Faux départ – Marion Messina

Portrait moderne et attachant d’une génération un peu paumée, Faux départ est un premier roman qui diffuse lentement sa petite musique triste dans un décor où s’épanouissent les gris dans toutes leurs tonalités. Ce faisant, il saisit quelque chose de l’air du temps…

Faux depart

L’habit ne fait pas le moine, c’est bien connu et la couverture ne fait pas le roman non plus. Pourtant, elle me sert souvent de premier critère de choix pour mes lectures. Et j’avoue que celle du premier ouvrage de Marion Messina, « Faux départ » me plaît beaucoup. J’aime ce côté cour d’école, et cette marelle multicolore avec un CDI en guise de ciel.
Mais si la marelle est coloriée, le roman, lui, est plutôt un camaïeu de teintes sombres. Il raconte l’histoire d’Aurélie qui tente de s’extraire de ses origines modestes en traînant son ennui dans une fac de droit et d’Alejandro un jeune Colombien venu terminer en France des études commencées à Bogota car c’est bien pour un Colombien de posséder un diplôme européen. Ils se rencontrent sur le lieu de leur travail ou plutôt de leur petit boulot… il faut bien vivre. Pour le reste, il faut le découvrir.
Le livre ouvert, je n’ai pu le refermer avant d’être arrivée au bout. J’ai été entraînée par l’écriture, sèche, rapide, addictive de l’auteur. C’est étonnant, car comment peut-on être ainsi happée par une écriture aussi froide, digne d’un rapport de police ? Marion Messina ne fait pas dans l’eau de rose, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle nous dépeint au contraire le monde avec un pessimisme noir, sans fioritures, et ne nous cache rien des galères auxquelles sont confrontés les jeunes actuellement entre l’université « Pour l’immense partie des jeunes français, l’université était un choix par défaut, un univers où ils étaient parqués afin de ne pas faire exploser les chiffres du chômage. » les petits boulots plus humiliants que rémunérateurs « Elle avait postulé via le site de Pôle emploi à une annonce pour un poste d’agent de propreté en pensant à sa mère et avec l’affreux sentiment de valider les thèses du déterminisme de Zola, qu’elle avait toujours détesté. », les problèmes de logement, de transports et autres difficultés de la vie quotidienne pour ceux qui ne sont pas nés dans des draps de soie.
Même l’amour, qui ne réjouit au mieux que les corps, porte des lunettes noires. Et le portrait est bien désenchanté d’une jeunesse en quête d’idéal. S’il est vraisemblable que tout un chacun a un jour le sentiment d’être passé à côté de sa vie, c’est en général après l’avoir vécue. Ne pas avoir vingt ans et déjà imaginer avoir raté son existence est d’une grande tristesse.
Alors, même si je l’ai lu d’une traite, même s’il relève d’une étude réaliste de la société actuelle, même s’il est intrigant et cinglant, même si son écriture est décapante, ce récit me laisse un goût amer, sans doute parce qu’il ressemble à un cri d’alarme. J’aurais préféré continuer à croire que le monde est meilleur, que les jeunes sont heureux, heureux de vivre et d’étudier. – Geneviève Munier
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J’ai quelque difficulté à m’exprimer à propos de ce livre qui traite de l’ennui d’être étudiant en province, de la difficulté d’une insertion à Paris, sans travail, sans argent, sans logement. Du refus d’une gentille fille tout juste bachelière, de suivre la voie tracée par ses parents : réussir grâce aux études, puis vivre une vie bien réglée et sans histoire. Cette gentille fille se retrouve, en première année de Fac, amante passionnée d’un jeune colombien,  » devenu un branleur stricto sensu, la masturbation et la recherche du plaisir sexuel occupant l’essentiel de son temps libre. » Je suis restée extérieure , lu une accumulation de faits négatifs. Comme s’il ne fallait oublier aucun grief. Cela m’a paru davantage un dossier à charge qu’un roman. D’autant plus que des mots jugés importants sont écrits en italique. Pas d’empathie, donc. Les personnages secondaires m’ont paru plus consistants. – Mireille Le Fustec
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Sincèrement, j’ai cru en lisant les premières lignes que ce roman allait m’ennuyer. Grave erreur car je l’ai lu d’une traite. D’ailleurs Marion Messina ne nous en laisse pas le temps, on court derrière Aurélie, on dévore sa vie.  Aucun ruban rose à ouvrir dans le portrait de cette jeune file du XXIème siècle et ce futur si improbable. Elle aimerait être différente de ses parents sans qu’on lui en laisse l’occasion.  Aucun pathos dans cette lucidité de l’écrivain.  Notre société est malade, c’est un fait. Sans oublier Paris qui prend une bonne claque sur son visage de ville idyllique. Une très bonne lecture qui vaut le détour. … Lire le billet complet d’Anne Leloup sur son blog.

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Attention danger ! Les optimistes invétérés, les croyants aux lendemains qui chantent passez votre chemin. Le premier roman de Marion Messina risque de vous plomber durablement. Ici, la chronique est amère, la vie difficile et l’avenir très sombre. Nous allons suivre Aurélie durant ses années post-bac. Celles que l’on se plaît à décrire comme les plus belles de la vie.
Mais il suffit de placer le projecteur sur les bancs de la fac de Grenoble pour constater que la plupart des étudiants ne sont pas là par vocation, ni même pour se construire un avenir, mais parce que la voie universitaire semble être, après le baccalauréat, le meilleur moyen d’entretenir l’illusion d’une brillante carrière. Le poids des statistiques montre à lui seul le carnage qui s’annonce. Tout comme Aurélie qui ne comprend pas vraiment les cours qui lui dispensés et ne va tarder à s’en dispenser, la majorité de ses congénères rejoindra les rangs de pôle emploi avant d’avoir décroché un diplôme. Constat brutal et pourtant lucide sur la misère étudiante, ce roman est aussi la chronique du délitement des relations sociales.
Pas plus qu’on ne peut croire au plein emploi, on ne peut croire au grand amour. Le sexe est d’abord un pis-aller, un dérivatif. Avec Alejandro, étudiant colombien débarqué par hasard en Isère, Aurélie aurait pourtant voulu y croire. Mais de galère en incertitudes et au bout d’une série d’échecs, elle choisit de tenter sa chance à Paris.
Dans la ville lumière, elle trouvera certes un premier emploi d’hôtesse d’accueil, mais surtout tous les problèmes inhérents à son statut précaire. Travailleuse pauvre obligée de quémander un toit, elle «se sentait connectée à tous les balayeurs, soudeurs, employés du bâtiment, dames pipi, chauffeurs de bus, distributeurs de journaux gratuits qui travaillaient déià quand elle se réveillait. Son tailleur mettait de la distance entre elle et eux, il aurait été difficile de leur expliquer que de nombreux smicards pouvaient travailler endimanchés; si les ouvriers et assimilés n’y voyaient que du feu, les principaux concernés voyaient très bien la différence dans la qualité de l’accoutrement.» Marion Messina fait tomber le masque et nous offre avec ce tableau détaillé un réquisitoire puissant contre ce système qui broie ceux que les politiciens appellent les «forces vives de la nation». Dur, dur ! – Henri-Charles Dahlem

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Un roman sinistre sur les perspectives de vie de la nouvelle génération qui ne peut plus utiliser les modèles de leurs parents et doivent tout réinventer. Mais à quel prix ?
Désillusion, cynisme, renoncement, précarité… Rien ne leur est épargné.
Une vision très dure des lendemains qui déchantent.
J’ai eu beaucoup de mal à être touchée par les deux protagonistes, Aurélie et Alejandro, qui à force de désenchantement m’ont fait passer un peu à coté du sujet.
Pour autant, un livre que j’ai lu rapidement, une écriture vive et rythmée qui donne envie de poursuivre. Un ressenti en demi-teinte. – Emmanuelle Coutant
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« Je cherche mes mots pour vous exprimer mon ressenti sur ce roman qui pour moi n’en est pas un. Je dirais plutôt un procès-verbal d’une jeunesse entrant dans la vie active sans bagages. Le ton est plombant, dur, décourageant. Les mots sont bruts, cash. »…. Lire le billet complet d’Héliéna sur son blog.
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Parmi les miens – Charlotte Pons

Charlotte Pons livre un roman fort et retentissant sur la fin de vie, avec un ton cruel et percutant. Pari osé, défi relevé ! … Lecteurs bousculés, lecteurs émus, lecteurs retournés mais lecteurs intéressés.

Parmi les miens

 

Qu’il est difficile de refermer ce livre et de poursuivre ses occupations comme si de rien n’était, tant il vous touche, vous prend aux tripes dès les premières pages!! Une fois terminé, il m’aura fallu plus d’une heure pour évacuer toutes les émotions qu’il a suscité en moi.
Ça commence par la répulsion de Manon, la narratrice, devant l’état végétatif de sa mère après un accident. Dès le début de cette histoire, dont le nom aurait plutôt tendance à évoquer la famille comme un refuge face à cette tragédie, les tensions sont là, abruptes et sans filtres. Tensions de chacun des protagonistes, tensions entre eux.
S’y dévoile l’impossibilité pour Manon de parler à sa mère dans le coma et d’avoir pour elle, ne serait-ce, qu’un geste tendre. Elle qui s’éloigne de son mari et de son fils pour être auprès de sa mère et des siens mais qui, finalement, s’isole de tous par sa décision dure mais compréhensive : ne pas supporter l’état de sa mère au point de vouloir dès le début, qu’elle meure. Les liens entre la fratrie se délitant depuis des années, arrivent à leur paroxysme avec ce drame et sa prise de position. On sent qu’elle se blinde face à l’horreur d’une mère devenue simplement un corps inerte. Mais surtout, au fil des pages, on découvre que leurs relations ont toujours été distantes, peu affectueuses ainsi que les raisons de cette distance.
Charlotte Pons, dont la plume est incisive et parfois brutale aborde dans ce roman bouleversant, outre la volonté d’aider les autres à partir quand ils se sont déjà plus là et l’euthanasie en France, des sujets tout aussi puissants. La transmission et le lien mère-fille, ce que les origines et l’enfance d’une mère peuvent induire dans ses propres liens avec ses enfants ; eux-mêmes reproduisant parfois ce schéma. Les relations entre frères et sœurs et surtout le besoin instinctif face à un tel drame, de revenir en arrière, de chercher du réconfort dans les moments heureux de son enfance. La richesse de ce roman ne s’arrête pas là puisqu’il y est également question de la maladie mentale et des ravages que cela peut causer, notamment dans une famille. Et soudain, sous le tragique, la beauté nous surprend au moment où l’on s’y attend le moins.
La finesse de l’écriture ainsi que l’excellente construction de cette œuvre dévoilent un premier roman d’une grande qualité et une auteure talentueuse. Parmi les miens restera gravé dans ma mémoire pour m’avoir, avec des sujets si difficiles, fait profondément vibrer. En refermant ce livre j’ai eu juste envie d’être « parmi les miens » et de leur dire combien je les aimais.Laetitia Zunino
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C’est une drôle de famille que donne à découvrir ce roman.
Le père est médecin, la mère est une femme libre et brillante, les enfants sont adultes : une fille, mère depuis peu, un fils et une autre fille, bien plus jeune.
Autour d’un évènement dramatique survenu à la mère, personnage central, clé de voûte et clé des secrets, la famille distendue resserre les liens. Des liens qui s’apparentent plus à du fil barbelé qu’à du ruban de velours. J’ai plongé dans leur intimité d’hier et d’aujourd’hui, un peu gênée par ce rôle de voyeuse.
La narratrice est la fille ainée, en souffrance bien avant cette épreuve, familière des psy, psychologues et psychotropes. Dans sa tête, c’est compliqué. Écorchée vive, elle dissèque et analyse chaque mot, chaque situation présente ou passée, trainant un fond de culpabilité et le sentiment que personne ne l’aime.
Elle donne la vision d’une famille sans tendresse, sans parole, qui reproduit les mêmes errements à chaque génération.
Elle est agaçante, cette fille, elle veut imposer ses idées aux autres, elle les rend responsables de son mal-être, elle est impatiente, elle n’écoute pas, elle n’arrive pas à faire face à ses problèmes, elle est en porte-à-faux avec chacun. Immature.
A sa décharge, les autres membres de la famille sont tout aussi bancals. Un père absent et silencieux, un frère psychiatrique, une sœur au mode de vie atypique. Une famille où il ne semble pas naturel de prendre soin des autres, peut-être parce qu’on ne sait pas prendre soin de soi.
Tout cela est un premier aspect du roman.
Mais ce qui m’a bouleversée, parce que me concernant professionnellement et personnellement, ce sont les thèmes en arrière-plan : le coma, la fin de vie, l’euthanasie. Toutes ces questions à qui chacun peut être confronté, questions que chacun doit se poser.
Tout sonne vrai, l’auteure narre les situations comme quelqu’un qui les a vécues, elle utilise les termes médicaux exacts, raconte les sentiments avec justesse, la colère, les interrogations, le désarroi, le désespoir.
La fin est très forte, avec des révélations, des décisions à prendre, des conséquences cruelles. Avec des scènes dignes d’un film d’auteur.
Un roman qui m’a valu une crise d’insomnie après avoir refermé le livre sur ses lourds secrets. – Adèle Binks
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Quand on découvre dans un roman, « Parmi les miens », le premier de Charlotte Pons, une partie de sa propre vie, quand on y trouve des propos entendus de ses proches ou prononcés soi-même, quand on se rend compte que sa lecture nous replonge au cœur d’événements sinon identiques du moins similaires, c’est étonnant, troublant, bouleversant et douloureux.
Elle nous raconte l’histoire d’une fratrie – Manon, la sœur aînée et narratrice, jeune maman, Gabriel, le frère fragile mentalement et Adèle la petite sœur, homosexuelle enceinte de quelques mois – confrontée à la mort cérébrale de leur mère, suite à un accident de la route.
« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand-chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser. » Tout est dit dans cette phrase à l’écriture simple, nette, précise, tranchante. C’est d’ailleurs le style utilisé par l’auteure tout au long du récit, sans concession aucune, presque administratif, et qui justement percute.
Et, parce que des sujets difficiles à aborder – la fin de vie, l’euthanasie – sont particulièrement bien traités, parce que les sentiments face à la disparition d’un proche sont bien décrits, j’ai lu ce roman avec un intérêt grandissant. Je me suis totalement retrouvée dans le personnage de Manon, politiquement incorrect, qui ose dire les mots qui fâchent tout en étant profondément bousculée. Je me suis retrouvée dans cette fratrie incapable de survivre normalement au départ de leur pilier. Je ne parle pas des secrets de famille, des jalousies, des rivalités… « Ça n’a jamais été facile d’être trois, il y a toujours eu un lésé dans l’affaire. » Je ne dirai pas cette crainte de ressembler, petit à petit à celle qui nous a fait naître « Tout cet argent que j’ai passé chez le Psy et dans l’opération pour me débarrasser de son héritage. En moi, il n’y a plus trace de maman et, dans le miroir, c’est comme si je ne voyais personne. » Je préfère imaginer, le chagrin que cachent, j’en suis certaine, les propos à l’emporte-pièce de celle qui s’exprime.
Ce roman est noir et parfois dérangeant, mais si délicat et tellement juste que je n’ai pu le refermer avant la fin.Geneviève Munier
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Un sujet difficile et délicat : l’aide à mourir dans la dignité
J’aurais pu oublier quelques incohérences bien que cela nuise à la pertinence du témoignage, comme le travail d’aide soignante présenté comme un job d’été.
Mais ce qui me dérange en réalité dans ce livre c’est qu’il peut, notamment par sa toute fin, nuire à la cause que j’espère il veut défendre et qui me tient à cœur face à tant de situations désespérées.
Une approche personnelle et courageuse pour décrire les douleurs, les doutes, les espoirs, les regrets, les remords, les combats face à l’intolérable, la perte de la mère. – Christiane Arriudarre
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« Avec beaucoup de pudeur, mais sans rien cacher des tourments et des conflits intérieurs qui agitent la narratrice et les membres de sa famille, Charlotte Pons nous offre un roman fort, chargé d’émotions, sans oublier de distiller quelques surprises de taille tout au long de son récit. Bref, une entrée en littérature réussie ! » … Le billet de Henri-Charles Dahlem est à lire en entier sur son blog.
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« Pour moi c’est clair ! », « Je refuse l’acharnement », « Il faudra débrancher », oui mais….
Mais quand la volonté propre n’existe plus ou ne peut plus s’exprimer, et quand bien même cette volonté a été dite haut et fort devant la famille, qui pourra décider ?
Qui voudra faire le geste, donner le go, prendre la responsabilité sans penser que peut être c’est trop tôt, que l’issue pourrait être différente ?
Au sein d’une famille distendue, fragilisée par la vie qui pourra affirmer avoir raison face aux autres et au doute.
Un sujet très sensible abordé avec beaucoup de finesse et de délicatesse. – Emmanuelle Coutant.
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Ce premier roman réunit une fratrie et leur père autour de la mère, Elsa, laquelle est transportée au service de Réanimation suite à un accident de voiture. Elle survivra mais ne reviendra jamais d’un état pauci-relationnel qui la coupe de ses proches, d’un monde dont on ne saurait dire ce qu’elle en perçoit, ni ce qu’elle ressent de son propre corps lui-même devenu dépendant. La narratrice, Manon, est l’aînée et entretient avec son frère cadet de trois ans, et sa benjamine bien plus jeune, des relations tendues, corsées, voire violentes. Le père quand à lui se réfugie dans un silence fuyant dénué d’une tendresse qu’il n’a vraisemblablement jamais réussi à exprimer. Manon, jeune maman d’un tout petit, fuit sa nouvelle maternité dans la sincérité et le prétexte de l’accident maternel, et en revenant vivre chez ses parents, se débat, et nous avec elle, avec les relations filiales, les mystères des « siens » et en toile de fond l’épineuse question de l’euthanasie. En toile de fond seulement, car si au début de la lecture, on peut croire que ce roman familial traite de cette problématique avec par ailleurs beaucoup d’authenticité, le courage de poser des réactions justes et terriblement humaines, légitimes, on réalise assez vite que le fil narratif s’enroule ailleurs, dans ces liens affectifs frustrés, empêchés et secrets. Il y a de très jolis passages sur les relations fraternelles, quand elles n’ont plus que pour commun le terreau de l’enfance, les clans adolescents, les douceurs sororales… Ces relations qui malgré la tension explosive autour de cette mère-fantôme retrouvent par instants fugaces les intuitives complicités et l’humour d’antan. Car la vie et les non-dits creusent les incompréhensions au point parfois de devenir étrangers les uns aux autres, au point d’avoir besoin de distance pour réaliser son chemin avec plus d’oxygène. Le caractère impulsif de la narratrice, sincère et brutal, frontal et fuyant ses propres problèmes, prend parfois un peu trop de place. Le débit rapide et abrupt est très bien retranscrit dans ces lignes, c’est pourquoi on se voit lecteur haletant dans les pensées, dans les embardées de Manon laquelle annexe, à mon goût, trop de place. La fin laisse un goût amer, sans doute car elle est un peu bâclée dans la découverte des secrets de la mère, dans le mieux de Manon pour se laisser aller à la rencontre de son fils (la question du couple et de la maternité est trop balayée et deviendrait presque prétexte narratif). C’est un peu décousu, il y a un trop qui devient excessif car il tournoie, gronde, crie, grince dans tous les sens. Et je me suis un peu lassée au fur et à mesure de la lecture perdant l’intérêt premier, et bien présent, de la question douloureuse de la fin de vie d’un être cher quand celui-ci n’est plus à même de déployer sa parole ; la mort imminente et longue, en suspend, d’un être aimé dont on comprend qu’on le connaît mal, si peu… Cruauté à ne pas juger, susceptible de parfaitement expliquer l’agitation de Manon sans doute, mais dont j’aurais attendu plus de recul pour parler cette agitation et non pas seulement la ressentir, ce qui est somme toute déjà beaucoup, dans le rythme bousculé du roman. – Karine Le Nagard
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« La situation interroge le lien que chacun avait avec elle, chacun enfant ayant entretenu une relation différente avec elle en fonction de sa place dans la fratrie, de son sexe. Il est aussi question de culpabilité dans ce roman pour Manon qui ne voit dès le début pas d’autres issues que la mort naturelle ou provoquée de sa mère et qui ne peut que s’interroger sur sa propre difficulté à être mère. » … le billet entier de Joëlle est à lire sur son blog.
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Brut. Direct. Un histoire familiale où la bienséance n’a pas sa place, du moins chez Manon, l’aînée de la fratrie, qui préfère voir les choses clairement, sans fioritures, quand bien même les choses en question sont du domaine de l’impensable. Ou du moins d’un domaine auquel personne ne veut songer à priori.
Un accident de voiture qui plonge Elsa, la mère, dans le coma, et voilà la vie de 5 personnes complètement chamboulées.
Que peut il arriver de pire que le drame d’un deuil à envisager dans une famille. Le caractère et les attentes des uns et des autres ressortent abruptement devant la tragédie. Chaque personne recherche ses repères, ce qu’elle est à même de pouvoir supporter, ce dont elle ne veut absolument pas entendre parler, et encore moins envisager.
La perte d’Elsa, n’est pas seulement, la mort physique, mais également l’espoir envolé de pouvoir comprendre certains comportement de la part de cette mère si froide, certains évènements cachés dans l’antre des secrets des familles, qui peuvent se révéler parfois, plus tragiques qu’un accident de voiture.
Poignant, sensible, sans larmoiement, Charlotte Pons aborde le thème difficile de la mort, étape d’un parcours où ressortent les griefs restés silencieux jusqu’au moment du drame, dont l’empreinte laisse échapper les colères et les douleurs enfouies.
Froidement, mais avec lucidité et discernement, Charlotte Pons a su trouver les mots pour analyser, décrypter la complexité des relations familiales, décrire les souffrances et les interrogations devant lesquelles tout un chacun peut se retrouver confronté un jour où l’autre.
Un premier roman surprenant, qui laisse augurer de futurs récits à découvrir. – Katie
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« L’incipit du roman est l’un des meilleurs que j’ai lus au cours des derniers mois, si ce n’est de la dernière année. » … Lire le billet complet de Sara

N’oublie rien en chemin – Anne-Sophie Moszkowicz

Un premier roman qui renouvelle avec fraîcheur l’exploration d’un thème et d’une période déjà très exploités par les romanciers. Ne pas oublier, et surtout pas en chemin… (d’ailleurs, on a bien failli l’oublier ce roman paru en mai et heureusement repassé sous nos yeux pour une session de rattrapage… )

N oublie rien en chemin

Encore la seconde guerre mondiale, un thème maintes fois abordé par les romanciers, souvent très bien traité et parfois comme de vraies pépites (Par Amour de Valérie Tong Cuong, L’enfant-mouche de Philippe Pollet villard, Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer, Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Antonhy Doerr et j’en oublie).
C’est vrai qu’après autant de lectures de ces événements, on est en droit de s’interroger sur ce que peut nous apporter une nouvelle vision de cette période.
Et bien ça fonctionne une fois encore car avec N’oublie rien en chemin, Anne Sophie Moskowickz aborde des thèmes qui me touchent particulièrement, tout comme Sébastien Spitzer, le devoir de mémoire (pourquoi et surtout comment) et la transmission d’une histoire et d’une Histoire si douloureuse.
Le personnage le plus marquant et attachant est bien sûr celui de la grand mère Rivka, qui a consigné sa vie dans de petits carnets qu’elle transmet à sa petite fille à sa mort.
Elle y a confié son histoire mais aussi ses interrogations quand à l’usage que devront en faire les futures générations qui ne seront plus des témoins.
Certains passages m’ont beaucoup marquée et interrogée : « Chaque fois qu’un de mes petits enfants m’annonce une naissance, je ne cesse de m’étonner des prénoms choisis : Simon, Hanna, Sarah, Salomé, Nathan… J’avoue que cela me dépasse. Il nous a fallu toute une vie pour dissimuler notre appartenance religieuse et nos origines polonaises. Nous sommes morts d’avoir eu ces prénoms. Et voilà que les nouveaux arrivés sabotent tout. Leur manière à eux de résister ? De défendre leur droits à l’égalité ? De se protéger contre l’antisémitisme ? A quel prix réussiront-ils ? Le pire c’est qu’ils pensent me faire plaisir. Mais je ne peux m’empêcher de trembler pour eux. Sur ce retour aux sources plane la menace d’un retour à la case départ. …
…Entretenir la confusion pour rendre le brouillard assez épais si tout devait recommencer »
Qui peut dire qu’elle sera la bonne « méthode » pour se protéger si tout devait recommencer, s’affirmer, revendiquer ou bien entretenir le brouillard comme le dit Rivka ?
Un autre passage m’a beaucoup touchée, il se situe après la guerre : « La guerre était finie. J’avais épousé Arthur et je portais mon deuxième enfant. C’était un bel après midi de printemps, l’ait était tiède. Ce jour là, j’avais pris mon courage à deux mains pour aller au square. La pancarte interdisant l’accès aux juifs avait été décrochée depuis longtemps mais je gardais une fébrilité incontrôlable à m’en approcher de trop prés. Je tenais mon fils par la main et lui avait annoncé qu’aujourd’hui nous irions au manège. Ses yeux s’étaient écarquillés de bonheur. Il sautillait, gai comme un pinson. J’avais acheté un ticket en regardant le gardien droit dans les yeux, bien décidé. Quand le carrousel s’est mis à tourner, les frissons m’avaient parcouru tout le corps. Maurice riait, il avait attrapé le pompon. Il riait, riait, et sa joie était parvenue jusqu’à moi. Mes lèvres s’étaient déplissées, un tressautement, puis je m’étais mise à rire franchement, de tout mon être, d’un grand rire insouciant et bruyant, comme ceux des enfants. Je riais pour la première fois ce jour-là, grâce à mon fils. Il m’avait rendu à la vie »
Peut être la protection absolue de l’insouciance de l’enfance est elle la clé des bonheurs futurs ? Une très belle écriture et une réflexion profonde pour l’avenir. Bravo ! – Emmanuelle Coutant
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Tours et détours du destin. Et si l’Histoire avec un grand H n’était destinée qu’à se rappeler à nous, sans cesse, de générations en générations, malgré le temps qui passe et les témoins qui disparaissent peu à peu ?
Et si le devoir de mémoire pouvait se nicher dans les moindres détails d’une histoire individuelle, une histoire d’amour et de souvenirs ?
« Les générations étaient ces papiers buvards qui transmettaient les ombres et les drames d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique. »
Sandra vient de perdre sa grand-mère, Rivka. Avec sa mort se brise le trio formé avec son père, trois générations qui partageaient bien plus qu’un nom. Une histoire lourde à porter, celle des familles juives spoliées de la Seconde Guerre mondiale.
Au détour d’une page du carnet des souvenirs de Rivka, Sandra comprend que sa grand-mère s’adresse à elle : n’oublie rien en chemin, lui écrit-elle, et n’aie aucun regret ni remords. Mettant en marche le mécanisme de ses propres souvenirs, associé à celui du deuil qui vient de la frapper, elle décide de retrouver son amour de jeunesse, pour mettre elle-même le point final à une histoire qui a mal tourné et dont elle n’a, vingt ans plus tard, toujours pas compris l’issue.
Le lecteur plonge donc en même temps qu’elle dans ses souvenirs de vie étudiante, et dans sa rencontre avec Alexandre, personnalité énigmatique et magnétique qui l’attire irrémédiablement à elle. Mais le soudain revers de leur histoire laisse Sandra totalement interdite. Et puis les années passent… Sandra vit une autre vie, loin de tout regard pour sa vie passée, jusqu’à ce que les mots de Rivka la bousculent.
Anne-Sophie Moszkowicz entremêle l’Histoire et l’intime dans un récit tout en pudeur, captant avec délicatesse les remous que peuvent laisser les drames collectifs dans la trajectoire de chacun. Un livre sur le souvenir et l’empreinte de la mémoire. – Amélie Muller
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« Les histoires se répètent. Il faut bien se rendre à l’évidence : les hommes ne font que tourner en rond d’une existence à l’autre. » Tout est dit dans cette phrase. Et c’est sur fond de la dramatique répétition qui conduit nos vies à notre insu que s’écrit ce roman. Anne-Sophie Moszkowicz nous entraîne dans les nœuds et rouages des destins entrelacés, dans les fils qui relient Sandra femme quarantenaire bien dans son temps à sa grand-mère Rivka. L’une et l’autre partagent en plus d’un lien de sang, une complicité solide et aimante. Rivka a connu les horreurs de la 2ème guerre mondiale et sa judéité lui a fait subir des arrachements et des deuils dont on sait malheureusement tous les possibles. Rivka réussira à sauver sa peau et son fils et à fonder une famille qu’elle couvrira d’amour jusqu’au bout, leur épargnant le plus possible la lourdeur des souvenirs. Mais nous savons que taire, même dans l’intention sincère de protéger, n’a de cesse de raviver, de nourrir les souvenirs minés des réalités douloureuses muselées. Ce roman a l’indéniable qualité de nous rappeler, encore et encore, la nécessité du dire, du parler, pour servir le devoir de mémoire collective, toujours, mais aussi pour libérer, soulager les descendants des entraves des blessures. Ces blessures fantomatiques se glissent dans les lignées et traînent leurs boulets dans les chemins de tous les vivants, les vivants aimés qui n’ont rien demandé et qui agissent et souffrent de tourments qui les dépassent. Ces blessures bâillonnées agonisent leurs plaies qu’elles ne pourront cicatriser qu’à être enfin parlées et reconnues…« Transmission inavouée, balbutiée, qu’on aura échoué à étouffer. L’empathie, cette saleté, était l’éternelle responsable. Les générations étaient ces papiers buvards qui transmettaient les ombres et les drames d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique. (…) Plus les ascendants se sont tus, plus les générations suivantes ressentent intimement la douleur et la peur, comme si l’absence de mots produisait l’exact opposé de l’effet attendu. (…) L’horreur a cette particularité de tout embraser sur son passage, même dans le silence. » Rivka l’avait compris et offre à sa petite-fille le merveilleux cadeau de ses écrits, sésame d’une vie future débarrassée de remords, de regrets, de malentendus, lesquels, on le sait, avec le temps, peuvent grossir les frustrations, les manques et créer des incompréhensions irréversibles… J’ai le sentiment que de plus en plus de premiers romans traitent de cette prise de conscience, impérieusement nécessaire, quand bien même il peut nous paraître fou qu’un inconscient sournois, cruel ou profondément humain ( ?) soit à ce point vivace pour faire porter à ceux qui suivent les ratés, les erreurs, les douleurs étouffées des aïeux. Au-delà du message dont je suis pour ma part convaincue, et malgré de jolis passages sur la mémoire, j’ai été parfois ennuyée par certains énoncés un peu faciles et un convenu un tantinet surfait. L’histoire d’amour ne m’a pas convaincue ; trop excessivement développée, elle occulte le vrai nœud tragique du destin, qui interroge tant, au profit d’une passion-romance confuse. J’en garde le sentiment d’une disproportion narrative entre une liaison, un suspens absent et un témoignage fort, précieux dont l’émotion a malheureusement été délaissée. Ce roman reste malgré tout agréable à lire. – Karine Le Nagard
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Un roman émouvant qui m’a touchée. Celui d’un amour de jeunesse : bref mais intense, ou intense mais bref. Sandra avait vingt ans, il y a vingt ans de cela. Les souvenirs sont indélébiles quand une circonstance dramatique vient les réveiller. « Il avait suffit d’un instant pour que ces souvenirs enfouis refassent surface, plus réels que jamais. » Cet instant, c’est l’annonce de la mort de la grand-mère tant aimée, quand « le temps s’était arrêté. » « Avant, je buvais mon café. Ces quelques minutes du « juste avant » sont restées gravées dans ma mémoire », tout son monde avait disparu. Rivka a légué ses carnets de Moleskine à sa petite fille préférée. Des tranches de vie dont elle ne parlait pas. Laquelle petite-fille ressent le besoin impérieux de retourner à paris sur les traces d’Alexandre, le jeune étudiant séduisant et magnétique. Tout est distillé en douceur : l’intrigue se déroule parfaitement entre lecture du carnet et résurgence des souvenirs. Au fil des pages une tension s’installe : que va-t-elle chercher ? On sait que la rupture fut douloureuse mais un mystère demeure : le comportement d’Alexandre n’était pas clair. Ce roman délicat, pudique, est servi par une belle écriture. Je ne pouvais pas en lire un autre tant que je ne m’étais pas acquittée d’une chronique. Une seule remarque : les six pages que j’ai trouvées inutiles. – Mireille Le Fustec
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J’ai toujours un peu d’appréhension en ouvrant un roman bâti autour du thème de la seconde guerre mondiale. De plus en plus d’ailleurs, au fur et à mesure que mes lectures s’empilent sur ce thème. Alors il y eut d’abord un soulagement en constatant que d’emblée, l’écriture me portait, le ton était juste, mon intérêt était capté. Passé ce moment de soulagement vient le plaisir d’avancer dans une intrigue bien menée, avec juste ce qu’il faut de dramaturgie pour donner envie de tourner les pages. Une prose agréable à suivre, des personnages qui se dévoilent peu à peu, le poids des secrets, des silences, des non-dits qui vient peu à peu étoffer l’atmosphère… Petit à petit le plaisir se double d’une conviction. Ça marche. Et plutôt bien même. L’auteure parvient à nouer les fils entre passé et présent à travers la belle figure de Rivka, la grand-mère de Sandra qui joue le rôle essentiel de passeur. Pour ne pas oublier de se souvenir mais ne pas oublier de vivre non plus. J’ai beaucoup aimé cette façon d’aborder les désastres du passé sous l’angle de la réconciliation, avec finesse et légèreté. Le témoignage que livre Rivka à sa petite fille est celui d’une belle femme décidée à tout faire pour ne pas faire peser sur les générations suivantes le poids des horreurs de la guerre. Bien sûr, d’autres ont écrit sur le sujet mais l’angle adopté offre une accessibilité bienvenue à un thème qui mérite que l’on continue à en parler longtemps. Les héritages sont aussi faits de cela. Et il n’est pas étonnant que les petits-enfants s’emparent des questions que leurs parents n’ont pas eu le cœur de poser à leurs propres parents. Bref, ce premier roman est une agréable surprise portée par une écriture qui sait ne pas en faire trop sans toutefois négliger de plaire. Joli coup d’essai. – Nicole G.
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Très beau roman, agréable à lire sur lequel je n’aurais pas forcément misé. Je suis toujours un peu frileuse sur les romans traitant de la guerre. Une très belle surprise !
Sandra vit très mal le décès de sa grand-mère Rivka dont elle était très proche. Sa grand-mère lui transmet ses “notes” (moleskine) et confidences en guise d’héritage, de témoignage. Ne pas oublier les souvenirs, les faits sans avoir à les raconter de vive voix à son entourage.
L’auteur mêle avec finesse et élégance le présent et le passé si bien qu’on oublie presque qu’il traite de la guerre. Sandra vit en parallèle un affrontement de son passé amoureux dans lequel elle nous embarque littéralement.
Un beau premier roman bien articulé, fluide, frais. Une écriture simple, concise mais efficace et agréable. Une belle surprise !Nina Busson Boulonne
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On ne peut pas dire que la seconde guerre mondiale et ses noirceurs ne sont pas un objet d’inspiration pour les romanciers. « N’oublie rien en chemin », le premier roman d’Anne-Sophie Moszkowicz, en est un exemple de plus.
Un exemple, certes, mais différent… C’est ce qui fait tout son charme à mes yeux. A la mort de sa grand-mère Rivka, une grand-mère qu’elle vénérait, Sandra se voit léguer les carnets de moleskine noire que cette dernière a remplis de son écriture. Elle y a raconté sa vie, toute sa vie. Sa petite-fille va ainsi remonter le temps, celui de sa grand-mère, de la famille, mais aussi le sien… en partie lié.
C’est un roman très agréable à lire, d’une écriture simple et délicate et qui alterne le présent et le passé. J’ai aimé ce roman sensible, cette histoire de transmission et de devoir de mémoire. Peut-être parce que j’ai été, un temps, responsable du concours de la résistance et de la déportation organisé par l’Education nationale pour les collégiens des classes de troisième et les lycéens, peut-être parce que dans ce cadre j’ai eu l’occasion de côtoyer d’anciens résistants et déportés et aussi de visiter des camps, ce sujet me parle et me touche.
J’ai beaucoup aimé l’originalité de sa composition, le mélange des vies d’une grand-mère et de sa petite fille qui au bout du bout vont se rencontrer, encore une histoire de parallèles qui défient les lois mathématiques. J’ai beaucoup aimé la manière d’approcher les cruautés du passé sans désir de vengeance, sans acrimonie, sans rancune, sans rancœur. J’ai beaucoup aimé la pudeur des sentiments évoqués « Malgré tout, Paul restait là, impassible. Il me consolait en silence, unique façon de consoler les endeuillés, parce que les paroles crèvent les cœurs plus qu’elles ne les pansent. » J’ai beaucoup aimé le courage de Sandra qui part à Paris pour affronter son passé de jeune étudiante et trouver par là même celui de sa grand-mère et de toute sa famille. J’ai beaucoup aimé aussi sa lucidité sur le temps qui défile « Avec les premières marques de l’âge, j’ai investi dans les séances de soin et les pots de crème, mais rien n’efface le temps qui passe. »
En un mot, cette lecture fut un moment de plaisir jusque dans son épigraphe signée Boris Cyrulnik – Geneviève Munier

Les liens du sang – Errol Henrot

Un roman parfois dérangeant, mais qui, servi par une plume aux grandes qualités littéraires, pose un regard intéressant et puissant sur la cause animale… Ceux qui sont passés outre la couverture à l’effet repoussoir et ont lu ce roman livrent ici des chroniques aussi passionnantes que le livre lui-même…

Les liens du sang

« Qui pourra prouver que nous ne sommes pas un mirage, une lutte entre nous et notre pensée, seuls, entourés d’autres mirages ? Déterminés par l’instinct, et par le désir de lutter avec l’aide de notre mirage, le plus puissant de tous ? Partant de là, notre impossibilité de nous dégager de la torture, de la destruction, serait le témoignage, ou le signe que, privés de ce pouvoir, nous ne serions plus rien. Nous serions dépassés, nous détruisant nous-mêmes, par la peur. La peur. Le mal le plus grand. »
Ce petit roman à la couverture repoussante, qui pourrait passer inaperçu, dont c’est peut-être même l’ambition, un peu comme son héros François qui vise l’invisibilité pour tenter de survivre, est certainement un des plus surprenants des romans 68 déjà lus et un des plus intelligents. Au-delà des questions éthiques et actuelles autour de l’exploitation de masses des animaux comestibles, de la nature détournée, oubliée, au service d’une consommation orgiaque et ordurière que notre monde produit, ordonne et dont il se regorge toujours… Ce récit en brodant son histoire dans le décor d’un abattoir industriel, raconte les êtres humains : leurs lâchetés confortables dans les répétitions d’un même geste pour ne plus avoir à penser, leurs orgueils pour ne pas avoir à réfléchir, leurs places à défendre dans une nasse de liens pourtant nocifs, leur vilenie… et leurs efforts aussi, leurs arrangements petits ou comme ils peuvent avec la réalité ou la culpabilité, enfin les faiblesses et combats des sensibilités autrement différentes, donc malmenées, donc souffrantes…. C’est sombre, empreint de désillusions ou devrait-on dire d’une grande conscience de ce qui nous anime, c’est fort et pertinent, indubitablement courageux, le tout dans une écriture fouillée, belle, panoramique, poétique, cruelle, incisive, sans filtres, sincère dans ses questions comme dans ses constats les plus douloureux, les plus laids. Je tire mon chapeau à cet auteur plus que prometteur. Errol Henrot a le talent téméraire et humble de nous rappeler que certains, comme François, comme l’auteur, continue à voir au-delà de la destruction, du mercantile et du vil : la beauté du monde, la richesse d’une terre, l’ineffabilité des existences, des corps en chair et en poussières. Il nous rappelle que la littérature est aussi, sûrement, toujours là pour nous parler nos vies, aussi violentes, absurdes peuvent-elles être et sans donner de leçon de morale, juste par le biais d’une histoire, d’une fiction, éveiller nos consciences et préserver notre liberté de penser ce qui nous entoure et ce que nous éprouvons malgré la pression des carcans et des systèmes, et que nous sommes nombreux à nous débattre… C’est un sombre réel raconté là, dans l’ombre et la clandestinité d’un désespoir ; c’est aussi en le regardant en face que nous pouvons tenter d’oxygéner sa singularité, dans le repli que l’on observe le lumineux qui manque et qui est possible.
« Dans sa faiblesse de jeune homme, il appréciait son habileté à passer inaperçu, sa neutralité, qui était une ouverture possible vers sa propre individualité. C’était une retenue contre les agressions extérieures, des hommes ou du paysage. (…) Les jours, les semaines s’écoulaient sans qu’aucun événement puisse faire dire à François : aujourd’hui. Le temps n’était plus qu’une réalité mensongère, pas même altérée, plutôt enfouie sous une telle quantité de peurs, d’indécisions, de passivité, qu’il ne songeait même plus à faire des projets, à se choisir autre chose que la vie déjà entièrement écrite, proposée par son père et acceptée par sa famille. » – Karine Le Nagard
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Le titre et la couverture sont sans équivoque. Nous avons entre les mains un roman rouge sang. Sur l’animal – celui que l’on mange, et notre façon de le considérer. Sujet ô combien actuel et intéressant dans les questions qu’il soulève, mais néanmoins complexe à traiter en littérature… Comment donc en faire un roman ? Car nous sommes vraiment dans le vif du sujet ici, puisque François, le personnage principal, et son père, travaillent dans un abattoir. L’un et l’autre sont « tueurs », leur métier consiste à abattre les bêtes qui arrivent chaque jour par dizaines dans cet endroit un peu isolé de la ville, à l’écart des regards.
Comment parler de ce sujet à travers la fiction, tout en amenant à la réflexion ? Et bien tout simplement en jouant sur le sens de l’expression « liens du sang ». En premier lieu bien sûr, le sang de l’animal tué, qui se répand sous le sol du bâtiment. Qui devient obsessionnel pour qui travaille tous les jours dans cet endroit, ou au contraire, qui finit par ne plus rien signifier, banalisant l’acte qui somme toute, reste d’une violence inouïe.
Mais ces liens du sang sont aussi ceux de la famille. Entre père et fils, les liens peuvent être forts, ou comme ici, entre François et son père, distendus, voire absents. Par la question de la filiation et du devenir de François, l’auteur amène le lecteur à s’interroger en même temps que son personnage sur le sens de ce lien entre lui, l’homme, et l’animal qu’il tue. Ce qu’il fait (et que son père a toujours fait) – tuer des animaux de cette façon, et voir la barbarie et la violence monter parmi ses collègues – a-t-il encore un sens ? Les dérives dont nous avons tous entendu parler donnent au jeune homme l’impulsion peut-être nécessaire pour s’interroger sur lui-même et sur ce qu’il souhaite devenir. Car être parachuté sans l’avoir voulu dans les pas d’un père qui ne s’est jamais interrogé sur le sens de ce travail presque contre-nature n’a rien de facile pour François. Je trouve très habile de projeter les interrogations individuelles du personnage sur la question collective et sociétale qui nous touche tous.
Il y a des défauts dans ce premier roman (je suis toujours un peu désarçonnée par les fins étranges des romans de cet éditeur !), mais la qualité de l’écriture est là (et il en faut, du talent, pour décrire tout ce rouge sang…) C’est un roman qui mérite qu’on s’y intéresse malgré l’âpreté du sujet, c’est une bonne nouvelle qu’il figure dans la sélection des 68 premières fois ! – Amélie Muller
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Âmes sensibles, s’abstenir. Le premier roman d’Errol Henrot nous plonge dans les entrailles d’un abattoir, lieu qui va être le témoin d’un passage de témoin entre un père et son fils, François, qui va prendre la relève malgré lui en devenant tueur d’animaux. L’écriture est particulièrement puissante et les descriptions de l’abattoir et des conditions de travail sont saisissantes. Le livre se veut aussi un reflet des relations familiales parfois distantes et de la répétition de certains schémas. J’ai parfois été captivé par l’atmosphère onirique qui se dégage de certaines scènes, notamment la sublime fin, mais j’ai trouvé de nombreux passages trop rébarbatifs, à la limite de l’essai militant contre la maltraitance animale.- Boris Tampigny
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Le Sang (la mort, sans équivoque) La Chair (la conscience, sans doute), La Terre (la vie, malgré tout?) forment les 3 parties de ce roman sombre, envoûtant, qui veut nous sensibiliser aux enjeux liés à la maltraitance des animaux, à travers le portrait d’un jeune homme, François, amené à travailler dans un abattoir. Au-delà de la question éthique et épineuse, à propos de laquelle la nature humaine se contrefiche de la souffrance animale et s’arroge le droit d’oublier de s’interroger sur l’idée même de l’anéantissement des espèces, Errol Henrot avec brio, courage et sensibilité, par le truchement d’une fiction, éveille nos consciences et nos sens, nous parle au cœur et à l’âme. Donc, François : «invisible» aux autres, taiseux, qui ne choisit rien, absent à lui-même et solitaire, ira travailler aux côtés de son père à l’abattoir, sans l’avoir véritablement décidé. Sachant qu’il ne déroge jamais aux règles, ne sort pas du moule où il a été reproduit, dupliqué, il deviendra tueur lui aussi. Décrit par l’auteur avec la rage au coeur, (aux tripes?) effets sensoriels, métaphysiques et esthétiques garantis, l’abattoir impressionne, marque les esprits «…les amas de molécules odorantes entraient dans les poumons et se mélangeaient au sang humain, apportant au cerveau un influx gorgé de haine, parce qu’il était contraint et parce que le contexte précis d’une espèce travaillant à l’anéantissement d’une autre espèce, réveillait dans le corps de l’homme le souvenir de la souffrance, l’intime connaissance des gestes qu’il effectuait et de leur provenance ». Dans des scènes paroxystiques d’une maîtrise insensée ou d’une violence inouïe, nous accordant parfois le temps d’une respiration face à un fermier en osmose avec ses bêtes, ou quand la nature et la conscience reprennent leurs droits, la fiction dépasse le réel, le transcende. Les territoires, les règles qui prédisposent à l’acte de tuer, sont des espaces-temps impensés dans lesquels François, d’abord irresponsable et passif, évolue. Ces espaces du délit (déni?), qu’ils soient réels, factuels à l’image de la nature ou de l’abattoir lui-même, («Le désordre était l’autre nom de la loi entre ces murs. Le désordre était la conséquence de l’activité du lieu. La vie pénétrait ici et plus encore la lutte pour la vie, affaiblie par la terreur mais prête à se défendre et résister à la mort ») qu’ils soient abstraits et intangibles dès lors qu’il s’agit des sentiments de François face aux animaux ou aux hommes, sont disséqués, analysés pour mieux en saisir les contrastes, leur signification, leur inanité. Puis, François, à la mort du père, apprendra à résister, à déchiffrer les mécanismes de l’irresponsabilité, à repousser l’idée même de l’obéissance (à son père, à son métier) et renaîtra au cœur d’une nature qu’il n’a de cesse de scruter, accueillante et rédemptrice. Un livre où la langue irradie, perce, inventorie intensément ce qui se joue entre la vie et la mort, la conscience et l’inconscient. Oui, un roman militant au sens noble du terme et un écrivain en devenir, assurément. – Cécile Rol-Tanguy
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Faire le pari d’une premier roman dont l’intrigue se situe principalement dans le huis-clos d’un abattoir relève de la gageure. Et pourtant, c’est à l’éclosion d’une grand écrivain auquel nous assistons au fil des pages, un digne héritier de la littérature classique, à mi-chemin entre André Chénier et Emile Zola. Un « roman naturaliste élégiaque », dont le personnage central, François, semble lui-même tout droit sorti. Un roman âpre et âcre sur les liens qui unissent l’homme et l’animal, la part d’humanité des animaux face à la bestialité des hommes. Servi par une écriture au scalpel – au couteau devrait-on dire – le récit nous hypnotise, nous révulse, nous émeut…
Du grand art à l’état brut, une révélation.
Chapeau bas Monsieur Henrot, vous avez tout compris sur les pouvoirs incantatoires de la littérature, et la nécessité de ne pas céder à la facilité, quoi que puissent en dire vos détracteurs. Belle et longue route à vous !Catherine Pautigny
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Pour son premier roman, Errol Henrot n’a pas choisi la facilité. En racontant le cas de conscience d’un employé d’abattoir, il apporte sa pierre à la défense de la cause animale.
C’est peu de dire que le sujet de la condition animale occupe l’actualité. Au cœur d’un vaste débat éthique qui remet en cause des siècles de tradition, il voit s’affronter les tenants d’un droit élargi consenti aux animaux, va jusqu’à remettre en cause nos habitudes alimentaires et débouche sur des considérations politiques, économiques et sociales. Après avoir été traité sous forme d’essais et de manifestes, dont le plus médiatisé est sans doute Antispéciste d’Aymeric Caron et dont le sous-titre est une profession de foi : «réconcilier l’humain, l’animal, la nature», voilà que les romanciers s’emparent de la question. Après l’impressionnant 180 jours d’Isabelle Sorrente et le non moins impressionnant Règne animal de Jean-Baptiste del Amo, voici donc une nouvelle pièce à apporter au dossier.
Errol Henrot met cette fois en scène François, employé dans un abattoir industriel. Ce dernier représente tout à la fois la troisième génération d’abatteurs et la moins motivée. Car il n’a pas choisi ce métier, mais doit à l’intervention de son père de se retrouver un beau jour sur la chaîne de production de la viande. « Son père avait insisté auprès du directeur, dont il partageait l’amitié depuis bientôt quarante années. Celui-ci n’avait opposé aucune résistance, et le père et le fils, un matin d’automne gris et froid, se dirigèrent vers ce lieu obscur d’où l’on surprenait, en approchant, les cris effroyables des animaux en train de mourir. La voiture était garée précisément là où se tenait François aujourd’hui, pendant sa pause. Une dizaine d’années auparavant, la direction avait éloigné le parking réservé au personnel de l’établissement, de nos jours situé en haut de la petite colline; Les employés de l’abattoir, chaque jour, descendaient donc à pied la centaine de mètres qui les séparait de leur lieu de travail, et c’était un parcours mystérieux, une sorte de mise en garde, de préparation, un espace mystique dans lequel certains d’entre eux abandonnaient leur conscience, leur sensibilité, avant de les retrouver à la fin de la journée, intactes. »
Il faut avoir le cœur bien accroché lorsque l’on se voit confronté aux animaux qui vivent là leurs derniers instants, à la chair et au sang. Et François ne va pas tarder à se sentir mal à l’aise dans cet univers. Ce qui pour son père, pour bon nombre de ses collègues ou encore pour le directeur est un métier comme les autres va heurter la conscience du jeune homme.
« Son père effectuait ces gestes tous les jours. Il pensait que son fils ferait la même chose. Dès qu’ils furent tous deux entrés dans la salle suivante, l’enthousiasme de François diminua. C’était donc ainsi que sa vie se déroulerait. Toutes les quatre-vingt-dix secondes, il saignerait un corps suspendu par les pattes-arrière, chaque jour, durant les quarante prochaines années. Il regarderait, durant quarante années, des animaux pris au piège hurler, se balancer, chercher à fuir, à échapper. à la douleur, un mal qu’ils ne pouvaient pas comprendre parce qu’ils ne pouvaient le comparer à rien de ce dont-ils avaient fait l’expérience. Partout il y avait les odeurs de leurs semblables. Chacun d’entre eux entendait les cris de l’animal qui l’avait précédé, suspendu lui aussi. »
Entraîné dans une sorte de spirale infernale, il va très vite se rendre compte que, contrairement aux autres employés, il ne pourra feindre, faire comme si la mort qu’il donne était un acte anodin. C’est même tout le contraire qui se produit. Au fil des jours, il devient de plus en plus sensible et attentif à tous les détails: « Ces frappes répétées à l’intérieur du crâne. Cette sensation froide sur les tendons de leur cou. Et qui devenait une brûlure. L’impossibilité nouvelle d’avaler. La respiration se bloquait, la vision se brouillait. On aspirait l’air, et rien. Les pattes remuaient par saccades, pour aider à faire rentrer l’oxygène. Mais rien. Et la douleur. Il y avait une pression intense exercée sur l’abdomen à partir du cou, en même temps qu’un froid inouï à partir du ventre et qui rayonnait vers les extrémités. Une terreur instinctive, basée sur la sensation pure. Une terreur venue de la terre, saisissant les entrailles, et repartant à la terre, invincible, déréglée, infernale, apportant une nouvelle connaissance, certainement de la même nature que lors du vêlement. Mais ici, il est impossible pour nous d’aller plus loin. À partir d’ici, un secret. Le sommet de la souffrance passe peu à peu. La conscience se perd. Les réponses nerveuses à la douleur ne sont plus alimentées, le sang a quitté le corps suspendu. Tant de mal, tant d’effroi, autant de stimulations familières portées au degré le plus élevé. Et puis, tant d’inconnu à la fois. »
On s’en doute, François ne va plus supporter sa condition, ni celle des animaux. Il va d’abord tenter de faire prendre conscience de cette douleur à ses collègues, puis essayer d’expliquer qu’il partage la douleur extrême de ces animaux. Puis il a l’idée d’ameuter les associations de défense des animaux. Sans engranger aucun succès. Vient alors le temps de la révolte. Notamment contre ce directeur représentant le système. Mais n’est-ce pas là encore un combat perdu d’avance…
Ce récit militant peut mettre le lecteur tout aussi mal à l’aise que le protagoniste de cette histoire, mais il a l’avantage de poser une vraie question et d’esquisser une première réponse: « quel mal ont-ils pu faire, ces animaux, pour que nous nous conduisions ainsi, pour que nous leur infligions une aussi grande peine? L’animal est vulnérable, c’est-à-dire déraciné, arraché à sa terre. Punition déjà terrible, et pourtant fréquemment suivie d’autres punitions. Si tel doit être le cas, si les fermes d’élevage, si les abattoirs doivent exister, alors il faut tout contrôler. Tout vérifier. Il faut mettre à l’épreuve le parcours qui mène de l’élevage à l’abattage, de manière exhaustive. »
À chacun de se positionner et, le cas échéant, d’adapter ses habitudes de consommation aux principes qu’il aura définis. – Henri-Charles Dahlem
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Lire également les chroniques des lecteurs directement sur leurs blogs : « un premier roman déroutant » pour Carole, « une écriture à la fois brutale et poétique » pour Pati Vore,
« Une littérature engagée qui n’en oublie pas d’être belle » pour Nicole.

Redites-moi des choses tendres – Soluto

Méfiez-vous des titres… ils peuvent être trompeurs. Cheminer aux côtés d’Eugène et Barbara, de leurs enfants et leurs multiples amis/ennemis/amants/collègues peut réserver de nombreuses surprises… D’ailleurs, lisez-donc les retours des lecteurs sur cette expérience addictive mais pas de tout repos.

Redites moi des choses tendres

Une histoire de famille au bord de l’implosion, des personnages dont les travers sont étirés jusqu’au cliché, une langue âpre, crûe, parfois vulgaire, un cynisme latent…
Redites-moi des choses tendres, c’est tout ce que je fuis en général dans les romans ! Et pourtant… 500 pages plus tard, me voilà bien obligée de le reconnaître, j’ai dévoré ce livre. Frénétiquement, comme on avale les épisodes d’une série addictive les uns après les autres pour ne pas quitter les personnages, pour savoir « ce qui va se passer », « ce qui va bien pouvoir leur arriver, leur tomber sur le coin du nez »…
Je crois que c’est cela qui m’a bluffée, dans le roman de Soluto. Le côté addictif, l’envie de tourner les pages presque malgré soi (mais qu’ils m’ont agacée, Eugène, Barbara, et leurs enfants, et les amants et maîtresses éconduits des uns et des autres ! Le regard de l’auteur sur ses personnages est bien cruel, mais que c’est drôle de les voir se débattre ainsi dans le marasme de leur médiocrité !
Le fil rouge de l’histoire, c’est un mail envoyé et aussitôt regretté, celui qu’Eugène a écrit à sa femme Barbara, alors qu’elle est en voyage solaire avec ses élèves à Berlin. Un mail de rupture, cruel, net, sans concession, une mixture bien salée faite de reproches acides. Des messages envoyés et aussitôt regrettés, il y en aura d’autres dans l’histoire… Société de la consommation immédiate (du plaisir, de la communication, des sentiments…) Mais c’est une autre histoire.
D’entrée, ce couple m’a déplu. Mais l’auteur, sans s’en détacher, s’attarde sur les personnages qui gravitent autour d’eux. Les enfants, des ados dans toute leur splendeur, les maîtresses d’Eugène, l’amoureux transi éconduit par Barbara, les lycéens sans aucun sens moral… tous caricaturaux, mais très intéressants d’un point de vue littéraire.
Dans une incise adroitement glissée dans la dernière partie du roman, l’auteur s’adresse à son lecteur et répond à quelques-unes des questions que je me suis personnellement posées au fil de ma lecture… Que fait un auteur de ses personnages ? Ou plutôt, que deviennent les personnages sous la plume de leur auteur, puis indépendamment de lui ? Que peut-il bien leur arriver, après que l’auteur les a étirés sur le papier, déformés, malmenés ?
C’est, je crois, la clé de ce roman, et de ses 500 pages, donc, avalées très vite. Une histoire pas très reluisante et des personnages aux antipodes de ceux que j’ai envie de croiser dans un roman. Mais une réussite sur le plan scénaristique, une maîtrise parfaite de la construction, un côté addictif dans le bon sens du terme, bref, un premier roman détonnant qui sans doute, en découragera certains, mais qui pour moi, est un pari réussi. – Amélie Muller
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Un roman un peu particulier lorsque l’on s’imprègne des premières pages. Le langage est cru, vulgaire et parfois même violent !
Au fil des pages on découvre la vie un peu spéciale d’une famille qui semble ordinaire. Tout gravite autour de Barbara et Eugène dont le couple est en crise. Ils ne partagent plus rien. Eugène profite d’une sortie scolaire à Berlin pour cracher tout son venin dans un e-mail de rupture à destination de Barbara. Il fera finalement des pieds et des mains pour le supprimer et faire semblant que rien ne se soit passé mais….
J’ai plutôt accroché aux personnages d’Eugène, Barbara et son collègue. Par contre je n’ai pas du tout aimé les enfants, de véritables ados et les maîtresses. J’avais hâte de finir ces chapitres qui, pour moi, ne faisaient pas avancer l’histoire du couple.
Plus on avance dans le livre, plus on a envie de connaître la suite, alors que, finalement il ne s’y passe pas grand chose ! Ce qui permet de dire que le livre est bien construit, bien écrit et que le scénario est complètement maîtrisé.
On pourrait tout à faire imaginer une comédie dramatique adaptée de ce roman. – Nina Busson Boulonne
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Titre qui donne bien le ton du roman, totalement caustique et sarcastique.
Un mari trompeur et caricatural, une femme dégoutée par sa vie, des enfants totalement perturbés et détestant leurs parents, aucune tendresse dans tout ça.
L’auteur prend du recul vis à vis de ses personnages et analyse leurs relations et leurs réactions par le prisme d’une ironie mordante dénonçant en même temps les travers de notre société. Il prend aussi manifestement énormément de plaisir à torturer ses personnages sans leur offrir aucune possibilité de s’en tirer honorablement.
Une belle surprise, une lecture agréable, régulièrement accompagnée d’un sourire en coin et surtout dernière page tournée d’un grand besoin de tendresse justement ! – Emmanuelle Coutant Bigot
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Redire des mots tendres mais est ce qu’entre ces divers personnages de ce roman ont-ils déjà vraiment dit des choses tendres ? Il y a un certain manque de tendresse dans les rapports entre ces personnages. Nous sommes au début dans un roman qui nous parle de personnes normales : nous partons à Berlin en voyage scolaire. Chaque personnage a des doutes, des envies, des psychoses à gérer. J’ai apprécié être « baladée », quelquefois, un roman de sentiments (un homme avec plusieurs maîtresses et qui va peut être se décider à quitter sa femme, va-t-il l’envoyer cet email ??), sa femme qui a une aventure lors de ce voyage scolaire. Cela pourrait virer à un polar, que va devenir cette vidéo volée.. Cette jeune fille se fera t elle prendre dans les parfumeries ?.. Plusieurs genres, styles, et de belles pages surprenantes (je n’avais encore jamais lu de belles pages sur les bonnes sensations ressenties sur un skate-board, des pages sensuelles sur les corps). Un livre aussi qui parle du monde du travail actuel et des « nouvelles » méthodes de management et de techniques de vente. Vous n’entrerez peut être plus de la même façon dans les magasins de téléphonie ! Un premier roman qui nous parle de notre époque mais qui a un point de vue très cynique, négatif sur les rapports humains. Chaque personnage a des névroses et sous des apparences normales, traînent des psychologies complexes. Ce roman est aussi très proche de nos vies, dans les relations professionnelles (les techniques de vente, le management agressif..) et personnelles (relations au sein des familles, utilisation excessive des nouvelles technologies (attention aux ordinateurs et aux téléphones intelligents..). Peut être des longueurs mais une lecture qui m’a impressionnée et qui est un miroir de l’évolution de nos sociétés modernes et des différents rapports humains. Une écriture plaisante (vous ne regarderez pas de la même façon le prochain jeune ou moins jeune passer avec son skate board !)  – Catherine Airaud
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Tendre ? Voila bien un adjectif saugrenu pour qualifier ce roman, qui déroule le tableau sans concession d’une famille française ordinaire, et sa descente aux enfers.
La 4ème de couverture promet de l’amour : je l’ai trouvé bien pâle, dénaturé. De la drôlerie : certes, mais cruelle. Du chic ? Les situations présentées ne sont pas vraiment joli-joli.
Un père cadre commercial, une mère prof d’histoire, une lycéenne de dix sept ans, un collégien de treize, rien que de banal. Quelques personnages gravitent autour d’eux, un collègue, un élève, un copain, des maitresses. Ce qui est, je l’espère, moins courant, c’est la bassesse des sentiments qui agitent tous ces personnages sans exception, et que l’on voit s’animer et évoluer au gré d’une année de leur vie. Chacun essaie d’assouvir ses envies, ses pulsions, qu’importe si en face d’autres souffrent et si, dans le parcours de chacun, les conséquences de ces actes sont calamiteuses.
Le roman est plutôt bien écrit, l’auteur adapte son style de langage aux personnages, passant du subjonctif à un registre crû, enchainant dans de courts chapitres les déboires de chacun. L’histoire est fluide, mais nous fait spectateur d’un monde de médiocrité et de mensonges. La rouerie de chaque personnage est exposée, sans analyse. Rien ne nous explique le pourquoi de leurs comportements peu reluisants. Jamais ils n’éprouvent de la compassion, jamais d’empathie. Aucune remise en cause des parents, qui n’essaient pas de comprendre leurs enfants. A ceux-ci, on n’explique rien.
C’est le roman de l’incommunicabilité, de l’impossibilité de mettre des mots sur les sentiments pour les apprivoiser. Ils sont tels des bébés qui viennent de naitre, mus par leurs besoins immédiats. Ils ne tolèrent aucune frustration, c’est le règne du « tout tout de suite et advienne que pourra ».
Un roman de tristes sires. Peut-être une morale: en cédant à leurs pulsions, ils se condamnent à une vie de médiocrité ?
Comme souvent dans les premiers romans, la fin se termine en une série de pirouettes de tous les personnages. Certains seront-ils sauvés, d’où viendra l’éventuelle rédemption, on ne le saura pas. – Adèle Binks
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J’accepte de confirmer que c’est addictif car malgré de nombreuses envies de laisser tomber cette lecture, j’ai continué jusqu’à la lie. Donc il se passe quelque chose d’impalpable qui tient le lecteur en laisse. Mais dans le fond ce texte propose de partager des vies qui sont tout ce que je déteste, sans compensation, sans projet, sans espoir. L’écriture est rapide, violente, forte, pleine d’humour et de dérision. Le style est provoquant, soigné, bien construit, et s’adonne aux dérives douloureuses du passé simple et du subjonctif de façon assez déroutante, pour décrire, par exemple, les pensées d’ados en déroute, ce qui décrédibilise le propos. La 4° de couverture est sincère, il y a tout dans ce texte, un mari mou, volage, menteur, prétentieux, égoïste, une mère/femme de bonne volonté ou sans volonté, c’est selon, soumise, frustrée, jusqu’à en être brisée, des ados incertains qu’on ne leur envie pas, des maîtresses cupides, stupides, et moches. Ouf, je suis rassurée qu’il ne s’agisse pas de ma vie ni d’une vraie vie. On sort de ce texte déconcerté, ni plus intelligent, ni plus heureux, sans avoir pris du plaisir ou rêvé. J’ai maintenant vraiment envie qu’on me dise des choses tendres, c’est urgent.Martine Magnin
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Dès les premières pages, on pressent toute l’ironie du titre et que de tendresse il ne sera guère question dans le roman de Soluto. S’il parle d’amour, comme dans la chanson dont le titre est issu, ce ne sera que pour en exprimer le manque et les dévoiements. Le mail qu’écrit Eugène à Barbara, son épouse depuis 20 ans, décrit en effet davantage le désamour et l’indifférence routinière installés insidieusement dans leur couple que le sentiment brûlant d’un amour partagé. « Quittons-nous enfin » suggère-t-il à sa femme, en voyage à Berlin avec un groupe de lycéens et un collègue amoureux transi de cette élégante professeur d’histoire. Ce message qu’Eugène hésite finalement à envoyer allume une mèche qui va faire exploser cette famille apparemment modèle.
Et c’est à un véritable jeu de massacre que se livre l’auteur avec une histoire qui surfe sur l’air du temps en en accentuant tous les travers et les dérives. Manipulés par leurs enfants, par leur patron, par leur maîtresse ou leur amant d’un soir, victimes des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, Eugène et Barbara perdent peu à peu tout contrôle sur leur existence et assistent à l’effondrement spectaculaire de leur cellule familiale. Chacune de leur décision apporte de nouvelles dégradations à la situation au lieu de l’arranger et la chute paraît inexorable et de plus en plus funeste.
Les mésaventures conjugales et extra conjugales d’Eugène, l’aveuglement des parents face à la réelle personnalité de leurs deux enfants, l’avalanche de problèmes qui menacent d’engloutir le couple, pourraient être d’une drôlerie grinçante à la manière des comédies italiennes des années 70. Cependant, la veulerie des personnages, leur manque de lucidité et leur ridicule les conduisent à vivre des situations scabreuses sans pour autant susciter la moindre sympathie ou compassion. Ce choix délibéré de la cruauté m’a mise mal à l’aise car il n’est pas mis à distance par une écriture qui laisserait place au rire, à l’humour noir des comédies susdites. Un malaise alimenté aussi par une écriture dont l’hétérogénéité de registre m’a souvent paru pour le moins maladroite : d’une part l’emploi flottant et pour le moins hasardeux de l’imparfait du subjonctif alourdit le récit ; d’autre part, cet emploi entre en contraste peu probant avec le langage bas utilisé pour décrire certaines situations avec crudité. La fluidité du récit souffre, à mon avis, de ces choix linguistiques. Enfin, la pirouette finale qui permet de clore les différentes intrigues sans véritablement y apporter un dénouement m’a laissé l’impression d’un roman plutôt inabouti.
Pour résumer, c’est une lecture qui ne m’a pas vraiment déplu mais qui m’a laissée sur ma faim et dont je ne garderai sans doute pas un souvenir saillant. – Merlieux L’Enchanteur
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Une couverture sobre qui ne livre aucun indice. Un nom Soluto, énigmatique, amusant. Curiosité! Mais qui se cache derrière ce pseudo? Un homme, une femme? Je penchais plutôt pour un homme. Gagné! Il s’agit de Laurent Quevauvillers (1961) artiste peintre qui nous livre ici son premier roman aux Editions du Rocher « Redites moi des choses tendres ». Tendre, romantique? Pas du tout! Une véritable fresque contemporaine (un peu poussée à l’extrême à mon avis)! Nous sommes en plein dans notre réalité : la séparation d’un couple et l’explosion d’une famille. Eugène et Barbara forme un couple. Un couple de longue date qui ne tient plus que par l’habitude, la routine. L’usure est là qui pointe. Alors Eugène écrit à Barbara un email de rupture. A peine écrit et c’est le doute! Oser. Ne pas oser l’envoyer. Accepter de tout perdre surtout le confort de cette petite vie bien rôdée. Une mauvaise manip et voilà l’email envoyé comme par mégarde. Et c’est la dégringolade de tous les côtés! J’ai passé un bon moment à lire ce petit pavé de tout de même 500 pages. Dès les premières lignes, on est dans l’histoire. Le décor est planté. Au fils des pages, on découvre les différents protagonistes tous plus caricaturés les uns que les autres : la femme sérieuse, bien dans sa tête, le mari manipulateur et complètement volage, les ados en totale rébellion chacun de leur côté , et les maîtresses l’une frivole, l’autre un peu cucul la praline…. Le roman avance au gré des chapitres. Chaque chapitre nous livre l’histoire d’un personnage, un peu comme s’il était séparé des autres et n’avait rien à voir avec eux. On a toujours envie d’en savoir plus. A la manière d’une série télévisée avec son lot de situations grotesques et d’exagérations. On est embarqué et on poursuit jusqu’à la dernière page. L’écriture est très imagée, drôle et aussi crue à certains moments avec un vocabulaire très actuel, très « jeuns ». Mais quel contraste entre ce titre « Redites moi des choses tendres » et cette histoire complètement dénuée de toute tendresse, de tout amour. Un roman qu’on lit comme on regarde une série ou une comédie. Un roman qu’on lit et puis qu’on oublie! – Claude-Emmanuelle Mentec
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La voix de Cabo – Catherine Baldisseri

Il souffle comme un vent d’aventure sur les 68 premières fois avec ce roman aux inspirations franchement sud-américaines… Paysages grandioses, pêche aux phoques, isolement d’un gardien de phare ; dépaysement assuré pour les lecteurs. Alors ? Verdict ?

La voix de Cabo

Après la lecture de ce roman souffle comme un vent de liberté et de révolution.
L’histoire se passe en Uruguay, entre les années 1950 et 1970. Teresa Monti, quitte la capitale et l’avenir doré que lui promettait la gestion de la brasserie familiale. Elle part vivre au bout du monde à Cabo Polonio, village de quelques cabanes abritant des pêcheurs et le phare, dans lequel son mari travaille. Elle décide d’instruire les quelques enfants vivant là, dans l’étroite cuisine du phare. Viendront s’assoir sur les bancs de la classe Miguel, Sandro, Raimondo ou encore Machado, jeune chasseur de loups de mer. Teresa mettra au monde un petit garçon. Quelques années plus tard, une nuit, tout bascule pour elle et sa famille. Personne ne s’y attend. Et ce sont les vies de tous les personnages qui prendront une autre direction.
Le récit se déroule alors autour de l’espoir que Machado tiendra la promesse faite à Teresa. Le roman, divisé en trois parties, débute donc dans un paysage et un climat difficilement supportable, ceux de Cabo Polonio. La vie y est rude. La navigation impossible sans l’aiguillage du phare. Les scènes des massacres des loups de mer difficilement acceptables pour les novices et les lecteurs hypersensibles comme moi. Seul rayon de soleil parmi cette vie abrupte, Teresa et ses leçons. Les deux autres parties se situent davantage dans la capitale, Montevideo, dans une ambiance luxueuse et pimpante. La campagne uruguayenne et le mouvement révolutionnaire des Tupamaros viennent contraster la vie dorée de Teresa. J’ai personnellement préféré me plonger dans la rudesse de la première partie que dans la vie bourgeoise ou révolutionnaire des deux autres.
Les personnages apparaissent tous au début du roman comme des rebelles, des rustres, coupés du mondes, parfois illettrés. Au fil des pages ils dévoilent une sensibilité ainsi que de grandes qualités et valeurs.
La métaphore du phare est présente tout au long du récit. L’institutrice éclairant les lanternes de ses élèves, la promesse que lui fait Machado lorsqu’elle quittera Cabo et qui la maintient en vie, Stephen l’américain lui redonnant goût à la vie des années plus tard.
Le style est direct, les phrases sans fioritures mais très incisives ce qui confère à l’œuvre une réelle entité malgré une certaine brièveté. Je regrette que l’auteure n’ait pas développé davantage certains passages rendant de ce fait, à mon goût, le roman un peu court, réduit, parfois pas assez fourni.
La Voix de Cabo est un petit roman laconique et brillant, qui a tout d’un grand et j’attends avec impatience de pouvoir lire le deuxième roman de Catherine Baldisseri tant son écriture simple mais incisive m’a plu, tant elle m’a transporté vers un ailleurs rude mais empreint de liberté et de philosophie. « Je n’ai retenu qu’une chose, Teresa. L’homme doit dépasser ses limites les unes après les autres. C’est comme ça qu’il peut devenir maître de son existence, prononça-t-il d’une traite.» – Laetitia Zunino
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Quel dépaysement ce voyage en Uruguay sur fond de révolution ! Quels beaux passages sur la mer, le vent, l’isolement du phare. Quelles émotions avec ces personnages attachants, notamment Teresa, la maîtresse du phare qui apprend aux enfants à lire, à aimer la littérature… et puis le drame, les mots sont bouleversants, l’écriture sensible, le désespoir tellement justement évoqué. Mais ce n’est pas fini, restent des pages magnifiques sur les libertés, les promesses, les luttes des révolutionnaires… J’ai beaucoup aimé ce court premier roman. – Anne-Christine Busnel
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Teresa sera la honte de sa famille : elle a quitté Montevideo (Uruguay) où on lui promettait un futur de confort avec un mari bien choisi pour les beaux yeux de Damaso, le gardien du phare de Cabo. A terre, les hommes chassent les loups de mer, ces cétacés dont on mange la chair et dont la peau, surtout celle des bébés, est très prisée. Javelot, balles, dynamite, tout est bon pour que la chasse soit bonne, et il suffit de serrer l’estomac et les lèvres pour ne pas vomir à la vue du carnage. Dans la cuisine du phare, Teresa fait la classe aux enfants tandis que Damaso protège les bateaux du naufrage grâce à ses messages en morse. Il en a sauvé des vies mais pas celle de son propre petit garçon, décédé une nuit de tempête sans soins médicaux, le phare était inaccessible. Alors Teresa vomit sa rage et son désespoir et Damaso, d’un saut fatal dans l’océan, abandonne son phare pour toujours. La vie va reprendre ailleurs pour Teresa, à Montevideo, une autre vie. De son côté, Machado, l’un de ses grands élèves à qui elle a appris à lire et à écrire lutte pour sa vie, entre carnages de loups de mer et compagnons d’infortune. Et il intègre le groupe des révolutionnaires, les Tupamaros et sa vie devient lutte et danger, camaraderie et fuite devant les policiers qui les traquent.
La mer, la liberté, la responsabilité envers les autres, l’amour fort qui ne résiste pas au désespoir, la solitude, les sentiments purs et doux, rageurs et vénéneux : un arc-en-ciel d’émotions et de moments de vie dans une langue vive et belle qui restitue l’âpreté de la vie dans les conditions extrêmes. Un bon roman, plein de sensibilité et qui propose un total dépaysement. – Evelyne Grandigneaux
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Une histoire sud-américaine dans l’Uruguay des années 1970, un portrait de femme sur fond de nature hostile et de guérilla lors de la révolte des Tupamaros et du mouvement de libération nationale qui a marqué le pays. Cabo, c’est d’abord un lieu, Cabo Polonio, un tout petit village côtier, perdu au milieu des dunes… Aujourd’hui, c’est un endroit touristique, une station balnéaire au milieu d’un parc naturel. À l’époque où se situe le roman, il y a surtout un phare, un gardien de phare, sa jeune épouse et leur petit garçon. C’est un peu « le bout du monde », tant c’est isolé, loin de toute civilisation, à quelques trois cents kilomètres de la capitale.
Teresa est issue d’une famille d’immigrés italiens qui s’est enrichie sur trois générations en exploitant des brasseries à la mode à Montevideo ; jeune fille insatisfaite et éprise d’aventure, elle a coupé court à un avenir tout tracé dans les affaires familiales et suivi l’homme mystérieux dont elle est tombée amoureuse jusque dans ce hameau isolé où on pratique la chasse intensive aux loups de mers.
À Cabo Polonio, entre un mari peu présent, totalement investi de père en fils dans la mission d’éviter les naufrages, et l’isolement, Teresa trouve une occupation et donne un sens à sa vie en prenant en charge l’instruction des enfants et leur fait la classe dans la cuisine du phare ; elle devient ainsi une passeuse de savoir. Quand Machado, un étrange adolescent analphabète, chasseur de loups, avide d’apprendre entre deux saisons de chasse (du printemps à l’automne), arrive dans sa classe, elle s’intéresse particulièrement à lui et l’encourage doublement à progresser. Malgré les grands bouleversements de la vie, une promesse va lier Teresa à Machado aux delà des épreuves et des séparations.
La question du lieu reste centrale dans le roman, même quand le récit intercale les chapitres entre Montevideo où revient Teresa et Cabo Polonio où reste d’abord Machado : le jeune homme n’oublie pas celle qui lui a ouvert les possibles de l’instruction et Teresa espère que Machado fera ce qu’elle lui a demandé lors de leurs adieux.Le contraste entre les mondanités de la capitale et le village perdu donne force à l’intrigue ; les tribulations des Tupamaros que Machado a rejoints accentuent les différences entre les villes et les zones rurales du pays. Par son engagement, la jeune femme avait su donner vie au phare ; devenue pour toujours la voix de Cabo, elle se fait allégorie de la culture, de la conscience populaire de ce lieu reculé alors qu’à Montevideo, elle dirige une brasserie ou afflue une clientèle raffinée et cosmopolite.
Les personnages sont travaillés, mais forcément stylisés, vu la brièveté du roman : ils dégagent donc une vision d’excès, révèlent des tempéraments entiers, sans concession, sans atténuations, sans nuances. Leurs comportements, leurs réactions et leurs attitudes vont de pair avec la violence et la dureté des éléments naturels : l’océan et ses tempêtes, le vent mordant, les nappes de brouillard… Au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, c’est la violence de la répression policière qui prend le relais de la nature hostile. La cour assidue de Stephen auprès de Teresa paraît bien frivole et toute en représentation face à ces dures réalités. Les oppositions sont tranchées ; les deux mondes sont aux antipodes l’un de l’autre, seulement réunis par les évènements historiques. La Voix de Cabo est ma cinquième lecture pour les 68 premières Fois et je croyais bien tenir là mon premier coup de cœur… Je suis un peu déçue cependant, je reste sur ma faim…
Ce n’est pas la première fois que je m’étonne, voire déplore le format court des romans de cette rentrée littéraire. Ici, la trame esquissée supporterait bien des développements : l’histoire de Dario et Chela, les parents de Teresa ou encore l’inconscience de son frère Domingo, amateur de luxe et de vie facile, auraient gagné à être plus détaillées ; de même la lignée des gardiens du phare aurait mérité une plus longue évocation… Naturellement, Machado, surnommé « le colosse de Cabo », personnage brossé à trop grands traits, nécessitait selon moi plus de profondeur entre son passé misérable, sa grande intelligence, sa prise de conscience politique et son indéfectible lien avec Teresa. Prise dans ma lecture, j’avais besoin d’en savoir plus aussi sur les hommes qui l’ont suivi « dans sa marche sur les pas d’Artigas », le leader révolutionnaire ou encore sur ceux qui l’ont aidé… Que dire enfin de la révolte des Tupamaros, trop rapidement traitée ?
À côté de ce manque, je salue les descriptions des scènes de chasse aux loups de mers, très réalistes dans leur crudité et leur violence, dont la signification profonde peut prendre sens si on les compare aux scènes de tortures et de massacres des révoltés politiques. Bien sûr, j’ai aussi apprécié la symbolique du phare qui porte le flambeau de la connaissance, de la lutte pour la survie, du lieu de ralliement, de la solidarité, d’une forme de rayonnement…
Sensible à l’intertextualité, j’ai retrouvé avec bonheur le rôle joué par Jonathan Livingston le goéland de Richard Bach dans l’apprentissage de Machado : la lecture laborieuse de ce livre culte illustre à merveille une quête d’absolu, une recherche de soi-même à travers une transgression sans que l’auteur aie besoin de beaucoup la détailler, le goéland portant en lui tout un univers métaphorique et allégorique déjà connu de la plupart des lecteurs (enfin, je l’espère car ils passeront alors à côté de passages significatifs, ce livre n’étant pas explicitement cité). Je me suis sentie tout de suite embarquée par ce livre, par une écriture qui me rappelle l’univers des romans d’Isabel Allende ou de Luis Sepúlveda ou encore l’influence de Gabriel García Márquez (les amours de Teresa avec le beau télégraphiste me font penser à celles des parents de l’auteur colombien). La Voix de Cabo dépayse, fait voyager, met en lumière un pan d’histoire peu connu des lecteurs français, mais mon horizon d’attente s’est heurté à un format trop court, à une trame narrative pas assez développée… Dommage !  – Aline Raynaud

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Beaucoup d’ingrédients sont réunis pour faire de La Voix de Cabo un grand premier roman. Des personnages puissants qui nous embarquent, un pays envoûtant, des décors campés, une atmosphère tantôt guerrière, tantôt solaire, des scènes aux images très percutantes, fortes et violentes qui s’inscrivent sans gratuité, une symbolique, un onirisme, un déroulé narratif cohérent, une fiction inédite…avec un phare majestueux autour desquels gravitent ces hommes et femmes dans le tragique et l’espoir de l’existence. Et là une syntaxe brouillonne, un phrasé parfois alambiqué, des tournures lourdes, lesquelles semblent être employées pour accélérer le récit, nous confondent un peu, beaucoup. Comme si on avait demandé à l’auteur de synthétiser ou réduire, écourter son roman alors même que tout mériterait d’y être développé. J’aurais aimé qu’on s’alanguisse sur chacun des personnages, des principaux aux plus secondaires, car tous y ont leurs places. Or c’est une histoire empêchée qui empêche à son tour le lecteur, une histoire frustrée qui enlise et précipite parfois son écriture et qui contraint dès lors la rencontre et l’imprégnation progressive de cette contrée, de ses mystères … Alors je me console car indéniablement ce premier est une très belle promesse littéraire pour nous conter des voyages, des terres et des hommes, des amours, des drames et des héroïsmes singuliers. – Karine Le Nagard

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Tout destinait Teresa à succéder à son père à la tête de la brasserie familiale après un passage dans une école hôtelière coûteuse, mais c’était sans compter sur le caractère bien trempé de la jeune fille. Angela aime la vie, les garçons, les baisers, les mains audacieuses glissées sous sa jupe et le plaisir ressenti. Lorsque Damaso croise sa route, la jeune femme n’hésite pas et le suit sur un bout de terre balayée par des vents furieux et les courants de l’Atlantique. Quelques cabanes de pêcheurs et une poignée d’hommes rompus aux intempéries.Très rapidement Teresa prend ses marques et tandis que son mari, à la fois gardien du phare de Cabo et télégraphiste vaque à ses occupations, elle s’improvise maîtresse d’école bien décidée à éduquer les enfants de la communauté. J’ai adoré ce court roman dans cette première partie. Les paysages sont parfaitement décrits. On sent presque le vent et les vagues de l’océan déchaîné se fracasser sur le phare les jours de tempêtes. J’ai aimé le regard ébahi et émerveillé des écoliers devant leur maîtresse. J’ai cru tenir « un coup de cœur ». Seulement voilà, lorsque le roman avec la vie de Teresa change de cap, l’histoire perd de mon point de vue une partie de son intérêt.En nous immergeant dans le monde des Tupamaros à la suite de Machado, ancien élève de Teresa, l’auteur ne fait que survoler la réalité et les motivations de ce mouvement révolutionnaire. J’aurais aimé en savoir plus. Un autre gros bémol à ma lecture, j’ai trouvé que la psychologie des personnages manquait de consistance. Je resterai très attentive au prochain roman de Catherine Baldisseri tant je reste convaincue, qu’elle a un talent certain, des idées et une écriture particulièrement élégante. Il suffit qu’elle ose aller plus loin avec ses personnages, quitte à les malmener, car cette fois-ci j’ai eu l’impression qu’elle les bridait de peur d’aller trop loin. – Isabelle Purally

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Teresa, au destin tout tracé par son père, quitte par amour la brasserie familiale de Montévidéo, pour s’installer dans le phare de Cabo Polonio. Elle crée une école dans sa cuisine, lui accordant ainsi la joie et la reconnaissance de ses jeunes élèves, et notamment de Machado qui a choisi de s’instruire ente deux périodes de chasse aux loups de mer. Teresa perçoit en lui une capacité évidente de réflexion et d’envie d’apprendre. Confrontée à un drame qu’elle ne peut assumer en restant à Cabo Polonio, elle repart à Montevideo pour prendre en main  l’établissement que son père avait toujours souhaité lui voir gérer. Elle fait promettre à Machado de venir étudier à Montevideo, lui assurant de financer ses études.  Choix dont il s’éloignera  complètement en décidant de rejoindre les Tupameros dans leur mouvement révolutionnaire.
Servi pas une belle écriture, j’ai perçu dans ce roman, l’atmosphère un peu particulière des livres de Gabriel Garcia Marquez et d’Isabelle Allende. On y retrouve d’ailleurs un peu l’âme de Clara qui communique avec les esprits dans « La maison aux esprits », dans le personnage de Teresa qui lutte contre ses fantômes.
Autant j’ai aimé la première partie qui nous projette au cœur des personnages et de l’état d’esprit des principaux acteurs de ce récit, autant j’ai eu l’impression de déboucher ensuite dans une histoire qui n’était pas la leur.
Je n’ai pas compris ce revirement brutal de Machado, qui m’a désintéressé du récit, tout comme l’arrivée du personnage de Stephen et sa relation un peu farfelue avec Teresa, le tout ayant cassé, pour moi, l’esprit de ce récit.
Je guetterais le prochain livre de Catherine Baldisserri, dont la qualité de l’écriture m’a enchantée. – Katie
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Lire également d’autres avis sur les blogs des lecteurs : « Un agréable moment de lecture » pour Sara, « Un roman dépaysant mais qui manque de profondeur » pour Amandine, même constat pour Geneviève, et pour Delphine.

 

Sauver les meubles – Céline Zufferey

« Introduire de l’étrange pour faire éclater la norme. Créer autre chose c’est prendre le pouvoir, résister. Si on ne détourne pas, si on ne remet pas en question, tu te vois, toi, vivre une vie contrainte par les choses? ».  Un premier roman malin, qui pose un regard intelligent et acéré sur notre société, mais qui n’a pas manqué de déstabiliser certains lecteurs quand d’autres ont reçu le message 5 sur 5 !

Sauver les meubles 2

L’histoire d’un photographe qui voudrait capter la vie, la vraie, donner à voir ses délires, ses emportements, ses failles, ses excès.
Mais tout est factice, tout est sous contrôle, sous contrainte dans ses clichés de commande, le décor, les gens petits et grands, les dialogues le sexe.
L’écriture d’un photographe qui nous donne à voir avec talent et humour les scènes sous différents angles, l’envers du décor, le vernis, les craquelures.
Il y a des plans fixes, des zooms, des flashes, des prises en rafale, des travellings, des chats, des dialogues, des monologues, c’est le film de la vie, de ses conventions, de ses compromis, style alerte, percutant.
Quelle belle idée que la référence aux essais de résistance des matériaux, on entend les chocs qui mènent à l’usure, au renoncement.
L’auteur nous donne à voir, à sentir, le doux et le rugueux des relations familiales, professionnelles, amoureuses, maritales, sexuelles comme la couverture rêche dont on veut le couvrir, lui qui n’aspire qu’à sortir du cadre et voir son talent reconnu.
Un grand coup de cœur pour ce premier roman – Christiane Arriudarre

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« Un livre jubilatoire, caustique, désabusé, où les règles sont transgressées. Que ce soit en photographiant des salons ou des ébats sexuels, les corps sont là pour susciter le désir, le plaisir. Regarder la vie à travers un objectif met de la distance entre le réel et le photographe. Et toujours cette maudite solitude que la voix intérieure du narrateur met en relief. Un premier roman dont le ton m’a beaucoup plu. »… Et pour lire le billet entier de Colette, c’est par ici.

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Dans ‘Sauver les meubles’, c’est avec de l’humour et beaucoup de dérision que Céline Zufferey nous fait suivre le parcours de son narrateur, un photographe sans succès, contraint à faire de la photographie alimentaire pour le catalogue d’une grande compagnie de meubles bon marché. Ce narrateur s’accommode des compromis que lui imposent à la fois sa vie professionnelle et sa vie personnelle, bien éloignées de ses aspirations et désirs profonds. Mais la petite voix intérieure du narrateur, corrosive et décalée, l’accompagne en permanence ; elle commente et se superpose en permanence à sa vie, et l’amène à faire des choix inconciliables et à mener quasiment deux vies en parallèle. Dans le fond, le narrateur est profondément seul, parfois désespéré mais ce regard caustique qu’il porte sur sa vie et les situations permet d’évacuer le côté sombre et amène de la distance et beaucoup d’humour. Un livre original dans sa construction, rythmé et drôle.- Nathalie Ghinsberg

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Difficile pour moi de rédiger cette chronique. Je n’ai pas vraiment accroché. J’ai même eu du mal à aller jusqu’au bout. Je n’aime pas cela. Pourtant, le titre et les premières pages laissaient présager un bon moment de lecture. De plus, le sujet est très intéressant et me tient particulièrement à cœur : choisir la sécurité plutôt que la passion. Dure réflexion, dure décision! La narrateur est un homme. Photographe de profession. Mais attention photographe artistique déçu! Cet homme fait le choix de la sécurité financière (photographier des meubles mis en scène pour les catalogues publicitaires d’une grande enseigne) plutôt que sa passion pour la photo d’art. Mais il va très vite déchanter et se rendre à l’évidence que cette stabilité ne lui convient pas. Il a besoin d’autres choses. Alors, il se lance d’abord dans une pseudo relation amoureuse avec l’une de ses modèles puis dans le lancement d’un site pornographique « à prétentions esthétiques » avec l’un de ses collègues de travail. Mais y trouvera-t-il vraiment la reconnaissance et la satisfaction? L’écriture est jeune, fraîche, souvent crue. On se perd parfois un peu dans les dialogues entre paroles réelles, réflexions et paroles imaginaires. Mais Céline Zufferey a relevé un défi de taille : se mettre à la place d’un homme!- Claude-Emmanuelle Mentec

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« Sauver les meubles est, à mon sens, un bon premier roman.
D’abord, parce qu’il répond à un critère essentiel à mes yeux, et que vous connaissez bien : il est ancré dans l’époque actuelle, et en offre à la fois un témoignage et une lecture intéressants. » … et pour lire le très argumenté billet de Sara, c’est par ici.

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Ce qui frappe tout de suite le lecteur c’est le genre d’écriture mixant le récit, les échanges souvent abscons souvent plus proches du monologue sur Internet relayés comme les projections mais avant tout la solitude morale du personnage. Jamais vous ne regarderez un catalogue d’une grande marque de meubles de la même manière…. Récit d’un monde aussi pitoyable qu’aseptisé que celui,qu à des seules fins alimentaires, notre narrateur rejoint pour essayer d’utiliser le seul domaine où il pense exceller ; celui de la photo et qui jusque là ne lui apporte que des déceptions.
Cynisme quant à une sa vie bien plate et tournée sur des t’ chats plutôt pornos, sans vraiment de vie sociale, avec un père dont il faut payer les soins, avant de rencontrer Nathalie et d’emménager ensemble, le tout animé par les rencontres et les séances photos bien ternes au cœur de sa boîte dont les relations entre les employés sonnent si fausses. Si le monde du site porno va lui amener , un temps, Visions d’un monde peu reluisant. Attaque en règle d’une société d’ultra moderne solitudes et cela marche.
Une belle découverte. – Olivier Bihl
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Lorsque l’on est une jeune primo-romancière, oser un roman aussi déjanté que « Sauver les meubles » est culotté, pour cela, je tire mon chapeau à Caroline Zufferey. Pour le reste, comment dire ? J’ai eu un problème. Je n’ai pas totalement adhéré à cette histoire. Tout avait pourtant bien commencé, j’ai trouvé la première partie du livre drôle avec un brin de causticité dans la description de la fabrication d’un catalogue de meubles. J’ai trouvé le héros de l’histoire sympa et attendrissant dans son désir de s’accrocher à ce boulot sans intérêt. Il lui fallait bien vivre, payer son studio et la maison de retraite de son père, alors, à défaut de photos d’art, il se contente de photographier des meubles bas de gamme, qu’importe le cadrage, le sujet, les couleurs : « Plus de sentiment, plus d’implication. Du fade et du vide, tant mieux ». Dans la seconde partie du roman, notre homme change de cap professionnel et se retrouve impliqué dans la création d’un site porno et c’est là que tout a basculé pour moi, même si j’ai souri parfois, les scènes de sexe particulièrement détaillées m’ont rapidement agacées au point de rendre ma lecture laborieuse. Je reconnais à l’auteure une plume agréable, vive, caustique, mais, cela ne m’a pas suffi. – Isabelle Purally
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« Bref vous avez compris que « Sauver les meubles » n’est pas du tout le livre bien rangé et bien soigné que l’on pourrait croire. Il est au contraire, une sacrée étude sur nos comportements, un regard sociologique sur nos envies quotidiennes, sur ces produits marketés que l’on nous vend comme de le poudre aux yeux, comme nos rêves qui se rangent dans nos souvenirs, tiroirs bien huilés pour ne pas faire trop de bruit quand on les ouvre (de peur de surprendre quelques fantômes qui reviendraient). »… et pour lire le long et passionné billet de Sabine, c’est par ici.
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Dans le monde de la communication, les apparences prennent souvent le pas sur la réalité. D’où l’émergence de communicants chargés de mettre en valeur des personnes, des idées, des objets. Les discours deviennent alors le plus lisse possible de peur de heurter qui que ce soit, les valeurs sont aseptisées et les objets sont «contextualisés», pour utiliser le jargon employé dans ces cabinets-conseil et agences de publicité. Car depuis des années, on vend la promesse de belles soirées entre amis plutôt qu’une table de jardin ou un barbecue, un paradis pour enfants plutôt qu’un lit et une armoire.
Céline Zufferey a choisi de nous montrer l’envers du décor, d’explorer les coulisses de la création du catalogue de l’un des plus grands marchands de meubles. Elle met en scène un photographe qui ne peut vivre de son art, «obligé de passer de l’autre côté pour payer mon studio et la maison de retraite de mon père, dans le camp de la photo fonctionnelle.» et se voit contraint d’accepter cet emploi au sein du département chargé du catalogue, pièce-maîtresse du plan marketing de l’enseigne. Après avoir fait connaissance de «l’équipe formidable» qui l’entoure, le voici à pied d’œuvre. En plein été, voici venu le moment du catalogue de fin d’année: « L’œil dans le viseur, l’illusion est parfaite, impressionnante: je suis dans le salon d’un chalet, ce chalet se trouve à la montagne, entouré de sapins immenses et de neige épaisse. Je sentirais presque la chaleur des flammes dans la cheminée si j’arrivais à oublier le rugissement de la machine qui crache des flocons. Je me rappelle les photos placardées sur les bus : des plans larges, bien droits, mettre en avant le produit, valoriser le tapis à poil court, trouver le meilleur profil de la table à cent trente-neuf euros. Je cherche le cadrage qui réveillera chez le badaud la fibre du consommateur. » Si le narrateur est frustré, il se plie pourtant aux règles et va même trouver en Nathalie, l’un des modèles chargés de vendre l’illusion, une alliée. De quoi agrémenter un quotidien très normé.
Parmi les autres employés, Christophe s’ennuie également. Mais a une idée qui pourra leur permettre de se distraire, tout en se faisant un peu d’argent: monter un site pornographique. Rendez-vous est pris avec des acteurs professionnels et très vite les photos du narrateur rencontrent leur public. Vient alors le moment où il faut expliquer à Nathalie la nature de ce second job. Mais de peur de la heurter, notre narrateur va préférer taire ses activités.
Reste l’intuition féminine ou plutôt la perception d’un changement de comportement. Quelque chose se détraque dans ce beau monde aussi artificiel que parfait. Par petites touches, en juxtaposant le travail du catalogue avec celui du studio X, l’auteur nous ouvre les yeux sur la brutale réalité: les règles qui président l’un sont les mêmes qui régissent l’autre univers. On ment, on embellit, on trompe son monde.
Jusqu’à se tromper soi-même?
Un premier roman sans concessions et qui démontre déjà un joli sens du rythme. On y sent la phrase travaillée et le souci constant de ne pas se perdre en fioritures. C’est plutôt réussi! – Henri-Charles Dahlem
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Et encore d’autres avis à découvrir directement sur les blogs des lecteurs : Claire, Carole, Nicole, Héliéna, Geneviève,