Parmi les miens – Charlotte Pons

Charlotte Pons livre un roman fort et retentissant sur la fin de vie, avec un ton cruel et percutant. Pari osé, défi relevé ! … Lecteurs bousculés, lecteurs émus, lecteurs retournés mais lecteurs intéressés.

Parmi les miens

 

Qu’il est difficile de refermer ce livre et de poursuivre ses occupations comme si de rien n’était, tant il vous touche, vous prend aux tripes dès les premières pages!! Une fois terminé, il m’aura fallu plus d’une heure pour évacuer toutes les émotions qu’il a suscité en moi.
Ça commence par la répulsion de Manon, la narratrice, devant l’état végétatif de sa mère après un accident. Dès le début de cette histoire, dont le nom aurait plutôt tendance à évoquer la famille comme un refuge face à cette tragédie, les tensions sont là, abruptes et sans filtres. Tensions de chacun des protagonistes, tensions entre eux.
S’y dévoile l’impossibilité pour Manon de parler à sa mère dans le coma et d’avoir pour elle, ne serait-ce, qu’un geste tendre. Elle qui s’éloigne de son mari et de son fils pour être auprès de sa mère et des siens mais qui, finalement, s’isole de tous par sa décision dure mais compréhensive : ne pas supporter l’état de sa mère au point de vouloir dès le début, qu’elle meure. Les liens entre la fratrie se délitant depuis des années, arrivent à leur paroxysme avec ce drame et sa prise de position. On sent qu’elle se blinde face à l’horreur d’une mère devenue simplement un corps inerte. Mais surtout, au fil des pages, on découvre que leurs relations ont toujours été distantes, peu affectueuses ainsi que les raisons de cette distance.
Charlotte Pons, dont la plume est incisive et parfois brutale aborde dans ce roman bouleversant, outre la volonté d’aider les autres à partir quand ils se sont déjà plus là et l’euthanasie en France, des sujets tout aussi puissants. La transmission et le lien mère-fille, ce que les origines et l’enfance d’une mère peuvent induire dans ses propres liens avec ses enfants ; eux-mêmes reproduisant parfois ce schéma. Les relations entre frères et sœurs et surtout le besoin instinctif face à un tel drame, de revenir en arrière, de chercher du réconfort dans les moments heureux de son enfance. La richesse de ce roman ne s’arrête pas là puisqu’il y est également question de la maladie mentale et des ravages que cela peut causer, notamment dans une famille. Et soudain, sous le tragique, la beauté nous surprend au moment où l’on s’y attend le moins.
La finesse de l’écriture ainsi que l’excellente construction de cette œuvre dévoilent un premier roman d’une grande qualité et une auteure talentueuse. Parmi les miens restera gravé dans ma mémoire pour m’avoir, avec des sujets si difficiles, fait profondément vibrer. En refermant ce livre j’ai eu juste envie d’être « parmi les miens » et de leur dire combien je les aimais.Laetitia Zunino
                                                                ________________________
C’est une drôle de famille que donne à découvrir ce roman.
Le père est médecin, la mère est une femme libre et brillante, les enfants sont adultes : une fille, mère depuis peu, un fils et une autre fille, bien plus jeune.
Autour d’un évènement dramatique survenu à la mère, personnage central, clé de voûte et clé des secrets, la famille distendue resserre les liens. Des liens qui s’apparentent plus à du fil barbelé qu’à du ruban de velours. J’ai plongé dans leur intimité d’hier et d’aujourd’hui, un peu gênée par ce rôle de voyeuse.
La narratrice est la fille ainée, en souffrance bien avant cette épreuve, familière des psy, psychologues et psychotropes. Dans sa tête, c’est compliqué. Écorchée vive, elle dissèque et analyse chaque mot, chaque situation présente ou passée, trainant un fond de culpabilité et le sentiment que personne ne l’aime.
Elle donne la vision d’une famille sans tendresse, sans parole, qui reproduit les mêmes errements à chaque génération.
Elle est agaçante, cette fille, elle veut imposer ses idées aux autres, elle les rend responsables de son mal-être, elle est impatiente, elle n’écoute pas, elle n’arrive pas à faire face à ses problèmes, elle est en porte-à-faux avec chacun. Immature.
A sa décharge, les autres membres de la famille sont tout aussi bancals. Un père absent et silencieux, un frère psychiatrique, une sœur au mode de vie atypique. Une famille où il ne semble pas naturel de prendre soin des autres, peut-être parce qu’on ne sait pas prendre soin de soi.
Tout cela est un premier aspect du roman.
Mais ce qui m’a bouleversée, parce que me concernant professionnellement et personnellement, ce sont les thèmes en arrière-plan : le coma, la fin de vie, l’euthanasie. Toutes ces questions à qui chacun peut être confronté, questions que chacun doit se poser.
Tout sonne vrai, l’auteure narre les situations comme quelqu’un qui les a vécues, elle utilise les termes médicaux exacts, raconte les sentiments avec justesse, la colère, les interrogations, le désarroi, le désespoir.
La fin est très forte, avec des révélations, des décisions à prendre, des conséquences cruelles. Avec des scènes dignes d’un film d’auteur.
Un roman qui m’a valu une crise d’insomnie après avoir refermé le livre sur ses lourds secrets. – Adèle Binks
                                                                    __________________________
Quand on découvre dans un roman, « Parmi les miens », le premier de Charlotte Pons, une partie de sa propre vie, quand on y trouve des propos entendus de ses proches ou prononcés soi-même, quand on se rend compte que sa lecture nous replonge au cœur d’événements sinon identiques du moins similaires, c’est étonnant, troublant, bouleversant et douloureux.
Elle nous raconte l’histoire d’une fratrie – Manon, la sœur aînée et narratrice, jeune maman, Gabriel, le frère fragile mentalement et Adèle la petite sœur, homosexuelle enceinte de quelques mois – confrontée à la mort cérébrale de leur mère, suite à un accident de la route.
« Ce qu’il reste d’une famille une fois les enfants devenus adultes ne tient pas à grand-chose et notre fratrie particulièrement n’attend qu’un prétexte pour exploser. » Tout est dit dans cette phrase à l’écriture simple, nette, précise, tranchante. C’est d’ailleurs le style utilisé par l’auteure tout au long du récit, sans concession aucune, presque administratif, et qui justement percute.
Et, parce que des sujets difficiles à aborder – la fin de vie, l’euthanasie – sont particulièrement bien traités, parce que les sentiments face à la disparition d’un proche sont bien décrits, j’ai lu ce roman avec un intérêt grandissant. Je me suis totalement retrouvée dans le personnage de Manon, politiquement incorrect, qui ose dire les mots qui fâchent tout en étant profondément bousculée. Je me suis retrouvée dans cette fratrie incapable de survivre normalement au départ de leur pilier. Je ne parle pas des secrets de famille, des jalousies, des rivalités… « Ça n’a jamais été facile d’être trois, il y a toujours eu un lésé dans l’affaire. » Je ne dirai pas cette crainte de ressembler, petit à petit à celle qui nous a fait naître « Tout cet argent que j’ai passé chez le Psy et dans l’opération pour me débarrasser de son héritage. En moi, il n’y a plus trace de maman et, dans le miroir, c’est comme si je ne voyais personne. » Je préfère imaginer, le chagrin que cachent, j’en suis certaine, les propos à l’emporte-pièce de celle qui s’exprime.
Ce roman est noir et parfois dérangeant, mais si délicat et tellement juste que je n’ai pu le refermer avant la fin.Geneviève Munier
                                                              _______________________
Un sujet difficile et délicat : l’aide à mourir dans la dignité
J’aurais pu oublier quelques incohérences bien que cela nuise à la pertinence du témoignage, comme le travail d’aide soignante présenté comme un job d’été.
Mais ce qui me dérange en réalité dans ce livre c’est qu’il peut, notamment par sa toute fin, nuire à la cause que j’espère il veut défendre et qui me tient à cœur face à tant de situations désespérées.
Une approche personnelle et courageuse pour décrire les douleurs, les doutes, les espoirs, les regrets, les remords, les combats face à l’intolérable, la perte de la mère. – Christiane Arriudarre
                                                               _______________________
« Avec beaucoup de pudeur, mais sans rien cacher des tourments et des conflits intérieurs qui agitent la narratrice et les membres de sa famille, Charlotte Pons nous offre un roman fort, chargé d’émotions, sans oublier de distiller quelques surprises de taille tout au long de son récit. Bref, une entrée en littérature réussie ! » … Le billet de Henri-Charles Dahlem est à lire en entier sur son blog.
                                                                 ______________________
« Pour moi c’est clair ! », « Je refuse l’acharnement », « Il faudra débrancher », oui mais….
Mais quand la volonté propre n’existe plus ou ne peut plus s’exprimer, et quand bien même cette volonté a été dite haut et fort devant la famille, qui pourra décider ?
Qui voudra faire le geste, donner le go, prendre la responsabilité sans penser que peut être c’est trop tôt, que l’issue pourrait être différente ?
Au sein d’une famille distendue, fragilisée par la vie qui pourra affirmer avoir raison face aux autres et au doute.
Un sujet très sensible abordé avec beaucoup de finesse et de délicatesse. – Emmanuelle Coutant.
                                                                    ______________________
Ce premier roman réunit une fratrie et leur père autour de la mère, Elsa, laquelle est transportée au service de Réanimation suite à un accident de voiture. Elle survivra mais ne reviendra jamais d’un état pauci-relationnel qui la coupe de ses proches, d’un monde dont on ne saurait dire ce qu’elle en perçoit, ni ce qu’elle ressent de son propre corps lui-même devenu dépendant. La narratrice, Manon, est l’aînée et entretient avec son frère cadet de trois ans, et sa benjamine bien plus jeune, des relations tendues, corsées, voire violentes. Le père quand à lui se réfugie dans un silence fuyant dénué d’une tendresse qu’il n’a vraisemblablement jamais réussi à exprimer. Manon, jeune maman d’un tout petit, fuit sa nouvelle maternité dans la sincérité et le prétexte de l’accident maternel, et en revenant vivre chez ses parents, se débat, et nous avec elle, avec les relations filiales, les mystères des « siens » et en toile de fond l’épineuse question de l’euthanasie. En toile de fond seulement, car si au début de la lecture, on peut croire que ce roman familial traite de cette problématique avec par ailleurs beaucoup d’authenticité, le courage de poser des réactions justes et terriblement humaines, légitimes, on réalise assez vite que le fil narratif s’enroule ailleurs, dans ces liens affectifs frustrés, empêchés et secrets. Il y a de très jolis passages sur les relations fraternelles, quand elles n’ont plus que pour commun le terreau de l’enfance, les clans adolescents, les douceurs sororales… Ces relations qui malgré la tension explosive autour de cette mère-fantôme retrouvent par instants fugaces les intuitives complicités et l’humour d’antan. Car la vie et les non-dits creusent les incompréhensions au point parfois de devenir étrangers les uns aux autres, au point d’avoir besoin de distance pour réaliser son chemin avec plus d’oxygène. Le caractère impulsif de la narratrice, sincère et brutal, frontal et fuyant ses propres problèmes, prend parfois un peu trop de place. Le débit rapide et abrupt est très bien retranscrit dans ces lignes, c’est pourquoi on se voit lecteur haletant dans les pensées, dans les embardées de Manon laquelle annexe, à mon goût, trop de place. La fin laisse un goût amer, sans doute car elle est un peu bâclée dans la découverte des secrets de la mère, dans le mieux de Manon pour se laisser aller à la rencontre de son fils (la question du couple et de la maternité est trop balayée et deviendrait presque prétexte narratif). C’est un peu décousu, il y a un trop qui devient excessif car il tournoie, gronde, crie, grince dans tous les sens. Et je me suis un peu lassée au fur et à mesure de la lecture perdant l’intérêt premier, et bien présent, de la question douloureuse de la fin de vie d’un être cher quand celui-ci n’est plus à même de déployer sa parole ; la mort imminente et longue, en suspend, d’un être aimé dont on comprend qu’on le connaît mal, si peu… Cruauté à ne pas juger, susceptible de parfaitement expliquer l’agitation de Manon sans doute, mais dont j’aurais attendu plus de recul pour parler cette agitation et non pas seulement la ressentir, ce qui est somme toute déjà beaucoup, dans le rythme bousculé du roman. – Karine Le Nagard
                                                          _________________________
« La situation interroge le lien que chacun avait avec elle, chacun enfant ayant entretenu une relation différente avec elle en fonction de sa place dans la fratrie, de son sexe. Il est aussi question de culpabilité dans ce roman pour Manon qui ne voit dès le début pas d’autres issues que la mort naturelle ou provoquée de sa mère et qui ne peut que s’interroger sur sa propre difficulté à être mère. » … le billet entier de Joëlle est à lire sur son blog.
                                                         _________________________
Brut. Direct. Un histoire familiale où la bienséance n’a pas sa place, du moins chez Manon, l’aînée de la fratrie, qui préfère voir les choses clairement, sans fioritures, quand bien même les choses en question sont du domaine de l’impensable. Ou du moins d’un domaine auquel personne ne veut songer à priori.
Un accident de voiture qui plonge Elsa, la mère, dans le coma, et voilà la vie de 5 personnes complètement chamboulées.
Que peut il arriver de pire que le drame d’un deuil à envisager dans une famille. Le caractère et les attentes des uns et des autres ressortent abruptement devant la tragédie. Chaque personne recherche ses repères, ce qu’elle est à même de pouvoir supporter, ce dont elle ne veut absolument pas entendre parler, et encore moins envisager.
La perte d’Elsa, n’est pas seulement, la mort physique, mais également l’espoir envolé de pouvoir comprendre certains comportement de la part de cette mère si froide, certains évènements cachés dans l’antre des secrets des familles, qui peuvent se révéler parfois, plus tragiques qu’un accident de voiture.
Poignant, sensible, sans larmoiement, Charlotte Pons aborde le thème difficile de la mort, étape d’un parcours où ressortent les griefs restés silencieux jusqu’au moment du drame, dont l’empreinte laisse échapper les colères et les douleurs enfouies.
Froidement, mais avec lucidité et discernement, Charlotte Pons a su trouver les mots pour analyser, décrypter la complexité des relations familiales, décrire les souffrances et les interrogations devant lesquelles tout un chacun peut se retrouver confronté un jour où l’autre.
Un premier roman surprenant, qui laisse augurer de futurs récits à découvrir. – Katie
                                                               ___________________________
« L’incipit du roman est l’un des meilleurs que j’ai lus au cours des derniers mois, si ce n’est de la dernière année. » … Lire le billet complet de Sara
Publicités

Une réflexion sur “Parmi les miens – Charlotte Pons

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s