Le fou de Hind – Bertille Dutheil

« La maison avait fait le tour du monde. C’était le navire de Sindbad. Elle avait roulé jusqu’à la rive et elle avait dormi jusqu’à ce que nous, les Arabes, qui n’avions rien, décidions de la retaper. Nous, les champions de la récup et des chansons d’amour, de la colle industrielle et du voyage au long cours, nous avions traversé la mer pour échouer ici, aux accents d’une poésie imparfaite mais vivante, quotidienne, qui donnait à l’exil de nos pères une saveur moins amère. »

Le fou de hind

Après la mort de son père, un immigré d’origine algérienne, Lydia, jeune journaliste, va tenter de replonger dans son passé et explorer des souvenirs jusqu’alors inconnus. Au cœur du récit, sa demi-sœur, la flamboyante Hind, adolescente magnétique dont Lydia découvre l’existence grâce à une lettre laissée par son père. A travers les témoignages des proches qui ont connu son père, Lydia va découvrir une autre facette de sa personnalité et embarquer dans un monde qu’elle ne soupçonnait pas. Dans ce passionnant roman à tiroirs, Bertille Dutheil déroule progressivement la bobine du temps et s’empare de la question de l’immigration et de l’intégration, avec un regard mélancolique et poétique.
Quelle place les souvenirs d’enfance occupent-ils lorsqu’on atteint le seuil de la mort, surtout lorsqu’ils sont particulièrement douloureux ? C’est aussi un très beau roman sur la filiation, sur le partage, la transmission entre les générations. Le temps qui passe et le passé qui finit par nous rattraper et nous hanter, c’est l’un des personnages, Mohammed Afkir, qui en parle le mieux : « Ces moments de l’existence, insignifiants jusqu’alors et qui se dressent comme les remparts du souvenir, omniprésents, saisissants de réalisme et de précision, ces grains de sable dont le temps a fait des géants.» – Boris Tampigny
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Imaginez-vous au bord d’une rivière où vous vous laissez emporter tout naturellement par la douceur de son bruissement : voilà, c’est exactement ce que j’ai ressenti quand j’ai commencé la lecture de ce livre. Je me suis laissée emporter par le courant de ce récit servi par une bien belle écriture imprégnée de douceur, contre balançant ainsi la tristesse, le désarroi et l’injustice qui peuvent ressurgir des faits révélés.
Lydia, narratrice dans ce roman, n’est en fait que le maillon qui va nous permettre de suivre et comprendre la vie de son père Moshin qui vient de décéder. Partant d’une lettre laissée à son attention, Lydia va remonter le cours de l’histoire afin d’essayer de comprendre les propos pour le moins énigmatiques laissés par celui-ci.
Ses recherches l’amènent ainsi à découvrir un personnage qu’elle ne soupçonnait pas, nous immergeant de fait par un flash-back remontant aux années 70, à l’époque où il est arrivé à Créteil en tant qu’ébéniste, partageant avec d’autres familles un espace de vie communautaire, celui où les amitiés et les inimitiés les plus fortes peuvent se forger.
Nous croiserons ainsi ceux et celles qui ont fait partie de son entourage proche, et ferons plus ample connaissance avec cette mystérieuse « Hind » au destin tragique, présente sur ces photos qui accompagnaient la lettre de son père et qui apparaît comme étant le fil conducteur de la vie passée de Moshin.
Malgré quelques longueurs dans le récit, il n’en reste pas moins un premier roman que je vous invite à lire, avec ses personnages attachants qui nous transportent de surprises en étonnements, vers un dénouement qui a su conserver la part énigmatique qui l’a habité. – Katie
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Plongée dans le monde d’un quartier populaire de Créteil dans les années 80, dans trois lieux :
-Une grande maison délabrée transformé en habitat communautaire de trois familles maghrébines
-Le quartier « les choux de Créteil », un des premiers grands ensembles parisiens ( illustration du bandeau)
-un lupanar qui se cache derrière un pensionnat pour jeunes filles, tenu par une aristocrate libanaise.
Au milieu de tout ça une jeune fille étrange et lumineuse, son père Mohsin, et toute une ribambelle de personnages dont les plus importants s’expriment dans un chapitre spécifique, revenant, chacun avec son point de vue, sur les évènements de ces années-là.
La construction utilisée par l’auteure est habile car elle permet de plonger toujours plus loin dans la compréhension des faits qui se sont déroulés en 1983.
Hind, elle, ne s’exprime pas ; et Mohsin ne le fait qu’à travers 2 lettres, l’une au début, l’autre à la fin, qui permettent au lecteur de finir de comprendre ce qui s’est passé.
J’ai beaucoup aimé ce livre. Chaque personnage exprime ses propres souffrances avec délicatesse et le lecteur finit par avoir un tableau assez clair de l’époque et des évènements.
L écriture de Bertille Dutheil est limpide et vivante. – Marie-Hélène Fuchy-Poirson
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Un récit que j’ai apprécié et dégusté avec plaisir et un intérêt croissant au fur et à mesure de ma progression. A la mort de son père, Moshin, Lydia découvre une lettre de celui-ci où il s’accuse d’être responsable de la mort de Hind, dont elle ignorait jusqu’à présent l’existence. Elle part sur ses traces et, patiemment, elle va découvrir un pan de la vie de son père qu’elle n’imaginait pas. Lydia va remonter le fil du temps en allant à la rencontre de ceux qui ont connu Hind et Moshin et ont croisé leur destin. Elle découvre ainsi l’existence d’une grande maison délabrée « Le château » où plusieurs familles vivaient en communauté avant que cette maison ne brûle tragiquement ce jour de 1983, éparpillant les survivants qui reconstruisent une vie ailleurs. Pourquoi son père s’accuse- t-il ? pourquoi a-t-il toujours fait preuve de distance à son égard ? Qui était-il vraiment et surtout qui était cette Hind ? Toute une époque est restituée, les immigrés à Créteil dans les années 1970, la guerre du Liban ; pour autant ce sont les gens qui intéressent l’auteure, ce sont eux les acteurs d’une époque parfois agitée, chaotique, dont les choix sont lourds de conséquences pour eux et les autres, empêtrés dans leurs certitudes, leur honneur, leurs mensonges, leurs passions. C’est toute la quête de ce récit savamment mené, romanesque, émouvant dont les personnages sont attachants, le tout documenté, construit et fluide – en dépit de quelques longueurs. Je salue ce premier roman qui a su me captiver du début à la fin. – Nathalie Chartier-Salou
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Lorsque Lydia perd son père, elle retrouve dans ses dernières affaires une étrange lettre, dans laquelle il s’accuse d’avoir commis un meurtre, et des photos, plusieurs photos d’une petite fille, Hind, dont elle n’a jamais entendu parler. Mais qui est Hind ? Comment Mohsin a-t-il pu cacher son existence à sa propre fille ? Lydia se lance sur les traces de cette soeur qu’elle n’a jamais connue, dans un passé à la fois sombre et joyeux au milieu des Choux.
Je tire mon chapeau à cette primo-romancière de grand talent ! A peine les premières pages passées, elle nous plonge dans son univers, dans la vie de Lydia, de Mohsin, elle nous entraîne irrémédiablement vers le Château, à pas de loups, entretenant jusqu’à la fin un suspense insoutenable. Jalons de la quête de Lydia pour retrouver sa sœur, chacun des chapitres donne la voix à un personnage de cette histoire pleine de méandres et de sinuosités. Chacun raconte, par son petit bout de la lorgnette, cette période de leur vie commune, l’installation dans cette bâtisse retapée baptisée pompeusement « Le Château », la liberté des enfants courant dans tous les sens, toujours en bandes, la découverte de la vie pour les plus âgés, les soucis d’argent, les querelles de famille. On a beau savoir qu’une terrible réalité se cache derrière ce joli tableau, Bertille Dutheil nous fait rêver avec cette vie communautaire dérivée des mirages socialistes du siècle dernier.
A travers l’histoire de Mohsin et Hind, c’est aussi toute l’histoire d’une génération immigrée qui ressort, les diplômés maghrébins arrivés en France pour fuir ou se construire un meilleur futur et qui finissent par parvenir difficilement à joindre les deux bouts. Au Château, tous cherchent à conserver leur identité culturelle, les familles arabes comme la vieille dame russe locataire au dernier étage. C’est un roman sur l’entraide, la cohabitation pacifique, et la liberté, où les personnages sont bienveillants et sages, et où le recul qu’ils prennent tous sur leur propre vie nous est salutaire. – Olivia Cheucle (The unamed Bookshelf)
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Une belle histoire avec des personnages très attachants. Je me suis laissée emporter, malgré quelques longueurs, par ce roman découpé en chapitres dans lesquels la voix d’un des personnages retrace la vie en communauté de ces familles d’immigrées, dans ce «Château » sans confort.
C’est de révélation en révélation que Lydia va reconstituer la vie de son père et découvrir celle de la mystérieuse Hind au destin tragique, avec un dénouement inattendu.
Un premier roman réussi avec une écriture limpide et toute en douceur. A découvrir. – Joëlle Radisson
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Ce roman polyphonique à l’intrigue plus qu’alléchante m’a laissée sur le bord. Certaines longueurs de texte m’ont perdue, cherchant en vain l’élément déclencheur, mais rien. Je l’ai lu, je me suis accrochée, mais sans grande conviction. L’histoire est intéressante, peut-être que 200 pages en moins auraient réussi à ne pas me noyer dans ces souvenirs à rallonge. – Héliéna Gas (Mes écrits d’un jour)
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A la mort de son père, Lydia le veille, se recueille et découvre des photos inconnues et une lettre à son intention. Elle savait que son père avait eu une autre fille, emportée par une maladie, mais ne soupçonnait nullement l’existence d’une fillette brune…
Ce roman, remarquablement bien écrit nous fait vivre l’enquête de Lydia, riche en rebondissements et rencontres. En découvrant le passé de son père, elle fera la connaissance de ses amis, de ses voisins exploitant des jeunes filles mais pas de sa sœur adoptive, morte au cours d un mystérieux accident .
Merveilleux roman, très agréable à la lecture, on y parle d’amitié, d’immigration, des banlieues difficiles, de virus émergents, de trafic de stupéfiants, de la vie en communauté, d’exogénose mais aussi d’amour coupable . – Anne-Claire Guisard
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A la mort de son père Lydia, va découvrir cet homme secret qui a vécu plusieurs vies.
Grace à une lettre qu’il lui a laissé, elle va rencontrer les protagonistes d’évènements tragiques arrivés bien avant sa naissance et qui vont éclairer le caractère de son père.
Ce livre couvre énormément de thèmes difficiles sans être plombant pour autant, j’ai eu un peu d mal au début et je me suis finalement attaché aux différents personnages.
La présentation des évènements vécus en commun selon le point de vue de chacun apporte un éclairage intéressant au récit.
Une très belle histoire d’amour interdite mais pas que.
Un joli moment pour moi. – Emmanuelle Coutant
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A la mort de son père, Moshin, un immigré algérien installé à Créteil depuis les années 1970, Lydia est bouleversée par une lettre qu’il lui a laissée, s’accusant d’être responsable de la mort d’un être innocent. A-t-il tué quelqu’un ? Et qui sont cette femme et cette fillette sur les photos ? Ainsi Lydia aurait eu une demi sœur prénommée Hind ? Elle va retrouver les proches ayant connu son père pour reconstituer son histoire. Le récit prend diverses formes, parfois celle de carnets retranscrits. Chacune des grandes parties constitue presque un roman à elle seule.

Sans doute l’autrice a-t-elle ici voulu trop bien faire : l’ensemble est bien trop long, trop détaillé, trop digressif. Si chaque histoire est presque suffisante à elle-même, la cohésion du tout fonctionne moins bien. J’ai parfois hésité à abandonner ma lecture. J’y ai ressenti comme une difficulté de liaison, de roman trop long inutilement.

Pourtant bien des aspects sont intéressants et plaisants à lire, c’est un bon premier roman, mais qui aurait gagné à être davantage épuré, à mon goût. – Laure Alberge (Les jardins d’Hélène)

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Lorsque Lydia apprend la mort de son père, elle ne se doute pas du fil qu’elle va devoir suivre à rebours vers le passé de cet homme qu’elle ne connaissait finalement pas. Elle retrouve parmi ses effets des photos, sur lesquelles apparaissent très souvent une petite fille qu’elle n’a jamais vue. Qui était-elle ?

En essayant d’en savoir plus, Lydia va contacter des personnes pour qui le père, Moshin, et cette petite fille, Hind, appartiennent à une autre vie. Mais chacune son tour, ces personnes vont délivrer ce qu’elles savent et dont elles se souviennent.

Moshin avait quitté l’Algérie avec une femme et une petite fille, Hind. Hind n’était pas leur enfant. Sa mère ne pouvait pas s’occuper d’elle et ils l’ont prise sous leur aile. Une aile qui a pris la forme d’un immeuble de banlieue parisienne, aux côtés d’autres familles d’immigrés. A eux tous, ils formaient une communauté solidaire, comme une grande famille. Avec de l’amour et des disputes, des querelles et des grands repas autour d’un tajine.

C’est toute cette partie de la vie de Moshin que nous allons découvrir, et par conséquent aussi la vie de Hind. Petite fille qui s’est transformée en gazelle et dont la beauté et l’intelligence ont fait tourner les têtes.

J’ai adoré cette lecture, pour plusieurs raisons.
Premièrement, parce que les lectures à tiroirs marchent à tous les coups avec moi. Le roman donne la voix à différents personnages, chacun à son tour. Et chacun raconte ce qu’il sait, remodelant à chaque fois ce que l’autre nous a appris. Les pièces du puzzle finissent par révéler le tableau final, sublime et poignant.
Deuxièmement, parce que Bertille Dutheil m’a fait vivre cette histoire des pieds à la tête. On ressent le récit, des images plein les yeux, des odeurs plein les narines, la peau qui frémit, le coeur qui s’emballe… J’ai besoin de cette immersion pour être fascinée par un roman, et l’auteure a rempli sa mission avec brio.
Troisièmement, parce que Bertille Dutheil a un vrai talent d’écrivain. A l’heure où n’importe qui se prend pour un auteur, heureusement qu’il y a encore des personnes telles que Bertille Dutheil pour faire vivre la littérature. Des personnes qui ont une vraie maîtrise du style, de la construction du récit et de l’intensité d’une histoire.

Je le tiens, mon premier coup de cœur de cette session. – Vanessa (Le jardin de Natiora)

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Pour un premier roman, il faut saluer la maîtrise de l’exercice de style qu’est l’écriture romanesque chez Bertille Dutheil!
Elle donne, avec talent, la parole aux principaux protagonistes de l’histoire dans des chapitres qui évoluent au fur et à mesure que se dénoue l’énigme posée comme point de départ de l’intrigue: qui est Hind ?
Cette question, c’est Lydia qui se la pose. Cette femme vient d’enterrer son père et découvre dans les affaires personnelles de celui-ci des photos où se trouve une fille, dont le prénom est noté au dos: Hind. Elle trouve également une lettre dans laquelle son père s’accuse de l’avoir tuée… Lydia n’a jamais entendu parler d’elle. A-t-elle eu une sœur aînée tenue secrète? Si c’est le cas, pourquoi?
Lydia va remonter la trace de son père, Moshin, immigré algérien arrivé en France dans les années 70 pour travailler en tant qu’ébéniste. Avec d’autres immigrés comme lui, sans le sou et pleins de bonne volonté, il va aménager un lieu de vie surnommé « Le Château » en banlieue parisienne. C’est vers eux que Lydia va se tourner; Mohammed, Ali, Luna, Marqus et Sakina, qui, en remontant le fil de souvenirs enfouis, vont faire revivre le fantôme de la jaune Hind, disparue trop tôt pour connaître sa cadette.
Ce roman polyphonique est tout simplement passionnant. J’ai volontairement fait durer ma lecture car je n’avais pas envie de quitter ces personnages attachants. Les révélations qui se suivent sont vraiment inattendues et il règne durant la majeure partie du récit un suspens incroyable concernant l’histoire de cette « petite » Hind. Les révélations sont souvent étonnantes. De plus, les histoires des uns et des autres s’appuient sur une documentation sociale et historique que l’on devine très solide. – Valérie Lacaille
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Lorsque ce titre m’a été présenté, j’ai noté un adjectif qui prend tout son sens lorsque je fais le bilan de cette lecture : foisonnant.
Que dire afin de résumer au mieux cet ouvrage ?
Les idées me viennent en vrac, autant de mots, de thèmes, de références qui font toute la richesse de ce premier roman hors du commun.
Je pourrais vous dire que le fou de Hind fait référence à une partie d’échec, à deux personnes ou bien à une célèbre légende persane écrite par Majnûn mais ce serait réducteur. Je pourrais lister les thèmes riches et variés qui le composent mais encore une fois je ne saurais rendre justice à ce texte étonnant.
Si un objet pouvait résumer cette histoire je choisirais le diamant, vous savez cette pierre précieuse aux multiple facettes.
Bertille Dutheil a choisi le roman choral pour nous conter Hind et c’est donc sous des angles à chaque fois différents que l’on parviendra à reconstituer la personnalité de la mystérieuse jeune fille.
Une chose est sûre si au fil du temps l’histoire s’estompera mais je garderai le souvenir d’une lecture plus qu’ agréable ! – Clémence Rocton
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Dans la lignée des romans polyphoniques, Le fou de Hind s’impose comme l’une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire. Qui est réellement Moshin Abbas, père de famille doux, aimant mais distant ? A sa mort, sa fille Lydia trouve une lettre posthume, sur laquelle son père s’accuse d’être un assassin, accompagnée de photographies où figure une mystérieuse petite fille, Hind. Elle décide alors de remonter le fil du passé pour comprendre les liens qui l’unissaient à son père…
Parce que nos ancêtres nous racontent, parce que partir à la recherche de nos secrets de famille permet de mieux comprendre ceux que l’on aime, faire la paix avec soi-même et de reprendre sa vie en main ; ce premier roman poétique et mélancolique offre aux lecteurs un bel écrin à la psychologie des personnages qui composent chaque chapitre, jusqu’à l’acmé, LA révélation du secret, nœud gordien du récit, qui saisit le lecteur émotionnellement.
Bertille Dutheil, en véritable orfèvre des mots, a le souci du détail, et c’est peut-être là le seul bémol . Dans un souci d’exhaustivité le roman glisse de l’intime au social avec une description au scalpel des conditions de vie difficiles des immigrés dans les années 70, notamment à travers la vie communautaire au « Château », qui nous éloigne parfois un peu loin de l’intrigue de départ.
Roman psychologique ou roman social ? Les deux peut-être ? A chacun son point de vue !- Catherine Pautigny
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Quand Lydia apprend la mort de son père, elle accourt à la maison de retraite où il vit depuis quelques temps. De ce père aimant mais silencieux, il ne reste qu’un corps à veiller et une boîte remplie de souvenirs… Elle découvre des photos et l’existence de Hind, une petite fille que son père semble lui avoir caché. Mais la dernière lettre de Mohsin va semer le doute dans l’esprit de Lydia et elle part à la recherche de son passé, de celui de son père, et du Château… Dans ce premier roman, Bertille Dutheil nous emmène non pas dans une mais plusieurs histoires de famille. Même si Hind est celle qui les relie toutes, on entend la voix des différents voisins et amis de Mohsin et Hind. Avec une écriture travaillée, fluide, Bertille Dutheil tisse la toile d’une histoire familiale mystérieuse et dont les côtés sombres s’épaississent au fil des pages. La vie de nos parents n’est pas toujours aussi lisse qu’on l’imagine, elle ne débute pas avec nous et ils éprouvent parfois le besoin de se justifier, une fois la mort en approche. Un roman agréable, avec une construction maîtrisée et originale mais dont certains passages m’ont paru un peu trop lents. – Audrey Thion
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Dans les années 70, la ville de Créteil a fait construire un nouveau quartier d’habitation sur une zone maraîchère, autrefois siège de la plus ancienne « choucrouterie » de France. L’idée était d’y faire naître une zone de de logements à bon marché, assurant une certaine mixité sociale mais destinée en priorité aux familles précaires. Ainsi vit-on sortir de terre dix tours aux balcons de forme arrondie, évoquant, plus ou moins, des « choux » qui, apprend-on dans ce livre, auraient dû être végétalisés.
Au milieu de ces tours, existe une très grande bâtisse, au prestige tombé dans le passé, occupé par trois familles arabes plutôt nombreuses et qui s’entassent dans des logements au confort relatif. Ils la surnomment « Le Château ».
Au Château, exception faite de la vieille Adela, Russe réfugiée en France, chrétienne, que les enfants ont rebaptisée Matrena (Petite maman), tous les habitants sont musulmans.
Trois amis se sont cotisés pour acheter la bâtisse, Mohsin, Afkir et Tahar. L’histoire commence par les obsèques de Mohsin et, en un vaste flash back, l’auteure donne la parole à chaque personnage ayant su quelque chose du secret de Mohsin, afin d’ aider sa fille Lydia à déchiffrer le sens de la lettre d’adieu de son père : qu’a-t-il donc de si grave, de si douloureux, à se reprocher ? On sait seulement qu’il s’agit de Hind, sa fille adoptive – dont Lydia n’a jamais entendu parler – qui est morte dans l’incendie du Château.
Certains personnages restent quasiment muets devant les questions de Lydia. L’auteure leur donne alors la parole, comme s’ils nous racontaient à nous leur histoire, leur ressenti, leur analyse du passé. Ainsi revit devant nos yeux toute une page de leur histoire, et partant, de celles de milliers d’émigrés arabes des années 60-70 en banlieue parisienne.
En parallèle, nous découvrons, petit à petit et avec des éclairages divers selon le narrateur, l’existence et la vie secrète d’un pensionnat de jeunes filles libanaises maronites, très « Couvent des Oiseaux », du moins en apparence…sur fond de guerre civile au Liban et de vie des réfugiés chrétiens libanais en France.
C’est très finement observé et raconté avec vie et pittoresque, émouvant et drôle, bien écrit quoique avec certaines longueurs. Une sorte de fresque sociale dont bien des aspects sont encore d’actualité. Le suspens quant au questionnement sur le « secret » de Mohsin en devient secondaire.
Une découverte intéressante. – Evelyne Grandigneaux

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