Baïkonour – Odile d’Oultremont

“ Personne ne ressuscite personne. Il se serait réveillé avec ou sans moi. Il n’y a pas, il n’y a jamais de miracle, il n’y a que des vivants ou des morts. Les morts on les enterre, les vivants on en prend soin.”

Baikonour

Baïkonour c’est un bateau. Amarré, manœuvré, malmené, chaviré puis remisé au fond d’un hangar en tôle. Nature morte. Ombre déchue. Carbone, cordages, acier. Baïkonour c’est une passion. Passion du large, du grand large, immensité bleu cobalt. Soif des grands espaces. Espace liquide. Grève et ressac. Mais Baïkonour c’est surtout un destin. Celui de deux individus que rien ne présupposait à ce qu’ils se rencontrent et qui se rencontrent malgré tout. D’abord il y a Anka, vingt-trois ans, coiffeuse par nécessité, menue, gracile, qui entretient une amitié presque charnelle avec la mer, un lien de filiation avec l’océan, une fascination. Et puis il y a Markus. Markus ouvrier spécialisé, un peu rêveur, un peu fleur bleue, qui voit la vie d’en haut, depuis le sommet de sa grue. Il scrute, épie, devine les bruits de la rue en contrebas. S’invente une vie. Je découvre avec ce roman l’écriture d’Odile d’Oultremont et avec elle, la tout jeune maison, Les éditions de l’Observatoire. Quelle belle rencontre ! Quand on sait toute la difficulté de se lancer dans l’écriture du deuxième roman – d’autant plus que le premier opus, Les déraisons, avait remporté un vif succès et le prix de La Closerie des Lilas 2018 – de trouver une intrigue nouvelle, différente, une idée originale, on ne peut qu’être admiratif du travail accompli et du résultat. J’ai été ravie de cette belle idée de choisir le métier de grutier avec l’usage de termes techniques, vocabulaire de machinerie, de travaux publics, ravie d’être projetée dans l’univers du chantier en contrepoint de celui de la mer – l’aérien et le maritime, pour mettre en exergue les sentiments et la belle humanité des protagonistes. J’ai aimé ces personnages, leur parcours, leur vécu, leurs peurs et leurs doutes, personnages englués dans le chagrin et la solitude mais qui luttent et gardent espoir. J’ai été charmée par les mots, la douce mélodie des mots et la poésie de l’écriture d’Odile d’Oultremont qui affleure à chaque instant. Baïkonour c’est un coup de cœur. La belle surprise de cette rentrée littéraire. – Sandrine Guinot

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Ce roman est une perle d’écriture, presque poétique. Les mots sont choisis avec soin et c’est beau.
Les personnages sont bien dessinés, décrits. L’histoire est peut-être un brin imaginaire mais c’est ce qui en fait tout son charme.
L’histoire est touchante, émouvante, et pose question.
L’auteure relie deux éléments de la Terre, qui vont finir par se rencontrer d’une manière inattendue, par le biais des deux personnages principaux.
Que d’émotions dans ce beau livre par son écriture et sa couverture… – Emilie Troussier
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Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l’océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu’au jour où la mer lui ravit ce père qu’elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.
Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d’une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma.
Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ?

Baïkonour est un roman entre ciel et mer, entre hauteur et profondeur. Grâce à sa plume aérienne, Odile d’Oultremont aborde tout en subtilité, douceur et mélancolie notre rapport au deuil, à l’héritage et à la renaissance ce, à travers des portraits de gens ordinaires. Le tout est baigné par la houle du Golfe de Gascogne. Baïkonour nous ballotte sur mer et dans les airs. Les personnages centraux que sont Anka et Marcus sont délicatement touchants. L’une l’est parce que bouleversée par la perte de ce père que la mer a englouti, par cette mère qui se réfugie dans le déni. L’autre l’est en raison de sa timidité qui le fera trébucher et le mènera inerte sur un lit d’hôpital. Entre ciel et mer il y a la terre. C’est donc là que deux êtres se trouveront, parviendront-ils ensemble à un certain bonheur ?

Et justement, du bonheur il y en a dans Baïkonour. Bercée par les flots, par les mots, par la poésie d’Odile d’Oultremont, j’ai aimé me promener cheveux au vent sur le port de cette petite ville de Bretagne, côtoyer ces marins pêcheurs, enfiler une blouse à fleurs, me faire chahuter par ces bourrasques du haut de cette grue de chantier. Au fil des pages, l’iode, l’odeur de soupes, de l’ammoniaque, de l’éther m’ont enveloppée. Puis, lorsque l’horizon s’est éclairci, je suis partie. – Fabienne Defosse

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J’avais beaucoup aimé les Déraisons, le premier roman d’Odile d’Oultremont et je n’ai pas été déçue par son deuxième au titre mystérieux, Baïkonour. Rien à voir ici avec une base spatiale ni même la Russie. Il s’agit plutôt de la rencontre de deux solitudes, au destin chahuté, qui n’auraient jamais dû se croiser.
Anka, une jeune femme passionnée par la mer a toujours rêvé d’accompagner son père marin pêcheur à bord de son bateau le Baïkonour. A partir de l’adolescence, ce dernier lui enseigne les rudiments de son métier. Malheureusement, ce père tant aimé disparait en mer. On ne retrouvera que son embarcation désespérément vide. Anka se retrouve alors doublement orpheline car sa mère est dans le déni, refusant obstinément de croire au décès de son mari, ce qui creuse un fossé d’incompréhension entre elle et sa fille.
Markus quant à lui a été abandonné par sa mère quand il était jeune. Son père mène une vie d’oisiveté et ne montre que peu d’intérêt pour son fils, même s’il se rattrapera par la suite. Le jeune homme se lance alors dans un métier qui lui permet de trouver refuge dans les airs et devient le meilleur grutier de France, scrutant la vie des autres du haut de sa tour d’acier.
Comment ces deux êtres, passionnés d’environnements totalement différents vont-ils se rencontrer ?
Un roman lumineux, tout en sensibilité et délicatesse. – Marie-Laure Tournet
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Déjà, j’ai été fascinée par cette belle couverture. Puis, j’ai plongé tête la première dans cette histoire ! Le père d’Anka a disparu en mer, Marcus a un grave accident de travail, leurs vies se croisent et évoluent en parallèle dans une petite ville du Golfe de Gascogne.

Il s’agit du second roman d’Odile D’Oultremont, et je pense que je vais m’intéresser de près au premier, tant j’ai été emportée par ce texte, poétique mais fidèle au réel, qui prend le temps d’entrer dans l’intimité des personnages, sans longueur et sans lourdeur.
J’aime les romans de bord de mer, de marine et de pêche. J’aime aussi les romans de la vie de tous les jours, ceux qui parviennent à transformer en grand récit des évènements de vie ordinaire… J’ai été servie ! – Marianne Lamour

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« On ne crache pas, personne ne crache, sur l’espoir. »
Vladimir Savidan, son épouse Édith et leur fille Anka vivent à Kerlé, petit bourg breton d’à peine 12 437 habitants, proche de Lorient, au bord du golfe de Gascogne.
Le deuxième roman d’Odile d’Oultremont s’ouvre ce jour tempétueux de février 2017 où Vladimir, marin-pêcheur à bord du Baïkonour, disparaît. L’océan a vomi le bateau, englouti l’homme.
Personnage à part entière, l’Atlantique qui, jusqu’au décès de son père, avait pour Anka « tous les attributs de la meilleure amie », dont l’amitié lui semblait « une réalité inébranlable » devient subitement « l’ennemi contre lequel s’armer pour la guerre ».
Alors qu’en l’absence d’un corps à enterrer, Édith s’enfonce dans le déni, Anka entre en résistance, portant seule le deuil de ce père tant aimé. Alors que sa mère, désarmante Pénélope, trompe l’attente du retour en cuisinant chaque jour des litres de soupe qu’elle porte aux marins prenant la mer, Anka, jeune femme fière qui « n’est pas venue pour flancher », « a ravalé ses sanglots ».
Arrivé de son Sud natal quelques jours plus tôt pour un chantier d’un an et huit mois, Marcus est grutier, un métier choisi par passion, « pour les nuances du tableau, inépuisables ». De son poste d’observation à cinquante mètres du sol, il regarde les gens, petites fourmis affairées qui vont et viennent sur la place, jusqu’au jour où il repère le cortège funéraire et cette jeune fille qui entre dans l’océan pour y disperser quelques brassées de fleurs. Depuis lors, Marcus se surprend chaque jour à guetter Anka ; Marcus se surprend à être « amoureux d’une inconnue ».
Si Baïkonour est de prime abord un roman entre mer et ciel, il fallait bien la terre ferme, ce « relais médian d’une chimère ou d’un mirage », pour faire se rencontrer Anka et Marcus. Lors d’une manœuvre de routine qui tourne mal, le voilà plongé dans le coma. Marcus est cet homme stricto sensu tombé du ciel, cet homme cloué sur un lit d’hôpital et dont le silence va accueillir les mots d’Anka, sa colère, son désarroi et ses espoirs, alors qu’elle n’a plus son ami et confident atlantique.
Mêlant présent et passé, avec une délicate économie de mots dont les personnages secondaires ne font pas les frais, Odile d’Oultremont raconte l’histoire de gens ordinaires.
Par petites touches, l’autrice laisse affleurer ici et là de subtiles affinités entre Anka et Marcus, à commencer par leur attachement à la mer, attachement qui remonte à l’enfance. La Méditerranée rédemptrice qui « sauva Marcus d’une chaîne de doutes et d’ennuis » et l’Atlantique, « image parfaite », avec lequel Anka entretenait un « rapport de filiation » avant le drame. Il en est d’autres qui font que ces deux-là ne pouvaient que se rencontrer : la mère de Marcus est partie, le père d’Anka a disparu ; depuis sa cabine, Marcus épie Anka jusque dans son appartement, Anka profite du coma de Marcus pour le scruter à son insu. Je me suis piquée au jeu de dénicher ces correspondances, car ce ne sont pas deux destins que tout oppose, bien au contraire ce sont deux personnes qui étaient faites pour se trouver :
« Ce jour du 11 mai 2017, à peu près au même moment que Marcus Bogat retrouve la vie, Anka Savidan, comme la mer avant elle, tue le père. »
« Le deuxième roman, c’est toute une histoire » écrit Odile d’Oultremont dans ses remerciements. Il est vrai qu’après le très remarqué Les Déraisons, premier roman distingué par le prix de la Closerie des Lilas en 2018, le défi était de taille.
Baïkonour, dans un tout autre style, est un deuxième roman très réussi sur ces liens ténus, fragiles et toujours versatiles qui unissent les êtres, un roman sur la perte que l’on croit insurmontable, sur l’acceptation qui vient pourtant, et sur les rencontres à la fois accidentelles et providentielles qui changent le cours d’une vie, car reste la vie, toujours elle bien sûr, qui ébauche un coin de ciel bleu une fois le grain passé. – Christine Casempoure
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Ah, que la Bretagne est belle dans cette histoire d’amour et d’océan, avec des hommes et des femmes simples et charmants qu’on aime à la minute où on les croise, auxquels il arrive des aventures, certaines tragiques, d’autres loufoques, qui souffrent et qui rient, qui tombent et se relèvent, qui s’entraident et se respectent !..
Les seconds rôles sont bien campés et ne comptent pas que pour du beurre, le vent marin bouscule les grutiers mais il balaie aussi les miasmes et les chagrins des jolies coiffeuses, le deuil peut plomber le quotidien, au final c’est la vie qui est la plus forte. Comme dit l’auteure, « les morts on les enterre, les vivants on en prend soin ».
Jamais mièvres, parfois un peu foutraques, toujours justes et attachants, tous ces personnages sont rendus vivants par une écriture à la fois élégante, précise et poétique.
J’ai l’impression que je n’avais pas pris plaisir avec un texte comme celui-ci depuis, pfiouuuu… longtemps. Quel plaisir de lecture ! Sûr que je vais guetter le prochain livre d’Odile d’Oultremont. – Marianne Le Roux Briet
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Au vu du texte de quatrième, il est absolument certain que je n’aurais pas lu ce roman s’il n’avait été sélectionné par les 68 Premières fois : un homme, une femme, dans une petite ville de Bretagne… et la question qui tue : « Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ? »
Bon, je mets mes préventions de côté, je m’attarde sur la couverture résolument graphique et je plonge…
Et là, jolie surprise, je me laisse tout de suite séduire par l’univers assez poétique de l’auteure et par son phrasé délicat parfois ponctué d’un mot méconnu qui vient titiller le lecteur, comme pour le sortir de la douillette ouate du texte.
Quant à l’histoire, en revanche, pas de découverte inattendue. Faisant fi de la misogynie ambiante, une jeune femme rêve de prendre la mer, qui a pourtant emporté son père. Un homme désespérément seul, sillonne la France, de chantier en chantier où il officie en tant que grutier. Deux êtres écorchés, l’un a perdu sa mère, l’autre son père, les parents restants étant chacun à sa manière un peu perchés, voilà bien de quoi les rapprocher…
Rien d’inoubliable donc ici, mais si l’auteure devait à l’avenir s’emparer d’un sujet moins bateau, nul doute que je retrouverais avec plaisir sa plume singulière et élégante. – Delphine Depras
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Je n’avais pas été particulièrement touchée par les Déraisons le premier roman de l’autrice et j’ai abordé le second avec une petite appréhension.
Et la franchement c’est un joli coup de cœur ! Le sujet est un peu usé c’est vrai mais le traitement est particulièrement poétique et réussi.in
Les personnages sont attachants et leur évolution est bien décrite.
On n’a pas envie qu’ils nous lâchent la main à la toute dernière page.
Un vrai plaisir pour moi. – Emmanuelle Coutant
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Ce livre commence très vite, on est tout de suite dans le feu de l’action.
Vladimir, marin-pêcheur, navigue à bord du Baïkonour, son magnifique bateau.
Malheureusement, ce père de famille va périr en mer. Anka, sa fille, qui l’adorait, ainsi que la mer, portera le deuil. De joyeuse, avant l’accident, elle deviendra triste. Quand à Edith, sa femme, elle ne croira à sa mort que quand elle verra son corps.
Chacune à leur façon, elles feront leur deuil.
Marcus, lui est grutier et opère à cinquante mètres du sol. De son point d’observation, il peut voir la mer, la terre et tous les habitants de Kerlé. Un jour, par distraction, il aura un accident et se retrouvera suspendu à la pointe de la grue et il restera dans le coma.
Comment Anka et Marcus vont-ils résister à ces épreuves ?
L’auteure nous livre un récit poétique entre ciel, terre et mer.
Ce livre nous parle de destins croisés, d’êtres écorchés par la vie, de deuil, de renaissance, d’espoir et de rapports filiaux.
Un roman rempli d’émotion. – Hélène Grenier
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Coup de cœur!
D’emblée séduite par cette écriture riche et inventive, qui dès le premier paragraphe sublime un tragique naufrage en une fin lyrique. Cette magie se reproduira à de nombreuses reprises au cours de la lecture, au point de relire ces passages, rien que pour le plaisir de savourer ces mots et ces phrases.
Mais le récit s’ancre dans une réalité quotidienne que traduisent fort bien les dialogues. l’utilisation du présent donne une force supplémentaire à la narration.
Le thème de la rencontre toujours remise entre deux êtres qui évoluent sur deux parallèles de la vie est bien construit. Entre le grutier et l’orpheline qui rêve de pêche sur des eaux hostiles, le lien qui se tisse est subtile et fragile. Le hasard semble mettre en place toutes les circonstances qui aboutiront à unir ces deux êtres qui ignorent tout l’un de l’autre.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste : celui de la mère qui exorcise son chagrin en cuisinant des soupes pour des marins qui ne le méritent pas, les chirurgiens rivaux, le père du grutier chômeur professionnel, contribue à alléger le propos sombre (entre la noyade et la chute de grue, pas de quoi rigoler , quand même).
Un régal doublé d’un coup de cœur ce deuxième roman, qui m’incite à découvrir le premier, récompensé par le prix de la Closerie des lilas – Chantal Yvenou
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Ce second roman confirme la plume toute singulière d’Odile D’Outremont. Moins « foutraque » que son premier mais non moins plaisante, cette histoire est d’avantage « classique » dans sa narration et l’écriture a gagné en maturité, comme si la fougue de la jeunesse littéraire, sans perdre son fondement et sa patte, s’était apaisée et ressentait moins la nécessité de démontrer toute l’étendue poétique dont on se rappelle l’ahurissante envolée du premier opus. Ce livre évoque le deuil, la perte, le renoncement aux êtres chers, aux vœux les plus chers et comment dans ce fatras de chagrins et de déceptions on peut réussir à se composer un soi dans lequel malgré tout se retrouver. Beaucoup de tendresse, de doux cynisme, « l’absurdie » n’est jamais bien loin pour dire ce monde, ce bateau sur lequel nous sommes tous à nous dépatouiller comme on peut. Ce goût des petits riens, déjà si bien revendiqués dans Les Déraisons, sert habilement et sans excès cette jolie histoire d’amours, le grand et les pluriels. Les phrases longues en virgules pointent et signifient parfaitement les sentiments, les émotions, et ce en valorisant le sourire éclairant de la lucidité, sans jugement ni leçon. L’écriture, toute en métaphores souvent, s’inscrit au plus près de ce qui est humain en chacun de nous, une bienveillance ni poussive ni crémeuse mais certainement très utile aujourd’hui.
Baïkonour, nom kazakh, prénom de bateau, cosmodrome, point d’origine ou d’appel…ce roman nous embarque pas plus loin qu’ici bas parmi nos semblables, au ras du sol, dans les airs ou au creux des vagues, au mieux de ce que nous pouvons, dans le bain de nos compromis et nos médiocrités, nos humeurs et nos mauvaises fois, et surtout de nos espoirs, nos rêves et nos amours, lesquels doivent impérativement rester inexpliqués et respectés ! – Karine Le Nagard
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J’avais promis d’attendre son second livre pour me prononcer à propos d’Odile d’Oultremont. Je n’avais en effet pas été séduite par Les déraisons.
J’ai eu du mal à apprécier ce Baïkonour mais après une échappée dans la cuisine à faire de la soupe j’ai finalement été convaincue et … je peux même dire que je lirai avec grand plaisir le troisième à sa sortie.
Pourtant la progression de ce second opus est chaotique. L’auteure s’intéresse bizarrement beaucoup à ce que chaque personnage trimballe sous ses chaussures.
J’avoue que je me suis ennuyée dans les premières pages. Hormis l’accident de bateau de la deuxième page du livre (qui porte tout de même le numéro 12) et le contenu du fait-tout qui mijote sur le feu en chuchotant des bulles … il ne s’est pas passé grand chose et nous sommes tout de même rendus page 72. Marcus est en haut de sa grue. Anka va et vient dans l’eau de mer ou sur le pavé. Edith fait la soupe.
On sait qu’avoir été privé de la vision du corps d’un défunt n’aide pas à faire le deuil. Il paraît que je suis veuve (…) Je me comporterai en veuve quand je l’aurai vu mort dit Edith page 72. D’ici là je suis encore sa femme ! Elle est dans le déni conscient, assumé dit-elle (page 111) : cuire des potages pour mon mari et pour les matelots, c’est un acte militant et c’est encore ma liberté. On note à plusieurs reprises des situations contradictoires. La soupe est peut-être bienfaisante. mais elle est aussi objet de chantage par cette mère, qui contraint la fillette de dix ans à avaler une soupe aux poireaux pour gagner le droit d’accompagner son père sur le bateau. La mère a l’obsession des soupes, de la vérité et du parler vrai. Tout cela éclatera quand on comprendra que personne n’aime ses soupes.
L’auteure l’affirme page 76 : Marcus reste « fidèle au poste de cette Absurdie« . Avec un A majuscule exactement comme dans son livre précédent (page 104). Arrive alors (page 79) le mot vultueuses qui me fait écarquiller les yeux de surprise. Je ne connaissais pas ce qualificatif et je ne vois pas à quoi peuvent ressembler des paupières vultueuses. Peut-être rouges et bouffies. J’ai en tout cas appris un mot.
La chronologie est surprenante, bouleversée (chamboulée) parfois à l’intérieur même d’un chapitre. Je n’ai pas compris pourquoi la date est mentionnée uniquement lorsqu’apparaît le personnage de Marcus (février 2017 la première fois), et revient par moments, mais pas systématiquement.
La date de la disparition en mer de Vladimir Savidan (mari d’Edith, père d’Anka) n’est mentionnée que page 63. Voyant que c’est le 17 février 17 le lecteur reviendra en arrière pour confronter avec les dates associées au grutier. C’est agaçant … mais important puisque en lisant 18 et 25 (février), on comprend que les faits sont postérieurs au décès du marin.
Le 12 avril (page 90) c’est une autre chute, celle de Marcus (comme quoi le père d’Anka avait bien raison d’insister sur la sécurité) alors que …. (page 93) les baskets d’Anka pianotent avec énergie sur les pavés. Trois pages plus loin, et trois jours plus tard (page 94) on est le 15 alors qu’on apprend que le casque tombe avec une force colossale à deux mètres de Anka qui est la première témoin. Défaut de relecture du manuscrit ?
Au-delà de ces maladresses j’admets qu’Odile d’Oultremont connaît la topologie d’une grue. Et je peux accepter le surréalisme, la poésie, le décalage même si, pourtant, l’histoire est tout à fait plausible.
Le titre de ce roman est apparu à l’auteure alors qu’elle écrivait le précédent. Elle avait été attirée par l’affiche d’un spectacle de théâtre qui s’appelait Baikonour, un mot qu’elle avait jugé exotique. Elle décide de nommer ainsi le bateau de Vladimir, mais j’observe tout de même que la grue a un design assez proche d’une fusée.
Le baikonour est un Cléopatra Fisherman 38, la Rolls des bateaux de pêche (page 16) fileyeur-ligneur-caseyeur de 11 m 30 propulsé par 700 chevaux à une vitesse maximale de 29 nœuds (page 59), assez comparable à la Liebherr 280 EC-H, que pilote Marcus perché à 51 mètres du sol (page 41), capable de supporter des rafales de 67 km/h sans vaciller.
L’écriture d’Odile d’Oultremont est hyper cinématographique, et pour cause, car son activité principale est d’être scénariste. Chaque scène prend vie en suivant le regard d’un personnage, et ça c’est très réussi. La rencontre de Marcus et d’Anka est l’illustration que deux univers différents peuvent se rejoindre. Marcus est un homme du sud, Anka une fille du Nord. Il vit dans le ciel, elle a les pieds sur terre. Rien ne devait les amener l’un vers l’autre, et pourtant …
J’ai fini par apprécier le style d’Odile d’Oultremont à la seconde lecture. Il aura fallu que je m’habitue à l’oxymorie de ses constructions, à sa manière si particulière d’utilise d’accumuler des synonymes pour renforcer son texte. Par exemple : Longtemps reléguée amatrice passionnée de la mer (page 62) …
J’ai abandonné parfois l’idée de comprendre. Anka dit espérer une sorte de Blanche-Neige à l’envers en s’excusant de ne pas être très douée pour parler aux gens dans le coma (page 127). De quel envers peut-il s’agir puisque tout de même Blanche-Neige revient à la vie.
J’ai découvert outre, je le répète, un style que finalement j’apprécie, des musiques que je ne connaissais pas. Comme Longing for gravity du contrebassiste David Eskenazy (page 42) par le Trio Bretagne que Marcus écoute dans sa cabine. Ou la reprise d’Alleluia, de Claire Denamur. dont j’adore le deuxième album Vagabonde où elle renoue avec la country et le blues. Rien de moi est magnifique Quant à son Prince charmant, qu’elle chante d’une voix qui a des accents à la Zaz … il y a là peut-être la réponse à mon interrogation sur Blanche-Neige. – Marie-Claire Poirier
PS : la recette de soupe inspirée à Marie-Claire par la lecture de Baïkonour : http://abrideabattue.blogspot.com/2019/10/la-soupe-de-baikonour.html

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