L’homme de Grand soleil – Jacques Gaubil

Direction le Grand Nord pour un voyage aussi rafraîchissant que surprenant, sur les traces d’un médecin français installé à Montréal et qui, au cours de ses visites de patients dans les contrées septentrionales va en découvrir un vraiment très particulier. L’ironie mordante de Jacques Gaubil semble faire mouche auprès des lecteurs, et même un peu plus auprès de certaines lectrices…

L Homme de Grand soleil

 

Pour son premier roman Jacques Gaubil réussit le tour de force de remettre en question les fondements de l’humanité. Avec autant de force que d’ironie.
Le narrateur est un médecin installé à Montréal. Il est chargé de rendre visite une fois par mois à Grand Soleil qui, comme son nom ne l’indique pas, est une communauté située dans le Grand Nord canadien où le froid règne en maître. Le petit groupe de personnes qui vit là, en grande majorité des vieux, bravent le froid en ingurgitant une grande quantité d’alcool qu’ils fabriquent sur place. L’occasion pour le narrateur de montrer d’emblée son sens de la formule : « Un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante-neuf et une moyenne d’âge de soixante-sept ans: ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. »
Tout au long du livre, on va se régaler de son style incisif, de formules qui prouvent qu’il s’est approprié la formule d’Anatole France « Sans ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux». Peut-être est-ce parce que son patronyme, Leboucher, est lui-même ironique quand on a pour vocation de soigner les gens ?
Toujours est-il que cette distance lui permet d’apprivoiser ses patients, à commencer par une jeune femme dont la présence ici l’intrigue : «Les gens d’ici vous aiment bien, affirme-t-elle en souriant. Il y en a eu beaucoup avant vous, des jeunes, surtout. Ils venaient d’avoir leur diplôme et le village était pour eux un monde inhospitalier. Ils ont tous essayé de lutter contre l’alcoolisme. Il y en a même un qui a voulu mettre en place des séances de jogging. Il voulait nous faire acheter des baskets. »
Au fil de ses voyages, il va alors aller de découverte en découverte, comme quand il pénètre dans la vaste demeure de sa nouvelle alliée: « Une immense bibliothèque constitue l’ornementation principale de cet intérieur. On devine que les rayonnages ont pris forme, durant des années, à la manière d’une plante grimpante qui recouvre progressivement tous les murs. Au début, la jeune pousse avait dû être assez modeste, puis, les livres bourgeonnant, de nouveaux rameaux étaient apparus. La plante avait été repiquée plusieurs fois sans jamais perdre de sa vivacité. Finalement, la bâtisse ne semble plus être autre chose qu’un immense tuteur pour cet organisme sans cesse en croissance. »
C’est là que l’attend un vieil homme au physique de rugbyman répondant au doux nom de Cléophas et qui semble bien mal en point. Aussi décide-t-il de faire une prise de sang pour analyses complémentaires. La jeune femme qui partage cette demeure lui permet aussi de prendre des clichés d’une vieille bible qui l’intrigue beaucoup.
De retour à Montréal, il va aller de surprise en surprise.
Le laboratoire lui révèle que ses échantillons ne sont pas ceux d’un humain et son ami bibliophile que cette bible est quasiment un exemplaire unique à la valeur inestimable.
C’est alors que le roman prend une nouvelle dimension. Les laboratoires veulent en savoir plus sur cet ADN. Le monde s’émeut : « Sont convoqués : des égyptologues, des primatologues, des spécialistes des civilisations précolombiennes, des éthologues, des habitants de la vallée de Néander, quelques voisins de la grotte de Lascaux et, bien sûr, les inévitables psys. »
Face à ce déferlement, notre médecin va tenter de préserver la communauté tout en s’interrogeant sur ses découvertes et sur les vertigineuses questions qu’elles posent.
L’homme de Grand Soleil est une fable à la fois drôle et incisive qui se lit comme un roman d’aventures. – Henri-Charles Dahlem
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Le docteur Leboucher s’est retrouvé à Montréal après avoir fui la France. Exilé, seul, il a dû prouver qu’il était un vrai médecin et qu’il pouvait exercer en toute confiance. Mais pour montrer patte blanche, il s’est vu obligé de prendre l’avion puis l’hélicoptère pendant plus de 6h chaque mois pour se rendre dans un village isolé et reculé du grand nord québécois. Mais en plus du froid, ou plutôt du frette, il va découvrir à Grand Soleil bien d’autres choses, toutes aussi belles qu’extraordinaires… Quel premier roman revigorant !!! Je ne m’attendais à rien de particulier en ouvrant ce livre et j’y ai trouvé tout ce qu’un bon roman peut apporter : de l’humour, de la réflexion, de belles descriptions, des personnages attachants et une très très belle écriture… On se laisse envahir par le grand froid et on se réchauffe au coin d’une bibliothèque. On embarque pour un paysage de neige et on se maintient en vie en se désolant de ce qu’est devenu l’homme moderne… mais en espérant… en souhaitant que tout ceci n’est qu’un mauvais rêve et que nous allons enfin nous réveiller… A découvrir, à savourer, à partager sans aucune modération !!!! – Audrey Thion
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Un jour, deux jours, trois jours.
Faire durer. Finir ce roman, c’est comme revenir à la condition humaine, alors il faut que ça dure.
Tiens, me rappelle Sagan, celui-là : ce n’est pas un livre c’est un cœur. Doublé du mien. Un livre dont on ne veut pas se séparer tant il concentre l’intelligence, la bienveillance et l’humour. Mais qui donc a pu écrire ça ? Ramener Peguy et Girard, avec un fond de philosophie chrétienne à la Michel Henry : c’est juste inouï. Comment manier cette matière, comment l’articuler pour qu’on soit autant séduits qu’ interrogatifs sans jamais s’ennuyer ?
Lors oui, l’histoire est ficelée, le style cadencé : mais ça va bien plus loin. Ce n’est pas un coup de cœur, c’est un coup d’âme.
Dame ! que se passe-t-il donc dans la tête d’un auteur qui décrit nos fonds de névrose comme s’il était nous ?
Didactique ? non. Trait d’humour ? non plus. Visionnaire ? pas plus, à mon avis.
Alors quoi ? Génie ? Oui, pour moi, cent fois oui.
Pas une phrase de ce récit ne m’aura semblé superflue, de celles qu’on lit en travers, pour accélérer. Tous ses mots sont à leur place, toutes ses idées peuvent être les nôtres, si l’on s’en donne la peine ; peine de soi, peine du monde, peine à être, même si l’on s’en défend.
Un premier roman dont la dernière page incite à se demander où sont donc les autres. Une pensée comme celle de Jacques Gaubil ne peut ni ne doit rester dans le timide.
Il lui faut réitérer, pulser, gueuler. Ça nous fera du bien.
Abasourdie que je suis par la claque que vient de me donner Cleophas, il me sera difficile de passer après Kiniwaki, après la vérité et l’émotion. De la philosophie léchée, qui n’en a pas l’air, mais qui secoue nos tranquillités d’occidentaux finalement pas très sûrs de nos choix.
Une sorte de route vers notre ontologie, délicieuse, précieuse et salvatrice. – Estelle Beaulieu-Dufils
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Le Docteur Leboucher vit à Montréal, où il tient son cabinet de médecin généraliste. Mais régulièrement, il se rend à Grand Soleil, un village désespérément isolé dans le nord, où il fait tout le temps froid, et même frette, un mot québécois qui évoque un froid inimaginable pour nous Français. Le Docteur est lui-même français, il est parti au Québec après avoir vécu un drame qui nous sera révélé plus tard.
A Grand Soleil, les gens habitent dans des maisons éloignées les unes des autres et viennent à la rencontre de ce docteur capable de braver les éléments et de faire un long voyage en avion puis en hélicoptère pour venir les voir. Il soigne les bobos physiques mais aussi ceux de l’âme. Sans le docteur, tout cela se soigne à l’alcool, tout le monde a son alambic. Dans ce village sans distraction, que peuvent-ils faire d’autre ?
Il y a aussi cette femme, très très laide, qui lui demande de venir jusque chez elle secourir un homme. Le docteur n’a jamais vu une telle stature. L’homme allongé est massif, charpenté, et souffre d’un mal que Leboucher n’est pas capable de diagnostiquer sur place. Il va lui prélever du sang pour le faire analyser. Et ce qu’il va découvrir va avoir des répercussions incroyables.
Non, ceci n’est pas un récit de science-fiction. Mais une fiction autour de la science, qui sur papier apparait plausible. La tournure que prend le récit après cette découverte est intéressante à suivre, mais ce n’est pas là plus frappant. C’est plutôt toutes les réflexions qui surgissent au cours de l’histoire, plus ou moins liées à l’homme de Grand Soleil.
C’est aussi paradoxalement ce qui m’a lassée après la première moitié du roman. Nous suivons le docteur partout, à Montréal, à Grand Soleil, chez lui… et nous le suivons surtout dans sa tête. Il est comme nous, il suit un flux de pensées qui se juxtaposent. C’est très bien écrit, la plume est belle et affûtée, mais parfois rébarbatif et ennuyeux. A certains passages, j’ai repensé à cet adage « la culture, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on l’étale ». C’est caricatural, car loin de moi de penser que le docteur Leboucher n’a pas beaucoup de culture, mais il y a des digressions futiles qui ont gêné ma lecture.
Je ressors de cette lecture mitigée. J’ai voyagé, j’ai aimé l’atmosphère de Grand Soleil, la réflexion initiée par la découverte concernant le malade. J’ai aimé la critique caustique envers l’humain moderne qu’on retrouve tout au long du roman. Mais au final je n’en ai pas retenu grand chose d’autre et j’ai ressenti peu d’émotions, je suis restée assez hermétique aux personnages. Tant pis pour cette fois. – Vanessa Natiora
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Dès les premières pages j’ai beaucoup aimé l’écriture et le style utilisés par l’auteur. Cet a priori positif n’a fait que se confirmer tout au long du roman qui est à la fois une belle fable et une critique acérée de notre société actuelle. L’auteur fait preuve d’un vocabulaire incroyable, de culture, d’un humour parfaitement dosé et d’une grande humanité. L’homme de grand soleil est un coup de cœur pour moi ! – Frédérique Camps
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Venu de France après un drame effroyable, le docteur Leboucher (une chance, il n’est pas chirurgien…) a accepté de se charger des visites à domicile pour les patients du Grand Nord. C’est un peu le lot des jeunes médecins, comme dans nos campagnes on voit souvent des médecins soit débutants soit venus de loin. Le désert médical n’est pas un mythe.
Avec lui nous découvrons les horizons gelés à l’infini, la forêt des terres froides, le froid qui descend à – 47° : « geler ou ne pas geler, telle est la question. » Une réponse assez généralisée au village de Grand – Soleil (cela se dit « Kisikowi en langue cree), c’est l’alcool. Qui n’a pas son petit alambic ?
Un jour, le Dr Leboucher est appelé en consultation pour un patient absolument colossal, un Titan du nom de Cléophas, dont on dit que « les grizzlis [en] évitent sans doute la rencontre ». « [Son] lit craque, pourtant, ce n’est pas de l’Ikéa. » Le ton est donné : de l’humour un peu grinçant voire carrément sarcastique, et un œil sacrément critique porté sur notre société repue et blasée.
Cléophas est soignée par sa fille, désignée par « elle », et on apprend que leur famille a quitté les Pyrénées pour le Québec lors de la Révolution française. En emportant un livre absolument inouï qui va faire tomber à la renverse les spécialistes de l’histoire de l’imprimerie car il s’agit d’une épreuve corrigée, raturée mais en parfait état de …la Bible de Gutenberg ! Autant dire un trésor inestimable.
Quant à Cléophas, il va déchaîner les passions de toutes sortes dès lors que son ADN sera étudié : ce n’est pas un humain, enfin, pas un homme comme vous et moi, pas un homo sapiens. Il faudra lire le livre pour en savoir un peu plus. Sachez toutefois que cette découverte va provoquer des réactions absolument ahurissantes. Rejet, terreur, engouement, et même déclarations d’amour enflammées. Finalement, il vaut mieux se contenter d’être ce qu’on est…
L’auteur, sous un déguisement de fabuliste, nous fait entrer dans sa réflexion sur notre société et son humour parvient mal à cacher sa colère, son indignation, son découragement face aux comportements consuméristes, sur notre monde fait d’hygiène maximale, de fêtes inutiles et purement commerciales, sur le tourisme de masse qui tue le voyage et le rêve, sur les médias qui font recette de tout (on va même jusqu’à proposer à Cléophas de tourner dans un film porno, lui qui est en train de quitter ce monde!).
J’ai beaucoup aimé la balade en traîneau à travers les paysages enneigés et sur la glace qui craque, rite de passage pour le médecin : désormais, « je ne suis plus un étranger », dit-il. Également, le discours sur les roux, (Cléophas a cette particularité) et la folie qui saisit le monde : tous se teignent en roux, pour être comme lui ! Certains pays, telle la Corée du Sud « dépiste » les gens comme Cléophas, comme s’il s’agissait d’une maladie ! (Une anecdote : dans les années 80, une fillette de ma connaissance, rousse, voyait sa grand-mère faire une machine spéciale pour ses vêtements : parce que les rousses, ça sent mauvais, disait-elle ! Et nous étions sous Mitterrand…Enfin, on a arrêté de les brûler…)
Enfin, on s’attache à cet homme qui a quitté la France pour prendre un nouveau départ après l’affreuse mort de sa petite fille de cinq ans, d’une rafale de kalachnikov (est-ce autobiographique ?) et qui découvre un nouveau mode de vie, plus calme, plus vrai, au Canada.
Un bon premier roman, drôle et intelligent, malgré quelques longueurs dans les passages philosophiques, et qui se lit avec grand plaisir. – Evelyne Grandigneaux
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COUP DE CŒUR. UPPERCUT !! Quel roman !
Le grand nord québécois, l’hiver, un médecin itinérant vient chaque mois à Grand Soleil , un village perdu dans le Québec arctique. « un rien enseveli sous la neige, une température avec des pointes en hiver à moins quarante neuf et une moyenne d’âge de soixante sept ans : ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux. « .. Un jour , Elle lui demande de venir visiter Cléophas , malade , souffrant . La vie de notre médecin va prendre un tour nouveau. Qui est donc Cleophas ?
Jacques Gaubil nous raconte, se raconte ? , l’exil loin de France, son arrivée à Montréal, ses débuts difficiles, sa vie de célibataire quinquagénaire, et puis le froid , le froid encore le froid , non le frette …. le ton impertinent du début , sarcastique , devient soudain plus profond , plus touchant. La sincérité des propos , leur justesse, créent une émotion palpable, donnent matière à réflexion sur l’homme, son devenir, son passé, son présent, son futur . Quand l’humanité rejoint l’humanisme.
Une lecture coup de coeur pour ce premier roman découvert dans l’aventure des 68 premières fois hiver 2018. Un livre à relire sans aucun doute que je ne peux que vous conseiller bonne lecture ! – Sylvaine Yvenou
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Un médecin franco-canadien exerce son activité entre sa ville de Montréal et de petits villages perdus aux confins du Grand Nord canadien , uniquement accessibles par hélicoptère .En dépit du froid sibérien , de l’immensité de spaysages et de la rudesse des conditions de vie , le médecin s’acclimate parfaitement dans ce milieu hostile . Il gagne même la confiance de ceux qu’il soigne , et surtout celle de Cléophas , un géant très spécial . Lequel va s’avérer une énigme pour les généticiens et la médecine , je n’en dis pas plus . En outre , Cléophas s’exprime étrangement dans une langue française très châtiée que n’auraient pas renié Saint-Simon , Balzac ou Victor Hugo (nos contemporains pourraient en prendre de la graine ).Ce qui fait le charme de ce roman , ce sont les réflexions douces-amères de l’auteur , comme celle-ci : « grâce à la télévision , à internet , à la presse , des footballeurs , des chanteurs , des stars de la télé-réalité , des animateurs , des mannequins , des lycéens grévistes avaient pénétré dans les maisons pour imposer le modèle d’une vie sans pensée » . Alors , oui , j’avoue j’ai et relu certains passages de ce roman pour en apprécier le sel et l’humour ravageur , il en vaut la peine . Il y a un aspect dans ce livre qui m’a fortement séduit , c’est le côté dépaysant du voyage dans un pays où l’on rencontre plus facilement des ours que des hommes . Et l’amour sous-jacent de la ville de Montréal , que je partage , pour son côté exotique et son cosmopolitisme , pour les rencontres de tous les possibles avec les Montréalais . – Michel Carlier
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L’immersion dans le froid, ici n’a rien du « guide du routard ». J’y attendais plutôt la lenteur, voire l’immobilisme. Elle apparaît à travers le prisme de notre monde pressé, pointé du doigt, avec une ironie frappante, par Jacques Gaubil.
C’est finalement dans le grand froid que l’auteur zoome sur la chaleur de l’être humain et met en avant des valeurs existentielles précieuses, loin des paillettes éphémères.
L’épisode traumatique du personnage principal- révélé en fin de roman- ne me semblait pas nécessaire. Son cheminement et ses rencontres dans sa vie citadine quotidienne et ses expéditions à Grand Soleil me semblent un contraste suffisant à l’émergence de sa réflexion sur notre monde contemporain, sans souci du pathos.
En dépit de cet élément, l’écriture incisive de l’auteur m’a piquée, comme un soleil glacé. – Anne Richard
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Quand une vague de froid polaire s’abat sur la France, quoi de mieux pour atténuer le choc thermique intérieur/extérieur que la lecture d’un roman dont la toile de fond est l’immensité du grand Nord canadien ? La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance, car les trente premières pages des aventures de Jacques Leboucher, médecin français expatrié à Montréal qui rejoint une fois par mois le petit village de Kisikawi (« Grand Soleil ») pour y donner ses consultations a suscité chez moi un vague ennui ; les références politiques à Donald Trump et autres considérations philosophico-religieuses qui émaillent le texte l’alourdissant artificiellement à mon sens. Et puis, de fil en aiguille, subtilement, Jacques Gaubil tisse la toile de son récit, la rencontre du jeune médecin avec Cléophas, géant au langage châtié à la destinée hors-norme constitue le pivot du récit ; le héros gagne en densité et le roman s’anime soudain dans ce décor blanc immaculé qui paraissait si paisible, l’intensité dramatique monte jusqu’à atteindre son acmé, et le roman devient un véritable « page-turner ». Une belle expérience de lecture in fine, et une critique acerbe de la société contemporaine non dénuée d’humour, même si je reste dubitative sur la forme, qui manque de souffle romanesque pour la lectrice romantique que je suis… Voici à ce propos ce que l’auteur fait dire à son personnage dans le dernier chapitre « J’aurais pu vivifier mes phrases et ambitionner un prix littéraire mais au lieu de cela, j’ai refusé de mentir (…). En ce qui me concerne, j’ai une éthique qui m’interdit de faire croire que la vie est poétique ». Faute avouée à moitié pardonnée ! – Catherine Pautigny
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Drôle de farce que nous conte Jacques Gaubil dans ce premier roman, aussi drôle qu’inattendu!
La plume vive, amusée, cultivée, croque les personnages avec une acuité ironique mais sait se faire bienveillante. On a envie d’y croire, à cette histoire de géant néandertalien.
Si dans l’ensemble j’ai trouvé cette lecture divertissante (j’ai éclaté de rire plusieurs fois quand même!), j’ai été plus ennuyée parfois par un aspect un peu caricatural. Roman masculin par excellence (mais qu’est-ce qu’un roman masculin, allez-vous me dire!!?), je ne me suis pas vraiment sentie « chez moi » dans ce roman.
Pour autant, je ne regrette pas de m’être égarée hors des sentiers battus, car L’homme de Grand Soleil est un roman surprenant et sacrément culotté. Il fallait oser ressusciter l’homme de Néandertal au 21ème siècle. Et si je vous dis, cerise sur le gâteau, que ce néandertalien a voyagé à travers l’histoire avec le tirage d’épreuve d’une Bible du quinzième siècle sous le bras, je suis certaine que je vais attiser votre curiosité! – SoniaBooksandmore
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Peut-on vivre à moins 40 dans un hameau isolé au nord du Canada ? Eh bien c’est le cas à Grand Soleil le mal nommé. Mieux vaut lui donner son nom indien Kisikawi, « un village de cent personnes à cinq heures de route d’une autre bourgade à peine plus grosse », un « rien enseveli sous la neige ». « Ce n’était pas un village mais un congélateur à vieux ». Le ton est donné : un humour réjouissant qui m’a fait rire. C’est là que doit se rendre, chaque mois, un médecin de Montréal. Médecin des corps et des âmes. La routine. Jusqu’à la découverte bouleversante d’un malade alité doté d’une ossature et une musculature hors du commun. « à côté de lui, un pilier de rugby samoan aurait une allure rachitique, « . Comment lui prélever du sang?  » Il me faudrait une seringue spéciale pour traverser ces muscles, une perceuse peut-être? » L’analyse de sang se révélera stupéfiante. Dès la page 41, le médecin retrouve Montréal. Dès lors, il contacte des amis de jeunesse et nous livre sa vision désabusée du monde. Tout devient plus grave. Il se réfère à Heidegger et l’angoisse, à l’appauvrissement intellectuel de l’humanité. Appauvrissement programmé de notre quotidien par la télévision, les réseaux sociaux. Et l’homme ? de quoi peut-il être capable face à une situation qu’il ne contrôle pas, à un élément étranger qui remet en question , croit-il, son identité, son intégrité. On a la bêtise humaine et son rejet de la différence. C’est un livre de réflexions profondes. D’une profondeur réconfortante : il y a toujours de très bons romans. Je termine sur cette phrase de Tim Cook, le patron d’Apple : »Nous allons vous donner des choses sans lesquelles vous ne pourrez pas vivre, mais dont vous ne ressentez pas le besoin aujourd’hui ». NB J’ai oublié d’ajouter ma note sur la perfection de l’écriture.- Mireille Lefustec
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C’est l’histoire d’un homme parmi d’autres, qui ne cesse pas d’observer ses semblables et de les mettre en perspective par écrit. Il se réclame d’une-savoureuse- écriture masculine qui s’ouvre comme un docu-fiction. Un médecin qui écrirait sur les peuplades du grand Nord, nos cousins canadiens… Tout de suite, le trait est mordant sous un détachement qui intrigue. Des aphorismes, qui nous arrachent soupirs ou sourires, charpentent les chapitres. Cette structure cohabite merveilleusement avec la qualité de l’écriture et les virages du genre et de l’intrigue. Le lecteur suit Jacques Leboucher comme son ombre sans d’un monde à l’autre, d’une fragilité à l’autre au gré de sa mission médicale. D’un côté l’évidente soumission de l’ homme aux forces de la Nature Polaire, de l’autre son asservissement aux décrets du marketing et des médias. Pour tous, un déclin annoncé. Et notre médecin navigue inlassablement d’un bord à l’autre, nous livrant de savoureux portraits des côtés riants ou mesquins de ses compatriotes. Lire la vie de JL, c’est aussi sentir la sensibilité d’un écorché qui cherche activement l’engourdissement, l’étourdissement, l’amnésie. Parce que la vie lui a trop pris, parce qu’il n’ y a rien à rendre ni à gagner. Cet homme désolé de ce que l’humanité lui offre alors qu’il s’obstine à la soigner, deviendra l’acteur central d’une découverte mythique. Du genre à ébranler un temps les certitudes de l’homme. L’ébranlement n’aura pas lieu et nous continuerons de courir vers l’apocalypse climatique et humaine… C’est un témoignage bien sombre et sans échappée belle qu’a tissé Jacques Gaubil. Mais quel plaisir à le lire, à le suivre et puis le perdre. Un roman à relire sans modération, pour ne pas lâcher trop vite cette langue simple et brillante comme sa pensée.- Laurence Despujols
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Tout plein d’autres avis à découvrir comme …
… la lecture jubilatoire de Françoise Floride
… l’appréciation de la plume humoristique par Annie Pineau
… le cri du cœur d’Anne Leloup qui a adoré
… la belle surprise de Claudia Charrier
… l’excellent moment passé par Nathalie Cez
… le beau voyage de Sybil

2 réflexions sur “L’homme de Grand soleil – Jacques Gaubil

  1. Jacques Gaubil dit :

    Merci à tous vos lecteurs ! Vous avez justifié tout le travail d’écriture de ce livre. Vous m’avez aussi encouragé à écrire un nouveau roman. Il s’agira cette fois d’éléphants…

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    • 68premieresfois dit :

      Merci à vous pour cet excellent moment ! Et toutes nos pensées vous accompagnent dans votre nouveau travail d’écriture que nous suivrons avec intérêt. En espérant avoir le plaisir de vous rencontrer lors de l’une de vos escales en France.

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