La chaleur – Victor Jestin

Tout était triste et lent ce dimanche. Le sol était détrempé, boueux, couvert de flaques et de petits ruisseaux. Les campeurs creusaient des rigoles, étendaient leurs affaires sous le soleil disparu. C’était une défaite générale. Les tubes de crème solaire et les matelas gisaient. Tout gisait dans la grisaille.”

La chaleur

« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger ». Ça c’est de l’incipit !
Voilà un premier roman remarquable.
Dans un camping des Landes écrasé de chaleur, Léo est le témoin passif d’une scène effroyable : un jeune vacancier de 17 ans (son âge également) meurt, le cou enserré dans les cordes d’une balançoire. Au lieu de l’aider, Léo va le regarder mourir puis, geste incompréhensible (« une bêtise »), l’enterrer dans un trou creusé sur la plage.
A partir de là, Léo entraîne le lecteur dans son sillage. On partage cet après angoissant, un cheminement pour essayer de comprendre ce qui l’a mené à ce geste, un cheminement vers un dénouement, son dénouement.
Cette scène d’ouverture, magistralement écrite (quelle sobriété) est le détonateur au bout duquel sont concentrés, comme une bombe, les frustrations et les désirs de l’adolescence. Comment jouir de la vie, comme les autres, quand on n’a pas les codes ?
Quelles frustrations, quelles rancœurs, quelles peurs, quelles violences s’accumulent derrière ces grands corps maigres, ces attitudes embarrassées ?
Il y a ces filles qu’on embrasse maladroitement, l’amour qu’on voudrait bien faire mais qui effraie, cette sexualité qui vous possède soudain corps et âme, le groupe qu’on souhaiterait intégrer mais dont on reste à l’écart-malgré ses efforts-, ce corps qu’on voudrait exhiber mais dont on a honte. Cocktail explosif auquel s’ajoutent l’ennui et la chaleur…
L’écriture est précise, vive, tranchante doublée d’une analyse psychologique plus qu’intéressante. Un roman palpitant. Une très belle découverte et un jeune auteur à suivre.
PS : quand on voit la bouille de l’auteur sur le bandeau, on imagine très bien où il est allé chercher une histoire pareille.  – Laurence Simao
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Le récit se déroule sur 24 heures en 139 pages. Court et efficace, écrit à la première personne. Victor Jestin frappe fort pour un premier roman. J’ai été bluffée qu’un aussi jeune auteur parvienne à créer une atmosphère aussi sombre et névrosée. La chaleur oppresse et nous fait transpirer à grosses gouttes. Mes sentiments étaient partagés entre cet ado mal dans sa peau dont le geste fou démontre une nature fragile et la peur qu’il ne se dénonce et soit condamné. Même une fois refermé le livre, je suis toujours dans le questionnement. Peut-on incriminer un adolescent instable, un geste irréfléchi sans en comprendre la signification ? Ce roman est un cauchemar où tout du moins en a l’air. Il glace le sang par cette mort, crée le malaise par ce manque de responsabilité, interroge sur notre vision du monde. La chaleur, cru dans ses propos est surprenant et trottera encore quelque temps dans ma tête.  – Héliéna Gas
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Alors que les vacances de Léonard s’achèvent, il assiste – paralysé et frappé d’inertie – au suicide du jeune Oscar, pendu à la balançoire d’un camping des Landes. Saisi par la panique et la culpabilité de n’avoir rien su faire pour empêcher l’irréparable, il enterre le jeune homme au cœur de la nuit dans le sable d’une plage adjacente puis, étourdi de fatigue, s’endort. Tandis que le soleil implacable se lève, s’ouvre une journée décisive pour Léonard, entre l’angoisse que son crime soit découvert et la naissance du désir pour une jeune femme.
L’incipit brutal et glaçant de ce premier roman laisse ainsi place à vingt-quatre heures d’une intensité rare, concentrant dans une unité de temps resserrée les griffes et remous de l’adolescence.
La chaleur m’a séduite, d’abord par son décor. Ce camping est un huis clos à ciel ouvert, dans lequel le narrateur erre sans fin pour tromper son ennui et sa détresse. Léonard, adolescent introverti, pâle et chétif, est ainsi en complet décalage avec l’injonction au bonheur et à la détente claironnée à longueur de journée dans les haut-parleurs des allées. Cette dissonance entre le cadre romanesque et l’état d’angoisse du narrateur constitue, selon moi, la véritable originalité de ce roman.
Ensuite, par son atmosphère suffocante : la chaleur caniculaire nous pénètre à la lecture ; l’on se sent étouffé, prostré, léthargique sous ce soleil impitoyable.
Enfin et surtout, La chaleur m’a conquise par sa construction romanesque – cette narration à la première personne qui nous enserre dès les premières pages – et son intrigue particulièrement maîtrisée, qui m’a happée jusqu’au dénouement.
Victor Jestin signe un remarquable premier roman, suffocant à l’envi !  – Caroline Pineau
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Littéralement intriguée par la quatrième de couverture, j’ai dévoré ce court récit d’à peine 140 pages.
Immédiatement, j’ai pensé à une filiation possible avec Albert Camus, une plongée dans l’absurdité et le non-sens, au-delà de toute morale, dans un style neutre, détaché, comme absent.
Le jeune héros, dans une écriture épurée à la première personne, nous raconte comment il commet une terrible erreur de jugement et comment il va continuer de vivre, quitte à en payer les conséquences, mais non sans au préalable avoir goûté aux joies de l’existence. C’est peut-être sur ce point-là que ce livre a pu parfois m’agacer car les désirs élémentaires d’un jeune de dix-sept ans tournent essentiellement autour de préoccupations festives et sexuelles, mais je salue l’originalité de la transposition ; de plus, l’adolescence exacerbe le paradoxe et donne une intensité particulière à l’ensemble.
Du parallèle avec Camus, je retiens le sentiment de médiocrité du personnage principal, mal dans sa peau, maigrichon, pas très à l’aise auprès des filles, seul dans sa tante individuelle à côté de celle où sont installés ses parents, son plus jeune frère et leur petite sœur, incapable de communiquer avec eux, se sentant différent. Il traine sa mélancolie, une forme de mollesse et de passivité qui ne l’empêchent pas d’agir mais font qu’il n’agit pas, parce que cela lui est égal, en quelque sorte, et qu’il fait chaud, très chaud… Alors, il regarde agoniser son camarade, puis panique, cache son corps et attend de voir la suite.
Je retiens aussi une certaine inaptitude au mensonge, un état second d’hébétude où les ressentis sont diffractés et édulcorés. Léonard ne semble pas avoir pleinement conscience de ses actes.
Le fait de situer cette histoire dans un décor en forme de huis-clos élargi dans l’enceinte d’un camping et de la faire tenir dans une unité de temps raccourcie à moins de quarante-huit heures, sous une canicule écrasante, lui donne une réelle intensité.
Donc, Victor Jestin a bien réécrit le début de L’Étranger de Camus… C’est certes intéressant de revisiter un tel monument ; c’est lucide aussi d’avoir laissé la fin en suspens afin que la ressemblance ne soit tout de même pas trop poussée à l’extrême parce que, justement, il faudrait ne pas trop pousser… Mais voilà, du coup, la révolte camusienne devient ici résignation lucide et nous restons un peu sur notre faim.
Ce livre va rencontrer deux types de lecteurs, celles et ceux qui, comme moi, connaissent presque par cœur L’Étranger de Camus et celles et ceux qui n’ont jamais lu ce livre publié en 1942… Nous n’aurons forcément pas les mêmes avis. Certains des premiers, dont je fais partie, vont s’interroger sur la démarche de Victor Jestin ; quant aux seconds, il y aura sans doute ceux qui crieront au génie et ceux qui détesteront car ce livre ne va pas surement pas laisser indifférent.
Pour moi, cela va rester une curiosité intellectuelle car il y a, dans mon Panthéon personnel, quelques auteurs auxquels il ne faut pas trop toucher.
Par contre, je suis d’ores et déjà curieuse de lire ce que ce jeune auteur nous livrera dans le futur en espérant qu’il saura libérer sa plume tout en gardant à l’esprit son univers référentiel.  – Aline Raynaud
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“Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d’étés pouvaient mener aussi bien aux prisons qu’aux sommeils innocents.”Camus, L’Étranger
« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. Oscar n’était pas un enfant. On ne meurt pas comme cela sans le faire exprès, à dix-sept ans. On serre le cou pour éprouver quelque chose. Peut-être cherchait-il une nouvelle façon de jouir. Après tout nous étions tous ici pour jouir. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas bougé. Tout en a découlé. »
Quelle frustration pour la lectrice que je suis et qui attendait beaucoup (trop ?) de ce premier roman encensé par les critiques ! Un premier roman tout récemment distingué par le prix littéraire de la Vocation décerné par la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet ; un premier roman inscrit sur les listes de prix prestigieux (Renaudot, Médicis, Femina) ; un premier roman pressenti donc pour succéder au Lambeau de Philippe Lançon (Femina), au Sillon de Valérie Manteau (Renaudot), à l’Idiotie de Pierre Guyotat (Médicis). Excusez du peu…
Quel gâchis ! Pourquoi, mais pourquoi donc avoir bousillé une idée de départ si engageante ! Parce qu’au-delà de cet incipit incisif, il ne se passe rien, absolument rien : une vacuité à perte de pages.
Il m’est toujours délicat d’écrire contre un roman dont l’auteur débute à peine. Indélicat, pour l’éditeur cette fois, de composer une 4e de couverture qui place d’emblée La chaleur de Victor Jestin à l’ombre aveuglante de L’Étranger de Camus :
« Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu […] », un adolescent qui comme Meursault est rétif au jeu social, un adolescent qui vient d’expédier Oscar en quelques phrases.
Unité de temps, de lieu, d’action, la trame dramaturgique de ce court roman épouse le schéma du théâtre classique. Malheureusement, le tissu narratif, lui, est cousu d’incohérences, d’invraisemblances, de platitudes oiseuses.
Morceaux choisis :
Comment croire…
· qu’un garçon maigrichon comme Léo (« je me suis promené torse-nu, sans gesticuler pour masquer ma maigreur ») traîne le corps d’Oscar sur plusieurs mètres, lui fasse gravir la dune pour l’enterrer sur cette plage landaise, même si « [Oscar] n’était pas si lourd » ;
· que personne ne découvre le cadavre enterré à mains nues ;
· que la mère d’Oscar ne soit pas dévorée par l’inquiétude en n’ayant aucune nouvelle de son fils.
Par contre, que « l’aube [soit] passée depuis longtemps : le soleil [ait] traversé le ciel et [dérive] déjà vers la mer » : là, pour le coup, on y croit… parce que, bon sang, trois pages avant, il est écrit qu’il est « dix-huit heures » !
N’en jetez plus…
L’écriture, le style n’ont rien d’impérissable. Les phrases sont courtes, sèches – ce qui n’est pas un défaut -, parfois creuses – voilà qui est plus ennuyant. Les métaphores sont gauches et usées, le vocabulaire, étréci. Et ce « Je », qui sue le mal-être, porte la voix inconsistante d’un ado caricatural, empêchant toute empathie.
Alors oui, il est fort probable que je sois passée lamentablement à côté de ce roman dont le meilleur atout est d’engluer le lecteur dans la torpeur du récit. Je ne saurais dire combien je regrette que la matière de départ, fertile, n’ait pas été exploitée pour nourrir un roman que j’aurais lu en apnée parce que tout y aurait été irrespirable. Tout était pourtant là :
« Oscar est mort à cause de moi qui n’ai pas bougé, et je n’ai pas bougé car à cet instant je ne pouvais pas, je préférais mourir, comme lui, et nous nous sommes regardés mourir l’un l’autre, pendant que les autres dansaient. »
« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better », soi-disant cette phrase de Samuel Beckett est l’une des préférées de l’auteur, et c’est le souhait que je forme pour lui.  – Christine Casempoure
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En voilà un premier roman prometteur ! Quel style pour un jeune auteur de 25 ans !

24h au camping, dans les Landes, lors de la journée la plus chaude de l’année voir de la décennie… Chaleur écrasante, dernier jour des vacances… Léonard a 17 ans et subit ces vacances tellement attendues et désirées par ses parents, il ne se sent pas à sa place, n’a envie ni de vivre torse nu, ni de se baigner, ni de faire la fête et de s’alcooliser avec les autres jeunes du camping. Il reste en marge.
Le roman s’ouvre sur une scène étrange : Léonard assiste à la mort d’Oscar, 17 ans également, qui s’étrangle dans les chaînes d’une balançoire… Il le regarde droit dans les yeux alors qu’il est en train d’agoniser et ne bouge pas. Que faire après ça ? Comment vivre avec ça ?

Un roman au sujet étonnant et atypique, on se retrouve en autarcie dans ce camping, une fin en point d’interrogation qui peut laisser sur sa faim. On se laisse porter par la torpeur et le malaise… Intéressant !
Je vais volontiers suivre cet auteur qui pour moi a un énorme potentiel. – Marie-Anne Pittala
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Ce roman est l’histoire d’un adolescent étranger au monde qui l’entoure, un adolescent qui ne sait pas jouer le jeu, celui de la séduction, de la fête, des vacances, et qui s’oppose, passivement mais de toutes ses forces, à cette injonction au bonheur que déversent les haut-parleurs du camping.
L’auteur, Victor Jestin, est un jeune auteur de 25 ans qui s’inscrit dans la continuité d’Albert Camus. En effet, dès les premières pages, je n’ai pas pu m’empêcher de voir l’esprit de l’Etranger flotter sur ce roman. Le soleil éclatant et aveuglant de l’Etranger trouve son écho dans la chaleur étouffante des Landes en ce mois de juillet. Léo pourrait être le fils de Meursault. Comme lui, il est en décalage dans les relations aux autres et en particulier avec les jeunes filles. Comme étranger au monde qui l’entoure, Léo est la figure de l’adolescent moderne.
Alors certes, ce roman est peu crédible… Enterrer le corps d’un adolescent à mains nues et que ce dernier ne soit pas découvert est peu crédible, tout comme l’attitude de la mère d’Oscar qui ne remue pas ciel et terre pour retrouver son fils disparu. Mais est ce bien là l’enjeu de ce premier roman ? N’est pas ce plutôt le portrait d’une adolescence en mal de compréhension, inscrite dans un monde qui ne la comprend pas et qu’elle ne comprend pas ?
Ce roman est bien écrit et on sent le potentiel de l’auteur mais il montre quelques faiblesses par manque de réalisme notamment.
En résumé : un auteur à suivre !  – Emilie Gracia
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« Oscar est mort, parce que je l’ai regardé mourir. »
On dit que la première phrase d’un roman est à regarder à la loupe, qu’elle contient en germe, l’orientation de l’œuvre. C’est le cas dans cet ouvrage. C’est brut, c’est sec, comme une balle de revolver. Aucune fioriture … C’est le récit d’une dernière journée de vacances pas comme les autres.
Le héros s’appelle Léonard et il a 17 ans. Il traine ses guêtres dans un camping des Landes sous une chaleur accablante. Il semble étranger à tout ce qui l’entoure, il est différent des autres jeunes de son âge, différent également dans le regard qu’il porte sur le monde … Une nuit, il assiste sans bouger à la mort d’un autre … Est-il coupable ? Coupable de ne pas avoir bougé ? Telle est la question qui hante l’esprit de Léonard …
Et puis il rencontre Luce.
Dans la tête de notre héros se disputent alors la culpabilité, le doute, l’incompréhension et la découverte des premiers émois …
Il fait chaud, il fait moite … J’ai manqué étouffer … jusqu’à la révélation finale …
Un premier roman « malaisant » mais qui se lit d’une traite tant le suspense est haletant. – Virginie Braud-Kaczorowski
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Je ne serais jamais allée spontanément vers ce titre, surtout après en avoir lu la quatrième de couverture qui reprend les premières lignes du roman, nous faisant ainsi entrer de plein fouet dans cette histoire prenante, angoissante même, dont on se demande tout du long ce qui va bien pouvoir « réveiller » son jeune protagoniste.
Celui-ci, c’est Léonard, 17 ans. C’est la fin août, une nuit de ces vacances d’été qui n’en finissent pas dans ce camping des Landes où il fait encore très, trop, chaud. Alors qu’il n’arrive pas à dormir, le jeune garçon sort à la recherche illusoire d’un peu de fraîcheur et tombe par hasard sur Oscar, 17 ans lui aussi. Oscar qui a trop bu ce soir-là. Oscar qui se met en danger sur la balançoire, qui s’étrangle avec la corde et meurt devant Léonard qui assiste à cette scène sans réagir, comme un simple spectateur, et qui, pour l’effacer, n’alerte personne et au contraire va creuser un trou sur la plage pour y enfouir le corps d’Oscar et ainsi supprimer toute trace de ce tragique accident.
Le lendemain, Léonard ne sait plus s’il a rêvé ou si tout ceci a réellement eu lieu. Tout ce qu’il ressent, c’est une inquiétude, une angoisse sourde qui le tient en alerte. Mais la journée se passe comme si de rien n’était. Avec sa chaleur omniprésente, accablante, assommante, qui laisse Léonard comme étranger à tout ce qui l’entoure, sauf peut-être à Luce, adolescente également en vacances dans ce camping, avec qui l’attirance semble réciproque. Au point de faire sortir Léonard de sa torpeur?…
Voici un premier roman, signé Victor Jestin que je n’aurais pas lu et qui me laisse une impression étrange au cœur. Comme un sentiment d’irréalité, de lenteur et en même temps d’attendu. Ce texte est porté par une écriture très explicite, lourde qui nous fait vraiment ressentir cette chaleur qui imprègne l’atmosphère. Ce sentiment d’oppression est encore renforcé par la courte durée à la fois du roman et de temps (à peine trois jours) et de lieu, à l’intérieur de ce camping, micro-société où il est de bon ton d’être heureux. C’est les vacances tout de même!
Bref un roman que je suis contente d’avoir lu et qui m’a donné l’occasion de découvrir une plume très prometteuse. Victor Jestin n’a que 25 ans et un bel avenir littéraire devant lui.  – Martine Galati
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Le jeune auteur du roman relate avec justesse les errements des uns et des autres. Dans ce camping comme un décor de théâtre, ils jouent à la vraie vie, à celle qu’ils auront plus tard. Ils s’essaient à tous les rôles, le fort, le lâche, la séductrice … La sexualité est le moteur des relations, les amours et les amitiés sont éphémères.
L’idée de départ est audacieuse, l’écriture est fluide, les décors bien campés, l’ambiance juste. Autour de Léonard, les personnages secondaires ne sont que des esquisses, des ombres.
Mais qu’est-ce qui cloche chez Léonard, qui rode en marge de la bande, au point d’inquiéter sa mère ?
Ma déception sera là, de rien connaitre d’autre que le récit de ces trois jours, capturés dans l’espace-temps, sans passé ni futur. Léonard restera une énigme.
La jeunesse de l’auteur explique les difficultés de mise à distance, car Victor Jestin sortait tout juste de l’adolescence quand il a écrit ce roman prometteur. – Adèle Binks
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Il a une bien jolie plume ce jeune – si jeune ! – auteur. Jolie et précise, suggestive, évocatrice. Lorsque Victor Jestin raconte ce camping des Landes écrasé de chaleur, ses allées sablonneuses, ses emplacements plus ou moins chanceux, ses sanitaires surpeuplés, ses danses des tongs et ses haut-parleurs dégoulinants de joie forcée, on s’y croit, on y est, on transpire en entendant les vagues au loin. Et lorsque ce jeune – si jeune !- homme évoque cette urgence adolescente, « Il fallait baiser au moins une fois, même tristement, rien qu’une fois pour rentabiliser les vacances, repartir tranquille, léger, débarrassé. », on en sent le souvenir tellement cuisant encore, le mal être pesant qui l’entoure, l’aspect totalement obsessionnel de la chose qui rend tout le reste, si ce n’est accessoire, du moins plus distant, remisable au second plan des préoccupations. Fût-ce la mort. Fût-ce pour une journée au moins.
Je ne peux m’empêcher de tirer mon chapeau à Victor Jestin pour ce premier roman concis, sensible, juste, extrêmement bien mené selon les codes de la tragédie que l’on devine en gestation : une journée qui semble s’étirer à l’infini entre deux nuits décisives, un lieu aux règles et contours immuables, prévu pour la détente et le plaisir, non pour le drame, une action ( ou une non action ?) qui deviendra le point de rupture d’une vie. Ce roman est une respiration retenue avant un final fracassant, une charnière entre l’avant et l’après, ce moment précis qui souvent passe inaperçu et que certains esprits créatifs, Victor Jestin semble en être, nous invitent à contempler. – Magali Bertrand
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Un Camping 3 étoiles au bord d’une plage dans les Landes. Léonard, 17 ans, y passe ses vacances en famille. Il fait chaud, trop chaud pour cet ado taiseux qui trimballe son mal de vivre dans cet endroit où il s’ennuie. Il se sent étranger à cette ambiance où se mêlent la musique incessante, les animations, l’alcool, les fêtes sur la plage, le sexe balbutiant de sa génération. Pour quelle raison commet-il cet acte déroutant de regarder mourir un autre ado sans bouger le petit doigt, sauf à enterrer son corps dans le sable ? Léonard n’en sait rien. Moi non plus. Et pour tout dire, ça m’a semblé un peu tiré par les cheveux. L’histoire, où il ne se passe pas grand chose, ne me laissera pas un souvenir impérissable. En revanche la plume, si. C’est ce qui fait le roman. Un phrasé court et des mots qui sonnent justes contribuent à un texte esthétique. Victor Jestin est un auteur à suivre. – Hélène de Montaigu
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Qu’est-ce que ce livre qui s’ouvre sur une phrase aussi sèche que définitive, « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire » ? Passée la surprise, on est tout de suite happé par le style épuré et maîtrisé de l’auteur. Et on veut savoir comment tout cela se terminera.
Le narrateur, c’est le héros, Léonard. Il a 17 ans, et, après avoir vu son premier mort de près, il décide d’enterrer le corps d’Oscar sur la plage du camping landais où tous deux passaient leurs vacances. C’est lui qui est au cœur du roman et ce n’est pas tant son geste que l’on cherche à expliquer ou à comprendre que sa personnalité. Il fait partie de ces individus qui ne saisissent pas les codes et les règles du jeu du monde des jeunes de leur âge, ne se conforment pas à ce que l’image que la société se fait des adolescents, et se sentent par conséquent à côté de la plaque sans forcément mal le vivre.
En à peine plus de cent pages, 139 exactement, Victor Jestin nous plonge dans la période mouvementée de l’adolescence, nous faisant revivre ces années quel qu’ait été notre camp, celui des gens cool et des leaders ou celui des marginaux et des exclus. On trouve dans ce récit toute la dureté des relations entre jeunes, sans pitié pendant cette période ingrate où l’on se cherche.
Comme si cela ne suffisait pas, le roman se déroule dans un camping où règne une ambiance de fête artificielle, entre les encouragements du prof d’aquagym et une mascotte lapin chargée de donner le sourire à tout le monde, même ceux qui n’ont aucune envie de participer. Il y en a qui aiment ce genre de situation (ils sont du genre à adorer les 31 décembre), d’autres pas. Et si vous êtes dans la seconde catégorie, les vacances peuvent rapidement virer au cauchemar.
C’est le cas de Léonard, déjà mal à l’aise alors que son petit frère est ultra-sociable et s’éclate. Cette dernière journée de vacances, sous une chaleur accablante, semble ne jamais se terminer. Un secret bien trop lourd sur la conscience, il doit pourtant faire bonne figure face aux quelques jeunes qu’il fréquente depuis le début du séjour, et surtout face à une fille qui attend ce jour-là pour s’intéresser à lui. Il faut une sacrée maîtrise de soi pour ne pas perdre pied.
La tension qui nous avait saisis dans les premières lignes ne retombe pas avant le point final. Alors seulement, on peut pousser un soupir de soulagement et recommencer à respirer. En refermant le livre, on se surprend à penser que pas un instant on n’aurait imaginé avoir affaire à un texte à la fois si court, si dense et si intense. – Claire Séjournet
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Pourquoi dire qu’un livre est « bon » ? Quels critères appliquer ? En général j’approuve celui qui me fait réfléchir, surtout s’il m’incite à bien agir, celui qui me distrait, surtout s’il me fait rire, celui qui m’emporte, surtout si le style est particulier. Et s’il dégage en plus un supplément d’âme, il entre alors dans la catégorie « coup de cœur » et sera blogué, facebooké, peut-être instagramé, quoique je fasse rarement les trois.
La chaleur ne rentre dans aucune de ces catégories et pourtant il m’apparait sans contestation possible comme « bon ».
C’est le premier roman de Victor Jestin. Attention, je ne dis absolument pas que Victor Jestin ait pu s’inspirer de Françoise Sagan pour écrire son livre et j’ignore totalement si ma perception est unique ou partagée par d’autres lecteurs. Je n’ai rien lu de ce qui a pu être écrit à propos de ce livre mais il me fait extrêmement penser à Bonjour tristesse. Parce que les deux auteurs l’ont écrit dans leur jeunesse. Avec brièveté et intensité. Parce que ça se passe en été. Parce qu’il y a une mort accidentelle dans laquelle le personnage principal est impliqué. Parce que tous deux sont remarqués par la critique et annoncent de grands auteurs.
On vit avec Léonard et ses copains, qui ne sont pas vraiment ses amis. Dans un camping, loin du comique du film éponyme et loin d’Arcachon puisqu’on est prévenu que les baïnes peuvent vous emporter en un rien de temps, quelque part en bordure des Landes, sans doute Cap breton mais la plage n’est pas citée.
Léonard est un jeune homme perturbé par la chaleur et ses hormones. Il a un objectif, normal pour un garçon de son âge, faire l’amour avec une fille dont il serait (aussi) amoureux, intention qui se trouve être (aussi) l’idée de plusieurs autres de ses amis et l’idée-fixe de ses parents qui, à de nombreuses reprises, tentent de lui faire dire qu’il a une copine.
Il y a ce mec déguisé en lapin qui exhorte chacun à s’amuser. Il y a ces corps ivres de chaleur. Louis hurlant qu’il veut baiser, s’épuisant à faire défiler les profils sur Tinder. Il y a aussi Zoé, Luce, et … le cadavre d’Oscar à la mort duquel Léonard a assisté sans porter assistance. C’était ça, la vraie bêtise. J’avais consacré ma nuit à enterrer un mort (page 30). Les phrases sont brèves, sèches, … terribles.
Alors qu’il se trouve à coté de la mère d’Oscar : J’étais venu pour tout dire mais je ne savais pas comment commencer, rien qu’ouvrir la bouche m’était difficile (page 31). Cette femme, Claire, bienveillante, qui lui suggère : profitez-en, c’est vos meilleures années (page 32).
Il plaidera auprès du lecteur que son égarement l’a conduit à assister à cette scène de suicide sans qu’il puisse venir en aide à son camarade, ce qui est bien entendu inacceptable (tout autant que l’acte de Frank dans le film Ceux qui travaillent sorti au cinéma presque simultanément) et il est un peu facile de se débarrasser de la culpabilité en la déplaçant ainsi : C’était à cause de ça, je le savais, que rien allait pour moi. C’était en l’absence d’une fille qui m’aime que je m’étais égaré, cette nuit-là, dans les allées (page 97).
Et puis il y aura cette fille dont la rencontre aurait pu être rédemptrice mais qui finalement précipitera Léonard un cran plus bas (page 80) : Elle (Luce) ne m’aime plus. J’ai mis l’éternité dans deux heures qui n’étaient rien pour elle, elle est partie laver son linge. (…) Il fallait l’admettre : j’étais une petite girouette dans son vent, mon cœur valdinguait au gré de ses regards. Pourquoi l’avoir choisie, elle, cette fille qui me trimballait comme un chien ?
Le livre est très dialogué, et pourtant on y est complètement, à tel point que le film se déroule sous nos yeux impuissants et on finit par estimer plausible d’être « empêché d’intervenir ».
J’ai essayé de réfléchir à ce que j’avais faite de ressentir un peu les choses. Mais mes yeux se fermaient. Je vacillais vers la mer (page 16).
Nos sens sont constamment sollicités, Victor Jestin décrit parfaitement cette atmosphère étouffante, irrespirable, oppressante de la chaleur. Un chien, devenu fou, a mordu un type sur la plage. On apprendra d’ailleurs que l’action se situe ce fameux été responsable de centaines de morts.
Il sollicite aussi beaucoup notre sens olfactif. Et nos oreilles. Le jeune homme est passionné de musique. Ses camarades observent que lorsqu’il en parle ses yeux changent, on a l’impression que tout va mieux (page 88). De nombreuses références musicales ponctuent l’ouvrage. Je ne lui reprocherai que l’absence de playlist et de crédits musique. On devine les citations des chansons parce qu’elles figurent en italiques, en général en anglais.
Et je me suis surprise à écouter beaucoup de titres dont j’avais oublié combien ils avaient marqué notre époque. Comme le si célèbre Despacito de Luis Fonsi (Page 61) repris plus tard par Shakira, et qui évidemment lance la partie de « hot colin-maillard ». Il suffit de traduire les paroles pour approuver : Des-pa-cito (Doucement)
Quiero desnudarte a besos despacito (Je veux lentement te déshabiller de mes baisers)
J’ai découvert aussi des musiques que je ne connaissais pas du tout comme La danse de la corde à sauter (page 53) de Moussier Tombola (Album : Le retour du dernier de la classe – 2012).
On croit que l’histoire s’achève quand chacun dit Au–revoir–les–Landes ! ( page 136) mais le roman n’est pas fini. L’histoire bifurque dix kilomètres plus loin et se fracasse dans la musique assourdissante de Rhythm Of the Night de Corona. – Marie-Claire Poirier

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