Mademoiselle, à la folie ! Pascale Lécosse

Un roman court mais dense, chargé en émotions. L’auteure s’empare d’un sujet difficile et prend le pari de la légèreté, comme une ultime politesse. Parce que malgré tout, « show must go on ! »

Mademoiselle a la folie

Mademoiselle, à la folie… Le titre est léger, évoque les pétales qui s’envolent dans des jeux enfantins. Mais avant même les premières lignes du roman, l’épigraphe ramène le lecteur à la gravité du thème : la folie, ce n’est pas seulement le champagne, la tournée, l’amour, la célébrité… La folie, c’est ce mal sournois qui s’insinue dans l’esprit de Catherine, grande comédienne, admirée et reconnue. Doucement d’abord, comme un souffle qui emporte quelques secondes de lucidité. (« Je devrais sans doute ajouter quelque chose, mais quoi ? Comme rien ne me vient, je me tais, je fais comme elles, je souris. Nous levons nos coupes, nous buvons à la vie. Tout va bien »). Puis, implacablement, il s’empare de tout son être, et les moments de conscience se font de plus en plus rares (« Je ressens quelque chose d’inhabituel encombrer mon esprit et s’acharner à me diminuer »). Parce qu’il résonne personnellement, ce petit roman m’a profondément touchée. L’auteure parvient à mettre des mots (sont-ils les bons ? est-ce vraiment ce que ressent le malade qui se sent lentement dériver vers la folie ?) sur ce terrible mal, à en décrire la lente mais irrémédiable évolution, vers le fond. Les premières absences, le manque du mot, les retours en enfance, les attitudes qui deviennent de plus en plus inadaptées, la perte de repères sociaux, l’envie de rien puis de tout… Et surtout, la peur, la grande frayeur de ceux qui ne peuvent lutter contre cet ennemi invisible et invincible et qui voient pour seules issues la mort ou la folie (« j’ai dans la tête un mal gourmand qui me transforme en rosier stérile. Une saleté qui fait de moi une autre »… « j’ai mené une existence de lumière, je ne me résous pas aux ténèbres »). Et que dire des aimants, ceux qui acceptent et pardonnent, ne pouvant que supporter les sautes d’humeur, les répétitions, les excès, les oublis… Jusqu’au bout, Mina, l’amie et agent de toujours, soutient et porte Catherine, dans sa vie, dans sa maladie, dans sa folie (« Son bel esprit vivra et si ses souvenirs s’envolent, nous en fabriquerons de nouveaux, que je graverai dans sa mémoire volatile. »). L’écriture est magnifique et précise, poétique souvent, prenante. Une belle et vraie lecture. – Elise Ribot

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Ce récit dégage beaucoup de finesse et d’élégance : même si elle y est clairement exposée, le nom de la maladie n’est jamais prononcé. N’ayez crainte : le ton est résolument gai et sans pathos !… Retrouvez le billet complet de Carole sur son blog.
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Un livre plein d’émotions. On ne saisit pas dès les premières pages l’ampleur émotionnelle de ce roman. Petit à petit, à travers plusieurs personnages on découvre l’amitié, la maladie et l’amour. Catherine, le personnage principal souffre de trouble de la mémoire jusqu’à mélanger, voir oublier les personnages et souvenirs qui l’entourent. Mina, l’ami, l’agent (Catherine est comédienne) prend soin d’elle, devient son pilier dans la vie quotienne. L’amant quant à lui, n’assume pas sa relation avec la comédienne et semble désemparé par ce qui arrive à Catherine. Le roman est découpé en petits tronçons dans lesquels chaque personnage s’exprime. Un même événement est donc raconté et vécu différemment. On se rend compte que cette maladie est parfois encore plus difficile pour l’entourage que pour le malade qui finalement “se réinvente” sans cesse. L’émotion est vive et présente tout au long du roman. L’écriture est simple, directe, le roman est court mais précis. Une belle réussite ! – Nina Busson-Boulonne
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On trouve une force vive, flamboyante chez cette demoiselle, dès les premières pages. Puis, l’on se rend compte qu’on essuie les paillettes d’un éclat révolu. Toujours présente physiquement, l’héroïne nous sème et nous échappe, se perd elle-même dans les méandres de ses pensées, de l’autre côté du miroir. L’alternance des points de vue est un bon choix narratif qui permet de découvrir peu à peu la présence de la maladie et son destin irrémédiable. La plume est émouvante et élégante. Sobre, elle se révèle autour de très beaux passages ; il s’agit d’un texte léger malgré la colère omniprésente qui y règne. Ce fut pour moi une lecture écho, j’ai eu un coup de foudre pour le roman Kumiko d’Anna Dubosc, il y a quelques mois, relatant lui aussi la descente aux enfers de la maladie d’Alzeihmer. Dans son livre, comme dans celui de Pascal Lécosse, on y trouve une urgence, une impuissance et toutes les émotions universelles qui y sont liées, que nous, lecteur, ne pouvons que subir de plein fouet. Et puis, le choix du personnage de Mina, met en avant la fidélité, l’amitié entre ces deux femmes, unies dans la lumière et l’ombre, mais aussi la solitude. Pascale Lécosse met en avant également la fourberie des relations humaines à travers le personnage de l’amant qui n’officialisera jamais son amour pour la belle comédienne mais aussi celui de la voyante qui semble être juste une oreille dans la vie isolée de l’héroïne. Mademoiselle, à la folie ! est un roman plein d’émotions rappelant à quel point la vie est à vivre dans l’instant, dans l’importance des relations humaines de la véracité et du combat. – Anne Richard

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Il serait simple de parler de déchéance et de décrépitude sur ce sujet, mais ce n’est pas ce que l’on ressent à la lecture de ce roman sincère et pudique, qu’on se surprend à lire presque avec légèreté malgré la gravité de la réalité qu’il dépeint… Lire le billet entier de Claire Séjournet sur son blog

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Voici une belle découverte que ce petit livre qui nous parle avec beaucoup de pudeur de la maladie d’Alzheimer, de la transformation qu’elle opère sur les malades, modifiant leur rapport aux autres et au monde. Un bouleversement d’autant plus fort lorsque la maladie atteint des personnes encore jeunes, actives, brillantes. C’est drôle, sensible, et toujours juste. La narration est rythmée, nous faisant partager des moments de vie de cet inexorable voyage. Le sujet est grave mais Pascale Lécosse réussit à la traiter avec délicatesse et sans misérabilisme. Une très belle lecture. – Nathalie Ghinsberg
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La brièveté m’a d’abord un peu inquiétée : à peine 125 pages ! Certes, l’auteure a commencé à écrire comme dramaturge et le format théâtral est court, mais tout de même… Mes craintes se sont progressivement estompées à la lecture. Nous retrouvons ici un ton de comédie, autour de scènes dialoguées efficaces, bien menées, à la limite de l’humour et du tragique, d’une légèreté salutaire qui évite l’écueil d’un pathos où il serait facile de tomber… Lire la chronique très détaillée d’Aline Raynaud sur Babelio

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D’emblée la couverture rouge et le titre captent le regard, l’ensemble est sobre et efficace, à l’image de ce premier roman fulgurant, aussi bref qu’intense. Pascale Lécosse maîtrise à la perfection l’art de la fugue à travers le portrait de son héroïne, Catherine, acclamée par le public et la critique, à l’apogée de sa carrière, dont la mémoire – ironie du sort pour une comédienne – s’enfuit inexorablement un peu plus chaque jour. A la manière d’un drame antique, avec une unité d’action et de lieu savamment maîtrisées, nous assistons entre légèreté et gravité à l’automne d’une vie, sans fioritures ni pathos. L’histoire fait la part belle à la relation fusionnelle et passionnelle qu’entretiennent Catherine et Mina, son accompagnatrice des jours pluvieux et radieux, gardienne jalouse du temple, décidée, envers et contre tous, à protéger celle pour qui elle a sacrifié sa vie. Le rideau va bientôt tomber, nous le pressentons dès les premières lignes, mais les lumières continueront à briller sur la scène désertée, à briller grâce à l’aura d’une femme libre et décadente qui se sera donnée corps et âme à son public, au risque de se perdre elle-même… – Catherine Pautigny

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A lire également, les billets des lecteurs directement sur leurs blogs respectifs : « Lu d’une traite » par Anne-Marie Gabriel, « Une très jolie découverte » pour Anne Leloup, « Un roman qui se lit vite (peut-être trop ?) » pour Pati Vore, « Une lecture mitigée » pour Violaine, « Tout simplement bouleversant » pour Joëlle Guinard

 

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