Les après-midi d’hiver – Anna Zerbib

« En écrivant, j’ai sans cesse l’image d’une plante que je ne connais que de nom, dans mon livre de botanique. La plante passe-pierre, la saxifrage. Je voudrais dire comment elle se loge dans les fissures des roches. Je ne voudrais pas raconter une histoire d’amour. Ni deux. Ce n’est pas un texte sur Noah, ni sur Samuel. Ce n’est pas un texte sur moi, sur nous. C’est à propos de la vie secrète. Je voudrais écrire ce mouvement ; faire, en somme, l’histoire d’un passage secret »

Tu participes, toi, aux 68 premières fois ? J’ai peur que ce soit contraignant, non ? t’a t’elle demandé. Tu réponds que l’édition 2020 avait placé Une fille de passage sur ta route, cela seul suffisait à te convaincre de renouveler l’expérience. Tu sais le soin qu’elles apportent à la sélection (Tu dis elles même s’il y a un homme car il arrive que le féminin l’emporte) Au fond de toi, tu espérais une nouvelle rencontre, cette allumette qui s’embrase, amoureuse de littérature comme on l’est de l’amour. Même la chatte était d’accord pour rester sage plus longtemps que d’habitude et t’accompagner dans ta lecture. Il faisait gris, pluvieux, froid dehors, c’était l’après-midi, deux après-midi. Les après-midi d’hiver.

Tu commences à lire et l’écriture aussitôt te soulève et t’emporte. « Il n’y a pas assez d’étés pour le nombre d’automnes » « Parce que j’étais venue dans sa langue pour lui dire mon amour, cela n’a pas tout de suite existé dans mon monde » « C’est peut-être la seule chose que garantit l’écriture : le droit d’être seule » Tu voudrais capturer chaque page, apprendre par cœur chaque mot de cette histoire qui se déroule sous tes yeux mais que tu vis de toutes tes tripes. Tu tombes amoureuse, veux vivre à Montréal, espères la neige derrière les rideaux tirés pour ne pas que le jour vienne voler toute la lumière de cette écriture. Tu fais l’amour avec ces pages, tu cajoles ce nouveau secret en toi. Tu le reconnais, tu lui avais fait une place avant qu’il n’arrive. Ce secret, c’est ce livre, cette rencontre avec les mots de l’auteure. Ce secret, tu veux aussitôt le crier à la face du monde et le garder au creux de toi et hurler aux vents ton amour et courir te cacher. Cette lecture est une histoire d’amour, une histoire de deuil, une obsession. Cette lecture est un amour, ton amour. Tu sais que la rupture est proche. Tu vas devoir la refermer et la regarder repartir. Tu laisseras la porte ouverte désormais en espérant qu’elle revienne. – Thael Boost

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Dans ce premier roman, la narratrice française raconte son deuxième hiver à Montréal, accompagnée de son amoureux Samuel qui l’a rejointe là bas. Sa mère qui ne vivait que pour l’été et se dissolvait littéralement l’hiver, est morte, réellement morte, après son départ au Canada.

« L’année dernière j’ai fait quelque chose pour franchir l’hiver. Je n’ai pas eu d’idées, pas eu d’autre choix. C’est tout ce qui m’est venu pour creuser un tunnel. Je suis tombée amoureuse de Noah.[…]Je voudrais parler du tunnel, ce n’est pas ce que l’on croit.[…]Résister au désir de rentrer au pays se réfugier sous la cendre. Ne pas laisser l’absence prendre toute la place, ne pas s’effacer dans la pâleur du manque. C’est au sujet de s’engouffrer là où on pense que ça ne passera pas.
Je suis passée. »

Elle est en deuil de sa mère, il est en deuil de son père.  Cet amour secret quasi obsessionnel dont elle ne parle qu’à son amie restée en France, ses amies canadiennes en ignorent tout, elle en consigne néanmoins  bribes par bribes l’existence dans ses carnets pour lui donner une réalité plus tangible …

« Je suis entrée dans cet amour comme si j’en avais été longtemps sur le bord. Je n’ai eu qu’à le laisser glisser, le mouvement fut à peine perceptible pour moi, invisible,  je pense   de l’extérieur. […] C’était une histoire de souffle court, de souffle coupé. « 

Elle se raccroche à mille petits riens pour ne pas sombrer. Cet amour là est né du deuil, il le panse autant pour l’un que pour l’autre. Cette douleur commune est le ciment de cette relation.
Il n’a pas d’autre raison d’exister. L’un comme l’autre savent qu’il n’est pas destiné à durer.

L’écriture est belle, Anna Zerbib est une primo-romancière à suivre de près, et pourtant j’ai l’impression d’être restée en marge. La rencontre ne s’est pas faite, mauvais timing sûrement… – Catherine Dufau

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Une jeune Française à Montréal vit une histoire d’amour le temps d’une saison, tout en évoquant le deuil de sa mère. Partagée entre ses deux amants, entre deux cultures et deux pays.

Une histoire qui se passe entre le présent et le passé, le réel et le fictif.

L’auteure parvient à nous raconter à la fois le délitement d’un amour et, dans le même temps, la fougue et la passion d’une liaison naissante. Éloignée de ses attaches, de sa meilleure amie, et de ses souvenirs restés en France et même si l’amour semble avoir la part belle,  il n’est en réalité que le prétexte pour évoquer la mort de sa mère. Ces trois histoires finissent par se croiser et se mêler.

Une plume sensible et délicate pour parler de désirs, de mensonges, de neige et d’après-midi  où le temps est suspendu. – Hélène Grenier

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Elle s’est expatriée à Montréal en quittant  le sud de la France. L’amoureux a fini par la rejoindre.  Ils vivent tranquillement jusqu’au décès de sa mère, une femme fragile qui vraisemblablement a fini par se donner la mort.

Un vide s’est ouvert dans le cœur et l’âme de l’héroïne, une place a prendre, une boite à secrets sans secret. Elle va combler ce vide en commençant une relation avec Noah un artiste qu’elle rencontre par hasard.

Une relation que ni lui, ni elle, ne souhaitent construire réellement, un enchainement de rendez-vous  qui s’effacent aussi vite qu’ils ont été vécus, comme la neige efface toute trace de passage.

Car il y a un autre personnage central dans ce roman, l’hiver. L’hiver canadien, ou plutôt deux hivers, deux saisons qui vont permettre à la jeune femme de faire son deuil, de reprendre le  cours de son existence. Je n’ai pas été bouleversée par cette histoire d’amour qui m’a laissé un gout étrange. Par contre j’ai eu l’impression de vivre à Montréal, de vivre ces hivers que l’on ne connait pas en France. La sensation du froid et de la neige, cette ambiance calme qui s’abat sur tout lorsque la blancheur recouvre tous les paysages et les décors. C’est pour moi la vraie réussite de ce premier roman. – Emmanuelle Coutant

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Elle vit « à côté », semble-t-il, deux langues, deux pays, deux hommes : Samuel le fidèle présent, Noah la passion dévorante. Elle entretient l’ambivalence( elle vient de perdre sa mère, Noah son père ) et la cohabitation ( Claire), se nourrit de désir et de manque. D’ailleurs l’auteure cite judicieusement Flaubert  » Elle souhaitait à la fois mourir et habiter Paris ».

C’est toute l’histoire , une relation d’attirance .

L’écriture ramassée, précise décortique avec pertinence un morceau de vie. Un déroulé entre états d’âme, jouissances et peines qui déboulent au fil des pages, comme on se confierait à une amie. J’ai écouté avec bienveillance, lu avec intérêt, mais je suis restée à distance et sans affect. – Corinne Tartare

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Le titre me séduisait beaucoup, j’imaginais des doux moments intimes, le 4ème de couv citait Montréal, ma ville d’amour et d’amitié, j’étais prête à partager ces instants privilégiés. Anna Zerbib, écrit ici son premier roman, à la première personne, son écriture est originale, envoutante, lente, effleurée, intime, poétique, détachée. J’ai eu l’impression d’entrouvrir son journal personnel. Nous accompagnons l’héroïne, au long de ce qu’elle appelle le secret, qui n’en est pas vraiment un. Nous sommes dans un entre-deux permanent, entre deux étés, entre deux continent, la France et la parenthèse québécoise, entre deux amours, un tiède officiel et un passionné incertain, entre deux activités, les études alibi et l’écriture témoin, entre le trop connu et l’inconnu friable, entre deux langues, le français maîtrisé et l’anglais presque abstrait. Les faits ont peu d’importance et ses errances amoureuses quotidiennes aucun intérêt si ce n’est racontés par cette écriture très particulière, précise, sans prétention, sincère, légère, aussi dérisoire que nécessaire. Un pas à pas dans l’entre deux des mondes, distillé goutte à goutte, image après image, mêlant rêve, réalité, désir inavouable, possession secrète, indépendance, hésitations et abandon.j’ai beaucoup aimé ce moment de lecture grâce à cette écriture détachée, sensible et étonnante. Une jolie plume. – Martine Magnin

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Si vous souhaitez lire un premier roman de saison, vous avez fait le bon choix.

Vous vous retrouverez sous les flocons de Montréal où vous entrerez dans l’intimité d’une jeune expatriée française.
Dans un style assez singulier mêlant présent et souvenirs mélancoliques du passé, l’héroïne nous livre petit à petit des bribes de son histoire personnelle.
Elle évoquera tour à tour son départ pour Montréal, sa vie de couple, le décès de sa mère, son amie Claire et surtout son plus gros secret, la rencontre et la relation qu’elle entretient avec passion avec Noah un jeune artiste.
Par ce récit, Anna Zerbib nous fait traverser l’océan pour découvrir les sentiments et les obsessions d’une jeune femme en quête de recherche d’identité. – Hélène Ortial

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Bien sûr, l’univers intime déployé nous emmène au cœur des émotions et du secret. C’est indéniable, on suit les allers retours de cette jeune femme entre Noah et Samuel, ses deux amours. D’une après midi à l’autre, on ressent aussi son ennui et son errance, ses doutes, sa duplicité. Un passage de vie, un moment entre absence et désir. Un petit récit délicat et prometteur même si c’est une lecture rapide et éphémère. – Coralie Viot

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Je me suis perdue dans ce roman. Beaucoup de divagations, un récit décousu, on part d’un moment de vie à un autre, d’un amour à un autre et j’ai eu du mal à suivre. On comprends le cheminement de l’héroïne, elle se défait d’un décès, d’un amour. Au final nous suivons un chemin de vie.
Le roman se lit rapidement, facilement mais on est vite perdu… je n’en garderai pas un grand souvenir. – Ana Pires

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Dans Les après-midi d’hiver, il est question du pouvoir de l’écriture. D’aimer et d’écrire. Les deux, indissociables, initient le mouvement oscillatoire du récit :

« Moi, c’est le temps de l’amour qui m’a donné le temps d’écrire, tout est arrivé ensemble. Sans l’histoire d’amour il n’y aurait pas eu de texte. J’aurais eu un hiver blanc. Sans ce texte, il n’y aurait pas eu d’amour. […] L’écriture ne console pas, ne rattrape rien, elle ne s’occupe que de ce qui est perdu d’avance. »

On sait que l’on entre dans un roman en noir et blanc, où la blancheur de l’hiver fait pendant à la noirceur de la cendre du deuil et de l’encre de l’écriture. Oscillatoire, encore.

Oscillatoires aussi, cet amour donné à Samuel venu habiter avec elle qui vit à Montréal depuis deux ans, et cet amour autre, l’amour tu, celui qui se donne à un autre que Samuel, à Noah, plus âgé, artiste aux fêlures si semblables aux siennes (elle a perdu sa mère ; lui, son père). L’amour des après-midi d’hiver, le clandestin, qu’elle-même ne s’explique pas

« Cet amour né au croisement de deux saisons a d’emblée porté en lui quelque chose de lointain. […] C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens. […] Les événements se sont déroulés dans cet ordre, de cela je suis sûre. Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans. »

Dès la première phrase, nous savons que nous pénétrons un monde où tout est déjà fini. La narratrice, jamais nommée, est revenue en France, la canicule du sud a chassé la neige québécoise. 

« J’écris depuis l’endroit où ça n’est pas arrivé […] C’est arrivé de l’autre côté de l’Atlantique, à l’étranger, ailleurs. Je ne voudrais pas en faire toute une histoire, je voudrais raconter la trace violette laissée par ce que j’ai attendu et qui ne s’est pas produit. » 

Dès le début de la lecture, l’œil repère à l’instinct les mots primordiaux, ceux qui habitent cette histoire : amour, écriture, (entre-)deux, trace, autre… que l’on trouve parfois rassemblés dans un très court passage :

« L’amour physique est immédiatement écriture : gravure. On peut toujours écrire, après, un autre texte que celui qui s’inscrit dans la chair, mais cela ne sera jamais que le deuxième ».

Il en est d’autres : pâleur, manque, tunnel, traverser, décalage, passer, passage… 

« J’adore dormir dans ce lieu de passage, dans ce divan. La pièce n’est pas close, il y a des portes, des fenêtres, des courants d’air. Ce n’est pas une vraie chambre et c’est ce que j’aime. »

Ils parsèment les pages et leurs répétitions, peut-être pour éviter d’avoir à souffrir de ne pas assez les dire, imprègnent le texte du brouillard envoûtant et presque irréel qu’affectionne tant la narratrice et qui émane de la prose d’Anna Zerbib, cette « brume [qui] aide. Grâce à elle […], il n’y a pas assez d’étés pour le nombre d’automnes. » 

L’amour s’est invité à l’improviste, compagnon de traversée de ce tunnel hivernal du deuil, il est passé et a fondu comme elle ressortait, neuve, dans la lumière printanière.

« Je suis entrée dans cet amour comme si j’en avais été longtemps sur le bord. Je n’ai eu qu’à le laisser glisser, le mouvement fut à peine perceptible pour moi, invisible, je pense de l’extérieur. […] C’était une histoire de souffle court, de souffle coupé. »

Elle est terriblement nostalgique, presque élégiaque cette écriture qui tente de saisir ce qui a été, ce qui se dérobe et qui n’est plus. Trouver, perdre, retrouver, perdre encore. Oscillatoire, toujours. Est-il dérisoire de vouloir écrire, à défaut de les combler, ces creux laissés par un amour défunt ou par la perte d’un être familier ? L’écriture pour sauver du manque malgré tout, même si elle ne console pas.

Le secret permanent, la clandestinité intermittente, « Je venais de plonger dans le versant doux de l’absence; dans la distraction », la bascule de ces après-midi hors des bruits et de l’agitation quotidiens sont tous trois clairement assumés « « J’ai quelqu’un », mais lui ne souhaitait pas « s’attacher », alors elle l’avait revu, s’abandonnant àla clandestinité par ennui. » 

Avec un secret comme expédient à la distraction pour tromper l’ennui, il lui faut tricher. Tricher avec les deux. À Samuel, elle ne dit rien de ses après-midi d’hiver auxquels il restera étranger. Sans rien en dire à Noah, elle écrit ou cuisine pour meubler les heures qu’elle passe dans l’attente de son prochain rendez-vous avec lui, dans l’attente de prendre stricto sensu « la tangente », – ça ne s’invente pas ! – « la ligne bleue […] perpendiculaire à la orange ». Claire est la seule amie dépositaire de son secret, celle avec qui elle ne triche pas ; il faut dire que Claire a elle aussi un secret.

Cette prose, qui conjecture directement sur la page, en plus de dévoiler l’intime en disant l’entre-deux, quel qu’il soit – continents, pays, langues, amours… –

« Mon secret me donnait le pouvoir d’être dehors et dedans à la fois. Grâce à lui j’avais un soudain don d’ubiquité qui me soulageait : partout où j’étais, je n’étais pas vraiment. C’était une clé des champs. »

compose une partition qui donne son rythme de berceuse à l’histoire, feutré et lent comme la neige qui tombe au dehors blanchit le paysage, effaçant les traces en un bruit sourd et enveloppant : le temps s’étire comme pour magnifier ces moments volés, en sursis, puisque l’on sait, depuis les premières phrases, que le compte à rebours est lancé. 

« On n’arrête pas ce qui file, mais on peut retarder la déchirure. »

C’est le temps d’un amour qui se défait, sans fracas ni désastre, mais avec acceptation. C’est le temps d’un amour qui se fane, paradoxalement à la saison où la sève revient :

« J’ai senti très vite que nous ne connaîtrions pas le printemps, l’heure d’été, le grand jour. J’écoutais Septembre de Barbara, « quel joli temps pour se dire au revoir », et je trouvais que la fin de l’hiver serait aussi une belle période pour les adieux, comme la fin de l’été, deux saisons couperets. Aux beaux jours, nous serions à découvert, ça deviendrait glauque […] »

De l’amour tranquille de Samuel, elle s’est échappée sans trop savoir « qui a quitté qui », mais a-t-elle vraiment aimé Noah dont elle parlait si peu et si mal la langue, faisant de lui un être proche et étranger tout à la fois, une énigme ? Et si c’était là leur séduction ultime : être l’un pour l’autre un amour qui dépayse ?

« Je me disais qu’avec lui il n’y aurait jamais le danger de la confusion, je serais, pour toujours, d’un autre pays, il était, serait toujours, d’un autre âge, d’une autre culture, d’une autre histoire. Il n’aurait pas connu ni ma mère ni sa mort, seulement la trace blanche des larmes qui en découlent. Il ne pourrait pas lire mes carnets, à cause de la graphie, mais aussi de la syntaxe. La distance entre lui et moi serait irréductible. »

Le secret encore et toujours, ce qu’elle tait à Samuel et ce qu’elle dissimule à Noah. D’ailleurs, Noah n’a-t-il été autre chose qu’un homme qui l’a aidée à porter le poids du deuil d’une mère dépressive au point de cesser de vivre dès l’automne pour renaître aux beaux jours ? un homme qui a partagé sa souffrance pour traverser l’hiver du cœur au cœur de l’hiver ? Pourquoi a-t-elle noirci des carnets ? Est-ce parce qu’écrire aide à se souvenir de cet amour-là, douloureux et beau, car il est celui du poids du silence et du secret ? 

« Peut-être écrit-on pour dire qu’un jour, en plus de soi, quelqu’un, quelque chose, était là. Souvent, ça n’y est plus et on y est encore. »

Le roman d’Anna Zerbib est l’exemple même du texte dont le ton contemplatif et rêveur, la prose poétique et le cours sinueux offrent une expérience de lecture faite de moments oscillatoires, atemporels et suspendus, des moments de toute beauté et de fulgurante irréalité. C’est un cheminement sur l’insignifiance des tourments humains, qui ravira certains lecteurs et en perdra d’autres, peu friands de l’écriture de l’intime. Pour ma part, mon souffle de lectrice s’est accroché à chaque page, j’ai été emportée dès les premiers mots. Je sais avoir abusé de citations, tant il m’était impensable d’écrire ce billet sans donner à entendre la sensibilité fine et poétique de l’autrice, le bercement léger de son écriture. Les après-midi d’hiver est un roman à l’écriture flottante, aiguë, au cantabile durassien. Je me suis demandé quel film Claude Sautet en ferait, s’il était toujours en vie. En s’attachant au détail infime et si juste, aux petits riens sublimés par l’écriture, ce roman rare, raffiné, traversé du voile de la mélancolie douce, raconte le désordre des choses de la vie quand les êtres ne savent pas où ils en sont.

« J’ai quelque chose en moi qui ne vit pas. Je n’arrive pas… Je suis en retard depuis si longtemps. » Claude Sautet, Un cœur en hiver

Troublant. – Christine Casempoure

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Les après-midis d’hiver de l’héroïne de ce premier roman sont froids, très froids, puisqu’elle vit à Montréal, avec son compagnon. Elle raconte les bouleversements liés au changement de continent et de culture, mais surtout la rencontre qui va rendre ses après midis brûlants… 
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J’ai passé un agréable moment de lecture, à la découverte de Montréal, mais j’avoue que je me suis un peu perdue dans les méandres de la pensée de l’héroïne. L’écriture est jolie mais ne m’a pas transportée aussi loin qu’elle aurait pu le faire, car j’ai parfois eu l’impression de rester en surface. C’est dommage car c’est un récit complètement introspectif… Malgré tout, la promesse est belle et je serai attentive à la deuxième publication de l’autrice ! » – Gwen Langlois-Latour

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Dès les premières phrases, j’ai été frappée par la beauté de l’écriture d’Anna Zerbib, une des ces écritures qui vous enveloppent immédiatement et vous placent dans un cocon ouaté, entre bercement gracieux et rythme légèrement décalé. Une écriture de l’intime où deux histoires de deuil et d’adultère fournissent un terreau pour dire le secret d’une vie et sa quête d’identité tout en faisant ressurgir le désir de vie.

La très belle idée est ce choix d’une narratrice qui écrit. Ces carnets donnent de l’ampleur et de la profondeur à une histoire d’amour clandestine très flottante. Comme si la réécriture du réel donnait plus d’épaisseur aux événements vécus, laissant toute la place au déploiement de l’imaginaire, du fantasme, aux élucubrations et aux petits arrangements avec le réel.

C’est un roman éminemment sensoriel, sur les sensations quasi impalpables, scrutant l’humain au plus près, plaçant le lecteur dans une bulle introspective presque sans décor malgré l’omniprésence de la neige de Montréal qui semble au diapason des secrets recouverts.

Mais au mitan du roman, mon intérêt s’est délité, malgré le support de cette très belle écriture. Je me suis un peu lassée des atermoiements de la narratrice sans parvenir à être totalement touchée par son ressenti et sa mélancolie. Sans doute ne suis-je pas la lectrice idéale pour ce type de roman très contemplatif, mon appétence littéraire se nourrit souvent beaucoup plus de romanesque voire de percussion. En fait, là où Anna Zerbib m’a le plus convaincue sur la durée, c’est lorsqu’elle évoque le deuil de la mère, sans pathos mais avec une justesse incroyable. – Marie-Laure Garnault

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Le deuxième hiver après la mort de sa mère, la narratrice dont nous ne connaîtrons jamais le prénom, quitte la France avec Samuel son amoureux et emménage au Québec. Choix de vie diamétralement différent. Elle met un océan entre elle et son passé allant même jusqu’à changer d’activité de maîtresse d’école dans le sud de la France, elle décide d’écrire et de s’intéresse à la littérature nord américaine. A Montréal, elle y rencontre Noah, un artiste peintre sans attache, avec lequel elle débute une liaison torride … Et là, nous entrons dans l’intimité d’une jeune expatriée française dans un monde anglo saxon où la langue, les codes lui sont peu connus. Dans un style mêlant présent et souvenirs mélancoliques du passé, l’héroïne nous livre petit à petit des bribes de son histoire personnelle. Elle évoque sa vie à Montréal, son couple avec Samuel, sa relation et le décès de sa mère, ses échanges avec son amie Claire et surtout son secret, la rencontre et la relation qu’elle entretient avec passion avec Noah un artiste peintre plus tout jeune.

La narratrice cultive l’art du secret, effaçant même l’historique de ses navigations, rendant son écriture illisible.  « L’anglais m’est devenue la langue intime de l’amour, celle du sexe ».  Partagée entre ses deux amants, entre deux cultures et deux pays, ballotée entre deux hommes « Je ne savais pas choisir ». Elle dresse un portrait de Noah rapide, en style télégraphique, cela n’a pas d’importance ce qui compte c’est leur passion, le contact de leurs corps. Noah l’avait prévenue dès le départ que cette passion ne devait pas durer car il se « tenait à la phrase qu’il m’avait murmurée à l’oreille, le jour de notre rencontre « you need love, I’m gonna make love to you. Il ne m’avait rien promis d’autre ». Mais qu’importe, son amour était tel qu’elle prenait tout ce qu’il était prêt à lui offrir quitte à attendre des jours, des semaines ! « L’amour que nous faisions était une lutte entre la vie et la mort ». « Ce qui m’effrayait c’était l’absence de traces. L’impossibilité d’en garder de Noah. L’impossibilité de lui en laisser ». Aucun espoir de durée : « Cet amour né au croisement de deux saisons », né et mort en trois mois …

C’est un roman où la plume est belle, charmeuse, introspective où deuil, amour, infidélité et création artistique sont intimement liés. C’est le récit d’une passion torride, d’une mue, d’un hiver à Montréal.

Merveilleusement bien écrit, les mots fins et poétiques. La prose est magique. Beauté subtile de l’écriture.  

Les après-midi d’hiver sont longs et ennuyeux s’il n’y a pas un signe de Noah … Même si j’ai été séduite par la magie de l’écriture, je les ai trouvés tristounets ces après-midi d’hiver où j’ai lu ce livre. Cette femme envoutée, continuellement dans l’attente, attentive aux moindres signes de Noah, à la merci du bon vouloir, des caprices de son amant m’a agacée. Suis-je une féministe dans l’âme ? Peut être ! – Françoise Le Goaëc

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Ce premier roman intimiste nous offre une belle réflexion sur la création, l’attente et la perte d’une mère. La narratrice s’est expatriée pour deux ans dans une université de Montréal, rejointe par son amoureux. Elle organise sa vie nouvelle au Canada quand survient au bout d’un an la mort de sa mère. Elle est profondément choquée par ce deuil et rencontre alors Noah, artiste peintre , vivant sans attaches. Cet amour secret, qu’elle révèle seulement à son amie d’enfance en France va durer un hiver et inspirer son désir d’écriture tout en sachant que cette relation restera éphémère. Ce texte , tout en nuances, se lit par petites gorgées comme un the bien chaud . J’ai été touchée par cette écriture douce et subtile. le texte est marqué par des paragraphes courts tel un esprit qui raisonne avec des idées qui défilent. C’est un texte sur le ressenti, les états d’âme d’une jeune femme perdue dans ses pensées. Elle alterne entre ses souvenirs, le présent et ses essais d’ecriture. Sa rencontre avec Noah lui aussi en deuil de son père, lui permet d’exprimer son desarroi et sa peine vis à vis de sa mère décédée depuis peu. Dans le même temps , elle essaie de se reconstruire, de trouver sa place. Mais je me suis lassée de cette relation hésitante, des sentiments en suspens, de ces attentes vaines . Je garde néanmoins de beaux passages de lecture comme la rencontre entre Noah et la narratrice, l’évocation sensible du deuil, les promenades dans Montréal enneigé ou l’on ressent bien ce sentiment de luminosité , de douceur de la marche, du mordant du froid. Cet hiver est un personnage important du roman, difficile à appréhender pour une française qui se réfugie dans cet amour brûlant. Je retiens un style enveloppant, au charme discret qui marque cette lecture, même si pas complètement séduite. – Fabienne Balcon

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Une jeune française quitte le sud de la France avec Samuel pour aller vivre au Canada.

Lors de son deuxième hiver à Montréal, celui qui suit la mort de sa mère, elle rencontre Noah, anglophone, avec qui elle entretient une liaison.

Un amour, un secret, qui se vit surtout l’après-midi.

“Auprès de lui, je rejoignais mon chagrin en embrassant le sien”.

“J’avais trouvé un chagrin immense où vivre ma peine en antichambre”.

La narratrice peuple l’absence.

Cet amour qu’elle décrit avec passion comble un vide dans sa vie.

Cet hiver rigoureux matérialise en quelque sorte son expérience du deuil, ce “tunnel” à passer. C’est une saison à vivre et à franchir sans détours, pour voir s’ouvrir les beaux jours.

Elle est dans une autre vie, dans un autre pays, avec un homme, triste lui aussi, qui ne parle pas sa langue. Ils n’ont en commun que le langage du corps.

Il faut qu’ils réussissent à faire cette traversée…

“J’étais sortie du souterrain, je l’ai compris à la lumière qui avait changé. Le jour m’aveuglait, il y avait tout à coup comme un soleil de juillet. J’avais connu le secret et son passage. J’étais blanche. Telle est peut-être la nature même du secret : un moyen de traverser”.

Ce roman est écrit avec beaucoup d’émotion. Mais il ne m’a pas accrochée… Cela ne surprendra personne qui me connaît bien, sujet qui résonne trop en moi…

A découvrir néanmoins ! – Anne Laude

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« Mon secret me donnait le pouvoir d’être dehors et dedans à la fois. Grâce à lui j’avais un soudain don d’ubiquité qui me soulageait : partout où j’étais, je n’étais pas vraiment. C’était une clé des champs. »

La narratrice, dont nous ne connaîtrons pas le nom, a quitté son poste d’institutrice dans le Sud de la France. À Montréal, où elle passe son deuxième hiver, elle étudie la littérature nord-américaine et projette d’écrire. Elle s’apprête à traverser le premier anniversaire du décès de sa mère, survenu peu de temps après son arrivée au Canada. Ce décès avait avancé le voyage de son compagnon pour la rejoindre. Samuel vit de petits boulots, tandis qu’elle va à la fac.

La question du secret vient de loin, de la mère justement. Cette mère instable, perturbée, dont il faut recouvrir les caprices saisonniers d’un silence compact, tout en s’y pliant pour ne pas risquer le pire. Et quand le pire advient, le deuil lui-même se vit dans la dissimulation. Dans sa nouvelle vie américaine, la narratrice se sent dissociée : elle est tout à la fois cette fille qui ne se remet pas de la perte de sa mère et une jeune femme sociable qui vit à l’étranger. La mort est ce quelque chose d’elle que personne ne peut atteindre, dans la sécurité d’un for intérieur inaccessible.

Alors quand la narratrice rencontre Noah, c’est tout naturellement que leur amour est secret. Il ne peut en être autrement. Noah, lui, vient de perdre son père, cela les rapproche, ces absences à apprivoiser, cela initie un terrain commun. Dans cet espace, peu de paroles se partagent, ni l’anglais ni le français ne conviennent vraiment. Ce sont les corps qui se parlent, qui se font proches, là où les mots prononcés mettent à distance. Des rendez-vous, les après-midi de cet hiver-là, tissent une histoire d’amour qui n’est ni une promesse, ni une distraction. Ces moments sont devenus la seule matière qui compte, matière à attendre, matière à vivre, matière à écrire.

Et l’hiver, dans les rues de Montréal, efface toutes les traces de pas et étouffe les souvenirs sous une épaisse couche de neige qui se renouvelle sans cesse. La neige a elle aussi le don du secret, dont elle saupoudre la ville. Tout disparaît, enseveli sous son manteau immaculé. L’atmosphère est feutrée. Tout, jusqu’à l’amour même, nous parvient comme assourdi, engourdi de froid et de nuit.

Il y a les textes qui bousculent, ceux qui évadent, qui émeuvent, irritent, ou ennuient… Et puis il y a ces textes-là dont on se dit, à chaque ligne, qu’on aurait aimé les avoir écrits. J’aurais aimé avoir écrit Les après-midi d’hiver. Pour les va-et-vient entre la neige sur Montréal et la canicule estivale en France, entre l’amour et le deuil, ces alternances chaud-froid qui garantissent le mouvement dans le temps et dans l’espace. Pour la poésie élégante de la langue, pour son style à la fois dense et léger, pour la beauté de son atmosphère. Dans ce récit de l’intime, Anna Zerbib met en miroir le réel et sa réécriture. Les mots, quand ils sont écrits, traduisent la chair, le flottement, la quête et la transformation souterraine, impossibles à dire. Cette magie m’a saisie dès les premières phrases, enveloppée jusqu’aux dernières pages. Ce qu’il m’en reste : la nostalgie de cette rencontre forte, éprouvée aussitôt le livre refermé. – Anne-Sylvie Delaunay

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Alors qu’elle vient de perdre sa mère, le jeune protagoniste de ce roman part à Montréal. Son amoureux va l’y rejoindre, un, puis deux hivers seront nécessaires pour faire son deuil et revenir à la vie.

Elle rencontre incidemment Noah, un bel artiste solitaire, qui devient rapidement son amant. Elle va cultiver ce secret qui lui permet d’enfin vivre, être, aimer.

Peu à peu, elle nous entraîne dans ses pensées. Dans sa relation ambiguë et compliquée qu’elle a eu avec cette mère à demi folle qui ne supportait pas de vivre et menaçait chaque hiver d’en finir avec cette vie qui l’épuisait. Avec le père meurtri mais mutique, qui l’attend sans s’expliquer, sans espérer, sans se révolter. Avec Samuel l’amoureux indispensable dont elle se lasse, Samuel silencieux qui attend qu’elle fasse le premier pas, qu’elle dise enfin ce qui ne va plus.

Et peu à peu la relation avec Noah prend toute la place. Le secret, le silence, les rendez-vous, les messages vite effacés, les souvenirs engrangés pour éclaircir les jours trop gris, Noah qui fuit la relation à deux et se veut éternellement célibataire. Car elle le sait, De lui je n’aurai rien de plus que son absence, et il faudra bien que cela lui suffise.

C’est un premier roman assez étonnant. Le lecteur entre dans son cœur, dans sa tête, à petit pas, tout doucement sans faire de bruit, comme si elle ne nous y avait pas invités mais qu’elle entrouvrait malgré tout la porte.

Elle mêle habilement le chagrin et la perte de la mère, l’incompréhension puis l’acceptation de sa différence, le besoin de s’éloigner de la famille, des amis, pour enfin revivre après les épreuves. Mais aussi la fin d’un amour et la découverte d’un autre, le goût du secret, le bonheur de n’être que deux à savoir. Enfin, la présence de l’art, sa beauté, son langage, grâce à Noah. Le tout dans un environnement et des habitudes éloignés de son cadre habituel, le froid intense et mordant de l’hiver québecois, la ville et ses rues désertes qui sont parties prenante de sa lente et malhabile reconstruction.

Et toujours ces carnets qu’elle noircit de ses impressions, sentiments, élans. La littérature et l’écriture comme une bouée de sauvetage, irremplaçable, indispensable. Ces secrets qu’elle y couche et qu’elle aimerait laisser dévoiler d’eux même à l’autre tout ce qu’elle voudrait qu’il sache sans oser le lui avouer. La langue est belle, le style poétique fait d’envies, de silences, de désirs, de crainte, de secrets. Il y a aussi une profonde mélancolie dans ce texte qui exprime les sentiments et les passions, et sous-jacent, l’espoir de s’en sortir, après l’hiver, après le froid. – Dominique Sudre

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Ce premier roman est empreint d’une petite musique gracieuse écrite par une plume pleine d’émotion.

C’est un roman très cinématographique, en ce sens que le décor est un acteur à part entière, puissamment évocateur, surtout Montréal, neigeuse, froide, brumeuse, ouatée… 

La notion de secret, centrale, est finement explorée : ce qu’on dit à ses amoureux, ses ami.e.s, ses parents… ; parallèlement, ce qu’on ne dit pas est-il réel puisque cela n’existe que pour nous ?…

Au final, je dirais que l’atmosphère est souvent vertigineuse et troublante mais le perpétuel équilibre/déséquilibre de l’amour multiple vécu par les personnages ne m‘a pas totalement intéressée.

Et après avoir refermé ce livre, je sais que je le conseillerai, en ignorant si je le relirai. – Marianne Le Roux Briet

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Drôle de rendez-vous que Les après-midi d’hiver. Sur le papier, ce roman a tout pour me plaire. Un joli titre qui sonne comme un appel à des accords mélancoliques, la promesse d’une lecture troublante et sensuelle. Une quatrième de couverture prometteuse. Le pouvoir salvateur de l’écriture en creux.

Un premier roman qui débute d’assez belle manière d’ailleurs :

« J’écris depuis l’endroit où ça n’est pas arrivé. Je suis sur la rive d’en face, sans images de Noah, sans presque de souvenirs de moi. »

Très vite, je comprends que l’action sera modérée, que l’écriture sera le reflet d’une âme, un déversoir émotionnel. Ce n’est pas un problème. En littérature, j’aime la langueur, les atmosphères surannées des jours révolus et le charme des mots bien choisis.

Pourtant les 80 premières pages, je les lis sans réel plaisir. L’émotion espérée n’est pas là. Je suis déçue tant je me faisais une joie de pénétrer cet univers introspectif.

Je lutte pour ne pas interrompre ma lecture. Ce n’est pas dans mes habitudes. Ni une ni deux, je décide de repartir de zéro.

Deuxième lecture donc pour ne pas passer à côté de ce premier roman.

L’histoire : Revenue en France, une femme tente de raconter par écrit quelques mois de sa vie amoureuse alors qu’elle est retenue à Montréal deux saisons d’hiver avec son compagnon Samuel pour y entreprendre des études supérieures. Elle raconte sa liaison parallèle avec Noah, un artiste de passage, l’obsession et le désir ardent envers cet homme qui en découle. Elle raconte la distraction, le secret de cette passion, comme pour oublier le décès récent de sa mère malade. Secret qui nait, secret qui enfle.

J’ai aimé le rapport au temps, la métaphore des saisons pour restituer les humeurs et les sentiments, pour décrire les silences et les renoncements. Il y a une langue, poétique par vague, mais dont les contours m’ont paru parfois flous, peu naturels, trop travaillés.

J’ai eu plus de mal avec la narratrice qui a peiné à me convaincre, perdue dans son cheminement intérieur, ses questionnements existentiels et ses amours compliquées. Certes, le décès de la mère qui intervient dès le début est le catalyseur des pérégrinations tumultueuses de la jeune femme et ce deuil plane sur l’histoire de bout en bout mais j’aurais alors préféré, plutôt qu’un roman, avoir à lire un récit, un témoignage.

Voilà donc Les après-midi d’hiver qui retombent un peu comme un soufflé. Je n’ai pas ressenti la grande envolée littéraire escomptée, pas de chaleur sensuelle à la lecture de cette longue plainte. J’en attendais autre chose. Trop d’atermoiements. Trop de brume et de givre.

Dommage ! – Sandrine Guinot

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Une jeune femme quitte le Sud de la France pour s’installer à Montréal, rejointe quelques mois plus tard par son compagnon Samuel. Elle fait la connaissance de Noah, un artiste dont elle tombe amoureuse, et cache à Samuel sa relation avec lui. Elle raconte les deux ans passés là-bas, le lent délitement de sa vie de couple, les heures passées les après-midi d’hiver dans les bras de son amant avec lequel, elle le sait, rien d’officiel ou de durable ne se fera. Au-delà de la thématique somme toute assez banale de l’adultère se tisse la figure de la mère décédée juste avant son départ pour le Québec, et dont elle n’a pas encore fait le deuil.

Le récit à la chronologie bouleversée par des épisodes du retour en France de la narratrice est empreint de poésie et de sensations remarquablement bien racontées. Mais l’indécision de l’héroïne, son égocentrisme et sa passivité m’ont agacée. Elle attend, souvent, longtemps. Elle semble laisser passer sa vie comme on regarde la neige tomber et blanchir les trottoirs, comme on regarde les traces des passants bientôt recouvertes par de nouveaux flocons, encore et encore, sans qu’on ait bougé de sa fenêtre.  – Emmanuelle Bastien

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Résumons ! C’est donc l’histoire d’une française Lambda (non nommée) qui quitte le sud de la France pour s’expatrier au Québec, où elle s’installe avec Samuel, son compagnon dans un appartement à Montréal. Elle perd sa maman et devra faire un deuil, puis elle rencontre Noah, l’homme de sa vie, elle devra donc cacher cette liaison à Samuel. Par la suite, tout son récit sera consacré à Noah, avec quelques flashback vers sa mère, et d’autres qui racontent des moments de sa vie avec Samuel, avec Noah, ce qui rend le tout quelque peu confus.

J’ai trouvé cette histoire bien ennuyeuse, avec une héroïne dont les aventures ne m’ont aucunement intéressée, une héroïne qui, enfermée dans une bouteille avec son Noah, ne s’intéresse pas à autre chose.

L’ensemble m’a paru bien fade, cette jeune femme semblant mettre sur le même plan la plupart des événements qui surviennent, je n’ai pas ressenti l’expression de ses émotions. Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable. – Roselyne Soufflet

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Ce récit de la description d’une passion amoureuse au cœur de l’hiver canadien d’un femme au carrefour de sa vie personnelle entre Samuel, le compagnon historique qui a suivi la narratrice au Canada, l’histoire complexe qui lie sa mère à la narratrice dont le décès déclenche tant de sentiments antagonistes, le climat et l’ambiance de cette ville souterraine durant l’hiver et Noah, l’amant rencontré presque par hasard donne une matière d’une rare qualité à ce roman des émotions, pensées et des débats intérieurs de la sensibilité féminine.

Une simple histoire de coup de foudre quasi accidentelle à la base et d’une histoire qui aurait pu rester une  histoire de sexe d’un jour ; c’est en fait le récit tourmenté d’une véritable histoire d’amour qui s’installe et va devenir une relation quasi toxique tant la volonté de Noah de ne pas s’attacher ni d’instaurer une quasi routine va troubler au plus profond la narratrice et bouleverser sa vie. Seule Juliane, son amie la plus proche qui vit en parallèle des tourments et incertitudes semblables va tenter de la conseiller et de la comprendre.

Des chapitres courts et ciselés sur les tourments de la vie amoureuse d’une femme qui va remettre totalement en question ses assurances, repères et faire remonter à la surface toutes ses contradictions et un passé traumatique partiellement. Un pays et une ville si spéciale, si à part, la construction des êtres et des relations intimes.

A la fin de cet hiver exceptionnel, plus rien n’est resté à l’identique…. 

On est plongé avec passion dans ce récit. – Olivier Bihl

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Lire également les billets de :

Delphine Queval : http://tantquilyauradeslivres.blogspot.com/2021/04/les-apres-midis-dhiver-anna-zerbib.html?m=1

Françoise Floride : https://ffloladilettante.wordpress.com/2021/04/22/les-apres-midi-dhiver-de-anna-zerbib/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/les-apres-midi-dhiver-de-anna-zerbib.html

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/03/11/les-apres-midi-dhiver/

Aurélie Laporte : https://lesmisschocolatinebouquinent.fr/2021/04/26/les-apres-midi-dhiver-un-roman-de-anna-zerbib/

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