Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer

Depuis sa sélection, ce premier roman a réussi l’exploit de se faire remarquer à peu près partout, lauréat du Prix Stanislas et finaliste du Prix du roman Fnac entre autres. Une lumière bienvenue pour un livre qui apporte sa pierre à l’exploration d’une période noire que nous n’avons pas fini de décortiquer.

Ces reves qu on pietine

Des rêves ? Qui n’en chérit pas quelques-uns ? Dans ce roman, il y a les rêves d’un père qui attend un signe de sa fille, ceux d’une jeune-femme qui veut exister aux cotés des puissants, ceux d’un homme qui a faim, d’une mère qui protège sa fille et ceux d’un auteur qui espère un monde plus humain… Découvrir le billet de blog de Bénédicte Junger.

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Ce qui se joue devant nous pourrait être le dernier acte d’une pièce de théâtre tragique. La fin d’un monde, les dernières heures avant le point de chute. Oui, mais voilà, la tragédie dont on parle, nous la connaissons, c’est celle de la Seconde Guerre mondiale, celle des camps. Ce sont les dernières heures du régime. Les troupes allemandes sont prises en étau entre les communistes à l’est, et les américains qui débarquent à l’ouest. C’est la fin du IIIe Reich, la fin d’un monde.
Le fil rouge de ce roman est un carnet contenant les témoignages de dizaines de prisonniers d’un camp. Parmi eux, Richard Friedländer, le père adoptif de Magda. Ses lettres, comme tant d’autres, s’abîmeront dans un silence assourdissant. Fela et sa petite fille Ava en seront les gardiennes.
Pendant que les soldats allemands « vident » les camps dans un dernier sursaut de violence avant la chute, Hitler et les derniers dirigeants du parti se terrent dans leur bunker, comme les acteurs d’une mauvaise farce, grotesque mise en scène de leur échec dans un temps qui s’étire et qu’ils occupent en fêtes ridicules et cyniques, pendant que les bombes pleuvent sur Berlin, juste au-dessus d’eux. Magda Goebbels est là aussi, attendant que la fin vienne, observant ses enfants et leur innocence, se remémorant sa propre ascension. Sa voix fait écho aux lettres de Friedländer, comme un terrible monologue intérieur qui la conduira à sa chute.
Ce livre est magistral, bouleversant à plus d’un titre, et parfaitement maîtrisé. Un premier roman de haute volée et indispensable, qui redonne une parole individuelle à cette guerre. Mais ne vous y trompez pas, il s’agit bien d’une fiction. Les lettres, les pensées de Magda, tout est inventé. Et c’est bien là qu’est le talent de Sébastien Spitzer, une plume à suivre, donc. – Amélie Muller
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Parce qu’inéluctablement l’histoire se répète, parce que l’oubli se fait toujours plus menaçant, il faut lire ce magnifique premier roman de Sébastien Spitzer.
Son livre, extrêmement bien documenté, nous plonge sur les routes d’Europe et à Berlin, à la fin de la seconde guerre mondiale. La défaite des allemands est toute proche mais pour autant, le calvaire des survivants des camps est loin d’être terminé. Des camps qu’il faut évacuer, nettoyer. Ne pas laisser de traces. Aussi, ceux qui restent encore, les rescapés de mois de torture et de privations plus abominables les unes que les autres, sont déplacés, terrifiés pour avancer, certains jusqu’à une grange. Incendiée.
« Les rêves s’effondrent quand ils deviennent passionnants. Quand ils nous crochent, nous happent, sans prévenir ».
Ces rêves piétinés, ce sont ceux d’Aimé, de Judah, de Fela et de tant d’autres, qui ont espéré jusqu’au bout, qui ont tenu grâce à la perspective de la fin du cauchemar et à la promesse d’une vie meilleure. Mais c’est avant tout le rêve d’un père, qui a aimé sa fille plus que tout, en vain. Cette fille n’est pas n’importe laquelle : elle s’appelait Magda. Première dame du IIIe Reich, Sébastien Spitzer nous la fait découvrir sous un jour nouveau, celle d’une femme déchue, vivant ses dernières heures dans le fameux bunker qui a abrité Hitler et ses proches jusqu’à leur disparition. Après un premier mariage dont est issu son fils adoré Harald, elle épousa le bras droit d’ « oncle Adolf », le ministre de la Propagande, Joseph Goebbels. Alors que les russes étaient dans Berlin, bombardée sans relâche, Magda vécut cette fin de guerre, entourée de ses six enfants, recluse dans cette prison et emportant avec elle ses secrets. Parmi eux, un père, Richard Friedländer, l’un des premiers juifs raflé et déporté qu’elle aura laisser mourir à petit feu à Buchenwald. De leur relation, il ne reste presque rien, juste quelques lettres, celles de Richard à Magda, qu’une petite fille aura conservées dans un rouleau de cuir, à travers les épreuves, comme les derniers témoins d’un amour absolu à sens unique. Bien pire que les rêves évaporés, il y a l’oubli. Ce néant qu’incarne si bien Magda et que seule l’histoire, les écrits peuvent vaincre. Alors, pour ne pas oublier, pour ce père délaissé, pour Ava, il faut lire ce formidable roman !Julie Vasa
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Si je devais choisir un mot pour résumer ce livre, j’écrirais : Noirceur. Voila un livre dur, douloureux à lire, que j’ai au début failli abandonner plus d’une fois. Un livre morbide, violent, dégoulinant de haine, mais un livre nécessaire. J’ai cherché les miettes d’humanité, à travers les lambeaux de vie de tous ces personnages, Judah, Fela, Lee, et tant d’anonymes, tournoyant comme des fétus de paille dans les bourrasques de La Grande Histoire. J’ai vu deux mères, leur amour pour leurs enfants. Au risque de choquer certaines, qui peut dire que l’amour mortifère de Magda est moins fort que celui de Fela ? Il m’a fait penser aux suicides collectifs des sectes apocalyptiques ou aux meurtres compassionnels des mélancoliques. Aussi, quelle dose d’égoïsme mène t’elle à préserver la vie d’un nouveau-né dans un camp de concentration ? Tout peut se concevoir, car tout est vrai, même l’innommable, tout a eu lieu et encore bien pire. Le plus terrible, c’est d’accepter d’avoir, comme chaque humain, toute cette saleté au fond de moi. Et me voilà seule avec mes questions, après la dernière page du roman, après l’impressionnante postface et les remerciements émouvants : si cette lecture a été aussi difficile pour moi, qu’en a-t-il été de l’écriture ? Pourquoi ce livre, qu’est-ce qui a fait que Sébastien Spitzer en soit venu à écrire un texte pareil ? Que souhaiterait-il qu’on comprenne, qu’on en retienne ? Pourquoi Martha, pourquoi Ava ? Et lui, Sébastien Spitzer, quels rêves fait-il ? – Adèle Binks
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Au risque de faire mentir le pari lancé par Dame Charlotte, j’ai le regret d’avouer que ce premier roman ne m’a pas transportée et ne recueille pas les éloges, pourtant nombreux, auxquels j’aurais pu associer ma voix. Je ne me lancerai pas dans le «pitch» dont certains parmi vous, nous gratifiez, car tout est dit et bien dit. Alors pourquoi ? Le style, indubitablement. Voilà ce qui m’a déplu et empêché de me sentir proche de l’univers, des personnages, de ce qu’ils vivent dans leur chair au plus profond d’eux-mêmes. Cette propension à marteler des phrases courtes, taillées dans le roc, invariablement, systématiquement, comme un exercice de style imposé, excluant tout pathos au cours des 300 pages, a failli me faire abandonner la lecture avant la fin. L’impression d’être constamment en apnée, sans pouvoir respirer ni être impliquée, touchée, dans ce qui se joue autour de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Magda Goebbels est restée une énigme. Son suicide tout autant, trop méthodique, sans emphase «et un voile reste dressé entre le geste et son moteur intime» comme le dit si bien l’auteur dans sa postface. Dommage, je partais confiante dans cette lecture mais mon rêve a été piétiné. – Cécile Rol-Tanguy
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 C’est vrai que je suis très exigeante, cette époque torturée et torturante me hante, et réveille toutes mes craintes, et c’est vrai aussi que le traitement froid et chirurgical de la fin du Reich est parfaitement maitrisé et quel le double éclairage donné est efficace. Mais je n’ai pas succombé, Magda Goebbels est tellement abominable et cruelle qu’elle en devient inhumaine et donc difficile à accepter, si ce n’est en distance. Trop de folie et d’insensibilité ont eu raison de ma sensibilité. Les lettres d’un père, juif captif, à sa fille Magda sont émouvantes, un peu prévisibles, mais restent vaines, y compris dans leur écho possible. La petite Ava, rescapée des camps et ultime passeuse de cette correspondance désespérée et ultime témoin de l’horreur organisée est la seule qui m’a émue, vraiment, car elle est dans un silence plein d’une force vitale très bien transmise par l’auteur . Je pense aussi que le cumul de tous les écrits sur cette page d’histoire ont peut être aussi saturée ma capacité de révolte ou de partage. Désolée, ce livre a frôlé la perfection, mais je n’ai pas réussi à vibrer.  – Martine Magnin
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Lisez ce roman, partagez-le. Cette chronique pourrait se résumer à la scansion de ces neuf syllabes. Bien plus qu’un roman historique sur les derniers jours de Magda Goebbels et l’innommable calvaire des survivants de l’enfer des camps jetés sur les routes encadrés par des soldats qui ont perdu toute humanité, ce récit est un cri contre l’ignominie des hommes, et l’appel désespéré d’un père – Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs – à sa fille, qui n’est autre que la femme la plus puissante du IIIe Reich. Construit autour des lettres de ce père contenues dans un rouleau de cuir qui voyagera de mains en mains, passage de témoin de la mémoire collective de tout un peuple opprimé par le nazisme ; ce premier roman saisissant laisse une empreinte indélébile longtemps après l’avoir refermé. Une lecture nécessaire pour ne jamais oublier. Une lecture nécessaire pour lutter contre la montée des extrémismes et l’obscurantisme qui rongent aujourd’hui encore notre société. Une lecture salutaire. Merci Sébastien Spitzer, merci. – Catherine Pautigny
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Livre dur, attention. On suit en parallèle la vie dans les camps en suivant Juddah, Fela et Ava, 3 personnes victimes du nazisme avec ses horreurs et atrocités et le parcours de Mme Goebbels et ses 6 enfants… On les suit au travers des années de guerre dans leurs vies parallèles mais si différentes : entre l’opulence, les mondanités d’un côté et les souffrances, privations d’un autre..; mais à la fin, l’Histoire retourne les choses : la vie est laissée aux rescapés des camps et la mort est la seule issue vue par Mme Goebbels pour sauver la face. Ce livre est fort intéressant mais dur et difficile à lire par moments et pourtant je suis une habituée de ce genre de livres car c’est une période historique que j’adore et qui m’intéresse beaucoup (peut être est-ce mon sang alsacien qui m’influence??). L’écriture est en correspondance totale avec les épreuves, jamais larmoyante mais incisive comme les évènements vécus par chacun.. Une découverte. – Marie Heckmann
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Lire également les billets des lecteurs directement sur leurs blogs : Une très belle histoire de l’Histoire pour Vanessa ; Un livre fascinant par son sujet pour Anne Leloup ; Poignant mais porteur d’espoir pour Dominique Sudre ; Un premier roman audacieux pour Amandine Cirez ; Un roman qui va creuser dans l’âme des personnages les raisons qui les font agir pour Henri-Charles Dahlem ; Un énorme coup de coeur pour Joëlle Guinard ; Convainquant et marquant pour Nicole ;
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