Bénie soit Sixtine – Maylis Adhémar

« On n’invente pas des histoires aux enfants. On ne peut pas leur mentir. Au fond d’eux ils savent ».

Rideau noir. À mes frères et sœur. Ainsi s’achève le très émouvant et effroyable « Les éblouis » film dramatique de Sarah Suco sorti en salle en 2019. J’ai la gorge serrée. De la tristesse. Et une colère que j’ai du mal à contenir. Je ne l’avais pas encore vu et comme pour d’autres témoignages de victimes de communautés religieuses sectaires, je suis choquée. Je l’ai regardé en rebond de ma dernière lecture, Bénie soit Sixtine, premier roman de Maylis Adhémar. Là aussi, l’auteure s’inspire de sa propre vie et raconte l’histoire d’une famille qui s’isole au sein d’une communauté religieuse. Cela ne peut qu’être ainsi. Il faut l’avoir vécu pour pouvoir le raconter. Ces dérives ne s’inventent pas. A chaque fois, l’emprise commence au sein de la famille nous dit-on et à chaque fois, s’en sortir relève du miracle. Là où le film s’achève, le roman, lui, va plus loin. Il nous laisse à voir la libération, l’émancipation et l’éveil des sens. La vie après l’enfer.  
Je vous recommande cette lecture même si elle n’a pas été un coup de cœur. J’ai trouvé que le roman aurait pu notamment éviter certains facilités au niveau des dialogues et des caractéristiques physiques et morales des protagonistes. De même, la partie épistolaire ne m’a pas entièrement convaincue. J’ai eu par exemple du mal à visualiser les aïeux de Sixtine. En revanche, l’écriture narrative des sentiments, de l’émoi amoureux m’a beaucoup plu et notamment en fin d’ouvrage, une scène m’a particulièrement émue. 
Comme le film, ce roman est un témoignage de combat et de délivrance. Comme le film, il a le mérite d’alerter sur des pratiques catholiques dangereuses au sein des milieux fondamentalistes religieux. À voir. À lire. – Sandrine Chabot

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Ça pourrait se passer à une autre époque, sous une autre latitude avec des lieux de culte qui ne soient pas des églises… Cette lecture fut un choc qui va résonner longtemps en moi je crois. Comment une jeune fille a priori de bonne famille se fait vampiriser par des mœurs d’un autre temps? Comment l’accession au mariage comme au Saint Graal ne fait qu’ajouter un malaise supplémentaire à une existence diluée dans des conventions sociales réactionnaires ? L’onomastique est très bien orchestrée dans ce premier roman qui glace par son actualité. Si le personnage éponyme tire le reflet de l’étymologie grecque (polie, gentille) de son prénom, elle va surprendre par le tour de force que la mère qu’elle est devenue va accomplir alors qu’elle est devenue veuve (paradoxalement cette épreuve va d’ailleurs la sauver). Moi qui m’interroge sur la psycho généalogie et les marqueurs sociaux, j’ai trouvé de quoi méditer. Crush particulier car le refuge idéal se situe à quelques encablures de ma maison en Aveyron. – Delphine Palissot

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Sixtine est une jolie jeune fille, issue d’une bonne famille catholique, très pieuse. Étudiante en histoire de l’art à Rennes, elle rencontre Pierre-Louis, séduisant polytechnicien et catholique, également. À l’issue d’une cour discrète et comme il faut, ils décident de se marier. Sixtine accepte avec enthousiasme, à la demande de son futur époux,  d’arrêter ses études pour se consacrer à son destin de femme au foyer et mère de ses enfants à venir. C’est une mariée rayonnante,  au bras de son homme et seigneur, qui entame une vie qui la comblera, elle n’en doute pas.

Hélas, rien ne se passe comme prévu. Enceinte rapidement, sa grossesse se révèle éprouvante. Les soutiens se font rares dans son entourage. En lieu et place d’un peu de d’amour, d’amitié, de réconfort ou de compréhension, elle est laissée à le solitude de son devoir dans l’indifférence générale. Son mari ne se préoccupe que d’aller casser à coup de matraque, les ennemis de la France, fille aînée de l’Église : gauchos, immigrés, homosexuels, etc. Sa mère, stupide et névrosée, voit le péché partout. Quant à sa sainte belle-mère, mélange de cheftaine scoute et virago, elle lui ordonne à l’envi abnégation, soumission et prières.

Un événement tragique va alors modifier la donne et conduire  la douce Sixtine à ouvrir les yeux et tenter de renouer les fils de sa vie, loin de ce milieu toxique.

Que penser de ce livre ? L’embrigadement dans une dérive sectaire de la religion, ici catholique, où la loi remplace la foi, a de quoi faire réfléchir. Le personnage de Sixtine sonne très juste. Du désir de bien faire à la fuite, le chemin n’est pas aisé pour celle qui a été bien chauffée. Intelligente, elle pige qu’il ne sert à rien de discuter avec une famille persuadée de détenir la vérité. Cependant la narration m’a semblé déséquilibrée entre une première partie longuette (je n’en pouvais plus des prières), et une deuxième, le processus de libération, qui m’a laissée sur ma faim. En dépit de ces petits bémols (qui n’engagent que moi), Maylis Adhémar signe un premier roman marquant. – Hélène de Montaigu

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Quand j’ai résumé le début de ce roman qui m’a happée à une collègue, celle-ci m’a répondu : « mais c’est de la caricature … ! ? » Hélas non, je peux en parler pour avoir côtoyé ce milieu : un groupe qui forme une secte au sein de l’église catholique, qui refuse Vatican II, des gens intolérants, qui voient le mal partout, des intégristes redoutables quant au harcèlement moral dont ils sont responsables sur la jeunesse.

C’est avec cette minorité que Maylis Adhémar commence ce récit passionnant. Sixtine, donc, sixième enfant de la famille Duchamp rencontre Pierre Louis Sue de La Garde au cours d’un mariage, alors qu’elle est assise à la table des célibataires (pratique courante dans ce milieu afin de provoquer quelques rencontres propres à marier des jeunes « comme il faut »), et ne tardera pas à se marier avec lui. (Je vous laisse découvrir les détails de cette rencontre et de cette union et de la nuit de noce qui suit).

Et voilà notre Sixtine mariée, rapidement enceinte, et prise dans le carcan familial des « Sue de La Garde », géré par une belle mère sectaire, peu ouverte à la négociation, et qui SAIT ce qui est bon ou pas pour ses ouailles.

Le mari Pierre Louis ? détestable, fidèle à l’éducation qu’il a reçue, on peut d’ailleurs se demander s’il est responsable ou victime de cette éducation assistée par les « Frères de la Croix » qui brandissent allégrement cette croix pour inciter à la haine et à la violence. Membre de la « milice », il se plaît à aller casser le gauchiste, molester le païen, pourfendre le musulman parce que son Dieu, c’est le vrai, le bon et lui, Pierre-Louis sorti de l’X, détient la vérité.

Sixtine quant à elle, est un bel exemple de la femme privée de liberté, comme toutes ses belles-sœurs qui ont fait des études pour ensuite tout abandonner et élever seules cinq ou si rejetons sans compter sur l’aide du père, et qui devront accoucher dans la douleur, dire « Amen » aux décisions du mari, de la belle-mère et se plier sans se plaindre.

Suite à un grave incident, Sixtine est accueillie chez belle-maman, séjour qui se passe mal pour la bru qui ne peut d’ailleurs pas non plus compter sur l’aide de sa propre mère…

 Alors Sixtine s’enfuit avec Adam, son bébé, elle se retrouve dans un village en Aveyron, intègre la communauté, fait connaissance d’une nouvelle paroisse, conserve sa pratique religieuse qui s’adoucit, réfléchit, observe, chemine, évolue, même si cela lui semblera bien difficile en raison du poids de l’éducation qu’elle a reçue, oscillant entre ses croyances et ses principes et la philosophie de ses nouveaux amis, gentils, tolérants, abusant souvent des agréments de l’existence sous forme de substances illicite ou pas, à l’attitude extrême en comparaison avec sa vie passée.

Et Sixtine se pose mille questions, troublée par ce qu’elle peut lire sur internet concernant son ex-communauté, perturbée par un secret de famille qu’elle découvrira (et qui se dévoilera eu lecteur tout au long du récit).

Ce merveilleux roman est l’histoire d’un accouchement dans la douleur et le doute, d’une naissance ou plutôt de la renaissance d’une jeune fille qui va s’ouvrir telle une fleur et commencer à goûter à cette vie qui lui était interdite, la vraie vie, la vie ordinaire, mais elle va devoir se reprogrammer et se libérer du prêt à penser qu’on lui a servi depuis son enfance.

Je me suis apaisée avec Sixtine tout au long de ce pèlerinage vers la liberté, un peu comme si j’avais pris sa place.

Un très beau premier roman, qui conduit à espérer que d’autres suivront !         – Roselyne Soufflet

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Sixtine est issue d’une famille profondément catholique. Très pieuse elle aussi, elle rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde (ça ne s’invente pas) qui ne tarde pas à la demander en mariage. Le jeune couple emménage à Nantes. Mais Sixtine n’est pas heureuse : les rapports intimes avec son mari sont tout sauf satisfaisants, et, très vite enceinte, elle supporte mal sa grossesse. Autour d’elle, sa belle-mère lui serine qu’elle doit endurer ses douleurs sans se plaindre, comme une bonne chrétienne. Sixtine culpabilise, s’astreint aux prières, accepte de tenir le rôle de « croisée » dont on la charge, et craint de décevoir un mari souvent absent, fort actif dans un groupe catholique d’extrême-droite appelé Les Frères de la Croix. Mais au cours d’une manifestation entre les membres du groupe et des militants gauchistes, elle commence à ouvrir les yeux sur un monde qu’elle ignorait.

Sixtine vit dans un autre monde. Un monde où une femme enceinte n’est pas fatiguée, supporte ses nausées avec le sourire et n’envisage pas d’accoucher sous péridurale. Tu enfanteras dans la douleur. Un monde où l’acte sexuel se borne à cinq minutes d’une gymnastique douloureuse et décevante. Un monde bien comme il faut, bien rangé, où l’on porte jupe longue et mocassins plats, et où l’on récite le rosaire pendant une heure à genoux – enceinte ou pas. Ce début de roman fait bigrement songer à la série Unorthodox récemment diffusée sur Netflix, qui mettait en scène un milieu juif ultra-orthodoxe. Les intégrismes se ressemblent, tout autant que cette façon de vivre hors du monde réel, et de perpétrer des traditions désuètes et, pour certaines, dangereuses. On frôle le sectarisme. Sixtine est comme Esther à ce point embrigadée dans des valeurs et des croyances d’un autre âge qu’il lui faudra du temps pour réaliser pleinement la dangerosité du monde dans lequel elle vit. Ce n’est qu’une fois devenue mère qu’elle ouvre enfin les yeux et qu’elle a le courage de fuir. Il en va de sa survie. Cependant, son intégration dans le monde réel ne va pas de soi et montre à quel point il est difficile, et douloureux, de se libérer de tous les réflexes inculqués depuis l’enfance. Sixtine ne renie ni sa foi ni ses valeurs, elle découvre l’humanité. – Emmanuelle Bastien

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Sixtine grandit dans une famille ultra-catholique, fermement attachée à l’approche traditionaliste des « Frères de la Croix ». Le mouvement (factice, mais il y en a des semblables qui existent pour de vrai) rejette Vatican II, qui a modernisé l’Eglise dans les années 1960, ne reconnaît pas l’autorité du Pape, accusé d’hérésie et d’apostasie, et refuse les évolutions de la société, considérées comme la preuve de la déliquescence de la France. Dans le monde de Sixtine, les messes se disent en latin, on ne commence pas un repas sans bénédicité, on communie le ventre vide et on souffre en silence, car toute souffrance est une épreuve voulue par Dieu.

On peut compter sur les doigts d’une main les écarts que Sixtine a faits au cours de son enfance, pour lesquels elle a été sévèrement recadrée ou s’est spontanée repentie, dans des actes de contrition qui ne suffisaient pas à la rassurer sur sa valeur aux yeux du Seigneur. Ils lui ont néanmoins donné l’idée qu’il y avait un autre monde que celui dans lequel elle baigne, même si elle s’interdit d’y penser.

Lorsqu’elle rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde, elle est transportée de joie. Cet homme va lui la faire grandir en droiture, ensemble ils offriront à l’Église un maximum de nouvelles âmes chrétiennes. Au moins cinq ou six en tout cas. Sixtine ne connaît pas très bien celui qu’elle épouse, mais qu’importe, il répond à tous les critères attendus, elle le trouve beau et courageux, un vrai légionnaire du Christ, prêt à défendre la France chrétienne et vertueuse contre les homosexuels, le mariage pour tous, les féministes, les Noirs, les Arabes, les Juifs, les altermondialistes, les amateurs de hard-rock, et bien d’autres « fléaux » encore. Cela sonne comme un discours d’extrême-droite ? Ça l’est. Mais dans le milieu de Sixtine, c’est ainsi que l’on pense.

Rapidement, le premier héritier s’annonce. Cependant, la grossesse de Sixtine est un calvaire et alors que le terme approche, un événement tragique secoue ses convictions. Elle a beau chercher à faire taire cette petite voix qui lui dit que ce qu’elle vit n’est pas normal, elle l’entend, de plus en plus fort. Jusqu’au jour où la coupe déborde. Alors, enfin, elle ose tout envoyer valser.

Bien que sans cris ni larmes, cette rébellion est violente. Sixtine est propulsée dans le XXIe siècle sans être absolument prête à faire face à une société sécularisée et basée sur le libre-arbitre. Pourtant, en se jetant à corps perdu dans cette fuite, elle sauve sa vie et conquiert sa liberté de penser.

En prenant comme toile de fond le milieu très fermé des catholiques intégristes, Maylis Adhémar n’a pas choisi la facilité pour son premier roman. Elle réussit néanmoins le tour de force de ne pas tomber dans la caricature et ne dénigre jamais la foi catholique. Elle se contente, voudrait-on dire mais cela ne rend pas hommage à la qualité de son texte, de décrire avec beaucoup de justesse ce monde extrémiste et rétrograde. Elle ne juge pas, car le fond de son propos n’est pas tant de mettre en lumière et critiquer ce milieu sectaire que de raconter l’histoire d’une émancipation, d’une renaissance.

Mené tambour battant, ce roman se lit d’une traite. On le referme un peu secoué et avec la ferme conviction d’avoir entre les mains l’une des pépites de la rentrée littéraire 2020. – Claire Séjournet

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Bénie soit Sixtine c’est un livre qui remue et qui évoque l’émancipation. Franchement, on n’est pas bien loin du coup de cœur. 

On plonge en fait dans la sphère catholique ultra-pratiquante où la femme a pour but d’enfanter et surtout de ne pas vraiment donner son avis ou s’opposer à son mari mais plutôt de suivre les traditions dans le respect de la foi comme la communauté l’entend. Seulement voilà le mari de Sixtine meurt, c’est alors le début de la prise de conscience. Quand Sixtine s’aperçoit qu’elle doit faire ce que lui dicte sa belle-famille sur le deuil ou encore sur le prénom de son bébé, elle finit par prendre la route et partir, partir pour découvrir comment c’est ailleurs. Ce roman est intéressant bien évidemment du point de vue de l’émancipation de Sixtine mais il pousse aussi à combattre les préjugés qu’on a tous les uns envers les autres dans la société. Des personnes qui de prime abord n’ont rien en commun avec Sixtine vont finalement presque se révéler être une seconde famille ou quoiqu’il en soit des personnes de confiance. Et puis il y a aussi, le retour aux sources, sur les traces de sa grand-mère, cette femme qui a vécu un drame : celui d’être rejeté par sa fille. 

Bénie soit Sixtine c’est un roman parfois dur, qui met aussi en colère mais c’est aussi bourré de sensibilité. Bref une très mais alors très belle découverte !  – Clémence Dubois

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Ce premier roman est le récit poignant d’une émancipation, celle de Sixtine, jeune femme pieuse qui se libère de l’emprise d’une secte catholique intégriste tendance extrême-droite. Une lecture forte qui a fait écho à la formidable mini série diffusé sur Netflix, Unorthodox , qui racontait la fuite d’Esther de son milieu juif orthodoxe.

La première partie est remarquablement édifiante. Avec minutie, Maylis Adhémar décrit les rites de cette frange catholique fondamentaliste. L’immersion est totale, presque ethnographique. Même si j’avais déjà vu des reportages sur ce sujet, j’ai été interloquée par la violence de ce milieu. A l’égard des femmes d’abord. On colle au pas de Sixtine, à son ressenti, à son chemin de croix qui débute avec sa grossesse qu’il faut endurer les dents serrés, une tisane aux feuilles de framboisier étant vu comme le mal car soulageant des douleurs voulus par Dieu. Violence tout court lorsqu’il s’agir de mêler religion à la xénophobie et au nationalisme le plus extrême, jusqu’à organiser des opérations coups de poing contre les ennemis de la « bonne France ».

Cela aurait pu donner lieu à un récit manichéen et caricatural mais l’auteure parvient à trouver le ton juste, la bonne distance pour se concentrer sur l’évolution de Sixtine. Au départ, elle ne veut pas forcément s’émanciper, on lui a bien trop appris que l’extérieur, l’autre c’est le Diable. Son désir de liberté est bine plus organique, plus instinctif : elle va devenir mère et veut sauver son enfant.

Le scénario mis en place est très bon, avec un point de bascule tragique qui sert de catalyseur à la fuite de Sixtine. C’est à partir de là que je suis moins convaincue par la deuxième partie, celle de l’ouverture au monde qui va lui donner envie, cette fois, de s’émanciper totalement sans perdre sa foi. Son combat intérieur est bien rendu, entre petites avancées et reculs, mais le chemin d’émancipation est très convenu avec beaucoup de clichés. Il n’était pas nécessaire, à mon avis, d’aller aussi loin dans les antipodes, entre les squatteurs, la ferme autogérée et une solidarité, certes réelle et bienveillante, mais qui ressort un peu trop gentillette. J’ai un peu décroché à ce moment-là …

… pour me raccrocher aux interstices du récit : ces très belles lettres écrites par la grand-mère de Sixtine à sa fille, la mère de Sixtine. Une autre temporalité, une autre fuite du milieu familial, dans l’autre sens. En fait, les personnages des mères, celle de Sixtine et sa belle-mère auraient pu être passionnants à condition d’être plus mis sur le devant de la scène. – Marie-Laure Garnault

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Je tiens à dire avant toute chose que j’ai adoré ce livre.

Posée cette affirmation, il faut bien dire que la lecture est difficile. L’emprise dans laquelle se trouve cette jeune femme qui ne sort de sa famille que pour épouser un jeune homme validé par la dite famille.

Elle pense avoir validée, elle aussi tout ce monde de vie, mais finalement a t elle connue quelque chose d’autre. Que connait elle de la vie ?

Un sentiment de malaise s’empare du lecteur sans plus le lâcher au fil des pages.

Je ne peux pas dire cette fois que ce fut un plaisir de lecture, non c’est certain, mais ce fut une lecture absolument époustouflante.

On pourrait imaginer avoir envie de secouer cette héroïne tellement naïve vis a vis de sa famille et de sa belle famille, mais non on reste toujours dans l’empathie et l’envie de la voir ouvrir les yeux.

Une très très belle réussite. – Emmanuelle Coutant

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La nausée …. c’est celle qui va vous saisir durant toute la lecture de ce premier roman choc. Je ne parle pas du livre en lui- même, bien sûr, mais de la plongée dans les abîmes sectaires des familles catholiques les plus intégristes.

Ce roman vaut aussi pour le récit choral dans lequel nous sommes plongés ; le récit de vie de Sixtine et en écho les lettres d’Erika, une jeune femme, issue d’une famille juive et russe en exil, ayant fait le choix d’une vie de bohème, d’une artiste de cirque et de son compagnon Dan qui adresse ses écrits à sa fille ; Muriel, sans forcément avoir de retour. Le drame que ces parents vont vivre à travers le progressif dénigrement puis le rejet total de cette enfant, happée par une vision idyllique des valeurs de la religion chrétienne, est probablement au cœur du destin de la narratrice.

Le gros du récit reste celui de la narratrice principale..  Sixtine. Elle nous entraîne dans ce qui va durer un peu plus d’une année son calvaire, sans mauvais jeu de mots, dont la mère puis la belle – famille, lui ont imposé le cadre. Une éducation idéalement catholique successivement imposée entre monastères, camps d’été des Frères de la Croix et bien entendu, uniquement des écoles religieuses privées sans aucune autre alternative et la seule fréquentation de catholiques pratiquants. A l’occasion du mariage en grandes pompes d’Hugo et de Marie – Sophie, la jeune Sixtine fait la connaissance du très jeune et distingué Pierre – Louis Sue de La Garde, brillant étudiant de l’ X et évidemment le gendre idéal aux yeux de sa mère. L’histoire apparaît si belle à la jeune Sixtine naïve et pure, elle se poursuit par un mariage et comme il se doit par une grossesse…. N’était – il pas écrit que toute bonne épouse catholique doit être la femme au foyer et offrir à son époux et à sa belle – famille une descendance prolifique, à l’image du reste des frères et sœurs de Pierre – Louis ? C’est à partir de là que tout va se gâcher ; attendant de son mari amour passionné, cette grossesse, neuf mois après le mariage commence n’est pas cet idéal que Sixtine attendait, elle la rejette même par les douleurs que cela engendre (douleurs qu’elle doit forcément percevoir comme étant belles et justes). Le mari prévenant est absent , trop occupé par la milice intégriste qu’il dirige et les actions punitives violentes qu’ils mènent contre la laïcité, les défendeurs du mariage gay, les étrangers, les juifs… Muriel, la mère de Sixtine, sa belle – mère entendent bien la mettre sous tutelle complète (accouchement à la maison, pas de péridurale, choix du prénom de l’enfant…) et se révèlent comme les suppôts de Pierre – Louis. Cela d’autant plus qu’au cours de ses virées violentes, il est impliqué dans un meurtre et va être tuer, laissant ainsi Sixtine jeune veuve enceinte, à la merci de sa belle mère et de Muriel.

Alors commence la lente mais nécessaire émancipation de Sixtine des clichés les plus arriérés des pratiques religieuses catholiques, et cela en réaction à la tentative d’accaparation de son bébé par sa belle – famille. Dans sa fuite avec son enfant, Sixtine va se retrouver écartelée entre les convictions religieuses qu’on lui a inculquées et la réalité d’une vie plus normale, au cœur même du genre de communauté honnie par sa famille. Un nouveau destin chaotique et de profonde remise en question peut alors se dessiner pour probablement une forme de rédemption bien différente de celle attendue à l’origine.

Ce récit est poignant, d’une grande sensibilité, les interrogations posées sont nombreuses et cela même auprès d’un lectorat éclectique et probablement aussi catholique. – Olivier Bihl

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Un premier roman qui aborde le sujet de l’intégrisme religieux, catholique.
Sixtine, déjà un sacré prénom pour ce 6e enfant de Muriel. Sixtine est élevée dans le cadre traditionnel de petits bourgeois nantais pratiquant. Elle va à la messe, elle prie tous les soirs, elle est allée dans les centres de vacances des « frères et soeurs de la croix », a fait des retraites dans des couvents. Mais adolescente, elle sera répudiée de cette communauté des frères et soeurs De La Croix car elle a eu le culot de jouer au foot en short avec les garçons.
Mais c’est du passé et elle est devenue une bonne jeune fille catholique, sa soeur, elle est devenue même une bonne soeur, Zélie est devenue soeur Thérèse de Jésus. Elle rencontre Pierre Louis, fils d’une famille traditionaliste et bourgeoise bretonne. Fiançailles, mariage et début de vie d’un couple dans la bonne tradition intégriste catholique. D’ailleurs Pierre Louis appartient à la milice des frères De La Croix. Elle tombe enceinte et cet état est très difficile pour elle, elle sera aidée par sa belle famille. Mais un drame se déroule, elle devient veuve d’un martyr et elle va devoir faire des choix de vie.
Beaucoup de questionnement alors pour cette jeune fille et son fils.
Un texte avec un portrait touchant d’une jeune fille qui va se chercher, se questionner, s’affronter à la vie, mettre en doute beaucoup de vérités dont on l’a asséné pendant son enfance. Un texte sur la foi et sa façon de la pratiquer dans nos temps modernes.
Un texte qui parle très bien de ce milieu traditionaliste, intégriste, religieux, un milieu catholique mais cela pourrait se passer dans n’importe quelle religion.
Des personnages secondaires touchants, irritants, ambivalents.
Un texte très romanesque avec des familles aux racines diverses : le portrait d’êtres humains qui essaient de se trouver, qui sont enfermés dans des carcans sociaux, religieux, idéologiques.
Beaucoup de délicatesse et jamais d’ a priori dans la description des personnages, que ce soit cette belle mère, sorte de dragon intégriste, que ce soient ces pirates des fermes ariégeoises et surtout un beau portrait de cette jeune Sixtine, avec ses questionnements, ses doutes, ses fantasmes, ses peurs…
Et la description de régions, que ce soit ces maisons bourgeoises à Nantes, ses petits villages et ces fermes isolées, cette vie en province mais ouverte vers le monde, avec ce beau portrait de ce père Benjamin, qui va accueillir des migrants dans cette campagne, ces jeunes hippies qui vont venir faire des concerts au bistrots des Amis malgré les premières réticences des villageois.
Un très réussi premier roman. – Catherine Airaud

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Un milieu catholique traditionaliste autour de la famille Sue de la garde accueille Sixtine dans sa grande famille le jour où cette dernière lui est présentée comme devant devenir l’épouse d’un de ses fils. En aparté on  surnomme la mère de famille  « l’adjudant »  Oh ! il n’y a pas de mésalliance ! Sixtine est d’une famille ultra catholique, mais son père a « osé » ruer dans les brancards lorsque sa fille avait été punie, à 10 ans, pour avoir porté un short trop court de 4cms lors d’un camp chez les Frères de la croix.

Sixtine a toutefois grandi, bien sage, dans le milieu que ses parents ont choisi, pour des raisons plus ou moins obscures qui se révéleront au cours du récit.

Un drame survenu sur fonds de loi sur le mariage pour tous  va changer la vie de la jeune femme et la propulser, pour sauver son enfant et se sauver elle-même dans le monde réel qu’elle découvre, ébahie.

Elle ne va pas rompre avec la religion mais essayer de s’insérer dans une paroisse  normale dans un village où personne ne la connait.  «  C’est le laxisme de Vatican 2 à ciel ouvert  aurait dit Madeleine »

Elle n’en revient pas ! Cette amitié qui circule entre le prêtre que l’on appelle par son prénom, sa voisine qui lui propose d’aller boire une bière en faisant attendre le bébé qui n’a pas encore si faim, ce couple agé, piliers de la paroisse qui vont devenir parrain, et babby sitter d’Adam.

Car oui ! le bébé s’appelle Adam et non Foucault comme la grand-mère paternelle  persistait à l’appeler faisant fi de son état civil.

Il y a dans ce roman de très belles descriptions de la relation entre une mère et son jeune enfant qu’elle observe grandir.

Au fil des pages, Sixtine se libère de la gangue dans laquelle elle était enfermée.

Écrit dans un style concret, alerte, ce roman se lit avec un grand plaisir. – Marie-Hélène Poirson

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Premier roman passionnant sur un thème assez peu abordé en littérature. Maylis ADHÉMAR situe son intrigue dans les milieux fondamentalistes catholiques d’extrême-droite.

Sixtine, la jeune femme pivot du récit, est complètement sous emprise. Petite jeune-fille pieuse et bien rangée, elle croit avoir trouvé le grand amour en la personne d’un brillant polytechnicien qui gravite dans son milieu très fermé. Vite mariée et aussi vite enceinte, sa grossesse se passe mal. Elevée dans une conception patriarcale misogyne, elle sait que sa vie ne doit être que souffrance, abnégation et prière…. La naissance du bébé lui donne la force de se rebeller et de remettre en question son éducation et ses croyances.

Ce roman n’est pas caricatural. Maylis ADHÉMAR ne critique pas la religion. Elle décrit des faits sans juger. D’ailleurs, si Sixtine échappe à l’emprise de son milieu, elle n’en continue pas moins à prier et conserve sa foi. Les mères sont criantes de vérité, cette conception de la religion leur conférant un pouvoir redoutable au sein de leur famille. Les Frères de la Croix ne sont pas une invention et sont actifs auprès des jeunes. Des groupuscules d’extrême-droite, sous couvert de religion, extériorisent leur violence et leur haine de ceux qui ne leur ressemblent pas (Voilà qui rappelle un certain suprématisme blanc dont on vient de beaucoup parler!). Des Fous de Dieu, il y en a dans toutes les religions.

Un secret de famille corse le récit. Entre les chapitres s’intercalent des lettres, écrites par la grand-mère de Sixtine à sa fille, qui expliquent comment cette dernière s’est peu à peu convertie à ces extrémismes.

La première partie, dans les milieux très fermés des catholiques fondamentalistes, m’a passionnée. Il faut dire que Maylis ADHÉMAR les connaît bien. La seconde partie, celle de l’émancipation, m’a moins convaincue, un peu trop irréaliste, bisounours. Mais l’ensemble, pour un premier roman, est remarquable. A suivre ! – Françoise Floride

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Mais que voilà une lecture fort agréable et fort intéressante…Dans ce premier roman plutôt bien ficelé, Maylis Adhémar, jeune journaliste toulousaine, aborde la thématique de l’extrémisme religieux sur un versant où l’on n’est guère habitué à la voir chatouillée, le pré carré des catholiques traditionalistes. Elle nous y plonge aux côtés de Sixtine la bien-nommée, sixième de sa fratrie bien peignée, élevée au grain (de chapelet) dans un but ultime : quitter son horizon délimité par les glands des mocassins de son père et le serre-tête de sa mère pour rallier celui de son époux et croître et multiplier sans mollir ! Ses études ? Elle fera une croix dessus. Comme sur tout le reste d’ailleurs, à tour de bras et plusieurs fois par jour. Elle priera à genou sur le tapis de son salon, se soumettra sans joie au devoir conjugal (ferme les yeux et pense aux héritiers Sue de La Garde) et suivra docilement Pierre-Louis dans les rassemblements des Frères de la Croix, courbant la tête sous sa mantille tandis que son mari, à la coupe bien dégagée autour des oreilles, prêtera serment parmi ses petits camarades de milice.

Extrémistes ? Vous avez dit extrémistes ? Maylis Adhémar a si bien su trouver les mots pour restituer le climat de fanatisme bon teint dans lequel grandit et baigne Sixtine que l’on en a, bien souvent froid dans le dos. Elle rappelle, sans forcer le trait de la comparaison, que charité bien ordonnée commence par soi-même et que terrorisme ne rime pas forcément avec exotisme. À travers les yeux de Sixtine qui peinent tant à se déciller, à travers la peur de Sixtine qui se dresse de toute la force des habitudes ancrées et rassurantes devant ses pas hésitants vers une autre vie, elle nous fait entrevoir la puissance et les ravages d’un endoctrinement bien mené et ce qu’il faut de courage et d’instinct de survie pour oser sortir des ornières où l’on voudrait vous maintenir. Elle fait également entendre, comme un bourdon discret mais obstiné, cette petite note entêtante qui rappelle à qui ne veut pas l’entendre que chacun a droit à ses choix. Même s’il m’est arrivé de me dire que certaines longueurs auraient pu être évitées, même si la fin m’a semblé (doublement !) acrobatique, de très bonnes choses, donc, dans ce premier roman audacieux au personnage central touchant, voire troublant. – Magali Bertrand

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Trois générations se succèdent, empruntant des itinéraires opposés, comme si à chaque fois les valeurs qui construisent un destin devaient être bafouées par les enfants.

C’est Sixtine qui ouvre le bal, si l’on peut dire, et si bal il y a, ce serait l’une de ces rencontres destinées à éviter que la progéniture n’aille se fourvoyer dans des mésalliances désastreuses pour les traditions. Et la tradition, ici, c’est celle d’une religion envahissante, jetant son ombre grise sur tout ce qui pourrait donner du sel à la vie. Si les jeunes filles se lancent dans des études, parfois prestigieuses, c’est pour mieux dégoter le futur père de leur nombreuse descendance, marquée du sceau de la convenance et des exigences d’un Dieu peu magnanime. C’est ainsi que Sixtine croise sur son chemin balisé Pierre-Louis, le gendre idéal. Mais rapidement la jeune femme va comprendre que l’homme qu’elle a épousé cache des tendances pour une idéologie extrémiste. 

Les femmes ont une place bien claire dans cet échiquier. Ce sont les futures mères de nombreux petits croisés, mis au monde dans la douleur. De mère en fille, les transmissions  ne laissent aucune place à l’empathie. Et pourtant…les lettres qui sont intercalées entre les chapitres consacrés à Sixtine laissent entrevoir un passé bien différent.

Le roman épingle sans concession les excès d’une religion dont les textes fondateurs sont interprétés, au mieux au premier degré, et au pire avec une intention claire d’asservir les adeptes. Comme dans la plupart de ces mouvements , le statut de la femme est celui d’une paria, qui porte en elle le péché originel et responsable de la concupiscence des hommes. 

Sans jeu de mots, la mauvaise foi règne en maître au sein des fidèles, aveuglés par un discours manichéen et fermé.

Le roman est fort bien écrit et bien construit, et on reste au fil des pages suspendu au destin de Sixtine et au dénouement des recherches sur ses origines. – Chantal Yvenou

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L’auteur dans ce premier roman va ouvrir la porte de sortie à son héroïne, Sixtine.

Oppressée, maintenue, embrigadée dans la communauté intégriste catholique où elle a grandi, Sixtine avait un chemin tout tracé, une destinée auprès de son époux, Pierre Sue de la Garde.

Elle va s’émanciper et fuir ce monde sensé détenir la sainte vérité et porter les valeurs de la France !!!

J’ai adoré suivre cette femme pleine de courage et si libre !!

Histoire très bien menée !!!

Un premier roman qui dénonce toute forme d’intégrisme mais surtout une magnifique histoire de femme à découvrir !! – Alexandra Lahcène

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Ce livre ne dénonce pas mais parle d’une réalité, plus exactement des nombreux visages du catholicisme, entre extrémisme dangereux, presque guerrier, pratique rigoureuse, ascétique et choix éclairé, plus apaisé…Il expose nombreux clichés qui colorent notre société, lesquels comme tout cliché, sont toujours un peu fondés sur un réel mais démontrent comment derrière chaque représentation, surgit le singulier, la singularité de chaque individu, le commun de nos existences esseulées et chargées de passés, de dettes, tous à aspirer être enfin libres d’être soi sans courir le risque d’une exclusion, d’une ségrégation…

Sixtine, 6ème enfant d’un couple catholique, élevée dans une tradition rigoureuse, voire rigoriste de la religion, rencontre et épouse un jeune homme de son rang, un mari exemplaire, dans la droite ligne d’une éducation vouée à Dieu, à ses messages reçus, lus, et diffusés selon une interprétation toute singulière, branche radicalisée d’un catholicisme en croisade. Sixtine est douce, gentille, naïve et ne voit le mal nulle part. Elle a confiance aux adultes qui l’entourent et lui enseignent. Jeune femme, elle éprouve du trac, mais aussi le tremblement du désir à l’orée d’un amour et d’un plaisir charnel dont elle ignore tout et qu’elle espère malgré tout plus grand qu’un devoir conjugal et fécondant…

La narration nous pose sur l’épaule de Sixtine qui découvre, observe, se heurte, s’éprouve…et nous voilà au plus près d’elle, de ses pensées, de sa conscience, entre culpabilité et repentance, de sa spontanéité, sa curiosité et son éveil progressif…Et cette voix alterne avec des lettres, lesquelles dévoileront peu à peu un secret de filiation, d’origines.

Le roman nous prend dans ses filets, il y a un suspens, une horreur d’autant plus nauséabonde que policée et structurée, un semblant de cavale courageuse, tremblante, et un mystère, une quête de sens dans les énigmes qui circulent dans les hérédités. Rien ne bascule dans le drame malgré la tragédie : pas de pathos exacerbé et le personnage innocent et réfléchi de Sixtine vient ainsi contrebalancer avec l’ignominie d’une emprise sectaire qui se cache derrière un Dieu amour pour diffuser la haine rance et la violence qui l’agit jusqu’au crime.

C’est une découverte que ce premier roman, une découverte intéressante : j’ai ressenti le désir sincère et enjoué de conter une histoire, de défendre  l’essence des rapports humains quand le vrai jaillit dans la rencontre de nos différences et l’alliance de nos vulnérabilités, quand la lumière de la vérité prime toujours sur le retors du secret et l’ombre du déni et de l’ignorance. L’amour maternel réchauffe et enchante littéralement. L’auteur, derrière le personnage de Sixtine, évite l’écueil d’un ton trop tranché, le contourne aussi peut-être.., mais ainsi distille intelligemment le regard inédit, candide à tenter de préserver pour accueillir ce que l’on ne connaît pas, ce que l’on ne comprend pas, ce qui jure avec nos codes, et pour entendre quand court la réelle bienveillance en tolérance des uns des autres. – Karine Le Nagard

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Corps et cœur d’innocence et de douceur dans un monde brutal et intolérant.

L’embrigadement, l’abandon des autres et de soi, l’ouverture du cœur sont autant de sujets bien traités.

Je suis, malheureusement, restée au seuil des émotions. – Stéphanie Justin

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« La foi authentique et l’intolérance sont souvent les deux faces d’une même médaille. » – Haruki Murakami, 1Q84, livre 3 : octobre – décembre

« La liberté n’a pas de visage. Elle ne ressemble à rien d’imaginable. Elle nous joue des tours et se moque bien des promesses que nous nous faisons à nous-mêmes. »

Pour son premier roman, Bénie soit Sixtine, la journaliste toulousaine Maylis Adhémar s’empare d’un sujet délicat (comprenez casse-gueule, mais en présence des Sue de La Garde, que voulez-vous, je choisis mes mots !) : l’intégrisme religieux dans les familles catholiques, thème quelque peu oublié en littérature.

Voilà l’oubli réparé.

Comme l’indique son prénom, Sixtine est la 6e enfant de Muriel et Bruno Duchamp. Elle a été élevée dans la religion catholique stricte des Frères de la Croix. Ce mouvement fictif, mais il en est d’autres bien réels, ne reconnaît ni le concile œcuménique Vatican II (pensez ! une trahison qui dans les années 1960 a fait entrer l’Église dans la modernité) ni l’autorité du pape (un hérétique apostasique !).

Voilà le décor planté.

Le monde de Sixtine est un monde où les femmes parlent peu (de toute façon, on les écoute peu), où les messes en latin durent plus de deux heures, où l’on ne peut recevoir la communion qu’après confession, où le bénédicité ouvre chaque repas, où l’on prie à heure fixe, agenouillé sur le tapis du salon face à l’autel qu’accueille chaque foyer, où toute souffrance est un signe juste envoyé par le Seigneur pour mettre la foi à l’épreuve. Et où, cela va sans dire, on se marie entre gens de la même obédience pour donner naissance, dans la saine douleur, à une opulente descendance.

Dans ce monde-là, la vie de la pieuse, bien que déjà un peu rebelle, Sixtine est tracée depuis sa naissance. 

« Un chapelet en pénitence, ce putain de chapelet, avait pensé Sixtine une dernière fois avant de se soumettre, Marie-Madeleine repentie. » 

Quand Pierre-Louis Sue de La Garde, entraperçu quelques heures lors des noces de Marie et Hugo, fait sa demande, Sixtine sait que ce mariage est le « cadeau du ciel » qu’elle et ses parents appelaient de leurs vœux.

« Le surlendemain, de son costume de ville bleu marine, Pierre-Louis sort une boîte, dévoile une bague de fiançailles en or, sertie d’une améthyste. Il déclare vouloir cinq ou six enfants, précise que son entreprise marche du tonnerre, Sixtine peut arrêter là ses études, pas la peine de s’embêter à chercher un travail, elle aura fort à faire avec les héritiers Sue de La Garde. Ils arriveront bientôt et occuperont tout son temps. »

Bien qu’elle ne connaisse presque rien de son futur époux, qu’il vienne d’une très bonne famille en vue de la petite bourgeoisie nantaise suffit à faire de lui une perfection de mari…  en tous points détestable !

« Dans l’assistance, on est ravi. Et le père Mathias monte en chaire.

— Mes enfants, sur vos épaules repose une lourde tâche, celle d’être des époux catholiques dans un monde païen, celle d’être des parents de nouveaux petits croisés qui devront grandir au milieu de ce peuple renégat. Pierre-Louis et Sixtine, tous les enfants que Dieu vous donnera seront une grâce et une grande bénédiction. Comme disait notre fondateur, le frère André, « en ces temps de décadence et d’apostasie, cela devient même un devoir ». »

Amen !

Sixtine mariée, l’étau des Sue de La Garde vient de se resserrer sur elle. Il ne se desserrera pas. Du moins pas tout de suite et à condition qu’on l’y aide.

Madeleine Sue de La Garde, la belle-mère, est une femme intransigeante, d’une rigidité glaçante « fille de saint-cyrien, épouse de saint-cyrien, mère de cinq garçons et de trois filles, grand-mère de sept petites têtes blondes, et responsable de la chorale au camp d’été pour jeunes des Frères de la Croix ». Pour elle, « peut-être » n’est pas une réponse acceptable. Quant à « non »… avez-vous perdu la tête ? Elle régente tout, se mêle de tout, y compris du prénom de ses petits-enfants (celui de Sixtine et Pierre-Louis s’appellera Foucault), de la méthode d’accouchement (dans la douleur et sans péridurale), de l’allaitement (au sein), etc. 

Il faut qu’on plie, qu’on obéisse, qu’on se taise !

Pierre-Louis, lui, œuvre très activement au sein de la Milice de la Croix en faveur d’une France vertueuse et n’hésite pas à mener des expéditions punitives contre tous ceux qui la souillent, des homosexuels aux Noirs en passant par les Juifs, les Arabes et qui sais-je encore tant la liste des renégats semble sans fin.

La candide Sixtine, elle-même, pense être à sa place au milieu des jeunes « filles de la Milice de la Croix. Missionnaires, leurs pas glissent sur la chaussée du monde pécheur. Les dix commandements dans leur sac à main. Elles les feront leurs, elles les partageront. Ce soir, douze femmes résisteront au vice pour l’amour de Dieu. Sixtine est fière. Elle fait partie de ces apôtres du nouveau temps. Une joie pure s’immisce dans son cœur. Elle n’est pas seulement une femme sur le point d’enfanter, mais une résistante, une combattante de Dieu, une héroïne de la chasteté. »

« Sur le point d’enfanter ? » Cet enfant – mieux ! ce fils – rondement annoncé est sur le point de venir au monde quand la vie de Sixtine bascule en une nuit. Je ne vous dévoilerai rien de l’évènement qui achève d’ébranler les convictions que sa vie maritale avait déjà fait vaciller, et qui jette Sixtine et son petit Adam (Oublié Foucault !) sur le chemin chaotique de l’émancipation.

Direction plein sud, vers une région où j’ai mes racines, que j’aime profondément et dont je connais les lieux traversés par nos deux fugitifs. Il fallait bien le silence et la fraîcheur apaisants de l’abbaye tarnaise d’En-Calcat (prononcer incalcate), la jolie place de Sauveterre de Rouergue, chauffée au soleil, pour passer de l’ombre à la lumière. Il n’en fallait pas plus pour que ce roman à la 1re partie d’une froideur carcérale devienne subitement lumineux au fur et à mesure que Sixtine conquiert doucement sa liberté nouant des amitiés chaleureuses avec les villageois. Soudain la maternité n’est plus une vallée de larmes. Elle est un bonheur pur quand la mère peut enfin se laisser aller à avoir les gestes qu’on lui interdisait : prendre son enfant dans les bras, le bercer, le cajoler, le coucher tout contre elle dans le lit au lieu de l’abandonner à ses pleurs. C’est une très, très belle histoire d’amour entre une mère et son fils que nous conte Maylis Adhémar. En voulant sauver Adam, en le soustrayant à l’influence pernicieuse de Muriel et Madeleine, Sixtine se sauve elle-même. Elle agit à l’instinct, pour l’une des toutes premières fois de son existence, et ça lui va bien. Dans ce petit village aux maisons massées autour de la place centrale, sous les couverts des arcades, une autre vie est possible, loin de la sempiternelle repentance, une vie qui n’exige pas de renoncer à sa foi. Sixtine va découvrir une manière autre, plus décontractée, plus vivante, moins formelle et moins culpabilisante de vivre sa foi, auprès de Benjamin, le curé débonnaire de la paroisse que tous appellent naturellement par son prénom.

« C’est le laxisme de Vatican II à ciel ouvert aurait dit Madeleine »

Ce laxiste, qui propose son aide aux immigrés (jarnicoton, quelle horreur !), baptisera Adam.

Une manière adroite de dire que ce n’est nullement la foi qui est en cause, mais ses excès et les immanquables dérives des fanatiques. Une autre foi/voie est possible, et l’écriture froide et contrainte de la 1re partie se réchauffe, le style se fait simple, délicat, convivial, oui convivial, alors que la vie de Sixtine reprend des couleurs, celles de l’amitié, de l’amour passager, de l’entraide, de la bienveillance, du respect de l’autre : ce qui fait tout le sel des relations humaines, n’est-ce pas ?

Jusqu’à la rencontre à Saint Girons, en terre ariégeoise.

Jusqu’à la renaissance à Moisés, de l’autre côté de l’océan.

Bénie soit Sixtine, dont chaque titre de chapitre est une citation biblique, est un roman très bien construit, même s’il n’évite pas quelques longueurs, vite pardonnées (trois Pater et trois Ave). Maylis Adhémar a écrit un roman choral où s’intercalent des lettres d’Erika qui nous ramènent quelque 40 ans en arrière, au temps où sa fille, Muriel, était adolescente. La grand-mère juive russe de Sixtine était alors une artiste de cirque ambulant qui avait fui le joug maternel. Avec son compagnon Dan, ils étaient venus s’établir dans une ferme hippie du côté de Saint Girons en Couserans. Dans l’une de ses lettres, Erika avait écrit à sa fille qui lui tournait le dos : « Je me dois d’accepter tous tes choix. » Comme sa mère l’a fait pour elle, Muriel peut-elle accepter les choix de Sixtine alors que certains membres de la famille se sont lancés à ses trousses pour faire revenir la brebis égarée dans le droit chemin, c’est-à-dire dans la maison nantaise, à genoux sur le tapis, face à l’autel ? On comprend que chaque fille s’est construite dans la fuite, en opposition à sa mère, et Sixtine ne fait pas exception, elle qui se met à fréquenter les musiciens marginaux, les punks tatoués et fumeurs de joints de la ferme au bord du Lézert tout proche. Pour Sixtine, l’écart ne pourrait être plus grand avec ce qu’elle a connu jusque-là. Peut-être un peu trop, diront certains lecteurs.

Avec une grande sensibilité, ce roman offre de s’interroger sur ce que les parents transmettent à leurs enfants. Quelle généalogie ? De quoi hérite-t-on ? Que transmet-on ? Comment grandit-on ? Faut-il renier l’éducation reçue pour s’alléger et avancer ?

« Les enfants sont-ils toujours attirés par le contraire de leurs parents ? »

« On n’invente pas des histoires aux enfants. On ne peut pas leur mentir. Au fond d’eux ils savent. »

À ceux pour qui ce milieu ultra-catholique est une terra incognita, le trait paraîtra forcé, voire outrancier. Tout est malheureusement au plus près de la réalité. Faites confiance à Maylis Adhémar, c’est un milieu qu’elle connaît bien.

Avec un tel sujet dont le cœur de l’action se situe en 2013, année du débat sur le mariage pour tous, le risque était grand que Bénie soit Sixtine s’enlise dans les lieux communs et tombe dans la caricature, un écueil qu’il esquive intelligemment. J’accorde toutefois que l’autrice semble moins à son aise dans la 2e partie. En prenant l’exact contre-pied de la 1re, ce versant du roman est quelque peu convenu et s’étire en longueur(s), là où le dénouement trop vite expédié – à mon goût et c’est dommage – aurait mérité d’être plus soigné. 

Ces quelques réserves ne sont que des vétilles au regard des qualités indéniables de ce 1er roman à la construction impeccable et au propos implacable, qui a le bon goût d’éviter un manichéisme facile. – Christine Casempoure

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Bénie soit Sixtine est le récit d’une émancipation, celle d’une pieuse trentenaire née et élevée dans un milieu catholique intégriste ; c’est également l’histoire de la découverte et la transmission d’un secret de famille qui influera durablement sur la destinée de la jeune femme.

J’avoue avoir eu du mal, au début à m’intéresser à Sixtine, que j’ai trouvée très cucul-la-praline, mais qui m’a touchée dès lors que les épreuves font évoluer sa foi et qu’elle ouvre les yeux sur le monde extérieur : elle le découvre vivable et même désirable, alors qu’auparavant, elle y voyait surtout l’impiété et le péché.

Il faut dire que l’auteure n’y va pas avec le dos de la cuiller pour dépeindre avec une minutie quasi sociologique son écosystème familial et amical sectaire, composé de bigot.e.s rétrogrades, intolérant.e.s, machistes et assuré.e.s que l’amour de Dieu, c’est l’amour d’une France blanche et enracinée dans le terroir depuis des générations. 

Et pourtant, malgré les outrances ou les oh et les ah que fait pousser la lecture de certains passages, on ne ressent pas de caricature, juste l’outrance de ce milieu oppressif, violent et toxique.

J’aurais aimé que les personnages de la mère et du père soient plus fouillés ; elle, parce qu’elle est finalement un point nodal du roman ; lui, parce qu’il semble être le seul doté d’un peu de recul au milieu de cette bande de fanatiques du crucifix et du goupillon ; et je n’ai pas vraiment accroché à la deuxième partie avec ses gentils squatteurs-marginaux-zadistes-écolos…

Mais l’écriture précise et inspirée sait montrer comment foi, émancipation et esprit critique peuvent cohabiter harmonieusement. Et le récit intègre habilement l’histoire familiale, en la distillant avec délicatesse tout au long des différents chapitres.

Et, sans dévoiler trop de l’intrigue et risquer de la trahir, je dirais que ce roman m’a confortée dans l’idée que la première fois qu’on vous tend votre nouveau-né, la seule décision à prendre est faire le deuil de l’enfant rêvé, sachant que tout l’amour que vous pourrez lui donner ne pourra l’empêcher d’effectuer des virages à 180° et des choix de vie à l’opposé des vôtres. – Marianne Le Roux Briet

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J’ai dès le début aimé Sixtine, je l’ai trouvée touchante et son respect des valeurs familiales honorable. Sa rencontre avec Pierre-Louis Sue de La Garde, dont la famille et lui-même suivent les préceptes d’un groupe intégriste « Les frères de la croix », comble les deux familles. Une rencontre idéale dans un mariage à la table des célibataires (l’objectif étant que ceux qui se ressemblent s’assemblent…) des rendez-vous avec chaperon puis l’union tant attendue bien sûr l’enfant béni ne tarde pas à venir parfaire le magnifique tableau. La mère de Pierre-Louis est très à cheval sur le respect des principes et elle gouverne son monde afin que tous appliquent SES règles, quant à Muriel la mère de Sixtine, tellement fière de cette union qu’elle n’entendra pas les doutes de sa fille qui ne pourra compter que sur la bienveillance de son père.

Que cette vision du monde et des femmes sont rétrogrades, où sont les valeurs de pardon, respect et tolérance! Sixtine va finir par ouvrir les yeux sur ce qui l’entoure et se faire confiance. Dès le début de son mariage, elle sent monter en elle certaines incompréhensions, certaines questions. Un évènement majeur va l’inciter à prendre les choses en main quand ses proches voudraient la garder sous leur joug. Alors que sa mère Muriel s’est construite dans cette religion, Sixtinie va se trouver loin de l’extrémisme de sa belle-famille et devenir mère en s’ouvrant aux autres et à son instinct. Comprendre que les conseils prodigués ne lui correspondent pas et se protéger pour sortir de ce carcan.

Grâce à Sixtine, l’autrice dénonce l’extrémisme car peu importe la religion en tombant dans l’extrême les dangers ne sont jamais loin! Ce roman est aussi avant tout, un roman sur le doute, la construction de soi, la maternité! Sixtine en choisissant de fuir la pression va choisir de se faire confiance, ce n’est pas sa foi qu’elle va fuir car elle sera toujours un refuge pour elle mais cet extrémisme, cette violence, dans lesquels elle ne se reconnait plus. Loin de ses habitudes elle va grandir, se révéler. Elle va découvrir un monde à l’opposé de celui dans lequel elle a grandit et pouvoir se faire son propre avis. L’ensemble des personnages m’a semblé juste, je ne peux vous cacher avoir été agacé par les Sue de La garde et leurs amis mais en même temps le conditionnement dans lequel il gravite depuis leur plus jeune âge, explique beaucoup de choses cependant je trouve tellement malheureux à notre époque de ne pas avoir l’esprit ouvert aux autres. Je ne comprendrai jamais que sous principe de certaines valeurs, certains puissent être bafoués.

Voici le premier roman que je lis sur le thème de l’extrémisme catholique et je l’ai trouvé bien amené. Un coup de cœur pour ce livre qui m’a touché, indigné, la plume est belle, le roman bien construit. Sixtine est une très jolie héroïne, je suis ravie d’avoir fait sa connaissance.  – Julie Campagna

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Un sujet sensible, l’intégrisme religieux et son opacité, traite avec justesse !

Sixtine , sixième fille de Muriel et Bruno est éduquée dans un catholicisme rigoureux avec messes en latin sans reconnaissance du pape. Elle vit en harmonie avec ces règles strictes, pieuse comme il faut, intègre les camps des Frères de la Croix l’été même si Bruno son père plus souple et vigilant les apprécie peu. En toute logique , elle rencontre un jeune homme brillant, charmant Pierre Louis Sue de la Garde aux mêmes idéaux catholiques, se marie rapidement et emménage dans une grosse maison bourgeoise de Nantes . Selon les souhaits de son mari, elle arrête ses études pour élever ses futurs enfants ( 5 ou 6 ) et découvre un homme distant , froid aux activités troubles : il est membre d’un groupe d’extrême droite organisant des actions violentes contre les homosexuels et les militants du mariage pour tous. Fidèle à ses devoirs, Sixtine attend rapidement son premier enfant mais très malade, elle déprime et découvre le milieu familial intégriste de son mari qui veut l’influencer . Frappée soudainement par un drame, Sixtine va ouvrir les yeux et fuir cet embrigadement avec son enfant .

La description de ce milieu bourgeois catholique intégriste est décrit à merveille grâce à une écriture fluide mais précise . Elle n’omet aucun détail de ces véritables sectes non reconnues par le Vatican. On ouvre grand les yeux sur leurs agissements au nom d’une croisade contre les païens ; l’auteur semble bien connaître ces milieux où règne l’obéissance aveugle des femmes sous l’emprise de leurs maris et belle-mère; elles doivent faire leurs devoirs et s’oublier… Son propos sincère évite tous les pièges caricaturaux et les clichés. Elle dénonce la violence de l’extrémisme, peu importe la religion incriminée, qui n’apporte que violence, intolérance, racisme . Le parcours de Sixtine est magnifique par son regard sur la religion ; elle ne renie pas sa foi mais recherche une approche plus douce, plus
pure , une jolie émancipation. Elle décrit avec beaucoup de douceur l’amour maternel qui se développe envers son petit Adam. De manière élégante, l’auteur inclut des lettres de la grand-mère de Sixtine qui éclairent le passé cache de sa mère Muriel . J’ai beaucoup apprécié la première partie du récit où elle décrit ce milieu sectaire mais j’ai été moins convaincue par la lente renaissance de Sixtine avec des personnages un peu moins crédibles et une fin
surprenante. Néanmoins, je garde une lecture savoureuse sur un thème audacieux et maîtrise ! – Fabienne Balcon

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« Mon Dieu », comme j’ai aimé Sixtine… !

Ils sont bons, très bons ces primo auteurs que vous nous donnez à lire les 68, merci !!

Sixtine Duchamp est soucieuse d’appliquer les principes qu’on lui a inculqués depuis sa plus tendre enfance, de respecter l’éducation religieuse qu’elle a reçue, de rester dans le droit chemin, d’ignorer la tentation, de rejeter le péché…

Elle va se marier avec Pierre-Louis Sue de la Garde, le mari idéal qu’elle n’osait souhaiter. Très pieux comme elle, courageux, engagé dans la milice des Frères de la Croix, qui rejette les préceptes du concile Vatican II et combat les antéchrists.

Leurs deux familles partagent les mêmes convictions, la même foi catholique… Encore que… Sixtine réalise rapidement que la pratique religieuse chez les Sue de la Garde est bien différente. Elle va devoir « subir » sa nuit de noces, « endurer » les souffrances de son début de grossesse, vivre sous le joug de sa belle-mère.

Même si Sixtine est tentée  de dévier de ces lignes de conduite qu’on lui impose, elle s’incline, en accepte le poids, « demande pardon et offre ses souffrances à Dieu ».

Puis le décès brutal de son époux, alors qu’elle est sur le point d’accoucher de ce 1er enfant, va tout bouleverser et lui ouvrir (enfin) les yeux. Ces actions menées par Les Frères de la Croix ne seraient-elles pas justifiées ? Serait-il possible que Pierre-Louis lui ai menti ? Est-ce un héros, victime de son combat, ou un assassin ?

Elle va s’enfuir pour protéger son enfant et vivre sa maternité sans la pression familiale. Elle va se réfugier dans un petit village où elle va découvrir une autre manière de vivre, retrouver ses origines et peut-être même réussir à tracer son propre chemin.

« Mon Dieu », comme j’ai aimé Sixtine, sa candeur, sa soumission… puis enfin sa rébellion !

Sixtine, quoique l’on puisse en penser, n’est pas si éloignée de nous…

Il fallait oser s’attaquer à un tel sujet et Maylis Adhémar l’a fait ! C’était risqué mais elle a réussi son pari. Elle nous décrit un intégrisme catholique, ultra traditionnaliste et elle le fait bien. Elle réalise pour moi un vrai tour de force. A aucun moment elle ne remet en cause la religion chrétienne ou ne porte de jugement. Elle n’en dépeint que les dérives extrêmes, sectaires.

Premier roman très abouti, auteure à suivre ! – Anne Laude

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Ça fait longtemps que je n’ai pas publié de chronique sur un roman des 68 premières fois, et pourtant je dévore les premiers romans comme des gourmandises depuis maintenant plus de 2 mois et je me régale !
Celui-ci ne fait pas exception à la règle, il a été une découverte incroyable. Sixtine est une jeune femme de très bonne famille, qui appartient à une société particulière puisque ses parents sont des chrétiens traditionalistes. Elle se marie dans son milieu, perpétuant les traditions familiales, jusqu’au drame qui va bouleverser ses certitudes et toute sa vie…
La grande force de ce roman, au-delà de son écriture, est l’immersion dans ce milieu méconnu et impressionnant qu’est celui des chrétiens traditionalistes. J’ai découvert un univers glaçant, intolérant et violent, bien loin des valeurs chrétiennes véhiculées par les textes fondateurs. J’aurais juste aimé en savoir encore plus, et sombrer encore plus loin dans les méandres de cette communauté. Son autre force, c’est son personnage principal, Sixtine, et son chemin, son parcours d’apprentissage pour comprendre quelle est sa place et quelle vie elle veut mener. 
Un roman très touchant, qui percute et reste en tête quelques temps après sa lecture… une autrice prometteuse, à suivre ! – Gwen Langlois-Latour

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Sixtine est une jeune femme, intelligente et élevée dans les pures traditions catholiques. Lorsqu’elle rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde au mariage d’une amie, elle est sous le charme : il est beau, intelligent, brillant et … catholique! Il fait même partie de la Milice des Frères de la Croix qui veille à remettre les âmes perdues dans le droit chemin.
Très vite, ils se marient et elle tombe enceinte. Tout semble parfait, entre devoir conjugal et prière à genoux dans le salon, Sixtine se prépare à être mère et à enfanter « dans la douleur », la belle-mère de Sixtine y veille! Mais un drame arrive, qui bouleverse le cours des choses…
J’ai trouvé cette lecture agréable mais sans plus…
Le début du roman plante le décor d’entrée de jeu et on suit avec effarement Sixtine dans sa vie de jeune épouse soumise aux envies de son mari et idéaux de ses parents et beaux-parents… Quelle horreur… Puis elle se libère de ce carcan et on la voit évoluer petit à petit, vers une autre vie, d’autres envies…Mais la deuxième partie du roman m’a tout de même laissé dubitative. J’ai trouvé tout cela peu crédible ( ses relations, son quotidien, sa sexualité…)…Dommage… – Agathe Bertrand

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A l’heure où les extrémismes religieux ont la part belle dans les médias, le choix de Maylis Adhémar est une fenêtre ouverte vers le fondamentalisme catholique, éloigné des journaux télévisés, quand les juifs orthodoxes ou autres DAESH font les gros titres.

La force du personnage principal l’amène à conquérir des valeurs enfouies en elle, et pourtant universelles : la liberté, la tolérance, et le féminisme.

Un roman où prendre sa place est acte de survie psychologique et existentielle. – Anne Richard

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Sixtine est une jeune femme très pieuse, issue d’une  famille bien sous tous rapports, voit sa vie toute tracée. Elle va épouser Pierre-Louis Sue de la Garde, héritier d’une noble famille et surtout fervent catholique. Pour la jeune fille très pieuse et très naïve, la vie rêvée peut commencer.

Sixtine va abandonnée ses études pour se consacrer à sa famille et une progéniture annoncée.

Seulement voilà, le scénario tout tracé bifurque après la survenue d’un événement tragique et inattendu, qui va ouvrir une petite porte de sortie à l’héroïne. Sixtine tout en se sentant profondément coupable, va découvrir la liberté d’être,  d’agir et d’aimer. C’est l’amour pour son enfant qui permettra à Sixtine d’échapper à l’amour toxique des siens. Le chemin d’émancipation sera très long.

Ce premier roman décrit l’emprise exercée par une famille sur une jeune femme vulnérable et la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades.

Ce roman nous est raconté d’une écriture fluide et rythmée. Les pages sur l’amour de la jeune mère pour son enfant sont particulièrement belles. – Hélène Grenier

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Coup de cœur pour ce libre empli d’émotions qui ne peut laisser indifférent.
Sixtine est une jeune fille de bonne famille, très pieuse, étudiante en histoire des arts. Quand elle rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde, membre des Frères de La Croix, elle sait qu’elle l’épousera. Pourtant son avenir est déjà tracé, sans qu’on ne lui ait demandé son avis. Pourquoi finir ses études? Pierre Louis a déjà tout pensé: il a acheté une maison, projette d’avoir 5 ou 6 enfants, il gagne assez pour deux. Et pour Sixtine, cette situation semble normale. Mais le mariage n’est pas à à hauteur de ses espérances: des premiers rapports mécaniques, une grossesse loin de lui apporter la plénitude… Quand son enfant naît, elle prend enfin sa vie en mains. Pour lui elle ouvrira les yeux, fera tout ce qu’il est nécessaire.
Un récit bouleversant, parce qu’il renverse toutes nos certitudes (entre autres, l’éducation ne nous prémunit pas toujours!) parce que l’on prend conscience que l’extrémisme religieux est à notre porte et pas nécessairement l’apanage d’une religion plus qu’une autre. On mesure aussi combien il est difficile de s’abstraire d’une éducation hors du temps, qui broie psychologiquement les êtres. – Stéphanie Chapelet-Letourneux

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Mon père, j’ai besoin de me confesser… J’ai beaucoup aimé le premier roman de Maylis Adhémar « Bénie soit Sixtine ». On ne peut pas parler d’adoration car ce mot est réservé pour qualifier Dieu mais cette découverte littéraire a été un véritable coup de cœur.

Sixtine est une jeune femme baignant depuis son enfance dans la communauté monastique « les petits frères de la croix », branche assez stricte du catholicisme.
Depuis sa jeunesse, elle sait qu’elle devra respecter de nombreux préceptes religieux qui semblent, dans notre société actuelle, venir d’un ancien temps. De ce fait, sa vie semble toute tracée : À sa majorité Sixtine rencontrera un homme avec qui elle se mariera. Elle se devra d’honorer cet être tous les jours de sa vie et devenir une ménagère dévouée s’occupant de sa famille sans penser à ses propres besoins.

Lors d’un mariage, Sixtine fait la connaissance de Pierre Louis Sue de la Garde, fils d’une famille respectable de la communauté semblant bien sous tout rapport. La jeune dévote semble conquise. Après quelques rencontres, le jeune homme fait sa demande en mariage que Sixtine s’empresse d’accepter. Commence alors les préparatifs de la célébration qui rend cette dernière euphorique et rêveuse. Comment va se passer la nuit de noce? Est-ce que cet acte réservé à la procréation sera t-il comme elle l’imagine? Au petit matin la jeune mariée semble pensive et au fil du temps certaines désillusions vont commencer à apparaître. Elle découvre très vite ce qu’est la vie d’une épouse et future mère dans cette communauté et va aussi apprendre à connaître Pierre, un homme absorbé par ses obligations et membre très actif d’une milice.

Un événement tragique et brutal va finalement offrir à Sixtine l’opportunité de prendre ses propres décisions et va faire naître enfin la véritable personnalité de la jeune femme tout en gardant un lien unique avec dieu.

Ce roman est pour moi magnifique car on voit la construction d’une femme libre et émancipée grâce à un amour maternel incommensurable. Maylis Adhémar aborde aussi certains thèmes très intéressants comme la question de l’extrémisme religieux qui peut, au nom de certains préceptes ouvrir à l’intolérance et à une forme d’intégrisme avancée.

Je tiens à remercier les #68premièresfois et les Editions Julliard pour cette belle découverte qui se révèle être l’ouvrage que j’ai préféré dans cette sélection 2021 des 68 premières fois. – Hélène Ortial

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Dès sa sortie, ce roman m’avait fait de l’œil et je me suis réjouie de le trouver dans la sélection des 68.
Je l’ai beaucoup, beaucoup aimé !  Car au delà de la dénonciation de l’intégrisme religieux (les catholiques n’ont rien à envier aux fondamentalistes musulmans), c’est surtout un très beau roman d’émancipation féminine et de quête de soi.

Lorsque Sixtine se marie avec Pierre-Henri Sue de de La Garde, sa vie lui échappe complètement. Et lorsqu’elle attend un héritier là encore rien ne va plus.
« Mes enfants, sur vos épaules repose une lourde tâche,  celle d’être des époux catholiques dans un monde païen, celle d’être des parents de nouveaux petits croisés qui devront grandir au milieu de ce peuple renégat. […] Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la ! » avait dit le prêtre …
Au lieu de la béatitude annoncée, nausées, angoisses, mal-être permanent et rejet de son état sont son lot quotidien. Son cher et pas tendre époux n’arrange pas vraiment les choses en prenant au pied de la lettre le devoir conjugal et lorsque survient un événement dramatique, Sixtine va commencer à se réveiller et à s’interroger. Puis à la naissance du bébé, quand elle se rend compte que celui-ci lui est littéralement confisqué par sa belle-mère qui décide de tout à sa place, du prénom à la date du baptême, dans un sursaut de lucidité elle prend son bébé et la poudre d’escampette !

Alors commence une lente appropriation de sa maternité,  une reconstruction entre culpabilité et bon sens qui lui font accepter les mains tendues tout en maintenant la distance nécessaire avec sa famille pour se désintoxiquer et retrouver son libre arbitre. Pas évident quand on a grandi depuis toujours dans ce milieu là….En parallèle,  les lettres, jamais envoyées, d’Erika, la grand mère maternelle de Sixtine à Muriel, sa mère. Lettres qui éclairent sur le chemin suivi par celle-ci, trente ans auparavant, à l’exact opposé de celui de Sixtine…
Un magnifique roman, passionnant, une histoire d’emprise, de résilience, un beau portrait de femme en marche qui doute, mais qui va vers la lumière… Attachante Sixtine ! – Catherine Dufau

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Fière de ses convictions, sûre de sa foi, forte de son amour pour Dieu, Sixtine est une jeune fille qui a l’avenir devant elle. Issue d’une famille catholique, pratiquante, elle prie, se confesse et redouble d’efforts pour être pure. Quand elle rencontre Pierre-Louis, elle est bien loin de s’imaginer que sa vie sera rythmée par des règles strictes, des obligations absurdes et des devoirs contraints. La naissance de son fils va ouvrir les yeux de Sixtine et lui donner la force de penser par elle-même… Mais à quel prix ?

Maylis Adhémar signe avec Bénie soit Sixtine un premier roman plus que réussi…

Tout comme la vie de l’héroïne, l’histoire commence plutôt « tranquillement ». On découvre la foi et la vie pieuse de Sixtine, on se plaît à croire comme elle qu’elle a trouvé l’amour.

Mais la vie rêvée tourne vite au cauchemar. Et c’est sous les yeux de Sixtine, tout aussi abasourdi qu’elle, que le monde des fondamentalistes chrétiens s’ouvre à nous. Un univers de haine, de violence, de brutalités et de rejets dans la plus stricte adoration de Dieu.

Dans ce milieu proche de l’extrême-droite, Sixtine est perdue. Elle étouffe mais ne sait pas comment imposer ses idées, ses envies. C’est jusqu’au prénom de son enfant qu’on lui vole ses propres choix.

Alors Sixtine va lutter… Chaque jour, elle avancera vers sa liberté. Elle se coupe de sa famille pour retrouver un nouveau souffle et vivre, enfin…

Un grand merci pour ce roman bouleversant et addictif, qui nous ouvre les yeux sur les rigidités des croyants fondamentalistes, quel que soit finalement le Dieu qu’ils prient… – Audrey Lire & Vous

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J’ai d’abord été un peu déroutée par ce roman. Cette vie de fille puis de femme dédiée à la prière et à la soumission, avec ces notions omniprésentes de péché et de sacrifice. Sixtine grandit dans une famille catholique pratiquante, avec ses 5 frères et sœurs. Elle participe aux camps d’été des Frères de la Croix, un mouvement catholique extrême dont son futur mari, Pierre-Louis Sue de La Garde, fait partie. Sa nuit de noce ne se révèle pas idyllique. Elle n’a reçu aucune éducation sexuelle, comment pourrait-elle savoir qu’au-delà du devoir conjugal il pourrait y avoir du plaisir. Son mari est très occupé, elle se retrouve rapidement enceinte, tout se déroule parfaitement aux yeux des deux familles et de la communauté. Sauf que Sixtine ne supporte pas les changements de son corps liés à la grossesse. Elle ne se voit pas « subir » encore d’autres grossesses. Elle en vient à détester cet être qu’elle porte. Elle prie. Elle se dit faible et demande pardon à Dieu. Sa belle-mère n’est jamais loin et régente tout.

Un soir, son mari l’emmène à un concert. Le groupe sur scène rejette entre autres dans ses chansons les couples homosexuels. Des manifestants arrivent avec des pancartes et la situation dégénère. Pierre-Louis sort un bâton de sa veste et se met à frapper les manifestants. Il fait évacuer Sixtine, enceinte. C’est la première fois qu’elle assiste à ce genre de scène où elle voit tant de violence de la part de son mari. Elle se met à douter des valeurs de son mari et de la communauté plus largement.

Puis un événement va venir chambouler sa vie et va lui permettre d’aller au bout de sa réflexion, sans que sa mère ou sa belle-mère ne puissent plus s’en mêler et régenter ses choix. Alors on assiste à l’émancipation de Sixtine et c’est effectivement la partie que j’ai préférée du roman.

En parallèle, sa belle-sœur effectue des recherches pour constituer l’arbre généalogique du futur enfant. Un secret de famille va peu à peu surgir. Les chapitres alternent avec des lettres de la grand-mère de Sixtine. Mais je ne vous en dis pas plus.

Ce roman m’a d’abord semblé extrême. Je me disais ce n’est pas possible qu’à l’heure actuelle on puisse tenir encore de telles propos vis-à-vis des femmes, être aussi intégriste. Et puis j’ai lu différents retours et témoignages sur ce livre et j’ai réalisé que cela pouvait exister. Du coup ce roman n’en est que plus intéressant, car il témoigne d’un fait de société dont on parle peu. J’ai lu ce livre assez rapidement, voulant savoir ce que Sixtine ferait de sa vie. Quels seraient ses choix ? Pourrait-elle sortir d’un tel « endoctrinement » ? Finalement cette histoire pourrait se dérouler dans n’importe quelle communauté.

Un premier roman très maîtrisé. Hâte de lire le second ! – Joëlle Buch

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Lire également les billets de :

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/03/20/38872243.html

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/05/benie-soit-sixtine-de-maylis-adhemar.html

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/06/benie-soit-sixtine.html

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