Ecorces vives – Alexandre Lenot

« Peut-être qu’il faudrait nager dans les courants, se jeter dans les rapides, fermer les yeux et crier très fort en arrivant aux chutes. Peut-être qu’il faudrait se réinventer un petit dieu, le faire à notre main, lui imaginer des chants païens, comme l’ont fait nos parents. Peut-être qu’il nous faut de nouveaux rites pour en finir avec nos peurs, de nouvelles forêts pour nous abriter du regard du ciel, de nouveaux faisceaux pour éclairer nos nuits, de nouvelles phalanges pour nous garder de nos ennemis. De nouvelles pluies pour nous faire reverdir enfin ».

Ecorces vives

Écorces vives, premier roman d’Alexandre Lenot, nous entraîne dans les montagnes de l’Auvergne. Une nature puissante, envahie de forêts épaisses, parcourue de chemins escarpés, aux hivers durs auxquels succèdent des printemps timides. Une région frappée d’exode, où n’y restent vivre que des gens dépourvus d’imagination, cramponnés à une terre où l’inconnu n’est pas toléré. Ce récit met en scène une galerie de personnages, attachants, aux passés souvent douloureux, venus s’échouer volontairement au cœur de cet univers, parfois très inhospitalier. En particulier Eli et Louise, deux êtres solitaires, dont les destins vont se croiser. Leur présence servira d’exutoire au ressentiment des habitants du cru, ces laissés pour compte d’un territoire à l’écart de toute prospérité, qui veulent en découdre avec « l’étranger ». Un roman très noir, une fresque sociale qui plus qu’une histoire raconte une atmosphère rurale, des instants dont l’enjeu pour les protagonistes est la survie. Je me suis laissée glisser au fil des pages, portée par la poésie des mots. Une narration superbe qui décrit la beauté des paysages, esquisse des émotions sourdes, dépeint les fêtes de village qui se terminent en beuveries, les coups de poing facilement échangés, traduit la stupidité et la haine. Écorces vives est un gros coup de cœur. Je n’ai pas regretté une seule seconde le rythme lent et l’absence de dialogues. Ce premier roman porté par une plume magnifique est un vrai choc littéraire, une rencontre avec un écrivain à suivre.- Hélène de Montaigu

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En plein cœur du Massif central, dans un coin de campagne que la modernité semble avoir oublié, il suffit de l’incendie d’une masure pour que la rumeur vienne échauffer les esprits et fasse ressurgir les haines ancestrales.
L’écriture est superbe, avec un lexique pointu, une syntaxe élaborée, aux confins de la poésie, exigeant une lecture attentive pour en apprécier la richesse. Une des plus belles proses parmi les lectures de ces dernières semaines. Des phrases qui se savourent comme un vin précieux, un mets raffiné, nécessitant une disponibilité de l’attention pour en analyser les subtilités.
Et c’est aux dépends de l’histoire. Certes peu à peu, les personnages prennent corps et se racontent , avec parfois encore des incertitudes lorsque la narration les avait mis en parenthèse.
Eli, Andrew, Louise, Lison livrent leurs failles parcimonieusement, avec pudeur et parfois une évocation trop brumeuse pour que l’on s’y retrouve.
L’intrigue a besoin de temps pour émerger des magnifiques descriptions des lieux et des portraits en demi-teintes des personnages. le fil conducteur est ténu. Il faut attendre le dénouement de ce qui se tricote au fil des chapitres pour comprendre, peut-être, ce qui se tramait jusqu’alors.
C’est court mais très dense. Très prometteur, aussi, car ce premier roman est si maitrisé sur le plan de l’écriture qu’il laisse augurer de futures productions aussi séduisantes.- Chantal Yvenou

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Un roman noir illuminé de la présence des femmes, d’un verbe exigeant. Si vous cherchez un moment d’insouciance, passez votre chemin. Alexandre Lenot vous brosse à rebrousse-poils un récit où les femmes sont belles, fortes presque à leur insu, évoquent la rudesse d’un monde reculé avec tendresse pour ces hommes taiseux, brutes de s’être frottés à des hivers rugueux.
La terre, la guerre, l’héritage, les hommes. les femmes solides, douces, maternelles, sauvages pourtant, aident à vivre dans ce monde hostile. Lison, Louise, Céline fragiles et robustes à la fois ; prêtent à se battre s’il le faut.
Le noir du monde se dispute à la poésie du style anachronique dans cet environnement montagnard, rebelle, où les arbres prennent soin de leurs racines, comme les hommes s’y accrochent rudement. Une vibrante ode au territoire. A la magie de la nature, de la rencontre Louise et Eli, écorcés par la vie, mais vibrants encore, vivants doucement.
Les nombreux destins croisés additionnés à l’écriture sophistiquée rendent la lecture absorbante. Pas de distractions possibles dans la description des lieux, liens, personnages, tout est tendu jusqu’au dénouement.
Une plume délicate et rude, qui vous visse résolument au récit mordant de la vie des habitants accrochés à leur territoire déserté, jusqu’à l’épilogue.
Un premier roman qui ne laisse ni indifférent, ni indemne. Hâte de découvrir le second opus. – Hélène Grenier
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Dans son premier roman Alexandre Lénot illustre à merveille les observations émises en 1824 par le Genevois Charles-Victor de Bonstetten. Dans son essai «L’homme du midi et l’homme du nord», il nous explique comment le climat influe sur le caractère des habitants et comment la géographie précède l’histoire. Ce préambule pour dire combien la région désertée du massif central où l’auteur situe son récit est bien davantage qu’un paysage, mais un acteur à part entière du drame qui se joue ici. L’écriture épouse du reste la densité des forêts, ses méandres, ses mystères. Touffue, envahissante, enveloppante, il nous prend même quelquefois l’envie de tailler à la serpe pour échapper à l’oppression grandissante.
Pour ses débuts dans le roman Alexandre Lénot a choisi de sonder des âmes meurtries, d’explorer à partir de l’incendie d’une ferme la propagation de la rumeur, l’exacerbation des sentiments. Très noir et très dérangeant. – Henri-Charles Dahlem
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Très bonne idée que la couverture de ce roman rural et noir, montrant un chevreuil frémissant dans une montagne entre ombre et lumière.
Nous sommes dans le Massif Central, dans une petite ville aux confins de montagnes hostiles, de bois épais et de pâtures stériles. Il n’y a plus d’industrie, plus de commerces, le silence et l’ennui règnent en maitres.
Certain.e.s vivent là parce qu’ils l’ont choisi, fuyant la vie urbaine, un mariage raté ou le souvenir d’un traumatisme qui ne passe pas.
D’autres y sont né.e.s et ont été façonné.e.s par la rudesse de ces lieux où ils se trouvent coincé.e. s sans espoir d’en partir ; de toutes façons, leur méfiance envers tout ce qui ne leur ressemble pas empêchera toujours ces âmes étroites d’envisager un ailleurs meilleur.
Inutile de préciser que dans ces lieux, l’étranger est toujours un ennemi. Alors, forcément, quand un vagabond s’installe là, il rencontre certes des soutiens, peut-être même un amour, mais il trouve surtout des hommes haineux, confits dans leurs rancœurs, avec en bouche le goût de la curée.
Côté roman noir, l’atmosphère inquiétante prend à la gorge tranquillement, par petites touches ; l’auteur nous guide habilement dans une ornière dont il est impossible de sortir et très vite il nous convainc : impossible d’imaginer que « ça va s’arranger ». Chacun des personnages porte une partie du drame sur ses épaules, larges ou frêles, on se sent parfois comme dans un western, dans les affrontements de personnes comme dans les scènes de bagarres, très cinématographiques, très réussies.
Côté rural, j’ai trouvé intéressante la description d’une région qui meurt, cette atmosphère d’abandon, loin des grands axes et des lieux d’abondance. Sûr que ce n’est pas là que s’inventent l’agriculture et la société de demain… Les territoires périphériques oubliés, la crise de l’élevage, les néo-ruraux décriés, la violence endémique, l’alcoolisme atavique, l’autorité légale ignorée, les violences faites aux femmes… Comme dans les romans de Pierre Pelot ou Alexandre Mathieu, tout y est. C’est parfois appuyé, à la limite de la caricature, les tenants d’une nouvelle ruralité joyeuse, prospère et généreuse, auront du mal à s’y retrouver !
Et quelle belle langue, économe, dépourvue d’effets ronflants, en accord avec le paysage et les drames qui s’y jouent ! – Marianne Le roux – briet
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C’est le récit de nombreux destins brisés qui s’entrecroisent et qui basculent.
Avec une plume très travaillée, sophistiquée, devrai-je dire parfois alambiquée Alexandre Lenot entraîne le lecteur à déambuler dans une atmosphère pour raconter des personnages d’un pays qui s’étiole, se délabre et des personnages qui n’en sont pas.
C’est une montée en puissance de la haine. C’est rude, C’est sombre.
Malgré la qualité de l’écriture, qui peut être par moment fastidieuse et même indigeste, je reste partagée sur ce roman et un petit temps de réflexion s’est imposé à moi pour que je puisse rédiger ces quelques lignes poussivement.
Peut-être que ma difficulté à relater ce qui se passe dans cette histoire provient du fait qu’il ne se passe pas grand chose.
Il me semble qu’il ne faut pas lire ce livre pour son intrigue mais bien pour s’immerger dans une ambiance. – Alexandra Lahcène
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Je me suis égarée dans la forêt d’écorces vives, de couleur feu, d’âmes empoisonnées et de portraits vifs et viscéraux.
Je me suis perdue dans le tourment des personnages, dans leurs luttes, leur nudité.
J’ai rebroussé chemin, maintes fois, j’ai retrouvé un sentier , je suis parvenue au bout du chemin. Les voix silencieuses mais puissantes des personnages ont aiguisé ma curiosité mais la construction du récit m’a enlisée dans l’aventure. Perdant le fil, j’ai perdu également le goût du récit. – Anne Richard
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Amies lectrices, amis lecteurs : un premier conseil en ouvrant ce livre…. il faut surtout s’y accrocher et ne pas y renoncer trop tôt car c’est un écrin qui ne se dévoile pas immédiatement…. et qui, lorsqu’il est entièrement découvert vous laisse un très grand souvenir.
Noir très noir, un drame qui couve, des personnalités et des personnages très atypiques avec des histoires de vie si particulières et aux secrets nombreux.... c’est toute la galerie de portraits que nous dresse ici Alexandre Lenot dans la chronique d’un séquence de violences effreinés.
Transplantée dans une région de France, ces êtres abandonnés à eux-mêmes, sombre et oubliée sans aucune perspective que de nourrir les histoires et peurs ancestrales. C’est un ensemble de faits, pourtant anodins pour certains, plus violents pour d’autres, qui mis bout à bout vont allumer la mèche d’une violence effrénée et irrationnelle dans laquelle cette communauté va se perdre et imploser.
Le lecteur, à la clôture de ce récit, est plutôt patraque, à la fois proche de ces êtres attachants pour certains et écœuré de la vanité comme de l’extrême bêtise d’une part de l’humanité…. J’y ai retrouvé des traits proches d’un autre auteur de littérature noire ; Franck Bouysse
Une belle découverte – récompense en conclusion…  – Olivier Bihl
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En plein centre du Massif central, dans une campagne délaissée, oubliée, l’incident d’une masure incendiée, et la rumeur vient réveiller les habitants et ressurgir les haines.
C’est un roman noir, qui met en scène des personnages cabossés, des taiseux, des hommes durs et des femmes qui subissent.
On y trouve l’intolérance, la peur de celui qui arrive dans ce pays et que l’on ne connait pas.
La nature est belle et froide, il y a le vent, la pluie, un pays rude. Les habitants sont à l’image de la nature.
Les personnages principaux, Louise venue vivre chez un couple de retraités, Laurentin, gendarme en fin de carrière accompagné de ses chiens, Eli, traumatisé par la perte de sa femme, et qui a mis le feu à la masure. Louise va le ramener chez le couple de retraités. Les jeunes s’ennuient et sombrent dans la délinquance. Les habitants sont aigris et ne supportent pas « l’étranger » qui arrive…..
Ce livre, c’est une ambiance, une atmosphère angoissante, une belle écriture poétique qui décrit superbement la beauté des paysages. Une certaine lenteur et en même temps un rythme soutenu. – Joëlle Radisson
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Je suis un peu surprise que ce roman soit paru dans la collection Actes noirs d’Actes Sud, car je n’ai pas eu l’impression de lire un roman policier ou un polar. Ce livre, c’est plutôt une ambiance.
Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, mais c’est que tout est un peu flou, suggéré, vaporeux. Du coup, je ne suis pas sûre d’avoir compris grand chose à ma lecture. C’est le genre de texte dans lequel je me perds facilement. À force de travailler la langue, l’auteur oublie d’avancer des pions bien tangibles pour rattraper le lecteur. Ça n’a donc pas manqué : alors que mes yeux parcouraient les lignes, mon esprit vagabondait ailleurs, sans que je réussisse à le ramener au sens du texte.
Il m’a semblé cependant que l’illustration de couverture était bien trouvée. De ce que je retiens, la forêt est presque un personnage à part entière dans ce roman. Elle prend de place dans l’intrigue. Majestueuse, sombre et profonde, c’est là que tout se passe ou presque. Tous les personnes y sont reliés, elle cache bien des secrets, dont seulement certains sont dévoilés au cours du livre.
Pour le reste, nous sommes au milieu du Massif central, dans un coin de France un peu perdu. L’atmosphère est un peu angoissante. Il y a Eli, le vagabond qui brûle une ferme abandonnée, Louise, venue s’isoler chez Andrew et Fiona, le capitaine Laurentin, dont c’est le dernier poste avant la retraite. Il y a les gens du cru aussi, jeunes ou vieux. Que vont-ils faire de ce petit coin de terre ? Deviendra-t-il un bastion conservateur ou laboratoire d’une utopie réalisable ? L’auteur a une vision un peu manichéenne de la situation, ce qui a participé à ma perplexité quant à l’intérêt de ma lecture. Je n’étais d’ailleurs pas mécontente d’arriver au bout. J’espère être plus convaincue par mes prochaines lectures. – Claire Séjournet
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Quand j’ai refermé Ecorces vives, une image s’est imposée à moi. Alexandre Lenot a su créer, pour le lecteur, une atmosphère obscure. A travers le regard de cinq personnages monochromes, il nous dévoile l’immobilité de la campagne et la solitude de ceux qui s’épuisent à y vivre. La ruralité est un enfer, banal et quotidien, quand il n’y a aucun commerce visible, aucune festivité, aucun partage. Il ne se profile dans la nature que le désespoir, il ne s’enflamme qu’une rumeur. Il ne reste que des fermes isolées, des exploitations agricoles où le mot profit n’a plus de sens. L’histoire est froide et sombre, réaliste et décharnée, quand les hommes vivent côte à côte sans se parler.
« Ils ont mis le feu à un vieux pneu, pour passer le temps, et ils n’ont pas assez d’imagination pour danser autour de lui en psalmodiant des malédictions. »
Cette image est restée longtemps dans ma tête. Un monde hostile pour les étrangers. Une atmosphère que l’on imagine dessinée par un Bernard Buffet, épurée, triste et sinistre. – Renaud Blunat
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Un hameau isolé dans les montagnes et les forêts du Massif Central, habité par des paysans, des chasseurs, des hommes et des femmes tordus par le labeur, esquintés par la rudesse de la vie et pour certains, embrumés par l’alcool. Bienvenue dans la France oubliée, un monde sur le déclin : « Un vieux monde qui leur a été légué mais que leurs doigts gourds et tordus n’arrivent plus à retenir. Un monde qui semble ne plus faire partie de rien, un pays entier relégué en périphérie ». Un monde de côté où la vie a le goût de la défaite ; Celle qui nourrit les regrets, la colère, la haine. Ceux qui vivent ici, sont ceux qui y sont nés et qui n’ont pas réussi à fuir. Ils sont rares à venir d’ailleurs : ce jeune homme qui met le feu à la maison de ses rêves, cette jeune femme qui fuit les hommes et préfère se consacrer aux chevaux. Comme deux enfants sauvages, ils vont s’approcher et s’apprivoiser, par les gestes et les attitudes plus que par les mots. « Il a une voix douce, la voix de quelqu’un qui n’aime ni ne sait ni ne peut parler fort. La voix de quelqu’un qui préfère renoncer plutôt que d’avoir à se faire entendre. La voix de quelqu’un qui espère qu’on se penchera un jour sur lui ». Mais ceux qui ne sont pas d’ici, ne sont pas les bienvenus. Ecorces vives sent la terre, l’humus, l’écorce vermoulue et le sang. La tension monte crescendo au fil des pages. « Il y a dans l’air le souffle d’un géant endormi et les odeurs brutes d’un hiver de bandits ». C’est un roman sur les rêves perdus, mais aussi sur le désir de liberté, sur la dignité, la résistance. Ici, tous les corps souffrent. Qu’est ce qui fait alors de nous des victimes ou des résistants ? Le courage réside-t-il dans notre faculté à endurer l’adversité ou dans notre volonté de révolte ? Les femmes sont particulièrement fortes dans ce livre. Elles s’affirment, s’assument et se dressent. C’est par l’une d’elle que sonnera la révolte par provocation plus que par idéalisme. Une amazone virevoltant dans les bois, la tête haute et les cheveux au vent.- Céline Bret
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Ce roman m’a énormément perturbée…
Je vais donc commencer par chercher des clés de lecture dans le titre, dans ces « écorces » dont il est ici question. L’écorce est la première couche protectrice, la seule que l’on voit la plupart du temps, le seul aspect visible de quelque chose, l’aspect extérieur, l’enveloppe… une fois appliquée aux personnes, l’écorce devient métaphoriquement l’apparence de quelqu’un, ce qui cache ce qu’il est vraiment au fond de lui, une façade ou une vitrine en quelque sorte. Ce mot véhicule aussi une notion de dureté : l’écorce n’est pas une peau ou alors une peau qui a durci, qui semble morte à l’extérieur, sèche et rugueuse.
Dans ce roman, les écorces sont vives, les écorces sont ce que l’on voit où ce que l’on croit comprendre des personnages ; sous leurs dehors rustres, rustiques, sauvages, discrets, taiseux, ils sont impatients, emportés, excessifs ou, plus positivement, capables de réagir vite et bien dans certaines situations.
Tous les personnages de ce livre ont des fêlures, se sont créés des carapaces de protection pour tenir debout, même les plus antipathiques. Tous véhiculent une certaine ambivalence, comme s’ils étaient tous à deux doigts de basculer du côté obscur ou dans la lumière.
Certes, ils répondent à quelques clichés du roman noir : le gendarme qui a tout donné pour son métier, arrivé là pour couper avec son passé, la jeune femme venue du nord qui en a pas mal bavé, le couple d’américains dont on ne sait pas grand-chose, la veuve qui se demande si elle va rester ou partir, sa nouvelle amie à la fois belle et mystérieuse, l’incendiaire qui a tout perdu, les éleveurs taiseux, les chasseurs stéréotypés… Mais tout cela est revisité, mis en perspective par une ambiance faite de préjugés et de vieilles rancunes dans une nature encore un peu sauvage.
Ce roman les surprend tous à un moment donné de leur vie, nous les donne à voir évoluer et se débattre, puis nous laisse imaginer leur devenir, entre ceux qui restent et ceux qui partent, toujours avec leur part de mystère, le voile à peine levé pour mieux retomber.
Le lieu est ici un personnage à part entière… Les noms sont inventés et pourtant ceux qui connaissent un peu ces coins perdus du Massif Central vont s’y retrouver.
C’est ce qui m’est arrivé et qui m’a perturbée; je connais très bien un endroit d’où l’on voit de loin Le Plomb du Cantal, à proximité des gorges d’une belle rivière et d’un barrage asséché il y a quelques années pour y faire des travaux (j’y étais justement cette année-là et j’ai vu le village englouti), pas très loin non plus d’une chapelle abandonnée… Là, je fais de longues randonnées, seule avec mon chien et souvent mon portable ne capte plus alors je dis toujours de quel côté je vais, au cas où… C’est une zone que nous parcourons à pied ou avec des chevaux, on y passe des ruisseaux à gué et mon mari et mon chien se sont baignés au bas d’une cascade que peu de gens connaissent…
Nous avons nos marques dans un hameau perdu ; nous y savons des tensions entre deux familles, les gens sont peu communicatifs, on se salue quand on se croise et on évoque la météo… Nous tenons le chien en laisse à proximité des troupeaux, nous refermons bien les clôtures quand nous devons les passer à cheval et nous évitons les jours et les zones de chasse… Nous croisons souvent des chevreuils, des renards, des rapaces…
Nous faisons nos courses dans une commune de mille habitants environ dont nous connaissons la gendarmerie et sa sympathique équipe… Je réalise qu’en vous racontant tout cela, je vous parle du roman d’Alexandre Lenot.
En effet, après avoir lu et apprécié Écorces vives, je me dis que ce roman semble tout droit sorti et inspiré de cet endroit que je connais et qui compte beaucoup pour moi mais que les gens n’y sont quand même pas comme dans le livre, quoique, si on se mettait à gratter l’écorce, si on cherchait plus avant, il y aurait peut-être des traces de cette mélancolie, de cette révolte et même de cette hostilité et qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que les tensions provoquent un tel western rural.
La quatrième de couverture recommande de se méfier de la terre qui dort ; je pense à ces pays préservés, encore sauvages, à la dureté de leur climat, quand au début du printemps, c’est encore l’hiver… Je réalise qu’il y a comme une menace que j’avais peut-être un peu entrevue. Écorces vives n’est qu’un roman, un roman noir, mais un roman qui interroge, qui pose les jalons de l’altérité entre indifférence, méfiance et rejet, entre accueil, ouverture et acceptation.
Un bon roman noir, dérangeant et magnifique, mais qui laisse peut-être trop de zones d’ombres dans son dénouement.  – Aline Raynaud
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Dès les premières pages, j’ai été happée par l’ambiance sombre et l’atmosphère pesante des montagnes du Cantal. Dans ce livre, Alexandre Lenot parle de la solitude des agriculteurs, de leur sentiment d’être abandonnés et perdus, de leur isolement. Chacun est plus violent et hargneux que son voisin. On est loin des agriculteurs joyeux et sympathiques de « l’amour est dans le pré » ici, chacun vit dans son coin avec sa propre souffrance.
Ce n’est pas non plus l’Auvergne que je connais, où les agriculteurs se retrouvent régulièrement pour jouer à la pétanque ou à la belote, font des repas à la salle des fêtes et sont solidaires les uns avec les autres. Ici c’est chacun pour soi, chacun ses terres et c’est à celui qui gueulera le plus fort.
Quand on lit ce livre, il ne faut pas s’attendre à des rebondissements incroyables car à vrai dire, il ne se passe pas grand chose. Une foule de personnages sont présentés tour à tour dans une succession de chapitres et c’est leur psychologie à chacun qui est intéressante. Et puis la si belle plume de l’auteur, le choix des mots, les images.
En refermant ce livre, je ne suis pas certaine d’avoir tout compris à l’intrigue et j’aurais voulu en savoir plus sur certains personnages mais je sais que j’ai apprécié l’ambiance. Il me reste donc un sentiment très particulier. J’ai aimé mais je ne sais pas exactement pourquoi?!  – Marie-Anne Pittala
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Ce livre m’a rappelé un poème :
« Je viens d’un pays où les roses sont grises
Où n’a jamais soufflé l’air d’un oratorio
Un pays de rocs rudes balayé par la bise
Où ne pouvait fleurir même la notion du beau … »
Il suffirait de presque rien, un regard aimant sur l’enfant, un geste de tendresse, une main tendue pour que le vent s’apaise.
La violence des regards répond à la dureté des pierres dans ce pays dé-muni
Une très belle écriture, forte et envoutante comme ces pays inhospitaliers que l’on ne quitte qu’avec la nostalgie de ce qui pourrait être avec un peu de soleil, un peu d’humanité et d’entraide …pour faire fondre le givre, le figé .  – Christiane Arriudarre
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Ce livre annoncé comme un polar est comme un puzzle dont la dernière pièce dévoile toute sa beauté. Car c’est un livre de toute beauté, d’une écriture si soignée, inscrit dans un décor forestier angoissant. On imagine le bois qui craque sous des pas pressés, le bruit lugubre du vent dans les branches, les racines qui font trébucher, le hurlement des chiens de chasse.
C »est donc un roman d’ambiance, c’est lourd, pesant…et du coup lent. Je fais mon mea-culpa : je l’ai trouvé un peu trop lent si bien que j’ai eu un mal fou à entrer dans l’histoire, peu habituée à ce type de lecture. Mais rien que pour la beauté du texte, je n’ai pas lâché et j’ai carrément bien fait de ne pas lâcher car cette fin…Bref, lisez-le! – Marine Bongiovanni

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