San Perdido – David Zukerman

“ Car il en va ainsi des légendes : elles sont chargées de mensonges plus vrais que la vérité, elles font sourire les sceptiques et applaudir les naïfs”.

San Perdido

Ah, quel bonheur de lecture !
Aussi enlevé qu’un roman de cape et d’épée, rempli de mystère, d’aventure et d’exotisme, San Perdido est un roman qu’on souhaiterait ne pas finir, pour ne pas abandonner ses personnages solidement campés, plein de droiture ou d’ambiguïté, toujours justes et attirants voire attachants : un enfant mystérieux et mutique devenu un justicier sans pitié, une vieille dame charitable qui le recueille, d’anciens esclaves cachés dans la forêt qui veillent sur lui, des puissants sans scrupule et un bataillon de jeunes femmes toutes plus désirables et retorses les unes que les autres, dans un Panama.
Le cadre aussi transporte, car le Panama des années 50, dans les années qui suivent la construction du fameux canal, est un concentré de modernité et d’archaïsme, où les riches corrompus vivent sur les hauteurs de la ville pendant que les pauvres survivent en grattant les ordures de la décharge, quelques centaines de mètres plus bas.
L’écriture est enlevée, et qu’importe si les aller-retours entre les années sont parfois acrobatiques, ce qui reste en mémoire, c’est un livre très » cinématographique », qui permet d’incarner les personnages, et de faire naître immédiatement des images, des odeurs, des bruits…
Les dernières pages ne scellent pas définitivement le sort de certains personnages, mais ils sont si présents que quiconque lira sera tenté d’imaginer la suite de leurs aventures.
Un bon point supplémentaire à la couverture, très évocatrice du cadre dans lequel de déroule le livre et qui met tout de suite dans l’ambiance. – Marianne Le roux – briet
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Une petite ville côtière du Panamá aussi colorée qu’une favela brésilienne, San Perdido laisse vivre ses pauvres dans la ville basse au creux d’une décharge à ciel ouvert quand ses nantis vivent dans la ville haute, le Plato Del Sol, bien à l’abri… enfin, le croient-ils !

Il ne fait pas bon être une jolie petite fille à San Perdido, un enfant différent non plus.

Félicia vit là depuis bien longtemps, elle vieillit. Voilà qu’un gamin taiseux aux yeux bleus apparaît un beau matin, des battoirs à la place des mains. Une force incroyable pour ses 10 ans, capable d’extraire et de plier la ferraille comme personne. Elle se prendra d’affection pour ce petit bonhomme pas comme les autres, le nommera « La Langosta ». Yerbo Kinwston dit « La Langosta » n’est pas un homme comme les autres. Il écoute. Il voit ce que peu savent voir. Il connaît son histoire. Personnage marquant du roman, il est aussi lumineux que son regard, aussi sombre que sa peau.

David Zukerman offre un roman captivant, au rythme soutenu qui insuffle le suspense, chargé d’émotions, des personnages attachants comme Hissa, Madame, le docteur Portillo-Lopez. Tous existent, vous embarquent, qu’ils soient prédateurs, corrompus ou proies, grâce à l’écriture descriptive de l’auteur.

Un conte moderne poétique, cruel, audacieux, pour raconter comment la vie triomphe de la misère, de la peur, de la cupidité, s’épanouit grâce à l’amour, grâce à la justice expéditive parfois… La magie opère dans ce milieu dangereux ! Une écriture romanesque maîtrisée agrémente une page d’histoire documentée. Voilà un roman très cinématographique entre réalisme et merveilleux.

Les dix premières pages, un peu mystérieuses, vous apparaîtront plus claires au fil des chapitres, le suspense est intense, on n’échappe pas à San Perdido.

Un auteur à suivre, ce premier roman est une pépite. – Laurence Lamy

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Voilà un roman, premier de l’auteur du reste, qui rend au genre roman toutes ses lettres de noblesse ; une histoire, une fiction, tout simplement ; pas d’état d’âme de l’auteur, de biographie masquée ; Des personnages, un lieu imaginaire, une temporalité, et un scénario ! Et cela fait un bien fou d’en revenir à cela et uniquement cela !!

Nous sommes au Panama, au sortir de la seconde guerre mondiale. L’extrême misère côtoie l’opulence indécente, immorale, malfaisante et bien mal acquise.

Au milieu d’une décharge, apparait un étrange garçon, grand noir au yeux bleus, muet, doté d’une force quasi surhumaine, et d’étranges pouvoirs. Le garçon est aussi insaisissable que les autres membres de son peuple, les cimarrons, dont on apprendra davantage au fil du roman. Yerbo, c’est son nom, s’attache à rendre justice partout sur son passage. Il se fait le chantre des opprimés, des sans voix, des exploités. Mais, au pays du canal éponyme, certains ne l’entendent pas de cette oreille, et veulent perpétuer leurs petites affaires…

Dans ce roman aux allures de conte où la magie n’est jamais bien loin, on croise une multitude de personnages : des femmes puissantes, des politiciens véreux et abjectes mais c’est Yerbo qui marque les esprits assurément !

Il y a beaucoup de rythme dans la narration ; l’auteur change souvent de focale ce qui empêche toute sensation de longueur.

Un roman qui happe, surprend et nous entraine dans une folle aventure au sein d’une localité imaginaire d’un pays bien réel, le Panama des années 50.

Une très belle découverte !!  – Myriam Veisse

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Au Panama, dans les années 50, c’est la corruption qui dicte ses lois à la population démunie, qu’elle soit de San Perdido ou d’ailleurs. Les plus précaires vivent de la récupération, en un temps où le recyclage ne se référait pas à une pratique éthique pour préserver la planète, mais était la seule issue pour essayer de survivre. Felicia le sait, elle qui y vit depuis des dizaines d’années, insensible désormais aux odeurs nauséabondes qui font partie de son quotidien monotone. Jusqu’à ce qu’elle aperçoive le gamin, celui qu’elle nommera la Langosta, désossant les structures métalliques avec ses grandes mains adroites, posant son regard clair et énigmatique sur son entourage, sans jamais prononcer un seul mot.

Le récit est captivant, car les personnages sont forts, parfois à la limite de la caricature, comme ce gouverneur surnommé le Toro en raison de son appétit  insatiable pour les jeunes  beautés qui n’ont d’autres moyens pour manger que de vendre leurs charmes et qui engloutit le budget gouvernemental dans les plaisirs charnels tarifés, ou ce médecin dévoué et désintéressé qui prend soin des âmes et des corps, ou ces petites frappes qui rackettent les moins téméraires. Les destins pourraient être scellés, mais il faut compter avec Yerbo, armé de son regard pâle et de ses mains puissantes pour venir troubler le fonctionnement pervers de la ville. Et c’est un sacré personnage, avec une part de mystère qui le fera entrer dans la légende.
C’est aussi l’occasion de se pencher sur l’histoire des cimarrons, ces esclaves africains du 16è siècle, échappés des domaines espagnols.
L’histoire est captivante et bien mise en valeur par une écriture vive et dynamique. L’utilisation du présent évite que la légende prenne le pas sur une histoire à laquelle on a envie de croire. Pas de temps mort, tout est important.
Ça se dévore avec délectation : premier coup de coeur de cette année avec ce premier roman, dont on devrait entendre parler.  – – Chantal Yvenou
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Une belle fable sociale ponctuée de magie, de merveilleux. Du romanesque comme on en lit rarement.
Nous voici à San Perdido, « ville oubliée de Dieu, royaume du marché noir et de la prostitution » au Panama dans les année 50.
David Zukerman nous conte l’histoire de cet enfant qui surgit un matin dans cette décharge, silencieux, impénétrable surnommé la Langosta et qui deviendra une légende: celle de la Mano, Yerbo Kwinton nom révélé et inscrit pour la première fois sur le verso de la couverture de « Histoire merveilleuse ».
Dans une ambiance de corruption, de sexe, de complots, l’auteur effleure l’histoire du Panama et de ce peuple d’esclaves les cimarrons qui luttèrent contre les espagnols.
Dans cette société inégale où règne l’abus de pouvoir, David Zukerman grâce à un récit parfaitement maîtrisé et dense parvient à nous emmener habilement et nous happer dans l’histoire du défenseur des femmes et des opprimés.
Tout au long de notre lecture nous rencontrons des femmes captivantes: Madame, Felicia, Yumna, Hissa.
Donc belle surprise. Belle découverte. – Alexandra Lahcène
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Je viens de refermer San Perdido. C’est une impression de voyage, de soleil et d’attachement au petit monde de San Perdido qui se dégage de la lecture de ce roman. Au fil des pages, David Zuckerman nous embarque dans le Panama des années 50, constitué à la fois d’une population extrêmement pauvre qui vit de trafic et de recyclage sur la décharge de San Perdido et de quelques privilégiés, corrompus, qui dominent à la fois la société et la ville en habitant les quartiers les plus aisés. On suit l’histoire et l’évolution de quelques personnages qui se croisent, se côtoient et font des affaires autour du récent canal de Panama. Comme fil conducteur du livre, Yerbo, personnage énigmatique que l’on suit depuis l’enfance sur la décharge à l’âge adulte dans les différents quartiers de la ville, semble être une sorte de justicier, de défenseur des opprimés dans ce monde impitoyable. Au fil du roman, j’ai été embarquée dans ce monde grouillant fait d’intrigues et de trafic et peuplé de personnages attachants par leur histoire et leurs tentatives pour sortir de la misère. Je recommande ce livre à ceux qui aiment s’évader loin depuis leur salon… – Nathalie Ghinsberg
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Que c’est bon une lecture qui nous emporte au grand galop du romanesque ! Avec des bons, des méchants, des péripéties haletantes, du dépaysement, des personnages bien campés, davantage définis par leurs actes que par leur psychologie, et une écriture efficace, convoquant tous les sens pour nous immerger totalement dans l’atmosphère d’une petite ville du Panama !
Héros de cape et d’épée, sans cape, ni épée, Yerbo Kwinton apparaît un jour de 1946, sur la décharge où les habitants du bidonville de Lagrima viennent se ravitailler en récoltant précieusement les miettes que laissent les familles riches du Plateau del Sol. Ainsi se dessine la configuration spatiale de San Perdido : des étages qui pourraient tout aussi bien figurer les différentes strates de la société. Tout en bas, la décharge et Lagrima, un peu plus haut, quelques commerçants et artisans puis, au sommet, les luxueuses demeures des nantis, gouverneur, ministres, conseillers, industriels et politiques mêlés. A la frange de la ville, la jungle abrite toujours, selon la légende, les Cimarrons, descendants des esclaves révoltés. C’est peut-être de là que vient Yerbo lorsque Felicia, la vieille ghanéenne vivant sur la décharge, le découvre. Son mutisme, le magnétisme de son regard bleu turquoise, ses mains démesurées, sa façon de se débrouiller seul et son étrange compréhension des silences provoquent un mélange de crainte, d’attirance et d’énigmes.
Qui est-il ? D’où vient-il ? Qui lui a appris à lire ? Quel projet a-t-il ou sert-il ? Felicia s’inquiète de le voir grandir et s’éloigner progressivement de la décharge alors que, dans le même temps, des criminels sont mystérieusement abattus. Dès lors, la légende est en marche, avec tous les espoirs qu’elle suscite et entretient.
La construction cinématographique de ce roman flamboyant nous aspire dans cette ville imaginaire dont le nom peut s’appliquer aussi bien au héros qu’à la caractéristique du lieu, lui-même (Perdido au sens de « coin perdu »). Les personnages ne servent pas de toile de fond mais ont une véritable épaisseur et leur singularité les rend inoubliables. Les portraits de femmes, en particulier, éclatent de sensualité et détermination, d’insoumission et d’énergie. David Zukerman se place très subtilement, imperceptiblement, dans la filiation de Garcia Marques en insufflant une brise ténue de réalisme merveilleux dans la biographie de Yerbo , peut-être davantage en forme de clin d’oeil que d’hommage appuyé.
Quoi qu’il en soit, si vous voulez passer un moment d’intense plaisir mâtiné d’informations solides sur l’histoire du Panama, foncez sans attendre à San Perdido ! Pour moi, j’en suis si peu revenue, que j’ai déjà envie d’y repartir ! – Sophie Gauthier
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Un premier roman vivant, envoûtant, hypnotique, qui nous entraine des bas-fonds de San Perdido jusqu’aux plus sordides recoins des résidences des quelques privilégiés, gouverneur compris. Mêlant adroitement l’histoire du Panama aux légendes surnaturelles des peuples des forêts, l’auteur nous emporte dans son intrigue à la fois réaliste et poétique, et ne nous lâche plus.  – Dominique Sudre
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Captivée, envoutée, subjuguée par ce livre car San Perdido fait partie de ces livres dont on voudrait qu’il se termine jamais. Nos sens sont exacerbés. La peau d’abord et surtout car l’auteur excelle dans l’art de décrire les scènes d’amour, de séduction. Quel homme n’aimerait pas se retrouver dans les bras d’Hissa ou de Yumna ? Les yeux également et les oreilles car les scènes sont écrites avec tellement de précision que l’on ressent pleinement cette ambiance sud américaine. C’est tout juste si l’on ne sent pas les épices. David Zukerman nous brosse le portrait de nombreux personnages, certains très attachants, d’autres vils et corrompus. J’aime aussi lorsqu’un roman s’appuie sur l’histoire avec un grand H. C’est le cas ici avec les Cimarrons, ces communautés formées par des esclaves noirs en fuite, telles qu’elles s’organisaient dans l’isthme de Panama au XVI siècle.
Qu’est ce qui régit bien souvent l’être humain ? L’argent, le pouvoir et le sexe ! San Perdido, une fable sociale cruelle, un conte magique… – Françoise Le Goaëc
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Les quatre cent pages du récit se lisent avec plaisir. On se laisse projeter dans ce que certains ont pensé être un eldorado, une petite ville côtière du Panama aussi impitoyable que bigarrée, dans une région marquée par les scandales et les contrastes, où le pauvre peut grimper dans la hiérarchie sociale et où le riche peut tout perdre en un éclair, dans un mouvement de balancier dont le lecteur va découvrir le bras.
Le roman est exotique, bien sûr, très savoureux, historique (on en apprend beaucoup sur les anciens esclaves africains qu’on désigne sous le nom de Cimarrons), propice à exalter notre imaginaire et notre soif de justice. On palpite. On sourit. On tremble. On s’interroge sur les liens qui unissent chaque protagoniste à l’enfant mystérieux. On sera fixé le moment venu, au bout d’un voyage qui restera longtemps dans nos mémoires. – Marie-Claire Poirier
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Mais comme ça fait du bien un roman comme ça ! Un premier roman tout neuf, à peine sorti de l’œuf et qui a déjà tout d’un grand, d’un de ceux qui vous emportent et vous ébouriffent et vous laissent après lecture encore un peu étourdi de cette grande bouffée d’air romanesque !
Un roman dans un cadre exotique et lointain qui invite au voyage, un roman avec des héros et des héroïnes, des gentils, des méchants, des tordus et des justes, avec de la grandeur et de la décadence, des chutes et des rédemptions. Un roman avec de la vraie vie et du mystère, les pieds dans les ordures et la tête au soleil, de petites gens et de grands pervers, des rues sordides et des forêts surprises, une langouste, un taureau, une gazelle…
Ça foisonne, ça vibrionne, ça claironne et ça détonne, ça fait battre le cœur et galoper le long des pages, ça emporte et fait rêver, ça fait sourire et s’émouvoir, ça vous fait retrouver les yeux qui brillent et la bouche ouverte du gamin à qui on raconte de très belles, très passionnantes et très inoubliables histoires ! – Magali Bertrand
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Au vu de l’enthousiasme qu’a soulevé ce livre auprès de mes amis des 68 Premières fois, c’est avec une certaine exaltation que j’en ai entrepris la lecture. Je préfère donc vous prévenir d’emblée: mes mots vont détonner dans ce concert de louanges. Car je vous l’annonce tout de go, je me suis ennuyée ferme et, si je n’avais reçu ce roman dans le cadre des 68, je l’aurais très certainement abandonné en cours de route…
Peut-être êtes-vous déjà en train de vous indigner, ou de moins de vous étonner, en lisant ces lignes. Mais j’ai trouvé ce texte décousu, les liens entre les principaux protagonistes ne nouant pas selon moi une intrigue solide. On suit tantôt l’un tantôt l’autre, au gré… je ne sais pas vraiment de quoi ; on quitte une héroïne pour la retrouver quelques chapitres plus loin sans qu’elle prenne une quelconque consistance… Bref, je ne m’y suis absolument pas attachée. Et à aucun moment je n’ai saisi quel était l’objet ou l’ambition du roman. Si on me demandait de dire en deux ou trois phrases quel en est le cœur, le propos, je crois que j’en serais incapable.
Je n’ai pas trouvé non plus la peinture sociale ou historique que j’avais imaginé trouver, ou si peu. Quelques pages seulement sur les Cimarrons à la toute fin du roman. Mais une notice Wikipedia aurait tout aussi bien fait l’affaire.
Et surtout, ce texte m’a semblé n’être rien d’autre que l’expression des fantasmes féminins et sexuels de l’auteur. Car s’il y a une chose qui est parfaitement dépeinte, ce sont les courbes harmonieuses et la nature de la beauté presque surnaturelle des deux véritables bombes que sont Yumna et Hissa qui «ondulent» à longueur de page – jamais je n’ai vu ce mot autant de fois répété ! Eh oui, mesdames, sachez que lorsque nous nous déplaçons, nous ne marchons pas, mais nous avançons en faisant onduler nos hanches !
Quant à la complaisance avec laquelle ces femmes se soumettent au désir priapique des hommes, quand bien même elles auraient été contraintes de faire commerce de leur corps depuis leur plus tendre enfance, comme Hissa, j’avoue qu’elle a eu du mal à passer. Mais c’est bien connu, nous aimons ces hommages rendus par la gent masculine ! A l’image de ces « deux métisses pulpeuses dont les hommes flattent parfois la croupe sans qu’elles se départissent d’une bonne humeur contagieuse.» Eh oui, une bonne main aux fesses, ça fait toujours plaisir et ça met l’ambiance !
Si encore le roman avait fait 200 pages, j’aurais peut-être été moins sévère. Mais il en compte un peu plus du double, et vous comprendrez donc que j’aie trouvé la potion un peu amère… – Delphine Depras
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San Perdido, petite ville du Panama au milieu du XXème siècle, maintenue d’une poigne énergique par le gouverneur Lamberto. Corruption, enrichissement frauduleux, notamment après la construction du canal de Panama, bonne bourgeoisie catholique aux mœurs secrètement dissolues, maison close et, avant toute chose, un bidonville, une décharge infecte du nom bien trouvé de la Lagrima (la larme).
Au milieu des ordures qu’on trie plein d’ espoir, on trouve la vieille Ghanéenne de 70 ans venue d’Afrique toute petite, une foule de gens misérables et soudain, tel un être surréel, apparaît un gamin de dix ans, d’un noir d’ébène mais aux yeux bleus comme des lacs de montagne. D’une force peu commune, il broie les membres des malfaisants et vole au secours des petites filles violentées. La Langosta, voilà comment le surnomme Félicia (le Homard, à cause de ses énormes mains) jusqu’au jour où elle apprendra son vrai nom : Yerbo Kwinton. Alors s’écrit dans la ville une légende attribuée au jeune homme, nourrie d’événements extraordinaires, toujours au service des opprimés et des pauvres. Une sorte de Zorro, de Robin de bois panaméen… On apprendra plus tard qu’il est sorti de la jungle, là où se cachaient autrefois les Cimarrons, ces esclaves africains amenés par les Espagnols. [d’où l’origine de « esclave marron » ou « nègre marron » qu’on trouve en français, issu de cimarron, celui qui vit dans les arbres, en espagnol]
Le gouverneur Lamberto est connu pour ses appétits sexuels féroces. Il consomme les jeunes filles comme d’autres des carrés de chocolat. La maison close tenue par l’énigmatique Madame aux yeux bridés lui fournit les services d’une délicieuse et enfantine Hissa, un jour défigurée par la lame de la maîtresse en titre, Yumna.
Lamberto, son conseiller Hierras, un père brutal, un prêtre pédophile : tous tombent sous le coup de La Mano, de son vrai nom Yerbo, le grand Noir aux yeux bleus. Jusqu’au jour où lui-même tombe sous les balles d’une arme tenue par le plus pourri des Américains, Stomper, ex-mercenaire qui fait fortune avec ses trafics en tous genres. Un reste de la présence américaine au Panama…
Un roman foisonnant, aux personnages – y compris secondaires – évoqués de façon vivante et réaliste, le contexte historique, culturel et social bien restitué, avec une touche de fantastique qui pimente le tout. Une réussite ! – Evelyne Grandigneaux
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J’entame la lecture de San Perdido alors que je dois écrire sur la vie d’un homme politique local… Toute ressemblance avec des personnes bla bla bla
Voilà une lecture qui devrait me dépayser, me dis-je pourtant, face au ciel bleu et aux façades multicolores de la couverture. Et en matière de dépaysement, je n’ai pas été déçue !
Au fil des pages, me voici transportée au Panama, dans les années 50, dans la petite ville de San Perdido, héroïne de ce premier roman. Son port, sa partie basse, sa décharge, ses hauteurs, sa forêt : la géographie de San Perdido nous amène à le rencontre d’une multitude de personnages plus pittoresques les uns que les autres. Un mystérieux indigène, des gosses des rues, des politiciens véreux et pathétiques, des jeunes courtisanes sensuelles, des femmes fatales, un médecin ascète, un chauffeur docile, des marins besogneux… Tout ce petit monde grouille, observe, complote, jouit et survit… ou pas, sous l’œil bleu attentif d’un justicier aux mains hors-normes.
Entre fable sud-américaine et roman policier, San Perdido est un premier roman vraiment agréable, où la magie côtoie le réalisme de manière assez habile et qui me laissera un goût de rhum (si ! si !) et de moiteur épicée. Merci pour ce voyage qui, d’après moi, pourrait donner une bien jolie adaptation cinématographique ! – Adèle Glazewski
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Panama, décharge de San Perdido, 1946. Un étrange enfant noir arrive un jour de la forêt pour s’installer en face de chez la vieille Felicia qui se prend d’affection pour ce jeune garçon muet au regard si bleu, doté de pouvoirs étranges : une force prodigieuse dans des mains trop grandes pour son corps malingre, et capable de lire dans les esprits. Ce roman raconte l’histoire de Yerbo Kwinton, présenté dans les premières pages comme un personnage légendaire sur lequel on raconte tout et n’importe quoi, qui incarne à la fois l’instrument de la vengeance des Cimarrons, ces anciens esclaves sous le joug des Espagnols, dont leurs descendants vivent dans la forêt des abords de San Perdido ; il devient également, grâce à ses dons, un justicier qui défend le peuple et se bat contre la corruption. Kwinton n’est cependant pas un « héros au cœur pur », une figure totalement positive : s’il défend la veuve et l’opprimé, il fait également preuve de cruauté quand il tue. On est loin d’un simple manichéisme, en témoignent les nombreux personnages qui croisent la route de Kwinton : certes, les gouverneurs sont mauvais, égoïstes, corrompus jusqu’à la moelle, mais Madame qui dirige sa maison close et le médecin qui va soigner ses filles ne sont pas dépourvus d’un certain arrivisme, tout comme d’autres personnages qui hantent les bas-fonds de San Perdido, tâchant surtout de survivre comme ils le peuvent. Ils sont nombreux, on pourrait se perdre dans cette fresque de violence, mais le récit est remarquablement construit et concourt très logiquement au dénouement qui donne à Kwinton sa dimension épique. – Emmanuelle Bastien
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Vous avez envie de changer d’air mais pas le temps, pas l’argent, pas envie d’alourdir votre bilan carbone ? Embarquez pour le Panama, à San Perdido, petite ville côtière imaginaire, au cœur des années 40-50.
Bienvenue dans la moiteur des Caraïbes, où les filles vendent leurs charmes sur les hauteurs de la ville, dans une villa raffinée tenue par une mystérieuse Eurasienne, Madame, tandis que les intrigues politiques se jouent non loin du palais du gouverneur Lamberto (surnommé le Taureau en hommage à son appétit sexuel hors du commun malgré son âge avancé).
Plus bas dans la décharge, les miséreux vivent, où plutôt survivent, grâce à la débrouille. Parmi eux, Felicia, figure du lieu, elle est septuagénaire et n’a jamais vécu ailleurs qu’au milieu des détritus et des rebuts des riches.
Dans la forêt alentour, bien cachés, habitent les descendants des Cimarrons ayant fui la colonisation il y a bien longtemps. Ils sont en marge de la société mais malgré tout bien présents.
Et puis, parmi tous ces personnages foisonnants et très bien décrits, une étrange figure, un beau Noir au regard bleu acier, surnommé la Langosta par Felicia, en référence à ses mains surdimensionnées. Il ne parle mais il veille sur tout ce petit monde et son sourire vaut mille mots lorsqu’il fend son beau visage énigmatique.
Ce premier roman (quelle prouesse) est un formidable coup de cœur en ce qui me concerne. Un conseil : plongez-vous dans cette lecture si vous disposez du temps nécessaire. Typiquement le genre de livre qui ne souffre pas les pointillés. Il faut accepter de se laisser embarquer et faire confiance à l’auteur qui raconte les histoires avec un talent sans pareil.
Sulfureux et dépaysant ! – Laetitia Badinand
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J’ai commencé à lire ce livre quelques pages par-ci, par-là. Ce n’était pas une bonne idée car l’écriture est dense et je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire. J’ai alors tout repris depuis le début en ayant du temps devant moi et cette fois j’ai décollé et me suis envolée pour le Panama.
Tout commence en 1946 quand un jeune garçon à la peau très noire et aux yeux très bleus apparaît sur la décharge de San Perdido, ville panaméenne comme tant d’autres. Il ne parle pas, est tout frêle mais a des mains démesurément grandes et fortes. Très vite, il devient une sorte de légende, la Mano.
Dans ce livre, on côtoie la misère et l’opulence, le pouvoir et la corruption, les prostituées de luxe et les dockers, la ville et la jungle. Une foule de personnages s’entremêle provenant de toutes les strates de la population : la vieille dame vivant sur la décharge, le médecin dévoué, le gouverneur à la libido démesurée, Madame à la tête de la maison close et tant d’autres.
L’histoire se déroule sur 15 ans et est une véritable satire sociale extrêmement bien menée et passionnante.
Un premier roman très réussi. – Marie-Anne Pittala
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Les légendes qui fleurissent dans le monde des démunis sont souvent porteuses d’un message politique.
« Ce n’était pas qu’un jeu. C’était aussi le surnom qu’on donnait à Yerbo. La main qui se tend lorsque plus personne ne peut vous aider. Certains soirs, des gens venaient ici pour réclamer son concours. Il résolvait leur problème. »
David Zukerman est plein d’inventivité, son héros ne prononce pas un mot et pourtant ses actions vont créer une histoire, un suspens. La corruption et le pouvoir ne sont pas l’apanage d’une époque et ne sont pas la propriété d’une identité sexuelle, les protagonistes sont tous manipulateurs pour leurs intérêts.
San Perdido, une fresque lyrique où le justicier met en valeur les seconds rôles.
San Perdido, une logique pour la survie dans les années 1950.
San Perdido, n’est pas qu’une ville du Panama, c’est un très beau livre qui nous fait voyager tout le long de sa lecture.
San Perdido… C’est David Zukerman qu’il ne faudra pas rater dans l’avenir. – Renaud Blunat
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Plaisir total d’une fable cruelle entre exotisme et mythe, qui se déroule dans le monde haut en couleurs de Panama. Je n’ai pu m’empêcher d’y retrouver l’empreinte de mon écrivain préféré, un petit air de Gabriel Garcia Marquez, une même ambiance de touffeur alanguie, une frange intermédiaire entre la réalité impitoyable et l’imaginaire, entre extrême dénuement et foison de bruits et de couleurs, entre pauvreté sociale et richesse insultante des nantis, entre puanteur des cadavres et senteurs sucrées des fleurs, entre vérité et légendes. Les personnages dont on partage la vie sont vibrants d’espoirs vains, de lourds désespoirs et souvent possédés par une violente et désordonnée sexualité. Nous sommes dans un pays hors loi si ce n’est celle du plus fort et du plus malin. Ce texte sent l’horreur des déchèteries, les relents d’alcool, le musc des corps, et l’humus des forêts tropicales. Notre héros, que l’on suit de l’ombre l’enfance à la puissance de l’adulte est dans la différence et l’extrême, noir, très noir, avec des yeux bleus, trop bleus, des mains immenses pour un corps très menu, muet mais ultra sensible, extra voyant, d’une forcé phénoménale, furtif et présent, un justicier imprenable venu de la jungle. Un vrai héros quoi ! Coup de cœur pour ce premier roman foisonnant ! – Martine Magnin

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