Nous, les passeurs – Marie Barraud

« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »

Et ces mots, les lecteurs les reçoivent droit au coeur. Dans les chroniques, c’est le mot émotion qui domine, devant cette quête essentielle qui est également un superbe cadeau d’une fille à son père.

Nous les passeurs

Un grand-père qui est un héros mais dont on ne parle jamais. Un père adoré, admiré, que la colère a empêché d’être fils. Au bout de ces chaînes scellées de silence, la narratrice, Marie, petite-fille et fille, qui choisit de libérer des fantômes. Et entre eux, entre les lignes de ce roman qui n’en est pas vraiment un, à l’intérieur de chaque mot, comme enfermé et ne demandant qu’à éclore et s’épanouir, un amour immense, un amour inconditionnel qui court de l’un à l’autre, se transmet, achoppe sur l’incompréhension, manque être étouffé pour rejaillir dans toute sa force au terme de cette quête que nous raconte Marie Barraud.
Albert Barraud, son grand-père paternel, médecin bordelais a été arrêté en 1944 pour faits de résistance et déporté dans un camp près de Hambourg. Sa position au « Revier » du camp, lui permet d’aider et de sauver de nombreuses vies. Lors de l’évacuation du camp en 1945, il choisit de rester le plus longtemps possible avec ceux qui vont mourir. Et c’est ce choix que son fils ne lui pardonne pas. Cette préférence accordée à d’autres qu’à ceux qui l’aimaient et avaient aussi besoin de lui, sa femme et ses deux fils, suscite incompréhension, colère et rancune. Le souvenir d’Albert Barraud n’est plus qu’un nom de rue et la mémoire familiale l’enfouit sous des couches de douleur jamais dite.
Au risque de réveiller tous les chagrins d’un enfant qui n’a pas pu connaître son père, Marie Barraud creuse chaque information qu’elle peut trouver afin de reconstituer l’histoire de ce grand-père héroïque qui lui demeure inconnu. En superbe et bouleversant cadeau d’amour pour son propre père, elle lui permet de se réconcilier avec l’enfant qu’il fut, élevé dans l’absence, sevré d’amour paternel. Et ce geste d’une fille qui console son père est déchirant de beauté et de force. Un geste qui affirme la fierté d’une victoire sur la barbarie.
Des mots simples pour tout raconter et tout exprimer. Une justesse qui n’a rien d’apprêté mais qui se place au cœur du cœur de la souffrance et de la tendresse. L’émotion naît de l’histoire, bien sûr, mais surtout de cette écriture fluide et sensible, comme gorgée d’amour et de chagrin, qui sait malgré tout rester digne et pudique. « Nous, les passeurs » c’est comme une main tendue entre générations, à travers les convulsions de l’Histoire, d’une fille à son père et à son grand-père revenu au monde par la grâce d’un récit. La gorge se serre de tristesse et de joie mêlées en lisant ce roman nécessaire « pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez ». – Sophie Gauthier
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Un témoignage familial pudique, hommage émouvant d’une jeune femme à son grand-père médecin, déporté au camp de Neuengamme en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. L’hommage au grand-père se double d’une ombre délicate, celle d’un portrait du père, enfant puis homme qui aura vécu longtemps dans l’incompréhension et la colère de ne pas voir son père revenir. Un livre écrit tout en simplicité et en honnêteté, qui rend un bel hommage à une histoire personnelle mais qui peut bien sûr résonner dans toutes les mémoires… En étant tout à fait franche, je ne suis pas sûre d’attendre le deuxième roman de Marie Barraud avec autant d’impatience que pour d’autres primo-romanciers, car c’est surtout le sujet ici qui est essentiel, et je ne sais si j’aurais envie de lire autre chose de cette auteure, car l’écriture m’a un peu gênée. Mais bien sûr, j’ai été touchée par ce témoignage.- Amélie Muller
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C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai refermé “Nous, les passeurs”. D’une écriture simple et fluide, Marie Barraud nous retrace l’histoire des dernières années de la vie de son grand-père déporté pendant la seconde guerre mondiale, la vie et les manques et les fêlures de la famille suite à sa disparition tragique. Ce livre est un hymne d’amour pour son papa, pour sa famille et en quelque sorte un exutoire familial traduit par cette magnifique phrase “transmettre afin que nous puissions , mon frère et moi, être les passeurs de cette âme perdue”. Beaucoup de livres sortis récemment traitent de la seconde guerre mondiale, chacun sous un angle différent. Celui-ci m’a permis de connaître l’histoire de la fin du camp Neuengamme et des déportés qui y étaient détenus. Ce livre est fort, très fort ! Merci les 68 pour cette découverte.- Frédérique Camps
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J’ai été très touchée par ce récit et cette recherche d’histoire personnelle de Marie Barraud. En tant que bordelaise, je connais bien la rue Albert Barraud à Bordeaux, de plus, j’ai un ami qui y a vécu mais je ne connaissais pas l’histoire de ce médecin bordelais. J’ai donc suivi avec intérêt les recherches de cette petite fille, qui souhaite connaître la vie de son grand père. Celui-ci a été déporté pendant la deuxième guerre mondiale et n’est jamais revenu de ce voyage sans retour. Le père de la narratrice n’a jamais voulu en parler et d’ailleurs, très jeune, quand son père est parti, il lui en a voulu et une rancune tenace est restée ancrée dans son âme. Ce livre nous parle des « secrets » de famille et des non dits. Trop de douleur pour ces jeunes garçons qui un jour ont vu partir leur père et jamais son retour. De plus, un mystère persiste sur la disparition de cet homme. Médecin, il est devenu infirmier dans le camp allemand où il était interné et il a tenté d’atténuer les douleurs subies dans ce camps allemand puis il va disparaître lors des bombardements de navires allemands en mai 2015 au large de la mer Baltique. J’ai été très touchée par des pages de ce récit qui nous parle d’histoire avec un grand H mais aussi de l’histoire d’individus pris dans la tourmente de la guerre. Une belle quête de souvenirs et de racines d’une petite-fille qui, avec ce texte, rend hommage à son grand père et arrive plus ou moins à communiquer avec son père, même si cela peut être douloureux. On peut d’ailleurs comprendre le comportement de celui-ci, petit garçon il n’a pu considérer son père comme un héros car il s’est ressenti abandonné par lui, son père, son Héros aurait dû pouvoir rentrer de ce voyage sans retour. Un beau texte qui se rajoute aux livres nécessaires pour ne pas oublier l’Histoire, qui est souvent faite d’histoires intimes et personnelles. Je ne prendrai plus la rue Albert Barraud à Bordeaux, sans penser à cette douloureuse histoire et encore merci de ne pas oublier et d’être des passeurs d’histoires. – Catherine Airaud
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Sans oublier les nombreuses chroniques sur les blogs des lecteurs : Martine, Joëlle, Delphine-Olympe, Colette, Héliéna, Sabine, Nicole
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