Sur la route – Jack Kerouac

Sur la route, plus qu’un classique, un roman mythique écrit en trois semaines par Kerouac en 1951 d’après sa propre expérience ; six années s’écouleront avant qu’un éditeur ne le publie en 1957 et que débute le mythe qui inspirera de nombreux adolescents dans le monde. C’est Pascal Manoukian, pour qui « la route » et l’aventure n’ont rien d’abstrait, notre parrain de cœur depuis la découverte de son premier roman Les Echoués en 2015, qui a choisi de la proposer aux lecteurs de cette sélection anniversaire. Ils nous en dit quelques mots avant de prendre connaissance des retours de lecture…

Sur la route

« J’ai lu « Sur la route » à 16 ans, comme Kerouac l’a écrit, sur la route, le pouce levé entre Minneapolis et San Francisco, de maisons bleues en maisons bleues. C’était l’année 1971. Le monde était encore délicieusement déconnecté et nous rêvions pour lui du meilleur. Je suis tombé à l’intérieur des pages, confondant ma vie avec la sienne. Jamais depuis je n’ai retrouvé un tel sentiment de liberté. Rarement, mais parfois, en traversant un paysage ou en rentrant chez-moi, il m’arrive une fraction de seconde, comme un ancien fumeur, croisant un invétéré tirer sur une taffe, de vouloir recommencer. Kerouac, ce sont toutes nos contradictions mises en pages ou plutôt en rouleau. »Pascal Manoukian

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Les avis des lecteurs :

Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de voir le film Sur la route, tiré du roman de Jack Kerouac et je ne l’avais pas trop apprécié. Là ce livre est arrivé au bon moment, j’ai pu prendre mon temps pour le lire et il m’a permis de m’évader sur les routes des États-Unis. Cette histoire et ces grands espaces m’ont rappelé des vacances passées dans l’ouest américain.
Ce récit nous relate les voyages qu’ont pu effectué Sal Paradise donc Jack Kerouac et Dean Moriarty, tous les deux rêvant de liberté. Ils partent de New-York à Denver, puis San Francisco, Los Angeles et le retour par la fameuse route 66 en passant par le Texas, un périple d’est en ouest. Il suivra également un voyage du Nord au Sud des États-Unis, de New-York à La Nouvelle-Orléans. Dans le sud américain , ils retrouveront des amis musiciens et écouteront du jazz toute la nuit en compagnie de filles, d’alcool et de drogues.
On suit leurs pérégrinations faites de petits boulots et de Stop pour se déplacer.
Leur dernier voyage les conduira jusqu’au Mexique et après chacun reprendra un chemin différent.
J’ai aimé ce livre avec ces deux énergumènes déjantés. Surtout la folie de Dean Moriarty qui est présente tout au long de ce récit et qui au fur et à mesure prend de plus en plus d’importance. Deux êtres épris de liberté, de filles, de soirées et d’alcool …
Liberté d’esprit afin de profiter de l’instant présent, de ne pas se poser trop de questions sur leur avenir.
Un récit écrit en trois semaines.  – Hélène Grenier

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Ce roman peut-il être comparé à une œuvre d’art sous la forme d’un premier jet griffonné en quelques semaines qui deviendra page après page, un rouleau de papier, le fameux « original scroll », qui ne se contente pas de décrire une route, mais qui cherche à la représenter ?

En ce cas comme toute œuvre d’art qui se respecte elle sera saluée et admirée, par le lecteur… Ou contestée, et de toute façon, fera couler de l’encre.

Pour ma part, je suis parvenue au bout de ce roman autobiographique et je m’en félicite parce que ce n’est pas du tout mon style de lecture, j’ai besoin dans le récit, d’un problème, et de sa résolution pour arriver à une situation finale, d’ailleurs, doit-on qualifier cet écrit de récit ? Je  n’en suis pas certaine : si je résume ce qui me reste de cette lecture, et je pense tenir quelques lignes, j’écrirais que nous sommes face à une bande dont les têtes pensantes vivent au jour le jour, choisissent des itinéraires, se déplacent comme ils le peuvent (voitures volées, petits boulots, transports en tous genres avec qui veut bien les  faire avancer sur leur chemin), boivent, s’envoient en l’air, se droguent, se marient parfois, se séparent, se raccommodent. Et ces situations se succèdent, En sautant quelques pages, on retrouve toujours des scènes du même type.

Chemin oui ! … Cheminement ? Pas perceptible en tout cas. Donc, début, milieu fin ? Pas vraiment. Évolution des personnages alors ? Je ne l’ai pas ressenti.

Cette lecture fut laborieuse et l’abondance de détails et de personnages ont provoqué un certain ennui chez moi. Ce livre ne répond donc pas à mes besoins de lecteur, certains passages m’ont d’ailleurs franchement agacée. Le seul point qui m’a intéressée, c’est que je me suis munie d’une carte des Etats-Unis pour suivre leur pérégrination, c’est toujours cela ! Certains épisodes m’ont franchement agacée, probablement parce qu’ils ne correspondent pas exactement à ma propre vision de la vie. La Beat Generation, ce n’est pas pour moi.

Comme ont pu le dire certains chroniqueurs, ce livre passe ou casse, eh bien pour moi, ça casse. Il s’agit là d’un avis personnel, et les critiques positives de ce livre, je les juge tout à fait recevables et je les admire, moi qui aurais été incapable de les écrire. – Roselyne Soufflet

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Il y a ces romans classiques qui font peur, peur de passer à côté peur de ne pas apprécier car trop connus, trop appréciés et du coup, on en repousse la lecture jusqu’à ce qu’ils nous tombent entre les mains, coup du destin. Avec Sur la route, chef de file d’un mouvement et reflet d’une génération, le pari était gros ; ça passe ou ça casse.
Et puis, motivée par les 68 premières fois, j’en ai commencé la lecture. Dès le début, j’ai aimé la plume de Jack Kerouac. On est pris dans une sorte d’urgence, urgence de vivre, de voyager et surtout urgence d’être libre. Il utilise le temps du passé et pourtant ce qu’il raconte, ses rencontres et ses voyages résonnent encore très modernes. Sal et ses potes, les long termes comme ceux de passage, vivent avant tout dans l’instant présent. Ils sont libres, vivent au jour le jour, voyagent et ne sont pas préoccupés par l’argent : seul compte le voyage.
Récit autobiographique de Jack Kerouac, il raconte spontanément sa période sur les routes des Etats-Unis de l’après-guerre. Si je ne nie pas – et au contraire je le re-dis – que le style d’écriture de l’auteur est beau, je regrette tout de même certaines longueurs dans le récit et la quantité de personnages secondaires n’y est pas pour rien. Je me perdais quelques fois dans les noms des personnages, les confondant. J’ai failli reposer le roman plusieurs fois avant de me laisser embarquer à nouveau dans les rencontres – alcoolisées pour beaucoup – et le voyage grâce aux réflexions de Sal, avatar littéraire de Jack Kerouac.
Sur la route a effectivement tout d’un classique, ce genre de livres qui passe les générations sans une ride ; ce type de roman marque par ses valeurs intemporelles qui continuent à parler aux lecteurs : vivre, voyager, rencontrer et aimer. – Eglentyne Helbecque
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Rarement un roman aura eu autant d’influence sur ma façon de penser le monde. Il n’a pas changé ma vie, loin de là, mais il m’a incité à rejeter les valeurs traditionnelles et un mode de vie « middle of the road ». Ce n’est pas tellement le voyage qui importe, cette façon de traverser les Etats d’Amérique en long et en large, c’est l’état d’esprit, une autre façon de voir la vie. Bien sûr, c’est aussi une manière de célébrer les grands espaces, expérimenter l’ivresse provoquée par la vitesse, mais surtout d’expérimenter de nouvelles drogues, une sexualité complètement débridée, explorer des terrains vierges, des amitiés fortes et d’autres sans lendemain, investir de nouvelles façons de concevoir la société, le monde, la morale. Et peut-être aller à la recherche de sa propre identité. Il y a également une bande-son en filigrane dans ce roman, c’est le « beat » du jazz, le razzmatazz de la batterie (le son de la machine à écrire y fait penser aussi) derrière Count Basie, le bebop de Charlie Parker ou de Miles Davis. La seule différence, c’est qu’au lieu d’entendre le bebop sur la route (je l’ai prise également, cette route, avec en tête des pages du roman), j’entendais plutôt Bob Dylan et « stuck Inside of Mobile with this Memphis blues again ), ou bien « Born to be wild » de Steppenwolf (référence à H. HEINE ). Autres temps, autres vibrations. Il est intéressant de savoir que Jack Kerouac, enfant de parents québécois, a d’abord écrit une première mouture de « On the road » en français phonétique. En plein maccarthysme, le roman, écrit en 1951, a été refusé par toutes les maisons d’édition, trop de drogues, trop de sexe, trop d’alcool dans un monde très puritain. L’auteur a donc remanié son texte à plusieurs reprises, la censure de la maison d’édition a fait le reste, c’est donc un texte assez édulcoré que nous avons hérité . Dommage ! J’ajouterais enfin que, à l’instar  de Dean Moriarty, il m’est arrivé de rouler comme Jack Kerouac avec des voitures « empruntées » avec un sentiment euphorique d’impunité. Mais j’étais jeune , et ceci est une autre histoire. – Michel Carlier

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Bien sûr, j’ai dû lire ce livre mythique, mais il y a si longtemps que j’en avais oublié l’ambiance et la langue. Avant la mode des road movies, sur fond de jazz et de Be Bop, Jack Kerouak nous invite à la suivre dans sa traversée d’Est en Ouest des Etats Unis. Nous sommes dans les années 50/60, les années bohème de l’aventure, des amitiés improbables, du sexe libre, des délires fous…
On se lie d’amitié avec les inconnus rencontrés, on se laisse conduire dans le vent, faire de l’auto-stop est un art de la découverte et du partage.
J’ai beaucoup aimé retrouver cette ambiance, cette liberté d’être, ces amitiés éphémères. Mais le mythe est un peu usé, délavé… Nous vivons sous le poids de tant de contraintes que cet état d’esprit libre ne ressemble plus qu’à un vieux souvenir de jeunesse. Les crises financières sont passées par là, les problèmes sanitaires, le Sida, la pression de la société de consommation, de l’administration, nous ont rendus moins légers, moins libres.
Sur la route de Jack Kerouak, c’est comme un rêve de paradis perdu.- Martine Magnin

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Ce livre est le carnet de bord d’une Amérique d’après-guerre, Jack Kerouac raconte « into the mood » la vie qu’il a vécue avec un compagnon d’infortune.

Un classique pour avoir une vision de ce qu’à pu être la vie Américaine d’hommes qui ont refusé de s’installer ici ou là pour des boulots précaires, durs. Sal et Dean ont préféré la route, la vie au gré des rencontres et des lieux choisis. Deux amitiés, deux destinées, une seule misère.

Je suis allée au bout de cette lecture pour savoir ce qu’il adviendrait de cette amitié particulière. Finalement, ce qu’il m’en reste, c’est un goût d’inachevé, j’aurais aimé que ces deux-là se choisissent une fin plus heureuse. – Laurence Lamy

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Soixante ans après sa première publication, que reste-t-il de Sur la route, souvent qualifié de roman mythique, de révolution littéraire, et nimbé d’une aura sulfureuse ?

On connaît l’histoire éditoriale du roman largement autobiographique, écrit initialement sur un rouleau de 36 mètres de long, et refusé sous sa forme originale car potentiellement inacceptable par l’Amérique puritaine des années 60. Ce qui en subsiste après correction, sur le fond et sur la forme est bien pâle, et depuis, les auteurs ont pu faire fi de tous ces préjugés moralistes, y compris aux États-Unis. Si ce road-trip n’est pas une promenade de santé, il reste très conventionnel. Beaucoup d’alcool (mais des ivresses plus festives que celles d’Hemingway dans Le Soleil se lève aussi), un peu de drogue, un peu de sexe, beaucoup de folie (celle de Dean, démon tentateur, qui entraîne dans ses délires femmes et potes), tout cela est loin de l’image véhiculée par les rumeurs.

Difficile de parler de l’écriture, tant l’écran de la traduction fausse l’appréciation. J ’ai été gênée par l’utilisation du mot fille pour désigner les petites amies. On se doute qu’il s’agit de girl en anglais, mais cela n’a pas le même sens, « It’s my girl », , ce n’est pas « c’est ma fille » C’est certainement  un roman à lire en VO. De même l’utilisation du neutre « on revint auprès de Frankie, », « on décida d’abord de se laver à la station-service », un peu redondante.

Reste de sublimes pages sur le jazz, en particulier ce passage sur le « it », qui révèle une passion viscérale pour cette musique. Donc pour le sulfureux, il faut sans doute se reporter au rouleau original, publié depuis et traduit.

C’est pour moi un mythe démystifié, et une lecture très mitigée, un peu longue et répétitive, et qui a (mal) vieilli. – Chantal Yvenou

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« Tout est devant nous. Le chemin ne finit pas ; plus on avance, plus la route s’ouvre à nos yeux. » Henry Miller

 « Neal est monté dans un car marqué « Chicago » et il s’est arraché dans la nuit. Je me suis promis de prendre la même direction quand le printemps fleurirait pour de bon et m’ouvrirait le continent. C’est ainsi que notre cow-boy est parti. Et c’est vraiment comme ça que toute mon expérience de la route a commencé, et la suite est bien trop fantastique pour ne pas la raconter. »

Jack Kerouac a tapé Sur la route au kilomètre, en trois semaines d’avril 1951, carburant au café pour tenir la distance – la soupe de pois et la benzédrine n’étant là que pour nourrir la légende. Il a tapé le texte d’un seul jet, sur un rouleau (the scroll) fait de 370 feuilles de papier à dessin qu’il colla bout à bout. Et Truman Capote de persifler :

« That’s not writing, that’s typing. »

Quand on voit cette version sans paragraphe, mais avec ponctuation (tordons encore une fois le cou à la légende !) on découvre le fameux flux d’écriture de Kerouac ; quand on s’immerge dans le texte, on entend sourdre l’improvisation jazz, la pulsation beat que l’auteur a voulu restituer.

Auteur beat par excellence, Kerouac écornait volontiers sa propre légende (encore !) :

« Je ne suis pas un « beat » mais un mystique catholique étrange, solitaire et fou. »

Et comme chacun sait

« L’important dans toute légende, ce n’est pas qu’elle soit vraie ou fausse, que les faits rapportés soient exacts, c’est que l’histoire ait pu basculer à un moment pour devenir plus vraie que la vérité elle-même. » Thomas Keneally

La genèse du livre est quand même plus travaillée. Le rouleau, route de papier de 36,50 mètres de long noircie d’un unique paragraphe de 125 000 mots, déroutant dans sa forme évidemment, mais aussi par la liberté de son langage et ses scènes crues, est – ce que l’on sait moins – le jet final de six versions antérieures que Kerouac commença à écrire en français, sa langue maternelle.

« […] le livre est génial mais fou, pas au bon sens du terme et […] il doit être, sur le plan esthétique et dans l’idée de le faire publier, repris et reconstruit », écrira Allen Ginsberg à Kerouac qui prendra salement la mouche.

Le fait est que les éditeurs demanderont à Jack Kerouac de changer les noms, d’organiser le récit en chapitres et paragraphes. Ils iront même jusqu’à faire certaines corrections que l’auteur ne découvrira qu’une fois le livre publié. Bref, révisions et versions nombreuses, modifications structurelles, reprises, Sur la route, dans sa 1re version publiée, est donc moins né que devenu.

« Le roman publié n’a rien à voir avec le livre échevelé que Kerouac a tapé en 1951. Un jour, quand tout le monde sera mort, l’original sera publié en l’état dans toute sa folie. » Allen Ginsberg

Visionnaire, Ginsberg, lui qui avait mis en garde son ami ?

Il a fallu attendre 2007, 38 ans après la mort de Kerouac, pour que le rouleau original, à l’exception du dernier mètre mangé par son chien, soit enfin publié aux États-Unis. En France, c’est chose faite en 2010 avec la traduction de Josée Kamoun pour les éditions Gallimard.

Alors, si l’on oublie la légende, Sur la route, c’est quoi ?

Le livre culte de toute une génération, cette Beat Generation contestataire qui a connu la guerre, ses atrocités et qui, dans son retour à la vie, refuse de se plier à ce que la société attend d’elle. Tempérance et retenue ne font pas partie de son vocabulaire. La Beat Generation, c’est celle qui taille la route avec en poche quelques maigres dollars, avec en tête une vague destination et aucun calendrier. Le terme beat appartient à l’argot de la rue, il prolonge le mythe de la génération perdue, celle de John Dos Passos et surtout de Hemingway auquel Kerouac fait souvent référence. Être beat, c’est s’être battu et avoir été vaincu, c’est être usé par la société, pauvre, sans domicile, traîner la savate dans les rues, voler aussi bien une voiture que du pain et du fromage, fumer des mégots ramassés à même le bitume, oublier ce qui imposerait de se fixer, tels un travail ou une famille, refuser les attaches qui entravent le mouvement au nombre desquelles les enfants que l’on conçoit et que l’on abandonne à leur mère.

Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ?

Hit the road, Jack!

« Une fois de plus, nos valises cabossées s’empilaient sur le trottoir ; on avait du chemin devant nous. Mais qu’importe : la route, c’est la vie. »

Sur la route est un livre culte et un monument de la littérature contemporaine américaine qui laissera bon nombre de lecteurs sur un bas-côté non stabilisé, incapables de sauter dans un train, de grimper à bord d’un bus ou d’une voiture lancée à toute allure à travers les États-Unis, d’est en ouest et retour, avec à son bord une bande de jeunes hallucinés, irresponsables et impulsifs, béats devant les grands espaces américains, doués d’un émerveillement sans cesse renouvelé, fût-il provoqué artificiellement.

« Ma garce de vie s’est mise à danser devant mes yeux, et j’ai compris que quoi qu’on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie. »

Sur la route, c’est un livre-fleuve en ce sens que sa parole coule sans jamais pouvoir être endiguée, une transe spontanée de phrases qui rappelle les jazz sessions de Charlie Parker. Kerouac ne disait-il pas qu’il souhaitait qu’on le considère « as a jazz poet blowing a long blues in an afternoon jazz session on Sunday » ?

« […] mais à l’époque, ils dansaient dans la rue comme des ludions, et moi je traînais la patte derrière eux, comme je l’ai toujours fait quand les gens m’intéressent, parce que les seuls qui m’intéressent sont les fous furieux, les fous de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais, qui sont incapables de dire des banalités, mais qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église. »

Je vais être honnête : j’étais passée à côté de la version première et il m’a fallu une bonne dose d’endurance pour refaire cette traversée avec Neal et Jack. J’ai certes conscience qu’il y a un avant et un après la publication du rouleau original – je me suis d’ailleurs amusée à traquer les différences entre les 2 versions -, mais je n’y ai pas trouvé ce que j’espérais, ce souffle qui manquait à la version sage et aseptisée que l’on m’avait servie il y a 30 ans. Les divagations bavardes de ces jeunes gens avinés et défoncés sur le sens à trouver à la vie, m’ont laissée au mieux indifférente, au pire exaspérée. Leurs embardées sur la route, passant toujours par les mêmes villes, déroulant toujours le même itinéraire et finalement n’osant se risquer vers l’inconnu qu’à la toute fin, ne m’ont pas embarquée. « Youhou ! »

Reste que ce livre vaut surtout pour son écriture qui défie les codes pour dire le sentiment de liberté, pour ce qu’il dit de cette génération de paumés rebelles qui préfèrent vivre intensément plutôt que de s’étioler dans un conformisme facile.

« […] et à présent nous arrivions au bout de la route, et moi, qui ne m’en doutais guère, j’arrivais au bout de ma route avec Neal. Or, ma route avec Neal était bien plus longue que ces trois mille cinq cents bornes. »

Je suis au bout du rouleau. Sans regret, je laisse Jack, Neal, Carolyn, Diane, Allen, William et les autres, ces fous hallucinés, tracer leur route.

Il est dommage que Sur la route soit l’arbre qui cache la forêt. Il ferait presque oublier que Kerouac n’est pas l’auteur d’un seul livre. Quitte à cheminer avec lui, je préfère de loin emporter dans mon baluchon son travail poétique, Le Livre des haïkus par exemple. Cette ascèse est à l’opposé du vertige verbal de Sur la route, et tellement plus inspirante et inspirée.

Et quitte à tailler la route pour trouver un sens à la vie, je préfère embarquer avec Jim Harrison et Une Odyssée américaine. Autrement plus attachant. Tout simplement magistral. – Christine Casempoure

Une réflexion sur “Sur la route – Jack Kerouac

  1. Magali Bertrand dit :

    Peu de retours…mais quels retours!! Merci, les amis, pour votre sincérité, votre assiduité, vos confidences et parfois même votre lyrisme! Pour un peu, on regretterait presque de ne pas avoir mis, comme vous, ses pas dans ceux de Kerouac! 😉

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