Les déracinés – Catherine Bardon

“ Almah me démontrait chaque jour que l’être humain a une capacité de résistance inouïe, qui lui permet de surmonter toutes les douleurs, quelle que soit leur intensité, et toutes les pertes, aussi irréparables soient-elles.”

Les deracines

Qu’est-ce que j’aime les fresques historiques et familiales ! Partir d’un homme, disons Wilhem, qui tombe amoureux d’une femme, disons Almah, puis les retrouver pris dans la tourmente du racisme national-socialiste, les suivre à travers l’Anschluss et l’Océan Atlantique, jusqu’à un coin paradisiaque de République Dominicaine où ils finiront par poser leurs valises. Ah décidément, les grandes histoires de vie, moi j’adore ça.
Oui mes amis, c’est ici encore l’histoire d’une famille juive prise en étau par la montée du nazisme, alors qu’elle coulait des jours tranquille de grande bourgeoise à Vienne, capitale européenne de la culture pendant plusieurs siècles. C’est une histoire qui commence comme bien d’autres mais qui se poursuit bien différemment, puisqu’elle nous entraîne vers l’exil de cette famille, le déchirement qu’ont vécu ces gens à quitter famille et patrie dans la plus grande incertitude. Ici, c’est la question de l’identité, de l’enracinement qui persiste tout au long du récit, plus que celle de l’holocauste. Comment ces gens, qui ne s’étaient jamais considérés comme Juifs ont-ils vécu l’exclusion sociale, le retrait de leur identité nationale, le sabotage de leurs racines ?
Catherine Bardon est une conteuse hors pair, elle nous entraîne dans cette épopée avec finesse et poésie, elle nous offre un roman sensible et joyeux, qu’il fait bon lire et qui nous entraîne irrémédiablement vers d’autres cieux. Grâce à ses descriptions incroyablement vivaces, elle fait naître sous nos yeux ce paysage pourtant inconnu de Sosúa, ce petit coin de paradis construit à la force des bras de ces exilés en quête d’une terre hospitalière. Je reste admirative devant le travail de recherche et la patiente reconstruction effectués par l’auteur pour nous servir ce roman d’un réalisme rare. J’aime les romans où l’on entre pour ne plus en sortir, où notre vie entière est reléguée au second plan face à la vérité criante des lignes que nous parcourons des yeux. Les déracinés fait partie de cette catégorie de romans, de ceux qui bouleversent et transportent. – Olivia Cheucle (theunamedbookshelves)
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Les déracinés est une fresque romanesque éblouissante dont je garde un souvenir marquant plusieurs mois après lecture. Fondée sur des faits réels, l’histoire nous embarque en République Dominicaine, là où des Juifs ont pu trouver refuge face à l’antisémitisme des années 30. Wilhelm et Almah sont un jeune couple amoureux, vivant à Vienne, la capitale vibrante et éclairée de l’Autriche. Ils sont juifs et n’y pensent pas, ce n’est pas ainsi qu’ils définissent leur identité. Ils sont avant tout autrichiens, pleins de vie, ambitieux et amoureux. Mais le nazisme vient s’engouffrer dans leur quotidien et les ramène sans cesse à leur judéité, jusqu’à les contraindre à l’exil qui les poussera de l’autre côté de l’Atlantique. Cela a été une lecture passionnante, premièrement parce que ce roman a des allures de grande saga. On fait connaissance avec Almah et Wilhelm quand ils tombent amoureux et on ne les quitte qu’aux portes de la vieillesse. Entre les deux, c’est une aventure d’une richesse folle. D’autre part, on apprend plein de choses, c’est très instructif sans jamais glisser dans le “document”. Catherine Bardon a réussi à allier documentation et fiction dans un équilibre parfait. Et on a du mal à quitter tous ces personnages auxquels on s’est tellement attachés. Une de mes plus belles lectures de l’année 2018. – Vanessa Natiora
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Remarquable premier roman qui nous conte l’épopée d’un jeune couple Autrichien, Almah et Wilhelm, depuis les beaux quartiers de la Vienne des années 1930 jusqu’aux baraquements du futur kibboutz de Sosúa en République Dominicaine. On a vite oublié que seul le dictateur Trujillo, poussé par les Américains et voulant redorer son image ternie par le massacre de milliers de Haïtiens en 1937, a accepté de recevoir des juifs qui fuyaient d’autres massacres en Europe. C’est un combat pour la liberté que mènent ces réfugiés peu préparés au travail de la terre pour survivre dans cette tentative de création d’un kibboutz. Le roman est composé de courts chapitres où alternent comme trois voix, Wilhelm, des extraits de son journal et l’auteure. Malgré la gravité des faits c’est léger avec une belle histoire d’amour. On ne peut que s’attacher aux divers personnages. Ce récit est sans doute un peu trop romanesque mais à lire absolument!- Françoise Floride-Gentil
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Cependant l’écriture est très agréable et j’ai été vite emportée par ce côté confortable. L’envie de connaître la suite m’a permis de passer sur certaines « imperfections » : quelques répétitions de mots ou de contenu, quelques imprécisions (les yeux d’Almah qui changent de couleur plusieurs fois dans les premières pages: améthyste, lavande, saphir, bleu clair…). Ce ne sont que des détails, par rapport à une certaine force narrative.

Petit à petit le côté sombre pointe le bout de son nez entre la suite d’images d’Epinal. Il arrive par l’extérieur, par la dimension historique que nous ne connaissons que trop bien, mais que nous oublions parfois trop vite. Le contraste entre le couple idéal et la tragédie qui dévaste leur vie est extrême. Peut-être était-ce l’effet recherché en rendant « parfaits » les débuts de leur histoire.

De manière générale, malgré les sujets importants abordés, il m’a manqué un peu de tension dramatique, et il m’a semblé que la psychologie des personnages était esquissée, pas trop fouillée. Sans doute n’était-ce pas le but premier de l’auteure. Il y a beaucoup plus de pages de description, que ce soit de l’environnement ou des événements, que de dialogues. Nous assistons à ce qui a lieu, sans nécessairement le « vivre ».

Les chapitres sont parfois à la première personne (Wilhelm), parfois à la troisième et parfois il s’agit d’extraits d’écrits (carnets de Wilhelm, lettres). J’ai eu quelques difficultés à saisir l’apport des changements de points de vue et la logique des alternances entre les différents types de narration. Les moments où nous sommes au plus près des personnages, sont les passages d’extraits de carnets (de Wilhelm, la plupart du temps) ou de lettres, qui racontent autrement ce que nous avons appris dans les chapitres précédents. Ces articulations qui peuvent paraître complexes s’harmonisent dans la fluidité du récit.

Quels sont les points forts de ce long roman (environ 600 pages dans la version papier)? Il a le pouvoir de nous faire voyager. Que ce soit l’Autriche des années ’30, le Portugal, les bateaux parcourant les océans, Sosùa… Nous ne faisons pas que « visualiser », nous pouvons imaginer de manière beaucoup plus vaste. L’écriture est évocatrice: détails historico-géographiques, odeurs, bruits, couleurs, sensations. Les descriptions de la République Dominicaine font rêver, pas de vacances, mais d’une autre vie. Enchaînements de tableaux qui s’animent et nous happent au fil des chapitres. J’y ai également découvert tout un pan d’histoire que j’ignorais : l’accueil, pas désintéressé, des « émigrés-colons » juifs en République Dominicaine dans le but de constituer une colonie socialiste, un prototype de kibboutz. Les lecteurs peuvent vite se rendre compte du travail conséquent de recherche qui ancre cette fiction dans la réalité.

« Les Déracinés » est donc un roman qui se lit avec plaisir, qu’on « lâche » difficilement avant la dernière page. Une jolie et grande fresque, lumineuse, pleine de vie et d’espoir malgré les tragédies qui la traversent. Un habile tissage où la petite et la grande histoire se font écho l’une de l’autre. – Chiara Aquino (chiccacoccaunpeude)

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Voici un livre à mettre entre toutes les mains. Même si pour certains son épaisseur peut être vue comme un obstacle (600p environ). L’écriture est fluide sans sophistication et les personnages attachants. Il s’agit de l’histoire, d’un jeune couple juif dans les années 30 à Vienne (Autriche) dont la vie qui s’annonçait confortable, vire au cauchemar, ; les persécutions de leur communauté les amène à prendre la décision déchirante d’émigrer. Ils auraient voulu choisir New York où vivent déjà des membres de leur famille, mais les tracasseries administratives en décident autrement et, après un an d’errance en Europe , puis à Ellis Island ils débarquent en République dominicaine.
Leur communauté, dont l’accueil est organisé par une organisation juive internationale, s’installe au milieu de nulle part, dans un style de vie proche des kibboutz. Au fil des années, jusqu’à leur vieillesse, nous suivons l’évolution de leurs vies avec les souffrances, les regrets de tout ce qu’ils ont perdu mais aussi les joies de ce qu’ils construisent, dans ce pays tellement différent de ce qu’ils ont connu. Si, au début on pense à « Les bourgeois » d’Alice Ferney » rapidement c’est « Avant que les ombres s’effacent » de Louis-Philippe Dalembert qui revient en mémoire. Ce sujet de l’émigration non choisie, s’il a été beaucoup traité, est ici décrit avec réalisme, romanesque sans sensiblerie. Bien sûr on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec les émigrations actuelles et les réticences des pays à ouvrir leurs frontières. Catherine Bardon, qui connait bien ce pays de République Dominicaine, s’est inspirée de faits historiques pour construire sa trame romanesque . Elle a très bien réussi son pari. Ce livre devrait faire partie des achats automne 2018 de toutes les bibliothèques, car il rencontrera un large public ! – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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Du début des années 20 quatre décennies durant, Catherine Bardon s’emploie à retracer le destin d’une famille juive partie in extremis d’Autriche alors que les Nazis ont déjà entrepris l’extermination de la communauté juive, jusqu’en République Dominicaine, seul pays avec Haïti ouverte à l’accueil de ces hommes persécutés chassés et humiliés dans leurs propre pays. Ce premier roman est donc une fiction basée sur un contexte historique reel, assez peu connu du reste.

Dans le début des années 30 Almah et Wilhem, bien qu’issus de milieux différents se rencontrent à Vienne, ville dynamique sur le plan culturel et intellectuel, mélangeant sans problème modernité qui l’agite et traditions héritée du temps impérial. Almah et Willhem sont tous les deux juifs sans pour autant revendiquer leur judéité, ni la pratiquer. ; Des autrichiens depuis plusieurs générations, éduqués et intégrés, tout simplement. Seulement dans ces années –là, l’antisémitisme poursuit son inexorable ascension,, dont le point d’orgue sera l’invasion du pays par les troupes d’Hitler ; la suite, hélas on la connait. Si les deux familles sont parfaitement conscientes des évènements, et si la question du départ se pose finalement assez tôt, prendre la décision finale reste un déchirement, un cas de conscience par rapport à ceux qui restent ou font le sacrifice ultime.

Fuir, ne va donc pas de soi. Reconstruire, et se reconstruire ailleurs ne l’est pas davantage. C’est ce que Catherine Bardon s’attarde à nous montrer dans la troisième partie de ce roman ( la plus conséquente), d’autant que chacun doit faire le deuil de ce qu’il était avant, doit réapprendre la vie en communauté tout en absorbant les aléas de l’intimité familiale. L’exil et la reconstruction sont une chose, mais la que faire après ? S’établir définitivement là, ou bien s’exiler à nouveau ?

En lisant ce roman, on ne peut s’empêcher de penser au très beau « Avant que les ombres s’effacent  » qui ne peut rivaliser avec celui-là tant il lui est supérieur.

En effet, « les déracinés » a la faiblesse d’être trop axé sur le côté sentimental. Bien des passages auraient gagnés à être étayés afin de laisser davantage de place à l’aspect historique. Mais sans doute était-ce la volonté de l’auteur ?

Une lecture agréable, fluide ; des personnages attachants, des moments qui peuvent s’avérer émouvants. Mais, un ensemble qui m’a semblé un peu trop  » grand public » et convenu pour laisser un souvenir durable. – Myriam Veisse (le blog de mimi pinson)

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J’aime les livres qui tout en nous emportant dans une fresque romanesque nous apprennent des passages de l’Histoire. Et ce livre en fait partie, il nous raconte une Histoire pas si éloignée de nous, mais déjà oubliée ou presque. Wilhelm et Almah vivent heureux et amoureux dans les années 30 à Vienne. Ils sont juifs, non pratiquants mais avant tout autrichiens. Il est journaliste, elle est dentiste, ils font partie de la bourgeoisie de Vienne. Ils assistent à la montée du nazisme avec tout d’abord de l’incrédulité jusqu’à ce que les choses empirent et qu’ils doivent tout abandonner et s’exiler. Ils vont alors errer avec leur petit garçon, se voir rejeter et finir par s’installer en République Dominicaine, seul pays à accepter de les recevoir. Ils vont vivre dans un ersatz de kibboutz où Wilhelm l’intellectuel va devoir travailler durement de ses mains. Parallèlement à leur vie, nous suivons les événements internationaux (entrée en guerre des USA, chute de l’Allemagne, création d’Israël…)
Ce livre est passionnant, il est composé de courts chapitres ce qui rend sa lecture très fluide . Une très belle découverte. – Michèle Letellier
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Il est de ces romans qui nous transportent tellement que les personnages semblent devenir des proches, installés sur notre table, prêts à ouvrir leur cœur et leur âme un peu plus, chaque jour. Cette histoire m’a passionnée. D’abord par le cadre de l’Autriche, dans la violence du Reich, dont je ne connais que trop peu l’Histoire et son peuple. Retrouver des noms familiers des grandes personnalités ayant construit la culture du pays, suivre le parcours de deux jeunes gens dans l’ivresse du transport amoureux, l’affirmation d’une jeune femme au début du 20ème siècle prônant l’égalité homes-femmes dans son choix professionnel, ces nombreux thèmes m’ont tout de suite séduite.
Puis vient la plume, celle de Catherine Bardon a cette qualité de nous lier à sa fiction, par l’enveloppe douce de ses choix lexicaux et syntaxiques dans des thématiques violentes. Le découpage en chapitres très courts nous amenant à en dévorer un , et encore un , et encore… Nous raconter la survie et l’optimisme, qui font rage, dans l’exil si présent aujourd’hui autour de nous. Ce roman pourrait-il offrir un nouveau regard sur la bourbe que vivent les enfants, femmes et hommes, réfugiés, dans nos villes , aujourd’hui ?
Et enfin, observer une vie entière et mettre de la distance sur la sienne, ramener la fiction à la réalité. Évoquer le passage du temps sur les êtres, prendre conscience du passé, du présent et de l’avenir de nos vies réelles. L’écriture de Catherine Bardon est un récit intemporel, écrit avec une belle richesse et une finesse attachante. – Anne Richard
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Au début, j’ai eu du mal. Du coup, j’ai sauté pas mal de pages. Puis, j’ai dû reconnaître que j’avais plaisir à y retourner. Et finalement j’avoue que j’ai été assez conquise. Le sujet est très intéressant. Instructif. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas d’effet de style, mais pour raconter l’épopée de cette famille et tout un pan de l’histoire mondiale pendant la 2nde guerre mondiale et après (jusqu’au procès d’Eichmann), ça fonctionne très bien. Hormis le recours au carnet (de Wilh) qui, à mon avis, n’apporte rien à la narration. Le titre et la couverture sont formidables. Le thème également, même si, curieusement, le déracinement ne me semble pas être le sujet principal de ce roman… – Catherine Mézan
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S’attaquer aux « Déracinés » de Catherine Bardon, c’est s’embarquer pour un périple de 600 pages à la remorque de Will et Almah, c’est traverser les frontières barbelées et les océans sans fin, c’est survoler l’une des pages les plus sombres de l’Histoire, c’est s’attacher à deux puis trois puis des centaines de personnages, c’est s’exiler puis s’ancrer avec eux dans cette « Terra Incognita » qu’est, pour la plupart d’entre nous, la République Dominicaine.
C’est aussi, comme pour toute traversée, trouver son rythme de croisière entre la petite et la Grande Histoire, car, si la narration de l’une est enlevée, rapidement captivante et attachante, l’autre a quelque fois tendance à semer des écueils dans la fluidité du récit, imposant son ombre massive et bavarde, faisant échouer l’intérêt du lecteur sur des monticules de détails à la dérive.
Je dois à la vérité de dire que j’ai cependant trouvé un très grand intérêt à découvrir cet Exode moderne dont j’ignorais tout et qui soulève nombre de réflexions sur la notion de pionniers.
Au fil du roman, néanmoins, alors que les personnages s’affirment, s’affinent, se posent dans leur nouvelle vie d’exilés, l’auteure semble trouver un second souffle, comme allégée elle aussi du poids de l’Histoire, et trouve un ton plus juste, plus personnel, plus simple, qui permet enfin à ses lecteurs d’entrer en réelle empathie avec ces hommes et ces femmes au destin bousculé.
A telle enseigne que lorsque se profilent les contours des derniers chapitres, c’est la mort dans l’âme et (Si ! Si !) les larmes aux yeux que l’on quitte ces êtres, enracinés sans doute pour longtemps dans nos bons souvenirs de lecture. – Magali Bertrand
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Voici une jeune auteur à suivre, du moins par moi.
En lisant la 4è de couverture, je savais que cela allait me plaire car le pays d’origine (Autriche, puis émigration en République Dominicaine), le contexte historique (des années 30 aux années 60, la période de la 2è guerre mondiale étant ma préférée) sont mes préférés.
On suit les débuts de Wilhem et d’Almah en proie aux affres à cause de leur judaïcité et leur exil de survie sur une île libre de toute civilisation et leur nouvelle vie à créer là bas. Après avoir fui cela, ils se trouveront confrontés à une autre forme de dictature.
L’auteur réussit ici un sacré tour de force en maintenant en haleine son public grâce à une puissance romanesque et historique diffuse et intense et en narrant un épisode de l’Histoire méconnu (l’exode des Juifs vers cette île)
Mme Bardon nous offre ici une lecture aux petits oignons égrainée de faits historiques véridiques et détaillés nous permettant de voir qu’une fois de plus les Juifs ont servi de cobayes à des expériences, ici moins atroces et douloureuses que celles menées par les Allemands.
L’écriture est ciselée, et jamais je ne me suis ennuyée au fil des 606 pages grâce à la romance et la puissance des personnages. A découvrir!!! – Marie Heckmann
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Lorsque Wilhelm Rosenheck tombe sous le charme de la séduisante Almah, il ne pouvait pas supposer que leur vie brillante et riche du Vienne des années 30 allait basculer dans l’horreur du nazisme et l’entraîner de l’autre côté de l’Atlantique, non pas aux États-Unis tant espérés, mais dans la république dominicaine pliée sous la férule de Trujillo.
On découvre un pan de l’histoire juive plutôt méconnu : l’expulsion des juifs d’Autriche après l’Anschluss a donné lieu à une sorte d’ « appel d’offres » lancé aux nations par le président Roosevelt pour trouver des pays d’accueil hors des USA pour 650 000 Juifs d’Allemagne et d’Autriche. Nous sommes en juillet 1938, c’est la conférence d’ Evian à laquelle ont participé en tout et pour tout 32 États, dont seulement neuf d’Europe !
On apprend ainsi que la Suisse ferme ses frontières, que les États-Unis limitent de façon drastique l’accueil des Juifs d’Europe (et les renvoient là-bas, si nécessaire!) : cela ne vous rappelle rien ? Pas d’ Aquarius à l’époque, mais la Dorsa, association qui convoie les juifs à travers l’Europe, dans des camps infects ou supportables selon les pays, les achemine jusqu’à la république dominicaine où ils deviennent agriculteurs de kibboutz, préfigurant ainsi la création de l’État d’Israël en 1948. Là, ils utilisent leurs compétences pour recréer un monde, avec école, infirmerie, orchestre, soirées culturelles, cours le langue : on ne peut s’empêcher de penser à tous ces déportés qui, dans les camps, ont essayé de rendre la vie plus digne, plus humaine.
Du milieu tourbillonnant de Vienne, ils passent au climat tropical, à la rudesse des travaux collectifs sous la houlette d’un responsable juif qui organise tout d’abord la vie de façon socialiste puis, l’acclimatation aidant, sur un modèle moins collectiviste. On est quand même un peu sidéré d’apprendre que l’hospitalité du dictateur Trujillo est motivée par son désir de « blanchir » sa population noire, d’origine haïtienne ! Ici, une note de référence aurait été la bienvenue.
Et nous suivons une sorte de saga, entre amours fous, rires de la vie champêtre et dur labeur, renoncement aux espérances anciennes et découverte d’un nouveau monde, attachant et simple. Les exactions du tyran y sont tout de même évoquées mais apparemment les populations ne se mélangent pas beaucoup.
Le livre se décompose en courts chapitres narratifs, roman d’amour, biographie d’une famille sur fond de guerre mondiale, naissance de l’État d’Israël, la Grande Histoire vécue au jour le jour par des gens ordinaires. C’est romanesque, plutôt bien écrit, documenté, un peu trop prêt-à-l’emploi pour en faire une série à mon avis…Un premier roman qui ne manque pas d’intérêt. – Evelyne Grandigneaux
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Voilà un livre de littérature populaire au sens noble du terme et qui devrait selon toute vraisemblance trouver de nombreux lecteurs sur sa route. Fresque romanesque insérée dans une réalité historique qui raconte l’histoire d’un jeune couple autrichien Wilhem et Almah de la grande bourgeoisie face à la montée du nazisme, contraint d’émigrer vers des contrées lointaines en l’occurrence en République Dominicaine. 600 pages dont 1/3 qui vous embarque littéralement grâce à une écriture simple mais foisonnante dans l’Autriche d’avant-guerre, puis vous fait vivre les affres de ces réfugiés dont on ne veut pas, contraints à l’exil. Catherine Bardon connaît son sujet, l’étire, le malaxe au risque parfois de lasser un peu son lecteur par le truchement de points de vue redondants (l’histoire racontée par un narrateur extérieur, puis par Wilhem lui-même et Almah en dernier lieu) que forme ce couple incrédule au départ puis petit à petit confronté à la douloureuse réalité du peuple juif qu’on extermine. Ne boudons pas néanmoins notre plaisir de lire une saga riche d’informations où le souffle, l’empathie envers les personnages, l’atmosphère nous ouvrent les portes d’un vrai et intense moment de lecture divertissant et impeccablement maîtrisé. – Cécile Rol-Tanguy
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Une réticence au départ……., car j’évite depuis ces dernières années les films, livres, et autres rétrospectives sur la dernière guerre mondiale. Ceci dit, je reconnais que “Les Déracinés “, malgré ses 856 pages, m’ont passionnée, lues en une dizaine de jours, c’est un record pour moi !
Catherine Bardon nous fait vivre là un pan de l’Histoire au plus juste de la vérité. Entre faits réels, avec dates et lieux à l’appui, et histoire d’amour et d’amitiés, on ne peut plus s’arrêter de lire.
On connaît mal l’histoire autrichienne au départ de cette guerre, j’y ai appris les déportations en République dominicaine, et bien d’autres choses encore. Je ne vous raconterai pas l’histoire, car d’autres le font mieux que moi et il faut bien laisser la découverte pour ceux qui ne l’ont pas encore lu ; sachez que l’écriture est fluide et agréable et les chapitres courts vous donne l’envie irrépressible de tourner les pages pour aller plus loins et savoir enfin ce qui va arriver à Almah et Willehm !
Si enfin, ils vont pouvoir poser leurs valises, s’aimer, et se reconstruire une vie loin de l’holocauste, et devenir libre, enfin !
Pour un premier roman c’est une réussite ! Un vrai coup de cœur pour moi ! – Brigitte Cheminant
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Quel roman ! Quelle fresque ! Et dire qu’il s’agit d’un premier roman !!!
J’avoue m’être parfois ennuyée… et puis les dernières pages sont arrivées, confirmant mon attachement aux personnages que Catherine Bardon a rendu si vivants, et qui, d’un coup, m’ont semblé si proches, à un point que je ne pouvais plus les quitter car ils étaient devenus de proches amis. Certes, les passages relatant les aléas de l’Histoire ne m’attirent jamais hormis ceux qui concernent la Seconde Guerre mondiale, mais, avec le recul, je reconnais qu’il était finalement nécessaire de les mentionner pour avancer dans l’histoire de Will et Alma en même temps qu’eux. Les références historiques vérifiées de l’auteure ont encore davantage ancré le récit dans la réalité ; une réalité souvent effrayante du fait de sa répétitivité.
Voilà donc le lecteur en prise avec l‘Histoire par le biais d’une fiction liant Wilhelm et Almah, jeunes autrichiens juifs amoureux fous et voués à un bel avenir du fait de leur appartenance à un niveau de bourgeoisie conséquent ; le père de Wil étant propriétaire d’une imprimerie et le père d’Almah étant un médecin réputé, les deux sur une deuxième génération. Entre eux, ça a été le coup de foudre le plus beau, le plus fou, le plus parfait. Et les familles se sont accordées pour leur offrir un mariage princier.
Malheureusement, Hitler arrive au pouvoir et envahi l’Autriche : Wilhelm et Almah doivent fuir s’ils veulent rester en vie. Mais voilà, ils ont trop tardé dans leurs démarches administratives et plus aucun pays ne veut d’eux… sauf la République Dominicaine, dont le dictateur voit d’un bon œil cette main d’œuvre intelligente et saine qui lui permettrait, peut-être, de remettre à flot les terres agricoles de l’île.
Wil et Almah vont donc se retrouver en compagnie d’autres Juifs émigrés sur des terres où tout est à construire… Pas évident pour un journaliste et une dentiste de mettre les mains dans la terre et se conformer au rythme de vie communautaire du Kibboutz. Et pourtant…
Bref, un récit qui prend aux tripes parce qu’il reprend des éléments historiques connus de tous mais en y ajoutant une variante peu connue, cette émigration de Juifs vers des terres tropicales, et parce qu’il construit habilement des personnages touchants, capables de hanter longtemps le lecteur. Une réussite. – Valérie Lacaille
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Se lancer dans une telle entreprise pour un premier roman, il fallait oser. Catherine Bardon nous livre une fresque s’étalant de 1932 à 1961, autour des personnages de Wilhem et Almah. Toute la partie qui se déroule à Vienne est très bien rendue: le climat qui se durcit avec les mesures antisémites qui rendent incrédules les victimes dans un premier temps. Tous sont touchés, aussi bien les jeunes que les plus âgés. Certains choisissent très tôt l’exil, comme la soeur de Wilhem. D’autres optent pour une solution plus radicale, comme les parents d’Almah. Quant au jeune couple, il retarde au maximum la décision du départ, retenus par leur jeune fils et aussi l’amour qu’ils portent à leur ville et leur pays.

Une fois leur décision prise, commence pour eux un long périple, semé d’embûches et d’imprévus, qui les mène jusqu’aux portes des Etats-Unis où ils pensent que leur voyage prendra fin. Mais la désillusion est au rendez-vous, on ne veut pas d’eux là-bas. Comme seule solution, c’est l’option République dominicaine vers laquelle ils se dirigent. Toute cette partie sur l’exil et l’arrivée sur l’île m’a paru parfois un peu longue. Très documentée, l’auteure semble vouloir livrer beaucoup d’informations et se perd quelque fois dans des détails.

Néanmoins, Carherine Bardon met en lumière un épisode peu connu de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle décrit avec précision l’installation, al vie des ces colons, ainsi que l’environnement dans lequel ils évoluent, qu’elle affectionne tout particulièrement, et cela se sent.

Le récit retrouve un second souffle dans la dernière partie. L’histoire prend une tournure inattendue et débouche sur une fin plutôt réussie.

En résumé, j’ai aimé cette lecture, malgré quelques longueurs. Je salue vraiment l’audace de l’auteure de se lancer dans une telle aventure pour une première production: plus de 600 pages plutôt bien maitrisées et bien écrites, il fallait le faire! Et je trouve la couverture très belle. – Anne Dionnet (monpetitchapitre)

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1931, Vienne resplendissante. Ville de patrimoine et d’esprit. Une jeunesse dorée celle d’Almah, celle plus ancrée dans le concret de Wilhelm. L’insouciance des années d’avant la montée de l’antisémitisme, de la folie meurtrière propagée par Aldof Hitler.
Catherine Bardon nous plonge dans un pan de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu pour sublimer une histoire d’Amour, une histoire de vies qui se cherchent une terre d’adoption pour construire un havre de paix, survivre.
Il est journaliste, elle est dentiste. Ils seront fermiers. Ils enfouiront la peur, pleureront ceux qui se sont sacrifiés pour qu’ils aient une famille, une vie heureuse.
Ce devait être une parenthèse avant le retour. Impossible. Trop d’horreur, trop de peur, trop de morts, rien ne sera plus pareil à la Vienne de leur insouciance. Il faut construire, s’installer au soleil, à l’ombre d’un dictateur. Une communauté, un kibboutz expérimental, des amitiés, un lien, une ancre.
C’est un roman d’exception. Il dit tout de l’Humanité : son inhumanité, sa résilience. Les destins de Wilhelm et Almah, l’apprentissage d’un nouveau monde, d’une nouvelle langue. Les amitiés fraternelles avec Markus et Svenja.
« Sans le savoir, une population fragilisée de juifs apatrides dont aucun État ne voulait, se prêtait à une expérimentation sociologique d’envergure. » Ils réussirent un temps.
L’auteure raconte les pertes immenses comme celle de Stéfan Sweig : en adressant une lettre de suicide dans laquelle il dira tout de l’état d’esprit de ces rescapés : « adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m’a procuré, ainsi qu’à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même ».
Cette fresque romanesque captive, vous tire larmes et sourires. 30 ans pour une saga sur fond d’horreur où les enfants prendront racine. Quelque 600 pages qui vous livrent une part d’histoires de 100 000 Juifs qui content l’Histoire sombre et lumineuse à la fois, entre peurs, amours et espoirs.
Catherine Bardon nous offre une fresque émouvante très cinématographique. Un roman qui doit devenir un incontournable de nos bibliothèques. – Laurence Lamy (mespetitesetagerespartagees)
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C’est un premier roman impressionnant. D’abord par sa taille, un peu plus de 600 pages, ensuite et surtout par sa capacité à vous embarquer immédiatement et à ne plus vous lâcher. Je me souviens avoir dû interrompre ma lecture après la première partie pour respecter les délais dans lesquels je m’étais engagée à lire un autre roman, et je n’avais qu’une hâte : retrouver Almah et Will, le couple flamboyant de cette superbe fresque. Alors oui, il s’agit encore de la seconde guerre mondiale. Et oui, d’un épisode totalement méconnu. Mais le talent de Catherine Bardon est de maintenir tout au long du livre un haut degré de puissance romanesque tout en mettant en lumière l’incroyable destinée des juifs fuyant l’Europe centrale et accueillis par la République Dominicaine, un des rares états à accepter de leur ouvrir ses portes. Une dictature, un espace totalement vierge et un formidable défi à relever pour ceux qui ont tout quitté pour sauver leurs vies.

La trame sur laquelle Catherine Bardon bâtit son intrigue est d’une richesse incroyable, basée sur des faits et un contexte totalement réels tandis que ses personnages sont l’œuvre de son imagination. On apprend énormément sur cette initiative, forcément intéressée de la part du dictateur dominicain mais qui était pour les associations juives une sorte d’expérimentation destinée à éprouver des méthodes qui seront ensuite mises en œuvre lorsqu’il s’agira de créer l’état d’Israël. L’occasion de rappeler (comme l’a fait dernièrement Louis Philippe Dalembert avec Avant que les ombres s’effacent au sujet d’Haïti) à quel point les portes se sont fermées à l’époque face à l’afflux de réfugiés juifs, et de constater que l’Histoire bégaye décidément un peu trop. Mais si le livre est à ce point réussi c’est que la relation entre Will et Almah donne à l’ensemble le souffle romanesque nécessaire pour faire vibrer le lecteur.

« Cette nuit-là, je découvris que j’avais besoin d’Almah pour former un tout parfait et, dans sa façon de m’aimer, je devinai une exigence d’éternité. »... Lorsqu’il se fait cette réflexion, Will est encore loin d’imaginer ce que leur réserve le destin. Et il faudra toute la force de cet amour exceptionnel pour affronter les bourrasques de l’Histoire.

Bravo, donc. Pour cette fresque vibrante, passionnante, enthousiasmante et inspirante. Puisse-t-elle murmurer aux oreilles de nombreux lecteurs. – Nicole Grundlinger (motspourmots)

Une réflexion sur “Les déracinés – Catherine Bardon

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