faux détachement, à s’effacer presque totalement derrière son personnage, calquant son écriture sur la sobre présence au monde de cet homme aux aspirations modestes et au récit factuel. S’attacher aux pas de Ray, le suivre dans ses déambulations, dans ses évocations, dans ses obligations, c’est s’offrir, à hauteur d’homme et de mémoire, un très beau voyage qui vaut le détour. – Magali Bertrand

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Quelle belle surprise et quelle belle découverte que ce Doorman

J’ai marché le long des rues, visiter des quartiers inconnus de ce New York que je ne connais pas.

Pendant 40 ans j’ai été ce doormann dans cette maison, j’ai ri, pleuré, aimé.

Un vocabulaire simple mais si précis. Des personnages qui deviennent vous.
Des atmosphères qui se chevauchent, se juxtaposent et s’éloignent pour mieux se retrouver.

Ce fût un coup de cœur. – Jocelyne Legrand

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Le doorman ce n’est pas seulement l’histoire de Ray le portier en uniforme qui se raconte à travers les allées et venues des nombreux résidents du 10 Park Avenue, grand immeuble aux vingt-deux étages qu’il surveille. C’est aussi le portrait d’une agglomération, New-york et de ses habitants qui se sont succédé pour en faire ce qu’elle est aujourd’hui. Une grande cité palpitante et mythique. Raymond, cet immigré d’origine espagnole devenu Ray, débarqué d’Algérie un beau matin sur les trottoirs de New-York, après avoir fait escale à Marseille puis à Paris, va passer quarante ans de sa vie au rez-de-chaussée de  ce building de luxe, sans famille et avec humilité et bienveillance. Au fil des pages et des entrées et sorties, il revient sur les choix qui l’ont conduit là et évoque ses rencontres d’un jour ou de plus longue échéance avec simplicité et bonhommie. Jamais il ne se révolte ni ne se soumet et le regard qu’il porte sur la vie et sur les êtres qui se croisent devant lui est toujours plein d’empathie et de vérité.Le portrait dessiné de cet homme droit et bon donne une vraie singularité à ce premier roman élégant et fait partie des éléments qui m’ont véritablement charmée. Ses pérégrinations dans les rues entre deux vacations avec Salah qui deviendra l’ami, en est un autre. Comme tout cela redonne foi en l’humain et synthétise la vie de tous ces immigrés, premiers habitants de New York, de petits boulots en petits boulots, qui ont façonné la grande métropole aux mille visages, territoires, langages et ambitions. Comme j’ai pris plaisir à arpenter à la suite du Doorman, le pavé de la City. Impression de redécouvrir les lieux magiques que j’ai visités il y a bientôt deux ans entre nostalgie et effervescence ! Une immersion captivante et bienfaitrice ! – Sandrine Guinot

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Raymond a quitté Oran sa ville natale quelques mois avant l’indépendance de l’Algérie laissant sa mère derrière lui. Il décide de tenter l’aventure américaine, New York, où il devient Ray. Après un passage au marché aux poissons, il travaille désormais comme doorman au 10 Park Avenue où il restera 40 ans. 40 ans, debout devant la porte, habillé d’un uniforme noir aux boutons rutilants, à croiser la vie des habitants de l’immeuble et s’attacher à certains. 40 ans au cours desquels Ray parcourt cette ville mondiale, construite de vagues successives d’immigration, où il se sent chez lui. Il marche de nuit comme de jour, seul ou accompagné de son ami Salah, un Palestinien, dans cette mégapole qui ne dort jamais. Au travers de ses pérégrinations, il raconte un New-York souvent insolite, le danger, la richesse aux côtés de l’immense pauvreté, la beauté architecturale, la gentrification irrémédiable. Lui, l’homme taiseux, solitaire et pudique, noue des amitiés rares mais solides, vit des amours épars. Et puis, Ray redevient Raymond sur les rivages d’Oran. « À New-York, j’étais chez moi. Ici c’était chez moi ». Je me suis laissée glisser dans ce beau récit, tendre, écrit d’une plume élégante. Une chronique du temps qui passe. Une merveilleuse balade au fil des rues new-yorkaises, hors des sentiers battus. Madeleine Assas signe un premier roman, hors des sentiers battus, que j’ai quitté avec regrets. – Hélène de Montaigu

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Ray est un New-Yorkais, il aime sa ville et comme tout bon New Yorkais, il n’y est pas né. 
Ses racines sont en  Algérie. Il a débarqué dans les années 60, pendant les « événements » à Oran. Il a tout quitté : sa famille, ses souvenirs, ses racines, sa mère, pour pouvoir enfin exister, être quelqu’un.Il trouve rapidement un travail au marché aux poissons, puis se fait embaucher comme « doorman » au 10 Park Avenue. Il aime parcourir la ville, découvrir ses quartiers tous plus éclectiques les uns que les autres, faire connaissance, apprendre sur les autres avec son ami Salah. Les habitants du 10 lui confient leurs histoires, leurs secrets parfois, et leurs espoirs. Il les voient évoluer, déménager, grandir. Ils font partie de sa vie.Les chapitres alternent entre souvenirs de jeunesse, son départ, ses visites des quartiers New-Yorkais, et les morceaux de vie des résidents du 10. L’écriture est vraiment très belle, les mots sont justes et bien choisis. J’ai été subjuguée par la manière qu’a eu l’auteur de parler du drame de 2001 avec beaucoup de sensibilité et de pudeur, sans réellement jamais le citer. C’était très beau, loin du pathos habituel et ça n’a fait qu’accentuer mon émotion.Ce roman est un gros coup de coeur!, J’aurais adoré me promener avec Ray, observer et discuter avec lui de l’évolution de cette ville, de ces quartiers, qui au fur et à mesure des années évoluent pour parfois perdre leur âme… 
J’ai lu ce roman avec beaucoup de curiosité et de plaisir, me remémorant ma première fois à NY, avec beaucoup de nostalgie.  – Agathe Bertrand

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Lire également les chroniques de :

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/16/le-doorman/

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/le-doorman-de-madeleine-assas.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/06/mon-avis-sur-le-doorman-de-madeleine.html

Sept gingembres – Christophe Perruchas

« Qu’est-ce qui fait qu’un instant on est dans la vie qu’on dit normale, qu’on s’en échappe, sortie de route, qu’on rit trop fort et puis qu’on gifle les gens ? Que tout est parfois beau et drôle, possible et presque magique ? Et parfois lourd et triste à en crever, quasi viscéral, cancer des entrailles plutôt que de la tête ? »

Sept instantanés.
Sept images hautement instagramables. Instagramées d’ailleurs, publiées, partagées, likées, commentées, enviées sûrement.
Sept publications qui donnent de lui, de son couple, de sa famille, de sa vie, une image idéale : argent, amour, réussite…
Nous les découvrons à intervalles réguliers, au long de ce roman.
Intercalées entre une autre vision de ce qu’il est vraiment.
Lui, c’est Antoine S., poste clé à responsabilité dans une agence de Pub. Des méthodes de management parfois douteuses, et surtout, une obsession irrépressible pour le sexe. Les jeunes femmes, élancées et attirantes, collègues, collaboratrices, assistantes, étrangères croisées au hasard, dans un bar, un train… regard irrésistiblement aimanté, étude minutieuse du physique, de quelques détails, photos volées…
Séducteur, certes, mais parfois, souvent, beaucoup plus lourd, insistant, débordant. Et qui dérape… sûr de lui, d’un air du temps qui le protège…
L’auteur livre ici un premier roman moderne, brillant, et déstabilisant. Et sombre.
La photographie d’une époque de consommation, de réseaux sociaux, de perte de
repère en dehors de l’approbation collective des pouces levés. Mais aussi de descente aux enfers inéluctable parfois.
Pas réjouissant, mais réussi. – Christine Gazo

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C’est l’histoire d’une chute annoncée. Celle d’Antoine, quadragénaire triomphant,  cadre dirigeant. Un salopard, on s’en rend compte très vite, prédateur perpétuellement en marche qui conçoit son agence de pub parisienne comme le théâtre de sa domination toxique sur les femmes. Sauf que le roman se situe dans la France post MeToo, pas dans les années 1980-90 où un tel comportement de cynique infatué et jouisseur pouvait s’exercer en toute impunité. Antoine est un personnage fini d’un monde fini et qui ne se pose pas de questions. Sa chute n’en sera que plus implacable et irréversible.

Cette lecture est perturbante car Christophe Perruchas ne met aucune barrière entre Antoine et le lecteur qui a l’impression d’être une caméra embarquée dans le flux mental, le flow de paroles et le flot d’action animant ce détestable personnage. La focalisation est brute et sans filtre, dans  l’immédiateté du mouvement. Cette façon de procédé en surplomb, sans chercher à moraliser ou porter un jugement ou même expliquer pourquoi Antoine est ainsi, est profondément dérangeante.

Très contemporain aussi. Je lui ai trouvé des accents à la Bret Easton Ellis voire Chuck Palaniuk avec son deuxième degré très cinglant qui tourne en ridicule et dénonce l’ultralibéralisme des mœurs que nous connaissons aujourd’hui. Cette réification des êtres humains est brillamment décrite, abattant la différence entre un objet et les femmes qu’Antoine maltraite sexuellement tel un prédateur qui inscrit son emprise sur les corps dès qu’il en a repéré un à posséder. Antoine est un symptôme autant qu’une victime du système qui l’a porté aux nues et permis d’allègrement déraper.

Mais Sept gingembres n’est pas qu’un roman sismographe d’une époque. Il possède une vraie dimension littéraire. Par son écriture, très travaillée, souvent syncopée, ludique en jouant sur différents registres ( fil instagram, texto, conversation téléphonique ). Par sa très intelligente construction aussi qui apporte un recul nécessaire à la plongée dans la psyché d’Antoine. Le récit est structuré par sept jalons symboliques, les sept gingembres du titre. Comme le gingembre permet d’éviter de mélanger les saveurs entre deux plats japonais, ici il sert à compartimenter les différentes facettes d’Antoine ( le professionnel successfull, le prédateur sexuel, le mari aimant, le bon père etc ).  Jusqu’à ce que la segmentation de sa vie s’effrite progressivement et finisse par exploser.

Un premier roman percutant et dérangeant. A noter, la superbe couverture, réalisation de l’auteur lui-même. – Marie-Laure Garnault

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Antoine a 43 ans, il a réussi dans la pub, il a une belle famille, tout va bien pour lui.

Mais Antoine est un pervers narcissique, qui manipule les femmes de son entourage professionnel. Il est à l’affut  du moindre regard, du moindre décolleté, du moindre triangle de peau.

Il franchit allègrement toutes les limites.

Le mouvement  #metoo va frapper dans la pub, comme dans tous les secteurs et Antoine va payer toutes ces années d’abus.

Un point de vue original sur un sujet qui l’est moins. L’auteur nous ouvre la porte de l’esprit de son personnage principal, nous montre son mode de fonctionnement, sans jamais chercher à le rendre aimable.

Je pense que ce livre ne pourra pas plaire à tout le monde, il est dérangeant mais j’ai beaucoup apprécié le traitement et le style.

Un premier roman très prometteur. – Emmanuelle Coutant

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Effrayante expérience que d’être dans la peau de cette bête.
C’est écœurant mais on tient pour connaître la chute, on l’attend.
Christophe Perruchas a une plume incroyable. C’est puissant.
Le titre, sa justification, le nom des chapitres, le rythme, le style, le sujet et la façon dont il est exploré, tout est parfaitement manié.
C’est du très grand roman. – Stéphanie Justin

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Ce premier roman raconte la chute d’un quadragénaire, Antoine, directeur général d’une agence de publicité parisienne. Les chapitres alternent entre « Dedans » (dans l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne où il rend visite au frère d’un ami d’enfance), « Dehors » (sa vie à l’agence, avec sa famille et ses amis) et les « gingembres ». Christophe Perruchas explique en préambule que le gingembre dans la cuisine japonaise traditionnelle sépare les plats et « permet au palais de retrouver une certaine virginité entre deux saveurs. […] Ici, les gingembres voudraient faire la même chose, mais, bien sûr, n’y parviennent pas. »

Nous sommes en pleine vague MeToo. Antoine reçoit la visite d’un inspecteur du travail. Il mène une enquête pour harcèlement moral suite à une tentative de suicide de la directrice commerciale, Léa, 32 ans. Pendant cet entretien, Antoine va fixer l’inspecteur du travail, le déshabiller du regard. Chaque femme qu’il croise dans la rue ou en réunion, il la détaille physiquement, décrit au lecteur ses fantasmes. C’est un homme de pouvoir, obsédé et totalement dans le déni de son attitude perverse.

« Il n’y a pas de harcèlement ici et il n’y en aura pas. On règle les choses entre gens civilisés, on trouve des solutions humaines. »

Au début, son patron le soutient :

« Je te connais Antoine, je sais comme tu peux être lourd en fin de soirée, comme tu aimes les femmes, comme tu te sens bien dans l’ambiguïté. Mais de là à t’accuser de harcèlement, au pire, une vanne toute naze, qui tombe à plat, on n’est plus en 95, parfois ça passe mal. Mais harcèlement, non.« 

Il a une femme et deux enfants, une vie très instagramable. Mais peu à peu il sent qu’il se déconnecte du monde qui l’entoure et n’écoute que la voix dans sa tête. De l’extérieur, personne ne remarque ses absences. Il sait donner le change lors des réunions. Il y a beaucoup d’anglicismes et de jargon liés au métier d’Antoine, surtout lorsqu’il se rend à un salon professionnel ou un séminaire. Le monde de l’entreprise et le milieu de la publicité en prennent pour leur grade. Christophe Perruchas est d’ailleurs issu de ce milieu.

Antoine entretient une relation avec sa secrétaire qui n’arrive pas à croire les choses horribles qu’on raconte sur lui. Il lui répond que tout est faux et disproportionné.

« L’époque est pourrie, on ne peut plus rien dire, même les écrivains sont emmerdés, scrutés, jaugés, tu sais qu’il existe des sensitive readers, des lecteurs des minorités qui lisent à la chaîne et qui font des rapports »

Les chapitres s’enchaînent et on se laisse happer par l’histoire de ce prédateur sexuel. Après avoir refermé le livre, je ne saurais vous dire si j’ai aimé ce livre ou pas. J’ai certainement été perturbée de me retrouver dans le flot continu des pensées obsessionnelles de sexe de ce personnage antipathique. Un roman intéressant, dérangeant, bien écrit, mais pas un coup de cœur pour moi. En tout cas il sonne juste et ça n’en est que plus troublant. – Joëlle Buch

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« Songe aux prédateurs. Les plus efficaces ne sont pas nécessairement ceux qui se jettent sur leur proie pour la capturer de force. Ils la traquent, l’appâtent et parfois la séduisent. »Un stagiaire presque parfait, Shane Kuhn

« Je m’appelle Antoine, je vis depuis quelques semaines au milieu du 14e arrondissement de Paris, dans cet endroit que j’ai toujours regardé avec fascination avant d’avoir à y dormir. L’hôpital Sainte-Anne ne comporte plus aujourd’hui que deux pavillons dédiés à l’accueil permanent. »

Ce « je » qui nous parle avait tout : il portait beau la quarantaine, avait un job à responsabilité dans une agence de pub, une épouse aimante, deux enfants adorables. De l’argent et le pouvoir qui va avec.

Ce « je » a tout perdu. Dure a été la chute. Pourquoi ? Comment ?

Pour son 1er roman, Christophe Perruchas a décidé d’aborder de manière inattendue un thème très en vogue dans la littérature contemporaine : le harcèlement sexuel dans le milieu de l’entreprise. L’originalité vient du point focal : l’auteur place le lecteur dans la tête du prédateur. Cette position aussi ingénieuse que désagréable laisse augurer une lecture éprouvante d’un inconfort total. C’est là le véritable intérêt de ce roman, par ailleurs sans suspens aucun, puisque les premières pages annoncent la fin.

« Comment on franchit la limite ?

Dans ma vie d’avant, il n’y a pas si longtemps encore, je me suis parfois demandé pourquoi je n’étais pas où je suis maintenant, dans la salle de ce restaurant gris d’hôpital, gris, lui aussi, plutôt qu’au bureau, discussions anodines de machine à café, entouré de D.G.A. à la petite trentaine, en costumes bien coupés, sourires blancs, dents effilées, chauves-souris décharnées, nuances d’Hugo Boss. »

Sa vie d’avant, celle du dehors, celle d’avant la vie du dedans.

« Dedans »« Dehors » sont les seuls titres des chapitres qui vont alterner tout au long de ce court roman mené tambour battant par un flux d’écriture et de pensées inendiguable. 

« Dedans », l’hôpital Sainte-Anne, un monde qu’il a découvert en rendant visite au frère de son meilleur ami. Un monde ouaté, où l’on peut (s’)oublier, se laisser glisser, n’être plus qu’un parmi d’autres, un anonyme qui n’a plus de compte à rendre à quiconque.

« Dehors », le monde de l’agence de pub, celui de la compétitivité et de la compétition, un monde concurrentiel où tous s’observent, se j(a)ugent. Dans ce monde sans merci, Antoine évolue à son aise. 

« Je suis embarqué dans cette guerre, économique, de tous les instants, je me bats pour des intérêts qui me dépassent, je ne me bats même pas pour moi, mais pour des gros types, chemises à manches courtes, qui s’encrassent les artères avec des barbecues et de la bière lite. Des retraités, paraît-il. De Wenatchee ou d’ailleurs. »

Fort de sa position, il lui est arrivé d’avoir des mots salaces et des gestes déplacés envers des femmes dont en fin observateur il a entr’aperçu les failles, et qu’il ne voit qu’en objet. En trophée ? Toujours aux aguets, les pensées scabreuses qui occupent constamment son esprit (au bar, au travail, dans le train…) ont souvent précédé l’acte. 

Consenti ?

« Il est encore tôt, les bureaux sont presque déserts, je passe devant celui de Laura, je la salue d’une voix enjouée. Elle me rejoint quelques secondes plus tard. Contre la porte, mes paumes sur ses joues, furtivement, je lui prends la lèvre inférieure. Elle se laisse faire en fermant les yeux. »

La zone grise est un sujet délicat que Sept gingembres effleure maladroitement, puisqu’à aucun moment l’auteur ne laisse supposer que ces femmes ne sont pas consentantes. C’est là, précisément là, que Christophe Perruchas m’a perdue. Je n’ai éprouvé aucune empathie pour cet homme – c’est évident -, mais guère plus pour les victimes – ce qui l’est moins. Mais comment le pourrais-je quand je lis un passage tel que celui qui suit ? 

« Je lui rembourse toujours la chambre, gentleman. La première fois où j’ai posé les 100 euros sur la table – on ne fait jamais de carte bleue, clandestins, c’est un peu ridicule, oui – elle m’a dit que ça lui faisait drôle de les voir là les billets, coincés sous le vilain sous-main en cuir grêlé ; qu’elle avait l’impression de se vendre. Je me souviens lui avoir demandé, en souriant, si c’était une sensation désagréable, pas vraiment, parce que ça n’est pas le cas, c’est même, je ne sais pas, un peu excitant de recevoir de l’argent pour ça. »

Comment sincèrement s’étonner qu’Antoine lance 

« C’est devenu tacite, Laura est ma pute, on n’en parle plus jamais, je vois ça comme une façon de lui donner l’augmentation que le groupe lui refuse… Paradoxalement ça la libère, elle fait bien mieux la pute que les comptes-rendus de réunions. »

Oui, j’en conviens, c’est odieux, cru, dégoûtant, avilissant, et Antoine, prédateur incapable du moindre repentir, mérite d’être poursuivi quand l’une d’elles porte plainte. Tout comme il mérite d’être lâché dans la foulée par le président et pourtant ami, Frédéric Demazis soucieux de conserver un semblant d’intégrité à l’agence dont « le double motto Dare and Benevolence […] est affiché, en grandes lettres bleues, sur le blanc du mur ». Non, Antoine n’était pas seulement « lourd », il est bien pire que cela, et j’attendais d’autres barreaux que ceux de Sainte-Anne pour tout vous dire ! Pour autant, il m’est difficile de compatir au sort d’une Laura par exemple, autrefois si prompte à le relancer en lui envoyant des « miss you » par SMS et qui maintenant s’offusque :

« Et puis ça a commencé à devenir dégueulasse, je veux dire vraiment dégueulasse, ta politique des petits pas, de moins en moins là, tu me parlais mal en réunion, tu m’humiliais devant les autres. Et puis un SMS, j’étais ton jokari, plus tu tapais fort, plus je revenais vite. «

Pardon, mais suis-je la seule à trouver que c’était « dégueulasse » bien avant cela ? Suis-je trop bégueule ?

Si réussite il y a, elle est à chercher dans le parti pris narratif, l’écriture tranchante et elliptique, et la construction astucieuse de ce roman. Le lecteur n’oublie jamais, pas une seule seconde, qu’il est dans la tête d’un homme abject qui, à aucun moment, ne se soucie de ce que les femmes peuvent ressentir. Il prend, il s’amuse, il jette en toute impunité. C’est dérangeant et glaçant, parce que sans filtre.

Les sept gingembres du titre sont d’habiles interludes qui trouvent leur place naturelle dans le récit.

« Dans la cuisine japonaise traditionnelle (Nihon ryōri) le gingembre est ce qui sépare les plats de poisson cru, ce qui permet au palais de retrouver une certaine virginité entre deux saveurs.

De réinitialiser, reset, l’ensemble du circuit rétronasal. »

De là à « retrouver une certaine virginité » entre deux chapitres nauséabonds, mieux vaut ne pas y compter ! On y découvre toutefois l’autre facette d’Antoine, père et mari attentionné. Sur les réseaux sociaux, il met en scène sa réussite professionnelle et son bonheur familial comme il le ferait pour le produit d’un de ses clients. Le lecteur attentif notera toutefois que la longueur de ses publications, qui montrent un idéal savamment retouché pour faire moisson de like, emoji, cœurs et autres #, diminue au fur et à mesure que l’on s’achemine vers la fin du roman et que se scelle le sort d’Antoine : 3 pages, 1 page et demie, 1 page, une demi-page, 2 paragraphes, 1 paragraphe, quelques lignes… comme pour prédire sa faillite personnelle alors qu’il ne peut plus donner le change, que ses amis prennent leurs distances et que s’amorce la dégringolade. Inéluctable.

De cette lecture, je ressors perplexe, pour ne pas dire déçue. Quand j’en arrive à lever les yeux au ciel sur un sujet tel que celui-ci, c’est que quelque chose cloche, n’est-ce pas ?

Certes, Christophe Perruchas connaît très bien le milieu dont il parle, puisqu’il en vient. Il en connaît la langue et les codes. Il a un style particulier : son écriture est affûtée et son texte offre quelques trouvailles d’expressions tout à fait savoureuses. Le lecteur est emporté dans le flux et respirer lui devient difficile. C’est oppressant et c’est très, très bien fait. En donnant la parole à cet homme haïssable qui prend de plein fouet la déflagration quand l’une de ses victimes appuie sur « #metoo le bouton nucléaire », l’auteur sort du point aveugle, lui préférant un angle nouveau qui manquait jusqu’à présent en littérature. Du moins à ma connaissance.

Cependant, la frontière flottante que l’auteur dessine, comme à regret, presque avec réticence, entre victime et coupable m’a interdit de m’attacher à un quelconque personnage, et c’est peut-être ce qui m’a, somme toute, le plus contrariée avec Sept gingembres, dans l’air du temps certes, mais qui ne creuse pas assez son sujet. – Christine Casempoure

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« Je suis dans cet instant, avant la collision, où tout est encore possible, la voiture a dérapé, mais personne n’est touché, l’instant dilaté, ralenti, rayon de soleil, et pourtant la voiture a déjà glissé, inerte, ce n’est plus qu’une question de bilan, il faut attendre le fracas, les chocs mous pour dénombrer les corps, ce qu’il en reste. »

A tout juste 43 ans, Antoine est cadre dans une agence de publicité.

A la maison l’attendent deux jeunes enfants et une femme attentionnée. Une vie bien rangée, lisse et impeccable, tout à fait instagramable. Au travail, c’est un homme de pouvoir et d’argent. Il connaît les codes et les outils de son milieu, et les manie parfaitement pour triompher d’une compétition incessante. Pour Antoine, tout n’est que jeux d’influence et manifestation d’autorité. S’imposer aux yeux de tous. Ses pairs le respectent pour son efficacité professionnelle, tout en lui reconnaissant des attitudes parfois déplacées.

La réalité est bien plus brutale. Toutes les femmes qu’Antoine croise sont les victimes de ses crises de tyrannie et les potentielles proies de ses excès sexuels. Des objets sans valeur, qu’il prend, consomme, jette, dans une effervescence qui tient plus de la jouissance égocentrée et immédiate que du plaisir adulte partagé. Sa méthode : le harcèlement, l’emprise, la violence, l’anéantissement.

Sept gingembres décrit l’inexorable chute du prédateur. Malgré son arrogance et son sentiment d’impunité, Antoine est rattrapé par les bouillonnements de l’ère post #metoo. Quand un journaliste a vent d’une première affaire le concernant, la plainte d’une salariée auprès de l’inspection du travail, il décide de mener une enquête qui libère la parole des femmes victimes. Grisé par sa toute-puissance, aveuglé par le mépris, Antoine, lui, ne veut pas voir sa fin venir.

Ce roman est contemporain dans son thème, mais aussi dans sa construction : on le dirait écrit en stop-motion. Les instantanés de la vie d’Antoine se suivent, disjoints, mais leur succession fait apparaître ce mouvement qui le conduit immanquablement vers sa déchéance. Chaque prise de vue est féroce, vécue depuis les ruminations mentales d’Antoine, sans filtre. Au commencement, ses considérations sont techniques et sociétales, juste émaillées du surgissement de ses pulsions sexuelles. Puis, par un effet de glissement, les pensées d’Antoine se font plus intimes, obsessionnelles, perverses.

Comme des effets de pause, il y a les fameux sept gingembres, ces espaces qui vont en s’éteignant au fil du roman. Antoine y livre aux réseaux sociaux les clichés parfaits de sa vie parfaite. Mais cela ne suffit pas à faire passer le dégoût du lecteur. Il y a aussi les visites qu’Antoine rend à Paul, le frère d’un ami de jeunesse, interné à Sainte Anne après un burn-out. L’hôpital, avec son atmosphère feutrée et décalée, est un lieu hors-jeu, imperméable à la nocivité d’Antoine. Et finalement, Paul, par son instabilité et sa confusion, est sans doute le plus humain de tous.

Car dans ce roman, en vérité, tous les personnages sont dérangeants. Les hommes sont conciliants avec Antoine, voire complices de ses actes. Quant aux femmes, aucune ne semble avoir plus d’existence devant le lecteur qu’elle n’en a au regard d’Antoine. Pas d’identification possible. Je termine cette lecture en me demandant combien d’Antoines sévissent, là, maintenant, dans des espaces déshumanisés et destructeurs… Et c’est une pensée glaçante. – Anne-Sylvie Delaunay

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Voilà un livre dont j’ai eu un mal infini à lire jusqu’à son terme.

Un récit à la première personne très haché, cru à l’extrême (et je ne suis pas du genre à s’effaroucher facilement), vulgaire et  très négatif à l’égard de ce personnage dont s’enchaînent les facettes, si celle de pére est la plus respectable, celle de mari pourrait passer si celle de furieux pervers narcissiques ne l’entravait gravement. Les chapitres courts s’enchaînent sans fil réel, les personnages se bousculent (on passe du coq à l’âne), c’est lourd et quand il s’agit du côté pervers du personnage (un publicitaire côté), c’est carrément immonde tant la caricature est excessive et extrême. Si ce dernier point pourrait servir au récit et à l’intrigue, pourquoi pas mais pour moi ce n’est surement pas le cas….. Un mix entre Brett Easton Ellis et Frédéric Beigbeder en pire.

De multiples raisons ont donc  joué contre ce récit  de Christophe Perruchas pour moi; la forme, que j’ai trouvé trop indigeste, le fond qui n’apporte rien de plus au débat et la violence visuelle qu’il instille. Une chose est sûre, pour relier ce livre à un autre ouvrage sélectionné ; « Les Orageuses » auraient matière à intervenir sur ce personnage abject à tout niveau

Je ne sais pas si l’hyper activité de dénonciation de ces deux dernières années dont les médias en manque de sensationnel mais aussi les féministes les plus extrêmes nous rabattent les oreilles comme la multiplication de livres dans cette veine commencent à me lasser, me hérisser mais pour moi c’est le livre de trop. – Olivier Bihl

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Ce livre me laisse perplexe…

Le personnage principal, qui est aussi le narrateur, est un prototype de mâle blanc cynique et imbu de son pouvoir, über testostéroné, obsédé sexuel, mettant en scène une vie de famille apparemment idyllique sur les réseaux sociaux. En pleine vague #metoo, ce macho de la plus belle eau se fait coincer…

J’ai été gênée en permanence parce que je n’ai pas entrevu comment l’auteur se situait vis-à-vis de ce sinistre personnage qui ne manifeste jamais le moindre début de frémissement d’interrogation sur ce qui lui est reproché, sans parler d’un désir de s’amender. Quelle part de son attitude est due à lui-même ? Au milieu professionnel dans lequel il évolue ? A la société qui l’entoure ?.. Est-il blâmable ? Excusable ? Amendable ?…

Et surtout, ma perplexité est grande devant les dernières pages : punition volontaire ? Simulation ? Fuite délibérée ? Une autre manifestation de sa lâcheté ?

Au final, je préfère retenir un décor (le monde de la publicité) fort bien documenté et analysé (Ah ! Les réunions d’équipe et leur galimatias managérial, le séminaire d’équipe en Grèce avec sortie en quad…). L’auteur vient de ce monde et c’est peu dire qu’il sait le rendre effrayant. – Marianne Le Roux Briet

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Antoine, la quarantaine, une famille unie et heureuse si l’on en croit les instantanés idylliques qui ponctuent les événements de leur vie quotidienne sur les réseaux sociaux, approuvés par autant de likes dont la signification pourrait être l’objet d’un débat. 

Pourtant quand on fait sa connaissance, il est pensionnaire à l’hôpital psychiatrique ! Comment en est-il arrivé là ? C’est toute la question. 

En fait, derrière la vitrine au décor soigné se cache une tout autre réalité. Antoine aime les femmes, sa femme, sans doute, mais aussi beaucoup d’autres. Y compris sur son lieu de travail, dans une boîte de pub. Les regards qui jaugent, les sous-entendus, les blagues sexistes, mais aussi les messages coquins, Antoine fait feu de tout bois pour bien asseoir son statut de mâle dominant. Jusqu’à ce que le vent tourne et qu’une de ses cibles porte plainte, encourageant ainsi d’autres collègues à révéler les sévices subis, qu’ils soient moraux ou physiques. Un comble pour ce cadre responsable d’une boîte qui a signé une charte anti-harcèlement. Comme si cet engagement était un argument en faveur de son innocence ! Et c’est la descente aux enfers.

Le gingembre est là entre chaque chapitre, jouant le même rôle de repos des papilles traditionnel dans la gastronomie japonaise. Le mari, le prédateur, le fou, autant de facettes d’un même personnage. 

Le portrait à charge du personnage est sans appel, son arrogance, son assurance quant à une impunité, renforcent encore l’image négative. Et sous ses traits à peine caricaturaux, il n’est pas difficile d’en superposer d’autres, qu’on a pu croiser dans la vraie vie, tant l’histoire est, hélas, banale.

Ce premier roman bouscule, dénonce, avec beaucoup d’assurance, les abus d’un pouvoir injuste, dans une langue musclée et directe. Impressionnant. – Chantal Yvenou

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Cette fois, ça n’était pas pour moi. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman. Cette succession de moments de vie, parfois sans aucun lien chronologique, m’a parfois perdu.

Le roman fait un parallèle entre la vie de façade d’Antoine S. (directeur dans une agence de Pub) à base de post Instagram et ses pensées profondes, ses envies sexuelles. Il fait également le parallèle entre la vie « dehors » un tourbillon d’évènement et la vie « dedans » calme, paisible presque arrêtée. Le roman veut donc montrer toute cette ambivalence mais ne m’aura pas touché. J’ai trouvé que l’accent était trop mis sur Antoine, c’est le but du livre me direz-vous car il en est le narrateur. Mais j’ai trouvé que l’autre côté, le côté des « femmes » n’était pas assez exploité. On les voit, elles sont là, toutes ces femmes dont Antoine a envie. Mais en même temps, elles disparaissent face à la personnalité d’Antoine, on ne s’intéresse que peu voire pas à leurs sentiments. – Ana Pires

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Une agence de com dans le Paris de 2019. Un cadre dirigeant quadragénaire, marié et père de deux enfants, qui poste de jolies photos de sa famille sur les réseaux sociaux et récolte commentaires élogieux et nombreux likes. Sauf que. Antoine est un prédateur, l’un de ceux qui se servent de leur pouvoir et de leur réussite pour aller pêcher sans vergogne parmi le cheptel féminin que leur offre leur entreprise. La femme est objet de désir et semble jouer le jeu, se dit Antoine, s’il en croit les échanges de SMS avec sa dernière conquête en date, Sarah, jeune stagiaire investie dans son travail.

Le gingembre, nous explique-t-on en exergue du roman, permet de se nettoyer le palais entre les plats de la cuisine traditionnelle japonaise. Les gingembres d’Antoine, ce sont ses posts idylliques, qui viennent couper ponctuellement une réalité tout autre : celle du milieu professionnel où officient RH et DG, un milieu de requins où la compétitivité est aussi naturelle que la tendance à abuser du café de chez Starbucks ; celle de la séduction et du pouvoir de l’homme en rut, littéralement, que l’idée d’un sexe épilé fait bander en réunion. Des scrupules ? Antoine n’en a aucun, qu’il s’agisse du fait de tromper sa femme ou de considérer ses conquêtes comme des objets. La réification de l’autre est le cadet de ses soucis. Alors évidemment, le jour où la chance tourne, il a du mal à comprendre. Sa lente mais inexorable descente aux enfers a sans doute de quoi réjouir : depuis MeToo, les salopards de son genre n’ont plus d’impunité et doivent rendre des comptes. Cependant, il y a dans la forme de ce roman quelque chose de dérangeant : le choix d’ancrer les faits dans une réalité très factuelle, sans analyse, donne l’impression au lecteur d’être une sorte de témoin parfaitement impuissant des méfaits de ce mâle dominant dans des relations hypersexualisées dont les partenaires sont plus ou moins consentantes – jusqu’à ne plus l’être du tout. L’auteur s’abstient volontairement de tout jugement, nous présente l’histoire d’un homme malade, incapable de réfréner ses pulsions, un peu à la manière du documentaire belge Striptease dont les réalisateurs avaient fait le choix de laisser la parole aux seuls protagonistes. Sur la forme, le récit est volontairement déstructuré, raconté par un « je » dont on se rend compte tardivement que c’est bien le même à chaque fois, tandis que l’ordre des chapitres ne respecte pas l’ordre chronologique ; les seuls repères sont ces posts qui appellent, alors que s’entame la dégringolade de leur auteur, de moins en moins de commentaires. C’est donc une œuvre déroutante, sur la forme et sur le fond, et un roman dont l’analyse a posteriori m’a fait davantage apprécier la profondeur qu’à la première lecture. – Emmanuelle Bastien

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Antoine, quadragénaire, marié, deux enfants, cadre dirigeant dans une grosse boîte de Pub, nous trimballe avec lui, à la façon d’une go pro, sur son vélo, au bureau, au café, dans son lit au réveil, en réunion, en séminaire…Le Je narratif nous immerge dans sa tête, son regard acerbe de prédateur et nous fait entendre, en plus de sa vie pulsionnelle sans détours, les dialogues, les confidences, les propos des collègues, amis, connaissances. Le tout se mélange entrecoupé des scènes photographiées et postées sur réseaux pour récolter des émojis lesquels, plus ils seront nombreux, signeront LE bonheur sans faille à afficher.

Des dedans et dehors s’enchaînent là : un dedans qu’on fuit, qu’on méconnaît et qu’on craint comme la frontière à ne pas franchir et un dehors aux codes maîtrisés, partagés, qui confortent quitte à entretenir les faux-semblants, les hypocrisies et les jeux puissants, un dehors aux limites floutées, biaisées, tolérées et niées.

 Je n’ai pas aimé cette lecture. Tout d’abord. J’ai re-feuilleté en bonne élève et de passage en extrait, j’ai été emportée par ma relecture, une relecture presque immédiate. Comme si lors du premier temps de découverte, je l’avais survolé : trop défendue, volontairement blasée devant une vulgarité qui m’est toujours difficile, alors même qu’elle dit beaucoup des éducations et autorisations implicites depuis trop longtemps intégrées…Comme si mes neurones s’étaient connectés et avaient réagi avec retard.

Tout ce bouillonnement de mots, pourtant énoncés dans la placidité écœurante de notre personnage suffisant, ce foisonnement de scènes déjà vues, surfaites, grossières, familières, toutes devenues notre normalité, la normalité qui se déroule en toute impunité au milieu de nous…La marge, la porosité entre notre intime et notre incarnation, à travers toutes les balises, tous les pares-feux que l’on sait indispensables pour se tenir au monde et ne pas laisser voir les fêlures ; la perméabilité si frêle qui peut nous faire basculer en un rien, un souffle, vers un comportement abusif socialisé ou un lâcher prise marginal, inquiétant, jugé irraisonné, fou…sont manifestement bien démontrées dans ce roman assez inédit dans son traitement. Inédit et certainement dérangeant. Il n’est pas construit pour s’assurer la sympathie, ni l’empathie du lecteur, et l’aversion est même rapidement suscitée tant l’odieux s’affiche sans honte. Ce parti pris signe là la particularité de ce premier et représente peut-être le choix de l’auteur pour provoquer et bousculer le lecteur dans sa réflexion, sa perception. Les « tolérances » desquelles nous sommes complices, actifs ou non, en nous taisant, en minimisant, en détournant le regard ; le territoire de la folie, de la dérive à interroger comme une ultime tentative de fuite, d’échappatoire à une « réalité partagée » devenue absurde, violente, faussement cadrée, réellement abjecte…Ce roman nous oblige à tirer encore le constat, à nous rappeler encore que l’équilibre est précaire entre ce que l’on croit normal et ce que l’on redoute comme pathologique. Que tout est affaire de croyance distillée par les codes éducatifs, les dogmes dominants. Que nous réinitialiser comme on le fait d’un disque dur pourrait être intéressant, et….  réellement suffisant ?

A distance je me souviendrai de l’antipathie du personnage, de l’originalité de la narration et du cynisme héros, actuel qui courent les lignes, du cynisme roi peut-être nécessaire même si dérangeant pour fuir lâchement ou se protéger de la violence d’un monde ?

« Mêmes angoisses, mêmes regards vides et fuyants, mêmes mesquineries et toutes ces petitesses, ce que l’homme du milieu juge ainsi, ce que l’humanité fabrique à sa marge, la maladie, celle dont on a honte, encore plus que du cancer aujourd’hui ou du sida hier. La maladie mentale, large spectre dont la définition change selon les époques et les gouvernements, instrument de pouvoir et de régulation, décider qui est à l’écart, qui ne l’est pas, l’homosexualité il n’y a pas si longtemps ; les névroses, les psychoses, qu’est-ce qui est dangereux pour la société, pour les individus ? »Karine Le Nagard

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L’idée d’être dans la tête d’un prédateur sexuel était plutôt intéressante, mais certains passages du livre m’ont dérangée. C’est donc l’histoire de Antoine, la quarantaine, une femme qu’il aime et deux beaux enfants. Il travaille dans une agence de pub.
Il est heureux en famille et le montre sur les réseaux sociaux. Les likes et les cœurs affluent sur sa page, mais Antoine aime un peu trop les femmes et se fait des films dès qu’il en rencontre une.
Dans une boîte de pub, tout le monde observe et tout se sait. Antoine, cadre responsable a signé une charte anti-harcèlement. C’est l’ère #metoo et bientôt, il sera pris dans l’engrenage suite à une plainte déposée, ce qui entraînera d’autres dénonciations.
Antoine va-t-il s’en sortir ?
L’auteur a travaillé dans le milieu de la pub et cela se ressent dans son roman que l’on peut également comparé à 99 f de Beigbeder. Un roman qui ne peut laisser indifférent, le sujet qu’il aborde est bien d’actualité. – Hélène Grenier

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Antoine est publicitaire, numéro 2 d’une boîte qui tient le crachoir aux grandes agences. Parisien, la quarantaine bien vécue, marié, père de deux enfants, un appartement aux hauts plafonds et belle vue, une maison au Croisic, rien ne semble l’arrêter, et certainement pas ses désirs, sexuels. Dans ce domaine, son appétit est féroce et c’est sans aucune retenue qu’il flirte avec tous les interdits, avec ou sans le consentement des intéressées, victimes plus ou moins consentantes, difficile de savoir où se place le curseur. Le règne du paraître et du hashtag mené à son paroxysme, jusqu’à la chute, vertigineuse.

Roman dérangeant donc. Sur un sujet brûlant.

Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de son auteur, Christophe Perruchas, pour mettre sa plume dans la peau d’un type à qui nous avons franchement envie de donner des claques dès le second chapitre ? Et pourtant, malgré les baffes qui se perdent, l’auteur nous happe par son histoire, par son personnage. Sans forcément s’identifier (impossible), le lecteur se prend presque d’affection pour Antoine. Il se dit que peut-être il va finir par comprendre, qu’il va évoluer, changer. Et puis surtout le lecteur est séduit par l’écriture, rapide, comme une envolée de mots qui se suivent, qui pousse à oublier les signaux d’alerte de nos cerveaux hurlant que décidément le bonhomme est affreux, pour continuer à lire, jusqu’au bout.

Roman percutant également. Christophe Perruchas décrit un milieu qu’il connait et dont il analyse toutes les variables. Antoine est le pur produit de cet univers de la publicité, de la communication, de l’entreprise, la grosse, celle qui vomi des devises et des actions, qui se fout de l’humain qui est décortiqué jusqu’au noyau afin de rentabiliser le moindre de ses désirs ou fantasmes. Un monde fascinant pour certains, où il est facile de se perdre.

Je crois que sept gingembres est un roman sur l’humain finalement, dans ce qu’il a de plus tordu parfois, de plus dérangeant, mais possédant aussi une pointe de lucidité, de prise de conscience, qui vient éclairer une nature qui sort de l’acceptable. Reste à déterminer quelle part la société a dans ce bal obscène et jusqu’où notre regard de lecteur est capable d’aller pour lire sans s’indigner du fond. 

Christophe Perruchas nous amène avec grande habileté là il veut, flirtant avec le révoltant, mais sans jamais tomber de son fil directeur et sans jamais nous donner matière à tout bonnement fermer le livre. Un roman déroutant donc, intéressant, questionnant. Et une écriture à suivre. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Antoine a 43 ans, il est directeur général dans une belle agence de publicité. Il aime ce qu’il fait, à Paris, cette ville dans laquelle il se rend au bureau à vélo. A la maison aussi, tout est à son bonheur : sa femme, son pilier depuis 20 ans, et leur deux enfants. Mais sa vie n’est pas aussi lisse. Véritable prédateur sexuel, il aime les femmes, les dominer, qu’elles lui appartiennent… Les forcer aussi, parfois. Et ces petits jeux malsains vont causer sa chute…

Christophe Perruchas n’a pas choisi la simplicité pour son premier roman. Mettre ses lecteurs dans la peau de cet homme est plutôt inconfortable et dérangeant. Évoluer dans cet univers dangereux et sombre n’est pas des plus plaisant…

Mais l’auteur a sacrément du talent ! Parce qu’on ne lâche pas le livre, on s’attend au pire mais on s’étonne tout de même de cette chute.
Le roman est court. L’auteur ne s’épuise pas à nous décortiquer l’âme et la pathologie d’Antoine. Pas de jugement, quelques détails salaces histoire qu’on le déteste vraiment…

Et puis ces courts intermèdes. Ceux qui montrent l’autre facette de ce prédateur, de ce père et mari aimant… Loin d’atténuer notre dégoût, ce portrait est encore plus glaçant. Car Antoine, finalement, peut être n’importe qui…

Merci aux 68 premières fois de m’avoir fait découvrir cette lecture vers laquelle, c’est sûr, je ne serais jamais allée seule… – Audrey Lire & Vous

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Antoine est directeur général d’une agence de publicité.
Brillant, aimable, il est marié et père de famille investi.
Mais également prédateur sexuel dans ce monde de requins.
Cependant, le vent tourne …
Tout n’est plus permis.
Premier roman qui décrit bien le monde machiste des entreprises, démodé et plus d’actualité.
S’il est toujours utile d’en parler et de dénoncer ces pratiques, ce roman m’a un peu déçue par sa construction et son style très particuliers. – Anne-Claire Guisard

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La mise en lecture est acide, l ‘auteur cherche t-il à nous dissuader de continuer à avancer ? Une provocation pour que seuls les curieux, ceux qui remettent en question leurs certitudes, leur confort poursuivent ? Comment la vie vacille, les enveloppes craquent, le sol se dérobe ? Au fil, des pages les craquelures apparaissent, la décomposition s’infiltre. L’auteur nous bouscule, nous rend voyeur, que ressent on ? qu‘aurions nous fait ? Qu’est ce qui fait que l ‘on reste dehors ou que l’on se retrouve dedans ? Comment saute-t-on le pas ? A vous de le lire entre curiosité et répulsion pour savoir où vous conduirait ce chemin de crêtes. Christiane Arriudare

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Donner la parole au méchant et non aux victimes. Antoine est un mâle blanc qui travaille dans la publicité et que rien ne semble vouloir arrêter. Il est pourtant au début du livre à Saint Anne : «Je m’appelle Antoine, je vis depuis quelques semaines au milieu du 14e arrondissement de Paris, dans cet endroit que j’ai toujours regardé avec fascination avant d’avoir à y dormir. L’hôpital Sainte-Anne ne comporte plus aujourd’hui que deux pavillons dédiés à l’accueil permanent.» Puis nous allons mieux le connaître cet Antoine : mari attentionné depuis 20 ans et père de deux enfants, directeur de création dans une agence de pub et surtout prédateur sexuel. Mais la chute va arriver : une visite d’un inspecteur du travail, quelques collègues femmes qui parlent, une enquête dans un journal sérieux … L’auteur donne la parole à cet homme, qui ne comprend pas trop ce que l’on pourrait lui reprocher, un comportement machiste, un peu lourd avec les demoiselles : eh alors !!!
Un texte dans notre époque, des photos likées sur les réseaux sociaux, mais bizarre les likes diminuent au fils des pages.
Un premier roman percutant, troublant, révoltant mais une sacrée lecture. – Catherine Airaud

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C’est l’histoire d’une chute !

De la chute de ce quadra brillant et sûr de lui, qui se croit tout permis, en particulier avec les femmes. Mais nous sommes à l’époque #metoo et ses comportements vont lui sauter au visage.

C’est tout ce que j’ai envie de dire de ce personnage et du milieu dans lequel il évolue, celui des agences de pub. qui m’est tellement étranger que je ne comprenais pas tous les mots ! (franglais le plus souvent- question de génération sans doute)

L’idée de l’auteur d’installer ces petites poses «  les sept gingembres » est sans doute excellente mais leur contenu, qui se résume le plus souvent à des # n’apporte pas grand-chose .

Moi qui lis avec intérêt les livres où il est question d’internement, j’ai été assez déçue des passages qui se passent à Sainte Anne.

A part une phrase : « Qu’est ce qui fait qu’un instant on est dans la vie qu’on dit normale , qu’on s’en échappe, sortie de route, qu’on rit trop fort et qu’on gifle les gens »

Il est certain que pour Antoine, sans la médiatisation dont il est l’objet rien n’aurait changé ! Il serait resté prédateur  dans cette vie qu’il trouvait très normale ! Odieux personnage ! – Marie-Hélène Poirson

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Pour ce premier roman, Christophe Perruchas nous dépeint un univers où il a longtemps travaillé, celui de la communication et de la publicité.

Il met en scène un personnage, Antoine, un type âgé de 43 ans qui est un maître dans le milieu, mais pas seulement pour sa réussite professionnelle… Outre une façade d’un homme sympathique mais à l’humour un peu lourd, un père aimant et un mari attentionné, Antoine est une sorte de pervers sexuel qui ne voit le sexe féminin que comme une chair fraiche à consommer et à jeter après utilisation.

L’histoire se passe justement en 2017, je vous laisse imaginer la suite…et la chute…

Cet ouvrage m’a rendue assez perplexe et j’ai eu beaucoup de mal à accrocher. Pourtant Christophe Perruchas a réalisé un travail assez poussé pour nous faire entrer dans la tête de son personnage qui a une imagination plus que débridée. Je félicite le choix de la couverture que je trouve magnifique et qui parle d’elle-même. Celle-ci illustre parfaitement la relation de domination et de manipulation de notre personnage sur la gente féminine…

Ps: J’ai apprécié la petite note au début de l’ouvrage expliquant l’utilisation du gingembre dans la cuisine japonaise traditionnelle. – Hélène Ortial

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Dans ce premier roman Christophe Perruchas se place dans la tête d’Antoine, cadre supérieur dans une agence de publicité et prédateur sexuel. A 43 ans il se sent vieux, le pauvre chéri qui a tout réussi jusqu’à présent. C’est un de ces hommes à l’humour lourd qui harcèle sans états d’âme toutes celles qu’il approche. Les difficultés économiques ne font qu’exacerber ses mauvais penchants. Les femmes sur sa route ne sont que des petits extras interchangeables et sans conséquences. Mais voilà, nous sommes à l’époque de MeToo et ce pervers narcissique n’a pas compris qu’il était temps de mettre un frein à ses habitudes de mâle dominant.

Le récit fait alterner des moments de vie décrits froidement, avec des coq-à l’âne saugrenus, comme le passage sur le lapin. C’est un constat clinique et cependant un peu fouillis, haché, que nous livre l’auteur. Il ne donne aucune circonstance atténuante à l’homme, par ailleurs bon père et mari correct. L’auteur étant lui-même un publiciste, il décrit un milieu qu’il connaît bien. Son personnage est représentatif de ces requins aux dents longues qui sont prêts à tout pour assouvir leur soif de pouvoir.

Ce roman est dérangeant. Je n’ai, bien évidemment, aucune mansuétude pour ce pervers à l’ego surdimensionné aussi aurais-je aimé que l’auteur soit plus incisif. Et puis j’ai trouvé la fin trop facile. Se réfugier en HP est une solution bien arrangeante, sans doute pense-t-il qu’à son réveil il pourra reprendre le courant de sa vie. La petite pilule rose qui va l’endormir ne réglera pas le problème de toutes les femmes qu’il a humiliées. – Françoise Floride

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Lire également les billets de :

Claire Sejournet : https://lamarmottealunettes.wordpress.com/2021/04/09/sept-gingembres-christophe-perruchas/

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2020/10/08/sept-gingembres/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/sept-gingembres-de-christophe-perruchas.html

Nicole Grundlinger : http://www.motspourmots.fr/2020/10/sept-gingembres-christophe-perruchas.html

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/02/10/sept-gingembres-un-roman-de-christophe-perruchas/

Les orageuses – Marcia Burnier

« Pendant des semaines, chacune dans leur tête elles s’étaient demandé eh ben oui quoi, pourquoi on ne riposterait pas ? Pourquoi on garderait toute cette violence en nous, pourquoi est-ce qu’on dépenserait tant d’argent chez le psy pour « canaliser la colère » sans jamais obtenir justice ni réparations ? ».

Ce livre marque déjà par sa superbe couverture de Marianne Acqua, illustration parfaite pour ce court roman de 141 pages qui vous percute de plein fouet .

On découvre une bande de sept jeunes filles issues de milieux différents mais ayant toutes subies des violences sexuelles sans que les pouvoirs publics aient pu réprimer ni condamner les hommes responsables . Ainsi Mia, Esther, Lucie et les autres , emplies de colère décident de passer à l’action pour répondre à ces crimes impunis et reprendre leur place de femme .

Comme le titre nous l’annonce, ce récit résonne comme l’arrivée d’un orage ; on l’entend qui roule au lointain, puis qui se rapproche peu à peu et éclate avec éclairs et puissance avant l’apaisement . Ainsi, le texte présente les différentes femmes dans leur contexte social, dans leurs blessures personnelles, dans leur honte et dans leur repli. Puis on les voit se rencontrer et former un gang féminin à l’intérieur duquel chacune pourra se confier, être entendue et partager sa douleur. Leurs blessures vont se transformer en colère grandissante qui va jusqu’à l’expédition punitive. Elles vont devenir des femme combatives à leur manière !

Au prime abord, le sujet me tentait moyennement, même si le thème du viol et des violences sexuelles sont importantes et méritent d’être dénoncés ; mais on ne compte plus les livres publiés sur ces actes. Mais l’auteur aborde ce thème par un autre angle en redonnant une place combative aux femmes et en illustrant la puissance de la sororité (chère à Chloé Delaume !) entre elles.

J’ai pris beaucoup de plaisir à connaître ces jeunes femmes ; en peu de pages , l’auteur nous les rend proches et attachantes. Chacune à leur manière, elles prennent conscience de leur blessures , de leurs peurs, de leur honte, de leur repli .
L’expression de leurs douleurs physiques est précise, charnelle ; on comprend ces peurs : elles n’osent plus sortir, avoir une vie sociale ; C’est leur corps qui exprime en premier leurs blessures qu’elles ne peuvent exprimer par des mots par peur du jugement .

Dans ce texte, Marcia Burnier pointe avec justesse tous les dysfonctionnements de la justice vis à vis des violences sexuelles ; certains dossiers sont classés trop rapidement ou pire, la faute retombe sur la victime en l’accusant d’avoir été consentante ! On peut comprendre le dégoût et la colère des victimes non reconnues.
Le parti pris de ces femmes peut bousculer le lecteur : elles choisissent une sorte de vengeance qu’elles nomment plutôt « remède » envers ces hommes criminels. Certes , elles n’emploient pas la violence frontale mais matérielle pour leur faire sentir ce que c’est que la peur et la honte qu ‘elles ont vécues. Est-ce possible de se venger tout seul ? de répondre par la force ? L’auteur pousse à la réflexion sur la reconstruction de ces femmes.

Ce roman traite d’un sujet fort et vibrant avec en prime une langue vive, rythmée. Je l’ai ressentie comme un besoin ultime de crier à la fois la douleur de ces femmes mais surtout la force et la puissance de cette famille reconstituée. – Fabienne Balcon

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Sous la très belle couverture des éditions Cambourakis que je découvrais, gronde et bouillonne la colère trop longtemps silencieuse ou inentendue des Orageuses, ces femmes, ces filles qui ont vu le loup se mettre en travers de leur route, de leur désir, de leur consentement et qui se sont trouvées, retrouvées, resserrées, réchauffées à la chaleur de leur rage commune, de leur douleur particulière. Mia, Esther, Lucie et les autres forment à elles toutes un groupe compact, collé-serré, agissant d’un élan unique pour abattre un bras vengeur sur l’impuni qui leur a fait ça.

Et c’est là, peut-être, que le bât blesse dans l’orageux premier roman de Marcia Brunier, tant sur le fond que sur la forme. La sympathie implicite, la compréhension spontanée, l’empathie instinctive viennent se heurter à cette masse sans contours distincts, à cette pulsion première et viscérale qui se lève pour répondre à cette autre qui les a frappées. Tout au long de ma lecture, plutôt agréable au demeurant, je n’ai cessé de tenter de cerner chaque personnage, sa personnalité, son histoire ainsi que l’organisation temporelle du récit sans parvenir à me représenter nettement ni les uns, ni l’autre ce qui m’a quelque peu laissée sur un sentiment d’inconfort qui, à mon sens, aurait dû rester la prérogative de la teneur du roman. Car, oui, il bouscule, oui, il interroge, même maladroitement, les citoyens, voire les féministes que nous sommes, en soulevant l’éternelle question de la vengeance, l’éternelle tentation de la loi du talion, de la justice rendue à soi-même, par soi-même, d’un lapidaire « œil pour œil ». Alors, quoi ? Viol pour viol ? Bien sûr, on comprend l’ampleur de leur rage impuissante face à la lenteur, voire la légèreté ou l’inefficacité d’une justice et de ses lois un brin frileuses. Bien sûr, elles ne vont pas, telles les mégères gendarmicides de Brassens, jusqu’à « couper les choses » de leurs agresseurs (pas ces choses-là en tout cas…). Bien sûr, on ne peut s’empêcher de se dire que, au regard de ce qu’elles ont subi, leurs gestes sont bien peu de chose et que, après tout, il n’y a pas mort d’homme. Non, pas cette fois. Mais, pour les morts d’hommes, justement, du coup, on fait comment ? On écrit des romans, peut-être, en mettant dans ses points toute la violence que les poings ne peuvent pas, ne doivent pas dire. – Magali Bertrand

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Que dire… roman court et rapide qui fait échos à un sujet de société grave : le viol.
La vengeance, la colère, le combat d’un groupe de femmes qui ont décidés de se faire justice… La justice que l’état ne semble pas leur donner…
Le sujet est fort mais je dois dire que je n’ai pas été conquise. Seul un moment m’aura marqué, celui où Lucie raconte à Flo une des sorties du groupe. Flo sont meilleur ami qui n’a pas l’air de croire à toutes ces histoires, la remise en cause des victimes est à ce moment-là à son paroxysme. – Ana Pires

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Mia, Lila, Léo, Lucie, Louise, Ines et les autres, toutes violées, toutes victimes, toutes blessées à vie .
Leurs corps ne leur appartient plus, elles sont unies par ces crimes impunis, ces blessures .
Alors ce gang de filles se vengent à leur manière, sans grande violence, mais marquant à vie leurs agresseurs.
Ça les apaise et les aide à se reconstruire.
Que faire d’autre quand la justice ne tranche pas, quand les violeurs eux même ne se sentent pas coupables et restent dans le déni.
Roman original dont le sujet dramatique, tristement d’actualité, est traité avec sérieux et compassion.
Elles sont bien courageuses, ces orageuses . – Anne-Claire Guisard

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« Quand elle les avait revues, Mia avait trouvé la nuit plus claire, elle s’était dit qu’elles ensemble c’était comme un orage d’été, qui illumine un ciel trop lourdement chargé. »

Les femmes, les « orageuses » du livre, ont toutes été victimes d’un viol. Elles se reconnaissent et puisque la société leur refuse toujours un procès équitable, elles se regroupent et rétablissent l’équilibre en projetant la peur, l’effroi, la stupeur de l’agression et le souvenir du trauma chez celui qui reste impuni, le criminel jamais nommé par la justice.

Il ne s’agit pas dans ce roman d’une colère activiste à laquelle il serait difficile de ne pas se joindre. A travers la fiction, le récit d’expéditions punitives menées tambour battant par un groupe de fille (une horde ne serait pas exacte, elles ne sont ni folles, ni enragées, ni même effrayantes), ce livre délivre des vécus, des ressentis et des questionnements tels qu’ils sont, réels. Il pose des mots sur l’appréhension de ce crime, sur la façon ancrée, systémique et très lâche avec laquelle nous nous débattons tous depuis fort longtemps pour éluder, éviter ou s’arranger avec le sujet du viol au risque de ne jamais condamner un coupable et d’ouvrir toujours plus grande la voie de l’impunité en refermant le piège du silence assassin sur la victime.

 Ce roman nous oblige à lire ce que nous savons tous, ce que nous connaissons des mécanismes dans lesquels nous avons été élevés et éduqués. Une jupe trop courte, un air aguicheur, une heure tardive, une danse lascive, un sourire trop large…la femme sera toujours une tentatrice, une jeune égarée, une naïve éméchée, une joueuse avec le feu…et que face aux hommes naturellement prédateurs, virils et  ainsi faits, ce sont aux femmes d’être vigilantes et de faire attention à ne pas provoquer, frôler les limites. Ce roman nous bouscule car nous aussi, femmes victimes ou non, avons été conditionnées à  ces idées reçues, clichées mais tellement ancrées et inscrites qu’il deviendrait presque plus naturel de  rejoindre la vague de suspicion, la propension à douter d’abord, à minimiser ensuite, aussi insupportable que cela soit. Et se taire, se terrer car il aurait suffit de dire, de fuir, de ne pas ou de trop…Il y aura toujours une faille, une seule suffit, où se glissera la réprobation, la petite question inoffensive, la moue dubitative, et ainsi  alimenter l’insatiable appétit du gendarme intériorisé.

 Le débat court depuis quelques temps, des « paroles se libèrent », des voix s’élèvent et ça grince, ça dérange, ça questionne. Dangers de la vox populi, laquelle circule vite, trop vite via des réseaux célébrant l’anonymat des avis et annulant la nuance, le partage des idées, vox populi qui condamne, hurle, rejette menaçant parfois la présomption d’innocence…

Mais le «  procès de la rue » ne surgit-il pas à défaut d’un autre qui se devrait se dérouler en cour de justice ? A défaut d’une enquête, de témoignages accueillis sans soupçon, sans méfiance, sans la défense crasse ou inconsciente d’avoir à entendre les basses pulsions qui animent nos âmes, nos corps depuis la nuit des temps mais que l’on refuse encore de confronter, n’est-il pas attendu que la colère qui gronde, ce tonnerre qui roule depuis si longtemps, jaillisse, s’exprime, tonne sa foudre et frappe un cran d’arrêt ? « On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. »

Nos orageuses n’utilisent pas les médias, ni ne s’affichent ni ne mènent des coups d’action tonitruants pour marquer les esprits. Elles tentent, ensemble, à plusieurs, de se réparer, de panser la blessure et remettre à l’endroit leur vie qui a basculé dans l’enfer de la violence, leur corps qui a chuté dans la trappe de la honte, le désir qui s’est noyé dans le cloaque de la culpabilité.

Ces femmes ne franchissent pas la ligne du crime : elles humilient, effraient, cassent, démontrent et manifestent leur puissance à celui qui les a avilies et qui à chaque fois se recroqueville face à la Vérité qui éclate et se crie.  Retrouver la valeur de sa parole unique, singulière, cette parole annulée et niée dans l’instant de l’horreur et dans les jours, semaines et mois qui suivront avec la violence redoublée des autres qui n’entendront pas, qui ne croiront pas. Et dans ce long chemin de reconstruction, nos pétroleuses s’arriment les unes aux autres sans avoir besoin de justifier, ni excuser leurs moments troubles et douloureux, dans une connivence respectueuse et tacite, parce qu’elle savent et se croient ; elles organisent, agissent le seul recours qu’elles ont trouvé pour expulser un peu du mauvais injecté en elle et qui continue à diffuser son venin, suintant encore et encore le rappel de la peur. La peur qui bat les tempes, toujours tapie, toujours prête à surgir et tachycarder le cœur, à transir de froid et glacer les sangs, à paniquer le corps jusqu’à l’évanouir, à figer le mouvement et l’élan et tout ternir.

L’auteure, dans un récit tout en ellipses rondement menées, déplie l’éprouvé des victimes sans s’attarder ni analyser de trop ou justifier mais dans le déroulé d’un quotidien qui suit son cours et nous montre : comment l’effraction du corps et du plus intime en soi a tout déréglé du rapport à l’autre,  au désir, combien très vite le monstrueux envahit le mauvais camp et inverse la réalité, la tord, l’essore jusqu’à laisser une tête exsangue de ne plus pouvoir penser sans tout martyriser… Sans oublier les ravages de la rage que les mots ne suffisent pas à calmer et qui doit s’expulser hors de soi avant qu’elle n’implose en soi.

Le choix narratif est ingénieux, la haine ne court pas dans les lignes du roman, au contraire. Marcia Burnier entrelace les parcours différents de nos héroïnes, leurs singularités dont le seul commun, au-delà de la blessure, est d’appeler  au retour libre de la joie, du désir, du plaisir, loin de l’entrave. Et aimer de nouveau sans relâche.

Ce livre résonne évidemment bien fort avec notre actualité et a cela d’important qu’il nous oblige à la responsabilité : répondre de notre présence et accepter d’observer en conscience le système dont nous sommes, oser se confronter à ce qui  nous embarrasse, nous offusque, et accueillir la violence agie en coups d’éclats comme expression,  donc parole d’une souffrance qui se révolte pour se faire entendre « …les filles se sentent moins agressives. Plus puissantes, mais moins enragées. Elles ont purgé leur sentiment d’injustice. »Karine Le Nagard

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Les Orageuses du titre sont des jeunes femmes avec des personnalités, des origines et des occupations différentes mais elles ont en commun d’avoir subi un viol et de vivre avec le traumatisme qui en en a résulté.

Elles estiment leur parole dédaignée, la société inerte et la justice décevante tandis que leurs agresseurs bénéficient d’une incompréhensible mansuétude.

Elles décident donc de constituer un groupe qui rendra visite à chacun des garçons ou hommes responsables de leur malheur, pour faire leur connaître, dans les coups et la destruction, les émotions qui les ont traversées lorsqu’elles ont été leurs victimes : la terreur, la douleur, l’incompréhension, le doute, la honte…     

J’ai rarement lu quelque chose d’aussi puissant sur la bienveillance des femmes entre elles, les effets bénéfiques du groupe, les vertus de la parole partagée et la colère comme moteur de reconstruction.

D’aussi dérangeant aussi car le livre soulève de nombreuses questions, sans y répondre : a-t-on le droit de se faire justice soi-même ? La violence appelle-t-elle la violence ? La vengeance peut-elle se substituer à la justice ? Se venger fait-il reprendre le contrôle de sa vie ? L’action punitive a-t-elle sa place dans la lutte pour l’égalité et la fin du patriarcat ?

J’ai également apprécié que l’écriture de ce court roman, fluide et imagée, ne soit jamais sacrifiée au profit du message : le fond égale la forme, quelle belle réussite ! – Marianne Le Roux Briet

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« — Peut-être que parfois la vengeance vaut bien la justice, ajouta-t-il. » – Michael Connelly, Le Poète

« [Lucie] et les autres s’étaient vues sorcières, elles s’étaient vues magiques, elles n’étaient qu’une bande de filles ordinaires qui s’étaient réparées. »

Le premier roman de Marcia Burnier, Les Orageuses, a été publié à l’automne 2020 dans la collection Sorcières des éditions Cambourakis. Autant le confesser tout de suite – faute avouée… -, je n’étais pas vraiment emballée par le sujet, craignant un récit de plus sur les violences faites aux femmes. Que l’on ne se méprenne pas, la parole se libère depuis quelques années et c’est tout à fait salutaire, mais – parce qu’il y a un mais – je trouve que les témoignages se multiplient et leur profusion, parce qu’ils l’émoussent et la diluent, nuisent à l’histoire personnelle de chacune de ces femmes. De même, par choix personnel, je ne lis pas les récits autobiographiques ; je n’aime pas entrer dans les entrailles des familles, ce qui ne m’empêche pas de saluer ce qu’il faut de courage pour oser briser le silence. 

Le roman de Marcia Burnier choisit, et c’est habile, un angle différent en s’intéressant à ces femmes – elles pourraient être vous, elles pourraient être moi – qui, après avoir été agressées, décident de mettre fin elles-mêmes à l’impunité des hommes dont certains savent ce qu’ils font, là où d’autres n’en ont même pas conscience. Pourtant quelles que soient les circonstances, un non est un non. La fiction, à mon sens, a cet avantage de permettre au lecteur de s’identifier aux personnages, de rendre le récit plus immersif et, partant, plus prenant et convaincant.

Ce récit dérange. Se posent évidemment plusieurs questions morales que ces jeunes trentenaires n’éludent pas : peut-on se faire justice soi-même ? Est-il sain de combattre la violence par la violence ? 

« Nina avait été la plus difficile à convaincre, elle avait peur que ça la rabaisse cette violence, elle crevait de trouille de ressembler à tous ces mecs. »

Lui donner un autre nom suffit-il à justifier la vengeance ?

« On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire. »

Quand l’assistance sociale piétine, quand la justice, une justice d’hommes, est en faillite, il reste à inventer d’autres solutions, car il est impossible de se rendre invisible indéfiniment, de vivre la peur au ventre, au littéral comme au figuré, et de ne jamais trouver ni le sommeil ni le repos. De là à prôner la loi du talion, « Œil pour œil, dent pour dent »… même s’il est clair que leurs expéditions punitives ne font que des dégâts matériels

« Elle voulait une vengeance qui laisse des traces, une vengeance chiante, pas juste des bleus qui disparaissent dans la semaine. »

et ne sont qu’un remède pour aller mieux. 

« Ce qu’elles voulaient, c’était des réparations, c’était se sentir moins vides, moins laissées-pour-compte. Elles avaient besoin de faire du bruit, de faire des vagues, que leur douleur retentisse quelque part. »

Ne nous y trompons pas, Les Orageuses ne fait pas l’apologie de la violence, car comme le dit Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal : « Quand on lutte contre les monstres, il faut prendre garde à ne pas devenir un monstre soi-même. » D’ailleurs, les opérations rapides et efficaces que mène cette bande de filles contre les hommes qui les ont agressées ne sont pas ce que je choisis de retenir de ce texte. Mia, Lucie, Inès, Leo, Louise et Lila, à mon avis, valent mieux que ça.

« Elle prend le temps de bien les regarder toutes, sorcières mes sœurs, ces vengeresses, pétroleuses, prêtresses, toutes un peu abîmées mais qui ont réussi à se rafistoler comme elles pouvaient. Elle a une bouffée d’amour avant la violence et elle les regarde comme si elle regardait sa famille, Mia, Lila, Inès, Leo et Louise. »

Famille : le mot est lâché que, personnellement, je préfère à sororité. Mia, Lucie, Inès, Leo, Louise et Lila se sont reconnues, dans leurs blessures à panser, dans leurs espoirs à nourrir. Ensemble, elles sont plus fortes. Elles se soutiennent pour faire face à la peur qui a fait son lit dans leur quotidien, et endurer la suspicion de personnes qu’elles croyaient proches, tel leur ami Flo. Grâce à leur bienveillance réciproque, elles reprennent peu à peu le contrôle de leur vie et le goût de vivre qui devrait toujours aller avec. Ensemble, elles taguent les murs de leurs agresseurs comme elles tatouent leur corps à elle, dessinant un avenir. Ensemble.

« Quand elle les avait revues, Mia avait trouvé la nuit plus claire, elle s’était dit qu’elles ensemble c’était comme un orage d’été, qui illumine un ciel trop lourdement chargé. »

Ce roman de peu de pages est vif, le ton, enlevé, les phrases courent sans prétention, enjambant prestement les virgules, nombreuses. Un a priori idiot m’a fait penser que j’y trouverais beaucoup de dialogues, or ils sont rares. À la réflexion, ils auraient freiné le dynamisme de la narration, en en cassant le flux que l’on pense inendiguable. Le texte a la vaillance de ses héroïnes, leur rage dans le combat et leur bienveillance dans l’amitié. 

« [Lucie] se tient droite, les épaules en arrière, la tête haute, les poings desserrés. […] Personne n’apprend aux filles le bonheur de la revanche, la joie des représailles bien faites, […] qu’on ne tend pas l’autre joue aux violeurs, que le pardon n’a rien à voir avec la guérison. »

Faire que la peur se lise dans d’autres yeux, avant de se redresser pour porter le regard loin devant soi. Si possible avec confiance.

Pour ceux qui l’ont lu, Confessions d’un gang de filles de Joyce Carol Oates (Stock, La cosmopolite, 1995) viendra à l’esprit. Immanquablement. Les Orageuses n’en a pas la sauvagerie. Le propos de Marcia Burnier est ailleurs, car en exposant les fêlures de ces jeunes femmes, elle s’interdit d’en faire des petites dures bravaches. Non, elles ne sont pas dures, Mia, Lucie, Inès, Leo, Lila et Louise ; elles n’ont plus l’innocence ni les excès adolescents de Maddy, Goldie, Lana, Rita et Legs au temps de leurs équipées sauvages et musclées.

Marcia Burnier a sans conteste une écriture incisive et brute, et son roman, comme souvent avec les premiers, porte déjà en lui le germe de fictions futures. – Christine Casempoure

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Et ma première lecture de cette sélection m’a très impressionné, troublé, interpellé.
Il s’agit d’un roman récit sur la vie de 7 jeunes femmes, qui vont former un groupe d’amies pour se soutenir, s’entraider après avoir subi un viol.
Publié dans la collection « sorcières » des éditions Cambourakis, ce texte trouve bien sa place dans cette nouvelle collection. Nos personnages sont des sortes de sorcières qui vont s’entraider et décider de se venger, de changer de rôle, de victime à « bourreau ». Chaque personnage va nous parler de son ressenti après cet acte violent, chacune cherche à se reconstruire, chacune avec leurs moyens personnels, leurs milieux, leur histoire.
Un texte court mais avec des portraits de femmes qui restent en mémoire, des situations si vraies, si réelles. Et avouons le, on verrait bien un gang de filles faire ces actes. Cette vengeance si légitime n’est pas violente sur les corps mais sur les esprits et pourquoi pas taguer ce magasin, pourquoi ne pas faire changer la peur de place, voir la peur et l’effroi dans le regard de ces hommes, changer de rôle.
Ces femmes sont des orageuses car elle s’associe et comme le dit si bien Chloé Delaume, la sororité peut être un outil de puissance.
Ce texte est percutant car il parle sans concession du quotidien qui revient après ces actes, des moyens pour s’en sortir.
Mais c’est aussi un texte littéraire avec une belle plume et des scènes qui restent en mémoire, des scènes dures mais aussi des bouffées d’air pour reprendre pied, des scènes jubilatoires (eh oui, ces scènes de quasi commando).
J’ai beaucoup pensé aux performances des femens, qui par leurs actes interpellent mais aussi les afficheuses qui nous interpellent dans les rues avec des phrases percutantes, dérangeantes.
Bien sûr, il y a le mouvement mee too et les esprits changent mais il faut toujours continuer à dénoncer, à interpeller, à éduquer.
Par le romanesque, Marcia Burnier nous interpelle, nous interroge, nous percute mais aussi nous incite à ne pas se taire, à tenter de changer la vision des victimes. elle questionne sur le difficile concept entre vengeance ou rendre justice, quand la justice ne s’est pas ou ne veut pas répondre comme il faudrait et il y a encore beaucoup de choses à faire bouger. – Catherine Airaud

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On vit la peur, les sueurs froides, la paralysie, la honte, les incompréhensions, l’impossibilité de poser des mots assez forts pour décrire, les regards fuyants puis viennent la rage, la colère, l’envie de vengeance, la patience.

Enfin l’heure sonne, l’orage éclate et c’est la délivrance, celle qui apaise, qui permet de sourire enfin.

Tout est parfaitement bien décrit. Jusqu’à ces blagues qui n’en sont pas mais qui permettent à leurs auteurs de répandre leur fiel.

Ce roman m’a secouée tellement il est vrai.

Tout est à construire car rien n’est adapté.

Roman coup de poing qui fait du bien et que j’ai beaucoup aimé. – Stéphanie Justin

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Viol et humiliation, voilà ce qu’a subi cette bande de filles. Mia, Inès, Louise, Leo, Lila, Nina et Lucie en ont assez d’être passives, d’entendre des discours sur la réparation sur l’importance de « vivre avec » ; elles ne veulent plus de psychothérapie « pendant que l’autre continue sa vie sans accroc, sans choc, toujours plus puissant. » Ce qu’elles veulent, ce qui va les guérir, c’est la vengeance. Alors elles s’organisent, et font faire justice elles-mêmes. L’idée, c’est de faire peur, de décourager le coupable de récidiver. Pas de le frapper ou le blesser, non, elles se contentent de dévaster l’appartement du sale type, de détruire ses objets de valeur sans le toucher. C’est Mia, qui assiste régulièrement à des audiences au Palais de Justice, qui est la plus vindicative, c’est elle qui a eu l’idée de ces expéditions punitives qui les ont soulagées. C’est elle enfin qui propose à Lucie, victime elle aussi d’un viol, de se joindre à elles. Voilà Lucie vengée, qui se sent moins seule, vivante, enfin capable de retrouver le sommeil.

Alors bien sûr, elles n’ont pas tort, ces filles, de se faire justice quand la Justice peine à faire son travail, quand les violeurs écopent de peines bien inférieures aux dealers et aux trafiquants de toutes sortes. Peut-être peut-on aussi les envier, car quelle femme inquiète, à rentrer le soir tard les rues, à subir des mains pressantes dans un bus bondé, n’a pas eu envie un jour de se venger d’être considérée comme l’objet d’un désir malsain et humiliant ? De rabaisser l’homme qui l’a rabaissée ? De lui faire comprendre qu’elle n’est pas une chose dont on dispose à sa guise pour assouvir une pulsion ? De se sentir, enfin, toute puissante ? Oui, évidemment. Mais de là à passer à l’acte, c’est autre chose. On peut dénoncer les manquements de la Justice, le manque de soutien des femmes victimes de violences – bien que les choses commencent enfin à changer -, sans pour autant chercher à se faire justice soi-même. D’autant plus que les expéditions punitives n’excluent pas une sorte de jouissance délétère qui m’a gênée. Le discours féministe à ce titre me semble avoir des limites que ma morale m’interdirait de franchir. Cela dit, ce roman pose également la délicate question du consentement, et de la zone grise entre un refus et une acceptation forcée devant l’insistance du partenaire. Combien de femmes, épouses, compagnes, maîtresses d’un jour, un peu saoules, un peu perdues, ont-elles fini par abdiquer et accepter un rapport qu’elles auraient préféré ne pas avoir ? L’homme est-il alors un violeur, ou simplement un type trop pressé par son désir ? Le refus était-il audible, visible ? Où se situe la limite ? C’est la question que se pose Flo, le meilleur ami de Lucie, qui va faire lui aussi l’objet de la vengeance du gang de filles. Une question que le mouvement #MeToo n’a pas résolue. – Emmanuelle Bastien

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Un court récit en écho aux actualités féministes, féminicides de notre époque dont la profusion recèle autant de bonnes que de moins bonnes choses.

Attachons-nous à ce récit de la croisade plus ou moins pacifique de cette bande de jeunes femmes unie sous la bannière de Mia en réaction à ce que chacune a pu subir comme violences réelles ou ressenties de la part d’hommes divers mais tous volontairement ou non conscients de la gravité de leurs actes. Lassées des lenteurs judiciaires comme de la difficulté d’obtenir justice et réparations autre que pécuniaires ou pénales, Louise, Leo, Mia, Lucie, Nina et Lila définissent une liste de sept hommes dont chacune a subi d’une manière ou d’une autre la violence et des rapports non désirés et mettent en place une expédition punitive pour faire changer la peur de côté.

141 pages au total où le lecteur découvre les histoires de chacune, leur blessure, leur réaction, les bouleversements qu’elles ont subies et continuent de subir et l’union de ces croisées pour faire changer la terreur de bord. En trouvent-elles pour autant le repos ou une certaine quiétude, pour moi cette question reste entière.

Œuvre sensible, c’est une année de la vie de ses femmes que le lecteur suit. L’ensemble se lit facilement, pour moi pas forcément un plaidoyer nouveau, hélas. – Olivier Bihl

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Qu’elles s’appellent Louise, Mia, Nina ou Lucie, elles ont toutes comme un vide à l’intérieur. C’est le silence, la honte, le déni qui les rongent. Elles ont toutes été les victimes d’hommes irrespectueux, brutaux, tout-puissants… Agressions sexuelles, viols, menaces, rien ne leur a été épargné. Et si au début elles comptaient sur la Justice, elles s’aperçoivent bien vite qu’il n’y a rien à attendre de ce côté-là. Et si la vengeance était la solution ?

Le premier roman de Marcia Burnier est un cri. Celui des filles, des femmes, qui n’ont d’autre choix que celui de se rendre justice elles-mêmes. Alors qu’elles ont subi un traumatisme, dont leur corps n’est que la plaie béante, elles doivent agir pour ne pas mourir.
C’est le cri des victimes que l’on n’écoute pas, celui des âmes salies à qui on ne donne pas le droit de se protéger.
C’est le cri de rage qui tourne en boucle dans leur tête de jeunes femmes meurtries.

Mia, Louise, Nina et toutes les autres filles du gang se transforment en sorcières modernes. Celles qui font passer la honte de l’autre côté, celles qui marquent de leur haine, par leur violence.

Avec une écriture fine, travaillée, maîtrisée, Marcia Burnier fait de ces filles des êtres étincelants qui entrent dans la lumière pour ne plus s’effacer…

Merci aux 68 pour cette lecture qui frappe, qui happe, qui cogne et qui bouscule. – Audrey Lire & Vous

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Les Orageuses est un court premier roman militant qui surfe sur la vague du Me Too. Des jeunes femmes se regroupent pour essayer de se reconstruire après avoir subi des agressions sexuelles. Notre monde étant beaucoup trop laxiste envers les hommes elles décident de se venger à leur manière. C’est en formant un gang de filles vengeresses qu’elles vont se réparer. Le partage de la parole, pourtant salvateur, ne leur suffit pas. Le thème de ce roman n’est absolument pas sur le droit de se faire justice soi-même mais sur la solidarité et la reconstruction.

J’ai bien aimé le fait que ces femmes prennent chacune soin des autres, qu’elles créent un groupe solidaire, une sororité. Je comprends parfaitement leur douleur, leur besoin de vengeance, d’expulser violemment leur colère. Je n’en ai pas pour autant adhérer totalement au récit. Je ne sais pourquoi, j’ai compati mais je n’ai pas éprouvé une réelle empathie pour elles.

J’ai pris ce récit comme des témoignages, il m’a semblé plus documentaire que roman, chacune livrant son ressenti après l’agression et son impossibilité à se réparer. C’est court et cependant répétitif. Le style de Marcia Burnier, âpre, incisif, s’accorde bien à la hargne éprouvée par les jeunes femmes. Même si je n’en ai pas spécialement aimé l’approche, ce récit est nécessaire, malheureusement il ne sera sans doute pas lu par beaucoup d’agresseurs. – Françoise Floride

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Mia, Lucie Inès et toutes les autres nous aident avec ce réquisitoire contre l’absence de réaction de la justice face au viol, à comprendre. Comprendre qu’un viol, c’est bien souvent une vie saccagée, un destin contrarié, un frein dans le quotidien qui empêche des actions banales pour un individu, comme prendre les transports en commun, s’insérer dans une file d’attente, un coup de longue durée porté au moral, des nuits perturbées, un empoisonnement de l’esprit par un secret bien gardé, par pudeur, par incompréhension des autres.

C’est à la suite de ce constat que ce gang de fille agressées se reconstruisent, car c’est bien de reconstruction dont il s’agit, en menant des actions punitives contre l’agresseur, actions intelligemment organisées afin de mettre à mal le violeur et soulager la victime.

Ce récit peut paraître décousu en raison de ses chapitres où sont semés ici et là, des bribes de vie, informations dispersées pour signifier la pudeur des victimes qui se livrent difficilement.

Ce roman est à mettre entre toutes les mains afin de tenter de faire avancer les choses en matière de justice et de permettre aux victimes de s’exprimer et de communiquer efficacement leur colère pour que l’on cesse de banaliser le viol.

Merci aux 68 premières fois de m’avoir permis de découvrir ce récit marquant. – Roselyne Soufflet

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C’est l’histoire « d’un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie. » Elles se surnomment « les sorcières », elles s’appellent Lila, Nina, Inès, Leo, Louise et Mia. Leur point commun, malheureusement, est d’avoir été violées. Un premier roman dont la sororité est au cœur. Sa force est de donner à entendre la voix de ces jeunes femmes, la douleur de leur corps, leurs crises d’angoisse mais surtout leur rage et leurs peurs.

« Elle a juste une voix qui la hante et qui surgit régulièrement pour lui susurrer qu’elle est pourrie, mauvaise, et qu’elle ne peut faire confiance à personne. »

Ensemble elles vont imaginer une sorte de vengeance, leur remède pour aller mieux. Elle se mettent d’accord sur ce qui est « acceptable moralement ».

« est-ce qu’on lui pète la gueule ou bien on détruit son appartement, ça vaut quoi un viol comme punition ? »

Ces « sœurs de galère » renoncent à la justice traditionnelle et préméditent donc des expéditions chez leur violeur. Elles dévastent un appartement en présence du mec et puis s’adressent à lui :

« Tu vois, pour Inès, y’a eu un avant et un après. Y’a des questions auxquelles elle peut que répondre en expliquant qu’elle a été violée, c’est comme ça, ça la suivra, tu vas dégager d’ici, et y’aura des questions auxquelles tu pourras rien répondre d’autre que je suis un sale pointeur. »

Elles taguent sur les murs de l’appartement « NON C’EST NON » et inscrivent sur sa boîte-aux-lettres « un de moins » en référence à « une de plus ».

Je vous laisse imaginer la tête du type après leur passage !

En tout cas ces expéditions leur redonnent confiance, leur permettent de se sentir vivantes et de dormir enfin. Ce sera peut-être une solution pour commencer à se reconstruire.

Ce roman aborde également les dysfonctionnements de l’administration, de la police.

« pourquoi on ne riposterait pas ? Pourquoi on garderait toute cette violence en nous, pourquoi est-ce qu’on dépenserait tant d’argent chez le psy, pour « canaliser la colère » sans jamais obtenir justice ni réparation ? »

Mia se rend au palais de justice pour écouter des audiences. Elle note dans un carnet les chiffres de chaque condamnation. Elle a besoin de comprendre.

« pour voir ce qui valait plus qu’un viol : le vol d’un paquet de riz, d’un parfum, la revente de 20 grammes d’herbe, l’outrage à un agent, les violences volontaires avec moins de 7 jours d’ITT… »

Un livre dur, mais surtout nécessaire. Bravo Marcia Burnier pour votre courage et votre façon d’avancer. La couverture, réalisée par Marianne Acqua, est magnifique. – Joëlle Buch

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Je suis malheureuse de n’avoir pas apprécié ce roman car sa cause est juste, sa sincérité aussi évidente que forte. C’est sans doute la première fois que je lis un roman qui donne un tel accès aux ressentis intimes de celles qui ont été victimes de viols, transmettant parfaitement les conséquences psychologiques de cette déflagration.

Tous les membres de ce gang de filles ont été violées et trouvent refuge dans une sororité qui permet d’avancer sans avoir à expliquer ou se justifier sans cesse. Toutes ont envie de hurler, que, non, «  c’est pas comme un rhume, ça ne disparaît pas après quelques semaines avec du doliprane ». Surtout, elles ne veulent plus baisser les yeux quand elles marchent, elles ne veulent plus « être présentables en société sans faire de vague », elles ne veulent plus se maintenir «  juste au-dessus de l’eau ». Marre de s’agiter pour ne pas couler dès le levée. Elles veulent effrayer, imposer le respect, elles veulent se réparer et, puisque les voies officielles ne sont pas à la hauteur, la vengeance sera leur.

La thématique sur l’éthique de la vengeance est passionnante mais au final, j’ai trouvé ce roman bien fade dans le traitement qu’il en fait. D’abord à cause du défaut de caractérisation des personnages, très brouillon. J’ai eu eu mal fou pour différencier Lucie de Mia, Lila, Inès, Léo et Louise, alors que j’avais envie de faire leur connaissance, intimement, au-delà de la colère légitime qui les anime.

La conduite de la narration est, elle-même, confuse et répétitive malgré la brièveté du récit. Du coup, j’ai peiné à ressentir des émotions, à vibrer alors que la force du sujet aurait du le permettre.

En fait, je crois que je m’attendais à un texte bien plus dérangeant. Marcia Brunier fait référence nommément à un roman d’Helen Zahavi, Diry week-end, qui sert de détonateur à la volonté des filles à trouver réparation en se vengeant.  Ce roman est perturbant par la violence de son héroïne Bella qui, après voir été doublement violée, se déchaîne contre tous les mâles qui refusent de la laisser tranquilles. Les Orageuses reste sur des rails finalement assez politiquement corrects avec des expéditions punitives plutôt «  petites ». Sans aller jusqu’à l’outrance d’une Lisbeth Salander ( inoubliable héroïne badass de Millenium, de Stieg Larsson ) qui tatoue à la sauvage « Je suis un porc sadique, un pervers et un violeur » sur le ventre de son ancien bourreau, j’avais envie de quelque chose de plus tellurique sur un tel sujet, de moins fade. – Marie-Laure Garnault

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Dans les comics il y a des supers héros qui viennent défendre la veuve et l’orphelin quand ceux-ci sont menacés par le mal. Pif, paf, pouf et le méchant est puni !
Dans le roman réaliste de Marcia BURNIER, la réalité est tout autre et n’est malheureusement pas aussi idyllique. La femme victime d’un viol ou de violence sexuelle, quelque soit son rang ou statut social, ne verra pas une sorte de superman la sauver des griffes de l’individu mal intentionné. Comment pouvoir alors affronter ce traumatisme et surtout se reconstruire? Et si un groupe d’individus pouvaient être des justicières quitte à appliquer la loi du talion?

Ce premier roman de Marcia BURNIER est un véritable coup de poing. Il est très percutant. Je me suis sentie assez mal à l’aise à sa lecture mais il a le mérite d’aborder d’un point de vue différent ces sujets qui restent assez tabous. J’ai par contre beaucoup apprécié sa belle couverture dans les tons de bleu qui rend d’une certaine manière, un bel hommage aux fameuses sorcières. – Hélène Ortial

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Avec les Orageuses, l’autrice  aborde un  thème très porteur de la littérature féministe contemporaine. Cette fois en imaginant la possibilité d’une vengeance fomentée par les victimes elles-mêmes, puisque du dépôt  de plainte à l’éventuel procès, la justice bafoue les droits de jeunes femmes. Et on comprend tout à fait le désarroi de devoir de prouver que l’on n’a pas induit le délit, par son attitude, ses propos, un refus peu clair ….

Ce court roman est donc un cri de rage, une révolte contre le traitement actuel des plaintes pour viol et une piste pour un éventuel moyen de se défendre soi-même en toute illégalité.

Les jeunes femmes, Nina, lia, Inès Léo sont toutes marquées profondément par leur agression, qui parfois laisse à distance des séquelles qu’elles ne relient pas toujours à ce qui s’est passé. Le traumatisme a pu être enfoui, et ressurgit dans des angoisses, des troubles du comportement handicapant.

Et le désir de réparer l’infamie, est une façon d’exorciser le mal enfoui.

Une lecture qui ne laisse pas indifférent, parce qu’on ne peut se désolidariser de ces femmes blessées, mais si la voie qu’elles ont choisie pour affronter leur peur et se venger semble leur réussir sur le plan personnel, on n’entrevoit aucune amorce de proposition plus générale, ni même une opposition de généraliser cette violence en retour. C’est juste un constat. Et même un constat d’échec, puisqu’elles sont conscientes que rien n’empêchera les hommes de violer. – Chantal Yvenou

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Un premier roman habité par une colère légitime et incandescente.

Elles sont sept jeunes femmes qui ont en commun d’avoir été victimes de violences masculines, du harcèlement au viol. En commun aussi l’absence d’écoute réelle de la société. Du sexisme ordinaire à la culture du viol, elles ont conscience qu’on attend d’elles qu’elles ne fassent pas de vagues, « qu’elles [vivent avec] qu’elles paient leur psychothérapie pendant que l’autre continue sa vie sans accroc, sans choc. »

« Elle avait vu la gêne chez ses proches, senti la honte dans ses tripes, la solitude dans ses os. Elle avait vécu personnellement la sensation de déranger en en parlant, de déranger l’ordre établi,  la suspicion générale face à son récit, l’impression de devenir folle, de perdre pied avec la réalité,  le doute instillé, (peut-être que j’ai rêvé). »

Elles vont mal, font cauchemar sur cauchemar, se sentent en insécurité partout, n’arrivent plus à envisager une relation de couple normale.
Il y a un esprit de défaite, de faiblesse insidieusement entré dans tous leurs pores depuis l’enfance. L’orage gronde quand ensemble  dans un élan salvateur de sororité, une pulsion de vie qui les pousse à la guérison, elles vont reprendre leurs vies en main et décide de se faire du bien, de se réparer pour pouvoir à nouveau avancer tête haute. Dans des limites bien définies  sans violence physique, leur « gang » va s’en prendre à  chacun des agresseurs, un par un, et leur faire ressentir la peur, la honte, le traumatisme …

C’est un joli roman féministe qui se lit facilement. L’écriture est fluide et efficace. J’ai ressenti cette colère et cette révolte devant l’inertie de la société. J’ai ressenti de l’empathie pour ces jeunes femmes qu’on découvre les unes après les autres au fil du roman, et aimé  leur écoute mutuelle, la présence qu’elles se donnent comme une pause nécessaire, bienveillante et salvatrice.

C’est un roman coup de poing, un cri de colère, un manifeste pour la sororité parce qu’ensemble et solidaires, les femmes sont puissantes. – Catherine Dufau

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Mia, Lucie et leurs amies ont toutes été victimes de viol et elles sont toutes « fracassées » de l’intérieur. Elles n’ont pas été écoutées, reconnues comme victimes, et n’ont encore moins obtenu justice. Elles ne peuvent donc pas « guérir » de leurs blessures, de leur mal-être ; elles ne réussissent pas à se « réparer ».

Alors dans ce petit groupe qu’elles ont formé -là où elles n’ont pas besoin de se justifier- elles vont trouver un moyen de se reconstruire ; elles vont monter des « expéditions » contre leurs agresseurs, pour leur faire comprendre qu’ils ne peuvent pas s’en sortir aussi facilement.

Le sujet est grave s’il en est et sous les feux de l’actualité. Mais l’auteure ne m’a pas convaincue. Je n’ai pas réussi à la suivre sur cette voie qu’elle explore.

Bien sûr qu’il faut libérer la parole, qu’il faut écouter et réparer, mais comment ? Comment faire prendre conscience à ces hommes qu’ils sont vraiment des violeurs dès lors qu’ils se servent sans qu’on le veuille ? Par le biais de la vengeance, de la revanche, pas sûre… Cela va-t-il réellement réparer ?

L’évolution de la prise en charge des victimes par les services de police et la justice aiderait sans aucun doute ; la pédagogie aussi, peut être ?

Ce que j’ai trouvé intéressant dans son roman c’est la manière dont Marcia Burnier aborde l’intime de ces femmes ; Elle nous fait prendre conscience de ces dommages invisibles mais dévastateurs causés par ces violences sexuelles mais aussi et surtout, elle nous fait partager leur détresse face au peu de crédit qu’on leur accorde et au statut de victime qu’on leur refuse. – Anne Laude

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Mia, Nina, Lucie, Leo, Ines et tant d’autres… Les orageuses se sont ces filles, vos amies, vos sœurs, vos filles, vos cousines qui ont décidé face à cette justice malheureusement trop souvent sourde aux violences faites aux femmes de prendre leur destin en main et de faire comprendre à ces hommes qu’ils ne peuvent plus agir en tout impunité! Elles vont libérer leur colère pour passer à autre chose et se reconstruire. La situation de chaque femme est différente mais leur mal-être bien présent et l’autrice nous dépeint toute la palette de leurs sentiments.

Ce roman nous rappelle que dans toutes femmes il peut y avoir une blessure, un moment où elle a dit non et n’aura pas été entendue! Il y a-t-il des nuances dans le viol? Les victimes sont elles plus meurtries si le viol est violent, par un inconnu? Comment vivre avec cette blessure? Tant de questions que nous nous posons à cette lecture. Hasard du calendrier j’ai lu il y a peu « Femmes en colère » de Matthieu Ménégaux qui m’a beaucoup marqué et qui finalement aborde le même sujet, le vengeance d’une femme victime. La différence de ce roman, c’est que cette fois c’est tout ce processus de vengeance qui est abordé et non les suites judiciaires. La trame est intéressante, l’idée de ce “gang” qui se reconnait dans ses failles et son envie d’en découdre audacieuse. Toutes ces jeunes femmes vont trouver ensemble un exutoire pour reprendre leur vie en main avec leur éthique bien à elle. J’aurais cependant aimé que chaque personnage soit plus approfondi…

Ce roman est finalement un triste constat, celui de tant de femmes touchées. Ce livre est court et se lit vite mais peu être trop pour permettre une réelle empathie envers ce groupe. Il pose les bonnes questions, celle des femmes touchées mais aborde aussi rapidement le point de vue des hommes qui parfois ne se réalise pas leur acte. – Julie Campagna

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Elles sont 7 filles. 7 filles en colère qui ont besoin de se venger, car elles sont surtout 7 filles blessées, abîmées, irrémédiablement .
7 filles qui ont subi la violence et la lâcheté qui caractérisent certains hommes.
7 filles qui ont été abusées, violées, privées maintenant de la légèreté de vivre et rencontrer…
Le poids de ce qui a été subi est trop lourd à porter, l’incompréhension des autres est une douleur supplémentaire.
Et la peur, la peur omniprésente qui gâche tout, qui tend les corps et les esprits, qui envahit les nuits sans sommeil et les prive du plaisir de vivre…
Face à l’impossibilité d’obtenir justice et réparation par voie légale, elles décident d’unir leurs rages, leurs faiblesses, leurs déterminations et d’organiser elles-mêmes des expéditions punitives. Selon un « protocole » qu’elles établissent, elles vont démontrer à ces hommes que leurs actes ne peuvent rester sans conséquence et eux sans responsabilité.
Elles veulent « purger leur sentiment d’injustice ».
Ce livre parle vrai, direct, authentique. Il dit les souffrances indicibles, celles que ceux qui ne savent pas ne peuvent pas comprendre… il rappelle des chiffres, une réalité toujours aussi actuelle, toujours aussi révoltante.
Ce livre lutte contre l’invisibilité, et rien que pour ça est nécessaire .
Si ce n’est pas un coup de cœur littéraire, il m’aura néanmoins marquée et touchée. – Christine Gazo

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Si l’on s’en tient aux faits et seulement aux faits, c’est l’histoire d’un gang de filles qui organisent des expéditions punitives contre des violeurs.

« Après l’action elles sont euphoriques, euphoriques d’avoir été jusqu’au bout du plan, heureuses de n’avoir pas fait ce qu’on leur a appris, baisser la tête et se recoudre entre elles »

Mais ce livre raconte aussi et surtout l’état intérieur de : Inès, Nina, Léo, Louise et Mia qui a un taser dans sa poche de manteau et qui va au tribunal assister aux audiences d’affaires de viol.

Et surtout Lucie, à laquelle son métier confie le rôle d’écoute de femmes en détresse mais qui est comme elles.

Il y a de la solidarité, de l’amitié entre elles. Elles ont essayé les psys pour « canaliser leur colère » mais ça ne les guérit pas

Ce sont de jeunes parisiennes « normales » qui se font tatouer, manifestent, roulent à vélo, et se retrouvent dans les cafés avec leurs potes. Mais qui sont profondément marquées par le viol qu’elles ont subi .« Non,  c’est pas comme un rhume, ça ne disparait pas après quelques semaines avec du doliprane »

Une écriture percutante, et une belle couverture font de ce livre une œuvre cohérente qui ne devrait pas passer inaperçue. – Marie-Hélène Poirson

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A l’heure où les Rosies clament le féminisme, la sororité et la dénonciation du patriarcat, Les Orageuses retroussent leurs manches, allument leurs lumières intérieures et en combattantes du 21 ème siècle, prennent leur place dans la société où l’égalité reste à construire, chaque jour, chaque instant. Elles ne dansent pas dans les rues, elles ne lèvent pas le poing, elles reviennent ouvrir les consciences des hommes qui les ont  abimées, humiliées, apeurées, pour tenter de réparer l’irréparable.

Marcia Burnier témoigne de notre époque, de l’insécurité sexuelle d’être une femme, aujourd’hui encore. Elle donne aussi une force au collectif et à son action. – Anne Richard

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Excellent titre pour un texte, récit, témoignage, ou plaidoyer, plein de colère, d’un groupe de femme unie par les violences subies et enfouies dans un impossible processus de réparation. Je me suis laissée entraînée par les mots crachés et hurlés par ces jeunes femmes révoltées, blessées  et solidaires. Leur choix de répondre par des actions brutales et parfois décalées aux violences subies m’a parfois déroutée, mais prouve en même temps l’absence de réponses satisfaisantes et réparatrices de la société, de la justice, de la police. Face à ce vide, la solidarité et la sororité des femmes est un premier baume sur les plaies. Pour moi, ce n’est ni de la littérature, ni un plaisir de lecture, même si l’écriture est sincère et poignante, mais un rappel à une prise de conscience nécessaire, un éclairage différent sur le processus de réparation que les victimes peuvent utiliser pour repartir vers l’avenir. Donc une lecture intéressante, constructive et  utile. – Martine Magnin

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Les orageuses sont un gang de filles dont la soif de vengeance est à la hauteur du traumatisme vécu. Violées, violentées, traumatisées, elles cherchent à se reconstruire et à faire payer ces hommes que la justice ne condamne pas ou alors très peu.Elles s’organisent, partent en commando, se vengent et se sentent soulagées.Elles tentent aussi de se reconstruire. Ensemble, elles se comprennent, pas besoin de parler, d’expliquer, d’argumenter pour faire comprendre que non, il ne suffit pas de tourner la page ou penser à autre chose… Elles ne doutent pas les unes des autres, elles savent que « ça » s’est passé et ce que l’on ressent…Ce roman est court, trop court peut-être, car je n’ai pas vraiment été touchée bien que le sujet soit plutôt percutant… Je suis restée en surface, allant d’un personnage à un autre au fur et à mesure des chapitres. J’aurais aimé plus de développement sur ces personnages en voie de reconstruction, sur leur psychologie, leur ressenti… Dommage… – Agathe Bertrand

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Il m’a fallu du temps avant que je me décide à écrire cette chronique car la lecture de ce premier roman de Marcia Burnier n’a pas été de tout repos, tout autant que de mettre de l’ordre dans mes impressions !

Inès, Mia, Léo, Louise, Niwa, Lila, Fanta, Lucie et l’on pourrait en citer tant d’autre hélas … Toutes ont vécu un viol ou ont été agressées sexuellement, toutes gardent un traumatisme qu’elles ne savent comment évacuer. Toutes conservent en elles une violence et des sentiments contradictoires qu’elles ont besoin de libérer, d’exprimer… Toutes réagissent différemment mais toutes ont choisi de se rendre justice par elles-mêmes en manifestant, en vandalisant ou en lançant des expéditions punitives – telles des Amazones – contre ces hommes qui les ont fait souffrir. Elles sont à leur tour devenues des prédatrices. A plusieurs on se comprend, on se sent plus fortes, on se soutient, on est aussi prêtes à tous les excès. On n’a plus peur d’EUX. Ces femmes ont de la haine, des envies de suicide, de sexe à fortes doses… Pas de pardon ! Car le corps garde des traces de ces actes délictueux, même longtemps après l’agression, il conserve des blocages psychologiques. « Qu’en bas, là en lui montrant son bas ventre, c’est pourri ». Elles ont des crises d’angoisse, martyrisent leurs corps. Rien ne semble prévu pour les aider « On dit pas vengeance, c’est pas la même chose, là on se répare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposé à le faire ». Aussi ont-elles décidé de riposter, œil pour œil et dent pour dent :   la loi du Talion. Car elles ne croient plus en la justice humaine et en ceux qui sont sensés les aider. Car même ceux dont le rôle est de les protéger ne comprennent pas toujours ce qui s’est passé ou ont tendance à les juger coupables « vous avez des mœurs légères, vous êtes des mythomanes », elles souvent accusées de mentir   … Problème de crédibilité, solidarité masculine ?? C’est un sujet important à traiter car trop d’hommes encore pensent que les viols sont rares, que la plupart des femmes mentent. « Ces connards » car même tes propres amis peuvent en être car ils n’ont pas l’impression de violer, juste de forcer un peu pour convaincre la femme d’accepter une relation sexuelle.

L’auteur a inventé un nom commun : les orageuses. Ce mot n’existe que sous forme d’adjectif et veut dire tumultueux, ce qui correspond très bien à l’état d’esprit de ces jeunes femmes sujettes à des confusions violentes. Ce texte court, sans dialogue ou si peu, traduit les émotions que ces orageuses ont dans leur tête.

C’est un livre qui, s’il ne m’était pas parvenu dans le cadre des 68, que je n’aurai pas lu ou que je n’aurai pas fini à cause de cette confusion qui règne dans ses pages et surtout à cause de l’écriture qui m’a fortement déplu.  Ce livre use et abuse d’un langage parlé. Son contenu est perturbant, déconcertant, mais aussi émouvant et pourtant tellement nécessaire. Lecture insoutenable mais je dirai même vitale pour comprendre ce qu’ont vécu ces femmes dans leurs corps, dans leurs têtes, pour tenter d’analyser leurs comportements et l’orage qui explose, résonne en elles. Elles sont démolies, saccagées. Si l’on n’a pas soi-même vécu un viol il est impossible d’imaginer, de comprendre par quelles étapes, quels sentiments ces jeunes femmes ou femmes sont passées. Comment peut-on pardonner à ces hommes, comment peut-on atténuer ces cicatrices faîtes à leur corps, comment expliquer ce que l’on a vécu et l’expliquer aux autres ? Un univers de noirceur qui explose à toutes les pages. Le livre aborde tous les aspects du viol, montrent les préjugés qui sévissent encore et toujours. Un thème très actuel depuis quelques années avec la naissance du mouvement MeToo/ BalanceTonPorc qui encourage la prise de parole des femmes et qui veut faire savoir que le viol et les agressions sexuelles sont plus courants que ce qui est supposé et qui permet aux victimes de s’exprimer. Je ne sais si c’est possible, mais ce livre me laisse à penser que l’auteur a vécu ce qu’elle raconte dans sa chair. – Françoise Le Goaëc

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Une couverture qui annonce la couleur : membres décharnés, yeux révulsés, visages résignés. Bleus à l’âme.

Un titre qui gronde. Cumulonimbus et électricité dans l’air.

Voici Les orageuses.

Les orageuses, un manifeste contre les violences sexuelles et un petit manuel de survie en milieu hostile.

Rien que cela me direz-vous ! En une centaine de pages, qui plus est ?

La blessure qui marque notre peau au fer rouge centimètre après centimètre, on la colmate.

Le traumatisme que l’on vit individuellement, on le dompte. On s’acharne à le dépasser collectivement.

Ce On est la voix de sept femmes ordinaires, abusées, qui partent en expédition punitive contre leurs violeurs.

Sept guerrières en armure, certaines déstabilisées, la plupart froides et déterminées, toutes en quête de revanche.

Sept mercenaires – les orageuses, dont le courroux va s’abattre faute de justice sociale, d’équité et de réparation judiciaire.

Ce On est universel. Tristement pluriel.

Comment se reconstruire après la fouille ? Comment réapprendre à aimer après l’outrage ? Comment réparer les corps et les âmes meurtries dans une société qui commence tout juste à lever le voile sur ces crimes et qui va devoir aider les victimes à ne plus se sentir honteuses ou coupables ?

Ce texte militant apporte un réel éclairage sur les différentes réactions des victimes, sur leur difficile cheminement et propose une alternative révolutionnaire à la relative passivité des tribunaux. Il interroge par sa radicalité et questionne les principes de la République en renvoyant dos à dos la justice et la vengeance.

Un petit traité féministe de self-défense publié dans la collection Sorcières avec ces mots de ralliement en préambule :

Ainsi sera notre tempête

Ainsi sera notre revanche

Tout est dit. – Sandrine Guinot

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Lire également les billets de :

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/03/les-orageuses-de-marcia-burnier.html

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/03/les-orageuses-de-marcia-burnier.html

Claire Sejournet : https://lamarmottealunettes.wordpress.com/2021/05/22/les-orageuses-marcia-burnier/

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/06/les-orageuses.html

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2021/01/les-orageuses.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/06/mon-avis-sur-les-orageuses-de-marcia.html


Tant qu’il reste des îles – Martin Dumont

« C’est pas rien, une île. C’est un bout de terre planté au milieu de l’océan. Un caillou peut-être, mais avec la mer autour. Un truc magique, un endroit d’où tu peux pas te barrer comme ça, juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d’ailleurs ! Une île, ça se mérite. Faut prouver qu’on est digne de l’atteindre, faut être à la hauteur.« 

Ici l’histoire de l’île se mêle à l’histoire intime de Léni. Mais une île qui va être reliée au continent par un pont.

Léni travaille au chantier naval de Marcel qui lui a appris le métier et transmis sa passion. Avec Karim et Yann, même si les commandes se font plus rares, ils ont en commun l’amitié et l’amour du métier. Ils aiment tous aller se remonter le moral au café du coin chez Christine et y retrouver les copains pêcheurs autour de quelques bières. Jusqu’au jour où Marcel leur demande de fabriquer un voilier pour un client, un rêve et un espoir de résurrection pour ces jeunes ouvriers de la mer.

Sur l’île, nombreux sont ceux qui ont voté pour la construction du pont, pour la fin de l’isolement, des horaires des ferrys et des marées, de l’insécurité. Mais quelques réfractaires comme Stéphane, un pêcheur ami d’enfance de Léni, veulent manifester pour stopper les travaux qui avancent trop vite à leur goût. Car un pont, c’est la fin de l’île, la fin de leur singularité, l’afflux des touristes et la transformation pour le pire bien plus sûrement que pour le meilleur de leur petit coin de paradis.

Léni s’occupe un week-end sur deux de la fille Agathe. C’est un taiseux qui ne sait pas exprimer ses sentiments, même lorsqu’il s’agissait de sauver son couple avec Maëlys. S’impliquer ou pas dans la vie des autres, dans la sienne, il ne sait pas vraiment le faire ni s’il en a envie. Alors lorsque la jolie Chloé vient s’installer sur l’île pour faire un reportage sur le pont, c’est encore dans son silence qu’il se mure, laissant s’installer les questions, les attentes, les déceptions.

Léni le taiseux, mais aussi Léni l’indécis, doit-il reconquérir Maëlys, se battre contre le pont avec ses amis pêcheurs, accepter les sentiments de Chloé et accepter de changer de vie, de s’ouvrir à l’autre. Il se laisse porter par ses doutes, ses hésitations, par une forme de facilité à accepter les choses telles qu’elles viennent.

J’ai aimé ce parallèle entre la vie silencieuse et solitaire de Léni, et la vie des îliens, isolés du reste du monde par volonté ou par fatalité. Chacun se pose la question de ce qu’il convient de faire. À la fois pour les individus mais aussi pour la communauté. Faut-il rester dans sa bulle de silence, de confort, de paix, ou accepter l’autre, que ce soit le touriste, Chloé ou le pont, pour s’ouvrir au monde qui vous entoure, au bonheur qui vous tend les bras ?

L’écriture est aussi précise et délicate que pour le premier roman. Les mots se posent sur les sentiments, disent les hésitations, les bouleversements, les attentes, avec sobriété et justesse. Il n’y a ni trop ni pas assez, les événements se succèdent, les personnages sont vrais, et en même temps la poésie est omniprésente.

C’est une bien belle lecture toute en émotion portée par de beaux embruns vivifiants que nous proposent Les Avrils, une nouvelle collection qui démarre sous les meilleurs auspices. – Dominique Sudre

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Martin DUMONT est l’un des quatre danseurs expérimentés du bal des 68 Premières fois. Après « Le chien de Schrödinger », il nous revient avec un second roman, « Tant qu’il reste des îles », un roman captivant, en lice pour le Prix des libraires. Léni a toujours vécu sur l’île. Il a 30 ans aujourd’hui. Il travaille au chantier naval de Marcel. C’est toute sa vie, avec sa fille Agathe qu’il ne voit qu’un week-end sur deux. Quand l’amour avec Maëlys prenait le large, Léni avec, il semblait plus sage que la petite reste avec sa maman. Mais maintenant elle grandit. Elle lui manque. Alors, quand elle passe le week-end avec lui, il l’emmène en bateau. Mais, comme les châteaux de sable qu’ils construisent ensemble sur la plage, sa vie a lui, vacille. Il y a les difficultés financières du chantier et son avenir qui s’amenuise, il y a les pêcheurs comme son pote, Stéphane, qui souffrent. Il faut sortir de plus en plus en mer pêcher pour réussir à gagner sa vie, conditionnée par le prix du poisson à la criée. Et puis, comme si ça n’était pas suffisant, il y a le monstre, le pont, cette folie. Demain, des hordes de voitures accèderont à leur territoire préservé, leur île, c’est la leur, et pas celle des touristes qui viennent gâcher leur petit coin de paradis. Il y a le ferry. C’est déjà pas mal, non ? Entre deux bières et deux parties de coinche au bar du village, chez Christine, les esprits des hommes s’échauffent, pour le meilleur comme pour le pire. Pour tout vous dire, ce roman, je l’ai lu d’une traite, un dimanche pluvieux, confortablement installée le long de la baie donnant… sur la mer ! Quand je vous dis qu’il n’y a pas de hasard dans la vie, ce livre est arrivé à point nommé ! Il m’a captivée de bout en bout. D’abord, il y a le chantier naval, là où on répare les bateaux à coup de fibre de verre, de résine et de colle. Toutes les pièces du bateau sont remises en état, le safran, la coque, la quille, le mât… bref tout ce qui souffre pendant la navigation. Et des bateaux, il y en a de tous les genres, des chalutiers, des vedettes, des trimarans, des voiliers, des vieux gréements, des zodiacs, comme autant d’invitation à naviguer au rythme des marées, affronter les déferlantes et s’émerveiller des lames d’écumes. La mer, c’est d’abord des codes, du vocabulaire. Sous la plume de Martin DUMONT, j’ai adoré me plonger, le temps d’une lecture, dans cet univers.
Et puis, il y a les hommes de la mer, ceux qui lui donnent toute leur vie, même si en retour elle est parfois cruelle. Elle leur en fait voir de toutes les couleurs. Elle les fait se lever tôt, se coucher tard, elle est exigeante avec les corps. Ils travaillent dur pour deux francs six sous, quand le patron daigne bien les payer, ses ouvriers. Et tout ça, pourquoi ? Pour savourer leur liberté de l’aimer, leur île. Ils y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux.

Leur île, c’est leur lopin de terre, leur terre à eux, ceux qui sont nés là, qui y vivent toute l’année, ceux qui la chérissent. Ce roman, c’est en fait une histoire d’amour entre des hommes et ce qui constitue leur patrimoine, naturel, familial, social, culturel, historique, ce sont des lieux, des modes de vie, des ambiances festives entre ceux qui partagent le même héritage, transmis de génération en génération. Pour autant, ils ne vivent pas seuls. Ils ont besoin des autres, ne serait-ce que d’un point de vue économique. Alors, quand la modernité s’invite à la table des négociations, c’est toute leur vie qui bascule.Ce ne sont pas des touristes ou des cols blancs qui la changeront leur île, quoique… Aujourd’hui, il y a le monstre. Comme Léni qui construit un bateau avec Karim et Yann, d’autres hommes construisent un pont, leur édifice, leur création, leur fierté. L’auteur lui a donné la primeur. Il a organisé le roman en cinq parties, rythmé par les différentes phases de sa construction : les fondations, les piles, le tablier, les équipements et puis… l’inauguration. S’il est mis en avant, c’est qu’il vient chambouler l’équilibre savamment préservé jusque là mais, la construction d’un pont comme celle d’un bateau, c’est bonnet blanc et blanc bonnet parce que les travailleurs manuels sont ainsi. Des mêmes valeurs les unissent : l’achèvement du travail et la prospérité de l’ouvrage. Ce sont des artisans du quotidien qui, chacun dans leur domaine, revendiquent le droit d’exister. C’est là que le bas blesse !
Enfin, dans la vie d’un homme, il est une autre forme de construction, celle de l’intime, la création d’une famille. Dans ce roman, par le filtre de Léni, c’est une histoire de paternité qui est abordée, une relation déchirante au quotidien qui fait se côtoyer les excès du manque avec, le temps d’un week-end sur deux, les excès de l’euphorie. Entre les deux, Léni se bat, pour rien, pour le tout.J’ai été gagnée par le charme de l’univers littéraire de Martin DUMONT. Sa plume est belle, sensible, empreinte d’humanité. La narration à la première personne du singulier est comme une cerise sur le gâteau. La fin est très réussie.  – Annie Pineau

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Un livre qui respire le grand large ! En le lisant le vent marin vous emporte !

Leni, le narrateur, est natif de « l’île » jamais nommée  mais qu’un referendum a décidé de relier au continent par un pont.  Le pont se construit tout au long du livre : les 5 parties portent un titre énonçant les étapes : des fondations à l’inauguration.

Trentenaire, Leni  travaille depuis 8 ans, dans un petit chantier naval, il est l’homme de confiance de Marcel, le patron  en fin de carrière.

 Il vit séparé de la mère de sa fille qui s’est installée sur le continent. Il souffre de ne pas voir Agathe plus souvent, chaque moment passé avec elle est un bonheur pour lui, comme la séquence où il l’emmène à la pêche et qu’il décrit avec simplicité et justesse.

Léni  a de nombreux copains aussi bien au travail qu’au bistrot où les parties de coinche alternent avec les moments de musique avec Christine, la patronne, à l’accordéon.

La construction du pont provoque discussion,  polémiques et même bagarres.

Léni ne fait pas partie des plus opposants, il se rend compte qu’avec le referendum les opposants n’ont aucune chance de gagner, mais il ne veut pas laisser tomber les copains, surtout lorsque ceux-ci se mettent en danger.

Il n’y a pas de suspens dans ce récit, la vie se déroule avec ses hauts et ses bas.

C’est plein d’une poésie simple et de sentiments retenus par ce garçon  pudique qui peine à exprimer ses sentiments.

Un très beau second roman qui, je l’espère ne sera que le deuxième ! – Marie-Hélène Poirson

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Tant qu’il reste des îles. Quel titre. Évocateur de lieux perdus au milieu de la mer, de lieux secrets et attachants.

Impossible pour ceux qui connaissent la beauté et le mystère des îles de ne pas être émus par ce texte. Et pour ceux qui n’ont pas cette chance, alors il faut se laisser happer par cette lecture. 

Il s’appelle Leni et c est le narrateur de cette histoire. L’île dont il est originaire, où il travaille ne sera bientôt plus une île . Pour certains, ce sera le miracle du Pont, pour d’autres c’est la mort annoncée de tout un passé et l’impossibilité d’un avenir.

Où se positionner ? Comment vivre cette transition ? Comment ne pas oublier ? Comment composer avec ce futur ?

Tous les protagonistes de cette histoire sont confrontés à ces questions. Leni. Karim. Marcel, le patron de Leni et Karim. Et tous les autres. Christine qui tient ce bar comme un QG. Stéphane. Joss. Et d’autres encore. 

Pour Leni, au cœur du roman, il y a aussi la reconstruction d’une autre vie depuis que Maëlys l’a quitté, et est partie avec leur petite fille Agathe. Et il y a aussi Chloé qui arrive, qui n’est pas originaire de l’île mais qui s’accroche à ce bout de terre et à ses habitants. Et on le comprend fort bien. 

C’est une jolie histoire, un livre qui se laisse lire porté par l’amour de ces endroits magiques que sont les îles. 

Il se trouve que par le plus grand des hasards j’ai lu ce livre dans une île. Cela a sans doute rendu cette lecture plus touchante encore . 

Et je me suis tant retrouvée dans ces mots . – Sonia Chatain

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Je ne m’attendais pas à ça.

Tout au long de la lecture j’avais cette sensation de beauté, c’est de la poésie en prose.

Une île est-elle encore une île lorsqu’un pont la relie au continent ?

Rester une île ou choisir le pont? Dans les deux cas, c’est vivre et mourir un peu.

Un bel endroit, je crois, se mérite.

J’ai passé un très bon moment sur cette île avec ces personnages de caractère très attachants. – Stéphanie Justin

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Il était une fois une île… Une île qui vivait ses derniers jours en solitaire, sans attache, sans lien avec la terre ferme. Une île qui portait son petit monde, rempli d’amitié, de rêves et d’amour aussi. Une île qui voyait s’ériger un pont, ses piliers de béton et la mort lente de son ferry…

Voilà… J’ai fermé la dernière page de ce roman en me disant qu’il n’était finalement pas si difficile d’être encore plus enthousiaste qu’avant de l’avoir ouvert. Parce que j’étais conquise bien avant tout cela.

Martin Dumont est un conteur. Un vrai.
Quand enfant vous vous laissez bercer par la voix de l’adulte qui vous lit une histoire, plonger dans celles de Martin Dumont procure les mêmes sensations… Il y a ses mots, ses odeurs, ses mélodies, et ses silences aussi. Il y a son univers, son atmosphère et ses rêves d’humanité.

Léni, Karim, Marcel et tous les autres sont des hommes que le trait d’union entre leur île et le continent affole ou intrigue. Ils ont leur courage, leur ténacité, et leurs fragilités. Ils ont les mots qu’ils disent et tous ceux qu’ils taisent… Ils ont ce grand cœur qui fait battre le nôtre.

Ce deuxième roman est une pépite. Un petit bijou de sentiments, d’émotions et de sensations. A l’image du chien de Schrödinger, Martin Dumont nous offre des personnages attachants et émouvants… L’écriture est toute en subtilité, en poésie, en pudeur aussi…

Aux fées des 68, merci… Il est des rencontres qui ne s’expliquent pas, qui se vivent et se chérissent… – Audrey Lire & Vous

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Le pitch, l’auteur nous l’offre à la fin du roman à la faveur d’un reportage sur le sujet qui nous préoccupe.

« C’était l’histoire d’une île, de son charme incroyable. De falaises qui perçaient la surface et d’une plage s’étalant sur plusieurs kilomètres. D’un bar où les gens se retrouvaient autour d’une bière et d’une partie de cartes, d’un tout petit chantier menacé de fermeture qui s’efforçait malgré la crise de construire un voilier. Il y avait le rire des pêcheurs, les odeurs de fibre et de résine, la voix et l’accordéon de Christine. La joie, la fierté des privilégiés, mais aussi l’isolement, la peur et le repli sur soi quand tout à coup un pont s’élevait du continent. Les mots montraient l’inaccessible, sa beauté et ses doutes au moment de s’ouvrir au monde.»

Une île, un pont pour la relier au continent et ainsi assister à ses derniers jours, ou à la création d’un trait d’union ?

Léni, enfant de l’île devenu grand, nous embarque d’emblée sur l’eau, en équilibre sur un dériveur qui navigue à toute vitesse entre piliers bétonnés dressés de  l’océan, flirtant avec le risque de heurter des relais flottants d’un chantier naval dantesque et périlleux. Adulte fraîchement célibataire, papa à mi-temps d’une enfant qu’il adore et pour laquelle il doit gagner confiance, de l’autre et la sienne, Léni restaure les bateaux, répare, ponce, accastille, joue aux cartes avec les copains, les îliens, fredonne sous l’air bienveillant d’une patronne à l’accordéon, tombe amoureux, veille sur sa mère, sur le patron paternel et il regarde se dresser le pont et vacille de grandir en même temps, obligeant une maturité qui contraint au renoncement, à l’éloignement des promesses de l’enfance…Nous sommes avec lui, tout du long, blotti sur son épaule et nous croisons tour à tour les collègues, les amis, les aimée. Nous fronçons nos sourcils devant la construction qui bougera définitivement les lignes, dubitatifs, entre les pour et les contre. Nous serrons le cœur devant l’enfant à quitter toujours trop vite ; nous refoulons la frustration, la déception, la colère de ne pas assurer alors qu’on croit bien faire ; nous frémissons de plaisir à la vue d’une jolie rencontre ; nous nous émouvons devant la solitude d’un homme qui doit tourner la page ; nous nous agaçons face à un entêtement ; nous nous inquiétons de plus en plus en ressentant l’imperceptible tension montante en craignant à tout moment qu’elle n’éclate…

Tel un bon film : le choix des plans, une lumière, le montage, le jeu des acteurs, les mimiques, les regards, des visages et les silences…Martin Dumont avec des phrases courtes, des images significatives, nous campe dans un décor et, sans progressivité,  nous pose au cœur de l’île dont nous ressentons immédiatement le palpitant, au milieu des enjeux que nous saisissons de suite et avec les personnages lesquels prennent vie avec leurs singularités…Son écriture pudique relève d’une simplicité qui n’est pas donnée à tout le monde, la grande simplicité qui relève d’un art.

 L’art de la suggestion glissée dans les blancs d’entre les mots ; des mots porteurs, directs, qui éludent la séduction, ne s’intéressent pas de l’affiche, sont serviteurs du sens, du sens donné à l’histoire et du sens que les êtres interrogent en se tenant ensemble, contre ou avec, face aux épreuves. De la même façon que naviguer appelle l’humilité et la solidité d’une présence engagée et authentique ; que la terre, la roche, la lande au milieu de l’eau incarnent une force brute devant laquelle on s’incline ; que l’océan nous rappelle nous petit devant l’immensité et l’immuable ; l’écriture de Martin Dumont ne triche pas et fait jaillir le beau du vrai de ce qui EST, de l’évidence qui n’a nul besoin d’être détaillée mais qui fait tant de bien quand elle nous est rappelée, et véhiculée par la poésie qui fait mouche. Les mots, dans cette langue économe, escortent l’essence, éclairent ce qui prime, ce qui importe ;  ils ajoutent le détail, la nuance, l’infime geste qui nous fait basculer dans le jaillissement d’une émotion dont on reconnaît les vibrations puisqu’elle touche à notre commun.  Ces mots  disent très bien la vie qui continue malgré un événement inéluctable, un bouleversement dont on ne peut éviter les conséquences pour tous, l’avènement d’un paradigme nouveau qui nous oblige, nous contraint et nous révèle aussi.   « Une île frileuse face à une main offerte. Un pont tendu vers une terre inconnue. » – Karine Le Nagard

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Un gros coup de cœur pour ce roman qui m’a replongée dans de lointaines vacances sur l’île de Ré !

Incipit :

« Je suis encore passé devant le monstre. C’est comme ça qu’on l’appelle chez nous. Il est chaque jour plus gros, il avance en bouffant la mer. Marcel répète qu’il ne faut pas baisser les yeux, qu’il faut regarder en face. Que rien ne peut plus l’arrêter mais qu’on doit rester digne. Sa voix tremble quand il parle du monstre. »

Quel est ce monstre ? Un pont ! Ce roman aborde la construction d’un pont pour relier le continent à une île. Synonyme de progrès, il amène aussi une nostalgie et un repli de la part de certains insulaires. Ce n’est pas rien d’être né et d’avoir vécu toute sa vie sur une île.

Martin Dumont nous embarque dans un chantier naval, celui de Marcel où travaille Léni, Karim et Yann.

Le narrateur est Léni, jeune homme de 30 ans séparé de sa compagne Maëlys avec qui il a eu une fille, Agathe. Elles vivent sur le continent. Il voit sa fille tous les 15 jours et c’est à chaque fois un déchirement de la quitter à la fin du weekend. Il a peur qu’elle l’oubli.

Il rend visite toutes les semaines à sa mère placée en maison de soin depuis 2 ans. « Je ne suis pas capable de plus. » Elle ne parle plus, a peu de réactions, parfois il se demande si elle le reconnaît. Sa mère l’a élevé seul sur l’île.

Avec la crise, le chantier tourne moins bien, il y a moins de bateaux à réparer. Marcel ne les a pas payés depuis 3 mois. Un expert passe évaluer le prix du chantier. « Je savais que les temps étaient difficiles […] Pourtant, j’avais du mal à croire qu’il décide de jeter l’éponge. Ce chantier c’était sa vie. » Marcel est comme un père pour Léni, il lui a tout appris du métier, il l’a emmené sur la mer dès son plus jeune âge. Mais entre eux il y a toujours des non-dits, une certaine pudeur.

Et puis il y a le bar de Christine où les habitués se retrouvent pour boire un coup et jouer une partie de coinche. De temps en temps Christine décroche son accordéon du mur et se met à jouer et chanter Brel, Brassens, Ferré.

Les pêcheurs sont contre la construction de ce pont et au fil des discussions vont décider différentes actions, notamment un blocus. La tension monte. Le « meneur » des pêcheurs s’appelle Stéphane. Léni et Stéphane ont grandi ensemble.

« On rit, on s’embrouille même un peu, mais c’est jamais vraiment sérieux. Faut comprendre, c’est pas très grand chez nous. Quand tu prends une raclée, t’en entends parler pendant quelques jours. »

Et puis il y a l’arrivée de Chloé sur l’île pour un mois. Elle est photographe et vient faire un reportage sur la construction du pont, les derniers jours d’une île. Léni a bien envie de lui montrer les endroits à voir mais c’est comme toujours, il ne trouve pas les mots, doute, n’ose pas, trop timide. Léni est lui aussi une île ! « cette foutue incapacité d’aligner la moindre phrase dans les moments qui comptent. »

Ce roman sent bon les embruns ! « La marée était basse, je l’ai senti avant même d’arriver. Il n’y avait pas le moindre souffle de vent, la houle venait mourir sur les amas de goémon en formant des arcs d’écume. »

Cinq parties composent l’histoire. Chaque partie comporte un titre et une note technique liée à la construction du pont : fondations, piles, tablier, équipements, inauguration.

Je me suis attachée aux personnages. Un roman empli d’humanité, très émouvant, sur l’amour et l’amitié, la peur du changement. J’ai aimé l’ambiance de ce roman, l’écriture de Martin Dumont. D’ailleurs je m’en vais de ce pas lire son premier roman, « Le chien de Schrödinger ».

Il s’agit du deuxième roman des Avrils que je lis et que j’ai aimé, ça promet pour les prochaines sorties !

Merci aux 68 premières fois pour m’avoir fait découvrir cet auteur, qui va certainement devenir un de mes auteurs chouchous. – Joëlle Buch

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Leni est un insulaire, il répare des bateaux et son temps libre est rythmé par les rencontres chez Christine, patronne du bar du coin, pour y retrouver Stéphane, Karim, Yann et toute sa bande d’amis, et les aller et retour en ferry pour voir sa fille Agathe qui vit sur le continent avec sa mère dont il est séparé. Mais un événement trouble cette vie paisible… « Le monstre » est en construction… le pont. Ce fameux pont qui est désormais au cœur de toutes les discussions, de toutes les soirées animées chez Christine.Ce pont, c’est une aubaine pour les habitants de l’île, ils pourront rejoindre le continent quand ils le souhaitent, sans avoir à être tributaire des horaires de ferry, et pour Leni, c’est le moyen de voir sa fille quand il le veut, puisqu’il ne sera plus qu’à quelques minutes d’elle en voiture.Mais ce pont c’est aussi une déchirure pour eux, car ils perdent leur particularité, leur isolement et si le continent leur sera accessible en quelques minutes, eux, le seront tout autant pour les touristes, les promeneurs…Sans compter que la mer, le bateau c’est leur mode de vie et ces piliers au beau milieu de l’eau, c’est un comme un blasphème… Et que deviendra l’entreprise de réparation et de construction de bateau dans laquelle il travaille, dans laquelle il a ses amis et dont le patron, Marcel, est comme un père pour lui…Tant de questions qui les bouleversent tous, et qui bousculent cette précieuse tranquillité et cette fierté d’être insulaire.J’ai aimé ce roman, rempli d’humanité et d’amitié et j’ai ressenti cette nostalgie, voire ce deuil, d’une époque. Les mots sont justes et tout en pudeur, à l’image des relations qu’entretiennent les personnages les uns avec les autres. Cette lecture m’ a profondément touchée, et mes prochaines vacances à l’île de Ré auront une toute autre saveur… – Agathe Bertrand

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Une bande copains nés sur une île qui sont tiraillés entre la sauvegarde de cette île presque inaccessible et la volonté de soutenir la construction du pont qui permettra l’accès aux touristes et donc une croissance économique.
L’histoire est centrée sur Léni, un homme séparé donc l’ex-femme et la fille habite de l’autre côté de l’île. Un homme partagé entre son attachement à l’île et le souhait de voir sa fille plus souvent sans avoir besoin d’emprunter le ferry. La solution: un pont en construction !
Les avis sur la construction sont partagés sur l’île et cette construction est loin de faire l’unanimité. C’est de discorde dans la bande de copains qui amènera jusqu’au drame.
L’univers des bateaux n’est pas un univers qui m’est familier. De ce fait, certains passages assez techniques m’ont moins séduite. J’ai beaucoup apprécié les personnages auxquels on s’attache. Une chose est sure, on comprend la volonté de préserver un espace naturel encore vierge de touristes. A méditer pendant nos prochaines vacances sur une île où le respect des locaux doit être essentiel. – Nina Busson

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Leni a toujours vécu sur son île. Il y a sa bande d’amis, sa maison, son travail bien que l’atelier de réparation de bateaux de Marcel soit en déclin. Il n’y a plus sa fille repartie sur le continent après la séparation d’avec sa compagne, ni sa mère maintenant en maison de retraite.

Son plaisir est de prendre la mer aux commandes du Fireball le voilier de Marcel. Il s’amuse à frôler les limites du chantier. Car un pont est en construction qui fera que l’île n’en sera plus une mais l’extension du continent. Il y a eu un référendum mais les pour et les contre s’affrontent toujours. Le pont c’est être plus vite sur le continent, faciliter l’arrivée des touristes mais c’est aussi perdre le statut d’îlien. Stéphane le pêcheur prend la tête de la rébellion.

Chloé arrive de Paris pour faire un reportage sur le pont. Saura-t-elle apprivoiser Leni le taiseux qui ne sait pas exprimer ses sentiments.

Ce deuxième roman de Martin Dumont confirme son talent après « Le chien de Schrödinger ». Il est plein de poésie, de sentiments souvent tus par des personnages pudiques. On sent une véritable solidarité au sein de ce microcosme d’îliens. – Michèle Letellier

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Dans la sélection des 68 Premières Fois de 2021, Martin Dumont apparaît dans la partie VIP, celle des « et plus si affinités », et c’est peu dire qu’affinités il y a…Son premier roman, déjà, « Le chien de Schödinger », m’avait chaviré le cœur, histoire d’amour et de douleur entre un père et son fils, où l’un plongeait dans le mensonge pour mieux tenir hors de l’eau la tête de l’autre qui coulait à pic. La poésie, déjà, affleurait, l’économie de mots pour ne garder que les plus beaux, ceux qui sauraient saisir au cœur et ne garder que l’essentiel, ce qui ne se dit pas mais se ressent.

Nous y revoilà. Cette fois, c’est plus long à venir, on met un peu plus de temps à accoster sur cette île que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître sans son cordon ombilical de piliers et de béton. Mais, moi qui suis un peu plus vieille, moi dont les mots croisés me rappellent régulièrement qu’ « on y va désormais à pieds secs », je me souviens très bien de ce moment empreint d’une incroyable mélancolie où nous nous étions dit que, si maintenant on se mettait à construire des ponts pour rallier les îles, ma bonne dame, tout foutait vraiment le camp. Pourtant, nous étions loin, nous, arrimés bien à l’Est sur une terre privée de mer par nature, mais, même depuis notre ligne bleue à nous, nous avions bien compris que la leur allait en prendre un coup, se priver, oui, c’est bien le mot, d’une forme de poésie qui nous faisait rêver. C’est pile à ce moment-là que Martin Dumont nous les fait rencontrer, ces gens de là-bas, ces hommes et ces femmes de mer, de bateaux et d’embruns dont le rythme du cœur est celui des marées, dont la vie se replie sur elle-même entre le dernier ferry du soir et le premier du matin. Léni, Stéphane, Christine, Marcel et les autres sont saisis par Martin Dumont sur la crête d’une vie qui s’apprête à basculer, à changer de contours. A cause d’un pont ? Grâce à un pont ? Malgré un pont ?  Face à cette lame de fond qui s’avance, chacun choisira sa réaction entre attaque de plein fouet, surf maîtrisé ou laisser aller au gré des flots.

Belle image que cette île arrachée à son isolement par la force impavide d’un trait d’union forcée posé sur l’eau, contrainte à repenser ses liens, ses engagements, ses projets, à apprivoiser le changement, à se laisser conquérir, pour le meilleur, qui sait, pourquoi toujours le pire ? Belle histoire, aussi, que celle de ces êtres aux reflets changeants, balayés par les vents contraires tantôt aigres, tantôt doux, qui les bousculent ou les caressent, mais qui gardent le cap dans la lumière de leurs ancrages. Belle plume, enfin, que celle de Martin Dumont, qui sait se faire discrète pour laisser toute la place aux vannes de Karim, aux colères de Stéphane, aux rires d’Agathe, à l’accordéon de Christine, aux angoisses de Marcel, aux regards de Chloé, aux silences de Léni, et qui nous offre des fins de chapitres à la beauté aussi pure et sublime qu’un couché de soleil sur la mer. – Magali Bertrand

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Dans ce second roman Martin Dumont restitue avec une extrême justesse l’atmosphère sur une île alors que la construction du pont qui la reliera au continent débute. C’est le moment où les esprits s’échauffent avec les inconditionnels du pour, les contres jusqu’au-boutistes et la masse des indécis. Léni, un îlien trentenaire, employé d’un petit chantier naval, raconte son quotidien en 5 chapitres correspondants à l’état d’avancement de ce pont, «le monstre», qui va changer la vie sur l’île. Ce papa qui souffre de la séparation d’avec sa petite fille, est un taiseux, un solitaire pudique qui a du mal à exprimer ses sentiments et ses questionnements.

Martin Dumont a su avec beaucoup de finesse rendre ses personnages attachants. Il nous parle, avec humanisme, de solidarité, d’amitié. Malgré les difficultés de l’existence et le manque de travail, il fait bon vivre sur cette île où tout le monde se connaît et se retrouve dans un vieux café. L’auteur exprime avec sensibilité la nostalgie de la fin d’un monde.

Et puis, il y a l’océan, la voile, le vieux gréement… Là encore l’auteur restitue parfaitement l’univers d’un voileux qui aime affronter les déferlantes, la nuit par gros temps, seul dans les embruns. On y ressent la passion de l’auteur pour la mer, les bateaux, les pêcheurs et tous les gens simples qui vivent sur les côtes.

L’écriture de ce roman, refermé à regret, est simple mais forte, mesurée, tout en délicatesse. – Françoise Floride

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« C’était ça, pour un marin, la magie d’une île. L’effort de la traversée contre la promesse d’un abri. »

Aujourd’hui, je vais vous parler du Second roman de Martin Dumont que j’ai découvert également grâce aux 68 avec «le chien de  Schrödinger».

On y retrouve toute la sensibilité de l’auteur à travers Léni et son univers : trentenaire, insulaire il fait corps avec l’océan, les embruns, la houle, les goémons, le vent, l’écume et les tempêtes, se passionne pour un voilier en construction, nous emmène au bar où les habitants palabrent autour d’une partie de coinche. 

Et puis, il y a ce monstre qui avance dans la mer, ce pont qui se dresse du continent…

« Ce pont, il a chuchoté, c’est la mort de la poésie. […]
C’est pas rien, une île… C’est un bout de terre planté au milieu de l’océan. Un caillou peut-être, mais avec la mer autour. Un truc magique, un endroit d’où tu ne peux pas te barrer comme ça, juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d’ailleurs ! Une île, ça se mérite. Faut prouver qu’on est digne de l’atteindre, faut être à la hauteur. […] Si tu construis un pont, tu détruis tout, non ? Moi, je dis que tu la tues, cette île. »

Grâce à un style sobre, lapidaire et perceptible, l’auteur interroge la construction (celui d’un pont, celui d’un homme, celui d’un père) ; qu’est-ce qui structure l’identité ? 

Il met en exergue ainsi toute la symbolique de l’île afin de questionner notre relation au monde, « ce monde entier qui danse dans la lumière naissante ».

Chaque étape de la construction de ce pont est mise en parallèle avec la transformation de cet homme et le nécessaire dépassement de ses peurs. Petit à petit les jalons sur lesquels étaient posées ses fondations volent en éclat. 

Un joli moment de lecture. – Alexandra Lahcène

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La mer, les bateaux, l’île, le sable fans lequel Agathe marche les pieds nus, tout ce qui compose ce beau roman de Martin Dumont. Sans compter sur les humains et leur amitié sur ce petit morceau de terre, où tout le monde se connaît. Rejoindre le continent en prenant le ferry, et retrouver sa famille et la terre ferme.

Ces hommes et ces femmes que la vie va façonné, leur amitié et les tensions suite aux travaux concernant la construction d’un pont, fini la tranquillité, les touristes vont envahir l’île.  Il y a ceux qui sont pour la construction de ce pont et ceux qui y sont opposés. Juste des personnes qui se débattent avec leur vie, qui font ce qu’elles peuvent pour s’en sortir dignement et être heureuses autant qu’il est possible de l’être.

Comme dans son premier roman, Martin Dumont reste fidèle à la mer et son immensité. C’est l’histoire d’une île et d’un pont ou d’un homme et sa vie, de sa complexité. Les images et les sentiments sont très présents. On s’attache au personnage de Léni et ses amitiés avec Stéphane, Yvan, Karim et surtout Marcel. – Hélène Grenier

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J’avais aimé le premier roman de Martin Dumont, Le chien de Schrödinger. Et je n’ai pas été déçue par celui-ci ! Tant qu’il reste des îles, c’est l’histoire d’un bout de terre au milieu de l’eau, en passe d’être relié au continent par un pont. Avec le récit de ce chantier faramineux, c’est surtout l’histoire des insulaires que l’on découvre. Léni, surtout, qui travaille au chantier naval, retrouve ses amis au bar et s’occupe autant que possible de sa petite Agathe. Et tout autour de lui, on découvre une galerie de personnages, tantôt rudes et tantôt tendres, mais tous attachants. J’aime les récits en lien avec la mer, les bateaux, l’industrie, même si je n’y connais rien et j’ai été servie ! Les histoires personnelles s’entrecroisent et s’unissent au destin de l’île, ce caillou résistant. Une belle lecture. – Marianne Lamour

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« […] les îles existent pour de vrai ; qu’on les rêve de loin, des profondeurs de la grande ville ou qu’on se batte pour les faire apparaître un matin devant l’étrave d’un petit bateau, on finit toujours par trouver son île. » – Antoine, Îles était une fois

« — Quand même, a murmuré Gauthier, tu te rends compte de ce qu’on est en train de vivre ?

Il fixait la plateforme qui s’éloignait dans le sillage du ferry.

—   Quoi ? La construction d’un pont ?

Il a souri tristement en détournant les yeux.

—   Non, les derniers jours d’une île… »

Martin Dumont et moi avions fait connaissance l’an dernier alors que Jean veillait son jeune fils qu’un cancer foudroyant allait emporter, et nous nous étions quittés sur une plage, face à l’océan. J’avais été conquise par Le Chien de Schrödinger (Delcourt, 2018 ; J’ai lu, 2021), poignant récit sur la résilience écrit par une 1re personne dont les mots simples nouaient la gorge et visaient au cœur. J’attendais avec une impatience certaine la publication du 2e roman de l’auteur, qui a été repoussée de presque un an. La maison d’édition Les Avrils, contrainte d’oublier le calendrier en cette année particulière, n’allait naître qu’en janvier 2021. 

Tant qu’il reste des îles.

Je ne sais pas résister à un roman qui me promet l’évasion en ces temps où la ligne d’horizon de nos déplacements est posée à dix chiches kilomètres. Sur son seul titre, j’ai sauté à bord du ferry pour qu’il m’emmène en une poignée de minutes sur cette île, jamais nommée ni même vaguement située, mais que je devine atlantique. Le vent du large, le sel des embruns, le ciel où les nuages culbutent le soleil m’ont invitée à jeter l’ancre à la rive des pages, à caboter d’un chapitre à l’autre, à naviguer sur la crête des mots de Martin Dumont dont l’économie fait la force, à l’image de ces îliens peu expansifs, voire carrément taiseux, vivant au rythme des marées et des allers-retours du ferry qui relie en journée les quelques kilomètres carrés de ce monde minuscule au continent.

C’est donc sur l’eau que nous nous retrouvons, Martin Dumont et moi. Je renoue avec plaisir avec la musique intime de son écriture, avec ce « je » toujours aussi pudique et réticent à prononcer « des mots trop grands pour [lui] », ce « je » qui permet à l’auteur d’écrire à hauteur d’homme tant les sentiments que les sensations. À peine quelques pages et j’ai su que la magie allait opérer.

Tant qu’il reste des îles est l’histoire d’îles – l’histoire de celle posée à quelques encâblures du continent et l’histoire de Léni, « ce mec, c’est une île à lui tout seul », homme hésitant, replié sur lui-même par manque d’audace ou de conviction

« [Stéphane] me reprochait souvent de m’être résigné […] Je protestais pour la forme chaque fois qu’il m’accusait de les laisser tomber et pourtant il avait raison. Je n’y croyais plus. »

ou par timidité peut-être, victime de cette « foutue incapacité d’aligner la moindre phrase dans les moments qui comptent ».

Comme le lecteur fraîchement débarqué dans l’histoire, Chloé, journaliste venue de Paris prendre des photographies pour raconter les derniers jours de l’île, est intriguée par ce bout de terre et par cet homme, par l’essence même de ces deux-là qui, sans aller jusqu’à se refuser, ne se donnent pas d’emblée.

« — Léni, nous deux… c’est quoi exactement pour toi ?

J’ai mis beaucoup de temps à lui répondre. Trop, sans doute. »

Tant qu’il reste des îles est une histoire de liens. De liens matériels, tel ce pont bientôt jeté sur l’eau qui, quoi qu’ils en disent, les fascine tous

« Le soleil s’élevait sur l’horizon, illuminant les coques d’acier. J’apercevais la mer par-dessus le bras de terre qui protégeait le fleuve. J’ai cherché l’île et j’ai fini par deviner sa silhouette sur l’horizon. Belle et grave, tristement solitaire. En face, la côte s’étirait à l’infini. Le monde entier dansait dans la lumière naissante, une étendue immense qui répondait à l’île. Entre les deux une ombre filait au-dessus de la baie inondée de reflets orangés. Une ligne, à peine l’esquisse d’un lien entre les berges. Un trait d’union. »

et de liens moins matériels, mais tout aussi solides. Léni. Lien. Une presque anagramme.

Tant qu’il reste des îles est un beau roman sur les amitiés que des vents contraires ballottent parfois.

« On rit, on s’embrouille même un peu, mais c’est jamais vraiment sérieux. Faut comprendre, c’est pas très grand chez nous. »

Les mots fusent, les engueulades aussi. Léni, Karim, Yanis, Marcel, Stéphane, Gauthier, Gaëtan, Joss, Tom, Christine et les autres sont des îliens farouches dont le mode de vie, à présent menacé, a été depuis toujours au plus près du monde sensible, en un lien quasi primitif entre ciel et mer.

Cette île, c’est avant tout un monde d’hommes et les femmes sont discrètes, beaucoup vivent sur le continent, à l’exception de Justine ou Christine. C’est d’ailleurs dans son bistrot que tous se retrouvent le soir pour vider quelques bières en faisant des tournois de coinche que la patronne accompagne de son accordéon et d’une bande son qui égrène les classiques, Ferré, Brel ou Brassens que l’on se prend à fredonner.

Cette île, c’est un monde dont le déclin inéluctable les inquiète : au premier chef, le déclin d’une île en sursis à cause de la construction du pont qui divise les insulaires (est-ce un bien ? un mal ? un mal pour un bien ?),

« Je suis encore passé devant le monstre. C’est comme ça qu’on l’appelle chez nous. Il est chaque jour plus gros, il avance en bouffant la mer. Marcel répète qu’il ne faut pas baisser les yeux, qu’il faut regarder en face. Que rien ne peut plus l’arrêter mais qu’on doit rester digne. Sa voix tremble quand il parle du monstre. »

mais aussi le déclin du chantier naval de Marcel qui les emploie. Les réparations de bateaux s’y font rares, quant aux constructions… n’en parlons pas. L’activité ne suffit plus à le maintenir à flot et les salaires n’ont pas été payés depuis plusieurs mois. L’expert venu évaluer la valeur du chantier s’est montré si pessimiste que Marcel, salement secoué d’apprendre que l’entreprise d’une vie ne vaut plus rien, est introuvable depuis plusieurs jours.

« […] je suis allé m’asseoir au milieu du hangar. J’ai laissé mon regard courir sur les rouleaux de fibre en inspirant aussi fort que possible. Je voulais m’imprégner de l’odeur de l’atelier. […] J’étais venu toutes ces années avec le sentiment que ça ne changerait jamais, que malgré les coups durs il ne pouvait rien arriver de grave. J’avais suivi Marcel sans me poser de questions. Ce chantier, c’était un pan entier de ma vie. Je n’avais pas imaginé qu’il puisse un jour disparaître. »

Le roman avance en autant de parties – Fondations, Piles, Tablier, Équipements, Inauguration – qui exposent l’avancée du pont et la concomitante perte programmée de l’insularité. Elles racontent aussi bien la construction d’un ouvrage titanesque qui va à tout jamais changer la donne que le lent avènement d’un homme neuf, séparé de Maëlys, papa d’une petite Agathe, fils d’une mère dont la mémoire s’efface et qu’il ne voit, les unes comme l’autre, qu’à la faveur d’aléatoires allers-retours en ferry sur le continent. Peut-être Léni est-il le seul à voir un intérêt immédiat dans la construction de ce trait d’union d’acier et de béton.

Ce roman est un condensé de sensations offertes avec retenue : l’odeur puissante de la marée

« L’odeur me rassurait. La marée, le sable et le sel. Mon univers tout entier. »

la fraîcheur revigorante de la brise de mer et d’amitiés pudiques où les regards pallient les voix quand elles peinent à tout dire.

« Quand les mots ne peuvent plus dire ce que ressent le cœur, il y a les actes et surtout les regards.» – Victor Hugo

C’est un monde insulaire sur le fil, au bord de basculer que donne à ressentir Martin Dumont dont l’écriture spontanée abolit la distance au texte. Ce n’est pas un hasard si les références à la perte d’équilibre parsèment le récit de ces vies funambules qui voient leur refuge menacé.

« Sur l’île, il y avait plusieurs jours qu’on ne sentait plus les vibrations. La perte d’équilibre au plus fort du forage, l’impression que la mer entrait en résonnance. » 

Un monde vacillant, à l’image de Léni qui a tant de mal à aller de l’avant bien qu’il entrevoie en un moment troublant de larguer les amarres pour de bon. 

« Je me sentais bien. Le bateau glissait dans un noir opaque. C’était grisant, presque un peu effrayant. Je me suis efforcé de lâcher prise. […] Le jour ne se décidait pas, l’île n’en finissait plus de s’éloigner. Un instant, j’ai eu envie de poursuivre vers la ligne. De laisser mes potes, ma mère et le chantier. Agathe aussi. Toute ma vie loin derrière. »

L’envie est là, manque l’élan. Viendra-t-il ? Qui pour lui donner l’impulsion ?

Chloé ne le laisse pas indifférent bien sûr, mais de là à… L’hésitation, l’incertitude. Toujours. « Le jour ne se décid[e] pas »et il n’est pas le seul à tergiverser. Comme le pont s’élance au-dessus des eaux, transformant l’île en presqu’île, Léni osera-t-il aller vers une vie nouvelle ? 

« [Chloé] m’a considéré longuement. Le bruit sourd du moteur emplissait le silence.

— Je ne sais pas, a-t-elle fini par murmurer, je crois que certaines îles ont besoin de pont. »

Habile équivocité.

Après d’âpres combats humains et judiciaires, l’île cédera un peu de sa magie et le refuge, son isolement. Et Léni ? Si le pont « est la mort de la poésie », peut-être est-il aussi la promesse d’une vie inédite, au bout du ruban d’asphalte neuf et de deux sonneries de téléphone. 

Tant quil reste des îles est un roman de la perte et de la renaissance, de la nostalgie d’un monde que l’on voudrait garder figé mais qui se mourra, faute de trouver un équilibre certes acrobatique entre essor économique et préservation de l’environnement. 

Prenez le ferry ou empruntez le pont. Qu’importe. Venez de l’autre côté de l’eau, à la rencontre de cette île et de ces personnages follement attachants que dessine, avec une sobriété et une sincérité désarmantes, Martin Dumont quand il écrit au plus près du « je ».

« C’était l’histoire d’une île, de son charme incroyable. […] »

Faites la traversée, arrêtez-vous chez Christine prendre une bière et le temps de regarder les photographies de Chloé, qui racontent si bien les habitants de ce bout de terre entre mer et ciel.

Et laissez le charme agir… jusqu’à la dernière phrase de ce roman pétri d’humanité. – Christine Casempoure

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Rarement un livre nous amène autant à connaître de l’intérieur ce qu’est le sentiment insulaire. Par la voix de Leni, les lecteurs sont plongés dans ce qui faisait l’ADN de cette petite communauté d’insulaires ayant connu calme et autonomie face à l’arrivée de ce qui va définitivement mettre un terme à cette autonomie ; le pont…. et donc le lien avec un continent dont on redoute pour certains et que l’on espère pour d’autres. Une île qui tenait, entre autres, par ses activités de chantier naval et un tourisme saisonnier contenu.

Après un vote majoritaire des insulaires pour la construction d’un pont, des réticences s’affichent malgré tout et montent crescendo à l’heure où les premiers travaux se mettent en place entre les plus proches de Léni, le narrateur ne sait pas s’engager dans un un sens ou l’autre. Il faut dire que Leni a d’autres sujets de préoccupation aussi bien professionnels que surtout privés. Son amitié avec le patron vieillissant du chantier et leur historique commun comme la passion de la voile et de la mer, son cercle d’amis du bar de l’île, son ancienne compagne et leur fille. Entre les déchirures naissantes dans son cercle le plus proche, l’arrivée de Chloé, jeune photographe à laquelle il va s’attacher, Léni se perd, s’engage à contre cœur dans le conflit naissant et prend le risque de tout perdre. Des portraits sensibles, des failles personnelles, une véritable connaissance du sentiment et de l’essence même de la nature insulaire, Martin Dumont nous porte au gré des embruns, des combats, des fragilités….

Un second titre…. de qualité. – Olivier Bihl

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Quel plaisir de retrouver l’écriture de Martin Dumont. J’avais eu un immense coup de cœur pour Le chien de Schrödinger, le roman de l’amour inconditionnel d’un père pour son fils, tout en tendresse et en douleur, bouleversant.

Ce second roman est tout aussi émouvant, empli d’humanité. Il fait la part belle à l’amitié entre Léni, Karim, Marcel et les autres. Des hommes qui chérissent leur île, la mer, les bateaux, qui aiment se retrouver ensemble après le travail au bar du village, chez Christine, au son de l’accordéon et des chansons de Ferré.

Il y a Léni, qui construit, répare des bateaux avec ses amis, dans un petit chantier naval qui peine à trouver des clients. Il y a les pêcheurs qui ne parviennent plus à gagner leur vie. Tous des hommes de la mer dont le métier devient précaire. Pour Léni, ce tourment professionnel se mêle à ses tourments intimes, une séparation difficile, la difficulté à trouver et dire les mots qu’il faut même s’ils se bousculent dans sa tête, une paternité qui se construit sur le manque, une mère qui n’a plus toute sa tête. Heureusement il y a la mer, qui console, qui donne à Léni un sentiment de liberté, lui fait oublier les soucis du quotidien lorsqu’il s’élance la nuit à l’assaut des vagues, sur son Fireball.

Cette vie sur l’île est chamboulée par la construction d’un pont, le monstre qui va les relier au continent en un rien de temps. Un pont qui divise, attise les colères, fait craindre le changement, la fin du ferry, les invasions de touristes sur leurs terres préservées. Sa construction en cinq phases structure le récit, en est le fil conducteur. Au fur et à mesure de l’avancée des travaux, les hommes s’affrontent, d’autres acceptent l’inéluctable et comme un trait d’union entre les deux, il y a Léni, taiseux et sensible, dont on suit les pensées et le questionnement personnel en parallèle.    

L’empathie de l’auteur pour ses personnages est communicative. Il fait de Léni un homme attendrissant, souvent indécis mais toujours prêt à aider les autres, le cœur qui déborde d’amour pour sa petite fille et qui ne s’autorise pas à vivre une histoire d’amour à nouveau. De ses amis, des durs au grand cœur, forts et fragiles, impétueux ou réservés, tous portés par le même sentiment d’appartenance à une terre, par l’amitié et par leurs rêves. Cette construction apportera son lot de changements dans leur vie. Entre repli sur soi-même et ouverture au monde, il faudra choisir.

D’une écriture toute en pudeur et sensibilité, faite de silences et de musicalité, Martin Dumont crée une atmosphère balayée par le vent et les embruns, un univers marin avec ses codes dans lequel les lecteurs peuvent se fondre, au plus près des personnages. D’un pont jeté entre deux rives, naît une belle histoire, touchante et lumineuse, qui célèbre la passion de la mer, des bateaux, l’amitié et l’amour. Superbe ! – Josiane Sydenier

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Avec Martin Dumont, la mer ou l’océan n’est jamais loin (Dans son premier roman, Le chien de Schrödinger, père et fils faisaient de la plongée ensemble) et c’est d’une île, imaginaire jamais nommée, océane sûrement,  et de ses habitants dont il nous parle ici.
Une poignée d’amis qui ont conscience de vivre des jours particuliers,  car la construction d’un pont va mettre fin à la typicité de leur île, son insularité.

« C’est pas rien, une île…C’est un bout de terre planté au milieu de l’océan.  Un caillou peut-être,  mais avec la mer autour. Un truc magique , un endroit d’où tu ne peux pas te barrer comme ça,  juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d’ailleurs ! Une île,  ça se mérite. « 
Certains veulent encore se battre même si l’avancement de la construction est la preuve tangible de l’inanité de leur combat. Léni, lui, a ses propres combats à mener. Le petit chantier naval où il travaille, où il a tout appris,  vit lui aussi des jours difficiles.
Sa mère perd la tête dans son EPAHD, où il va la voir une fois par semaine.
Et puis il y a sa fille, sa princesse, qu’il aimerait voir plus souvent mais elle habite le continent avec sa mère dont il est séparé.
C’est le portrait attachant d’un jeune homme qui a du mal à trouver les mots pour exprimer ce qu’il ressent même quand une jeune photographe débarquée sur l’île lui donne envie de ne plus se laisser porter par les événements et de reprendre sa vie en mains.
« Oui, les belles phrases existaient, elles dansaient tout autour. Ces mots trop grands pour moi et que je me contentais de regarder filer dans l’obscurité . »

La plume est douce, sensible et ce roman bourré de charme vous entraînera loin vers cette île aux couleurs de paradis perdu, aux côtés de Léni le taiseux  » une île à lui tout seul « et de ses amis, dans les odeurs de résine du chantier naval et les embruns de l’océan, vous prendrez une grande bouffée d’humanité et vous en redemanderez ! – Catherine Dufau

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« Les derniers jours d’une île », c’est la fin d’une traversée. Une île, ça se mérite, ça s’acquiert et ça vous accueille comme un refuge. Ce livre vous imprègne d’odeurs qui vous collent à la peau : de résine, d’amitiés inconditionnelles, d’amour fou d’un père maladroit, d’iode, d’atelier, des potes de café et de jeu, des femmes qu’on aime mal car par pudeur on s’interdit de leur dire. Ce pont vaut bien un combat:  » c’est la mort de la poésie » .

Belle lecture. – Corinne Tartare

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Dès les premières pages de ce roman, nous sentons sur nos joues les embruns de mer tout en prenant plaisir à marcher pieds nus sur le sable de cette l’île bretonne.
Ce petit morceau de terre coupé du monde n’est seulement accessible que par la mer. Pour y aller, il faut prendre le ferry ou son propre bateau.

Pourtant, malgré la quiétude apparente du lieu, de nombreuses tensions sont présentes sur l’île. La cause de celles-ci? La création d’un pont rattachant l’archipel au reste du continent. Ce projet qui divise est au centre des discussions et préoccupations des insulaires.

Dans cet ouvrage, Martin Dumont nous dépeint avec grâce le portrait de ces hommes et ces femmes vivant sur l’archipel. On y côtoie Leny, un homme travaillant sur un chantier naval en sursis et père de famille dont la fille vie sur le continent, son meilleur ami Stéphane, fervent défenseur du blocage du projet, Christine qui tient avec son mari le café du village et qui fait danser tout le monde au son de son accordéon…. Ce livre offre une belle parenthèse dans notre quotidien et fait part d’un problème récurrent qui se pose lorsqu’il est question de construire un pont reliant les îles au continent… – Hélène Ortial

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Il vaut mieux avoir le pied marin pour apprécier ce livre et il y a fort à parier qu’il ne plaira pas aux terriens, ceux de l’intérieur, les peu sensibles au rythme de vie très particulier des îliens.

 Mais pour qui aime la mer et les îles (celles de Bretagne si possible), avec le puissant sentiment qu’elles donnent de vivre une solidarité et une humanité qui semblent disparues ailleurs, alors oui, « Tant qu’il reste des îles » est une belle lecture, avec des personnages touchants, une intrigue bien construite et la symbolique du pont entre deux rives, qui, en amour comme en amitié, peut apporter le bon comme le mauvais. – Marianne Le Roux Briet

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Martin Dumont nous avait déjà offert un beau premier roman « Le chien de Schrödinger », qui était un très beau portrait d’un homme sensible, déchiré, anéanti, broyé mais toujours debout.
Dans « tant qu’il reste des îles » (un si beau titre), nous allons rencontrer plusieurs hommes. Ils vivent sur une petite île : ils sont pêcheurs, même si c’est de plus en plus difficile, ce métier, ils travaillent dans un chantier naval, il n’y a plus beaucoup de commande. Mais la vie sur cette île va être transformée, améliorée, saccagée dans peu de temps. La décision, après un référendum, a été prise et un pont se construit et l’île va être reliée au continent. Une autre époque va commencer, certains en voient des avantages, d’autres ont peur de ce changement. Chacun va essayer de défendre ses positions.
Un très beau texte pour nous parler de cette transformation, ce passage à une autre époque, de belles pages sur la mer, sur la construction du pont (relire le très beau livre de Maylis de Kérangal « Naissance d’un pont »), sur les rapports qui vont changer sur l’île (de belles pages dans le bar des marins). de beaux portraits d’hommes et de femmes.
Un très beau texte sensible et touchant, rempli de poésie. – Catherine Airaud

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Léni répare des bateaux sur un petit chantier naval et s’occupe de sa petite fille Agathe, quand sa mère accepte de la lui confier. Le soir, il retrouve ses copains pour jouer à la coinche au café de Christine. Le principal sujet de conversation, c’est le pont. Celui qu’on est en train de construire, gigantesque infrastructure de câbles et de métal qui reliera l’île au continent, rendant obsolètes les liaisons par ferry. Un immense progrès affirment les partisans du maire, une source de rentabilité et d’attrait touristique en plus d’être pratique. Mais les joueurs de cartes ne sont pas de cet avis, et envisagent de monter un mouvement de protestation : faire construire le pont, c’est tuer l’identité de leur île. Léni, lui, ne prend guère part aux débats. C’est qu’il a d’autres préoccupations : la méfiance de Maëlis, la mère d’Agathe, et les difficultés économiques du chantier naval. Il semble un peu désabusé, ce Léni si taiseux, et peu enclin à s’investir dans un combat qu’il pense perdu d’avance, ou dans une nouvelle relation amoureuse. Un peu attentiste, aussi. Incapable de prendre de vraies décisions, de se battre, qu’il s’agisse de l’identité insulaire ou de sa fille, il pourrait être agaçant s’il n’était pas si touchant. Mais au fur et à mesure de la construction du pont, que les fondations accueillent les piles, que le tablier va être posé, et tandis que l’équipe du petit chantier naval tâche de répondre à une commande difficile, il devient de plus en plus difficile de ne pas agir. Et quand une convergence d’événements l’amène enfin à agir, c’est toute sa vie qui va s’en trouver modifiée.

Dans cette histoire on se dispute en jouant aux cartes, on fait griller des sardines, on va pêcher, la patronne du bar chante du Brassens en s’accompagnant à l’accordéon, c’est un récit écrit à hauteur d’hommes où perce beaucoup de tendresse. La plume de Martin Dumont y est très juste, avec ce qu’il faut de poésie désabusée ; il campe en quelques phrases l’ambiance d’un bar ou l’adrénaline d’une sortie dans une mer agitée. Alors, pris sous le charme, on se dit que malgré le pont, une île sera toujours une île et qu’on irait bien y faire un tour. – Emmanuelle Bastien

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Martin Dumont nous ouvre les portes de la vie de Leni, jeune père séparée de la mère de sa fille, au moment où la vie de l’île, sur laquelle il vit et travaille, connait un bouleversement irréversible puisqu’un pont est en cours de construction pour relier le continent. Une opportunité économique pour certains, une nécessité face à la baisse démographique, la fin d’un monde pour d’autres.

« Ce pont, il a chuchoté, c’est la mort de la poésie. […]
C’est pas rien, une île… C’est un bout de terre planté au milieu de l’océan. Un caillou peut-être, mais avec la mer autour. Un truc magique, un endroit d’où tu ne peux pas te barrer comme ça, juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d’ailleurs ! Une île, ça se mérite. Faut prouver qu’on est digne de l’atteindre, faut être à la hauteur. […] Si tu construis un pont, tu détruis tout, non ? Moi, je dis que tu la tues, cette île. »

Tout le roman est construit autour d’une jolie analogie. Leni aussi est une île qui a peut-être besoin d’un pont. Sa vie aussi va être bouleversée par l’irruption du pont qui amène Chloé. Doit-il s’ouvrir aux autres ou se recentrer sur lui voire se refermer ?

Même si j’ai trouvé l’histoire convenue, sans la densité romanesque que j’attends pour frissonner de quelque part, Martin Dumont déroule son récit avec tellement de sensibilité, à hauteur d’hommes, avec pudeur, que le charme a tout de même pris. On sent toute la passion de l’auteur, architecte naval, pour la mer et tout ce qui gravite autour d’elle. Il dit avec sincérité la rudesse, la solidarité, la camaraderie de ce microcosme insulaire exclusif. Il raconte magnifiquement la fierté qui anime ceux qui sont liés à la mer.

C’est cette simplicité limpide, ces silences justement dosés qui respirent entre les actes, qui m’a touchée. Ce livre ne restera pas profondément ancré en moi, mais il m’a fait immédiatement du bien par la lumineuse humanité qui s’en dégage. Jusqu’à la dernière phrase, poétique et positive, très réussie. – Marie-Laure Garnault

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Leni répare des bateaux, son chantier naval est en danger. Séparé, il voit peu sa fille. Et au cœur de toutes les discussions: le pont, qui va relier son île et le continent.
Autour de Leni tout le monde s’engage en faveur ou contre cette construction. Leni, lui, navigue au milieu de ses soucis, et prend parfois le large pour essayer de les oublier. Il se cherche, n’arrive pas à se positionner et afficher ses idées.
Dans ce roman poétique insulaire, Martin Dumont nous conte ainsi cet anti héros, taiseux, très attachant.
Ce petit trésor se mérite comme son île. Deuxième roman encore plus prometteur que le premier. – Anne-Claire Guisard

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Lire également les billets de :

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/04/27/tant-quil-reste-des-iles/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/tant-quil-reste-des-iles-de-martin.html

Nicole Grundlinger : http://www.motspourmots.fr/2021/01/tant-qu-il-reste-des-iles-martin-dumont.html

Grand Platinum – Anthony van den Bossche

« Paris n’était pas un assemblage de rues, de bâtiments, de monuments et de quartiers, mais une héroïne de roman dont on ne pouvait toucher un cheveu sans mettre le monde à son chevet. »

L’air de rien ce roman nous emmène dans une jolie traversée de Paris, avec escapades au Japon et à Milan ! Nous voilà pris dans le rythme de Louise, trentenaire parisienne, hyper active, bien dans son temps moderne, maniant les ficelles de la communication dans l’univers du design international. La narration suit son pas et saute d’une scène à l’autre nous immergeant peu à peu dans une histoire, une ambiance. Le pitch, l’auteur nous l’offre au cœur de son livre : « Écoute ça : au fil des années, un homme a constitué une fantastique collection de carpes, conservée un peu partout dans les mares parisiennes comme si la ville lui appartenait. A sa mort, sa fille (un peu garçon manqué) et son frère (un peu sociopathe) héritent des poissons, mais le joyau de la collection a été vendu par un jardinier cupide à un esthète de l’île Saint-Louis. Le frère et la sœur décident de kidnapper le poisson et de trouver un étang pour reconstituer la collection du père. »

Les carpes sont des Koï, enfin des « Nishikigoïs, des carpes au sang choisi dont le dos évoquait des brocarts de soie et rebaptisées « Koï » par les occidentaux ».

Cette aventure nous déambule dans un Paris comme on l’aime, aux recoins bien connus de l’auteur, entre squares, impasses, escaliers, ponts, berges, rues parallèles, une île et Notre-Dame (en feu) au cœur de la Rive Droite ainsi mise à l’honneur. Cette ballade parisienne rend hommage au père disparu, lequel avait fait de la Capitale sa maison : « Délester son aquarium dans les squares était interdit, mais il avait une relation particulière à la ville : il n’habituait pas à Paris, il habitait Paris. » Cocasse expédition, on apprécie le loufoque de l’aventure dans ce Paris palpitant, secret, refuge de belles histoires.

A la façon d’un jeu de points à relier, on courre aux côtés de Louise en rejoignant tour à tour  un frère misophone, lequel se terre chez lui et fuit ses contemporains ; les amis de toujours du père défunt, trio burlesque, sympathique, jouisseurs de la vie et toujours présents pour Louise et son frère ; un designer aussi brillant qu’infect pour lequel Louise travaille ; un amant amoureux donc un gênant, le tout en marchant vite au pas tressautant de Louise, qui pense aussi vite que sa cadence.

L’histoire est légère à lire car on ne s’attarde ni sur les personnages, ni sur les ficelles, les secrets, les pourquoi. Les petites touches suffisent cependant à transmettre le précieux d’une amitié, la fidélité d’un engagement, la tendresse fraternelle, la lassitude d’une course à fuir, fuir des faux-semblants qui troublent, empêchent, effraient ce qu’il faut de lâcher prise pour être soi, être bien. « Louise posa ses orteils au bord de la ville, éprouva la solidité de la berge, derrière elle il y avait Paris, une mare et le Grand Palais, en amont il y avait le Morvan, des étangs et des collines humides, dont il suffisait de gratter la pente pour faire jaillir une source. On pouvait commencer un monde avec une flaque d’eau et du soleil. Oui, elle pouvait tout recommencer. Elle plia les genoux, comme son frère lui avait appris, et plongea vers Saito »

En tentant ainsi de sauver les carpes collectionnées de son père, bien jolie façon d’ajouter couleurs et poésie aux quatre coins de Paris, Louise débroussaillera son chemin, en éclairant un peu de la vérité de son père, en prolongeant son œuvre,  la vie à préserver tout en quittant le factice, le superficiel qui embourbe. Un jeu de points à relier qui dévoilerait le dessin d’une carpe en rêve d’une vie, en guide d’une trajectoire, en trésor transmis, en ode à la beauté libre et transgressive, au-delà des frontières, des arrangements… Un jeu de points à relier qui ferait apparaître la broderie colorée, l’irisé graphique d’un dos de carpe ou d’ailes de papillon dont le battement secousse encore ses effets longtemps après un tremblement lointain. – Karine Le Nagard

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Un titre et une couverture intriguant. Un poisson rouge, parsemé d’écailles noires, bleues et blanches composant un motif élégant, telle une toile.  

Les premières lignes de ce roman m’apprennent qu’il s’agit d’une carpe. Aux antipodes des modèles croisés fréquemment dans les mares et rivières, gros poissons à l’allure sombre et sans grâce. 

Cette carpe-là est japonaise, issue d’une mutation spontanée qui a transformé ces animaux aquatiques, tout à fait ordinaires, en poissons d’ornement. Des couleurs inédites ont progressivement coloré leur dos. Les pêcheurs les ont alors élevés, bichonnés et ont créé de nouvelles variétés dont ils consentent à vendre certains spécimens à des collectionneurs étrangers. 

Louise et son frère ont ainsi hérité de la collection que leur a laissée leur père à sa mort. À un détail près. Ces carpes, 17 au total, ont été disséminées dans les bassins de différents jardins à Paris. Ce qui est strictement interdit. Le frère de Louise a besoin d’argent. Ils décident de vendre. Encore faut-il les rassembler en un seul et  même endroit.  Une expédition s’organise. 

Une histoire hors des sentiers battus. Une lecture baroque dont la fin est digne du club des Cinq. De belles balades dans Paris, un voyage au Japon. Des personnages délicieusement zinzins. Quelques scènes hilarantes, dont une où il est question d’un sex toy. J’ai adoré.  – Hélène de Montaigu

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Ce petit livre (150 p. à peine) ne m’a pas touchée, je n’ai ni aimé le style alambiqué ni compris ce qu’il voulait me dire et où il voulait m’emmener. Au bout de quelques pages, j’étais tentée de le laisser tomber mais j’ai persévéré sur la foi de commentaires élogieux que j’avais pu lire.

Au final, j’ai trouvé les personnages esquissés plus qu’écrits et ils ne m’ont pas intéressée (à part peut-être le designer fou, sorte de Phil Spector à la petite semaine) ; leurs aventures de bobos branchés parisiens m’ont agacée et l’affaire de deuil, d’héritage et de carpes ne m’a pas émue. Quant à la poésie et l’humour qui m’avaient été vantés, je suppose que l’auteur et moi n’en apprécions pas les mêmes formes.

Restera pour moi un hommage rendu à Paris, une belle évocation des couleurs des poissons, une leçon sur les carpes japonaises de collection et un enseignement : comment importer des animaux protégés en contournant l’interdiction du pays dont ils sont originaires. – Marianne Le Roux Briet

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Petit roman original , sur l’héritage et le deuil .
Louise agent de communication , en quête de sens sur sa vie , ses amours et son métier décide de sauver les carpes Koi de son père décédé.
Elles sont éparpillées dans des bassins parisiens, (lieux publics ou privés) et les rassembler dans un même endroit les mettront en sécurité.
Une expédition est organisée avec les acolytes de son père. Elle l’aidera à tourner la page et à envisager son propre avenir.
J’ai passé un joli moment de lecture, pas inoubliable, mais le sujet du deuil est tellement sensible, que la moindre petite idée, et celle ci est très jolie, mérite qu’on s’ y attarde. – Anne-Claire Guisard

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Certains héritages sont plus compliqués que d’autres à gérer et vous glissent parfois entre les doigts comme des anguilles…ou des Koï, ces magnifiques carpes japonaises, fruits du travail acharné et pointu d’éleveurs éclairés du Soleil Levant. Pour se conformer aux dernières volontés du collectionneur malgré lui que fut leur père, Louise et son frère, assistés des amis de toujours du cher disparu, lancent les filets d’une pêche aussi hasardeuse que miraculeuse sur tout ce que Paris compte de bassins accueillants, contraints, chacun, de s’extraire d’une vie brillante et complexe pour renouer avec une complicité depuis longtemps oubliée.

Avec ce premier roman aux contours très nets et aux lignes d’une très grande élégance, Anthony van den Bossche réussit la performance assez troublante d’accumuler, comme dans un croisement très étudié et travaillé avec un brio qui ne laisse rien au hasard, une collection de perfections qui donne presque le tournis : histoire d’une surprenante originalité, personnages d’une sobre précision, style d’une agréable sobriété, structure narrative d’une confortable fluidité…Oui, tout cela est d’une très grande beauté, assurément. Mais de cette beauté glaciale et inatteignable à la scandinave, de cette beauté qui vous laisse béat d’admiration mais en retrait, de cette beauté de marbre où la vie s’est figée à force de perfection. Dans cet univers parigo-parisien entre architectes perfectionnistes ,designers imbuvables et collectionneurs de haut vol,  le lecteur dépourvu des références ad hoc goûte à ce malaise indescriptible du provincial endimanché convié, sur un malentendu, à un défilé haute-couture. Quant à moi, je suis allée au-devant de ce « Grand Platinum » sans déplaisir, j’en ai contemplé le brillant, puis je l’ai laissé filer, semblable à une koï aux motifs sophistiqués, aux écailles irisées mais au cœur décidément trop froid pour faire battre le mien. – Magali Bertrand

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Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a d’autres choses en tête: des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d’eau à Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage. 

C’est donc une balade un peu loufoque dans les rues de Paris pour retrouver des carpes. J’ai souri par moment, été touchée aussi par ces deux enfants qui veulent sauver l’héritage de leur père. Malgré cela j’ai quelques petits bémols : d’abord sur les carpes, j’en aurais voulu plus quitte à ce que ce soit la grande quête et la chasse aux trésors dans Paris autant y aller et avoir plus d’info sur ces carpes en apprendre plus. Je me souviens d’un livre la tristesse des éléphants où justement on avait toute une dimension sur le comportement des éléphants j’avais adoré. Là au final on a beaucoup d’éléments mais sur les 30 dernières pages j’en aurais voulu plus, j’aurais voulu être touchée un peu plus tôt. 

Deuxième petit bémol les moments de vie de Louise tombent parfois comme un cheveu sur la soupe. Ça arrive on se dit ok mais sans forcément comprendre ce que ça vient faire là. Mais je pense que ça va un peu avec ce que j’ai écris avant je m’attendais à ce que les carpes soient plus centrales. 

Malgré cela j’ai vraiment trouvé ça frais à lire, je sortais d’une lecture assez difficile et j’ai vraiment apprécié cette recherche de carpes dans tout Paris. Une belle découverte ! – Clémence Dubois

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C’est une histoire de poissons. Des carpes , des Koïs, mais pas n’importe lesquelles. Des carpes de collection, celle que le père de Louise a constituée puis éparpillée dans différents bassins de Paris. Et il lui faut les récupérer. Tâche ardue, d’autant qu’elle doit en même temps lutter avec un collaborateur fantasque mais indispensable de sa boite de com,  et avec les fantasmes sexuels de son amant.

J’ai été d’emblée agacée par l’écriture, un récit qui commence au passé simple, des dialogues lyriques qui m’ont distancée de l’histoire.

Les scènes de sexe avec énumération anatomique des lieux  visités et détails techniques me font en général l’effet d’une fenêtre pop-up porno qui surgirait sur mon écran d’ordi.

Je n’ai pas compris certaines expressions comme « un homme au port de cerf, poitrail ouvert ».

Paris prend une place importante dans la narration y compris dans ses blessures du temps , avec l’incendie de la cathédrale, et c’est put-être ce qui m’a le plus intéressée.

Quant aux poissons j’’éprouve assez peu d’empathie pour eux, malgré leur couleur et leur rareté.

Le tout forme un ensemble hétéroclite qui ne m’a pas séduite. – Chantal Yvenou

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Après avoir suivi sur les blogs les 68 premières fois, je suis vraiment ravie de participer à cette nouvelle édition. Et pour inaugurer cette aventure, je découvre un roman original et inattendu.

Au cœur de l’agitation parisienne, les parcs constituent des ilots de tranquillité. Là, vivent des carpes Koï dissimulées par un collectionneur. A la mort de son père, Louise doit s’occuper de cet héritage singulier et protéger les magnifiques poissons des convoitises d’un jardinier qui aimerait bien les vendre à de riches amateurs.

De ce roman, j’ai aimé le contraste entre modernité et tradition. Les carpes koï, animal élégant et délicat, associé à la contemplation des jardins japonais, vivant au cœur d’une capitale sans cesse en mouvement. C’est une jolie idée, de même que cette quête pour rassembler ces animaux en souvenir du père.

J’ai aimé le parallèle entre Louise et Paris. Louise fait une pause dans sa vie, pour se concentrer sur son histoire, de même la capitale se fige lorsque ce qui semblait éternel part en fumée, lorsque la cathédrale magnifique brûle sous les yeux consternés des parisiens et des touristes.

Une jolie découverte pour commencer. – Delphine Queval

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« Il ne faut pas demander à l’artiste plus qu’il ne peut donner, ni au critique plus qu’il ne peut voir. » – Georges Braque, Le jour et la nuit

« Louise regardait nager autour de ses bottes une partie de la collection assemblée par son père, dont les motifs avaient été conçus dans la campagne japonaise avec un soin maniaque, et nécessité beaucoup de temps et de chance. »

Grand Platinum est le 1er roman d’Anthony van den Bossche, publié aux éditions du Seuil dans la collection Fiction & Cie. Il s’agit d’un texte court, à peine 160 pages, dont l’argument est donné en l’exact milieu du livre par le personnage principal, Louise Baltard :

« Écoute ça : au fil des années, un homme a constitué une fantastique collection de carpes, conservée un peu partout dans les mares parisiennes comme si la ville lui appartenait. À sa mort, sa fille (un peu garçon manqué) et son frère (un peu sociopathe) héritent des poissons, mais le joyau de la collection a été vendu par un jardinier cupide à un esthète de l’île Saint-Louis. Le frère et la sœur décident de kidnapper le poisson et de trouver un étang pour reconstituer la collection du père. »

En effet, le père de Louise vient de mourir d’un cancer. Cet homme, qui avait une « façon d’évoluer avec grâce entre deux eaux, d’envahir l’espace de sa présence douce et altière », laisse en héritage une collection de carpes japonaises élevées et sélectionnées selon cet art ancestral, des Koï qu’il a disséminées dans les bassins parisiens, du parc des Batignolles au parc Monceau en passant par le square du Temple et les jardins du Trocadéro, devenus pour l’occasion – et en toute illégalité – ses aquariums personnels. Pendant des années, les très prisées Koï du père ont été nourries clandestinement par une bande de joyeux drilles et fidèles complices. Louise se met en tête de conserver le secret en rassemblant ces carpes tant convoitées dans la mare du Grand Palais et d’éviter ainsi que ces « provocation[s] graphique[s] à l’ordre de la nature » ne fassent le bonheur de quelque avide malotru.

L’idée sur laquelle est bâti ce roman est vraiment originale et, ainsi résumée, elle a de quoi séduire, d’autant que la trentenaire que l’on suit est vive et décidée. J’ai senti dans les premières pages que je pourrais avoir plaisir à l’accompagner dans la mission qu’elle s’est fixée. Mais…

Les personnages sont nombreux.

Très !

Trop ?

Outre Louise, voilà Vincent, Ernesto, Thomas, Stan, Jean, Mehdi, Paul, Jérôme, Robert, Alicia, Sophie, Fabrice, Hirotzu, et j’en oublie ! Le brassage de ces hommes et ces femmes fait qu’ils manquent d’épaisseur. À quelques rares exceptions près, ils ne sont pas assez travaillés, ils sont un peu pâlots et complaisamment stéréotypés : la chargée de com est virevoltante ; le défricheur de scénarios, misophone ; Stan est un désigner dont l’« égocentrisme [est]  « naturel », [l’] intolérance à la frustration la juste « impatience » de la jeunesse dans un monde arthritique ». Je me suis demandé quel était le rôle de certains d’entre eux, tel Vincent, le petit-ami de Louise. D’autres ne font que passer, ils sont là, l’espace d’un paragraphe avant de disparaître à tout jamais. Étaient-ils indispensables ? N’était-il pas préférable de donner une meilleure consistance à ces individus à peine esquissés, auxquels j’ai eu du mal à m’attacher ? Pour certains, leur présence sur la page tient de l’apparition, du happening.

Paris, Milan, le Morvan, le Japon : à croire que tout ce petit monde est pris de bougeotte. Va-t-on nous aussi être pris de transe ? On court, ça oui ! Dans Paris, essentiellement. La balade parisienne est tout de même agréable, je ne le nie pas, même si on s’essouffle derrière la vive Louise avec l’impression de s’éparpiller.

Des événements pour le moins incongrus sont venus perturber ma lecture. Je n’en ferai pas une liste exhaustive, mais je me demande encore ce que vient faire là le colis que Vincent envoie à Louise. Je ne vous dis pas ce qu’il contient, je préfère vous en laisser la surprise (et j’aimerais bien voir votre tête quand vous l’ouvrirez !) Là encore, était-ce bien nécessaire ? Sauf à vouloir choquer et faire réagir, comme l’ont fait des artistes, tels Paul McCarthy ou Maurizio Cattelan, par exemple ? 

Le style est, par moments, boursouflé, tels « [ces squares qui étaient] des bouffées romantiques aux rebonds vert profond dont les détours et les vallons cintrés étaient des citations libres de la Genèse ». Au détour d’une phrase surgissent des images déroutantes – cet « un homme au port de cerf, poitrail ouvert » est-il un nouvel Actéon ? ; des comparaisons surprenantes « [des pins] aussi invincibles que le plastique » sont-elles sensées nous éveiller aux dangers que court notre planète ? ; des adjectifs décalés « le gravier croustillant », dont je n’ai su quoi faire tout en leur reconnaissant d’être aussi éloignés que possible du cliché. Malheureusement, là encore, je trouve que l’accumulation confine à une artificialité qui n’a rien à envier à celle des Koï, bien qu’elle fasse aller le texte là où on ne l’attend pas ! Un bon point, je l’accorde.

Au fur et à mesure que la fin approche, les chapitres courts s’étoffent tout de même, dans ce récit qui saute, primesautier, de descriptions en dialogues. La multiplicité des personnages, la course dans Paris d’un lieu à l’autre derrière Louise n’aident pas à garder le fil conducteur.

Où va-t-on ?

Figurez-vous que je n’en sais rien, même après avoir terminé ma lecture.

Est-ce un inconvénient ?

Dans mon cas, oui, car je suis convaincue d’avoir manqué les références, faute d’avoir le bagage requis. Je garde en tête qu’Anthony van den Bossche est commissaire indépendant, spécialisé en design contemporain. Ce n’est sûrement pas anodin.

Je regrette pareillement que tous ces artifices narratifs aient masqué le propos que je devine adroit pourtant : comment prendre soin d’un héritage peu banal, laissé par un père esthète ? Qu’attend-on des amis, de la famille ? Que peut-on leur demander de faire par fidélité ? Comment continuer le magnum opus paternel ?

Voilà pour ce que le lecteur voit, pour ce qui est à la surface et a priori accessible à tous.

Reste une écriture comme on en rencontre peu, reconnaissable à cette esthétique non traditionnelle, pleine d’une hardiesse qui assume/revendique le décalage appuyé et loufoque, insolent parfois, en rupture avec les conventions : le verbe est surprenant, l’adjectif, inattendu, l’image, déconcertante.

Tout cela participe à la quête d’une poétique qui, je hasarde, est le véritable sujet souterrain de ce Grand Platinum que je qualifierai d’expérimental et transgressif comme sait l’être l’art contemporain cher à l’auteur. 

Et à présent, à moi de m’interroger : peut-on appliquer à l’écriture d’un roman les techniques nouvelles qu’éprouvent les artistes contemporains (peintre, plasticien, photographe…) ? Ces techniques peuvent-elles éveiller l’émotion de ce spectateur d’un genre particulier qu’est le lecteur ? Et si tel n’est pas le cas, qu’advient-il du texte ?

Grand Platinum est un roman provocant et frustrant, en ce sens que j’ai su assez vite que je n’aurais pas le vocabulaire pour en parler ni les clefs pour l’apprécier pleinement.

Pas plus qu’au critique il ne faut demander au lecteur plus qu’il ne peut voir.

J’aime penser que, m’observant du coin de l’œil et me voyant décontenancée, l’auteur, espiègle et satisfait d’avoir atteint son but, murmure : 

« Oui. Comme ça. Parfait. »Christine Casempoure

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Le père de Louise vient de mourir, lui léguant, ainsi qu’à son frère, le soin de s’occuper de sa collection de carpes koï d’exception disséminées dans les bassins parisiens. Elle a bien d’autres choses en tête, Louise, entre ses missions de conseillère en communication, dont l’une consiste à s’occuper de son principal client, un designer égocentrique incapable de mener un projet à bien, sa relation avec son amant obsessionnel et son frère sociopathe atteint de misophonie (l’incapacité à supporter certains sons, les bruits de mastication ou les raclements de gorge, par exemple). Lorsqu’elle apprend que le jardinier chargé du soin des carpes a revendu l’un des spécimens les plus précieux, elle n’hésite plus : il faut réunir toutes les koï, quitte à les voler. C’est peut-être l’aspect le moins crédible de l’histoire, d’imaginer cette jeune cadre brillante troquer ses escarpins contre bottes en caoutchouc et épuisette pour écumer en pleine nuit les plans d’eau de Paris, aidée par les comparses de son père. Mais faisons fi de ce détail, les portraits sont truculents – le Maire qui monopolise le hammam de la Grande Mosquée ou Ernesto, montalbanais qui doit son surnom à sa propension à fumer le cigare – et la langue fort belle, qui touche presque au lyrique dans la très belle scène du tremblement de terre au Japon, lequel a inauguré la mise en place de la collection paternelle. – Emmanuelle Bastien

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Le tourbillon de la vie va nous emmener sur les traces de Louise. A la tête d’une agence de communication en design, elle vit à  cent à l’heure.  Suite au décès de son père, avec l’aide de son frère et de quelques amis, elle devra aller récupérer des spécimen rares de carpes Koï dans une pêche épique.  Son père les avait disséminées dans différents bassins de Paris pour ne pas attirer l’œil de visiteurs trop curieux.

Un premier roman court et original, plein d’humour où l’on passe de la France au Japon en quelques secondes. La carpe symbolique du Japon et là en l’occurrence des bassins de Paris. – Hélène Grenier

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Je suis complètement passée à côté de ce roman, sans jamais parvenir à entrer dans l’univers de son auteur. L’idée de départ était pourtant séduisante avec son côté décalé qui laissait entrevoir un film à la Tati, tendre et fantaisiste, aussi bien qu’une planche de Sempé, délicate et poétique : une course poursuite dans Paris pour kidnapper des carpes japonaises de collection, disséminées dans différents bassins, héritage paternel de Louise et son frère.

Si la lecture a été fluide et pas désagréable, si la description doucement ironique de la vie moderne est plutôt juste, ce récit a glissé sur moi sans que je ne parvienne à m’accrocher à aucune aspérité qui aurait pu susciter mon intérêt. Je n’ai pas aimé les personnages principaux, notamment Louise qui manque cruellement de densité romanesque. Les passages narrant sa vie professionnelle et sentimentale m’ont semblé plaqués très artificiellement sur le reste de la narration. J’aurais tellement aimé que cette dernière décolle mais l’écriture manque de relief pour emporter le tout.

Il y avait pourtant matière à inventer un roman plus piquant car, derrière la facétie des tribulations autour des koï à enlever, se cache une très belle thématique : celle d’un enfant devenu grand qui découvre les secrets d’un père, sa folie douce qu’il n’avait jamais entr’aperçue et qui se révèle en plein deuil. – Marie-Laure Garnault

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Voilà un livre qu’il me va être particulièrement difficile de commenter, je crains d’être totalement passé à côté.

Un livre inclassable par un récit qui m’a semblé partir dans des directions totalement opposées, en fait des récits qu’il aurait été intéressant de découvrir dans leur spécificité et décliné un par un avec un contenu propre et qui mis, ici, bout à bout, ne m’ont rien dit. En vrac, on a une histoire familiale avec Louise, son frère et l’héritage d’un père dans sa passion des carpes, pure projection d’une facette de la culture japonaise qu’il faut faire perdurer en réunissant une collection in vivo des spécimens recueillis durant tout une vie qui reste le coeur du projet littéraire de l’auteur. Puis une vie professionnelle et privée assez complexes entre l’agence de communication créee par Louise au service d’un désigner fantasque et à l’égocentrisme exacerbé, ses liens particuliers avec un frère ermite par choix mais avec des difficultés financières notables, une communauté d’amis éclectique mais réduite, un amant de passage aux goûts sexuels particuliers…. le milieu de l’art contemporain spécifique, l’incendie de Notre Dame…. bref un ensemble éclectique et pour moi peu vraisemblable et nullement captivant. – Olivier Bihl

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Un 1er petit roman surprenant, découvert encore une fois grâce aux fées des 68 premières fois .
Lu d’une traite en une soirée et en ressortir amusée et séduite malgré une histoire loufoque qui se déroule à « cent à l’heure ».
Pour la provinciale que je suis, ce fût une  visite de Paris à tout allure et la découverte de ces poissons magnifiques, les Koïs, adorés des Japonais et prétexte à ce roman.
Un récit qui part dans tous les sens ( c’est du moins ce que l’auteur veut nous faire croire ) : de Paris à Milan, des quais de Seine (ou plutôt de l’Yonne) aux parcs et bois parisiens , un frère, une sœur, un même père décédé mais deux mères différentes, des acolytes hauts en couleur et …ces carpes majestueuses.
Impossible de vous en dire plus, soit vous aimez cette fable fantaisiste soit vous passez à côté. Moi, j’ai aimé. A vous de voir… – Marie-José Severin

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Voilà un premier roman très enlevé, fantasque et instructif que j’ai littéralement dévoré en une soirée. Il faut dire que j’ai eu très envie de découvrir où cette histoire de carpes allait me mener ! Car il est question de carpes et pas n’importe lesquelles. Des carpes Koï (improprement appelées ainsi par les occidentaux) de collection disséminées en douce dans les mares, lacs et étangs de Paris par leur propriétaire. Au décès de celui-ci, sa fille est alertée par un des jardiniers qui l’aidaient à prendre soin des précieux poissons, qu’un autre de ces aides, peu scrupuleux, a commencé à revendre à prix d’or les fameuses carpes. Il s’agit donc pour Louise de résoudre l’épineux problème tout en jonglant entre ses soucis professionnels et les fantasmes de son amant tandis que son frère, lui, à court d’argent veut vendre les carpes, ce qui implique d’abord de les rassembler !

J’ai eu l’impression d’un joyeux bordel dans cette histoire, menée au rythme des pas pressés de Louise dans la capitale, Louise et son agence de communication avec un seul insupportable client, star du design has been. L’auteur connaît bien le milieu du design et de la communication et il pose dessus un œil moqueur et ironique.

Les souvenirs d’enfance de Louise et de son frère, plus âgé (qui a de sacrées difficultés de vie en société au point de vivre quasi reclus dans son appartement), leur relation si particulière, la façon dont leur père a acquis sa collection, l’origine des carpes et leurs éleveurs, d’anciens pêcheurs qui ont su transformer en passion un accident génétique, sont les passages/chapitres que j’ai préférés dans le roman, trop courts à mon goût !

Un roman mené à 100 à l’heure avec une écriture pleine de verve sur un sujet inattendu, une lecture plaisante parfaite pour déconnecter du quotidien et rire de bon cœur devant l’incroyable farce imaginée par l’auteur. – Catherine Dufau

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Lire Grand Platinum, c’est tout d’abord en savoir plus, beaucoup plus, sur l’origine des carpes au sang choisi, enfin des carpes Nishikigoï rebaptisées Koï par les occidentaux. Par exemple, découvrir enfin que les paysans de la province de Niigata ont sélectionné des spécimens aux mutations génétiques spontanées, puis les ont croisées entre elles, pour en faire les Koï exceptionnelles que l’on connaît aujourd’hui.

Puis suivre Louise dans ses pérégrinations pour sauver les carpes de son père. Car celui-ci vient de décéder. Mais pendant sa vie, il avait disséminé dans quelques mares et étangs parisiens sa collection unique de Koï. Il faut dire que ces dernières ont besoin d’espace pour se développer. Et lorsqu’il avait quitté sa maison au grand jardin, il avait bien fallu leur trouver un point de chute.

Mais pas seulement ! Car ce sauvetage est aussi un moyen de mieux connaître le père disparu. Avec l’aide de son frère, un garçon au rythme de vie totalement décalé et hors du temps, et de quelques amis bien choisis, Louise va parcourir la capitale à la rencontre des secrets bien gardés de son père.

Il y a une belle poésie et beaucoup d’humour, de sentiments et d’empathie dans ce premier roman pour le moins insolite et original. Le rythme, les personnages, l’intrigue, en font un joli moment de lecture. Original, enlevé, le sujet singulier des Koï et la personnalité de Louise, de son client Stan, de son frère et de quelques autres protagonistes donnent envie de la poursuivre encore un peu et laisse comme un goût de pas assez. – Dominique Sudre

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Louise est une working girl, elle est attachée de pesse dans l’art contemporain et s’occupe de Stan, un célèbre et extravagant designer, qui lui en fait voir tous les jours : difficile avec les commandes, les caprices du monsieur. Elle vient de perdre son père et elle doit gérer un drôle d’héritage avec son frère, étrange lui aussi. Son père avait une collection un peu particulière, il achetait des carpes et après leur installation à Paris les avait, avec la complicité des jardiniers de la Ville, éparpillé dans les différents jardins de Paris. Mais il faut qu’elle s’en occupe car certains les revendent. Elle va alors avec une sacrée équipe, une nuit les repêcher et les libérer dans la campagne.
Un texte qui nous entraîne dans les parcs parisiens et leur histoire, dans le monde des carpes et celui de leur élevage et collection, dans le monde du design (j’ai aimé la balade lors du salon du design à Milan).
Je n’aurai pas cru que j’aurais été intéressée par une histoire sur les carpes, mais quel plaisir ce Grand platinium, l’auteur arrive à nous transporter dans les rues et jardins parisiens, ou le salon du design milanais et un petit tour au Japon. Sacré texte avec de belles descriptions des rues et jardins parisiens et des portraits touchants, surprenants de personnage. J’ai aimé donc ce court texte et ai aimé en savoir plus sur le créateur des jardins parisiens, sur les élevages de carpes, sur le monde du design et tout cela avec des références à l’actualité récente : des pages émouvantes quand l’héroïne découvre l’incendie de Notre Dame de Paris, sur les portables d’invités lors d’une soirée à Milan (comme certains d’entre nous d’ailleurs, qui ont ce souvenir d’être éberluée de voir la flèche de Notre Dame tombait et que nous étions rivés sur nos téléphones !). Il y a aussi de l’humour dans cet étrange et touchante histoire, une bande de pieds nickelés qui partent le soir pour récupérer les carpes mais aussi une fin très surprenante et clin d’oeil à nos politiques et à notre monde actuel.
Bref un texte court mais qui aborde beaucoup de thèmes et dont certains personnages restent en mémoire et hâte de pouvoir déambuler dans les rues et parcs parisiens et pourquoi pas retourner à Milan ou découvrir le Japon. – Catherine Airaud

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Anthony van den Bossche nous entraîne dans un récit un peu loufoque, mené tambour battant, à travers Paris et jusqu’au Japon. C’est l’histoire d’une sœur et un frère qui viennent de perdre leur père et se retrouvent avec un curieux héritage, une collection de carpes dites Koï, belles et rares, disséminées en toute illégalité dans différents bassins parisiens.

Louise mène une vie à un rythme effréné avec sa petite agence de communication, aux prises avec un client, designer célèbre et capricieux. S’ajoute un amant fantasque, pas forcément indispensable et un  frère qu’elle aime, qui souffre de misophonie et vit retranché du monde dans son appartement. Voilà qu’en plus, il lui incombe de retrouver ces carpes japonaises qui valent un prix d’or et peuvent attirer bien des convoitises. Avec son frère et une bande de copains fidèles, ils vont tenter de les récupérer et de les réunir.

D’une écriture vive et rythmée, l’auteur met en scène leurs tribulations parfois burlesques. Les descriptions de Paris sont belles, très visuelles et donnent envie de déambuler dans les rues, du Parc Monceau à l’île Saint Louis, de prendre un café à la terrasse du Nemours. Il y a de l’évasion dans l’air, de la tendresse, de la douceur et de l’humour au beau milieu de l’agitation parisienne. Les personnage secondaires sont esquissés avec sympathie. Il y a notamment Mehdi, le jardinier complice du père, pour qui les Koï n’ont pas de secret, il connaît leurs noms, Chagoï, Tancho, Garomo… et les reconnaît à l’harmonie de leurs couleurs, aux motifs uniques sur leurs écailles.

Suivre cette bande de Pieds Nickelés improbable sillonnant Paris la nuit de parcs en jardins pour récupérer une collection de carpes précieuses est une véritable aventure qui rebondit  au gré des imprévus et des surprises.  Et cette histoire familiale peu banale, racontée par des allers retours entre passé et présent, entre souvenirs d’enfance et vies adultes pas toujours évidentes, avec ces carpes qui agissent comme un legs émotionnel, se révèle touchante.

Cette balade inhabituelle dans Paris, véritable «héroïne de roman», l’hommage au père disparu que ses enfants découvrent sous un tout autre jour, la poésie japonaise qui imprègne le récit avec l’histoire originelle de ces carpes d’exception donnent à ce récit une tonalité bien agréable. Un joli moment de lecture ! – Josiane Sydenier

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Entre le Japon et Paris, des carpes Koï (des « koï koï ») vivent leur vie dans des bassins ou de mares. 

C’est l’histoire de Louise qui perd son père et qui parcourent tout Paris pour sauver cet héritage particulier. Des dizaines de carpes de collections aux différentes couleurs. 

Avec une bande hétéroclite composée des amis de son père décédés et de son frère un peu en marge de la société, ils vont tout faire pour réunir ces carpes et Louise va découvrir au passage la vérité sur ces carpes. 

Un court roman qui nous balade dans paris, agréable et rapide à lire.  – Ana Pires

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Des carpes en héritage, une jeune femme de poigne à la tête d’une agence de designers. Un récit décousu et une histoire qui n’a pas su me convaincre, si ce n’est pour cette déambulation dans Paris qui nous est offerte. – Stéphanie Chapelet-Letourneux

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Désolée de devoir l’écrire, mais ce roman ne m’a ni émue, ni intéressée, ces carpes décrites dans l’histoire aurait pu constituer un excellent support à une narration poétique, or on ne constate dans ce texte, que quelques essais d’écriture qui m’ont parfois agacée et des imprécisions propres à perturber le lecteur : des personnages annoncés et présentés plus tard, un passage qui m’a interpellée parce que j’ai essayé de me mettre dans la peau de lecteur qui ne connaissent pas la raison pour laquelle les gens du Morvan savent que ce n’est pas la Seine qui passe à Paris mais l’Yonne, donc obligation (sans doute très intéressante) à aller se documenter, d’autres personnages qui surgissent, cassant le récit et donnant l’impression qu’on a atterri dans un autre roman.

L’idée de départ était intéressante, les carpes, on explique leur situation au début, au milieu, à la fin, et entre ces passages, une sensation de remplissage pour les besoins du roman avec cette histoire de désigner et les allées et venues de l’héroïne entre ses déplacements, son amant, son passé et son frère… ses ennuis, ses amours, ses emmerdes.

Les seuls passages qui ont éveillé ma sensibilité et ma curiosité sont les descriptions des carpes et leurs couleurs. Le gros point de suspens du roman réside dans la récupération des ces poissons, héritage de Louise et de son frère, d’une collection constituée par leur défunt père qui les avait dispersées dans les pièces d’eau disponibles à Paris, pour les rassembler dans un endroit où elles ne pourront être subtilisées par celui qui en avait « emprunté » une pour la revendre. Quelle aventure !

Fade et sans relief, c’est le seul souvenir que me laissera ce récit. – Roselyne Soufflet

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J’ai commencé fort cette saison des 68 avec 2-3 coups de cœur et de belles surprises dès l’entrée mais avec ce roman, je me suis ennuyée… je crois que je suis complètement passée à côté ! J’étais pressée d’en arriver au bout, mais comme je n’abandonne jamais un livre commencé, j’ai pu apprécier la fin qui a relevé un peu mon attention.

Louise est une jeune femme brillante qui a créé une petite agence de com et qui doit « gérer » un client, Designer un peu excentrique. Vincent, son amant du moment, veut lui faire partager ses fantasmes délirants et son frère, lui, a tendance à être aux abonnés absents. Son père récemment décédé lui a laissé en héritage une magnifique collection de carpes Koï, dispersées un peu partout dans les étangs de Paris, qu’il va falloir récupérer pour les mettre à l’abri des personnes peu scrupuleuses.

C’est un joli conte avec de l’extraordinaire, de la fantaisie et de l’imagination où se dessine l’idée d’une double vie, d’un rite de passage après avoir accompli les dernières volontés de son père ou plutôt après avoir réussi à transmettre son héritage avec la complicité de son frère.

« La vérité était l’affaire des romans, celle de son père était à lire deux fois. Dans la mare, chaque coup de queue pour éviter le filet de Mehdi était désormais porteur d’une nouvelle légende. Une légende héroïque à partager avec un frère. »

« On pouvait commencer un monde avec une flaque d’eau et du soleil. Oui, elle pouvait tout recommencer. Elle plia les genoux comme son frère lui avait appris et plongea vers Saïto ».

J’ai aimé la poésie des noms, la fantaisie des couleurs de ces carpes japonaises (dont j’ignorais tout), la description de leurs mouvements et bien sûr de « Saïto » et « Grand Platinum » ; mais je crains que ce ne soient là, les seuls souvenirs qui me restent de ce roman…

A relire peut-être ? – Anne Laude

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Un premier roman pour le moins peu banal. Qui aurait cru que j’allais être intéressée par des carpes? De magnifiques carpes Koï japonaises, très rares, mais des carpes…. ( Koï signifie carpe en japonais. En plus de me distraire je me suis instruite avec ce court roman et je sais maintenant ce qu’est un platinum !).

Louise au décès de son père se sent responsable de son héritage, une collection de ces Koï, qu’il a discrètement disséminées dans des plans d’eau parisiens. S’en suivent des aventures rocambolesques menées tambour-battant pour les récupérer avec l’aide de son frère et des amis de son père, une joyeuse bande de vieux Pieds Nickelés. Anthony van den Bossche nous fait faire une belle balade dans les rues de Paris et les parcs crées par d’Adolphe Alphand.

J’ai bien aimé toute la partie sur les carpes et les allers-retours entre passé et présent qui permettent de comprendre comment l’extravagante famille de Louise en est arrivé là. La description du milieu assez déjanté de l’art et des designers, que l’auteur semble bien connaître, m’a amusée sans être vraiment convaincante. Les démêlés de Louise et son amant pour mettre du sexe dans cette histoire n’offrent pas beaucoup d’intérêt,

Grand Platinum est un roman décalé, léger qui change avec son ton qui ne se prend pas au sérieux. – Françoise Floride

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Il est étonnant ce petit bouquin sous bien des aspects. 

C’est l’histoire de Louise, une jeune parisienne, qui a sa propre agence de communication et qui travaille notamment pour le designer Stan de son prénom qui  – on peut le dire sans sourciller – est clairement bien timbré et qui – si il ne faisait pas rire parfois- pourrait nous faire juste pleurer. 

La vie amoureuse de Louise se résume pour l’instant à Vincent et les quelques apparitions de cet anesthésiste sont plutôt drôles aussi même si ses fantasmes sont pour le moins étonnant. 

Louise a hérité avec son frère, personnage aussi bien étrange, de son père . Et cet héritage dispersé dans tout Paris, plus exactement dans plusieurs plans d’eau, ce sont de magnifiques poissons, des carpes plus exactement. 

Il est étonnant ce petit bouquin non seulement dans la fiction mais aussi dans la narration. 

Le livre est écrit par un homme et nous parle d’une jeune femme. Jusque là on peut se dire que ce n’est pas la première fois. Certes. Personnellement je ne m’en suis aperçue qu’en fermant le livre et pas une fois je ne me suis posée la question, tant l’écriture me paraissait féminine. Et bien non.

Enfin, cette histoire de carpes donne un ton bien singulier, comme une passion partagée qui soudain prend toute la place. 

Je me suis mise à chercher l’origine de ces poissons, des photographies aussi, des films. J’ai découvert qu’au Japon, ce poisson emblématique représente bravoure, persévérance, courage et amour. Bref, cette passion est devenue mienne le temps de cette lecture. 

Pour finir, ce livre attachant est à la fois la description amusante de la vie moderne et trépidante d’une génération sur fond d’incendie de Notre Dame, comme un retour aux valeurs communes, et l’histoire d’une passion, de sa transmission par un père à sa fille. 

Un livre qui se lit avec intérêt et gourmandise et qui laisse une belle trace. La dédicace de fin, l’auteur le dédie à son père, ajoute une émotion réelle.

Merci les 68 premières fois pour cette découverte. – Sonia Chatain

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Lire également les billets de :

Claire Sejournet : https://lamarmottealunettes.wordpress.com/2021/03/12/grand-platinum-anthony-van-den-bossche/

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/grand-platinum-danthony-van-den-bossche.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/01/25/grand-platinum/

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/03/22/grand-platinum-un-roman-de-anthony-van-den-bossche/

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2021/03/grand-platinum.html

Les nuits d’été – Thomas Flahaut

« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir. »

Ils se retrouvent pour un été dans la région de leur enfance , Thomas, Louise et Medhi, frère, soeur et copain, à peine sortis du moule de l’adolescence « Grandir, ça a été apprendre à fuir ». Ils traînent tous les trois une sorte de mélancolie et d’ennui. Pas de projection d’avenir, alors pas défaut les garçons travailleront cet été à l’usine la nuit. Elle s’apprend cette usine où ont bossé dur les pères. Le lieu épuise, on s’oublie devant les machines, elle « constitue un enjeu existentiel, presque mystique », elle vous dévore. Louise observe, analyse ,enregistre les ressentis pour franchir le pont des émotions.

Le paysage apporte beaucoup à la tonalité du récit « L’usine, un cube doré entouré par des forêts de sapins dont la noirceur a déjà, à cette heure, la profondeur d’une nuit sans lune ». Le décor accentue la froide distance des sentiments et la difficulté à livrer ses pensées. On boit, on fume, on parle peu.

Belle peinture du monde ouvrier, de la transmission échouée, de la rupture générationnelle et d’une jeunesse aux rêves meurtries. – Corinne Tartare

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«Il paraît que les saumons vont mourir là où ils sont nés. C’est une tragédie naturelle qui a son pendant social. Retourner à la vie d’avant, pour les hommes, c’est faire comme les saumons. » Thomas, Louise et Mehdi ont grandi ensemble dans une zone pavillonnaire près de Besançon. Confrontés aux affres de l’âge adulte, ils vont renouer le temps d’un été avec l’usine qui fut au cœur de leur enfance, dans laquelle les ouvriers subissent de plein fouet la crise économique et sont remplacés par des opérateurs, fonction déshumanisée.

Dans cette chronique douce-amère de la transmission entre les générations, on suit avec beaucoup de poésie et de mélancolie ces jeunes personnages attachants, miroirs d’une jeunesse désœuvrée, sous pression.

Le roman se veut également le portrait d’une région désindustrialisée qui lutte pour sa survie, « un monde qui a aboli le soleil par le sommeil, un monde où n’existe que la succession infinie des nuits d’été. » Une certaine atmosphère un peu ouatée, un peu lascive, se dégage des pages de ce livre au réalisme souvent troublant. – Boris Tampigny

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Ce roman figurait sur ma liste de livres à lire de la rentrée littéraire 2020. D’autres livres ont retenu mon attention, puis la rentrée littéraire d’hiver 2021 est arrivée et la lecture de ce livre s’est encore éloignée. Heureusement les 68 premières fois ont sélectionné ce second roman pour lui permettre de toucher davantage de lecteurs. Et quelle belle lecture ! Merci pour ce premier envoi !

Ce roman se lit facilement. Je suis très vite entrée dans la vie de Thomas, Louise et Mehdi. Je l’ai presque lu d’une traite. Impossible d’abandonner les personnages dans leurs tourments. Bref je me suis attachée à ces jeunes gens.

Thomas Flahaut alterne les voix des 3 personnages principaux. On revit ainsi certaines scènes deux fois mais avec un point de vue différent. C’est l’histoire d’une génération, d’ados qui essaient de devenir adultes mais avec le poids de l’héritage social ils ont toutes les peines du monde à y arriver et à trouver leur place.

Louise et Thomas sont jumeaux. Ils ont 25 ans. Ils font leurs études à Besançon. Thomas rate son examen et ne peut plus s’inscrire à l’université. Il n’ose pas le dire aux « darons ». Ces parents qui ont mis tous leurs espoirs dans la réussite de leurs enfants. Le père a travaillé de nuit dans une usine suisse toute sa vie afin de gagner de l’argent et permettre à son fils de « profiter du jour ». Ils habitent dans un quartier d’Audincourt, « Les Verrières ».

Au début du roman il y a des références à Charlie Chaplin. Vous l’aurez compris, il est question de classes sociales dans ce roman. Les copains se sont sentis trahis lorsque Thomas est parti au lycée général alors qu’eux allaient au lycée professionnel. Cet été, il va travailler dans la même usine que son père retraité. Il y retrouve Mehdi, un copain d’enfance. On passe de nombreuses nuits à Lacombe avec eux et Miranda (la machine), les cadences, la fatigue. L’usine ne rapproche pas Thomas et son père, ils restent toujours chacun dans leur silence, leurs non-dits.

Je vous laisse découvrir les deux autres personnages qui ont autant à vous dire sur ces travailleurs frontaliers et cette génération de désillusionnés. Et comme ce sont des jeunes, vous trouverez aussi quelques fêtes, de l’amour, beaucoup d’alcool et quelques joints !

Le titre fait référence aux nuits d’été passées à l’usine mais aussi à un disque aimé par la « daronne », « Les nuits d’été » de Berlioz. Il est vrai qu’il y a une part de mélancolie dans ce roman.

Ce roman social me rappelle celui de Nicolas Mathieu (« Leurs enfants après eux », Goncourt 2018). Il sonne juste, on sent qu’il y a une part de vécu.

Bref, un coup de cœur pour moi ! – Joëlle Buch

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« Les saumons vont mourir là où ils sont nés. C’est une tragédie naturelle qui a son pendant social. »

C’est l’histoire d’invisibles, ces jeunes de moins de trente ans qui, le temps d’un été, seront opérateurs frontaliers intérimaires embauchés chez Lacombe pour fabriquer des stators.

Les gestes, les opérations, la cadence, le bruit se répètent et s’enchaînent.

Thomas, étudiant raté dont le père, qui a lui-même subi les dégâts de l’usine sur son corps, espérait que son fils puisse profiter du jour, et Mehdi, travailleur saisonnier alternant entre la suisse et le Jura, offrent leurs rêves et leur sommeil à cette chaîne d’assemblage.

Louise, Sœur de Thomas, écrira une thèse sur ces travailleurs frontaliers, ces deux univers qui s’affrontent : les fixes contre les intérimaires, les ouvriers contre les opérateurs, les vieux contre les jeunes.

Ces trois jeunes vont chercher leur place dans cette société, une identité.

C’est l’histoire d’une malédiction, c’est l’histoire d’ombre/de lumière, de rouge/ de gris, de bruit/ de silence, de fuite/de résistance, de relations/de séparations, de colère/ d’amour.

Un second roman lumineux qui mérite d’être lu.

« Malgré l’ardeur à la tâche que l’usine leur impose, malgré leurs silences, les ouvriers gardent au fond des poches une poignée de poudre à canon bien serrée dans un poing bien réel et bien dur qui, un jour, qu’ils en soient sûrs, se retournera contre eux. »Alexandra Lahcène

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Les nuits d’été racontent une saison d’été durant laquelle trois amis d’enfance Thomas, Medhi et Louise se retrouvent dans leur quartier les Verrières, dans une ville du Doubs frontalière de la Suisse. C’est un quartier populaire et ils y ont grandi.
Thomas et Medhi travaillent dans l’usine où leurs pères ont travaillé et y sont saisonniers , tandis que Louise écrit sa thèse en sociologie sur les ouvriers frontaliers entre France et Suisse.
C’est un été particulier, celui où devenus adultes ils prennent conscience de l’écart social qui s’est creusé entre eux et avec leurs amis d’enfance notamment par les études.

Thomas Flahaut raconte que l’idée du livre lui est venu lorsque lui même en 2013 a travaillé dans l’usine où ses grands-parents et son père ont travaillé.

Dans son livre, Thomas Flahaut parle d’héritage social, d’un monde ouvrier qui n’est plus parce que l’industrie se meurt.
C’est un roman engagé sur fond d’amitiés, de rêves, mais aussi de désarrois profonds devant un avenir bouché. On s’attache à chacun des personnages, on vibre avec eux, on voudrait pour chacun des lendemains radieux tant on voit que cela ne sera pas le cas.
Thomas Flahaut écrit sans concession une réalité violente. Il écrit sans fards, et son écriture précise et dense est aussi délicate. Il y a beaucoup de finesse dans ce roman qui décrit un monde sombre.
On en sort à la fois touché et bouleversé par tant de grâce. – Sonia Chatain

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Ce texte aborde la vie entre le Jura et la Suisse et les travailleurs frontaliers, qui traversent la frontière le soir pour travailler dans les usines suisses, en 3/8.
Thomas est un jeune étudiant qui rentre pour l’été, après avoir échoué ses études universitaires à Grenoble et qui va se faire engager comme intérimaire dans une usine suisse.
Mehdi, un ami d’enfance qui est resté dans la petite ville de province, où il vivote en poste d’intérimaire et aider son père, un ouvrier en pré retraite qui vend des poulets rôtis dans les parkings des grandes surfaces.
Louise, la sœur jumelle de Thomas, étudiante en sociologie,, qui finit son parcours universitaire et va rédiger son mémoire de fin d’étude, qui va porter sur les ouvriers frontaliers.
Car on se situe à la frontière entre le Jura et la Suisse.
Ce roman parle de la vie à l’usine, des usines qui déménagent entre les frontières, qui ouvrent, qui ferment et dont les données salariales sont de simples données mathématiques.
A travers des personnages touchants, l’auteur nous parle de l’évolution de la vie au travail, de beaux portraits de l’ancienne génération (des pères qui ont été broyés par le travail sur des chaînes d’usine…), de l’actuelle génération (certains essaient de s’en sortir par le biais des études ou qui essaient de trouver leur place dans ce nouveau monde du travail..)
Un texte qui m’a rappelé la lecture de « Elise ou la vraie vie » que j’avais eu le plaisir de relire lors de la dernière sélection des 68 ainsi que « à la ligne ».
Il y a dans ces pages de beaux moments, sur les routes de montagne sur les motos, sur les relations entre les ouvriers dans la nuit des usines. Car ce titre pourrait faire penser aux douces nuits d’été, de vacances, mais que nenni, ici il parle ici des nuits de travail, dans des chaînes d’usine où des pièces sont fabriquées, calibrées, où le travail des ouvriers est chronométré et dans lequel les salariés, titulaires ou intérimaires, ne savent pas la plupart du cas, à quoi sert ces satanées pièces !!!
J’ai apprécié aussi les pages descriptives du milieu social, les pages sur les relations entre les personnages. – Catherine Airaud

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Ce roman est une fine évocation de la classe ouvrière d’aujourd’hui, l’usine où les opérateurs ont remplacé les ouvriers, ce qu’est l’héritage social, ce que signifie être transfuge sociale, comment fonctionne les rapports de domination…

Le tableau bâti autour de ces notions pourrait sembler indigeste ou intimidant car partial ou lourdement idéologique. Cela n’arrive pas car l’auteur orchestre un récit à la fois plein de douceur et d’attention aux personnages : deux amis d’enfance engagés comme saisonniers dans l’usine suisse où leurs pères ont sué avant eux, et la sœur de l’un d’entre eux étudiante en sociologie et axant sa thèse sur le travail frontalier qui façonne la vie de la Franche-Comté depuis des générations. 

Il parle de ce que fait le travail sur les corps et les esprits. J’ai souvent pensé à Joseph Ponthus et son « A la ligne » lorsque Thomas Flahaut évoque le bruit, la fatigue, les corps qui souffrent.  Mais j’ai aussi pensé à Annie Ernaux et son écriture sans effets de manches.

Dans « les nuits d’été », il est aussi grandement question du passage à l’âge adulte, avec les rêves et les désillusions propres à la fin de l’adolescence : la fin de l’insouciance, les choix qui s’opèrent (souvent par défaut), les ami.e.s qu’on garde ou qu’on perd, la famille dont on s’éloigne…

Au final, j’ai aimé ce vrai beau roman d’apprentissage, poignant et profond.   – Marianne Le Roux Briet

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Un jour un professeur m’a dit que puisque j’étais fille d’ouvriers, j’étais moi aussi destinée à appartenir à ce monde. Je n’ai pas entendu « destinée » mais « condamnée ». J’ai alors développé le renoncement puis la peur de ne pas pouvoir en sortir et, pire encore, de transmettre la condamnation.

J’ai donc pu, en lisant le roman, me reconnaître en Mehdi, en Thomas et en leurs pères.

L’écriture est souple et sensible. Les personnes sont attachantes.

Le voyage a été plus agréable que je ne le pensais a priori.

Merci Thomas Flahaut de nous rappeler les sacrifices et les efforts de nos parents, et de nous dire que notre loyauté ne se mesure pas à la longueur de la chaîne qui nous relie à eux mais à notre capacité de vivre notre vie. – Stéphanie Justin

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C’est l’été, mais sans les réjouissances.
Mehdi reprend comme chaque année son travail d’intérimaire à l’usine, cette fois Thomas, qui a abandonné ses études, s’y colle aussi.
C’est un travail de nuit, fatigant, qui attend ces jeunes frontaliers.
Leurs pères étaient déjà ouvriers dans cette Suisse qui n’a que ça à leur offrir.
La descendance subit le même sort, mais que quelques mois par an, et encore moins quand l’usine est décentralisée.
On peut tenir un peu, si l’amour sonne à sa porte et au prix de compensations alcoolisées et dangereuses.
Ce roman nous invite à lire une fresque sociale sombre, dans cette vallée du Doubs pauvre, belle, escarpée mais tristement mortelle. – Anne-Claire Guisard

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Thomas. Mehdi. Louise. C’est l’été à l’usine. Et l’été à l’usine dans cette zone frontalière entre le Jura et la Suisse ne ressemble en rien à l’été, mais plutôt à l’hiver. Dans ce roman social où tout part en sucette, entendez par là « des vies d’usine » qui, en une génération, se sont vidées de sens et de repères, Thomas Flahaut nous fait croiser la route de trois jeunes issus d’un monde ouvrier qui ne se reconnait plus. La faute à qui ? Principalement aux « Suisses », ces hommes en chemises blanches (quand les ouvriers, eux, portent polos colorés) qui, au fil d’une société de plus en plus libérale, ont transformé leur pays en une banque géante. Une banque sans cœur, sans âme et sans vergogne qui profite éhontément des intérimaires Français travaillant de nuit dans ses usines. Le quatrième personnage est l’usine, ogresse ultra-moderne qui, 24 heures sur 24, avale et recrache ses « opérateurs » chargés de dompter des Miranda par dizaines, machines à fabriquer des pièces dont personne ne sait réellement à quoi elles serviront.

Comment exprimer ce que je ressens en refermant ce livre ? Peut-être sa lecture est-elle arrivée à la mauvaise place, peu de temps après « Ce qu’il faut de nuit » ? Peut-être suis-je lasse de laisser mes yeux courir sur des pages et des pages de tristesse et d’injustices ? Peut-être ai-je atteint mon « niveau-max-compassion » envers les désirs empêtrés dans les lianes du passé et empêchés de grandir ?

J’avoue être restée « à la marge » des personnages. L’écriture de Thomas Flahaut a eu bien du mal à me cueillir, à faire vibrer en moi les cordes émotionnelles. C’est moi qui suis devenue « frontalière », observant de loin ces destins que l’on pressent d’emblée voués à l’échec.

Pardonnez-moi Thomas, je pense que vous avez écrit un bon livre, à mi-chemin entre le roman et le documentaire (cette volonté affichée de mélanger les genres m’a-t-elle également laissée sur ma faim ?). Sincèrement, je suis convaincue que je ne l’ai pas lu vos nuits d’été à la bonne période, me concernant. Et tous les lecteurs compulsifs savent qu’il y a « des bons » et des « mauvais moments » pour aborder tel ou tel thème traité dans un ouvrage littéraire.

Pardonnez-moi Thomas, mais j’ai un désir fou de printemps, de fleurs qui s’ouvrent, de lumière. Et d’amours heureuses. – Karine Fougeray

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C’est une usine où l’on fabrique de petites pièces, des stators, dont les ouvriers eux-mêmes ignorent la destination. Une usine en Suisse où les pères venus de France ont usé leurs os et où les fils vont à leur tour y travailler comme intérimaires. Thomas, qui vient de rater ses études à la fac, y retrouve Mehdi, son copain d’enfance, et s’attelle comme les autres à la Miranda, qu’il faut nourrir et soigner quand elle tombe en panne. Après une nuit de labeur, le dos en vrac, il faut reprendre la voiture ou la moto, Thomas s’écroule sur son lit pendant que Medhi va aider son père à vendre ses poulets rôtis. Et puis il y a Louise, sœur jumelle de Thomas, qui entame la rédaction d’une thèse sur les ouvriers frontaliers et se rapproche de Mehdi. L’été est beau dans le Jura, mais on y dort le jour pour travailler la nuit, les corps sont fatigués, on fixe des objectifs irréalisables, des réunions se tiennent, on parle de délocalisation, et les « opérateurs de production », puisque c’est ainsi que dans le monde nouveau de l’industrie on les nomme, assistent impuissants au démantèlement des machines.

Les fils marchent tant bien que mal dans les pas de leurs pères. Thomas a bien tenté de trouver une autre voie, mais seule Louise est parvenue à échapper au déterminisme social. Pas complètement cependant : elle porte en elle, profondément ancré, le destin de cette population ouvrière, au point d’en faire le sujet de sa thèse, dans laquelle Mehdi, aimé le temps d’un été tient une place prépondérante. Roman d’une classe ouvrière méprisée par les cadres, roman d’amours malheureuses, ce récit vibre d’une beauté nostalgique, à l’embauche au crépuscule, aux petits matins de fatigue à la sortie de l’usine, dans l’ombre bleutée des sapins du Jura. – Emmanuelle Bastien

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Thomas rejoint cet été là l’équipe de nuit d’une usine pour travailler, et remplir le temps rendu libre par l’abandon de ses études. Revenu au bercail familial, les parents ignorent tout de la perdition de leur fils. Thomas y retrouve l’ami de toujours Mehdi, lequel a déjà pour habitude de venir travailler là les étés, dans l’Usine pour laquelle leurs pères respectifs ont tant sacrifié. Louise, la sœur de Thomas, revient aussi pour respirer loin de son appartement d’étudiante et tenter de progresser dans la rédaction de sa thèse centrée sur les ouvriers frontaliers…Entre Suisse et France, notre trio évolue ainsi dans le quartier de leur enfance, sur les routes qui mènent à la douane avant l’Usine, les cols, la forêt, le béton des villes industrielles au milieu d’une nature agricole et sauvage.

C’est avec une machine, une Miranda splendide, une mécanique incarnée que nous commençons ce roman en découvrant en même temps que Thomas les gestes à opérer, les pannes à accueillir, la panique et l’attractivité de la machine reine, reine déchue pourtant puisque menacée de désossement sous peu. L’Usine en frontière, en zone à part, en pays suisse avec des ouvriers français, des anciens et des intérimaires, pour faire tourner le peu qui reste d’une productivité en passe d’être déplacée. L’Usine comme un pays, un territoire à elle seule puisqu’elle aimante des hommes qui lui consacrent une vie. Une enclave dans cette Nature en col, en monts, en vallées encaissées et en quartiers industriels. Et d’enclave à enclume il y a peu de lettres pour suffire à nouer, sceller des chaînes de l’héritage, de la culpabilité, trop de lettres pour autoriser des enfants à transcender en confiance vers un horizon plus large, différent.

Thomas Flahaut nous offre une analyse juste de ce qui se joue pour le quidam dans ces délocalisations, ces managements voués à une productivité toujours plus concurrente, ces entreprises qui soldent les hommes aux machines…Plus qu’une peinture sociale, il nous définit un espace, l’organisation démographique et architecturale qui en dépend et masse l’Usine en son cœur. L’Usine comme si elle vissait à jamais à quelque chose de lourd ses visiteurs, ses occupants, même après sa fermeture, son abandon….Les ruines perdurent : fantomatiques elles s’enracinent et finissent par se fondre à la Nature qui l’encercle. Elles deviennent des endroits de jeux, de fêtes nocturnes et squats clandestins, poumon toujours vivace d’une enfance, d’une jeunesse qui apprivoise son environnement, et de s’en échapper ou s’y enterrer ?

Comment ces jeunes se donnent le droit d’exister, d’aspirer à autre chose quand on leur a transmis un investissement sans faille, une fierté malgré le harassement, une appartenance identitaire ? Comment se donner ce droit quand leurs parents se sont épuisés dans un corps à corps à leur outil de travail pour leur offrir une sécurité, une assise ? « Son père avait assimilé cet univers de gestes et de bruits qu’est l’usine. Un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l’opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu’au congé annuel, jusqu’à la retraite, jusqu’à l’accident. »

Jeunesse désenchantée ? Ou au contraire plus que jamais biberonnée au réel du monde ouvrier, aux zones industrielles déchues, au chômage, au non-choix d’un travail…Ce trio est plus que jamais attachant et s’incarne devant nous nettement. Ils se connaissent bien et leurs liens nous incluent tout de suite au milieu d’eux, sans besoin de verbiage ou de long discours. Le silence rythme, espace, temporise les mots, voire piège les échanges nécessaires mais colore aussi d’une belle pudeur l’affection sincère et l’amour naissant. Aucun des trois n’est dupe, de la fuite agie, ou subie, ou encore détournée ; aucun des trois ne s’illusionne sur les peurs qui tenaillent et empêchent l’affranchissement ni sur l’égo qui conduit aux lâchetés et évitements…« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandi, ça a été apprendre à fuir. »

Ils s’efforcent de s’inscrire, de manœuvrer pour grandir toujours avec une sincérité désarmante. La découverte amoureuse entre Mehdi et Louise, Louise qui n’est plus la sœur, ni même qu’une simple fille mais La Fille auprès de qui on se dévoile dans la confiance que l’amour insuffle. La frontière image, au-delà d’une délimitation physique entre deux patries, les passages, les transitions où l’enfant-adolescent finit de quitter l’insouciance, de se défaire des attentes non-avouées et enjeux affectifs d’un foyer, étapes où un jeune tranche des choix responsables d’adultes…

Mehdi, en prince majestueux, navigue à vue dans le vide laissé par le départ d’une mère, vide  porté par l’honneur muet d’un père et avec comme seul repère, phare d’une existence, l’Usine dévorante devant laquelle on s’incline malgré tout. Mehdi découvre l’amour et peu à peu le vide résonne d’autres échos, chants de possibles loin des lieux désaffectés et sordides et pourtant si familièrement rassurants. « Mais aujourd’hui, surtout, il y a Louise. Les yeux perdus dans une nuit depuis longtemps espérée, une nuit sans machine, Mehdi sent que le vide de cet atelier qu’ils traversent main dans la main pour rejoindre la cour, Louise l’a soudain rempli. Le vide n’est plus qu’un décor dans lequel seule Louise existe. Le visage de Louise est un foyer, ses paroles et ses baisers tracent les frontières d’un pays nouveau. Là, il n’y aura pas de place pour cette tristesse, cette colère ressentie dès le réveil, depuis toujours, se souvient-il. »

Pourtant l’Usine offre aussi une place qu’il n’est pas utile de justifier ni de revendiquer et dans cet entre-soi ouvrier la honte ne se faufile pas, on partage ce qui ne s’explique pas d’une implication du corps, d’une inscription sociale, d’un labeur qui permet un bâtit pour une famille. Ainsi l’extérieur où tout se tente pour un mieux-être peut paraître à bien des égards assez effrayant.

Thomas Flahaut réussit à nous transmettre cette ambivalence, cette trouille au ventre en conflit avec le désir légitime d’avenir meilleur lequel s’embarrasse peut-être d’un sentiment de trahison envers ceux qui ont ouvert la voie… sans compter cet orgueil auréolé d’humilité vaillante, cet orgueil qu’il est dangereux de voir se refermer sur lui-même, risquant ainsi de piéger les gens qui s’aiment, de les emmurer alors même qu’ils ont les clés pour œuvrer à la libération des uns et des autres.

L’atmosphère, l’ambiance nous enveloppe, nous porte. Ces nuits chaudes ; la torpeur hypnotisée de Thomas qui se robotise pour faire chaque jour et ne plus penser ; la sensualité de Louise qui s’épanouit, dépasse les limites sclérosantes de l’ici ; la lucidité taciturne de Mehdi laquelle vacille devant un autrement qui s’amorce, qui semble s’ouvrir…On ressent la force des regards ; la lourdeur des épaules voutées des pères dont on sait la tendresse recouverte par tant d’années d’efforts et de chagrins ravalés ; l’élan amoureux, timide, craintif et qui éclot de plus en plus solide. Cette histoire est poignante et les dernières pages m’ont émue aux larmes : je les ai lues au ralenti comme une scène de film où subitement on pressent la tournure dramatique, le souffle suspendu et le cœur qui tombe.

Très beau roman qui vient confirmer la promesse du premier, déjà cinématographique, déjà social, interrogeant le dieu économie qui régit des vies, rendant hommage au courage des hommes et des femmes qui tentent de construite à partir d’une terre où ils sont nés, où ils s’implantent, d’où ils recommencent, une terre abîmée, construite, déconstruite, d’où l’exil parfois s’impose … – Karine Le Nagard

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Le titre du roman fait penser à l’insouciance, au farniente, à la fête. Il n’en ait rien, on suit le quotidien de trois amis d’enfance : Thomas et Louise jumeaux et Mehdi.

Trois jeunes qui malgré leurs rêves et espoirs d’une vie meilleure que celle de leurs parents se voient revenir au quartier pour « trimer » à l’usine.

Il y a Thomas qui a raté la fac et qui rentre honteux pour se consacrer au travail à l’usine, comme son père avant lui. Un père qui se sera tué à la tâche pour offrir un « avenir » à ses enfants.

Mehdi qui vit au grès des jobs saisonniers, habitué à sa situation qui va pourtant voir un autre avenir s’éclairer devant lui.

Et Louise qui étudie à l’université et qui va elle aussi se lier à cette usine pour en raconter ses travailleurs, ses frontaliers qui se tuent à la tâche pour fabriquer des bouts de stators dont ils ne connaissent même pas l’utilité.

Cette usine est à elle seule un personnage, toujours présente, latente. L’action s’y passe et elle va venir bouleverser ces trois jeunes qui se cherchent. 

Ce roman est avant tout l’histoire d’une classe sociale qui essaye de se dépasser et sortir de sa condition. Thomas Flahaut raconte tout cela d’une façon juste, sensible et émotion. – Ana Pires

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Thomas a raté la fac. A tel point que l’université refuse sa prochaine inscription. Alors il rentre aux Verrières, dans la maison des darons, là où il a grandi. Mais il ne dit rien à ses parents, pas encore. D’abord parce qu’il a honte et puis parce qu’il ne sait pas comment sortir de 4 ans de mensonges… Dans cette ville du Jura, frontalière de la Suisse, Thomas va apprendre le langage de l’usine, la même que celle où s’est épuisé son père. Il est intérimaire de nuit, pour l’été, aux côtés de son ami d’enfance, Mehdi. Chacun à leur façon, ils vont devoir faire le deuil de leurs rêves, de leurs espoirs, et avancer sur un chemin escarpé…

Les nuits d’été de Thomas Flahaut n’ont rien de la douceur du soleil couchant. Thomas et Mehdi ne goûtent aux nuits estivales que derrière leur Miranda, ces machines infernales enracinées à La Combe. Leurs pères s’y sont épuisés, espérant pour leurs fils un avenir meilleur.
C’est bien ce qui est le plus difficile à vivre pour ces deux amis. Un sentiment d’échec, de retour en arrière, de honte. Ils n’ont pas fait mieux, même si ils ont essayé…

Thomas Flahaut écrit avec justesse sur ces jeunes adultes perdus, qui ne trouvent pas de sens à leur vie, qui se croit invisible tant qu’ils n’ont pas de place dans le monde du travail.
L’amour et l’amitié les maintiennent à flots, difficilement parfois…

Une écriture maîtrisée et des personnages attachants font de ce roman une image un peu triste mais touchante d’une France à l’industrie qui se meurt, de parents qui espèrent mieux et d’enfants qui ont bien du mal à trouver leur place…

Encore une belle découverte. – – Audrey Lire & Vous

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Je découvre cet auteur et son deuxième ouvrage. Son écriture puissante nous entraîne à la frontière franco-suisse dans un univers de désillusion, de désespérance et de douleurs sourdes. Ce livre fut pour moi d’une lecture âpre et difficile. Avais-je envie de le suivre dans les méandres usés de ces destins déjà promis à l’abîme, au cœur de ces familles laborieuses, harassées et pauvres, dans le bruit de ces usines délabrées destinées à la fermeture ? Le moral en prend un coup. Mais l’écriture est là, sincère, brûlante, urgente. Un jeune amour naît sur ces braises. Les personnalités s’affrontent et se réconfortent. C’est la portrait acide d’une vie industrielle sans âme en déclin, des injustices sociales, des projets abandonnés, des désirs ultimes, des rêves impossibles. Ce texte est poignant, bouleversant, dérangeant, comme une épine au pied que l’on ne saurait ôter. La vie des sans projet est terrifiante, la vie contemporaine est trop difficile. Il est nécessaire et urgent d’en parler, d’écrire et de lire. Où sont nos rêves devenus ? Coup au cœur, mais pas coup de cœur. – Martine Magnin

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« Thomas, sans outil de travail, est réduit à compter les heures qui passent. Compter les heures est plus long que de les laisser filer derrière soi, absorbé par les répétitions digestives de la machine. Il n’a rien d’autre à faire que contempler son reflet dans la paroi de Plexiglas encore intouchée de la Miranda de Mehdi. Thomas, tu as maigri. Louise le lui a dit cet après-midi. Les dégâts se voient maintenant dans toute leur ampleur. »

Vous qui ouvrez ce roman oubliez l’atmosphère légère et mutine des nuits d’été que l’on imagine chaudes, lascives et langoureuses, harmonie de bonheur sensuel et d’amours éphémères. Les nuits d’été auxquelles nous convie Thomas Flahaut sont l’envers du bonheur, et le tranchant des premiers mots qui ne forment même pas une phrase « Fer brûlé et plastique fondu » plante le décor et suffit à ôter toute illusion. L’été de ce roman, le 2e de l’auteur après Ostwald (Éditions de L’Olivier, 2017), sera « noir comme la nuit ».

Le Doubs frontalier avec le Jura suisse. La Suisse. Celle de l’usine. De l’atelier C. De la Miranda. Voilà où vont se passer les nuits d’été de Thomas Ledez, étudiant en échec, qui a méthodiquement, scrupuleusement raté tous ses examens au point que l’université lui refuse le renouvellement de son inscription. La fois de trop. Comment diable cet « étudiant qui jurait […] de ne jamais foutre les pieds dans cette usine à laquelle son père avait fait don de sa santé et de sa joie », va-t-il s’y prendre pour annoncer au daron et à la daronne que ses nuits seront celles de l’usine Lacombe pour faire « le métier de son père, un métier solide, quand toute sa vie d’avant n’était qu’un grand et orageux nuage » ? C’est bien simple, il ne le fera pas. Pas tout de suite. 

Le « grand et orageux nuage » n’a réussi à prévenir ni les espoirs vaincus, ni l’horizon flou, ni l’avenir, lui, bien tracé par le déterminisme social de ce coin de France. Les Nuits d’été est le roman d’une génération qui veut fuir Les Verrières pour un ailleurs dont elle perçoit mal les contours, mais qu’elle a élu en opposition à ce qu’elle connaît, et qui finalement se retrouve prise en tenaille entre un idéal rêvé et la vie, la vraie : 

« Pour les darons, grandir, ça a été apprendre à rester à sa place. Pour Thomas et Louise, grandir, ça a été apprendre à fuir. S’enfuir d’ici ne serait pas une mauvaise chose. Ce serait la seule fuite raisonnable de l’été. »

À travers ses trois personnages touchants et attachants, Thomas et sa jumelle Louise, tous deux 25 ans, et Mehdi l’ami d’enfance, Thomas Flahaut trace, le temps de quelques semaines d’été, au fusain noir, le portrait mélancolique d’une jeunesse perdue à un moment charnière de son existence, quand le passé ne peut plus être un refuge et quand l’avenir précaire n’est qu’interrogations.

Les Nuits d’été, ce ne sont pas que les fêtes organisées dans la forêt où l’on s’écroule à bout d’alcool et de fatigue, c’est avant tout l’usine. Et l’usine, ce sont les « objectifs […] conçus pour être inatteignables. Quand, malgré tout, on est près de les rattraper, ils grimpent subitement », c’est le vacarme incessant, car le silence qui succède à l’usine, c’est encore l’usine (excusez-moi de plagier Guitry sur Mozart). L’écriture de Thomas Flahaut où s’essoufflent les juxtapositions rend très bien la fatigue compacte qui hébète les « opérateurs » et use les corps :

« La nuit devient une longue et unique phrase formée de verbes qui ne se conjuguent qu’à l’infinitif, charger, surveiller, contrôler, attendre, enfiler, plier, rompre, ouvrir, fermer, attendre, décapsuler, enfiler, renverser, ramasser, vider, remplir, interrompre, relancer, attendre, décharger, vérifier, déposer, envelopper, pousser, descendre, traverser, actionner, charger, sortir, monter, charger, surveiller, contrôler, attendre. Jusqu’à la pause de une heure du matin. »

Les Nuits d’été, c’est « un univers aride où la douleur est repoussée sans cesse au bout de l’opération, au bout de la nuit, au bout de la semaine, au bout de la saison, jusqu’au congé annuel, jusqu’à la retraite, jusqu’à l’accident. »

Ce roman n’en est pas vraiment un, en ce qu’il n’est pas que fiction. En puisant dans sa propre expérience (le personnage principal ne s’appelle-t-il pas Thomas ?), Thomas Flahaut lui a donné la force documentaire d’une chronique pour dire l’absurdité de ces corps qui maigrissent et s’épuisent à fabriquer des stators dont nul ne sait à quoi ils serviront, pour dénoncer le démantèlement d’usines en vue de leur délocalisation, pour rendre compte de ces vies d’usine qui ne lâchent rien et « gardent au fond des poches une poignée de poudre à canon bien serrée dans un poing bien réel et bien dur qui, un jour, que [les chefs suisses] en soient sûrs, se retournera contre eux. » Beaucoup de choses dans ce roman – solidarité, entraide, odeurs, bruits, fatigue, cadences, anéantissement, etc. – dessinent un lignage fort avec les feuillets d’usine d’À la ligne de Joseph Ponthus (La Table ronde, 2019 ; Folio, 2020), auxquels on pense, immanquablement et qui, eux aussi, pour des raisons à la fois semblables et autres, ne sont pas un roman (lisez-le !).

Les Nuits d’été interroge la place de chacun, dans la société, la famille, les relations amicales. Une place qu’interroge au sens strict Louise, doctorante en sociologie à l’université de Besançon. Elle a choisi de présenter une thèse sur cette vie ouvrière qui ne peut s’enraciner nulle part puisqu’à cheval entre deux pays. Peut-être sa manière à elle de ne pas oublier ? de ne pas se couper complètement du monde ouvrier d’où elle vient ? Une place qu’essaient de trouver tant bien que mal Thomas et Mehdi, qui passe ses nuits à l’usine et ses jours à aider son père à vendre des poulets rôtis sur les parkings des grandes surfaces.

Qu’il est malaisé ce passage à l’âge adulte qui se heurte à la réalité sociale ! Qu’elle est nostalgique et lucide la radioscopie de cette région en perdition ! Et enfin, qu’il est beau et mélancolique le portrait de ces trois jeunes gens impuissants à se hisser à la hauteur des rêves que leurs parents ont eus pour eux, leur incompréhension mutuelle finissant de les éloigner au moment où, paradoxalement, les fils mettent leurs pas dans ceux du père !

« De ce silence est tissée toute la relation qu’il entretient avec son fils. Depuis quand ? Thomas s’est parfois posé la question. D’aussi loin que puissent remonter ses souvenirs, le daron a toujours été bavard dans des situations où lui-même ne parvenait pas à dire un mot. »

Selon moi, au-delà de la dénonciation des nouveaux diktats économiques qui précipitent la désagrégation de bassins industriels entiers, réduisant à une peau de chagrin tout un tissu économique et social, ce roman est celui de la frontière et du passage. La frontière franco-suisse évidente parce que physique et géographique, mais aussi la frontière entre adolescence et âge adulte, entre complicités d’enfants et amours de jeunes adultes, entre insouciance et dure réalité, entre convictions et désillusions, entre attentes et résultats, entre idéal et concrétude. Et enfin, celle, précaire car chaque jour menacée, entre les membres d’une famille qui ne semblent plus faits pour se comprendre et que l’on aimerait voir réconciliés.

Les Nuits d’été est le roman du crépuscule et du désenchantement, celui d’« un monde qui a aboli le soleil par le sommeil, un monde où n’existe que la succession infinie des nuits d’été. »

Le 2e roman de Thomas Flahaut est authentique et dense, porté par une écriture sobre et sincère qui l’empêche de tomber dans la démonstration et le réquisitoire lourdauds. Je sais que l’époque est à l’envie de douceurs réconfortantes pour beaucoup d’entre nous, moi y comprise. Paru l’été dernier, ce roman lent, qui raconte la fin d’un monde où la nuit s’infiltre partout et où même les amours sont malheureuses, s’y prête peu. Ce serait quand même dommage de passer à côté de ce beau récit. – Christine Casempoure

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S’il fait lourd sur les nuits d’été du côté de Montbelliard, ce n’est pas uniquement parce que, là comme ailleurs, la canicule pèse de tout son poids. Non, il n’y a pas que la chaleur pour empêcher Thomas, Louise ou Mehdi de dormir. Il y a le travail, d’abord, que l’on s’en va, comme tant d’autres, comme leurs pères avant eux, chercher, nuit après nuit, de l’autre côté de la frontière, dans cette usine nichée au bout d’une route dont les virages sinuent entre des sapins à l’accent suisse. Il y a ce sentiment curieux, ensuite, qui grandit et bouscule un lien d’éternité, une presque fratrie dont il faudra timidement redessiner les contours. Et puis il y a l’angoisse, la peur rampante qui rôde, et monte, et enfle, qui rajoute à la sueur de la nuit travaillée ou de la lumière des jours d’été les suées froides et mauvaises de la mauvaise conscience ou des mauvais lendemains à venir. Les nuits d’été de ces trois jeunes gens sont jalonnées de leurs doutes : sont-ils à leur place ? Sauront-ils la trouver sans trahir ce qu’ils sont ni ceux dont ils portent les espoirs et la fierté ? Y a-t-il seulement une place pour eux dans ce monde si mouvant qui semble s’effacer devant leurs pas ?

J’avoue avoir été très touchée par ce deuxième roman de Thomas Flahaut dont je découvrais, par cette lecture, la plume généreuse et poétique, au service d’une thématique à priori peu encline à développer ni l’une ni l’autre de ces qualités. On y sent passer le souffle d’un Bernard Lavilliers chantant « Je voudrais travailler encore » et l’âme d’un Joseph Ponthus, chantre respectueux et douloureux des travailleurs A la ligne. Dans ce texte, dont le temps d’écriture fut arraché à celui de plusieurs gagne-pain cumulés avant même la genèse de son premier roman, ce jeune auteur très engagé invite ses lecteurs à s’interroger sur des paradoxes perpétués de génération en génération autour des notions de travail, de transmission, de solidarité. Il y offre son propre regard, encore éclairé de l’intérieur par les étoiles et les fantômes des nuits d’été qui furent les siennes là-bas, dans cette région de fromages et de frontières, d’usines et de sapins, et c’est beau, très beau. – Magali Bertrand

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Thomas et Louise, des jumaux de 25 ans, et Mehdi sont des amis d’enfance, des amis du quartier, celui des Verrières, en Franche-Comté, pas loin de Montbéliard.

Mais si le père avait trimé pour que Thomas s’en sorte et parte à la ville faire des études qui lui permettrait d’échapper à la vie des ouvriers, celui-ci s’est sans doute un peu fourvoyé. Ou bien avait-il des aspirations plus hautes que ses capacités, toujours est-il que fort de ses échecs aux études de médecine, c’est dans l’usine qu’il pose aujourd’hui son bardât pour avancer.

Voilà donc Mehdi et Thomas désormais collègues à l’usine, la seule qui embauche dans ce coin où la zone a gagné du terrain. Celle-là même où travaillaient déjà leurs pères, qu’ils avaient rêvé de fuir, mais qui inexorablement les ramène à leur condition.

Job d’été ou études manquées, qu’importe puisque finalement les voilà qui triment comme le autres, sans aucun espoir de s’en sortir un jour. Il faut alors apprendre le maniement des machines, le bruits, les odeurs, la solidarité et l’entraide, les gestes de sécurité et le rythme intensif de la production.

Jusqu’au jour où… les actionnaires, les délocalisations, les patrons peu soucieux de leurs ouvriers, tout y passe et l’usine ferme pour se réinstaller plus loin, mais avec beaucoup moins de travailleurs. Et cette délocalisation se fera au grand désarrois de toutes ces familles qu’elle faisait vivre dans la vallée.

Dans cette même usine, Louise, la sœur de Thomas, est venue poursuivre sa thèse sur les ouvriers frontaliers. Elle va se rapprocher de Mehdi le solitaire, l’enfant resté au pays qui travaille dans les stations de ski l’hiver mais à l’usine tous les étés, qui rentre à moto par l’autoroute transjurane pour passer la frontière entre la France et la Suisse. Lui seul dans ce trio sait déjà ce que veut dire la précarité.

Chacun à leur manière, ils incarnent une partie de cette jeunesse de plus en plus désespérée qui ne sait plus où est son avenir. Dans ce monde gouverné par l’argent, où les dirigeant suivent le bon vouloir des actionnaires, l’humain n’est plus au centre. C’est aussi un monde de silence que nous décrit l’auteur, entre frère et sœur, avec les parents, ceux de Thomas ou le père de Mehdi, silence de ouvriers jamais entendus par des patrons invisibles.

Fils d’ouvrier, Thomas Flahaut a lui-même travaillé dans une usine, dans le Jura bernois il avait d’ailleurs déjà évoqué ce thème du monde ouvrier et de ses problématiques dans son précédent roman. Il a le talent de le faire sans acrimonie, avec justesse et réalisme. Il nous propose une analyse sociale de la jeunesse d’aujourd’hui, à un moment charnière de la vie entre adolescence et âge adulte, avec ses rêves, ses désillusions et ses attentes, tout en donnant une vraie dimension romanesque à son histoire. Il y a là à la fois l’amitié, la mélancolie, la douceur mais parfois la violence des nuits d’été. – Dominique Sudre

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Ce livre nous conte l’histoire de Thomas, Louise sa sœur jumelle et de Medhi leur copain.
Thomas a échoué à ses examens et ne peut se réinscrire à la Fac. Sa sœur prépare sa thèse qui parlera des ouvriers. Mehdi comme depuis sept été, travaillera à l’usine la nuit. A vingt cinq ans, on s’imagine pouvoir s’élever socialement et éviter l’usine où leurs pères se sont échinés.
Dans ces nuits d’été, on retrouve donc Medhi et Thomas à l’usine. Thomas s’occupe de La Miranda et des pièces à sortir, car il y a des objectifs à atteindre, souvent impossible.
La frontière géographique, ainsi que l’usine et les machines sont omniprésentes dans ce livre. Ces jeunes qui passent la frontière suisse plusieurs fois par jour, pour se rendre à l’usine.
Pourquoi l’on délocalise cette usine et l’on démonte ces machines ?
Cette jeunesse en quête de repères mais qu’il est difficile de passer à l’âge adulte. Un roman social ancré dans une vrai réalité avec des personnages attachants. – Hélène Grenier

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Ce roman raconte l’histoire de parents qui ont voulu le mieux pour leurs enfants, mieux pour eux, c’étaient les études, et le fait d’échapper au travail en usine,

C’est aussi l’histoire de trois jeunes qui se cherchent, Louise, qui poursuit un cursus de sociologie, qui découvre l’amour, qui semble fuir par peur de la vie active, Thomas son frère, qui n’ose avouer à son père son échec et la fin de ses études, Thomas qui est embauché pour travailler à l’usine, Thomas qui déprime, Thomas qui doute de ses capacités, Thomas qui se tait… et Mehdi, employé à l’usine la nuit et qui travaille à la vente des poulets rôtis avec son père le jour… Trois êtres qui se croisent et qui évoluent chacun à leur façon, qui essaient de vivre, qui partagent des bribes de leur vie avec le lecteur, les bribes d’une vie qui promet errance et ennui, fuite et impossibilité de s’exprimer alors que l’on démonte peu à peu, toutes les machines de l’usine qui va être transplantée, générant chômage et conditions de travail qui se dégradent.

On observera l’impuissance de chacun face au pouvoir des employeurs, on observera la difficulté des jeunes à s’installer pour envisager leur vie future, difficulté courante désormais et pas seulement dans cette région que décrit l’auteur.

Je n’ai pu m’empêcher en lisant ce beau roman, de faire le rapprochement avec quelques-uns des Rougon Macquart de Zola car il décrit avec précision la situation sociale d’une famille d’ouvriers avec deux-cents ans de différence.

Un roman qui fait réfléchir et montre combien il est difficile de devenir adulte, et combien la précarité paralyse, empêche l’action et amène à baisser les bras. – Roselyne Soufflet

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Difficile de chroniquer ce livre car à la fois riche et déroutant… Le thème des délocalisations plus ou moins sauvages des usines en France que les nouveau propriétaires étrangers, après avoir encaisser un maximum d’aide, démontent, plus ou moins discrètement, ou délocalisent c’est surtout le sort de ces intérimaires ou ouvriers attachés à leurs outils de production qui sont proprement débarqués sans solution …  mais aussi leurs histoires personnelles. C’est autour de Miranda, le prénom donné à l’outil de production de ce petit groupe, que tout se joue et se délite.

Ici c’est la région du Doubs, frontalière de la Suisse qui sert de cadre à ce récit âpre, précis taillé au scalpel. Le narrateur Thomas va nous faire vivre avec hargne, précision l’histoire de vie d’amies et d’amis enfance (Mehdi, Louise, Thomas) profondément attachés à leur région qui y vivent dans l’urgence et sans projection sur leur avenir. Pour les uns, échecs scolaires et universitaires dont les parents espéraient tant qu’ils sortiraient de ce milieu ouvrier pour un meilleur avenir, pour d’autres la survie et la volonté d’un père que son fils lui succède dans son affaire précaire de rôtisserie sur les marchés. Mais de fait c’est une fresque sociale sur quelques mois, les caractères de chacune et chacun sont parfaitement rendus, l’amour des ouvriers pour leur outil de travail, les cadences imposées, le manque de perspective professionnelle, les petits boulots et les moments trop rares de complicité, de tendresse et d’amour, de drame aussi alors que la rédemption se présente d’une génération sacrifiée souvent.

Sensibilité, connaissance du contexte, discours social bien rodé, révolte plus ou moins contenue, comme souvent Thomas Flahaut fait partager sa rage et ses combats à ses lecteurs avec talent. Il n’y trouve tout de fois pas son propre apaisement. – Olivier Bihl

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Thomas et Louise sont frère et sœur jumeaux. Ils ont passé leur enfance dans un quartier populaire d’une ville du Doubs. Leur père est ouvrier/frontalier dans une usine suisse. Il a tout fait pour que ses enfants « creusent leur trou », qu’ils fassent mieux que lui, raison pour laquelle il les a poussés à faire des études.

Mehdi, leur ami de toujours, de son côté, a suivi les traces de son père et a été embauché dans cette usine suisse.

Thomas a échoué dans ses études d’histoire mais n’ose pas l’avouer à son père ; il va rejoindre Mehdi comme intérimaire pour l’été et va découvrir l’enfer de ces nuits passées à faire tourner ces machines exigeantes pour satisfaire les cadences.

Louise, étudiante en sociologie, va revenir à la maison pour rédiger sa thèse sur ces ouvriers qui traversent la frontière toutes les nuits pour aller travailler.

Mais l’usine doit fermer et leur univers va s’écrouler…

« C’est ainsi que l’usine s’apprend, comme une langue étrangère ».

« Le daron retrouve son silence chéri dont Thomas craint soudain d’avoir hérité. Peut-être même est-il contagieux. C’est la maladie de l’usine. »

« (…) un monde qui a aboli le soleil par le sommeil. Un monde où n’existe que la succession infinie des nuits d’été ».

« (…) mais il (Mehdi) associe le dévissage de ces machines au désossage de sa propre famille. Ce sont ces machines qui ont bousillé son père, entraîné par effet domino le départ de sa mère avant de le lâcher là, lui, le fils, le produit de ces démolitions successives, sans possibilité immédiate de gagner de quoi vivre, avec pour seul horizon la fuite ».

« Il (Mehdi) ressent le vide. Les gens comme moi ne sont là que pour remplir brièvement des espaces vides, pense-t-il. C’est à ça que nous servons.  Nous sommes des mottes de terre que l’on déplace dans des trous. Ces trous, nous sommes encore les seuls à pouvoir les remplir. Plus pour longtemps dit-on. Les trous, deviennent rares, se rétrécissent. Le père disait, trouve autre chose que l’usine. Le père disait, trouve quelques chose à faire, fais-toi ton trou. Tans qu’il y a des trous, il y aura des hommes pour s’y épuiser. Mais le creuser, son propre trou, c’est autres chose. »

C’est un très bon roman où l’auteur nous décrit avec justesse et sans concession cette vie de labeur, ces ouvriers qui « laissent leur santé » à l’usine dans ces industries vouées à disparaitre. Il nous embarque dans la vie de ces jeunes sur qui pèse le poids de cet héritage lié à la situation sociale et leurs difficultés à s’en libérer.

Une fresque sociale du 21ème siècle qui me rappelle certains volumes des Rougon-Macquart…

C’est une belle découverte ! – Anne Laude

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Une saison d’été, trois amis d’enfance qui retournent dans le quartier populaire qui les a vus grandir, et se retrouvent à un moment charnière de leur vie, la petite vingtaine, un pas dans les études, l’autre dans la vie active selon les parcours. Thomas a échoué dans ses études supérieures et se fait embaucher comme saisonnier dans l’usine de son père, désormais retraité, poussé par Medhi qui y travaille déjà. Louise, sœur jumelle de Thomas, va démarrer une thèse en sociologie sur les ouvriers français transfrontaliers, on est tout proche de l’opulente Suisse.

Thomas Flahaut a beaucoup de talent pour saisir cet étrange moment, comme flottant, du passage à l’âge adulte, lorsqu’on réalise les écarts sociaux, déjà présents dès le départ, qui se sont creusés par les études, rendant pour certains l’entrée dans le monde du travail difficile. Le personnage est souvent touchant, perdu dans son échec alors que son père, cassé par l’usine, rêvait d’ascension sociale plutôt que de voir son fils trimer dans son usine. Les dilemmes de Louise sont également très justement décrits, entre son désir de reconnaissance et la peur de trahir son milieu, elle qui utilise les codes des sciences humaines pour observer cet univers ouvrier paternel, doit le faire avec objectivité alors qu’on sent en elle la volonté de rendre justice par l’écriture de sa thèse.

Les personnages sont intéressants. Ce sont les interactions qu’ils ont entre eux qui m’ont moins convaincues, un peu trop schématiques et attendues. C’est la belle écriture de Thomas Flahaut qui m’a parfois ramenée à son texte, portée par une voix sincère, profondément sincère.

En fait, ce qui m’a le plus intéressé dans ce roman, ce ne sont pas les personnages ni le romanesque insufflé et tissé en eux, c’est l’horizon quasi sociologique et éminemment politique des mots qui parlent de l’héritage ouvrier et des mutations de ce monde avec une authenticité vibrante. Il décrit magnifiquement le corps à corps de l’homme avec la machine et le travail aliénant.  Il réinterprète la lutte des classes dans le monde contemporain actuel, l’usine du livre étant désossée par les actionnaires suisses sous le regard des ouvriers en CDI et des intérimaires qui font le même travail mais  dont la précarité les empêche de se dire ouvrier.

C’est là que ce roman sensible m’a touchée, dans la mélancolie de ce monde qui disparaît. La citation en exergue de L’Établi, écrit par Robert Linhart au lendemain de mai 68 (également cité par Leurs Enfants après eux, de Nicolas Mathieu, comme une évidence) prend tout son sens lorsqu’on referme les pages. – Marie-Laure Garnault

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Trois jeunes gens, la vingtaine naissante, Thomas et sa sœur Louise, Medhi, l’ami d’enfance, trois jeunes gens en quête d’un sens à leur vie. Dans cette région frontalière du Jura, leurs pères furent ouvriers en Suisse. Désireux d’échapper à ce destin, Thomas est allé à l’université. Il n’ose pas annoncer à ses parents qu’il a tout foiré.  Mehdi travaille l’hiver dans une station de ski et l’été à l’usine. Louise, étudiante en sociologie, prépare une thèse sur les ouvriers frontaliers. Thomas et Mehdi se retrouvent le temps d’un été, intérimaires dans cette usine où bossaient leurs darons. Au cours de ces quelques semaines devant leurs machines nommées Miranda dont ils tentent d’apprivoiser le langage, au cœur de ces nuits d’été laborieuses, ils feront le deuil de ce monde ouvrier qui meurt sous les coups de butoir d’un capitalisme  brutal où même le mot ouvrier a disparu du vocabulaire. 

Rien d’extraordinaire ne se produit véritablement dans ce roman où l’on suit pas à pas  ces trois personnages attachants, en proie au doute, à la peur d’un avenir incertain, sur lesquels l’auteur porte un regard très tendre. En toile de fond, Thomas Flahaut brosse l’univers de l’usine, la condition des travailleurs frontaliers et le rapport de l’homme au travail. Un très beau texte, captivant et émouvant servi par une plume délicate et subtile. Thomas Flahaut signe un superbe récit à la fibre très humaine. Une merveilleuse lecture. – Hélène de Montaigu

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Lire aussi les billets de :

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/les-nuits-dete-de-thomas-flahaut.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/05/mon-avis-sur-les-nuits-dete-de-thomas.html

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2020/10/les-nuits-dete.html

Françoise Floride : https://ffloladilettante.wordpress.com/2021/06/11/les-nuits-dete-de-thomas-flahaut/

Avant le jour – Madeline Roth

« Je ne sais pas s’il y a une image plus juste que celle de l’eau d’un fleuve pour penser à sa vie. Ça coule. Cela avance, doucement. Parfois ça remue. Mais ça avance. »

A peine 80 pages, juste une semaine dans la vie d’une femme.

Cette femme c’est l’ex-épouse de Mathieu, la mère de Lucas, l’amie de Marie et la maîtresse de Pierre mais nous ne connaitrons jamais son prénom.

Elle avait réussi au bout de 4 ans a voler un weekend end entier à Pierre, un weekend à Turin, mais au dernier moment le sms qui brise tout : »Je suis désolé. Sarah vient de perdre son père. Je suis forcé d’annuler Turin. Je t’appelle demain. Je suis vraiment désolé. »

Elle décide le faire seule ce voyage. Elle va se perdre dans la ville et ses musées à son rythme et faire un bilan.

Que veut elle finalement ? Que veut elle dans sa vie ? Veut elle encore de cette relation insatisfaisante avec Pierre ? Veut elle retrouver l’enfermement de la vie de couple stable ? « Et puis penser, parfois dans un sourire, parfois dans une grimace, que ma vie est quand même en train de se bâtir dans l’absolue liberté de ne pas être enfermée entre ces quatre murs là, ceux que le couple vous donne. Et si jamais j’aimais cela, toutes ces nuits avec mon coeur sous les étoiles. »

Que va t elle décider au bout des ces quelques jours ? Nous ne le saurons pas vraiment mais au fond qu’importe.

Une très belle écriture toute en légèreté et en poésie. La douceur de la réflexion de cette femme comme un cours d’eau parfois violent parfois apaisé, un peu perdue dans la vie qu’elle s’est pourtant choisie.

Qu’elle est dure parfois la liberté… – Emmanuelle Coutant

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Au-delà de l’histoire adultère, Madeline Roth nous ramène au temps qui passe, à ce moment où quelque chose n’est plus compréhensible dans la représentation du temps. Où il s’agit d’accepter la linéarité, et la nourrir avec dignité, confiance et sens.

Avant le jour raconte autre chose qu’un amour, autre chose qu’un couple . Les mots de Madeline Roth nous focalisent, surtout, de mon point de vue, dans l’individualité, sur le doute, l’interrogation, le monde interne, les sensations, les émotions et les sentiments, sur la place de chacun dans le monde et dans l’existence.

Prendre le train pour voyager à travers soi, c’est la promesse d’un voyage inattendu. – Anne Richard

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Moi j’aime bien les histoires d’amour, en fait. Même si, ou peut-être particulièrement quand, il s’agit d’une histoire compliquée, ou différente, ou dérangeante..
Les histoires d’amour disent tant de nous, nous font découvrir tellement sur nous-mêmes. Elles nous dévoilent tout à la fois conquérants et vulnérables, auto-centrés et poreux au monde qui nous entoure, stellaires et ancrés dans la chair…
Celle-ci ne déroge pas à la règle.
La narratrice est en partance pour Turin. Un voyage organisé depuis si longtemps avec son amant.
Mais il ne viendra pas. Sa femme (officielle) vient de perdre son père. Il ne peut partir…
Ça aurait dû être la première fois depuis les 4 années que dure leur histoire, la première fois de quelques jours partagés, la première fois d’un voyage ensemble…
Elle décide néanmoins de partir seule, de profiter quand même, de saisir l’occasion d’une mise au point personnelle. Ce voyage sera celui de la remise en question…
Introspection… retours en arrière et souvenirs… questionnements…
Son premier grand amour, la maternité, la rupture, la rencontre.
L’histoire incandescente, chaotique, incertaine, stimulante.
Le temps qui passe, l’âge charnière qui approche…
Difficile de ne pas être touché par ces mots qui disent le désir, l’attente, les doutes. Qui parlent d’amour, envers et contre tout. Qui font écho…quelque part…forcément…
« ..il y avait mille sortes d’amour et notre histoire était l’une d’entre elles. » – Christine Gazo

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Curieux ce petit, très petit texte de Madeline Roth, même pas 80 pages, porté par la voix d’une femme qui dit « je » et raconte son histoire d’amour avec Pierre, un homme plus jeune qu’elle, marié, avec qui, pour la première fois depuis leur coup de foudre et le début de leur relation secrète, elle devait partir pour un long week-end à Turin. Mais Pierre ne viendra pas, il ne pourra pas, car son épouse, Sarah, vient de perdre son père. Alors, au lieu de s’effondrer et de pleurer sur ces quelques moments où elle aurait pu dire « nous », la femme qui dit « je » se redresse, part pour Turin toute seule et dit « je » plus fort encore, trouvant dans ce silence offert l’occasion de se raconter, de se remémorer, de s’interroger, de s’affirmer.

Bizarres les réticences que l’on peut avoir, même en tant que lectrice aguerrie face à certaines thématiques pourtant classiques, voire anodines, pour peu qu’elles viennent chatouiller de vieilles peurs enfouies. Certains peuvent vivre mal l’innocence bafouée, les accusations sans fondements, les fins désespérantes, moi, à la lecture du récit passionnel d’un adultère débridé, c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de penser à celui ou à celle dans le dos de qui tout ceci se joue et, à l’idée d’en être le témoin muet et consentant, j’en ai les doigts de pied qui se recroquevillent… Et bien pas ici, pas devant les mots simples et joliment posés de cette femme sans hystérie bruyante et débordante, à l’image de celle du portrait sur la couverture. Madeline Roth, tout en laissant supposer qu’elle est cette femme qui dit « je » puisqu’elle dédicace à « Pierre » cet élégant et sobre premier roman, a su trouver la juste manière de raconter l’histoire de cette relation, comme sa narratrice a su la maintenir à la juste place au cœur de sa vie de femme, à la lumière d’une surprenante lucidité qui en fait, non pas l’élément central, mais un motif parmi d’autres du patchwork d’expériences qui la constitue.

C’est très beau, très doux, très bien écrit, et ce petit, très petit texte ouvre en grand le catalogue infini des nuances qui s’offrent à la plume de qui veut bien se donner la peine d’en user avec intelligence lorsqu’il s’agit d’évoquer des sentiments, des émotions, voire des sensations. – Magali Bertrand

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Pierre la plante, à la veille de leur départ en week-end àTurin .
Son beau père est décédé, il est désolé, adieu leur week-end en amoureux, le premier depuis leur rencontre.
Pierre est son amant depuis quatre ans, pas vraiment d’avenir avec lui, il ne quittera jamais Sarah.
Alors, elle part seule, profite de son week-end en solo pour réfléchir.
Elle ne profite pas vraiment, ses pensées la mènent à sa vie de divorcée, à sa quarantaine naissante.
Ne perd elle pas son temps avec Pierre ?
Ce petit roman, au format de nouvelle, ou l’inverse, se lit très vite.
Si sa lecture est aisée et agréable, la réflexion sur sa relation n’est pas très aboutie, voire un peu décevante .
Comme l’issue de ce week-end italien en solitaire . – Anne-Claire Guisard

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Pierre, Lucas, Mathieu et Elle.
Elle, c’est la narratrice, nous ne connaîtrons jamais son prénom, ni qui elle est vraiment, où elle vit, ni quel métier elle exerce. Elle, c’est une jeune femme d’une quarantaine d’années qui nous fait part de ses états d’âme par petites touches tout au long de ce tout petit livre de 75 pages.
Eux, Pierre, Lucas et Mathieu, ce sont les hommes de sa vie. Pierre, son jeune amant qui ne divorcera vraisemblablement jamais de sa femme Sarah. Lucas, son fils, dont elle partage la garde alternée avec Mathieu, son ex-mari. Garde alternée qui lui permet de retrouver Pierre. D’ailleurs ce week-end ils devaient partir en amoureux en Italie, le premier week-end passé ensemble, la première fois où Pierre ne l’aurait pas quitté en pleine nuit. Mais le père de Sarah est décédé … Elle doit encore une fois s’effacer, accepter l’absence. Pas de violence ni d’amertume dans ses propos malgré cette défection de dernière minute. Elle a « pris l’habitude qu’il lui offre des moitiés de nuits, des vêtements qu’on enfile trop vite, l’habitude des silences, des fuites ». Elle accepte tout sans révolte. Elle ne possède pas, elle partage mais surtout elle « veut vivre ». Tout en douceur. C’est une femme douce comme la jeune femme du portrait en couverture du livre. Elle décide de partir malgré tout en Italie. Tout au long de son séjour à Turin Elle fait défiler sa vie, s’interroge, analyse ses choix et ses priorités. Elle, c’est une femme amoureuse, une mère, une femme seule. Sereine. A son retour de Turin, Pierre est là, à la descente du train. La vie continue malgré tout, malgré l’interlude italien.
Un petit livre sobre, tout en douceur, tout en finesse. Un livre reposant. – Françoise Le Goaëc

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 « Je regarde le vent dans l’arbre en face. Je n’ai même pas de larmes. C’est tout blanc. C’est tout sec et triste. Je ne pensais pas que je m’habituerais à ça, à porter le poids d’un cœur triste. »

A la première personne, la narratrice nous parle de son Pierre, de l’homme qu’elle aime, lequel est pris par une autre, une officielle qu’il ne quitte pas. Ils devaient s’échapper tous les deux à Turin et au dernier moment Pierre se rétracte pour assurer son rôle d’époux.

La narratrice nous raconte par bribes, images volées au tracé de leur histoire, de la rencontre initiale à cette échappée contrariée mais dont elle se saisit malgré tout car elle n’annule pas et part, seule. Elle nous dit son amour, sa tristesse, ses espoirs, sa joie, son attente…Sa solitude, ses doutes et son lien toujours vaillant, résistant. Elle vacille, et son voyage bascule entre bilan, fuite pour acter, choix à forcer ou évidence à accueillir…Intimité narrative d’une femme qui se confie sans répondre à un exercice de style, simplement au fil de ses pensées, de ses contradictions et émois.

Les mots sont épurés, le trait fin, le style doux sans être naïf : ça touche juste et c’est émouvant. Comme peut l’être une chanson, une très belle chanson comme celle qui m’a accompagnée très vite au cours de cette lecture, qui s’est imposée et a joint sa partition aux mots de Madeline Roth : « Vienne » de Barbara.

« Si je t’écris ce soir de Vienne
J’aimerais bien que tu comprennes
Que j’ai choisi l’absence comme dernière chance
Notre ciel devenait si lourd
Si je t’écris ce soir de Vienne
Oh que c’est beau l’automne à Vienne
C’est que sans réfléchir, j’ai préféré partir
Et je suis à Vienne sans toi
Je marche, je rêve dans Vienne… »

J’invite à réécouter cette superbe jusqu’au bout car elle résonnera de bien jolie façon avec ce roman qui sonne comme une belle déclaration d’amour, ode à la singularité de chaque amour qui s’explique si rarement, ne répond pas toujours à des schémas… et vibrera pourtant tout autant, dans l’éclat de la rencontre inattendue entre deux cœurs sincères. – Karine Le Nagard

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Elle, la narratrice dont on ne connaît pas l’identité, voit son voyage à Turin annulé. Ce qui devait être un tête-à-tête avec celui qu’elle aime tombe à l’eau. En effet, il se doit de rester auprès de Sarah, sa femme, dont le père vient de décéder. Mais Turin peut aussi se faire en solo. Elle fait ses bagages. Une robe achetée pour lui, Pierre. Du parfum. Des livres. Mais pas que.

De musées en balade, la narratrice se raconte et s’interroge sur sa vie. Le divorce avec le père de son fils. Pierre son amant qui ne quittera jamais sa femme. Son âge, la quarantaine. Son rôle de mère célibataire. Tout lui passe par la tête. Ça défile en continu. Elle tente d’en faire sa propre analyse. Et si tout était bon à jeter ? Et si elle avait tout loupé ? Et si elle aimait cette vie morcelée ? Et si ce bazar lui servait de fondation ? Avec des si…

Je reconnais très bien l’écriture tout en finesse de Madeline Roth. L’ayant lue de nombreuses fois en jeunesse, j’étais déjà séduite avant de lire Avant le jour. Un texte court, sa marque, où chaque mot a son impact sur le lecteur. Pesé. Posé. Chaque élément est à sa place. Douleur. Amour. Désir. Rôle. Douleurs. Absence. Liberté. Échec. Passion. Une mise au point sur soi-même, sur sa vie. Une mise à nue sensible. – Héliéna Gas

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« À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. » – Annie Ernaux, Passion simple

« C’est peut-être à ça qu’on reconnaît une vie empêchée : au manque, au vide, au creux que ça creuse en nous, d’attendre. En vrai, l’attente c’est du manque. Mais on ne le comprend que bien des années plus tard. »

Publié aux éditions La Fosse aux Ours, Avant le jour est le 1er roman (?) en littérature adulte de Madeline Roth qui jusqu’à présent se consacrait à l’écriture de livres jeunesse.

« Les livres que nous aimons portent d’une manière ou d’une autre les traces de notre histoire. » 

Si je m’en remets aux mots de Dany Laferrière dans L’art presque perdu de ne rien faire, c’est parce qu’ils sont d’une justesse dont je me sens incapable pour dire ce que le texte de Madeline Roth a ravivé en moi. J’ai achevé la lecture de cette nouvelle – 70 pages font-elles un roman ? – il y a quelques jours. La femme de la couverture m’apaise, la femme qui se raconte à la 1re personne, aussi. Voilà un « je » habité, incarné et intime, comme j’aime à le lire.

Elle devait partir en Italie, à Turin. Elle allait voler quelques jours, oh ! deux trois, pas plus. Quelques jours à deux. Elle allait partir avec Pierre, son amant de 10 ans son cadet. Elle pouvait espérer, pour la 1re fois en quatre ans, qu’il ne la quitte pas avant le jour, qu’ils ne se cachent plus. Oui, Pierre est marié et, à son SMS « Je suis désolé, Sarah vient de perdre son père. Je suis forcé d’annuler Turin. Je t’appelle demain. Je suis vraiment désolé », on sait que ça en est fini de ces jours arrachés à la clandestinité, ces jours où « je » se serait conjugué au pluriel ; le lecteur pense – peut-être – qu’à peine les 1res pages tournées, ça en est fini aussi de ce récit dont le thème est trop usé pour espérer un renouveau par-delà la banalité.

Avant le jour raconte une semaine, pas plus, dans la vie d’une femme, la maîtresse, celle qui passe après tout le reste. C’est un texte du manque et des flottements intimes dans une langue simple portée par des phrases économes qui disent si bien ce que nous avons souvent tant de mal à exprimer. 

« On est jeudi. Le départ est le lundi suivant. Je regarde le vent dans l’arbre en face. Je n’ai même pas de larmes. C’est tout blanc. C’est tout sec et triste. Je ne pensais pas que je m’habituerais à ça, à porter le poids d’un cœur triste. Mais c’est comme tout : on s’habitue. »

Le lundi suivant, dans un geste qui évoquera à certains d’entre nous celui qu’ils auraient aimé avoir ou qu’ils ont eu peut-être, elle monte dans le train. Sans Pierre. Cherchera-t-il à la (re)joindre ? Sera-t-il celui qui, pour une fois, attend ?

« Peut-être après tout que ce que j’allais chercher là-bas, c’était moi. Une idée de moi avec laquelle je pourrais vivre ? Depuis toutes ces années, vivre avec ce moi-là, ce moi parfois tremblant, indécis, en miettes, ne me suffisait pas. »

« Une idée de moi avec laquelle je pourrais vivre. » Se perdre dans une ville inconnue pour se (re)trouver, n’est-ce pas l’idéal ? Turin sera la ville du questionnement intime, du cœur qui ralentit, de la respiration qui se fait plus ample. Turin ne sera pas la ville où s’oublier, elle sera la ville où chercher l’harmonie dans l’épaisseur de toutes les femmes qu’elle porte sur elle : la maîtresse de Pierre, l’ex-femme de Mathieu qu’elle a quitté quand Lucas n’avait pas encore deux ans, la mère de ce fils devenu adolescent dont elle partage la garde, l’amie de Marie. Elle est une femme qui ne connaît que le partage… et ce qu’il en coûte, parfois.

Tout est dit à mots tus, vous souriez et pensez que je divague, et pourtant vous en ferez vous aussi l’expérience. À la lecture de ce texte sur une intimité qui se livre, c’est comme une évidence : Madeline Roth n’est pas une bavarde, son tout petit texte cultive un minimalisme de bon aloi, cet art de dire avec moins, mais où chaque mot, pesé, imprime sa trace, durablement. 

Le tête-à-tête aura lieu ; il ne sera pas avec Pierre, voilà tout. Ce séjour italien est l’occasion d’un voyage intérieur, de poser des mots simples et justes sur sa vie.

« Je ne sais pas s’il y a une image plus juste que celle de l’eau d’un fleuve pour penser à sa vie. Ça coule. Cela avance, doucement. Parfois ça remue. Mais ça avance. » 

Nulle aigreur, nulle révolte, – voyez la femme en couverture – malgré la déception qui rôde, bien sûr. Ce n’est pas un texte écrit les mâchoires crispées ou les poings serrés. Elle ose se parler, remonte le cours de sa vie, comme elle flâne de musée en église dans Turin, son pas s’allégeant. Elle s’attarde à la terrasse d’un caffè, ne porte pas la robe qu’elle avait glissée dans la valise pour lui plaire. À quoi bon ? Elle sait qu’elle ne peut réécrire le passé, donc elle saisit sa chance de réfléchir à ce qui la lie à Pierre qu’elle ne voit qu’à la dérobée.

« Ils arrivaient quelques minutes avant lui, ils le précédaient toujours, c’étaient les mots du désir, ils marchaient avec lui, ils couchaient avec moi, ils remplissaient l’espace. Je me rendais compte que j’avais cherché cela une bonne partie de ma vie : un corps et puis des mots. Un jour arrive dans votre vie un homme auquel vous êtes capable de donner ce qu’il y a de plus intime encore que votre peau nue – et ce sont vos mots. »

à son fils qu’elle n’élève qu’un jour sur deux

« J’ai grandi quand Lucas grandissait. Je ne dis pas « vieilli », bien que ce soit le cas, je veux dire j’ai grandi, avec lui. Il m’a portée, plus haut, il a consolidé mes os, nourri mes jours. Lorsqu’on s’est retrouvé tous les deux, juste lui et moi, il avait dix-huit mois à peine. Le dimanche matin, il venait me rejoindre dans mon grand lit. Le soleil se levait. C’était des matins délicieux. On chuchotait. Il venait avec son oreiller, son doudou, et puis des livres que je lui racontais. »

Ce monologue, lucide sur ce qui est, nostalgique de ce qui aurait pu être, curieux de ce qui sera, vise juste, au plus près des émotions qui remplissent les silences de manques et de doutes.

« Je veux bien de l’impatience et de la peur, mais pas du sentiment de perte, du sentiment d’abandon. Je veux aller lentement. Je veux être l’aube et le crépuscule, le doute et la certitude, je veux pouvoir être perdue et sourire. »

Ces jours sont un espace de liberté offert par la défection de l’amant. Un imprévu inespéré, un moment à l’écart, un temps pour soi. Un cadeau, finalement. À elle, sûrement. À lui ? Qui sait…

« J’attends quelque chose qui ressemble à ce qu’il me donne. »

Le futur est une page vierge. Reste à savoir comment l’écrire. Le quotidien d’une vie de couple est-il plus attirant qu’une relation clandestine faite d’attente entre deux retrouvailles ? Quant à la solitude…

Madeline Roth a un style à nu comme son héroïne, sans artifice, d’une douceur limpide qui sied à cette histoire où l’amertume aurait pu faire son lit et où elle n’est jamais invitée. 

Au moment de reprendre le train pour la France, est-elle parvenue à « [ce] temps magnifique de la vie, […] celui où l’on sait et où l’on peut » dont parle Françoise Giroud que cite l’autrice ? Ne sait-on jamais quelle surprise nous attend au bout du voyage ?

Avant le jour confirme que l’on voit mieux dans le peu. De nombreuses phrases, belles dans leur épure, sont venues noircir les pages de mon carnet.

Je trouve dommage que ce texte ne porte pas le beau nom de nouvelle qui lui irait pourtant si bien. Je n’ignore pas qu’en France la nouvelle est la mal-aimée de la littérature, quand elle n’est pas tout bonnement dénigrée. Je suis néanmoins heureuse de voir que des maisons d’édition se risquent à nous offrir, hors de tout recueil, des textes comme celui-ci. Je remercie les éditions de la Fosse aux Ours d’avoir osé. C’est très réussi. – Christine Casempoure

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La maîtresse d’un homme marié se rend seule à Turin où le couple illicite devait aller passer quelques jours. Voilà un pitch bien maigre et un livre qui l’est tout autant. Est-ce à dire qu’il n’y aurait pas d’histoire ? La narratrice fait ses bagages, prend le train et passe deux nuits dans la capitale piémontaise, seule, et se livre à une introspection sans fard et sans rancœur. Elle s’interroge sur ses liens avec Pierre, ce Pierre qui a renoncé au séjour italien pour épauler sa femme qui vient de perdre son père : l’aime-t-elle encore, depuis quatre ans que dure leur liaison ? Peut-elle se contenter de quelques heures de temps à autre, sans jamais de nuits à partager, de baisers en public ? Ses doutes sont aussi ceux d’une mère qui n’a jamais fait de crêpes à son fils, ceux d’une femme que l’âge grignote petit-à-petit, ceux d’une solitaire partagée entre l’envie de faire couple et l’assurance d’en être devenue incapable. Elle a fait ses bagages en se résignant à rompre ; son séjour piémontais lui fait entrevoir d’autres horizons que celui du regret et de la complainte. Nulle amertume dans ce récit, la colère et la déception du départ cèdent finalement place à la tendresse. C’est bien une histoire que nous conte Madeline Roth avec précision et une grande élégance. Au-delà de l’histoire de cette femme, il y a ces passages, d’une finesse et d’une justesse qui m’ont frappée ; j’en citerai un seul, qui justifie à mon sens les heures que l’on passe plongé dans un livre : « A quel moment est-ce que j’ai compris ça, qu’il me faudrait lire, beaucoup, pour toutes ces vies que je n’aurai pas ? »Emmanuelle Bastien

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« C’est peut-être à ça qu’on reconnaît une vie empêchée : au manque, au vide, au creux que ça creuse en nous d’attendre. Je pensais que l’attente était celle d’un enfant.  Mais Lucas est né et j’attendais encore. En vrai, l’attente c’est du manque. Mais on ne le comprend que bien des années plus tard. « 

La narratrice de ce roman, une femme qui approche de la quarantaine, devait partir quelques jours de printemps avec Pierre son amant à Turin, or il lui fait faux bond et elle décide de partir seule. Ce séjour est alors l’occasion d’une introspection mélancolique. Elle s’interroge sur sa vie, ses choix. Elle a conscience de ses contradictions,  elle fait une sorte de bilan des années qui sont derrière elle et qui sont passées si vite(elle est divorcée et élève seule son fils)et se questionne sur son avenir. Avec ou sans Pierre.
« Peut-être après tout que ce que j’allais chercher là-bas c’était moi. Une idée de moi avec laquelle je pourrai vivre. Depuis toutes ces années,  vivre avec ce moi-là, ce moi parfois tremblant, indécis, en miettes,  ne me suffisait pas. »

Elle se promène, va dans les musées, déambule dans les rues, observe la vie autour d’elle, tantôt triste et inquiète, tantôt sereine.

« Je ne sais pas s’il y a une image plus juste que celle de l’eau d’un fleuve pour penser à sa vie. Ca coule.  Cela avance, doucement. Parfois ça remue. Mais ça avance. Pierre a débarqué dans ma vie et ça s’est mis à couler avec une sorte d’harmonie. Peut-être que ce n’est pas Pierre  et que c’est juste l’âge. […] Je repense à cette phrase de Françoise Giroud dans Histoire d’une femme libre: »Le temps magnifique de la vie,  c’est celui où l’on sait et où l’on peut. » « 

Avec une économie extrême de mots, une remarquable simplicité,  l’autrice nous offre une plongée émouvante au fond de l’âme  de cette femme… Un très court roman, presque une nouvelle, moins de 70 pages pour dessiner le portrait sensible et fin d’une femme d’aujourd’hui. C’est beau… – Catherine Dufau

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Elle doit partir à Turin avec son amant Pierre tandis que son fils Lucas est chez son père. Mais Pierre ne viendra pas. Il reste avec Sarah sa femme qui vient de perdre son père. 

Elle va pourtant décider d’y partir seule. 

Et ce voyage qui devait être un voyage en amoureux se transforme. Tout en marchant dans la ville italienne, en prenant le temps, elle dresse un bilan sur sa vie, de femme et aussi de mère. C’est au retour que peut être tout se dessinera autrement. 

Ce n’est qu’après la fin de la lecture de Avant le jour que j’ai remarqué les dédicaces du livre sur la première page puis les mots sur la deuxième page d’Annie Ernaux tiré de Passion simple 

« A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »

J’ai tant pensé à Annie Ernaux en lisant ce livre . 

Tout s’y prête. 

Il y a dans ce livre le regard d’une femme sur elle-même, pas vraiment complaisant, sur sa solitude et sur sa liberté choisie avec en creux l’envie de construire – sans toutefois y croire vraiment – autre chose avec un homme qui lui n’est pas libre. 

Pour raconter tout cela, Madeline Roth use d’une écriture tenue, simple, sans fioritures. C’est un livre court, engageant. En peu de pages, Madeline Roth nous emmène à Turin, nous fait vivre le choc du feu de Notre Dame tandis qu’une femme s’interroge sur son avenir et sur les liens qu’elle veut privilégier.

On peut se sentir concernée ou pas et ce n’est pas le problème. Il y a ici juste le plaisir de découvrir une écriture et c’est ça aussi le plaisir de la littérature. – Sonia Chatain

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« Le temps magnifique de la vie, c’est celui où l’on sait et où l’on peut » – Françoise Giroud, Histoire d’une femme libre.

Une évidence vers laquelle chemine, dans un très court roman, la narratrice.

Avant le jour, c’est ce moment fragile défini par son incertitude, ses secrets, ces heures clandestines avant de perdre à nouveau l’homme fugitif.

Et puis il y a cette escapade annulée dans le Piémont où elle s’évadera tout de même : temps de la réflexion, temps des doutes, où l’intime, les désirs, et surtout la liberté sont interrogés.

75 pages de douceur à découvrir ! – Alexandra Lahcène

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6 jours de la vie d’une femme, une femme qui va avoir quarante ans qui vit une histoire avec Pierre un homme marié de dix ans de moins qu’elle. Tous les deux devaient enfin se retrouver, pouvoir se balader main dans la main, se découvrir au réveil le matin, tel un vrai couple lors d’une escapade à Turin. Deux jours avant le voyage tant attendu avec lui, Pierre doit annuler car sa femme Sarah vient de perdre son père. Notre narratrice hésite puis choisit de partir, trois jours pour elle, pour réfléchir sur cet amour mais pas seulement, aussi sur sa culpabilité d’avoir quitté Matthieu, le père de son fils il y a plus de dix ans et de voir son fils grandir désormais par alternance. Une mère célibataire qui tente d’oublier ces moments loupés dans la vie de son fils Lucas, tente aussi de rester femme, d’aimer…

Quelques jours pour une introspection, une escapade à deux qui se transforme en un voyage solitaire, salutaire! Doit-elle quitter Pierre? Est-ce une histoire d’amour? Les années passent pour elle, quel avenir avec cet homme qu’elle partage, juste des instants volés sachant qu’il ne quittera pas sa femme. Est-ce suffisant? Un court roman de 74 pages, qui parle d’amour, d’une femme de la quarantaine, mère célibataire. La narratrice se dévoile, s’interroge sur ses choix, sa vie pendant cette parenthèse, loin de ce qu’elle avait imaginé, espéré. Quelques pages langoureuses où l’autrice parle de manière magnifique d’amour et de la quête de soi.

Une très belle découverte, poétique délicate que je vous conseille. L’introspection d’une femme tout en douceur, un brin envoutante. Un roman d’amour si juste! – Julie Campagna

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La narratrice aime un homme marié, il ne l’accompagnera pas dans le périple qu’ils avaient prévu en Italie, elle partira seule et transformera ces quelques jours en voyage introspectif.

Quelle jolie surprise ! J’ai tout aimé dans ce texte d’une grande justesse d’écriture qui dit tout à la fois le bonheur d’aimer et la douleur de s’en cacher, la passion qui brûle et le supplice de l’absence, l’amour d’un enfant et le temps qui passe…

Un grand bravo pour le choix de la couverture de ce livre : la jeune femme du tableau illustre à la perfection le mélange de douceur, de lucidité et de calme élégance qui émanent de ce court roman (une soixantaine de pages, en fait presque une nouvelle…). – Marianne Le Roux Briet

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La narratrice nous livre ses sentiments intimes tout au long de son récit. La couverture attire immédiatement. Elle est sobre et simple.

Pierre son amant ne peut l’accompagner en week-end en Italie suite à  un empêchement familial. Malgré tout, elle décide de partir.  Une femme qui a été mère et maîtresse, mais qui n’a aucun regret. Cette femme nous livre ses sentiments, ses manques, ses envies, son passé et elle nous laisse apercevoir son avenir. Des décisions seront prises au cours de ce récit et de cette  introspection.  Elle aime ces jours de liberté  et de sentiments intimes aux prises à des choix  importants dans sa vie.

Un livre écrit à  la première personne sur un amour beau et sincère, en pleine évolution. L’écriture est fluide. Tout est dit avec subtilité pour décrire les sentiments.

Un très beau portrait de femme. – Hélène Grenier

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Ce voyage à Turin, ces instants promis, ces quelques jours partagés, elle en avait envie, elle en avait besoin. En finir avec l’attente, la solitude, l’absence. Mais Pierre ne viendra pas. Quelque chose le retient dans son autre vie. Alors elle décide de partir seule, avec sa valise remplie de questions…

Avec ce dernier roman, Madeline Roth nous offre de très belles pages sur ce qu’est être une femme. Tout en finesse, elle évoque les doutes, les regrets, la peur de l’âge qui avance et de ce corps qui est comme étranger. Elle met des mots sur les silences de l’amour, de l’attente et du désir.

La narratrice nous touche par ses moments de flottement, où tout se joue. La vie qu’elle s’est construite n’est pas parfaite mais elle a le mérite et le courage d’avancer. Malgré ses instants où plus rien ne va, où l’image dans le miroir lui fait détourner les yeux, elle est là, debout…

Madeline Roth a su écrire cet amour fou, décalé. Cette vie craquelée… Des pages qui sonnent une mélodie italienne, remplie de chaleur et de mélancolie. Ti voglio bene… Tout simplement.

Merci aux 68 premières fois pour le partage de la douceur de ces pages… – Audrey Lire & Vous

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Un voyage en solo pendant trois jours.

Contrainte par la défection de son amant, empêché par une obligation dans son couple légitime, l’héroïne, à la première personne, décide de partir seule à Turin.

C’est l’occasion de se raconter : comment elle a connu cet homme, comment elle s’était auparavant séparée du père de son fils, pourquoi cette situation d’amour adultérin lui convient finalement pas si mal.

Bien sûr il y a les éternelles questions qui se posent dans ces cas là : m’aime-t-il vraiment ou est ce juste une histoire de cul ? L’introspection que propose l’autrice est fine. Même si je ne suis pas une fan de l’auto fiction l’écriture de Madeline Roth a maintenu mon intérêt tout au long du récit. – Marie-Hélène Poirson

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J’adore ces « parallelochronies » : superposer plusieurs temporalités dans une sorte d’allégorie calendaire Il en va ainsi de Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron, mettant en parallèle un épisode de sa vie en face de chaque question de sa finale des finales à Questions pour un champion ou encore de L’albatros de Nicolas Houguet, où chaque chanson du concert de Patti Smith fait pénétrer dans la vie de l’auteur Dans Avant le jour, Madeline Roth part seule en week-end à Turin, escapade amoureuse malencontreusement transformée en voyage introspectif du passage à la quarantaine, au cours duquel chaque étape, à commencer par celle du trajet en train, aborde sa vie, ses envies, ses interrogations, ses peines et ses joies Elle explore délicatement et très justement ce voyage qui éloigne de chez soi pour conduire vers soi Ses questions visent toutes très juste, qu’attend-on de la vie, des autres, de la maternité Elle dessine aussi les contours d’un bel amant, d’un bel amour, compliqué, empêché, néanmoins vivace et vivant. Un amour indomptable, en écho avec Passion simple d’Annie Ernaux, dont une citation ouvre le roman « À partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »
Enfin j’ai particulièrement aimé le regard qu’elle porte sur son enfant, désiré, adoré mais aussi qui grandit et dont la présence ne suffit pas à donner tout son sens à sa vie, même si elle y contribue. Elle a su capturer toute la tendresse de ces matins doux, faits de rires, de câlins et de lectures à voix haute à nos petits
« J’ai grandi quand Lucas grandissait… Il m’a portée plus haut »
Au détour de la page 55, j’ai également retrouvé la plus belle déclaration d’amour que l’on puisse faire, et c’est Vania qui me l’avait fait découvrir Ti voglio bene
J’aime et je partage cette façon d’aborder l’amour et j’ai beaucoup aimé ce que la plume de Madeline en dit, merci encore aux 68 d’avoir placé ce livre sur mon chemin de lecture La couverture La femme au café d’Antonio Donghi illustre parfaitement le regard de l’auteure qui semble contempler sa vie durant ce voyage comme attablée à la terrasse de ses amours. – Thael Boost Huard

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Ce roman fait 75 pages. Il est court, trop court, mais tellement beau.

La narratrice a prévu de partir avec Pierre quelques jours en amoureux en Italie, à Turin, leur premier voyage ensemble. Cela fait 4 ans que leur relation dure. Mais il annule au dernier moment par SMS. Sa femme vient de perdre son père, il ne peut pas partir. Que faire ? Annuler ? Y aller seule ?

Elle décide de partir seule. Ce sera l’occasion d’un voyage introspectif. Elle va avoir 40 ans. Un âge où elle se pose beaucoup de questions sur sa vie. Elle a des regrets, notamment celui de n’avoir pas réussi à donner un foyer stable à son fils. Peu après sa naissance, elle a divorcé de son mari, partageant la garde de Lucas avec Thomas. C’est le début de la solitude, le déchirement de voir son enfant à mi-temps.

« J’ai jamais pensé que ça faisait une famille, deux. »

Finalement qu’est-ce qu’une famille ? une vie réussie ? une vie de femme épanouie ?
Que peut-elle attendre d’une relation adultère à 40 ans ? Doit-elle mettre fin à cette relation ?

« S’il faut décider quelque chose, je comprends que cela m’appartient. Et c’est maintenant. »

C’est beau comme du Annie Ernaux !

Un premier roman qui je l’espère n’est que le début de l’œuvre de Madeline Roth, que j’aimerais pouvoir lire encore.

Merci aux 68 premières fois pour cette belle découverte. Une pépite ! – Joëlle Buch

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C’est un très beau récit écrit à la première personne que nous offre Madeline Roth. Une histoire simple en apparence, une femme qui approche de la quarantaine et vit une relation amoureuse avec Pierre, un homme plus jeune qui ne sera peut-être jamais libre. Une passion qui la comble et la questionne, elle qui a déjà cru à l’amour, qui élève maintenant un enfant un jour sur deux avec Mathieu. 

«Je pense à toutes les contradictions sur lesquelles je bute tout le temps, la passion et l’amour, être mère et être femme, à croire qu’il faut, comme ça, séparer les choses en deux et décider de l’endroit où l’on se trouve, moi, je jongle […]»

Ce voyage en Italie à deux, elle l’avait tellement attendu mais la joie devient brusquement mélancolie lorsque Pierre lui fait faux bond. 

«Je ne pensais pas que je m’habituerai à ça, à porter le poids d’un cœur triste. Mais c’est comme tout, on s’habitue. J’ai pris l’habitude des moitiés de nuits, des vêtement qu’on enfile trop vite, l’habitude des silences, des fuites.»

Ces quelques jours à Turin, ce sera sans Pierre, pour se découvrir, interroger ses choix de vie, trouver des réponses. Une déambulation italienne pour se remémorer une partie de sa vie passée en un éclair, cette peur de vieillir qui surgit parfois. Et se réinventer, réapprendre à écouter les désirs qui résonnent dans le cœur et dans le corps. Pour cela, il lui faut « les mots  du désir » de Pierre, ce «mélange d’amour et de bienveillance, de protection et d’affection», cet «amour qui l’affranchit de son corps et de son âge.»

Ce voyage intérieur tout en sensibilité est sublimé par la délicatesse et la justesse de l’écriture de Madeline Roth. L’écriture de l’intime, de la fragilité des sentiments, pour questionner en douceur l’existence, entre désirs et désillusions, instants volés et attente, tourments et consolation.

Comment ne pas tomber en amour pour ce court récit, épuré, ciselé, lumineux qui prend parfois des allures de confidences.

Comment ne pas avoir en tête Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimé, Un homme et une femme, qui se risquent à aimer… Une invitation à revoir ce film, à revoir The hours, à apprécier un tableau de Dali, à relire Passion simple d’Annie Ernaux, à aimer follement, à ne pas «s’empêcher d’être heureux»… «Carpe diem. Cueille le jour.»Josiane Sydenier

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Dans ce roman introspectif Madeline Roth nous livre le portrait d’une femme qui se cherche, qui s’interroge profondément sur ce que c’est d’être une femme mariée. Elle questionne sa vie amoureuse, la vision de ce qu’elle pense être l’amour. Elle scrute son corps, qui doucement porte les marques du temps qui passe. Il y a d’ailleurs un peu de Simone de Beauvoir dans certains passages du livre, quand celle-ci s’interroge sur ses amours passés et découvre que son corps peut encore aimer avec Nelson Algren :

« Je me regarde longtemps. Je dois vivre avec moi. Avec ce corps qui ne reviendra pas comme avant, qui, au contraire, continuera de lâcher, de s’épaissir, de se rider. Je n’ai quarante ans qu’en le regardant. »

Ce livre a été je crois une rencontre avec moi-même, ce que je pense et n’exprime pas.

« Parfois la vie ressemblait à un ventre qui déborde de mots qu’on ne dit pas. Je ne savais pas comment les gens se débrouillaient avec ces mots-là. »

« Je veux tout parce que c’est la seule manière que j’ai de vivre, me glisser dans les cris des autres. Juste parce que moi, je ne sais pas faire, crier. A quel moment est-ce que j’ai compris ça, qu’il me faudrait lire beaucoup, pour toutes les vies que je n’aurais pas ? (…) Je lis, j’écris. C’est la seule façon que j’ai trouvée pour contenir le monde à l’intérieur. »

Voilà, j’ai noté les mots de Madeline Roth dans un carnet, j’ai photographié la moitié des pages pour m’en souvenir, les relire dès que j’en ai envie. Ce livre, c’est une histoire et un petit bout de moi, un petit bout de beaucoup d’autres certainement aussi. Ce roman est juste, en peu de mots, du début à la fin, et il va tout droit aller dans la pile de mes essentiels. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Voilà un livre que j’attendais tant les chroniques enthousiasmantes se bousculaient sur ce livre.

Je n’échapperais pas à la tendance générale, ce court récit d’une rare sensibilité m’a transporté, c’est décidément les caractéristiques de mes dernières lectures comme celui d’Anna Zerbib « Les après-midi d’hiver », c’est une plongée fascinante dans le sentiment amoureux féminin. On en oublie presque l’adultère dans lequel son jeune amant Pierre se plonge… C’est l’Histoire d’Amour de la narratrice, les majuscules ne sont pas de trop, mère aimante et séparée du père de son fils, elle est totalement sous l’emprise de son amant, de sa passion et de son plein gré.

Cette escapade italienne qui devait être l’accomplissement de cet amour…vivre enfin avec lui quelques jours sans son fils et cet homme rien que pour elle leur passion….n’aura pas lieu à deux mais la narratrice va tout de même y aller seule pour se retrouver, faire le bilan de sa vie personnelle de quadragénaire, évaluer la puissance de ses sentiments… Long monologue profond, introspection sans flagornerie et des mots, Les Mots qui interpellent, qui sont justes, un bilan avant de reprendre ou non cette histoire de passion.

Prenant, simple et hors norme le livre de la puissance dévastatrice d’un amour fusionnel. La seule interrogation qui me vienne à l’esprit, c’est l’avenir de cette passion. – Olivier Bihl

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Quand elle rencontre Pierre, elle se dit que cela ne durera qu’une nuit. Après quatre ans de relation secrète, de rencontres furtives et de nuits écourtées, ils font le projet d’un voyage à Turin, comme une envie d’ailleurs, ensemble, pour trois jours seulement. Et puis voilà, Pierre ne viendra pas, et très vite elle décide de partir seule. Cette ville étrangère où elle traîne sa solitude est le lieu idéal pour faire face à celle qu’elle est devenue. La quarantaine qui se profile est le temps des premières rides et du corps qui se fatigue, un temps qui incite au bilan.

Ils étaient très jeunes quand elle a rencontré Mathieu. Ils se sont aimés, ont eu Lucas, et puis l’amour entre eux s’est éteint, c’est si difficile d’être femme et mère à la fois. Alors elle est partie. Et maintenant, dans sa vie, il y a son métier, ses amis, son fils, qu’elle n’a auprès d’elle que la moitié du temps. Et Pierre, son amant, son homme, qui habite et dort avec Sarah. Errer dans les rues de Turin, visiter les musées, affronter sa solitude, c’est se rencontrer, finalement, se redécouvrir, évoluer. Pour revenir autrement, apaisée.

Je me rappelle avoir lu ou entendu qu’on pourrait tout relever, dans ce court roman. Ça m’avait semblé un peu exagéré. Mais dès les premières pages, j’ai compris. Car moi aussi, j’ai envie de tout garder, tout imprimer quelque part, pour ne pas l’oublier. Alors je m’offrirai ce livre. Parce qu’il est magnifique.

Avec des mots simples, Madeline Roth décrit précisément l’intime de cette femme qui, en décidant de partir seule, va à sa propre rencontre. Ce n’est pas le voyage comme la narratrice l’avait imaginé, son amant aurait dû être avec elle. Mais elle accepte le moment tel qu’il se présente, elle le choisit même. Alors elle peut s’y révéler, s’y déployer. Et l’amour aussi est là, partout, tout le temps, dans toutes ses expressions, son amie Marie, son premier amoureux, son fils, Pierre, et en définitive la vie. La sincérité de l’introspection et la poésie de ces quelques jours suspendus, ça trouble, ça fait comme des échos, les fuites, les peurs, les questions, les envolées, elles sont un peu les nôtres. J’ai adoré croiser Antigone, cette héroïne sans concession, si puissante, qui a embrasé mes lectures de collégienne. La force d’Antigone, son désir d’absolu traversent la narratrice, la transportent. Et je me laisse toucher par cette femme. Elle qui se sent nue devant la vie comme elle est, qui n’est pas sa vie rêvée, mais qui la fait sienne et s’en revêt comme on ferait d’un habit de fête. Pour justement : « ouvrir son corps en grand et tout vivre, tout vivre »… – Anne-Sylvie Delaunay

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Un texte court qui vient du cœur et arrive au cœur du lecteur, des doutes, des émotions, des contradictions, pour nous entraîner au creux d’une histoire d’amour discrète entre une femme à l’aube de la quarantaine et un homme marié. Une parenthèse de réflexion. Des mots très doux, délicats, sincères, des interrogations sans violence, tout un univers de questionnements à partager au delà des certitudes, des conventions, et des banalités. Beaucoup aimé cette lecture de la vie imparfaite, beaucoup aimé cette force de l’amour sans exigences. Un petit bijou, tout près du cœur. – Martine Magnin

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Lire également les billets de :

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/03/avant-le-jour-de-madeline-roth.html

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/avant-le-jour-de-madeline-roth.html

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/05/avant-le-jour.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/03/31/avant-le-jour/

Danse avec la foudre – Jérémy Bracone

« Ça se brise pas un cœur. Ça saigne, ça se tord, ça hurle, ça prend des gnons, mais ça se brise pas. »

Figuette après sa rencontre avec Moïra va apprendre à danser avec la foudre, à composer avec les humeurs de la jeune femme très sanguine mais qui plonge régulièrement dans des épisodes dépressifs. Elle a déjà fugué plusieurs fois mais cette dernière fugue est plus longue. En même temps il l’a bien cherché, il l’a laissé tout gérer et s’est désintéressé d’elle. Il va avoir à cœur de lui prouver qu’il est capable tout gérer! Seulement comment tout concilier avec l’usine qui doit fermer, son salaire qui ne permet pas de tout payer et cette petite fille dont il doit s’occuper? Surtout avec cette fierté qui l’empêche de demander de l’aide!

Les chapitres sont courts, la plume fluide. Figuette est touchant, sa maladresse et son envie de réussir pleine de fraicheur, la solidarité présente dans tout le roman fait un bien fou. Le milieu ouvrier, les quartiers d’immigrés italiens une véritable immersion! Au delà de l’histoire de Figuette et de ces proches ce roman est aussi un roman sociétal! L’auteur nous emmène dans ce monde ouvrier où les entreprises délocalisent, où les salaires en retard ne comblent pas les découverts, où les factures s’amoncellent. Et pourtant malgré cela l’entraide reste de mise!

Un premier roman prometteur et intéressant. Un jolie découverte même si ce n’est pas un coup de cœur ! La fin ouverte est parfaitement adaptée à cette histoire et pourtant je n’en suis pas vraiment adepte… – Julie Campagna

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A Villerupt, petit village de Lorraine, Figuette mène une vie simple. Pas facile, avec son usine qui se délocalise, ses factures qui s’amoncellent dans la boîte aux lettres, et sa petite Zoé dont il s’occupe seul depuis quelques mois. Mais heureusement, les copains sont là… Et puis il y a tous les souvenirs de Moïra, leur rencontre, leurs soirées, leur amour fou. Moïra qu’il n’a pas su retenir mais qu’il aimerait tant reconquérir.

Le premier mot qui me vient en refermant le roman de Jérémy Bracone est pudeur. Il met des mots si justes et tendres sur l’amour, l’amitié, la solitude. Il ajuste à la perfection tout ce qui chamboule cet homme, Figuette, qui avait tant de mal à vivre avec Moïra, mais qui se sent si seul sans elle.

Et puis Figuette est aussi un père, certes imparfait, mais qui met tant d’énergie à faire briller les yeux de sa fille. Pas assez d’argent pour partir au camping ? Rien ne l’arrête : les vacances auront lieu au sous-sol… Et si Moïra pouvait les voir en photos et revenir, ce serait magique…

Même si rien n’est rose, si cet amour imparfait blesse et angoisse, la vie continue… Figuette le sait bien, avec Zoé et Mouche, ils trouveront le bonheur… Suffit d’aller le chercher !

Merci aux 68 premières fois pour cette douce et tendre découverte… – Audrey Lire&Vous

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Les personnages sont attendrissants dans l’apprentissage de l’amour de soi et de l’autre. Où se trouve la frontière ? Qui en décide ? Doit-on se sacrifier pour répondre à ce que l’on attend de nous? Est-on responsable de l’exaucement des rêves de l’autre ? Malgré un sujet très intéressant, ce roman ne m’a pas emportée. – Stéphanie Justin

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Dans son prénom, il y a la douceur et la fragilité de la figue, Figuette et aussi l’héritage de la précarité, le travail à l’usine. Figuette et Moïra, c’est l’histoire d’une vie amoureuse qui va trop vite, qui ne grandit pas, qui s’invente et se crève. Ce roman raconte la fougue et la foudre, le désir et l’absence, la force, la créativité dans le chaos et l’existence d’une petite fille qui
aime et cherche à comprendre tout cela. Les mots de Jérémy Bracone racontent l’amour et la prise de conscience
de Figuette de la paternité, du couple, de la vie d’adulte, à peine sorti de l’adolescence. A travers les portraits multi-ethniques de la bande de copains de l’usine, réside la force du collectif, de l’amitié, un pilier dans le monde intranquille. Danse avec la foudre nous fait rire et sourire entre les nuages lourds. – Anne Richard

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Figuette est tombé amoureux fou de Moïra, une jeune femme passionnée et fantasque. Mais Moïra est partie sans un mot, le laissant s’occuper seul de leur petite fille de 6 ans, Zoé. L’avenir semble bien sombre, d’autant qu’en plus d’être père célibataire Figuette risque de perdre son emploi car l’usine de la région de Lorraine où il travaille menace de fermer. Les factures s’accumulent, l’été arrive, Figuette est malheureux comme les pierres, mais il a promis des vacances à Zoé. Il  improvise un séjour dans le sous-sol de la maison…

La vie est dure pour ces familles d’ouvriers menacées par le spectre du chômage, mais la solidarité est là, au sein de ce quartier de la Caserne. Quitte à frôler l’illégalité en récupérant des robots ménagers tombés du camion pour les revendre et constituer une caisse de solidarité. La dureté de la vie n’empêche pas qu’on rigole un bon coup de temps en temps, comme quand Bolchoi et Piccio font une course en fenwick autour de l’usine, pour ensuite aller déplacer la Twingo du patron sur le parking en se marrant d’avance quand son propriétaire va la chercher. Pourtant, il y a le chagrin avec lequel compose Figuette depuis que Moïra est partie. Sa Moïra imprévisible, violente, passionnée, un peu folle, qu’il n’a pas su retenir. Figuette se sent coupable de n’avoir pas su entretenir le feu des soirées qu’il improvisait à grand renfort de décors en carton-pâte, et s’il installe au sous-sol de sa maison un camp de vacances improvisé pour amuser sa fille, c’est pour la distraire et tenir sa promesse, mais aussi parce qu’il espère ainsi, en postant de jolies photos de vacances de Zoé et du chien Mouche, pouvoir faire revenir sa Moïra. Il y a de la tragi-comédie dans ce récit où résonnent des mots d’italien, de ces immigrés de la troisième génération, et du patois local. Figuette est chtarbé de chagrin, sa vie est frâlée mais il faut tenir. – Emmanuelle Bastien

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Plongée donc, ici, dans un premier roman oscillant entre histoire d’amour compliquée, amitiés ouvrières, mixité sociale, immigration c’est plus particulièrement la vie du narrateur à laquelle s’attache son lecteur. Drôle de personnage que ce Figuette, à la fois attachant, sensible dans l’amour admirable qu’il porte à sa fille Zoé  mais aussi exaspérant dans son idolâtrie insensée de Moïra, sa compagne et la mère de Zoé en fuite. Une passion née alors que Moïra n’avait pas encore 18 ans, une personnalité indiscutablement perturbée, instable pour laquelle Finguette est obligé de scénariser chaque rencontre sur un thème pour la séduire, l’aimer et se sentir un peu aimé. Une succession de hauts et bas, de fuite et de fusion qui n’est que chaos et qui débouche néanmoins sur la naissance de Zoé puis le départ de Moïra sans laisser de coordonnées ni de pistes pour la retrouver laissant le narrateur toujours éperdument amoureux. Tout cela se joue dans une région qui se désindustrialise à une une vitesse grand V dont les groupes industriels étrangers jouent sur les subventions pour s’installer et puis déménager sans se soucier des ouvriers et employés replongé dans la précarité et leur vole leur production et leurs outils vers des cieux moins coûteux… A travers la petite communauté dans laquelle Figuette évolue, avec laquelle il partage quelques instants de bonheurs et de soutien, c’est le récit de la désespérance humaine, d’une certaine misère sociale mais heureusement d’une certaine solidarité et d’une belle histoire d’amour entre un père et sa fille, son combat pour lui offrir le meilleur et le rêve.

Un joli récit  qui se lit facilement, un premier roman séduisant. – Olivier Bihl

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Décidément la Lorraine est à l’honneur ces derniers temps. Et l’association des 68 premières fois n’y échappe pas en sélectionnant ce premier roman de Jérémy Bracone paru en 2020 aux éditions de l’Iconoclaste. Un roman frais, émouvant et empreint d’une triste réalité. Un roman qui s’entend, s’écoute, nous berce par sa petite musique, comme une jolie bal(l)ade qui nous emporte au gré de ses paroles, de ses dialogues et de ses soubresauts.

Très jeune, Figuette a eu le coup de foudre pour la jolie et imprévisible Moïra. Il faut dire  qu’elle était si belle  dans sa robe rouge, virevoltant au son des échos de la fête. La jeunesse est fougueuse, c’est là son moindre défaut. Et très tôt, trop tôt, Moïra est tombée enceinte. Seulement, à tout juste 18 ans, elle n’a pas voulu de cet enfant. Elle est partie. Et c’est Figuette qui se retrouve seul à s’occuper de leur petite Zoé, du mieux qu’il le peut, avec pour seul revenu son maigre salaire gagné à l’usine de Villerupt. Usine qui, comme tant d’autres, commence à délocaliser. 

Heureusement pour Figuette, il y a les copains qui sont là, qui l’accompagnent, qui le rassurent, l’encouragent, lui remontent le moral quand ça ne va pas ou moins biens (et réciproquement), quand le tas de factures tend à s’élever un peu trop. Et il y a les souvenirs. Ceux de sa rencontre avec Moïra, ceux de leur amour, de ces moments hors du temps, exceptionnels, magiques, qu’il ne veut surtout pas oublier. Parce ce qu’il y a aussi Zoé qui attend, comme lui, espère encore au retour de cette femme insaisissable, éprise de liberté, qui rêve d’autre chose que d’une existence banale dans cette petite ville retirée de Lorraine pendant que Figuette, lui, l’accepte et lutte pour que les conditions de vie de chacun s’améliorent. Mais n’est-ce pas déjà trop tard?

J’ai lu ce roman quasiment d’une traite, portée par sa douceur, sa tendresse, l’envie que cette histoire ne manque pas de susciter, une espèce de mélancolie aussi certainement due aux désillusions qui rythment ce récit. Il y a beaucoup de poésie dans cette histoire, beaucoup d’espoir, une grande tendresse et une émouvante simplicité. 

Il y est question de lutte sociale, du monde ouvrier, de volonté, d’engagement mais aussi d’affection, de protection, de soin. D’amour. Et, comme je le disais plus haut, d’une douce mélodie qui rend cette lecture vraiment très agréable. C’est beau et c’est tout. – Martine Galati

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Un joli livre sur l’imagination dans lequel par refus du quotidien les personnages vont se réfugier dans la fantaisie.

Figuette, père de Zoé, se retrouve seul car Moïra, irraisonnée, assoiffée d’ivresse, en a assez de la tristesse du quotidien, et s’éteint petit à petit.

Figuette va devoir apprendre à être père et sous la promesse de grandes vacances inoubliables à sa fille de 4 ans, va se voir inventer de nouveaux mondes.

Son usine menace de fermer. Il n’a plus de salaire. Il va ruser.

Une histoire d’amour, une histoire sociale, une histoire d’entraide, de solidarité.

Un joli roman donc mais un je ne sais quoi m’a laissée sur ma faim. Peut-être mon absolu besoin d’être bouleversée. Et cela n’a pas été le cas. – Alexandra Lahcène

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Un roman social qui se passe en Lorraine et nous parle, comme pour « les nuits d’été » de Thomas Flahaut (autre roman sélectionné) des travailleurs dans les usines et aussi des travailleurs frontaliers.
Un premier roman qui m’a fait penser aux films sociaux de Ken Loach et Robert Guédiguian pour le côté « groupe social » qui essaie de s’entraider et d’améliorer leur vie et celles de leurs familles et voisins ; Nous sommes dans un quartier de la ville de Vilerupt, prénommée la petite Italie car il y a encore beaucoup d’ouvriers d’origine italienne. de belles scènes dans les cuisines de la vieille voisine qui fait nounou et avec qui la petite Zoé parle italien et les scènes de cuisine italienne.
Ce texte est peuplé de portraits de personnages touchants, que ce soient les personnages principaux ou secondaires.
L’auteur nous parle de la situation actuelle de régions industrielles et leur mutation. Les mines ont été fermées, le travail a changé, de nouvelles usines ont été implantées, puis vendues et revendues, par des coréens (comme celle de Daewo) ou par les allemands (comme Rosegrund, mais celle ci va sûrement être démantelée et le personnel attend le résultat de négociation).
Ce roman est jalonné de scènes dignes de tragicomédies sociales, digne du cinéma réaliste italien : course des caristes digne d’un circuit de courses automobiles, plaisanterie de ces mêmes caristes qui aiment déplacer la voiture du directeur dans les immenses parkings de l’usine, une distribution style gilets jaunes avant un démembrement sauvage de l’usine, au mois d’août mais aussi des moments et des actions collectives solidaires (ou beaucoup d’humour aussi entre voisins de jardins ouvriers !!)
Des portraits de vieux ouvriers qui avaient travaillé dans les mines, des nouveaux ouvriers (caristes, ouvriers et ouvrières à la chaîne ou de nouveaux prolo, comme Nordine qui a trouvé un emploi dans une banque du Luxembourg, mais comme lui dit un copain il est un prolo du Luxembourgeois car « vous avez juste toqué nos bleus de travail contre des costards cravates ».
Puis le portrait du personnage principal : Figuettte, un jeune père qui se retrouve seul avec sa jeune enfant Zoé, car sa jeune épouse, Moïra, jeune fille border line, est une fois en fugue, elle est partie sans donner d’adresse, sauf quelques messages sur sa page facebook. Cet homme va essayer d’attendre, d’espérer le retour de son épouse, il va créer un monde féerique pour sa fille. Il a toujours été créatif, en créant des mondes parallèles, il proposait des soirées thématiques à Moïra et là il crée un monde féerique, digne des contes de fées pour les vacances de sa fille. Un monde fait de pacotille mais où de vraies aventures peuvent se passer.
Un premier roman qui m’a beaucoup touché et qui m’a ému par des scènes touchantes et des personnages si réels qui essaient de survivre dans ces sociétés qui changent trop vite.
Un texte aussi d’espoir collectif malgré tout ce qui peut arriver dans ces régions abandonnées. L’amitié, la solidarité, les débrouilles, la poésie, la féerie au quotidien permettent de continuer à avancer. – Catherine Airaud

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« Car la vie entre les femmes et les hommes est un orage perpétuel. L’air entre leurs visages est plus intense plus hostile, plus fulgurant qu’entre les arbres ou les pierres. Parfois, de rares fois, de belles fois, la foudre tombe vraiment, tue vraiment. C’est l’amour. » – Pascal Quignard, Villa Amalia

« Il n’y en aurait jamais d’autres qu’elle. Là, devant ce miroir, il en avait la certitude. Ses délires espiègles, il ne pouvait envisager de s’en passer.

Et tant pis si elle lui en faisait baver. Elle était immature et égoïste. Son refus de l’ordinaire, son inaptitude à vivre le quotidien n’autorisaient pas la moindre faute. C’était le prix à payer pour côtoyer ses exquises folies, les nuages d’où à tout moment il espérait voir jaillir la lumière. Alors l’orage pouvait gronder, il y ferait face. Il serait le paratonnerre de ses colères, la laisserait se décharger sur lui de ces forces sombres qui l’embrasaient avant de la laisser sans défense. Après la tempête, ensemble ils connaîtraient de nouveau le printemps. »

Danse avec la foudre est le 1er roman de Jérémy Bracone. Hasard des réceptions des livres voyageurs dans le cadre de cette session 2021 des #68premieresfois, il est le 2e que je lis, à quelques jours d’intervalle, à avoir pour cadre le bassin lorrain et précisément la même ville de Villerupt. Le 1erCe qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin, ne m’ayant pas vraiment convaincue, autant vous dire que j’entrais du bout des yeux dans un autre roman ancré dans ce territoire sinistré, laminé par les faillites industrielles et les délocalisations d’usines en dépit de subventions généreuses, dans cette France à l’abandon depuis la fermeture des hauts-fourneaux, coincée entre revendications syndicales et plans sociaux. 

Je le confesse, il y avait cette crainte un peu sotte de tomber dans du déjà-lu.

Ça, c’était avant. Avant de savoir que j’allais à la rencontre de Bolchoï, Piccio, Pop, les frères Ronzi, la grand-mère Tatta, Wanda, Nourdine, Karima… et Figuette. Une bande d’hommes et de femmes attachants, soudés et fidèles en amitié, de sacrés débrouillards qui composent avec une réalité bien rugueuse et aiment à se retrouver autour d’un verre au Spoutnik

« Les psys, c’est juste bon pour les bourgeois qui n’ont pas de copains. Chez nous, quand on a un truc sur le cœur, on va au bistrot et on met verres sur table. »

et à improviser un barbecue dans leurs jardins ouvriers où ils cultivent de quoi améliorer l’ordinaire à peu de frais alors que les factures s’entassent et les salaires accusent plusieurs semaines de retard.

D’autres, comme Nourdine et Karima son épouse, sont partis travailler au Luxembourg voisin où la paie plus avantageuse permet de s’offrir une belle voiture et une maison plus cossue que celles, décrépies et vétustes, de La Caserne.

Ne vous méprenez pas, Danse avec la foudre n’est pas un roman social, du moins il n’est pas que cela. C’est aussi le récit intime d’une histoire d’amour qui a pris fin, du jour au lendemain, quand Moïra s’est évaporée, laissant Figuette seul avec leur petite Zoé. 

« La dernière fois que Figuette avait vu sa femme, elle traversait la cuisine avec un panier de linge sale. […] Les jours précédents, Moïra s’était montrée câline. […] Et ce n’était pas bon signe, pas du tout. »

Figuette, anéanti, se souvient. 

De sa rencontre avec la toute jeune et farouche Moïra, 15 ans à peine ;

De la fantasque et immature Moïra, dont le petit grain de folie pimentait sa vie et lui plaisait tant ;

De Moïra la fragile, l’abandonnée à qui « il était arrivé de se sentir si seule, […] que lorsqu’une mouche venait à se poser sur elle, elle fermait les yeux et la laissait explorer son épiderme, en imaginant que ces chatouilles étaient des caresses » ;

De cette femme-enfant versatile, capable de se déchaîner pour des riens, qu’il calmait en inventant des fictions peaufinées dans les moindres détails afin que « sa jeune épouse s’oublie dans d’autres histoires que la sienne, loin de la médiocrité du quotidien. [Car] Moïra rêve de romance, d’une vie écrite par un dieu qui aurait enfin du talent » ;

De Moïra, jeune mariée tout émue de remonter l’allée de l’église désaffectée aux murs de tôle que la rouille rongeait ;

De Moïra, déboussolée de se découvrir enceinte ;

De Moïra, trop éprise de liberté pour résister à l’ennui, et qui les a abandonnés, lui et Zoé, sans se retourner.

Les jours se changeront en semaines, les semaines en mois. De cette dernière fugue, Moïra ne reviendra pas, pas plus qu’elle ne répondra aux messages laissés par Figuette qui sait déjà qu’il ne l’oubliera pas. 

« Non, lui ce qu’il aime, c’est les chieuses, les passionnées, les folles furieuses. Définitivement. Mais pas n’importe quelle chieuse, une en particulier. Une seule et de toute éternité. »

Danse avec la foudre raconte un père, redevenu célibataire, prêt à tout pour sa fille, jusqu’à lui promettre des vacances au bord de la mer qu’elle n’a jamais vue alors même que le démantèlement de l’usine scelle la perte de son emploi et la perte d’argent qui va avec. Les amis ne lui ont-ils pas conseillé autrefois « Fais-la rêver. Sors-lui le grand jeu, t’as encore des cartes dans ta manche » ? Alors, la mer, Zoé la verra. Ils iront camper. Elle dormira sous la tente avec Mouche, le chien, ou à la belle étoile, construira des châteaux de sable, partira à la chasse au trésor. Ensemble, ils feront des parties de pêche, sauteront dans les vagues, se fabriqueront des souvenirs pour plus tard. Ces moments d’évasion estivale volés à la grisaille du quotidien sont le cadeau d’un père pour qui, décidément, rien n’est impossible. Au diable la raison quand il s’agit de ne pas décevoir sa fille !

Jérémy Bracone signe là un 1er roman poétique et tendre, qui questionne le rôle de la fiction. Est-ce « de créer des mondes imaginés, que les lecteurs aiment habiter et qui les poussent à penser leurs propres vies » comme le suggère Salman Rushdie ? Pour Figuette, Zoé et Moïra, passer par la fiction permet de faire face à un quotidien en berne quand la tristesse éteint les jours, en tenant le réel à une distance respectable. Quand ces petits arrangements avec le réel n’ont plus suffi, Moïra s’est enfuie. Que feront Figuette et Zoé ?

L’auteur aborde avec une égale délicatesse des sujets qui dépriment autant que l’amitié pudique et sincère réconforte.

« Les copains s’inquiètent pour Figuette, ils le visitent comme une vieille tante malade. À tour de rôle, ils trouvent un prétexte pour passer à la maison. »

Si tout sonne étonnamment juste, de la description de ce coin de France aux dialogues des personnages, c’est parce que l’auteur est un conteur épatant. « Il était une fois » en 4e de couverture ne trompe pas, pas plus que les citations de J. M. Barrie et Platon en exergue. La réussite de ce roman tient au regard différent que Jérémy Bracone pose sur une situation terrible et ordinaire. Elle tient aussi à ce que ce n’est pas un « je » qui se raconte en accaparant la page ; le récit à la 3e personne autorise une distance au personnage – magnifique Figuette -, que l’on découvre alors dans toute son authenticité, sans affectation ni subjectivité. Alors que parfois les larmes hésitent à venir éteindre le rire, Danse avec la foudre, roman touchant, rugueux, doux car pétri d’humanité, avait tout pour sombrer dans le mélo complaisant. Il l’évite joliment, jusqu’à la toute dernière phrase. – Christine Casempoure

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Jérémy Bracone nous délivre sa vision d’un coin de Lorraine qu’il connaît bien, tableau d’une cité ouvrière.

Ici on travaille à l’usine, on milite, on est rouge, « on bricole » avec les copains. On se retrouve au bistrot « Spoutnik »:  » Chez nous, quand on a un truc sur le coeur, on va au bistrot et on met les verres sur table. » Ici les fins de mois ne sont pas toujours faciles pour le jeune couple Figuette et Moïra. Cette dernière, capricieuse et changeante se traîne une enfance cabossée sans tendresse. Elle rêve d’une vie de princesse agrémentée de fantaisie. L’arrivée d’une petite fille ne responsabilise pas la jeune femme délurée et peu stable.

Quand on a plus les mots , on part. Quand on a de l’amour-propre et de l’espoir, on fait semblant et on reste.

Cette touchante histoire étoffée de truculents personnages et quelques scènes cocasses manque pourtant d’ épaisseur et m’a laissée un goût d’inachevé. – Corinne Tartare

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Après les mines, ce sont les usines menacent de mettre sur la touche la bande de potes. En Lorraine, les relents d’une Italie lointaine continuent à illuminer le décor  industriel. Mais la fin de rêve a un nom : délocalisation. Et l’église de métal qui se dresse au centre de la ville est témoin de la décrépitude ambiante : naguère prototype et garante d’une réussite économique, elle ne vaut pas plus que son poids de rouille, le prix d’un pavillon modeste.

Pour Figuette, le désastre ne s’arrête pas là, la mère de Zoé s’est envolée, et avec elle, les colères, les éclats de verre, l’immaturité, mais aussi les soirées de plaisir, la beauté, la fougue de sa jeunesse. 

Pas de travail, pas d’argent. Impossible de quémander auprès de la  famille ou des amis, il faut alors réinventer le quotidien pour offrir des vacances de rêves à l’enfant, à grand coup de bluff et de selfies .

Roman social, sur fond de crise économique, et roman d’un amour perdu, voué à un échec programmé. 

Dans un style mâtiné d’italien, et de langue du terroir, Jérémy Bracone révèle avec ce premier roman une vraie disposition pour transcrire les émotions qu’elles s’apparentent à la colère ou à la passion amoureuse.  – Chantal Yvenou

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Sur fond de grèves et risque de fermeture d’usine à Villerupt – la petite Italie- en Lorraine, @jeremybracone nous livre avec ce #premierroman  une histoire extrêmement touchante. Celle d’un homme Figuette qui va tenter avec quatre bouts de ficelle, une imagination débordante et beaucoup d’amour d’enchanter le quotidien pour éblouir et tenter de retenir l’amour de sa vie, Moïra une femme-enfant immature et fantasque. Et quand elle sera partie,  de prendre soin de sa fille Zoé,  de lui imaginer des vacances à la hauteur de ses rêves d’enfant malgré la dèche  …

Il y a la bande du Spoutnik, le bar où tous les copains se retrouvent, se racontent leurs galères et se serrent les coudes, une galerie de personnages savoureuse.  Dans ce roman social, la fantaisie le dispute au désespoir, la solidarité et la fraternité ne sont pas de vains mots et sur fond de ruine psychologique et sociale, l’auteur réussit l’exploit de livrer un roman lumineux bien qu’on sache très bien qu’à un moment donné l’amour et l’imagination ne suffiront plus… – Catherine Dufau

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La Lorraine industrielle qui est en proie aux faillites, c’est là que vit Figuette avec sa fille Zoé. Il est amoureux de Moïra qui a un caractère bien trempé et qui va le quitter du jour au lendemain, sans explication.

Il donnerait tout pour le retour de Moïra et il repense à leurs fabuleuses soirées où  il inventait des thèmes et ils dansaient tous les deux.

Moïra mi femme, mi enfant, qui ne va pas supporter d’avoir un enfant. Elle perdra la liberté et elle, c’est ce qu’elle veut la liberté.

A présent, Figuette n’a d’yeux que pour sa fille, son bonheur, malgré tous les tracas qu’il a et heureusement qu’il y a les copains.

Cette histoire nous conte un beau coup de foudre et la vie d’un père même s’il n’est pas parfait. Un livre où l’on trouve de l’amour, de l’amitié, du chômage car c’est également un roman sociétal. – Hélène Grenier

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Quand Figuette rencontre Moïra jeune femme-enfant immature et fantasque, il en tombe fou amoureux. Pour la séduire il crée des mondes imaginaires le vendredi soir dans lesquels, l’alcool aidant, ils échappent à la réalité. Mais Moïra se retrouve enceinte, la magie ne fonctionne plus et la réalité reprend le dessus. Figuette arrête les efforts, Moïra se lasse. Elle part le laissant seul avec Zoé leur fille de 4 ans .

Pour les vacances de Zoé à qui il a promis la mer, Figuette va alors faire preuve d’encore plus d’imagination .

Ce livre se passe au coeur de la Lorraine sinistrée au sein d’une communauté d’origine italienne très solidaire. Leur usine va être délocalisée et en parallèle des syndicats les ouvriers vont trouver un moyen pour mettre en place une caisse de solidarité devant les aider lors de leurs licenciements.

Malgré les thèmes abordés qui sont graves, le ton reste léger et le livre se lit très facilement. C’est un premier roman très prometteur. – Michèle Letellier

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Figuette aime sa femme passionnément et fait tout ce qu’il peut pour la rendre heureuse mais il s’y prend mal. Moïra est jeune et jolie mais fantasque, exigeante ; elle en veut plus.

Nous sommes en Lorraine ; Figuette travaille dur pour un salaire de misère, dans une usine au bord de la faillite.

Figuette danse avec la foudre comme on joue avec le feu…

Il n’a pas su la combler et Moïra est partie. Il doit alors composer pour la faire revenir. En premier, il faut qu’il prenne soin de leur petite Zoé ; c’est le début de l’été et même s’il n’a pas les moyens, il veut lui offrir les vacances qu’il lui promettait depuis plusieurs années…

L’amitié solide qui le lie à ses camarades de travail/d’infortune est le socle sur lequel il va pouvoir s’appuyer pour ne pas sombrer.

Les moments joyeux entre Figuette et ses copains ne nous font pas oublier le drame qui se joue dans cette petite communauté. C’est la force de ce roman, tragique et drôle à la fois.

Mais personnellement, il m’a mise mal à l’aise, m’empêchant de rédiger cette petite note alors que je l’ai lu il y a 3 semaines déjà… – Anne Laude

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La Lorraine désindustrialisée, sa communauté italienne et son milieu ouvrier à l’avenir incertain sont à l’honneur dans cette histoire d’amour et d’héritage social, entre désillusions et porte-monnaie vide, vies conjugales bancales et glorieux souvenir des luttes passées, rêves d’ailleurs et amitié réparatrice.

A l’ombre des hauts-fourneaux démantelés, il faut bien du courage et de l’imagination à Figuette, l’ouvrier dont le poste est menacé, pour ensoleiller l’été de sa fillette en lui créant un domaine enchanté entre royaume de Peter Pan, nid du marsupilami et caverne de Platon.

J’ai aimé la tendresse qui règne entre les hommes et ces femmes qui font leur possible avec leurs armes pour que les choses aillent mieux, comme j’ai aimé la lente progression du roman vers une fin très maîtrisée qui m’a serré la gorge.

Mille mercis à l’auteur de ne jamais céder au misérabilisme et de montrer des personnages extrêmement attachants qui parfois donnent l’impression de s’agiter comme des abeilles contre une vitre, mais sortent grandis des épreuves en pariant sur l’humanité, l’humour et la délicatesse des sentiments. – Marianne Le Roux Briet

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Lorsque le jeune Figuette rencontre la belle Moïra, celle-ci n’est qu’une adolescente insouciante au caractère bien trempé.

Même si celle-ci va lui en faire voir de toutes les couleurs, Figuette en devient accro. Moïra quant à elle va être charmée par cet homme indépendant et travaillant à l’usine. Après un mariage et la naissance de la petite Zoé, Moïra décide du jour au lendemain de tout plaquer et de quitter le foyer familial sans laisser un mot.

Pour faire face à ce départ, Figuette va devoir apprendre à jongler entre l’éducation de sa fille et ses inquiétudes quant à la fermeture prochaine de l’usine dans laquelle il travaille.

Ce roman sociétal est un ouvrage bienveillant et plein de bonnes intentions. Même si ce livre décrit une période difficile de la vie de Figuette, nous arrivons à garder le sourire pendant toute sa lecture. J’ai aussi apprécié l’originalité du livre où l’absence n’est pas celle du père mais de la mère.
Cet exil aura permis au jeune père de créer un lien très fort avec sa fille, lien inexistant à l’origine. Malgré de gros soucis financiers, Figuette fera tout pour faire rêver la petite Zoé et essayer momentanément de lui faire oublier les problèmes du quotidien… – Hélène Ortial

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Figuette et Moïra se sont rencontrés alors qu’elle était très jeune. C’est le grand amour même si Moïra est instable. Ils naviguent entre crises et amour fou, séparations et réconciliations.

Un jour naitra Zoé. Moïra va s’en occuper pleinement pendant que Figuette trime dans les usines qui ferment les unes apres les autres dans cette région où l’industrie est sinistrée.

Jusqu’au jour où Moïra s’en va, sans un mot. Elle laisse Zoé au soin de Figuette et de sa grand-mère.

Figuette perd pied. Il se rapproche de sa fille qu’il n’a jamais autant aimée mais il se coupe du monde qui lui semble trop dur et trop violent.

Il tente par des moyens abracadabrants de faire rentrer Moïra mais c’est peine perdue.

Heureusement il est entouré d’amis fidèles qui vont l’aider assumer pleinement sa vie et sa paternité.

Ces amitiés offrent l’occasion de jolis portraits de personnages secondaires  haut en couleur et de retour sur les combats syndicaux dans années passées.

Aucun pathos dans cette histoire, beaucoup de fantaisie et  d’amour parfois jusqu’à la folie.

Un très beau premier roman qui j’espère en entrainera d’autres. – Emmanuelle Coutant

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Quelle belle galerie de portraits ! Touchants, vivants, attachants.
Figuette forme avec Moïra un couple volcanique, passionné, atypique. La très jeune femme est imprévisible, entière, colérique mais fragile. Figuette veut faire d’elle une princesse, sa princesse . Il s’emploie à remplir sa vie de fête et de sensualité autant qu’il le peut… jusqu’à la naissance de Zoé.
Figuette est aussi un ouvrier, employé dans une usine allemande d’appareils électro-ménagers. La menace de fermeture se fait de plus en plus lourde et avec elle les difficultés financières…
Les conditions de vie dans cette région sont imprégnées de la disparition des mines et entreprises sidérurgiques dans lesquels les anciens ont sué sang et eau.
Figuette, bien sûr, est surtout un maillon solide d’un groupe d’amis solidaires, liés depuis toujours, maniant humour, affection pudique et engagement social avec conviction et bonhomie.
Mais Figuette se fissure à la nouvelle fugue de Moïra, une de plus, plus longue cette fois… il se retrouve en tête à tête avec Zoé dont il s’occupe peu dans le quotidien, quotidien duquel il a laissé s’envoler la fête et la sensualité …. la princesse a mis les voiles….
Les vacances approchent, et malgré la pression matérielle, il veut à tout prix emmener Zoé au camping et partager avec elle des moments chaleureux. Il ne manquera pas de créativité pour parvenir à ses fins, et tenter d’oublier pour un temps ses soucis et ses déceptions…
Cette forme de poésie, ces amitiés bourrues mais profondes, ces êtres pleins de nuances et d’authenticité m’ont beaucoup touchée. Ce roman offre un beau moment de délicatesse et d’empathie. Je recommande ! – Christine Gazo

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II est amoureux Figuette. D’une femme enfant si délicieusement irrésistible, fantasque et éthérée. Mais Moïra vit tellement loin du quotidien, elle qui s’est pourtant laissée séduitr par la folie douce de Figuette. Elle qui est semble-t-il bien ignorante de la galère dans laquelle il se retrouve lorsqu’elle le quitte. Car il est bien seul pour gérer le risque de fermeture de l’usine, le manque d’argent pour boucler la fin de mois, et surtout pour s’occuper seul de sa petite Zoé qu’il faut choyer, aimer et éblouir pour deux.

Heureusement il y a les copains, ces fidèles compagnons de route, de sacrés bonhommes qui aiment passer leurs soirées à refaire le monde au café le Spoutnik. Il y a aussi les jardins ouvriers pour améliorer un peu l’ordinaire, les travailleurs transfrontaliers qui cherchent un meilleur emploi de l’autre côté de la frontière, les ouvriers qui « cagnottent » pour aider les autres, les patrons qui délocalisent sans bruit et sans fanfare, si peu soucieux de faire vivre ces régions du nord qui sont tant à la peine. Si à travers eux, le côté social de la vie ouvrière est évoqué en filigrane, c’est pourtant bien la vie de Figuette, son amour immodéré tant pour Moira que pour sa petite Zoé, qui sont au cœur de ce premier roman tout en émotion.

On aime découvrir l’amour fou, la passion, de ce père célibataire qui se débrouille pour que sa fille passe des vacances inoubliables à la belle étoile. Mais aussi toute la magie de ces sentiments qui débordent au fil des pages et nous font aimer follement et désespérément cet homme qui tente le tout pour le tout pour éblouir son enfant.

Il y a de la magie et de la poésie dans ces lignes, dans ce roman que l’on ne veut pas quitter, dans ces personnages pour la plupart si attachants. – Dominique Sudre

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Figuette ouvrier d’usine vit dans l’attente du retour de Moira , et élève seul sa petite fille.
Moira est une femme fantasque et imprévisible. Encore une fois Moïra a fugué mais cette fois-ci elle n’est pas revenue et Figuette garde l’espoir d’un retour.
Pour elle il a été capable d’actes incroyables et complètement fous.
Sans argent depuis la faillite de son usine il ne peut tenir la promesse faite à Zoé « partir en vacances ». Une promesse est une promesse ;
Alors il va créer des vacances imaginaires pour enchanter la vie de Zoé . Ce sera leur secret.
Il ne cesse d’espérer et de croire que les photos qu’il poste sur les réseaux sociaux feront revenir Moïra.
Un joli livre sur l’amitié, sur l’amour, sur l’espoir d’un monde meilleur. – Jocelyne Legrand

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Une bandes de potes, spécialistes de l’entraide et de la débrouille, c’est  la bande à Figuette, père démissionnaire puis célibataire suite à la fugue de sa belle.
Moira reviendra t’elle ? 
C’est pas sa première fugue à cette femme enfant, orpheline très tôt.
Elle est fantasque, imprévisible mais tellement attachante.
Figuette l’a aimé du mieux qu’il a pu, mais cela n’a pas suffit, il lui reste leur fille Zoé à élever. 
Mais comment fait-on, quand on a plus le sou, que l’usine va fermer et qu’on promet des vacances à sa fille?
Alors on lui en invente…
Premier roman très touchant qui a l’art de nous faire rêver au travers de cet antihéros de notre époque, si particuliers et si créatif !
Il est question d’amour paternel, d’amitié, de solidarité et de passion.
Un beau moment de lecture. – Anne-Claire Guisard

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Rendez-vous manqué entre Jérémy Bracone et moi. Un roman iconoclaste dans le fond (le texte) et la forme (la maison d’édition).  L’écriture est correcte, rapide, simple, parfois émouvante, l’histoire me semble déjà avoir été mille fois rencontrée : une jeune femme en délire et en fuite, ou tout simplement fantasque et libre, un père attendrissant et maladroit, une société industrielle en déroute, une petite zoé impertinente et adorable, une réalité quotidienne de grisaille, un imaginaire de papier mâché. J’ai suivi, poursuivi, mais je suis restée sur le seuil de l’émotion. Désolée. Je suis plus difficile à convaincre et les mots ne m’ont pas envahie. – Martine Magnin

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Danse avec la foudre est le premier roman de Jérémy Bracone un plasticien originaire de Lorraine. Dans cette région si touchée par la crise économique, Figuette est un ouvrier réservé qui survit comme il peut, seul avec sa fille de 4 ans et l’imminence du chômage. L’auteur place son récit dans un milieu qu’il semble bien connaître, celui de l’immigration italienne. Son humour assez potache en font une comédie déjantée mais pleine de bon sentiments.

Dans ce milieu ouvrier bon enfant, on cultive son potager comme ses amitiés. Les copains, aux surnoms d’un autre siècle, sont désenchantés mais solidaires face à la crise, une de plus, qui va inéluctablement entraîner la fermeture de leur usine.

J’ai trouvé les personnages un peu trop stéréotypés et l’histoire enfantine, si l’on excepte les quelques scènes de sexe. Au début, j’ai plaint Figuette et aurais voulu lui dire de fuir cette Moïra instable et capricieuse. Ensuite j’ai compris qu’il n’avait pas été le mari idéal. Quelle idée de faire un enfant à une fille si jeune et immature!

Il n’y a qu’un homme, qui plus est artiste habitué des installations, pour imaginer faire passer les vacances d’été dans une cave à sa fillette de 4 ans! Même si il a développé un génie immense pour la déco, c’est sûr qu’elle ne devait pas avoir l’air bien bronzée la choupinette!

Ce récit ne me laissera sans doute pas un grand souvenir mais il est très agréable à lire. – Françoise Floride

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Les bons sentiments ne font pas toujours de bons romans. Cette fois, si ! Danse avec la foudre est un très joli livre, un de ceux qui parvient à envoyer des paillettes dans les yeux tout en évoquant des sujets forts et douloureux sans ciller ni faire l’autruche. A la manière d’un Guido ( Roberto Benigni dans La Vie est belle, tout proportion gardée ), Figuette cherche à réenchanter sa vie pour faire face aux épreuves qui s’accumulent : il élève seul sa fille de quatre ans après le départ d’une épouse dont il est toujours fou amoureux, son usine de Villerupt ( Lorraine ) va fermer suite à une délocalisation, les vacances à la mer promises à son enfant ne sont plus possibles faute d’argent.


La grande force de ce premier roman, c’est le talent de conteur de son auteur qui parvient à trouver un équilibre subtil entre tragédie et comédie grâce à un travail sur les personnages vraiment très réussi. On les aime tous ces ritals prolos qui gravitent autour de Figuette. C’est plein de tendresse, d’humour et surtout d’humanité. On est emporté par la force qui soude cette communauté ouvrière, par l’amicale solidarité dont elle fait montre avec pudeur ou extravagance selon les besoins requis par la situation. J’ai vraiment apprécié la description du « commando » ultra organisé qui se fabrique une caisse de prévoyance en vue du licenciement. Rébellion et dignité. La plume de Jérémy Bracone est pleine de vitalité et sonne juste en permanence avec son énergie communicative.


Et puis il y a Moira. L’épouse de Figuette. Un beau personnage qui m’a fait penser à certains égards à la mère d’En attendant Bojangles. Fantasque et immature. Imprévisible et fragile. Une femme-enfant qui fugue régulièrement de son couple et finit par abandonner mari et fille lorsque le roman commence. On est déchiré par la douleur de Figuette, racontée à hauteur d’homme. On est touché par son entêtement à créer un refuge imaginaire pour sa fille, tel un Peter Pan qui ne voudrait pas se laisser envahir par la grisaille déprimante du quotidien.


Au final, pour que je sois totalement emportée, il m’aurait fallu une empreinte plus forte laissée dans ma mémoire de lectrice. Mon appétence littéraire a tendance à m’emmener vers des romans plus telluriques, plus complexes et sombres, on ne se refait pas. Reste un roman social léger et positif qui donne envie de rire, danser, retrouver ses amis, étreignant la réalité de toute une vie, de toute une région avec fraicheur, le rire au bord des larmes pour se dire que tout n’est pas perdu.

Joli mais fugace. – Marie-Laure Garnault

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Figuette ouvrier travaillant dans une usine en Lorraine mène une vie simple entre l’usine, le Spoutnik (bar du coin), ses amis et sa vie de famille avec sa femme Moïra et sa fille Zoé.

A la veille d’une délocalisation imminente de l’usine couplée et après le départ de sa femme, Figuette se retrouve dans une situation délicate à devoir gérer les traites de la maison, les factures et la garde de sa fille. Il essaye de faire bonne figure face à ses amis et compte malgré tout honorer sa promesse d’emmener Zoé à la mer. 

On navigue d’un côté dans le passé de Figuette et Moïra : leur rencontre, leur relation ponctuée par de nombreuses crises et tous les efforts de Figuette pour amener de la vie et de la folie dans leur couple. On s’interroge beaucoup sur Moïra qui semble être une femme très fragile et avec un tempérament compliqué.

De l’autre dans le présent, un présent qui ne se conjugue plus à deux avec Figuette qui fait face et se remémore tous les souvenirs du temps passé avec Moïra. Malgré les difficultés qui l’accablent, Figuette ne montre pas sa faiblesse à ses amis et va tout faire pour mettre des étoiles dans les yeux de sa fille et l’emmener malgré tout en vacances.

Petit à petit, on se rend compte que tout n’est pas blanc ou noir. Apparaît en creux, un Figuette pas si parfait, qui s’est laissé aller à la routine de son couple et qui passe plus de temps auprès de ses amis au Spoutnik plutôt que sa famille. 

Quoiqu’il en soit, une agréable lecture dans laquelle on retrouve différents thèmes assez bien traités. – Ana Pires

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Touchante histoire d’un homme amoureux d’une femme-enfant, prêt à tout pour la garder. Malheureux comme la pierre quand elle le quitte, le laissant seule avec sa fille alors que son usine licencie à tours de bras, qu’il ne peut plus partir en vacances. Alors il va mettre à profit les talents qu’il exerçait pour rendre Moïra heureuse: sa fille aura des vacances à la mer et personne ne saura qu’en fait ils sont restés dans leur garage.
Magnifique histoire d’amour paternel dans une Lorraine ouvrière qui dévoile avec simplicité et sans excès de pathos les difficultés de notre monde, les luttes sociales, son passé migratoire. – Stéphanie Chapelet-Letourneux

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Ce beau roman montre combien les valeurs matérielles ne sont pas tout bien qu’elles facilitent la vie. Alors qu’est ce qui fait le bonheur de cette bande de copains ? un vécu partagé certainement, avec quelques délicieuses magouilles, un apéro au Spoutnik, une solidarité à toutes épreuves et une volonté d’entraide au sein de ce milieu ouvrier, dans cette Lorraine victime de la désindustrialisation, de la mondialisation, de la délocalisation.

Toutefois l’entraide semble avoir ses limites… Figuette, notre héros sans le sou a perdu ce qui faisait son bonheur… Moïra l’orageuse jouvencelle, celle pour qui il était prêt à toutes les fantaisies, Moïra qui lui décocha la flèche foudroyante avec laquelle il allait danser… Alors il lui reste Zoé, la fillette née de leur union, pour qui il invente un monde imaginaire, peut-être pas si magique que cela, peut – être pas si merveilleux…

Si les copains de Figuette font sourire malgré leurs difficultés, notre héros inspirera plutôt la pitié et générera la compassion…

Bravo à Jérémy Braconne, capable de faire sourire, pleurer, se révolter, compatir, s’offusquer, se questionner…

Une belle lecture à côté de laquelle je serai passée sans les 68 premières fois. – Roselyne Soufflet

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Le milieu ouvrier, ici  à l’extrême nord de la Lorraine, inspire décidément les auteurs !

Jeremy Braconne installe ses personnages autour d’une usine de robots culinaires sur le point de fermer. La tradition ouvrière est bien là : des immigrés italiens, de préférence communistes, venus travailler dans les laminoirs d’Usinor il y a plusieurs générations.

C’est l’amitié qui est le ciment de la communauté autour des propriétaires du bar « le spoutnik ».

Le héros principal est Figuette dit « le poète » qui a fini par épouser Moïra, huit ans de moins que lui et très fragile psychologiquement. Moîra a besoin de l’alcool pour vivre. Elle mène à Figuette une vie pas possible mais « lui ce qu’il aime c’est les chieuses, les passionnées, les folles furieuses et une en particulier ». Il lui invente des scénarios festifs rien que pour eux deux pour vivre de folles nuits de sexe et d’alcool.

Tout cela ne durera pas. La naissance de Zoé, pourtant souhaitée, va précipiter le départ de Moîra.

Le roman est construit dans des allers retours entre le présent de Figuette qui s’occupe de Zoé avec autant d’imagination qu’il en a mis à conquérir sa mère, et le passé avec tout ce qu’ils ont vécu avant.

Personnellement, plus que la vie déjantée du couple j’ai aimé l’amitié entre les copains autour de Figuette. Une amitié pudique «  ils le visitent comme une vieille tante malade. A tour de rôle ils trouvent un prétexte pour passer à la maison »

On sent chez l’auteur le goût prononcé pour la fantaisie, une envie de mettre de la poésie dans la vie ordinaire ; son écriture est directe et très contemporaine qui incite à lire le roman très vite, au fil des pages qui se tournent. – Marie-Hélène Poirson

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Lire également les billets de :

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/16/danse-avec-la-foudre/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/danse-avec-la-foudre-de-jeremy-bracone.html

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/04/24/danse-avec-la-foudre-un-roman-de-jeremy-bracone/

Delphine Depras : https://delphine-olympe.blogspot.com/2021/04/danse-avec-la-foudre.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/06/mon-avis-sur-danse-avec-la-foudre-de.html

Over the rainbow – Constance Joly

« La vie emporte tout, l’amour et les visages de ceux que nous avons aimés, et pourtant nous agissons sans relâche. Nous nous construisons des digues dérisoires, bientôt emportées. Encore quelques minutes au soleil. Juste quelques minutes. »

Jacques et Lucie se rencontrent dans les années 60. Ils sont jeunes et beaux, cultivés, avides de voyages et de découvertes. Ils s’installent à Paris, se marient, puis ont une petite fille, Constance. Mais Jacques n’est pas heureux depuis longtemps, avant même l’arrivée de sa fille. Vivre à Paris lui permet de comprendre, puis d’accepter le fait qu’il aime les hommes. Il se décide enfin à vivre comme il l’entend, quitte Lucie et rencontre Ivan, avec lequel il va vivre durant de longues années. Le temps passe, la petite fille grandit et devient une femme. Les années 80 voient l’apparition du sida, qu’on appelait encore à l’époque le « cancer des homosexuels ». Jacques n’échappe pas à la contamination et décède quelques années plus tard. Devenue cinquantenaire, l’auteur rend hommage, dans ce roman autobiographique, à un père parti trop tôt, elle raconte le manque et le deuil, la maladie et le chagrin.

Constance est toute jeune encore quand ses parents se séparent. Elle prend les choses comme elles viennent, sans porter de jugement ni de rancune envers son père alors même qu’elle voit sa mère plonger dans une profonde dépression ; elle s’attache au compagnon de son père avec un naturel assez déconcertant. Même si, à l’adolescence, il est compliqué d’avouer à ses amis que son père est homosexuel, en témoigne la scène où c’est Ivan et non son géniteur qui vient la chercher à la fin d’une soirée, déclenchant chez la jeune fille une gêne dont elle va peiner à se remettre. Constance ne craint pas de l’avouer : si elle a accepté l’homosexualité de son père dans l’intimité avec une facilité apparente, c’est socialement plus difficile. Est-ce pour cette raison qu’elle fait preuve d’une sorte d’égoïsme quand elle s’occupe de son père malade et affaibli ? Elle raconte sans fard sa peur de la contamination, son refus d’évoquer la mort prochaine, son besoin parfois de s’éloigner de lui, son agacement quelquefois, et son regret d’avoir choisi sa jeunesse plutôt que de profiter des derniers moments. Malgré tout, une profonde tendresse émaille tout ce récit à la fois pudique et pourtant si intime, comme pour donner aux choses la possibilité d’être encore : « J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant. »Emmanuelle Bastien

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« Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis. » Victor Hugo pleurant sa fille, Léopoldine.

« Je voudrais te revoir. Je me tiens là, là exactement où tu n’es plus. »  Les mots de Constance Joly pour son père, Jacques.

« […] je ne veux pas tourner la page. Il y a des zones comme ça où le jardin reste en friche. J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant. »

Ce roman pudique et élégant est une adresse au père, Jacques, l’un des premiers morts du sida. C’était en France, au début des années 1990. Cette nouvelle maladie faisait d’autant plus peur qu’on ne lui connaissait aucun traitement. La mort était la seule issue, après des années à dépérir lentement. Je me souviens que la rumeur, très vite, avait couru : le sida ne touchait que les homosexuels, faisant d’eux des parias.  Ce roman est une adresse bouleversante à ce « tu » pour compenser un dialogue qui aurait pu avoir lieu si la fille comme le père n’avaient joué l’esquive, la laissant, elle, avec des regrets et une pointe de culpabilité.  S’adresser au « tu » est judicieux dans la mesure où cela permet aussi, imperceptiblement, de sonder le « je ».

« Au milieu de la nuit, je me réveille. Je t’entends tousser au loin, te racler la gorge. Je ne veux pas me lever, je suis en colère contre toi […] Je ne sais pas encore que je vais passer ma vie à regretter ce moment […] où j’aurais pu regarder avec toi le jour se lever, le dernier que tu passerais dans ton appartement. Ce moment irremplaçable où j’aurais pu laisser fondre cette cuirasse au contact de ton regard et réchauffer ton corps meurtri. Cette unique occasion qui m’était offerte de soulager ton angoisse. » 

Une adresse sublime où la justesse de l’émotion le dispute souvent à l’imprécision des souvenirs. Constance n’était pas encore née ou trop jeune pour avoir connaissance de certains événements ; il lui est donc resté à les inventer.

« En rangeant le film super-huit, je sais que le moment est venu de trier mes souvenirs pour écrire ton histoire. Une histoire dont je serais la monteuse. La menteuse. Celle qui comble les vides, synchronise gestes et paroles. Celle qui rejoue le passé.

Je connais la langue des absents. C’est toi qui me l’as apprise. »

Dans le pli des pages, Constance Joly sème un mot, « fiction(s) », qui revient çà et là jusqu’à peupler le chapitre 9 dont les deux pages m’ont étrangement remuée pour ce que l’économie de mots dévoile de la relation de la fille au père.La « fiction » et le « tu » sont-ils la bonne distance pour raconter leur histoire ? pour raconter Lucie, la mère encore en vie, qui s’écrit à la 3e personne ? Je me rends compte de ce que ma formulation révèle de ma lecture : la mère, la 3e personne, pas une intruse, non, mais celle qui n’entre pas tout à fait dans le cadre de la photographie, que l’on aperçoit, par petites touches retenues, laissée quelque peu à la marge de l’intime. Une femme qui souffre d’avoir été abandonnée par un homme avec lequel elle avait beaucoup de passions en partage, sauf que ce mari « usurpé » aimait les hommes. Une fiction que ce fils se tenant pour un père « imposteur » a échafaudée pour échapper à un coming-out, comme on dit de nos jours, et à laquelle Constance doit d’être venue au monde. Un prénom sage pour palier quelle inconstance ? celle du père ?

« Je vis, grâce à l’histoire que tu avais voulu raconter au monde, et qui t’avait littéralement laissé sans voix. Je vis grâce à la fiction. Et je suis ici, maintenant, pour tenter de te rendre les mots. »

Ce récit est d’une douceur que j’ai trouvée rêche par endroits, dans ce qu’il ne juge pas le père, mais ne cache pas non plus les tourments de cette fille unique, enfant solitaire à qui on ne dit rien, on n’explique rien. Espérant peut-être qu’elle devine à force de questionnements intérieurs ?

« Le silence est le pire des bourreaux. Et Fassbinder se trompe : mieux vaut poser les questions. Le déni est plus terrible que n’importe quelle vérité. »

Certains passages, d’ailleurs, interrogent subtilement la place de l’enfant dans ces années-là, tel le très court chapitre 22 dont le titre vaut mille explications : Place des Invalides.

J’ai lu ce que d’autres ont écrit sur ce roman depuis sa parution, notamment qu’il est universel. Je n’unis pas ma voix à la leur, car c’est un récit de vie fait de courts chapitres comme autant de fragments intimes, ce sont 23 ans partagés avec ce père pas tout à fait comme les autres qui voulait être lui et s’y est autorisé. Cette part indéfectible et exclusive fait que ce roman est à nul autre pareil. S’il s’attarde sur les souvenirs, lumineux ou douloureux, nécessairement parcellaires, il reste peu disert sur l’épidémie honteuse, taboue, qui allait faire tant de morts. Ce n’est que bien plus tard que Constance, un jour de pluie diluvienne, de celles qui brouillent l’horizon avant de l’éclaircir, ouvrira son ordinateur pour se renseigner. Enfin. Dans Over the Rainbow, il serait vain de chercher un cri, une démonstration, une aigreur, une révolte. Tout n’est que discrétion et élégance, poésie aussi, sur un sujet difficile qui (re)donne toute sa place à Jacques que j’aurais aimé rencontrer tant le regard de sa fille l’a rendu familier, avec ses blessures, son courage, sa lumière, sa force et la liberté, enfin, de se risquer à vivre la vie qu’il voulait à une époque où, pour certains, l’homosexualité était l’opprobre de la société et le sida, le juste châtiment de la nature.

Avant Constance Joly, d’autres ont défriché (déchiffré ?) le jardin du père ; je sais bien que ce n’est pas fairplay de placer un roman à l’ombre d’un autre paru avant lui, mais je ne peux m’empêcher de penser au très beau roman d’Alysia Abbott, Fairyland (Globe, 2015), et pas seulement grâce aux photographies noir et blanc du père et de la fille choisies pour illustrer les deux couvertures. J’avais rencontré Alysia Abbott venue à Toulouse au Marathon des mots en 2019. J’avais été émue de ses mots – dans un français impeccable – sur son père, le poète Steve Abbott mort du sida en 1992, sur ce qu’elle nous avait confié du travail de ressouvenance, de l’étude des archives, de l’écriture de son roman, domaine d’un « je » tout aussi touchant et pudique. Aimant. J’avais noté, entre autres, cette phrase :

« Quand je repense à papa aujourd’hui, c’est avant tout son innocence qui me revient à l’esprit. Sa gentillesse. La douceur de ses manières. Ce n’était pas un dur. » 

J’y avais lu alors toute la tendresse et le respect d’une fille à son père solaire, une fille soucieuse de ne pas abîmer les souvenirs, d’œuvrer avec constance (!) à leur réconciliation. Ce sont les mêmes que je lis aujourd’hui dans le roman de Constance Joly qui nous dit le bonheur qu’elle a eu d’être la fille de Jacques, qui, j’en suis sûre, continue de veiller sur elle. 

« Au Japon, on dit que lorsqu’une personne vous apparaît en rêve, ce n’est pas vous qui pensez à elle, c’est elle qui pense à vous. »

Ce roman est, pour moi, celui du manque insondable. Il est aussi celui de la réconciliation sincère quand il évite d’idéaliser la figure paternelle. Alors que la mémoire volontiers vagabonde, fragmentaire et volatile inclinerait au silence, il est bon de garder une trace, d’empêcher l’oubli. 

« Je suis ici, et ailleurs. […] 

Je suis avec toi. Je suis sans toi. » 

Over the Rainbow, c’est l’histoire de quelqu’un qui s’en va racontée par celle qui reste : c’est un roman juste, immensément, follement, dans toutes les acceptions du terme. – Christine Casempoure

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Constance raconte l’histoire de son père, Jacques, professeur d’italien, mort du sida au début des années 90. Elle explique comment il a mis un terme à son mariage avec sa mère, pour qui il vouait une profonde tendresse, et comment il a assumé son rôle de son père dans un schéma familial peu ordinaire pour l’époque, en vivant avec son copain.

Bien sûr, on ne peut qu’être touché par ce récit, qui transpire d’amour, d’une fille pour son père qui a choisi de bousculer les codes et de vivre enfin vraiment sa vie, sans plus se mentir à lui-même et aux autres. Dans les années 80, on est aux balbutiements de la « reconnaissance » des homosexuels, en même temps qu’on découvre leur existence et tous les jugements qui vont avec.

Pour autant, je m’interroge sur la qualification de roman de ce livre. Pour moi, il s’agit d’un récit, d’un témoignage et j’ai du mal à saisir pourquoi il n’est pas exposé comme tel. Je ne comprends pas ce que cela apporte de le ranger dans les romans, au contraire. Et cela, ça me gêne, parce que j’ai le sentiment qu’il y a tromperie sur la marchandise. Mon attente en tant que lectrice n’est pas la même selon que je m’apprête à lire un récit ou un roman. 

Alors je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé ce livre, pas du tout, parce que le propos est foncièrement sincère et touchant, mais je crois que j’ai un problème avec l’auto-fiction (et pourtant, j’en ai aimé…bah je vais arrêter de chercher à comprendre…). – Anne Dionnet

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Constance Joly signe ici un bel hommage à son père.  

Le titre est déjà beau « over the rainbow » comme un lien entre la terre et le ciel, un lien qui la raccroche à son père mais peut-être également un clin d’œil au fameux drapeau LGBT.  

Je n’avais pas été conquise par son premier roman, passée à côté. Ici j’ai été totalement happée et même émue par l’histoire de son père, par son histoire. 

Un père qui sait depuis son plus jeune âge son attirance pour son sexe mais qui se cache de peur des conséquences. Un père qui a le courage de changer complètement de vie pour s’assumer et finalement « vivre » pour de bon, « vivre » tout simplement. Un père qui a dû affronter des nombreux obstacles jusqu’au plus difficile. Mais également en pointillé, la vie de toute une famille et la vie de Constance liée à jamais à celle de son père. 

C’est beau, c’est intense et c’est triste à la fois. Très belle lecture. – Ana Pires

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À la fin des années 60 Jacques, le père que Constance quitte Nice et sa vie de couple avec Lucie. Il part vivre à Paris la vie pour laquelle il est fait depuis toujours, mais qu’il n’avait sans doute pas réussi à accepter avant. Le vent de liberté qui souffle en mai 68 a-t-il aidé, ou est-ce la rencontre avec Ivan qui lui montre où est sa vraie place ? Toujours est-il qu’il accepte enfin de se reconnaître homosexuel à une époque où c »était encore un crime ou une maladie qu’il fallait combattre.

La relation avec son ex femme, cette amoureuse meurtrie d’avoir été abandonnée, est d’abord compliquée, puis s’apaisera et deviendra plus sereine au fil du temps. Mais toujours le père saura s’occuper de sa fille, les week-ends, les vacances, l’éducation pas toujours facile à mesure que les enfants deviennent des ados. Elle trouve sa place au sein du couple qu’il compose avec Ivan.

Il est solaire ce père, à la fois artiste, amoureux, séducteur, passionné, professeur d’italien, amateur de théâtre et d’opéra, d’art, de belles choses, mort à cinquante quatre ans d’avoir eu le courage d’être enfin lui-même, de vivre, et de ce que certains appelaient alors le cancer des homosexuels.

Car après les années bonheur viendront les années 90, les années sida, terribles faucheuses de vies souvent regardées par les bien-pensants avec un dédain affligeant. Cette maladie, sournoise, est souvent tue par ceux que la contractent, surtout dans ces années-là. Elle est synonyme de différence, puisqu’elle touche en particulier le milieu des homosexuels. Elle est d’abord mal soignée, car méconnue de la médecine. Et si aujourd’hui on en meurt moins, elle est toujours présente et fait toujours des ravages.

L’auteur écrit pour dire ce père aimant, ce père présent, ses incompréhensions sans doute à certains moments, quand les ados préfèrent les vacances avec les copains à celles avec les parents. Mais aussi peut-être le regret de n’avoir pas vécu ces moments où ils auraient pu se retrouver et qui sont perdus à jamais.

C’est surtout un texte d’amour, d’empathie, de reconnaissance pour la vie donnée. C’est le livre des regrets, de l’absence, des silences que l’on aimerait combler, des mots que l’on voudrait dire, des regards que l’on ne peut plus poser sur l’autre, sur ce père qui forcément manque tant.

C’est beau comme l’amour d’une fille pour son père, d’un père pour sa fille, lumineux comme sait l’être la vie et sombre parfois comme le sont la maladie et la mort. On ressort de cette lecture bouleversé, ému, avec l’envie de les prendre tous les deux dans nos bras et de les remercier de vivre et d’aimer aussi fort, aussi bien, aussi vrai. Merci Constance Joly de nous avoir emmené avec autant de sensibilité, de justesse et de poésie Over the rainbow à la rencontre de Jacques, cet homme que j’ai presque l’impression d’avoir connu. – Dominique Sudre

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Constance Joly nous retrace, au hasard de photos et films, la vie d’un père solaire fauché par une maladie inavouable à l’époque, le Sida.

Lucie et Jacques sont beaux, brillants, entourés, amoureux. Ils se marient, ont une petite fille (l’auteure): image d’une famille parfaite. Ce bonheur partagé de la jeunesse, de la culture et des amis qui enivre le couple, se fissure soudain. L’homosexualité se dévoile et s’assume. C’est la rupture dévastatrice pour la mère et pour la fillette une vie chamboulée. Elle s’ accommodera des séparations avec ce père aimant et aimé, grandira. Il l’entraînera dans son univers de musique, d’Italie, de peinture, de compagnons jusqu’à la fin douloureuse. L’auteure creuse avec finesse sa mémoire pour exhumer les souvenirs d’une période où l’on se taisait, où la honte isolait.

Le lecteur suit avec émotion les peines et les rires ,les événements, feuillette cet album familial avec respect.

Lecture tendre et douce sur fond sonore de la chanson de Judy Garland  » Over the rainbow ». – Corinne Tartare

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« Nous sommes les produits d’une vie trouée de mystères, tissée  de songes et de dénis. Je suis passée, moi aussi, entre les mailles de tes mensonges.
Je vis, grâce à  l’histoire que tu avais voulu raconter au monde,  et qui t’avait littéralement laisse sans voix.  Je vis grâce à la fiction.
Et je suis ici,  maintenant, pour tenter de te rendre les mots.
 » 

En moins de deux cents pages et avec de courts chapitres, l’autrice retrace l’histoire de Jacques, son père, prématurément disparu, vaincu par le sida. Ce père solaire qui a tenté de faire taire ses aspirations profondes, tenté d’être un « bon » fils alors que son frère assume son homosexualité,
fondé une famille, tenté d’être un bon mari, eu une petite fille…

« Tu as nagé à contre-courant jusqu’à tes trente-sept ans et tu as manqué te noyer dans les flots de cette vie qui n’était pas la tienne. Il t’a fallu du temps pour consentir à être toi-même. »

Du temps et du courage aussi car à ce moment là, l’homosexualité était répertoriée comme une maladie mentale et la société encore moins tolérante qu’aujourd’hui.

La petite fille a sept ans, quand son père s’en va, elle ne réalise pas vraiment ce que cela veut dire,  sa mère est effondrée, son papa vit avec son copain … Plus tard, alors que le fléau du sida aura rattrapé son père,  elle sera imperméable aux signes de la maladie,  elle a sa vie à construire, on est insouciant à 20 ans !

Ce roman autobiographique essaie de combler les vides, remplir les silences, mettre au jour les non-dits, décrypter les mensonges des adultes à l’enfant qu’elle était, exprimer ses questionnements…

« Comme tous les enfants, j’entends surtout ce que tu tais. »

Mais surtout faire revivre ce père  tant aimé avec beaucoup de douceur, de bienveillance et de mélancolie sans aucun jugement sur ses choix…  C’est une déclaration d’amour émouvante et pudique d’une fille à son père parti trop tôt…une histoire qui résonne de manière universelle. – Catherine Dufau

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A nouveau, on est sur une histoire de famille. Au début, j’étais un peu mal à l’aise. Je me sentais mal de lire les mots que l’auteure adresse directement à son papa. 
Et à nouveau, la magie a opéré et je l’ai lu d’une traite. Ce livre m’a profondément émue, bouleversée. Oui, les larmes ont coulé. J’ai trouvé la relation père/fille très intime mais aussi je me suis reconnue dedans. J’ai eu envie d’envoyer un sms à mon père pour lui dire que je l’aime quand j’ai terminé ce livre, mais il était 3 heures du matin, j’ai préféré m’abstenir. Ce roman est un cri du cœur, c’est un cri d’amour à ce papa qui a traversé quelque chose de particulièrement difficile mais c’est aussi un cri d’horreur à l’homophobie. 
J’ai rarement été touchée par tant de tendresse et d’amour. C’est un véritable coup de foudre que j’ai eu pour cette histoire, merci. – Marion Catherinet

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Ce livre, c’est d’abord 57 tranches de vie, égrainées une à une, bribes de souvenirs, plus ou moins heureux ou tragiques.

C’est l’histoire de deux vies, celle de Constance Joly et de son père, mort du sida.

Un livre, j’ai du mal à écrire roman lorsqu’il s’agit d’existences bien réelles, qui aboutit à la douleur de la disparition d’un être cher, mais qui respire je trouve le bonheur. Le bonheur malgré tout, le bonheur malgré la maladie, et pas n’importe laquelle, le VIH, virus qui ostracisait complètement ses porteurs à ses débuts (encore maintenant ?), le bonheur malgré l’homosexualité, maladie honteuse (décidément, encore maintenant ?).

« Tu comprends ce qu’être heureux veut dire (…) C’est comme si tu avais parcouru un océan entier et que la mer t’avait recraché sur un nouveau rivage, poli, rayonnant, immortel (…) Tu as perdu des amis dans ta traversée, la famille de ta femme t’a tourné le dos quand elle a compris que tu étais parti pour un homme. On a menacé de révéler ton homosexualité à l’université ou tu enseignes. Pourtant tu nages vers ta rive, les yeux tournés vers le ciel, l’amour donnant l’élan nécessaire à ton corps engourdi, affûtant ta pensée, aiguisant ta faim, te propulsant vers ta vie. Tu lis parfois de la tristesse dans les yeux de ta fille, c’est la seule chose qui ralentit ta cadence et menace de te faire couler (…) Pourtant tu nages. Même à contre-courant, même avec cette menace, car tu ne peux te permettre de laisser la mer gagner le combat. »

Il est magique ce chapitre « Tu nages » (23), il dit tout de ce combat mené par ce père pour sortir de ce carcan de la société qui juge et qui humilie ceux qui osent en sortir. L’océan non pas qui purifie mais qui nettoie.

Et puis il y a « le bruit des ronces. »

« Le bruit des ronces, c’est savoir qu’on va manger des mûres avant même de voir les buissons. C’est savoir qu’on va plonger dans la mer quand on a chaud. Tu vois, c’est ça, le bruit des ronces : c’est s’approcher du plaisir, et c’est encore mieux que d’y être déjà. »

Constance Joly nous livre là un écrit plein de poésie. Les souffrances de l’un comme de l’autre sont presque effacées et ne reste que la douceur des moments vécus et le regret qu’ils ne soient plus possibles. Cette poésie n’empêche rien de la sincérité de son autrice qui dit aussi tout de ce qu’elle a raté d’instants importants au bénéfice de sa jeunesse et de la sa vie amoureuse qui l’animait toute entière. Constance Joly ne fait pas mentir son exergue de Karen Blixen « Tous les chagrins sont supportables si on en fait une histoire. » Cette mémoire écrite, en plus d’un bel hommage à son papa, est un condensé d’histoire du rejet de la différence au XXème siècle. C’est peut-être un moyen pour elle de dire son amour malgré la mort, de dire sa peine afin de mieux la ranger dans un tiroir afin d’avancer, c’est en tout cas un livre fort, très fort, sur l’amour qui emporte loin, qui rend plus fort, qui rend heureux. – Emmanuelle Boucard Loirat

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Dire au revoir et vivre avec les souvenirs de celui qui est parti … Over the rainbow c’est un roman plein de sensibilité, rempli d’émotions pour expliquer la disparition du père de Constance. On retrouve bien sûr le père vu dans les yeux de sa fille et forcément on ne peut qu’être touché par la relation entre eux, la tendresse mais aussi parfois la colère voire les regrets de cette fille qui a dû faire face à la maladie de son père. Parce que ce roman aborde aussi le Sida à un moment où c’était appelé le « cancer gay » … son père va alors cacher sa maladie. Over the rainbow C’est poignant, ca fait aussi beaucoup réfléchir sur la société de l’époque ! A lire ! – Clémence Dubois

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Il suffit d’à peine 200 pages pour rendre un hommage bouleversant à un père parti trop tôt, victime d’une autre pandémie. 

C’est l’enfant, puis l’adolescente et enfin l’adulte qui nous confie ses questions, ses doutes, ses drames, si proche d’un père, dont l’image se brise parfois sous le regard des autres, de ceux qui ne peuvent comprendre.

Constance est si jeune lorsque ses parents se séparent, qu’elle ne mesure pas ce qui a été révélé. La vie en alternance entre une mère anéantie et le couple que forme son père et son « copain » ne représente rien d’autre que de nouvelles habitudes. Mais l’enfant qui grandit subira les injures et la honte de se démarquer du groupe grégaire et normé des adolescents.

Puis viendra le temps de la maladie, du déni à l’agonie, et son cortège de souffrance et d’incertitude. 

C’est un récit extrêmement émouvant, celui d’un amour inconditionnel pour ce père qui pour cesser de se renier, a dû briser son couple construit sur des mensonges, et braver les critiques qu’elles soient familiales ou sociétales.

C’est aussi le combat de ces 35 millions de morts, inévitables avant que la prévention et les thérapeutiques adaptées ne ralentissent l’hécatombe. De la souffrance, certes, mais aussi de l’amour,  pour un récit poignant qui m’a ému profondément. – Chantal Yvenou

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« J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant. » 

C’est ainsi que Constance Joly s’adresse à son père, trop tôt disparu. Un père aimant, un père qui va manquer à sa fille irrémédiablement. Un mari hélas inexistant, il s’est rendu compte que son mariage était une erreur, qu’il préférait les garçons. Dans une période, avant 1990, où l’on n’avait pas encore pris la mesure de ce virus qui décimait le monde homosexuel. Et qu’il n’y avait guère de moyens pour traiter les effets délétères du Sida. Constance Joly nous raconte l’histoire de ce père qu’elle adorait et dont l’absence pèse lourdement sur sa vie. Elle l’a vu se dégrader physiquement, elle a accompagné ses dernières heures. Comme on la comprend ! Avec son écriture pudique, l’autrice se met toujours en retrait, elle parle de son père avec amour et un profond respect, aucun jugement moral là-dedans. Avec son premier roman, « Le matin est un tigre », Constance Joly nous avait déjà habitués à son écriture sensible et sa délicatesse. Et là, avec « Over The Rainbow », elle fait déferler sur nous un océan d’émotion(s). En résumé, énorme coup de cœur pour ce roman juste, tendre et élégant. Je ne vais pas verser dans la grandiloquence en affirmant qu’une grande romancière est née, je tire néanmoins mon chapeau à Constance Joly, son roman m’a profondément bouleversé. – Michel Carlier

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Parce que son « amie » Justine lui rappelle la mort du « dasse » de son père, et fait allusions aux « vieux homos morts les premiers », Constance ressent la nécessité d’écrire, de remonter la vie de ce père aimé, d’en extraire les bon comme les mauvais souvenirs, et quelque part de faire le deuil.

C’est ainsi qu’elle raconte sa vie, depuis son enfance durant laquelle la vie déjà, lui avait appris à refouler son homosexualité, puis son mariage avec Lucie, sans lequel il n’aurait pas eu cette fille qu’il avait tant aimé, et enfin sa libération, car c’est bien de libération dont il s’agit, si on considère comme une libération le fait de reconnaître et accepter que son attirance aille vers les personnes de même sexe. Choix courageux, on le comprendra au cours du récit, car dans les années 60 – 70, on tait encore son orientation sexuelle lorsqu’elle n’est pas « conventionnelle ».

Vient ensuite la période où Jacques se sait séropositif et ne tardera pas à ressentir les symptômes liés à l’affaiblissement de son système immunitaire. Et l’on assistera à sa longue descente aux enfers, douloureuse tant sur le plan physique que moral.

Et Constance raconte ce père qu’elle aime, sans fioriture ni jugement, elle dresse le portrait d’un homme qui déguste la vie, qui se passionne pour les plantes, un homme qui aime…  Un homme qui passe « over the Rainbow », comme dans la chanson, mais over the Rainbow, c’est bien plus que cela, c’est l’histoire d’un homme qui courageusement va faire calmer ses démons en s’acceptant tel qu’il est.

Constance nous livre une magnifique histoire. Elle communique ses sentiments, ses regrets après la disparition de son père, sobrement, sans effusion.

Une magnifique histoire d’amour. – Roselyne Soufflet

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Ce récit, on sent que l’auteure le transporte depuis longtemps, qu’il a maturé avant de nous être présentés : un cri d’amour au père disparu trop tôt qui ne dit rien d’autre que la joie d’être soi.

A travers cinquante-sept très courts chapitres (entre deux à quatre pages), Constance Joly a tissé son texte comme un film en Super 8, couleur sépia, montée à partir d’images et de souvenirs laissés par le père. Parfois, il n’y a que des éclats qu’il serait inconcevable de perdre même si on ne sait comment les assembler au reste. Le chapitre 33 « Tout ce que je ne sais pas dire » collecte précieusement ces traces paternelles : « l’odeur de tes pulls, entre salpêtre, foin coupé et terre mouillée », « la matérialité de ton corps, sa chaleur, quelque chose de spécial qui concerne tes côtes, cet endroit est rassurant. C’est là que je t’enlace », « tes coups de sang contre les oreillers, il n’y a que les traversins qui vaillent », « ta main, épuisée, sur un drap blanc. »

Le père de Constance Joly était homosexuel. Et il est mort du sida en 1992 à cinquante-trois ans. Elle raconte d’une voix pudique, fine et délicate, ce père, son parcours de la résignation à être le bon fils marié père de famille à l’acceptation d’être soi porté par le vent de liberté post 68. Elle trouve la bonne distance avec la voix narrative du « tu » qui s’adresse au père, un « tu » qui habite immédiatement le récit, incontestablement le canal juste. De sa plume gracieuse, elle déchire le voile de silence et de honte qui a entouré (et entoure encore aujourd’hui ) la séropositivité et le sida.

Le texte déborde d’amour sans jamais dégouliner de sensiblerie qui placerait le lecteur en position voyeuriste. Bien au contraire, d’un sujet très singulier (avoir été un des premiers enfants élevés par un couple gay, par un père parmi les premières victimes du sida), Constance Joly parvient à toucher l’universel. La mort d’un père, homosexuel ou pas, reste la mort d’un parent. Les derniers chapitres m’ont bouleversée au plus profond car j’ai eu l’impression qu’ils mettaient des mots sur les dernières semaines de ma mère, décédée d’un cancer il y a peu.

Over the rainbow … il y a le pays enchanté de l’enfance, la promesse d’être heureux, le Rainbow flag, la nostalgie d’une époque qui a laissé une empreinte forte sur les êtres et leurs sensations. Il y a le courage de ne pas reculer durant ce qui nous appelle. – Marie-Laure Garnault

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Constance Joly rend hommage à son père Jacques, homosexuel qui s’affirme dans les années 80 et qui sera une des premières victimes de cette autre pandémie, le sida. Elle nous le raconte pour mieux comprendre sa vie, ses choix si dérangeants à l’époque et son déni de la maladie. Elle lui redit son amour, son admiration pour sa force et son courage, même si en la laissant dans l’ignorance de sa maladie il l’a fait beaucoup souffrir…

« Le silence est le pire des bourreaux. Et Fassbinder se trompe : mieux vaut poser les questions. Le déni est plus terrible que n’importe quelle vérité ».

J’aime à griffonner dans mes petits carnets tous les passages qui me frappent, m’interpellent ou qu’il me plaît à relire tout simplement… Dans Over the Rainbow, je mettais un signet toutes les 20 pages… j’aurais pu tout renoter… même les têtes de chapitres sont beaux, justes !

Dire que j’ai aimé ce roman serait mentir, je l’ai adoré ! J’en attendais beaucoup, je n’ai pas été déçue. Je suis si admirative des ces auteur(e)s qui par leur écriture réussissent à traduire, décrire, faire partager leurs sentiments avec sensibilité, émotion, justesse, sans colère ni rancœur…

Superbe, à lire et à relire ! – Anne Laude

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« Mais je ne veux pas tourner la page. Il y a des zones comme ça où le jardin reste en friche. J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant. »

J’ai débuté mon week-end avec ce récit et Jacques et sa fille risquent de me poursuivre longtemps. Il est le matin, un samedi, le ciel est couleur de craie sale, de gris-blanc, teint à la chaux avec des pointes d’ardoise plus sombre plus loin dans des coins d’horizon. Il fait frais et les rues sont vides. C’est un avril un peu morne. Et ce livre m’invite à voir l’arc en ciel et au-delà…au pays de l’au-delà, des souvenirs, du passé révolu qui anime notre présent, des absents qu’on convoque près de nous, constamment, parce que le manque, parce qu’ils sont les essentiels qui nous composent, aussi…

Je pense à Jacques, ce père magnifique sur le bandeau qui enserre le livre, lumineux, flamboyant et je l’imagine définitivement, immuablement souriant dans la découverte de ces mots. Je pense à lui sans le connaître et me voilà émue. Parce qu’au-delà de cet arc-en-ciel, ce sont nos propres souvenirs qui sont appelés, d’autres absents chéris que nous prions : notre passé que nous tentons, dans un parallèle inconscient et absolument pas parasitant, de reconstituer un puzzle entre mémoire factuelle, sensations intimes et fiction de tous ces bouts d’histoire transmises, ficelées, trafiquées…. « J’ai l’impression de tricoter à grosses mailles en écrivant pour te sortir de l’ombre. Entre les points de cette laine de mots passe tout ce que je ne sais pas dire, tout ce que je suis impuissante à inventer, et ce qui, je le sais, fait la vie même : le point serré des émotions complexes, des ambivalences que la multitude des faits dérobe, si bien que je me sens découragée, souvent. »

Cet au-delà est un don, une machine à raviver. Cette histoire ainsi confiée est singulière : le parcours, le combat de cet homme est un témoignage indispensable à lire. En plus de chanter un superbe hommage, ce livre nous rassemble dans un commun que la mort nous rappelle : le manque mais aussi, surtout, ces infinis détails qui tapissent notre intérieur et inspirent notre corps grandissant, celui qui nous incarnera dans le monde, et influera nos mouvements, nos goûts, nos choix. La transmission d’un amour par des gestes, des mimiques, des saveurs, des loufoques…d’une sensibilité, d’une perception, d’un accueil du monde….des peurs aussi, des craintes qui tamisent leurs ombres et attendent leur tour…Tout passe dans tout ce que l’on ne retient pas, pas toujours, et il nous faut le ricochet du temps, celui de l’après-coup pour que des projecteurs se braquent sur une ritournelle, une silhouette, un rituel, si connu de nous, si tracé en nous, nous en portons les empreintes sans le savoir. Nous sommes porteurs d’empreintes et nos aimés continuent ainsi à vivre avec nous, en nous, à travers nous alors même que nous passons notre temps à les chercher.

Ce matin, Mme Joly, votre père est très vivant dans mon salon. Je suis bouleversée de le rencontrer et honorée du cadeau que vous nous faites en nous confiant si généreusement ce lien indéfectible. Et la lumière… Elle a brillé tout au long de ma lecture, la lumière du soleil, celui de l’été chaud, celui de l’automne croissant, la lumière du feu où se blottir, de l’écran qui projette un film dans un salon plongé dans le noir, celle du ciel au-dessus de paris, du bleu azur de la méditerranée, l’éclat du mimosa, la discrète du muguet….le lumineux des sourires, des plaisirs anticipés, de la vie qui reprend, qui rejaillit, qui n’est jamais finie. «… le bruit des ronces, c’est savoir qu’on va manger des mûres avant même de voir les buissons. C’est savoir qu’on va plonger dans la mer quand on a chaud. Tu vois, c’est ça le bruit des ronces : c’est s’approcher du plaisir, et c’est encore mieux que d’y être déjà. »

Ce livre donne aussi une définition, parmi tant d’autres, de la littérature : écrire pour garder, pour ramener au temps présent les précieux et ainsi faire courir dans les blancs des mots un peu d’éternité. Laquelle reste mouvante au gré de nos récits, de nos réminiscences, de nos voyages…Qu’importe ! La vérité du cœur aimant, elle seule transpire dans les lignes. Cette lecture est une invitation à dépasser, à annuler la chronologie défilante, l’horizontalité de la frise qui nous fige dans une solitude glaçante ; cette lecture témoigne d’un temps vertical où seul le présent mobilise, aimante ce qui compte dans un espace où l’on vibre et où l’émotion règne en reine de ce qui nous unit, nous construit, nous élève. Si ce livre rend hommage à un père, à un homme et ce sans être larmoyant, ni dupe,  il est surtout la preuve d’une sublimation réussie.

« La vie emporte tout, l’amour et les visages de ceux que nous avons aimés, et pourtant nous agissons sans relâche. Nous nous construisons des digues dérisoires, bientôt emportées. Encore quelques minutes au soleil. Juste quelques minutes. »Karine Le Nagard

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Ou le plus bel hommage que l’on puisse rendre à son père.

Rappeler qu’il n’a pas fait un choix mais qu’il a eu la force et le courage d’être.

Lui dire son amour, sa fierté.

Lui offrir le respect, l’admiration, la visibilité.

Accepter, enfin, sa mort.

Constance Joly ne se perd pas dans des méandres larmoyants (ça ne m’a pas empêchée de pleurer), elle dit, c’est tout, et c’est ce qui fait sa puissance.

Offrez-vous ce cadeau, car c’en est un. – Stéphanie Justin

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Constance Joly m’avait piégée avec son premier roman Le matin est un tigre.

J’avais été éblouie par la poésie et la douceur onirique de l’histoire de cette mère prête à tout pour sauver sa fille d’une maladie mystérieuse.

J’attendais donc avec impatience son deuxième roman.  Et comme il est bon de se faire surprendre par un auteur que l’on aime !

Over the rainbow retrace l’histoire de son père qui a assumé son homosexualité à une époque où elle était encore illégale et qui fut malheureusement victime comme tant d’autres des ravages du sida.

Ça n’est donc pas a proprement parler un roman mais un récit romancé puisque la petite fille qu’était l’auteure comble les vides de cette histoire qui lui a pour partie été cachée.

On retrouve bien la douceur et le regard bienveillant de Constance Joly dans chaque ligne même lorsqu’elle décrit sa colère et parfois son égoïsme adolescent face à une situation qu’elle a subi alors qu’elle était trop jeune pour la comprendre vraiment.

Un récit bouleversant et juste que j’ai dévoré en une nuit. – Emmanuelle Coutant

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En de très courts chapitres, Constance Joly nous raconte Jacques son père mort du sida à 53 ans en 1992.

Refoulant son homosexualité Jacques se marie et devient le papa d’une petite fille. Il lui faudra attendre 1968 pour laisser libre cours à sa véritable personnalité et assumer ses désirs envers  d’autres hommes, désirs réprimés jusqu’alors. Constance sera alors une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’homosexuels. Période heureuse vite ternie par l’annonce de la séropositivité de Jacques. Constance raconte alors la lente dégradation physique de son père jusqu’à sa mort.

Au delà de l’histoire de Constance et de son père « Over the rainbow » évoque cette autre épidémie trop longtemps considérée comme une maladie honteuse et qui a fait des millions de morts dans le monde. Ne pas oublier non plus que l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 1982. – Michèle Letellier

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Après un premier roman sur la maladie et la mort d’une jeune enfant, Constance Joly nous propose pour son deuxième texte un roman-récit intime.
Elle va nous raconter la vie d’un homme des années 70-80-90 : cet homme est le père de la narratrice, il est parmi les premiers à avoir été fauché par le Sida.
La narratrice, à travers de courts chapitres, va nous raconter la vie de ses parents; leur mariage, leurs installations à Paris en 1968, où ils sont professeurs, après avoir quitté Nice, leur ville d’origine. Mais il y a des démons qui rodent autour de ce jeune couple, un oncle qui a été chassé de la famille pour homosexualité et son père qui reste le seul fils de cette famille et qui doit être un exemple. Il a donc fait un beau mariage avec un « bon et beau parti », la belle jeune intelligente Lucie. Une enfant va naître de ce mariage, une adorable petite fille, Constance. Mais le père va un soir décider de les quitter, toutes les deux pour vivre sa vie et s’installer avec un « copain ». La jeune enfant va alors se partager entre ces deux foyers, celui triste solitaire de sa mère qui va essayer de surmonter cette perte et celui de son père, qui forme un couple quasi normal avec son nouveau compagnon. D’ailleurs, le père est et restera toujours très proche de sa fille, au fils des années.
De belles pages sur des souvenirs d’enfance, d’adolescence, de vacances.. Des souvenirs intimes, des photographies retrouvées, des récits de familiers, d’amis. Mais il y a aussi le drame du Sida et de cette terrible maladie que le père va essayer de cacher.
Un texte émouvant d’une fille pour son pare, qui parle très bien de cette époque, de cette société qui change mais qui continue à systématiser l’homosexualité. Ce texte est un cri d’amour pour un père qui a su choisir de vivre ses amours mais est resté toujours proche de sa fille. Ce texte est un bel hommage à la parentalité, aux familles « différentes » mais où le plus important est d’avoir choisi de vivre ses désirs mais en respectant les choix des autres et il y a beaucoup d’amour, de tendresse dans ce superbe texte. – Catherine Airaud

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Elle est décidément très courageuse, Constance Joly, d’aller de son plein gré se colleter avec ces sujets épineux qui, de près ou de …près, ont à voir avec ce qui touche chacun de nous au plus intime, au plus secret, au plus douloureux peut-être, le lien (fort, doux, violent, pesant, constitutif ou destructeur) parent-enfant. Après avoir exploré en toute lucidité celui d’une mère et de sa fille dans son premier roman, Le matin est un tigre, elle s’en va dénicher, Over the rainbow, le trésor que fut pour elle son lien d’amour avec son père, la douleur de sa perte, le poids des regards sur son histoire hors norme, la violence des mots de certains. Elle en tire un livre dont elle tient à ce qu’il soit un roman, afin de pouvoir faire de son père un personnage, un être dont elle peut s’approcher au plus près, dont elle peut retracer la vie sans avoir le sentiment d’en usurper la parole, les gestes, la vérité.

Et, parce que la réalité, comme si souvent, n’a rien à envier à la fiction, au lieu de verser dans le superfétatoire, dans l’admiration béate, dans le culte d’un souvenir trop embaumé, elle va gommer, élaguer, alléger, donner à ses mots cette sobriété intense et ramassée qui fait les textes les plus beaux et force le respect. Ici, le voyeurisme n’est pas de mise et le clinquant montant des années 80 n’a sa place que comme toile de fond d’une histoire de couple somme toute banale. Il n’y a rien de trop dans ces quelques chapitres épurés où la mémoire vagabonde, rien qui mette mal à l’aise dans cette belle écriture à l’émotion contenue. À ceux qui chercheraient le croustillant d’anecdotes un peu chaudes sur le milieu gay parisien, sur un coming out avant la lettre, sur l’agonie lente et douloureuse de l’une des premières victimes d’une maladie qui n’a pas encore de nom, Constance Joly oppose le récit empreint de dignité et d’amour d’une fille qui, comme d’autres, en toute simplicité et sans décorum, évoque le souvenir du très beau lien qu’elle entretenait avec ce père aimant et pudique parti beaucoup trop tôt. – Magali Bertrand

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Dans ce livre, à la fois biographie et autobiographie, l’auteure raconte son père homosexuel qui a contribué à l’élever et à faire d’elle une passionnée des livres, de l’art et de l’écriture.

Les années ont passé mais elle reste l’enfant aimée de cet homme qui, à 37 ans, a mis fin à son mariage, choisissant d’être lui-même au grand jour en aimant les hommes. Sans pathos et sans voyeurisme, elle dit les difficultés qu’a traversé cette famille hors normes, les incompréhensions et la mésentente à l’adolescence, et cet amour profond qui toujours aura lié le père, la mère et la fille.

Remarque au passage : il serait judicieux de faire lire à ceux qui doutent de la capacité des enfants à vivre dans une autre forme de famille que la traditionnelle, type une maman/un papa…

Constance Joly est sans aigreur mais sans illusion lorsqu’elle raconte les années 70, bouillonnantes et libres en apparence, où l’homosexualité était pourtant considérée comme une maladie mentale. Lorsque dix ans plus tard émerge l’épidémie de SIDA, elle est aux premières loges pour voir les ravages de cette maladie méconnue qu’on ne sait pas soigner, avec son cortège de honte et de silence. Un sujet qui pourrait être intimidant mais que l’auteure traite sans sensiblerie mais avec délicatesse et pudeur, tendresse et lucidité, pour des personnages toujours dignes, dans le chagrin comme dans l’agonie. – Marianne Le Roux Briet

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Le livre de Constance Joly m’a beaucoup touchée, c’est une réflexion et un texte bienveillant, apaisant et rare. J’ai été étonnée, puis vraiment sensible, à ses souvenirs apaisés d’une enfance un peu délicate entre deux parents non conventionnels qui ont réussi à lier authenticité, sincérité, et tendresse. Suivre cette petite fille confiante et tolérante prouve que l’essentiel est d’être vrai, et que les enfants ont cette capacité d’ouverture et d’affection pour qui les respecte aussi,  sans juger, sans exclure, et surtout sans honte. 
Au-delà de l’écriture qui reste simple et descriptive, j’ai pris beaucoup de plaisir à partager son amour et son admiration pour son père et sa bienveillance aussi pour sa mère imparfaite. C’est pour moi un roman de cœur, pas un coup de cœur total, car l’écriture ne m’a pas envoûtée, je me suis laissée séduire en douceur. – Martine Magnin

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Constance raconte l’histoire de son père, Jacques. Elle a essayé de se mettre à côté de lui, au plus proche et non à sa place. Elle a comblé les silences pour nous offrir cette autofiction romancée.

En 1968, les parents de Constance quittent Nice pour habiter à Paris. Ils sont tous les deux professeurs. Là-bas, son père va enfin oser vivre sa sexualité. Il est homosexuel mais à l’époque c’est une réalité qu’on cache car elle est répréhensible. De plus, dans sa famille, c’est inacceptable, inavouable. Bertrand, son petit frère, a été pris en flagrant délit avec un autre garçon et il a été exilé de la famille.

« En 1976, l’homosexualité est encore répertoriée comme une maladie mentale. C’est un délit, passible de prison, il faudra attendre six ans encore pour qu’elle ne le soit plus. »

Vers l’âge de 7 ans, Constance remarque que son père est de plus en plus absent. Il finit par quitter Lucie pour s’installer avec l’homme qu’il aime, Ivan. Une histoire d’amour qui durera 12 ans. C’est le début d’une vie entre deux appartements pour Constance. Sa mère sombre dans la dépression.

Jacques et Ivan partent en voyage aux Etats-Unis. Ils comparent les mœurs américaines avec les nôtres : « Ici, la liberté sexuelle est réelle, même les gays sont meurtris par l’assassinat de Harvey Milk un an plus tôt. »

A 50 ans, il rencontre Sören, ce sera son dernier amour. Celui qui l’accompagnera durant la progression de sa maladie, jusqu’au bout. En 1988, il a peur de faire le test du sida, à juste titre.

« Il te reste quatre ans à vivre. Malgré la dureté de ta maladie, Sören me dit que ces quatre années ont été parmi les plus belles de sa vie. »

Il décide de ne rien dire à sa famille et ses amis, mais en 1991 les symptômes sont omniprésents, son état se dégrade.

« A partir de là, je m’aperçois que j’ai moins de souvenirs de toi. Ma vie se met à dérailler. Je commence à avoir peur de tout. […] Je n’arrive plus à travailler, je redouble mon année de licence. Je ne vais plus tellement te voir. Je passe à côté de ta maladie. »

Constance dit ses difficultés d’être entendue dans ces histoires de grandes personnes, ces mensonges d’adultes. Ce n’est pas si facile de grandir et de se construire quand les repères changent ainsi. Elle parle de son adolescence, de ses premiers amours, de son rapport à son corps. L’amour était plus important que son père, sa mère ou ses études.

Elle rend un vibrant hommage à son père. Elle parle aussi de toute sa famille. Dans ce roman, elle donne la parole aux enfants, une époque où on ne les écoute pas. Qui se soucie de savoir ce qu’elle pense ?

Elle évoque avec nostalgie leurs dernières vacances avant la maladie, l’insouciance. Il y a de nombreux passages poétiques, magnifiques, emplis d’amour, de tendresse et de lumière.

Les chapitres sont courts. Le livre se lit vite, un peu trop à mon goût. J’aurais aimé passer encore un peu de temps avec Constance et Jacques. Alors je le relis et j’apprécie. Bref, un coup de cœur. – Joëlle Buch

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Un magnifique portrait d’homme retracé  par sa fille qui va nous emmener jusque dans les années 90. Une des premières enfant qui évolue au milieu d’un couple d’homosexuel.

Jacques qui va quitter Nice pour Paris, pour la liberté et vivre en plein jour son homosexualité. Sa femme découvrira ainsi un jour ses penchants. Pour leur fille, ils resteront ami. Année 80, 90, début des années sida, il n’existe pas encore de remède miracle, tout juste, la trithérapie se mettra en place. Jacques cachera sa maladie le plus possible.

Avec énormément de tendresse et de sincérité, l’auteure  illustre ce qu’est la vie lorsque l’on sait son père condamné par une maladie incurable. – Hélène Grenier

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Cette citation de Karen Blixen en épigraphe, «Tous les chagrins sont supportables si on en fait une histoire.» illustre à merveillela démarche d’écriture de Constance Joly.

C’est une amie, mais est-ce vraiment une «amie», qui ravive avec quelques mots assassins, les douleurs de l’enfance, la perte de son père, l’absence.

De sa plume concise et poétique Constance Joly raconte l’histoire de ses parents. Elle dévoile leur vie avec pudeur et ces courts chapitres comme autant de fragments de vie s’assemblent pour laisser entrevoir les joies, les peines, les souffrances d’une vie familiale qui se bâtit sur des faux-semblants. Elle raconte l’histoire de son  père, Jacques, qui tente de dissimuler son attirance pour les hommes aux yeux de tous, se marie avec Lucie et se prend à ses propres mensonges.

«Nous sommes les produits d’une vie trouée de mystères, tissée de songes et de dénis. Je suis passée, moi aussi, entre les mailles de tes mensonges».

Un père qui décide un jour, de suivre son cœur, ses élans et de vivre son homosexualité quitte à subir les mauvais regards des bien-pensants. « Tu fais le choix d’une vie misérable, tu seras détesté, malheureux, et tu mourras abandonné », lui dira sa propre mère. Cette séparation est une véritable déflagration pour Lucie. Lui s’empare de sa nouvelle vie, s’installe avec son compagnon et sera ce « père discret, emprunté, timide et merveilleux »  pour sa fille qui va grandir comme toutes les adolescentes et jeunes femmes, préoccupée en priorité par l’amitié et l’amour.

Un père qui sera parmi les premières victimes du sida qui émerge dans les années 80. Commence alors un chemin douloureux, au début le déni puis le combat contre la maladie, l’opprobre social, les discriminations jusqu’à l’issue fatale.   

Près de trente ans après, les mots délicats de Constance Joly, résonnent comme des confidences très émouvantes. Une manière de dire cette envie impérieuse de faire revivre l’amour qu’il lui prodiguait, dire sa fierté d’être sa fille, rattraper le temps perdu par l’insouciance, balayer les regrets,  garder tous les souvenirs et« les écrire, les rendre immortels ».

« […] je ne veux pas tourner la page. Il y a des zones comme ça où le jardin reste en friche. J’écris pour ne pas tourner la page. J’écris pour inverser le cours du temps. J’écris pour ne pas te perdre pour toujours. J’écris pour rester ton enfant ».

Un très beau texte, intime, tout en sensibilité, qui fait écho d’une manière ou d’une autre en chacun de nous. Il nous renvoie à nos chagrins enfouis, nos actes manqués, nos souvenirs réinventés.

Une déclaration d’amour, peut-être imparfait mais tellement fort, à un père parti trop tôt et qui avait juste choisi d’être lui-même, un homme libre aux yeux de tous. Un arc en ciel, symbole de paix et de tolérance  donne ses couleurs et sa lumière aux mots de ce récit et quelque part « over the rainbow », un père et sa fille sont liés pour l’éternité. 

« Au Japon, on dit que lorsqu’une personne vous apparait en rêve, ce n’est pas vous qui pensez à elle, c’est elle qui pense à vous. »Josiane Sydenier

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« …C’est pour ne pas tourner la page, pour inverser le cours du temps… « que Contance Joly reprend sa plume après le bel accueil de son premier roman « Un matin est un tigre » .
Et cela donne un merveilleux roman hommage à son père, qui eut la force de suivre son désir pour les hommes, malgré le contexte familial -marié, une enfant, un frère aussi homosexuel-.
On suit l’enfance, l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte de l’auteure, l’avant de l’annonce, l’après, la transformation de son père enfin libre et heureux, puis la maladie.
C’est les année 80- 90, rien n’est épargné pour ceux qui vivaient autrement.
Ce roman m’a bouleversée, par sa justesse, par ses mots, par l’amour paternel.
Et par les regrets, les actes qu’ils est difficile de se pardonner même si on a fait comme on a pu.
La douleur de la perte d’un père, aussi différent soit il, peut passer par l’écriture et peut aider à « … ne pas le perdre pour toujours et rester son enfant … »
Roman, pour moi inoubliable. – Anne-Claire Guisard

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Dans « Over the Rainbow », Constance Joly rend un très bel hommage à son père disparu trop tôt suite au sida dans les années 90.
Par son récit, l’auteur retrace les souvenirs et moments clés de la vie de cet homme tout en nous retraçant l’évolution de la société dans sa reconnaissance de l’homosexualité. Étant née à la fin des années 1980, cet ouvrage m’a fait prendre conscience de la découverte et des progrès de la médecine pour faire face à ce virus qui a fait des millions de victimes.
Même si cette histoire est forte et émouvante, je n’ai pas réussi à être touchée. J’ai trouvé que l’utilisation de certains termes ou déterminants mettaient une réelle distance (par exemple quand elle cite les membres de sa propre famille :  » ta mère » pour parler de sa propre grand-mère). En même temps je peux comprendre ce choix qui offre un récit très pudique et centré uniquement sur la vie de cet homme.

Ce livre retrace une période familiale qui a dû être très compliquée à vivre à certains moments mais j’en retiendrais le sourire d’un père et de sa fille immortalisés sur la première page de couverture de ce bel hommage… – Hélène Ortial

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Avec des chapitres courts, un phrasé fluide mais aussi poétique, l’auteure nous offre ici un texte délicat et bouleversant.
Elle revient sur cette histoire qui est la sienne, celle d’une fille dont le père se révèle être homosexuel. Celle d’une fille dont le père mourra du Sida.
C’est à lui qu’elle s’adresse tout au long de ces pages, revisitant les épisodes de sa vie.
Le couple merveilleux formé avec sa mère, la paternité, le moment d’acceptation de soi et de ses désirs, la liberté d’aimer qui il veut.
Elle revisite son propre lien à ce père un peu fantasque, ce qui nouait leur complicité.
Et puis la maladie et la mort, ravageuses. La colère, la culpabilité, la douleur, et les souvenirs…
J’ai été extrêmement touchée par cette lecture, authentique et pudique. – Christine Gazo

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Over the Rainbow, c’est l’histoire de Constance, qui restera à jamais la petite fille de Jacques. Malgré les différences, les jugements, la souffrance, il y a toute la lumière et la chaleur de leur amour. Il y a cette force et ce courage à être soi…

Constance Joly nous offre avec pudeur et tendresse l’amour qu’elle porte à son père parti trop tôt. Il meurt du sida, alors même que cette terrible maladie fait rage. Entouré de préjugés, ce virus décime tout sur son passage.

Le père de Constance est homosexuel. Après avoir aimé sa mère, il décide ne plus combattre sa vraie nature, d’enfin accepter qui il est vraiment. Le regard des autres, la douleur de sa femme, l’incompréhension ou le rejet, il paiera un prix élevé. Mais sa fille lui restera à jamais fidèle.

Leur amour est ce qu’il y a de plus vrai, de plus fort. Il ne suffira pas à garder Jacques en vie, mais il maintiendra Constance dans ce monde, son monde… – Audrey Lire & Vous

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Lire également les billets de :

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/02/over-rainbow-de-constance-joly.html

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/02/over-the-rainbow.html

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/03/18/38872219.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/04/over-the-rainbow-de-constance-joly.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/04/16/over-the-rainbow/

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/05/mon-avis-sur-over-rainbow-de-constance.html

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2021/01/over-rainbow.html