Les grandes occasions – Alexandra Matine

« C’est ça qui ronge la famille. Cet évitement. Cet évitement pour garder les non-dits non-dits. »

Quand j’ai reçu ce livre, le 1er de cette nouvelle aventure avec les 68 premières fois,
Quand j’ai commencé sa lecture, les premiers mots, les premières pages,
Je me suis demandée si j’allais arriver à le terminer …
Et puis comme chaque fois, la magie des 68 a agi.
J’ai été happée par Esther et j’ai plongé avec elle dans ses souvenirs, dans ses histoires de famille:

Les repas de famille.
Les fêtes en famille.
Les réunions de famille.
Les vacances en famille.

Toutes ces Grandes Occasions.
Et une maman au milieu de tous ces événements.

Une lecture touchante, qui fait parfois mal, qui émeut beaucoup.
Est-ce en raison des thèmes évoqués ?
Oui, mais également par cette accumulation de phrases courtes, de « mots-phrases » juxtaposés. Pas de temps mort, pas de répit dans les souvenirs d’Esther. Un débit de « paroles écrites » ininterrompu sauf dans les dernières pages. Quand la fin ( du livre? de sa vie? ) approche, les phrases se rallongent . Pour allonger le temps qu’il reste ?

Merci Alexandra Matine pour ces magnifiques pages si fortes, si violentes et qui font parfois mal car trop réalistes, mais si magnifiquement écrites. – Marie-José Séverin

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Esther et Reza attendent leurs quatre enfants et leurs petits-enfants.  Il fait très chaud. Certains vont se décommandés pour de mauvais prétextes, d’autres seront présents. L’histoire est un huit-clos qui se passe de la terrasse à la cuisine en passant par le salon. Là, le récit d’Esther nous prend. Elle va nous raconter son enfance, sa rencontre avec Reza, la naissance des enfants et le départ de la toute dernière qui peinera Esther. Un grand appartement à  Paris, une grande maison dans le sud de la France et le vide, le néant et la perte de ces enfants qui vivent de leur côté.

Les nœuds qui se font et se défont.  Des enfants qui se voient et d’autres qui s’ignorent.

Une famille où l’on ne se parle pas. On sait pas faire. On ne se touche pas. Les non-dits qui dominent. Ce qui se transmet ou pas. Une histoire nourrie de la personnalité de chacun.

Un début difficile où j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire et d’un seul coup, tout prend sens et vie. Un roman qui évoque beaucoup d’émotion et qui donne envie de prendre nos proches dans les bras.

Pour finir, on choisit nos amis mais pas notre famille. – Hélène Grenier

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Elle gît aujourd’hui sur un lit d’hôpital, 

Esther qui ne demandait qu’à être aimée, qui avait rencontré croit-elle, l’amour de sa vie, qui laissera son métier d’infirmière pour se consacrer à ses enfants, une femme qui, telle Pénélope, va tisser la toile de sa vie, car ce tapis imaginaire qu’elle composera nœuds après nœud ne sera autre chose qu’une toile propre à retenir la progéniture, à la garder pour elle, femme en mal de reconnaissance qui subira bien des affronts de la part de son mari comme de ses enfants. 

Alors elle attend, elle attend les grandes occasions … la richesse qu’elle espère, c’est de voir, encore une fois, rien qu’une fois, sa famille réunie…

Ce roman est le roman d’une attente, de l’espérance d’une vie, une vie racontée durant cette longue attente, une vie … de famille ? Peut-être…

Si j’ai apprécié ce roman dans lequel la psychologie tient une part importante, et si je me suis attachée au devenir des personnages, je ne peux pas affirmer que j’ai pleinement apprécié le récit, question de style. J’ai toujours autant de mal avec la façon dont certains auteurs brodent autour du sujet, employant des phrases courtes, souvent non verbales, qui noient la trame dans une multitude de détails non essentiels, même si je reconnais que dans le présent roman, c’est peut-être nécessaire car ce récit est le fruit d’une pensée et une description détaillée de la psychologie de notre héroïne.

Il n’en demeure pas moins un écrit intéressant et profond. – Roselyne Soufflet

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Esther est une femme et une mère. Une mère qui a passé sa vie de mère à tisser les liens qui doivent selon elle unir sa famille. En tous cas, elle a essayé. Et quand le roman commence, elle prépare un repas où tous ses enfants doivent venir. C’est un événement, une de ces grandes occasions pour laquelle on met les petits plats dans les grands. Et c’est surtout le moment pour elle de revenir sur cette vie de tissage, ses joies et ses peines…

J’ai passé un agréable moment de lecture avec Esther, mais il m’a manqué le petit quelque chose qui transforme une belle lecture en coup de cœur. J’ai adoré l’idée : une femme revient sur ce que été sa vie, les personnages virevoltent autour d’elle pour reconstituer l’histoire de la famille et nous faire comprendre, par petites touches, les accrocs à la tapisserie. C’est l’écriture qui m’a le moins séduite, car je l’ai trouvée parfois trop répétitive. Certains passages auraient gagné à plus d’épure ou d’ellipse… d’autres sont formidables et m’ont emportée, pour me déposer auprès d’autres qui m’ont moins touchée. 

Une jolie lecture donc, qui me donne envie de voir comment le style d’Alexandra Matine va évoluer et quelle sera sa prochaine quête. Elle m’a également permis de découvrir une chouette maison d’édition, Les Avrils et j’ai très envie de lire d’autres romans de cette collection ! – Gwenaëlle Langlois-Latour

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Esther attend. Elle attend les enfants, les petits enfants pour un déjeuner de famille en ce samedi d’été. Car Vanessa la petite dernière, celle qui vit là-bas loin en Australie est de passage à Paris. Ce déjeuner, cette réunion de famille elle l’espère depuis si longtemps. Elle n’aime rien tant que de les voir tous, la fratrie, Reza son mari, et les petits enfants qui ont déjà bien grandi réunis pour les grandes occasions.

Pourtant, depuis le mariage de Bruno, plus jamais elle n’a réussi à les rassembler. Esther la silencieuse tente depuis toujours de tisser le fil qui rapprochera les membres de sa famille, les fera s’apprécier, s’aimer. Sans y parvenir car jour après jour les fils se défont, les nœuds se cassent, les sentiments se délitent. Aujourd’hui, dans la chaleur étouffante, elle finit d’arranger les fleurs sur la table, d’organiser les chaises tout autour. Alors qu’elle ressent une douleur terrible à la tête, elle se remémore sa vie.

La jeune femme qu’elle était, légère, joyeuse et bondissante sur ses jolis souliers ; l’infirmière qui a rencontré Reza, un jeune médecin iranien venu étudier puis soigner en France. Mais cet étranger à l’accent si prononcé dont personne ne veut devra soigner lui aussi les étrangers pour s’imposer dans ce milieu fermé. Il n’aura dès lors qu’une obsession, réussir sa vie, se faire une place, gagner assez pour permettre à ses enfants de vivre correctement. Comme une revanche à prendre sur la misère de son enfance.

Puis Carole, leur première fille, arrivée plus vite que prévu, Esther était encore bien jeune, avant que Reza n’ait réellement pris à la dimension de son rôle de père. Puis Alexandre, le fils favori, petit chien savant exhibé avec fierté par son père. Alexandre n’aura jamais droit à l’amour de sa mère, trop occupée à compenser le manque d’intérêt paternel pour les autres, Bruno puis Vanessa la benjamine. Vanessa qu’elle imagine comme son dernier bonheur, son refuge, celle qui l’accompagnera dans sa vieillesse, qui la protégera et ne l’abandonnera jamais. Vanessa qui très vite, très jeune, la quitte pour aller vivre en Australie.

Reza est un mari peu attentionné, un homme dur qui n’a jamais ressenti l’amour d’un père pour ses enfants. Mais faut-il le lui reprocher, lui qui n’a jamais eu celui de ses parents ? Cet homme égoïste n’a ni les mots ni les gestes pour les siens. Esther non plus n’a jamais su unir cette grande famille qu’elle a pourtant désirée. Les membres de cette famille sont comme des maillons d’une chaîne concaténée au hasard des naissances, mais jamais soudée par un amour quelconque, par les gestes ou la parole qui soulagent, donnent, comprennent, protègent, expriment l’amour, la tendresse, l’attention.

Quelle est difficile et froide cette vie qui passe dans les souvenirs d’Esther, qu’elles sont violentes les rancœurs qui animent les membres de cette famille, les différences qui les séparent. Et pourtant elle les aime tous, ces enfants et ces petits enfants qui la délaissent, la craignent, l’ignorent. Elle les appelle de toute son âme, de tout son cœur, avec ses silences, ses gestes retenus, ses mots étouffés par la crainte du refus, de la méfiance, de la solitude.

Un premier roman étonnant, où les mots, les sentiments, les souvenirs s’égrènent, révoltants, émouvants, désespérants, pour dire une vie vécue, des amours manqués, des silences qui emprisonnent les sentiments plus sûrement que des chaînes ou des barreaux. L’auteur a su créer une ambiance particulière, le lecteur s’attache à Esther, prise entre la chaleur étouffante de cette journée d’été et la froideur et l’absence d’amour de cette famille. – Dominique Sudre

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Esther attend, passive, le témoignage des sentiments de son mari, l’effusion des émotions de ses enfants, la vie.

Elle l’attend dans les gestes, les mots, les regards de ceux qu’elle aime ou qu’elle a aimés.

Sous le soleil écrasant de sa terrasse parisienne, elle s’invente encore de l’espoir, l’espoir d’une vie qu’elle n’a pas vu passer, qu’elle n’a pas su construire , qu’elle n’a pas su maîtriser.

Elle ne maîtrise plus grand-chose, Esther, de cette vie qui lui file entre les doigts, sauf peut-être le mensonge d’un repas de famille, auquel elle a encore envie de croire.

Ce texte m’a bouleversé, m’a émue, m’a attristée et m’a confortée dans  l’envie de jouir de chaque petit bonheur à cueillir, chaque jour, de ma vie, d’aller au-devant des mots, de fuir les silences. – Anne Richard

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Ce roman est atypique je trouve. En soi, il ne se passe pas grand chose tout au long de ce récit qui commence par la fin.
Au début, je n’étais pas sûre d’accrocher pour être honnête. Et il y a un je ne sais quoi qui fait qu’on veut continuer, on veut comprendre.
Je me suis retrouvée au sein de cette famille comme si j’en faisais partie. Je ne comprenais pas toujours ce père autoritaire et exclusif, cette mère trop effacée…
Mais je me suis attachée à eux comme on s’attache à une famille. D’ailleurs, une fois dans le récit, je n’ai pas réussi à en sortir avant d’avoir lu la dernière phrase.
Ce roman, pour moi, c’est une vraie surprise. C’est pour ce genre de surprise et de découverte que j’aime les 68 ! – Marion Catherinet

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Un livre touchant sur la famille, riche en émotions, qui ne vous laissera pas indifférent. Les mots sonnent justes. Tout un chacun pourra y reconnaitre un membre de sa famille. Mais attention ce premier roman est terrible, si vous êtes plutôt dépressif en ce moment, vous n’y trouverez pas de réconfort ou de luminosité.

Je vous livre l’incipit pour vous donner le ton :

« Aujourd’hui, Esther va mourir. Ou demain. Ou dans quelques jours. On ne sait pas. »

Le roman s’ouvre sur une famille réunit autour d’un lit d’hôpital. C’est le moment de prendre une décision. Esther est dans un état de mort cérébrale. Elle est âgée. Ses quatre enfants versent des larmes.

« Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent sans qu’elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé ; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille était son œuvre inachevable. »

Le motif de la tapisserie, des liens tissés, reviendra souvent dans le roman. Elle nous emmène alors dans son passé et égrène ses souvenirs. Elle nous parle de son mari Reza, d’origine iranienne. Il est venu faire ses études de médecine en France. Il a vécu une enfance difficile. Elle décrit ses enfants : Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa. Mais surtout la dure réalité de se retrouver seule, une fois les enfants partis. Elle pensait pouvoir garder la petite dernière auprès d’elle, Vanessa.

« Il lui avait fallu trois enfants, trois départs, et la menace d’un quatrième pour comprendre ce que c’était qu’être mère. Le destin d’une mère, c’est de laisser partir ses enfants. De son ventre, de sa maison, de ses bras. Les douleurs de l’enfantement ne sont rien comparées à la douleur éternelle de la séparation. Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner. »

Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est qu’ensuite nous avons aussi le point de vue de chaque enfant sur son enfance, ses parents, les relations entre frères et sœurs. On ressent toute la pression et le poids de l’héritage familial. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser découvrir cette famille, ses secrets, ses fêlures. En tout cas, il ne restera plus que les grandes occasions à Esther pour essayer de réunir toute sa famille.

La nouvelle maison d’édition Les Avrils commence fort. – Joëlle Buch

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Esther n’a qu’un souhait en ce samedi midi d’été, réunir ses quatre enfants pour un repas en famille sur la terrasse de l’appartement familial.
Elle va s’appliquer à tout organiser pour que tout soit le plus parfait possible.
Au cours de cette préparation et sous une chaleur étouffante, Esther se remémore les souvenirs de sa jeunesse, de sa vie en tant que mère de famille et nous livre les regrets qu’elle n’a jamais su exprimer.

Alexandra MATINE, a su, dans ce premier roman écrire un récit intime et pudique où se mêle l’espoir et la résignation d’une mère dans une atmosphère sentant des effluves de rose et de fleur d’orangers. Par les récits d’Esther, nous prenons conscience que la vie est un tissage continuel pleins d’imperfections mais que l’on peut toujours essayer de raccommoder. L’ouvrage est complexe mais il est une belle métaphore des relations humaines et familiales.

Par son écriture fluide et légère, j’ai vraiment pris un grand plaisir à lire ce livre que j’ai trouvé très beau et touchant. J’ai trouvé très intéressant ce « fil » conducteur de la tapisserie.

Je tiens vraiment à remercier les 68 premières fois et les éditions « les Avrils » pour la découverte de cette petite pépite qui m’a emmené loin de mon quotidien et m’a fait découvrir un petit peu l’Iran. de plus, c’est peut-être quelque chose d’habituel pour les éditions « les Avrils » mais j’ai beaucoup aimé que la première et la dernière page de l’ouvrage soient de couleur vert plante. – Hélène Ortial

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Dès les premières lignes, on sait quoi s’en tenir sur le futur proche d’Esther. Sa vie est suspendue à la décision de la famille, et surtout celle du père, censé avoir les compétences requises, en sa qualité de médecin. 

On apprend alors qui est Esther, cette femme qui souhaite que le repas de midi se déroule dehors, à l’ombre d’un parasol, en compagnie de ses quatre enfants et de leurs familles. Il fait très chaud. Sa plus jeune fille et l’un de ses fils ont appelé pour décommander. Alors Esther se souvient, ressasse et raconte l’histoire de cette tribu dispersée et divisée. Sa vie d’épouse soumise, auprès d’un mari qui doit se rassurer en affirmant haut et fort qu’il est un bon médecin, et que ses patients ont de la chance. On comprend peu à peu les failles et les blessures qui ont fragilisé un édifice construit sur du sable.

Le roman s’ouvre sur une évocation de l’incipit de l’Etranger. Et se poursuit sur un récit qui évoque le sublime roman de Virginia Woolf  Ms Dalloway. Il y manque cependant la grâce, sous-tendue par la fragilité de l’écrivaine anglaise.

On ressent à la lecture l’ennui de l’héroïne et le poids d’un quotidien subi. Le personnage du mari est très antipathique mais rien ne laisse entrevoir une issue favorable, même pas celle de réunir ses enfants pour un repas partagé. C’est sombre et assez désespéré. Un bilan d’échecs programmés.

Même si cette histoire est hélas le reflet de bien des situations familiales où les non-dits se sont cristallisés en impasses affectives délétères, je n’ai éprouvé peu d’empathie pour ces personnages, voire de l’inimitié pour certains, et cela m’a laissée à distance du propos. – Chantal Yvenou

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Le livre d’Alexandra Matine s’ouvre sur une citation de Marguerite Duras bien à propos.
« Il y a toujours dans les familles un défaut par où la famille fout le camp, sort d’elle-même. »
Esther se meurt et autour d’elle dans cette chambre se tiennent ses quatre enfants et son mari Reza avec qui elle a construit cette famille qui compte tant pour elle.
Tableau de famille idéal. Une femme entourée de l’amour de son homme, une mère entourée de l’amour de ses quatre enfants. Il n’y a pourtant rien d’idyllique ici.
Nous remontons un peu dans le temps et c’est Esther bien vivante que nous découvrons. Elle attend ses enfants pour un déjeuner familial. Elle est pressée et heureuse de les voir tous réunis. Mais rien ne se passe comme elle l’avait prévu.
Quel est le défaut de la famille qu’Esther a construit avec Reza son mari ? Que s’est il passé dans cette famille, dans cette fratrie composée de quatre enfants ? C’est la question que pose la lecture de ce livre . D’où vient la violence qui crée le dysfonctionnement ? Quand un père aime un fils – bien ou mal ou croit l’aimer en le façonnant tel qu’il le veut et en oubliant ses autres enfants ? Quand une mère ne colmate pas les brèches, n’ose pas dire , se tait. Comment la communication ou plutôt la non-communication se construit elle ? Et les enfants devenus adultes , pourquoi ne parlent ils pas ? Pourquoi n’osent ils pas ?
Tout au long de ce livre, nous découvrons cette violence sourde, cette parole qui ne se libère pas, ces vérités qui ne sont pas révélées. Esther rêve de voir ses enfants tous autour d’elle. Ils le seront le temps de sa mort. Juste le temps de sa mort. Où la famille commence ? Comment se réparer ? Fuir ou parler ? Accepter ? Se libérer ?
Lire ce livre ne fut pas entreprise aisée pour moi. Tantôt agacée, tantôt pétrifiée, tantôt attristée. Bref une lecture contrastée.Et pourtant en fermant cet ouvrage, je me suis dit que la littérature ça servait à ça aussi. À nous bousculer, à nous chahuter, à nous surprendre.
Et dans ce cas pari réussi ! Alexandra Matine saisit avec brio tant dans l’écriture, le rythme du roman et l’atmosphère décrite la difficulté de communication dans la famille et le dysfonctionnement familial qui en découle. Et même si l’on ferme le livre le cœur serré et triste, la réflexion qu’il porte reste présente bien au delà de la lecture et vient nous interroger sainement.  – Sonia Chatain

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La famille….. tant de choses à en dire, une source inépuisable de romans et de récits sous un angle ou un autre, on passe de l’indigence la plus totale à l’indignité comme aux règlements de compte…..il est difficile de trouver un angle qui puisse intriguer, séduire voire passionner les lecteurs…. Et bien avec ce récit, Alexandra Matine m’a cueilli, ému puis emballé. Seul Lionel Duroy, depuis ses premiers récits, m’avait porté à ce point.

Ce récit est celui d’Esther, une femme émouvante dont la seule quête, à défaut d’avoir pu y réussir auparavant est de réunir ses enfants et petits – enfants au moins une fois avant l’inexorable mort qu’elle pressent. Le temps d’une énième invitation à déjeuner  avec ses 4 enfants et petits-enfants à l’issue plutôt incertaine, Esther revient sur sa vie, son couple, la naissance, l’éducation et hélas l’échec d’un amour partagé entre chacun des membres de sa famille. Les pistes et portraits de chacune des composantes de cette famille se multiplient avec une infinie sensibilité, un constat d’échec relatif et les nombreux éléments d’achoppement au cœur de son histoire…..

Tout commence par un couple né dans la précipitation, la fusion de ce couple espérée par Esther et Réza, jeune étudiant en médecine iranien, si elle débute bien se complique très vite. Réza a tant à prouver à son père et aux siens restés en Iran qu’il en développe un égo sur -dimensionné et très vite le couple Réza / Esther va se fragiliser. Une histoire d’amour trop courte où la passion des premiers jours n’a pas le temps de s’installer avec la naissance d’un premier enfant , une fille, quelques temps après un voyage de présentation chaotique d’Esther à son beau – père sur les terres honnies d’un Iran fracturé entre une société riche et l’autre plus misérable. Cette rencontre marque la première faille dans la relation de ces deux êtres. Réza, diplômé et médecin, par son accent, ses façons et son physique perse, mettra du temps à se constituer une clientèle, autre qu’ étrangère et pauvre.

Réza l’orgueilleux, n’a, en fait que la volonté d’être reconnu comme un homme exceptionnel, c’est la seule revanche sur son père qui guide sa vie, le désir de paternité comme l’amour paternel ne le constituent pas. Il en est de même pour la perception qu’il  a de son épouse et de son couple… cela est éminemment destructeur pour la constitution d’une véritable famille dont chaque membre pourrait être soudé à l’autre. Tout le contraire d’Esther. Des 4 enfants nés de ce couple, chacun va bénéficier d’une attention plus ou moins forte voire d’une appropriation par l’un ou l’autre de ses parents. 

Pour Réza seul  compte Alexandre , c’est le premier garçon, celui qui assurera le nom et l’honneur de la famille, son seul héritier et cela au détriment des ses deux sœurs comme de son frère jusqu’à ce qu’il s’émancipe et fuit ce père trop possessif. 

Esther est celle qui, malgré ses propres erreurs avec Bruno, le second fils ignoré par son père mais qu’elle surprotège, ou avec Carole comme Vanessa la dernière enfant qu’elle voulait tant voir rester auprès d’elle, tend à tout prix à créer une vraie famille. 

A ces multiples failles, ces portraits, ces rivalités il y a aussi de plus ou moins subtiles infidélités d’Esther comme de Réza toujours par simples touches sensibles de l »auteure.

L’image d’une tapisserie avec ses points qu’Esther  serre, noue mais qui inexorablement se  détendent entre secrets de famille, jalousies, haines entre les deux garçons utilisée par Alexandra Matine est forte c’est la métaphore de la famille idéale avec ses enfants et ses petits-enfants à laquelle elle aspire désespérément. C’est le constat d’un échec inexorable, de la faillite d’un véritable esprit de famille. Seuls les derniers instants de vie d’Esther vont en fait rassembler tous ces êtres.

Il y a tant de questions soulevées par Alexandra Latine ; la famille c’est quoi ? L’amour entre deux êtres peut-il survivre aux enfants nés de leur union ? Qu’est ce que l’amour maternel ? Qu’est ce que l’amour paternel ? devient-on parents ? père et / ou mère ? L’importance des rivalités entre parents et grands-parents ? 

C’est donc un très grand premier roman pour moi. – Olivier Bihl

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« Une famille, c’est comme un jardin, si on n’y fout pas les pieds ça se met à pousser à tire-larigot, ça meurt d’abandon. » – Serge Joncour, Repose-toi sur moi

 « Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent sans qu’elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé ; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille était son œuvre inachevable. »

Le 1er roman d’Alexandra Matine, Les Grandes Occasions, aurait dû voir le jour au printemps dernier au sein de la toute jeune maison d’édition Les Avrils du groupe Delcourt. Pour les raisons que l’on sait, il n’a pu trouver le chemin des librairies et des lecteurs qu’en ce début d’année.

Je n’emprunterai pas de détours. Pour ne rien vous cacher, ma lecture a commencé sous le signe de l’agacement. En cause la phrase inaugurale « Aujourd’hui, Esther va mourir. Ou demain. Ou dans quelques jours. On ne sait pas », resucée à 80 ans d’intervalle de celle de L’Étranger d’Albert Camus, « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas »qui place d’emblée ce roman à l’ombre d’un autre, lui improvise une filiation lourde à porter et, partant, susceptible de jouer contre lui. Et ça ne s’arrête pas là car, comme dans le roman de Camus, le soleil est de plomb et la chaleur, accablante sur la terrasse de l’appartement parisien d’Esther et Reza qui attendent leurs enfants et petits-enfants pour un déjeuner dominical. Honnêtement, pendant les premières dizaines de pages, je me suis demandé dans quoi j’étais en train de mettre les yeux. Bref, je ne m’en cache pas, tout cela plaçait ma lecture sous de fâcheux auspices, mais je suis très curieuse et n’abandonne pas facilement un roman. Qui sait, peut-être allais-je dépasser ma première impression ?

Les Grandes Occasions raconte la vie d’Esther et le délitement de sa famille, le temps d’un dimanche.

« Le dimanche, tu ne trouves pas, certaines choses vous reviennent davantage. […] Le dimanche, on pense à la vie. » – Dominique Barbéris, Un dimanche à Ville-d’Avray

Esther pense à la vie, à la sienne, à celle de ses enfants. Occupée à la préparation du repas qui, elle l’espère, va enfin réunir toute la famille autour de la table qu’elle a dressée avec soin, elle se souvient. De retours vers le passé en évocations de sa vie actuelle, nous pénétrons dans l’intimité de cette femme de 70 ans, dans ce qu’elle ressent et du regard qu’elle pose sur elle-même et les siens. C’est le récit introspectif d’une femme qui fait le point et prend conscience qu’elle s’est oubliée, toute dévouée qu’elle était à ses 4 enfants et à son mari. Où est donc passée la guillerette infirmière qui arpentait, légère, les rues parisiennes ? Oh ! il y a bien eu ce frémissement prénommé Lawrence, aux alentours de la soixantaine, dans la maison du Midi. Juste quelques jours pour s’assurer d’être encore en vie. 

Tout au long de ces minutes qui s’additionnent et font les heures la séparant de l’arrivée des convives, j’ai senti le poids d’une existence où il ne s’est rien passé ou si peu, où le désir de vivre s’est desséché, comme se dessèchent les fleurs disposées sur la table offerte à un soleil sans pitié. Je me suis trouvée embarquée dans la tête migraineuse d’Esther, à passer, comme un lion en cage, de l’ombre noire et étouffante du salon à la lumière jaune et aveuglante de la terrasse, à explorer ses sensations, ses impressions du moment et celles du passé, refaire les rares rencontres qui ont jalonné son existence si peu tournée vers l’extérieur.

Autant dire que la trame de cette histoire ne tient qu’à un fil ténu, comme cette famille en fait. 

Tout au long de ce roman, bien que plus fréquemment dans sa 1re partie, on retrouve l’évocation métaphorique d’Esther occupée à patiemment confectionner une tapisserie dont le tissage imparfait des fils de soie peine à retenir dans sa trame les membres de la famille.

« À cet endroit de la tapisserie, les nœuds d’Esther sont distendus. Un peu lâches. Ils tiennent sans qu’on sache comment. Ils sont là. Ils complètent le dessin. Ils font leur devoir, encore un peu. Pour que tous les autres résistent. »

La récurrence de cette métaphore un peu trop appuyée – ce qui m’a gênée – dit pourtant assez bien l’obsession d’Esther à maintenir coûte que coûte les liens familiaux. Et le lecteur de sentir la claustration 

« Les uns forcés contre les autres. Comprimés dans la cage »

et de comprendre pourquoi, dès ils en ont eu l’occasion, les enfants ont ouvert la cage familiale et s’en sont enfuis, n’y revenant que rarement et à regret.

Quatre. Ils sont quatre enfants nés de l’union d’Esther et de Reza, jeune homme venu d’Iran pour finir ses études de médecine et exercer en France.

Deux garçons : Alexandre, enfant préféré parce que premier fils de ce père exigeant et odieux, cet « astre qui brûle, abîme, réduit. [Cette] lumière qui poursuit, implacable au milieu du désert », ce père qui ne cessait d’exhiber son garçon, tel un singe savant, devant les invités. Et Bruno, enfant chétif, qu’un jour Reza a jeté dehors d’un laconique « Va-t-en », sans que la mère ne s’interpose. 

Deux filles : Caroline, l’aînée aujourd’hui médecin comme son père qui n’a vu en elle qu’un « brouillon » pour patienter jusqu’à la naissance du premier fils, et Vanessa, la petite dernière partie, à peine le bac en poche, faire sa vie aux antipodes, en Australie, au plus loin donc de sa famille.

« Il lui avait fallu trois enfants, trois départs, et la menace d’un quatrième pour comprendre ce que c’était qu’être mère. Le destin d’une mère, c’est de laisser partir ses enfants. De son ventre, de sa maison, de ses bras. Les douleurs de l’enfantement ne sont rien comparées à la douleur éternelle de la séparation. Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner. »

C’est aussi, pour Esther, malgré les années passées, l’impossibilité d’avoir su recentrer sa vie sur le couple étrange qu’elle forme avec Reza dont le passé en Iran auprès de son père éclaire un peu sa détestable personnalité actuelle. Alors, accablée par la touffeur estivale et son passé qui revient par bouffées, Esther les attend tous aujourd’hui pour ce repas dont elle se fait une fête et cette attente est prétexte à revenir sur les colères qui couvent et les silences qui rongent la famille, où chacun est tout à la fois le chasseur et la proie :

« C’est ça qui ronge la famille. Cet évitement. Cet évitement pour garder les non-dits non dits. Il vaut mieux ne pas rester trop longtemps ensemble, sinon ça va sortir. C’est inévitable. Alors on s’évite. Ils vivent les yeux baissés. Jamais de vrais regards échangés entre les frères et les sœurs. Non plus avec la mère et le père. Regards en coin. Regards d’animaux. D’animaux qui se tournent autour. La trêve autour du point d’eau le soir. La trêve autour de la maison l’été. Ça peut se passer en un regard. Ils ont peur. C’est une peur de leur sang. Une peur des événements formidables qui suivent les confidences et les espoirs. »

C’est terrible et l’on soupçonne bien vite que ce repas puisse être l’occasion d’un ultime évitement. 

De qui viendra-t-il ? 

La première désertion à s’annoncer est celle de Vanessa, opportunément tombée sur une ancienne copine de lycée. Viendront celle d’Alexandre, puis celle de Bruno. Les prétextes, mensonges aussi éhontés qu’inconsistants, ne trompent personne. Seule Caroline franchira le seuil de l’appartement parental avant qu’une dernière désertion, elle bien involontaire, ne fasse de ce repas avorté un définitif fiasco.

Rancœurs sourdes, non-dits latents, actes manqués, conflits larvés et, finalement, ennui insondable parsèment ce récit sombre et désespéré où résonne le néant.

« Dans la famille, il n’y a pas d’affection. On ne sait pas se toucher. Le corps est absent. Aussi absent que les espoirs. La même peur de décevoir. La même peur du rejet, de l’énervement formidable si on s’approche trop. Chacun doit rester en soi. Se maîtriser. Ne pas donner aux autres la responsabilité de s’aimer. »

L’écriture d’Alexandra Matine, qui nous étouffe sous les répétitions, traduit à merveille l’atmosphère délétère et pesante de ce roman sans issue.

« Ils arrivent à la mairie les premiers. Ils arrivent toujours les premiers. Carole n’aime pas être en retard. C’est une marque de respect d’être en avance. D’être là, prêts pour quand ça démarrera. Ils attendent. Elle a beau vouloir être juste à l’heure, elle est toujours en avance. Rien à faire. Ce qui fait qu’elle attend. Elle sait qu’elle est en avance et pourtant elle en veut aux autres de la faire attendre. C’est comme si les autres étaient en retard. »

Ou encore

« Il y a sur la terrasse Reza et le parasol. Le parasol pesant, sous le soleil pesant, et les gestes alourdis de Reza. Le soleil lourd sur son crâne et le parasol comme une lance trop lourde sur son épaule gauche, qui l’entraîne un peu vers l’arrière. […] Le pied encore plus lourd que le parasol. […] »

Cette prose juste, qui martèle et oppresse (toutes les phrases de la page 189, par exemple, commencent par « Elle ») et sous laquelle j’ai suffoqué, a fait que je n’avais qu’une hâte : m’échapper de ce roman à la violence contenue. Même si j’ai été sensible au vertige du vide que ressent Esther, femme effacée et soumise qui n’a pas su apprivoiser la liberté que le départ des enfants lui avait offerte, j’ai peiné à m’attacher aux personnages, peut-être parce qu’« On ne parle que de choses. On ne parle jamais d’[eux] ». Si les raisons qui ont éloigné les enfants du foyer sont évidentes, j’ai eu plus de mal à saisir ce qui tenait ces quatre-là éloignés les uns des autres. De même, j’ai peiné à comprendre cette mère dont la subordination à son mari tyrannique flirte avec l’insensibilité pour ses enfants. D’une certaine manière, ne pouvant m’attacher à aucun des personnages, je suis restée à distance de ce récit qui se résigne dans l’indifférence générale et qui s’achemine, sans surprise, vers la fin de cette journée particulière.

Il me reste à souligner le très beau travail éditorial de cette nouvelle maison édition à la charte graphique pimpante et au confort de lecture rare. Même si aujourd’hui le rendez-vous est – en partie – manqué, j’espère que d’autres romans à venir me permettront de partager leurs enthousiasmes littéraires, une bien appétissante devise. – Christine Casempoure

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C’est un livre qui nous touchera toutes et tous : La famille , comment faire pour qu’elle soit idéale ?
Comment arriver à l’entente , à le joie de se retrouver , comment éviter les tensions , les non dits , les fuites , les ruptures ….
Evidemment, il n’y a pas de recettes.
Esther , dont la fin de vie approche à très grands pas , attend pour un ultime déjeuner ses quatre enfants dans la chaleur étouffante du mois d’aout.
L’attente est longue , les désistements se multiplient.
Dans cette attente qui devient insupportable , Esther fait le bilan de sa vie et de ses désillusions.
Un mari prétentieux qui passe à coté de certains de ses enfants.
Deux frères qui n’ont rien en commun.
Le fils préféré.
L’enfant fragile.
Le culte de la petite dernière ….
Livre très bien écrit qui dit les choses avec pudeur mais qui , par sa véracité est forcément angoissant.
N’est il pas dommage de se retrouver seulement au chevet d’une défunte ? – Anne-Claire Guisard

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La table est mise sur la terrasse de l’appartement d’Esther et de Reza, le parasol installé comme dérisoire protection contre le soleil accablant, les chaises vides n’attendent que les convives. Qui n’arrivent pas et se désistent tour à tour. C’est l’occasion pour Esther de se souvenir de sa rencontre avec son mari, et de la venue de leurs enfants. Des enfants mal aimés, se dit-on à la lecture de ses souvenirs. Il y a Alexandre, l’aîné, que son père a tenté de dresser en singe savant et qui aurait tant aimé faire du piano plutôt que de se plier aux numéros de calcul mental paternels ; Vanessa la benjamine, que sa mère n’a pas supporté de voir partir pour l’Australie et qui la bat froid ; Bruno qui a vécu dans l’ombre de son grand-frère et noue envers lui une rancune tenace suite à une dispute lors de son mariage ; enfin Carole, médecin elle aussi, qui ne cesse de parler par peur du vide.

Aucun d’entre eux n’a envie de participer à ce repas auquel la mère a tant tenu, espérant avoir autour d’elle sa famille réunie, alors que c’est devenu si rare. Dans la cuisine les poulets rôtis réchauffent doucement, la salade de tomates est bien au frais dans le réfrigérateur, Reza est parvenu à fixer le parasol, et Esther attend en se souvenant. Une heure, deux peut-être, d’attente, comme suspendues, et des années de vie revues à l’aune d’Esther, qui semble ne manifester aucun regret de ce qu’elle a vécu ou fait vivre à ses enfants. Drôle de personnage que cette mère de famille, tour à tour mère abusive ou satisfaite, que ne semble jamais effleurer le moindre remords ; drôle de père que ce Reza, que ses origines iraniennes semblent avoir transformé en patriarche égocentrique. Pas étonnant, alors, que les enfants répugnent à venir. Sans aucun jugement ni prise de parti, Alexandra Matine nous dresse le portrait d’une famille où l’on ne parle pas, où l’on n’exprime pas ses sentiments. Il faut le malaise d’Esther pour qu’enfin, les langues se délient quelque peu et que les sentiments affleurent – à peine. La voilà, la grande occasion qu’attendait Esther, de voir enfin les siens réunis, et tant pis si c’est un peu tard. – Emmanuelle Bastien

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Reza a quitté sa famille et son pays l’Iran pour essayer de  s’en sortir. Apres des études de médecine, il rencontre sa femme et enchaine les remplacements pour se faire sa patientèle.

Elle arrête son métier d’infirmière à la naissance de leur premier enfant. De cet instant elle ne cessera de « tisser  » à petits points, sa famille.

Quatre enfants plus tard et quelques petits enfants, la famille se disloque doucement à coup de crise aiguës et d’égoïsme.

Elle voudrait tellement qu’ils soient tous là pour ce déjeuner qu’elle prépare depuis plusieurs jours, qu’elle rêve.

Une fois encore à coup d’annulation, d’excuses bidons et d’égocentrisme, ils vont lui ruiner sa vie rêvée, jusqu’où tiendra t elle ?

Comme ces personnages m’ont agacée !  Chacun enfermé dans sa tour sans jamais pouvoir faire un geste vers les autres. Trop peur de prendre un coup, trop lâche pour accepter de se découvrir un peu, de prendre un risque pour montrer un peu de fragilité aux autres membres de la famille.

Aucun rapprochement n’est possible, difficile de savoir vraiment qui est le plus responsable de cette situation, chacun en porte sa part.

Un immense sentiment de gâchis reste à la fin de ce roman.

Une écriture agréable sur un sujet délicat, tissé tout en douceur par Alexandra Matine sur la difficulté de s’exprimer auprès de ceux qui nous sont le plus proche. Un beau premier roman. – Emmanuelle Coutant

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J’ai eu besoin de reprendre mon souffle, laisser s’apaiser les émotions, retomber la tension de ce premier roman  extrêmement fort sur la famille et les relations qui s’y jouent.

Nul besoin d’avoir vécu une situation identique pour que résonne profondément cette histoire aux accents universels. Le couple et la position de chacun. La quête de chaque enfant pour trouver sa place dans la fratrie et la famille. L’absence de communication au sein du couple qui rejaillit forcément sur la cellule familiale. Les rêves de la mère. La famille parfaite sur la photo de mariage du fils cadet. La réalité si différente derrière les sourires de convenance.

Les enfants ont grandi, ils sont partis. La famille au complet n’est plus réunie que dans les grandes occasions.
Comme ce jour d’été caniculaire où Esther, la mère, a invité ses quatre enfants, préparé la table avec une nappe blanche sur la terrasse et attendu leur arrivée.
Elle rejoue dans sa tête l’histoire de sa vie. Une vie de renoncements, de silence, où en dépit de ce qu’elle s’évertue à vouloir croire, elle n’a pas réussi à tisser une toile familiale solide. Mais une famille ne se construit pas sans amour ni dans la violence des non-dits.
Reza, le père, iranien devenu médecin en France, ne s’est jamais remis de son enfance malheureuse et pauvre en Iran. Aigri,   orgueilleux, il est incapable de donner l’amour qu’il n’a jamais connu, incapable de la moindre tendresse, et il est devenu un mari et un père tyrannique.

256 pages d’une densité extrême sur l’éclatement familial, la fragilité des liens,  le chagrin de voir s’éloigner ses enfants, de les voir s’éloigner entre eux, sur la difficulté à communiquer au sein de la famille.

 Un roman intense et magnifique d’où sourd une tristesse diffuse devant le gâchis immense d’une famille au bord de l’implosion… – Catherine Dufau

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« Avouer le plaisir, c’est permettre aux autres qu’ils vous le retirent. »

Une chaude journée d’été – Paris.

Esther termine les préparatifs du repas autour duquel elle espère rassembler toute sa famille. Elle a dressé la table sur la terrasse où Reza, son mari, s’échine à installer un parasol. Tous deux transpirent, en silence. L’attente est pénible pour Esther, cela fait si longtemps que les quatre enfants, avec conjoints et petits-enfants, ne se sont pas trouvés ensemble sous son toit. Cette réunion de famille, c’est son idée. Reza, lui, se sent à peine concerné. Tout ce qui n’est pas exactement centré sur lui ne l’intéresse pas. Ce midi, Esther ne parvient à tromper son impatience, à peine surmontable, qu’en évoquant ses souvenirs. Elle se revoit, toute jeune femme, dans les rues de Paris qu’elle arpente, les cheveux au vent, dans une liberté un peu folle qu’elle semble ne plus avoir, là, dans ce moment de l’attente.

Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, ce sont leurs quatre enfants, avec Reza. Lui, joue parfaitement son rôle de patriarche : intraitable et inaccessible. C’est un homme tourmenté, originaire d’Iran où il a connu la misère, médecin en France où il a dû se tailler une place à force de détermination et d’orgueil. Esther, elle, a fait comme elle a pu. Protéger les plus faibles, ne pas s’interposer dans l’intérêt obsessionnel de Reza pour son premier fils, chercher par tous les moyens à créer une fratrie unie, essayer par dessus tout de se faire aimer. Esther a toujours espéré que leur famille soit à l’image de ces tapis persans qui ornent l’appartement : tissée de liens indéfectibles dont elle, Esther, serait l’artisane infatigable. Pourtant les souvenirs qui affluent entament le motif de sa tapisserie chimérique…

Le temps passe, la terrasse reste vide, écrasée par la chaleur. C’est Vanessa, la plus jeune, qui se manifeste la première : elle appelle sa mère pour dire qu’elle ne viendra pas. Et, petit à petit, l’attente d’Esther bascule de l’effervescence inquiète à la douleur, insupportable, face aux évitements de ses propres enfants et à la froideur brutale de son mari.

L’ambiance est moite, pesante. Rien ne semble pouvoir soulager Esther. L’auteur nous laisse entrevoir, dans les premières pages, une jeune Esther qui avance, insouciante et libre, pour mieux nous confronter à cette femme âgée, accablée et impuissante. Et c’est une réussite que de maintenir ainsi la pression, qu’elle soit canicule ou abattement, d’un bout à l’autre de la journée, d’un bout à l’autre du roman. C’est fait d’une écriture sensible, qui donne à chacun, parents et enfants, une humanité fêlée, qui peut agacer parfois mais qui, indéniablement, touche. Car chacun d’eux recèle un peu de nous et de nos familles… Et quand jaillissent, ici ou là dans les souvenirs, quelques traces de douceur, une attention répétée, une tendresse pudique, elles nous paraissent miraculeuses.

Et finalement se pose cette question qui est au centre du roman : qu’est-ce que c’est, faire famille ? Comment y parvient-on ? De quoi sont fait les liens familiaux ? Tous les six, Reza, Esther et les enfants, se sont construits les uns adossés aux autres, les uns contre les autres. Et cela ne ressemble en rien à l’idéal de complicité et d’affection dont rêvait Esther. Eux ont fait famille par opposition. Et cette grande occasion d’un samedi de juillet ne sera, une fois de plus, rien de ce qu’Esther en espérait.

Un très beau roman sur les empêchements au cœur de la famille ! – Anne-Sylvie Delaunay

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Esther tente de resserrer les nœuds d’une tapisserie persane.

Allégorie de sa famille : son mari Reza est iranien ; il a eu une jeunesse très difficile dans son pays et a réussi à construire, en France, une carrière de médecin reconnu. Reconnu surtout par lui-même d’ailleurs car chaque fois que l’autrice lui donne la parole c’est pour lui donner l’occasion de se glorifier.

Il n’est jamais nommé responsable du dysfonctionnement de la famille. Le récit est bien trop factuel pour cela. Mais sa souffrance personnelle apparait lors de la maladie de son épouse quand son personnage se fissure.

C’est Esther le personnage principal ; ce sont ses efforts pour faire vivre un semblant d’union familiale qui sont relatés ; et ses déceptions ; et son incapacité à tisser des liens de tendresse tout au long de l’enfance et de l’adolescence de ses enfants.

En effet, il y a de nombreux allers retours entre les différentes époques avec l’incident du mariage de Bruno, dont nous ne saurons d’ailleurs pas la cause, qui revient comme un leitmotiv, expliquant le délitement des liens.

Mais ces liens n’ont jamais vraiment existés. «  On ne parle que de choses on ne parle jamais de soi »

«  C’est ça qui ronge la famille. Cet évitement. Cet évitement pour garder les non- dits non dits »

Dans ces deux phrases réside toute la problématique de la famille, et du livre.

Les phrases ultra courtes, les descriptions très concrètes des lieux, donnent à ce texte un rythme haletant. Cette autrice a certainement un talent dont il reste à savoir quel parti elle tirera par la suite. – Marie-Hélène Poirson

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Un gros coup de cœur pour ce premier roman.

C’est l’histoire d’une respiration, la dernière, sous une chaleur caniculaire, étouffante, les dernières heures d’une mère en mal de reconnaissance.

Les promesses d’un nouveau souffle elle en a eu pourtant tout au long de sa vie mais tout lui échappe : ses enfants, son mariage.

Un dernier : TIC, TIC, TIC puis le silence. Ces liens délicats se sont rompus.

C’est l’histoire du chagrin d’une mère qui a mis sa vie en suspens, d’enfants sacrifiés, de non-dits. Elle voulait mettre de l’eau de rose dans sa vie, de la fleur d’oranger, lui était imprégné des odeurs fétides de son enfance, cette amertume qui fera de lui un être égoïste, exigeant, intransigeant. Elle voulait être cette rosace au centre de la tapisserie autour de laquelle gravitent et s’entortillent ces boutons de fleurs

Sous cette chaleur, elle attend donc, chacun de ses enfants, car elle les a tous réunis. Car elle n’a pas encore renoncé contrairement a Reza. Elle attend donc et se rappelle.

Cette femme qui s’est effacée pour laisser place à son mari, cherche l’air, cherche sa place, aimerait sortir ce cri de douleur, mais n’est que silence. Elle tait ses douleurs. Elle tait ses espoirs et installe ainsi des incompréhensions, des quiproquos, et des certitudes. Ce silence de colère chaque membre de la famille en est imprégné. Elle attend mais son espoir se délite.

Elle a mis toute son énergie à tisser ces nœuds, à créer ces liens avec chaque enfant, à ce consacrer à cette tapisserie familiale. Mais cette toile les a tous étouffés les uns après les autres et les a amenés à se séparer. Cette famille désunie ne peut plus s’écouter, ne peut plus ressentir de tendresse car est dans une impasse.

« Mettre au monde ce n’est pas accoucher, c’est se laisser abandonner ».

Esther est fatiguée, essoufflée, abandonnée. Une chose va les réunir, puis les détruire : sa mort.

Mon cœur s’est serré tout au long de cette lecture, des larmes ont coulé ! Tout cet amour et pourtant tous ces êtres blessés et tant de solitude… Les mots d’Alexandra Matine m’ont touchées si ce n’est en plein cœur, au plus profond de mes trippes ! Merci !

« Le dernier enfant qui s’en va. Il n’y en aura pas d’autre. Il emporte avec lui le sens de la maison, le sens de la vie. Il partent tirant sur les fils qu’Esther avait tissés, les tend jusqu’à les rompre, tic, tic, tic, les arrache, et laisse les derniers pendants derrière lui des fils trop courts. On en peut plus rien en faire. »

« L’espace d’une seconde elle croit pouvoir y arriver. Elle croit pouvoir ouvrir les yeux. Elle a tant envie de les voir tous, ici. Tous ensemble une dernière fois. Mais elle se ravise. Elle n’a pas besoin de les voir. Elle sait qu’ils sont là. Elle appuie sa tête lourde sur les joues rebondies de l’oreiller, et rejoint sans effort le monde des souvenirs. Là, surgit, lumineuse, l’apparition adorée. La famille ; les liens qu’elle a tissés patiemment, éclosent en couleurs chamarrées, en petits boutons de fleurs blancs, en tiges espiègles qui s’enroulent avec délice. Et Esther, au centre, rosace majestueuse, irrigue une dernière fois de son amour tentaculaire la tapisserie tout entière et ses milliers de petits nœuds. » – Alexandra Lahcène

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Esther, mère, épouse et grand-mère n’a qu’une obsession, réunir ses enfants. Elle a préparé à déjeuner , elle les guette , ça tourne dans sa tête, elle a toujours attendu  » c’est tout ce qu’elle fait, les attendre ». Les liens familiaux sont distendus, voire rompus depuis longtemps sous le joug d’un père autoritaire et buté, et l’image d’une mère effacée, oubliée. Les frères et soeurs ont fui ou esquivé le logis parental, murés dans un silence protecteur. La fratrie s’est disloquée, chacun demeurant écorché par les souvenirs amers et les rancoeurs.

Reste une famille décomposée, ruinée par les meurtrissures d’hier, irréconciliable. Une mère attend …

Roman poignant , fine analyse de tous les protagonistes, sans concession, émotion garantie. – Corinne Tartare

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Lecture terminée ce matin, alors que le soleil entrait dans le salon. Et quelle lecture ! Les Grandes Occasions nous plonge au cœur de la famille d’Esther. Esther et Reza, mais surtout Esther, cette mère qui a essayé toute sa vie de tisser des liens, de construire une famille solide et soudée. L’écriture d’ Alexandra Matine nous plonge dans les pensées de cette mère impuissante à contrôler les êtres qui gravitent autour d’elle. Les courtes phrases m’ont un tant dérangée, mais elles m’ont finalement happée parce qu’elles nous immiscent vraiment dans l’esprit d’Esther (et pourtant, ce n’est pas le narrateur). Les personnages sont dépeints en peu de mots, mais de manière puissante et l’écriture est grave et poétique. Merci 68 premières fois pour la très belle découverte de ce roman sur la famille, thème qui m’est cher. – Marianne Lamour

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Je referme cette lecture heureuse que mon a priori un peu négatif ait été infirmé. En lisant la quatrième de couverture, j’ai un peu levé les yeux au ciel : encore un énième roman français sur une famille dysfonctionnelle racontée par la mère. Soit. Rien de neuf en ce qui concerne la thématique mais un regard d’une grande acuité pour un portrait familial finalement très cruel et désenchantée sans sombrer dans la noirceur ou l’ironie. Un bel équilibre.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la caractérisation de chacun des membres de la famille, tous présentés dans leur complexité et dans le souci de fouiller très précisément la psychologie de chacun. 

La mère. Esther. A travers elle, Alexandra Matine compose un très beau portrait de femme qui, à la soixantaine, réalise que sa famille qu’elle a cru construire n’est pas soudée comme le voudrait. Fragile et vulnérable. Ses quatre grands enfants se sont éloignés d’elle, surtout du père, un tyran domestique. A peine se voit-il aux grandes occasions, rarement tous ensemble.

Les quatre enfants.

Alexandre, le fils préféré du père qui a eu des attentes démesurées pour le mettre à son moule : « Il n’avait pas le choix. C’était lui sur la ligne de front et pour toujours, c’était son rôle de protéger les autres. De se mettre en avant, d’attirer la lumière. Parce que l’ombre protège de l’astre puissant qu’est le père. Un astre qui brûle, abime, réduit. Une lumière qui poursuit implacable au milieu du désert ».

Bruno, qui a poussé dans l’ombre du grand frère, ignoré : « Il lui semblait qu’il avait vécu toute son enfance, là, derrière cette porte entrouverte, dans le silence, retenant sa respiration et espérant que se tairaient un jour les cris d’admiration de son père et des adultes pour Alexandre. »

Vanessa, la « grande dernière », celle à qui Esther ne pardonne pas d’être partie à 18 ans en Australie, de l’avoir rejeté alors qu’elle ne faisait que vivre sa vie entre insouciance et égoïsme : « Les absences, pour Esther, ce sont les creux que Vanessa a laissés. Des trous béants dans lesquels elle tombe parfois, au hasard d’une balade dans Paris, d’un parfum, du scintillement d’un objet. Elle cède à l’appât du vide, espérant y retrouver des traces de leur passé. »

Et puis, Carole, la sœur aimée, bien laide par rapport à l’aura de sa petite sœur, celle qui dès qu’elle a la parole part en monologues logorrhéique, trop heureuse d’être entendue, juste un peu.

Tout est juste dans la radiographie de cette famille qui s’évite pour garder les non-dits non-dits. Ou la famille comme cage dans laquelle on est enfermé toute sa vie sans pouvoir la choisir : jalousies et conflits entre frères et sœurs, peur de décevoir, angoisse de voir s’éloigner les enfants, silences pesants … il n’y a aucun secret à déterrer, juste des membres d’une famille obligés de cohabiter ensemble à certains moments.

Dans ce drame intimiste très réussi, je regrette juste quelques systématismes de l’auteure qui peuvent donner un côté répétitif. D’abord l’image de la tapisserie tissée comme métaphore de la famille, trop récurrente. Et puis, un procédé narratif, très théâtral (un coup de fil, un enfant qui annule sa venue à un déjeuner) qui aurait gagné à être cassé. – Marie-Laure Garnault

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Il y a les familles dans lesquelles toutes les occasions sont bonnes pour se retrouver à la bonne franquette, et il y a celles dans lesquelles on attend les « grandes », les impératives, les incontournables. Qu’a-t-il bien pu se passer dans celle d’Esther pour que même un déjeuner partagé ne puisse s’improviser en toute simplicité et revête à lui seul les atours engoncés de ces « grandes occasions » tant redoutées par certains, tant attendues par elle ? Car elle qui avait espéré si fort tisser des liens indéfectibles dans cette famille à laquelle elle a donné naissance avec Réza, son mari, voit s’effilocher un à un tous ses rêves d’unité, de douceur et de partage, à mesure qu’elle rembobine la pelote de ses souvenirs, en cette journée caniculaire et désespérante qui aurait dû être jour de joie. C’est un douloureux voyage auquel nous invite Alexandra Matine dans ce premier roman aux faux airs d’album de photos jaunies par le temps, un regard sans concession sur le constat désabusé d’une femme au crépuscule de sa vie, qui n’a pas su réaliser la seule œuvre à laquelle elle aspirait, la famille idéale. Dans les échos des souvenirs parfois blessés, souvent éparpillés d’Esther, qui pourra s’empêcher d’entendre ces petites phrases assassines, ces éclats de tendresse, ces silences pesants qui se tapissent dans tant de mémoires et jalonnent tant de désillusions ? Car, si la tonalité et le rythme des phrases peuvent parfois être pesants de maniérismes, ce qui s’y dit, ce qui s’y offre au regard est d’une terrible et très grande justesse sur la famille et ses rouages, sur les mécanismes qui s’y construisent et les pièges qui s’y tendent, sur les avenirs qui y naissent et les espoirs qui y meurent. Famille, je vous traîne, famille, je vous trame, famille, je vous drame. – Magali Bertrand

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Il n’y a pas de famille sans histoires ! Chaque famille a les siennes…
Ici il y a une mère, Esther, son mari Reza, originaire d’Iran, et leurs 4 enfants. 2 garçons et 2 filles. Et puis aussi les belles-filles, les gendres, les petits-enfants. Une belle et grande famille sur la photo !
L’œuvre patiemment réalisée par Esther, dans laquelle elle s’investit corps et âme.
Mais comment construire du solide sur une base de silences, de non-dits, d’élan contenus, d’espoirs déçus…? Comment faire avec ces places attribuées, imposées, arrachées ? Comment faire du lien quand la parole spontanée est bannie car risquée ?
Ce livre est extrêmement troublant, touchant et triste.
Par son réalisme, par les projections et les effets miroirs difficiles à éviter…
Je l’ai trouvé très cinématographique dans la description des scènes, la place des objets, l’implication des corps, les détails, les ambiances. Je les voyais, ces images, ces scènes ! La lumière, les odeurs, les bruits !
J’étais complètement dedans, complètement là, spectatrice de cet étrange et fascinant spectacle que peut être une famille !
Bref, ce livre m’a totalement emportée et m’a habitée tout le long de sa traversée. Il laisse en moi un écho retentissant !
Je crois bien que c’est celui qui m’a le plus touchée jusqu’ici parmi les découvertes des 68 premières fois ! – Christine Gazo

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Dans « les grandes occasions », on trouve des secrets de famille, beaucoup de conflits, des tonnes de non-dits et de violence sourde, d’incompréhension et d’angoisse, autant d’éléments constitutifs de cette famille, ni pire ni meilleure qu’une autre, où il semble que personne ne sait s’aimer, que ce soit face à son miroir ou entre parents, entre frères et sœurs…

Le livre analyse finement les liens familiaux, montrant qu’ils ne sont pas indiscutables et qu’ils peuvent lentement mais sûrement se briser. Comme se brise le cœur de cette mère qui se rend compte, mais un peu tard, de la destruction inéluctable des relations entre les membres de sa famille qui, comme on dit souvent « avait tout pour être heureuse ».

J’ai aimé l’écriture qui oscille entre douceur trompeuse et tension permanente, exacerbée par la canicule avec de très forts moments de très grande chaleur climatique (mais pas humaine…).

Il serait étonnant que chacun.e n’y retrouve pas un peu de son histoire, c’est peut-être là la plus grande réussite de ce roman. – Marianne Le Roux Briet

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« Familles je vous hais ! Foyers clos, portes refermées ; possessions jalouses du bonheur … »

Ce cri du cœur aurait pu être poussé lors « des grandes occasions » mais cette famille ne crie pas et le cœur est verrouillé, rouillé. Pas de cocons tendres et tièdes, de bulles d’intimité au sein de la famille, chacun fait tinter son armure qui bloque tous les élans, tous les gestes, chacun fuit, se cache, déserte. Aller vers les autres, tendre la main, baisser la garde seraient gestes de faiblesse, renoncements à l’image construite en protection.

« Faire comme si », la mère voudrait encore, elle s’en contenterait, les enfants ne veulent plus, ne peuvent plus.

Plus les liens s’effilochent plus il faut serrer la corde d’arrimage, jusqu’à l’étouffement, l’effondrement. Au centre de gravité de la mère la famille, au centre de gravité du père lui-même. Quand les enfants s‘en vont souvent la mère trébuche, face au vide laissé. Elle essaie de le remplir de souvenirs, de photos, de rires, de chansons et les petits enfants viennent par intermittence irriguaient de leurs vies les heures solitaires …mais

Ligne à ligne l’auteure coupe au scalpel ces liens familiaux qui ne sont qu’entraves. – Christiane Arriudarre

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Esther, mère d’Alexandre, Carole, Bruno et Vanessa, veut faire d’un moment ordinaire, un événement extraordinaire, une grande occasion.  

Elle souhaite organiser un repas de famille pour resserrer les liens familiaux. 

Dans l’attente de ce repas, Esther se remémore différents moments de sa famille : la rencontre avec son mari Reza, la rencontre avec le père de celui-ci et son pays l’Iran, sa vie d’infirmière et ses balades dans les rues de Paris, l’enfance de ses enfances et les nombreuses fêlures de sa famille.  

Ces souvenirs dévoilent les silences et les non-dits qui entourent cette famille. Cette famille qu’elle souhaiterait parfaite, n’arrive en fait pas à communiquer et à vivre ensemble. 

Entre désirs de famille idéale et « grande occasion » pour préserver les apparences, Esther se perd et se complet dans son silence, ce silence qu’elle n’arrive pas à briser. 

Cette dernière grande réunion de famille aura donc bien lieu, mais peut-être pas de la manière dont Esther l’avait imaginé.  

Roman familial qui montre comment le silence peut distordre les liens familiaux.  – Ana Pires

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Écouter les silences.

Esther va réunir ses enfants et petits enfants autour d’un repas, elle désire  plus que tout resserrer les liens distendus depuis longtemps. Elle a cet espoir pesant. Elle le traîne comme elle traînerait une fantôme démembré par ses silences , ses colères et ses regrets.

Les grandes occasions se font rares, inexistantes. Mais  ce samedi à 12h45, les enfants seront là. Peut-être.

Dans les liens qui se nouent et se défont au sein d’une famille et d’une fratrie , plus encore que les paroles et les gestes, les silences me cueillent. 

Et en matière de silence, Alexandra Matine maitrise l’art de  les  ébruiter avec une justesse épidermique.

Les phrases sont courtes. Les silences, des ponctuations. Ils envahissent chaque mot et se diffusent par capillarité le long de cette histoire, pour former la colonne vertébrale de cette  famille éparse.

C’est une histoire  intime écrite  à l’encre sympathique, les mots se roulent en boule, l’amour fait surface le temps d’un silence.

Une belle occasion de lire,

et écouter les silences. – Karine Michenet-Meynard

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J’ai pris la lecture de ce livre comme un test à ma propre résistance. Il contient en détail et avec une certaine impudeur, tous les sentiments qui me font peur, toutes les situations que je déteste, toutes les pensées que je refuse de partager. Page 75, j’ai failli abandonner, vaincue et découragée, même si l’écriture est parfaite, tant l’ambiance et l’horizon déjà très lisible de cette histoire était insupportable, puis, après avoir soupiré profondément, j’ai décidé d’aller au bout. Heureusement vers la page 100, quelques passages m’emportent vers Téhéran et me donnent un peu de répit avant de replonger dans cette vie ratée, cette famille bousillée par des silences et des non-dits poisseux, dans la fuite et dans le déni, entre fuite, remords, regrets, mensonges et espoirs déçus, près de cette mère douloureuse, maladroite, empêchée et malade… C’est un texte sombre, défaitiste, négatif, mortifère, violent. L’auteur, Alexandra Matine a ce talent de savoir communiquer le poids des soucis, et l’amertume des vies gâchées. C’est déjà ça. Mais même si la vie des bisounours ne me tente guère, j’ai besoin dans mes lectures de lumière, comme j’en ai besoin dans la vie. Merci aux 68, de m’avoir testée. Heureusement que les beaux jours sont là, que ma famille est saine et sauve et que je me rends compte ainsi que je n’ai pas trop mal résisté à l’adversité. Donc pour moi coup de blues. – Martine Magnin

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Esther n’a qu’un seul rêve : réunir ses 4 enfants autour d’une même table et déjeuner ensemble. Cela parait si simple, si dérisoire, que l’impossibilité que ce rêve se réalise en devient presque risible… Esther semble avoir toute sa vie tenter de tisser des liens entre les différents membres de sa famille. Mais une fois adultes, ceux-ci se sont éloignés et les silences sont devenus pesants. Que peut faire Esther ? Comment leur demander de rester auprès d’elle, quelques heures seulement…

Avec ce premier roman, Alexandra Matine frappe fort… Très fort…
Elle nous plonge au cœur d’une famille en mal de mots, en mal de gestes tendres, en mal d’amour tout simplement. C’est avec son personnage central, Esther, la mère, que nous allons apprendre à connaître Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, les 4 enfants. Mais c’est aussi à travers ses yeux que nous allons découvrir Reza, le père, l’époux, l’homme si dur de la famille.

Ce déjeuner, alors que la chaleur étouffe ce dimanche d’été, est le prétexte pour Esther de revenir sur ce qu’elle a loupé, ce qu’elle a mal fait, ce qu’elle n’a pas vu. Elle semble s’être essoufflée sa vie durant pour tisser sa tapisserie familiale, pour que les nœuds tiennent bons, que les fils ne cassent pas. Mais il est si tard… Il aurait suffit de mots, de caresses, d’attention… Ce n’est pas sa faute, pas que sa faute à elle.
Reza n’est pas un père. Il ne sait pas comment faire, à vouloir à tout prix se construire à l’opposé de son père à lui, violent, totalitaire et froid. Il n’a pas su aimer ses enfants, les tenir dans ses bras, effacer leur peur et leur doute…

Ce roman, écrit d’une manière si juste, si belle, si poétique, ne peut que toucher. Il est si difficile de laisser ses enfants prendre leur envol, en espérant qu’ils reviendront tout de même, de temps en temps. Il est si compliqué de faire le deuil d’une famille idéale et de regarder la sienne avec indulgence et tendresse.
Une mère n’est jamais parfaite, tout comme un enfant ne peut pas l’être. Mais leur lien ne peut se briser si l’amour les unit… – Audrey Lire & Vous

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Pour les grandes occasions, on prend date, on s’organise.

Le jour venu, on se tourmente.

On met une nappe blanche.

On sort les couverts du dimanche.

À l’instar des grands rassemblements familiaux, Esther, grand-mère de 70 ans, veut réunir les siens à l’occasion d’un déjeuner.

Immortaliser le moment. Resserrer les fils distendus de la vie.

Esther attend ce déjeuner depuis longtemps. Elle le veut sur la terrasse avec la table de cuisine qu’on sort en plus de celle du jardin pour que tout le monde puisse s’asseoir.

Il y a Reza son mari qui essaie tant bien que mal d’installer le décor de fête dans la fournaise d’une fin de matinée de juillet.

Et il y a leurs quatre enfants, Carole, Alexandre, Bruno et Vanessa, flanqués de leurs tribus respectives, qui ne devraient plus tarder.

Les minutes s’étirent. Le téléphone sonne. Esther décroche. Il y a un imprévu, des absents et des retardataires.

Le temps de l’attente, Esther va repasser le film de leur vie.

Entre rancune et désillusion, entre regrets et amertume, elle dresse un portrait au vitriol des membres de sa famille. Qu’a t’elle raté ? Que faut-il comprendre des actes et des silences des uns et des autres ?

J’ai tout aimé de ce premier roman. La forme et le fond.

Alexandra Matine réussit le tour de force de nous parler de nous et parvient à nous émouvoir avec des portraits denses, bien brossés et une narration dynamique en dépit du sujet.

Le personnage de la mère m’a particulièrement touchée dans son questionnement et la métaphore des petits points tissés qui jalonne le roman est particulièrement émouvante.

Les parfums de l’enfance sont bien loin désormais, le temps a fait son œuvre, et c’est tout cela que l’autrice nous murmure au creux de l’oreille avec ce huis clos aussi doux que cruel.

Le temps d’apprendre à vivre, nous dit le poète, il est déjà trop tard. – Sandrine Guinot

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Lire également les billets de :

Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2021/03/les-grandes-occasions-de-alexandra.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/01/04/les-grandes-occasion/

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/01/08/les-grandes-occasions-un-premier-roman-de-alexandra-matine/

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