Sauf que c’étaient des enfants – Gabrielle Tuloup

« L’enfance a une date de péremption, pas la même que celle indiquée sur les paquets. Elle pensait qu’elle avait le temps de voir venir. On ne voit jamais rien venir. »

 

Sauf que c etaient des enfants

 

Il était une fois, dans un collège de Stains, une jeune fille ose parler. Malgré la peur des représailles, les violentes menaces ou les images qu’on lui attribuera, Fatima désigne un à un les huit garçons qui l’ont violée. Consternation au sein du corps enseignant, des familles, des surveillants… Comment gérer cette situation ? Comment parler aux élèves ? Comment les protéger encore un peu de ce monde terrifiant qui les gifle de plein fouet ?

Gabrielle Tuloup a un talent certain pour nous raconter des histoires. Elle a un style si particulier pour évoquer des situations compliquées, dures et perturbantes. Elle possède une écriture poétique et douce, qui donne encore plus de poids aux mots qu’elle choisit.

Parce qu’au delà du fait divers, dans son second roman, l’auteur réussit avec succès à nous plonger dans une ambiance pesante, oppressante et déstabilisante. Car c’est avant tout à l’entourage de ces garçons qu’elle s’attache : le principal du collège, les surveillants, les professeurs, la CPE et bien entendu les familles. Sans ajouter de détails sordides, Gabrielle Tuloup évoque les conséquences d’une telle arrestation.
Elle nous pousse à nous interroger sur les notions de victime, de bourreaux, et de simples spectateurs. Elle mêle ensuite les histoires et tout ce qu’une telle agression pour éveiller en chacun de nous.

Mettre des mots sur l’indicible… Avoir la force et le courage de sortir du déni… Nommer un acte sordide et l’empêcher de tomber dans l’oubli… Et enfin se reconstruire…

Un grand merci aux 68 premières fois pour cette sélection qui démarre sur le ton de la sensibilité et de l’émotion… – Audrey Lire & Vous

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Ayant beaucoup aimé « La nuit introuvable »  j’ai lu « Sauf que c’étaient des enfants » dès sa sortie avant de savoir qu’il ferait partie de la sélection des 68.

Un matin le principal d’un collège de Stains voit débarquer la police. Huit élèves de ce collège sont suspects dans une affaire de viol collectif sur une jeune fille d’un collège voisin : Fatima. Leur arrestation va bouleverser le collège tant les élèves que les adultes. Une enseignante Emma le prend particulièrement à cœur car cela la renvoie à sa propre histoire. Gabrielle Tuloup traite avec justesse et sensibilité un sujet difficile. Elle aborde différentes problématiques. A commencer par celle de l’âge de la victime comme celle de ses agresseurs : ce sont tous des enfants. Elle évoque également la loi du silence. Fatima et sa mère ont eu le courage de porter plainte dans un contexte où habituellement on se tait. Aucun voyeurisme dans ce sujet difficile, mais un livre qui trouve toute sa place dans la dénonciation des violences faites aux femmes. – Michèle Letellier

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Un college de ZEP . Une équipe pédagogique et un principal motivés.
Leur équilibre va être bouleversé par l’annonce du viol de Fatima , une fille de la cité .
Huit élèves de cet établissements sont impliqués .
Entre stupeur, incompréhension, déni et colère, le quotidien pédagogique est bouleversé surtout pour Emma, professeur de français….
Roman bien ficelé dont qui nous fait partager les sentiments et les interrogations de ce monde éducatif.
Avons nous été assez vigilants ? Est on passé à coté des signes avant coureurs ?
Car rien n’est simple et on peut évidemment se rebeller, crier au scandale suite au crime subi par Fatima, mais il est également tentant de s’apitoyer sur le sort de ces gamins violeurs, dont certains probablement entrainés et pas toujours conscients de leur acte et dont la vie va être gâchée.
Et si, suite au malaise d’Emma et ses interrogations, on prenait du recul car c’est à la justice de prendre le relais ?
Sujet tristement d’actualité et décrit avec une belle subtilité. – Anne-Claire Guisard

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« Le réel ne prend pas de gants. »

Tout d’abord le drame ne s’énonce pas, il s’expose en quelques lignes : la venue d’une jeune fille, Fatima, dans un collège qui n’est pas le sien, pour identifier sur le trombinoscope les visages de ses multiples agresseurs et les dénoncer formellement aux policiers chargés de l’enquête. Fatima a été violée par plusieurs et avec témoins. Pourtant il ne s’agira presque jamais d’elle, ni des si jeunes incriminés, respectivement élèves de 5ème et 3ème.

L’idée ingénieuse de ce roman est de s’attarder sur la déflagration de cette terrible nouvelle au sein de l’institution et cercles familiaux, auprès de tous les seconds rôles, professionnels et intimes, reliés aux principaux acteurs de l’acte criminel. L’horreur surgit et sidère rendant difficile l’appropriation par chacun de ce qui tombe, fait trou. « Emma Servin ne comprend pas sur le moment parce que c’est inimaginable. Quelque chose échappe aux schémas de pensée convenus. Quelque chose vrille, tord le raisonnement. Ce n’est plus le cerveau qui reçoit l’information. C’est le ventre. »

Le narrateur nous place à leurs côtés dans l’annonce progressive, la communication à l’économat, le flou qui persiste dans le silence judiciaire. Seules les plaintes, dépositions et mises en causes sont connues et à partir d’elles les réactions en chaîne nous sont déroulées. L’auteure, Gabrielle Tuloup, par ce biais nous enrôle dans le groupe ; le lecteur, lui aussi, se laisse alors traverser par la stupeur, l’effroi, les doutes que cela suscite. Elle nous oblige, tout en douceur et en bienveillance, à regarder, en miroir des personnages,  nos propres sensations et levées de défenses face à l’ignominie. La douceur n’enlève rien à la pertinence du traitement et en chacun nous assistons à l’émergence de questions, toutes à entendre, à relever, aux répulsions ou  lâchetés,  facilités et  dénis,  récupérations et  méfiances. La solitude de chacun est prégnante tant les échanges sont minces et si peu nombreux entre tous les collègues. Chaque chapitre de la première partie suit tour à tour le proviseur, la CPE, un surveillant, une professeure…Ils se souviennent, s’interrogent, se braquent. Des éléments factuels et tangibles comme les bulletins, rapports d’incidents se glissent au milieu de ces trajectoires et nous livrent un peu sur chacun des élèves visés. Ainsi la réalité nous est montrée telle qu’elle est, oserai-je dire « vraiment » : kaléidoscope de moments, d’anecdotes, sensations, points de vue, preuves disséminées lesquelles mises bout à bout changent les versions premières. Les tourments des encadrants du collège ; la tendresse infaillible et humble de la mère d’un jeune garçon incarcéré ; le courage incommensurable de la mère de la victime en danger d’avoir parlé… Le lecteur est touché par la justesse de chaque situation, dépeinte en quelques lignes, sans grandiloquence, dans les préoccupations quotidiennes traversées par des événements majeurs et dramatiques. Nous les reconnaissons sans les connaître. L’auteur nous rappelle ainsi avec finesse qu’un être humain n’est pas fait d’un tout, noir ou blanc. Que plusieurs visages, plusieurs lumières et ombres dansent et animent un cœur, une vie. On évite ainsi les jugements à l’emporte-pièce toujours rapides et irraisonnés, le manichéisme ambiant et/ou sempiternel…

Ce roman n’est pas un essai philosophique. L’indicible et le questionnement qui lui est inhérent courent entre les lignes de cette fiction. Il n’est pas énoncé en problématique mais immergé, là, qu’on veuille s’y arrêter ou non, il se faufile, taraude, par empathie. Justement parce que nous ne sommes jamais mis en accusation à l’instar des personnages qui nous sont si communs, puisque terriblement humains, cet indicible se pense sans heurt, à la mesure de ce que chacun voudra consciemment ou non y mettre. Seul le titre introduit, nous indique un chemin sans nous y contraindre mais nous souvient à ce qui double l’horreur : « Il y a des barreaux. Des enfants trop petits dans des cachots étroits. ».

Quoi répondre à ces enfants ? Car ne devons-nous pas répondre de notre présence aux enfants dans un devoir de protection et d’éducation, et ce même quand ils ont commis un irréparable ? Qu’est-ce qui relève de notre responsabilité ? Que dire face à l’innommable alors même que notre devoir, envers les enfants victimes et bourreaux, sans oublier les enfants autour, est bien d’en dire quelque chose, de prendre acte, de faire acte, de libérer la parole à l’aide de pensées construites…. L’auteure n’a pas choisi de traiter le débat, ce qu’il aurait fallu comprendre en amont, le comment il aurait fallu agir ensuite. La fiction met volontairement à distance des idées à confronter mais aspire au plus près de nous, au plus juste de ce que nous serions susceptibles d’expérimenter dans nos milieux professionnels et citoyens. Elle vise exactement le cœur de ce qu’un tel drame peut susciter dans son insoluble et inconfortable énigme.

Parmi les hommes et femmes dont nous partageons l’effarement, Emma, professeur de français manifeste un surplus d’émotion, une rage qui la dépasse et lui fait perdre son sang-froid en classe. « Emma n’a pas résisté une seconde. Elle a capitulé, elle demeure figée, raidie. Adèle l’accompagne dans la cour. Elle sent tous les os dans son dos. Un paquet de nerfs. Elle est corsetée de rage, hébétée. C’est donc ça, être hors de soi. Ne plus s’appartenir. Il faudrait qu’elle pleure. Mais tous les mécanismes sont verrouillés. Elle s’est prise au piège. C’est l’histoire de sa vie ça. »

Emma se livre alors à la première personne dans la deuxième partie du roman et le lien s’opère pour dire les ravages du viol, de l’effraction d’un autre en soi, de l’annulation de soi par un autre. Alors qu’elle parcourt le chemin de St-Jacques de Compostelle, elle dépose dans l’effort du corps les émotions et le tsunami ainsi réveillé, déterré par la plainte de Fatima envers ses élèves. « La vérité, c’est que j’avais déjà compris en partant. Il allait falloir reprendre l’histoire dans l’ordre. Mais quelle histoire ? Celle des enfants ou la mienne ? Celle des enfants dans la mienne, percutant ma réalité. »

Cette deuxième partie permet de mesurer l’effet du temps dans le traitement d’un traumatisme, comment celui-ci se tapit et se réactive car dès lors que nous partageons cet étrange embarcadère de l’existence, le vivant suffit à raviver nos sens, à les résonner, les raisonner, à faire écho de et en nous. Qu’on le veuille ou non, nous sommes reliés.

L’émotion est palpable, se fait plus perméable dans l’écriture ; c’est un Je intime qui se dévoile, honnêtement, sans détours pour confier ses histoires souvent malheureuses, ses espoirs d’amours fous et forts jusqu’au dernier traumatisme vécu. Les mots sont superbes à parler le sentiment amoureux, les déceptions, l’enivrement. Les mots percutent pour décrire l’emprise croissante – « Il  me blessait et venait poser le pansement que j’espérais. La mécanique était rôdée. »-  le dénigrement  progressivement assassin jusqu’à l’avilissement, l’objectivation. L’auteur ne craint pas la force de la parole, ne minimise rien mais ne cherche pas non plus à convaincre, à argumenter. Emma se livre et partage sa remise en question, s’interroge alors sur sa réaction en classe, sur sa position de femme adulte. Si le drame de Fatima résonne et convoque sa blessure, il n’en reste pas moins que ce sont deux histoires différentes et cette prise de conscience offre à Emma l’opportunité de faire quelque chose de son propre traumatisme grâce au malheureux commun ravivé mais aussi à ce qui revient à chacune. « Deux poids, deux mesures. L’essentiel se jouait ailleurs. Il ne m’appartenait pas, à moi, de juger les responsables ou les victimes. Mais j’avais compris une chose : un acte est un acte. Et on avait le droit de lui donner un nom. »

Enfin la narration redevient extérieure pour suivre Emma déposer non plus des colères et des larmes mais sa parole. Cette énième partie relie les deux précédentes et mêle ainsi l’intime à l’universel, l’inédit au commun. Car il y a toujours du partageable dans la souffrance d’un crime subi, et de l’unique dans le contexte d’un moment, d’une histoire.  Emma redoute l’officialisation de ce qu’elle a subi. Fatima lui offre un souffle de courage et une étape déterminante pour sa reconstruction. Emma se réapproprie son histoire et concoure dans la singularité de sa voix retrouvée à une rectification utile et à un acte  nécessaire à tous.

« A quinze ans, une presque enfant avait trouvé le courage, avec sa mère, de se tenir debout face à ses bourreaux, de les montrer du doigt. Elle avait déchiré le silence. »

Ainsi la responsabilité résiderait dans cette traversée émotionnelle laquelle, une fois les rages, chagrins et douleurs expulsés afin qu’ils soient moins à vif, moins handicapants, laquelle donc  pourra  enfin être pensée, réfléchie, s’inscrire dans une chronologie, se cicatriser sur une peau et que sa mémoire serve. La responsabilité est bien dans le fait de pouvoir parler, et nommer  pour soi et pour les autres qui font société. Il y a de l’éthique dans l’écriture de ce roman, dans la coexistence des émotions et du raisonnement, pour ne pas dire Raison. Ce si précaire équilibre qui ne se débusque que dans l’acceptation du temps et l’authenticité des échanges, de l’écoute, de la réflexion et du retour sur soi est en funambule poète dans les pages de cet ouvrage. Il ne se divulgue pas, il est partout dans ce qui compose nos vies, nos espoirs, nos amours, nos choix, nos épreuves… C’est fragile, complexe mais Gabrielle Tuloup dans ce deuxième roman nous démontre combien tendre à cet équilibre est honorable et impérieux pour garder estime de soi et préserver la dignité en ce qu’elle est un commun à nous tous. – Karine Le Nagard

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Le roman pourrait n’être consacré qu’aux conséquences d’un viol en réunion commis par des collégiens de banlieue (le premier chapitre de ce roman porte le titre du livre «Sauf que c’étaient des enfants») ; sauf qu’aux 2/3 du livre, l’histoire d’un des personnages principaux vient télescoper le récit et ouvrir une autre perspective sur les violences sexuelles à l’égard des femmes (le chapitre s’appelle d’ailleurs « Sauf que c’était moi »). A partir de là, le rapprochement se fait entre les situations de la collégienne dans une cité difficile et celle de la jeune femme au sein d’un couple apparemment bien sous tous rapports.

Cette longue première partie a été pour moi un vrai plaisir et une vraie émotion de lecture, avec de courtes scènes très vivantes, mettant en scène une kyrielle de personnages (communauté éducative, élèves, parents, forces de l’ordre), tous décrits avec force et justesse dans leurs prises de position et leurs confrontations ; en passant d’un personnage à l’autre, la focale change et évite l’ennui de la redite, la solide documentation n’est jamais pesante, l’appréhension des notions de bien et du mal est abordée avec pudeur et délicatesse, dans toute sa complexité.

Difficile de ne pas partager les interrogations, sentiments et remises en question qui agitent la communauté du collège : horreur, incrédulité, culpabilité, déni…

Difficile également de ne pas se projeter : que vont-ils devenir, tous celles et ceux qui auront vécu cette histoire, ceux qui seront passés par la case prison, celle qu’ils ont abusée, celles et ceux qui étaient là et n’ont rien vu, les autres qui savaient mais n’ont rien dit….

Difficile enfin de ne pas réfléchir en refermant ce livre : à ce que signifie être victime, à ce que signifie être coupable, à la place de l’abus sexuels dans notre société, aux jugements péremptoires, au rôle et à la responsabilité des équipes éducatives, des parents, de la police, de la justice, de tout un chacun… – Marianne Le Roux Briet

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Merci, merci aux 68 premières fois. J’avais beaucoup aimé La nuit introuvable, premier roman de Gabrielle Tuloup, j’ai là été bouleversée par son nouveau livre. Un fait divers sordide est au cœur de ce roman mais jamais cela ne tombera dans le pathos. L’immersion dans le collège, la réflexion sur le consentement, les rumeurs, la suspicion, tout est criant de vérité. Je me suis particulièrement attachée à cette professeur, qui à travers ce drame va partir affronter ses propres démons. Coup de cœur. – Anne-Christine Busnel

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Ça commence dans le bureau de Ludovic Lusnel.
Lusnel est Principal au Collège André Breton de Stains dans le 93. Et ce matin son quotidien bascule.
Deux policiers débarquent. Ils encadrent une jeune fille qui vient de porter plainte contre huit garçons du collège. L’adolescente s’appelle Fatima. Elle fréquente un établissement voisin. Elle affirme avoir été victime d’un viol en réunion.  Elle est formelle. Aucun doute sur l’identité de ses agresseurs. Il y a Nadir, Damien, Seydou et il y a Moussa. Moussa qui est en cinquième.
Tous de bons garçons.
Tous des enfants.
Le décor est planté.
Il sera question ici de consentement, de violences sexuelles, de silences et de reconstruction post traumatique.
Dans une première partie qui occupe les deux tiers du roman, le collège devient le théâtre d’une mauvaise pièce où chacun, du proviseur aux professeurs en passant par le conseiller d’éducation, en fonction de son vécu, de sa sensibilité, de ses affinités va tenir son rôle, se positionner, réagir, douter et pour certains se réinventer.
La deuxième partie propose de façon très inégale le cheminement introspectif d’Emma Servin, la professeure de Français pour laquelle ce fait divers va avoir un retentissement tout particulier et décidera de son avenir.
Malgré le sujet douloureux, je n’ai pas été emportée par cette lecture. La construction du roman avec ses trois parties disparates ne m’a pas séduite. L’insertion de supports administratifs en encadrés, bulletins trimestriels de notes, compte-rendu de réunions ou fiches préparatoires de cours non plus. J’aurais préféré une alternance dans le récit avec le cheminement d’Emma en rebond des événements. L’intervention de trop nombreux personnages dans la première partie du récit a compliqué quelque peu ma lecture.
Déception donc pour ce roman malgré ce titre fort, quelques passages sensibles et percutants, et cette belle couverture. – Sandrine Chabot
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J’ai énormément aimé ce livre. Je regrette juste, et ce n’est pas la première fois que je le dis, de ne pas disposer d’un album pour écouter chacun des morceaux que Gabrielle Tuloup cite en début de chapitre. J’en écoute plusieurs en boucle, très souvent (comme La boxeuse amoureuse) mais j’ai découvert Agnès Bilh que je ne connaissais pas…. Lire le billet de blog de Marie-Claire Poirier : https://abrideabattue.blogspot.com/2020/03/sauf-que-cetaient-des-enfants-de.html

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« Je souffre de ma vie intacte dedans ma vie ruinée » Christian Bobin La vie souterraine. L’auteure a mis en exergue cette phrase de son roman. En effet, elle va nous parler de vie ruinée, mais intacte. Un sujet terrible, impitoyable et si difficile à appréhender. Un jour, des policiers vont venir interpeller des élèves d’un collège, après la courageuse dénonciation d’une jeune fille. Comment peuvent réagir les personnes, adultes et enfants, face à cet acte impitoyable qui est un « viol en réunion », terme judiciaire. Les garçons arrêtés sont encore des enfants, des enfants pour leurs parents, pour leurs enseignants, pour le personnel administratif du collège (le principal, la CPE, les surveillants). Par la voix de plusieurs personnages, l’auteure va réussir à parler de ce sujet si délicat. Des pages terribles, des constats difficiles et des hommes et des femmes qui vont se questionner sur ce fait terrible. Chacun va essayer d’appréhender ces faits avec son ressenti, son histoire. de très belles pages sur une professeure qui affronte ce fait mais qui fait remonter aussi des maux passés. Un texte éprouvant mais qui nous interpelle chacun et qui nous questionne sur notre propre ressenti : comment réagir face à de tels actes, que l’on soit victime, que l’on soit complice, que l’on soit témoin. Merci aux 68 premières fois de continuer à suivre des auteurs et de nous fait lire de tels textes. – Catherine Airaud

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Ce récit est à la fois celui d’une femme blessée, d’éducateurs impuissants, et de jeunes dont on ne sait s’ils ont conscience ou non de la gravité de leurs actes. Le récit de Gabrielle Tuloup est un roman, mais il est inclus aussi d’autres pièces du dossier, bulletins trimestriels, rapport de l’assistante sociale… Il évoque à la fois le difficile chemin pour la victime qui souvent n’ose pas porter plainte, et le parcours de cette enseignante touchée à double titre. L’auteur traite d’une plume élégante un sujet délicat, sans tomber dans le pathos. – Emmanuelle Bastien

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Il fallait toute la sensibilité, l’intelligence, la bienveillance de l’auteure pour écrire un livre sur un sujet si intime, si brutal. Le livre qu’il fallait écrire, il faut ouvrir les yeux, il faut en parler, il faut, comme chacun ici, faire ce qu’on peut pour éviter, panser, consoler, réparer. Un roman, un reportage, un essai, l’art de poser en quelques phrases et images brutes toute la complexité des personnages, de leurs trajectoires, de leurs émotions.

Qu’avons-nous fait de nos enfants ? Leur monde est devenu virtuel, instable, ils zappent, ils floutent, ils smilent. Comme au temps du cirque il suffit d’un pouce levé ou baissé pour juger l’autre. Ce que leurs mains touchent ce sont des claviers, ce que voient leurs yeux ce sont des écrans. L’humain disparaît derrière les images qui clignotent : on tue et on oublie, on est tué, « game  over »… la partie recommence, il n’y a ni sang ni larmes.

La vie c’est tendre et fragile, ça se déchire, ça peut faire peur, on l’affronte en meute, gare aux faibles, aux hors cadre, il faut paraître fort, dominant … Comment rassurer, envelopper de nos bras bienveillants pour neutraliser cette violence ?

Un livre à glisser entre toutes les mains, en parler en famille, à l’école … – Christiane Arriudarre

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Les faits sont clairs, nets et précis : un viol en réunion a été commis par des collégiens sur une jeune fille qui, soutenue par sa mère, a osé porter plainte.
Dans le collège, c’est une véritable déflagration et tout le monde réagit. Les enfants, car ce sont encore des enfants, les adultes qui se demandent quelle est leur part de responsabilité en tant qu’adultes justement, en tant qu’enseignants, surveillants…

Dans une première partie, l’autrice pose les faits tels que les vivent les différents protagonistes (hormis les violeurs et la victime), les incidences que cela a sur leur comportement, les questions qu’ils se posent, la façon dont est reçue la nouvelle dans la cité, les jugements portés, car forcément il y a des jugements…
L’autrice elle, ne juge pas, elle décortique avec finesse l’impact de cet acte et l’onde de choc provoquée à la façon d’un documentaire, faisant naître une réflexion salutaire chez le lecteur.

Parmi les adultes du collège il y a une jeune prof qui est plus touchée que les autres car cette histoire entre en résonance avec la sienne et pourtant elle ne se reconnait pas le droit de s’identifier à la victime. Elle va partir marcher pour mettre de l’ordre dans ses émotions et tenter de tenir le choc, comprendre que la violence présente bien des visages, et qu’elle n’est pas plus acceptable dans un cas que dans un autre.

Cette partie du roman, pourtant très courte est ma préférée. L’écriture poétique est très belle et arrive avec une certaine économie de mots à rendre compte du sentiment amoureux, de l’emprise, de la manipulation, de la violence et des sentiments contradictoires que vivent les victimes de ce genre de violence.

Un très beau roman qui interroge sur notre société, dont j’ai aimé la construction intelligente et sans pathos, d’une parfaite efficacité. – Catherine Dufau

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Le roman de Gabrielle Tuloup s’ouvre sur une histoire de viol entre mineurs : un groupe de jeunes, très jeunes puisqu’il s’agit de collégiens et que l’un d’eux est en cinquième, a violé une fille de la cité d’en face. Celle-ci a porté plainte et reconnu ses agresseurs. La police vient les chercher, un matin, dans l’établissement. Tandis que les autres élèves ne comprennent pas de quoi il s’agit, les certitudes des adultes vacillent.

[Avertissement : la suite de la chronique nomme explicitement un élément de l’intrigue dont on se doute en lisant la 4e de couverture]

Ce n’est pas la vie de la victime qui nous est racontée, ni vraiment celles des accusés, mais plutôt celles des adultes qui se retrouvent concernés par cette affaire qui leur tombe dessus. Partant de la figure du proviseur, Gabrielle Tuloup évoque le reste du personnel du collège, la CPE, les profs, les pions, et leurs réactions dans la gestion de cette crise, que ce soit dans leurs rapports entre adultes ou avec les élèves dont ils ont la charge. Que dire ? Comment réagir ? Comment évoquer le sujet ?

Les mots leur manquent. Ils ne semblent même pas savoir comment gérer leur propre rapport à cet événement, qui touche à l’intime, heurte les consciences, les idées, les valeurs, concerne chacun sans que l’on ose en parler, sans que l’on sache comment en parler. Soudain, le viol en réunion n’est plus un mot dans les journaux, mais une réalité qui touche des gens qu’ils connaissent, des jeunes dont ils avaient la responsabilité.

Emma, la professeure de français, se sent particulièrement mal : pourquoi n’a-t-elle rien vu venir ? Comment imaginer que certains de ses élèves puissent avoir commis un tel acte ? A la frustration de l’échec professionnel que représente cette affaire de viol s’ajoute le déchirement personnel. Il lui faut gérer ses classes alors qu’à l’intérieur, elle est en morceaux.

Le roman de Gabrielle Tuloup glisse alors vers une seconde partie, que l’on devinait : Emma a été violée par son compagnon. L’auteur trouve alors les mots justes pour raconter cette zone grise de la violence sexuelle au sein d’un couple, ce « viol conjugal » encore trop méconnu. Pourtant, il n’y a rien d’automatique dans une relation, que ce soit un coup d’un soir ou l’amour d’une vie, au bout d’une semaine ou de 20 ans de mariage. Ici aussi, « quand c’est non, c’est non ».

Le viol n’a pas toujours lieu au fond d’un parking glauque, le long d’un chemin mal éclairé. Il peut avoir lieu sous le toit rassurant du domicile conjugal. Il n’en est pas moins grave ni moins ravageur pour la victime. Parce qu’il est encore trop peu nommé, le viol conjugal est difficilement reconnu comme tel, à commencer par les victimes. Pourtant, y a-t-il « deux poids, deux mesures », comme le pense un instant Emma ? Non. D’ailleurs, elle ajoute immédiatement que « l’essentiel se jou[e] ailleurs. […] J’a[i] compris une chose : un acte est un acte. Et on [a] le droit de lui donner un nom ».

Il y avait matière à écrire deux romans plutôt qu’un, j’aurais aimé que l’auteur creuse davantage les points de vue des adultes dans l’affaire du viol de la jeune fille, je n’ai pas trop aimé le changement brutal de narrateur et de style dans la partie seconde partie puis le changement qui intervient de nouveau dans la troisième partie. Mais l’essentiel est ailleurs. C’est le premier roman que je lis qui parle de viol conjugal, le nomme clairement et le met d’emblée à la même hauteur qu’un viol de rue. L’actualité du message m’a frappée. – Claire Séjournet

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