A la ligne – Joseph Ponthus

“Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace comme une arête dans la gorge / Non le glauque de l’usine / Mais sa paradoxale beauté”.

A la ligne

Entrer dans ce livre, c’est être projeté dans un monde dont on aurait voulu croire qu’il appartient à une époque révolue. Un monde relégué dans les périphéries pour mieux nous le cacher. Un monde qu’une sémantique nouvelle permet de tenir à distance pour en escamoter la laide réalité. Des ouvriers ? Non : des «opérateurs de production».
Joseph Ponthus, lui, n’a pas peur des mots. Il nous les jette en pâture pour restituer ce qu’il vit dans toute sa crudité. Dans toute sa cruauté. Il ne s’embarrasse pas de phrases délicatement ciselées qui pareraient encore ce qu’il nous montre d’un voile pudique.
Ses phrases à lui ne sont faites que de la peine qu’il endure au quotidien. Elles nous contraignent à entendre l’épuisement, la douleur, les cadences éreintantes, les corps qui se rebiffent, l’ennui, le temps qui n’en finit pas de s’étirer en des minutes et des heures toutes semblables les unes aux autres. Elles disent les odeurs qui soulèvent le coeur. Elles racontent le sang et les lambeaux de bêtes, partout, qui vous assaillent. Elles exsudent la violence du travail. Mais pire que tout, peut-être, elles disent la terreur d’échapper à cet état d’asservissement consenti si ce travail venait à manquer.
Mais les mots sont aussi les plus précieux alliés de l’auteur. Ceux des poètes, chansonniers, romanciers, philosophes de tout poil qu’il convoque sans relâche pour se libérer de sa chaîne. Chaque ligne de son texte est riche des mots qui ont fait de lui ce qu’il est et qui lui apportent leur sève. Ce sont eux qui le maintiennent debout, qui lui rappellent qu’il existe et ne se réduit pas à un corps effectuant interminablement les mêmes gestes.
C’est un texte d’une force inouïe que nous offre ce jeune auteur, nourri de littérature et jeté à l’usine par hasard et par nécessité. C’est un texte qu’il faut lire pour son exceptionnelle densité et pour sa poésie. Un texte qu’il faut lire car il nous invite à regarder le monde dans lequel nous vivons sans y apposer aucun fard. – Delphine Depras
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Quand un ancien élève d’hypokhâgne se retrouve ouvrier dans un abattoir à l’extrémité de la Bretagne, par amour, après un passage dans les cités de la banlieue parisienne en tant qu’éducateur, on obtient un écrit dont la plume déménage !
« A l’agence d’intérim, on me demande quand je peux commencer /Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue / « Eh bien demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne » / Pris au mot j’embauche le lendemain à six heures du matin »
Ce premier roman n’est pas commun. Par sa forme : l’auteur écrit comme il pense, sans ajustement syntaxique ni ponctuation. Il revient à la ligne à chaque proposition… Cela me semblait déstabilisant au départ, mais non, absolument pas. La lecture coule de source, comme passent les crevettes sur le tapis, les carcasses de vache le long des rails, comme jaillit le jet d’eau sensé laver toute ces cochonneries pré ou post mortem de milliers d’animaux destinés à orner vos assiettes ; Dieu merci, je suis végétarienne, je me contenterais, peut-être, du tofu égoutté ?
Le fond du roman est lui aussi inattendu. Ce récit autobiographique navigue entre les pensées hautement littéraires de notre auteur / narrateur et la réalité du monde du travail contemporain. L’utilité d’avoir une tête bien faite et bien pleine s’annihile devant le besoin instauré par une société capitaliste qui veut avant tout produire et consommer. Et pour assouvir ces deux besoins, il faut de la main d’œuvre, trouvée rapidement et pour pas cher. Faisant fi de son désir de trouver un travail à la mesure de ses compétences intellectuelles, et parce qu’il « faut des sous », Joseph Ponthus se résigne, pousse la porte d’une agence d’intérim et se retrouve dès le lendemain à trier les crevettes et les bulots.
La découverte de ce métier physique d’ouvrier va lui permettre d’aller de découvertes en déconvenues, de réfléchir aux auteurs lus et étudiés naguère, de tracer une ligne de démarcation entre théorie, pratique et idéalisme et d’en ressortir, sur divers points, plus fort : « L’usine m’a apaisé comme un divan ». Valérie Lacaille
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Ouvrir ce roman et comprendre qu’il n’ira pas, à la ligne, en tout cas pas de façon classique, avec des points et des virgules… Non, même pas à la ligne pour respirer, car le souffle indispensable pour lire ce roman est à puiser au plus profond de soi. Ce n’est pas un récit ordinaire, mais celui du travail à l’usine, à l’abattoir, difficile, sanglant, violent.

Passées les premières pages, où l’œil et l’esprit s’habituent à la forme atypique, le récit est comme scandé et le lecteur est happé…

J’écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne.

C’est un homme instruit, lettré, qui a quitté son travail en région parisienne pour suivre sa femme en Bretagne. Mais là, il y a trop peu d’emploi, aussi est-il prêt à accepter tout ce qu’on lui propose. Travailler à l’usine de poisson, plats cuisinés, cuisson de bulots à la chaine, tofu à égoutter, rien ne le rebute, même si tout cela lui parait bien difficile. Mais ça c’était avant de connaitre le travail qui l’attend, à l’abattoir. Car lorsque vous êtes intérimaire, pas possible de dire non, sinon le prochain poste disponible ne sera pas pour vous. Et des sous, il faut en gagner pour vivre. Alors on bosse, on se fatigue, on pleure même de douleur et d’épuisement la nuit en rentrant, quand il faut encore sortir le chien qui vous attend en vous faisant la fête, car la pénibilité des postes de l’usine, de l’abattoir, il ne les connait pas. Alors on attrape une vendredite aigüe, mais on s’y fait finalement… Et on essaie de gagner un peu de sommeil, un peu de repos, pour repartir dès lundi matin, ou à pas d’heure, c’est tout le charme du travail à l’usine ces horaires de fou, enfermé sans voir ni le jour, ni la nuit.

Chaque soir, le narrateur inventorie tout, les gestes, les phrases, les répétitions, les problèmes, la douleur, les petits bonheurs, les heures supplémentaires ou les heures gagnées tous ensemble pour finir plus vite, ou moins tard, c’est selon. Mais aussi toutes ces pensées qui l’assaillent, qui peuplent son esprit pendant que son corps fait les gestes mille fois répétés, automatisme salvateur qui permet à l’esprit de s’évader. Il nous fait sentir également cette solidarité et en même temps cette pénibilité que tous doivent subir ensemble. Le courage qu’il faut, le soir, quand il tombe d’épuisement pour continuer à coucher sur le papier les mots qui disent les maux, les gestes, les souffrances quotidiennes.

Étonnant témoignage, qui a la puissance de cet écrit si particulier qu’il vous oblige presque à le lire d’une traite jusqu’au bout. Hypnotique et puissant, rythmé, porté par la poésie qui s’en dégage, il est le témoignage d’une fatigue immense, dévorante. D’un malaise aussi, celui des ouvriers à la peine qui doivent accepter et subir pour continuer à vivre.  – Dominique Sudre

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Atypique, le récit. dans sa forme, des vers libres sans ponctuation, dont on oublie vite le caractère construit, emporté par le rythme du récit, qui se traverse sans difficulté, porté par une respiration en filigrane.
Atypique l’auteur, au parcours singulier, de la littérature, qui émerge au gré des citations et des références, au social, pour en arriver à un travail alimentaire qui sera la source d’un si bel écrit.
Remarquable, pour l’originalité de ces confidences, sans langue de bois, en appelant une chaine une ligne et un contremaître un conducteur de ligne, comme le veut le politiquement correct. La précarité au jour le jour, qui ne peut se permettre le coup de gueule et la grève. L’intérimaire est en première ligne, pour les retours de bâton.
Captivantes, les expériences successives, de la crevette au bulot, jusqu’à l’abattoir, et toujours les mises en scène lors des visites ou des contrôles, et pour fil rouge la fatigue, immense, qui pourrait saturer et anéantir tout le temps hors de l’usine. Et l’on se dit quel courage pour s’abstenir à tout de même écrire.
A la ligne , ou à la chaine, sans fin, sans répit, puisse ce superbe texte, donner la possibilité à l’auteur de sortir de cette existence aliénante. – Chantal Yvenou
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A la ligne c’est l’histoire d’un éducateur social qui devient ouvrier dans une conserverie de poissons puis dans un abattoir pour pouvoir rester auprès de celle qu’il aime.
A première vue on se dit oui et alors ?
Et alors ?
Il nous transporte dans son univers, dissèque en détail chaque geste, chaque rituel de ce travail d’intérimaire.
Son arme pour lutter contre cette routine ?
S’évader avec les poètes, les chanteurs comme Charles Trenet qu’il affectionne particulièrement.
Son rêve, sa passion c’est écrire. Écrire son quotidien, écrire des lettres à sa maman, à sa femme.
Ce personnage est drôle, touchant, on se prend d’une réelle affection pour lui.
A travers son écriture on prend de plein fouet le quotidien de milliers de personnes qui travaillent en usine, qui sont dans une routine de gestes, d’horaires, qui n’attendant qu’une seule chose, aller à l’agence d’intérim, chercher leur chèque de fin de mission.
Bravo à ce premier roman de Joseph Ponthus, je n’aurais pas forcément choisi ce livre au premier abord mais une fois les premières lignes lues, on reste accroché. De plus la forme de ce récit est vraiment originale, pas vraiment de ponctuation, pas vraiment de syntaxe, on croirait qu’il nous parle.
Je recommande vivement, on sort de ce livre différent et c’est ce que j’aime dans la littérature !   – Gwen Moyon-Beaujean
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Travailleur social, l’auteur, ne trouvant pas d’emploi dans son secteur, s’embauche comme ouvrier intérimaire à l’usine. Il décrit son quotidien, dans une usine de poissons puis à l’abattoir, au travers d’une narration de deux cents pages, sans ponctuation, où les mots s’empilent les uns après les autres, à la ligne, dans un rythme aussi saccadé que son travail à la chaîne. Il relate les conditions de travail harassantes, la souffrance du corps, les accidents, le froid, les cadences, les pauses avec la clope, la solidarité avec ses compagnons d’infortune. Il raconte le dimanche soir et l’angoisse du lendemain. Il évoque sa femme dont il est fou amoureux, la tendresse pour sa mère, son petit chiot Pok Pok. Ses mots transpirent, tour à tour, la colère, le rire, l’ironie, la poésie, la douceur, les pleurs parfois quand la fatigue est trop grande. Mille pensées l’assaillent dans lesquelles il puise courage et force de continuer. Littéraire de formation, La Bruyère, Apollinaire, Dumas, Claudel, l’accompagnent ; dans un autre registre, il fredonne les chansons de Trenet, Barbara, Carla Bruni, et bien d’autres. On se laisse dériver dans ce texte surprenant, poignant, aussi sombre que lumineux, qui avec simplicité nous parle de transcendance. Une lecture magnifique.  – Hélène de Montaigu
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En un long poème en prose, quasiment sans ponctuation, Joseph Ponthus raconte son quotidien d’intérimaire dans une conserverie de poissons puis dans un abattoir breton, puisqu’il fallait bien travailler et qu’il n’y avait rien pour lui dans son secteur. Et c’est un texte hallucinant qu’il nous livre sur ce monde, usine à broyer les humains tout autant que les bêtes avec des cadences infernales, des conditions de travail inacceptables et toujours un seul mantra, la production, la production… Heureusement que dans une autre vie il a fait des études de littérature, car c’est ce qui va l’aider à tenir, la littérature, la poésie et les chansons de Charles Trenet, Barbara…Et c’est parfois en pleurant de fatigue, ou de douleur, ou les deux, qu’il écrira ce journal pour se souvenir jour après jour en prenant sur ses heures de sommeil, en sachant qu’il le paiera lorsque le réveil sonnera à 2 h ou 4 h du matin… Si les mots sont crus ou violents à la mesure de ce travail abrutissant aux gestes répétitifs, il y a aussi beaucoup de mots doux quand il évoque sa femme, sa mère, son chien Pok Pok, les petits bonheurs du dimanche, la solidarité entre collègues et les trop rares moments de détente à l’usine…
Impossible à décrire, ce texte doit se lire et se vivre, en se laissant porter par le rythme des mots, calqué sur la cadence de la chaîne, voire presque se lire à haute voix… Un extraordinaire témoignage qui vient de recevoir le Prix RTL-Lire 2019, qui m’a laissée abasourdie, et admirative. – Catherine Dufau
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Je me sens un peu comme un cœur de pierre à la lecture de ce livre et en lisant les avis déjà posté à son sujet.
On suit l’histoire d’un homme qui ne trouve pas d’emploi dans sa branche et qui se retrouve à aller d’usines en usines.
La lecture de ce livre est assez particulière, l’homme laisse filer l’écriture au fil de ses idées, il écrit comme il pense, c’est décousu, brouillon, farfelu parfois, mais ça fonctionne.
J’ai aimé ce style d’écriture à la fois déroutant mais si simple à lire ! En parlant de l’écriture justement, je trouve que l’auteur manie bien son style, on se projette dans les usines, on sent les odeurs, on ressent sa fatigue et sa lassitude.
Je crois que c’est justement ce dernier point qui me laisse un goût d’amertume. L’usine est un monde difficile, la précarité est un enfer. Et je crois que, comme je suis passée par là, j’ai, moi aussi, été lassée, mais de ces plaintes incessantes. Certes, on parle du travail dans sa globalité, de sa famille, quelques fois, du petit Pok Pok, de musique… Mais dès qu’on remet les pieds à l’usine, j’ai ressenti la douleur autant que le personnage, cette sensation que les weekends sont des bouffées d’oxygène. Alors oui, c’est une victoire, ça montre que l’auteur sait très bien faire passer les émotions, mais… je n’en voyais plus le bout.
Donc oui, A la ligne est très bien écrit et retranscrit les émotions à la perfection, mais je ne pense pas être le bon public pour ce genre de livre. Je n’ai pas eu l’impression de lire un lire racontant une histoire mais un article de journal traitant de la condition ouvrière. Je lis justement pour découvrir de nouvelles choses et c’est précisément ce qui m’a manqué ici. Je n’ai pas compris où l’auteur voulait nous mener. A la lecture de ce livre, je me sens juste triste et lassée, ce n’est pas le sentiment que je recherche dans la lecture, j’avais l’impression d’aller dans mon ancien travail en le lisant…
Un livre bien écrit, certes, mais un vide au niveau de l’histoire. – Marion Catherinet
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« À la ligne Feuillets d’usine » de Joseph Ponthus est le témoignage d’un homme qui s’installe en Bretagne pour retrouver sa bien-aimée. Il ne trouve malheureusement pas de travail dans sa spécialisation. Pour gagner sa vie, il doit travailler comme intérimaire dans une conserverie, puis dans un abattoir et parfois comme éducateur de personnes handicapées. A la lecture de ce résumé, cela ne donne pas envie de lire ce premier roman qui sent la plainte et la lutte des classes. Et pourtant… Ce récit original prend rapidement aux tripes au sens propre et figuré. La vie dans l’usine de poissons, puis le travail dans l’abattoir breton y est décrite méticuleusement et avec talent.
« A la ligne » harponne le lecteur par son rythme rapide et saccadé, sans ponctuation. Les mots choisis nous font entendre le sourd martèlement de la chaîne de production.
Joseph Ponthus est percutant lorsqu’il décrit les cadences infernales, l’odeur tenace, les conditions déplorables d’hygiène, la fatigue du corps et de l’esprit. Heureusement qu’il réussit à combler cette vacuité par la lumière de la littérature et par l’Amour. Ce témoignage, très réussi, ne laisse pas indifférent et pousse à s’interroger sur l’organisation globale de notre société pleine de contradictions. – Sandrine Bourgeois
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Voilà donc le Livre de la rentrée littéraire….. soit, si cette lecture m’a effectivement beaucoup plu, cela m’apparaît avec la lecture et le recul un peu trop emphatique mais il faut le lire pour ce qu’il est dans son originalité d’écriture, comme le témoignage d’une forme de nouvel esclavage au travail.
Un style saccadé voulu et assumé, un récit sans fioriture, un nouveau pavé dans nos modes de consommation, dans la maltraitance animale et dans la mal bouffe comme dans le mal-être de ces nouvelles et nouveaux mineurs, ouvriers ou sidérurgistes. Plus que cela c’est le récit d’une certaine fraternité ouvrière, d’un sauvetage par la culture (lecture, musique, chanson) qui font que le narrateur ne devient pas totalement cinglé à la manière d’un Charlie Chaplin, mode « Les Temps Modernes ».
Des images précises menées avec talent par les descriptions des décors, des camarades d’infortune, d’un contexte déshumanisé. – Olivier Bihl
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Commencer ce récit c’est foutre les deux pieds dans un texte d’une intensité folle, dans une belle écriture sans surplus. Dans un livre qu’on ne lâche pas, et pas seulement parce l’absence de ponctuation invite à la lecture d’un seul souffle. Mais parce que l’auteur place le mot juste, te faisant naviguant entre le rire et le cœur serré.
On y parle du travail d’un intérimaire à l’usine. Celle qui casse les corps, qui enchaîne à une ligne de production, qui fait oublier à certains qu’en face d’eux se tiennent leurs semblables. Celle qui prend toute la place dans la tête et tout son temps. Celle des rencontres joyeuses, du soutien entre collègues et de la solidarité ouvrière souvent.
Ce livre m’a donné envie de relire « la scierie » et « marchands de travail » de Nicolas Jounin et Lucie Tourette.
Ce livre m’a donné envie de lire « Journal d’un manœuvre » de Thierry Metz.
Ce livre, je le relirai. Je me l’offrirai.
Et son auteur est désormais quelqu’un dont je surveillerai les publications. – Hélène Goelen
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Ce roman est d’inspiration hautement autobiographique. Le JE est bien celui de l’auteur qui nous raconte une partie de son histoire quand, par amour, il a quitté sa région et son travail dans le social et, par nécessité, s’est inscrit dans une agence d’intérim pour gagner sa vie comme ouvrier d’usine non qualifié.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la mise en page et le style : des vers libres, sans ponctuation.
J’ai ressenti ce livre comme un poème épique, une épopée des temps modernes qui donne la parole aux ouvriers intérimaires et aux sans grade, qui nous rappelle que, malgré les progrès techniques, le travail à la chaine existe toujours, usant, répétitif, avilissant, mortifère…
C’est Joseph Ponthus qui s’exprime, qui a couché sur le papier ses impressions mises en mots, en littéralité, mais il y a dans ce livre une véritable dimension collective ; les exploits ne sont ni légendaires, ni historiques, mais quotidiens, basiques, pratiques, physiques… Il y a des larmes et du sang, du courage et de la douleur… des combats contre soi-même, des victoires et des défaites… Il y a aussi une forme d’humilité, notamment dans la notion de « feuillets », pages volantes réunies et assemblées pour devenir ce texte définitif.
J’ai adoré l’univers référentiel de Joseph Ponthus qui rejoint souvent le mien, univers littéraire et musical… Dans les pires épreuves, se sont souvent les souvenirs de lectures ou de chansons qui aident à tenir.
J’ai retrouvé des détails assez personnels, ne me touchant pas directement mais faisant partie du quotidien d’un proche.
Ce texte est à la fois poétique et réaliste.
J’ajouterai un petit mot pour le bandeau qui entoure le livre, pour ce corps humain découpé, pour les parties manquantes puis retrouvées, pour le talent de Kebba Sanneh qui l’a dessiné et qui illustre si bien l’ambiance de ce livre.
Ce livre procède d’une urgence, d’une nécessité de dire la réalité ouvrière et intérimaire, de mettre en lumière le monde de l’usine.
Une belle réussite. Un succès mérité.
Cependant, je suis davantage conquise par l’esthétique du propos que par une véritable émotion. – Aline Raynaud
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Journal intime d’un intérimaire à l’usine.
Un enchaînement de phrases et de mots sous forme de vers sans aucune forme de ponctuation. Quand un littéraire couche sur papier son travail d’intérimaire à l’usine et en abattoir, cela donne un carnet de route vivant et percutant, calqué sur la cadence incessante du travail à la chaîne.
Cet ovni littéraire se lit comme un poème. Cauchemars de crevettes poissons panés moules tofu bulots carcasses tripes abats de porcs et de bœufs.
Alternant critique, sarcasme et autodérision, Joseph Ponthus livre de manière brute la dureté du travail répétitif et machinal, la douleur, la fatigue, les horaires impossibles et la surcharge de travail. L’auteur témoigne de la déshumanisation de ces corps qui ne sont que des bras. Pousser des carcasses nuit et jour, se battre contre les machines et l’angoisse de la perte du travail. Le rythme soutenu de la narration à la première personne du singulier rend l’immersion totale et très réussie.
C’est aussi un témoignage intimiste et sensible sur le dépassement de soi, la fatigue du corps qui soigne le mental. Plus le temps de penser à l’angoisse.
Une découverte décapante. – Justine Clerc
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A la ligne (feuillets d’usine) est un livre ambitieux. On parlera plus de lui pour son audace sur la ponctuation que sur ses qualités. C’est dommage.
Il y a dans ce livre beaucoup de réussites, un monologue intérieur entre l’usine et le narrateur avec la réalité de leurs rapports.
Payer pour être payé.
Payer pour ne pas être viré d’une usine de poissons panés.
Il y a dans les chapitres courts, quand ils s’enchainent avec grâce, un souvenir qu’ils auraient pu accompagner ou s’intercaler avec bonheur dans « Paroles » de Jacques Prévert.
Un retour à la ligne, pour un mot, pour une nouvelle idée, Il y a le rythme de ses mots, le rythme du boulot, chose incroyable toute une poésie. Cette poésie est trop lourde, elle submerge le roman et ne laisse qu’un témoignage subversif sur le travail et son abrutissement fort bien décrit.
Il a manqué à Joseph Ponthus une étincelle pour que l’on puisse entrer en empathie avec son personnage, un peu d’audace pour faire disparaitre les guillemets…  – Renaud Blunat
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Langue tranchante, comme la lame de couteau qui découpe, à la fois, les bêtes et les âmes.
Langue rapeuse, langue aigre à en vomir, langue aride et sèche du mouvement, toujours répété, de l’obscurité, du sang, de la dureté.
Âpreté de la vie ou l’esprit et le corps se séparent, où se mêlent le rythme effréné, l’automatisme, le quota, la chaîne, l’enchaînement.
A la ligne, m’a ligotée, m’a étouffée puis m’a permis d’entrevoir ma liberté, de relativiser, et a valorisé les moments d’insouciance qui aiment se cacher, chaque jour, pour qu’on ne les distingue plus, et qu’on oublie parfois d’aller rechercher.  – Anne Richard
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La lecture de « À la ligne » se fait dans une respiration car nous ne pouvons que suivre le rythme dicté par l’auteur, par ses mots, ses « phrases courtes » mais tellement percutantes. Et quelle audace cette façon d’écrire pour nous raconter la vie d’un ouvrier en usine, cette vie elle aussi rythmée mais par la cadence des horaires, la cadence de la chaîne, par les exigences des hauts placés. Personnellement, je n’ai jamais travaillé à l’usine (mais j’ai tout de même fait des métiers pas top pour payer mes études…) et en lisant le récit de Joseph Ponthus, j’ai eu une forte empathie pour tous ces travailleurs aux horaires en total décalés, à la répétition de leurs tâches, au rythme chronométré. Joseph Ponthus nous raconte également tout ce qui se passe dans ces usines: celle de poisson et surtout dans les abattoirs. J’y ai découvert le côté sombre, très sombre des abattoirs et cela m’a fait froid dans le dos… L’auteur n’est absolument pas dans le jugement, n’est pas moralisateur, il énonce des faits, des faits qu’il a vécus lui même, il sait de quoi il parle et pour moi, c’est une autre richesse de ce roman. Dans les mots de Joseph, j’ai senti ce besoin viscéral d’écrire, de mettre en page son expérience. Ses mots ne sont pas tristes, il n’y a aucune colère dans son livre. Joseph devait travailler pour vivre et grâce à l’amour de sa femme, Joseph a pu être cet intérimaire que nous rencontrons dans « À la ligne ». Il se dit même heureux et vit ce qu’il doit vivre.

« À la ligne » est un beau roman, sincère, sensible qui ne peut que toucher celui qui le lit. L’écriture de Joseph est singulière comme l’est son histoire. C’est un roman riche dans tous les sens du terme et après ma lecture, je comprends mieux pourquoi François Busnel aurait tant voulu que « À la ligne » fasse partie de la sélection du Prix Roman France Télévisions (mais malheureusement le roman est sorti alors que la sélection avait déjà été faite)! – Sybil Lecoq

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Je ne sais par où commencer tellement j’ai été bousculée, remuée.
C’est sublime.
Voici un chant en vers libre sans ponctuation qui raconte le quotidien d’un ancien élève de prépa devenu ouvrier car il n’a pas d’autre choix que d’y aller.
Il y va par amour.
Le lecteur va à la ligne.
L’auteur va à la ligne…. de production, euphémisme pour ne plus employer le mot « chaîne ».
Mais c’est surtout une ode à la littérature et le rôle qu’elle peut jouer: l’auteur résiste grâce à ses souvenirs de textes une fois qu’il a trouvé le bon geste. Des quatrains l’obsèdent, il faut se souvenir des rimes.
Apollinaire, Cendrars, Péguy, Aragon, Proust, Prévert sont ses compagnons.
Une écriture en vers libre, car l’usine a imposé son rythme. Tout va vite, trop vite. La relative n’a pas sa place car pas le temps.
Le texte est saccadé, scandé au fracas des machines, à la répétition du geste. Il parvient par ses mots, son style à exprimer l’abrutissement répétitif, la monotonie, le désespoir, l’aliénation, la servitude volontaire.
La phrase est sans fin comme le travail dans ces usines.
De nombreuses références musicales jonchent également le texte en passant par Barbara, Brel et le fou chantant qui n’est autre que Charles Trénet.
Car c’est une ode à la vie, à l’amour.  – Alexandra Lahcène
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A la ligne est un roman noir, noir comme l’est le pain, comme le sont ceux qui endossent ces bleus de travail que l’on recouvre de blouses, de charlottes, de normes d’hygiènes européennes ou inter-mondialisées. C’est un hymne à l’amour, un poème aux manœuvres, aux rêves. Un étourdissement à la beauté des invisibles, de ce monde de l’ombre qui officie en 2*8 ou de nuit, qui hurle, rie, tient grâce aux blagues foireuses, au soutien de celui qui tombe ou qui est/sont à coté, à la solidarité des éphémères lorsque la grève n’est plus qu’un droit ancien, disparu ou qui disparaît car non respecté, décrié, trompé. C’est un hymne à ceux qui sont fatigués, usés, déclassés, invisibles, violentés, ces hommes aux corps cassés par les charges, par les douleurs, les coups endossés et qui ne seront jamais reconnus par les invalidités, le droit du travail. C’est aussi les chants qui aident à tenir, les refrains chantés, la poésie de Prévert, Trenet et qui font de ces journées au cul des machines, des instants de toute beauté, les Ferré, les Brel, Les Fersen, Les Barbara. C’est un air qui revient sans cesse, un air comme un poème, une poésie où officient Thierry Metz, Rimbaud, Emaz, Vinau. C’est la vie dans ses moindres recoins, la vie comme un odyssée minuscule mais tellement vivant, criant. Un chant à l’océan, à son odeur et sa vivacité.
A la ligne est un brasero, un feu de palettes, un fumigène dégoupillé comme on dégoupille une grenade, on lance une bouteille à la mer, comme ce quelque chose qui est beau parce que noir, parce que révoltant mais nécessaire, vivifiant comme l’est l’air marin, comme le sont les petits matins où le soleil se lève dans la fraicheur des aurores. C’est la vie qui court, la vie qui crie, rie, jaillit, sauve, interpelle, chante, slame, poétise.
A la ligne est d’une beauté sidérante, d’une écriture qui se découvre, un cri refrain que l’on chante pour se galvaniser, se donner de l’ardeur et du souffle à la tâche, à la ligne, à la chaine, à la vie. Il interpelle, il révolte mais quand la littérature parvient à nous donner cette envie, nous procure cette colère, ce grain à moudre, nous questionne voire nous révolte… Quand un jeune auteur parvient par ses mots, ses vers, sa prose, cette façon, si particulière de scander et écrire, le coup de grâce est juste là, entre le coeur et la foi, entre la vie et l’âme, entre la littérature et la poésie. – Sabine Faulmeyer
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Les phrases de Joseph Ponthus claquent comme les gestes de Charlot dans « les temps modernes »
Y a t’ il des vrais et des faux métiers comme s’interroge l’auteur ? En tout cas lui est un vrai écrivain.
Moi qui ai connu le travail à la chaine en usine j’ai retrouvé l’abrutissement des gestes répétés, la fatigue, l’usure qui peu à peu corrodent nerfs et neurones, érodent espoirs et ambitions …
Et ces petites satisfactions dans les petits riens qui font les habitudes rassurantes, les petits temps volés aux cadences, les gestes d’entraide quand la machine prend le dessus, impose un rythme que le corps ne peut suivre .
De ce milieu aride, acide, violent Joseph Ponthus fait naitre le rire, le chant, la poésie, l’humour …chapeau bas l’artiste…
Point à la ligne … il a tout dit … –  Christiane Arriudarre
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Joseph Ponthus est passé dans toutes les émissions littéraires de cette rentrée de janvier. On disait partout que c’était formidable mais qu’il n’y avait aucune ponctuation. Et puis on y parlait d’une usine de traitement des crevettes et autres crustacés puis d’abattoirs. Pas très glamour ! Le livre prêté par une amie est resté un bon moment dans ma PAL. C’était surtout le manque de ponctuation qui me faisait peur. Mais enfin, il était un choix des 68 et il fallait bien s’y mettre !
Quelle découverte! Dans une sorte de long poème, Joseph Ponthus monologue sur son quotidien d’ouvrier dans l’agroalimentaire. Le littéraire, l’ancien khâgneux, se heurte au monde de l’usine avec la fatigue, les horaires décalés, les cadences, le froid et, pour y survivre, il convoque les grands de la littérature, de la poésie ou de la chanson.
Ce texte complètement atypique, aux nombreuses références littéraires, est normalement tout ce que je n’aime pas et pourtant il m’a séduit. C’est très aéré, il n’y a pas de rime mais du rythme. C’est de la pure poésie.
C’est une belle ode à l’ouvrier, au précaire. Comment fait celui qui n’a pas le background intellectuel de Ponthus pour survivre au quotidien de la ligne? Car c’est bien son humour et sa culture qui le sauve.
Je ne sais pas si les prochains écrits de Joseph Ponthus comporteront des points ou des virgules mais ce qui est sûr c’est que je me précipiterai les lire car je suis persuadée qu’un vrai écrivain est né. – Françoise Floride-Gentil
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UN GRAND COUP DE COEUR pour ce premier roman atypique et surprenant écrit comme une poésie.
Superbe livre, écrit sans ponctuation, retournant sans cesse à la ligne où chaque mot est percutant, le tout avec un certain humour. Quelle musicalité et quelle poésie !!!
Lors de son passage à la Grande Librairie, j’ai trouvé l’auteur sincère, humble et plein d’humour quand il a répondu à François Bunel qu’il referait ses dents avec l’argent de son premier livre, car les dents ça coûte cher !!! J’ai beaucoup aimé l’entendre lors de ses prestations sur France Inter, aussi ai-je très envie de le rencontrer.
Une très belle découverte. – Joëlle Radisson
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La forme de ce roman est très étonnante avec des mots scandés, des phrases courtes, des renvois à la ligne réguliers, des strophes comme dans un poème. Le texte sans aucune ponctuation traduit les pensées du narrateur comme elles lui viennent à l’esprit. Ni virgules, ni points, juste des renvois à la ligne, ce qui donne un récit très rythmé. Le titre « A la ligne » évoque à la fois cette narration et les lignes de production à l’usine.
Ce roman est une sorte d’OVNI littéraire, très original par son fond et par sa forme. Puissant par le sujet abordé, c’est un cri de colère contre les terribles conditions de travail en usine qui conduisent à une forme d’aliénation. Ce livre est un magnifique hommage aux ouvriers et aux plus démunis d’entre eux, les intérimaires. A aucun moment le texte ne se transforme en revendication sociale, l’auteur décrit simplement, sans aucun apitoiement ni misérabilisme et avec une belle dose d’humour décalé, de poésie et d’humanité une certaine condition ouvrière. Magistral ! – Joëlle Guinard

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