Grand frère – Mahir Guven

Goncourt du premier roman, mais également Prix Régine Deforges, Grand frère est un roman paru en 2017 aux éditions Philippe Rey et désormais disponible au Livre de Poche. C’est Odile d’Oultremont, auteure de Les Déraisons et Baïkonour qui a choisi de le proposer aux lecteurs de cette sélection anniversaire. Elle nous en dit quelques mots :

Grand frere

« Deux frères élevés en banlieue parisienne, l’un est chauffeur de VTC l’autre infirmier.
A travers les témoignages croisés de Grand Frère et Petit frère, on découvre la réalité d’une jeune génération franco-syrienne qui hésite entre forcer l’intégration uberisée de notre époque ou céder à l’illusion de la « terre promise » syrienne.
Mahir Guven dessine le portrait passionnant d’une fratrie sacrifiée à ses choix impossibles, avec un sens brillant du portrait. Sa langue est unique, décomplexée, tonitruante, c’est vif, c’est drôle, c’est terrible. J’en garde le souvenir de deux cœurs haletants, troublés, fiers et magnifiques.
Trois ans après, j’y pense encore, souvent, à ce roman. Et j’en suis heureuse. » – Odile d’Oultremont

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Les avis des lecteurs :

Dans une banlieue de Paris… Un homme, le daron de l’histoire, a perdu sa femme et tente autant qu’il peut, d’élever ses deux fils… L’aîné, Grand frère, est désormais chauffeur VTC. malgré son appart et son autonomie, tout n’a pas toujours été facile. Il a quitté l’école sans diplôme, s’est enrôlé dans l’armée pour en revenir perdu… Le plus jeune, Petit frère, est infirmier. Il est né pour soigner, pour venir en aide à son prochain. Il est tourné vers l’univers, vers Dieu, vers les religions. Plus calme et plus sérieux que son aîné, c’est pourtant de lui qui viendra leur fin à tous…

Sorti à la rentrée littéraire de 2017, je me souviens vaguement avoir entendu parler de ce roman. C’est grâce à la sélection anniversaire des 68 premières fois que je l’ai ouvert il y a quelques jours…

Et ce que je peux en dire, c’est que c’est une sacrée gifle… C’est un roman percutant, qui coupe le souffle, qui tord le ventre et vous submerge de questions.
C’est un roman qui sonne comme la banlieue, avec son rythme, ses mots, ses personnages emblématiques.
C’est un roman sur l’embrigadement, sur les bonnes volontés bafouées, sur les rêves piétinés et la dure réalité qui rattrape et casse tout.

C’est aussi une formidable déclaration d’amour fraternel. Le lien qui unit ces deux frères, l’incompréhension, la fidélité et la main tendue, à n’importe quel prix…

C’est enfin une histoire terriblement actuelle. Avec ces horreurs, ces blessures et ces pansements, qui tentent de masquer les douleurs et de sécher les larmes… – Audrey Thion

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Grand frère et Petit frère se racontent . Franco-syriens, ils ont suivi un parcours différent.
Grand frère est chauffeur Uber, essaye de se ranger suite à un passé de dealer .
Petit frère, plus intellectuel, infirmier compétent, s’en va faire « le docteur « en Syrie, pour pouvoir sauver des vies et trouver sa voie.
Il abandonne son frère, son père ( son daron ), la vieille ( sa grand mère ) sans les avertir.
Et s’il revenait ?

Livre très poignant qui évoque la reconstruction de ceux qui sont restés, qui se questionnent, qui condamnent et qui pardonnent. Et les désillusions de ceux qui partent. Le style mélangé d’argot et de verlan et souvent comique permet d’affronter la gravité des thèmes de l’intégration et de la radicalisation.
Tout à fait réussi . Goncourt du premier roman , mérité ! – Anne-Claire Guisard

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Premier roman à deux voix, celles de Grand frère et petit frère qui parlent tour à tour. Leur père est syrien, leur mère bretonne est décédée trop tôt. Ils grandissent en banlieue, font du foot… Leur père est chauffeur de taxi. Grand frère loupe son bac, part à l’armée et revient démobilisé pour schizophrénie. Après quelques déboires avec la loi, il devient chauffeur de VTC. Petit frère après des études d’infirmier travaille au bloc opératoire à l’hôpital Pompidou.

Petit frère disparaît du jour au lendemain, parti faire de l’humanitaire en Syrie sans prévenir son père et son frère qui passeront de nombreux mois à le chercher.

Dans ce roman Mahir Guven aborde de nombreux sujets d’actualité : les problèmes rencontrés par les chauffeurs de taxis face à la concurence des ubers, l’exploitation des chauffeurs ubérisés, la difficulté à sortir de la banlieue et à s’intégrer dans la société, la religion, les départs en Syrie, les désillusions, l’impossibilité de rentrer en France…

Malgré cela, j’ai trouvé que Grand frère avait une vision très positive sur ce que la France pouvait leur apporter.

Ce qui frappe d’emblée c’est le style inspiré du parler de la banlieue mais très lisible et compréhensible.

Et s’il faut une seule bonne raison de lire ce livre c’est son épilogue. – Michèle Letellier

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Un roman et deux témoignages. Celui du grand frère, qui raconte son parcours : son enfance, l’armée, où il a échoué, le deal, les démêlés avec la justice, sa vision de son daron aux idées bien arrêtées qui semble-t-il n’auront d’influence que sur l’aîné, des amours, une liaison « vite fait » comme il le laisse entendre, son lien avec Gwen, policier paternel non désintéressé, ses tourments au sujet du petit frère, infirmier, parti sans prévenir pour travail dans l’humanitaire… Tous ces propos sont d’une grande sincérité, ce personnage « nature » voit et juge le monde de façon très logique, conscient de ses faiblesses, mettant en doute sa façon de s’exprimer, ce langage qui immerge dans la réalité de vie des protagonistes et qui pimente agréablement la lecture.

Un grand frère émouvant qui accroche le lecteur avec ses inquiétudes, car à travers ses réflexions, on voit se profiler des soucis et on peut envisager de terribles épreuves pour ces deux frères et leur famille : un famille à la fois unie et  désunie : la mère décédée, la grand-mère en maison de retraite, le père, conducteur de taxi en conflit avec son fils aîné, (l’auteur aborde alors le problème des VTC), toutefois, un père aimant, à sa façon, capable de remuer ciel et terre à la recherche du cadet disparu, un grand frère qui crie sa colère face au comportement de ce jeune qui semble prendre le chemin de la radicalisation, sujet brûlant que l’auteur amène avec délicatesse, permettant au lecteur de découvrir lui-même l’ampleur du problème et la façon dont on peut le vivre quand on est dans une famille d’émigrés.

Un autre thème abordé : le déracinement et la quête d’une identité : qui sont-ils ces deux frères ? Mère Bretonne, père Syrien, impossibilité de lien avec le pays, les uns pratiquant une religion, les autres non, pas facile de prendre des repères pour un grand frère qui se cherche sans parvenir à répondre à toutes ses questions.

Que dire de mon ressenti de lecteur quant du récit : une tension qui monte tout au long du roman, une inquiétude grandissante, une fin surprenante.

Un récit poignant, et surtout un roman ou transparaît un amour fraternel fort et sincère.

Une bonne réflexion sur le problème de l’émigration. – Roselyne Soufflet

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Il y a de l’écho dans ma PAL…

Les propositions de premiers romans d’Odile d’Oultremont et de Gabrielle Tuloup de cette sélection exceptionnelle des 68 premières fois se sont mystérieusement suivies entre mes mains, créant dans mes lectures l’une de ses curieuses résonances dont seuls le hasard et la littérature ont le secret.

C’est ainsi que j’ai découvert tour à tour « Grand frère » de Mahir Guven, Prix Goncourt du Premier Roman en 2018, excusez du peu, et « Le chien de Schrödinger », de Martin Dumont, discret premier roman d’un homme plus habitué à créer des bateaux qu’à les monter pour en faire toute une histoire. Chacun dans sa langue, chacun dans son style, ils nous invitent à devenir les témoins attentifs et bienveillants d’une douloureuse histoire d’hommes, d’une histoire de père et de fils qui ne suit pas la voie qu’on aurait pu espérer, celle qu’on était en droit d’attendre de la vie si elle s’était montrée moins cruelle, moins retorse.

Dans chacune, il est question d’un père, chauffeur de taxi qui avale les kilomètres cramponné à sa plaque et à l’espoir de courses nocturnes bien payées pour pouvoir continuer à envisager l’avenir pour lui et sa famille, malgré tout. Il est question d’une mère, d’une épouse, partie bien trop tôt pour avoir laissé derrière elle des souvenirs et des hommes terminés, solides sur leurs pattes, vaillants face à la vie et sans ce regret lancinant d’un amour, d’une douceur, d’un parfum, d’un lien qui faisait tenir debout, qui faisait tenir ensemble. Il est question de fils qui ont tenté de trouver dans le silence parfois bourru mais toujours aimant de ces pères solitaires des raisons de grandir, de fils qui s’en vont sans qu’on comprenne pourquoi ni comment continuer à vivre avec cette douleur en plus. Et puis, il est question de choix, ceux que l’on fait, bons ou mauvais, ceux que l’on croit faire et qui nous échappent, ceux que l’on regrette et ceux que l’on aimerait ne jamais avoir eu à faire.

Rien n’est simple ni tranché, rien n’est manichéen dans ces vies d’hommes si différentes et si proches, et, si leurs mots ne sont pas les mêmes, s’ils n’ont ni la même tonalité ni la même force, s’ils ne prennent pas la même voie (la même voix) pour y parvenir, Mahir Guven comme Martin Dumont ont su donner à leurs personnages des contours et une réalité qui ne laissent ni insensible, ni indifférent. Dans les deux cas, très belle découverte ! – Magali Bertrand

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Un bouquin coup de poing sur un sujet, très actuel, le destin d’une fratrie d’origine syrienne dans la société française partagée entre la débrouille, une certaine intégration dans une société et un univers globalement difficile et le retour à ses origines, ici se sentir une vocation de défenseur d’un peuple en guerre. Un destin différent entre deux frères ; pour l’un chauffeur VTC, accessoirement indic par contrainte, à son compte après un parcours de petit délinquant et son frère infirmier qui va vouloir choisir l’humanitaire en Syrie avant de glisser vers le terrorisme.

Conflit générationnel avec un père – chauffeur de taxi ayant choisi l’intégration la plus totale possible dans sa patrie d’adoption, peu sensible à la pratique religieuse et ses fils tous deux plus versés vers une certaine pratique de la religion musulmane mais aussi marqués par une société française de la banlieue assez inégalitaire.

Le lecteur est entraîné par des chapitres courts par chacun de ces deux frères dans leurs évolutions, leurs choix de vie et d’orientation. A l’heure où le frère parti en Syrie revient en France après un parcours particulièrement chaotique et de plus en plus violent, quel est son véritable dessein, comment va t’il être perçu par ses anciens amis et son père ? Quels choix va devoir faire  son frère pour sauvegarder les liens familiaux, pour éviter le pire s’il devait survenir, comment gérer les silences et les absences de son petit frère ?

De nombreuses pistes, constats de toute sorte sont autant de voies que le lecteur va devoir suivre avec une écriture parfois âcre et un certain suspense aménagé jusque dans les dernières pages. – Olivier Bihl

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Grand Frère, c’est celui qui, après une jeunesse agitée faite de trafics et de petits délits, a choisi de se ranger et fait désormais des journées à rallonge au volant de sa voiture pour gagner sa vie comme chauffeur VTC. Le petit frère, lui, après être devenu infirmier, a progressivement glissé dans la religion, fréquenté les milieux intégristes de l’Islam et a finalement décidé de  partir en Syrie par idéal et pour se rendre utile en soignant ceux qui en avaient tant besoin. Ce départ en Syrie hante les pensées du grand frère et il tente de comprendre comment tout a pu basculer, en rejouant le film de leur enfance et de leur histoire familiale, de leur passé qui les relie à la Syrie, ce pays que leur père a dû fuir jeune. En parallèle, le petit frère raconte ces rencontres qui l’ont fait dévier d’une vie calme et toute tracée en France, la décision de partir, le voyage et le piège qui s’est refermé sur lui, son retour en France pour commettre le pire.

J’ai aimé ce récit à deux voix qui se répondent et nous laissent entrevoir, quelque part entre ces deux vérités, l’attachement fraternel très fort qui demeure au-delà de la colère et de l’incompréhension de chacun à l’égard des choix de l’autre. Le langage est celui des jeunes de banlieue (heureusement, il y a un glossaire !), il nous plonge dans le caléïdoscope de cette jeunesse aux facettes si variées et qui essaie de se frayer un chemin entre délinquance et intégrisme.

Grand frère est une belle découverte de cette saison des 68 premières fois, un livre que je n’aurais certainement pas lu sans qu’il me soit proposé et que j’aurais certainement refermé en jetant un œil sur quelques pages, rebutée par le langage. Je suis heureuse d’avoir franchi le pas et partagé ces moments avec ce Grand Frère. – Nathalie Ghinsberg

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Roman social et psychologique déroutant, percutant, bluffant, Grand frère est un premier roman sacrément maîtrisé.
Déroutant pour moi en raison du vocabulaire employé, un mélange d’argot, d’arabe, de sabir des cités donnant naissance à une langue brute et râpeuse, violente et imagée. Heureusement qu’il y a un glossaire en fin de livre !
Percutant car il donne à voir sans masques ni faux semblants une réalité qu’il est beaucoup plus confortable d’ignorer, celle de tous ces émigrés arrivés en France dans l’espoir d’une vie meilleure et à qui la société ne laisse pas vraiment de chance, de toute ces générations nées en France mais coincées entre deux cultures et qui ne trouvent pas plus leur place.
Bluffant dans sa construction et la tension psychologique croissante qui accompagne l’histoire. Bluffant aussi par cette fin que je n’ai pas vue venir et que j’ai trouvée excellente.

Grand frère raconte sa vie depuis sa voiture (il est chauffeur Uber), son quotidien, ses galères, son père chauffeur de taxi syrien jamais remis de la mort trop précoce de sa femme bretonne, qui cuisine pour son fils pour lui transmettre un peu de sa culture, sa grand-mère rapatriée d’Alep installée dans une maison de retraite, son frère plus jeune, plus intellectuel, infirmier, parti depuis trois ans en Syrie, dont ils sont sans nouvelles. En écho et en alternance de chapitre, Petit frère raconte son quotidien à lui, très crédible et plutôt terrifiant de mon point de vue…

Personnellement, en raison du vocabulaire utilisé, j’ai trouvé ce roman difficile à lire, question de génération sans doute, bien qu’il soit terriblement efficace et d’une finesse psychologique remarquable ! J’avoue que la fin m’a bluffée et que du coup j’en ai oublié mes réticences ou les pauses qui m’ont été nécessaires au cours de ma lecture… Un auteur à suivre… – Catherine Dufau

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