Après la fête – Lola Nicolle

« Longtemps, nous sommes restés au milieu de l’appartement, dans le creux de nos bras et dans ceux de la nuit. »

Apres la fete

La narratrice de ce récit est une jeune femme, prénommée Raphaëlle, entre ses 18 ans et ses premières années de vie professionnelle. Raphaëlle est étudiante dans une université d’Ile de France dont elle nous dit seulement qu’elle est proche de la ville de V.
C’est dans cette fac que se constitue le groupe d’amis dont fait partie également le garçon autour duquel tourne tout le livre et dont on n’apprend le prénom, Antoine, seulement à la dernière page. Raphaëlle loue un petit appartement dans le quartier de La Goutte d’Or. L’appartement, le quartier sont présents à maintes reprises dans les différents courts chapitres qui se succèdent, presque tous au passé. Ce passé c’est surtout l’histoire de l’amour entre Raphaëlle et Antoine.
Sans aucun ordre chronologique, la narratrice s’adresse à Antoine en racontant des épisodes de leur vie : en commun, chacun de son côté, seuls ou avec d’autres. A aucun moment la narratrice ne tente de faire le point sur ce qui a provoqué leur rupture ; d’ailleurs cela importe peu du fait des perpétuels allers retours entre « être ensemble » et « être séparés ». Elle en profite pour évoquer la différence de milieu social entre eux. Lui est né et a grandi dans une cité à Bondy, elle, à Paris dans un milieu plus favorisé culturellement. Cette différence de milieu pèse sur eux surtout au moment de la recherche du premier emploi. Comme par hasard, Antoine reste au chômage bien plus longtemps que tous ses camarades de fac.
La langue de Lola Nicolle est magnifique, pleine de subtilité et de poésie. Le texte est parsemé de citations aussi hétéroclites que Marguerite Yourcenar, le groupe IAM, NTM et Henri Michaux. Citation : « la prime jeunesse avait laissé un pli très beau. Celui d’une post enfance passionnée, plein d’égoïsme et d’intolérance, d’amour et de spontanéité »
J’ai pensé à « Eparse » de Lisa Balavoine et pour moi c’est un sacré compliment. – Marie-Hélène Fuchy-Poirson
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Fini la fête, reste la vie. La vie est bête. Tant pis.Francis Blanche – Mon oursin et moi
« Nous semblions nous trouver chacun à un carrefour un peu flottant de nos vies ; il donnait sur des routes embrumées. Alors, nous avions décidé, par un accord tacite, de nous autoriser un temps pour nous y perdre ensemble. »
Après la fête, le premier roman de Lola Nicolle est celui du désenchantement et de la rupture immanente, lisible dans le titre même. Il y eut un avant ; il y aura un après.
Lola Nicolle convoque de manière récurrente l’image d’un pont pour concrétiser cette traversée entre ce qui était et ce qui sera, entre l’adolescence et l’âge adulte,
« Nous poursuivions nos études comme on construirait un pont qui jamais n’atteindrait l’autre rive, dans un geste à la fois magnifique et désespéré. »
entre les études universitaires et le monde du travail,
« Nous n’allions pas tarder à emprunter le pont pour traverser, nous retrouver dans un monde d’adultes, plein de responsabilités et – nous l’espérions – de grands projets. Nous en attendions tant. »
Une traversée qui effraie et repousse autant qu’elle séduit et attire. Qu’y a-t-il au-delà de la ligne d’ombre ? Quelles sont ces choses qu’on trimbale partout avec nous, vestiges d’un passé qui pourtant nous ancrent dans notre présent ?
« La vie ressemble à une feuille de papier. Parfois pour avoir moins mal, on voudrait en effacer les plis. Les souvenirs comme des origamis. Puis, on voudrait retrouver une surface vierge, prête à prendre une nouvelle forme. On a beau tenter de l’aplanir, il reste toujours les marques des pliures anciennes. Heureusement. »
Le sol est instable, les routes, enténébrées. Et les attentats de novembre 2015 en s’invitant sur la toile de fond ne font que rendre la brume plus opaque, la précarité plus versatile.
Après la fête est un roman d’à peine 155 pages dont la brièveté happe l’essence d’un moment, celui où toute une génération bascule ; cette génération Y bercée de discours au mieux décourageants, au pire alarmistes qui ont passablement plombé son élan.
« Car si l’avenir lointain ne semblait rien vouloir promettre, le refuge du passé nous accueillait les bras ouverts, nous rappelant à lui comme pour nous consoler d’une angoisse qui pesait discrètement sur notre conscience. Et si tout s’effondrait ? »
Une génération désabusée d’avoir vu ses rêves abolis après l’euphorie des grandes espérances. Une génération qui, entre accablement et colère, finit par lâcher : « Tout ça pour ça ? »
Après la fête aurait pu être un roman amer, il n’en est rien. C’est un récit d’apprentissage et de nostalgie ; se retourner sur les temps passés, avec tout ce que cela présage de franche rigolade, mais aussi de poisseuse déprime.
Après la fête parle à chacun de nous, quel que soit notre âge.
Issue d’un milieu bourgeois, Raphaëlle est étudiante en lettres. Elle vit avec Antoine, étudiant comme elle et qui revendique, lui, une culture de cité, cette cité qui montre du doigt. Que peuvent bien avoir en commun ces deux-là ? Leurs études, bien sûr, quelques amis devenus cette famille élue, des projets d’avenir, la quête d’un absolu qui va achopper sur la réalité. Raphaëlle et Antoine vont découvrir que « La vie n’est ni un spectacle ni une fête ; c’est une situation difficile. » – George Santayana.
Lui, enfant de la cité, élève sérieux, amoureux des livres, a dû pousser seul, un peu comme ces herbes qu’on dit mauvaises ; elle ne connaît rien des problèmes d’argent et les livres prescrits trônent depuis toujours sur les rayonnages de la bibliothèque familiale. Paradoxalement, c’est Antoine que l’on pensait le mieux armé qui va se révéler le moins apte à faire le grand saut. Il faut dire que lui n’a aucun filet de sécurité, alors…
Le bonheur des premiers jours de la vie en couple va s’effilocher, irrémédiablement. L’indifférence, la déception vont y faire leur lit en même temps que l’incompréhension, imperceptiblement. Leur histoire d’amour s’étiole le jour où Raphaëlle, diplôme en poche, trouve un emploi dans le domaine qu’elle s’est choisi, alors qu’Antoine, en procrastinant la soutenance de son mémoire, prend « le parti de l’enfance » et reste seul sur la rive.
« En arrivant sur la rive, tu m’avais murmuré : cette femme qui serait ma vie, je croyais que c’était toi. Mais j’étais seulement la femme de la mienne. Et nous en étions restés là, chacun pour soi. »
Les Rita Mitsouko chantaient « Les histoires d’amour finissent mal en général » et celle-ci ne fait pas exception. Leur flamme vacille jusqu’à s’éteindre sans qu’un vent aigre ne vienne la souffler.
Lola Nicolle relate ce différend irréconciliable entre ce que l’on ébauche à deux et ce que l’on finit par devoir accomplir en solitaire, parle de ce moment (é)mouvant de l’entre-deux, dans une langue musicale qui parfois fait sa coquette et que certains trouveront un peu trop apprêtée. Les métaphores filées leur sembleront artificielles, alors qu’elles servent le propos, tel ce pont, passerelle vers tous les possibles pour les uns, obstacle indépassable pour les autres.
J’entends déjà ceux qui disent que Après la fête remâche un thème qui a nourri de nombreux romans avant lui. Oui, et ce n’est pas là qu’il faut chercher son originalité qui est de révéler une écriture mâtinée d’élan nostalgique et de poésie contenue, à moins que ce ne soit d’élan contenu et de poésie nostalgique – je n’ai pas voulu trancher.
Certaines images sont venues se superposer au texte, celles des premiers films de Cédric Klapisch (Péril jeune ou encore la trilogie L’Auberge espagnole, Les poupées russes, Casse-tête chinois) et leurs bandes-son elles aussi composées en grande partie de morceaux culte de leur époque.
« Les fêtes n’existent que pour colorer les angoisses » (Leonor Fini), et personne ne devrait en être dupe. – Christine Casempoure
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Raphaëlle s’adresse avec émotion et tendresse, à Antoine, son âme sœur durant ses études supérieures dont elle est désormais séparée.
Mais pour qui parle Raphaëlle, jeune adulte, juste sortie de la parenthèse si privilégié des études universitaires, et si marquant quelque soit leur confort matériel et leur décalage avec leur milieux d’origine?
En témoignage d’une des premières formes de désillusions qu’abordent les « jeunes Y éduqués et instruits » et dont sa petite bande centrée sur l’amour de la littérature, le monde des idées, des savoirs, des émotions et des récits, avaient renforcé les ailes et les espoirs?
A elle-même aussi surement, alors qu’au sortir de cette parenthèse, se frottant désormais à la compétition à l’emploi, à la rugosité professionnelle et au déterministe social qu’elle découvre, elle éprouve le besoin de se replonger avec délicatesse dans les souvenirs de ce que l’on se plait à imaginer être son premier amour d’adulte…
Est-ce alors une certaine manière de protéger « l’enfant Raphaëlle », qui ne s’est pas encore effacée, afin qu’elle ne soit abimer par le réel?
Une certaine grâce dans le récit, une écriture délicatement recherchée, contraste avec que les sujets en contrepoint, qui aurait pu être peut être un peu plus qu’effleurer?
Cette crainte tout entière contenue dans le titre.  – Kateryne Guichard
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Raphaëlle et Antoine s’aiment depuis l’université. Ils ont côtoyé les bancs de la faculté, fait les fêtes d’étudiants, connu l’insouciance de cette période. Et maintenant, ils doivent entrer dans le monde du travail, changer d’environnement…
« C’est une certaine émotion, la première fois qu’on montre ce que c’est chez soi à un inconnu. On tourne la clef lentement dans la serrure, on espère n’avoir rien laissé traîner de trop honteux, que tout est en ordre. On s’excuse par avance. Poussière, sous-vêtements, livres épars sur le sol, tasses de café nombreuses abandonnées au matin. On tente, sans succès, de tout dissimuler, avant, bien entendu, d’oublier l’entreprise -sa futilité-, car quelqu’un, amusé, nous regarde depuis l’entrée. »
Après ma lecture de ce roman, j’ai vraiment trouvé que le titre, « Après la fête », allait à merveille à ce livre. La fête, ce moment où l’insouciance est à son maximum, où on pense qu’à s’amuser, où les soucis sont à la porte de la fête, où la légèreté est de mise. Cette fête que les étudiants connaissent bien. Et après la fête, ce moment où la désillusion apparaît, où il faut affronter le monde des adultes, où le quotidien devient plus difficile, où il faut trouver un emploi. L’auteure, Lola Nicolle, évoque ceci avec ses mots, sa poésie, sa lenteur (d’ailleurs, à des moments, c’était un peu trop lent pour moi…). L’auteur raconte la vie étudiante puis l’entrée dans la vie active. Elle parle des différences notamment de classes sociales. Elle évoque l’amitié, l’amour, les doutes, les certitudes, les questionnements. « Après la fête », c’est l’histoire de Raphaëlle, génération Y comme on les appelle. Raphaëlle, une étudiante aisée tombée amoureuse d’Antoine qui habite dans la banlieue. C’est leur histoire. C’est leur amour. C’est leurs forces et faiblesses. C’est leur découverte d’un autre monde, celui du travail et de la vie à deux. C’est leurs différences qu’ils pensaient pouvoir faire fi. « Après la fête » est un roman actuel, un roman où beaucoup peuvent s’y retrouver, un roman où l’amour s’y est invité avec désir, un roman où la musique y a toute sa place. Un bémol tout de même: j’ai été perdue à certains moments niveau chronologie dans l’histoire d’amour de Raphaëlle et Antoine, à ne pas savoir de quelle période de leur histoire il s’agissait, dommage.
« Après la fête » est un premier roman, un roman porté par une auteure qui connaît son job!  – Sybil Lecoq
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Un peu long, le plus souvent élégant, ce texte est d’une grande justesse sur la vie dans une très grande ville, quand on est jeune et qu’on débute à la fois sa vie de couple et sa vie professionnelle. Cela augmenté du fait que les deux éléments du couple ne viennent pas du même milieu social (bourgeoisie vs milieu populaire) et que cette différence pèse lourdement, d’abord sur leur recherche d’un emploi, puis sur leur vie à deux.
Tout ceci est vu du point de vue de la jeune femme, qui décrit et analyse avec lucidité la lente dégradation de leur histoire d’amour au fur et à mesure que le temps passe, alors qu’elle a trouvé le poste dont elle rêvait mais que lui peine à trouver le sien.
La fête, ce sont les années d’étude, où tout semble possible, rêves, espoirs et ambitions, où les textes de rap et de musique populaire rythment le quotidien, où les soirées entre potes, la danse et les discussions sans fin sont la norme. Lorsque la fête finie est finie, le réveil est brutal, triste et douloureux : bienvenue dans la vraie vie !
Il me semble qu’un metteur en scène qui aime et sait filmer Paris, son quotidien et sa jeunesse, ferait de ce livre un merveilleux film. Cédric Klapisch ? – Marianne Le Roux Briet
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Raphaëlle et Antoine, une rencontre que rien ne présageait. Issus de milieux sociaux différents, leurs études supérieures, leurs similitudes, leurs passions les lieront à jamais. Des journées rythmées par leurs cours, leurs sorties et leurs moments à deux.
L’entrée dans la vie active… et tout bascule !
Lola Nicolle nous propose une écriture fluide, poétique, très agréable à lire. Un roman que l’on peut lire partout et en toutes circonstances. Une héroïne qui a du mal à tourner la page. Ce roman met en évidence la difficulté pour les étudiants d’entrer dans la vie active. La part de chance et de rencontres occupent une place importante dans cette étape. On peut également se demander si la peur de grandir n’aurait pas une part de responsabilité ?
Bien que la lecture soit fluide et facile, j’ai eu parfois du mal à me situer chronologiquement dans l’histoire de Raphaëlle et Antoine. Je verrais complètement ce roman en adaptation cinématographique !  – Nina Busson Boulonne
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Lola Nicolle fait son entrée en littérature par la grande porte, celle des textes qui claquent et qui posent dans le monde des livres une empreinte reconnaissable entre toutes.

Avec, Après la fête, elle explore la passion et le basculement vers le monde adulte, dans ce qu’il comporte de désillusions, de responsabilités et de fin d’insouciance.

On apposera le terme contemporain ou moderne sur ce roman, il faut se méfier des qualificatifs, ils conduisent à la facilité et concourent à mettre dans des cases.

Il l’est par le thème traité ou l’époque dans laquelle il s’inscrit peut être. Mais de tout temps, n’y a-t-il pas eu ce douloureux passage à l’âge adulte, celui des choix et donc du renoncement, de la confrontation à une réalité mordante et sombre ?

Ce roman est un grand texte, fiévreux et habité, qui vient attraper les tripes et secouer les larmes que l’on porte.

La langue de Lola Nicolle est enflammée, urgente, poétique et sans concessions. Elle magnifie le désespoir, elle s’habille de noir avec lumière, jamais elle ne tombe dans la facilité ou dans un ton en dessous, elle tient la corde, le fil sur lequel on vit, comme un funambule.

Comme si la langue devait brûler, les mots sortir pour ne pas consumer l’être qui les porte.

On peut lire pour apprendre, pour s’évader, pour rire ou se détendre. Moi, je ne lis que pour vivre mieux, pour que les mots des autres me portent ou me consolent. Le roman de Lola Nicolle entre dans la catégorie de ceux qui autorisent à ressentir, à avoir mal même dans une cage dorée et qui comblent la solitude que l’on ressent. Il porte dans ce qu’il dit d’universel et qui vient chercher le personnel en chacun. Il est toujours étonnant de lire des mots que l’on pourrait faire sien, comme une évidente rencontre, même de papier.

Un premier roman éblouissant qui va m’accompagner longtemps. – Charlotte Milandri

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Raphaëlle a vécu une histoire d’amour avec Antoine, qui s’est terminée. Les attentats du 13 novembre 2015 flottent sur ses regrets et sur la photographie contemporaine de la jeunesse parisienne qu’elle tente de dessiner, comme le suggère le titre « Après la fête », et la référence indirecte au livre d’Hemingway, Paris est une fête, dont les ventes ont explosé à la suite de ce drame.
Ce premier roman m’a fait penser à un extrait de journal intime écrit par une jeune fille à la suite d’une première histoire d’amour et de sa rupture difficile à surmonter. Il enchaîne des paragraphes nostalgiques, à la première personne ou à la seconde, lorsque Raphaëlle se souvient, se retourne vers son passé et s’adresse à Antoine.
Le roman, empreint d’une tristesse lancinante, survole les tourments de cette jeune fille qui prend conscience de la réalité du quotidien, du couple, du monde du travail et du monde en général. Il s’écoule sans action déterminante ou événement particulier, faisant référence à des sorties, des amis, personnages secondaires effleurés, des sauts dans la famille des uns et des autres, sans vraiment de substance.
Lola Nicolle écrit dans un style travaillé qui affiche sa volonté de faire d’Après la fête un roman poétique avec de jolies phrases romantiques, et elle y parvient.
Mais si j’ai pu apprécier le style poétique et la beauté de certaines phrases, je dois avouer avoir eu du mal à terminer ce roman qui ne m’a pas intéressée. La poésie trop présente, trop assumée instaure une distance et un manque de sincérité qui éloigne de l’histoire. Il ne suffit pas que des choses soient joliment dites, même si c’est déjà beaucoup. Après la fête n’aurait pas pâti, me semble-t-il, de plus d’épaisseur aussi bien dans les personnages que dans le propos. – Laure MicMélo
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Il y a ceux qui font de leurs souvenirs des albums de photos qu’ils feuillèteront peut-être un jour en évoquant maladroitement des instants ou des rencontres qui auront pourtant déposé une trace indélébile dans leur mémoire et dans leur vie, et il y a ceux qui, mettant entre eux et leurs souvenirs un narrateur et un peu de hauteur, se lancent dans l’effarante entreprise d’en faire un roman. Il y a ceux qui, à cet exercice, suscitent un vaste questionnement sur l’intérêt d’avoir ainsi proposé une vue imprenable sur le contour de leur nombril, et puis, quelques fois, il y a celui ou celle qui, touché(e) par la grâce, va trouver les mots, va savoir les écrire et les agencer de telle sorte que sa vie deviendra un roman ou que son roman aura furieusement l’air d’être sa vie. Lola Nicolle est de ceux-là. C’est à peine si cette jeune éditrice se dissimule derrière Raphaëlle pour évoquer les années charnières où tant de choses se jouent, celles des études, premières libertés, premiers engagements, premiers appart’s, premiers vrais couples, premières contraintes, premiers boulots, premiers vrais choix.
Que l’on ne s’y trompe pas : derrière sa silhouette adolescente et ses lunettes de première de la classe, Lola Nicolle planque discrètement, non pas une âme torturée, mais la conscience aigüe d’avoir laissé derrière elle des années fondatrices et déterminantes de sa jeune existence. Avec le détachement d’un vieux sage, elle en fait un récit aux lignes sobres et rigoureusement structurées mais dont se dégage une mélancolie pleine de poésie. Les sentiments qu’elle évoque, loin de noyer son propos, restent contenus avec beaucoup de pudeur et offrent au lecteur, luxe suprême et délectable, l’espace nécessaire pour y mêler les siens dans une communion de souvenirs. – Magali Bertrand
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Après la fête est un premier roman quasi autobiographique, mélancolique, ennuyeux à l’extrême. On pressent le désir d’émancipation. Une envolée vers l’âge adulte. Néanmoins, cette histoire de vie aurait pu être exaltante, nourricière. Comment résister aux inégalités sociales qui creusent l’abîme existentiel ? Lire « Après la fête  » est un déplaisir. L’auteure ne fuit pas son miroir. Elle cherche en ce dernier les reflets d’une écriture exutoire et égocentrique. « Après la fête » est terne, un arrêt de manège. Le gris décrié et une jeunesse qui se brise les ailes à force de tourner en rond et de ne jamais poser le regard sur la vaste humanité. Ce roman manque de saveur et de naturel. – Evelyne Léraut
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C’est un constat doux-amer, une sorte d’état des lieux socio-culturel d’une génération née à la fin du vingtième siècle, et qui doit bâtir son futur sur des sables mouvants, tant l’incertitude est grande sur l’avenir qui nous attend tous.
C’est aussi une observation fine du fonctionnement d’un couple, qui au delà des illusions et des promesses imprudentes, se délite lentement sur fond d’inégalité des chances. Une fois la passion apaisée, il faut peu de choses pour que le quotidien se consomme sur des rancoeurs enfouies.
Raphaëlle a la chance de trouver immédiatement du travail après l’obtention de son diplôme. Antoine reste sur le pavé. Il n’en faut pas plus pour que les stigmates du fonctionnement du couple, que l’on voudrait reléguer au passé, surgissent malgré tout : le féminisme est un combat pas encore gagné et la plume de Lola Nicolle le revendique clairement.
L’écriture est résolument moderne, convaincante, lucide, douce et énergique à la fois et très agréable à parcourir.
Malgré un a priori plutôt négatif lié au thème, j’ai finalement beaucoup apprécié ce roman très contemporain mais pas désespéré. – Chantal Yvenou
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Lola Nicolle, je referme ce livre, les yeux embués. Émue de vos mots, échos. Le temps d’avant s’en est allé, et l’insouciance à tout jamais. Votre couverture déjà, annonçait un puzzle défragmenté, couleurs estompées… la vie d’adulte s’agite, rompt les codes de ces vies du soir, comateuses aux effluves douceurs. La jeunesse des premières fois, des émois du corps et des sensations, du toujours mon amour. Où il n’y a aucun renoncement aucune différence entre le rêve et le vivre. Promesses d’un temps figé, compté. À l’aube … je partirai disait Hugo. Raphaëlle votre héroïne devient la femme de sa propre vie et non celle projetée avec son amoureux du temps léger. Les lampions, les fumées, les danses rapprochées se terminent au matin rapide d’un RER bondé, aspirant tout élan. Votre écriture est pleine de tact et d’émotions, de poésie nostalgie. L’impact du mot. Dans cette phrase finale qui disloque cet amour. Cette fin de période. L’enfance et l’adolescence ont pris fin. Dans la langueur des fêtes. Brusquement. Insidieusement. Être autrement avec ces traces magiques de tendresse spontanée, de vertiges sans mesure. Votre play list scandée ici et là donne une musicalité encore plus belle à ce demain pas encore là et à ce temps toujours présent, en fuite. Après la fête c’est une explosion de sens pour moi. D’un temps perdu. D’une beauté chavirante. – Alexandra Rose
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Lola Nicolle a réussi l’exploit de parler de ce moment de bascule, ce moment où les rêves ne tiennent qu’à un fil, où les désillusions et les renoncements sont les portes de secours, des voies sans issues, de garage, où tomber de tout son corps est tellement facile qu’il en devient dangereux, où l’équilibre est précaire, un nid pour oiseaux perdus.
De par son écriture, sa grâce mélancolique, sa délicatesse silencieuse et poétique, ses cris et rages qui s’échappent, les larmes qui jaillissent à l’improviste, on entre dans son monde, dans ce monde où la fête n’est plus, où l’euphorie des grands boulevards, espoirs se terminent en impasse, où la lumière revêt son habit de nuit noire, où la lassitude gagne comme se termine une partie de poker, dans le tumulte des cartes abattues redistribuées.
On pourrait penser qu’Après la fête est un roman générationnel, à la limite de cette frange d’une jeunesse parisienne, un brin dorée, qui ne connait que la fête et les possibles tumultueux aisés. Cela serait tomber dans le cliché de la facilité. Oublier que derrière cette façade se cachent les lendemains perdus, les euphories des gueules cassées, des gueules de bois, les cris de ceux qui ne crient plus, les rêves de ceux qui ne rêvent plus, les mélancolies de ceux qui ont pour croyance les doutes, le manque de confiance, d’espoirs flétris, fanés. Comme si il était plus facile de se battre que de tomber, comme si la colère, la rage, la violence devait être fer de lance d’une place à trouver, d’un état à être, d’un possible à exister, l’ultime parade à la mélancolie, à cette place que l’on cherche tant, de cette fête qui se termine. – Sabine Faulmeyer

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