Nous, les passeurs – Marie Barraud

« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »

Et ces mots, les lecteurs les reçoivent droit au coeur. Dans les chroniques, c’est le mot émotion qui domine, devant cette quête essentielle qui est également un superbe cadeau d’une fille à son père.

Nous les passeurs

Nous, les passeurs raconte l’histoire d’un héros de la guerre, un médecin qui jusqu’au bout choisit de rester auprès de ses patients déportés avec lui pour combattre la barbarie et faire triompher la vie. Parce qu’il croyait profondément, intimement en l’Humanité, le Dr Barraud, dont la femme et les enfants attendent le retour à Bordeaux, résista mille fois à la guerre, à la terreur, à la mort. Mais son combat finit par l’éloigner définitivement des siens, puisqu’il trouva la mort à la Libération lors d’un bombardement. De son absence, chacun souffre différemment : sa femme se drape dans le souvenir de son mari mort en héros, son fils aîné fait bonne figure et le plus jeune, père de la narratrice, crache sa colère au monde.
Quand Marie, la petite fille d’Albert Barraud, entreprend de découvrir l’homme qui se cache derrière la plaque de rue portant son nom, celui dont on ne parle jamais, elle libère trois générations enfermées dans l’Histoire, son grand-père enfin pardonné de son courage, son père qui apprend à connaître et à comprendre les actes de son propre père et enfin elle-même, qui s’autorise enfin à aimer un autre homme que son père. Comme un tissu familial, Marie Barraud tire les fils de l’ouvrage, avec ses accrocs, ses vides, ses déchirures.
Finalement, ce roman est un véritable témoignage d’amour de famille, une investigation courageuse mais vitale, une main tendue vers le passé pour se construire encore. L’écriture est simple, puissante et juste, comme ce passage magnifique : « Il est encore là, cet amour. Il se cramponne à ton cœur, papa. Lorsque ceux que l’on a aimés ont disparu, leur souvenir s’inscrit en nous chaque jour un peu plus fort. La peur d’oublier est si présente que le souvenir prend, avec le temps, de plus en plus de place. Son empreinte est plus dense, plus profonde. »
Mais plus que le récit des faits de guerre ou les témoignages poignants distillés dans le roman, qui m’ont un peu laissée à distance, c’est la relation entre l’auteure et son père qui m’a interpellée, bouleversée, dès lors qu’elle s’adresse directement à lui car « en réalité, c’est à moi d’aller vers toi ». – Elise Ribot
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J’ai dégusté ce roman très personnel avec délice et émotion. Secret de famille, filiation complexe et difficile , recherche d’une vérité tue, une écriture très dense et facile à la fois. Ce sont déjà les ingrédients auxquels je suis habituellement sensible. J’ai adoré reprendre la route avec l’héroïne car elle me ressemblait certainement, j’ai aimé dérouler la pelote des non dits, des colères, des rancœurs, et partager cette soif qui l’animait. J’apprécie beaucoup l’idée d’une chaine passant par dessus un maillon cassé, vers un maillon héroïque incompris. Les choses ne sont jamais simples, et j’aime l’idée de ne pas juger. Je suis aussi toujours très sensible à l’évocation du double visage des gens, sur le fond totalement fou et insupportable de cette horrible guerre pas si lointaine et impossible à nier. Pour ma part, je dirais que c’est un très bon roman, dont je me souviendrai longtemps. Merci aux 68 pour cette pépite de tendresse. – Martine Magnin
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Un grand-père qui est un héros mais dont on ne parle jamais. Un père adoré, admiré, que la colère a empêché d’être fils. Au bout de ces chaînes scellées de silence, la narratrice, Marie, petite-fille et fille, qui choisit de libérer des fantômes. Et entre eux, entre les lignes de ce roman qui n’en est pas vraiment un, à l’intérieur de chaque mot, comme enfermé et ne demandant qu’à éclore et s’épanouir, un amour immense, un amour inconditionnel qui court de l’un à l’autre, se transmet, achoppe sur l’incompréhension, manque être étouffé pour rejaillir dans toute sa force au terme de cette quête que nous raconte Marie Barraud.

Albert Barraud, son grand-père paternel, médecin bordelais a été arrêté en 1944 pour faits de résistance et déporté dans un camp près de Hambourg. Sa position au « Revier » du camp, lui permet d’aider et de sauver de nombreuses vies. Lors de l’évacuation du camp en 1945, il choisit de rester le plus longtemps possible avec ceux qui vont mourir. Et c’est ce choix que son fils ne lui pardonne pas. Cette préférence accordée à d’autres qu’à ceux qui l’aimaient et avaient aussi besoin de lui, sa femme et ses deux fils, suscite incompréhension, colère et rancune. Le souvenir d’Albert Barraud n’est plus qu’un nom de rue et la mémoire familiale l’enfouit sous des couches de douleur jamais dite.
Au risque de réveiller tous les chagrins d’un enfant qui n’a pas pu connaître son père, Marie Barraud creuse chaque information qu’elle peut trouver afin de reconstituer l’histoire de ce grand-père héroïque qui lui demeure inconnu. En superbe et bouleversant cadeau d’amour pour son propre père, elle lui permet de se réconcilier avec l’enfant qu’il fut, élevé dans l’absence, sevré d’amour paternel. Et ce geste d’une fille qui console son père est déchirant de beauté et de force. Un geste qui affirme la fierté d’une victoire sur la barbarie.
Des mots simples pour tout raconter et tout exprimer. Une justesse qui n’a rien d’apprêté mais qui se place au cœur du cœur de la souffrance et de la tendresse. L’émotion naît de l’histoire, bien sûr, mais surtout de cette écriture fluide et sensible, comme gorgée d’amour et de chagrin, qui sait malgré tout rester digne et pudique. « Nous, les passeurs » c’est comme une main tendue entre générations, à travers les convulsions de l’Histoire, d’une fille à son père et à son grand-père revenu au monde par la grâce d’un récit. La gorge se serre de tristesse et de joie mêlées en lisant ce roman nécessaire « pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez ». – Sophie Gauthier
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Un témoignage familial pudique, hommage émouvant d’une jeune femme à son grand-père médecin, déporté au camp de Neuengamme en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. L’hommage au grand-père se double d’une ombre délicate, celle d’un portrait du père, enfant puis homme qui aura vécu longtemps dans l’incompréhension et la colère de ne pas voir son père revenir. Un livre écrit tout en simplicité et en honnêteté, qui rend un bel hommage à une histoire personnelle mais qui peut bien sûr résonner dans toutes les mémoires… En étant tout à fait franche, je ne suis pas sûre d’attendre le deuxième roman de Marie Barraud avec autant d’impatience que pour d’autres primo-romanciers, car c’est surtout le sujet ici qui est essentiel, et je ne sais si j’aurais envie de lire autre chose de cette auteure, car l’écriture m’a un peu gênée. Mais bien sûr, j’ai été touchée par ce témoignage.- Amélie Muller
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C’est avec beaucoup d’émotion que j’ai refermé “Nous, les passeurs”. D’une écriture simple et fluide, Marie Barraud nous retrace l’histoire des dernières années de la vie de son grand-père déporté pendant la seconde guerre mondiale, la vie et les manques et les fêlures de la famille suite à sa disparition tragique. Ce livre est un hymne d’amour pour son papa, pour sa famille et en quelque sorte un exutoire familial traduit par cette magnifique phrase “transmettre afin que nous puissions , mon frère et moi, être les passeurs de cette âme perdue”. Beaucoup de livres sortis récemment traitent de la seconde guerre mondiale, chacun sous un angle différent. Celui-ci m’a permis de connaître l’histoire de la fin du camp Neuengamme et des déportés qui y étaient détenus. Ce livre est fort, très fort ! Merci les 68 pour cette découverte.- Frédérique Camps
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J’ai été très touchée par ce récit et cette recherche d’histoire personnelle de Marie Barraud. En tant que bordelaise, je connais bien la rue Albert Barraud à Bordeaux, de plus, j’ai un ami qui y a vécu mais je ne connaissais pas l’histoire de ce médecin bordelais. J’ai donc suivi avec intérêt les recherches de cette petite fille, qui souhaite connaître la vie de son grand père. Celui-ci a été déporté pendant la deuxième guerre mondiale et n’est jamais revenu de ce voyage sans retour. Le père de la narratrice n’a jamais voulu en parler et d’ailleurs, très jeune, quand son père est parti, il lui en a voulu et une rancune tenace est restée ancrée dans son âme. Ce livre nous parle des « secrets » de famille et des non dits. Trop de douleur pour ces jeunes garçons qui un jour ont vu partir leur père et jamais son retour. De plus, un mystère persiste sur la disparition de cet homme. Médecin, il est devenu infirmier dans le camp allemand où il était interné et il a tenté d’atténuer les douleurs subies dans ce camps allemand puis il va disparaître lors des bombardements de navires allemands en mai 2015 au large de la mer Baltique. J’ai été très touchée par des pages de ce récit qui nous parle d’histoire avec un grand H mais aussi de l’histoire d’individus pris dans la tourmente de la guerre. Une belle quête de souvenirs et de racines d’une petite-fille qui, avec ce texte, rend hommage à son grand père et arrive plus ou moins à communiquer avec son père, même si cela peut être douloureux. On peut d’ailleurs comprendre le comportement de celui-ci, petit garçon il n’a pu considérer son père comme un héros car il s’est ressenti abandonné par lui, son père, son Héros aurait dû pouvoir rentrer de ce voyage sans retour. Un beau texte qui se rajoute aux livres nécessaires pour ne pas oublier l’Histoire, qui est souvent faite d’histoires intimes et personnelles. Je ne prendrai plus la rue Albert Barraud à Bordeaux, sans penser à cette douloureuse histoire et encore merci de ne pas oublier et d’être des passeurs d’histoires. – Catherine Airaud
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Sentiment mitigé après avoir refermé ce livre. Je pense qu’il faut séparer deux choses : d’une part l’histoire en elle-même, forte et bouleversante, et l’écriture, qui ne m’a pas convaincue.

Marie Barraud retrace dans cet ouvrage la recherche qu’elle mène sur son grand-père, médecin, arrêté pour ses activités en lien avec la résistance durant la seconde guerre mondiale, déporté au camp de Neuengamme, puis tué lors du bombardement du paquebot Cap Arcona le 3 mai 1945. Au sein de sa famille, on ne parlait pas de ce grand-père, et on n’évoquait pas la guerre. Les cicatrices laissées par l’absence d’Albert Barraud sur sa veuve et ses deux fils en ont fait un sujet tabou à éviter à tout prix. Il a donc fallu à Marie beaucoup d’énergie pour confronter son père et commencer son enquête, qui la mena bien plus loin qu’elle ne l’avait imaginé. J’ai été touchée et bouleversée à diverses reprises, c’est chargé émotionnellement.

Néanmoins, le bémol vient de l’écriture. Les phrases sont courtes et simples, peut-être un peu trop. Cela manque de relief, le texte m’est apparu assez plat et prévisible à plusieurs reprises. Certaines répétitions et phrases convenues alourdissent plusieurs passages. Il en ressort l’impression d’un écriture jeune, qui aurait gagné à être un peu plus travaillé. – Lorena Audouard

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Nous les passeurs raconte la quête d’une femme qui veut grandir et qui s’attaque aux émotions enterrés, aux histoires de familles enfermées dans des grands silences glacés.
En cherchant dans l’histoire de son grand père, Marie trouve les grandes peines de son père et refuse de continuer a les subir et a les transmettre.
Le livre devient alors une sorte de compte rendu de ce travail de nettoyage des souffrances accumulées. C’est aussi une belle plongée dans l’intimité d’une guerre vécue depuis l’infirmerie par un médecin déterminé a faire son possible pour lutter contre la barbarie nazie.
« Qu’est ce qui tient la raison au milieu de la folie des hommes? Comment résister et lutter? Quelle place pour ses sentiments et sa famille dans un si vaste chantier? sont autant de questions soulevés.
On y parle aussi de l’amitié dans l’épreuve, du sacrifice et du retour possible ou impossible à la vie dans la paix après cette guerre et ses abominations.
J’ai aimé ce livre sincère pour le partage et le témoignage. – Nelly Bichet
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Sans oublier les nombreuses chroniques sur les blogs des lecteurs : Violaine, Martine, Joëlle, Delphine-Olympe, Colette, Héliéna, Alice, Henri-Charles, Dominique, Sabine, Nicole
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