De la bombe – Clarisse Gorokhoff

« Il était une fois, dans un splendide palais sur les rives du Bosphore, une jeune femme qui s’apprêtait à poser une bombe… » ; détonnant, déconcertant, déstabilisant… à l’image de son incipit, ce premier roman prend les lecteurs à contre-pied. Certains suivent, d’autres chutent mais tous saluent une très belle écriture et la naissance d’un écrivain.

De la bombe

« Clarisse Gorokhoff parvient à nous faire aimer cette enfant perdue, pauvre petite fille riche. Et ce n’est pas là le seul tour de force de ce roman. » pour Henri-Charles Dahlem dont le billet entier est à découvrir ici.

Un premier roman qui nous entraîne sur les pas d’une jeune française qui vit à Istanbul et qui vient de déposer une bombe dans un des palaces de la ville. Ce texte est détonnant et surprenant car par la voix de cette jeune femme, l’auteure nous décrit bien la ville d’Istanbul, ses habitants. Cette jeune femme, française, s’est installée et est devenue la maîtresse d’un étrange homme, qui la reçoit régulièrement dans la suite 432 du palace et qui l’héberge dans un appartement luxueux. Elle va rencontrer une femme de ménage de l’hôtel, kurde, qui va l’initier au terrorisme et qui va lui fournir d’ailleurs la bombe. Elle va aussi rencontrer une étrange vieille voisine, qui va l’aider à se « débarrasser » de son amant et aussi le fils de cette dame. Un livre qui flirte avec le roman policier, le roman sur une ville et surtout un roman sur la vie et les espoirs d’une jeune femme. D’une écriture quelquefois crue, l’auteure ose nous parler de la sexualité féminine, nous parle du désir, de la soumission. Un premier roman qui ose aborder des sujets si sensibles. Aucun jugement sur cette poseuse de bombes, qui n’a d’ailleurs peu de revendication pour cet acte meurtrier. L’auteure reste au plus prés de son personnage et on finit par s’y attacher à cette jeune femme, qui se cherche et qui est paradoxalement entraînée par des événements qui vont vite la dépasser. Un livre dérangeant car il traite d’un sujet d’une si cruelle actualité, et je me suis tout de même posée la question, s’il était vraiment possible de romancer ainsi de tels actes de barbarie. « Et nous sommes seules, murées dans un épais silence qui voudrait tout savoir : le commencement et la fin du récit, les explications et les dessous de l’histoire, la part des choses. Mais souvent il faut savoir accepter que l’on n’en saura rien. Pas plus des mobiles d’un attentat, que de l’envie de se reproduire ; tuer des innocents, faire des enfants : le risque de ne pas être satisfait est partout, celui de s’en mordre les doigts aussi. Mais on fait, pourtant, en permanence, on saisit des atomes, on agite de la matière, on met en branle l’idée de la mort pour mieux exécuter le désir d’une vie. »« A force de ne pas parvenir à me faire aimer d’un seul individu, il me reste la possibilité de me faire haïr du monde entier. »Catherine Airaud.

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« Un roman culotté, une écriture rythmée, élégante, charnelle parfois. Une héroïne étonnante, complexe, tourmentée et qui provoque des sentiments très divers chez le lecteur, entre incompréhension, compassion et colère. » – pour Nicole G. dont le billet entier est à découvrir ici

Istanbul. Première scène, premier choc. Ophélie, une jeune française, s’apprête à poser une bombe dans un hôtel de luxe de la capitale turque. D’emblée le lecteur pressent que cela finira mal. Alternant le présent de l’action, forcément tendu, avec des flash-back sur les mois précédents son passage à l’acte, le roman est construit comme un polar, ou plutôt comme une tragédie, faisant tendre l’action vers un point de non-retour, que l’on devine complexe. Entre temps, il faudra tenter de comprendre comment elle en est arrivée là, et de quelle façon cet homme, Sinan, sorte de pervers narcissique que tout le monde semble connaître et qui capture ses proies grâce à un charme glaçant, est lié à la décision d’Ophélie de commettre l’irréparable. Je n’ai ni détesté ni adoré ce livre, tant il est particulier. Il y a une écriture, un style qui percute, qui bouscule et malmène, et un vrai sens de la mise en scène. Un côté road-movie à la Thelma et Louise, que j’ai apprécié. Mais une intrigue un peu vaine, j’aurais aimé plus d’enjeu, une force du destin plus tragique, plus forte, qui m’a manqué pour être totalement embarquée.- Amélie Muller

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« Il était une fois, dans un splendide palais sur les rives du Bosphore, une jeune femme qui s’apprêtait à poser une bombe… » Il me suffit souvent d’une phrase, la première, pour ressentir ce que sera ma lecture d’un récit. Les quelques mots par lesquels débute le premier roman de Clarisse Gorokhoff, ne pouvaient que me plaire… un conte !
Ophélie, une jeune française passe ses jours et… ses nuits à l’hôtel Four Seasons Bosphorus d’Istanbul. Elle y traîne sa beauté, son oisiveté, … « [ses] idées noires » et retrouve Sinan, son amant qui n’a pourtant rien de reluisant. Un jour, une jeune femme, employée de l’hôtel les surprend dans la fameuse chambre 432. D’une beauté encore plus saisissante qu’Ophélie, Dérya, jeune Kurde, va tout de suite subjuguer la jeune femme et l’entraîner vers… la pose d’une bombe.
Tout commençait bien, donc. L’écriture, magnifique, extrêmement précise et parfaitement dominée, parfumée de poésie était faite pour me plaire. De même les chapitres courts et dynamiques ne pouvaient que m’entraîner à vitesse grand V vers la fin de l’ouvrage. Et pourtant, très vite, l’intérêt a faibli, très vite je me suis demandé où l’auteur voulait en venir. Très vite, j’ai été déconcertée par ce mélange d’horreur et de drôlerie. Le burlesque de la situation, le road-movie, un cadavre à bord, n’ont pas eu l’heur de me transporter. De ce fait, petit à petit les personnages me sont devenus moins sympathiques, moins attirants, moins attachants. Et même si Istanbul y a une place prépondérante, même si sa visite est digne d’un guide touristique, il m’a manqué beaucoup de choses pour que ce roman soit un de mes préférés.
Le voisinage du terrorisme et de la cocasserie ne m’a pas transportée, loin de là. Et une question déjà posée revient : que voulait l’auteur en écrivant ainsi ? Eloigner la peur et le chagrin ? Démontrer que l’oisiveté est vraiment mère de tous les vices ? Que fuyait vraiment son héroïne ? Je n’ai trouvé aucune réponse
Et, comme à chaque fois, je suis désolée de ne pas avoir fait cœur avec un ouvrage particulièrement bien écrit. – Geneviève Munier
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Les lecteurs ont également publié sur leurs blogs respectifs : Joëlle, Héliéna
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