Les choix secrets – Hervé Bel

Les choix secrets est le deuxième roman de Hervé Bel, paru en 2012 aux éditions JC Lattès et disponible chez Le Livre de Poche. C’est Caroline Laurent, auteure de Et soudain, la liberté (avec Evelyne Pisier) et de Rivage de la colère, qui a choisi de nous faire découvrir cet auteur qui n’a cessé de croiser son chemin et dont le prochain roman paraîtra en septembre 2020 aux éditions Stock. Elle nous en dit quelques mots :

Les choix secrets

« J’aimerais beaucoup vous faire découvrir Hervé Bel, trop discret auteur, dont la voix a quelque chose de puissant et de singulier. Notre rencontre, à lui et moi, est assez belle. J’ai lu son premier manuscrit quand j’étais stagiaire chez Robert Laffont. J’avais fait un rapport ultra positif. Pour moi il fallait le publier… mais la direction de Laffont en avait décidé autrement. Le temps passe et je suis embauchée chez Lattès. J’arrive dans cette maison et découvre qu’Hervé Bel va y être publié ; ce sont nos retrouvailles. Il fait deux livres chez Lattès, dont celui-ci, pas directement avec moi, je ne suis là qu’en soutien affectif et moral. Et puis la douche froide, son troisième livre est refusé par Lattès… Je pars au même moment et emmène Hervé avec moi (« La femme qui ment », aux Escales, roman terrible sur une femme de 43 ans, qui bosse à la Défense, qui n’en peut plus, et qui à l’heure où elle est menacée de licenciement par son patron, invente pour se protéger qu’elle est enceinte, elle qui n’a jamais eu d’enfants). Depuis un an Hervé vit et travaille à Beyrouth. Il excelle dans les portraits de femmes qui dérangent et secouent. »Caroline Laurent.

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Les avis des lecteurs :

Marie, au crépuscule de sa vie revisite son passé. Vouée à un destin mondain, Marie fait la promesse d’épouser André, instituteur discret et sans ambitions. Ce roman évoque le rétrécissement de la vie rythmée par les habitudes, par les rituels qui  rassurent, le rêve d’une passion qui s’amenuise et qui s’envole, c’est la déliquescence d’une vie étriquée. Tout dans ce roman est opposition, une femme belle et riche, un mari falot et sans ambition, de la beauté de la jeunesse à la laideur de la vieillesse. Du décor enchanteur et ensoleillé des colonies à la froideur d’une  cuisine sombre, la  mesquinerie et la méchanceté au renoncement de son mari. C’est aussi l’histoire du temps qui file lentement  mettant en péril les relation du couple. Ce roman ne laisse pas indifférent, il nous met mal à l’aise, mais il nous renvoie à nos rêves, nos désirs, aux promesses que l’on se fait à l’aube de nos vies adultes.

Une merveilleuse découverte et un grand merci à Caroline Laurent de nous faire partager ce coup de cœur. – Philippe Hatry

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C’est l’histoire d’une aigreur qui enfle et monte et finit par prendre toute la place, cuite et recuite aux brûlures des regrets qui couvent, aux feux des joies qui n’ont pas flambé, aux braises des espoirs déçus. C’est l’histoire d’une amertume qui se nourrit d’elle-même, qui grossit de ses calculs, qui se tricote sans lumière, à l’ombre de ces choix secrets qui n’ont l’air de rien mais qui façonnent une vie, un pas en avant, deux pas en arrière. C’est l’histoire de Marie qui mettra toute une vie à se confire dans l’acidité de ses désirs frustrés, tandis que Marthe, elle…
Quels choix secrets ont pu amener Hervé Bel à faire de cette vie désespérante de petitesse l’objet d’un roman aussi précis et aussi juste ? Avec une rigueur de médecin légiste, il nous invite à le suivre dans l’autopsie pointue de cette vie sans grâce qui semble s’enfoncer toujours plus profond dans l’étiolement et le grisâtre, avançant masquée sous la bienséance de province, entre autosatisfaction et complaisance au le malheur, qu’il soit bien réel ou créé de toute pièce pour susciter une attention jugée défaillante. A mesure que l’on progresse dans la lecture, on voit se déployer le portrait peu flatteur mais criant de détails et de vérité de ces êtres qui, non contents d’avoir raté leur vie, mettent toute leur (mauvaise !) volonté à gâcher celle de leurs proches qui, benoîtement, auraient pu se contenter de ce qu’elle avait à leur offrir. En d’autres termes, avec Marie, Hervé Bel crée ce tour de force de présenter à ses lecteurs un personnage qui d’attendrissant deviendra odieux, suscitant une antipathie grandissante, tout en maintenant, malgré un certain malaise et quelques longueurs parfois pesantes, un intérêt notoire, voire une curiosité quasi scientifique. C’est troublant et désespérant, mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il faut un sacré talent (voire un certain goût du risque !) pour mener à bien cette mission insensée et l’on devine que c’est peut-être ce qui a provoqué l’attirance de l’éditrice passionnée que demeure Caroline Laurent pour ce roman dont la froideur assumée est aux antipodes de la chaleur qu’elle irradie ! – Magali Bertrand

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Avec Les Choix secrets, Hervé Bel nous propose de nous immiscer dans l’intimité d’une femme, depuis ses émotions d’adolescente jusqu’à un âge avancé. Elle a et aura toujours une haute estime d’elle-même, du milieu dans lequel elle évolue, ressenti que lui auront transmis ses parents, père officier, mère femme d’officier, qui ont surfé sur la vague de la période coloniale, ajoutant un vernis exotique à leur décor à une époque où il n’était pas si courant que ça de franchir les fuseaux horaires. Elle est somme toute assez odieuse, cette femme, imbue d’elle même, méprisante y compris à l’égard du mari qu’elle s’est choisie et qui sera son compagnon pour toute la vie. Et pourtant elle suscite la curiosité, et pas seulement pour savoir jusqu’où peut aller sa suffisance.
C’est un récit très intime, qui fait alterner les confidences à la première personne et un regard un peu plus extérieur. C’est assez désespérant et il vaut mieux aborder le roman avec un moral d’acier au départ, au risque de descendre de quelques étages dans l’escalier de l’optimisme à tout crin.. L’écriture sauve l’affaire, dans sa sobriété et son absence de jugement. – Chantal Yvenou

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Ce beau texte déconcertera probablement celles et ceux qui ont foi dans les capacités d’amélioration et de changement de l’être humain.

Au fur et à mesure des chapitres, on découvre Marie, tour à tour petite fille gâtée, amoureuse calculatrice, amie mesquine, épouse sournoise, mère dédaigneuse et belle-mère malveillante, vieille dame maltraitante pour son mari qu’elle aime et méprise tout à la fois.

Le dernier chapitre est glaçant, les masques tombent, la sécheresse du cœur et la lâcheté explosent au grand jour dans l’océan de saleté et de décrépitude que sont devenues la maison et la vie du vieux couple.  Au final, quelle tristesse !

Il m’a été difficile de m’attacher à cette perpétuelle insatisfaite, qui tout au long de sa vie, a fait les «choix secrets» du titre, qu’elle n’a cessé de traduire en actes et qui ont empoisonné le quotidien de ses proches : l’égocentrisme préféré à l’altruisme, la dureté à la compassion, la jalousie à la générosité…

Hervé Bel excelle à montrer cette vie toute petite, nourrie de frustration, de méchanceté et d’amertume. Son écriture est sèche, sans un mot de trop, à la Flaubert, se tenant à distance avec beaucoup d’élégance. – Marianne Le Roux Briet

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Marie est une femme qui a rêvé sa vie. De petite fille gâtée par un père fonctionnaire colonial, à l’épouse toujours insatisfaite d’un petit instituteur de campagne, en passant par la mère froide et hautaine de 2 garçons, elle se pose en éternelle victime. Personne ne souffre plus qu’elle et ne donne autant de sa personne. Alors qu’elle se pensait aimée de tous, les jours gris de la vieillesse font tomber les masques…

Lu dans le cadre de la dernière sélection anniversaire des 68 premières fois, ce deuxième roman d’Hervé Bel est une totale découverte pour moi. Et c’est une très belle surprise !

Avec une écriture très agréable, fluide et travaillée, l’auteur prend suffisamment de distance avec ses personnages pour nous laisser la place de les détester… Eh oui, car il s’agit bien de cela ! Marie est une femme à la fois méprisante, méchante, calculatrice, jalouse et immorale. Aucune pitié ni compassion ne peuvent venir adoucir les émotions que l’on ressent à son égard.
Mais ce personnage central est cependant tellement puissant et fort, qu’il attire presque notre admiration…

J’ai apprécié cette ambiance froide et triste, j’ai été peinée par le manque d’amour dans chacune des relations qu’entretient Marie et j’ai été horrifiée par le dernier chapitre… Une femme d’une telle inhumanité peut-elle exister vraiment ?
Aucun besoin de lire des thrillers sanguinolents pour toucher du doigt le malheur du monde… Il suffit de côtoyer Marie et vous effleurerez alors une moment d’une solitude extrême…

Merci à Caroline Laurent pour l’avoir suggéré et aux 68 pour nous l’avoir envoyé… – Audrey Thion

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Il ne suffit que de quelques pages, les premières, pour être happé par ce roman et par son héroïne, Marie, pour qui rien n’est simple, dès le début.
Après une ronde pour vérifier que toutes les ouvertures sont bien fermées, elle et lui peuvent monter dans leur chambre : « Tout est en ordre, le silence absolu. Elle peut se coucher, et lui aussi. » … « Dès qu’il se couche, il est pris de quintes qui s’espacent et qu’elle compte, en serrant les dents. Encore un petit moment à subir. Puis le silence. Il s’est abruti avec deux cachets et s’endort ; le silence et la couverture protègent Marie. »
Dès lors, tout s’enchaîne, la vie de Marie et le quotidien des jours où, âgée, elle revient sur son histoire. Fille d’un militaire installé dans les colonies françaises, Marie voyage beaucoup jusqu’à ses 18 ans et évolue dans le petit monde très fermé et courtisé des expatriés dans les colonies, une vie facile malgré le faible grade de son père, son pilier. Chaque été elle revient au pays et goûte aux joies de la campagne. Elle tombe amoureuse d’un instituteur et se fiance, repart à Saigon pour attendre sa majorité et se marier, fréquente là bas un beau militaire qui se déclare trop tard et finalement retourne en France pour épouser son « petit instituteur ».
La vie en province dans les années 30 n’a résolument rien à voir avec celle des colonies, sa vie de femme mariée différente de ce qu’elle avait imaginé, sa vie de mère aussi, et Marie rumine ses choix, au point de développer toutes sortes de paranoïas qui ruinent toutes ses relations avec les autres.
A chaque étape , Marie est triste mais toujours espère, et puis elle vieillit. « L’âge, c’est l’impossibilité de goûter à la nostalgie. A peine née, elle se recroqueville, se dissout, et c’est la mort que l’on voit au bout. Elle seule. A côté, toutes les simagrées sentimentales ne signifient plus rien. La tristesse, c’est encore la vie, l’espérance. Le désespoir, c’est autre chose, une plainte aride où le pleur est dérisoire. »
Son horizon se rétrécit, elle ne vit plus que dans sa cuisine, seule pièce chauffée, et sa chambre, en tête à tête silencieux avec l’homme qu’elle a voulu épouser, malgré ses doutes, et qu’elle ne supporte plus depuis sa nuit de noces. Une existence d’habitudes qui garantit sa tranquillité : « Tout n’est qu’habitudes dans sa vie ; elles sont, à ses yeux, ce qui peut la perpétuer. Les rompre, c’est ouvrir le torrent du temps. Or c’est ce qu’elle ne veut pas. Elle se plaint depuis des années de son enfermement progressif, mais c’est elle qui l’a voulu, elle l’a voulu, elle l’a voulu à la façon des empires qui, pour durer, ne cessent de se rétrécir. De moins en moins de monde à voir, une réticence instinctive à voyager, la prégnance croissante de codes compliqués pour entreprendre les actes nécessaires de l’existence, une solitude peu à peu bâtie tout en s’en plaignant… Sans se rendre compte qu’en voulant se préserver de la mort elle s’en est approchée doucement, pour devenir une non-morte. »
Malade, son mari souffre en silence, ou presque, et elle, s’enfonce dans une crasse noire, sordide, que seul son fils viendra surprendre afin de sauver son père et la laisser seule.
Quel roman puissant, par son écriture et ses questionnements… J’ai retrouvé la noirceur de Zola quand il décrit la déchéance de Nana, la misère des destinées des personnages de l’Assommoir aussi. Rien n’est de trop tant Marie est tourmentée et son âme sombre.
Roman moderne, actuel presque, sur la vie d’un couple construit sur les silences et les non-dits, sur les choix faits aussitôt regrettés puis analysés à l’infini.
Roman sur le sens de l’existence, sur l’élan de vie puissant qui nous anime tous à voir plus loin ou à attendre un instant, un an, ou une éternité, le bonheur, alors qu’il n’est peut-être que finalement la conséquence de nos choix, et qu’il est possible d’être heureux malgré des décisions pas nécessairement assumées.
Un gros coup de cœur pour moi.  – Emmanuelle Boucard Loirat
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Roman réaliste avec comme difficile sujet l’intimité d’une femme de l’adolescence à la vieillesse. J’ai trouvé la vieillesse particulièrement bien traitée mais j’ai été souvent saisie par le sordide, le misérable et cela me poursuit après avoir refermé le live. – Anne-Christine Busnel

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Lecture très particulière ….
Marie traverse sa vie de mécontentements en mécontentements
Tout y passe, sa condition, son mariage, son mari minable, ses enfants peu désirés  …
Tout n’est que critiques, désillusions, jalousies, regrets.
Rien ne la contente.
Ce n’est pas un moment de lecture désagréable , mais on reste effaré par l’existence (fort possible), d’une femme (ou plutôt un monstre) vraiment détestable !
Pauvres André, Pierre et Michel !!!! – Anne-Claire Guisard

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Ce texte est impitoyable et sans concession pour le personnage principal et pour les lecteurs. Marie est à la fin de sa vie et va nous raconter sa vie et surtout les choix qu’elle a fait ou pas fait dans le cheminement de son existence. A t-elle des regrets ou des remords, pas sûre mais elle est tout de même aigrie car même si elle a eu l’impression de faire de bons choix, certains choix restés secrets auraient peut être changer et améliorer sa vie. Ce portrait de femme est impitoyable car il nous parle très bien de la vie des femmes : elle a été une petite fille, choyée et vécue la vie facile d’une expatrié (en Indochine avec son père diplomate) mais à la retraite de son père elle est revenu en métropole. Elle a imposé à sa famille son mariage avec André, un jeune garçon qu’elle fréquentait pendant les vacances. Il est un simple instituteur, sans ambition et elle va mener une vie tranquille de femme au foyer mais aura toujours l’impression d’être sous classée. Elle va avoir deux garçons et va mettre ses ambitions, dans l’aîné, qui va faire Saint Cyr d’ailleurs, mais la guerre d’Algérie va le faucher. Son second ne lui apportera pas les ambitions qu’elle souhaite. Son petit fils va lui apporter des satisfactions mais lui aussi va vivre sa vie et oublier un peu ses grands parents. Des pages terribles sur la fin de vie de Marie et André, deux vieillards dans une vieille maison à la campagne. La lecture est quelquefois terrible mais si vraie, une écriture plaisante qui nous incite à continuer à lire cette histoire et à ne pas savoir s’il faut s’apitoyer sur cette femme, ou si on peut la comprendre, ou si on a envie de lui dire de se prendre plus en main et d’enfin dire et faire ce qu’elle a envie mais les choix ou non choix de la vie ne sont pas si faciles. Certains choix sont restés secrets mais aurait elle eu une vie plus facile si elle avait choisi un autre amour. Merci encore aux fées par cette sélection même si certains livre sont terribles mais ne laissent jamais indifférents. – Catherine Airaud

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C’est un genre a contrario des livres recherchés aujourd’hui, un genre absolu de l’horreur, de la médiocrité, de la méchanceté, de l’égoïsme… Si vous cherchez un texte éclairé sur la façon de faire des mauvais choix, de les répéter, encore et encore, de creuser la tombe de votre vie, si vous cherchez la description détaillée d’un modèle de vie raté, dans sa forme et dans son fond, ce livre est pour vous.
Bien écrit, bien décrit, jusqu’à l’extrême, jusqu’à la complaisance, que dire jusqu’au malaise, ce livre fait l’apologie de l’erreur, de l’horreur, de l’hypocrisie, du mensonge. Rien ne nous est épargné de la mesquinerie morale, à la pingrerie, à la radinerie, ni aucun détail repoussant des signes de la vie quotidienne. Nous allons suivre pendant 331 pages, le chemin des mauvais choix que fait délibérément Marie, aigrie avant l’âge.
Jeune fille d’une famille de militaires, elle vit en Orient, elle pourrait choisir la voie de l’éducation, mais préfère ne rien en faire, elle pourrait choisir un homme séduisant, sensuel, mais préfère se garder pour un fiancé ennuyeux, qu’elle pourra certes mieux maîtriser et se perdre dans un village minable. Tout commence ainsi, et j’ai ri de cette complaisance dans l’erreur jusqu’à la page 130, puis, masochiste que je suis, j’ai tout lu, jusqu’au bout. J’ai vu comment se marier pauvrement, plutôt que généreusement, couvrir de housses les seuls meubles séduisants, et vivre dans la cuisine, ne pas avoir l’eau courante, qu’elle soit chaude ou froide, j’ai vu comment vider des eaux usées dans les WC, je l’ai vu se maquiller et se parer pour se montrer au médecin, je l’ai vu cacher ses billets sous le bois dans la cave, j’ai vu comment rincer à l’eau froide la vaisselle utilisée, sans la brosser inutilement, j’ai vu comment utiliser la même poêle en fonte avec la même graisse pendant des années, j’ai compté les chicots dans la bouche grise du vieux mari malade…
Marie m’a montré comment aimer un fils et détester l’autre, et bien sûr, ce fils aimé est mort au combat… Marie aurait pu aimer alors ses petits fils, mais elle a préféré hair sa belle-fille, pas assez bien pour elle. J’ai entendu Marie se plaindre pendant 331 pages, mal vivre, mal vieillir, et détester sa vie.
Hervé Bel nous a tout montré de Marie et de son pauvre mari terrifié, puis mourant, les coliques, le dentier, la bave, les araignées,
Marie ne nous a pas parlé de ses accouchements, c’est presque dommage.
Si vous aimez les textes cruels, impudiques, méchants, ce livre est fait pour vous. Si vous aimez la vie, passez votre chemin, et allez vous promener, il fait si bon dehors.- Martine Magnin

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Une voix de femme octogénaire, Marie, évoque en une journée sa vie.

On entre dans l’intimité de cette femme suffisante, cruelle, qui s’est égarée dans ses désillusions et sa rancœur. Elle s’immerge dans l’exigence, l’abjection, les immondices (au sens propre et figuré) en attendant cette fin, en prenant soin de mépriser André avec lequel elle a choisi de passer toute une vie. Cette vie à côté de laquelle elle est passée, cet homme qui ne fait que la contrarier jusqu’à simuler une maladie !

Elle s’enferme et on assiste avec fascination à leur destruction.

C’est sordide, immoral, dérangeant… J’adore !!! – Alexandra Lahcène

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« Il n’y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux et ce présent dont il faut bien se contenter. Ce présent est sa prison.
Le temps n’a fait que traverser son corps. Il est passé, la laissant inchangée dans sa façon d’appréhender les choses et les gens. »
Marie aurait pu avoir une vie heureuse, simple mais heureuse. Mais c’était compter sans son insatisfaction chronique qui de l’enfance à la vieillesse a lentement mais sûrement empoisonné son quotidien. Sans son orgueil démesuré, sa jalousie. Manipulatrice, mesquine, incapable de donner sans reprendre aussitôt, soufflant le froid et le chaud, rendant malheureux tous ceux qu’elle prétendait aimer. Choyée par un père qu’elle adorait, vilipendée par une mère froide et peu aimante à laquelle elle voudra ne jamais ressembler, son besoin éperdu de reconnaissance l’a conduite à vouloir tout contrôler dans sa vie et celle de ses proches. Tout entière à son obsession du paraître, elle en a oublié de vivre tout simplement et pourtant aussi étrange que cela paraisse, elle a toujours été responsable de ses choix, quitte à s’en plaindre amèrement ensuite…C’est un huis-clos étouffant, un portrait de femme terriblement dérangeant, une peinture de la vieillesse dans ce qu’elle peut avoir de plus sordide, de plus triste. Une écriture aiguisée comme un scalpel pour l’autopsie d’une vie.
L’écriture d’Hervé Bel est d’une grande finesse et nous offre un portrait sans concession ni jugement terriblement réaliste avec une héroïne monstrueuse et fascinante, si insupportable, si forte et si fragile à la fois…
Rien dans le personnage principal n’est attirant et ne suscite la compassion, pourtant l’auteur réussit le tour de force de captiver le lecteur jusqu’au dernier chapitre, apothéose du naufrage de son héroïne… – Catherine Dufau

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Qui lira ce roman se rendra vite compte que le destin ne nous tombe pas dessus au hasard des karmas. Si on analyse le parcours de notre héroïne, on se demande rapidement si ces choix mentionnés par le titre, elle les fit réellement… Oui elle s’était entichée de celui qui allait devenir son époux, oui elle avait choisi entre deux hommes… Bon choix ? Mauvais choix ? peu importe, car son destin, ce sont son entourage, la société de l’époque, son milieu qui l’avaient probablement tracé avant même qu’elle ne vienne au monde : les études ? oui ! Chez les sœurs, afin de faire d’elle une bonne épouse qui resterait à la maison pour cuisiner pour Monsieur et repasser les draps du ménage… Quelques passages montrent bien comment on la conditionne… Et l’analyse psychologique qui suit est des plus intéressantes : Madame se marie par amour pour celui qu’elle ne connaissait peut-être pas vraiment, Madame s’aperçoit que ce n’était peut-être pas cet homme-là qu’il lui fallait, surtout qu’on l’avait élevée dans un milieu aisé, et que le salaire d’un instituteur… !!!

Et Madame s’ennuie, alors elle tente de paraître, elle organise des thés, dédaigne les réunions mondaines dans lesquelles elle n’est pas invitée, Madame perd son goût à la vie, alors elle devient envieuse, égoïste voire méchante avec son mari, ses enfants… Madame en veut à la terre entière…

Une vie bien triste, la vie d’une femme qui est devenue une prison pour elle-même, une femme qui peu à peu deviendra nocive…

Une source de réflexion pour tous les lecteurs qui liront ce roman noir au risque d’en sortir un peu choqués.

Respect pour cet auteur qui en exposant un tel destin, nous livre une leçon de vie. – Roselyne Soufflet

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