La blessure – Jean-Baptiste Naudet

« La guerre, c’était une chose horrible, et pourtant sublime. Il me fallait y être à tout prix. Il faut avoir vu l’homme dans cet état déchaîné pour le connaître un peu. »

La blessure

« En Algérie, il a si peur de perdre son âme, si peur que des Fleurs du mal ne poussent en lui.Un cri de détresse, un cri de vérité aussi. Un poème en prose désolée, ponctuée de vers et de chansons d’amour. Nous lisons ce que nous n’avons pas voulu entendre, ce que l’on n’a pas voulu nous dire sur cette guerre plus horrible et stupide que les autres, sur ces hommes aussi ignorants que courageux, puis fous. Le témoignage de ce garçon de 20 ans fait écho à ceux des enfants de la guerre de 14 qui écrivaient au crayon de papier déjà effacé, leurs horreurs et petits bonheurs à leurs mamans, à leurs fiancées. Sans espoir.
Un cri vibrant, une sincérité qui nous touche et nous émeut au plus profond. Impossible de raconter l’émotion. Lisez-le, offrez-le, faites qu’on en parle et qu’il ne soit pas oublié. « Un accrochage dans la montagne, au milieu de vergers en terrasse, de magnifiques oliviers si patiemment plantés, si soigneusement cultivés. Un carnage au jardin d’éden. » « Quelle connerie la guerre ». – Karine Godo
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« La photo en noir et blanc m’a fait penser aux photos de nos pères habillés en militaire qui nous semblaient si lointaines et « curieuses ». Mais comment faire la critique d’un roman qui parle de guerre quand on est née en temps de paix et qu’on n’a jamais connu de conflit ?. On a dès le début de la lecture l’impression de lire un carnet de route d’un soldat en temps réel mais au fur et à mesure des événements on réalise le maillage subtil et filial qui a conduit à cette histoire . Jean Baptiste, grand reporter de guerre nous livre avec beaucoup de pudeur la correspondance entretenue entre Robert, le premier amoureux de sa mère et Danielle (sa mère) qui a peu a peu sombré dans une folie irréversible du fait du décès de celui ci . Dès le début on croit que tout est dit mais en fait de déroulement on assiste à la genèse de plusieurs destinées qui se croisent et qui se trouvent bouleversées par cet événement . A travers cette correspondance Jean Baptiste nous livre ce témoignage poignant et puissant sur la guerre d’Algérie, cette terre magnifique faite de « lait et de miel » qui sera alors transformée en sang et en larmes pour une mauvaise guerre, au mauvais endroit, au mauvais moment contre un mauvais ennemi selon la citation du General Bradley et surtout pour une mauvaise raison (en reprenant les propos de l’auteur). Au fur et a mesure de la correspondance les liens se renforcent comme pressés par l’urgence de la force vive éculée par l’injonction de la guerre ; Danielle et Robert se promettent en mariage et vivent intensément leur amour épistolaire qui verra son acmé se faire exploser par un tir de balle. Et la raison de Danielle se perdra de ce fait dans son sillage irrémédiablement. Une très belle histoire d’amour fou et une sublime déclaration d’un fils à sa mère qui pudiquement embrassera les pas de cet amour perdu sans en trahir les propos. C’est un témoignage sans détours sur les faits de guerre qui rend hommage aux victimes et qui nous rappelle que ça n’était pas si loin pour l’Algérie mais que c’est bien présent au contraire pour d’autres conflits . Içi Jean-Baptiste Naudet dépose même les armes sur le fondement de sa profession qu’il fini par rejeter en bloc à force de saturation et d’images » trop perçues » . On partage avec lui le trajet analytique aux confins de l’humanité et de la psyché sur un plaidoyer de l’absurdité de la guerre et cet impossible moyen de réparer certaines blessures trop profondes et impossible à cicatriser . On en ressort émue et bouleversée . – Valérie Brzechwa
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A l’heure où l’Etat français reconnaît enfin sa responsabilité dans la mort du militant communiste Maurice Audin torturé et assassiné par l’armée en Algérie en 1957 pour ses idéaux anticolonialistes, paraît ce livre-témoin, empli de «pardon, d’offrande et de supplique» à l’adresse du peuple algérien.«La Blessure» jette une lumière crue, insoutenable, brutale, magistrale sur cette sale guerre et bien au-delà sur ces vies défigurées par la violence. Jean-Baptiste Naudet, grand reporter de guerre couvrant les conflits sanglants pour la presse, est le fils de Danielle qui depuis des années s’empêche de vivre, devient l’ombre d’elle même et fait subir un calvaire à sa famille. Blessure invisible dont elle mure les raisons et ses conséquences et qui l’emmènera aux portes d’un asile psychiatrique.
J-B.N lève le voile sur les silences de la mère qui se terre dans le souvenir d’un amour incandescent pour Robert Sipière, 20 ans, envoyé en 1960, pour 9 mois, quelques temps avant leur mariage, auprès du contingent des appelés d’Algérie et dont il ne reviendra jamais. Ce premier roman, construit en 3 dimensions enchâssées de façon régulière formant un triangle parfait, procède d’une architecture toute en tension et respirations qui mène à une superbe fresque entre passé et présent dans un objectif de guérison.
En de courts chapitres successifs qui se répondent les uns les autres, JBN nous immerge dans la guerre d’Algérie de Robert envoyé là pour tuer «du fellagha» dans les mechtas du Djebel du Djurdjura en grande Kabylie. Tout y est, la description des combats, le portrait d’une armée dont le sens de l’amitié, de l’humiliation, de la vengeance, de l’honneur et de la sauvagerie, fait frémir. D’une grande plume alerte, réaliste et emphatique, trempée au cœur de la fiction (en totale osmose avec l’univers et son héros-fantôme) on fait corps avec le destin d’un homme lors des massacres, dans un pays qu’il apprend à regarder dans ses moindres détails. Comme en miroir, dans une 2e perspective, se joue le destin de JBN à l’orée de son adolescence perturbée choisissant de fuir sa famille. Il devient journaliste et part en tant que reporter se colleter aux guerres qui incendient la planète (la Bosnie, le Rwanda, l’Afghanistan,…) chercher la mort, voire la provoquer pour finir lui aussi, détruit, en proie à la folie qui le guette. Au milieu de cet enchevêtrement de violence, de blessures visibles ou invisibles, à la limite du supportable, comme en miroir, l’auteur nous offre des temps de respiration, d’apaisement. On s’abrite dès lors à l’ombre des lettres magnifiques que se sont échangé Danielle et Robert durant l’année 1960. Confiants en l’avenir, nos deux amoureux font parler leur cœur, dialogue empreint de purs moments d’amour partagé, de tendresse salvatrice. Petit à petit, remontent à la surface les doutes d’un jeune homme qu’on envoie à la boucherie. La lettre posthume porte à son acmé la grandeur d’âme de Robert et nous incite à murmurer avec la chanteuse Barbara flottant dans l’atmosphère : «quelle connerie la guerre!».
«Roman vrai» dixit la formule de l’éditeur en 4e de couve ou vrai roman? Les deux à la fois pour un livre inoubliable et bouleversant. Dans les années 90, l’éditeur Jacques Bertoin, mon fantôme à moi, avait très tôt attiré mon attention d’attachée de presse sur ce jeune et prometteur reporter de guerre, alors correspondant du journal le Monde, dont les papiers décrivaient avec réalisme et humanité la nature du conflit en ex-Yougoslavie. Je n’ai jamais oublié ce nom. Alors, quand «La Blessure» s’est présentée à ma porte je me suis ruée dessus, refermant, 3 heures plus tard ce livre, les yeux humides, la gorge serrée. En proie à une déflagration de colère à l’égard du silence mortifère dans lequel la France se réfugie quant il s’agit d’évoquer la guerre d’Algérie et à jamais ébranlée devant ces héros involontaires et meurtris d’une histoire familiale ravagée par l’histoire coloniale et ses conséquences. Messieurs, mesdames les jurys des prix littéraires : oserez-vous passer à côté? – Cécile Rol-Tanguy
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Ils sont partis nombreux pour un service militaire qui allait se transformer en horreur, vers 1960, tandis que la France commençait à danser sur les rythmes des yéyés. Eux, on leur faisait danser une autre danse, celle de la mort, de la peur, de la torture infligée ou subie, des ventres qui se vident de terreur, des gamins de vingt ans envoyés défendre les intérêts coloniaux de la France. Parmi eux, un jeune chrétien, instruit, devenu sergent : Robert Sipière. Il est parti après une seule nuit d’amour avec Danielle, la fiancée qu’il chérit et respecte, celle que, dans cinq mois, il va épouser. En attendant, ils s’écrivent des lettres tendres, intelligentes, sensibles. Il est nourri de Baudelaire, Rimbaud, Hugo. Danielle lui répond, l’encourage, l’aime par correspondance. Et ce premier « roman » réunit la correspondance de ces deux amants fous d’amour, de jeunesse et d’espoir. Une autre voix vient s’intercaler : celle de Jean-Baptiste, fils de Danielle mais pas fils de Robert, tué le 9 juin 1960 dans le Djebel Djurjura, d’une seule balle. Son père, à lui, c’est Gilles, l’ami de Robert, qui épousera Danielle, l’inconsolée, et la verra s’enfoncer dans la dépression puis la folie . Gilles, admirable d’ouverture et de compréhension, qui donne toutes les lettres à son fils, pour qu’il raconte cette bouleversante histoire. Jean-Baptiste est devenu reporter de guerre. Par quelle obscure filiation ? A son tour, il connaît la peur et les rapports humains épurés par l’urgence. A son tour, il sombre dans un grave trouble psychiatrique et se retrouve en HP.
Il est difficile de restituer l’intensité de ce livre. On peut dire qu’il y a une sorte d’incandescence qui en émane, force des sentiments et des actes, rien n’est doux et apaisé. sauf peut-être la fin, le retour en Kabylie, la tentative de réconciliation avec cette terre et ces gens qui ont, comme les soldats français, vécu l’horreur.
Un très beau premier roman, vrai à défaut d’être absolument véridique. – Evelyne Grandigneaux
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Danièle, la mère du narrateur perd la raison. Elle sombre dans une profonde dépression. Quand elle avait vingt ans, Robert, son fiancé est mort en Algérie lors de la guerre du même nom. Des années plus tard, le narrateur, est lui-même reporter de guerre et en plein questionnement sur lui, son métier, ses choix…Il est hanté par le destin du fiancé de sa mère, jusqu’à s’identifier à lui.

Roman protéiforme, et à trois entrées, la blessure pose un regard général sur la guerre, son absurdité et ses horreurs.

La blessure, est également le magnifique portrait d’un jeune couple promis à un avenir heureux, deux jeunes gens amoureux dont la correspondance ici intégrée au roman montre la force et l’éclat d’un amour de jeunesse brisé lors d’un conflit qui les dépasse.

En outre, on y découvre comment Robert va « investir » ce conflit, on va appréhender son regard sur l’Algérie et ceux qu’il est sensé combattre. Robert, tout en étant un soldat loyal, a son propre ressenti, son humanité, et sa culpabilité à fleur de peau.

Enfin, ce roman est aussi le repositionnement d’un homme, le narrateur, qui au travers de cette correspondance découvre le parcours de sa mère, « son jardin secret », « sa blessure ». Sans doute que cela lui permet de comprendre son choix que d’être reporter de guerre, « l’envie d’aller au casse-pipe »

De ce livre j’ai tout aimé ; la grandeur d’âme de Robert, la beauté presque candide mais si profonde des amours ente Robert et Danièle ; la mise à nu du narrateur qui cherche à comprendre autant la dépression de sa mère que son propre mal-être. La force de Danièle, qui même détruite saura à nouveau aimer et reconstruira une vie.

J’ai aimé la forme de ce roman : multiple, sur plusieurs plans ; tantôt sur le mode du « Je », tantôt sur le mode épistolaire et intime ou sur le mode plus journalistique.

Sans oublier cette plume précise, ciselée, qui sait se faire cruelle ou violente, et à contrario tendre et câline. – Myriam Veisse (Le blog de mimi pinson)

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A travers les mots de Robert, si puissants dans leur humanité qui montre son besoin et son désir profond de rester un homme droit, humain, mais aussi à travers son expérience de journaliste, l’auteur parle de la guerre dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus violent, de plus inhumain, de plus stupide.

Oh, Barbara
Quelle connerie la guerre !

C’est un double parcours que nous présente l’auteur, avec ses mots puissants et justes qui évoquent l’homme qu’il a été et celui qui se reconstruit, et cet amour éternel entre sa mère et Robert.
Ce roman, s’il en est un, est un souffle de vie, d’amour, de mort aussi.
Ce roman est un cri, un cri d’amour ou de révolte, d’un homme qui veut vivre, reprendre sa vraie place et ne plus exister à la place d’un autre, inconnu mais tant aimé, vivant mais pourtant déjà mort depuis longtemps.
C’est comme un appel au secours pour vivre pleinement un futur heureux, attendu, espéré depuis longtemps.

Merci Jean-Baptiste Naudet pour ces mots si vrais, si sincères, si violents parfois, envers l’homme que vous êtes, envers la mort qui vous a hanté si longtemps, envers la vie qui vous attend.

Lors de la présentation par l’auteur, j’avais eu une vive émotion à ressentir le poids des souvenirs, la souffrance mais surtout l’espoir qui étaient portés par l’auteur à travers son livre, immense émotion en expliquant le pourquoi et le comment du travail d’écriture, le cheminement vers ces mots qui libèrent du passé d’un autre si lourd à porter. A lire La blessure, l’émotion est intacte, la douleur, la souffrance, et l’amour si fort qui émanent de ces pages en font une œuvre bien singulière, forte et unique en son genre, réaliste et puissante. – Dominique Sudre (Domi C lire)

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Un roman autobiographique apparemment. La guerre. Les guerres. Et ce qu’elles font aux et des humains.
A 20 ans, Robert est appelé en Algérie et doit laisser en France sa fiancée, Danielle. Lorsque le fils de celle-ci, Jean-Baptiste, découvre les lettres qu’elle a échangé avec ce fiancé, il comprend l’égarement progressif de sa mère. Une folie qu’il a reçue en partage, lui qui a choisi d’être reporter de guerre et de se nourrir des innombrables conflits de la planète. Dans ses lettres à Danielle, Robert s’effraie d’aimer les patrouilles et l’aventure guerrière. Conscient de participer à une guerre inique, il est effaré d’y trouver du plaisir. Des décennies plus tard, c’est peut-être cette même exaltation que recherche Jean-Baptiste, en choisissant d’être témoin de la guerre. Jusqu’à la nausée. Jusqu’à la folie.
Que sommes-nous pour être à la fois capables de tant d’amour et de tant de violences ? De quelle nature est cette presque complaisance envers la destruction et la mort ? Qu’est-ce qui nous guide et nous anime fondamentalement ? Sur quoi se fondent nos choix ? Ces questions lancinantes hantent ce récit spasmodique. Sa construction, qui met en contraste les pires monstruosités et la délicatesse de l’amour, reflète les convulsions auxquelles sont soumis les personnages. L’écriture se plie aux mêmes soubresauts : descriptive et concrète jusqu’à l’écœurement pour les scènes de guerre, poétique et tendre pour les lettres d’amour, nerveuse et sèche pour évoquer la folie. De cette histoire familiale et intime, l’auteur fait une réflexion sur ce qui détermine nos choix, sur les héritages qui nous fondent, nous inspirent ou/et nous enferment, sur l’attrait qu’exerce la guerre sur ceux qui savent pourtant qu’elle va les broyer.
Un roman qui m’a durablement marquée ! – Sophie Gauthier
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C’est la première fois que je lis un roman-témoignage sur cette sale guerre d’Algérie, et je comprends mieux enfin les forces et faiblesses qui s’affrontent, s’acharnent, s’enlacent, se torturent, échangent leur rôle, car l’horreur, la vraie, la cruauté y est largement partagée. L’alibi flou et contestable, politique et économique, ne réussit pas à justifier l’acharnement, l’idéalisme aveugle, l’impunité, d’un côté, contre le désir de liberté et d’autonomie de l’autre. J’ai parfois mal supporté cette bouillie sanguinolente humaine, viols, vols, tortures délirantes et gratuites. Non, elle n’est pas toujours belle la France, oui l’armée est une grande muette, et les exactions s’échangent et se copient, toujours pour le pire. Encore une fois n’oublions pas ! Ce texte nous offre l’occasion de regarder notre histoire, la colonisation, et le peuple d’Afrique Noire avec un autre point de vue, un respect, et un pardon. L’histoire romanesque qui sous tend ce texte donne de l’humanité, mais non de la raison, à cette guerre qui en manque passablement et redonne à tous les individus impliqués, soldats français ou nord africains une dignité qu’ils y ont perdue. La nature humaine est fragile, au son du clairon, au regard d’un drapeau, victime d’informations fallacieuses, elle peut devenir son pire ennemi. RIP. Ce livre douloureux et bouleversant est une nécessité. – Martine Magnin
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Il n’est rien de plus difficile que d’oser mettre des mots sur des années de silence entretenu avec soin, rien de plus difficile que d’oser rouvrir des blessures pour en faire sortir des larmes de douleur et de sang, que d’oser en creuser le sillon pour en expulser l’infectieuse amertume qui tue ceux qui les portent. C’est pourtant ce que fait Jean-Baptiste Naudet, dans ce roman qui tient plus du témoignage admirablement organisé en échos successifs, avec une sensibilité et une délicatesse qui n’ont d’égales que la force et le courage qui les accompagnent.
« La blessure », bien sûr, c’est celle de sa mère, portée douloureusement et jusqu’à la folie comme le seul enfant qu’elle aurait jamais de ce beau fiancé arraché à ses bras et à la vie par une guerre qui n’a longtemps pas eu le courage de dire son nom. C’est aussi celle que son grand taiseux de père endossera comme un fardeau choisi, accepté en cadeau de noces par celui qui, par amour, endurera de n’être jamais que celui d’après, celui qui n’est pas parti là-bas avec les autres, ceux qui ne sont pas revenus. C’est celle, violente, physique, cruelle, qui mettra fin à la vie de Robert quelques mois avant le retour espéré de cette guerre qu’il n’a pas comprise, qui n’était pas la sienne, lui, l’homme de paix, l’homme d’esprit, l’homme de vie, mais qu’il a faite au mieux, au moins pire, en s’efforçant de lutter contre cette force barbare qu’il sentait possible en lui comme en tant d’autres.
« La blessure », enfin, c’est celle de Jean-Baptiste lui-même, atteint par-delà les silences par cette force impérieuse et mystérieuse qui fait que, malgré soi, on réécrit l’histoire quand elle n’a pas tout dit. Devenu reporter de guerre, il découvrira, comme Robert avant lui, dans une sorte d’effroyable vertige, que l’on peut se laisser prendre aux pièges (aux charmes ?) de cette violence légalisée et justifiée et cette découverte le mènera, à son tour, au vacillement de la raison.
D’une guerre l’autre, d’une connerie l’autre, d’une blessure l’autre, Jean-Baptiste Naudet nous donne à entendre, à lire, à sentir les échos jamais éteints des déflagrations guerrières dans une vie d’homme, de femme. Néanmoins, par la réflexion philosophique qu’il prête à Robert au regard de sa correspondance, par son propre cheminement de pensée, par les quelques mots de son père qui clôturent son récit, c’est plus à la méditation qu’à la vengeance que nous invite l’auteur, c’est l’émotion qui l’emporte sur l’horreur, l’humain sur le barbare, dans ce très beau texte d’un reporter de guerre devenu romancier de paix. – Magali Bertrand
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« Faites l’ amour ,pas la guerre », comme ce livre le dit avec force.
C’est le vœu de Robert et Danielle, mais on ne choisit pas, on subit, on supporte, on s’habitue, on essaye de survivre et de sauver sa peau .
Une belle écriture qui nous ballotte entre tendresses et violences .
Un livre à lire lentement car chaque détail, chaque odeur, chaque bruit compte pour nous rappeler que ce sont des femmes, des hommes qui rêvent, se battent, espèrent et meurent alors que le monde tourne la tête pour ne plus voir .
La guerre est dérisoire, l’ennemi de hasard, on tire pour ne pas être tué, l’humain s’éloigne, la folie guette .
Ce sont des vies arrachées, des amours calcinées, des générations décimées …encore et encore.
L’auteur est le témoin, tend le miroir, regardez les, regardons nous.
On n’oublie pas un livre comme celui-là , on n’oublie pas que, aujourd’hui encore, on tue les rêves des amoureux partout dans le monde . – Christiane Arriudarre
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Quel choc !
Robert et Danielle s’aiment, ils vont se marier quand Robert aura terminé les neuf mois qu’il doit faire en Algérie. En attendant, ils s’écrivent. Robert parle à Danielle de la guerre, des conditions de vie qui sont les leurs, des morts dans leurs rangs, chez les autres, des exactions, des tortures, des humiliations que certains font subir aux populations locales.
Robert ne reviendra pas et Danielle épousera très vite son ami mais ne s’en remettra jamais.
Son fils, grand reporter de guerre prend tous les risques et adopte une attitude suicidaire jusqu’à ce qu’il tombe sur les lettres de Robert et de sa mère.
Ce premier roman / autobiographie met en avant une guerre dont on parle si peu. En même temps, il démontre que toujours, partout, des guerres continuent avec les mêmes violences.
Certains livres sont oubliés à peine refermés, je pense que celui-ci hantera longtemps ses lecteurs. – Michèle Letellier
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Danièle et Robert découvrent l’amour juste avant que ce dernier parte en Algérie , combattre en 1960 . Il y laissera sa vie. Danièle, bien que dévastée, épousera Gilles, leur fidèle ami. Jean Baptiste sera leur fils.
Vingt ans plus tard, Danièle finira par sombrer dans une profonde dépression, l’isolant et l’éloignant de sa famille, son fils deviendra reporter de guerre comme attiré par ce fléau .
Dans ce roman autobiographique, nous retrouvons l’horreur de cette guerre, la perte de Robert hantera toute la vie de Danièle et finira par la détruire. Le parcours de son fils nous entrainera vers d’autres conflits tout aussi ignobles et dévastateurs .
Malgré tout, on en resta pas là. Il y a la magnifique correspondance très poétique entre les deux amants, les belles descriptions de cette Algérie en guerre, cette recherche incessante de réconfort pour supporter la situation, même si celui ci n’est pas toujours satisfaisant .
A mieux comprendre sa mère, à travers sa correspondance de guerre, Jean Baptiste finira par se retrouver et se sauver .
Un livre utile, émouvant et fort bien écrit . – Anne-Claire Guisard
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Un récit qui m’a profondément marquée, un réquisitoire contre la guerre né d’une blessure, celle de la mort De Robert, jeune appelé durant la guerre d’Algérie. Celui-ci était le fiancé de la mère de l’auteur, Danièle. Une blessure qui se transforme en folie lorsque les souvenirs de sa mère sont insurmontables.
Jean-Baptiste NAUDET subira cette blessure de plein fouet et partira sur des zones de guerre en reportage, frôlant la mort, narguant le danger, spectateur de tueries d’une sauvagerie inouïe. Il affrontera sa propre folie, interné à son tour pour affronter ses démons.
Pour remonter le temps et comprendre l’origine de ce gâchis, l’auteur publie les lettres échangées entre sa mère et Robert. Pour une fois, le conflit algérien est vécu de l’intérieur, et donne la parole à un jeune appelé, sacrifié comme beaucoup d’autres dans une guerre absurde et perdue d’avance.
J’ai rarement lu de telles pages, pas seulement émouvantes mais aussi terriblement lucides. Dans ses lettres à Danièle, Robert s’interroge et ses doutes résonnent en chacun de nous. D’un côté, il déborde d’amour pour Danièle, un amour qui le fait tenir. Mais il fait aussi le douloureux constat qu’il est capable lui aussi de tuer par peur, par réflexe, pour sauver ses camarades.
La guerre peut transformer chacun d’entre nous en tortionnaire ou une sorte de héros prêt à se sacrifier pour les autres.
Seul bémol à ce récit : à un moment, j’ai vraiment eu un trop plein de cadavres, de putréfaction, de tripes à l’air, de sang et de massacres, la lecture est devenue alors très éprouvante. Pourtant, je n’ai pas envisagé d’abandonner tant cette lecture est nécessaire.
Hasard du calendrier, j’ai commencé ce livre le jour même où le Président de la République reconnaissait la responsabilité de l’Etat français dans l’usage de la torture en Algérie ; une amorce d’excuses au peuple algérien qui permettra un travail de mémoire et de réconciliation.
Les derniers mots sont ceux du père de l’auteur ; ils résonnent fort comme une mise en garde adressée aux nouvelles générations pour les inciter à réfléchir sur la politique, les encourageant à protester à temps et résister à toute forme de barbarie.
Un texte remarquable tant les intervenants sont lucides et humains. – Nathalie Chartier-Salou
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Les histoires de Robert, Danielle et Jean-Baptiste sont entrelacées tout au long de ce récit très puissant. Jean-Baptiste nous apporte son regard particulièrement affûté de reporter de guerre pour nous immerger dans les horreurs des conflits avec des scènes très réalistes, très dures. Il nous fait ressentir la peur que le soldat a de prendre goût à la violence, de se laisser griser par les salves des mitraillettes. La crainte de se durcir, de se laisser séduire par le côté cow-boys de la guerre est la même pour Robert et pour lui, le combat qu’ils livrent contre eux-mêmes pour ne pas devenir des monstres est identique. Le contraste est saisissant entre les passages sur les combats et les très belles lettres d’amour de Robert et de Danielle dont l’auteur a eu la bonne idée de parsemer son récit. Ce roman empreint de rage donne une impression d’urgence, il évoque des destins tragiques, il raconte le lourd héritage pour Jean-Baptiste qu’aura été l’histoire de sa mère, le poids qu’aura été pour lui ce secret de famille. Il est aussi beaucoup question de culpabilité dans ce récit, culpabilité de Danielle envers le peuple algérien, culpabilité de Gilles envers son ami…
Ce roman est une sorte de cri qui, je l’espère, permettra à l’auteur d’accéder à la résilience, de se délivrer de ce passé qui l’obsède. J’ai eu l’occasion de l’entendre parler de son livre à Nancy et ai été impressionnée par l’émotion qui l’étreint encore quand il parle de son histoire familiale. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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Un livre empli de violence. Celle de la guerre d’Algérie vécue par un jeune appelé pour « nettoyer » la Kabylie. Celle de toutes les guerres couvertes par le narrateur devenu reporter dans les pays en feu. Celle de la folie qui emporte la mère et que le fils adolescent ne comprend pas, ne supporte plus. Il faut l’exorciser cette violence, la vivre avec son corps et sa rage, jusqu’à la folie. Les exactions, les scènes de torture en Algérie ne nous sont pas épargnées. L’auteur restitue au plus près ce qu’a vécu le jeune Robert en 1960 et ce qu’il a lui-même choisi de vivre. Deux hommes, deux périodes de l’Histoire. Et entre elles, les lettres de Robert à sa fiancée, les réponses de Danielle. L’amour qui les unit : si beau, si doux. La poésie aussi : Rimbaud et une chanson de Barbara. « Quelle connerie la guerre « . Jean-Baptiste Naudet n’épargne ni l’Etat Major, ni les politiques colonialistes, ni les corrompus de tous bords.
Ce livre “comme une offrande, comme une supplique, comme un chant à la mort, à l’amour “ se termine par une page de Gilles Naudet , le père, le gardien de la mémoire.
Et là, j’ai fondu en larmes. – Mireille Lefustec
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Je ne pense pas que l’on puisse lire “La blessure” sans émotions, dans mon cas elles ont été très fortes et ce livre va rester longtemps rester gravé dans ma mémoire.
Les lettres d’amour entre Robert et Danielle sont d’une beauté absolue, très poétiques et j’imaginais le bonheur qu’avait chacun de lire l’autre !
L’histoire de reporter guerre de l’auteur lui-même, ce poids de la mort de Robert qu’il porte en lui, tout ce pan du roman m’a aussi beaucoup marquée. Dans la lignée de Pascal Manoukian, Nicolas Delessale, Jean-Baptiste Naudet partage avec nous cette vie tellement dangereuse et marquante et qui me fait penser que j’ai eu un travail bien pépère malgré le stress, les charges de travail et tout le toutim !
Enfin, La blessure est le premier roman que je lis et qui décrit de nombreux pans de la guerre d’Algérie qui m’étaient alors inconnus. Mon papa a aussi été engagé volontaire plus de 2 ans en Algérie, pour ses 20 ans. Lui qui n’avait connu que les champs de son village gersois est parti en bateau jusqu’à Alger. De nombreux mois passés dans la peur, le dégoût pour la guerre et aussi une admiration pour les fells qui se battaient pour leur terre. Il n’a jamais parlé des débordements, peut-être a-t-il eu la chance d’en être tenu éloigné ? Sa conclusion à se participation forcée à la guerre est qu’il a eu beaucoup de chance ! Oui il a eu le chance de revenir vivant alors qu’un soir de patrouille c’est le jeune qui était juste devant lui qui a été tué… Il avait retrouvé ses copains et ils se retrouvaient avec plaisir, partageant les bons et les mauvais souvenirs, mais maintenant qu’ils sont tous morts j’ai conscience que l’on parle peu de cet épisode de sa vie, et je vais lui offrir ce livre pour que l’on échange à son sujet et pour en savoir plus.
Un grand merci pour cette belle découverte et un grand bravo à l’auteur ! – Frédérique Charpentier
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Jean-Baptiste Naudet rejoue l’histoire de l’Algérie. De cette guerre cruelle longtemps cachée par la France. Il s’approprie l’histoire de son père Gilles Naudet, de sa mère et son fiancé, nous livrant ainsi un texte fort, dur voire cru. La guerre transforme les hommes, en fait des monstres, incapables d’humanité. Dans ses lignes, j’y ai vu l’horreur, la torture, le dégoût, les viols, les massacres et même la joie de tuer. De quoi en faire une lecture glaçante. Cette histoire de famille est vraie et il aurait été irrespectueux de ma part de ne pas finir ma lecture aussi difficile soit-elle. Un premier roman qui secoue, indispensable pour que l’Algérie ne soit plus ignorée en littérature.

« En attendant, voici ce livre, comme une offrande, comme une supplique, comme un chant à la mort, à l’amour. Comme une étoile dans la nuit, une étoile qui n’a pas de nom mais qui est la nôtre, une étoile qui ne parle que d’amour et qui ne doit jamais mourir. Pour que l’on nous comprenne, pour que l’on nous excuse, pour que l’on nous pardonne. Algérie, notre amour. »   – Heliena Gas (Mes écrits d’un jour)

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GRAND COUP DE CŒUR et beaucoup d’émotions pour ce roman qui nous rappelle toutes les horreurs des guerres. J’ai lu ce roman au moment même où l’état français reconnaît sa responsabilité concernant la mort de Maurice Audin torturé en Algérie et j’ai été bouleversée par ce roman autobiographique. Il nous fait réfléchir sur ce que peut devenir l’être humain. La guerre peut transformer chacun d’entre nous en tortionnaire.
Les doutes de Robert concernant cette guerre horrible, les belles lettres d’amour entre Robert et Danièle, la folie de Danièle et Jean Baptiste qui devient reporter de guerre en font un livre bouleversant, sensible. J’ai aimé sa construction entre récits et correspondances.
Roman parsemé d’extraits de poèmes de Rimbaud, Apollinaire, Hugo et bercé par Barbara. J’ai adoré !!
Bravo à Jean Baptiste Naudet. – Joëlle Radisson
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C’est un livre d’une rare puissance, extrêmement bien construit, mêlant les destinées de plusieurs personnes dont l’auteur lui même.

La guerre d’Algérie vue de l’intérieur, à travers les lettres d’un jeune soldat de 20 ans qui perdit la vie au combat et qui offre ainsi un témoignage essentiel sur cette guerre. La guerre et ses conséquences avec une femme blessée. Elle y a perdu son fiancée, celui avec lequel elle échangeait ses lettres mort au combat.

Elle sombre dans la folie des années après (alors que l’auteur a 16 ans) sans que sa famille comprenne pourquoi. Son fils qui part lui même au « combat » (il est reporter de guerre) sans vraiment comprendre pourquoi, qui répète l’histoire malgré lui.

L’auteur du livre écrit ici un livre qui interroge le passé de ses parents et lui permet de comprendre la folie de sa mère, pourquoi il a choisi le métier de reporter de guerre qui le confronte a des horreurs et le fait lui aussi sombrer.

C’est un livre qui répare. Il répare son auteur, le père de l’auteur qui a conservé les lettres de sa femme et qui savait (il était lui même le meilleur ami du fiancé et il avait promis de veiller sur la fiancée). Il répare de la culpabilité face à l’Algérie (l’auteur va en effet retrouver la famille de celui qui a tué le soldat et qui a été lui même blessé, il ira également à la rencontre du frère de Robert, le soldat disparu).

Certains passages du livre et des lettres sont très durs, ils décrivent ce que nous savons déjà (la violence des hommes devenus fous, les exactions) mais surtout ils montrent l’absurdité de la guerre.

Mais c’est aussi un livre d’une rare beauté, les lettres échangées sont très belles, remplies de l’amour qui les lit mais aussi remplies des réflexions de Robert pleines d’humanité et de profondeur.

Un grand merci aux 68 premières fois qui m’ont permis de découvrir ce livre qui sera surement celui que je retiendrai de cette sélection. J’ai été plus que touchée par ce livre pour des raisons intimes et personnelles. – Delphine Crescent (Delphinesbooksandmore)

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Une réflexion sur “La blessure – Jean-Baptiste Naudet

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