Pourquoi le saut des baleines – Nicolas Cavaillès

Ce curieux petit livre, ni roman, ni récit a été choisi par Gilles Marchand après mûre réflexion, avide de faire découvrir un texte original et singulier aux lecteurs des 68 premières fois. Gilles Marchand fut l’un des auteurs découvert lors de la première année des 68 premières fois avec Une bouche sans personne. Il a depuis publié Un funambule sur le sable et Des mirages plein les poches (recueil de nouvelles). Son troisième roman Requiem pour une apache vient de paraître chez le même éditeur, Aux Forges de Vulcain. Pour l’heure, Gilles nous dit quelques mots sur Nicolas Cavaillès et le saut des baleines…

Pourquoi le saut des baleines

 

« Il y a des livres qui marquent parce qu’on a l’impression qu’on n’avait rien lu qui y ressemblait. Je me souviens d’avoir ouvert Pourquoi le saut des baleines sans trop savoir à quoi m’attendre. Je me suis laissé prendre, je ne l’ai plus lâché. C’est une prose magnifique, un livre très court qui nous habite longtemps.

On sent une espèce de jubilation de Nicolas Cavaillès qui s’attaque à l’un des grands mystères de la nature. Je dois confesser qu’il y a des mystères qui me fascinent et que j’adore l’idée de ne jamais pouvoir les percer. On ne sait pourquoi l’on bâille. Et on ne sait toujours pas pourquoi les baleines soulèvent leur incroyable masse et la balancent hors de leur milieu naturel.

Aujourd’hui encore je ne parviens pas à savoir si Nicolas Cavaillès a mis la poésie au service de la science ou la science au service de la poésie. Il doit s’agir de l’une des définitions possibles de la littérature. »Gilles Marchand

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Les avis des lecteurs :

Pourquoi les baleines propulsent-elles leurs tonnes de chair au-dessus de l’eau en retombant dans des gerbes d’écume ? C’est une des questions fascinantes qu’on se pose dès l’enfance, auxquelles les mères excédées répondent souvent : « parce que ». Il faut bien alors s’en contenter. Et puis les années passant, la question et le mystère ressurgissent, mais jamais la physique, l’océanographie, la zoologie, la protection de l’environnement n’apportent de réponses convaincantes ; sans compter les artistes, écrivain.e.s, poètes ou même les piliers du café du commerce : il semble que ni rien ni personne ne permette jamais de répondre à la question une bonne fois pour toutes.

Avec l’entêtement d’un enfant et la rigueur d’un scientifique, Nicolas Cavaillès empoigne la question à bras de corps, fait l’inventaire du savoir sur la question, émet des doutes et des suppositions, imagine et problématise, sans jamais être sûr de percer le mystère.

Difficile de ne pas se laisser prendre par cette langue ciselée qui entraine avec jubilation sur les vagues et au fond des mers, dans un maelstrom de pure poésie, de vérités scientifiques et d’absurde ouvrant sur des abîmes métaphysiques, une piste étant que si l’homme sort de sa condition humaine par l’acte créatif, la baleine fait peut-être de même, se jetant hors de l’eau pour sortir de sa condition de mammifère marin.

Un texte aussi court (64 pages) que passionnant, drôle et vertigineux.- Marianne Le Roux Briet

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La question est  :  pourquoi Pourquoi le saut des baleines ? Non ce n’est pas une erreur de frappe !

Dans ce court essai aussi philosophique qu’écologique, le scientifique n’est pas oublié ; il y a fort à parier que la lecture constituera pour nombre de lecteurs une découverte du monde des cétacés, grâce à l’érudition de son auteur. Mais derrière ces déclinaisons qui cataloguent  toutes les espèces  de baleines et des supputations concernant leur conduite spectaculaire qui nous permet de les apercevoir  hors de l’eau, selon des figures caractéristiques de l’espèce, se cache un autre propos. Le pourquoi semble bien reprendre ce tic enfantin qui représente une étape dans le développement. Question qui attend à peine une réponse. L’anthropomorphisme assumé de l’auteur lui permet de reprendre  à son compte les questions fondamentales. Qu’est-ce que le bonheur? La vie vaut-elle la peine d’être vécue?

Alors le saut des baleines? Hasard ou nécessité. – Chantal Yvenou

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Telle est la question ! Pourquoi donc les baleines (et les cétacés en général) sautent-elles ? Les hypothèses et les explications sont aussi nombreuses que saugrenues. On dit « qu’elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, pour communiquer, séduire en vue d’un accouplement, pêcher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l’espadon et le requin, s’étirer, s’amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude » . Aucune de ces explications n’est satisfaisante. Et si elles sautaient pour le plaisir de sauter, simplement pour s’élever dans les airs de façon majestueuse pour retomber plus lourdement ensuite, uniquement parce qu’elles peuvent le faire ? Non, elles ne sautent pas pour nous faire plaisir (quoique), elles sautent avant tout pour SE faire plaisir : « le saut fournirait à la baleine son ivresse, une fête solitaire, un peu suicidaire peut-être, une sortie, une libération exaspérée, si brève soit-elle, une expérience totale soulevant le monstre de sa tête jusqu’à sa nageoire caudale, une secousse monumentale pour se soustraire un instant à la tautologie sous-marine ». L’auteur rejette d’ailleurs d’emblée l’accusation d’anthropomorphisme : « l’humain n’a pas inventé l’ivresse, l’éréthisme, le suicide ni la transcendance » . Les baleines ne sautent pas par-dessus quelque chose comme les humains, ni pour aller quelque part, ni pour aller plus loin. Elles sautent pour retomber.  Plus le saut est majestueux, et hélas, plus dure est la chute. Le léviathan des mers, si l’on en croit la Bible, aurait été créé « pour  jouer dans l’eau ». Explication vaseuse, il n’y a aucune dimension de jeu dans ce mouvement.

Cet essai ne cherche pas à expliquer le comportement des baleines, ni le pourquoi de leurs sauts : il n’y a pas d’explication. Ce sont nous, les humains, qui cherchons à tout prix à tout expliquer, à tout mettre en équation. Avant d’être un « essai cétologique », c’est avant tout une prouesse  littéraire, de la même façon que le saut de la baleine est une prouesse contre la gravité terrestre et la résistance de l’eau (800 fois plus résistante que l’air ). Je cite à nouveau l’auteur : « le saut marque un trop-plein d’énergie et d’oisiveté, une surexcitation sans objet, dont l’angoisse éruptive est paradoxale : à sa source, l’innocence métaphysique et le sentiment funèbre du vide ».

Et ce magnifique paragraphe plein de poésie : « englué là depuis de longues heures, dans la prison silencieuse et glacée d’une immensité d’eaux calmes où il flotte médiocrement, le mégaptère (…) finit à un moment donné, excédé, par remonter avec précipitation vers la lumière, vers un au-delà, vers quelque échappatoire, et soudain, sa queue s’emballe, il s’élance vivement à travers les flots, transperce la surface de l’océan, et surgit, explose dans les airs tel un ilot noir ou quelque rocher de cendre pétrifiée, polie et lubrifiée, tout en se contorsionnant, les ailes tendues, les sillons gulaires étincelants, le dos renversé par-dessus la péninsule du Kamtchaka tout entière et les iles du Commandeur en prime, par-dessus les geysers et les cimes enneigées ».

Il n’y a rien à ajouter , tout est dit , bravo à l’auteur !  – Michel Carlier

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« Plus on classe, plus on inventorie, plus on dépiaute, plus on contrôle les choses, plus elles deviennent fades, et plus on échoue à les approcher et à les entendre (…). Heureux celui qui contemple un ciel étoilé sans y distinguer de constellations prédéfinies, heureux celui qui traverse un paysage que ne défraîchissent aucune abstraction linguistique ni culturelle, aucun nom ni aucune anecdote historique, heureux et sage celui qui vogue sur une mer anonyme. »

Cétologue ou écrivain, les deux mon capitaine ! Nicolas Cavaillès décline observations, descriptions, et connaissances des baleines et cétacés autour d’une question : pourquoi les baleines sautent-elles ? Mais l’auteur étend l’énigme bien au-delà de l’interrogation, dont le point est absent du titre, au-delà des hypothèses, faits et recherches scientifiques. La poésie des mots qui nomment les espèces animales et leurs particularités agrémente une pensée philosophique en ce qu’elle vient dire l’existence dans son ineffable et inénarrable mystère.

Ce texte nous est présenté comme une « fantaisie littéraire » et en effet il détonne par son originalité. Plus qu’une fantaisie, il propose forme et fond à la question du futile, de ce qui est jugé inutile, ne s’inscrivant pas dans une chaîne de besoins et de nécessités. Le saut inexpliqué de la baleine ainsi exposé avec force détails et indications biologiques incarne le temps de l’ignorance, l’instant de l’acte gratuit détaché de tout sens, de toute servitude car il ne sert proprement à rien, à rien qu’on ne puisse justifier, valider, catégoriser…

La lecture de ce petit traité expérimente parfaitement le superbe, majestueux, retentissant lâcher prise de la baleine en ce qu’il ne nous amène nulle part sinon dans un souffle de liberté, souffle expulsé afin d’échapper à sa condition déterminée, peut-être ! « Mais quand bien même leur existence animale se réduirait tout entière à une immense machine à perdre du temps et à leur noyer la vie dans de médiocres soucis, sociétés débilitantes, activités stériles, migrations routinières et litanies monologiques, les baleines, dans la sagesse convexe que nous leur prêtons, envisagent tout de même une poignée d’instants de leurre tels qu’elles puissent se sentir comme des êtres singuliers imposant leur réalité au monde extérieur, et non comme des êtres sans substance jouant leur maigre rôle dans un vaste mécanisme dépourvu d’intérêt. »

Elan sublime, moment de grâce, ce saut requiert pourtant une force, une puissance phénoménale pour se projeter ainsi hors de son élément, hors de soi et savourer le temps de quelques secondes la légèreté d’un corps envolé, la plongée magnétique et transperçante d’un corps maritime dans la reconquête renouvelée de son espace, dans l’éternel retour à son milieu indispensable, vaste cachot océanique. « Dans tous les cas, notons-le bien, les bonds s’offrent comme l’image d’une quête angoissée de liberté. D’une manière ou d’une autre, pour les baleines qui sautent hors de l’eau, la vie sous-marine échoue si bien à se suffire à soi-même et à se donner pour sa propre et seule fin, qu’elle les pousse par instants à s’évader dans les airs, quoique ce saut si bref puisse paraître plus vain encore que le reste. »

C’est le saut du désespoir ou l’envol courageux, heureux de celui qui sait. Fascinante nature qui nous rappelle à notre condition et nous invite à en oublier le poids fatal, à en goûter tous les possibles inexpliqués qui nous font sentir vivant, quand bien même nous n’en puissions rien comprendre. Et à quoi bon toujours s’épuiser à savoir, à maîtriser, drame de notre ère moderne !  « …nous ne saurons jamais pourquoi les baleines bondissent, ni même pourquoi nous nous le demandons. Ce maudit pourquoi se nourrit de tout, et ne recrache rien : dans le fond, on ne sait jamais pourquoi rien du tout. (…) Pourquoi tient du cruel attrape-nigaud, sinon de l’instrument de torture. A voir la baleine se déchirer dans les airs, on devine d’ailleurs qu’elle n’ignore pas ces deux syllabes crucifiantes, pourquoi, ces huit lettres que rien ne rassasie, qui obligent à mille et une contorsions toutes vaines. »

 La frontière est mince entre l’étrange et le merveilleux, les deux suscitant toujours le questionnement. Le terme anglais « wonder » englobe cette paradoxale énigme et l’aventure d’Alice nous plongeait en son cœur…Le court texte de Nicolas Cavaillès ne m’a pas évoqué l’univers de Lewis Caroll mais sa forme inédite, son récit étonnant , lui-même difficile à cataloguer, suscite la surprise, nous immerge dans une interrogation sans réponse et surtout, surtout nous éblouit du merveilleux dont recèle le monde, merveilleux qu’il nous faut accueillir sans le maîtriser, et peut-être juste lui être reconnaissant. Ce petit livre à la fois fouillé et sans prétention puisque sans réponse, incarne cet hors-piste, une autre forme d’art, l’art cet inutile indispensable : c’est un saut, un bond, un looping littéraire pour célébrer la beauté du geste, la fugacité du magique, la grâce d’une échappée exactement comme le fût le temps de cette lecture. – Karine Le Nagard

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« À chaque naissance de baleine, la mer fait une vague. »  Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages

« Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n’a pas été tranchée. »

Le sera-t-elle jamais ? Et d’ailleurs, faut-il qu’elle le soit ?

J’ai découvert ce petit livre grâce à une rencontre avec l’auteur organisée par ma librairie, Ombres Blanches à Toulouse, en 2015. Il venait de recevoir le Prix des Gens de Mer. Ma curiosité avait été piquée, je l’avais acheté. Bien m’en avait pris. Pourquoi le saut des baleines n’est pas un essai assommant sur les cétacés ; c’est, comme l’annonce la 4e de couverture, un « essai cétologique autant que [une] fantaisie littéraire. »

Fantaisie littéraire, c’est bien cela que j’en avais retenu, avant cette relecture, 5 ans plus tard dans le cadre des #68premieresfois.

Cette fantaisie cétologique nous arrache l’espace de quelque 70 pages à la pesanteur d’un monde devenu bien sérieux, en nous invitant à prendre notre « envol » avec ces lourds mammifères marins.

Fantaisie fantaisiste ?

Non.

Nicolas Cavaillès n’est pas cétologue, il est écrivain. Et s’il reconnaît avoir lu quantité d’ouvrages pour nourrir son essai, il a le bon goût de n’en faire ni étalage ni tapage.

Fantaisie poétique ?

Oui.

Pourquoi le saut des baleines, oublieux du point d’interrogation, propose une approche moins scientifique que poétique. Nous devinons à cette absence qu’il ne s’agira pas de répondre à la question pourquoi diantre les baleines sautent-elles… même si on ne sait toujours pas pourquoi elles le font !

« Ce maudit pourquoi se nourrit de tout, et ne recrache rien : dans le fond, on ne sait jamais pourquoi rien du tout. »

Les premières pages passent en revue la classification des différents cétacés, le saut spécifique à chacun d’eux, tels le « saut carpé-flanché intégral vrillé » ou encore l’« érection céphalique flanchée », avant que l’auteur n’en vienne à envisager des hypothèses, toutes d’une extravagante vraisemblance et dont je dirai le moins possible pour ne pas gâcher le plaisir de votre lecture. Car plutôt que de s’abandonner à l’aridité des faits pour tenter d’en extirper quelques conclusions risquées qui échappent toujours,

« Comme il fallait s’y attendre face à un tel sujet, le miroitement de la baleine en son mystérieux saut soulève des vagues proliférantes de questions qui s’éternisent dans notre océan d’intranquillité, tandis que les rares réponses à y poindre s’évaporent vite ; nous ferons mieux de tout abandonner ici, sans espérer nulle synthèse ni aucune forme de couronnement des différentes hypothèses soutenues plus haut, et en acquiesçant à ceci, leur antithèse à toutes : nous ne saurons jamais pourquoi les baleines bondissent, ni même pourquoi nous nous le demandons. »

 il est bien plus intéressant d’approcher ce mystère avec imagination et de rêver, oui je crois, de rêver les raisons qui font que les baleines sautent. On ne trouvera donc rien de cartésien, rien qui tente d’apporter une réponse sûre, incontestable, scientifique, à telle enseigne que le chapitre qui revisite la poussée d’Archimède est désopilant. Nicolas Cavaillès nous invite à lâcher prise : pourquoi le plaisir à laisser les énigmes irrésolues, pourquoi la futilité de l’absurde, pourquoi l’épuisement de notre vocabulaire rationnel.

« Salio quia absurdum : tout le monde a droit au non-sens, le philosophe comme le poète, le cachalot comme le mystique ; ils font tous les mêmes bonds abscons. »

Pourquoi faudrait-il avoir réponse à tout ? poser des équations sans aucune inconnue sur notre monde ?

« Plus on classe, plus on inventorie, plus on dépiaute, plus on contrôle les choses, plus elles deviennent fades, et plus on échoue à les approcher et à les entendre […] Tel Orphée se retournant vers Eurydice, l’humain perd ce dont il s’enquiert, il dénature ce qu’il veut connaître. Heureux celui qui contemple un ciel étoilé sans y distinguer de constellations prédéfinies, heureux celui qui traverse un paysage que ne défraîchissent aucune abstraction linguistique ni culturelle, aucun nom ni aucune anecdote historique, heureux et sage celui qui vogue sur une mer anonyme. »

Ces mammifères marins sautent donc apparemment « sans loi ni finalité », ni pour franchir un quelconque obstacle, ni pour gagner en célérité, ni…, ni…, ni… Non, les baleines ne s’arrachent aux eaux sombres de l’océan que pour y replonger.

« Le bond : instant d’évasion, faux-fuyant, dérobade face au dégoût, aux flots glacés et aux sociétés de toutes les espèces – dans quoi l’on retombe hélas déjà, avec fracas, écume et amertume. »

Nicolas Cavaillès, conviant au hasard des pages Glenn Gould, Nietzche ou Dostoïevski, esquivant opportunément le monstre marin et littéraire Moby Dick, joue à égrener des parce que dont il sait pourtant par avance qu’ils ne trancheront rien et dont je retiens le dernier, parce que (!), plus que tout autre, il me semble s’adresser à ceux d’entre nous empêtrés dans un quotidien anonyme :

« Se venger de la fadeur de l’existence. »

Pour découvrir les autres conjectures lancées par cet auteur facétieux, je vous laisse sauter dans ce petit bijou littéraire, superflu donc indispensable, dans ce condensé saugrenu de dérision qui a le bon goût de n’entrer dans aucune catégorie.

Quelle bonne idée, Gilles Marchand, de l’avoir choisi pour la sélection anniversaire 5 ans des 68 premières fois !  – Christine Casempoure

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Ce livre est aussi petit qu’une baleine est énorme ! Très déconcertée par cette lecture j’ai rapidement été prise dans un état jubilatoire. Une lecture totalement délicieuse, originale, déroutante, lumineuse, pleine de science et d’humour. Je dois avouer que je suis partiale; d’une part j’aime les livres différents des autres, imprévus et non consensuels; mais aussi je suis la mère d’un pêcheur, un petit enfant qui a commencé à s’intéresser aux poissons dès l’âge de 18 mois, qui a rarement quitté sa canne à pêche, et qui en a fait avec succès son métier. J’ajoute pour les âmes sensibles que les poissons pêchés, sont pesés, mesurés, et câlinés et remis à l’eau ! Le reste du temps il regarde l’eau passer et les poissons sauter ou non pour se nourrir ou jouer.
L’auteur Nicolas Cavailles a ce talent de l’observateur né, il aime regarder, comprendre et se régaler des salto arrières des cétacés, il aime la vie, la nature, et je suis conquise par ses mots, ses blagues, son instruction, son empathie.
Ce livre est un petit bijoux, merci à lui et aux 68 ! – Martine Magnin

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Arctique, noire, grise, bleue, à bosse, rorqual… les cétacés se projettent soudain hors des flots et y retombent lourdement dans un immense jaillissement d’écume. Comme Icare attiré par la brillance du soleil, comme une tentative d’exil de leur élément vers un autre qui leur est aussi nécessaire que fatal, comme la réminiscence d’un passé d’oiseau, comme le besoin d’éprouver la masse de l’air et d’en comparer les effets avec celle de l’eau, comme une pulsion absurde qui contraint le corps à se confronter à l’inconnu…

Nicolas Cavaillès a beaucoup observé de nombreuses baleines ou s’est sérieusement documenté pour proposer cet essai aussi poétique que scientifique. Il décortique les sauts selon les espèces, en mesure la durée, la fréquence, les variations et explore ensuite de nombreuses hypothèses, toutes plus insatisfaisantes les unes que les autres.

Loin de tout anthropomorphisme, ce court ouvrage (64 pages) s’aventure dans les profondeurs abyssales des questions sans réponse (voire des réponses sans question) sur un ton subtilement parodique qui m’a parfois rappelé Monsieur Cyclopède et ses réjouissantes minutes nécessaires.

Sans m’enthousiasmer outre mesure, j’ai bien aimé ce petit bouquin qui surfe entre sciences, métaphysique et philosophie, à l’écriture espiègle et gorgée d’une poésie onirique. Il a eu sur moi un pouvoir un peu hypnotique, comme s’il me donnait à voir au ralenti des baleines bondissant indéfiniment hors de l’eau.

Et pourquoi sautent-elles ainsi ? Parce que. – Sophie Gauthier

 

 

2 réflexions sur “Pourquoi le saut des baleines – Nicolas Cavaillès

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