Avant elle – Johanna Krawczyk

« Ma fille, il y a des souvenirs qu’il ne faut pas réveiller. »

« L’ancienne victime fait le meilleur bourreau. »Les Contes défaits, Oscar Lalo

« Les catastrophes n’arrivent jamais d’un coup. Elles sont fourbes et se faufilent à petits pas. Ernesto Gómez, né en Argentine en 1928, exilé en France en 1979, un destin brisé. Tu es parti en 2015, un mois après la naissance de Suzanne. Tu m’as laissée papa avec ma vie brisée. »

Comment vous parler du 1er roman de Johanna Krawzcyk, Avant elle, sans faire assaut d’éloges dithyrambiques à vous faire lever le sourcil de méfiance ? Je ne vous en voudrais pas. Je suis moi-même très circonspecte dès lors que les avis se font trop laudatifs. Sans y parvenir tout à fait, j’essaie de bannir de mon vocabulaire des mots tellement suçotés qu’ils n’ont plus aucun goût. Adieu donc « pépite », « magistral », « claque », « incontournable », « remarquable », « éblouissant », et j’en passe.

Et donc ?

Et donc, ça ne va pas être facile !

Avant elle est un 1er roman certes, mais il est aussi le roman d’une autrice passée par l’écriture de scénarios. Et cela se sent à son habileté consommée à saisir le lecteur, le plier à sa volonté, le berner avant de le tordre et l’amener là où il ne veut surtout pas aller pour enfin le relâcher 2 heures plus tard, le souffle court, les yeux rougis, la gorge serrée.

Paru à la fin janvier aux Éditions Héloïse d’Ormesson, Avant elle est un roman d’à peine 160 pages, presque une novella, qui se lit d’une traite. Ce n’est pourtant pas un roman facile. Il est dur. Non. Pas dur. Éprouvant. Le lire est une épreuve. Voilà. Je ne sais pas comment le dire autrement.

« Ma fille, il y a des souvenirs qu’il ne faut pas réveiller. »

La fille, c’est Carmen, jeune femme sur le fil, à la recherche d’un semblant d’équilibre entre vie familiale (elle est mariée à Raphaël et maman d’une petite Suzanne) et vie professionnelle (elle est enseignante-chercheuse à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine de Paris, supposée en pleine rédaction de son HDR). Ses parents sont des réfugiés argentins ayant fui la dictature à la fin des années 1970. Sa mère, Gabi, s’est donné la mort quand elle avait 11 ans. 

« Le vendredi 20 décembre 1991, entre 12 heures 30 et 12 heures 40, j’ai glissé de l’autre côté de ma vie, de sa légèreté et de sa joie. Ma mère est morte et je n’ai plus fait partie du monde normal. J’avais onze ans et marcher dans la rue, regarder les oiseaux piailler sur les branches, aller au collège, toutes ces activités du quotidien a priori simples étaient devenues irréelles. »

Quant à son père, Ernesto, il est mort d’un AVC l’année précédente. Fragile, Carmen a déjà fait un séjour en hôpital psychiatrique. Quand elle tombe, c’est souvent au fond d’une bouteille de whisky ou de vodka. 

« Une double vodka, merci, une autre, merci, une autre ! J’enchaîne les verres, mon sac rempli de copies sur le dos. L’obsidienne dans mon ventre s’emballe, alors je bois cul sec et je pense à toi, papa, mon roc mon géant, et mort pourtant. Accident vasculaire cérébral irréversible, il y a un an et sept mois. La rengaine du chagrin sans date de départ. Une autre, merci ! »

L’enfance de Carmen s’est construite sur les silences de son père obstinément évasif, arc-boutée contre la solide complicité qui la liait à sa mère avant que celle-ci ne perde sa joie de vivre et commette l’irréparable.

Pourquoi ? Nous finirons par l’apprendre dans ce roman qui joue avec nous sans rien nous cacher des choses que nous ne voudrions pas voir.

De tout temps, Carmen s’est sentie comme inachevée, amputée de son passé, sa part manquante, plus encore maintenant qu’elle se retrouve orpheline à 36 ans. 

Un appel téléphonique va changer la donne. Un garde-meuble lui demande de venir récupérer les affaires que son père avait entreposées, faute de quoi elles seront détruites, les factures étant restées impayées depuis le décès. À la surprise de Carmen, le box est presque vide, à l’exception d’un bureau qu’elle rapporte à son appartement. Une inspection minutieuse lui dévoile une clef et une trappe dissimulée abritant « une boîte en métal bleue, parfaitement calée, parfaitement coincée » contenant sept carnets, les cuadernos de Ernesto, qui couvrent sept décennies, des années d’enfance (1936-1946) pour le premier à l’année de son décès (2015) pour le dernier. La clef, elle, ouvre une boîte que Carmen a déjà en sa possession. Elle renferme des photographies anciennes, et ces visages inconnus qui la fixent sont autant d’énigmes.

(Je tiens à ouvrir une parenthèse, le temps de saluer le travail d’édition, très soigné. Le jeu des différentes polices de caractères, la mise en page, tout participe non seulement à l’excellente lisibilité, mais également à l’immersion du lecteur.)

Revenons à Carmen alors qu’elle commence la lecture des carnets du père, curieuse d’y trouver des pièces susceptibles de reconstituer le puzzle familial et l’histoire d’avant elle, pressée de lézarder les remparts érigés par Ernesto, et tout à la fois inquiète de ce que cette boîte de Pandore a à lui révéler tant elle reste soucieuse de ne pas entacher l’image paternelle.

« Je referme aussitôt la boîte, partagée entre l’excitation et la crainte. Tout ce que j’ai toujours voulu savoir est peut-être là, dans ces sept carnets, des objets divins, ta part secrète, les raisons de ta pudeur et de ton exigence, de ta souffrance et de tes silences. Je caresse les tranches et je t’imagine en Argentine, ta vie avec tes parents, tes chagrins d’enfant, tes amours d’adolescent. Je pense à la dictature aussi, à elle comme tu l’appelais, à tes quarante-neuf ans en 1977, l’année de ton enlèvement, à la torture et à l’humiliation par des plus jeunes que toi, des semblables, aux séquelles indélébiles et vivantes, gravées à jamais dans la chair et l’esprit. »

Johanna Krawczyk nous place au plus près de Carmen, de ce qu’elle anticipe alors qu’elle sonde la boîte 

« Elle est lourde.

Tu m’as laissé un trésor, papa ? »

avant d’espérer décrypter le père et obtenir des réponses à sa propre énigme :

« Le mystère de mes origines avait fait de moi une affabulatrice, une pauvre fille qui avait remplacé les silences par une fiction à son goût. »

Nous sommes là, avec Carmen, quand elle entame le dialogue qu’elle n’a jamais pu avoir avec son père de son vivant. Nous sommes là à lire par-dessus son épaule quand elle parcourt les zones d’ombre, chichement éclairées, à la recherche du moindre indice pour déchiffrer le chaos. Nous sommes toujours là quand, révoltée, il lui semble entrevoir une possible explication :

« Je te visualise papa, seul et amaigri dans une cellule sans fenêtre, suspendu à l’existence par un fil invisible et sur le point de se rompre. Subir une telle trahison exclurait n’importe qui du monde des vivants. »

Nous sommes encore là à nous dire avec elle « La vérité se rapproche et je ne suis pas sûre de vouloir la connaître. »

Et quand cette vérité éclate enfin, anéantissant la mythologie familiale sur plusieurs générations, nous sommes bien là à suffoquer avec Carmen tels des naufragés dont la mer n’a pas voulu. Finalement, une fiction à son goût n’était-elle pas préférable à ce qu’elle vient de découvrir sur sa famille, sur ses origines et sur ce père qu’elle portait aux nues ? 

« Je suis l’antithèse de ton courage. Je bois. Trente-six ans et l’alcool pour ami imaginaire. Il me permet d’avancer et de me déresponsabiliser quand j’échoue ou manque à mes devoirs. Comment as-tu fait, papa, pour ne jamais abandonner ? Dis-moi, donne-moi les clés. »

En écrire plus serait vous en dire trop.

Avant elle est un roman écrit caméra à l’épaule. Nous sommes à Buenos Aires avec Ernesto. Nous sentons l’odeur de la peur. Nous entendons les suppliques et les gémissements. Nous déjouons les attentats et évitons les balles, parfois. Et plus que tout, nous avons envie de détourner les yeux pour réprimer un haut-le-cœur. En France, nous remontons avec Carmen, hébétés, le couloir qui mène à sa salle de bains, nous sursautons quand la baie vitrée vole en éclats, nous esquintons nos doigts sur cette rainure du bureau paternel qui ne veut pas céder, nous « vérifi[ons] les dates, cherch[ons] l’erreur, l’absence de logique », et, oui, nous titubons aussi sous les effets conjoints de l’alcool et de la douleur, celle qui supplicie et broie.

« Comment accomplit-on ce tour de force de reconstruire une vie sur du vide ? »

Comment accomplit-on ce tour de force d’écrire un 1er roman aussi déstabilisant et atrocement douloureux, qui habite son lecteur durablement ? 

Outre que son titre, polysémique, n’a certainement rien d’un hasard, Avant elle est un agencement méticuleux de courts chapitres, un montage ingénieux d’allers-retours entre présent et passé, entre exactions avérées de la dictature argentine et création romanesque, modulant les éclairages, de la lumière la plus vive aux recoins les plus sinistres et les plus écœurants. Jusqu’à l’ultime révélation ménagée dans les toutes dernières pages qui nous laisse pantelants et horrifiés, mais confiants dans la renaissance de cette jeune femme. Au sens le plus strict.

Découvrir un 1er roman, c’est aller à la rencontre d’un auteur, le cœur battant. Il y a bien sûr les rendez-vous manqués, et puis il y a ceux, comme celui-ci, que l’on aimerait ne pas voir s’achever sans la promesse de retrouvailles. Je vous dis donc à bientôt, Johanna. – Christine Casempoure

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Carmen est fille de réfugiés argentins .
Sa santé mentale est fragile , sa mère s’est suicidée quand elle avait 11 ans , de façon brutale .
Son père est mort il y a deux ans .
Elle ne survit qu’alcoolisée, délaissant son mari et sa fille .
Se trouvant dans l’impasse, elle va néanmoins trouver la force de lire les carnets de son père, retrouvés dans un garde meuble.
Car bizarrement, celui ci a toujours refusé de lui parler de son passé.
Nous découvrons avec elle ce passé inimaginable, qui va l’entrainer dans une spirale d’atrocités et la faire plonger mais pour mieux renaitre.
Roman puissant et violent, sur les origines, les non dits et les secrets inavouables .
On ferme ce livre, abasourdis, l’écriture percutante nous ayant emmené en Argentine, dans une des périodes les plus sombres de son histoire.
Ce père, ce bourreau ! – Anne-Claire Guisard

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Carmen est fragile. Elle a du mal à tenir debout sans sa dose d’alcool dés le matin, elle a du mal à s’occuper de sa fille, elle a du mal à rassurer son compagnon et puis surtout, elle a du mal à accepter le décès de son père il y a presque un an.

L’appel d’un garde meuble qui lui demande de venir vider un box loué par son père, ne va rien arranger. Elle y découvre un bureau dans lequel sont rangés des carnets intimes de son père.

Elle va alors découvrir la vie de cet homme qu’elle pensait connaitre, découvrir la cause du suicide de sa mère lorsqu’elle avait 11 ans.

Au fil de la lecture de ces carnets, elle va s’enfoncer dans une sorte de folie salvatrice. Comme si la violence des découvertes obligeait son cerveau à jouer le rôle de disjoncteur afin de préserver son âme.

Elle ira jusqu’au bout de l’horreur, comme un passage obligé pour tourner une page de sa vie et en ouvrir une nouvelle.

Impossible d’abandonner la lecture en cours de route, une fois les premiers mots sous les yeux, il faut aller jusqu’au bout. On poursuit avec Carmen son chemin de croix tracé par son père dans ses carnets.

Une fois encore le danger des secrets de famille qui détruisent en silence sur plusieurs générations.

L’écriture est extrêmement vive, haletante comme Carmen. Une incroyable réussite pour un premier roman. – Emmanuelle Coutant

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Un simple coup de fil, et c’est la vie qui bascule. Carmen, fille de réfugiés argentins, apprend que son père décédé louait un box dans un garde-meuble. Elle y découvre des témoins du passé de son père – des photos, des articles de presse, et surtout son journal intime – et découvre surtout qu’elle en ignorait tout. Elle se plonge alors dans une histoire qui prend ses racines en 1936, dans la région de Buenos Aires, et traite de l’histoire de cet homme sur fond de coup d’état et de dictature.

Carmen est fragile, avec son obsidienne dans le ventre. Elle a été hospitalisée en psychiatrie pour troubles borderline, souffre d’alcoolisme, et peine à garder un équilibre précaire dans sa vie de femme et de mère. La lecture du journal d’Ernesto Gomez va rompre toutes les digues qu’elle a tâché d’ériger. Les mots de son père ont de quoi susciter l’horreur, à commencer par le meurtre épouvantable de sa mère alors qu’il n’a que dix ans et qu’il s’appelle encore Juan. C’est ce drame fondateur, ainsi que l’absence du père, violent et dangereux, qui a fini par quitter la maison, qui vont déclencher toute la suite. On peut ainsi lire toute la vie de Juan Moreau à la lumière de ces traumas initiaux, dans une approche psychologique, pour comprendre comment, de victime, il est devenu bourreau, et pas des moindres. Sa fille, qui découvre pétrifiée d’horreur – tout comme nous, car certaines scènes sont absolument insoutenables – le rôle qu’a joué son père dans les geôles péronistes, ne parvient pas à lui trouver d’excuses. La vérité fait mal mais, passé le choc de toutes ces révélations, permet à Carmen de redonner le coup de pied pour remonter à la surface et, enfin, pouvoir vivre. Un roman à la lecture éprouvante certes, remarquablement maîtrisé dans sa construction et l’évolution de ses deux personnages. – Emmanuelle Bastien

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Carmen a perdu sa mère quand elle avait 11 ans. A 36 ans, elle a perdu son père il y a un peu plus d’un an. Elle vit comme en dehors d’elle-même depuis qu’ils ne sont plus là. Originaires d’Argentine, ni l’un ni l’autre n’a trouvé les mots et le courage pour expliquer l’avant. Leur vie a commencer à Paris, bien des années plus tard. Mais tous ces silences pèsent à Carmen. Et quand elle découvre un matin, le box que son père louait depuis des années, avec un simple bureau et une clef à l’intérieur, elle imagine que tout va s’éclairer… Les mots sont bien là, à sa portée, mais la vérité est parfois plus anéantissante que les mystères…

Quel premier roman !! Johanne Krawczyk maitrise à la perfection son histoire, ses personnages, la construction de son récit et l’émotion grandissante tout au long des pages.

Elle, c’est la dictature argentine. Et c’est bien autour d’elle que tout se joue, tout se noue et tout se délie. Carmen vit avec ces fantômes, ceux laissés là-bas. Elle a espéré tout au long de sa vie que son père se confie, qu’il puisse lui expliquer ce qu’il a abandonné dans son pays…

Mais Carmen ne se doute pas de ce qu’elle va découvrir. Alors qu’elle croit soigner ses blessures, colmater la plaie, elle va sombrer dans le gouffre de l’inhumanité. Courageuse, elle ira au bout de sa quête, mais en y laissant un peu d’elle-même.

Ce roman est un cri. Un cri d’amour d’une petite fille à son père, qui ne sait plus qui il est, qui elle est. Un cri de rage d’une femme à un bourreau, qui a fait taire les silences. Un cri du cœur d’un corps à qui on a menti et qui cherche un souffle de vérité…

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture bouleversante, foudroyante et poignante. – Audrey Lire & Vous

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« Chaque matin je me lève avec l’impression de ne pas être moi, de ne pas être à la bonne place, dans la bonne vie, de n’être qu’un gribouillage sans allure, sans rêve et sans joie.. »

Le roman commence avec ces mots, ceux de Carmen qui nous confie son Je errant, douloureux, sans ancrage. Carmen, trentenaire enseignante spécialiste de l’Amérique Latine, épouse et maman d’une très jeune enfant, va mal et  noie dans l’alcool un mal-être diagnostiqué mais non solutionné. Elle est sur la crête, au bord du précipice, la chute est annoncée dès le début, en témoin d’un drame urbain allégorie de la tragédie qui s’écrit déjà depuis longtemps et qui doit enfin jouer ses derniers actes.

Le décès récent de son père semble accroître ce vertige grandissant. « Tu es mort, et tu as pris encore plus de place. » Cependant survient un inattendu : un appel, une location de garde- meuble qui expire, au nom du père disparu. Ainsi débute une course folle, une course exténuante qui nous conduit dans une Argentine étouffée par la junte, vers un passé où tout est à découvrir, où tout bascule dans l’enfer de la révélation, dans la lumière cruelle de la vérité qui éclabousse, celle qui meurtrit et éclaire dans un même mouvement. Comme cette obsidienne qui pèse au creux de Carmen. « Le caillou dans mon ventre, l’obsidienne, je l’ai depuis que maman est partie. Elle s’est envolée et a laissé à sa place une pierre qui me tranche les tripes comme un silex. J’ai essayé de lui dire, je ne t’oublierai pas, reprends ta pierre, mais elle n’a rien voulu entendre. »  L’obsidienne est une pierre volcanique, souvent nommée œil céleste ; en lithothérapie, on lui attribue des vertus intenses qui aident à dénouer les blocages, à libérer les émotions. Ainsi ce caillou tranchant qui réveille l’angoisse mortifère est aussi la clé de l’énigme en ce qu’il retient le secret, le secret dégénérescent qui continuera son processus de destruction tant qu’il ne sera pas révélé.

Le lecteur accompagne Carmen dans ce plongeon et découvre en même temps qu’elle les carnets écrits du père défunt qui se raconte enfin, père aimant mais silencieux et sombre. « Plus j’y pense, plus je me dis que tu étais une énigme, une porte fermée à triple tour, avec un cadenas invisible scellé sur le bouche pour t’empêcher d’être et de dire les ronces qui te grignotaient. Quand on s’est retrouvés tous les deux, la situation a empiré. Tu t’es transformé en un jardin ravagé, sans âme qui vive, sans enfant qui joue, sans aucun espoir. Tout ton corps n’était plus qu’un trompe-l’œil participant au spectacle de la vie, une façade vieillissant aussi mal qu’une photographie exposée à la lumière. »

Tout le brio de ce premier roman percutant réside dans son rythme, le suspens croissant digne d’un polar noir, de ceux qu’on ne peut plus lâcher alors même qu’il nous guide vers l’horreur, l’indicible qu’on devine mais qu’on ne peut envisager. Le récit qui se dévoile est ponctué des vacillements  de Carmen et nous tremblons avec elle à chaque secousse, nous nous contractons à chaque décharge, nous luttons dans l’endurance de l’insupportable, la surenchère de l’ignominie. Premier roman qui nous tient en haleine même dans la torpeur, nous prend aux tripes et mêle une écriture sensible, poignante à une narration ambitieuse. Une écriture qu’on invite à s’étoffer davantage encore : prise ici dans l’haletant de l’histoire à tenir (on retrouve là peut-être l’habitude d’une écriture scénaristique connue de l’auteure), elle mériterait de s’ancrer, de s’enraciner et de prendre sa juste place car les mots tombent piles et forts.

 « (…) peut-être qu’il y a des secrets qui doivent le rester, peut-être que toutes les vérités ne sont pas bonnes à connaître ? Le mensonge protège là où la vérité foudroie, pourquoi faudrait-il toujours que la vérité triomphe ? »

Peut-être pour que cesse cette existence désincarnée, sur un fil, en perdition… ? « Je suis fatiguée d’être un bateau fantôme en quête de port. » Car si le mensonge protège de l’innommable, il est un abysse où Carmen sombre, se meurt peu à peu avant que la réalité jaillisse, indispensable à énoncer pour filer, tracer enfin le sens rétabli, sillon à poursuivre. – Karine Le Nagard

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Porque te vas ?

C’est l’histoire d’une femme qui vit en suspension, s’autodétruit. Carmen est alcoolique et a un trouble de la personnalité.

Sept carnets cachés dans un box vont abattre le mur qui la sépare d’elle même et vont révéler ces 35 ans de silence, construits sur du vide.

Elle y découvrira qui est Ernesto Gomez, né en Argentine en 1928, son père.

C’est intense, puissant, un épilogue comme je les aime, extrêmement bien mené d’un bout à l’autre, des périphéries  qui nous tiennent en haleine ! Un récit emprunt d’un souffle remarquable !

Gros coup de cœur !!! – Alexandra Lahcène

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Il faut parfois peu de mots et peu de pages pour en dire beaucoup…

Carmen, professeur spécialiste de l’Amérique latine. Carmen, mariée et mère d’une petite fille. Carme,fille de réfugiés argentins. Carmen, alcoolique. Depuis la mort de son père l’année précédente, elle s’enfonce de plus en plus, délaissant son travail, son mari, son bébé. Pour tenir le coup, elle boit dès le matin. Attendant des réponses quine viendront jamais. Jusqu’à cet appel inespéré. Son père avait un garde-meuble, il faut le vider. Dans la pièce, un bureau et des carnets. Pages noircies pendant des années, carnets intimes. Et Carmen découvre l’histoire de son père.

Avant elle… Pour beaucoup de lecteurs, elle, c’est la dictature. Mais pour moi, elle, c’est Carmen. Les carnets qu’elle découvre racontent la vie de son père en Argentine jusqu’à la fuite en France. Avant elle donc, née en France. Carmen, connaît l’histoire de son pays d’origine, mais grâce aux carnets de son père, elle la ressent. L’horreur de ces années, la violence des militaires, la peur omniprésente. C’est un bouleversement. Total.

Un très beau roman, fort, dur. – Delphine Queval

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Carmen s’est souvent heurtée au silence de ses parents. Sur ses origines, sur des incohérences, sur le voile qui obscurcissait parfois leurs regards. Et sur l’origine des démons qui la tourmentent et mettent à mal les frontières entre folie et désespoir. Les limites seront franchies lorsqu’un message d’un garde-meuble, l’avertit qu’elle doit récupérer le contenu d’un box loué par son père avant son décès. Les secrets qui y sont cachés vont faire surface comme autant de bombes à retardement, aussi dramatiques que mortifères.

Il m’a fallu quelques jours de répit avant de revenir sur ce roman et tenter d’en écrire les effets secondaires que peut susciter cette lecture. La violence des révélations et l’empathie pour cette jeune femme à la dérive, créent une déflagration qui vous laisse KO une fois la dernière page tournée.

Et l’intensité des émotions suscitées par cette lecture est certes liée à l’horreur des révélations mais aussi à l’écriture, qui suit les méandres des pensées désordonnées de Carmen.

Se pose aussi la question de la folie qui la menace et parfois la rattrape, cause ou conséquence ? Héritage épigénétique ou poids des non-dits, comme autant d’armes pointées dans le dos par un agresseur que l’on n’identifie pas.

Un premier roman fort, qui laisse des traces. – Chantal Yvenou

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Une Lecture éprouvante . Voilà les premiers mots qui me viennent en pensant à Avant elle.
« Nous portons tous en nous une maison effondrée, tu ne crois pas ? ». C’est par ces mots de Gwenaëlle Aubry que Johanna Krawczyk introduit son livre.
On comprend en fermant ce livre pourquoi elle a choisi cette citation.

Avant elle, c’est d’abord l’histoire de Carmen qui n’en finit pas de s’ enfermer dans l’alcool. La première page du roman est une longue phrase de 11 lignes ponctuée uniquement de virgules qui ne laissent pas le temps à celle qui la pense de reprendre son souffle .
“ … C’est comme ça, des années que je me dis c’est comme ça, tu ne sais vivre qu’en suspension, il faut t’y faire.”

Rien ni son bébé, la petite Suzanne, ni son compagnon Raphaël ne savent retenir cette vague en Carmen, cette dépression que l’on comprend vite comme profonde.
La mort de son père Ernesto a ravivé chez Carmen des blessures. Et elle ne sait exprimer cela qu’en se noyant dans la dépression et l’alcool. Raphaël tente de la rattraper mais en vain.
A ce moment là, j’ai juste envie d’écrire …Et encore vous n’avez rien vu …
Carmen découvre des cahiers cachés écrits par son père dans un bureau dans un garde-meuble. Et ces cahiers vont lui dévoiler l’histoire de son père, de ses parents, et de sa naissance.

On connaît tous l’histoire sombre, noire, de l’Argentine. On a en tête le retour de Peron, le coup d’état de 1976, des récits terribles entre la junte et la torture d’innocents.
A ce stade , aller plus loin dans le récit du livre serait raconter ce qu’il dévoile et mes mots sont bien incapables de le faire.
Lecture terriblement éprouvante, je me répète mais je ne trouve pas d’autres substantifs. Lecture sidérante en fait. Et quelques jours plus tard, j’y repense avec le cœur serré.

Encore une fois, je me dis que la littérature c’est fait pour ça. Pour nous chahuter, nous bousculer, nous faire réfléchir.
Nous faire espérer aussi que peut être dans un monde meilleur, l’histoire ne se réécrira plus ainsi. Vain espoir j’en ai bien conscience. Pour autant, il faut continuer à raconter. En partant de l’histoire de personnes dans la grande histoire, la littérature devient alors manifeste politique.
Et de ce point de vue Avant elle est un livre fort.
Reste à souligner le travail minutieux de l’écriture entre la narration de Carmen et la lecture des cahiers de son père .
L’aveu de fin nous laisse sans voix.

À lire avec précaution et discernement. – Sonia Chatain

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Carmen porte dans son inconscient l’héritage d’une filiation opaque. Cette jeune femme est à la dérive, l’alcool en paravent. Mariée, résistante à l’amour pour sa fille, elle lutte contre les ombres du passé. Des questions violentes et sans réponses : qui était cette mère suicidaire, ce père aimant et aimé au rempart mutique sur sa vie d’avant ?

Des photos et sept petits carnets intimes retrouvés combleront le vide. Au fil des pages, avec sidération l’image paternel se redessine peu à peu. Se révèle un homme qui n’abandonne jamais, victime ou bourreau, du bon ou mauvais côté du chemin : « Soit on écrase, soit on est écrasé ».

L’écriture porte à ne pas lâcher le récit et à soulever le voile des mensonges. Un livre douloureux sur la noirceur humaine, le silence destructeur et la vérité traumatisante.

 » Ni oubli ni pardon » ? – Corinne Tartare

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Qu’on ne le veuille ou non, pour longtemps (pour toujours peut-être ?), une part de notre être, la part de nous-même restée en enfance, cette part de nous qui appelle ses parents « Maman » et « Papa » (pour toujours, sûrement) peine à imaginer que ces êtres qui nous ont donné le jour aient pu avoir une vie avant nous. Carmen n’échappe pas à la règle. Lorsque meurt Ernesto, son père, son héros au sourire si doux, son dernier lien à l’Argentine, pays de sa naissance, son dernier lien à sa mère, pays de sa douleur, son phare dans la nuit de ses souvenirs, Carmen sombre. Dans la dépression d’abord, au bord de laquelle elle se tenait depuis le suicide de sa mère l’année de ses onze ans, et dans l’alcool, prenant chaque jour un peu plus le risque de perdre le peu qu’elle a pu construire de sa propre vie, son couple et sa petite fille. C’est un coup de fil qui va finalement la réveiller en sursaut et l’amener, par hasard, par surprise, à déchirer le voile noir du deuil et du secret tendu depuis toujours en travers de son soleil.

« Avant elle », c’est l’expression qu’emploie son père pour désigner sa vie avant la révolution qui bouleversa son existence et celle de son pays, mais c’est aussi toute cette part d’Histoire, de son histoire que Carmen découvrira peu à peu sous la plume d’Ernesto. C’est également le long cheminement d’une femme qui vient, dans la douleur du souvenir et de l’absence, dans l’horreur dévoilée de ce qui fut tu, dans la souffrance renouvelée du rite de la naissance, à la rencontre d’elle-même. Et, si cet enfantement, comme il se doit, ne se fait pas sans mal, c’est avec beaucoup d’aisance que Johanna Krawczyk s’en empare, ravivant les feux d’une Histoire mal connue de ce côté-ci de l’Atlantique. Dans un style fluide, dépouillé d’artifices, en phrases sobres (puisque c’est décidément ce qui semble convenir pour parler des révolutions), elle propose à ses lecteurs d’aller, aux côtés de Carmen, jusqu’au bout de l’indicible, de l’impensable, jusqu’à cette inespérée traversée du miroir qui lui offrira, comme on l’espère, une nouvelle existence : la sienne. – Magali Bertrand

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Comment parler de « Avant elle », la « lecture uppercut » que je viens de terminer ?  Comment expliquer la force avec laquelle ce livre m’a touchée ?

Par la violence des faits racontés et l’horreur des crimes commis pendant la dictature argentine.

Par la souffrance que traversent ceux qui sont élevés dans le silence de terribles secrets de famille.

Par les conséquences, parfois terribles, lorsque ce silence est brisé et qu’il s’agit d’affronter ce qui a été tû et caché pendant des dizaines d’années.

Par la sensibilité du récit, par la parole entière et brute de la narratrice.

Lisez « Avant elle ». Ce roman, à coup sûr, ne vous laissera pas indifférent. – Nathalie Ghinsberg

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Avant elle , mais qui est et qu’est ce que ce « elle ».
Johanna Krawczyk va, dans ce premier roman, nous parler de famille, de silences, de secrets de famille.
Carmen, la narratrice est borderline, elle est même suivie de façon psychiatrique. Elle vient de sortir d’un HP, est mère d’une jeune enfant dont c’est plus l’époux qui s’en occupe. Elle se met à boire, délaisse son travail de recherche qu’elle exerce à l’université de l’histoire latino américaine. Elle n’arrive pas à surpasser le décès récent de son père, son papa. Elle est orpheline de sa mère, qui s’est suicidée lors de son adolescence.
Un coup de fil d’un garde meuble, la découverte de carnets vont l’inciter à connaître la vie d’avant de ses parents, la vie qu’ils avaient en Argentine avant de s’installer en France, où elle, Carmen est née. Ses parents n’ont jamais voulu lui raconter leur vie d’avant, avant elle (leur propre fille), elle, cette patrie qu’ils ont dû quitter, elle (cette dictature qui les a chassé ?!).
Ces carnets sont les journaux de son père pendant les années de sa jeunesse en Argentine et elle va prendre, ainsi que le lecteur, de plein fouet l’histoire impitoyable de l’Argentine, des années Péron à la dictature militaire et au départ de ses parents.
L’auteure aborde de façon très personnelle, intime, la recherche des racines dans les familles, elle dévoile des silences, des secrets de famille : pas simple d’apprendre le passé, la vie d’avant sa naissance de ses parents et comprendre certains comportements et silences. Pas toujours facile de découvrir, par le journal de son père, sa vie, ses espoirs, ses ambitions, ses convictions, ses actes, ses fuites….
Pas facile d’être l’enfant de bourreau ou de victime de la dictature ? Comment pouvoir supporter dans sa chair, dans son esprit un passé toujours tu par les siens ?
Affronter de plein fouet le passé d’un pays, de l’histoire de ce pays mais aussi se questionner sur la vie de ses parents, sur leur comportement face à L Histoire avec un grand H ou la petite histoire, au niveau d’êtres si proches, si aimants mais qui n’ont pas pu ou pas su raconter ce passé.
Un premier roman bouleversant car on est au plus prés de cette narratrice et de ses questionnements, de ses éventuelles solutions pour affronter de telles découvertes. Je m’intéresse à l’histoire de l’Amérique latine et à ces pays qui ont sombré dans les dictatures, des dictatures impitoyables face à leurs opposants. J’ai lu des textes sur les exilés qui ont dû fuir pour survivre (je vous conseille d’ailleurs les textes de Laura Alcoba) mais paradoxalement, il faut aussi donner la parole aux bourreaux. Difficile que cela et Hannah Arrendt en a écrit des pages entières sur cette banalité du mal. Mais ai le souvenir d’avoir assister à la projection d’un documentaire qui donnait pour la première fois la parole à des anciens bourreaux : la projection était éprouvante mais il y a eu à la fin de la projection d’anciennes victimes et qui disaient que malgré cette écoute de témoignages difficiles, cela permettait aussi à eux de faire comprendre que ce qu’ils racontaient être exact. (voir le beau travail, cinéma et littéraire de Rithy Pan sur le traumatisme et le travail de deuil suite aux horreurs commises par le régime des Khmers rouges)
Ce premier roman est bouleversant, d’une belle écriture et questionne chacun sur le passé des siens, sur le silence des siens sur leur passé, sur les secrets de famille. Faut il les enfouir ou les dévoiler pour pouvoir chacun faire sa route, son chemin.
Merci encore aux fées pour cette sacrée sélection. – Catherine Airaud

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Pour Carmen, irrémédiable tendresse et amour absolu.

Trentenaire qui a beaucoup de mal avec la vie et beaucoup moins avec les addictions, Carmen découvre chez un garde-meuble et dans un bureau, des carnets ayant appartenu à son père, mort depuis plus d’un an. Son père qui a fui la dictature argentine pour Paris où il a rencontré sa mère au dancing Le Balajo, la belle histoire. Cette mère aimante, qui s’est donné la mort pourtant, quand Carmen avait onze ans.

Malgré l’amour de Raphaël, son homme, malgré l’amour de Suzanne, leur petite qu’elle ne sait pas trop comment aimer, la vie de Carmen est déjà extrêmement vacillante, flamme d’une lampe à pétrole dont la combustion déconne à plein tube. Un coup trop grande et menaçant de s’échapper du globe de verre pour tout incendier. Un coup sur le point de s’éteindre, manquant d’air et de tant d’autres choses qu’elle-même (Carmen) ne peut comprendre parce qu’elle en ignore jusqu’aux origines.

La lecture des carnets paternels va tout exploser.

C’est un roman de 155 pages, pas une de plus. Si sa construction est simple, la vie d’une fille d’aujourd’hui entrecoupée de la vie d’un père d’hier, ce qui se met en branle à la lecture de ces carnets est d’une violence terrifiante. D’abord en embuscade, le passé se dévoile et attaque par à- coup, frappe et vise là où Carmen s’y attend le moins. Il est un fracas de violences. Il défonce tout et finit de brûler ce qui se consumait déjà.

J’ai beaucoup (beaucoup beaucoup) aimé les parties qui décrivent la manière dont Carmen surnage et coule dans sa vie quotidienne. Johanna a le talent fou de donner corps en deux phrases à son héroïne et de nous la rendre vivante alors qu’elle est à moitié morte à l’intérieur. Carmen est si visuelle, si ancrée dans sa réalité déboussolée. J’ai vu un film et j’ai tout de suite pensé à Greta Gerwig (Frances Ha) et à Andréa Bescond (Les chatouilles), des filles qu’on aime instantanément malgré leurs débordements.

J’avoue, j’ai été moins « prise » par l’écriture des carnets paternels. Le style sans doute. Peut-être aussi des doutes me sont apparus quant à leur crédibilité. Ceci dit, il est vrai que la réalité dépasse souvent la fiction. Alors pourquoi la fiction n’outrepasserait-elle pas la réalité ?

Ne vous méprenez pas quant à ce léger bémol, ce livre est une bombe qui déchiquète, qui dépèce patiemment son héroïne, lambeau de chair après lambeau de chair. Implacable et violent. Parfois à la limite du soutenable. Donc de l’insoutenable.

C’est un premier roman qui n’a pas peur et qui va là où il veut aller. Peu de méandres. Pas de ménagement. Les mots sont pesés. Ce qui se dit est indicible. Pourtant tout est dit.

Un roman, c’est souvent la même histoire. Celle de la vie, vous savez. Je sais d’où je viens donc je sais qui je suis et je sais où je vais (je suis un arbre qui connaît ses racines et qui pousse vers le ciel). Chabadabada. Celle de son corollaire, vous savez aussi. J’ignore d’où je viens donc j’ignore qui je suis et j’ignore où je vais. Chabadabada.

Pour « Avant Elle », n’espérez pas le chabadabada, car vous aurez du mal à le dénicher entre les lignes. Mais jetez-vous sur ces pages, laissez-vous aller à la dévoration de ce premier roman, en tremblant. La lumière est là qui vous attend. À la dernière page. – Karine Fougeray

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Carmen est professeure, spécialiste de l’Amérique latine ; cela semble logique puisqu’elle est la fille d’un couple de réfugiés argentins. Mais elle est très fragile psychologiquement ; elle n’arrive pas à être une maman responsable pour Suzanne ; elle boit.

Ernesto, son père est mort il y a un an, juste avant la naissance de Suzanne.

Raphaël, son mari, n’arrive plus à la maintenir à l’équilibre…

Et Carmen va apprendre qu’Ernesto avait un garde-meuble et recevoir en héritage un bureau où elle découvrira des carnets, des photos…Va-t-elle enfin connaître ce qu’a été la vie de ce père aimant mais si discret, si muet sur son passé en Argentine…avant elle ?

Avant l’exil de ses parents vers la France, mais aussi avant sa naissance ?

« Tu es parti sans un mot, et

Je suis devenue orpheline,

Tes cartons chez moi,

Ton corps au cimetière,

Ton fantôme à mes côtés ! »

(…)

« Tes mots, papa, clignotent devant moi, des warning incessants :

« je leur ai souri et j’ai pris une grande inspiration. J’ai senti que j’aurai plus jamais peur de rien ».

J’ai peur de tout. Le savais-tu ? »

(…)

« Je suis l’antithèse de ton courage. Je bois. Trente-six ans et l’alcool pour ami imaginaire. Il me permet d’avancer et de me déresponsabiliser quand j’échoue ou manque à mes devoirs. Comment as-tu fait papa pour ne jamais abandonner ? Dis-moi, donne-moi les clés. »

(…)

« Je ferme le carnet : peut-être que toutes les vérités ne sont pas bonnes à connaître ? Le mensonge protège là où la vérité foudroie, pourquoi faudrait-il toujours que la vérité triomphe ? Je bois. »

Ce roman m’a véritablement bluffée J’en sors presque aussi « sonnée » que Carmen.

C’est fort, puissant, haletant, bouleversant mais aussi terrifiant.

Il fait partie de ces romans dont on ne sort pas indemnes et auxquels on pense longtemps.

Quelle auteure ! Et ce n’est que son 1er roman… – Anne Laude

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C’est un premier livre qui m’a touché par sa puissance, sa violence, sa construction parfaite avec une certaine lumière pour l’après.

Carmen, fille de réfugiés politiques argentins et jeune maman de Suzanne,  sombre dans une dépression mêlée à l’alcool qui menace son couple avec  Raphaël et son travail d’enseignante spécialisée sur l’Amérique latine. Elle traîne ce mal-être depuis sa jeunesse et a vécu un séjour en hôpital psychiatrique.

Tout bascule lorsqu’elle apprend par un garde-meuble que son père Ernesto décédé louait un garage depuis de nombreuses années. Elle découvre un bureau dans lequel sont conservés sept carnets intimes écrits par son père et une clef ouvrant un coffret contenant des photos d’Avant Elle .

En effet, ses parents  sont toujours restés évasifs sur leur passé, évoquant seulement  l’enlèvement d’Ernesto qui a provoqué leur départ. Ils ont reconstruits une nouvelle vie en France avec la venue de Carmen jusqu’au jour ou  sa mère Gabi perd sa gaîté et se suicide lorsqu’elle a 11 ans.

La lecture des carnets d’Ernesto, répartis sur sept décennies de 1936 jusqu’à 2015, peu avant son décès va permettre à Carmen de regarder en arrière et de reconstituer la vie de ses parents. Je n’en dis pas plus pour ne pas enlever tout le plaisir de la découverte.

 Court récit de 150 pages mais tellement attachant !

Difficile à expliquer cette sensation étrange d’apprécier autant un roman qui pourtant vous malmène au plus haut point par la violence des faits, vous empêche de respirer par la tension à chaque page, vous fait  craindre le pire à venir mais vous séduit autant par son élégance et sa douceur d’écriture.

L’auteur sait à merveille naviguer entre le passé et le présent grâce à de courts chapitres et une construction astucieuse qui rythment la lecture ; on ressent son talent de scénariste dans ce texte. Elle manie habilement la tension dans le texte  en nous assenant le coup fatal dans les dernières pages.

J’ai apprécié ce lien naturel qu’elle déploie entre la partie historique extrêmement  documentée et la vie intime de sa famille. On perçoit finement la vie de ses personnages emportés par la folie de l’Histoire à travers le témoignage écrit des journaux intimes d’Ernesto. On ressent la peur, l’angoisse, le froid, les cris, les odeurs et tout devient presque insoutenable.

Le personnage de Carmen est touchant dans sa détresse psychologique, dans sa recherche du passé, dans son amour blessé pour ses parents (on pourrait citer de nombreuses phrases sensibles).

L’auteur évoque l’empreinte indélébile des secrets de famille, le poids des non-dits, la violence de la vérité qui peut être salutaire pour l’avenir.

C’est une lecture éprouvante mais si belle ! – Fabienne Balcon

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Il m’a fallut attendre quelques jours, pour digérer ce livre et écrire une chronique.

En voulant rendre hommage à son père, exilé argentin, Carmen découvre qu’il n’est pas le héros qu’elle croyait. Lever le voile de ses origines pourrait être la clef de son bonheur. En effet, jusqu’à présent, Carmen n’a pas trouvé l’équilibre dans son couple et la découverte de l’héritage de son père va la bouleverser et changer sa vie. Elle découvre des carnets écrits par son père cet homme taiseux et énigmatique, tout le contraire de sa mère.

Ces carnets vont-ils permettre d’éclairer les zones d’ombres de la vie de son père ?

Vont-ils répondre aux questions que se pose Carmel ?

Un premier roman remarquablement écrit qui ne laissera personne indifférent. Une relation père-fille qui évoque  un grand secret de famille, basé sur le mensonge et la violence. Un terrible héritage.

Un roman très dur et très intense. – Hélène Grenier

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Carmen est la fille de réfugiés argentins. Elle a toujours pensé que son père avait fui la junte. A la mort de celui-ci, elle est contactée par une agence de garde-meubles où son père louait un box. Elle tombe sur une petite clé qui lui donne accès aux journaux intimes de son père.

Carmen ressent un profond mal-être, bien que mariée et mère d’une petite fille, l’alcool l’aide à démarrer ses journées. Son compagnon lassé prend de la distance. Carmen en profite pour plonger dans les carnets de son père et sa vie va basculer.

« Avant elle » est un court premier roman très percutant qui nous plonge au cœur de la junte en Argentine mais pose également des questions sur l’hérédité et les non-dits dévastateurs.

C’est un des deux ou trois premiers romans très forts que j’ai lu dans le cadre des 68 premières fois. – Michèle Letellier

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Brillant et tragique quand l’histoire que l’on connaît et enseigne rejoint la réalité familiale.

Entre cette jeune mère de famille, plongée dans l’alcoolisme et dont la survie de son couple comme son statut de maman sont mis à mal et un père dont elle ne percevait que peu de choses ou le seul statut de victime des conflits civils et militaires de son pays ; l’Argentine, un voile tragique va se déchirer.

En découvrant après la mort de son père dont elle attendait tant une série de carnets intimes, photos et journaux qu’il a rédigée la plus grande partie de sa vie, c’est tout d’abord l’exaltation de pouvoir se plonger enfin sur ses origines puis une longue et fulgurante descente en enfer. L’homme a entretenu avec parcimonie, auprès de sa fille, le portrait d’un père taiseux mais plutôt victime de la dictature militaire argentine. Hors dans les faits, c’est tout le contraire qui s’est produit; son père « ce héros » n’est certes pas un homme aux origines familiales faciles avec une mère assassinée alors qu’il était enfant , mais une personne qui s’est construit dans la violence, la religion catholique la plus traditionnelle et se révèle être un des ces bourreaux , les plus abjects, les plus farouches et opportunistes que l’Argentine a produit. C’est déjà en soit une terrible révélation pour Carmen, la narratrice de ce récit et surtout la spécialiste de l’histoire et des drames de l’Amérique Latine, cela va lui faire s’enfoncer encore plus dans la dépression, s’éloigner de sa fille comme de son mari encore plus le temps de cette découverte. Pire que tout cela, il va falloir que Carmen aille jusqu’au bout de son calvaire avec une mère probablement complice de son bourreau de mari et enfin la vérité sur sa propre naissance et ses origines réelles.

Johnanna Krawczyk fait dans ce premier roman, le récit de vie d’un bourreau, d’un père de famille aux secrets probablement partagés avec son épouse, un parcours sanglant, politique, opportuniste et celui d’une femme dont tous les repères sont abattus ; la narratrice. En parfaite connaissance de l’histoire politique de l’Amérique Latine, des sentiments profonds et humains de ces personnes aux destins troubles, sensibles, victimes de l’histoire avec de lourds secrets familiaux. Cela se traduit par un roman particulièrement bien écrit, fulgurant indiscutablement, terrible et qui ne peut pas laisser son lecteur insensible. – Olivier Bihl

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Elle, Carmen, ne sait plus d’où elle vient ni qui elle est. Elle se noie dans l’alcool et la dépression depuis la mort d’Ernesto Gomez, le père tant aimé, silencieux, secret. Pourtant, tout devrait lui sourire. Professeur d’espagnol, spécialiste de l’Amérique latine. Normal avec des parents arrivés d’Argentine avec leurs lourds secrets, lorsqu’ils ont fui la dictature après l’enlèvement d’Ernesto. Carmen a une petite fille qu’elle semble totalement ignorer, celle-ci est née juste après le décès de son père, et si une naissance remplace parfois celui ou celle qui vient de partir, pour elle le vide est bien trop grand pour réussir à le combler. Ni son mari Raphaël, ni sa fille, ne peuvent remplacer la Vodka ou le Whisky qui réchauffent et permettent d’oublier, ni ses longues heures de désespoir.

Jusqu’au jour où on la contacte pour lui demander de venir chercher les affaires de son père, dans un garde meuble jusque là tenu secret. Ce sera alors la découverte de sept carnets, sept décennies pour dire une vie.

Mais les découvertes que va faire Carmen dans ces carnets intimes vont la mener bien loin et dans de bien sombres recoins de cette histoire qu’elle aurait sans doute préféré ignorer. Y trouvera-t-elle des explications au suicide de sa mère, au silence de son père, à leurs origines ?

Ernesto était né en argentine en 1928. Issu d’une famille pauvre, un grand-père violent omnipotent qui quitte sa femme, une indienne Guarani, pour vivre avec sa maîtresse. Une mère violée puis assassinée. Une seule issue pour cet enfant, l’orphelinat de Buenos-Aires où il rencontre Mario, le frère de cœur, l’ami inséparable, l’enfant handicapé abandonné par sa famille. Devenus adultes, tous deux rentrent dans l’armée.

Puis vient la ferveur nationale du gouvernement de Juan Perón, Évita puis Isabel. Mais la junte militaire prend le pouvoir en 1973 dirigée par le général Videla. Ce seront des années atroces, terribles passées sous la dictature militaire argentine qui sévit de 1976 à 1983. Des années de massacres et de disparition en nombre pour la population (on dénombrera pas moins de 30 000 desaparecidos, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million d’exilés). Ernesto ne quitte pas pour autant l’armée, ce lieu où enfin il a enfin trouvé une famille, un avenir.

Jusqu’à cette année 1979 où il embarque pour la France avec sa femme.

Une vie plus tard, Carmen découvre l’histoire de son père, de ce pays, de sa famille.

Ce roman est puissant, intense, émouvant. L’auteur n’hésite pas à démontrer que la violence et les bourreaux sont souvent, hélas, des gens ordinaires que l’on peut croiser au coin de sa rue. Nous qui avons sans doute tendance à cataloguer ceux qui pratiquent la barbarie cela pose bien des questions. Tout comme ce rapport évident aux bienfaits ou effets de la psychogénéalogie, sommes nous ce que nos parents ont fait, devons nous savoir pour être et devenir. Et jusqu’à quel point devons nous savoir, quand cette connaissance est pire que le silence et l’ignorance ?

J’ai aimé le style très visuel, les flash-back et les questionnements, les vides à remplir, les silence et les questions. Mais aussi la façon dont le roman est mis en page, nous permettant de suivre aisément les différents supports, vie de Carmen, carnets d’Ernesto. C’est à la fois brillant, fort, intime, et un douloureux et nécessaire rappel de l’histoire somme toute assez récente de l’argentine. – Dominique Sudre

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Carmen est poursuivie par des démons qu’elle a du mal à identifier ! Le suicide de sa mère est sans doute l’un de ces démons, mais qu’y peut-elle ? Elle ne connaît pas les raisons profondes de ce suicide. Elle semble pourtant porter le passé et les lourds secrets jalousement gardés par ses parents. Son père mort, elle récupère un bureau qui renferme les sept carnets qu’il a écrit et dans lesquels il raconte sa vie, les épreuves qui l’ont façonné, son chemin, ses choix et ses décisions. Carmen prendra alors connaissance de tout le non-dit, des épreuves vécues par ce père en Argentine alors qu’il était enfant, puis jeune homme. Un passé violent qui expliquera les tourments endurés par Ernesto, et la raison pour laquelle il ne voulut jamais s’exprimer.

Mais savoir l’aidera-t-elle a éradiquer ses peurs, ses angoisses, son addiction à l’alcool afin de renaître dans ce foyer d’où l’amour s’est enfui ?

Résilience oui, mais est-elle toujours possible quand, porteur du passé de ses géniteurs, on tente d’interroger en vain son inconscient ? Ce récit ressemble à un accouchement dans la douleur. Cet accouchement permettra-t-il toutefois de donner naissance à un être innocent qui n’aura pas à porter la croix de ses parents ?

Toutes ces questions sont intelligemment soulevées dans ce beau roman dans lequel l’auteure rappelle l’Argentine entre 36 et 80, incluant la période péroniste et l’accession au pouvoir de la junte à partir de 1976. Période troublée de l’histoire de ce pays.

Un roman passionnant et une belle découverte ! – Roselyne Soufflet

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Carmen part en vrille, on peut le dire…
Depuis 2 ans que son père est mort, elle plonge doucement mais sûrement. Elle peine à s’investir dans sa toute nouvelle maternité, elle épuise peu à peu la patience de son conjoint, elle trouve de plus en plus soutien et réconfort dans l’alcool, la folie guette….
Et puis, un matin, elle reçoit l’appel de la gérante d’un garde-meuble. Un box au nom de son père est à vider au plus vite ! Elle y découvre un unique meuble, un bureau, et une clé.
Les secrets que recèle ce bureau sont autant de réponses aux questions que Carmen a posées en vain à son père . Il est mort en gardant le silence jusqu’au bout, ne voulant pas remuer un passé trop douloureux.
Il était en effet un réfugié argentin, ayant fui le pays et sa dictature militaire. Elle, la dictature.Les tortures, les disparitions inexpliquées orchestrées par la junte…
Carmen se plonge dans les documents, photographies, coupures de journaux, et surtout les carnets tenus par son père , découverts dans le bureau. Progressivement, le voile se déchire et la vérité fait jour…, lui explose à la figure…!
Cette vérité après laquelle elle court, fallait-il vraiment s’y confronter ?
Ce roman met en lumière des faits historiques pas si lointains, dont évidemment je n’avais que très peu connaissance.
Il est dur , parfois très noir. La violence , la cruauté humaine sont exposées. Les protagonistes sont tout autant objets et sujets des évènements, à la merci, volontaires ou résignés, des velléités politiques et idéologiques. Et les traumatismes transmis ont le goût et le poids du plomb.
J’ai tourné les pages avec une curiosité croissante et dévorante, parfois rebutée par la barbarie de certaines scènes.
Un livre très prenant… – Christine Gazo

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J’avais été prévenue… « ne lis pas ce livre le soir, il est dur, mieux vaut le lire en journée ». En lisant ce mot d’Hélène je me suis dis « ça ne peut pas être à ce point là » et bah si… 

Avant elle, c’est un livre qui évoque la filiation, la violence aborde aussi la nature humaine et pose une question : peut-on tout accepter, tout pardonner, fermer les yeux sur l’impardonnable parce que l’amour est plus fort ? 

Est-ce que ce père que l’on voit comme quelqu’un d’extraordinaire, de doux, ne peut pas commettre l’impensable ?

C’est un roman incisif parfois brutal, aussi brutal que les violences décrites et qui mène finalement à une renaissance, une découverte de ses origines. 

Mais parce que oui il y a un mais j’ai trouvé le livre trop long à entrer dans le vif du sujet… au final il ne fait que 150 pages mais les 50/60 premières pages ont à mon sens été très longues pour planter le décor. – Clémence Dubois

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La vie de Carmen, fille de réfugiés argentins ne tient plus qu’à un fil.
Pourtant celle-ci a tout pour être heureuse avec sa fille et un mari aimant. Depuis plusieurs années, l’alcoolisme et une envie d’autodestruction ont emporté Carmen. le décès de son père a accéléré cette descente aux enfers.
De nombreux mystères planent sur son passé familial et serait en partie responsable de sa détresse psychologique sans même qu’elle en ait conscience. Que se cache-t-il derrière le suicide inexpliqué de sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant et le mutisme de son père de son vivant sur leur vie passée en Argentine?

Un jour, Carmen est contactée par une entreprise de garde-meubles qui souhaite qu’elle libère un box loué jadis par son père. En allant sur place, elle y découvre un bureau qui renferme sept carnets rouges retraçant la vie de celui-ci et plusieurs souvenirs du passé.
La lecture de ces carnets va t’elle apporter les réponses aux questions en suspens et lui permettre de pouvoir enfin aller de l’avant ou au contraire, les confessions de son père vont-elles l’anéantir de façon définitive?

Ce premier roman de Johanna Krawczyk est une véritable claque. Dès la première page le ton est donné. Malgré sa dureté il est très difficile à lâcher. J’ai aimé la forme du roman mélangeant une narration classique dans laquelle on trouve des passages du carnet rouge. Par le travail de recherche fait par l’auteur, j’ai pu en apprendre un peu plus sur l’Histoire de l’Argentine et la politique menée des années 1945 à la fin des années 1970… – Hélène Ortial

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Quelle était la vie des parents de Carmen avant elle? Avant la dictature des généraux en Argentine! Son père en a été victime et n’a jamais souhaitait en parler, c’est aussi pour mieux les comprendre qu’elle est devenue enseignante spécialiste de l’Amérique latine. Seulement le décès de son père il y a plusieurs mois a ouvert une faille abyssale en elle, elle tient grâce à l’alcool et s’enfonce chaque jour, malgré l’amour de son conjoint et de leur petite fille. La découverte de carnets écrits par son père tout au long de sa vie et commençant avant elle va lui permettre de remplir les silences laisser et de se reconstruire, voire se construire mais la vérité pourra être plus douloureuse encore!

L’histoire s’alterne donc entre le présent de Carmen avec son mal être intense, sa vie qui part en lambeau au point de ne plus pouvoir y faire face, ne pas réussir à être mère et s’enfoncer toujours un peu plus dans l’alcool, et l’histoire de l’Argentine avec un triste pan celui de la montée de la dictature. Son père a eu une enfance marqué par la brutalité malgré l’amour de sa mère, il va trouver sa place dans l’armée et va voir la dictature faire des ravages jusqu’à son exil en France avec sa femme et leur fille Carmen. Des scènes de tortures sont racontées avec beaucoup de réalisme et peuvent être difficile à lire! Disparations, vols de nouveaux nés, l’armée n’a pas ménagé sa peine pour venir à bout des opposants et ce roman nous permet de pas oublier les victimes!

Ce livre est intense, difficile, bouleversant et vraiment rythmé, la tension est à son comble à chaque passage. L’autrice aborde avec justesse, le poids des secrets et leurs conséquences sur les générations suivantes. J’ai trouvé Carmen bouleversante de réalisme et voir une femme alcoolique, un tabou de notre société alors que nombreuses en sont victimes, m’a vraiment touchée. Toutes les parties sur l’Argentine m’ont vraiment intéressée aussi et j’ai appris beaucoup. Un sujet que j’aimerais redécouvrir à travers d’autres écrits et témoignages désormais.

Un premier roman magistral qui est un coup de cœur pour moi, l’autrice alterne avec brio les faits historiques et la vie de Carmen cette jeune femme tellement fragile. Une très belle histoire de résilience et de secrets à découvrir! Merci aux 68 premières fois! – Julie Campagna

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Carmen se lève chaque matin  «  avec l’impression de ne pas être moi »

Et ce n’est pas par hasard !

Jeune femme mariée, mère d’un bébé, elle n’arrive pas à vivre. Orpheline de ses deux parents qui sont venus d’Argentine en 1979, et bien que spécialiste de l’histoire de l’Argentine, qu’elle enseigne, elle ressent un grand mystère autour de l’histoire de ses parents.

Lorsqu’elle se trouve en possession des carnets de son père commencés en 1936 alors qu’il a 8 ans, les choses s’éclairent petit à petit.

Il ne faut rien dire de ce qu’elle découvre et auquel personnellement je ne m’attendais pas du tout.

Johanna Krawczyk  construit son livre avec des allers retours entre l’histoire de ses parents, des extraits des carnets de son père et l’effet que ces révélations ont sur elle.

Tout est tragique ! Mais tout est bien dit, touchant, et instructif sur l’histoire récente de ce pays, que je connaissais à peine.

Une belle lecture. – Marie-Hélène Poirson

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« Chaque matin je me lève avec l’impression de ne pas être moi, de ne pas être à la bonne place, dans la bonne vie, de n’être qu’un gribouillage, sans rêve et sans joie, alors je bois un peu, dès 7h30…« 

Carmen, fille de réfugiés argentins, enseignante spécialiste de l’Amérique latine, déjà malmenée par le suicide de sa mère lorsqu’elle avait 11 ans,  ne se remet pas de la mort de son père tant aimé il y a quelques mois, au point de négliger son bébé,  mettre son couple en péril et se réfugier dans l’alcool dès le matin. Un coup de fil lui apprend que son père avait un box dans un garde-meubles et qu’elle doit venir récupérer ses affaires. Un bureau, sept carnets. Y trouvera-t-elle les réponses à toutes les questions auxquelles son père n’a jamais répondu ?
Le lecteur découvre les carnets en même temps que Carmen. C’est la boîte de Pandore. La vérité n’est pas toujours bonne à connaître, elle pourrait la briser. Est-il nécessaire de tout savoir sur ses parents? Le mal-être de Carmen a pris naissance sans qu’elle le sache, dans les mensonges et le mutisme de ses parents et s’est imprimé si fort dans sa chair qu’elle ne sait plus qui elle est… Les carnets de son père vont-ils lui permettre une renaissance ?

Lu par moments en apnée car il y a des passages très durs, j’ai vraiment aimé cette histoire qui parle d’une partie assez récente de l’histoire de l’Argentine ( le « elle » du titre renvoie à la dictature militaire et à ses exactions) pose le problème de l’héritage de la violence …
Si j’ai assez vite compris où nous menait l’autrice, cela ne m’a pas gênée  tant j’ai ressenti d’empathie pour Carmen,  vibré, souffert avec elle. De dénis en mauvais choix, d’engrenages en retours en arrière difficiles, ses parents sont des gens ordinaires qui auraient pu se trouver de l’autre côté de la barrière,  un destin tient parfois à si peu de choses…

La densité exceptionnelle de ce court roman et la plume magnifique de l’autrice en font une lecture puissante à ne rater sous aucun prétexte ! – Catherine Dufau

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Lire également les billets de :

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/03/31/38895647.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/02/avant-elle-de-johanna-krawczyk.html

Joëlle Buch : https://joellebooks.fr/2021/04/23/avant-elle-johanna-krawczyk/

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/avant-elle-de-johanna-krawczyk.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/01/29/avant-elle/

Martine Galati : https://www.lecturesetplus.com/2021/04/avant-elle.html

Fabienne Defosse : https://the-fab-blog.blogspot.com/2021/05/mon-avis-sur-avant-ellede-johanna.html

Delphine Depras : http://delphine-olympe.blogspot.com/2021/02/avant-elle.html

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