Le Nord du monde – Nathalie Yot

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. »

Le Nord du monde

J’ai dévoré en quelques heures ce premier roman de Nathalie Yot, reçu dans le cadre des 68 premières Fois. Le Nord du monde est un roman très court, à peine 145 pages, assez inclassable mais plutôt remarquable dans la forme et dans le fond.
L’écriture est très belle, rythmée, musicale, toute en respiration… Il ne faut pas hésiter à lire quelques passages à voix haute. C’est poétique, oral, parlant et profond.
Ce roman est une fuite en avant…, un retour à la source aussi.
Ce roman nous parle des limites, celles qui nous sont imposé, celles que l’on se fixe, celles que l’on accepte, celles que l’on repousse, celles que l’on dépasse parce qu’il le faut bien, celles que l’on transgresse aussi…
C’est captivant, animal, sensuel, sexuel, maternel…
La métaphore n’est jamais clairement évidente : Qui est « l’homme-chien » ? Pourquoi « un trot de poulain » et non de cheval ? Comment aime-t-on quand on est mère, enfant ou amante ? Comment reproduit-on l’amour ? Peut-on s’inventer une forme d’aimer autre que celle que l’on a connue ou subie ?
Au nord du monde est tout cela et plus encore. Et, en même temps, c’est factuel et sans jugement normatif ou moral. Il ne faut surtout pas essayer de raconter ce livre, ni le résumer. Il faut le lire ou passer son chemin. Ce n’est pas un coup de cœur, ni une claque littéraire… C’est autre chose, c’est de l’ordre de l’indicible. – Aline Raynaud
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Je n’arrive pas à déterminer si j’ai aimé ou pas cette lecture… C’est étrange cette sensation… À certains moments du récit, je me suis sentie mal à l’aise; à d’autres, je ne comprenais pas la narratrice, mais j’ai senti la force de cette femme qui affronte beaucoup pour échapper à un homme, à vouloir prendre son destin enfin en mains. L’écriture de Nathalie Yot est percutante, avec des phrases courtes, de simples mots qui traduit cette fuite, cette urgence ressentie par la narratrice, cette envie de découvrir le Nord de l’Europe en passant par les grandes villes européennes où elle fait des rencontres qui la retiennent plus ou moins longtemps. Tout le long de son voyage, la folie s’immisce lentement dans sa tête… Elle rencontre Isaac, un enfant de neuf ans qu’on lui a offert. La maternité va la submerger, cet amour va devenir trop fort pour elle et va la pousser au tabou… C’est à ce moment du récit que l’auteure m’a un peu perdue car je ne comprends pas pourquoi elle a mis en scène ce tabou… Mais n’est-ce pas le but d’un roman justement d’interroger? Dans ce sens, « Le Nord du Monde » a réussi car je me suis interrogée et encore maintenant sur ma lecture mais sans avoir encore trouvé des réponses… – Sybil Lecoq (un brin de syboulette)
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« Je cherche la limite, toutes les limites. Celles qui partagent, celles qui disent de quel côté je suis l’étrangère, où je mets les pieds, où je dépasse (…) »

Cette phrase sur la quatrième de couverture aurait pu suffire sans doute à dépeindre l’aventure de R.
En me plongeant dans ce livre, j’ai été très déconcertée, le suis restée tout au long de ma lecture et le suis encore , après avoir fermé la dernière page…
Ce livre est déstabilisant, de par son histoire, de par la façon d’écrire de Nathalie Yot, style très atypique que je n’ai encore jamais rencontré jusqu’ici…
Le vocabulaire est recherché, les images sont parlantes, les mots ne sont pas choisis au hasard. Le rythme m’est étranger et j’ai eu un peu de mal à en déchiffrer toutes les notes…
Le thème principal de cet ouvrage est la fuite, partout, toujours d’une femme blessée. Se fuir soi-même, fuir les autres, fuir le temps… pour atteindre le Nord du monde.
Qu’est-ce que le Nord du monde et pourquoi vouloir absolument y aller ? Que faire une fois sa destination atteinte ? Que de questions je me suis posée durant ma lecture… La protagoniste principale, autour de laquelle toutes les autres personnes ne font que graviter, étant totalement obnubilée par la destination qu’elle pense finale, on comprend mieux le titre du livre.
Sur le chemin vers l’arrivée tant convoitée, des hommes et des femmes sont rencontrés ; un enfant aussi…
De multiples thèmes sont abordés, je pense en avoir oublié certains…
Vous trouverez le :
– Thème de la fuite et de la peur, bien sûr – Thème de la folie – Thème de l’errance – Thème omniprésent de l’animalité – Thème du vide intérieur, de la réflexion et de l’introspection – Thème de la solitude – Thème de l’alcoolisme – Thème de l’entraide, de la générosité – Thème de la différence – Thème des étrangers et de leur l’intégration, – Thème du silence qui fait mourir, qui est synonyme d’absence de vie et de souffrance. – Le thème du bruit qui empêche de réfléchir correctement ou qui nous aide au contraire à vous voiler la face, le bruit envahissant et perturbant, mais le bruit libérateur aussi, – Thème du pouvoir libérateur de la parole et du rire – Thème de l’amour. De l’amour aveugle qui nous rend accro à l’autre et qui nous fait ignorer TOUS les autres. Mais n’est-ce pas une erreur ? De l’amour qui, croit-on, guérit. Qui détruit. – Thème de l’instinct maternel – Thème des rapports hommes – femmes – Thème du temps qui passe. En laissant des traces. En n’en laissant pas. Inexistant. Ou omniprésent. Quoiqu’il en soit le temps est important. – Thème de la dépression et de la mort. – Thème de l’instinct de survie merveilleux de l’être humain – Thème de la colère – Thème de la faute, de la très grande faute – Thème de l’inacceptable et de la honte Nathalie Yot dépeint avec une déconcertante facilité toute la palette des émotions et des sentiments humains.
A travers ce long voyage vers le Nord en compagnie de R. et tous les pays traversés, je n’ai eu de cesse de vouloir la comprendre et l’aider. Force est de constater que je n’y suis pas arrivée.
L’avant-dernier chapitre est très surprenant et le dernier tout à fait déconcertant. – Sandrine Thebault
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Ce roman est arrivé comme une petite bombe. Comme des mots qu’on dégoupille et prend en plein visage, comme une écriture qui émerge, la face cachée d’un iceberg rare et précieux. Dès les premiers mots, on arpente les chemins, les routes telle Mona dans « Sans toit ni loi ».  Un roman comme une ligne de fuite, une fissure, une faille profonde qui s’ouvre sous nos pieds, qui laisse place aux impossibles, à l’extrême. Toucher la folie comme on touche la limite du monde, le cercle polaire, les journées qui ne se terminent jamais. Une nature qui rince, blanchie les corps dans des eaux glacées comme on raye le passé, oublie les brûlures, les douleurs et peurs.

Une écriture brute, qui nous embarque sans nous laisser le temps de souffler, respirer. Comme dans la fuite vers ce Nord, on court après une vie qui se perd dans l’errance. On marche à la dérive. Sans boussole. Sans pause et arrêt. Des mots comme un enchainement glacial, dramatique, euphorisant de griseries et de libertés extrêmes. Une écriture comme un scalpel qui entaille les chairs, ouvre les plaies, gratte. Des phrases fortes comme des diamants bruts, purs, sans la moindre poussière ou résidu nous amenant vers l’absolu, la faute ultime, la folie des résistances, le glissement glacial, la perte des repères.
On ne sait si on n’est dérangé ou emporté dans cette errance, cette quête, dans l’impensable et pourtant reconstructeur, dans une maternité qui s’exprime comme s’exprime le cri primitif de l’enfant qui né. Fragilité du funambule sur sa corde, fragilité de la glace qui se brise, de la faille qui s’ouvre, béante sous des mots précieux, des phrases d’une poésie à couper le souffle, à briser les croyances et les mouvements, à casser les corps et les pensées.

Du grand art. Du très grand art pour un premier roman. Une claque. Un diamant d’une extrême rareté. Et un nom à retenir, celui de Nathalie Yot, écrivaine à n’en pas douter, poète à découvrir absolument. – Sabine Faulmeyer (lepetitcarrejaune) 

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« Je voudrais simplement m’installer dans la fuite »
Un drame, une rencontre, cet « homme chien » destructeur. Un seul but : le Nord.
Ce roman nous conte la chute vertigineuse d’une jeune femme qui semble avoir touché le fond et ne peut compter que sur elle-même pour s’en sortir. Son périple l’amènera à traverser l’Europe à pied mais le plus long chemin sera intérieur. Comment vivre après l’indicible? La reconstruction doit elle passer par la destruction ?
C’est en tout cas ce que l’auteure, Nathalie Yot, suggère.
L’écriture est incisive, implacable, efficace et traduit avec justesse l’état émotionnel de la jeune femme.
Il s’agit vraiment d’un roman coup de poing car cette lecture ne peut que nous faire réagir et ensuite il faut se relever…
Pour ma part je reste dubitative, je ne sais si j’ai aimé ou non, j’ai été poussée dans mes retranchements, mes idéaux mais peut être que c’est à ça que sert la lecture ! – Clémence Rocton
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Je ne sais pas si je dois l’aimer ou le détester, le comprendre ou me fermer. Et pour finir je crois que le plus beau reste encore qu’il me questionne, m’interroge sur mon rapport à la lecture, la littérature, dans son fond et dans sa forme. Par le biais de son écriture, qui joue beaucoup sur le style et sur le rythme, Nathalie Yot réussit son pari. Le Nord du Monde questionne, interroge, le rapport au corps, à la chair, au désir, mais aussi à la folie, à la perdition. Je ne savais pas quoi en penser, sur la fin. Et puis, là, au fur et à mesure de ma chronique, je peux vous le dire, ce roman, c’est un bijou. – Enora Pagnoux (les dream-dream d’une bouquineuse)
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Une femme démunie, ne possédant rien , ni biens matériels ni amis, seule au monde.
Elle va partir, loin, très loin, très haut, vers le nord, le froid, la pureté, pour échapper, s’échapper, oublier, se construire ou se reconstruire , échapper à une vie qu’elle n’a pas eu pour une quête sans fin. En chemin, elle va se prendre d’amour pour un enfant, enfant qu’elle n’ a pas eu et qu’elle n’aura sans doute jamais. A deux , les épreuves sont peut-être moins douloureuses, plus acceptables, envers la rigueur des éléments et des hommes.
Et au bout de cette quête, quelle est l’issue, est ce un aboutissement, le début ou la fin d’un rêve ?
Magnifique épopée jusqu’à son retour vers ses origines et son milieu en une seule page… Pourquoi ce brusque changement ?
L’écriture est dure, hachée, nerveuse. Autant j’ai aimé les premières pages sur cette quête sans espoir , autant je suis dubitatif sur la fin de cette histoire, dommage. – Philippe Hatry
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Elle trotte, comme un poulain. Un seul but, le Nord, aller le plus loin possible. La narratrice du livre fuit clairement son « homme chien », celui dont elle a partagé la vie et qui la quitte, après une relation semble-t-il agitée. En perte totale de repères, elle n’a qu’une idée en tête : rejoindre le Nord. S’éloignant de Paris et son boulevard périphérique, la voilà en route pour un long périple, nous embarquant avec elle de Lille à la Norvège, en passant par les Pays-Bas et l’Allemagne. Un chemin parsemé de rencontres, une boulimie des autres qui jusqu’alors, ne l’intéressaient pas, et une quête de limites avec lesquelles elle flirte sans cesse, à la recherche d’un équilibre.Si son expérience touche les frontières géographiques, elle ne s’achève pas là : elle teste aussi la résistance de son corps et bien sûr les limites amoureuses. Jusqu’au jour où un nouveau sentiment va s’emparer d’elle, brutalement, le sentiment maternel. C’est à Amsterdam qu’elle croise ainsi la route d’un petit garçon polonais de 9 ans, orphelin, Isaac. Les deux s’adoptent mutuellement et continuent la route ensemble.

Nathalie Yot livre dans ce premier roman une réflexion intéressante sur l’amour, comment il débute et comment il finit :
« L’amour se coupe à la machette, d’un coup sec, alors les bords sont lisses ».
Mais que faire lorsque l’amour pour un enfant devient tellement fort qu’il vous submerge ?
« L’amour, quand il prend toute la place, c’est l’ennemi. On ne pense plus à être honnête. Ni avec soi-même, ni avec personne ».

Si la narratrice est parvenue à se rendre au Nord, l’équilibre tant recherché n’a pas été atteint et on assiste tout au long de la lecture à sa dégradation tant physique que psychologique, jusqu’à la transgression.

Le « Nord du Monde » est un roman troublant à l’écriture poétique, rythmée et même charnelle. Mais il ne m’a pourtant pas emportée. Ce n’est pas tant son côté dérangeant qui m’a déplu, mais davantage sa noirceur, sans issue, où la folie n’est jamais bien loin. – Julie Vasa (L’Apostrophée)

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Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites naturelles, sociétales et légales….
Un livre brutal renforcé par des phrases courtes qui vont à l’essentiel. Aucune place n’est laissée aux fioritures.
Ce livre retrace une fuite vers l’avant où les ruptures sont multiples. L’héroïne chercher à fuir encore et toujours afin d’oublier, de laisser derrière elle ses malheurs, ses errements. L’amour décrit est surprenant au début, puis dérangeant, choquant et interdit car aux contraires aux bonnes mœurs. Le style de vie est anormal mais la fin se révèle être autre que je ne le pensais…
Un livre quelque peu déroutant…. – Marie Heckmann

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Je comprends la fuite, la peur indicible et irréfléchie, les décisions à l’improviste, la profonde dépression que vit la narratrice …
Je comprends l’amour viscéral que l’on peut ressentir pour un enfant même s’il n’est pas né de notre chair, l’inquiétude, les doutes … Mais je ne peux pas comprendre que l’on puisse passer la limite de l’inconcevable. Donc à partir de cette page le livre m’a étouffée, donné la nausée même.
Le Nord du monde est très bien écrit, avec un rythme très bien adapté à ce que vit la narratrice et j’ai beaucoup aimé le voyage auquel elle nous invite. Mais j’ai eu un sentiment de malaise constant et croissant au fil des pages, les sujets abordés sont sûrement trop forts pour moi actuellement. – Frédérique Charpentier
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La narratrice fuit et veut partir vers le Nord du monde. Avec une écriture poétique, nous voila embarqué avec elle, sur les routes, dans les forêts. Elle fuit l’homme chien, va faire des rencontres sur ces routes, dans les rues, dans les campings. L’auteure nous parle, avec poésie, délicatesse, des laissés pour compte, les sdf, des familles de cœur, d’êtres rencontrés le long des chemins.. Elle nous parle aussi et surtout, avec une langue délicate, décalée, poétique de violence, physique, psychique.; Cette fuite vers le Nord du monde va peut être permettre à la narratrice de trouver de la sérénité. Des pages terribles mais aussi de jolis moments d’échange, d’introspection. Un texte terrible mais porté par une belle langue.- Catherine Airaud
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Comment vous expliquer à quel point ce livre m’a déplu.
On comprend dès le départ que la narratrice fuit quelque chose qui lui fait peur terriblement peur. Quoi ? Nous ne le saurons pas. Nous pouvons à la limite le deviner, et encore.
Les phrases courtes et hachées sont probablement présentes pour donner cette impression de fuite, cette sensation de peur. Sauf que par moment, elles en deviennent incompréhensibles
Et de ce fait, ne comprenant ce que l’auteur veut dire, la lecture devient moins attractive. Et elle le devient de moins en moins, quand l’auteur laisse suggérer des faits totalement immondes.
Je l’ai fini, espérant me tromper sur la signification de certaines situations dont la description a été faite de telle façon, qu’elle pouvait porter à confusion.
Comment une femme peut elle écrire de telles choses ? Est-ce la raison pour laquelle il n’y a pas de 4ème de couverture ? J’ai trouvé ce livre totalement malsain. – Katie.
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Roman à l’écriture très littéraire voire même poétique. L’auteure est d’ailleurs poète (« artiste pluridisciplinaire : chanteuse, performeuse et auteure. Très active dans le champ de la poésie, c’est sous le pseudonyme NATYOT qu’elle collabore à diverses revues et publie plusieurs recueils » Livres hebdo).

Roman de la fuite, de la déviance. Roman singulier, déroutant et plus que dérangeant.

C’est l’histoire d’une femme qui fuit un homme, surnommé l’homme chien. Elle prend la route, la peur au ventre, et se dirige vers le nord, pour le perdre, se perdre et/ou se retrouver.

Sur le chemin, elle passe par plusieurs pays du nord de l’Europe jusqu’aux fjords de la Norvège, elle fait des rencontres, expérimente et continue d’avancer, jusqu’à la rencontre qui la fait basculer, celle d’un enfant qu’elle prend sous son aile et qu’elle présente comme son fils adoptif. Ils continuent d’avancer vers le nord dans des conditions plus ou moins précaires, travaillant par moments, se posant parfois mais toujours avec cette idée de fuite jusqu’au nord, au « bout du monde » et toujours avec cette idée de repartir, de « rentrer ».

Cette rencontre lui fait expérimenter la maternité et ses limites, ses tabous, qu’elle dépasse et qui la font sombrer, complètement.

Texte fort, troublant, qui met mal à l’aise par moments, qui interroge et qui résonne. Portrait d’une femme hors norme qui questionne sur la féminité, la maternité, la folie, les normes.Delphine Crescent (Delphinesbooksandmore)

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Elle ne se nomme pas, ne s’épargne pas, ne s’aime pas et fuit à toute hâte vers le Nord…elle fuit un homme, la violence…??? On devine… puis immédiatement, elle nous entraîne dans sa course folle. On adopte son rythme et on dévore cette écriture atypique, sans savoir, comme le personnage, ce que l’on cherche. Puis arrive « l’inconcevable » et là, on marque un temps d’arrêt. On relit pour s’assurer que notre compréhension de ce qui se passe colle bien à ce qui est suggéré. Oui, c’est bien ça, et on ne comprend pas. Pourquoi en arriver là, comment, pour quoi ? Le livre refermé, on ne sait pas quoi en penser. On salue le talent d’une écriture abrupte, adoucie par beaucoup de poésie et chargée d’émotions à fleur de peau. Pour ce talent, pour toutes ces questions et pour l’incompréhension aussi, on a juste hâte de rencontrer l’auteur et de lui demander juste : pourquoi ?
« Au Nord du Monde, le ciel est témoin de tout. C’est pour ça qu’il rougit si souvent ». – Sophie Ruiz Bernaert
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Le Nord du Monde de Nathalie Yot est une course, la fuite en avant d’une femme, un galop irrépressible et endiablé, une quête improbable d’apaisement et de refuge.
Tout court, tout se rue et se précipite, le rythme, les mots, les corps, comme les rencontres, les langues et les frontières.
Est-ce à trop vouloir trouver les limites de son écriture et de son histoire que l’auteure les fait dépasser à son personnage? Est-ce à trop chercher le Nord que celui-ci finit par le perdre ? J’avais fini par adopter le pas de cette femme en fuite, par en accepter les bizarreries et les mystères, j’avais fini par trouver ma place dans cette histoire rugueuse et éreintante comme une marche sans fin sur des chemins inconfortables, j’avais fini par m’émouvoir devant cette femme qui découvrirait la puissance d’un amour plus fort qu’elle. Et puis… lorsqu’elle a fait le pas de trop, franchi la limite ultime, je n’ai plus pu la suivre. Tout en moi s’est enrayé, bloqué, braqué. De l’intérêt à la tolérance, de la curiosité intellectuelle au plaisir de la lecture, tout a brusquement été recouvert du voile noir de l’impossibilité majeure, de l’indicible, ou, plutôt, de « l’inlisible ».
Je conserve néanmoins à Nathalie Yot l’intérêt que la belle qualité d’écriture et la grande originalité de ce premier roman aura su éveiller. – Magali Bertrand
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Je termine – enfin !- ce petit roman dans lequel je n’ai pas réussi à trouver le moindre intérêt. « C’est courir qu’il faudrait » est la première et la dernière phrase de ce récit – qui n’est décidément pas à considérer comme un roman – et c’est ce que j’ai envie de faire, là : balancer ce livre et partir m’aérer l’esprit, me défouler de ces pages de lecture quasiment sans queue ni tête, dans lesquelles l’Homme, sous toutes ses formes (l’homme-chien est-il le père ? Le routier dépressif ? Les trois frères chez qui c’est tournante à chaque soir ? Le gamin ?) est un monstre à fuir. J’ai bien eu, au début, l’impression que la narratrice avait vécu un drame traumatisant et qu’il lui fallait absolument fuir au loin pour se refaire une santé mentale. Mais je n’ai plus compris la suite, les étapes par lesquelles cette femme avait besoin de passer, pour arriver, en plus à une fin pareille ! Il n’y a ni morale, ni compassion dans le regard que je porte sur ce personnage féminin tant j’ai l’impression que celle-ci s’est moquée de moi.
La plume adopte un rythme particulièrement plaisant, notamment par l’effet de ces phrases très courtes, un peu façon Marguerite Duras, ou plus récemment Catherine Poulain. Mais il s’agit d’un récit trop abstrait pour me plaire. – Valérie Lacaille
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La narratrice fuit une déception amoureuse, elle fuit « l’homme-chien » qui l’a quittée. En prenant la route vers le Nord, elle veut atteindre le mur du fond du Nord du Monde, aller le plus loin possible pour oublier en trottant comme un poulain. Sa fuite vers le Nord va la mener, tel un road movie, à Lille, en Belgique, à Amsterdam pour finir en Norvège. Elle enchaîne les rencontres jusqu’à sa rencontre avec Isaac, un jeune garçon de neuf ans qui lui fait découvrir l’amour maternel de façon fulgurante. « Je reconnaissais le mal de l’attachement, et des nœuds se formaient partout dans mon ami le ventre. »
Fragilisée par sa rupture amoureuse, dévorée par la colère, elle va perdre tout repère naviguant aux frontières de la folie… « Sans retenue, je me perds tous les jours un peu plus. Je soupçonne un abandon planifié », son déséquilibre va s’accentuer jusqu’à commettre une faute.
C’est l’histoire de la transgression d’un tabou qui parait étrangement normale, un impensable dépassement des limites qui semble naturel. « Les limites, on ne sait pas toujours quand on les passe, de quel côté de la limite on se sent le mieux. Chaque côté est un territoire. »
L’auteure nous raconte une femme en perdition, son errance et les dérives qu’elle peut engendrer. J’ai aimé la tension narrative de ce texte puissant et âpre, j’ai aimé son atmosphère et l’écriture fiévreuse, poétique et charnelle, j’ai aimé les dernières pages très fortes. Le sujet troublant et extrêmement dérangeant nous questionne sur notre rapport à la morale. Un premier roman qui bouscule et qui reste à l’esprit bien longtemps …
La littérature est parfois là pour déranger aussi.. Joëlle Guinard (les livres de Joëlle)
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Elle fuit un homme, l’homme-chien. Elle s’appelle R., elle est partie du jour au lendemain en trottant comme un poulain et elle cherche à atteindre le Nord. Voilà ce qu’on sait, tout le reste est indéfini, suggéré mais jamais dit, au lecteur d’inventer ce qu’il a envie.
L’écriture est atypique, assez lyrique, une sorte de litanie de la vie avec ses répétitions et ses ellipses. Ce récit est poétique, réflexif souvent aussi, autour des thèmes de l’attachement, de l’amour, de la dépendance. Il y a un fond intéressant, une idée derrière qui m’a semblé au premier abord pouvoir susciter ma curiosité, une forme singulière digne d’intérêt… et pourtant, tout ce qu’il y a au milieu du fond sous-jacent et de la forme pure m’a totalement échappé, laissée indifférente, voire légèrement irritée.
Quelle est cette histoire d’une femme poulain trottant pour échapper à un homme-chien, se donnant sans relâche aux hommes sur son chemin, jusqu’à rencontrer un enfant de dix ans sur lequel elle commettra l’indicible ? Quel est le message finalement ? Une femme ne peut échapper à l’emprise d’un homme qu’à travers un semblant de maternité ? On ne sait pas tellement ce qu’essaie de montrer l’auteur – y a-t-il seulement un message dans ce texte, au-delà de l’errance de ce personnage qui monte pour redescendre ? Je n’ai pas été convaincue par ce livre de suggestions, de non-dits et de transgressions. Le personnage n’est ni sensé, ni attendrissant, juste totalement incompréhensible, à côté de la plaque, déphasé. Difficile de s’identifier, de s’approprier un tel personnage. La chute dérange, on l’avait pressenti sans parvenir véritablement à l’expliquer, c’est gratuit – est-ce que c’est ça finalement le but principal de ce livre ? De quoi s’agit-il finalement, d’une fuite ou d’une transgression ? Si les deux sont liées, alors c’est foncièrement malsain, et ça donne de la femme une image contestable.
Non, vraiment, je n’ai pas du tout compris ce livre. – Olivia Cheucle (theunamedbookshelf)
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Elle court, elle fuit, sa course est celle d’un poulain qui « trotte » dit-elle. Elle fuit. Qui ? L’homme chien, celui qui la terrifie sans qu’on sache au juste qui il est, ni ce qu’il lui a fait. Elle est terrifiée et cela suffit.
Son projet ? Fuir vars le Nord, le plus au nord possible car là, il n’ira pas la rechercher. Pourquoi ? On ne sait pas.
Lille, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège : faux papiers pour l’enfant qu’elle emmène avec elle, un petit Polonais seul lui aussi. Pourquoi ? On ne sait pas. Chambres d’hôtel, bus, train, ils fuient : avec quels moyens ? On ne sait pas. Comment a-t-elle tant d’argent, comment trouve-t-elle les faussaires ? On ne sait pas.
Et c’est un peu le mode de ce livre : tout est dans le non-dit, la métaphore. Ce qu’on sait c’est qu’elle cherche un coin pour être bien, avec cet enfant dont elle s’est éprise ; c’est que son corps exige des caresses, qu’elle est un peu folle et que les rencontres qui se succèdent sur sa route sont juste des passages.
Une grande sensualité dans ce court roman, une histoire extra-ordinaire, peu passionnante à mon avis, voire révoltante quand c’est un gamin perdu qui y est mêlé. Un premier roman qui a juste le mérite d’être inattendu. – Evelyne Grandigneaux
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Le Nord du Monde est une faille intérieure qui vous frappe de plein fouet. Un road trip en-dedans fragile et poétique. Nathalie Yot explore les limites, les déséquilibres dormants. Le rapport au corps. Avec ou sans plaisir. Par nécessité animale. La folie qui sommeille dans la nuit dans ce Nord du monde qui ne vient jamais. Les erreurs qui sautent à la gueule mais que l’on poursuit. Immorales. Nathalie Yot chemine jusqu’à la faute. Au pardon aussi. Et l’on se laisse embarquer. Entre l’errance et la course poursuite. Le bien et le mal. La force et la faiblesse. L’ambivalence des sentiments. Et cette impression parfois d’assister à une séance de chamanisme.
Les mots de Nathalie Yot s’enchaînent et s’entrechoquent. Fulgurants. On en perd le Nord. Mais on poursuit, happés par une force mystérieuse. Celle des mots. Libres. Saisis par cette langue brute et pure comme nous sommes saisis par cette sensation de froid tout au long du voyage et par la fièvre qui anime cette femme d’aller au bout. Quitte à s’en brûler le cœur.
Ce premier roman marquant nous questionne sur les frontières intérieures que l’on dépasse, que l’on recherche, que l’on retient, que l’on transgresse. Ce qui dévaste et ronge. Jusqu’à gratter, gratter pour aller chercher au plus profond. Retirer la couche. Briser la glace, les codes et interpeller sur la morale. À en devenir dérangeant.
Le Nord du Monde est une expérience de lecture qui bouscule tout sur son passage, dont on ne se défait pas. Ancrée, gravée, pour longtemps.  – Amandine Cirez (Livresselitteraire)
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7 réflexions sur “Le Nord du monde – Nathalie Yot

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