Les petits garçons – Théodore Bourdeau

“Alors parfois je pensais à tous ces moments où j’aurais voulu réussir à faire le vide, à ne penser à rien, à m’engouffrer dans un sommeil de néant. Je voulais rester là inconscient, spectateur de tout mais touché par rien. Je suis né heureux.

Les petits garcons

Relatant le cheminement d’un jeune homme de sa plus tendre enfance à son entrée dans la vie active, le récit de Théodore Bourdeau s’inscrit clairement du côté du roman d’apprentissage. Issu des classes moyennes, le narrateur est un garçon sans éclat que les dispositions de son meilleur ami Grégoire ont tendance à éclipser aux yeux de tous. Tandis que Grégoire, fils d’un industriel fortuné, gravit sans peine les marches de l’institution scolaire pour finir par intégrer l’ENA et accomplir le destin qu’il s’est tracé, notre héros mène une existence de dilettante, se souciant davantage de l’éveil de sa vie sexuelle que de son avenir. Mais qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre, il échoue à s’affirmer et à prétendre à une quelconque forme de «réussite».
Sur fond de climat social délétère, entre attentats, coupes budgétaires forcenées dans les entreprises, recherche effrénée de réduction des coûts et licenciements plus ou moins brutaux et massifs, les petits garçons deviendront néanmoins des hommes. Quoi qu’il leur en coûte et quelles que soient leurs désillusions, ils devront faire avec cette époque pour devenir pères à leur tour.
D’une lecture fluide et plaisante, ce roman met en scène avec légèreté et parfois avec humour un anti-héros de notre temps. Un agréable prélude à cette prometteuse collection ! – Delphine Depras
                                      ________________
Ils sont deux, ces petits garçons, qui, dès la maternelle, scellent leur amitié par un hold-up de guimauve : Grégoire, fils d’une famille de la haute-bourgeoisie, a déjà programmé son existence dès ses prémices, alors que le narrateur la construit de bric et de broc au fil des rencontres et des hasards plus ou moins nécessaires. le premier suit sans faiblir la trajectoire qu’il s’est fixée et de Prépa en grandes écoles, se retrouve dans une sphère politique à laquelle son intégrité ne l’a finalement pas préparé. le second s’attarde davantage aux regards et aux fesses des filles et, de l’une à l’autre, aboutit à un emploi de journaliste juste au début de la révolution numérique. Car l’histoire de cette amitié est ancrée dans une époque bien déterminée, que ponctuent des attentats de plus en plus rapprochés, de plus en plus nombreux.
La linéarité chronologique de la narration rend perceptible le mouvement à la fois ténu et brusque qui conduit de l’enfance à l’âge adulte, et, surtout, celui de cette perception du monde qui évolue de manière différente chez l’un et chez l’autre. Les deux amis pourraient être en complète opposition, par leur éducation, par leur mode de vie et leur environnement familial, mais leur amitié indéfectible les rassemble dans une même confrontation à l’âpreté du monde, même si leurs manières de s’y adapter divergent, et à cette réalité si éloignée de leurs rêves d’enfants. L’histoire de ces petits garçons laisse apparaître en filigrane celle d’une génération et de la brutale et rapide mutation du monde, que chacun appréhende (ou pas) avec ses propres armes, laissant ainsi entrevoir l’ébauche d’une réflexion sociologique.
Quoique j’aie trouvé quelques longueurs au cœur du roman, cette histoire, racontée avec fluidité, m’a touchée par sa mélancolie sans amertume et par le regard affûté porté sur les dernières décennies. – Sophie Gauthier
                                         _________________
Un délicieux premier roman vient inaugurer la collection «Arpège» chez Stock. Avec «Les petits garçons» Théodore Bourdeau réussit le plus beau des romans d’initiation, puisque c’est… le mien!
Tout compte fait, il n’y a pas trente-six raisons qui font que l’on aime un roman. Je crois que pour chacun d’entre nous, elles se limitent à deux ou trois, auxquelles on peut encore ajouter quelques considérations esthétiques. Soit l’histoire vous emporte, soit vous avez l’impression d’enrichir votre culture générale, soit vous vous sentez proches du narrateur ou de l’un des personnages. Avec le premier roman de Théodore Bourdeau, il ne m’a fallu pas chercher bien loin, car dès la première phrase, je me suis identifié à ce garçon. Ce «processus psychologique par lequel un individu A transporte sur un autre B, d’une manière continue plus ou moins durable, les sentiments qu’on éprouve ordinairement pour soi, au point de confondre ce qui arrive à B avec ce qui lui arrive à lui-même» atteint même ici un degré très troublant.
En fait, si je résume ce livre, je vous raconte ma vie! Cela pourrait commencer ainsi:
« Je suis né heureux. Un tout petit enfant, avec deux parents pour me chérir. Un tout petit enfant qui rit et qui se roule en toupie dans le lit de papa et maman le dimanche matin. Une bouche de quenottes, tout petit enfant, qui hurle d’excitation, qui pleure et qui rit. Qui pleure puis qui rit. Une boule de chair douce et encore innocente au malheur.»
Cela pourrait se poursuivre à l’école, quand ma route a croisé celle de Bernard. Bon, dans le roman de Théodore Bourdeau, il s’appelle Grégoire, mais c’était le même copain: « Aussi loin que je puisse me rappeler, dès l’école maternelle, Grégoire était là. Petit garçon rouquin, avec qui tout semblait facile. Jouer, faire des bêtises ou échanger des billes. Quand je voulais courir jusqu’à n’en plus pouvoir respirer, voler un bonbon, faire peur à un camarade de classe, Grégoire se portait toujours volontaire. »
Bernard était toujours le premier de la classe. Il avait toute mon admiration et quelquefois une pointe de jalousie perçait. Mais comme j’étais plus sportif que lui, les choses se sont bien vite arrangées. Et si je vous parle d’une autre époque que celle évoquée dans le roman, peu importe. Car Théodore Bourdeau a la plume elliptique. S’il ne dit pas tout, il laisse deviner sa pensée. Les événements historiques sont suggérés, sont même reconnaissables, sans être exactement situés géographiquement ou dans le temps. Des attentats, la montée de l’intégrisme religieux, la crise économique, la peur d’un avenir de plus en plus incertain… Il me semble que la jeunesse des années quatre-vingt n’avait rien à envier à celle des années deux-mille, sinon peut-être dans son acuité.
En revanche, ce qui n’a pas vraiment changé – surtout pour les timides – c’est l’attirance mêlée de crainte autant que d’excitation pour «les filles». Là encore, je pourrai souscrire mot pour mot au scénario imaginé par le narrateur pour conquérir Louise. Demander à une proche amie de servir de messagère et attendre impatiemment la réciprocité de l’amour que l’on offre. «Enfin, mes mots et mon amour parvenaient jusqu’aux oreilles et, je l’espérais, jusqu’au cœur de Louise. Mais alors qu’elle aurait dû esquisser un sourire puis rougir, son visage devint rictus, traduisant un dégoût amusé. Je perdis tout espoir quand le rictus se transforma en un éclat de rire. Tout était consommé. Louise ne voudrait pas de moi. Ma première boum ne serait pas le théâtre de mon premier amour.»
Il devient inutile de vous raconter la suite. Vous la trouverez dans le roman avec à peine quelques nuances. Sachez simplement qu’après avoir tâtonné un peu quant à mon avenir, j’ai fait une école de journalisme. La mienne était à Strasbourg et celle du roman plus vraisemblablement à Lille. Les mêmes angoisses quant à l’avenir de notre profession, les mêmes débats sur l’éthique et sur la concentration des groupes de presse…
Me voilà tout d’un coup pris de vertige au moment de conclure. Vous aurez compris pourquoi ce roman n’a si profondément touché, mais réussira-t-il à vous séduire aussi? C’est le pari que je prends et le vœu que je formule. – Henri-Charles Dahlem
                                        ________________
Ce livre ne sera pas un coup de cœur, néanmoins je me suis laissée prendre au jeu de la lecture… La lecture est aisée et le livre se lit très rapidement.
Ces petits garçons, je les vois défiler devant mes yeux : au détour d’une rue, d’une fête, d’un cours….
Le narrateur nous entraîne dans sa vie et on suit son amitié avec Grégoire, son ami d’enfance, et, malgré des différences d’envies et de vies, ces deux petits garçons sont liés à jamais grâce à un pacte scellé avec des marshmallow.
L’opposition des deux personnages rend encore plus belle cette forte amitié. Tous les opposent et c’est pourtant cela qui les réunit. le héros du livre (qu’on imagine être l’auteur) n’a pas réussi à me toucher plus que cela et sa personnalité, son manque d’ambition, son « laisser-aller » m’a parfois agacé. le destin tout tracé de Grégoire, petit garçon brillant et promit à un bel avenir, rencontrera des embuches sur son passage.
Pour résumer, une histoire de « petits garçons », une histoire humaine, un moment de vie qui même s’il ne m’aura pas touchée plus que ça se laisse raconter. – Ana Pires
                                        _________________
C’est un roman que j’ai découvert grâce au groupe les 68 premières fois.
L’intrigue tient en peu de mots : des amis que tout oppose de l’enfance à l’âge adulte en traversant tous les tracas de ma génération de presque quadra.
La lecture est aisée, le rendu simpliste. Le narrateur est presque dans la caricature du  »serial looser » qui réussit quand même à obtenir une place dans le milieu très codé du journaliste alors que son camarade élevé, son (anti)double, opposé, dès sa plus tendre enfance pour faire parti de l’élite, parvient au sommet d’une pyramide où tous les coups bas sont permis.
Il y a peu de place pour la surprise dans ce premier roman, qui est peut-être trop près de la réalité de l’auteur. – Delphine Palissot
                                      _________________
Comme on ouvre un album photo inconnu, on est à distance, on ne connaît pas ces visages, ces enfants . On s’approche de ces images un peu vieillies, des bambins espiègles, une petite tête rousse, un petit brun que l’on apprend à reconnaître au fil des pages . Des enfants qui découvrent le monde, des adolescents qui se cherchent. On se reconnaît dans leurs tâtonnements, leurs doutes, leurs désirs. On tourne les pages curieux de voir leur devenir, attachés à ces personnages.
C’est la vie qui défile sous la fine plume de l’auteur entre réalité et fiction, désillusion et tendresse, gravité et humour. Quel cadre voulons nous donner à ces photos ? Quelle société, quel avenir ? Quelles valeurs défendre ? Combattre ? débattre ?
« Qu’est ce qui fait la qualité d’un homme ? »
Face à la société, à ses violences, ses chaos, comment créer le bon, le beau … en se réfugiant dans un tableau ? dans des bras aimant ? le sourire d’un enfant … – Christiane Arriudarre
                                       ________________
Naître, grandir, faire des choix et les assumer, se lier d’amitié et trouver sa voie. Pour le narrateur, dont l’enfance a été heureuse, devenir un homme n’est pas chose facile. Heureusement que Grégoire, son plus fidèle ami, est à ses côtés. Même si tout ou presque les oppose, il sera son point d’ancrage…
Avec sa couverture douce, un joli titre et un résumé sympathique, ce roman avait tout pour me plaire. Les 68 premières fois sont passées par là et m’ont donné l’occasion de découvrir la plume de Théodore Bourdeau.
Si j’en ai aimé l’écriture, la mélodie des mots et la tendresse des souvenirs, je me suis assez vite ennuyée. Le narrateur est un jeune homme peu sûr de lui, qui navigue de décision en décision sans jamais s’assurer qu’il en ai le véritable enjeu. Loin d’être malheureux, on le sent comme spectateur, au bord de sa vie.
A la différence de Grégoire, son ami l’enfance, il porte un regard sur le monde qui ne le fait pas avancer…
Une écriture prometteuse, qui mérite un prochain roman plus enjoué, une histoire plus captivante et des personnages plus dessinés…  – Audrey Lire et Vous
                                       ________________
On ne peut pas résister à entrer en empathie avec ce texte intimiste sur une amitié fidèle entre deux jeunes enfants, adolescents puis adultes. Entre certitudes et doutes, un long fil qui entrelace leurs jeux, leurs découvertes, les émotions amoureuses et leurs enjeux professionnels. Deux personnalités complémentaires, l’une solaire, volontaire, dynamique et l’autre, le héros et certainement aussi l’auteur, en retrait, plus incertaine, très émouvante. Un texte lent, doux, tendre, proche. Une très jolie écriture, un tempo régulier (trop ?), un ouvrage prometteur. Un très joli moment qui frôle le cœur sans le heurter ni le bouleverser. J’attends le second texte de cet auteur attachant. – Martine Magnin
                                        _______________
A lire ce roman, je me rends compte que je n ai gardé aucune photo de mon adolescence, de ces premières années dans l’âge ingrat puis adulte, que très vite je suis passée derrière l’appareil pour ne pas être devant.
Certains ont réussi une prestigieuse vie et voie sociale. D’autres sont partis vers des chemins vagabonds, loin des rivages. D’autres ont fait leur route comme ils pouvaient, rencontrant obstacles et sinuosités, sans tambour ni trompette, dans l’ invisibilité de ceux qu’ils côtoyaient, de la vie. Douceurs et amours ? Vertiges et combats ?
Le quotidien a balayé nos jeunesses comme les attentats nous ont piégé dans une réalité apeurée, standardisée. La vie s’est emparée de nos illusions marquant son empreinte sur nos parcours. Nous avons traversé notre enfance, adolescence pour s’installer dans le confort de l’âge adulte, remisant au placard, avec mélancolie et tendresse, nos rêves les plus fous.
Et pourtant, je crois, comme beaucoup, que malgré ces petits que nous étions, nous sommes tous devenus grands. A notre façon. Certains plus que d’autres, certains moins. Mais je crois que dans chacun de nous, l’enfant continue de grandir avec ses rêves et espoirs. Et de ceux ci, nous en en tressons notre monde, en faisons un éloge. Le nôtre. Notre bonheur. Nos souvenirs. Nos photos de classe et de vie. Ces personnes qui de leurs empreintes nous ont donné le goût de vivre notre vie.
Ce roman n’est pas un coup de cœur ou une lecture dont je parlerai avec ferveur ; il a même de gros défauts (pour moi bien sûr, juste pour moi), des longueurs. Mais il a le mérite de nous questionner sur notre rapport à notre vie, notre héritage, notre monde et de porter ce regard doux et singulier sur ce petit garçon, cette petite fille qui dort en nous et qui est devenu(e) ce qu’il/elle est. – Sabine Faulmeyer
                                           _______________
Le portrait des deux personnages principaux, à travers le temps, m’aura emmenée, de nouveau, dans ce qui m’inonde, chaque jour. Nous ne sommes qu’un. L’enfant qui s’épanouit reste toujours ancré, au cœur de l’adulte qui poursuit son chemin. A l’âge des souvenirs, c’est lui qui ressurgit souvent, auprès des êtres aimés et des tendresses de l’insouciance.
Dans nos relations, dans notre rapport à nous-même, il me semble merveilleux et précieux de ne pas reléguer à un autre temps notre enfance, elle nous appartient toujours et sait, à travers ses valeurs, nous animer, rendre le monde plus vivant, tendre vers nos biens communs universels, et intégrer la contemplation et l’altruisme, dans nos actes.  – Anne Richard
                                         _______________
Les petits garçons écrivent des « petits premiers romans »… Voilà ce qui me vient spontanément à l’esprit en refermant le livre de Théodore Bourdeau.
Une fois posé le verdict, il va bien falloir argumenter un peu.
Ce roman n’est pas déplaisant, il se lit facilement, vite même. Mais au fur-et-à-mesure que l’on suit le narrateur et son meilleur ami, Grégoire, de l’enfance à leurs premiers pas dans le monde des adultes, c’est un sentiment d’ennui qui domine. Entre cynisme et désabusement, le narrateur relate les trajectoires parallèles de deux petits garçons de la génération Y propulsés dans « le monde des grands ». Un monde bouleversé par le terrorisme et les transformations de l’information, où les adultes ne sont pas toujours bienveillants et même parfois carrément retors, où les filles imposent plus ou moins subtilement leurs règles…
« Les petits garçons qui s’ennuient
M’ennuient aussi beaucoup,
Pour s’intéresser à ta vie
Faut-il être assez fou ?
C’est pourtant toi que je regarde
Au fond de tes yeux, tout ce que je veux
C’est te voir un peu » chantait Françoise Hardy… CQFD !  – Adèle Glazewski
                                           _________________
Il y a dans Les petits garçons de Théodore Bourdeau un concentré de normalité. C’est sa qualité mais aussi son défaut : pendant plus de 250 pages, on est plongé dans un quotidien très banal. Il manque à ce récit un souffle romanesque. Au point qu’en refermant le livre, je dirais plus que je me suis laissée porter par cette lecture que je n’ai été emportée.
Le thème classique du passage à l’âge adulte peut être la base de romans passionnants. Mais ici, la trajectoire de deux amis d’enfance jusqu’à leur vie d’adultes trentenaires est évoquée avec une certaine distance. Même lorsqu’on raconte comment on a descendu les poubelles ou changé une roue, on met plus d’emphase.
Le narrateur est un jeune homme dont on ne connait pas le prénom. Fils unique, il grandit sans trop savoir dans quelle direction aller avant de finalement trouver sa voie dans le journalisme. Son ami Grégoire, lui, a de la suite dans les idées : être le meilleur de la classe, enchaîner prépa et grandes écoles, rejoindre les meilleurs corps de l’administration. Leur amitié naît d’une bêtise faite en classe, dans le dos de la maîtresse. Elle devient vite inébranlable, résistant même lorsque, plus grands, leurs chemins divergent à l’heure des choix de carrière et de vie.
Entre raconter le quotidien et tomber dans la banalité du quotidien, le fil est ténu, et, ici, l’auteur est trop souvent du mauvais côté. Certes, en faisant la connaissance du narrateur et de Grégoire, j’ai eu l’impression de retrouver des amis et de revivre des situations connues. Mais tout est trop simple, même lorsque l’auteur s’aventure sur des sujets complexes. Les personnages (surtout le narrateur, bourré de clichés) auraient gagné à être plus travaillés, tout comme l’intrigue. Sans être mauvais, ce premier roman laisse un goût d’à peu près. – Claire Sejournet
                                              _________________

En terminant ce roman, j’avais dans la tête les images du générique de la série Amicalement vôtre (pardon aux plus jeunes auxquels la référence serait inconnue) où l’on voit défiler dans chaque moitié de l’écran la vie des deux héros, Brett Sinclair (aristocrate, britannique, aisé, tiré à quatre épingles) et Danny Wilde (américain, ancien voyou, roublard, un brin vulgaire), que tout oppose mais qui, réunis, forment la meilleure équipe de détectives. L’amitié a ses raisons que la raison ignore, pour parodier Pascal et celle qui s’installe entre Grégoire et le narrateur n’a pas plus de rationalité dans son épanouissement que bien d’autres.  Les deux amis grandissent ensemble mais dans des mondes parallèles, symbolisés par un environnement familial très différent. Pas tant en termes de classes sociales que d’attitudes et de principes d’éducation. Chez le narrateur règne une sorte de simplicité complice et confiante tandis que chez Grégoire, l’exigence est le maitre mot. L’exigence et l’anticipation. Prévoir, se fixer des objectifs, se donner les moyens de les atteindre, ne rien laisser au hasard. Grégoire entame une marche triomphante vers une carrière politique tandis que notre narrateur se cherche, expérimente, arrive par hasard dans le journalisme, saisit les opportunités offertes par le développement du digital et se confronte aux réalités du terrain.

Il y a deux moments, deux rythmes bien distincts dans ce roman. Celui, plus lent, de l’enfance, de l’adolescence et de l’apprentissage dans un environnement encore protecteur, dont les différences ne sont là que pour servir la démonstration de la seconde partie. Où tout s’accélère, exactement comme c’est le cas lorsqu’on passe à l’âge adulte et qu’on attend de nous des choses bien différentes pour lesquelles on n’est pas forcément préparé. Plus de cocon qu’il soit celui d’une famille bienveillante ou celui d’un parcours tracé qu’il n’y a plus qu’à suivre. Place à la violence sous toutes ses formes, à la compétition, aux chausse-trappes, aux trahisons, aux jalousies. Bienvenue chez les grands ! Et quel meilleur poste d’observation que le monde politique et celui des média pour ce qui est des travers de la société. Scandales, attentats, malversations. Bienvenue chez les adultes !

Théodore Bourdeau parvient à saisir avec beaucoup de justesse, ce truc qui se loge au creux du ventre, ce moment où l’on ressent physiquement le désarroi du passage à l’âge adulte, auquel on n’est jamais préparé. L’effarement devant ce monde dont on n’avait pas appréhendé l’extrême dureté même en ayant été prévenu. Un monde dans lequel il faut néanmoins plonger, pas le choix, muni de ses précieux souvenirs, ses acquis d’une période où l’on pouvait encore se sentir protégé.

Ce roman n’a de léger que la fluidité de son écriture. Il capte l’air du temps et interroge sur la dure réalité de la confrontation avec un monde toujours plus violent, dans lequel sont projetés chaque jour de nouveaux individus à l’avenir de plus en plus flou. La chaleur de l’enfance, l’éblouissement de l’amour et la consolation de l’amitié ne seront jamais de trop pour y faire face. – Nicole Grundlinger

                                _________________

Un doux titre « les petits garçons » pour ce premier roman : l’auteur nous décrit la vie de jeunes garçons, « normaux ». de la maternelle à l’entrée dans la vie dite active, l’auteur va nous raconter la vie, avec un sensible air du temps. Nous sommes dans les années 2000, et quelques épisodes récents. Le narrateur, peut être l’auteur lui même, est un peu en retrait, il fait tranquillement son petit bonhomme de chemin, des études normales puis son entrée dans le monde du journalisme, alors que son meilleur ami depuis la maternelle, Grégoire, a une vie plus flamboyante, un milieu social plus privilégié, des études brillantes (une sorte de bête à concours). L’auteur nous décrit le monde politique, journalistique de notre époque mais aussi de belles pages sur l’enfance, les amitiés qui durent malgré des chemins pris différents. Un texte avec une écriture fluide mais qui a travers certaines lignes décrit très bien l’atmosphère de notre société actuelle. – Catherine Airaud

                                 ___________________

Un roman tendre et sensible sur l’apprentissage de la vie. Sur l’amitié au masculin. Sur la vie, la vraie. Celle des premiers émois de l’adolescence, des premières déceptions aussi, des doutes, de la recherche de soi. Celle de la violence des attentats.
C’est l’histoire d’une amitié inébranlable entre deux petits garçons que tout oppose. Quand le narrateur est sensible, timide et reste observateur du monde qui l’entoure, son meilleur ami Grégoire est sûr de lui, ambitieux et déterminé. L’un terminera politicien, l’autre journaliste… Deux métiers radicalement opposés ! Même leurs rapports aux filles sont très différents. Mais ces deux-là n’ont pas besoin de longs discours pour se comprendre.
Autobiographie ou fiction, l’auteur laisse planer le doute. Pas de prénom pour le narrateur, pas de lieu, pas de date. Même la bande-son est anonyme (« le groupe le plus triste du monde »). C’est au lecteur de faire son choix. Cette absence d’encrage fait de ce roman une histoire de petits garçons universelle et intemporelle. Une tranche de vie à laquelle il est facile de s’identifier.
Un premier roman simple, mais d’une grande justesse, très agréable à lire. – Justine Clerc
                                    ___________________
C’est l’histoire de deux garçons liés depuis la plus tendre enfance par une amitié qui tendre et sincère malgré leurs différences. Car des différences, on leur en connait, ne serait-ce que par l’éducation, leur caractère, leurs ambitions… Quand l’un est plutôt timoré, l’autre est davantage ambitieux. Quand l’un conquiert la femme d’une vie, l’autre tombe amoureux -presque- à chaque nouvelle rencontre…
C’est une amitié de petits garçons qui résiste au temps qui passe, aux événements de l’Histoire glissés ça-et-là en toile de fond sans jamais les nommer (l’attaque de la ville symbole, le groupe le plus triste du monde…), comme pour garder cette naïveté et cette innocence qui construisent l’enfance et préparent tant bien que mal le passage à l’âge adulte.
C’est un véritable roman d’initiation à l’écriture agréable, un roman qui fait sourire et qui fait forcément écho à nos expériences passées. – Marine Bongiovani
                                    ____________________
Ce roman est un roman d’apprentissage hélas assez inégal. Le récit est long à démarrer, je n’y ai trouvé un réel l’intérêt que lorsque les deux amis rentrent dans la vie active, soit à la moitié du livre… Quand les petits garçons devenus des hommes se confrontent au monde du travail, l’auteur nous plonge dans la vie sociale et politique du pays sur fond d’attentats, il nous fait pénétrer au cœur du pouvoir et de ses compromissions et au cœur de la rédaction d’un média. Il nous livre une réflexion sur le choix des informations données au public en fonction de leurs attentes, sur l’information limitée à un bricolage des dépêches, sur l’obsession des vues enregistrées sur les articles sur le site internet du journal où travaille notre anti-héros. Au final c’est une jolie histoire d’amitié racontée d’une façon agréable avec quelques pointes d’autodérision mais dont la première partie m’a ennuyée. – Joëlle Guinard
                                     ___________________
Deux enfants, deux amis, deux trajectoires à travers les trente dernières années. Grégoire et le narrateur se connaissent depuis la maternelle. Seuls repères chronologiques du livre : les attentats successifs commis en France entre 1986 et 2015, qui jalonneront les chemins des deux petits garçons. Grégoire, élevé dans l’esprit d’excellence et de compétition, va se lancer dans une carrière en politique. Le narrateur, plus inconstant, manque d’ambition ou de rêve. Rien ne l’intéresse suffisamment pour faire carrière. Il se laisse porter par le vent et les amours. Il deviendra journaliste. L’occasion d’un regard lucide sur la profession. (p.116) : « Elèves de l’école de journalisme, nous appartenions au monde des villes, nous étions des enfants des classes moyennes, voire des bourgeois, bien éduqués et destinés à un métier peu rémunérateur mais valorisé. Que pouvions-nous véritablement comprendre à la vie de ceux qui survivaient dans des zones que nous ne visitions que par obligation ? ».
Les petits garçons nous renvoie à nos rêves d’enfants, si nous en avons eus, et à ce que nous en avons fait. A ceux que nous avons perdus ou pire, oubliés.
Sentiment mitigé de douceur, de nostalgie et de tristesse diffuse, teintée d’amertume. Avais-je tellement de rêves, au fond ? Ai-je réussi à préserver l’essentiel de mes espoirs enfantins ?
Théodore Bourdeau semble vous caresser alors qu’il vous malmène. Sous ses airs doux et mélancoliques, il y a une violence sourde qui nous force à regarder l’enfant que nous étions et son regard qui nous juge. – Céline Bret
                                    ____________________
Comment se résume une vie ?
Les deux histoires en parallèle que sont « Les petits garçons » ne répondent pas à cette question.
« N’oubliez pas que votre parcours académique ne vaut rien. Il ne vaut rien tant que vous n’avez rien accompli, tant que vous n’avez pas échoué, tant que vous n’avez pas découvert la valeur du compromis ».
Théodore Bourdeau a intentionnellement choisi l’optimisme pour raconter une amitié entre deux garçons. Ils sont l’opposé dans tout, et pourtant on échappe à une vision binaire : le bien contre le mal. Une histoire où on s’approche du pouvoir et de la violence, sans blessure, sans douleur, sans réelle lutte pour les personnages. La vie est-elle si simple et facile quand on décide d’être né heureux ?
Réussir ses ambitions sans souffrir est impossible, même dans un livre plus subtil qu’il n’y parait. C’est pourquoi on oubliera vite le bon moment de lecture qu’il nous fait partager. – Renaud Blunat
                                  ___________________
Dans cette très jolie évocation de l’amitié entre deux garçons, née dans leur enfance et poursuivie jusqu’à l’âge adulte, l’un (le narrateur) est plutôt timide, bienveillant et spectateur de sa vie, tandis que l’autre, très volontaire, est élevé pour prendre son avenir en main de façon draconienne.
L’auteur sait rendre les mystères de cette amitié qui défie la logique et le temps, en dépit des vicissitudes, des rencontres amoureuses, des hauts et des bas de l’existence…
Il a de très belles pages sur la prime jeunesse, au moment où le cocon familial forge les armes qui protègeront quand on aura grandi, de belles notations aussi sur la belle énergie qui anime les enfants et sur les interrogations à l’âge de l’adolescence, le moment où on se rend compte que la vie vous rattrape, que le monde est dur et qu’il faut le mordre ou accepter d’être mordu…
Ce roman, qui se lit facilement, est subtil et délicat sans pour autant être léger. Il affirme que, dans un monde impitoyable et une époque sans pitié, la chaleur de l’amitié et les souvenirs d’une enfance entourée d’amour aident à encaisser la tristesse et les échecs. – Marianne Le Roux – Briet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s