Le Mal-épris – Bénédicte Soymier

« C’est donc ça la vie, une grande farce hypocrite dans laquelle il faut se fondre pour ne pas être méprisé. Il écoute, regarde, s’adapte. Il apprend, la nausée au bord des lèvres face à ce fourbe étalage, à cette course à l’apparence, à cet attrait de l’enveloppe alors qu’au fond il sait être le même »

Pour son premier roman, Bénédicte Soymier nous propose un récit intense.

C’est l’histoire d’envie, de chaleur, d’engrenage, de fatalité, de fluide, d’inconstance. C’est l’histoire d’un homme, Paul, qui dépérit de l’intérieur, laid, sec, bourré de frustrations qui vont insidieusement l’empoisonner, s’infiltrer et déclencher des crises de folie, de colère. Ce raté, empli de doute, va basculer, devenir un lâche, un manipulateur car elle le provoque ! Quel affront !

C’est l’histoire d’une femme, rayonnante, sensible, pulpeuse et romanesque qui souhaite réparer cet homme car, pleine d’espoir, elle croit en la rédemption. C’est une histoire de courage. Elle va s’excuser, se sentir coupable, moche, composer, mais il va la briser. C’est pour son bien. C’est une histoire de coups.

« Il la veut nonne, il la veut pute ».

Et il y a cette voix… Mais si… et si..

Toute l’originalité de ce roman réside dans le parti pris de l’auteure, le choix d’un nouveau point de vue. L’écriture incisive, à l’image de cette violence, nous tient en haleine. L’épilogue est magnifique !!

Un premier roman à découvrir ! – Alexandra Lahcène

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Ce premier roman choisit un angle très original et osé pour aborder la question des violences faites aux femmes : donner à entendre la voix de Paul, l’homme violent, dans la peau duquel le lecteur glisse, dans son ressenti, ses failles et ses souffrances. Sans fard. Et c’est terriblement dérangeant d’être plongé dans la tête de ce mal-aimé, mal-heureux, devenant mal-traitant.

Dès les premières pages, cet homme ordinaire et laid met mal à l’aise. Il observe pathologiquement les femmes qui lui plaisent, les épient, prend des notes sur son carnet, accumule rancoeurs et rancunes, rage et hargne. Jusqu’à ce que tout bascule. Il vrille suite au rejet d’une femme qui l’obsède à en crever. Jusqu’à la rencontre avec Angélique. L’engrenage de la violence se met en place. Bénédicte Soymier décortique remarquablement cette spirale, disséquée au millimètre. Paul, piégé par ses failles émotionnelles et ses pulsions violentes, Angélique par sa volonté qu’enfin une histoire d’amour fonctionne, à la fois naïve et lucide dès les prémisses de l’inacceptable.

Benédicte Soymier est une écrivaine, c’est évident lorsqu’on lit ses phrases courtes, hachées, percutantes. Le style est vif, précis, rythmé. Les mots se précipitent et happent comme dans un thriller, créant une véritable tension narrative née de l’urgence de la situation.

Les deux premiers tiers du roman sont formidables et glaçants. Je suis moins convaincue par le dernier tiers, sur l’après, que j’ai trouvé trop explicatif, trop psychologisant. Même si je comprends le volonté ou le besoin d’ouvrir une fenêtre vers la lumière, la rédemption et la résilience, ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est justement de suivre Paul, ses actes bruts juste entrecoupés de quelques indices sur son passé, j’ai aimé que l’imagination du lecteur ait toute latitude à s’exprimer. Du coup, il m’a semblé que la force du récit retombait voire glissait vers quelque chose d’un peu moralisateur. – Marie-Laure Garnault

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Un premier roman maîtrisé et tendu sur la violence à l’intérieur d’un couple, à travers les ressentis de celui qui la fait sourdre, l’homme.
Un véritable anti-héros, ce Paul, pour lequel j’ai été partagée tout au long de ma lecture entre dégoût et empathie.

« Paul n’est pas beau. »

L’incipit du roman donne une des clés pour tenter de comprendre cette personnalité complexe. Ne pas être beau revient pour lui à faire partie des laissés pour compte de notre société. (l hait les beaux pour qui tout est facile) De ceux blessés dès l’enfance par les railleries, les petites phrases assassines qui laissent au cœur des plaies béantes. Quand s’y ajoute la violence d’un père et l’indifférence d’une mère, alors les frustrations accumulées, les rancœurs fomentent un cocktail explosif. Une cocotte minute sous pression…

Paul par dépit et désir frustré va s’en prendre à une jeune femme vulnérable. Maman célibataire, Angélique est pulpeuse, voluptueuse, sexy et décidée à croire coûte que coûte en l’amour de cet homme qui peut être si gentil même si elle sent bien que quelque chose ne va pas… Elle aussi est blessée par la vie.

L’autrice se glisse dans la peau de cet homme misérable et malheureux avec une précision chirurgicale et une crédibilité incroyable. Quand la digue des remparts moraux de Paul cède (il s’était juré de ne pas être cet homme là), elle nous entraîne dans la spirale de la violence, au cœur des pensées de Paul. Le personnage féminin est finement brossé aussi et il est impossible de ne pas ressentir d’empathie pour elle et d’avoir envie qu’elle s’en sorte. La tension s’installe crescendo et ce, jusqu’au bout du roman. Lisez ce roman puissant, une vraie réussite dont les personnages vous hanteront longtemps après avoir refermé la dernière page… – Catherine Dufau

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Paul travaille à la Poste. Mal habillé, les dents de travers, le cheveu rare, il n’a rien pour lui, à l’exception de ses très beaux yeux bleus. Il souffre de sa grande laideur et vit replié sur lui-même, plein d’envie et de rancœur. Pourtant, lorsque Mylène emménage dans l’appartement d’en face, il est si fasciné qu’il surmonte sa timidité et l’aborde. Une amitié se forme, qu’enfreint Paul une fois. Mylène ne lui pardonne pas d’avoir franchi la ligne rouge et s’éloigne ; le voilà à nouveau seul avec toute sa frustration. Il se console auprès d’Angélique, une collègue, qu’il parvient à séduire plus facilement que Mylène.

Angélique est seule, mère célibataire, et fragilisée par des blessures intimes. Plantureuse, séduisante sans le faire exprès, elle est en quelque sorte instrumentalisée par Paul qui ne voit chez elle que la possibilité de lui faire oublier Mylène et d’évacuer sa frustration. On n’y verrait là rien de trop répréhensible finalement, n’était le caractère obsessionnel de Paul, qui tient des carnets sur les femmes, dans lesquels il consigne, à leur insu évidemment, les moindres détails de leur existence. Des carnets onéreux, remplis de notes faites à l’encre bleue d’un coûteux Waterman. Voilà dressée, dès les premières pages du roman, la nature maniaque et malsaine du personnage, qui va monter en force tout au long du récit, d’autant qu’elle se double d’une jalousie compulsive. On a là exposés, disséqués, les fondements d’une violence conjugale, physique et morale qui s’exerce sur une proie facile à dominer, un peu candide, gentille, et qui a tant besoin d’être aimée. Paul est-il capable d’aimer, à commencer par lui-même ? On appréciera, ou non, la troisième partie du roman consacrée à la « guérison » de Paul. En tout cas, la démonstration des mécanismes de violence conjugale et d’emprise est plutôt bien réussie. – Emmanuelle Bastien

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Paul, petit, malingre, chauve, est peu gâté par la nature.
Enfance cabossée, battu par son père, il a protégé la fratrie.
Mais Paul se bat, travaille, a un appartement agréable, meublé avec gout et aime les jolies femmes .
Même s’il n’est pas à la hauteur, il séduit, au prix d’efforts peu récompensés.
Il en sort aigri, meurtri et finalement se venge sur la bonne personne reproduisant le modèle paternel.
Un livre très dérangeant, au style percutant qui nous mène parfaitement là ou le désire l’auteure.
Notre possible empathie en début de la la lecture faiblit au fur et à mesure des lignes pour finir par disparaitre complètement.
Rien que pour cela, c’est parfaitement réussi, même si au final, cette lecture n’est pas forcément indispensable. – Anne-Claire Guisard

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Mitigée….
C’est le mot qui résume le mieux mon état d’esprit à l’issue de cette lecture…
Sur les 2 plans, le fond et la forme, j’ai oscillé entre bonnes surprises et grincements…
A vrai dire, voilà le genre de sujet sur lequel je ne me rue pas spontanément dans mes lectures. La violence faite aux femmes (les violences en général, la noirceur du monde et de l’humanité). Je ne les fuis pas, je m’intéresse aux publications, à ce qui s’en dit mais ne « m’expose » pas sciemment…! Mais si l’occasion se présente (livre prêté, offert, reçu d’une manière ou d’une autre, sélection extérieure comme ici), je m’y plonge sans hésiter et vais au bout forcément.
Mais le sombre m’assombrit…

Ici, j’ai beaucoup apprécié le point de vue, le « point d’écriture » qui se place du côté de l’homme violent, de celui qui finira par être dans l’absence de contrôle de lui-même.
Paul est un homme physiquement laid, de caractère versatile et aigri, que la vie a malmené très tôt.
Sans jamais excuser, la narration permet un chemin de compréhension de ce qui amène un homme à cette impossibilité de créer des relations équilibrées, qualitatives, ajustées.
Il va rencontrer une femme, y croire trop, projeter sur elle ses propres désirs et finir en miettes, terrassé par l’humiliation de trop. Sa rage gronde et entachera violemment la relation suivante, celle qui aurait pu « être la bonne ». Spirale infernale de détestation de soi et de volonté de maîtrise de l’autre…

Le titre est tellement bon, il dit tant…
Les phrases sont courtes, le récit s’anime, s’enchaîne… j’ai beaucoup aimé les descriptions des personnages, notamment des corps.
Mais des maladresses m’ont chiffonnée (l’appartement se retrouve en 2 pages du 4e au 2ème étage… la jeune femme porte une robe mais lisse son chemisier 5 lignes plus loin… rien de grave mais ça m’agace, ça enraye mon « cinéma intérieur » ) ainsi que le côté vraiment trop répétitif des scènes et des termes employés. Une impression de piétinement…
Si le récit s’enlise un peu, j’ai beaucoup adhéré à la fin, sans complaisance, et réaliste. Et finalement positive… – Christine Gazo

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« La violence, en s’épanouissant, produit un épi de malheur, qui ne fournit qu’une moisson de larmes. »  Eschyle, Les Perses

« Paul, je sais ce que tu es. Je ne brode pas, c’est ton récit. Et rien ne t’excuse. »

Rares sont les textes apaisés en cette rentrée littéraire de janvier 2021. Je n’en suis qu’au prologue, j’ai à peine entrouvert Le Mal-épris (joli titre) de Bénédicte Soymier, que je suis déjà mal à l’aise. C’est un 1er roman dont le sujet n’a rien d’original, mais dont l’angle de vue est, plus que novateur, audacieux. D’autant plus audacieux que c’est une autrice qui nous place à hauteur de l’homme violent.

Paul est un homme moins que banal.

« Paul n’est pas beau.

Petit, maigre, le cheveu terne et rare, le nez long, il présente un physique ingrat que n’arrangent pas des tenues démodées, portées étriquées, du pantalon de velours côtelé, toujours beige ou gris, aux chemises de fin coton d’Égypte plaquées sur son torse. […] » 

Il travaille à la Poste et occupe un appartement décoré avec goût où chaque chose est à sa place, un appartement de vieux garçon. À 45 ans, on ne connaît aucun ami à ce solitaire effacé qui ne s’est jamais remis de sa rupture avec Léa. Quand il découvre que sa nouvelle voisine est la belle Mylène, il se laisse aller à un désir d’attention et, pourquoi pas, d’amour qui a tôt fait de tourner à l’obsession. 

« Cette nouvelle voisine pourtant l’interpelle […] Mylène, elle se nomme, il a regardé sur la petite étiquette collée sous la sonnette. Il fallait qu’il sache. Elle lui plaît, Mylène. Beaucoup. Elle est si raffinée et délicate, le geste posé, la grâce innée, belle, si belle. »

Mylène glisse imperceptiblement vers un personnage fantasmé, un personnage prisonnier des pages du coûteux carnet bleu dans lequel Paul consigne à l’encre noire de son Mont-Blanc, avec un soin maniaque, tout ce qu’il peut glaner pour approcher cette jeune femme. Qu’il est pernicieux et étouffant cet enfermement papier de la femme convoitée !

Est-ce parce qu’elle sort d’un chagrin d’amour ? parce qu’elle est fragile ? timide ? Est-ce parce qu’elle manque de courage ? ne veut pas le blesser ? Mylène n’éconduit pas Paul. Pas tout de suite. Ces deux âmes solitaires et amochées entament une relation de voisinage équivoque où Mylène bouscule quelque peu la routine de Paul avant de s’échapper lorsqu’elle rencontre un « grand, brun, athlétique – beau, évidemment »que Paul s’empresse de détester puisque désormais c’est lui que Mylène regarde, c’est à lui que Mylène sourit.

La violence latente était déjà là, qui guettait. Elle commence à sourdre dans les insultes qui naissent des brumes de l’alcool et de la déconvenue d’avoir été rejeté : Mylène est une « salope », les autres, « des cons ».

Quand, sur son lieu de travail, Paul rencontre Angélique (ah ! l’onomastique !) 

« Elle est sexy, Angélique. Très sexy. Pas aussi jolie que Mylène, mais agréable à regarder. Petite, un peu ronde, la taille floue et les seins lourds. »

il se dit qu’elle est peut-être celle qui lui fera oublier toutes les autres, qui aura pour lui des sentiments réciproques, celle qui ne partira pas.

C’est qu’elle est vulnérable, Angélique. Elle est mère célibataire d’un petit garçon et vivote entre deux missions d’intérim. Elle est consciente des regards concupiscents que les hommes posent sur son corps tout en courbes voluptueuses, ces regards qui « convoite[nt] et insulte[nt] ». Elle n’a de cesse de voir le meilleur en chacun. Que voulez-vous, elle est comme ça Angélique, et sa bienveillance généreuse l’a abonnée aux relations aussi éphémères que boiteuses. 

« Angélique s’inquiète.

[…] sa peine est sincère, elle dont la compassion guide la route bien trop souvent à ses dépens. Elle en a fait les frais de sa grande bienveillance, adoptant en amour tous les « chiens errants », malchanceux, cabossés qu’elle imagine rafistoler malgré leurs mensonges et leurs dix mille promesses. »

Comment son cœur trop tendre pourrait-il ne pas être touché par cet insignifiant petit homme malingre, taiseux, complexé, fagoté comme l’as de pique ? Comme ne pourrait-elle pas se retrouver prise au piège des rets tendus par ce collègue en qui elle a aperçu une âme en perdition, et donc à sauver ? 

« Elle rêve de sentiments, malgré tout, ni naïve ni stupide, animée par l’envie de n’être plus seule avec son fils. Elle racle le sable et le disperse en un millier de particules roulées par le vent, mangées par l’écume, elle le projette et le chasse comme elle chassera les démons de cet homme. »

Et Paul, comment pourrait-il ne pas souhaiter être enfin regardé, au-delà d’apparences jouant contre lui, par une femme qui aimante tous les regards ? Ce n’est pas un hasard si les références au regard parsèment le roman.

On comprend vite que l’histoire de Paul et Angélique est moins celle d’un amour partagé que d’une dépendance affective et d’une soif commune d’enfin trouver un soi à estimer. 

« Elle est une conne, acceptant l’illusion sans plus savoir pourquoi – mal d’amour, mal de soi, elle pleurerait d’être aussi faible. Se déteste. »

Raison pour laquelle Le Mal-épris, en plus d’être un roman sur les violences conjugales, est l’histoire d’un drame humain qui se noue quand un homme meurtri dans sa chair depuis l’enfance se retrouve en présence de la victime idéale. Bénédicte Soymier ausculte le mécanisme de la violence au sein du couple, comment elle s’échauffe, enfle, déborde, un peu à l’image du lait que l’on a oublié sur le feu, sans surveillance.

Paul frappe avec les poings :

« Ça lui ronge les tripes et le cerveau, plus fort que sa volonté – une hargne qui l’habite, une violence qui déferle tel un vent d’orage, puissante et incontrôlable. Il voudrait lâcher mais ne pense qu’à frapper. »

Paul frappe avec les mots :

« Arrête ton travail, ne porte plus de jupes, tu es bonne à rien de toute façon. »

ou

« Paul écrit un sms, « Je t’aime, même dans ces fringues de pute qui te vont comme un gant ». Le relit et l’envoie. »

Paul étend son emprise, ajoutant la dépendance financière à la dépendance affective. Angélique n’est pas dupe, elle souffre, mais de là à partir… L’autrice ne nous fait jamais perdre de vue que toute relation de couple implique deux personnes. N’était la violence bien sûr, ces deux-là, malmenés par la vie, ne sont pas aussi dissemblables qu’on peut le penser.

L’écriture de Bénédicte Soymier tient la note juste. Son phrasé est syncopé et – paradoxe ! – fluide, bien que la phrase voie son élan interrompu, cassé par un foisonnement de virgules et de points. Souvent j’ai eu envie de dire de cette écriture « Mais qu’elle s’assoie au lieu de s’agiter […] elle [me] donne le tournis » ! Son intense bougeotte aspire le lecteur dans le maelström. Ce texte heurté qui mérite de passer par la lecture à voix haute (essayez, vous verrez) est aussi effrayant que cet homme. Phrases elliptiques et courtes, retours à la ligne intempestifs, autant de stratagèmes qui concourent à transcrire la violence, la souffrance, l’enfermement. C’est tout à fait fascinant d’éprouver combien l’écriture participe au malaise, combien elle en est même l’un des éléments substantiels quand elle hébète le lecteur en en faisant sa victime. Ça bouscule, martèle, cogne, essouffle, essore, recrache.

Écoutez :

« Il est une merde piétinant les principes, un contre-exemple, un contre-amour et un lâche. Il a frappé par fierté, par dépit, par stupidité, violent pour la violence, comme si les coups pouvaient gommer une frustration. Quel con ! Pourtant, il sait. Il a lu les articles sur les pervers narcissiques, les maltraitances, les femmes battues, les associations, a vu des reportages et, malgré tout, oublie quand ça l’arrange. Il n’a pas d’excuse. »

Si Paul n’a pas d’excuse, peut-on au moins essayer de comprendre comment il est devenu ce que lui-même réprouve : un monstre manipulateur, alcoolique et violent ?

« Il est ce que l’enfance a fait de lui, une histoire d’adultes défaillants et malfaisants, le produit de sa mère et de son père. »

C’est aussi dans son analyse sensible du bourreau et de sa victime, dans les questions essentielles qu’il soulève, sans jamais juger ni donner de réponse prête à l’emploi, que ce 1er roman est particulièrement réussi. La maltraitance engendre-t-elle la maltraitance ? Où s’enracine la violence ? Comment repérer ces petits riens, nuages anodins et pourtant annonciateurs des orages à venir ? Cet homme à la dérive n’est-il pas aussi une victime ? Et pour sa victime, une fois le piège refermé, comment se sauver, à tous les sens du verbe ?  Et le lecteur, asphyxié par l’écriture intranquille de Bénédicte Soymier, d’être emporté par ce tourbillon de questions. Jusqu’à la toute dernière. – Christine Casempoure

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« Elle pourrait partir, elle qui vient de s’installer, la tête remplie d’espoir. (…) Elle pourrait remplir ses cartons et ses sacs.  Elle pourrait, mais elle ne peut pas, parce qu’elle croit à l’amour, à la rédemption et aux choses qui changent. »

Paul est moche, et il le sait. C’est un homme des plus ordinaires qui se méprise et en déteste la terre entière. Alors qu’en fait, tout ce qu’il voudrait, c’est être aimé. Ne pas être parmi ceux qui attirent les regards, à force, ça le rend aigre. Et, de toutes façons, personne ne mérite son attention. On le prendrait presque en pitié, ce Paul, mal gaulé, mal fagoté, mal embouché.

Le jour où le hasard lui permet de croiser sa jeune et jolie voisine, qu’ils deviennent intimes, il commence à nous mettre mal à l’aise, Paul. Parce que nous, lecteurs, on sait qu’il a son petit carnet où il note les allers et venues de Mylène et tout ce qu’elle fait. Et puis on voit bien comme il manœuvre pour la séduire, dissimulant tous ses travers et défauts. Il est tout à la fois ridicule et déplaisant. Alors il y a l’erreur, le dérapage, cette nuit « d’amour » qui ne sera suivie d’aucune autre. Quand, au petit matin, Mylène se lève honteuse et disparaît pour longtemps, la frustration de Paul s’embrase. Et nous, on sait bien que toute cette histoire ne va pas aller en s’arrangeant.

Angélique vient d’être embauchée dans l’agence de la Poste où travaille Paul. Elle a un tout jeune garçon, elle vit chez sa maman et sa vie amoureuse est désespérante. Mais, pour son petit, elle s’accroche, elle en veut. Ce boulot, c’est une sortie du tunnel. Elle habille ses rondeurs de couleurs et met tout son cœur à l’ouvrage. Elle se sent bien accueillie par Paul, ça la met en confiance. Elle est touchée par ses maladresses, n’y voit que du bien. Alors que nous, on a envie de la prévenir, Angélique, que Paul, il a des habitudes un peu louches et des réactions carrément malsaines. Mais elle ne peut pas nous entendre. Sous le charme d’une gentillesse providentielle, Angélique tombe amoureuse d’un Paul de comédie.

Voilà un parti pris audacieux pour un sujet grave : la violence conjugale vue depuis l’agresseur. Sans misérabilisme, ni apitoiement. Juste les faits, émaillés de ce qui traverse les personnages. Ainsi Angélique voudrait tellement croire au pouvoir de l’amour et à la métamorphose… J’ai trouvé l’auteur courageuse d’amener la jeune femme à se confronter à la question du pardon et de l’amendement possible de son agresseur.

Bénédicte Soymier nous entraîne dans la spirale d’amertume et de violence qui aspire Paul sans qu’il puisse y résister et qui laisse Angélique sidérée. Evidemment c’est dérangeant d’assister à tout ça, impuissants.

Et ce qui ne nous soulage à aucun moment, nous, lecteurs, c’est la dynamique continue de l’écriture, son rythme haletant, qui emporte, qui martèle, qui assène, comme ces coups que Paul adresse à tout ce qui lui résiste. Cela ne nous soulage pas, mais c’est parmi les belles réussites de ce roman qui ne nous laisse pas de répit. Percutant ! – Anne-Sylvie Delaunay

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Le Mal
Il est Mal .
Il est Malade …

Quand on n’a connu dans son enfance, que la violence, l’alcool  » mauvais » et les coups , est-on voué à reproduire le même schéma ? Peut-on parler d’atavisme ?

Une lecture effectuée en apnée, comme dans « Un loup quelque part  » d’Amélie Cordonnier.
Tourner les pages avec appréhension, encaisser comme si c’était soi-même qui était frappée par les mots qui claquent, par les phrases qui cinglent.
« Avoir envie de se mettre au milieu et de lui coller son poing dans la figure à ce Paulo, de lui ouvrir les yeux à Angélique. « 

Un roman qui fait mal et dont je ressors abasourdie.
Sensation sûrement renforcée dans le contexte sanitaire actuel. Une année de pressions et de stress, qui a engendré une augmentation des violences faites aux femmes et aux enfants.

Bénédicte Soymier a progressivement dépeint les étapes de la montée de cette violence :
Violence du père
Violence de la mère ( qui n’a rien fait pour protéger ses enfants)
Violence des mots lorsqu’on est un enfant différent des autres dans les cours d’école [ petit , maigre, gros, mal habillé …]
Violence de Paul, des mots jusqu’aux gestes, en passant par le harcèlement physique et psychologique.
Et là où l’auteure est très forte ou très psychologue, c’est qu’elle a réussi à m’émouvoir. Je me suis surprise à lui trouver des excuses, des circonstances atténuantes à cet homme ; à le comprendre voire même à le plaindre, plus exactement à plaindre l’enfant et l’adolescent qu’il a été !

Ce n’est pas un coup de cœur car mon ressenti est trop confus.
Mais c’est un roman à lire, et je remercie les fées des #68premieresfois pour sa découverte. – Marie-José Severin

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Paul est laid et il le sait.
En commençant ce roman, sans avoir lu la quatrième, on le prendrait presque en pitié, ce vieux garçon qui a beaucoup subi pour protéger sa fratrie d’un père alcoolique et violent et d’une mère qui a abandonné et s’est abandonnée à la drogue et l’alcool.

Un jour, un événement, une nouvelle voisine s’installe dans son immeuble. Et là le malaise commence pour le lecteur, la traque commence: Paul épie, suit et essaye de nouer un contact avec Mylène. Aussi belle qu’il est laid. De fil en aiguille, le lien se tisse. Mylène se laisse flatter par ses avances et sa sollicitude, jusqu’au jour où Paul de lance. Un moment d’égarement que Mylène regrettera mais qui sera comme un déclic pour Paul.

Paul laisse la haine l’envahir et c’est la voluptueuse Angélique qui va en pâtir. Angélique trop voluptueuse, trop féminine qui ne rêve qu’au prince charmant. Elle va tomber dans le piège et se laisser convaincre. Malgré la violence physiques, psychologique, elle reste et croit en l’amour et là rédemption. Jusqu’au moment de trop.

Ce livre est un « page turner ». Malgré le malaise et la violence on continue la lecture de ce roman. Ce roman est à la fois dérangeant, malaisant et fascinant. On se laisser happer par les personnages et on espère qu’Angélique va s’en sortir. – Ana Pires

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Il aurait suffi de presque rien, une image plaisante dans le miroir, une main sur l ‘épaule pour que la bienveillance donne de la rondeur, du moelleux à l ‘existence.

Mais non les angles sont vifs, à-vifs, tous s ‘y piquent, s’y blessent, agresseurs et victimes se confondent .

On veut y croire, regarder l’espoir en haut de la paroi, s’accrocher à une douceur, un regard qui aiderait à sortir de l’engrenage de la frustration, de l‘aigreur, ces acides qui rongent les cœurs tendres et les esprits fragiles.

Une écriture fine et délicate pour ce thème si difficile des bourreaux faibles. – Christiane Arriudarre

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Il est minable. Pas beau, mal fringué. Et ce n’est pas un délit de sale gueule, car en plus il a ce petit quelque chose malsain qui vous met mal à l’aise. Impossible de déceler la moindre parcelle de beauté intérieure. Conséquence logique : il est seul, dans un appartement confortable d’où il peut fantasmer en regardant la belle Mylène sa voisine. L’idylle sera de courte durée, Mylène comprend vite son erreur. Par contre, Angélique, sa collègue semble une proie plus facile.  Seule avec un enfant , elle cède à la demande de Paul. Et emménage avec lui.

Le duo victime-prédateur est parfaitement restitué. Chacun reproduisant un fonctionnement délétère, calqué sur des schémas qui font partie de leur histoire personnelle. On déteste le type, et on a juste envie de secouer la demoiselle pour lui ouvrir les yeux.

La narration est menée avec une maitrise remarquable. Des phrases courtes qui illustrent bien le fonctionnement impulsif et à court terme de cet homme gouverné par ses pulsions.

Le scénario est bien rodé, et reproduit avec fidélité ce fonctionnement prédateur-proie, promis dès les premiers échanges à une issue délétère, avec une violence qui s’auto alimente et un cercle vicieux dont il est difficile de rompre  l’enchainement. Les remords sont des vérités brèves qui l’instant d’un « plus jamais » annihilent toute volonté de s’extraire de cet enfer quotidien.

Premier roman abouti, dont on aimerait que les personnages ne soient que des caricatures. – Chantal Yvenou

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Le titre est bien trouvé de ce premier roman instructif pour dire la torture du cœur maltraitant, la souffrance du bourreau et les failles de ses victimes. Paul est le mâle-épris, le frustré laid, l’homme à l’enfance détruite. Le livre se divise en trois parties et se décline en trois temps du déclenchement au passage à l’acte jusque la tentative de réparation de l’agresseur : le devenir de l’homme violent qui tabasse, enferme, exige, rabaisse, force…

La démonstration est irréprochable et juste, peut-être à l’excès trop décortiquée pour moi. Les mots sont hachés, répétitifs, et se multiplient, s’ajoutent pour s’assurer de bien expliquer, transmettre le suc, l’essence du fiel malade dont sont porteurs chacun des antagonistes, chacun dans son rôle, celui qui frappe, celle qui reçoit, une autre qui prépare, alimente le terrain…Aucun regard n’est jugeant et pourtant parfois la voix narrative, sous la forme d’un italique et d’une adresse directe, s’en prend directement à Paul, le provoque, le surprend, ne lui laisse aucun répit pour ne surtout pas laisser se planquer les sensations acides et brûlantes de Paul, agresseur traqué par son propre ressenti, ici exacerbé par cette voix-conscience intraitable.

Le point de vue est intéressant, pertinent, et indéniablement très juste, oui admirablement démontré. Il m’a manqué l’élan fictionnel, l’envol d’une écriture, la richesse d’un imaginaire pour accrocher davantage tout en reconnaissant à ce premier roman une belle volonté, une démarche, comme un vécu peut-être digéré qui a encore besoin d’être entendu et reconnu. Ce livre dans ce sens est selon moi courageux, indispensable pour mieux saisir tous les enjeux, les nuances, les blessures traînées, étouffées, ravalées à l’origine des frustrations incendiaires et assassines. Et sa valeur réside, paradoxalement, dans cette démonstration brillante. – Karine Le Nagard

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Paul. Mylène. Angélique.  Trois habitants d’un même immeuble. Trois personnes seules, en quête d’amour mais à quel prix.

« Paul n’est pas beau », il est amer, son travail à la Poste l’ennuie.  Mais il a bon goût, que ce soit pour la décoration de son appartement ou pour repérer les jolies filles. Il sait écouter et parler aux femmes, avec douceur. Son attention s’est d’abord portée sur Mylène, sa voisine de palier, qui se laisse séduire mais réalise très vite son erreur et lorsqu’elle l’éconduit, Paul craque.  Mylène l’obsédant, il jette alors jette son dévolu sur une toute nouvelle arrivée dans l’immeuble, Angélique, une mère célibataire d’un enfant de deux ans, la proie idéale. Angélique – prénom prémonitoire « pareil à un ange » – ne demande qu’à combler sa solitude, qu’à rencontrer enfin le grand amour, elle qui n’a jamais eu de chances jusqu’à présent avec les hommes. Avec  Paul elle va tomber de Charybde en Scylla car détrompez vous, sous son air charmeur Paul est un prédateur. Enfant violenté par son père, enfant « mal-heureux », il a pris sous son aile ses frères et sœurs « ses petits » car il a un irrépressible besoin d’être « bien-aimé ». Perturbé par la violence qu’il a vécue dans son enfance il la reproduit et n’arrive pas à l’endiguer lorsqu’elle le submerge : il devient « mal-traitant ». « Il ne sera plus un jouet dans les mains de cette femme, quelque en soit l’effort, il décide et maîtrise les moments, le plaisir et ne se perd plus ». Angélique se débat dans cette toile d’araignée dans laquelle la jeune femme est petit à petit prise au piège. Elle réalise tardivement que cet amour qui l’étouffe, qui l’isole socialement, ce n’est pas vraiment de l’amour même si la violence une fois retombée Paul s’excuse. Elle parviendra à s’échapper de l’emprise qu’exerce Paul sur elle. Paul est malade, son séjour dans un centre psychiatrique arrivera t’il à le changer, à le reconditionner ? Un homme violent peut il guérir ?  

Dans ce livre s’affronte un duo,  le prédateur et sa victime. Bénédicte Soymier  décortique remarquablement bien cette spirale infernale entre un homme « mal-épris » et une femme « mal-aimée ». Ce livre aborde la question des violences faîtes aux femmes soi-disant par amour. Un sujet brûlant d’actualité lorsque l’on sait que de nos jours une femme meurt sous les coups de son partenaire tous les deux jours et demi. Sans compter toutes celles qui souffrent en silence de violences physiques et/ou psychologiques, n’arrivant pas à échapper à l’emprise de leurs bourreaux. L’auteur parvient à traiter ce sujet délicat avec talent, sous un angle différent de l’habitude, permettant au lecteur, conscient de ce qui va arriver mais impuissant, d’entendre la voix de Paul, la voix de l’homme violent. Il découvre son ressenti, ses failles et ses souffrances. Les mots sont choisis avec justesse jusqu’au titre « Le Mal-épris » : un homme dominé par le mal, mal-aimé, mal-heureux, devenant mal-traitant par amour. Un livre qui mérite d’être lu par toutes ces femmes prises au piège d’un amour qui n’en est pas un, afin qu’elles parviennent à s’échapper à temps… – Françoise Le Goaëc

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Roman poignant sur l’emprise et la manipulation exercée par un pervers, la spirale des violences conjugales avec l’alternance des coups et des caresses, le sentiment de culpabilité ressenti par la victime et son estime de soi proche de zéro, son courage aussi…

L’auteure est infirmière, on sent que son métier l’a amenée à croiser des histoires semblables et qu’elle s’en est inspirée pour imaginer les tristes héros du quotidien que son Paul, le bourreau pathétique qu’on plaint autant qu’il révulse, et Angélique, une proie idéale pour la maltraitance.

Son écriture rend compte de tous les sentiments qui traversent les personnages, du plus noble au moins avouable.  De manière précise et concise, elle excelle à décrire les montées de violence et les moments où tout bascule, et dans ce climat oppressant, réussit le tour de force de donner des indications pour comprendre, sans ni excuser, ni juger. – Marianne Le Roux Briet

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Paul est mal dans sa peau, son travail est loin de le combler. Il est l’homme que personne ne remarque. Il est complexé et cherche dans le regard des autres l’assurance et la reconnaissance. Mais rien n’y fait. Il épie sa voisine Mylène et finit par se lier avec elle. Il s’emballe, y croit l’espace d’un moment. Mais Mylène s’écarte et finit par l’ignorer pour s’investir autrement vers un autre homme. Paul se résigne douloureusement et sort terriblement frustré de cette expérience. 

Encore une fois. Comme à chaque fois lorsqu’il tente de construire une relation amoureuse. Il décide alors de se tourner vers Angélique. Mais Angélique n’est pas Mylène. Angélique est vulnérable, fragile et en recherche d’affection. La proie idéale en somme. Et Paul va jouer de toutes ses failles. Que cherche t il à venger ?

Bénédicte Soymier raconte de façon chirurgicale le harcèlement, l’emprise, la violence sourde qui se niche en Paul et qui finit par éclater. Comment se sortir de cela quand on est la cible d’un prédateur ? Comment faire face ? 

Voilà pour l’histoire à laquelle…. je n’ai pas cru, gênée par trop de détails qui alourdissent à mon sens le récit. Tout est écrit, bien certes, mais trop. La lecture ne laisse pas de place à l’imaginaire et tout est trop « mâché », détaillé. 

La fin ne m’a pas paru crédible. Presque trop facile. 

L’exercice de la critique est peu aisé quand on rédige une critique négative et ce d’autant que je n’ai lu que des critiques élogieuses concernant ce livre. C’est aussi ça la littérature. Tous les goûts sont dans la nature et c’est heureux, on peut être touchée ou pas par un texte et pour de multiples raisons. Le mal-épris m’a paru trop travaillé avec des codes et des contraintes d’écriture. 

À tort peut-être. 

Conclusion : tous les goûts sont dans la nature. Et tant mieux ! – Sonia Chatain

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Il mène une petite vie tranquille entre son bel appartement et la poste où il officie, du moins le croit-on en ce début de roman, mais il semble déjà exceller dans l’art de l’espionnage des voisins, et plus encore quand les voisins déménagent pour laisser place à une voisine, charmante qui plus est…  Calculateur, il ne manque pas de se rendre devant sa boîte aux lettres en même temps que la créature de ses rêves, l’invite, prend des photos en douce et tient une sorte de carnet-journal où il consigne ses états d’esprit et ses observations, ses photos, ses trouvailles. Mais la belle Mylène n’est pas dupe, et après des ébats d’une nuit, elle prend le large… Et Paul recommence avec Angélique pour une liaison durable cette fois… durable ? peut-être, mais on constatera son côté manipulateur. Pas de doute, cet homme est un pervers…

Angélique semble être la candidate idéale à ce genre de manipulation et on assiste, en tant que témoin impuissant, à son calvaire, souhaitant fort qu’elle s’éveille, prenne conscience des faits et réagisse.

Un roman très intéressant, qui décrit parfaitement le vécu de ces femmes maltraitées qui tergiversent et donnent encore et toujours une chance avant de quitter le foyer, piégées qu’elles sont parce qu’on a limité leur indépendance, qu’on les a emprisonnées, qu’on est capable de beaucoup de tendresse à des fins manipulatrices, qu’on promet que cela ne se reproduira pas…

La narration est intéressante car Bénédicte Soymier se met dans la peau des personnages et expose ainsi le ressenti de chacun, son histoire, son vécu. Elle exprime dans quelques passages, la pensée de Paul et montre l’image dévalorisante qu’il se fait de lui-même à l’instar des pervers narcissiques.

Un roman à lire d’urgence pour comprendre le mécanisme par lequel la dépendance s’installe et le piège se referme sur ces femmes victimes de violence conjugale.

Un beau premier roman qui faire naître l’espoir que d’autres suivront. – Roselyne Soufflet

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Un roman fluide où on découvre l’histoire de vie de Paul. Un homme de 45 ans, célibataire qui travaille à La Poste. Paul a beaucoup de mal à se remettre de sa rupture avec Léa jusqu’au jour où Mylène va emménager dans l’appartement d’en face. Désormais Mylène occupera son esprit jour et nuit. Un seul objectif, la séduire. Mais tout ne se passera pas comme il l’imaginait.
Ensuite, il jettera son dévolu sur Angélique… Une collègue qui classera de « sexy ». Il espère ainsi oublier Mylène.
Au fil de pages, on découvre la psychologie de cet homme et son côté obsessionnel envers la « femme du moment ». Il y a un côté attendrissant dans le caractère de Paul, comme s’il s’agissait d’un petit enfant blessé et fragile. On découvre ensuite son côté obsessionnel, voir maladif.
Plus les pages avancent, plus la situation s’aggrave jusqu’à en venir aux mains, aux coups.
Un roman très bien construit, très bien écrit qui nous fait rentrer dans la tête de Paul ce qui provoque un sentiment étrange de dégoût et de tendresse à la fois. Une situation finalement assez dérangeante puisqu’on parle de violences conjugales et de manipulations. – Nina Busson

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Bénédicte Soymier donne dans ce premier roman la parole au méchant, à l’homme brutal qui cogne. Elle décrit le lent processus qui transforme un homme frustré en monstre, elle dissèque la montée jusqu’à l’impardonnable.

Paul est petit, laid et en a terriblement conscience. Il souffre dans notre monde où la beauté s’étale à longueur de temps à la télé et dans les magazines. Une enfance sans amour, passée sous les coups de parents alcooliques, a fortement perturbé son rapport aux femmes. Si au départ Paul n’est pas sympathique, il m’a cependant émue. Sa souffrance est légitime. Il veut être quelqu’un de bien, surtout ne pas ressembler à ses parents, ne pas sombrer dans l’alcoolisme et la violence. Il se l’est promis. Mais voilà, il y a les femmes… ces tentatrices. Son rapport avec elles n’est vraiment pas sain, on ne peut parler d’amour, ce sont des obsessions. De frustré il devient haineux, mais ce n’est pas sa faute, c’est génétique! Facile l’excuse du déterminisme social. L’alcool et une jalousie maladive le poussent dans une spirale infernale.

Avec la douce Angélique, ils auraient pu panser leurs blessures. Mais lui préfère se taire, ruminer et se laisser aller à ses obsessions. Elle, bien que très jeune, a l’habitude des mauvais garçons. En quête d’amour, elle rêve toujours au prince charmant, c’est une proie facile qui se laisse berner. C’est la fatalité, une autre forme du déterminisme social. J’aurais voulu lui hurler fuis, fuis…

Le mal-épris est un premier roman percutant aux phrases courtes et à l’écriture acérée. Les personnages de Bénédicte Soymier sont réalistes, bien campés et touchants. A tisser sa toile autour de ses proies Paul n’est pas aimable, il est inexcusable mais l’auteure en a fait un personnage qui m’aura marqué. Un premier roman prometteur. – Françoise Floride

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En refermant le livre je me suis dit quelle force elle a cette Angélique. Celle de dire non, celle de dire c’est fini, celle de dire stop. C’est étrange de se dire ça alors que le personnage principal c’est bien Paul, cet homme qu’on déteste dès les premières pages. Il est dérangeant au mieux, terriblement malaisant et impute beaucoup de choses aux femmes. Et puis II tombe donc sur Angélique, et là démarre l’emprise et l’annihilation de la femme : plus de travail, arrêter de s’habiller comme elle le souhaite. Mais surtout arrive les coups. 

Je dois dire que ce roman est d’autant plus intéressant que Paul a lui aussi essuyé les coups de son père plus jeune. Se pose donc la question du mécanisme de répercussion mais aussi du traumatisme qu’il a lui-même vécu et dont il n’ose pas parler de peur d’avouer une faiblesse. 

Ce roman, il est dur particulièrement dur. Il pose plein de questions, je l’ai trouve bien ficelé et surtout bien écrit. Vous l’aurez compris c’est une lecture que je conseille !  – Clémence Dubois

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Paul est un type banal, moche et d’allure insipide. Il est réservé et prêt à rendre service, mais côté séduction, peu de réussites. Des liaisons éphémères sont à son actifs comme celle qu’il a eu avec sa voisine.

Il croit aimer, mais à l’arrivée, ce n’est qu’obsessions. Il est irascible, parano et jaloux.

Une stagiaire, Angélique, est embauchée à l’agence, elle l’attire, belle, joyeuse. Mère d’un jeune garçon,  elle croit au grand amour. Tout évolue vite, elle va emménager avec lui, quitter son travail et la mécanique est enclenchée.

L’auteure nous décrit avec précision le point de vue d’un homme et c’est original. Elle nous dénonce la violence domestique, un sujet bien d’actualité.

Un premier roman percutant, qui nous met en face de notre impuissance dans ce genre de situation. – Hélène Grenier

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Paul est mal dans sa peau, il épie, il scrute, il note dans ses carnets tout ce qui concerne les femmes qu’il convoite. Il a eu une enfance malheureuse et a essuyé des peines de cœur dont il ne s’est pas remis ; ses relations avec les femmes en sont d’autant plus compliquées.

Angélique est embauchée dans l’agence où Paul travaille ; il la séduit et lui fait miroiter une jolie petite vie de famille dans son bel appartement.

Angélique élève seule son enfant ; elle aussi a connu l’abandon, les déceptions amoureuses. Même s’il est vrai que Paul a un physique ingrat, elle-même ne se considère pas comme jolie, alors elle va accepter de s’installer avec lui parce qu’elle veut y croire…

Et Paul va retomber dans cette spirale de violence faite aux femmes qu’il a déjà connue dans son enfance.

« Juste la voir. Lui parler. S’expliquer. Reprendre la vie où elle s’est arrêtée. Il s’impatiente, prend peur, se réprimande. Elle va venir. Elle va forcément venir. Elle ne peut que venir. Elle DOIT venir ».

« Prends-moi. Aime-moi. Moi. Moi que tu ne vois pas. Moi, cachée derrière les rires et les talons. Aime mes peurs, mes chagrins et mes peines, prends mon passé et mon histoire. Aime-moi au-delà de ce que tu crois. Aime-moi parce que je suis moi. »

« Un homme violent peut-il changer ? »

« Paul, mais Paul qu’espérais-tu ?« 

On reprend au commencement comme si rien n’était écrit.

Paul n’est pas beau. Petit, maigre, le cheveu terne et rare, le nez long, il présente un physique ingrat que n’arrangent pas ses tenues démodées ; le dos droit, il affiche une raideur malingre et des gestes si maniérés qu’il en est agaçant. C’est à pleurer ».

« Mais Paul, rien n’efface des faits collés au gris de nos cerveaux. La vie s’y accumule, le bon et le moins bon, dans les sillons et les tiroirs, rangés, jusqu’aux réminiscences douces ou violentes d’un événement mémoire. On n’opère pas, on atténue ».

« Que souhaitez-vous Paul ?

Partir

vous êtes libre

Croyez-vous ? »

Efficace, précis, direct, bien mené, on comprend très vite comment la situation va dégénérer et relation prédateur/victime s’installer. L’auteure donne la parole à cet homme violent dont on suit le raisonnement et qui tente d’expliquer, voire de justifier, son attitude ou ses gestes.

L’auteur maîtrise son sujet, c’est certain, mais ce roman ne m’a pas « emmenée ».

J’ai détesté Paul dès les premières pages -cet être malsain dès avant d’être violent- puis j’ai appréhendé la chute cousue de fil blanc… qui est terrible mais pas tant que je pouvais l’imaginer. Et la fin m’a laissée perplexe, l’auteur cherchant trop à passer dans le registre de la pédagogie et de la 2ème chance. – Anne Laude

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A vrai dire de l’amour, Paul ne sait rien. Enfin, pas grand-chose, un truc bricolé entre absence et douleur, mauvais souvenirs et pauvres tentatives. D’ailleurs, entre son physique étriqué et son boulot d’employé des postes, il n’a pas franchement la carrure du tombeur de ces dames, alors, quand il arrive à nouer une relation privilégiée avec Mylène, sa si jolie voisine, quand, une fois de plus, l’amour semble lui glisser entre les doigts, s’obstiner à lui échapper alors que tant d’autres y ont droit, Paul déraille, dévisse, refuse d’encaisser ce coup de plus : il exige de la vie ce qu’il est en droit d’attendre ; son histoire d’amour, il la veut, quitte à se forcer à y croire, quitte à la faire entrer dans le cadre par la force, quitte à devenir ce « mal-épris » qui, croyant saisir son bonheur, le broiera.

Pas facile, pour un premier roman, d’être la ènième personne à tenter de démonter ce mécanisme infernal qui, de rouage en rouage, mènera à l’inéluctable moment du jaillissement de la violence. Pas facile non plus d’être, sans mièvrerie, la première à suggérer un « après » crédible. C’est pourtant ce que parvient à faire Bénédicte Soymier avec beaucoup de nuance et de subtilité. La construction psychologique de chacun de ses personnages est précise et fine, offrant un éclairage nouveau à ce désordre des sentiments, à cette incapacité relationnelle, à ce handicap du lien apparemment si facile à voir mais, en réalité, si difficile à saisir, à décrire. Et c’est avec la même délicatesse mais une belle audace, comme sur la pointe des pieds, qu’elle suggère sans asséner que, parfois, peut-être, le pire pourrait ne pas être certain. Sans doute est-ce parce que ses mots sonnent clairs et juste, sans minauderies, sans effets de manche ou volonté d’esbrouffe dans le misérabilisme, tendus entièrement vers ce désir simple et impératif de dire et de montrer comment, de heurts en glissements imperceptibles se tisse le berceau de tous les maux, du malheur au mal-être, et jusqu’au mal-épris.

Un titre brillant, donc, pour un roman bien aimé qui a su tenir toutes ses promesses ! – Magali Bertrand

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Un roman terrible et remarquablement explicite à la fois sur la violence faite aux femmes si regrettablement d’actualité mais aussi sur ce qu’est la maladie du pervers narcissique. Au cœur de ces 245 pages il y a Paul, un homme laid, rancunier, au quotidien si sinistrement banal et effroyablement seul. Sa vie affective et amoureuse est tout simplement désastreuse, une passion fugitive et non partagée avec Léa jusqu’à l’arrivée d’un voisine un peu paumée mais dont Paul va vraiment vouloir en faire la femme de sa vie ; Mylène…. Cela va devenir obsessionnel et déjà proche de la folie. Une proie fragile parce que probablement en pleine déception amoureuse…. et une première proie qui va, plutôt par extrême lassitude,  céder une nuit à la cour lourde et assidue de Paul. Si pour ce dernier c’est forcément l’histoire d’amour de sa vie, Mylène va regretter dès le lendemain cet abandon et cela d’autant plus en découvrant l’extrême violence et la possessivité maladive de Paul. C’est pour lui le choc, la haine qui renaît mais aussi une certaine dépression. C’est alors Angélique, une nouvelle collègue de Paul, autre jeune femme fragilisée par une histoire amoureuse récente, élevant seule son fils, par grandeur d’âme et extrême gentillesse qui va s’attacher à vouloir rendre heureux cet homme triste. Erreur monstrueuse,  elle va très vite découvrir la vraie personnalité de Paul, jaloux, possessif, pervers narcissique, violent et payer le prix le plus élevé de cette relation. Car si celui-ci va, à regret et par défaut se lancer dans cette relation, brûlant sans conviction toutes les étapes en invitant Angélique et son fils à emménager chez lui, ce n’est que pour assouvir sa volonté d’aliénation totale de cette jeune femme. Ces quelques semaines qui vont nous emmener à l’issue de ce récit tragique sont tout simplement magistralement et tragiquement rendues dans l’étude au scalpel de l’auteure de la maladie mentale du pervers narcissique qu’est en fait Paul, tout comme l’extrême fragilité de sa victime Angélique. Le schéma amour, possession, alcoolisme, violence, volonté d’aliénation, regrets passagers de l’un comme de l’autre sont parfaitement rendus et laissent le lecteur à la limite du mal-être et du malaise, c’est vraiment superbement tragique et la fin reste inattendue. – Olivier Bihl

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Commencer la saison avec Le Mal-Épris de Bénédicte Soymier, c’est prendre un uppercut comme j’aime que les 68 m’en envoient. Paul est un personnage insignifiant, d’une médiocrité banale, mais Bénédicte Soymier réalise un tour de force en faisant entrer le lecteur dans ses pensées. Rongé par l’aigreur, abîmé par son enfance, Paul ne sait pas aimer. Sans complaisance et sans cliché, on assiste à la spirale de violence que Paul fait subir aux femmes qu’il parvient à attirer. Elles aussi sont subtilement décrites, sans céder aux préjugés rebattus lorsqu’il s’agit d’évoquer ce sujet sensible. Si la fin me laisse dubitative, je suis admirative de la force de ce roman, dont le titre, la construction narrative et la finesse des portraits sont remarquables. – Isabelle Dumont-Dayot

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Pauvre Paul, après une enfance douloureuse, un père violent, il pensait avoir une meilleure vie en tant qu’adulte et ne pas reproduire ce qu’il a vécu.

Pas de chance, Paul n’est pas beau, petit, chauve, maigre, mal habillé, effacé et souvent repoussé par les femmes. Il est mal, frustré, il ne s’aime pas.

Quand il rencontre Angélique, la gentille, il veut croire au bonheur. Mais très jaloux, tout  dérape et commet des actes de violence, regrette et recommence… en essayant de repousser ces vieux démons. Manipulations, pulsions, violence….

Un livre percutant, des phrases courtes, incisives. Un roman qui dérange et interpelle. Un style que j’ai apprécié. Lu en apnée en ressentant cette violence verbale et physique.

Un premier roman réussi, une auteure  à suivre. – Joëlle Radisson

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Bien éprendre.

J’ai tout aimé de ce roman.

Les heures d’attente dans le hall d’un immeuble, le tourment, le bruit de la  voisine, la saloperie, le blanc des phalanges qui se crispent, la noyade, la proie, la fragilité.

Mes pincements au bord des lèvres.

La violence est portée par une écriture légère, audacieuse et pulsatile. 

Elle nous claque le visage, puis nous enlace.

Un brillant tour de force que cette histoire de mal aimant, de mâle aimé. 

Je ne m y attendais pas, je me suis fait bien surprendre.

Un premier roman qui a du panache et de l’élégance,

je me suis fait bien éprendre. – Karine Michenet Meynard

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Ce n’est pas un plaisir de lecture que nous propose Bénédicte Soymier mais c’est une œuvre salutaire ! Entrer dans la psychologie d’un homme violent n’est pas si courant !

Dès la première phrase  le décor est planté « Paul n’est pas beau ».

Il est mal dans son corps, mal perçu par ses collègues de travail. Il se console seul dans le luxe de son appartement jusqu’à ce que Mylène emménage à côté de lui. Mylène qui surgit après une Léa  partie « dans les gros bras musclés du garagiste ».

Mylène, qui se comporte en amie et qu’  « il meurt de ne pas embrasser »  jusqu’à cette nuit où il la croit consentante. Mais dès le lendemain « il perçoit la bavure ». Mylène s’éloigne, tout en restant habiter là, et emménage avec un copain.

Paul n’est que souffrance. Sa sœur qui a partagé leur enfance dévastée par un père violent est la seule à s’inquiéter de lui. Paul consigne ses fantasmes dans un carnet, et un jour craque : il a des gestes de violence, puis il s’en veut tellement ! Il marche dans la ville, il voudrait disparaitre.

A l’agence postale où il travaille, il fait la connaissance d’Angélique. Oh ce n’est pas Mylène ! Mais  elle est pulpeuse, aguichante,  et un peu naïve.

Ce sera l’engrenage de la violence. D’abord la faire renoncer à travailler à l’extérieur, une première gifle, l’alcool pour essayer d’oublier ce qu’il a fait. Il ne veut surtout pas poursuivre sur ce chemin, et cherche à regagner sa confiance.

Mais c’est pourtant vers des gestes bien pires qu’il ira.

La façon de raconter les affres vécus par Paul, sans nous le rendre sympathique permet un autre regard qui, je pense, demeurera lorsque ce genre de fait divers sera, malheureusement, porté à notre connaissance par les médias.

La dernière partie du roman, qui se veut un chemin vers la réhabilitation est un peu moins convaincante. Mais l’autrice possède sans aucun doute un talent pour explorer l’âme humaine. – Marie-Hélène Poirson

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Lire également les billets de :

Héliéna Gas : http://www.mesecritsdunjour.com/archives/2021/03/04/38847892.html

Marie-Claire Poirier : http://abrideabattue.blogspot.com/2021/04/le-mal-epris-de-benedicte-soymier.html

Annie Pineau : http://tlivrestarts.over-blog.com/2021/04/le-mal-epris-de-benedicte-soymier.html

2 réflexions sur “Le Mal-épris – Bénédicte Soymier

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