Le sanctuaire – Laurine Roux

« Le vacarme de l’eau recouvre mes pensées. C’est exactement ce dont j’ai besoin. Me perdre dans quelque chose de plus grand, un flux sans fin, capable de venir à bout des rocs et des montagnes, une eau qui sache conserver la trace des temps anciens, ère de fougères géantes et de reptiles volants, temps que les glaciers ont gardé intact, preuve que le monde restera monde malgré l’homme et ses cataclysmes, et qu’à l’image des dinosaures nous devrions nous en tenir à cette vérité première : nous ne sommes pas grand-chose sur Terre ».

J’avais apprécié la lecture du premier roman de cette autrice, « une immense sensation de calme », un conte nordique avec de sacrés personnages.
Cette fois, nous rencontrons une famille qui s’est réfugiée en forêt, après une pandémie et ils vivent en autarcie, dans le Sanctuaire. Par la voix de Gemma nous allons découvrir leur vie en huis clos. Seul le père retourne vers l’ailleurs pour ramener des vivres, glaner des objets. Gemma, la cadette est née dans la forêt et n’a pas connu ce monde d’avant, elle n’en connaît que ce que les souvenirs et les histoires sont racontés par sa mère et sa sœur.
Ces trois femmes doivent obéir au père, brutal, qui « dresse » ses filles à la survie, grâce à la nature, à la chasse et qui a instauré des règles strictes : ne pas dépasser certaines barrières. Mais Gemma est bien tentée d’aller découvrir ce qui se trouve un peu plus loin. Elle va ainsi faire une étrange rencontre, avec un étrange vieil oiselier et surtout avec son aigle.
Un père brutal, une mère aimante, une sœur qui s’échapperait bien elle aussi, une nature hostile ou bienveillante.
Bien sûr, plusieurs textes ont récemment abordé ce sujet, de la survie, de l’autarcie volontaire. Je pense au troublant « Dans la forêt » de Jean Hegland ou « Et toujours les forêts » de Sandrine Collette.
Mais le court texte de Laurine Roux y ajoute une langue poétique, nous entraîne dans la forêt, dans des mines désaffectées, dans une sorte de conte : la bienveillance peut se transformer en brutalité, la brutalité peut devenir de la bienveillance. Et cette cabane familiale en forêt est elle vraiment un sanctuaire avec comme définition habituelle : un lieu protégé contre toute agression ou est ce que cette grotte dans la mine ne peut lui aussi devenir une sorte de sanctuaire. Et la famille est-elle un réel sanctuaire quand cette fratrie se replie sur elle-même et se protège à l’extrême (oh cette scène du lance flamme dans les mains du père).
Un texte court, percutant, interpellant avec une belle écriture poétique. – Catherine Airaud

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Je termine juste, juste je ferme l’ouvrage. Et je me dis qu’il faut que de suite je saisisse la plume pour tenter d’attraper au vol les sensations, les trépidants, les apnées. La plume pour attraper au vol la majesté, les piqués, la poésie et le carnassier, l’espoir et le nid, les pièges et signes célestes, les ailes ankylosées, interdites et déployées…

Ainsi le malheur aurait été apporté par les oiseaux dans ce monde de fin, d’après-cataclysme. Ainsi la menace vole et chante, piaille et chasse. Et dans ce danger régnant en maître dans le ciel, un père abrite sa famille dans un creux, une vallée, un sanctuaire. Cet espace forestier se cogne aux limites emmurées des montages, acérées comme des dents. Gemma et June, deux jeunes sœurs évoluent dans ce milieu, dans l’exercice âpre et sportif de leurs tâches quotidiennes, l’entraînement militaire exigé par le père pour se défendre et survivre. Une carcasse de voiture, quelques livres, objets autrefois familiers signent l’existence passée de l’ancien monde, lequel est régulièrement chanté et conté par la mère, malmenée par la tristesse d’une terre perdue où elle était bien au bord de la mer, sous le ciel envoûtant d’une vie colorée et libre. Le père disparaît régulièrement pour des incursions au-delà des frontières, étendues interdites, et en revient chargé de tout ce qui pourra leur être utile pour subvenir aux besoins premiers et normaliser leur système marginal.

Gemma, la plus jeune des filles, nous parle et raconte. Gemma est née au sanctuaire et ne connaît du monde d’avant que les paroles heureuses et mélancoliques de sa mère. Elle aime cette nature tout à la fois belle et scabreuse, ne semble avoir peur de rien, aiguise ses lames, grimpe aux arbres, hume, écoute, se confond à la terre… Avoir grandi ainsi au plus près des sens et instincts naturels vont permettre à Gemma de sentir et percevoir autrement le sanctuaire sensé les protéger du fléau meurtrier qui a recouvert la civilisation. Car si elle regarde plein d’admiration ce père au début du roman, ce père ingénieux, exigeant et brave, ce géant qui a pensé ce territoire pour leur famille ; peu à peu le voile se découvre et avec le vol gracieux d’un aigle et la sauvagerie d’un rescapé, Gemma découvre une autre vérité que celle à laquelle elle était de fait soumise. De géant à Ogre, il suffit de peu. Le ton est juste, de la jeune enfant, innocent et ouvert à la perception première, prêt à réactiver l’intuition qu’on étouffe, la voix du cœur qui bat plus fort quand se décodent les brouillages et les mensonges fabriqués.

Laurine Roux nous replonge dans une Nature tout à la fois hostile et flamboyante qui reprend ses droits, les traces des hommes n’étant que vestiges et ruines. Et cette poésie, cette force des mots pour nous plonger au plus près du silence sauvage, de l’espérance inouïe, de la pire des folies que l’amour croit adouber. J’y ai vu des images de « Captain Fantastic » dans les débuts somme toute calmes d’une vie à part, puis quelques souvenirs de sororité dans l’isolement écrit de Jean Hegland (Dans la forêt), la violence des armes et de l’emprise de My absolute darling. Attention point de pâle copie, juste quelques évocations en écho d’un second roman qui reste singulier et gagne ses galons grâce à une écriture unique, inédite, mêlant la poésie au scénario du secret, du sombre. L’histoire monte en puissance avec les pages et retient notre souffle au fur et à mesure des lignes qui dévoilent le cœur du livre. C’est animal, mystérieux, parfois envoûtant tant dans la beauté des gestes et des sentiments, de ce qui relie et qui ne s’explique pas, que dans la rudesse et l’insupportable des instincts les plus vils et malades. Un conte, un polar, une ode, de la grâce, du suspens, de l’effroi : l’imaginaire est à son comble et nourrit la fiction dans le voyage qu’elle nous offre au cœur d’un univers ensorcelant, nous souvenant les ravages des hommes et la terre nourricière, et avec des mots toujours aussi percutants et lyriques au service d’un réel à interroger. La métaphore pour dire l’emprisonnement fou et meurtrier d’un amour tout puissant face aux ailes déployées d’une liberté à reconquérir…  Quel souffle ! Quelle échappée ! – Karine Le Nagard

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Fascinante et poétique, une histoire cruelle
Le Sanctuaire, une zone montagneuse isolée, refuge de la famille de Gemma depuis qu’un virus transmis par les oiseaux a décimé toute la population ou presque. Gemma y est née et tout dans cette vie au plus proche de la nature et dépendante d’elle lui est une évidence. Elle est une chasseuse hors pair. Sa mère Alexandra raconte le monde d’avant pour ne pas oublier. Sa sœur June, plus âgée, a elle aussi connu ce monde disparu. Toutes trois vivent sous l’autorité du père, qui, seul, quitte de temps à autre le Sanctuaire pour aller piller les maisons abandonnées et détient les clés de la survie. Une autorité brutale, excessive… La douceur et l’amour ne semblent être l’apanage que de la mère…Les deux filles grandissent, et l’envie de repousser les frontières, élargir leur horizon, transgresser les règles se fait jour inévitablement avec l’adolescence. La plus jeune va faire une découverte qui va faire voler en éclats ses certitudes…
Le décor est posé et je ne vous en dirai pas plus. Il faut lire cette plume précise, acérée qui raconte avec un grand talent la splendeur de la nature et les dérives de l’âme humaine confrontée à la nécessité de la survie. Un huis-clos familial terrifiant dans un espace ouvert qui ressemble pourtant bel et bien à une prison.
J’ai pensé, comment ne pas y penser, à My Absolute Darling (Gabriel Tallent)pour la violence et la folie du père bien que cela n’ait rien à voir. À Toujours les forêts( Sandrine Colette) pour le côté post apocalyptique et les rapines du père. A Dans la forêt( Jean Hegland) aussi . Mais brièvement car Le Sanctuaire a une forte identité et je garderai longtemps en mémoire ce conte très noir qui donne à réfléchir, offre des passages d’une très grande beauté où les mots font naître des images magnifiques et dont la fin est ….
Lisez-le !!!
Un très beau roman court et dense, ne passez pas à côté ! – Catherine Dufau

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Gros coup de cœur pour ce court mais néanmoins intense roman.

L’atmosphère qui s’en dégage, n’est pas sans rappeler celle du roman de Sandrine collette dont je vous avais parlé l’année dernière.

C’est l’histoire d’une famille enfermée dans un sanctuaire, chef-d’œuvre d’un père tyrannique. Un homme que Alexandra, Gemma et June ne peuvent s’empêcher d’aimer. Ils s’appartiennent les uns aux autres.

C’est l’histoire d’une caverne secrète où on ne tue pas les oiseaux, d’une rencontre qui va bouleverser Gemma et la vison du monde que son père lui a donné. Cet autre monde que sa mère s’est épuisée à préserver existe. C’est son « pépin d’or enrobé de lumière ».

J’ai été percutée par cette écriture, cet hommage et ces descriptions de la nature,  le pouvoir évocateur des mots.

Allez … c’est mon coup de cœur de la semaine. – Alexandra Lahcène

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Oh la la. Oh la la la la.

Et si vous les mettiez tous dans le même sac à dos ?

Allez, on y va, on les glisse dedans !

Sukkwan Island, (David Vann), Dans la forêt, (Jean Hegland), Un été prodige + Les yeux dans les arbres (Barbara Kingsolver), My absolute darling (Gabriel Tallent) et un peu aussi de Monica Sabolo (Eden). Et puis, à la toute fin, vous pourriez aussi, au dernier moment, sur une impulsion subite, enfourner dans le sac Entre ciel et terre (Jon Kalman Stefansson), accompagné du Grand Marin (Catherine Poulain), De pierre et d’os (Bérangère Cournut) et de la petite indienne Betty (Tiffany MacDaniel). Enfin, prise d’un réflexe ultime, vous iriez, le cœur battant, rechercher dans votre bibliothèque Croire aux fauves (Nastassja Martin) et, bien sûr, bien évidemment, oh oui, bien sûr, vous l’ajouteriez aux autres.

Vous me suivez ? Je ne sais pas. Je n’en suis absolument pas certaine.

Mais si vous me suivez, je sais que vous comprenez. Je sais que vous les aimez, tous, et chacun dans leur domaine, si proche et si différent (faune et flore, forêt, mer, nature, vie sauvage). Je sais que ce sac à dos, vous le portez depuis longtemps sur vos épaules. Parce que vous aimez ce qu’il contient de sacré. Parce que tous ceux qui précèdent, vous les avez lus. Ceux qui savent vous faire écouter le cri d’un aigle, ceux qui connaissent le mode de reproduction des coléoptères, le bruit des arbres dans les forêts, la puissance d’une souche recouverte de mousse, l’odeur de la graisse de phoque, la chair éviscérée d’un cervidé, la prédation élevée au rang d’art de la survie. Ceux qui, par leurs mots, par la grâce de leurs mots, vous transmettent la beauté émotionnelle de la nageoire dorsale d’un squale attaquant sa proie.

Ça, c’est pour la partie WILD.

L’autre partie, c’est L’EMPRISE. La puissance de l’emprise. De l’homme. Du père. Du frère. De la forêt. Du marin. De l’ours. De la mer. Du poisson. L’emprise qui emprisonne et dont il faut se libérer, coûte que coûte. C’est (toujours) un apprentissage violent. C’est (souvent) une question de salut. De vie ou de mort. À la fin, c’est souvent la vie qui gagne. Liberté. Liberté. Liberté. Parfois, c’est (aussi) la mort.

Voilà pour ce décor surpuissant. Voilà pour ce thème violent, qui font à eux deux que mon sac à dos (oui, c’est le mien) est devenu, au fil des années et des lectures qui précèdent, arrgh, comment le dire ? Allez, j’ose, ça vient de me venir à l’esprit… Mon sanctuaire à moi.

Mais, oui, bien évidemment, n’oublions pas, revenons à l’origine de ce billet, ce petit Sanctuaire (146 pages) qui va prendre tout naturellement la place qui lui revient de droit et de talent dans mon sac à dos. Il est « travaillé » du même bois. Des mêmes sentiments. Des mêmes oiseaux. Du même aigle. De la même trempe. J’y ai puisé le même plaisir, passionnément.

C’est une chronique pas tellement objective. Je vous parle d’amour. Un amour fou pour cette littérature à laquelle les Éditions Galmeister (depuis il y en a eu d’autres, mais il faut leur rendre hommage, c’est une évidence) ont ouvert la voie en France, il y a une dizaine d’années. De ces écrivains « du dehors », « des grands espaces ». On aime ou on n’aime pas : ce n’est sans doute pas « pour tous les lecteurs ». Question d’émotions, de sensibilité, de nature. Il est vrai que le thème (le sauvage + l’emprise toxique) est devenu récurrent. Peut-être va-t-on se lasser, au bout d’un moment ?

Peu m’importe. Car moi, j’aime, je plébiscite, j’en redemande. Cette connaissance de la nature (que je possède si mal scientifiquement parlant) exprimée par des mots si justes, si éclairants, des mots qui ont « la force en eux », m’emporte à chaque fois dans des contrées vertigineuses que j’ai bien du mal à expliquer. Ça me prend. Ça me parle. Ça me renverse. Ça m’aide à avancer. Ça m’époustoufle. Et ceci, tenez-vous bien, (presque) quelle que soit la trame et/ou l’histoire qui m’est racontée.

Pour moi, la littérature, c’est ça. Je ne saurais l’exprimer autrement. Un voyage aux origines. Une ode à la nature. À l’essentiel. À l’essence de la vie.

Alors, oui, c’est peut-être bateau, cette manière de m’emballer, cette tentative pour vous convaincre… de quoi ? D’une évidence : les êtres humains (ne) sont (que) des prédateurs au même titre que les animaux. Mais figurez-vous que, moi, sur un bateau au bout du monde, justement, j’ai l’impression de tout ressentir, et de tout comprendre mieux que n’importe où ailleurs. Je suis prédatrice quand je pêche pour me nourrir et que je m’ébahis devant le sang du poisson qui se mélange à la mer, je me sens à la fois en sécurité totale, au cœur du Monde, et paradoxalement totalement à la merci des éléments naturels. Sous emprise. Au bord du gouffre en vérité. En plein dans la vie. La vie. La vie. Ces écrivains ont ce pouvoir de nous faire sentir que l’homme, face à la nature, n’est rien qu’un homme. Et qu’un homme, c’est petit. Faible. Surpuissant. Acharné. Triomphant. Remarquable. Menteur. Un homme, ce n’est ni rien ni moins que le père, dans le Sanctuaire de Laurine. Un monstre. Un homme.

Je me suis tellement éloignée. Comment me rattraper aux branches ?

J’ajoute donc ce Sanctuaire à la pile dans mon sac à dos.

Vous aussi, ajoutez ce Sanctuaire à la pile dans votre sac à dos.

Et, de temps en temps, ouvrez-le à n’importe quelle page. Lisez. Relisez. Prenez la mesure des mots. Des oiseaux et des plumes. Des phrases. De leur envolée. De leur beauté. Des enjeux dévoilés. Révélés. Et soyez heureux. Ô chanceux lecteurs que vous êtes. – Karine Fougeray

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Un huit clos familial dans une cabane dans la montagne suite à une pandémie. Une écriture vive qui nous tient en haleine

L’auteure trace le contour de personnages multiples et complexes puis les colore d’une palette claire obscure. Je me suis également littéralement laissé bercer par sa plume et ses contes.

Ce roman m’a emportée là où je ne m’y attendais pas. L’auteure fait évoluer intelligemment ses personnages, certains remettant en question l’ordre établit, se rebellant, d’autres c nous conte une bien belle histoire. – Hélène Grenier

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Un autre monde dans le monde.

Le mensonge peut-il être un acte d’amour ?

La folie est-elle de croire ou de faire croire ?

C’est violent. La douceur est pourtant là, elle empêche les hauts-de-cœur.

Dommage que ce roman ne m’ait pas atteint. Peut-être n’étais-je pas disposée à entrer dans le sanctuaire. – Stéphanie Justin

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Ils sont quatre dans ce coin de montagne quelque part, là où la nature est souveraine, là où se côtoient la vie et la mort, la haine et l’amour, la beauté et la laideur, l’espoir et l’abattement, là où le présent se fait sentir, ou le passé devient envahissant, ou le futur ne peut s’envisager… 

Magnifique récit qui se dévoile par petite touche, où l’on apprend les raisons de ce refuge… peut-être…, où l’homme redevient chasseur cueilleur au milieu d’une nature hostile, où un être mystérieux se manifeste… pourquoi… ?

On fait connaissance de Gemma, la fille du terrain, entrainée par un père intransigeant qui attend d’elle qu’elle survive dans ce milieu, qu’elle manie l’arc avec dextérité, sans tolérance, on côtoie June, la sœur ainée, celle qui a connu la vie d’avant… On s’attache à la mère, dévouée et aimante, soumise à cet homme ambigu qu’est le père, le seul qui peut sortir du sanctuaire aux limites fixées par lui-même.

On y baigne dans le mystère qui se dévoile à qui se montre patient, on y prend malgré l’inconfort de cette famille, un bol d’air offert par cette nature décrite avec tant de poésie, on y subit toutes les tensions, tous les affronts, toutes les blessures dont Gemma et June seront les victimes.

Concentré d’émotions et de sensations, ce court roman, peut-être post apocalyptique, à moins qu’il ne décrive simplement la psychologie de personnages parvenus en ce refuge par choix, où qui ont fui la civilisation pour se protéger, le lecteur saura faire la part des choses, plaira à tous ceux qui aiment les textes sibyllins et subtiles et les belles odes à la nature. – Roselyne Soufflet

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Un tout petit livre mais quel roman ! Attention, ce n’est pas un coup de cœur mais…waouh!

J’avais lu ici ou là
« Roman post apocalyptique », « Dystopie »  » Fable survivaliste »…
Chacun le qualifiera comme bon lui semble.

Moi, je retiendrai une fin incroyable et surtout un texte sur la Domination du sexe masculin ;
dominations psychologique, physique et sexuelle.
Or, un sanctuaire devrait être un « Lieu protégé contre toute agression. »
(définition du Larousse )

[ « Tu ne le vois peut-être pas, mais les troncs des arbres sont les barreaux de notre prison. » ]

Laurine Roux écrit avec tellement de poésie et de sensibilité que malgré toute la violence qui exsude des phrases, ce roman est très beau. – Marie-José Severin

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Quelque part, dans un lieu isolé de la montagne, s’est réfugiée une famille. Ici on tue les oiseaux pour échapper à un virus destructeur. Le père règne en maître tyrannique, la mère docile et les deux fillettes malléables obéissent aux règles imposées. On vit en autarcie. La mère tendrement préserve les rituels (anniversaires, histoires, noël, cuisine… ) L’homme géant impose le rythme de chacun et délimite le territoire. Dans l’autre vie c’était un artiste et il trouve là matière à façonner son domaine. Il gouverne, écrase et domine cet univers de soumission et de terreur.

C’est un rapace et un vieux fou qui vont détraquer la machine. L’emprise se fissure …

Ce court roman d’atmosphère aux phrases souvent courtes, imagées, descriptives et précises, aimante le lecteur dans l’enfer de la peur.

Bien mené, bien écrit. La magnifique relation entre un aigle et une jeune fille illumine ce sombre Sanctuaire .  » Au contact des plumes, tout se ranime « . – Corinne Tartare

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Quel bonheur de retrouver l’écriture en apesanteur de Laurine Roux dans ce second roman.

Toujours au cœur de sa montagne, mi- maternelle, mi-agressive, elle nous plonge dans un monde une fois de plus tenu par les hommes, où les femmes n’ont de place que si elles obéissent. Et pourtant…

Une histoire sous forme de fable, de rite initiatique. Le passage à l’âge adulte après avoir transgressé les règles fixées par le père.

Une lecture planante, comme accrochée aux nuages qui s’attachent au haut des montagnes.  Une autrice qui devient pour moi une de celle dont je vais attendre les sorties. – Emmanuelle Coutant

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Roman court et dense, dont l’alibi post-apocalyptique cache un autre propos, beaucoup plus universel.

La famille vit isolée, aux abords d’une forêt et le père entraîne les filles au maniement des armes, fondamental dans cet univers où la menace plante au-dessus de leurs têtes : les oiseaux, porteurs du virus mortel. Le père seul se risque à s’approvisionner là où des humains ont laissé des biens utiles dans un paysage dévasté.

Gemma est née dans la montagne, elle est la seule à ne pas avoir connu le monde d’avant la pandémie. Le jour où elle ose s’affranchir des interdits et s’aventurer au-delà des limites imposées, le doute s’installe et les certitudes ancrées en elle par une éducation sans concession vacillent.

Si le sujet nous renvoie à une actualité encore brulante, ce n’est qu’une coïncidence ou une prémonition troublante. Écrit avant que ne survienne le bouleversement de nos habitudes, le roman explore cette période de la vie où la sortie de l’enfance s’effectue dans la rupture et le rejet des principes inculqués, et où le regard sur les parents change d’angle. 

C’est aussi le récit d’une folie complotiste dans une ambiance de survivalisme. 

La nature est bien présente, source d’approvisionnement pour la famille et base de réflexion pour la jeune fille en quête d’identité. 

Récit marquant. – Chantal Yvenou

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Le sanctuaire est une épaisse forêt tapissée d’aiguilles de conifères. Quelque part en lisière, un torrent se faufile entre souches et pierriers. Un peu plus loin il y a la mine qui captive, qui aimante et une limite, la Dent de fer. Ce royaume végétal montagneux est le cadre du second roman de Laurine Roux. Il abrite une famille de survivants, le père, la mère, June l’ainée et sa sœur Gemma, la narratrice. Tous les quatre ont échappé à un virus. Un virus mortel transmis par les oiseaux. Tous les quatre vivent en autarcie. De chasse de pêche et de cueillette. Le père détient l’autorité. Intransigeant et caractériel, il distribue les rôles et fait régner une atmosphère délétère et tyrannique. Un jour, Gemma la cadette va braver l’interdit. Elle va quitter la zone. Son désir ardent d’aller voir le monde va la mener à faire une étrange rencontre. Et si la vie n’était pas celle qu’on lui avait inculquée ? .Laurine Roux raconte l’emprise avec habileté. 
Elle décrit le passage de l’enfance à l’âge adulte en instillant une tension narrative assez réussie même si j’aurais aimé un travail sur les personnages plus approfondi. Et cependant j’ai aimé la façon de définir ces personnages par l’action, par le mouvement et donc par le verbe. .Je ne suis pas adepte de Nature Writing et les récits post-apocalyptiques m’indiffèrent. Je ne retiendrai donc ici que le versant initiatique avec la métaphore relative aux rapports de domination homme femme ainsi qu’en corollaire,  l’émancipation féminine et la libération sous-jacente. 
.Pour conclure, je dirais que Le sanctuaire est un curieux roman entre fable et dystopie qui aurait mérité plus de densité.  Après un début prometteur grâce à l’écriture cinématographique de l’autrice et le décor naturel fort bien brossé, j’ai ensuite été rapidement frustrée par le développement de l’histoire que j’ai trouvé relativement banale. Frustrant aussi le fait de devoir imaginer l’origine véritable de cet étrange huis-clos. – Sandrine Guinot

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Voilà un roman qui n’avait pas forcément beaucoup d’atout pour me plaire…
Sous ses apparences de fables dystopiques et survivalistes, il met en scène une famille rescapée d’un virus transmis par les oiseaux. Le genre de scénario qui me rebute.
Cette famille, c’est le père, la mère et leurs deux filles June et Gemma, celle-ci étant née après la catastrophe, dans le Sanctuaire.
Cet endroit, délimité par des éléments naturels (forêt, pic montagneux, rivière…) est l’espace défini par le père , dans lequel ils sont en sécurité. Et où il règne en chef, prodiguant ordres, conseils, apprentissages, entraînements… il a mis en.place la survie, faite de chasse, de vie de peu dans la cabane, de corvées réparties entre eux.
C’est lui aussi qui part quand c’est nécessaire en expédition dans « l’autre monde », afin de ramener des vivres et combustibles introuvables dans la nature. Il en ramène aussi des nouvelles effrayantes sur l’effondrement du monde, jonché de cadavres, hanté de renégats, hommes devenus brutes.
Chaque jour, il faut se méfier des oiseaux, les craindre, les chasser, les anéantir
Chaque jour, ce père tout-puissant devient plus dur, plus violent, plus exigeant avec les autres membres de la famille. Probablement sensible aux évolutions perceptibles de ses filles, qui plus ou moins consciemment, aspirent à plus de liberté et à un horizon élargi…
J’ai été complètement embarquée par l’écriture dense mais aussi somptueuse et riche quand elle décrit la nature. J’ai été happée par cette histoire et ses protagonistes, les liens qui les unissent, l’amour maternel, la folie en toile de fonds.
Et c’est avec le sentiment ressourçant d’une belle découverte que je referme ce roman sensible et fort. – Christine Gazo

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Une famille de quatre personnes, 2 filles d’une douzaine et une quinzaine d’années et leurs parents vivent en autarcie dans une montagne reculée après une catastrophe d’ordre sanitaire qui a rendu tout contact avec autrui dangereux ; et l’autrui ce ne sont pas seulement les êtres humains mais aussi les oiseaux que le père extermine au lance flamme.

La narratrice, Gemma, la plus jeune des filles, n’a pas connu le monde d’avant. Elle a acquis une grande résistance à la douleur, une grande pratique de la chasse « pierre, tu es une pierre » lui a appris à penser son père lors des affûts. La scène où le père entraine ses filles à résister à la douleur et à savoir faire face à toutes les situations « personne ne doit être un poids pour les autres »est essentielle à mon sens.

La mère, beaucoup plus sentimentale, leur dit des mots tendres et parle à Gemma de la vie d’avant.

De cette vie d’avant, June, sa sœur lui en parle aussi, avec nostalgie et douleur « qui nous offrira des fleurs comme papa en offrait à maman ? »

Un jour au cours d’une chasse Gemma blesse un aigle et, en le poursuivant pour l’achever, est stoppée par un vieil homme qui lui pose un couteau sur la carotide « je sais où vous habitez, si tu parles  je vous saignerai tous » Gemma va rentrer chez elle, ne rien dire et pour la première fois mener sa propre vie.

Car elle essaiera de retrouver l’endroit où vit l’homme, le trouvera, découvrira l’aigle qu’elle a blessé et sera fasciné par lui. L oiseau la défendra même contre l’homme.

Une dystopie ne peut pas se finir bien ! Pourtant, après la célébration de l’anniversaire de June et les belles évocations de la robe en satin brodé que sa mère lui prépare, le dénouement interviendra en 3 pages.

L’écriture de Laurine Roux, ciselée, légère, permet de supporter l’atmosphère lourde, ou plutôt non, la renforce, et donne à ce récit une force terrible. – Marie-Hélène Poirson

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Le Sanctuaire nous plonge dans une ambiance post-apocalyptique, dans un monde très sombre où les quelques survivants tentent d’échapper à la contamination des oiseaux. Nous suivons le quotidien d’une petite famille recluse en plein milieu de la forêt, avec un père autoritaire, une mère qui semble plutôt démunie, et une jeune héroïne qui va tenter de sortir de son cocon.

Même si j’ai parfois été peu réceptif à l’écriture, au style un peu alambiqué, j’ai bien aimé l’imagination de l’auteur, l’animalité des descriptions et je pense qu’il faut voir ce roman comme un récit d’apprentissage, une parabole avec l’adolescence plutôt qu’une énième dystopie. – Boris Tampigny

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Ce roman sonne un peu comme une apocalypse qui aurait obligé une famille à s’exiler pour vivre dans la forêt. Le coupable? Un virus qui se transmet par les oiseaux.
Deux petites filles qui sont entrainées à tuer pour manger, à tuer tout volatile et qui passent le plus clair de leur temps avec leur père et leur mère cerclés dans une zone de la forêt. Seul le père est autorisé à partir plusieurs jours pour récupérer de l’essence, des vivres dans la ville complètement détruite et abandonnée.
June a connu le monde d’avant tandis que Gemma est né dans ce sanctuaire. Une seule règle, ne pas franchir la limite établie par leur père. Un jour, Gemma va aller plus loin et faire la rencontre d’un homme et de ses oiseaux. Une attirance qu’elle ne pourra refreiner et qui lui permettra de comprendre que les oiseaux ne pas ou tout du moins plus dangereux !
Ces escapades de plus en plus lointaines et de plus en plus longues font finir par déstabiliser le schéma familial.
Un roman bien construit, qui intrigue. Il y a un petit air de science fiction. Je verrais très bien ce roman adapté en série. Ce qui m’a quelque peu dérangé, et c’est complètement personnel, c’est cette notion de virus qui dans la conjoncture actuelle nous suit déjà partout. J’ai, en ce moment, plutôt envie de m’en échapper ! – Nina Busson

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Sous un ciel plombé de nuages sombres et de menaces, une famille (le père, la mère, les deux filles) s’est réfugiée, repliée, sur un coin de terre isolé du reste du monde par une frontière faite d’arbres, de rochers, et de l’interdiction farouche d’un père que quiconque en franchisse la limite. De toutes ses forces, fusse par la violence, il veut protéger « les siennes » (pronom lourd de sens) du danger qui rôde à l’extérieur, à commencer par un virus transmis par les oiseaux. Les voici, nous voici, enclos dans une histoire où ne passe aucun brin d’air, dans un Sanctuaire qui s’est avéré bien trop austère pour moi.

Rien n’a vibré en moi à la lecture de ce roman, ni l’arc tendu de Gemma, ni l’émotion excessive de sa mère, ni la colère bouillonnante de sa sœur, ni l’angoissante et malsaine rigueur de son père, rien n’a trouvé écho dans ma propre sensibilité de lectrice et je le regrette. J’ai eu la sensation de me heurter à tout, depuis le climat oppressant de de hui clos familial sans air ni chaleur, ni lumière, en passant par le décor anguleux et froid, pour finir par la style volontairement distant de l’autrice, langue belle, lissée, polie à l’extrême comme une pierre qui reste froide sous l’arrondi, et dont la présence dans la bouche et la tête d’une si jeune fille semble inconcevable.

Je peine, je l’avoue, à me laisser emporter et enthousiasmer par l’ambiance survivaliste, réelle ou simulée, qui fait florès sous de nombreuses couvertures ces dernières années, mais il m’est arrivé d’y trouver une certaine forme de beauté, comme dans « La forêt », voire d’être touchée, au-delà de l’horreur, par un personnage émouvant, comme dans « My absolute Darling ». Mais je suis restée sur le seuil de ce Sanctuaire, dépourvue d’émotion, un peu lasse de devoir contempler ce dressage d’enfants (de filles !) systématique, pris en otage par les fantasmes d’un père incapable de donner des ailes à sa progéniture. – Magali Bertrand

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Alors qu’une épidémie venue des oiseaux a tué une partie de l’humanité, une famille s’est réfugiée au cœur de la forêt, ils y vivent en autarcie au sein de leur sanctuaire. Le mot d’ordre est de tuer tous les oiseaux qui peuvent être porteur du mal! Gemma est né après la catastrophe et du monde d’avant ne connaît que les souvenirs de sa mère Alexandra et de sa sœur June. Le père est le seul à s’aventurer au delà des limites du sanctuaire pour le ravitaillement. Le père tout puissant commence à changer lorsque ses filles grandissent, par peur qu’elles lui échappent? Qu’elles s’interrogent et remettent en doute sa parole qui jusqu’à présent était évangile, surtout pour Gemma qui voit en son père un héro!

Gemma va en effet faire un drôle de rencontre en chassant un aigle, un vieil homme… Comment est-ce possible alors que leur père à chaque escapade dans le monde d’avant pour leur ravitaillement, leur soutien que rien n’est revenu à la normale, un homme se tient devant elle et surtout a des contacts avec les oiseaux dont l’aigle que Gemma chassait! Au contact de cet homme un peu malsain, elle va créer un contact avec ce rapace et se trouver envoûtée. Elle va commencer à s’interroger sur la véracité de ce que lui raconte leur père! En sentant ses doutes, celui-ci va se révéler violent menaçant et l’équilibre que la famille avait va totalement vaciller. Cette proximité parfois malsaine montent en puissance au fil des pages et nous tient en haleine jusqu’à la dernière page! Le père pour protéger ce qu’il a construit va alors se révéler tyrannique.

Avec cette dystopie qui a été créée peu de temps avant que la pandémie de la covid touche le monde, Laurine Roux nous embarque une nouvelle fois au cœur de la nature souveraine! Le respect envers ce sanctuaire qui apporte nourriture et protection est très beau. L’aigle du vieil homme, un personnage à part entière est totalement captivant. A travers une seule famille, l’autrice aborde toute la complexité des relations, l’amour filiale intense, l’incertitude du futur, l’inquiétude, le passage à l’âge adulte qui entraîne fatalement une remise en question de l’autorité parentale qui dans ce cas était toute puissante. Gemma et sa sœur June sont deux jeunes filles vives et touchantes, j’ai beaucoup aimé la mère aussi si bienveillante et attendrissante. Les deux hommes de l’histoire nous démontrent un rapport de force pouvant être déséquilibré! A eux seuls ces cinq personnages sont une richesse incontestable pour nous conter les relations humaines!

Un court roman poétique où une certaine tension vous happera jusqu’à la dernière page, des personnages d’une très grande justesse, une dystopie finalement pas si irréaliste, tous les ingrédients pour vous faire aimer cette lecture. Ce qui fut le cas pour moi, vous l’aurez compris! – Julie Campagna

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Le Sanctuaire est un espace bien protégé, aux confins de la forêt et de la montagne. Gemma en connaît les limites exactes, inscrites dans le paysage, et les respecte strictement. Au-delà, le monde est en plein effondrement. Les hommes y sont victimes d’une maladie transmise par les oiseaux. La violence et la folie semblent avoir gagné les survivants. Alors Gemma, sa sœur June et leurs parents ont fait du Sanctuaire leur refuge. D’ailleurs Gemma y est née, elle n’a rien connu d’autre que cette nature, parfois hostile, qu’il a fallu dompter pour la faire alliée nourricière. Seul le père s’aventure encore hors du domaine pour des rapines dont il rapporte certaines denrées indispensables. La mère, elle, garde la nostalgie d’une époque révolue, où la vie était douce et lumineuse, où la sensibilité pouvait s’exprimer de mille manières, une époque qu’elle raconte à ses filles comme pour les envelopper d’amour et les soustraire à l’âpreté de leur quotidien.

Gemma est intrépide, résistante et habile. Il faut dire que son père ne lui en a pas donné le choix. Par un entraînement impitoyable, et sous le couvert d’un amour infini, il endurcit le corps et l’esprit de ses deux filles, développant chez chacune des aptitudes physiques et mentales nécessaires à leur survie. Et Gemma est particulièrement douée, ce qui fait la fierté de son père. Malgré des moments d’enthousiasme, la peur est là, permanente, de manquer de ressources, d’être envahis par la calamité du monde, d’être broyé par l’environnement cruel. La peur du faux-pas, la peur du pire, toujours là.

C’est cette peur du pire qui d’ailleurs le fait advenir. Un jour que Gemma marche avec son père, sa flèche manque l’aigle qui les menaçait et se fiche dans son aile. Prise de panique à l’idée de la fureur paternelle, Gemma dévale la montagne et se heurte à un vieil homme effrayant, visiblement familier des volatiles et de l’aigle blessé, qui disparaît comme il était apparu. Elle n’a alors plus qu’une idée en tête : les retrouver, et surtout retrouver le rapace qui la fascine. Avec cette question dérangeante : pourquoi cet homme, qui vit au contact des oiseaux, est-il toujours vivant ?

Une atmosphère particulière plane sur ce roman, pesante, irréelle et pourtant pétrie de matière naturelle. Le contexte post-apocalyptique n’est qu’un prétexte pour isoler la famille dans son Sanctuaire. Et pour m’éloigner, moi, lectrice, de mes repères. Ce récit initiatique m’interpelle : qu’ai-je choisi de croire du monde ? et quelles sont les expériences que je m’autorise au-delà de ces croyances ? Avec Gemma, qui s’enhardit, qui s’affranchit, je suis encouragée à voir plus loin que la limite des règles et la menace, jusqu’à l’émergence d’un nouveau monde qui défie l’ordre établi. Une invitation au discernement, à l’émancipation et à l’ouverture à plus grand que soi ! – Anne-Sylvie Delaunay

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Une famille vit isolée dans un endroit perdu, près d’une mine désaffectée. Ils semblent faire partie des rares survivants d’une catastrophe dont on découvre progressivement l’origine. Sous la férule du père, autoproclamé chef du Sanctuaire, la famille parvient à maintenir un quotidien en complète autarcie, où chacun a un rôle bien défini : le père part régulièrement en expédition pour récupérer du matériel, sa femme entretient la maison, et les deux filles, soumises à un entraînement militaire, sont chargées du bois ou de la chasse. Ainsi Gemma, née dans le Sanctuaire, est-elle devenue une chasseuse hors pair avec son arc. Lors d’une chasse, elle rencontre un homme étrange qui la capture. Elle découvre alors qu’il vit avec des rapaces qu’il est parvenu à domestiquer.

Cette rencontre, c’est le moment de bascule : voilà que Gemma commence à prendre conscience qu’il existe une autre réalité que celle qu’elle connait, dans laquelle les oiseaux ne sont pas les ennemis à abattre et à brûler au lance-flammes. Et que l’autorité du père est petit-à-petit remise en question. Gemma prend peu-à-peu son indépendance, découvre la griserie de la liberté, jusqu’à briser le tabou ultime, franchir la frontière qui sépare le Sanctuaire du monde extérieur. Roman d’initiation sur fond de thématique survivaliste, le récit fait la part belle à la nature dans laquelle les humains n’ont plus d’autre choix que de retrouver leurs instincts de chasseur. J’ai été en revanche moins convaincue par les personnages, qui m’ont paru un peu caricaturaux, notamment les parents – le père, ancien artiste rebelle devenu un véritable tyran domestique, et la mère, dépressive et nostalgique d’une époque révolue, aimante mais incapable de la moindre initiative. – Emmanuelle Bastien

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« Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et c’est ce monde-là qu’on connaît ensuite, pour toujours. C’est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d’autre il pourrait ressembler. » David Vann, Aquarium, Éditions Gallmeister, 2016, traduction de Laura Derajinski

« […] le Sanctuaire galvanise Papa. Il bâtit, invente, construit, récupère. Chaque jour Maman s’étonne ; elle ne l’a jamais connu aussi robuste. Selon elle, Papa a toujours évité le contact avec les autres. Il se moquait bien de vendre ses sculptures dans les galeries les plus réputées, se payait la tête de Kronauer ou de Mevlido – des agents wahou, selon Maman. Eux le courtisaient jusque chez lui, dans sa maison en bord de mer. Il les recevait en caleçon, sur le pas de la porte, et les écoutait d’une oreille, en buvant une canette. Aucune de leurs propositions n’était jamais assez intéressante. Seule Maman, de temps à autre, parvenait à lui faire signer un contrat. Elle le tirait par la manche pour qu’il se rende au vernissage. Parfois, il y allait pieds nus. Le petit monde de l’art adorait ça. Des putains de lèche-culs, déclarait Papa. Il était devenu leur coqueluche. Lui aurait préféré passer son temps dans la forêt, à chercher les bonnes essences, à quêter le nœud de tel arbre, la forme de telle branche, à éprouver combien il était dépassé par les prodiges de la nature – coquette lingerie d’une sauterelle aux ailes bleues, sautoir de rosée à la gorge d’un tronc. Et il retournait dans son atelier, le front rendu humble par tant de beauté, où il bataillait sans relâche avec le fer et le bois pour retrouver l’énergie sauvage et raffinée d’une libellule sur une feuille qui ploie.

Ici, Papa a façonné un monde à sa mesure.

Le Sanctuaire est son chef-d’œuvre. »

Le Sanctuaire est le 2e roman de Laurine Roux publié aux Éditions du Sonneur. Il vient de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire 2021 du meilleur roman francophone.

Une cellule (!) familiale : un père réduit à cette seule fonction, si bien qu’on ignorera son prénom jusqu’à la fin ; une mère, Alexandra ; leurs deux filles, June et sa jeune sœur Gemma, 9 ans, la seule à être née dans le Sanctuaire et à ne savoir pas grand-chose du monde d’avant. Tous les quatre ont trouvé refuge dans ce lieu à l’écart, « un asile de verdure, le ciel en cuirasse », à flanc de montagne, avec les falaises, la Dent de Fer et une rivière pour limites, après qu’une épidémie propagée par les oiseaux a quasiment décimé l’humanité. La menace plane – au sens strict, et l’expression « oiseau de malheur » vient aussitôt à l’esprit.

Le Sanctuaire est aux mains du père autoritaire qui y règne en despote, déléguant aux autres membres de la famille selon les talents de chacune « l’inlassable cortège des corvées habituelles » indispensables à leur survie en milieu hostile. À June, le tas de bûches ; à Gemma, la chasse ; à Alexandra, la culture et l’éducation.

En exergue Laurine Roux cite Cormac McCarthy « Si le monde n’est qu’un récit qui d’autre que le témoin peut lui donner vie ? » Quel meilleur témoin en effet pour dire ce conte que la petite Gemma qui n’a pas connu la vie d’avant la catastrophe aviaire ? 

« Du monde, je sais seulement ce que Papa et Maman m’ont raconté. June n’en sait pas beaucoup plus. Quand elle a vu le jour, Papa aimait jeter du pain aux mouettes et tous les trois vivaient dans une maison sur pilotis au bord de la mer.

Je n’ai jamais vu la mer. »

Si je tiens tout particulièrement au terme de conte pour parler de ce roman, c’est non seulement parce que l’autrice en suit le schéma narratif, mais aussi parce que, je crois, elle présume que le lecteur dépose au seuil du livre son esprit cartésien toujours prompt à pointer les incohérences. Dans l’univers merveilleux, parfois baroque des contes, les animaux parlent, les crapauds se changent en princes, les princesses dorment mille ans… et une petite fille s’exprime avec l’érudition d’une agrégée de lettres modernes. Ainsi, au premier chef, faut-il accepter sans réserve que la vraisemblance de l’oralité soit malmenée, et s’abandonner aux mots de Gemma dont les tournures de phrases, la préciosité du lexique et les métaphores sont travaillées à un point tel qu’elles sont bien trop apprêtées pour être mises dans la bouche d’une si jeune enfant. Peut-être est-ce parce que je suis une lectrice très sensible à la voix dans les romans, le « je » de Gemma, privé des mots d’enfant, a bien failli avoir raison de ma lecture dès les premières pages. Cela aurait été dommage. Il n’est pas question bien sûr de livrer un relevé scrupuleux de toutes les occurrences, cependant il me semble intéressant de vous donner à entendre cette petite fille d’à peine 9 ans quand elle nous raconte son quotidien :

« Chaque matin je me lève à l’aube, quand les brumes de la vallée trempent le pied des montagnes. » (page 11)

« Dehors, les étoiles mouchettent les encres de la nuit. Le temps est clair, la lune franche. J’entre dans la forêt au pas de course, les joues mentholées par le froid. » (page 57)

« Dans la forêt, tout – mousses, herbes, toiles d’araignée – est ocellé de rosée. » (page 82)

« Mais un éclair zèbre le ciel. Blanc et fin, queue de comète ou d’hermine, c’est fugace et beau, fantôme de pinceau. » (page 139)

Autant je suis sensible – très – au lyrisme de l’écriture littéraire, autant j’ai eu l’envie de « désécrire » ces phrases pour les réécrire à hauteur de la voix d’une jeune enfant. 

S’abandonner aussi pour pénétrer un monde en noir et blanc, assez vite irrespirable, où deux sœurs sont prises entre un père « écorce » et une mère « soie », entre la rugosité d’un père soucieux de faire table rase du passé et la douceur fragile d’une mère encore nostalgique du monde d’avant. Le lecteur éprouve la densité de la forêt alentour. « Les arbres animent leurs branches pour capturer » et leurs troncs, à l’image des petits carrés qui viennent ponctuer chaque chapitre, sont « les barreaux [d’une] prison » au travers desquels filtre une lumière trop avare pour désépaissir les zones obscures. 

« De la lumière, bon Dieu, on a besoin de lumière. »

Cette nature est pourtant majestueuse

« Je m’approche de la fenêtre et contemple les arbres de la forêt. Ils poussent, tantôt au vent, à la chaleur, au froid ; selon, les voilà qui plient, se rétractent, parfois ploient. Toujours leur écorce veille, et chaque fois ce muscle patient les redresse. Rien ne leur est plus étranger que la colère. Les arbres se contentent de pousser. Je veux être comme eux. »

mais sous la plume de Laurine Roux, elle oppresse, elle étouffe, repliée sur elle-même ; le lecteur y compris. Le Sanctuaire est moins un refuge qu’une prison dont on cherche l’issue. 

Partie chasser avec son père, Gemma, Diane chasseresse moderne, manie l’arc avec adresse. 

« Armer, viser, tuer : voilà ce pour quoi je suis programmée. »

« Programmée » ? Ah ! ces mots que Laurine Roux pose si nonchalamment que le lecteur y prend à peine garde.

Hélas dira le père, heureusement dis-je, sa flèche ne fait que blesser l’aigle. Il lui faut pourtant le tuer et donc s’élancer pour l’achever, distancer le père, continuer l’ascension. Découvrir le rapace posé sur l’épaule d’un homme. Cet élément perturbateur va inoculer le doute. 

« […] une pensée m’obsède : cet homme a touché l’aigle et il n’en est pas mort. Cette seule idée menace tout ce que je sais. »

Au mépris de ses peurs et des injonctions paternelles, Gemma n’aura de cesse de traquer la vérité jusque dans la mine désaffectée qui abrite non le fantôme qu’elle voit en rêve, mais le vieil homme et le rapace. Et un début de vérité. La grotte, que l’on compare souvent à un ventre primitif et providentiel, n’a ici rien d’une matrice sécurisante, mais elle aimante Gemma. À chacune de ses visites, la jeune fille va s’enfoncer dans les puissances souterraines, en explorer le labyrinthe guidée par cet ermite libidineux que l’enfant, vierge de rencontres jusqu’alors, n’appréhende qu’imparfaitement. Dans le clair-obscur de la grotte, Gemma va faire l’expérience de ce qui ne peut être vu, mais seulement éprouvé. De cet antre, elle ressortira dessillée, apte à remettre en cause ce qu’elle avait jusque-là tenu pour vrai, conditionnée qu’elle était à ne pas décrier la parole paternelle. Et enfin comprendre que la menace est moins dans le ciel qu’à l’intérieur de leur famille. 

Le Sanctuaire est un conte tout en tensions – de la cellule familiale à l’environnement hostile -, presque sans dialogues, écrit d’un souffle, et que j’ai lu pareillement. Un huis-clos familial dans lequel un père, forcené du lance-flammes, se présente trompeusement comme le protecteur ultime dont la brutalité s’exacerbe au fur et à mesure que ses filles grandissent, jusqu’au point de bascule.

« Pure, me dit Papa. Tu dois le rester. »

Chaque jour plus évanescente que la veille, leur mère, dont la passivité face à la déraison de son époux me laisse stupéfiée, fredonne les notes de Hippie Hippo Pop. Jadis écrivaine, Alexandra est à présent dépositaire de la mémoire d’un passé qu’elle façonne en une fiction insouciante à mille lieues des scènes épouvantables que le père raconte de retour de ses rapines dans le monde d’avant.

 « […] Maman se met à parler. Sa voix coule. […] Les mots tombent en courbes ou en angles droits. Les lignes parallèles deviennent des rues qu’elle goudronne en répétant, noir, noir comme le dessus d’un gâteau brûlé, avec cet arôme d’huile de cade, et grâce à ces lignes elle construit des lotissements les soirs d’août, quand le sucre des tilleuls se mêle au macadam. Sa voix installe des bancs sous les catalpas, y dispose des familles qui se promènent main dans la main. […] Maman a raison. Un autre monde existe. Dans sa bouche, le passé trouve chair. Le vide derrière la montagne aussi. »

June sait elle aussi à quoi ressemble le monde d’avant :

« Voilà à quoi devrait ressembler notre vie. Avoir des amis, écouter de la musique, faire des feux sur la plage. »

La résolution n’est pas loin quand commence à gronder la révolte alors que se creuse la distance avec Gemma qui ne peut comprendre sa colère. June s’en ira, avant de revenir, hébétée, pour la déflagration finale.

Je crois que nous avons tous des raisons d’être un peu fatigués des récits d’après l’apocalypse qui nous promettent la fin des temps et l’époque que nous vivons n’est pas étrangère à cette lassitude. J’ai lu le roman de Laurine Roux à sa sortie l’été dernier, je viens de le relire pour les 68 premières fois. À chaque lecture, ses découvertes. Il serait regrettable que vous ne le lisiez pas, car l’autrice a l’intelligence de n’en pas faire une spéculation futuriste, mais le prétexte à un huis-clos familial et sépulcral, un conte d’autant plus oppressant qu’il se passe à ciel ouvert. Je répugne à enfermer ce roman dans une quelconque case (survivaliste ? post-apocalyptique ?) qui en le résumant ne saurait rendre compte de la richesse de son propos, de la réflexion qu’il soutient, de ses différents niveaux de lecture… en 147 pages ! Le Sanctuaire est au-delà des étiquettes qui stérilisent les lectures. Ayant entrevu la chute assez tôt, je l’ai d’abord lu comme un roman initiatique dans lequel une jeune fille découvre un monde plus vaste que celui qu’on a bien voulu lui dire. C’est aussi, et avant tout, un conte poétique et sombre quand manipulation méprisable et amour halluciné enflent avant d’éclater et précipiter leur propre apocalypse. 

« Dans un ultime effort, [Papa] nous adresse un regard. Un regard d’amour fou.

 Je vous aimais trop. »

Nota : à ceux qui ont lu le 1er roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme, (Éditions du Sonneur, 2018 ; Folio, 2020),rendez-vous à la page 123, un clin d’œil vous y attend. – Christine Casempoure

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Gemma et June vivent recluses dans la montagne, prison naturelle à l’initiative de leur père pour se protéger d’un virus transmis par les oiseaux.
Ils pourraient même être les seuls survivants….
Ici , tout est spartiate, hostile, Gemma chasse, June l’ainée entretient le feu et leur mère éduque, coud en se remémorant les temps anciens.
Tout cela sous l’emprise du chef de famille, despote en puissance et d’une brutalité hors pair.
Ce livre, très bien écrit, est néanmoins dérangeant.
D’une part une impression de « déjà lu », My beautiful Darling de Gabriel Tallent pour le coté folie paternelle et Dans la forêt de Jean Hegland pour le coté apocalypse ( très beau livre au demeurant ).
Et d’autre part, par le sujet extrêmement angoissant.
Il n’en reste pas moins, que la lecture reste agréable et par moment assez poétique, rendant grâce finalement aux volatiles. – Anne-Claire Guisard

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C’est un conte noir, cruel, au décor post-apocalyptique que nous livre Laurine Roux  de manière magistrale. Elle nous raconte avec virtuosité l’histoire d’une famille réfugiée dans le Sanctuaire, un lieu en pleine forêt, au cœur de la montagne, pour fuir un monde en perdition, dévasté par une pandémie. L’histoire d’un couple et de deux enfants. June, l’aînée, adolescente qui a connu le monde d’avant, Gemma, la plus jeune, née dans le Sanctuaire, petite Diane chasseresse avec son arc et ses flèches. Alexandra, mère protectrice qui tente de rassurer ses filles en leur lisant des histoires. Et le père, maître de la survie de la famille, tyrannique, qui sombre peu à peu dans la folie. Il a appris à Gemma à chasser, les animaux pour se nourrir, et surtout à tuer les oiseaux qui, selon lui, sont à l’origine de tous leurs maux. Point d’autre pensée possible que la sienne, point de questionnement. C’est ainsi, le Sanctuaire les protège d’un monde d’avant disparu dont il ne resterait que des ruines et quelques survivants rendus à la barbarie. Un lieu comme une prison délimitée par les arbres que lui seul peut quitter de temps à autre. Grâce à Gemma, personnage solaire, viendra la transgression, le refus de vivre en recluse, le refus d’être asservie, l’envie de goûter à la liberté. Laurine Roux distille une atmosphère inquiétante. Violence du père, nature sauvage et hostile. De cet univers émergent un aigle royal blessé, tel le début d’une prise de conscience et un vieil homme terré dans une mine avec ses oiseaux, référence à l’allégorie de la caverne de Platon. La sauvagerie côtoie la poésie. L’écriture est superbe, précise, épurée. Juste l’essentiel qui fait que les mots s’envolent, claquent, percutent, atteignent leur cible. Des mots qui accompagnent à merveille Gemma et June dans leurs rêves de liberté. De manière presque prémonitoire, ce récit résonne comme un écho à l’actualité. Sa force réside surtout dans sa puissance évocatrice, sa portée philosophique, dans sa manière singulière d’explorer les rapports homme-femme, les relations familiales. – Josiane Sydenier

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Après une épidémie mondiale transmises par les oiseaux (coucou COVID), Gemma, sa sœur June et ses parents habitent dans un coin isolé du monde, le sanctuaire. 

Alors que June est né et a vécu dans la civilisation que nous connaissons tous. Gemma, elle, est né et a été élevé toute sa vie dans ce sanctuaire. Dès le départ, une opposition est de fait créée entre les deux jeunes filles. Alors que Gemma semble faite pour la vie dans la nature, elle chasse et se soumet volontiers à l’autorité du père. June semble avoir plus de mal, rechigne à accomplir ses tâches et ressasse des mémoires de sa vie d’avant.

Pendant que le père fait des excursions dans la civilisation, pour apporter de quoi subsister aux besoins de sa famille. Les femmes restent dans le sanctuaire et c’est pendant une de ces excursions que Gemma va contourner les règles. Lorsqu’elle  rencontre un vieil homme et son rapace, Gemma va remettre en question tout ce en quoi elle a toujours cru. 

Ce livre est court et incisif. La lecture est aisée et on entre dans l’ambiance de ce sanctuaire. La pression et l’urgence se font ressentir au fur et à mesure de la lecture, jusqu’au dénouement final.

Le livre retranscrit l’amour d’une famille, la tension du sanctuaire et de son monde post-apocalyptique jusqu’au dénouement final…

J’ai beaucoup aimé.  – Ana Pires

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Gemma , June et leurs parents se sont réfugiés dans la montagne pour fuir un virus transmis par les oiseaux. La quasi totalité des humains auraient été emportés par ce virus. La famille vit dans un endroit reclus, le sanctuaire. Le père fait régner la loi, et la mère et ses filles s’y plient. Voilà le pitch du livre Le sanctuaire qui me laisse une impression forte mêlée à un goût amer.  Car en fait,  je n’ai pas aimé ce livre.

C’est toujours difficile d’affirmer un point de vue qui pourrait balayer d’un revers le travail de l’auteure d’autant  que l’écriture de Laurine Roux est une écriture riche, travaillée et belle. 

Laurine Roux sait emporter son lecteur, en l’occurrence elle a su emporter la lectrice que je suis. 

Ici, c’est le fond qui me pose problème : la violence qui s’installe et qui explose m’a dérangée du début à la fin. Je n’ai pas compris la folie de ces deux hommes, du père principalement, l’emprise de la mère qui m’a parue presque caricaturale.  C’est la voix de Gemma, l’aînée de la famille, qui s’élève tout au long du livre et j’ai eu parfois beaucoup de mal à croire son ressenti si bien exprimé pourtant sur le plan littéraire. Véritable ambivalence voulue ou pas par l’auteur ? Compliqué de le savoir.

Alors peut être est ce aussi la période qui veut ça et qui ne m’a pas permis pas d’aborder sereinement cette lecture : ces confinements successifs, ces informations en boucle sur le cataclysme viral, le virus lui même de la Covid qui n’en finit pas d’engendrer vérités mais aussi fantasmes.

Il reste de ce livre la nature si présente et personnifiée, l’amour infini de deux filles pour leur mère, la volonté de ces deux filles pour protéger leur mère à tout prix, l’amour total d’une mère pour ses filles. Ce triangle mère filles si fort envers et contre tout. Y opposer deux personnalités masculines violentes et profondément déséquilibrées m’a en fait considérablement gênée. Encore une fois, je me dis que la littérature est là pour ça : nous bousculer toujours et nous amener à nous interroger. – Sonia Chatain

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Peut-on ressentir la sensation d’un manque pour quelque chose que nous n’avons jamais connu ?
Gemma est née dans le sanctuaire, un lieu reculé situé dans une zone montagneuse où ses parents et sa sœur se sont réfugiés il y a de nombreuses années suite à la propagation par les oiseaux d’un virus mortel aux humains. Tout au long de son enfance, la jeune fille apprend à survivre et à éradiquer les oiseaux qui croisent son chemin. Un jour une rencontre inattendue et bouleversante va ébranler ses certitudes. Cette expérience va la transformer et un souhait d’émancipation à ce quotidien va naître et grandir peu à peu…

Par sa plume, Laurine ROUX arrive à nous emmener dans cet univers où règne une nature luxuriante à la fois fascinante et dangereuse. Elle y aborde les thèmes du passage de l’enfance à l’adolescence, de la survie et de la famille.

J’ai retrouvé à la lecture de ce livre le style et l’écriture de Bérengère Cournut dans « De pierre et d’os » qui aborde elle aussi la question d’une vie en pleine nature… – Hélène Ortial

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Laurine Roux a un talent fou pour installer une ambiance sous la forme d’un récit initiatique qui revêt les atours d’un roman post apocalyptique. Une famille retirée du monde dans une nature sauvage après une pandémie aviaire qui a décimé une grande partie de l’humanité. Deux sœurs à la relation fusionnelle, dont Gemma, l’enfant-chasseresse née au Sanctuaire, la seule qui n’a pas connu le monde d’avant. Un père intransigeant qui a érigé la survie en religion implacable. Tout oiseau est un ennemi, tout oiseau doit être tué pour éviter une contagion fatale.

Si je me suis facilement fondue dans le décor, j’ai été toutefois freiné dans mon avancée littéraire par les échos d’autres lectures ou d’autres images, un peu incommode pour s’approprier la première partie du roman, la présentation des lieux et des personnages. J’ai eu du mal à me défaire d’un sentiment de déjà-lu (My absolute darling, Dans la forêt entre autres), de déjà-vu (Captain Fantastic, Mosquito coast notamment) sans retrouver l’intensité des références sus-citées. Gemma m’a tellement fait penser à Turtle …

Mais cela ne m’a pas empêchée de savourer la plume éclatante de Laurine Roux. Le phrasé est rythmé, parfois chaloupé, parfois plus saccadé, toujours très musical. Et les mots savent se faire poésie, ils nous emplissent de sensations très charnelles et organiques qui décrivent à merveille la nature du Sanctuaire.

A son mitan, le récit mue et se fait fable. Plus que d’un récit post apocalyptique, il s’agit d’un roman d’initiation, celui de l’émancipation de Gemma. Pour sortir de l’enfance et découvrir le monde avec ses propres lunettes, elle doit se rebeller contre tout ce que son père a construit, matériellement et psychiquement, faisant valser les certitudes apprises. Elle doit sortir de la cellule familiale autarcique. Ici, l’élément perturbateur et déclencheur qui fait exploser le huis-clos est un vieillard entouré d’oiseaux, notamment un fabuleux aigle qui plane au-dessus du Sanctuaire.

Même si je comprends bien que la sortie de l’enfance passe par la confrontation à l’autre et notamment à l’homme qui peut être prédateur face à une jeune fille, qu’elle doit s’extraire de toute domination masculine présente (le père) ou future (les hommes hors du Sanctuaire), j’ai été gênée par son caractère libidineux très outré. Le personnage était suffisamment fort, vivant dans sa caverne platonicienne, subversif avec ses oiseaux compagnons, pour ne pas surcharger le propos. – Marie-Laure Garnault

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Lire également les billets de :

Henri-Charles Dahlem : https://collectiondelivres.wordpress.com/2021/02/26/le-sanctuaire/

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/le-sanctuaire-de-laurine-roux.html

Françoise Floride : https://ffloladilettante.wordpress.com/2021/05/28/le-sanctuaire-de-laurine-roux/

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