Les amers remarquables – Emmanuelle Grangé

« Cet été-là je ne vais pas à la piscine avec ma mère, nous n’allons pas en vacances en famille. On m’habille d’une robe en batiste fleurie, on accroche à mon cou un cordon avec une étiquette plastifiée où figurent mes nom et coordonnées. »

Les amers remarquables

« Trois petites notes de musique… »
Dans une famille bourgeoise de l’après-guerre, il était une fois une petite fille arrivée à l’âge de raison, et qui ouvre les yeux sur le monde. Son univers, c’est Berlin, papa, maman et « le petit bout de viande », son frère qui vient de naitre. Il y a aussi les grands-parents parisiens, la nounou, le chauffeur, le travail du père, si sérieux, les efforts de la mère pour surnager, la douceur de l’enfance.
La petite Marie-Emmanuelle observe, elle rapporte la vie de la famille, vue par son regard d’enfant. Gabrielle, maman, ma mère, parfois tous les rôles s’emmêlent. La fillette grandit, les années passent, alourdissant les jours. Ses parents, c’est le mariage de la carpe et du lapin. Au mari, l’argent, le pouvoir ; Gabrielle est une femme tenue en laisse. Elle vit entre espoir et résignation, fantaisie et conventions sociales. Parfois elle fuit, loin, ou bien elle s’échappe, en nageant avec force et délice.
Je ne sais à quelle page du roman la chanson d’Yves Montand s’est glissée entre les lignes pour m’accompagner jusqu’à la fin. Sans doute la faute aux courts chapitres de souvenirs, entrecoupés de citations de Jane Eyre en guise de refrains, qui font entendre dans ce livre comme une ritournelle. Une, deux, trois, une, deux, trois, les mots m’emportaient avec légèreté ; chapitre après chapitre, je tournoyais entre les personnages sans pouvoir m’arrêter de lire.
L’écriture est fluide, simple sans être simpliste. La narratrice raconte le passé au temps présent. L’auteure ne se livre pas à des analyses psychologiques des personnages, car la succession de courtes scènes de vie suffit à expliciter les enjeux, sans livrer ni jugement ni explication. De qui le père lui-même est-il prisonnier, emmuré vivant dans ses certitudes et ses devoirs ?
Bien sur, il est question des difficultés d’un enfant à se construire dans un univers mouvant et incertain, à déménager, à louvoyer entre des parents qui se déchirent, à être tiraillé entre des modèles opposés. Mais j’ai surtout perçu en ce livre une merveilleuse chanson d’amour entre une fille et sa mère, à travers les années, malgré les difficultés inhérentes à toute vie. Une fidélité réciproque à toute épreuve.
« Trois petites notes de musique, qui vous font la nique, du fond des souvenirs, lèvent un cruel rideau de scène, sur mille et une peines, qui n’veulent pas mourir. » – Adèle Binks
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Un livre émouvant qui déroule le temps qui passe dans une famille des années 60, présentant en apparence tous les signes de la normalité et du bonheur : un père haut fonctionnaire international, une mère aimantant les regards et les cœurs, deux enfants, des grands parents accueillants…
Sauf que l’œil lucide et aimant de la petite fille a repéré que cette mère, originale, créative et fantasque n’est pas heureuse, à l’étroit dans son rôle d’épouse de diplomate ultra-conservateur ; elle déteste le mode de vie conventionnel et codifié dans lequel elle évolue et s’enfuit régulièrement de l’appartement familial, laissant mari et enfants, revenant pour mieux repartir.
Rarement un titre m’aura semblé aussi approprié : sur les cartes de navigation marine, les amers remarquables désignent les points de repère fixes sur la côte, comme un clocher ou un phare. Cette mère, avec sa fantaisie, sa créativité, son charisme donnent des points de repère à la petite fille et forgent son caractère, tout autant que s’imprime en elle la peur de l’abandon.
J’ai aimé la place essentielle qu’y occupe Jane Eyre, le livre de Charlotte Brontë, chaque chapitre portant un extrait en en-tête ; et c’est très juste, car Gabrielle, la mère, traverse tout comme Jane, des épisodes difficiles tout en étant déterminée à trouver son bonheur sur terre, sans que jamais les embûches n’arrêtent son élan.
Mais j’ai surtout aimé la délicatesse de ce texte autobiographique, qui ne transpire ni jugement, ni rancœur que ce soit de la part de l’enfant ou de l’adulte qu’elle est devenue, désormais parent de ses parents alors que leur fin est proche et que la maladie et la vieillesse enlaidissent le quotidien. – Marianne Le Roux Briet
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Devenue adulte et mère de famille Marie-Emmanuelle se penche sur son enfance au sein d’une famille bourgeoise, dans les années 60, conventionnelle : une mère au foyer, un père diplomate, des grands parents aimants et de nounous allemandes.
Une famille parfaite, heureuse. Une famille modèle… un grain de sable vient gripper cette image idyllique : Gabrielle, maman pétillante, créative, fantasque et surtout aimante.
Gabrielle refuse d’être emprisonnée dans le carcan des convenances. Dans ce monde conventionnel elle étouffe. Elle rêve de mer, de grands espaces, elle rêve de liberté…d’être elle tout simplement.
Alors régulièrement elle s’enfuit et largue les amarres. Son amour pour ses enfants, son mari est plus fort et elle revient… pour repartir.
Pour Marie-Emmanuelle la vie s’écoule, se déroule avec l’angoisse de l’abandon, la peur du départ sans retour.
Mais la vie et ainsi faite et elle devient “parent” de ses parents et assiste impuissante à la déchéance des corps, de l’esprit, de l’intelligence.
Un livre sans colère, rempli d’amour et de tendresse.
Un style clair, précis presque chirurgical où l’utilisation des verbes conjugés au présent pour parler du passé apporte un rythme musical et cadencé. – Jocelyne Legrand Prod’homme
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Je viens de terminer Les Amers Remarquables.
Bizarre, ce titre,  » amer  » est en effet un adjectif, seulement un adjectif, dans mon esprit.
Après consultation du dictionnaire, j’ai compris : un  » amer  » est un phare .
Quel beau terme pour désigner ses parents, c’est celui choisi par Emmanuelle Grangé pour désigner les siens, surtout sa mère en fait. Le mot est bien choisi aussi car il évoque la mer, dont Gabrielle est une grande amoureuse, un de ses plus grands bonheurs est d’ailleurs de nager pendant des heures dans l’océan.
Au début j’ai été un peu déconcertée par la construction des phrases courtes, évoquant des souvenirs, se succédant sans liaisons entre elles, j’avais l’impression de lire une énumération de  » je me souviens « , mais sans le charme de ceux de Pérec.
Déconcertée aussi parce que l’auteur parle de ses parents, une fois en disant  » maman « , » ma mère  » ou  » mon père  » et d’autres fois par leurs prénoms. En fait je crois discerner que c’est  » maman  » ou  » ma mère  » quand il s’agit de leur relation à elles 2 , et Gabrielle quand il s’agit de sa relation aux autres, mari, amis, etc.. Idem pour le père.
Donc au début, je me suis dit :  » pas terrible… ». Et, au fur et à mesure de ma lecture je me suis laissée charmer par ce livre qui est un véritable hymne à l’amour d’une mère  » remarquable « , dans le sens où cette femme au charme infini, qui aime vraiment ses enfants et son mari mais qui ne supporte pas le lien qui contraint sa liberté. Gabrielle s’échappe, part, ne donne aucune nouvelle, sa petite fille souffre de son absence, elle renaît quand elle reçoit des cadeaux qui lui prouve que sa mère est vivante. Cette mère que certains pourraient trouver dénaturée, elle abandonne ses enfants pendant de longues périodes, le chien, recueilli à la SPA et terriblement attaché à elle, est abandonné lui aussi. Ce qui est beau dans le livre, c’est que l’auteur nous fait ressentir que, malgré ses absences, elle avait cette certitude que cette femme l’aimait, tout en étant incapable d’assurer une présence permanente auprès d’eux.
Ce livre n’est qu’amour, l’auteur semble ne ressentir aucune rancune, ne porte aucun jugement.
Sa mère était comme ça, c’est tout. A la fin, les rôles s’inversent, la mère, en vieillissant, atteinte de sénilité, devient l’enfant dont sa fille s’occupe. L’auteur raconte cela dans des pages très belles, d’une grande délicatesse et sensibilité, avec un respect infini.
Je vous recopie la dernière page, que je trouve tellement belle :
 » Les histoires de Gabrielle sont toujours trop courtes, le sillage de son parfum infini « .
En y réfléchissant, le fait d’appeler sa mère par son prénom, cela peut être aussi une façon de faire ressentir au lecteur que, pour l’enfant, puis en grandissant la femme qui parle d’elle, elle était à la fois sa mère et une étrangère, une personne sans lien .
A ce sujet je serais heureuse d’avoir les opinions des autres lecteurs et lectrices dont je vais lire attentivement les commentaires sur le livre . – Monique Poncet-Montange
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Dans “Les amers remarquables”, Emmanuelle Grangé retrouve le thème de la famille qu’elle avait déjà exploré avec son premier roman “Son absence”. Cette fois-ci, elle évoque le lien entre les enfants et leurs parents, et, avec une écriture très touchante, elle traduit le regard que les enfants portent sur la relation de leurs parents, sur ce qui les réunit mais aussi ce qui les éloigne, sur l’équilibre parfois fragile de leur couple. Le récit est celui de Marie-Emmanuelle, la fille, qui, avec son regard d’abord d’enfant, puis d’adulte, raconte sa famille et l’assemblage étrange que formaient ses parents, ce qu’elle a perçu des rêves de liberté de sa mère face au modèle familial rigide de son père, et de leur relation complexe et comment elle a évolué au fil des années.
Des souvenirs d’enfance aux moments douloureux face à la vieillesse de ses parents, Emmanuelle Grangé nous offre un roman sensible et plein d’émotions et qui fera certainement résonner chez de nombreux lecteurs des pans de leur propre histoire personnelle. – Nathalie Ghinsberg
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Une déception. C’est rare, mais ça arrive. C’est l’histoire d’une enfance, celle de Marie-Emmanuelle, a priori celle de l’auteure, et d’une famille bourgeoise à la fin des années 1960 à Berlin.

Une fille s’interroge sur sa mère, ses déceptions, ses fuites et ses retours. Voilà pour l’histoire.

Je suis passée à côté de cette vie de famille, qui semble bien sympathique pourtant. Les enfants sont bien élevés, les gouvernantes se succèdent, la petite fille grandit et la mère de famille s’ennuie.
Et la lectrice que je suis s’ennuie aussi.
Chaque scène, chaque souvenir est surchargé de détails dont j’ai eu du mal à saisir l’importance. C’est assez lent, descriptif, sans action majeure et sans intrigue marquante.
« Mon père arrive … », « La maison est assez grande … », « Ma mère semble heureuse … » (page 54).
« Nous plongeons dans la piscine … » « nous allons chez mes grands-parents ….Nous passons la journée dans l’appartement …, « Nous bavardons … » (page 72)
Je me suis lassée du style enfantin, aucun des personnages ne m’a touchée et, chose très rare, j’ai décidé de ne pas terminer ce roman. J’ai peut-être raté la partie la plus intéressante. Tant pis.
Je lui laisse le bénéfice du doute plutôt que de continuer. – Laure Mic Mélo
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Les amers remarquables est une chronique familiale des années soixante à nos jours, mais c’est avant tout le portrait d’une mère fait par sa fille. Gabrielle, maman, ma mère, notre mère, a été amenée insidieusement à renoncer à ses rêves pour privilégier la réussite professionnelle de son mari corseté dans son costume de haut fonctionnaire expatrié à Berlin. Dès lors, Gabrielle, cette mère remarquable devient mélancolique. C’est par la natation qu’elle combattra ce sentiment et lorsque le crawl, l’océan ne suffisent plus, Gabrielle s’accordera un espace de liberté. Quand tout devient insupportable, elle fuit. Elle abandonne les siens, mais toujours elle revient. Marie-Emmanuelle, sa fille, le sait. Elle a beau savoir, elle ne peut grandir autrement qu’avec la peur chevillée au corps. La peur qu’un jour sa mère ne soit plus son amer, son repère, sa référence. Malgré tout, chaque fuite est pardonnée. Chaque abandon rapproche plus qu’il n’éloigne cette mère et sa fille ce, toute leur vie durant.

Les amers remarquables est une véritable déclaration d’amour d’une fille à sa mère. Il est aussi le témoignage d’une autre époque que l’on souhaiterait révolue, celle où les désirs des femmes étaient sacrifiés au profit du supposé bien-être de leur foyer. Sans pathos, sans jugement ni rancœur, Emmanuelle Grangé nous plonge dans l’intimité d’une famille, dans l’intimité de sa famille. Elle évoque le parcours d’une femme, celui de sa mère, cet être fantasque par survie, cette femme qu’elle aime tant, qu’elle a toujours observé et qu’elle comprend.

Les amers remarquables est un roman infiniment tendre. Avec beaucoup de subtilité l’auteure pose un regard tantôt mélancolique, tantôt drôle. Le tout est harmonieux, savamment dosé. C’est simple, ce roman nous donne envie d’enfiler une robe verte, d’y épingler des fleurs jaunes puis de tout ôter pour apiquer une tête. Nager pour rejoindre cet amer, Les amers remarquables.Fabienne Defosse

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Décidément cette nouvelle sélection des 68 premières fois démarre très fort. Deuxième lecture et deuxième uppercut pour moi. Même si différent du premier, je le concède.
Au début des années 1960, Marie-Emmanuelle a 7 ans. Elle vit sa vie de petite fille tranquille à Berlin entre son père, Pierre, fonctionnaire international, et sa mère, Gabrielle, femme au foyer au caractère un peu fantasque, qui aime s’habiller comme un homme, est coiffée à la garçonne coupe courte façon Jean Seberg. Marie-Emmanuelle est heureuse ainsi même si parfois elle ne comprend pas vraiment les fantaisies maternelles et qu’elle aimerait que celle-ci soit plus disponible, plus à son écoute, que les histoires qu’elle lui lit le soir avant de se coucher soient plus longues. Alors, pour compenser, la fillette se plonge dans la lecture de « Jane Eyre ».
Mais la vie n’est jamais un long fleuve tranquille. Marie-Emmanuelle s’en rend compte lorsqu’elle est « éloignée » à Paris le temps de la naissance et des premiers mois d’existence de son petit frère. Un bébé dont elle n’a nullement souhaité la présence et une séparation qu’elle ne comprend pas et qui lui fait découvrir un nouvel univers, une nouvelle atmosphère, une nouvelle façon de vivre.
Cette séparation, cet éloignement ne va constituer hélas pour la petite puis jeune fille que la première d’une longue série ponctuée par les absences inattendues de Gabrielle. Où? Pourquoi? Comment? Elle ne le sait pas. Et quand on ne sait pas, on s’imagine beaucoup de choses et pas forcément vraies. La culpabilité n’est pas loin dès lors. Et ce sentiment, quand il est là, a bien du mal à s’effacer.
Cette histoire, c’est celle d’une relation mère-fille, pas plus compliquée qu’une autre, mais de celles qui interrogent que ce soit l’auteur, Emmanuelle Grangé, ou les lecteurs. C’est l’histoire d’une famille pas très traditionnelle mais où l’amour que se portent les parents, avec ses bons et ses moins bons moments, domine celui porté envers les enfants, ou tout du moins, pour Marie-Emmanuelle, envers elle qui garde cette frustration, cette impression d’avoir été lésée sans en connaître la raison et dont elle se croit responsable.
Ce roman, c’est tout un poème, à la fois doux, tendre et un brin nostalgique. C’est l’histoire d’une enfance et d’une quête, d’un besoin d’affection comme on en ressent tous. C’est sans doute ça qui en fait toute la beauté. – Martine Galati
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Marie-Emmanuelle est une petite fille qui grandit dans une famille bourgeoise, dans les années 60 à Berlin. Partagée entre un père aimant et une mère mélancolique, elle devra grandir et apprendre à vivre dans ce monde d’adultes…

Je découvre Emmanuelle Grangé grâce à ce deuxième roman et aux 68 premières fois.

Déroutante, l’écriture de l’auteur est incisive, rythmée, cadencée.
Elle dépeint le quotidien d’une petite fille qui voit son enfance s’effacer… Une petite fille qui doit composer avec les absences d’un père au travail et d’une mère qui s’ennuie… Une petite fille qui va apprendre qu’aimer les autres passent avant par un respect pour soi, pour ses envies, ses besoins…

Marie-Emmanuelle souffre des fuites de sa mère, lui pardonne à chaque retour mais craint toujours ses nouvelles disparitions. C’est une jeune femme, puis une mère attentionnée, mais toujours sur le qui-vive.

A l’image de l’écriture de ce roman, l’histoire de cette famille est douce en surface, mais les remous des profondeurs sont parfois perturbants… – Audrey Lire & Vous

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Après Son absence, Emmanuelle Grangé continue sa plongée au cœur des familles.
Une mère un peu absente à elle même, qui se laisse porter par la vie que son mari lui impose, l’ordre des choses. Quelques soubresauts, quelques épisodes de besoin intense de liberté et vie pour soi qui bien vite avortent et chaque fois le retour auprès des siens, de ses enfants qu’elle aime et de son mari quia besoin qu’elle soit là, à sa place.
Une vie qui passe et la vieillesse des parents, et toujours les liens forts entre Gabrielle et Marie-Emmanuelle.
Malgré le sentiment d’abandon ancré très profondément Marie-Emmanuelle reste viscéralement attachée à sa mère qu’elle comprend mieux que son père. Elle en aime la fantaisie et est touchée, à l’âge adulte, par le manque de compréhension qu’a pu vivre sa mère et son manque de liberté.
Les sentiments sont magnifiquement exprimés sans jamais être autopsiés.
Un deuxième roman réussi. – Emmanuelle Coutant

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