Le cœur à l’aiguille – Claire Gondor

Les lecteurs suivent le fil de cette intrigue singulière qui voit la jeune Leïla coudre une robe à partir des lettres et petits mots envoyés par son fiancé que l’on devine loin d’elle… Point après point, les souvenirs affleurent et l’histoire des deux amoureux se précise.

Le coeur a l aiguille

Je commence par ma conclusion : ce tout petit livre est un bijou.   Tout à fait ce que j’aime : une écriture parfaite, une ambiance feutrée, toute de douceur et d’amour. Ce sont d’abord les lettres de son aimé, brèves missives de quelques mots que Leïla coud , soir après soirs, sur des carrés de tissu blancs pour s’en faire une robe. De mariée ou de deuil. « Comment cette idée de se fabriquer une robe de mots était née, Leïla ne saurait le dire. Dès le lendemain, (…) elle avait su. Su que c’était là la seule manière de panser la béance. » On ressent la tristesse profonde de la jeune femme qui devait arrêter son travail de couture « pour aller se coucher et mettre en sommeil la fabrique à idées noires qui ferraillait dans sa tête. » Ensuite, ce sera le souvenir des moments heureux avec Dan, le souvenir des soirées passées avec sa famille afghane exilée à Paris. Le ton en est différent, c’est celui du récit, de la vie. Une fois le livre terminé, j’ai relu le chapitre d’ouverture qui prend tout son sens. – Mireille Hurard-Le Fustec

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La mariée était presque en noir…Vêtue d’une robe de papier couvert d’encre, elle pose devant le photographe, absente. Seule.

Pendant des semaines, elle a cousu point à point cinquante-six lettres de petit format ensemble, faisant ainsi un patchwork qui ne doit rien au hasard, placé peu à peu sur le mannequin de couturière qui trône dans sa chambre. Avec minutie, avec obstination et réflexion, elle assemble les morceaux de papier auxquels elle attribue une place selon leur contenu. Sur le sternum, un papier plus épais, qui soutiendra le tout et son moral en même temps. Sur le sein droit, les mots qui racontent leur première nuit d’amour. Sur le cœur…quoi d’autre ? Car Dan, son amour, amant blond et athlétique, est parti loin, dans l’insoutenable chaleur du Soudan.

Et à chaque moment de couture, Leïla associe les mots de son amoureux, les parfums de son corps, le grain de sa peau, leurs couleurs contrastées, elle toffee, lui, craie. En longues volutes poétiques, Leïla restitue le passé, les moments de douceur, de furie, de calme et de passion, les rires et la fête.

Mais elle évoque également ce qui fait sa vie, petite Afghane réfugiée en banlieue parisienne, les soirées de joutes poétiques et de contes en persan dits par la tante Fawzia, celle qui sait apaiser les chagrins et redonner l’espoir. « Elle avait montré à sa nièce qu’elle n’était pas son chagrin, qu’elle ne lui était pas éternellement associée. Au-delà ou à côté, subsistait une part d’elle-même intacte, radieuse, une Leïla avide de fables et d’évasion. […] Tout passe, tout s’évapore. Les larmes aussi. »

 Le ton est doux et léger, sans la pesanteur du drame sentimental. Les évocations, délicates comme des esquisses japonaises. Les sensations, fluides et légères, sensuelles et rieuses. Le style peut-être un brin trop travaillé a pour effet sur certains lecteurs qu’on n’entre pas vraiment dans la vie de Leïla. Mais il faut sans doute y voir un défaut de débutante. Attendons la suite. – Evelyne Grandigneaux

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Dan parti, Leïla va conserver ses lettre d’amour précieusement.Lui vient l’idée de les réunir toutes pour confectionner une robe. Grâce à ses lettres qu’elle coud une à une, nous avançons et glissons doucement dans leur intimité de tous les jours, faîte de moments simples mais inoubliables aux yeux de Leïla, dont le passé de réfugiée Afghane ressortira au fil des pages. Chaque lettre cousue deviendra comme une poésie, écrite avec délicatesse et retenue. Très beau premier roman, en attendant une confirmation par le prochain livre de Claire Gondor – Philippe Hatry                                                                    _________________________

Leïla, jeune femme amoureuse commence à réaliser son œuvre: coudre les lettres de son compagnon parti au loin pour en faire sa robe de mariée. Cette activité lui permet de revivre chacun des moments forts de sa vie.
Au fil des pages, on comprend que Dan et Leila vivent séparés car Dan est parti au loin en mission.. Est il militaire? salarié d’une société? Le mystère plane..
Leila vit cloitrée chez elle et passe ses nuits à coudre ses lettres selon le patron qu’elle s’est fabriqué. Et chaque lettre la replonge en arrière dans ses souvenirs amoureux mais aussi familiaux.. Mais on comprend, on aperçoit tel la couture invisible d’un vêtement que cela se révèle très douloureux pour elle . Mais elle souhaite plus que tout rassembler les morceaux de son existence en miettes dans cette robe. Est ce un court roman ou une longue nouvelle? On ne sait pas trop…
Le roman est délicat tel les lettres cousues sur cette robe fragile qu’elle doit enduire de vernis colle, les propos sont fins mais j’ai trouvé quelques longueurs tout de même – Marie Heckmann

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Déjà, la couverture du livre est attirante, discrète et jolie, claire et parsemée de touches noires… des mots… elle donne envie d’ouvrir et de voir ce qui se cache derrière ce titre aux allures de jeu de mots « Le cœur à l’aiguille ». Le cœur à l’aiguille, c’est le titre du premier roman de Claire Gondor.
Et là commence… ou bien finit, peut-être, l’histoire de Leïla. Elle commence par cette phrase « La photo serait belle assurément. » Leïla est une jeune fille, elle vit dans la région parisienne et pleure l’absence de Dan, son amoureux, parti se battre à Khartoum. Dan écrit des lettres, enfin, plutôt des petits mots sur des petits papiers. Et Leïla, couturière décide d’en faire sa robe de mariée…
Le récit a quelque chose de suranné. Il est tout en douceur, élégant, gracieux. L’écriture est coquette, poétique, aérienne « Le soir tombait sur le canal. La terre semblait s’ouvrir pour laisser monter le brouillard ». Elle touche aussi à la passion, au charnel « Femme de chair et de papier, revêtue de ses mots à lui…. Ils épousaient son corps, ils épousaient son âme ». Tout me semble délicat, dans ces mots choisis qui traduisent l’amour de Leïla. Le thème est original qui consiste à coudre ces lettres sur des carrés de tissu, à les positionner de façon très précise, à les relire avant de les utiliser.
Et pourtant, pourtant le charme n’opère pas complètement. Ma lecture est distanciée, je lis mais ne ressens pas. Je ne ressens pas d’empathie pour cette jeune fille, je ne ressens pas de crainte pour son compagnon en danger. J’ai l’impression de me regarder lire. Mais les personnages ne me parlent pas. Pourquoi ? Les morceaux de lettres prennent-ils la place de celui qui les a écrites ou de celle qui est en train de les assembler au point de les cacher ? M’aurait-il fallu davantage de détails sur la vie de chacun ? Dan ne révèle rien de ce qu’il vit au loin… ce manque nuit-il à l’intérêt ? Leïla me paraît fade, son amour pourtant sincère n’a pas l’éclat que certaines phrases laissaient imaginer. Sans doute aurait-il suffi de presque rien pour pallier ce manque, cette déception, ce goût d’inachevé. C’est joli, raffiné, mais sans véritable saveur. – Geneviève Munier
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Admirable, Le cœur à l’aiguille est un premier roman admirable. Fragile, gracieux, gracile. Comme cette robe de papier cousue mains avec les mots d’amour griffonnés par l’amoureux, parti loin, exilé du cocon, pour des missions terrestres dont on devine la rudesse et le réalisme cruel. En brodant, Leïla raconte son attente, se souvient leur rencontre, se prépare aux fiançailles, et tisse mot après mot la robe de son bonheur, de sa douleur.
Avec à la fois peu de choses, peu de description sur les personnages, leurs psychologies, leurs récits de vie, l’auteure réussit à nous transmettre beaucoup de leurs sensibilités et univers, sans doute grâce à une écriture d’orfèvre, aux mots ciselés. L’histoire est contemporaine mais il s’en dégage un parfum d’intemporalité. Leïla fille de la ville, très urbaine et féminine, ancrée dans son temps et porteuse d’une autre culture, d’un ailleurs lointain transmis par sa famille présente et chaleureuse. Dan garçon de la campagne, provincial taiseux, fils choyé sans emphase. Et pourtant cet habit cousu, filé, greffé au corps car les mots portent un sens et s’incarnent à même la chair ; oui cet habit pourrait avoir été écrit à d’autres époques, même lointaines, tant la préciosité rappelle le chant d’un amour courtois perdu, tant la poésie convoque les envolées des grands romantiques, et n’est pas loin l’image d’une Pénélope tisserande dans le tourment intérieur d’une attente infaillible.
La nuit, le silence, la torpeur d’un été, la patience et l’ardeur de l’ouvrage sont admirablement retranscrits. C’est aussi un roman d’ambiance, une lenteur passionnée dont on devine de suite le drame qui se joue, dont on sait irrémédiablement l’issue. Et pourtant on accompagne Leïla dans son recueillement presque religieux, voué à son amour ; on chemine, on retient son souffle, on tremble. « Elle pressentait de quelle ascèse et quelle intériorité était tissé ce projet. Elle savait déjà confusément quel grand silence il faudrait nourrir en elle, jour après jour, pour mener à bien son dessein secret. Palier par palier, atteindre les abysses. Strate après strate, expulser l’inutile. » Ce roman est beau. Malgré un cœur fendu, le palpitant persiste dans le rythme de l’aiguille ouvrière et en fixant les coutures, en soignant les finitions, ouvre sur un espoir. – Karine Le Nagard
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En attendant le retour de Karthoum, de l’homme qu’elle aime, telle Pénélope, Leïla coud sa future robe de mariée avec tous les petits qu’il lui a envoyés. Ces mots qu’elle coud sur sa robe, c’est comme si elle les cousait à même sa peau car pour elle ce sont des preuves de l’amour que lui porte Dan.
Leur histoire est telle un puzzle que l’on découvre au fil de la lecture de ces petits mots qui ont un pouvoir de réminiscence nous racontent leur histoire de leur rencontre, de leur complicité, de leur quête mutuelle de l’un et l’autre. Mais c’est aussi la propre histoire de Leïla et de son pays l’Afghanistan.
Ce petit roman est vraiment très agréable mais la fin est quelque peu déroutante car trop précipitée j’aurais aimé qu’elle soit un peu plus étoffée. – Sy Dola
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Et les billets des lecteurs sur leurs blogs respectifs : Henri-Charles, Sabine, Anne, Joëlle, Héliéna
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