Simple – Julie Estève

« Antoine Orsini est mort et le soleil n’y peut rien . On ne dira pas ici comment il est mort. Ce qui l’a tué. On écoutera, dans les odeurs de maquis, de marjolaine sauvage, la voix d’un homme qui pour certains ou le reste du monde, n’en était pas tout à fait un »

Simple

Je dois ma découverte de Julie Estève aux 68 premières fois. En 2016, j’ai eu entre les mains son premier roman, « Moro-Sphinx ». Une claque, un roman brut et surtout, une voix qui ne laisse pas indifférent. Un roman vers lequel je ne serais sans doute pas allée de moi-même, et pourtant, à l’époque, cette lecture me marque. Magie des 68 premières fois… Julie Estève, je retiens ce nom. Deux ans plus tard, elle publie son deuxième roman, « Simple ». Et là encore, une claque. Une voix, mais quelle voix ! Incroyable lecture qui marque, qui remue les tripes… Magnifique voix que celle de son personnage, Antoine Orsini. « On ne dira pas ici comment il est mort. Ce qui l’a tué. On écoutera, dans les odeurs de maquis, de marjolaine sauvage, la voix d’un homme qui, pour certains ou le reste du monde, n’en était pas un tout à fait. » Antoine Orsini, pour tout le monde dans le village, c’est le ‘baoul’, l’idiot, le pas fini. Le sale, le morveux, celui qui pue et dont tout le monde se moque. Parce qu’il parle à sa chaise en plastique, et qu’il rit des humiliations qu’il subit. D’aucuns diraient ‘imbécile heureux’. Son père préfère lui gueuler ‘clébard pas dressable’. Maintenant qu’il est mort, écoutons le raconter. Ce sont ses mots, sa voix à lui que nous entendons. Simplement, comme ça lui vient. Torrent de mots, de phrases bancales qui se bousculent. Il faut l’entendre, Anto, raconter à sa chaise comment il a pu téléphoner gratos et faire des blagues au monde entier dans la cabine téléphonique du village, grâce à son copain des PTT. Comment il a pris au sérieux la mission de son « meilleur ami » qui lui a demandé de suivre Florence Biancarelli parce qu’il est fou amoureux d’elle… Et d’ailleurs, la petite Biancarelli, retrouvée morte dans la forêt, qui l’a tuée ? Évidemment, ça ne peut être que le Baoul… Trop facile de désigner celui qui porte déjà sur ses épaules toutes les tares du monde. Sauf qu’Anto, lui, il sait. Il a tout vu, il a même parlé à Florence du haut de son pin d’où il la surveillait. Il connaît tout des habitants de son village, des secrets des uns et des lâchetés des autres. Mais il ne voit pas où est le problème, lui. Alors, après la prison, il raconte tout à sa chaise. Parfois il se met en colère, parfois il est triste. Mais ça passe. Antoine Orsini est mort, mais sa voix singulière demeure en nous et il nous apparaît finalement comme ce qu’il est : d’une simplicité belle, surtout quand il parle des arbres, de la forêt, ou du bonheur de chiper toutes les pommes dans un verger. Grand, malgré la crasse, malgré toute cette noirceur, malgré les mochetés du monde qui nous sont jetées à la figure. Oui, Antoine Orsini est « un simple », mais pour nous, comme pour son frère Pierre, il est un personnage hors norme et inoubliable. « Son frère parlait aux arbres, aux choses, au ciel. Il avait ce rire qui dévorait tout. Il faisait avec des fleurs des bouquets qu’il donnait aux autres. Les autres le traitaient de fillettes, comme si être une petite fille était une vieille honte. En grandissant, les insultes ont pris du poids, la cruauté, des galons. Pierre a dû se battre, mille fois. » – Amélie Muller

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Antoine, c’est l’idiot du village, le simple, le Baoul comme on dit là bas, puni de quinze ans de prison pour avoir été accusé de meurtre. Simple, c’est aussi la vie d’un village, d’une communauté sous l’œil d’Antoine qui nous raconte en se confiant à ses chers amis Magic et sa chaise éventrée, la confidente qui le suit partout. Simple, c’est aussi la belle adolescente Florence qui rêve d’un autre univers, d’un autre destin que celui étriqué du village. Simple, ce sont les préjugés, les non-dits, ce sont les querelles et les amitiés, les soupçons et les rapprochements, la haine et l’amour. Simple,ce sont les secrets bien gardés et ceux connus de toute la communauté et qui n’en sont plus.On y retrouve une mère aigrie, une institutrice pleine de sollicitude, il y a le frère, il y a les bandes de copains, le bar du coin et sa patronne qui veille au grain,il y a le frimeur et sa belle voiture, il y a les anciens et leurs vies cabossées, il y a les morts que l’on oublie pas.
La force de ce roman, c’est tout cela, vu par l’œil simple d’Antoine que rien n’a épargné, mais avec une telle tendresse qu’il nous émeut à chaque page. Et finalement, on l’aime bien Antoine, on aimerait le protéger, et chut, c’est pour tout cela que l’on ne dira pas comment il est mort. Ce deuxième roman est une pure merveille, un livre rare à lire et à relire. Julie Estève, c’est la confirmation d’un grand talent déjà repéré par les 68 premières fois avec Moro Sphinx. – Philippe Hatry
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Simple ou la prouesse d’une langue singulière, d’une langue inventée pendant plus de 200 pages sans fléchissement et sans exaspération ; une langue qui ouvre à un monde, celui d’Antoine, juste à côté du nôtre, dans les vies que l’on n’ose pas trop regarder.

A le lecture de Julie Estève, les mots font sens, ils vivent leur vie, autonomes et grands car finalement le monde ne se définit il pas uniquement par les mots que l’on emploie ?

Après l’obsédant Moro-Sphinx, Julie Estève affirme son talent singulier pour créer une ambiance à nulle autre pareille, pour centrer son monde autour d’un personnage inoubliable, vous vous étonnerez à penser à Antoine, ensuite, à regarder les chaises abimées avec tendresse. Comme si le temps de la lecture, vous étiez renvoyé vous aussi dans vos marges, dans les travers et le regard que l’on porte sur les autres.

Simple assoit la maitrise et l’exigence de Julie Estève, qui définitivement a sa place dans les grands auteurs français et promet de nous éblouir encore longtemps. Parce qu’en plus du talent, elle a, dans son écriture et pour ses personnages, une tendresse si forte qu’elle touche au plus proche de nos failles.

Et si on adoucissait nos regards et qu’on s’aimait plus fort ? – Charlotte Milandri (L’Insatiable)

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C’est un livre qui m’a émue par son écriture, sa poésie et surtout par la voix de son personnage, le « baoul », l’idiot du village. On est en Corse, on l’entend, on la voit « on écoutera, dans les odeurs du maquis, de marjolaine sauvage, la voix d’un homme qui pour certains ou le reste du monde, n’en était pas tout à fait un ». Les mots d’Antoine sur son ami Magic, sur la mort sont bouleversants. Ses compagnons, notamment sa chaise, mais aussi son institutrice pleine d’empathie, son frère… viennent parfaire le récit. Une lecture qui reste, un roman fort. – Anne-Christine Busnel
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« Un jour, je serai plus mongol ! Ici et même plus loin, c’est Antoine Orsini qu’on m’appellera. J’aurai une sacrée réputation et on me regardera avec de l’envie. »
Voilà un des cris poussés par Antoine, le « simple « , le « baoul  » en corse, l’idiot- celui qu’on n’appelle jamais par son prénom car il n’est rien aux yeux des autres- rejeté de tous (ou presque), rejeté par un monde qui le traite de fou alors que ce monde autour de lui ne tourne pas rond. Antoine est pourtant un gentil, profondément gentil mais partout dans son village corse on le voit comme un monstre, un parasite, celui qu’on voudrait voir disparaître, qu’on humilie, qu’on croit capable de faire le mal. Il est d’ailleurs le coupable idéal de la mort de Florence- on l’accuse de toutes les horreurs- on n’a pas envie d’accuser quelqu’un d’autre, c’est le « baoul »: logique. Pourtant Antoine est l’incarnation de l’innocence la plus pure, une pureté qui lui permet de voir le monde et la nature comme personne- de son âme en vrac sortent des mots qui nous désarçonnent, parfois violents parfois comme une poésie fabuleuse.
Ce livre est un monologue, car Antoine est seul- il parle à une compagne brisée, cassée, fatiguée, comme lui- et comme il ne peut rien partager avec les humains, il parle à une chaise abandonnée, car comme nous tous il a un besoin profond d’exister et les mots deviennent gages de son existence- il vit à travers eux, il a enfin la parole, alors il parle à cette chaise et à Magic son seul « ami »- forme d’exutoire dans un monde étouffant qui l’enferme dans la solitude.
L’approche narrative de Julie Estève est fascinante de singularité- une vraie prouesse- je suis admirative de cette écriture qui a su saisir et traduire par le langage le monde d’Antoine Orsini- un personnage forcément attachant.
Simple est un livre plein d’humanité et d’émotion face à un monde qui peine encore à accorder une vraie place à ceux qui sont différents. – Sandra Moncelet
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« Antoine Orsini est mort et le soleil n’y peut rien » J’adore cette phrase !
C’est la première phrase du roman, celle du court prologue , seule partie du roman où ce n’est pas Antoine dit « Anto » qui parle.
Anto est un « baoul » qui veut dire un attardé, un débile, un idiot, en langue corse ; Paria de la communauté depuis sa toute petite enfance. La seule personne qui ait jamais été gentille avec lui, a été son institutrice, Madame Madeleine . Mais « un jour, dans son lit, d’un coup sec, son cœur il lâche, et je sais plus avec qui lire et être bien coiffé » Quelle détresse s’exprime dans ces mots !
Désormais son interlocuteur est une chaise, à moitié cassée, à laquelle il raconte les évènements qui se sont déroulés dans les années 86-87 et qui l’ont conduit en prison pour 15 ans.
L’écriture de ce livre est intéressante car l’auteure parvient admirablement bien à faire parler son héros, à lui faire exprimer ses sentiments, ses sensations.
Un livre que j’ai trouvé agréable à lire et touchant . – Marie-Hélène Fuchy-poirson
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Tout comme pour son premier roman, Moro-Sphinx, Julie Estève m’a bluffée du début à la fin. D’un premier univers singulier elle a réussi à se renouveler, à monter en puissance et à créer un autre univers tout aussi singulier, encore plus percutant. Avec toujours des personnages époustouflants, hors du commun.
Rien ne sonne faux ni simple dans ce second roman de Julie Estève. Ni la tendresse ni la cruauté ni la violence. Ni cette sensation oppressante qui monte à mesure que l’on avance dans le récit. J’ai tendance à deviner assez facilement le final d’un roman, ici, je ne m’en étais pas doutée un seul instant. Et il est aussi là le talent. Dans cette absence de facilité. Dans cette capacité à imbriquer le tout avec une justesse sidérante.
Lorsque j’ai refermé le roman, j’étais tapie dans le petit coin du canapé. Recroquevillée sur moi-même, les larmes qui montent, la gorge qui se noue. Le ventre qui se tord. Comme Antoine. Le cœur qui éclate. Et cette envie, alors qu’il s’agit d’une fiction, de prendre Antoine dans les bras. Non par pitié. Juste pour lui dire combien on est désolé de la connerie des Hommes. Je pense que c’est au moment où l’on ressent cela que l’on sait à quel point le roman est brillamment réussi. Dès lors que l’on ne fait plus qu’un avec la colère, la violence ou le sourire candide d’Antoine mais aussi sa poésie du monde et son innocence, touchante.
Je ne sais pas si on peut dissocier Julie d’Antoine. Je ne pense pas. Il y a forcément de l’un en l’autre ou de l’une en l’autre. Je ne parle de cette simplicité d’Antoine, je parle de cette sensibilité. Celle qui les unit. Celle qui relève de la grâce. Du grand bouleversement. – Amandine Cirez (L’Ivresse Littéraire)
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« Simple » est une qualification positive pour désigner une personne atteinte de débilité légère. Ici, il désigne le personnage principal de ce roman écrit à la première personne du singulier, Antoine Orsini. Effectivement, Antoine est né trop tard, avec une tête trop grosse, dans laquelle, selon son père « il n’y a rien dedans » et souffre d’un handicap mental depuis sa naissance.
Dans son village corse, il est devenu, le « baoul », autrement dit, l’idiot du coin.
Sa différence, il la vit (ou devrait-on dire, subit) dans l’indifférence liée à sa naïveté, à son incompréhension des phénomènes qui l’entourent. Les autres rient de lui ; il rit avec eux.
Et lorsque la plus belle fille du village disparaît, il faut un coupable et c’est le « baoul » qui se retrouve en prison sans plus d’explication.
Tout cela, c’est l’auteure qui nous le raconte à travers la voix de son personnage. Elle s’immisce dans sa tête et analyse l’entourage dans une position d’omniscience qui permet au lecteur d’avoir une compréhension fine de ce qui se déroule au fil des pages.
C’est un récit intéressant, plutôt bien écrit, mais je n’ai pas réussi à me laisser embarquer dans ce roman, dans le rythme que lui donne l’auteure. Je suis pourtant très sensible au domaine du handicap, mais ici, il m’a semblé parfois un peu trop caricatural. Et puis cette manie qu’ont les primo romanciers actuels de nous débiter des énumérations sans fin commence à m’agacer.
Je pense que « Simple », que j’ai vite lu, sera tout aussi vite oublié dans mon esprit. – Valérie Lacaille
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Il y a un vrai souffle qui se dégage de ce deuxième roman de Julie Estève, un souffle comme le mistral qui emporte tout, nous laisse béat et muet, au bord de ces rivages caillouteux, arides, secs et pourtant si beaux, naturels, forts de leurs histoires et passés. Il y a la force des éléments, la minéralité du lieu et des mots, la poésie du chant du vent et des personnages qui  entrent en action, la brutalité des rencontres et d’un monde qui rejette la faute sur les innocents qui ne peuvent se défendre, ceux qui n’ont comme arme, que leur cerveau fissuré, ébréché, ceux qui se promènent avec des cailloux, grimpent aux arbres pour embraser la vue, la vie, se prennent d’amour pour la première femme venue qui leurs accorde une oreille passagère, un regard ou un pas de côté.

Il y a la beauté de la langue, cette noblesse de construire un texte qui aurait pu être « casse-gueule », de jouer avec les vérités qui ne sont jamais bonne à entendre, lire, dire. Un travail de la langue, singulier, poétique, simple et pourtant intrusif dans nos mémoires, qui s’infiltrent sous nos pores comme s’infiltraient les moro-phinx de son premier roman, ces papillons feu-follet, fou d’amour pour la sève florale. Il n’y a nul recherche d’un travail peaufiné, ciselé et pourtant on devine la maitrise de l’écriture, de ce qu’est un romancier, un écrivain. On devient ses personnages dans lesquels Julie Estève nous embarque, dans ses décors où elle nous fait voyager, ces atmosphères qu’elle dépeint sous ses mots.
C’est fort, très fort et à la fois il y a une grande poésie, une vraie écriture, une tendresse infinie pour ces êtres singuliers. Il y a ce quelque chose qui fait que « Simple «  est un sacré fichu roman et qu’encore une fois, Julie Estève m’a cloué, baldingué, m’a envoyé dans ce maquis, dans sa folie, dans ce drame d’une grande beauté. – Sabine Faulmeyer (Le petit carré jaune)

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«Wouaouh, ça cogne, ça saigne, ça ne lâche rien de la tension extrême qui innerve ce premier roman parfaitement maîtrisé où l’écriture ciselée, tailladée, vous envoie des uppercuts dont vous avez du mal à vous en remettre. Moro-Sphinx, promet à Julie Estève une très grande carrière. Encore un 68e pari ! » C’est ainsi que débutait ma chronique sur le 1er roman de cette auteure qui fait une 2e apparition dans le cercle des 68 en cette rentrée 2018 et je ne changerai pas d’un iota ce que j’ai écrit précédemment.
Sauf que dans ce livre là, Julie Estève est une voix, un cri, un homme, un simple d’esprit qu’on appelle en Corse un baoul. Antoine Orsini est mort et enterré dans les montagnes corses nous dit-on dès la 1ère page mais c’est lui, de bout en bout qui va nous parler, nous raconter son histoire et celles des autres qui le détestent, le maltraitent, se servent de lui parce qu’il est simple, bancal comme sa chaise cassée qui lui tient compagnie et à qui il s’adresse, témoin de ses délires verbaux, de sa haine, de son amour pour la jeune Florence assassinée dont on accusera trop facilement Anto, justement car forcément… c’est un coupable idéal !. La force, la poésie, l’énergie, la tension de la langue offrent un portrait gorgé d’empathie, riche d’étincelles de vérité vis à vis d’un garçon pas comme les autres, à la marge, lequel saisit le réel en toute simplicité pour mieux le triturer, le tordre pour en extraire l’horreur de l’âme humaine. Julie Estève réussit à nouveau une prouesse grâce au jeu singulier, inventif du soliloque narratif de son héros dont on admet in fine et bien volontiers qu’il n’est pas tant si différent de l’humanité entière. – Cécile Rol-Tanguy
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Est-ce l’histoire ? L’homme ? L’enquête ?
Les trois peut-être ou pas !
Nous sommes en Corse, dans un petit village en haut des montagnes où une jeune fille : Florence Biancarelli va être retrouvé morte.
Dans ce lieu reculé vit également Antoine Orsini qui est surtout connu pour être le baoul : l’idiot du village.
Nous allons donc suivre la vie de cet homme qui n’est pas tout à fait seul car ses plus proches amis sont au nombre de deux : magic et une chaise !
Vous n’imaginez pas ce que l’on peut raconter à un objet ou même lui faire faire. Le personnage est attendrissant mais si son regard est naïf ce qu’il raconte est loin de l’être.
Un roman étonnant qui nous présente l’anti-héros par excellence. Ce baoul, on va le suivre, apprendre à le connaître et même l’apprécier. Il va nous faire voyager dans cette nature corse hostile dans tous les sens du terme. Et peut être qu’il bousculera un peu nos idées reçues sur ces personnes différentes mais néanmoins plus humaines que la plupart d’entre nous. – Clémence Rocton
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Ce qui frappe d’emblée dans ce roman de Julie Estève, comme dans son premier roman Moro-sphinx, c’est l’écriture qui nous saute au visage dès les premières pages. Julie Estève invente ici une langue propre, celle qu’elle prête à Antoine, homme simple, idiot du village pour certains, qui adopte un ton violent, plein de rage. Une véritable performance complètement bluffante… Julie Estève, comme dans son premier roman, a l’art de mettre en scène un personnage très fort qui restera longtemps dans les esprits, un Antoine, rejeté par tout un village, dont l’histoire serre le cœur jusqu’au troublant dénouement.
Un  très beau moment de lecture, riche en émotions. Un roman audacieux, original et très réussi. – Joëlle Guinard (Les livres de Joëlle)
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De cette auteure, j’avais déjà lu Moro-sphinx paru en 2016, déjà grâce aux 68 premières fois avec un style que j’avais trouvé plutôt rude et âpre. Je suis ravi de pouvoir découvrir son second roman. Nouveau roman, nouvelle inspiration et nouveau registre… celui de l’histoire d’Antoine Orsini, dernier – né d’une famille corse sous le double signe de la tragédie d’une mère mourant en le mettant au monde et de son propre handicap mental, rejeté par son père comme le village dans lequel il grandit. C’est son carnet de bord, ses plaisirs, ses déceptions, ses relations privilégiées avec une autre maudite de son village au destin tragique ; Florence Biancarelli. Récit à la première personne confus de ce simple d’esprit, torturé par les souvenirs, le rejet des siens comme des autres, l’histoire courte de sa famille et bien sûr dans le désordre de ses souvenirs, les pièces qui l’ont mis au coeur d’une tragédie et lui ont coûté de nombreuses années de prison. Mais aussi un petit monde cocasse de portraits sans concession par touches à la fois drôles et tragi – comiques. Pas de happy end ici, une grande solitude et la naissance d’un lien de sympathie du lecteur avec Antoine. On peut se trouver parfois déconcerté par la tournure et les formules reprises par l’auteure mais on s’accroche au récit décousu pour finalement voir les pièces du puzzle s’assembler et tout s’expliquer. Second roman réussi. – Olivier Bihl
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J’ai trouvé l’intrigue un peu longue à se mettre en place et ma première réflexion fut : c’est un exercice de style. Et sur la longueur, un exercice de style, ça peut être lassant. Il n’en est rien cependant, car peu à peu l’histoire va se reconstituer, et le langage sans filtre, tantôt naïf tantôt violent, participe autant de l’exercice que de la réussite du fond du roman.

On se surprend parfois à éclater de rire sur une formule inattendue, mais derrière cette « simplicité », c’est le drame d’un homme qui est dépeint, et celui de la nature humaine tout entière dans les relations, mensonges et manipulations des habitants de ce village. La place de la différence qu’on interroge aussi dans la société.

Le roman est bref et se lit quasi d’une traite, laissant un sentiment d’exercice réussi (il fallait le tenir ce style, toujours ce fameux exercice, où la forme prend toute la place) mais qui ne suffit pas à faire de son histoire une œuvre tout à fait originale. – Laure Alberge (Les Jardins d’Hélène)

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Un type qui parle à une chaise, on aura tout vu…Bien la preuve qu’il est cintré, Antoine Orsini, gaga, barré, baoul, quoi…et peut-être pire, non ? Tous les doutes sont permis, toutes les questions sont ouvertes quand c’est un simple d’esprit qui raconte sa propre histoire, un peu en désordre, un peu en bazar, un peu comme ça lui vient, à la va comme j’te pousse.
Sous la plume de Julie Estève, extrêmement finaude, elle, pour le coup, on se laisse porter par cette voix rapidement familière et touchante, on se laisse mener, par la main ou par le bout du nez, dans la vie d’Anto, de Florence, de la Murène et de l’Extra-terrestre, on joue les voyeurs dans cette vie de village, dans cette Corse profonde où on ne rigole pas avec l’honneur , où les réputations se lavent dans le sang, où le silence n’est pas d’or mais de plomb.
Les chemins de la pensée d’Antoine sont escarpés et sinueux, ils nous offrent une balade magnifique dans un paysage humain varié, subtile et changeant selon les points de vue que propose la progression dans le récit. La langue, elle, est à l’image de ce baoul qui se raconte, simple, imagée, ensoleillée. Simple, comme ne le seront jamais les liens et relations qui gèrent cette microsociété de derrière les rideaux, où tout se sait sauf l’essentiel, où tout se tait sauf la rumeur, où l’on prête à autrui toute la noirceur dont on se sait capable.
C’est avec constance et avec une force mêlée de grâce que Julie Estève trace le sillon de son personnage et de son récit, feignant de les laisser se perdre dans des situations complexes voire sordides, là où il n’y a, finalement, qu’une histoire simple. – Magali Bertrand
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Par quelle magie de l’écriture Julie Estève fait elle naitre de la violence, de l’incohérence de la tête fragile du « baoul » la beauté du monde, sa tendresse, sa pureté ? Julie est une magicienne qui prend les encres les plus noires pour iriser le monde, transformer la boue en marbre noir, le flocon en diamant, une tragédie en histoire d’amour pur. Je n‘ai pas lâché ce livre et il ne me lâchera pas car il est de ces livres qui rendent le regard plus généreux, plus tolérant, plus attentif aux hommes et à la nature, aux odeurs, aux couleurs du soir qui tombe. Et si le « baoul » nous apprenait la sagesse ? Lui qui voit venir les menaces qui pèsent sur la Terre qui s’emballe sous nos coups. Quand je t’ai rencontrée, Julie, grâce aux 68 premières fois, je t’ai dis tu as un immense talent, j ‘avais lu Moro-sphinx , étonnée tu m‘as demandé : tu es sûre ? Oui j ‘étais sûre et ce livre magnifique le confirme. – Christiane Arriudarre
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Simple est un roman qui se lit d’une traite, sans discontinuer. A mi chemin entre le polar et la critique sociale il impose un regard extravagant et émouvant sur ce petit village de Corse, sur la brutalité des hommes et la poésie du ciel. A travers le point de vue d’Antoine Orsini c’est le monde qui s’offre à vous. – Enora Pagnoux (Les dreamdream d’une bouquineuse)
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Julie Estève est de retour avec un roman formidablement cruel et un suspense admirablement construit, le tout servi par une langue d’une inventivité rare, celle du baoul, le narrateur considéré par tous comme l’idiot du village. À propos de Moro-Sphinx, son premier roman, je disais que Julie Estève « fait montre d’un beau savoir-écrire et parvient à ménager le suspense, à nous livrer chapitre après chapitre les bribes d’une vie qui se dissout dans une sorte d’ordinaire peu ordinaire. » Un jugement que je peux réitérer avec ce second roman, même s’il est situé à mille lieues du premier. – Henri-Charles Dahlem (Ma collection de livres)
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Simple. Simple comme une histoire. Simple comme l’apparence. Simple comme les préjugés… Et pourtant, complexe de l’incomplexe. Complexité de l’humain, des richesses des différences trop souvent incomprises.

Il a un nom, un prénom. Mais dans ce village corse, on l’appelle le « baoul » ou « le mongol, le débile, une merde, une graine de con », une longue liste, tant  Antoine Orsini a entendu d’insultes dans sa vie. Sa mère est décédée à sa naissance (considéré avec charité comme l’infâme responsable de la mort de sa génitrice), son père n’a d’amitié que pour l’alcool, son frère et sa sœur font le service minimum envers lui… Au départ définitif de son père, il continuera d’habiter la maison, sans eau, sans électricité. Sans rien. Rejeté parce que simplet, du moins en apparence. Ah si seulement Madame Madeleine avait vécu plus longtemps. Elle seule savait lui rendre sa dignité. Grâce à elle, on l’avait enfin appelé par son prénom à l’école. Il y pense toujours à sa dame de cœur, lui apporte des fleurs sur sa tombe. Il est si seul, ses interlocuteurs étant une chaise plastique trouée et son fidèle Magic. C’est peu, trop peu. Pour lui, c’est déjà beaucoup. Il se débrouille comme il peut, il a cette intelligence que les autres n’arrivent pas à saisir, à comprendre. Avec rien, dénué de tout et malgré ses chagrins, il arrive à trouver de la beauté dans la vie : dans les arbres, les fleurs, dans Florence, une jeune fille qu’il aime mais ce sera un secret. La mère de la jeune fille, la « vieille » ne peut encadrer ce « vaurien », une haine si tenace qu’elle ira jusqu’à cracher sur sa tombe ! Pourtant, jusqu’au bout Florence a continué à parler à Antoine, jusqu’au jour où on retrouve son corps dans la forêt. Morte avec une balle dans le ventre. Le coupable idéal sera vite proclamé, forcément… lâchement. Et pourtant…

Julie Estève fait de ce « baoul » un héros, car oui les héros peuvent être fragiles, de cette fragilité sort une force incroyable. Qui supporterait autant de rejet, de moqueries ? Pas toutes ces personnes qui se croient supérieures… Malgré une sémantique et une syntaxe rudes, ce roman est un livre de poésie, une ode à la tolérance et une leçon d’humilité. Tout ce qui brille n’est pas or et tout ce qui semble terne peut devenir lumineux. – Ghislaine Antoine.

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